Pour faire connaissance…

Après m’avoir invité à rejoindre ce «cinq de base» , Hervé me prie de me présenter…

Le cordonnier est souvent le plus mal chaussé.En bref, je suis un journaliste généraliste, qui, au milieu de son parcours de vie, a décidé d’explorer plus avant un secteur, le vin, sous toutes ses facettes. 

En plein exercice…

Une passion tardive

Rien ne m’y prédestinait : je suis certes né à Lausanne en 1954, où je réside à nouveau depuis un quart de siècle, mais j’ai passé toute ma jeunesse dans les Préalpes suisses, à Bulle, la capitale du… fromage de gruyère aujourd’hui AOP suisse. Pourtant, la fondue accompagnée de vin blanc (souvent du chasselas d’Yvorne), je les ai découverts sur le tard.

Mon père buvait volontiers un verre de vin rouge à table à midi, qu’il achetait chez un marchand espagnol, Monsieur Rebordosa — du jumilla et parfois du rioja. Je n’y ai jamais eu droit à la table familiale, que j’ai quittée jeune, pour devenir journaliste. Je couvrais l’actualité politique à Fribourg, avec des «verrées officielles» et des «vins d’honneur», arrosés au chasselas du Domaine des Faverges, le plus grand et le plus ancien des domaines de Lavaux, planté par les moines bourguignons il y a près de mille ans et resté dans le giron catholique fribourgeois. Le «graal», à l’époque, c’était le rare rouge, un pinot-gamay que je jugerais banal aujourd’hui…

Voyage au Japon, chez Ayana Misawa Grace Wine, et comparaison entre le koshu et le chasselas!

Et puis, hier comme aujourd’hui, incapable de me cuire un œuf, je me suis passionné pour les meilleurs restaurants. Pour m’évader de mon travail — j’écrivais pour des journaux qui paraissaient alors 7 jours sur 7, je filais en France. Je me souviens avoir débarqué, au printemps 1974, à l’Oustau de Baumanière, alors triplement étoilé, aux Baux-de-Provence, avec ma Mini-Morris orange, en pantalon de velours, chemise à carreaux; j’étais seul au fond d’une salle où les conversations évoquaient le possible exil en Suisse quand la France passerait sous pavillon d’une gauche fortement teintée de communisme… Une bonne occasion pour faire connaissance avec le rouge… de Châteauneuf-du-Pape, un Château Fortia, sauf erreur, conseillé par un imposant sommelier en tablier noir. 

Quelques postes de journaliste plus tard, en rédaction ou comme correspondant parlementaire à Berne, je suis devenu rédacteur en chef du Journal de Nyon, que j’ai transformé en (petit) Quotidien de La Côte (vaudoise). Dans la principale région viticole du deuxième canton suisse producteur de vin, curieusement, on ne parlait presque jamais de la vigne et du vin… Lassé des querelles autour du budget du journal, j’ai quitté mon poste et je suis allé suivre le cours, alors officiel, de «marchand de vin», à Changins, à 15 minutes à pied de mon domicile. En quatre mois, en 1990, j’ai découvert les coulisses du vin, de sa législation si particulière, et appris à le déguster plus sérieusement… 

Les voyages qui forment le dégustateur

Jamais je ne me suis cantonné aux vins suisses, encore moins aux vins vaudois… J’ai réussi à me faire admettre, au côté des meilleurs œnologues, dans divers concours internationaux, avec une fidélité pour le Concours Mondial de Bruxelles (CMB), où j’ai rejoint le club fermé des dégustateurs affichant plus de 20 éditions. D’autres voyages se sont enchaînés un peu partout dans le monde, notamment en Amérique du Sud, puis en Chine, où je me suis rendu, avant la pandémie, sept fois en six ans. J’avais rencontré feu Gérard Colin au premier concours organisé à Shanghaï par Baudouin Havaux, le patron du CMB. Et j’ai revu Gérard presque chaque fois, échangeant longuement sur le vin d’abord, les vins chinois ensuite… J’en reparlerai bientôt à travers le livre du sociologue français Boris Pétric, «Château Pékin», titre du film qu’il a tourné sur le même sujet…

Au fil du temps, j’ai aussi écrit quelques livres. Le plus esthétique, l’album «Vignobles suisses» du photographe Régis Colombo, cassait les codes. Un jour, dans un bistrot de Montevideo (Uruguay), l’Italien Federico Castellucci, alors directeur de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), raconte à notre table qu’il faut présenter le vin sous un autre angle que scientifique. Il cite en exemple un livre qu’il vient de recevoir, un album sur les vins suisses… Conseillé par sa femme, qui tenait une galerie à Rome, il avait surtout retenu les images… mais il a pu confirmer qu’il s’agissait bien de «notre» livre, largement primé à l’international.

J’ai aussi commis «Le vin pratique», le plus réussi à mon sens: l’éditrice m’arrachait les chapitres à rythme soutenu… Il n’a guère eu de succès… Et puis, dernier en date, «111 vins suisses à ne pas manquer», paru l’an passé aux éditions emons:, à Cologne (l’édition originale en français a été traduite en allemand).

Un jury du CMB en Espagne en 2017; à gauche, David Cobbold (et à droite, Guenaël Revel)

Ces voyages ont surtout été des rencontres, avec mes confrères David Cobbold, ex-membre des 5 du vin, Emmanuele Pellucci, le Florentin qui m’a ouvert les portes de la Toscane et de l’Italie, et d’autres, comme le Français du Québec Jacques Orhon, le Polonais parfait francophone Marek Bienczyk, écrivain à succès dans son pays, la Parisienne de Hongrie, Mathilde Hulot ou encore Frédéric Arnould, le Belge de Radio Canada et tant d’autres… Un «small world», si petit monde de dégustatrices et dégustateurs. Avec eux, j’aime aller à la découverte de nouvelles sensations, de nouveaux horizons, de nouveaux goûts — mais pas trop, quand même, comme vous le lirez la semaine prochaine, à propos des «vins nature».

De gustibus

Et mes goûts à moi, quels sont-ils ? En suivant l’évolution des vins suisses saison après saison depuis plus de trente ans, j’ai pu observer les progrès, les changements… rapportés aux crus du monde entier. J’ai toujours aimé les vins de la Vallée du Rhône, de Visperterminen à Châteauneuf-du-Pape — j’en ai même élaboré avec mes copains des AS, «amis de la syrah et des autres cépages rhodaniens», pendant une douzaine d’années et autant de vendanges, du côté de Pont-Saint-Esprit; et j’en ai vendu dans un bar à vin à Lausanne pour lequel j’ai dû décrocher la «licence» officielle de tenancier. Une autre aventure!

Sur cet écran, j’espère vous faire échapper, par mes chroniques hebdomadaires, aux clichés, du genre «le meilleur vin est celui que je boirai demain». Mais journaliste, j’ai été mal payé pour distiller ce genre de petite phrase qui gardent un fond de vérité (au fond du verre!).

D’avance, pardonnez-moi… et à jeudi prochain !

Pierre Thomas

 

 

 

Dans les vignes de la Sierra de Salamanca, Espagne, au printemps 2017.

17 réflexions sur “Pour faire connaissance…

  1. Daniel Marcil

    Quel plaisir de savoir que tu rejoins la « Dream Team » des 5 du Vin. Je suis un fidèle de ton blog perso depuis longtemps. A ce sujet, les billets que tu nous réserves seront ils spécialement pondus pour les 5 ou naîtront d’abord sur ton blog?
    Bonne continuité vineuse.

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  2. dcobboldorangefr

    Cher Pierre
    Je suis très heureux qui tu montes à bord de ce bateau si bien mené par Hervé, soutenus par bien d’autres, et qui vogue, uniquement par passion du vin, à travers les plumes (devrais-je dire plutôt les doigts sur un clavier ?) et les modes plus ou moins censés de notre monde de vin. A ce propos, j’ai hâte de lire ton premier chronique !
    Mais, avant tout, j’aimerais te féliciter pour cette article de présentation, si honnête, si distancié, qu’on se croirait enfin chez un bon journaliste, mais aussi chez un homme plein de bon sens.
    Nous parlerons, une autre fois, du CMB et de la Chine (et j’en parle parce que tu l’évoque dans ton article). Tu sais que je diverge profondément avec le CMB sur cette affaire. Donner des gages, si minimes qu’elles soient, à un régime dictatoriale me semble inaccecptable en toute cicirconstance.
    Et comme tu annonces une tendance rhodanienne dans tes goûts, je bois, en écrivant ces mots, un vin d’un chateauneuf : Domaine de Biscarelle (domaine méconnu mais excellent), cuvée « Les Anglaises » (on n’y échappe pas en ce moment). Quant au terroir, je m’en fous totalement car le vin est très bon !

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    1. pthomas1954

      Merci David! A propos de Châteauneuf , le bouquin de Georges Truc est formidable… mais j’avais qualifié le sommelier Paolo Basso d’ « anti-terroiriste », une étiquette qui n’est parfois collée aussi…

      Aimé par 1 personne

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