En VO, les rosés des Vignobles d’Occitanie

Dans ma vie de petit rapporteur et indigne râleur, accessoirement testeur de crus, j’ai inauguré à ma façon plus d’un salon vineux de taille. Dernier en date avec la toute première édition du Salon “Dégustez en VO” organisé à Montpellier, si j’ai bien compris, à la fois par la région, la ville, la métropole, le département de l’Hérault et surtout le valeureux consortium, comme on dirait de l’autre côté des Alpes, des vins du Languedoc (ouf !). 

Ce VO, pour abréger, peut s’envisager comme un salon des Vins d’Occitanie, n’en déplaise aux quelques Catalans du Roussillon présents, ou bien comme un salon des Vins en Version Originale (very original…), salon incluant aussi les vins du Sud-Ouest. Puisque nous sommes encore en période électorale, je remercie au passage Carole Delga, ma chère Présidente à l’accent si chantant qui, j’espère, sera réélue bientôt.

La fine équipe : Jean-Philippe, Cendrine, Christophe et Stéphanie. Photo CIVL

Cette louable initiative fait suite à la surprenante défection il y a déjà quelques années du salon Vinisud – une autre époque -, salon qui a étrangement préféré Paris à Montpellier pour représenter le Sud. Va comprendre. Mais j’y vois en plus d’autres prétentions plus stratégiques, comme celle qui consisterait une fois pour toute à poser Montpellier là où est sa véritable place, c’est-à-dire sur le haut du podium des villes qui se verraient bien en capitales des vins du Sud, de tout le Sud, des “places fortes viticoles” telles que Perpignan, Béziers, Marseille, Hyères et consorts, cités qui, par manque d’audace, n’ont pas su profiter de l’avance qu’elles pouvaient prendre sur ce terrain et qui, de ce fait, ont manqué leur atout. 

Je pense que notre Nadine nationale, présente tous les lundis ici même et que j’ai pu embrasser à Montpellier, reviendra sur d’autres aspects intéressants de ce nouveau salon à l’issue duquel j’ai compté la présence d’un peu plus de 200 exposants répartis en 48 AOP et IGP avec un net avantage purement languedocien,Terrasses du Larzac et Pic Saint-Loup en tête. Parmi les organisateurs, j’ai retrouvé les vieux “briscards” du Languedoc, Cendrine Vimont, Christophe Bousquet, Jean-Philippe Granier coiffés par Stéphanie Daumas, la nouvelle directrice des vins du Languedoc que je n’ai pas encore l’honneur de connaître, sans oublier Sarah Hargreaves chargée de supporter les caprices de quelques divas de la presse présents. Un salon à taille humaine, aménagé dans le ventre-même de l’immense Corum de Montpellier, tout pour me plaire ! J’y ai bossé deux jours, sniffé et craché jusqu’à épuisement, puis bu au compte-gouttes, pestant sur un “carnet de notes” d’opérette ne laissant que l’espace minima pour prendre des notes, mais m’adonnant avé plaisir au simple plaisir de la découverte. Je note un avantage de taille lié à la date retenue pour ce salon : pas de vins échantillonnés de la cuve pour l’occasion, mais des vins finis et en bouteilles depuis un ou deux mois pour la plupart.

Printemps oblige, mon premier volet sera consacré aux vins rosés d’assemblages. Avec une suite à venir, compte tenu des nombreux rosés appréciés lors de ce salon. Que des vins aimés pour ce qu’ils sont dans l’instant, même si quelquefois il m’a fallu pester contre des vins proposés glacés à la dégustation, de véritables sorbets ! Des vins qui prouvent néanmoins que le Languedoc est en mesure aujourd’hui de ravir le titre de “Pays du Rosé” à la Provence. Dans une autre livrée, je ferai part de mes découvertes en rosés de purs cépages tandis que, lors d’une autre livraison, peut-être, vous connaîtrez quelques-unes de mes découvertes en blanc comme en rouge avec une pensée fidèle pour mon cher Carignan. Les prix sont donnés “départ cave”. Vous le constatez, je n’ai pas chômé !

-Gaillac 2021, Domaine des Cassagnols. Syrah/Duras macérés peu de temps dans le pressoir, voilà un rosé facile tout en étant riche et marqué par de belles notes acidulées. Sympathique aussi côté prix : 5,80 €.

-Corbières 2021, Château Gléon. Cinsault de saignée aux deux tiers, reste de Syrah, mais pour deux étiquettes au choix ! Cela donne un rosé en souplesse à la saveur pamplemousse rose, au comportement plutôt subtile. 11,90 €.

-Corbières 2021 “Astrosa”, Château La Bastide. Premier investissement de taille pour des Chinois, dirigé avec maestria par Nan-Ping Gao, ce domaine qui me fut recommandé par Nadine Franjut s’étend sur 105 ha de bois entourant 60 ha de vignes et 30 ha de pois chiches. Dominé par la Syrah (60%) et complété par le Grenache noir, on a un joli nez composite à majorité fleurs de garrigue et fruits rouges sauvages. Certes, c’est assez bonbon anglais au premier abord en bouche, mais la richesse et la structure rendent le vin intéressant à plus d’un titre. 8.000 bouteilles. 9,50 €.

-Corbières 2021 “Hortus de l’Amour”, Château La Bastide. Premier millésime pour ce rosé de lieu-dit, Syrah/Grenache élevés 5 mois en doubles barriques de 400 litres ayant servi à la vinification des blancs. Amplitude d’abord, puissance et profondeur par la suite, arômes très variés allant du pamplemousse rose à la gelée de coing en passant par la confiture de gratte-cul (qui ne gratte pas le palais) aux baies de cassis pour un rosé de gastronomie tiré à 2.500 exemplaires. 14 €.

-Corbières 2021, Cave Coopérative Orfée. Ce premier rosé Grenache/Syrah majoritaire avec 20% de Carignan offre une certaine finesse : notes acidulées et « agrumesques » pour un style assez simple, mais net et sans bavures. 7 €.

-Corbières 2021 “Catharsis”, Orfée. Logé dans un très élégant flacon italien, ce rosé nous offre un nez assez fin de pierre à feu ainsi qu’une belle intensité en bouche. 11 €.

-Languedoc 2021 “Classique”, Château Ollieux-Romanis. Jadis vendue en Corbières, la cuvée reflète l’esprit joyeux de ce cru animé par Pierre Bories : nez profond et complexe, bouche souple en attaque qui se fait progressivement ample et complète. 12 €.

-IGP Pays d’Oc 2021 “Hanna”, Ollieux-Romanis. Robe très légère de teinte, assez dense en bouche, avec de jolies notes fruitées et variées sur une bonne longueur. Dans l’ordre, Carignan/Grenache noir/Cinsault, résultant d’un achat de raisins destiné à l’export (12.000 bouteilles), mais commercialisé au Château à  8,50 €.

-Corbières 2021 “Alba”, Château Ollieux-Romanis. Robe de plus en plus légère, nez sauvage de garrigue avec quelques notes mentholées en bouche où la chair du vin s’exprime crescendo sur un fond quelque peu rondouillard, mais très présent, rehaussé par une longue et belle finale. Macération pelliculaire sur les trois Grenaches (majorité de noirs) avec 40% de Cinsault. Sol de grès autour de la “Pinada”, nommé “Alba” (l’aube) car l’une des parcelles principales prend le soleil dès les premières heures du jour. 9.000 bouteilles, 15 €.

-Vin de France 2021 “Les Paons”, Château de Marmonières. Sur le secteur prisé de La Clape, à nouveau les trois Grenaches réunis avec 40% de Cinsault pour un vin simple d’aspect, mais qui se révèle joyeux, très ouvert, convivial, large, frais et long. Bon rapport qualité prix : 5,50 €.

-Languedoc 2021 “Les Pinèdes”, Château de Marmonières. Même recette d’assemblage que le précédant, superbe bouche éclatante de fraîcheur et de fruit, bonne longueur pour un vin réjouissant que je réserve aux dorades de la pêche du jour. 8,50 €.

-Languedoc 2021, La Commanderie. Du nom d’un domaine associé au Château de Marmonières, propriété qui s’étend sur 120 ha cultivant une vingtaine de cépages dont certains atypiques. Grenaches blancs et noirs, ces derniers majoritaires, avec un peu de Cinsault et une pointe de Syrah : la robe est très pâle, le nez fin et le fruit arrive en bouche non sans beauté, toujours sur la finesse, et ce, jusqu’en finale. 14 €.

-IGP Pays de l’Hérault 2020, Domaine le Pech d’André. Belle robe légère, nez épicé, bouche dense et encore très fraîche, cet assemblage Grenache noir surtout, ici allié au Cinsault avec un soupçon de Piquepoul noir est l’archétype du bon rosé des vacances. 7,80 €.

-Languedoc 2021 ”Toutes Aures”, Domaine de la Triballe. Forte majorité de Mourvèdre et le reste en Cinsault, voilà un vin puissant, de caractère, large, poivré et épicé, idéal pour accompagner une grillade de porc ou d’agneau. 9,80 €.

-IGP Val de Monferrand “Le Rosé de la Rainette”, La Triballe”. Joli nez fin pour cet assemblage Syrah et Cinsault (40%) souple et facile d’approche et plein de gourmandise. Parfait pour un repas festif en plein air. 8 €.

-Languedoc 2021”Parenthèse”, Mas Granier. Rosé gardois à la robe franche, riche et dense en bouche, mais non dénué de finesse et de longueur. 9 €.

-Languedoc 2021 “Les Garriguettes”, Domaine de Coursac. Autre gardois à la belle robe délicatement orangée, Cinsault à 90% (Syrah pour le reste), souriant et plein de largesses, de fraîcheur aussi, s’achevant sur une finale élégante. 9 €.

-Languedoc 2021, Domaine La Voûte du Verdus. En plein village de Saint-Guilhem-le-Désert, Mélanie, œnologue de formation qui succède à ses parents, propose un rosé ample, précis et puissant associant pour moitié Grenache noir et Cinsault. Un domaine à suivre. 8 €.

-IGP Hérault 2021 “Rosé Roséphine”. Domaine La Croix Gratiot. Vue sur l’étang de Thau et hommage à Bashung, c’est un rosé sans prétention, assemblage de Grenache noir et de Syrah, en plein sur la fraîcheur des agrumes et qui ne pense qu’à faire plaisir autour d’une grillade de crevettes roses, bien sûr, mais sauvages comme on en trouve aux halles de Sète. 8,50 €.

Les joyeuses « Roséphines » ! Photo©MichelSmith

-Faugères 2021, Domaine de l’Ancienne Mercerie. Belles notes acidulées, large et souriant, le vin, moitié Mourvèdre, moitié Cinsault, s’achève sans anicroches et en beauté sur la fraîcheur. Parfait pour les charcuteries, style boudin catalan ou, pourquoi pas, sur une mouclade à la charentaise. 10 €.

-Faugères 2021, Domaine La Tour Penédesses. Vin épais en bouche, ample, rebondissant, aux jolies notes délicates de framboise. Pour un mariage délicat, donc, un turbot ou une sole. 9 €.

-Languedoc 2021, Château Haut-Blanville. Syrah et Grenache noir à égalité, complété par 10% de Cinsault, voilà un joli rosé puissant, fier, sûr de lui, frais et persistant en bouche. 25.000 flacons. 13,50 €.

-Languedoc 2021, Mas du Novi. Cinsault, Grenache noir, Carignan et Syrah pour un rosé classique, mais dense, charnu, joliment souligné par des notes de laurier. 7,50 €.

-Languedoc 2021 “Barathym”, Château Bas d’Aumelas. Simple d’approche, léger de robe, cette saignée sur Grenache noir à 80%, le solde sur Carignan, évolue sur une trame largement fruitée et plutôt longue en bouche. 8 €.

-Languedoc 2021, Château Bas. Beaucoup de fermeté, du rythme et du mouvement, notes de fraise et de framboise, un rosé de ratatouille capable d’aller jusqu’au fromage (brebis) tant il a de choses à dire. Grenache noir majoritaire et 30% de Syrah. 12 €.

-Languedoc 2021 “Les 37”, Château Saint-Martin-de-la-Garrigue. Les 57 ha de vignes de ce magnifique château au cœur d’une forêt au nord de Montpellier, plus connu pour ses Picpoul de Pinet, appartiennent désormais à un homme d’affaires Norvégien. Juste mis en bouteilles, ce rosé Cinsault/Syrah majoritaires, avec 20% de Grenache, s’offre en bouche de manière assez ferme et charnue, mais aussi avec complexité et longueur. Quant aux “37” du nom de la cuvée, il s’agit du nombre d’éléphants qui passèrent ici sous la conduite d’Hannibal. 8,20 €.

-Languedoc 2021, Château de l’Engarran. Aux portes de Montpellier, ce domaine historique produit depuis longtemps un délicieux rosé : robe tirant sur le gris, matière et structure imposantes, fraîcheur, finesse, voilà le Cinsault dans toute sa splendeur avec en prime 20% de Grenache noir. 9,80 €.

-IGP Mont Baudile 2021, Le Mas Biau. Syrah/Grenache noir rehaussé d’une touche de Vermentino pour un rosé ample, franc en bouche, plein de fraîcheur plus que sympathique sur des terrines de légumes. 6,90 €.

-IGP Saint-Guilhem-le-Désert “L’Appliquée”, Le Clos des Combals. Pour son premier rosé en bio, à 80% Syrah, le reste en Cinsault, Marie-Noëlle Tournès livre un vin franc d’attaque, en plein sur le fruit, avec une finale à l’amertume légère et accrocheuse. 9 €.

Michel Smith

PS La suite au prochain numéro, c’est-à-dire pour ce qui me concerne le jour de l’Ascension. Mais n’oubliez pas de suivre Marie-Louise jeudi prochain !

3 réflexions sur “En VO, les rosés des Vignobles d’Occitanie

  1. Nadine Franjus

    Beau travail cher rapporteur!! Lundi prochain, je présenterai une petite sélection de domaines. Plus tard, je raconterai l’histoire, passionnante, des cépages autochtones présentés sur ce même salon. A suivre …

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Toujours en VO (#2), quatre beaux rosés languedociens en cépage pur. – Les 5 du Vin

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