Beaujolais mon amour

Comment dire ? Autant être simple et direct : j’aime beaucoup le beaujolais. Oh, pas tous les vins de cette région, bien entendu : c’est comme partout, il y a des bons et des moins bons, voire des carrément mauvais. Une appellation, quelle qu’elle soit, n’a jamais constitué une garantie de la qualité, car, en plus de l’épineuse question de la préférence individuelle, il reste, avant tout, le travail de l’homme dans le vignoble et dans le chai et cela, aucune règle ne peut le maîtriser.

Sans minimiser le rôle du lieu (terroir si vous voulez), qui offre une certain champ de possibilités, c’est l’homme qui fait le vin à la fin, avec ses goûts, ses moyens, ses choix et sa conscience. Nous le constatons tous les jours, ou, du moins, chaque fois que nous sommes confrontés à la dégustation d’une série de vins d’une même région ou appellation. Et les labels ne font pas grande chose à cette affaire non plus : bio ou pas, bio-machin ou autre, je n’ai jamais été capable de trouver un lien indéfectible entre un des ces labels et la qualité gustative d’un vin.

La semaine dernière, l’interprofession du Beaujolais (qui fait un travail remarquable, efficace et pro), à ma demande, m’a expédié une trentaine de vins de cette région, avec des représentants de toutes les appellations en rouge : Beaujolais, Beaujolais Villages et les 10 crus. Je n’avais pas d’objectif particulier, et surtout pas celui de tenter de cerner des soi-disant « typicités » de chaque appellation, étant donné le faible nombre de représentants de chaque appellation (entre 1 et 3, selon le cas). Cela sera peut-être pour une autre fois. Non, je voulais simplement me refaire une sorte d’image globale des vins de la région dans leur ensemble. Et ma conclusion, en deux mots, est que cette image est « très belle ». Un peu court ? Alors il va falloir lire le reste de cet article !

On pourrait commencer par le paysage car j’ai pu passer, il y a 15 jours, une demi-journée à circuler à moto dans les collines du Beaujolais, comme une parenthèse avant d’enseigner à Lyon pendant 4 jours. Un bonheur que ces pentes variées, les bois sur les sommets ou les versants occidentales, des maisons en pierre de couleur ocre, des routes qui tournicotent, des vignes qui tentent de repousser après cette épisode terrible de gel. Ce paysage est très beau, souriant et varié.

J’ai pu, avec César, mon camarade de jeu restaurateur et nos deux motos, faire escale à Château Thivin à Brouilly ou nous avons été très bien reçus, à l’improviste et où nous avons dégusté (en crachant bien entendu) d’excellents vins, blancs comme rouges. Une excellente adresse ! Ensuite, nous sommes partis à l’attaque du Mont Brouilly et ses petites routes… mais nous sommes là pour parler du vin, alors allons-y.

Ma dégustation.

Il y a avait 29 vins en tout. Je les ai partagés avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, avec qui je travaille depuis longtemps. Nous étions d’accord sur tous les vins, en tout cas sur les meilleurs et les moins bons. Je vais parler d’abord des vins que nous avons aimés, à savoir 18 produits sur un total de 29, ce qui est déjà un excellent score!

Je vais aussi, à la fin, lister les vins que je n’ai pas aimés, en disant pourquoi. J’estime en effet que c’est plus honnête de ne pas passer cet aspect sous silence. J’inclus aussi les prix de vente qui figuraient dans les fiches techniques très complètes qui accompagnaient chaque échantillon. Je le signale, car ce n’est pas toujours le cas dans pareille situation.

Les 18 vins que j’ai bien aimés

Beaujolais, La Rose Pourpre, vieilles vignes 2020, Vignerons des Pierres Dorées (7 euros)

La vinification, en cuves béton, est indiquée comme  étant « traditionnelle », sans précision sur le sens de cela.

Je sais que la région des Pierres Dorées étudie la possibilité de se constituer en appellation sous-régionale dans l’aire du Beaujolais. Ayant, il y a deux mois, dégusté à l’aveugle, comme d’autres collègues, des vins de cette région en même temps que d’autres qui étaient des Beaujolais issus d’autres secteurs, j’ai du mal à trouver une justification à cela par le goût. Les styles individuelles prenant le pas pas, comme toujours, sur une supposé « typicité » régionale.

Ce vin en est un pur délice. Nez guilleret de fruit frais, aussi net que plaisant, de cerise et d’autres fruits rouges. Cela est clairement ce qu’on attend d’un Beaujolais. Aussi agréable qu’harmonieux en bouche, les saveurs sont soutenues par ce qu’il faut d’acidité. Aussi gourmand que précis. Rapport qualité/prix imbattable !

Beaujolais Villages, Domaine des Combiers, Elégance 2020 (7 euros)

Vinification par grappes entières en cuves béton

Vin net et précis, avec une touche d’austérité dans son toucher, mais un bon vin néanmoins et à un prix raisonnable.

Beaujolais Villages, Château de Pougelon 2020 (8 euros)

égrappage à 60%, vinification en cuves béton, pas de macération carbonique, ni semi-carbonique

Le nez à une petite touché fumée mais il ne semble pas que ce vin ait vu le bois. Au palais c’est assez ample et chaleureux, bien fruité, net et bien équilibré . Une pointe texturale en finale indique une présence partielle de rafle qui rajoute de la tenue.

Beaujolais Villages, Domaine de la Madone, Immaculée Conception 2020 (9,5 euros)

Vinification en cuves béton, macération à 30°C 

L’étiquette de l’échantillon reçu ne doit pas être définitif, car il lui manquait toutes les mentions légales.

Le vin est délicieux, vibrant d’un fruité aussi pur qu’expressif. C’est sans défaut et, au contraire, plein de qualités de gourmandise en bouche avec une sensation fringante et alerte.

Brouilly, Domaine Olivier Pezenneau, lieu dit Combiaty 2018 (10 euros)

égrappage à 80%, température de 26°C avec grillage (chapeau immergé) en cuve ciment

Le nez est allègre, bien vif. En bouche cela suit dans la même veine dans un joli style aérien, facile d’accès.

Brouilly, Château de la Chaize, lieu-dit « La Chaize » 2018 (25 euros)

Vendange 90% éraflée, remontage sans pigeage, cuvaison 14 jours, élevage en foudres

Une vraie complexité au nez, qui mêle des notes fruitées, fumées et épicées. Cela se confirme en bouche autour d’une très belle matière vivante et plein de fruit, également soutenue par une fine structure qui amène une belle longueur. Excellent vin, capable d’une petite garde, mais un peu cher.

Brouilly, Domaine Les Roches Bleues, Les Trois Loups 2019 (14 euros)

Macération de grappes entières, température en dessous de 25°C pendant 15 jours avec de légers remontages. Pas de filtration, léger sulfitage à la mise.

L’étiquette est belle, graphiquement créative. Avec son capsulage en cire, cela respecte les codes d’une certaine approche du vin. Mais celui-ci, loin de sembler brouillon ou déviant, est impeccable et délicieux. Nez de fruits noirs et de sous-bois, puis, en bouche, une fruité délicieux, croquant et bien encadré par des tannins légers et une acidité contenue. Cet excellent vin est aussi gourmand que long en bouche et il vaut largement son prix.

Regnié, Domaine Raphael Chopin, Les Braves 2019 (14 euros)

Macération semi-carbonique en cuve ciment

Nez relativement discret mais bouche bien équilibrée, mis à part une légère impression d’alcool. Bien fait dans un style structuré; un vin de repas.

Chiroubles, Domaine Thivolle, Amphoras 2019 (17 euros)

Vinification « traditionnelle » (je ne sais toujours pas ce que cela signifie) avec pied de cuve, élevage 9 mois en jarres de grès

Il faut cesser d’appeler « amphores » des outils de vinification qui ne correspondent pas à ce descriptif. Ignorer à ce point l’histoire du vin est signe de paresse ! Il s’agit de dolia, ou, en bon français, de jarres.

Le vin a un bon fruité dans un style assez gouleyant, mais la finale est marquée par une texture un peu ferme ainsi qu’un goût qui me semble poussiéreux. Je trouve cette sensation assez régulièrement avec ce type de contenant qui semble être à la mode, même si cela reste marginale A tout prendre, je préfère le bois quand c’est bien géré.

Juliénas, Domaine des Chers, vieilles vignes, Terroir des Chers 2020 (9,50 euros)

Vinification semi-carbonique en grappe entière

Nez frais, de baies rouges. Un vin précis, peu expansif mais bien construit autour d’un axe d’acidité. C’est aussi léger qu’agréable avec une petite structure qui prolonge bien les sensations en bouche.

Juliénas, Domaine du Clos du Fief 2019 (9 euros)

Grappes entières en macération semi-carbonique pendant 14 jours avec quelques remontages en cuves béton.

D’une expressivité moyenne au nez, avec la fraîcheur de petits fruits rouges qui dominent. Une petite sensation de fermeté en bouche soutient cette impression générale de fraîcheur dans le fruit. Aussi plaisant que net, et très bien placé en prix.

Fleurie, Château de Grand Pré, Cuvée Spaciale 2019 (20 euros)

NB. Il s’agit bien de cuvée « spaciale » et non pas « spéciale », comme on peut voir par son étiquette! Peu d’information sur la vinification (dans l’espace peut-être ?) Elevage 3 mois en demi-muids

Le vin est plus sérieux que l’étiquette, malgré une dose de volatilité que certains pourront trouver excessif. Gourmand en bouche avec une belle profondeur dans son expression du fruit. La petite touche d’amertume en finale ne sera pas gênante à table. Un peu cher peut-être, comme un voyage dans l’espace.

Fleurie, Domaine Grégoire Hoppenot, Indigène 2019 (15 euros)

Vendange entière puis macération 10 jours, non-carbonique, à des températures en-dessous de 30°C, puis descente à 18°C après pressurage. Vinification sans sulfitage mais 2 g/hl après malo.

Je ne sais pas trop quelle est le sens ni  l’intérêt du terme « indigène », et je me moque de qui est indigène et qui ne l’est pas, mais ce vin est mon coup de cœur parmi toute cette série ! Pour commencer, l’étiquette, très large, est une peinture de paysage et, par ma formation et mes inclinations (vous verrez quelque chose à ce sujet la semaine prochaine), j’y suis très sensible. Mais l’habit ne fait pas le moine bien entendu.

Ce vin est si délicieux que je n’hésite pas à dire qu’il représente tout ce que j’aime le plus dans les vins de cette région. Le nez exprime un paquet de fruit avec une impression de fond, de volume. Cette fraîcheur croquante de fruits bien mûrs invite à la dégustation et on n’est pas déçu du voyage : c’est même encore meilleur car très juteux et parfaitement équilibré entre son fruité et une structure légère qui le soutient et le prolonge. Aucun excès ni d’amertume et des tannins en dentelle. Un délice absolu ! J’achète !

Fleurie, Domaine de Nugues 2018 (14,50 euros)

Macération semi-carbonique, avec 30% subissant une macération pré-fermentaire à froid, et un soutirage avant malo.

Un beau nez, plus austère que le vin précédent mais bien frais. Il est aussi plus « tenu » et classique dans son expression au palais, mais c’est un bon vin dans son style.

Morgon, Domaine Mee Godard, Grand Cras 2019 (21 euros)

Egrappage partielle et macération de 21 jours, puis élevage sous bois (228 et 500 litres)

Je ne connais pas cette productrice mais elle est précédé par une belle réputation. J’aime le style très épuré de son étiquette. Le nez allie gourmandise du fruit avec une sensation de profondeur. C’est aussi bon que complet en bouche avec une structure assez présente et un fruité qui a des accents de sous-bois. Très bonne longueur pour ce très joli vin de demi-garde mais qu’on peut boire avec plaisir de suite, surtout à table. Un de mes vins préférés de cette série.

Morgon, Château Bellevue, Côte de Py 2018 (15 euros)

Vendanges triés puis partiellement égrappés avant une macération longue de 30 jours en cuves bois. L’élevage dure 18 mois dans un grand foudre de chêne.

Appartenant, comme quelques autres domaines, à l’excellente maison de négoce, Jean Loron, voici un vin bien préparé et armé pour la garde. C’est un style assez différent du vin précédent, mais c’est aussi bon dans son genre. La nez a beaucoup de fond, sans avoir perdu le bon fruit du gamay. Il a juste ce léger accent de fumé /boisé qui lui vient du bois, mais sans écraser le reste. la structure en bouche est bien présente, au point de dominer un peu par moments. Clairement taillé pour la garde et à un prix très raisonnable aussi.

Moulin-à-Vent, Château de Moulin-à-Vent, Les Vérillats 2016 (27 euros)

75% égrappé, puis macération pré-fermentaire et post-fermentaire à froid, avec pigeage en début de fermentation.

Le nez nous amène près du voisin du nord avec un côté pinot noir : après tout, ces deux cépages ont un lien familial car le pinot est, avec le gouais, un de ses parents. Son profil relativement austère et sa structure tannique confirme cela. C’est un très bon vin dans un style qui le destine à une certaine garde – garde qui peut d’ailleurs se prolonger vu que ce vin a déjà dépassé son 4ème anniversaire.

Moulin-à-Vent, Domaine Paul Janin, Héritage 2019 (23 euros)

Vinification semi-carbonique en grappes entières, puis élevage en cuves pendant 16 mois.

Ayant trois ans de moins que le vin précédent, ce vin n’a pas eu le temps de s’affiner autant. Le nez est bien présente et sombre, avec des notes intenses de fruits noirs et de sous-bois. Il est assez charnu en bouche, chaleureux aussi (le millésime ?), construit autour d’une superbe matière fruité avec une structure qui y répond sans l’écraser. Excellent : le meilleur vin de cette série dans le style capable de se conserver quelques années.

Et maintenant les 11 vins que je n’ai pas aimé, ou pas trop, avec quelques raisons

Beaujolais, Domaine Romany, Le Moulin 2019 : bon fruit mais de bretts bien en évidence donnant des odeurs animales et une texture rêche.

Saint Amour, Domaine Chardigny, à la Folie 2019 : nez de champignon avec un fond poussiéreux. Bouchon défectueux ou c’est le vin ?

Saint-Amour, Domaine de la Pirolette 2018 : atteint de bretts et d’une acidité féroce. Finale dure.

Régnié, Domaine de Capréoles, Diaclassé 2018 : encore des bretts !

Chiroubles, Domaine la Grosse Pierre 2019 : vin simple ayant peu de fond, sans vices mais sans grande vertu.

Chiroubles, Château de Javernand : cela pue des pieds ! Animal et volatile. Plus aucun fruit et texture rêche. Un des travers, évitable pourtant, d’une vinification sans sulfites. Le vigneron pense que ce vin ne contient pas de bretts et je vais re-déguster un échantillon.

Brouilly, Alex Foillard 2019: Acidité volatile qui décoiffe, plus bretts. Cela va souvent ensemble .

Côte de Brouilly, Domaine Baron de l’Ecluse, Les Garances 2019: Trop extrait, avec des tannins durs.

Côte de Brouilly, Laurent Martray, Les Feuilles 2017: Peu de fruit et matière dure et asséchante.

Chénas, Château Bonnet, Confidences de l’Echevin 2018 : une extraction très dure qui écrase le fruit.

Moulin-à-Vent, Domaine Bertrand, Infini  2018 : encore des bretts.

Conclusions et questionnements

Vu le nombre de bons et très bons vins, j’étais emballé par cette dégustation, bien qu’encore trop de vins aient souffert de défauts annihilant tout le plaisir que peuvent donner les vins de gamay, c’est à dire une pureté de fruit. Si on veut à tout prix vinifier sans un usage raisonnable de sulfite, il faut prendre pas mal de précautions il me semble, notamment en matière d’hygiène et de suivi des vins, en particulier pour la présence des brettanomyces.

Je constate aussi beaucoup de variations dans les techniques de vinifications à l’usage, ce qui explique, autant que le terroir, les nuances stylistiques entre tous ces vins. Cela dit, je constate que les deux Moulins-à-Vent que j’ai aimés correspondent bien à l’image que j’ai de cette appellation – celle de vins de garde.

Il y a avait des bons et très bons vins dans les trois groupes, Beaujolais, Beaujolais-Villages et Crus, même si certains de ces derniers sont absents de ma sélection.

Les prix sont, dans l’ensemble, plus que raisonnables et très compétitifs pour les plaisirs que donnent les meilleurs vins. Je vais d’ailleurs en acheter…..

David Cobbold 

8 réflexions sur “Beaujolais mon amour

  1. J’aime bien des crus de Beaujolais qui sont importés au Brésil, même s’il n’y a beaucoup d’options, mais je n’avais aucune chance d’y trouver des bonnes Beaujolais-Villages ou les Beaujolais AOC.

    Je vous remercis, David, pour ce post. Si ces vins arriveraent ici, ou quand je retournerais en France, j’en chercherai!

    (pardonnez mon français, il faut pratiquer, préferablement avec une de ces bouteilles)

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    1. David Cobbold

      Merci de votre commentaire Edouardo. (we can exchange in English if you prefer, but your French is fine). Les Beaujolais Villages, en particulier, représentent souvent les meilleures affaires de la région.

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  2. Je partage ta grande amour pour le Beaujolais. Mais puisque tu abordes (même brièvement) le sujet de la typicité, je voulais dire que j’ai beaucoup de mal à distinguer certains crus entre eux, à l’aveugle. Quand je les déguste par appellation, je trouve des constantes, mais si l’on panache, c’est souvent beaucoup plus délicat. Et même dans des appellations comme Moulin-à-Vent ou Morgon, réputés produire des vins plus denses et plus aptes à la garde, je trouve que ça dépend énormément des choix du producteur, notamment de l’élevage.J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent nos lecteurs.

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  3. David Cobbold

    Je suis entièrement d’accord Hervé. Ma remarque sur mon expérience avec les Beaujolais de la zone des Pierres Dorées et les autres que je relate en introduction à mes commentaires sur le premier vin de cette liste va dans le même sens. Et les écarts entre les deux morgons qui figurent dans ma petite sélection aussi. Quand on regarde les différents chemins de vinification annoncés par les producteurs, sans parler de tout ce qu’il y a en amont, il me semble évident qu’il est très difficile, voire impossible, d’attribuer une différence de profil entre deux vins dégustés à l’aveugle à une différence entre leurs noms de cru. Autrement dit, la dégustation dite « géo-sensorielle » est un fantasme, du moins dans ce cas.

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    1. Jacky RIGAUX

      Les vins du Beaujolais reviennent dans la lumière et c’est heureux. Comme dans tous les vignobles, l’engouement pour les « vins natures » est présent. C’est normal puisque Jules Chauvet, qui était du cru, est considéré comme le père de ce type de vin. Moulin-à-Vent a une proximité culturelle avec la Bourgogne dans laquelle il est géographiquement inscrit, puisqu’il est, pour partie, sis en Saône-et-Loire, département bourguignon, mais il est résolument « géo-sensoriellement » en terroirs Beaujolais. La séparation entre les deux vignobles est particulièrement bien visible quand on est à « Roche », petit hameau de Pierreclos, et que le regard se tourne vers le sud. On quitte le substratum calcaire pour le granit où s’épanouit à merveille le cépage gamay, fidèle traducteur de l’infinie diversité des terroirs beaujolais. Passé Tournus, le cépage pinot ne trouve plus ses marques, la climatologie change, les tuiles romanes s’imposent, le climat n’est plus le même… Le Beaujolais est un grand terroir et la diversité d’expressions gustatives y est aussi riche qu’en Bourgogne, sa voisine du nord.
      Du coup, il est toujours important de distinguer « typicité et « originalité ». Le meilleur texte sur le sujet reste celui de Patrick Baudouin publié dans la Revue des Oenologues (Originalité ou typicité ? in Revue des Oenologues, N° 108, juillet 2003.) N’oublions jamais que l’AOC ne garantit pas la qualité, mais l’origine. La viticulture de terroir n’est pas à la quête du meilleur, mais à celle de l’authentique, de l’originalité, celle qu’on ne retrouve qu’en ce lieu. A chaque vigneron de terroir, de « haut-lieu viticole », d’interpréter sa partition. Et sur chaque « Cru », il y a de subtiles différences. C’est pour cela que le Château de Moulin à Vent, par exemple, se plaît à revendiquer plusieurs lieux-dits, « à la manière bourguignonne des climats » : « Les Vérillats », « Les Thorins », « Champ de Cour », La Rochelle », « La Roche »… Quand on goût côte à côte ces différents « lieux-dit », avec la même viticulture, les mêmes vinifications, les mêmes élevages…., on perçoit avec évidence les différences, l’originalité gustative de chaque lieu. C’est cela la dégustation géo-sensorielle. Ainsi ressent-on les différences tactiles, gustatives, rétro-olfactives, olfactives, sans oublier les différences de robes, de chacun de ces « climats »…

      Aimé par 2 personnes

    2. Michel Haber

      Merci pour votre commentaire positif sur ces vins tant décriés, parfois avec raison malheureusement.
      Cependant je relève dans votre commentaire que la dégustation géo-sensorielle relèverait d’un fantasme. Ce commentaire engage surtout vos propres fantasmes sur une dégustation que visiblement vous ne pratiquez ni ne maîtrisez. Avant d’exprimer un avis aussi tranché il aurait été préférable d’en connaître les démarches et pratiques. La dégustation à l’aveugle en DGS a des exigences qui vont largement au-delà du simple cache de l’étiquette. Cette dégustation permet d’identifier si le vin raconte la spécificité d’un lieu au travers de l’ensemble des interventions du vigneron, de la vigne à la bouteille. Quel dommage que d’en nier l’existence et la véracité. Vous avez sans doute plusieurs cordes à votre arc mais celle-ci vous fait encore défaut.

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  4. David Cobbold

    Il n’y a pas que le granit en Beaujolais et la vigne s’en fiche pas mal. C’est l’homme, dans la fourchette de ce que peut offrir le (ou les) cépage(s) et le méso-climat en question qui fait le vin et non pas la géologie. Chaque fois que nous faisons des dégustations comparatives entre deux « terroirs » et un même cépage, cela saute au palais. Pourquoi continuer à nier cette réalité ? « La terre ne ment pas », c’est cela ?

    Aimé par 1 personne

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