Des « Oscars » pour des Bordeaux, parfois mérités, parfois pas

Chaque année, les diverses appellations dites « de base » de Bordeaux, qui, faut-il le rappeller, produisent plus de la moitié du volume de cette vaste région, opèrent une sélection des vins qui est censée bien les représenter vis-à-vis de la presse et lors de manifestations extérieures. Il s’agit des appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur (vins rouges), Bordeaux Blanc, Bordeaux Rosé, Bordeaux Clairet et Crémant de Bordeaux. En cette année 2021, les responsables ont choisi de placer ces « Oscars » sous le signe de l’été en prenant uniquement les appellations de vins blancs et rosés et en incluant les bulles.

J’ignore comment, ni par qui a été faite cette sélection, mais j’ai reçu les 24 bouteilles qui en sont le résultat, avec 6 bouteilles de chacune des 4 appellations concernées et je les ai dégustés vendredi dernier avec mon ami et collègue Florent Leclercq. Si la majorité de ces vins méritent largement leur place dans ce qui est supposé être une sélection rigoureuse, quelques-uns ne font clairement pas le poids. Du coup je me suis demandé comment la sélection a été faite. Voyons cela dans le détail.  Les vins sont listés dans l’ordre de la dégustation mais on ne m’a pas communiqué les prix, alors je les ai cherchés sur Wine Searcher, du moins pour les meilleurs vins de cette série.

Les 6 Bordeaux Blancs 2020

Château Labatut (5 euros sur le catalogue E. Leclerc)

Nez suave, de citron vert et un peu végétal (estragon). Très vif, direct et bon, avec des saveurs bien précises et une bonne longueur. (14,5/20)

Château Roc Meynard

Plus taiseux en nez mais aussi un peu brouillon avec des notes d’écorce de citron et une touche végétale et de serpillière (SO4 ?). En bouche, c’est aussi moins expressif et la texture est un peu rêche. Juste acceptable (12/20)

Château de Lussac, Le Blanc (12 euros)

Ce domaine de la Rive Droite a fait un vin ambitieux, encore marqué par son élevage en barrique. Nez aux accents d’épices et de vanille. Ce beau nez et une très belle matière se conjuguent avec un caractère tactile et gourmand en bouche. Long et très bon, il doit encore absorber son élevage. (15,5/20)

Château Bonhoste, cuvée Prestige (12,50 euros)

Joliment équilibré, c’est un vin aussi frais que gourmand. Le toucher de bouche est marqué par une agréable pointe d’amertume en finale. Bonne longueur pour ce vin qui tiendrait bien sa place à table. (15/20)

La Louve de La Louvière

Le nez est sur le versant herbacé, avec des notes un peu fumées. Bouche simple mais agréable pour un vin bien net et plaisant. (13,5/20)

Château la Verrière (12 euros)

Avec plus de gras que le précédent, on sent davantage de maturité dans les raisins et cela amène aussi une pointe de chaleur. Bon vin savoureux. (14/20)

Les 6 Bordeaux rosés 2020

Le Carrelet de l’Estuaire, Cave de Tutiac

La bouteille et la couleur très pâle surfe très clairement (sans jeu de mots) sur la vague des rosés de Provence bien blanchis au soleil (ou autre technique). Neutre au nez, à part une pointe de bonbon au caramel. Quelques groseilles acidulées en bouche. Simple et insignifiant, sans intérêt. (11/20)

Belle Rosée de Fontenille

Le robe est nettement orangée et le nez est assez curieux, autour de l’écorce d’orange, mais ce vin est intéressant en bouche avec des saveurs bien gourmandes, pas mal de présence et une bonne longueur. Volontairement un peu oxydatif, ce qui lui donne un caractère marqué aux antipodes du vin précédent. (14/20)

Château Caminade, Haut Guérin (5 euros à la cave)

Robe d’un ton rose de moyenne intensité. Arômes simples mais plaisants de fruits rouges. De belles saveurs bien présentes dans une bouche assez tactile, bien équilibrée et longue Ce vin tiendra sa place sur pas mal de plats. (14,5/20)

Château Gandoy-Perrinat

Pour moi, ce vin gagne le prix de l’étiquette la plus moche de l’année! Robe rose orangée. Nez fumé, un peu oxydatif. Belle bouche assez charnue, bien définie par son fruit et une acidité persistante. (13,5/20)

Château Penin (environ 7 euros)

Un habitué de ces « oscars », quelque soit la couleur ! Là encore, sa place est amplement méritée car c’est le meilleur rosé de cette série. Robe d’un rose mi-intense. Quelqu’un qui a compris qu’un peu de couleur dans un rosé ne nuit pas, bien au contraire ! Le nez est frais et fin, sur un axe groseille/framboise. C’est aussi gourmand en bouche, avec un fruité précis et du fond. Excellent rosé. (15/20)

Château Mousseyron

Nez de serpillère et de peau de banane. L’amertume en bouche est à peine masquée par un peu de sucre résiduel. Aucune saveur fruitée. Comme a-t-on pu sélectionner ce vin ? (9/20)

Les 6 Bordeaux Clairet 2020

La Mothe du Barry (7 euros)

Ce 100% merlot a de délicieuses saveurs de fruits rouges et de prunes. Salivant, avec un léger toucher tannique, c’est un bon vin de repas léger ou à l’apéro. Très agréable. (14,5/20)

Château Lisennes

Son assemblage incorpore les deux cabernets avec le merlot. Nez assez discret au début, puis fruits rouges et noirs, fines herbes et une touche de rafle. Beaucoup de présence en bouche autour de ce fruit et son caractère tannique plus marqué. Peut-être que les composants cabernets manquent un peu de maturité mais bon vin. (14/20)

Château de Haux

La capsule à vis, qui a généralement ma faveur, ne sauve pas ce vin de la médiocrité! Nez neutre et peu séduisant de poussière. Court et manque de fruit et sa texture rêche signe une absence de maturité des raisins. (11/20)

Arsius (signé Bordeaux Families, mais je ne sais pas ce que cela représente)

Nez de petits fruits rouges. Relativement tendre en bouche mais un peu court en fruité. (12,5/20)

Château Sainte-Catherine (6 euros)

Ce vin signé Jean Merlaut présente une robe intense et un joli nez de confiture de fraise et de fruits rouges frais, avec un léger fond boisé. Très gourmand et juteux, il est long et assez tannique. Excellent vin dans son type, à boire avec toutes les grillades estivales (15/20)

Château Penin (entre 7 et 9 euros)

Encore un vin de celui que défend si bien le Bordeaux Clairet que je lui donne le titre du « Roi du Clairet » ! La robe magnifique est de loin la plus intense de toute la série : c’est quasiment un rouge pâle. Une vrai gourmandise au nez qui est fin et qui livre un véritable bouquet de fruits croquants. Pareil en bouche. Ce vin illustre parfaitement tout l’intérêt de cette catégorie trop souvent ignorée ou oubliée, à mi chemin entre un rouge et un rosé. On parle tous le temps de vins oranges, pourquoi si peu des clairets ? A la fraîcheur d’un rosé, ce vin allie le fruité intense et le fond d’un rouge léger dans un style très atlantique, gourmand; sa jolie petite structure enrobée de fruits est portée par une belle acidité. Une vinification parfaitement maitrisée de A à Z. (16/20)

Les 6 Crémants (3 rosés en premier; puis 3 blancs)

Lisennes, Rosé Brut (12 euros)

Rose assez pâle, mais pas trop. Le nez est neutre mais en bouche le vin est assez savoureux avec des notes de biscuits spéculoos. C’est autant l’épice qui se manifeste que le fruit. Bon vin. (14/20)

Les Cordeliers, 2015, Vintage Rosé Brut

La bouteille est chic mais le vin un peu moins. Bien arrondi par son vieillissement sur lies, il manque de fruit et dévoile un peu d’amertume en fin de bouche. (12,5/20)

Mission Saint-Vincent, Rosé Brut

Vin simple avec des odeurs de réduction. (12/20)

Premius Brut (Yvan Mau)

Nez assez précis et fin, de citron et de fines herbes. Bien équilibré en bouche avec pas mal de saveurs et un fond ferme, un brin métallique. Longueur décente. (13,5/20)

De Luze Brut

Forte réduction au nez. Au départ la bouche semble simple et un peu amère, puis, avec de l’aération, cela devient plus gourmand. Mais un dosage trop appuyé le rend pâteux en finale. Dommage. (12/20)

Lisennes Brut (entre 9 et 13 euros)

Cette maison a clairement un savoir-faire avec les crémants car elle signe les deux meilleurs vins de cette petite série, l’un rosé, l’autre blanc. Parfums délicats de poire et de citron. Fraîcheur et aussi belles saveurs en bouche. C’est net, fin et vivace. (14,5/20)

Voilà quelques bons vins pas chers pour l’été, mais aussi quelques déceptions. A promouvoir des navets aux « oscars », on ne sert pas le cinéma ! L’idée d’une sélection annuelle  pour simplifier la promotion des vins d’une région est bonne, mais il faut qu’elle soit toujours rigoureusement faite et non pas dans le but de faire plaisir à un ensemble d’acteurs.

David Cobbold

4 réflexions sur “Des « Oscars » pour des Bordeaux, parfois mérités, parfois pas

  1. Bonjour, je suis Pierre le producteur du rosé Caminade Haut Guérin, juste pour votre information le prix de notre rosé est de 5 euros à la propriété et de 7,60 prix caviste plate forme en ligne etc.
    Merci à vous et bonne journée !!

    Aimé par 1 personne

    1. David Cobbold

      Merci Pierre. J’étais en déplacement en Bourgogne et je viens de voir votre commentaires. On va dire 7,50 alors ?

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      1. Pourquoi pas ! Même si en globalité nous le vendons beaucoup plus en direct à 5 euros ! 70% du volume en direct !

        En tout cas en tant que jeune viti et pour ma première fois Oscar je suis bien content de pas être dans la liste des « Navets » des oscars 😅.
        Bonne journée !!!

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