Les Crozes-Hermitage 2018 chez Anne-Sophie Pic

Le rendez-vous avait été renvoyé plusieurs fois;  il a finalement eu lieu ! Presse parisienne, sommeliers de tables de prestige et producteurs de Crozes-Hermitage se sont retrouvés, début juillet, le temps d’une dégustation à l’aveugle et d’un repas chez Anne-Sophie Pic, à Valence. Notre confrère et ami Pierre Thomas (thomasvino) était parmi les invités et nous raconte.

La dégustation, d’abord

Découvrir 38 vins rouges «masqués», et les déguster tambour battant, permet de dégager, sans la pression de l’étiquette, quelques tendances. En toute subjectivité, mais étayée par mes commentaires, j’ai sorti quatre vins remarquables: le Crozes du Domaine François Villard (18 euros), la cuvée «Premier Regard» du Domaine Melody (16 euros), la cuvée domaine du Domaine Pradelle (11,25 euros) et «La fleur enchantée» du Domaine Saint-Clair (17 euros), le seul du quatuor en agriculture biologique (en reconversion). Pourquoi le souligner ? Parce que l’AOC Crozes-Hermitage se targue d’être une de celles les plus bio de France, sous l’impulsion de pionniers comme Laurent Combier.

De fait, derrière ce quatuor de tête, huit excellentes références : la cuvée domaine de Laurent Combier (22 euros), Aléophane, de Natacha Chave (18 euros), Les 4 Vents (19 euros), Les Galets des Hauts Châssis (23 euros), Les Pends des Entrefaux (20 euros), tous en bio, Les Calendes, de Ferraton Père & Fils, en biodynamie (17 euros), Ghany de Gaylord Marchon (15 euros) et Sicamor de la Maison Chapoutier (25,25 euros), le mieux noté des grands metteurs en marché devant Guigal, la Cave de Tain, Delas et Jaboulet.

Ce sont là des vins jeunes, jugés pour ce qu’ils sont aujourd’hui. On notera que la plupart ne sont pas élevés en barriques, ou alors de plusieurs vins, mais en demi-muids (ou en cuves béton, voire inox). Le fruit primesautier de la syrah reste très présent, avec des notes de violette, comme la tradition l’exprime, de giroflée, parfois une pointe de végétal, ou alors des notes de lard fumé. Comme toujours, j’ai privilégié l’équilibre du jour J et de l’heure H, plutôt que les tanins massifs ou le boisé tapageur — dont on peut toujours espérer qu’ils se fondront avec le temps…

Les 2015 résistent

Et le recul dans le temps, c’est l’équipe de sommellerie d’Anne-Sophie Pic qui l’a mesuré, en sélectionnant des blancs jeunes et des rouges du millésime 2015, solaire. La chef triplement étoilée a, sur cette base vineuse, construit son menu de six services. Anne-Sophie Pic offre une cuisine de haut vol, avec des ingrédients de qualité, sublimés par des condiments insolites et concentrés (en poudre, par exemple), souvent tirés du répertoire japonais. Elle favorise une large palette de goûts, jusque dans les pains, tel ce seigle aromatisé au whisky. Une cuisine qui exige des vins puissants, capables de «réagir» face à cette forte affirmation des saveurs. Les six Crozes rouges choisis s’en sont bien tirés, offrant un angle différent sur chaque plat, pour ne pas dire sur chaque bouchée.

Responsable des sommeliers du groupe international, la sommelière Paz Levinson a souligné les vertus des Crozes rouges : ils permettent, à un tarif abordable, même après quelques années et dans un triple étoilé, de s’initier aux grandes syrahs rhodaniennes. Ils représentent une porte d’entrée pour les Côtes-du-Rhône septentrionales, même s’ils sont encore méconnus de la clientèle, tant à Singapour qu’à Londres, où Anne-Sophie Pic a ouvert des restaurants. Et même en Suisse, où les références s’en tiennent à quelques classiques, explique le nouveau sommelier de Valence, Edmond Gasser, passé de la «succursale» lausannoise d’Anne-Sophie au Beau-Rivage Palace, à la maison mère, juste après avoir décroché le titre de «meilleur sommelier suisse 2020», décerné par GaultMillau.

Anne-Sophie Pic, elle revenait de Megève, où elle a repris, dès cet été, sous son enseigne de Dame de Pic, le restaurant de l’hôtel Four Seasons.

Quant à Emmanuel Renaut, cuisinier vedette de la station française (Le flocon de sel), il va, lui aussi mettre un pied en Suisse, en supervisant la carte du restaurant du nouvel Hôtel du Brassus, à la vallée de Joux, que la manufacture d’horlogerie Audemars-Piguet ouvrira au printemps prochain.

Voilà pourquoi un «Petit Suisse» s’est égaré, l’espace d’un déjeuner, du côté de Valence, l’autre jour. Qu’il ait, avec des amis de la syrah et autres cépages rhodaniens, acheté quelques barriques (vides) à Laurent Combier pour s’essayer, plus au sud de la vallée du Rhône, à l’élevage d’un assemblage rouge… est une autre histoire…

Pierre Thomas

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.