Le bon rosé à l’italienne : 50 Chiaretti di Bardolino au banc d’essai

Les deux petites boîtes que nous a envoyées Irene Graziotto (Studio Cru), l’attachée de presse du Chiaretto di Bardolino, ne contenaient pas moins de 50 échantillons de ce rosé – l’appellation la plus en vue de cette couleur tendre, en Italie.

A raison de quelques centilitres par mignonnette, pour trois dégustateurs, pas question d’en perdre une goutte ! D’un autre côté, tous ces petits flacons étant bouchés à vis, nous n’avons eu à déplorer aucun goût de bouchon, ni même de vin prématurément fatigué ou oxydé.

Une belle proportion de vins sélectionnés

Les résultats ont été très positifs : nous avons retenu pas moins de 19 vins. Ayant eu la chance de me rendre sur place en 2019 (je vous en avais parlé ici même), je n’en ai pas été spécialement étonné. J’ai même eu le plaisir de retrouver parmi les vins que nous avons sélectionnés (toujours à l’aveugle) pas mal des noms de domaines que j’avais appréciés sur place. Sur que je mets moins sur le compte de mes aptitudes que sur celui de la régularité de la production de cette appellation.

Mes deux confrères ont été un peu plus surpris; d’autant que nous dégustons pas mal de rosés d’autres régions, ces derniers temps, et que le taux de réussite n’est pas toujours aussi élevé, même dans des appellations beaucoup plus connues (en tout cas, hors d’Italie). La Provence n’a qu’à bien se tenir, au moins sur le marché international! Car les touristes qui viennent en nombre au bord du lac de Garde ont pris goût au Chiaretto di Bardolino…

Pour plus de contexte sur l’appellation, je vous renvoie à l’article publié ici même en juillet 2019.

La plupart des vins dégustés étaient des 2020, à l’exception de deux 2019 (tous deux retenus, la preuve que le Chiaretto gagne souvent à être attendu un peu) et un 2018 (non retenu). 

Merci à Marc Vanhellemont et Daniel Marcil pour leur participation à ce marathon, aussi plaisant qu’instructif. Une chose est sûre: Le Chiaretto du Bardolino n’engendre pas la mélancolie! 

Notre sélection

Benati Chiaretto di Bardolino I Gadi 2020

La gourmandise et l’acidité d’une groseille. La bouche est onctueuse, très bel ensemble sur un mode fruité. Une très belle entrée en matière.

Benazzoli Chiaretto di Bardolino Tecla 2020

Très sympa, du fruit (melon), des notes fumées (non, ce n’est pas antinomique) ; belle finale saline. Beaucoup de dynamisme.

Casaretti Chiaretto di Bardolino Classico Rosa dei Casaretti 2020

Robe dorée légèrement saumonée, nez de mangue, d’abricot, de pierre chaude. La bouche est solide, presque tannique, avec une finale sur le zeste d’agrume, confit comme un cédrat ou un limone… del Garda, bien sûr.

Corte Gardoni Chiaretto di Bardolino 2020

Élégance et séduction fruitée, une pointe de grenadine mais surtout beaucoup de fraîcheur.

Gentili Chiaretto di Bardolino 2020

Un de nos préférés de la dégustation. Beaucoup de finesse, un nez d’abord floral (jasmin, genêt) qui part vers les agrumes, une bouche longue et vive, un vin tout en dentelle.

Guerrieri Rizzardi Chiaretto di Bardolino Classico Keya 2020

Un joli nez de fraise mâtiné de réglisse qui se poursuit en bouche, avec quelques épices et une bonne acidité, beaucoup d’harmonie, bonne longueur aussi. 

Le Ginestre Chiaretto di Bardolino Classico 2020

De la mirabelle et du citron au nez, de la menthe en bouche, une belle impression saline en finale, et même quelques tannins, que souhaiter de plus. Un des préférés du jury.

Le Tende Chiaretto di Bardolino Classico 2020

Réglisse, gelée de rose, c’est fou ce que l’on peut trouver de jolies expressions quand le vigneron veut bien sortir de la mode pamplemousse ou bonbon anglais. Très joli vin, vif et gourmand.

Le Vigne di San Pietro Chiaretto di Bardolino Corderosa 2020

Le nez de groseille et de framboise évolue dans le verre, vers des sensations plus fumées, de pierre à fusil. En bouche, l’acidité se fond très bien dans la chair du vin, croquante. Une maison que j’avais déjà épinglée lors de mon passage sur place. 

Le Morette Chiaretto di Bardolino Classico 2020

Comme on aime ce genre de rosés fruités mais qui ont de la structure, une vraie texture, qui allient le fond et la forme ! Les mots de nos dégustateurs : «Gourmand», «Vivant», « Belle tenue en bouche ». Que demander de plus?

Albino Piona Chiaretto di Bardolino 2020

Non, tous les Chiaretti ne se ressemblent pas. Celui-ci surprend par ses jolies notes de pâte d’amande, de poivre aussi. Le fruit rouge arrive ensuite, quelques notes d’orange sanguine, aussi. Un vin tout en raffinement.

Poggio delle Grazie Chiaretto di Bardolino 2020

Les Grâces semblent bel et bien s’être penchées sur le berceau, ou plutôt sur la cuve de ce Chiaretto, lui offrant l’élégance mais aussi la substance ; le nez évoque le genêt, le romarin et la groseille à maquereau ; la bouche ajoute quelques nouveaux épices – thym, cumin, et surtout, une impression d’amplitude, de plénitude.

Giovanna Tantini Chiaretto di Bardelino 2020

Nos dégustateurs ont apprécié le côté aérien de ce vin, ses jolies notes fumées, sa « buvabilité ». 

Tenuta La Presa Chiaretto di Bardolino Le Selezioni 2020

Si le nez de ce Chiaretto évoque plus le blanc que le rosé (fleurs blanches et fruits jaunes), sa bouche offre une impression tannique, une belle amertume, des épices, de la rhubarbe et de la réglisse. Décoiffant. Pour info, c’était aussi un des domaines que j’avais particulièrement appréciés il y a deux ans.

Villa Calincantus Chiaretto di Bardolino Classico 2019

Pas vraiment classique, ce classico, qui nous emporte ailleurs, vers Corinthe ou Smyrne, et qui décoiffe nos papilles avec des notes inattendues : «Barbe de maïs» a dit l’ami Marco. Moi j’ai pensé au tabac blond mais aussi à la rhubarbe. Attention, c’est un 2019. Et on le réservera plutôt au repas (viande blanche ?) qu’à l’apéro. 

Zenato Chiaretto di Bardolino 2020

Framboise, feuille de tomate, anis au nez, une certaine tendresse en bouche, et l’on finit sur des baies de genévrier. Pas mal de gourmandise; une sensation d’harmonie d’ensemble.

Zeni 1870 Chiaretto di Bardolino Classico Vigne Alte 2020

Belle matière. Un peu fermé au nez, mais du potentiel. S’ouvre à l’aération sur des notes de gentiane et de verveine. Bouche solide. «A attendre» ont conclu les membres de notre panel. 

Zeni 1870 Chiaretto di Bardolino Anfora 2019

Un Chiaretto élevé en jarres, pourquoi pas? Est-ce une impression, d’ailleurs, ou il présente une texture différente, plus lisse? Belle aromatique, par ailleurs, à la fois florale et fruitée (pomme, poire, genêt). 

Vitevis Chiaretto di Bardolino Classico Cà Vegar 2020

Agrumes, fleurs blanches, rose thé, plutôt suave. Le contraste avec la bouche saline n’en est que plus intéressant, et l’on finit sur de la pierre à fusil ? Un vin qui évoluera très bien dans le verre (et je vous rappelle que nous n’avons eu que de petits volumes à déguster).

Autres vins appréciés : Gorgo, Villa Medici, Monte del Frà, Cantina di Soave Rocca Sveva.

En guise de conclusion

Quelles sont donc les qualités d’un bon Chiaretto ? Une bonne acidité, sans doute ; un alcool modéré, un joli fruit mais sans exubérance. Les vins que nous avons le plus appréciés sont ceux qui, non content d’offrir une belle vitrine aromatique, un nez engageant, vous comblent par leur fond, leur texture, une fois entré dans la boutique… 

Par ailleurs, comme vous aurez pu le constater si vous avez eu le courage de parcourir tous les commentaires, cette appellation n’a rien de monolithique, on trouve des différences de style, et pour qui connaît un peu l’endroit, de vraies différences dues à l’origine.

Mais ce qui nous a le plus frappé, sans doute, c’est la qualité d’ensemble; et sur 50 échantillons, ça ne trompe pas… 

Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si un Chiaretto di Bardolino compte parmi les 29 cuvées sélectionnées pour représenter l’Association internationale des rosés de terroir, portée notamment par la dynamique directrice du Syndicat viticole de Tavel, Sandra Gay. C’est d’ailleurs la seule cuvée non issue de l’Hexagone. Elle est signée Guerrieri Rizzardi.

Alors, viva il chiaretto – di Bardolino, certo !

Hervé Lalau

 

2 réflexions sur “Le bon rosé à l’italienne : 50 Chiaretti di Bardolino au banc d’essai

  1. Nadine Franjus

    Félicitations pour ce marathon du rosé. Une aussi grande série ne trompe pas sur la qualité de l’appellation. C’est intéressant de constater que les rosés peuvent avoir beaucoup de différences entre eux sur une même origine. Une question de cépages? De voies de vinification différentes? Des micro terroirs comme tu sembles le dire? C’est bien aussi ces commentaires assez brefs qui donnent l’essentiel. J’ai tout lu et tout goûté en « distanciel » . Par contre, je n’ai jamais brouté la barbe de maïs, je manque cruellement de références.

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