« Alerte aux toxiques » condamnée pour dénigrement

Porte-parole de l’association Alerte aux Toxiques, Valérie Murat avait dénoncé l’an dernier la présence de pesticides dans les vins labellisés Haute Valeur Environnementale, sur la base de l’analyse de 22 échantillons (dont 19 Bordeaux), évoquant une « escroquerie intellectuelle ». Elle vient d’être condamnée par le Tribunal de Libourne à 125.000 euros de dommages et intérêts, pour dénigrement fautif.

Le laboratoire Dubernet, qui avait effectué les analyses, avait entretemps pris ses distances avec la présentation de ses résultats, ceux-ci révélant des taux très faibles et tout à fait dans les normes légales.

Me Morain, qui défend Mme Murat, a évoqué une « exécution sociale » et une « procédure bâillon ». Il avance que sa cliente, qui compte faire appel, n’a pas de quoi payer l’amende. Celle-ci bénéficie toutefois du soutien d’une quarantaine d’organisations écologistes européennes.

Mais pour le Président du Comité Interprofessionnel de Vins de Bordeaux, Bernard Farges, « Ce qui est condamné, ce n’est pas la libre expression mais le mensonge, rien d’autre. Un mensonge basé sur des interprétations d’analyse fausses. On peut débattre, on peut informer mais on ne peut pas travestir la réalité. C’était l’objet de notre action. Au-delà du caractère hautement critiquable de la méthodologie employée, les résultats confirmaient en réalité que tous les vins analysés étaient parfaitement irréprochables ». 

Hervé Lalau

 

8 réflexions sur “« Alerte aux toxiques » condamnée pour dénigrement

  1. agnesgo

    Hélas voilà ce qui arrive quand on « grimpe au rideau » trop vite, sans se documenter au préalable. La HVE n’a jamais garanti l’absence de pesticides, mais qd les résidus restent très largement en deçà des LMR, on ne peut pas crier a l’escroquerie intellectuelle.
    Le pb c’est que le grand public ne sait pas ce que c’est la HVE. En HVE, on s’engage à réduire les intrants, pas a s’en passer. Mais il y a zéro communication sur le sujet. Peut-être que bien des gens penseraient qu’on les prend pour des c..rétins s’ils le savaient ?

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  2. georgestruc

    Tout repose sur la locution « haute valeur environnementale » ; dès l’origine, comment imaginer qu’un consommateur lambda sache ce que cela signifie en réalité ? Impossible. Il suppose que « haute valeur » désigne une démarche super écolo, donc sans pesticide, un mot dont la seule évocation lui donne de l’acné. Il existe tout de même, dans l’utilisation et l’agencement de ces mots, une supercherie non négligeable, hélas. Ensuite, l’action de Valérie MURAT est en partie infondée car elle s’est débrouillée de façon naïve ; comme une sotte. Le Labo Dubernet se trouve dans une situation non moins naïve car il savait quel était l’objectif poursuivi par cette dernière.
    On en revient aux méthodes de traitement, dites « conventionnelle », « raisonnée », » bio » ou « biodynamique » ; où se loge HVE dans cette énumération ? plutôt proche de « raisonnée » ?

    Vous avez raison, Agnès, de dire que si les gens savaient ce que veut dire HVE ils auraient l’impression qu’on les prend pour des crétins et cela serait justifié. Dès le départ, il existe bel et bien une volonté de tromper le consommateur ordinaire (90 %) qui ne va pas gratter sur un site pour savoir ce que cela veut dire.

    Voyons, « Haute Valeur » : des olifants gaulliens résonnent dans le vignoble, nous sommes au faite du mieux et du meilleur ! Eh bien, non…C’est simplement mieux que moins bien…et uniquement en terme de traitement.

    Et le président Bernard Farges d’ajouter une couche de stupidité en écrivant « Un mensonge basé sur des interprétations d’analyse fausses » ; Non, président, les résultats analytiques sont justes ; ce qui est « condamnable » reste l’utilisation de ce que l’on en fait. En fait, sa phrase est mal construite ; il aurait fallu écrire « Un mensonge basé sur des interprétations erronées d’analyses » Sans quoi, une lecture rapide associe « analyse » à « faux ».

    Si la dénommée Valérie MURAT a simplement indiqué le fait que des pesticides ont été mis en évidence dans les vins incriminés, je ne vois pas où se loge le moindre préjudice ; à moins qu’elle ait insinué qu’il en avait trop, ce qui est très différent, ou que les vins HVE ne devaient pas en contenir, ce qui est une faute. Je ne connais pas le fond du dossier et avoue qu’il représente le cadet de mes soucis.

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  3. Quand l’avocat de Mme Murat évoque une « exécution sociale » et un « bâillon judiciaire », on peut se demander s’il n’y a pas dénigrement fautif… vis-à-vis de l’institution judiciaire. Sa cliente et lui ont tout loisir de faire appel si la décision ne leur convient pas, et ils vont le faire, mais l’habitude qu’ont prise certains avocats de discuter publiquement, et vertement, les jugements, voire de mettre en doute l’intégrité des juges, ne me semble pas saine.

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  4. Le Tribunal de Commerce de Libourne a rendu son jugement.
    Il s’agit bien ici d’une affaire de commerce, de bizness comme on dit en France et de réputation.
    On parle ici de dénigrement. Donc, d’atteinte à la réputation.
    Atteinte à la réputation des vins de Bordeaux.
    En cette période de «Bordeaux Bashing» – de dénigrement des vins de Bordeaux – on peut se demander si cette action du CIVB va accentuer ou ralentir ce mouvement. Des restaurateurs, des sommeliers se targuent de ne jamais proposer des vins de Bordeaux.
    Bordeaux a la réputation, comme la Champagne d’ailleurs, d’être cher et d’utiliser trop de pesticides.
    La dame va aller en appel. On va parler encore de cette affaire de traces de pesticides dans des vins de Bordeaux.
    Cette «victoire commerciale» des grands de Bordeaux ne risque-t-elle pas de nuire encore plus au commerce de ces vins et de se transformer en défaite commerciale ?
    Les gens du CIVB me semblent agir comme des ados fâchés et non comme des adultes gens d’affaires sensés !
    Ce qui compte plus dans les affaires que le tribunal commercial, c’est le tribunal populaire.
    Donc, au final, il y a grand risque que ceux qui gagnent auprès des juges… perdent auprès des consommateurs.
    La tendance à la réduction des pesticides est forte. Vouloir la combattre n’est peut-être pas la meilleur décision commerciale.

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    1. Pas d’accord sur ce coup là, cher Vinquébec.

      Pour moi, les tests de l’association de Mme Murat étaient orientés, pas représentatifs (seulement 22 vins dont 19 Bordeaux, que des HVE, pas de comparaison possible avec les vins bios ou conventionnels) et l’interprétation qui en a été faite, les conclusions qu’elle en a tirées sont outrancières, car extrapolées à tous les vins HVE.

      Le problème de savoir si le jugement va ou non profiter aux Bordelais, si cela va même renforcer le Bordeaux Bashing au motif que cela attirerait l’attention sur la présence de pesticide dans les vins me semble mal posé.

      Ceux qui ne jurent que par les vins bio continueront de le faire. Sans se demander si la certification garantit réellement l’absence de résidus de pesticides dans les vins – ce qui n’est pas le cas, d’autres analyses l’ont montré.
      Mais aucun jugement ne les fera renoncer à leurs convictions, ils défendent une philosophie, ceux qui s’opposent à eux ont forcément tort, peu importent leurs arguments.
      C’est un peu comme ceux qui veulent interdire le foie gras, ou supprimer la viande dans les repas des cantines scolaires, on ne peut pas dialoguer, avec eux, c’est tout ou rien.

      A l’opposé, ceux qui voulaient faire acter qu’on ne peut pas tirer des enseignements généraux d’un travail aussi partiel, que cela va trop loin, pensent qu’ils ont eu raison de porter plainte.

      Il ne suffit pas d’avoir des idées généreuses et engagées pour avoir de droit de diffamer l’ensemble d’un vignoble.
      Mais Mme Murat fait appel, elle aura l’occasion de se défendre, il semble que pas mal d’associations écologistes la soutiennent, ce qui, dans le pire des cas pour elle, devrait pouvoir l’aider à payer son amende si elle est maintenue.

      Quant au consommateur moyen, je pense qu’on aurait tort de vouloir penser à sa place. Et puis, les vins de Bordeaux sont-ils vraiment plus traités que ceux de Bourgogne, de la Napa ou du Chianti?

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    2. J’aurai dû écrire : Cette «victoire juridique» des grands de Bordeaux ne risque-t-elle pas de nuire encore plus au commerce de ces vins et de se transformer en défaite commerciale ?

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  5. Je vous renvoie au communiqué du Laboratoire Dubernet dont je ne mets ici, et pour mémoire, que le dernier paragraphe :
    « On peut enfin souligner que certains des vins cités dans cette communication sont
    issus de millésimes plutôt anciens, quand les domaines et château cités n’étaient pas
    forcément encore certifiés HVE… Former une critique de HVE à partir d’analyses
    réalisées sur des vins non HVE semble être une méthodologie très contestable. »
    Le reste de la méthodologie n’est pas moins contestable. De même que la façon dont les résultats ont été interprétés et utilisés.
    Par exemple, le : « 18 bouteilles contiennent une substance mortelle en cas d’ingestion. » écrit par « Alerte Aux Toxiques » est grotesque.

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