Détour par Sète… chez The Marcel, l’autre Marcel.

Quand j’en aurai eu assez de vider la bouteille de Picpoul de Pinet de La Croix Gratiot entre deux ou trois gobages d’huîtres grassouillettes, huîtres de Thau bien poivrées sur la terrasse qui commence à surchauffer alors qu’il est tout juste onze heures de la matinée ; et quand j’en aurai marre de dévorer des yeux ces fines tranches de culatello zibello qui, quoiqu’il arrive, ne feront pas long feu une fois rentré chez moi, ce soir ; quand j’en aurai aussi soupé de dévorer du regard mes chères petites crevettes du pays aussi roses que vivantes et aguichantes, puis de me laisser emporter par les sardines dodues et scintillantes d’argent, et encore de frémir à la vue sanguinolente du thon fraîchement tronçonné ; quand j’en aurai fini de zieuter vers la tripière bien en chair et de lorgner vers ses pieds paquets impeccablement rangés à côté des tripoux – avec « s » ou « x », c’est comme on voudra ; enfin, lorsque mon estomac sera complètement estomaqué, au bord de rendre l’âme et gargouillant de famine, et que midi approchera, enfin, il faudra prendre la décision. 

La décision ? Celle de passer à table, pardi ! C’est toujours la même chose à Sète. Dans ces halles bétonnées et climatisées où l’on se dit que la prochaine fois il faudrait avoir la présence d’esprit de venir avec trois caddies au lieu d’un, avec six ou sept billets de banque au lieu de deux, qu’il ne faudrait pas non plus oublier la glacière et s’offrir le luxe de jouir d’un porteur afin de savourer encore plus longuement cette ambiance vibrante au possible qui vous fait dire que, « zut alors » !, avec un peu plus de retraite mensuelle, c’est là, pile où la faim vous tenaille, que l’on se dit qu’il eut fallu s’installer définitivement à Sète avant de quitter cette terre, là dans cet univers de rues parfumées d’odeurs de fritures et quadrillées de canaux bien tracés. À chaque visite, je le sais, c’est comme ça : Sète (ou Cette) est plus aguichante encore, elle est capable de me rendre dingue d’amour, comme Palerme, Marseille, Sienne, Bruges…

Avec mes amis biterrois qui ont eu la gentillesse de me conduire jusqu’ici, une table un peu branlante, mais avec banquette, nous attend à deux pas des marchandes de légumes de La Banane des Filles. Nous sommes là dans l’une des annexes de The Marcel, l’étoilé du coin, qui fait aussi vente à emporter dès 8 h 30 le matin (belles terrines). Cela faisait un bail que je voulais tester ce bistrot des halles, le plus important à côté de quelques autres, dont un appartenant visiblement à un amateur  de vins (Halles et Manger), bouge dans lequel j’irai m’installer lors d’une prochaine visite, cet hiver si possible.

L’un de nous tentera le menu à 29 € (entrée, plat, dessert) qui semble assez généreux (salade de crevettes, daurade et salade de fruits), l’autre un simple plat de petits couteaux en chapelure, plat fort apprécié « très marin, fondant, délicieux, et sans persillade » (autour de 15 €), tandis que je me contenterai d’un thon que je réclamai « saignant et si possible presque à l’unilatérale« . Dans le genre emmerdeur, on ne fait guère mieux ! Avouez cependant qu’une tranche de thon frais archi-cuit, cela n’a aucun intérêt.

Honnêtement, je n’ai pas eu à me plaindre de mon choix, encore moins du vin : la portion était généreuse, le thon avait du goût, la cuisson était parfaitement respectée, j’eusse simplement préféré que les légumes croquants soient servis à part et non empilés par-dessus. Personnellement, je n’ai pas pris de desserts mais mes amis furent ravis du leur. Quant au vin, un gris des sables très raisonnable en prix, tendre, frais et équilibré en bouche, il s’avéra fort convivial, s’alliant sans trop de mal à la fraîcheur des produits de la mer.

PS Si vous avez d’autres adresses de bonnes tables sans chichi à Sète, à proximité des halles, n’hésitez pas à les partager en commentaires. Notez qu’en 2015 j’écrivais un papier assez riche (fallait bien que je me complimentasse !), ici même, sur Sète et son étang de Thau. C’est à relire ne serait-ce que pour un complément d’information. Jeudi prochain, ce sera au tour de Marie-Louise de nous régaler. En attendant, continuez à nous suivre quotidiennement, histoire de vous rafraîchir un peu.

 

 

9 réflexions sur “Détour par Sète… chez The Marcel, l’autre Marcel.

  1. Nadine Franjus

    Belle ambiance de halles que tu sais si bien raconter. J’ai marché à tes côtés le long de ces quelques lignes, j’ai senti, j’ai salivé, j’ai souri, béatement, simplement. Merci.

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  2. Dernière photo : la taille de la tranche de thon que le poissonnier est en train de découper laisse rêveur ; il s’agissait de celle qui vous a été servie ? Dans l’affirmative, je comprends que le désert n’était pas nécessaire…Savoureux, ce billet ! merci Michel

    Aimé par 1 personne

  3. Yves Bauchy

    Personnellement je préfère le plus ancien restaurant des Halles, « Halles et manger » tenu par Magalie et Joël qui ne proposent que des produits du marché et une exceptionnelle collection de vins de la région.
    Aucune esbroufe et un accueil très chaleureux.
    Une adresse incontournable

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  4. Anne Libéra

    Des huitres  » grasouillettes » ?
    quand elles sont pleines , leur goût laiteux me déplaît , cette laitance couvre le goût
    subtil de l’huitre.
    Je préfère les consommer les mois en R.
    Mais même en été nos huitres sont délicieuses si elles sont petites.

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