Le monde du vin italien en deuil: Pio Boffa (Maison Pio Cesare à Alba) est mort

Le monde viticole piémontais, et plus généralement, l’Italie du vin sont en deuil: un de ses meilleurs représentants, Pio Boffa, vient d’être enlevé par le Covid-19 à l’âge de 66 ans.

Patron de l’historique maison Pio Cesare, créée en 1881 à Alba (petite ville célèbre pour sa truffe blanche), il était le propriétaire de 70 hectares de vignobles dans la région des Langhe (la patrie du noble cépage Nebbiolo), dont 30 dans l’appellation Barolo et 27 dans l’appellation Barbaresco (avec notamment des vignes à Serralunga d’Alba, Monforte d’Alba, Treiso et San Rocco Seno d’Elvio).

Figure centrale de cet univers toujours très vivant où s’expriment des vins parmi les meilleurs rouges de garde italiens, Pio Boffa, a développé et fait connaître au monde entier (sur plus de 50 marchés) la maison qu’il avait reçue de son père Giuseppe. Pio était reconnu comme un vigneron expérimenté, d’une grande sagesse, mais aussi assez débonnaire pour mettre d’accord les différents partis de la communauté, souvent très divisée, des producteurs de grands vins de sa région.

Pio Boffa

Dans la farouche querelle entre les traditionalistes qui optent pour de longues macérations pouvant atteindre 40 jours et un élevage en foudre de Slovénie, et les modernistes, d’autre part, qui préfèrent des macérations plus courtes et l’élevage en barrique française, Pio Boffa avait gardé une position intermédiaire.

Son Barolo « hors cru » et son Langhe Nebbiolo, étaient de style traditionnel-moderne (élevage en foudre et seulement une petite quantité en barrique). Par contre, ses “singles vineyards” (Barolo Ornato, Barolo Mosconi, Barbaresco Il Bricco, et aussi son Chardonnay Piodilei), destinés en grande partie au marché américain avaient, surtout dans le passé, un style plus international et un boisé assez prononcé.

Homme éminemment sympathique (il riait aux éclats), au physique robuste, bon vivant et gourmet, Pio représentait l’équilibre, le bon sens et la parfaite synthèse entre les différentes sensibilités du monde du vin “albese”. En raison de ses qualités, j’avais proposé son nom, au mois de novembre dernier, dans un de mes articles en le mentionnant comme un des meilleurs candidats au poste de Président du Consorzio Barolo-Barbaresco. Cette figure emblématique aurait marqué un vrai tournant dans l’activité de cet organisme d’importance capitale, en chute libre depuis peu. J’avais soutenu sa candidature les mois suivants et j’avais obtenu le consentement de plusieurs collègues vignerons producteurs de Barolo et Barbaresco.

Pio Boffa était un ami généreux et très ouvert aux confrontations. Il respectait le point de vue de chacun. Son absence laisse un grand vide et aussi un magnifique souvenir pour tous les passionnés et les professionnels du vin qui l’ont connu et apprécié pour son humanité et ses compétences.

Tous mes encouragements à sa jeune fille Federica Rosy, à son cousin Auguste et à son neveu Cesare, ainsi qu’à son œnologue Paolo Fenocchio et tout le staff de ses collaborateurs pour la tâche ardue qui sera la leur, celle de perpétuer son travail.

Comme l’on dit en Italie, “Che la terra ti sia leggera” Pio… 

Franco Ziliani 

Vino al Vino 

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