161e vente des Hospices de Beaune

Notre confrère Pierre Thomas (Thomasvino) a assisté à la célèbre vente de charité, souvent présentée comme le thermomètre de l’année viticole bourguignonne. Il nous rend compte.

En 40 ans de passion pour le vin et presqu’autant d’années d’écriture, je ne m’étais jamais rendu à Beaune pour la très officielle vente des Hospices. Sous le brouillard tenace et dans une ambiance de Foire du Trône (avec manèges et vin… chaud !), la cité a vécu un week-end de liesse populaire où la pandémie était presque oubliée.

Malgré (ou à cause ?) d’elle, la vente 2020, qui avait bien failli être annulée, avait atteint un record. Il a été pulvérisé le week-end dernier. Comme si l’incertitude sanitaire, liée à une année viticole où se sont succédé les calamités (gel, pluie, mildiou, oïdium, botrytis…), exigeait un contre-coup violemment déterministe.

De Christie’s à Sotheby’s

Contrairement à un cliché volontiers véhiculé, cette vente aux enchères n’est pas la manifestation du genre la plus ancienne du monde: celle de la Ville de Lausanne, qui se tiendra le samedi 11 décembre, a lieu depuis 1803 et en est donc à la 219ème édition… 

Mais pour la vente de Beaune, dont l’organisation de la 161ème  édition a été reprise par la maison américaine Sotheby’s, après cinq ans avec sa concurrente britannique Christie’s, le lustre est planétaire; même si la vente a lieu «en présentiel», sous les Halles, où se pressaient 700 personnes.

Photo (c) Sotheby’s – Micha Patault

Clou (sous le marteau): la «pièce des présidents», qui, en un quart d’heure animé par l’acteur-bateleur Pio Marmaï, s’est envolée à 800.000 euros. Et c’est un Londonien, Mattia Tabacco, d’Oeno Group, présent sous les Halles, qui l’a emportée. Le bénéfice pour ce Corton Renardes Grand Cru ira à la Fédération nationale Solidarités Femmes, contre la violence faite aux femmes, et à l’Institut Marie Curie, pour la recherche sur le cancer du sein. Quant aux quelque 12 millions d’euros obtenus de la vente des 362 lots, ils serviront à la reconstruction de l’hôpital de Beaune, non subventionné, un chantier à 70 millions d’euros.

Petite année, mais prix élevés 

Chaque année, cette vente porte sur des vins en primeurs : une équipe de 23 personnes travaille les quelque 60 hectares de vignobles des Hospices, sous la direction d’un régisseur – en l’occurrence, Ludivine Griveau, depuis 2015. Cette même équipe vinifie ensuite les crus, qui peuvent être dégustés dans leur forme juvénile (Sotheby’s les a fait déguster dans vingt étapes d’un tour du monde, cette année), inévitablement marquée par l’élevage.

Ensuite, les vins présentés aux enchères sont élevés chez des négociants, qui reçoivent les «pièces» (barriques bourguignonnes de 228 litres) et sont libres de les transvaser, par exemple, et de terminer leur élevage durant une année ou davantage, à leur guise. Le prix moyen atteint par pièce a frisé les 35.000 euros (34.980). C’est 60% de plus que le montant moyen de 2020 (21.690 euros). Mais il n’y avait «que» 362 lots de 2021, contre 638 lots en 2020, soit le plus petit volume depuis quarante ans !

Photo (c) Sotheby’s – Micha Patault

Cette rareté explique, pour une part aussi, l’envol des prix… Reste à savoir si elle se répercutera sur l’ensemble de la Bourgogne. Quoi qu’il en soit, celle-ci pavoise. Ses 18 mois de stocks sont inférieurs à la demande supposée pour des vins élevés entre 12 et 18 mois. Les «remarquables» 2020 seront donc épuisés, quand arriveront les 2021, d’une demi-récolte (par rapport à 2018), en raison des accidents climatiques. Nombreux sont les vignerons suspendus au futur millésime 2022, pour retrouver un volume correspondant aux attentes commerciales.

Progression à l’exportation

Car, comme le souligne le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), si la France reste le principal marché de la région, près d’une bouteille sur deux se vend à l’étranger et l’export a dépassé ses résultats d’avant Covid-19 ! Sur les neuf premiers mois de 2021, le volume exporté a surpassé le record de 2007 (avant la crise économique de 2008). La valeur de l’export se chiffre, pour la première fois dans l’Histoire, à près d’un milliard d’euros (957 millions) pour neuf mois.

Les trois pays (au moins partiellement) francophones que sont le Canada, la Suisse et la Belgique, participent à cet enthousiasme pour les vins de Bourgogne. Ils figurent respectivement aux 5ème, 6ème, et 7ème rangs des plus gros importateurs, juste derrière Hong Kong, mais juste devant devant la Chine. Tant en volume (Belgique et Canada à + 30%, Suisse à + 18%) qu’en valeur (+ 33% pour la Belgique, + 32% pour la Belgique et + 18,6% pour la Suisse), ils sont en progression.

Comme l’a souligné Thiébault Huber, le président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB), la région «n’a jamais autant vendu, mais jamais produit si peu» qu’en 2021. Il faut remonter à 1985 pour un volume inférieur à un million d’hectolitres et à 1981 pour des rendements par hectare voisin de 21 hl.

Aux Hospices de Beaune, qui, pour leurs onze traitements en vigne n’ont eu recours à aucun produit de synthèse, après un triple tri de la vendange, le rendement n’est que de 14 hl/ha. Pour Ludivine Griveau, «avec des degrés naturels traditionnels, issus de raisins triés et mûrs, des acidités équilibrées, des tanins denses perçus avec un très beau grain, des concentrations donnant un bel extrait sec, les 2021 sont bourguignons et de garde.»

En campagne

En 2022, la campagne de communication bourguignonne repartira de plus belle, avec le 17 janvier, le Grand Bourgogne Hôtel à Paris, puis les Grands Jours de Bourgogne, du 21 au 25 mars et, en automne, les inaugurations prévues en rafale des trois maisons sous le chapeau de la «Cité des climats et vins de Bourgogne», à Chablis, Beaune et Mâcon (pleinement ouvertes au public dès le printemps 2023), les 85 ans de la Route des Grands Crus de Bourgogne et l’ouverture de la Cité internationale de la gastronomie et des vins, à Dijon.

La région se met aussi résolument à l’œnotourisme, à l’image du Château de Meursault et ses magnifiques caves voûtées taillées dans le calcaire, qui se visitent tout au long de l’année. Le bâtiment principal, à l’abandon depuis 1945, fera l’objet d’un chantier important qui offrira, dans deux ans, des espaces et un bar à vin, au milieu d’un parc enserré dans le vignoble, de 60 ha, certifié bio dès 2022, comme le Château de Marsannay, appartenant au même propriétaire.                                                                               

Pierre Thomas

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