Dégusté pour vous: les vins de P.-Louis Martin, avec et sans bulles

Par la grâce d’un échantillonnage, nous voici à Bouzy, chez P. Louis Martin. Si le fondateur du domaine, Louis Martin, livrait ses raisins à la coopérative locale (dont il fut le premier président), son fils Paul Louis décida de les vinifier lui-même. Ainsi naquit l’activité de propriétaire récoltant de P. Louis Martin.  

Outre du Champagne, la maison propose également un Coteau Champenois de Bouzy rouge.

Avec mes collègues Marc Vanhellemont et Daniel Marcil,  j’ai eu la chance de pouvoir déguster l’ensemble des vins de la maison, dont nous avons sélectionné les 6 cuvées suivantes.

P. Louis Martin Champagne Brut Blanc de Blancs 

Un Champagne qui ne vous prend pas la tête. Fruité très direct au nez (pomme verte, citron, pain chaud), plus floral en bouche (fleur d’oranger), avec une pointe d’épices douces en finale. Le dosage est bien intégré. 100% Chardonnay.

P. Louis Martin Champagne Brut

Un mot pour résumer ce vin ? L’équilibre. Sans doute la marque d’un assemblage bien balancé (50% Pinot noir – 30% Chardonnay – 20% Meunier) et de l’incorporation de vins de réserve. Équilibre entre la tension d’une belle acidité, et la profondeur du jus. Mes confrères et mois avons rivalisé d’adjectifs : « crémeux, harmonieux, gourmand». Et pourtant, il y a une certaine légèreté dans ce vin aérien qui semble envoyer ses notes d’agrumes vers le ciel (la mandarine surtout). Un de nos préférés.

P. Louis Martin Champagne Brut Premier cru

«Très crème de citron», lance l’ami Marco. Et c’est vrai qu’on retrouve à la fois l’acidité de ce fruit, et un côté plus onctueux en entrée de bouche.  Ajoutons, à l’aération, un peu de biscuit, du poivre, de l’ananas et de la groseille à maquereau. La bulle est très fine, et le vin gagne progressivement en profondeur dans le verre. Il fera un excellent compagnon de repas. 75% Chardonnay, 25% Pinot Noir.

P. Louis Martin Champagne Grand Cru Extra Brut

Ses jolies notes oxydatives confèrent à cette cuvée un côté opulent. Cette impression de richesse est encore accentuée par une touche de guimauve et de poire en bouche. La finale évoque plutôt le coing, avec un soupçon d’amertume, mais qui relance une bouche qui sans cela, peut-être, pourrait sembler un peu courte. 

P. Louis Martin Champagne Grand cru Millésime 2013 Cuvée Vincent Chardonnay Extra Brut

Etonnant ! Certains dégustateurs ont mis en avant la vivacité de ce vin, d’autre sa richesse. Et pourant, rien de dissocié dans ce Chardonnay. On pourrait voir ça comme les deux pentes d’une colline ; sur le versant nord, les agrumes, en jus, en pulpe et en zeste. Sur le versant sud, la crème au beurre, la poire et la reine-Claude. Le tout se rejoint au sommet, dans une impression de plénitude. On a à la fois l’allégresse, le goût de la chair, et un peu du péché. Un dosage très subtil.

P. Louis Martin Coteaux Champenois Bouzy Rouge 2013

Ce n’est pas tous les jours qu’on déguste un Coteaux Champenois, et je l’avoue, j’ai souvent un peu d’appréhension au moment de déboucher la bouteille, tellement j’ai  pu être déçu par cette appellation dans le passé, par la maigreur de certains vins, par la faiblesse du rapport plaisir-prix (sans parler du statut de Grand Cru qu’ils peuvent arborer). Ma dernière confrontation, cependant, avait été plutôt agréable (c’était en 2015, chez Bollinger, avec la cuvée Côte des Enfants) ; alors, j’ai cherché à m’abstraire de tout contexte pour juste m’intéresser au vin. Bien m’en a pris: il était excellent.

Le Pinot Noir ne se cache pas, il est là, et bien là, gourmand, espiègle, avec ses élégantes notes de cassis, de mûre et de framboise, mais tout en fraîcheur. En bouche, de noix de muscade s’ajoute aux fruits rouges. Rien de serré, rien de corseté, rien de fatigué non plus dans ce jus qui ne fait pas ses 8 ans. L’ami Daniel, en digne Québécois, y a trouvé des notes de bleuets (une sorte de myrtille un peu plus acide, typiquement américaine) : l’ami Marco, lui, a évoqué la gelée de rose. Quant à moi… j’ai vidé mon verre, ce qui est généralement bon signe, même si, je vous rassure, il n’était pas rempli.

Et si la Montagne de Reims devenait la nouvelle frontière des grands pinots noirs français ? 

En guise de conclusion

En résumé, une belle impression d’ensemble. Des vins vinifiés tout en précision, avec assez de différences entre les cuvées pour justifier la largeur de la gamme. Nous avons écarté le BSA rosé et le Millésimé 2012, qui nous ont semblé un peu fatigués, mais retenir 6 vins sur 8, ça n’arrive pas à toutes nos dégustations…

Et à ceux qui se demanderaient pourquoi nous avons dégusté ces vins, plutôt que d’autres, ma réponse: mais parce qu’on nous les a envoyés! D’aucuns trouvent que le fait de recevoir des échantillons, gratuitement, introduit un biais dans notre travail. Je m’inscris en faux: je ne commente que les vins qui me semblent avoir un intérêt pour le consommateur, soit parce que je les trouve bons, soit parce que leurs défauts me paraissent instructifs. Je ne me sens pas plus engagé par la réception d’une bouteille de vin qu’un journaliste automobile ne l’est parce qu’il a essayé une voiture. Je rends compte. J’informe. Je fais des choix.

Et cela me gêne d’autant moins aujourd’hui que je suis dans l’incapacité de visiter les régions viticoles, d’assister à des salons ou à des concours qui sont tous annulés ou reportés.

Les échantillons que je reçois sont le seul vrai lien qui me reste actuellement avec le monde du vin, et j’en suis bien aise. Quant au profit personnel que j’en tire, il n’est pas bien grand, vu que le contenu des bouteilles que je n’apprécie pas finit à l’évier, et que je ne parviens pas à vider les autres, ma consommation personnelle étant encore plus modérée que ne le préconise Vin & Société.

Pour le reste, il se trouvera sans doute toujours des confrères qui souhaitent laver plus blanc (de blancs) que moi, ce qui est leur droit le plus strict, et peut-être, aussi, la marque de leur statut de salarié ou de retraité. Quant à moi, qui ne suis ni l’un ni l’autre, et qui ne suis pas payé pour écrire les lignes que vous lisez en ce moment, je les remercie du fond du coeur de faire avancer la merveilleuse idée d’une critique des vins qui serait intégralement financée par les médias aux-mêmes; mais j’attendrai qu’elle aboutisse pour changer mes habitudes.

Hervé Lalau

 

Une réflexion sur “Dégusté pour vous: les vins de P.-Louis Martin, avec et sans bulles

  1. Bonjour.
    J’ai toujours aimé le « Bouzy » rouge( de chez Louis Martin..je précise..), depuis fort longtemps, tout comme le vin mousseux (faux champagne..) rouge de Crimée.
    Bonne journée à vous, une très bonne fin de semaine..Denis.

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