Cru Boutenac: à lire et à boire

Nous sommes au Musée Narbo Via de Narbonne, Marc Médevielle présente son livre sur le Cru Boutenac. Derrière lui, les vignerons préparent une dégustation de leurs cuvées du lieu.Nous sommes au Musée Narbo Via de Narbonne, Marc Médevielle présente son livre sur le Cru Boutenac. Derrière lui les vignerons préparent une dégustation de leurs cuvées du lieu dont je vous propose une sélection. Pour Marc Médevielle il y a trois points forts qui font la particularité de l’appellation Boutenac. En premier, le cépage historique Carignan qui a trouvé dans le département de l’Aude un refuge alors qu’il était arraché partout ailleurs dans le Languedoc. En second, directement lié à ce cépage, la macération carbonique mise en place par le chercheur Michel Flanzy de Montpellier et mise en œuvre par le laboratoire conseil Dubernet. Puis le sol où le grès domine un peu sous toutes les formes et qui apporte cette finesse avec de la fraicheur qui le singularise dans le grand ensemble des Corbières.

Marc Médevielle met le Massif de la Pinada au cœur de l’appellation. «C’est une île de l’intérieur. Tout s’est formé et a tourné autour de lui, c’est une unité géographique très identitaire». Marc fait grand cas de l’histoire des hommes et des femmes et de toutes les personnalité qui ont écrit l’histoire de la qualité sur ce territoire, il leur rend un hommage public. «Dès 1908, derrière Charles Tallavignes, des vignerons ont tracé les premiers contours de l’appellation Corbières pour se démarquer des vins de la plaine».

Marc Médevielle, auteur.

 

Lors de cette présentation, Marc Médevielle a tenu à honorer aussi un technicien de la Chambre d’Agriculture qui met en place un conservatoire des cépages autochtones afin de sauvegarder la diversité des variétés, il s’appelle Didier Viguier. Il écrit, à sa façon, l’histoire de Boutenac.

Il y avait 17 domaines présents pour la dégustation. J’ai dégusté toutes leurs cuvées en Boutenac. Les vins se goutaient bien, ils étaient tous bons (à l’exception d’un seul qui était de mauvaise humeur). Le carignan (surtout en macération carbonique) offre une palette aromatique intense, fruitée et gourmande, complétée par la syrah, le grenache et parfois le mourvèdre. Les différences se font sentir dans la structure en bouche, plus ou moins charnue, charpentée ou mince. Un ensemble d’une grande qualité, avec «un air de famille» évident, comme l’a écrit Marc. Mais, comme je ne peux pas vous les commenter tous, je fais un choix très personnel et je vous les présente par ordre de préférence ce jour-là. Vous noterez aussi des différences de prix importantes.

Etienne Besancenot, Château de Caraguilhes

Château de Caraguilhes

Le vignoble de Caraguilhes s’est intéressé au bio depuis les années 80. Ce domaine familial acheté par Pierre Gabison en 2005 n’a pas participé aux préparatifs de l’appellation Boutenac, mais il s’y est intégré très vite. Le vignoble est situé au piémont du Pinada, Etienne Besancenot gère avec intelligence et talent les 135 hectares de vignes, entourés de 500 hectares de garrigue. Un petit monde mené en Bio EcoCert depuis 1992.

Château de Caraguilhes, L’Échappée Belle 2017

Un nez intense de liqueur de petits fruits où dominent la fraise et la framboise fraiche. Puis vient la fraicheur camphrée de la garrigue, thym et genévrier puis les épices avec le poivre noir. La bouche est à la fois ample et tendue, les tanins sont fins et serrés, une texture qui donne de la fraicheur et de la vivacité. C’est gourmand, le fruit est croquant. Il y a quelque chose de grand et de joyeux dans ce vin, capable d’apporter la richesse du fruit et la fraicheur dans la longueur. Sûrement la conséquence du Pinada, paysage emblématique, spectacle permanent que regardent les vignes de Caraguilhes. 19€
Macération carbonique sur Carignan St Jean et Mourvèdre Tour, vinifiés ensemble. Elevage cuve et bouteille 100%, 10 mois en cuve, 36 mois en bouteille

 

Laurent et Paul Reverdy, Château La Voulte Gasparets.

Du plus loin que je me souvienne et même longtemps avant, la cuvée Roman Pauc était considérée, par les œnophiles, comme le meilleur des Corbières. Elle a servi d’exemple pour le profil de l’appellation Boutenac lors de sa constitution. Une réputation, qui tient aussi longtemps, inspire le respect et balaie le doute. C’est un grand vin, sur un grand terroir. La complexité du lieu, les petits vallons, les collines, les cours d’eau, la garrigue et les bois provoquent cette composition unique de terroir et de micro-climat. A côté de ça, les vignerons savent bien faire. Depuis trois générations, la macération carbonique sublime le carignan dans cette cuvée. Nous en reparlerons sur ce même site, avec la dégustation verticale !!!

2020, c’est trop jeune mais ça se déguste bien. On est dans la violette et le fruit noir, des notes de garrigue. La bouche est serrée, mais on a déjà cette profondeur camphrée. A suivre donc. 21 €
Carignan 50%, grenache 25%, mourvèdre 15%, syrah 10%, un an de fûts pas neufs.

 

Mélanie Lemarié, Château Aiguilloux

Déjà une référence pour l’appellation Corbières, toujours cité en exemple pour la finesse des vins et aussi bons dans leur jeunesse que dans leur grand âge qui leur va si bien !!! Le vignoble est sur la partie sud de l’appellation et à l’écart du Pinada. Les grès y côtoient des roches calcaire qui dominent les paysage. Georges, fils de François et Marthe, marié à Mélany, est aussi chef cuistot. Une assurance de plus pour la qualité des vins à table.

Un nez intense de fruits, frais pour la mûre et la cerise, confit pour le cassis avec des notes de violette. La bouche est souple, les tanins sont fondants et soyeux, c’est plein en bouche sans agressivité. Les tanins sont bien présents mais s’expriment en douceur, sur la durée. Un joli travail. 18€
Carignan et syrah en vieilles vignes, macération carbonique et un an en fût.

Alexandre Agop, Château Villemajou

Ce qui surprend toujours dans les vins de la grande maison Gérard Bertrand, c’est qu’ils sont bons. Tous bons. Gourmands, fruités, savoureux… ça vous emballe, ça vous émerveille, c’est «trop bien». On est ici dans le domaine historique de la famille Bertrand. Là où le petit Gérard, devenu grand et adulte, a dû quitter sa carrière de rugbyman pour prendre la succession de son père décédé brutalement. Nous sommes au cœur du terroir de Boutenac, sur les coteaux du Pinada. C’est Gérard Bertrand qui a porté le projet de l’appellation communale dans les différentes administrations, suivi de près par ses voisins vignerons. Vous retrouverez tout ça et un historique encore plus approfondi dans le livre de Marc Médevielle cité plus haut.

C’est fruité, frais et intense, la framboise fraîche surtout. Idem en bouche comme une liqueur douce mais sans sucre, tout en fruité savoureux avec une trame veloutée et des amers de réglisse en final. Un régal. 29€
En biodynamie. Carignan, syrah, mourvèdre, grenache, 12 mois de fûts, 12 mois de bouteilles.

Le Cellier d’Orfée avec Paco Géa

Cette cuvée doit beaucoup à Francis Géa. Ce vigneron, appelé aussi Paco, est séduit d’emblée par le terroir singulier de Boutenac. Il a acheté des vignes sur le Pinada, à une dizaine de kilomètres de chez lui pour pouvoir participer à cette appellation et il a su convaincre les Celliers d’Orfée. La cave coopérative, qui regroupe 7 communes dont Ferrals-les-Corbières, et qui n’avait qu’une petite partie sur l’aire du Cru, s’est laissée convaincre pour produire de l’appellation communale. Aujourd’hui le « B de Boutenac » est leur fleuron en vin de lieu.

Depuis le début cette cuvée se fait remarquer par son intensité aromatique qui lie la tendresse de la violette et des notes de kirsch relevée par les épices douces et le poivre . La bouche est gourmande avec des notes de bâton de réglisse et de dattes, les tanins sont feutrés, soyeux et fondants. Gourmand et épicé. 16 euros
Grenache, carignan et syrah, 12 mois en fûts

Loïs Thene et Bruno Armingaud, Terre d’Expression.

Cave de Fabrezan, Terre d’Expression

Là aussi, ce n’est qu’une toute petite partie de la production qui peut faire la cuvée en Boutenac mais toute la cave de Fabrezan est impliquée dans cette aventure.

Eric Virion, Château Maylandie.

C’est la jeune Delphine Maymil, la première ,qui a compris l’enjeu de l’appellation en Cru quand elle a repris le domaine familial après et avec son père Jean. Les cuvées sur les fameux galets roulés et les molasses de Carcassonne donnent des vins singuliers récompensés tous les ans. Depuis Eric l’a rejoint sur la propriété et dans la vie.

Reconnaissable entre tous par ses notes de framboise fraiche, probablement apportées par le grenache sur le Blaquié, cette colline de galets roulés sous le pinada. On a aussi des notes de pommes et de prunes caramélisées. Les tanins sont feutrés et savoureux. Une fraicheur fruitée pour un vin complet.
Carignan, grenache et syrah, un an de fût neuf pour la syrah.

 

Pour en savoir plus sur le Cru Boutenac: https://www.cruboutenac.com/fr/appellation-cru-boutenac.html

Nadine Franjus

 

5 réflexions sur “Cru Boutenac: à lire et à boire

  1. Sophie Mur

    Merci Nadine, comme toujours on vit la dégustation ! en lisant cet article, c’est plein de soleil, ça sent bon, on déguste, on hume, on admire la robe des vins, on sourit aux vignerons.
    Cette région est juste une perle rare et il fait bon de s’y promener sans oublier de s’arrêter gouter les vins.

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  2. Nadine Franjus

    Merci Sophie, c’est une bonne idée, cet article pourrait servir de guide pour une visite dans les Corbière à la découverte des vins de Boutenac. Ce printemps est particulièrement beau et fleuri.

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  3. Bravo à Marc Médevielle d’avoir su mettre le nom de Boutenac avant celui des Corbières car, où qu’il soit, un cru c’est d’abord un cru avant d’être un cru de la région ou de son massif. Après tout, cela fait belle lurette que l’on ne dit plus Côtes du Rhône Villages Gigondas, pas plus que Dentelles de Montmirail Gigondas. Seule chose à savoir : pour être cru, il faut être presque irréprochable et porter son nom avec fierté.
    Je n’ai pas encore mis la main sur le livre, mais le talent de Marc, ancien du Midi-Libre ne fait aucun doute et je sais, puisqu’il me l’a fait comprendre un jour, qu’il a travaillé avec cœur son sujet.
    Et dans la mesure ou tout le monde aime Boutenac, eh bien moi aussi !
    https://les5duvin.wordpress.com/2014/08/31/carignan-story-236-questions-sur-boutenac/
    Surtout Caraguilhes, Aiguilloux, Villemajou et La Voulte Gasparets (mais pas en Romain Pauc, cuvée dans laquelle je sens de moins en moins mon vieux Carignan) !

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  4. Nadine Franjus

    Merci aux 5duVin qui commencent à avoir de sérieuses archives!! 2014 pour Michel. Je prépare une dégustation de vieux Corbières en macération carbonique, je compte sur vous pour ressortir vos impressions « de l’époque ». Quant au titre du livre, il n’y a pas de doute sur l’analyse de Marc Médevielle. Pour ma part, la proportion importante de carignan en macération carbonique peut me gêner dans la dégustation de vins de lieu. Mais ce n’est, peut-être, qu’une question de principe.

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