Collioure : des vins, du naturel, une plage…

C’était un de ces matins particuliers comme seule la Côte Vermeille peut en proposer. Fin mai, un des premiers dimanches printaniers qui faisait que je ne pouvais que céder à la joie des retrouvailles. Je pris le train, sautillant de bonheur à l’idée de rejoindre les miens sur la bien nommée plage de l’Ouille (Olla en Catalan, ou marmite en Français, à moins que cela ne vienne d’un mystérieux ruisseau qui s’écoule là par temps d’orage… Ouille, ça mouille !). Là, à quelques virages du bastion de Collioure, non loin aussi de la station balnéaire d’Argelès-sur-Mer,  la côte devient rocheuse, « schisteuse » même…

En longeant un camping ombragé par la grâce d’une belle pinède, nous nous retrouvâmes à la terrasse d’une nouvelle guinguette de plage, un de ces endroits plus souvent mauvais que bons qui pullulent provisoirement pour quelques mois, histoire de plumer un peu plus les baigneurs coiffés de leurs casquettes américaines. Du moins c’est ce que je pensais, au fond de mon éternelle noirceur, avant d’arriver en vue de cette anse ensoleillée déjà assez fréquentée par les récemment « libérés » du confinement; une plage composée de sable grossier et de galets, comme tachée en son milieu par une mini lagune et dominée en son fond sud par une bâtisse en dur et d’un âge certain perchée sur un promontoire de béton ancien. S’y affichait une enseigne au nom intriguant: « L’Imprévue« . Un restaurant de plage ? Une aubaine !

©PhotosMichelSmith

Et c’est ainsi que, tel un pacha bienheureux soudainement parachuté sur une terre bénie des dieux, je m’installai à une table toute simple surplombant le golfe du Lion (la grande bleue, si vous référez) aux reflets bien argentés, comme il se devait. Talentueux serveur officiant jadis dans un autre établissement de la plage de Toreilles très fréquenté par les connaisseurs, le célèbre Zaza Club, le bel Emerick tout de noir masqué vint à nous une carte de vins à la main et un seul slogan à la bouche : « Ici, c’est tout nature !« . Bon, je savais que l’on mangerait correctement, mais le « tout nature » annoncé non sans un brin de fierté par la voix d’Emerick me mit en légère ébullition avec pour réflexion immédiate : « Aïe ! Alors, toi aussi tu t’y mets ? » Question émise sur le ton de la plaisanterie, certes, mais il faut bien admettre que depuis 20 ans presque, cette mise en exergue permanente du « vin nature« , « vivant« , « libre » ou « naturel » en amorce de toute considération vineuse a le don de m’irriter quelque peu, même si de plus en plus, il me faut admettre que, sous ce qualificatif, sortent de fort belles bouteilles.

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Avec les inévitables entrées à base d’anchois (enfin quoi, c’est Collioure, oui ou non ?) nous nous laissâmes tenter par d’inattendues bulles locales élaborées, qui l’eut cru, dans les caves fraîches de Banyuls-sur-Mer, la soeur voisine et quelque peu rivale, par un certain Carlo, un sympathique Italien installé ici depuis pas mal d’années. Au passage, le type expose ses fûts aux 9 Caves, en plein centre de Banyuls, à deux pas du port et de son aquarium. Pur, croquant, fruité, léger et rosé, ce grenache noir eut l’effet souhaité en pareil circonstance : nous rendre joyeux, ouvrir notre palais et nous rafraîchir sans nous saouler. Seul couac, son prix (58 €) qui fit que l’on regretta de s’être jeté trop vite dessus une seconde fois alors que nous avions plus d’une occasion de goûter d’autres bulles plus abordables…

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« Le vin naturel fait parler du vin et c’est l’essentiel« , disait ce cher trublion du « vin nature » qu’est Antonin Amunategui. Moi, je rajoute en toute modestie cette maxime : « Chassez le naturel, il revient souvent au galop » (voir et entendre ici) C’est qu’il convient parfois de bien s’en méfier, de ces « natures » qui frôlent souvent « l’iconique » avec des bouteilles hélas parfois elles-mêmes volontiers « surnaturelles« . J’ajoute que ce n’était pas exactement le cas de ces bulles banyulencques tout à fait acceptables, en dehors de leur prix, mais c’est là une autre histoire, un énième débat sur lequel je ne vais pas revenir l’ayant déjà abordé à maintes reprises ici même avec mes compagnons de blog.

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Toujours est-il qu’après les poissons (eux aussi acceptables) du pays et, pour finir en léger excès pour cause de moult ganaches au chocolat, nous eûmes envie d’essayer autre chose, d’autres bulles un poil plus modestes. Après relecture de la carte, nous découvrîmes avec joie les noms d’Agnès et René Mosse. Arrivé à ce stade, je dois ici clamer que gloire soit rendue à leur désormais fameux Vin de France mousseux brut nature « Moussamoussette » au prix nettement plus abordable (35 €) ! Brave au possible, vaillant, il fait office des pet’nat’ de Loire qui vous nettoient la bouche, la remettant bien en place pour mieux apprécier l’instant retrouvé d’une aussi belle fin de déjeuner annonciatrice des beaux jours. Songez que porté par l’enthousiasme, j’avais envie de fredonner l’Estate de Bruno Martino ! On ne pouvait rêver mieux comme finale joyeusement fruitée, ni mieux comme régalade pour clore ce déjeuner de bord de mer que ce parfait mélange ligérien, pressurage direct de Grolleau, en majorité, associé au Cabernet franc et au Pineau d’Aunis !

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Place jeudi prochain à notre bien-aimée Marie-Louise !

Michel Smith

PS J’en profite pour vous encourager à lire le papier de Stéphane Davet dans le journal Le Monde. Quittant les faits divers de la politique, il se penche sur le courant « nature » des vins et évoque, entre autre, le désormais label officiel « vin méthode nature ». Et aussi, pour rigoler tout en restant sur le même sujet, je vous propose la lecture d’un de mes papiers datant de 2015 sur ce même site coopératif. Je conseille également la visite du site de L’Imprévue, car les créateurs du restaurant proposent aussi la location de tentes, chalets et cabanes agréablement disposés sur d’anciennes restanques de vignes gagnées par la végétation. Idéal pour les amateurs de siestes amoureuses ! Enfin, un lieu de repos tout proche, entre Collioure et Port-Vendres, surplombant la petite baie de Paulilles : les chambres d’hôtes de mes délicieux amis Véronique et Louis, au Domaine de Valcros.

 

9 réflexions sur “Collioure : des vins, du naturel, une plage…

    1. David, bien vu ! Ha, ha… C’est vrai que lorsque je me sens bien j’ai du mal à me concentrer sur l’horizon. Mais n’exagérons pas : une seule photo bien de travers. C’était le choc des premières bulles. Je t’assure que, pour une fois, la nature était bonne ce jour-là. Attention, je vais désormais surveiller tes photos !

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  1. Michel, désolé, mais après ses déclarations sur les mâles blancs de plus de 50 ans dans le monde du vin, Antonin le trublion ne me fait plus rire. J’essaie d’avoir l’esprit ouvert, mais la ce genre de généralisation, ça ne passe pas.
    On peut soutenir la cause des femmes – et c’est mon cas – sans tomber dans la caricature – c’est le cas de le dire puisque tout part d’une caricature (de mauvais goût).

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    1. Hervé, les blancs de plus de 50 ça fait un bail que je n’en ai pas goûtés. Surtout des blancs de mâles. À l’inverse, les blancs de femelles de plus de 50 ans ça vaut encore le coup ! 😉
      Bises marines à toi !
      Michel

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  2. David Cobbold

    Le type en question ne m’a jamais fait rire de toute façon. Peut-être pensait-t-il à Marc Sibard, autre grand défenseur des vins « nature » ?

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  3. Nadine Franjus

    Vous tous réunis, Oui.
    En petite tenue, euhhhh. Après les Dieux du stade faut voir sir les Bacchus à la plage seraient aussi bien accueillis. Sans oublier la part féminine tout aussi « déifiable ».

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