International ou local, le cépage : cela se discute….

La doxa actuelle est de défendre à tout crin les cépages dits « autochtones », face aux variétés dites « internationales », et qui sont en bonne partie originaires de France. Chardonnay, sauvignon blanc, cabernet sauvignon, merlot, pinot noir, syrah sont les « usual suspects », auxquels on peut rajouter, à cause de sa reconnaissance internationale plus récente, le pinot gris/pinot grigio. Je constate aussi que des mots comme « autochtone » ou « indigène » (jusqu’aux levures)  sonnent bien dans une époque où on soupçonne les échanges internationaux, voire inter-régionaux, de tous les maux, sans parler des sélections faites par l’homme (la « nature » fait vendre coco !).

On peut résumer cette mode et le discours qui l’accompagne en deux expressions anglaises: « small is beautiful » et « local is best« , même si cela ne tient pas la route face à une analyse un tant soit peu plus objective. Mais l’objectivité n’est pas toujours vendeuse non plus, vu la réussite médiatique du « sans-soufre », de la « biodynamie » et autres fantaisies à la mode.

Point de repère

Inspiré par un article plein de bon sens de mon estimé collègue Robert Joseph, publié récemment (octobre 2020) dans la revue Meininger’s Wine Business International, je vais présenter ce débat en matière de cépages, mais avec un argument qui va aller contre cette mode qui veut à tout prix privilégier le local, le rare et l’inconnu, au dépens des choses connues. Car, ne l’oublions pas, les cépages les plus connus servent, pour la plupart de consommateurs, de points de repère dans un univers de vin qui reste parfois opaque, ou du moins très complexe. A la fin, je pense qu’il faudrait de temps en temps se poser la question suivante : veut-on que de plus en plus de gens soient attirés par le vin, ou bien préfèrons-nous garder tout cela pour nous, c’est à dire un petit cercle plutôt élitiste de sachants (qui se rétrécit, d’ailleurs) ?

Si le consommateur dans un marché en plein dévéloppement veut du chardonnay, du pinot grigio ou du sauvignon blanc parce qu’il connaît ces noms et a déjà trouvé avec ces cépages un style qu’il apprécie, pourquoi voudrait-on le forcer à boire du kisi georgien, de l’altesse savoyarde ou de l’assyrtiko grec, aussi intéressants et estimables que peuvent être des vins issus de ces trois variétés? D’abord, il y en a très peu dans le monde, et encore moins qui traversent les frontières de leurs pays ou régions respectifs.

Puis, à supposer que ces variétés deviennent bien plus largement plantées, il faudrait des générations avant que leurs noms deviennent familiers. On peut évidemment raisonner de la même manière avec les cépages rouges. Dans son article, Joseph cite l’exemple de la compagnie Turkish Airlines qui sert du Chardonnay et de la Syrah de Turquie, plutôt que des variétés indigènes afin de satisfaire une majorité de clients, tout en les introduisant au fait qu’il y a du vin produit en Turquie. Ont-ils tort ?

A titre personnel, j’ai le souvenir d’avoir assisté en Italie, lors de plusieurs déplacements, à des discussions assez intenses sur le sujet suivant :  fallait-il montrer, lors de présentations à la presse par exemple, des vins qui privilégient des cépages italiens ou bien accepter le fait que bon nombre des vins rouges les plus prestigieux d’Italie fassent appel à des variétés bordelaises, voire à du chardonnay. La tendance était clairement en faveur des variétés italiennes, mais je me demande si cela est une aussi bonne idée, surtout quand il s’agit de démontrer que certains vins italiens peuvent rivaliser avec les meilleurs de France, par exemple. Mais, ne l’oublions pas, il s’agissait d’une cible de professionnels du vin. Lorsqu’il s’agit de consommateurs, et dans des marchés loin du pays en question, il me semble évident que la première étape doit consister à les rassurer et les séduire avec des vins dont ils ont déjà une idée stylistique.

A Cab with Kim at Starbucks

Robert Joseph prend quelques exemples plus exotiques qui, à mon avis, renforcent encore le message, mais auparavant, il présente la problématique ainsi, en posant la question rhétorique qui sous-tend ce débat :«  »Est-ce que le monde a vraiment besoin d’un autre Cabernet Sauvignon ? », est une question qui sort du même tiroir que « Est-ce que ma ville à besoin d’un autre Starbucks », ou bien « Est-ce qu’on est curieux de connaître les avis de Kim Kardashian ? », Toutes questions auxquelles on doit, malheureusement, répondre « oui » !

Il cite en exemple des conférences récentes sur les vins de Moldova et de Macédoine du Nord pendant lesquelles des échanges avaient lieu sur la question de fallait-il que les producteurs de ces deux pays se concentrent sur les cépages Feteasca, pour la Moldova, et Vranac, pour la Macédoine du Nord, plutôt qu’adopter des cépages internationaux et les standards qui vont avec.

Prenons le Cabernet Sauvignon, qui est la variété la plus plantée au monde selon l’OIV, mais dont la surface est toujours en augmentation aux USA, en Chine, en Roumanie et en Hongrie, par exemple. Pourquoi ? Simplement parcequ’il y a une demande mondiale, ce qui est très loin d’être le cas des variétés Feteasca ou Vranac. A la mi-2019 il y avait 30.600 cafés Starbucks dans le monde et des nouveaux s’ouvraient au rythme de 1600 par ans. Je n’ai jamais mis les pieds dans un café Starbucks, mais ce chiffre fait réléchir. On peut aussi imaginer (l’idée est effrayante, je vous l’accorde) qu’une partie des 190 millions de suiveurs de Kim Kardashian soit fascinée par ses pensées.

Nous, professionnels du vin, qui avons de multiples occasions de déguster, généralement dans de bonnes conditions, des vins de tous les pays et d’un très grand nombre de cépages, nous pouvons faire les difficiles, être exigeants et chercher de la diversité; et quelque part, c’est bien cela qui enrichit en rend intéressant le monde du vin. Mais n’oublions jamais que la plupart des consommateurs ont une perspective très différente de la nôtre. La monde du vin leur paraît très complexe, avec un offre multiple, et ils cherchent avant tout des points de repère connus et une forme de rassurance. Cela explique aussi bien l’impact des médailles dans des rayons de supermarchés que la concentration mondiale sur une petite dizaine de cépages. Et je ne suis pas prêt à leur donner tort.

Joseph va plus loin dans son illustration du problématique avec le cas du Vranac, cépage dont j’ai eu l’occasion de déguster un exemple venant de la Macédoine du Nord lors d’un voyage en Croatie. D’abord la production totale de ce cépage le dépasse pas les 200.000 hectolitres, dont très peu franchit les frontières du pays. Ensuite parlons de son goût. On peut dire qu’il est intense. Il a souvent été décrit comme « puissant » ou « masculin » et Jancis Robinson, en décrivant le Rezerva Familije Sjekloća 2005, disait “ a fine wine by any measure” mais avec “a balsamic/medicinal twist” et “not to be contemplated without food”. L’exemple que j’ai dégusté était effectivement très puissant, avec plus de 15% d’alcool, mais aussi riche en saveurs assez différentes, voire étranges pour la plupart des gens. Il se trouve que je l’ai beaucoup aimé mais c’est un style difficile à recommander à la plupart des consommateurs.

Faut-il alors conseiller à des producteurs de cépages peu ou pas connus d’arracher tout cela immédiatement et replanter des variétés dites internationales ? Bien sûr que non, mais il faut bien choisir sa stratégie à l’export si on veut avoir une chance d’obtenir un niveau de reconnaissance au delà des ses frontières locales ou nationales. A coup sur il faut éviter les supermarchés ou autres lieux de libre service. Puis il faut être patient et travailler avec des relais capables d’expliqer ces vins. La plupart des consommateurs sont très peu aventureux et ne sortent que rarement de leur zone de confort.

Notoriété, qualité, disponibilité

Enfin, il fait bien choisir le cépage qu’on veut promouvoir et en avoir à vendre, ce qui n’est pas toujours le cas. Prenons le cas de la Géorgie, pays que j’ai visité à trois reprises et qui est aussi cité dans l’article de Robert Joseph. Le cépage Kisi est très intéressant, tendre et aromatique mais sans être mou. Malheureusement il y en a très peu de planté dans le pays – rien à vendre, donc. En revanche, il y a une quantité importante d’une autre variété blanche, le Rkatsateli, mais qui est assez neutre et peu intéressant, à la manière du Trebbiano/Ugni Blanc par exemple. On ne risque pas convertir grand monde au vin géorgien avec lui.

Si on cherche des exemples de variétés ayant émergé sur la scène internationale depuis deux ou trois décennies, au-delà des 6 ou 7 que tout le monde peut citer (Chardonnay, Sauvignon Blanc, Pinot Grigio, Pinot Noir, Syrah/Shiraz, Merlot, Cabernet Sauvignon), je ne trouve guère que le Malbec qui pourrait à l’avenir se rajouter à cette liste, grâce essentiellement aux efforts des argentins, maintenant épaulé par Cahors mais qui en a beaucoup moins. Facile à aimer, facile à prononcer aussi: ces deux atouts ne sont pas à négliger dans ce contexte.

Enfin il y a la question de la disponibilité et du volume produit. Cela ne sert à rien de mener une campagne de promotion pour une variété à la fois très localisée et limitée en volume. Mais, si vous produisez beaucoup de vin, comme c’est le cas pour la Moldova, vous avez intérêt à attirer du monde avec des goûts qui ne leur semblent pas trop étranges. Assembler des cépages autochtones avec du Merlot ou du Cabernet peut constituer une bonne solution dans ce cas.

Cela dit, à l’heure où certains d’entre vous liront ces lignes, je serai à Fronton pour déguster quelques vins d’un autre cépage obscur mais intéressant, la Négrette, et je vous en parlerai la semaine prochaine. D’ici-là quelques terrasses seront ouvertes dans ce pays.

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

26 réflexions sur “International ou local, le cépage : cela se discute….

  1. Intéressant débat. Il faut faire la part de l’intérêt économique – et là, c’est vrai, tous les cépages autochtones n’ont pas de vocation internationale, et celle, très différente, de l’intérêt de sauvegarder un héritage précieux qui, peut-être, demain, aura un succès international. Ou pas.

    Je note que ni Joseph ni toi ne parlez des vins d’un cépage qui a connu un succès phénoménal au plan mondial, ces derniers temps: le glera, qui est le cépage du Prosecco. Et ce, sans qu’on ne connaisse son nom. Je crois qu’aujourd’hui, il faut moins de temps qu’avant pour faire connaître une appellation, un cépage ou un pays de vin que par le passé, même dans un large public. Les moyens marketing sont plus puissants, la force d’entraînement de la distribution aussi. L’histoire du Prosecco en est l’exemple. Comme la roue tourne toujours, il y a aura forcément demain d’autres Proseccos, et qui sait, ce sera le Blaufränkisch ou la Petite-Arvine, parce que l’Australie aura réussi à bien l’acclimater, et à le marketer…

    Même si je te rejoins sur un point: c’est plus facile de faire découvrir un nouveau pays quand on peut s’appuyer sur quelque chose de connu. J’ai assisté à l’arrivée des vins bulgares en Belgique dans les années 90, et même après 30 ans il est toujours plus facile de vendre du Chardonnay ou du Merlot bulgare que du Mavrud.

    Pourtant, dans le même temps, toujours en Belgique, le Chili a réussi à imposer son Carménère, et l’Argentine son Malbec, bien que ces deux cépages aient été virtuellement inconnus du grand public, au départ.

    Mais au fait, à partir de combien de pays peut-on parler de succès et de notoriété internationale?
    Depuis quelques années déjà, le Picpoul (de Pinet) marche très bien en Grande-Bretagne. Le Colombard de Gascogne, aussi.
    Voila des cépages très locaux qui réussissent à l’international, sans pour autant qu’on en plante à tour de bras en dehors de leur région d’origine.
    Peut-être qu’un jour, cependant, de nouveaux pays se mettront sur les rangs, et les concurrenceront.

    Je pense qu’à ta liste de cépages internationaux de grande notoriété, on pourrait aussi ajouter le grenache, le riesling et le muscat.

    Par ailleurs, il y a certains cépages qui sont très forts dans un pays, et auxquels cette force a permis de conquérir de gros marchés mondiaux: on vend ainsi pas mal de Primitivo, de Montepulciano (le cépage, pas la DOC), de Nero d’Avola et de Sangiovese aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Belgique. Pas mal de Carménère chilien aussi. Dans la liste des possibles succès futurs, je vois aussi le Grüner Veltliner autrichien, ou le Chasselas suisse (à condition que les Suisses veulent bien en exporter). Ou encore le Vermentino italo-corso-provençal…

    Peut-être un jour ces cépages sortiront-ils de leur fief national – le Carménère est bien venu de France, de même que le Chenin, aujourd’hui majoritairement sud-africain.

    Je note qu’on plante aujourd’hui pas mal de Tempranillo hors d’Espagne, de Touriga et d’Alvarinho hors du Portugal. Même en France.

    Parce que si le succès des grands cépages est indéniable, sur les marchés matures et concurrentiels, au moins, je crois qu’il y a toujours une demande de nouveautés, par curiosité, par envie de ne pas boire comme papa, ou d’explorer, et que cela pourrait bien-être la chance, un jour, de la malagousia ou du manseng.

    Ce ne sont là que quelques réflexions en vrac, juste pour rebondir sur tes pistes, qui mériteraient d’être explorées plus en détail.

    J'aime

  2. David Cobbold

    Je suis d’accord qu’on peut créer une sorte de « deuxième division » de cépages connus et qui émergent plus que d’autres. Le riesling, évidemment, le grenache peut-etre, bien que ce cépage souffre à mon avis de n’apparaître sur les étiquettes que rarement. On pourrait dire la même chose du chenin blanc en France. Pas d’accord pour le gléra, dont personne ne connaît l’existence hors des professionnels du vin car la marque, dans ce cas, est Prosecco. Pour le primitivo, qui est certainement connu par davantage de personnes sous son synonyme de zinfandel, et alors qu’il s’appelle tribidrag dans son pays d’origine, la Croatie, c’est plus compliqué. La tempranillo est certes très planté en Espagne, mais très peu ailleurs pour l’instant et, là aussi, il ne figure que rarement sur les étiquettes. Ce dernier point est à mon avis crucial : tant que des appellations refusent d’autoriser la mention de leur cépage (principal ou unique) sur les étiquettes, ces variétés tarderont à émerger à la connaissance des consommateurs.

    J'aime

      1. pthomas1954

        Pas tout-à-fait exact! En réalité, une appellation (et non «une marque» comme le dit David…) ne peut avoir le nom d’un cépage, selon le règlement de l’OIV. Or donc, pour maintenir le nom de Prosecco, associé exclusivement à la provenance de ces régions italiennes qui le mentionnent (elles sont plusieurs DOC…), elles ont dû re-baptiser le cépage, en l’espèce «gèlera» (pas terrible en français…). Et aussi prouver Prosecco existe quelque part, un village tout à la limite de la région, juste à côté de l’aéroport de Trieste!

        Aimé par 1 personne

  3. Nadine Franjus

    Merci pour cette réflexion pertinente sur le débat entre cépage local/indigène/ancestral et le cépage connu/le plus planté/international/traditionnel. On ne peut pas écarter l’effet marketing dans la reconnaissance de ces cépages, souvent indépendamment de leur goût. J’espère lire aussi une analyse sur le « local is best » après avoir constaté que le « small is beautiful » est toujours d’actualité. Il me semble que ces deux phénomènes sont moins dépendants du marketing. Plutôt influencés par un besoin de pouvoir « vérifier » ce qui est annoncé/promis/communiqué. Petit et près de chez soi, c’est toujours possible d’aller voir par soi-même si c’est vrai.

    J'aime

  4. pthomas1954

    Chers amis, je vois qu’Hervé n’a pas oublié le chasselas quelque part dans sa réponse… Encore faut-il savoir qu’il est extrêmement rarement mentionné sur les étiquettes et que les Suisses le considèrent d’abord comme un vin de terroir, où l’origine ou le cru, pour ne pas dire le 1er Grand Cru, spécialité vaudoise — «y’en a point comme nous!», prime sur le cépage, appelé de surcroît fendant en Valais! J’approuve le constat de la mondialisation du malbec (cf David) et j’y ajouterais le marselan, peu usité en France, mais en Suisse et surtout en Chine! Enfin, identifier un pays, une région, à un seul cépage peut être un bon vecteur de publicité… surtout si le cépage n’est pas mondialisé!

    Aimé par 1 personne

  5. A propos du Glera et du Prosecco. Oui, tu as raison, Pierre. N’empêche que c’était aussi pour les Italiens un moyen d’éviter que les Australiens ne puissent exporter leur Prosecco, en donnant à ce nom, qui était celui du cépage, initialement, la protection de l’appellation d’origine.
    Tu parles d’incompatibilité entre nom de cépage et d’appellation. Mais il y a bien des exceptions, car on joue sur les mots: Muscadet est bien un nom de cépage, mais on fait comme si ce n’était pas le cas. Et puis que penses-tu de Picpoul de Pinet (on rebaptise le cépage piquepoul(e), pour avoir l’air d’être différent, mais les deux orthographes sont attestées dans l’histoire). Ou encore, du Montepulciano d’Abruzzo?

    Et pour rester sur les appellations – j’ai apprécié l’obstination des Suisses de Champagne dont tu nous parlais samedi. Et pour apporter une petite pierre à leur édifice juridique, je voulais rappeler que le Cognac utilise les mentions Grande Champagne et Petite Champagne en toute légalité/impunité – peut-être parce que les groupes qui possèdent les maisons de Champagne sont les mêmes que ceux du Cognac?

    Aimé par 1 personne

  6. Justes remarques en effet, David.
    Une petite diversion, au passage : ne m’attardant que sur les rouges, je note que mon chéri Carignan occupe la septième place des cépages rouges les plus plantés dans le monde, juste après le Pinot noir, un autre de mes chéris; que mon bien aimé Sangiovese est neuvième; que mon Cinsault adoré est quatorzième sur cette même liste devançant mon chouchou Gamay qui est en dix-septième position (source OIV). Étant un fervent défenseur de la diversité, je pense qu’il est de mon devoir de journaliste de les faire connaître et apprécier sachant qu’ils restent, à mon avis, de parfais exemples de cépages « internationaux », juste (un peu) à part.
    Mais, tu le notes toi-même, ces cépages seraient réservés à l’intérêt de certains « amateurs » seulement, des hédonistes certainement. Ils ne sont pas heureusement considérés comme des vins de « gros buveurs », des vins qui se bradent dans les supermarchés quand bien même les exemples de Cabs et de Chardos dépassant les limites du raisonnable en matière de prix ne manquent pas. Ce sont bien, hélas, « les gens » et ceux du marketing qui décident, pas nous. Certes, mais on peut toujours tenter de leur mettre des bâtons dans les roues avec un bon Gerwurz d’Alsace, du Midi ou de Nouvelle Zélande. L’espoir fait vivre…aussi.
    La vision anglo-saxonne ne se base que sur ce qui se vend le plus dans le monde comme si cette masse profitable à bien des actionnaires n’était que la seule chose qui compte dans les esprits. Eh bien je dis non à ce dictat. Les vins nous ouvrent tellement de portes qu’il reste plein de pistes à explorer. Et cela est bien plus fascinant que le succès mondial des uns et des autres.
    Bonne Négrette !

    J'aime

  7. Vous avez parfaitement raison, « les cépages les plus connus servent, pour la plupart de(s) consommateurs, de points de repère dans un univers de (du ?) vin qui reste parfois opaque, ou du moins très complexe ».
    Foin des « fantaisies à la mode » ! Mort à la diversité ! Vive l’uniformisation du goût !
    Mais pourquoi en rester là, pourquoi ne pas étendre les sages considérations énoncées dans cet article au domaine alimentaire ? Pourquoi conserver des bizarreries régionales « opaques » comme le cassoulet, la choucroute ou la truffe, inconnues de la majorité de la population mondiale, alors que le hamburger Mac Donald est une référence connue et appréciée partout ? Mais allons plus loin, il en va de même pour le vin, absent dans un certain nombre de pays, qui pourrait avec profit être remplacé définitivement par le Coca Cola, universellement reconnu.

    Après la négation du terroir, de la minéralité, et l’attaque de la biodiversité ampélographique, on se demande encore ce qui va bien pouvoir être la victime de cette boulimie ravageuse et provocatrice.

    J'aime

  8. andredeyrieux

    Qui dit marketing dit standardisation. Le grand malheur du monde du vin, c’est de n’être pas du Coca. C’est d’être, comme celui de l’opéra, ou de la faïence, complexe, riche, passionnant dans sa diversité. Une diversité d’ailleurs croissante.

    Valoriser les cépages rares, autochtones, modestes (https://www.dunod.com/sciences-techniques/rencontre-cepages-modestes-et-oublies-autre-gout-vins-0), c’est valoriser les cultures, les histoires, les personnalités des vignobles, et multiplier les portes d’entrée dans le monde œnoculturel du vin.

    Cette valorisation a bien d’autres retours sur investissement, et tout aussi vitaux :
    – la lutte pour la biodiversité ;
    – la multiplication des réponses ampélographiques aux pathologies et aux changements climatiques ;
    – la valorisation de territoires ruraux et de fiertés locales par la recréation de vignobles et de centres d’intérêt oenoculturels et oenotouristiques ;
    – et quand même sur le plan du marketing, le maintien ou le développement de la diversité des goûts face à la pression galopante de l’uniformisation, permettant de satisfaire les consommateurs, de plus en plus nombreux à s’intéresser aux vins de cépages historiques.

    Ces héritages d’avenir, c’est ce que partageront pour la dixième année les participants (vignerons, sommeliers, cavistes, journalistes, restaurateurs…) des Rencontres des Cépages Modestes qui auront lieu les 13 & 14 novembre à Saint-Côme d’Olt. C’est dans l’Aveyron, pays du cépage mansois ou fer servadou indigne de toute standardisation.

    Aimé par 1 personne

    1. David Cobbold

      Résumer marketing à standardisation c’est ignorer le sujet André ! Toi tu fais aussi du marketing en vendant ton projet très louable. Ce n’est pas du marketing vers un marché de masse, mais c’est du marketing quand-même !

      J'aime

    2. georgestruc

      Fort bien exposé, André, mais tu attaques de front un « système » de marketing dont la puissance est redoutable. Et tu as parfaitement raison. Dans sa réponse, David te signale que tu fais aussi du marketing. Je ne pense pas que ce mot possède le même sens pour l’un et pour l’autre. Le début du papier de David est fondateur de ce qu’il expose plus loin et se défendre a postériori de ne pas avoir voulu dire que les cépages autochtones, oubliés et autres, rangés dans le même sac, sont des « fantaisies à la mode », relève d’une attitude que je vais poliment qualifier de tour de passe-passe. Nous irons ensemble à St-Côme d’Olt, fêter la liberté !!

      J'aime

  9. David Cobbold

    Certain commentaires prouvent que vous (Jean Rosen en particulier) ne me lisez pas bien, ni à fond. Je n’ai jamais dit qu’il fallait ignorer les cépages rares. Bien au contraire, car je les ai déffendus lors de trois colloques sur le sujet, deux à Plaimont et un dans les Charentes, sans parler d’articles, livres et sujets radio depuis 25 ans. Tout ce que je dis dans cet article est que ce ne sont pas les véhicules les mieux adapatés à faire aimer le vin à une population plus ou moins novice à cette boisson. Et je crois que cela est indiscutable. Pour un marketing de niches, destiné à un public averti et souvent, mais pas uniquement, local, c’est une toute autre affaire.

    A propos d’uniformisation, croyez-vous que le bourguignons, ou toute autre région s’appuyant sur un unique cépage, seront d’accord pour dire que le chardonnay (ou le chenin, ou le pinot noir, etc, etc) uniformise les goûts ?

    Pour ce qui était de ma dégustation de negrette, vous lirez cela mundi prochain, mais je peux vous dire que j’ai découvert, grâce à Frédéric Ribes (Domaine Le Roc) et Marc Penavayre (Château Plaisance), un cépage blanc très intéressant et qu’une poignée de producteurs de Fronton ont récemment planté. Il s’appelle le Bouysselet. Oui, je suis pour les cépages rares quand ils ont une tel potentiel qualitatif, ou un autre intérêt comme un alcool fable (pas le cas du bouyseelet), une résistance à des maladies par exemple.

    Aimé par 1 personne

    1. Le Bouysselet a été présenté par Diane Cauvin aux 6e « Rencontres des cépages modestes » en 2016. (voir le programme sur le site Rencontres-des-cepages-modestes.com).

      J'aime

  10. David Cobbold

    @Pierre Thomas. A propos de mon usage du terme « marque » pour une appellation, je te rappelle que ce sont les responsables des appellations eux-mêmes qui l’emploient, en parlant de « marque collective ». Si on se fie à l’étymologie du mot marque, cela signifie, au départ, le marquage d’un animal qui est mis en collectivité pour le pâturage, par exemple. Le mot anglais est « brand », qui est un marquage au fer chaud afin que cela soit indélibile et permettra aus proporiétaires d’identifier leurs bêtes dans un troupeau. Tu dois connâitre cela en Suisse ! Une marque peut donc être individuelle ou collective.

    Aimé par 1 personne

  11. maugars jb

    Pour les consommateurs qui découvrent le vin par son ou ses composant(s), les noms des cépages connus sont effectivement des repères. Il me semble cependant que la spécificité du vin est qu’il ne se réduit pas à son cépage: il n’y a pas un goût unique uniformisé (et heureusement), puisque le terroir, le travail de la vigne et le talent du vigneron et d’autres facteurs offrent une palette d’expression très large pour un même cépage. Plus on découvre un cépage, plus on en apprécie les variations! Et la notion de marque dans le vin est donc bien singulière.

    J'aime

  12. David Cobbold

    Effectivement Monsieur Maugars, vous avez raison : le cépage n’est qu’une des portes d’entrée à la nature d’un vn. Il n’explique pas tout, mais il donne une forchette de profils dont les deux variables principales sont le climat et l’homme et ses choix. Mais cela permets à tellement de gens de faire leurs premiers pas dans cet univers complexe que j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi toutes les appellations qui utilisent une seul variété (ou une qui pèse 70%) ne l’inscrivent pas sur leurs étiquettes. J’étais à Fronton aujourd’hui et ils ont compris cela : la plupart inscrivent négrette sur leurs flacons maintenant, et cela aidera à faire connaître ce cépage relativement obscure. Et regardez le progrès de Cahors à l’export depuis qu’il mettent malbec sur leurs étiquettes. Le cépage fait partie des informations essentielles au consommateur, au même titre que la présence ou absence de sucre (est-ce que vous lisez cela en Alsace ?) le lieu d’origine et le producteur.

    J'aime

  13. Jacky RIGAUX

    Il est bon de rappeler la belle phrase de Léonard Humbrecht : « Le cépage est le prénom du vin, son nom de famille est le terroir ». Quand on est en présence d’un véritable terroir viticole, et il y en a sur toute la planète, nos aînés ont trouvé la (ou les) bonne (s) variété (s) pour que s’exprime, avec constance, le goût du lieu. Ce fut une constante pour le vin fin jusqu’à la dernière guerre mondiale. (Il y a toujours eu, depuis l’Antiquité, 3 catégories de vin, les vins fins (toujours chers car exigeants en coûts de production), les vins de substitution (les vins technologiques d’aujourd’hui) et les vins communs (vins ordinaires). Après la dernière guerre mondiale, le monde entier a voulu produire du vin. Il n’y a qu’un seul état américain qui ne produit pas de vin, par exemple, et ce n’est pas l’Alaska !). L’Australie, soutenue par l’Etat, s’est engagée dans l’industrie du vin. On fit appel aux meilleurs oenologues français et italiens pour aider cette nouvelle industrie, et bien sûr, on importa les cépages français et italiens les plus qualitatifs. Ainsi démarra l’industrie du vin de cépage porté par la marque et le marketing. Les américains imposèrent assez vite le nouveau grand vin de l’industrie du vin comme un vin boisé et toasté. Les industriels, pour en produire le plus possible, inventèrent les « staves », des planches toastées selon le goût supposé du consommateur pour tapisser les cuves, après avoir utilisé les copeaux directement en solution dans les moûts… Au tournant du XXIème siècle un puissant mouvement de promotion des vins de cépage et de marque fit appel à des chercheurs pour faire savoir au monde des buveurs de vin que le terroir est une pure invention française, bourguignonne en particulier, pour faire croire que les vins de France sont les meilleurs. Je renvoie à l’excellent dossier publier dans le BusinessWeek de septembre 2001 :  » Wine War, How American and Australian wines are stomping the French ».
    Comme la viticulture chimique et l’oenologie correctrice d’inspiration chimique s’étaient imposées en France comme ailleurs beaucoup de vins de terroirs étaient devenus insipides et médiocres, pendant que les vins technologiques de cépages, travaillés également en chimie, mais par des « winegrowers » et des « winemakers » très compétents, étaient souvent de meilleure qualité.
    Dans le même temps, dans les années 1970-1990, l’INAO a été trop laxiste pour l’octroi de l’AOC (il y a aujourd’hui au moins 100 000 hectares en France qui devraient sortir de l’AOC). Du coup beaucoup de vins français n’étaient pas à la hauteur des espérances.
    Heureusement, sous l’impulsion de grands vignerons de terroir, sous la houlette d’Henri Jayer, devenu vigneron mythique, « le réveil des terroirs » a sonné. Il fut suivi par des vignerons de génie comme Didier Dagueneau, Patrick Baudouin et les frères Foucault en Loire, Marc Kreydenweiss, Léonard Humbrecht et Jean-Michel Deiss en Alsace, Anselme Selosse, Pascal Agrapart en Champagne, Pascal Delbeck (puis Stéphane Derenoncourt) en Bordelais, Gérard Chave en Rhône, Olivier Jullien en Languedoc (et d’autres bien sûr). Le numéro de Que Choisir d’avril 2001 donna la parole à René Renou, président visionnaire de l’INAO : « Les viticulteurs français ont 5 ans pour se ressaisir ».
    Le 5 juillet 2015 les « climats » du vignoble de Bourgogne furent classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO comme modèles de toute viticulture de terroir du monde.
    Bien sûr, les vins de terroir aujourd’hui ne représentent sans doute guère plus de 5 % de la production de vin dans le monde. Ils exigent de la main d’oeuvre, du travail artisanal de la vigne (en biologie, biodynamie, agroforesterie…), un élevage soigné en fûts de chêne ou en contenants de grés couteux… Ils ne peuvent qu’être chers. Difficile de faire un vrai vin de terroir à moins de 10 euros la bouteille aujourd’hui pour les vignerons qui payent bien leur employés.
    Bien sûr je fais partie de ces personnes qui, aujourd’hui, sont taxées d’élitisme. Par ailleurs comme je défends la viticulture bio-dynamique, je suis critiqué par les tenants de la viticulture conventionnelle, et les tenants de l’orthodoxie oenologique, comme mon meilleur ennemi bordelais, André Fuster, qui me considère comme un cuistre. Bien sûr je ne peux que m’opposer à David, que je respecte, qui est un des chefs de file en France de la contestation de la vérité du terroir. Mais nous sommes encore dans un pays libre où il fait bon débattre. Et comme le vin n’est pas un produit de première nécessité, que pour notre survie l’eau suffit, je resterai toujours un défenseur passionné des vins de terroirs, ceux qui délivrent avec constance le message gustatif de leur lieu de naissance. Des vins qui, comme le disait admirablement, le regretté Jacques Puisais ont « la gueule de l’endroit et les tripes de l’homme ».

    Aimé par 1 personne

    1. georgestruc

      Tardivement venu dans ce débat (le terme débat est-il adapté dans ce cas de figure ? je ne le pense même pas) je te remercie, Jacky, d’avoir livré cette longue réponse. La lutte doit en permanence continuer, face aux forces du grand marketing du vin, j’entends celui qui nous enjoint d’acheter et de boire des « vins d’aiguilleurs », c’est-dire des produits que des interventions œnologiques font dévier de sa trajectoire pour sans cesse obtenir les mêmes profils et asservir le goût des consommateurs au point de le leur imposer. Car il est bien question d’asservissement, ce qui revient à tuer les initiatives, la curiosité, la recherche des goûts. Et cela nous projette dans le monde uniformisant de consommateurs rendus dociles. Ces fameux cépages dits internationaux, peut-on nous dire pourquoi ce sont eux et pas d’autres qui ont réussi à franchir toutes les frontières ? Certainement pas leurs qualités intrinsèques, par ailleurs incontestables, mais la volonté de personnes qui ont vu dans ces choix la façon de faire croire aux consommateurs que l’on allait fabriquer de grands Bordeaux, de grands Bourgognes, des Condrieu, des Hermitages, et autres, dans tous les lieux du monde où ils seraient plantés. Le Pétrus, la Romanée-Conti, le Condrieu, l’Hermitage du pauvre, en quelque sorte. Et le piège a fonctionné à merveille ! Le ruban tue-mouches idéal. Je ne peux respecter, ni cette forme de duperie, ni ceux qui en assurent la promotion.

      J'aime

  14. David Cobbold

    Ah, le fameux mythe du « gout du lieu » revient au galop. Comment peut-on le définir autrement que dans l’imaginaire et par l’induction ? Mettez cela à l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle triangulaire (je l’ai testé) et cela fond comme neige au soleil ! Je ne dis pas que le site viticole n’a pas d’impact sur un vin, mais que le site en question soit détectable au gout, vu l’ensemble des paramètres qui interviennent, j’ai beaucoup de mal à l’entendre

    J'aime

    1. Jacky RIGAUX

      Même si c’est aujourd’hui ce type de « vins d’aiguilleurs » qui dominent la planète vin, portés par un puissant marketing, on ne peut que répondre à David : « Et pourtant ils existent, ces vins au goût de lieu ». Et il existe encore des amateurs qui aiment à les apprécier en se réjouissant de leur exquise diversité.
      Galilée, en son temps, sommé par le pape à renoncer à sa théorie physique de l’héliocentrisme, avait dit : « Et pourtant elle tourne ! »
      Je ne te prends cependant pas pour le Pape du « vin d’aiguilleur » David, même si tu en es un très compétent promoteur. On n’est plus au temps de la domination papale qui avait failli emmener Galilée au bûcher ! Vive les échanges que peut ouvrir « Les 5 du Vin ». Merci de ne pas censurer les propos de ceux qui osent s’y exprimer, au risque de passer pour des cuistres.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.