Testés pour vous: les tests d’Addictions France

Ne dites plus ANPAA, dites «Addictions France».

Ce récent changement de nom (150 ans, ça se fête, probablement au quart Perrier!) s’est accompagné d’un nouveau site internet qui propose notamment à l’internaute d’estimer sa consommation, pardon, son assuétude.

J’ai joué le jeu, j’ai donc entré mes données (sexe, âge, poids et consommation de la semaine écoulée).

A savoir, un verre de vin lundi, aucun mardi, un mercredi, un jeudi, un vendredi, deux samedi (un le midi, un le soir), et deux dimanche.

Résultat: ma consommation est au-dessus des repères de consommation. Le site précise que je fais partie du groupe de « seulement 35% des hommes » qui sont dans ce cas, et m’informe d’un danger accru pour moi de cancer colorectal (+8%). Bigre!

Et moi qui pensais être un consommateur responsable!

Je suis pourtant resté dans les clous des préconisations de l’Institut national du Cancer, qui établit un maximum de deux verres par jour et de 10 verres par semaine, avec au moins un jour sans consommation.

Juste à titre de comparaison, j’ai tenté d’extrapoler ma consommation annuelle: à raison de 7,5 verres par bouteille (car selon Addictions France, le verre de vin jauge 10cl, même si pour moi, c’est plutôt entre 7 et 8, vu que je ne remplis pas mes verres), et de 8 verres par semaine, j’aurais consommé annuellement entre 44 et 55 bouteilles de vin, soit entre 33 et 41 litres. Ce qui, selon le site Statista, est bien en dessous de la moyenne nationale (42,5 litres), ce chiffre étant lui-même sous-évalué, du fait que la France compte 22% de non-buveurs de vin.

Conclusion: avec Addictions France, j’ai vraiment l’impression que c’est déjà le premier verre qui est de trop, comme je l’ai déjà entendu dans la bouche d’hygiénistes extrêmes.

Et côté fumette?

Par curiosité, sur le même site, je suis allé voir du côté du cannabis pour faire le même test – bon, je ne suis pas consommateur, mais les questions m’intéressaient.

Je note tout d’abord qu’Addictions France ne propose rien pour les consommateurs de drogues dites dures, mais passons. 

A la lecture de ce test, je constate avec étonnement qu’aucune question ne tente de mesurer le nombre de joints consommés par jour ou par semaine; ici, on n’interroge le consommateur ni sur son poids, ni sur son âge, ni sur le volume de sa consommation, mais plutôt sur ses sentiments personnels vis-à-vis de sa dépendance, sur les effets ressentis, ainsi que sur les sentiments de l’entourage. Quelle pudeur!

Et comme il est facile, dans ce test, de se rassurer avec un résultat de «non-dépendance», juste en déclarant ne pas la ressentir… Aucune mention non plus, ici, d’éventuels dangers de cancer (que la Fondation belge contre le Cancer évoque pourtant clairement) ou de troubles du comportement.

A ce compte-là, côté alcool, pourquoi fallait-il se baser sur le nombre de verres de vin consommés et sur le nombre de jours de consommation, sans jamais poser la question de l’ébriété, de la maîtrise de soi, de la possibilité ou non d’arrêter de consommer? Côté vin, c’est Additions France; côté shit, c’est Allusions France.

On en ressort avec l’impression que le vin, même consommé de manière responsable et maîtrisée, présente un danger plus grand que le cannabis, sans parler des drogues non listées par Addictions France.

Pourquoi cette différence de traitement?

Je trouve qu’il serait intéressant que la presse généraliste s’intéresse à ce double langage et plus généralement, à la façon dont Addictions France dépense les subventions publiques. Se pose notamment la question de savoir pourquoi tant d’actions de cette association se focalisent sur la lutte contre les publicités des producteurs de vin, ou plus récemment, d’alcoopops. Alors que l’information sur les dangers du cannabis reste confidentielle – quand avez-vous vu pour la dernière fois une campagne d’affichage sur ce thème dans les rues, dans les cinémas, à la télévision?

Hervé Lalau

6 réflexions sur “Testés pour vous: les tests d’Addictions France

  1. Nadine Franjus

    Ma consommation est au-dessus des repères de consommation. Quel est le lien avec l’addiction? Il n’y est pas question de contexte de consommation (pendant ou en dehors des repas par exemple). Par contre je suis classée dans un pourcentage de femmes, mais quelles femmes sont comptabilisées dans ce sondage? Celles qui répondent au test? Je me sens mal.

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  2. Ping : Les Belges, l’alcool, le vin et l’ADN – Les 5 du Vin

  3. Le règne des faux statisticiens, ou des manipulateurs de statistique, comme on le voudra, est en place depuis longtemps avec maintenant l’appui des hygiénistes, qui sont des groupes d’idéologues dangereux auxquels les politiques prêtent une coupable attention…et nos capacités de réponse restent peu robustes. Être bien pensant dans ce domaine donne à soi-même et aux autres une attitude flatteuse, voire valorisante. Nos batailles à venir seront très dures…Alors, buvons un bon coup, cela sera autant de pris. Bon dimanche !

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