Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


3 Commentaires

Two dinners and a lunch (part one)

2014 Sancerre Gérard Boulay

2014 Sancerre Gérard Boulay.

After spending three weeks in the Cher Valley, some 40 kilometres east of Tours, we headed for a three-night stay in Chavignol – an opportunity to eat well and enjoy some Sauvignon Blanc and Pinot Noir not forgetting to fit in a few tastings and a bike ride to mitigate some of the acquired calories.

We arrived early on Saturday evening and checked into our favoured hotel in the area – La Côte des Monts Damnés – run by Karine and Jean-Marc Bourgeois. That evening we ate just down the road at the Restaurant Au P’tit Goûter run by Gilles Dubois formerly of the famous Chavignol cheese company Dubois-Boulay until it was bought by the large diary company – Rians. There are some who maintain that the Crottins from Dubois-Boulay are not as good since the takeover. Happily I think this is wrong as the cheeses remain as good as they always were.

But back to Au P’tit Goûter, which is becoming more sophisticated with choice of couple of menus. A strong point remains the choice of local wines, sourced by Gilles from his many years of contact with local producers. We started with the 2014 Tradition from Gérard Boulay, who for me is one of the top producers in Sancerre. His 2014 Tradition was simply delicious to drink. The 2014s are being lauded in Sancerre and with some reason. They have great balance – balance that was evident from the very beginning not just here but throughout the Loire. There is a vibrant tension without the richness of a vintage like 2009, which I assume reflects the cool 2014 Summer. The Indian summer in September ripened the grapes but left the acidities present. Although there are crucial months, for example September here in the Loire, the whole of the growing season plays its part so the 2014 wines will still, in part, reflect the cool summer. The few 2014s in bottle that aI tasted are already showing well and should be wines to keep.

Not surprisingly Crottin plays an important role in the cooking here.

Not surprisingly Crottin plays an important role in the cooking here – a cocotte of melted Crottin.

2013 Sancerre Rouge Domaine Pierre Martin

2013 Sancerre Rouge Domaine Pierre Martin

Pierre Martin is one of the younger Sancerre growers, who has impressed me over the past seven or eight years. Although 2013 is not the greatest vintage for Sancerre Rouge, I was interested to see how Pierre had fared in 2013. Although lighter than vintages like 2009, 2010 and 2014, this still had a some fruit concentration and Pinot silky texture – enough to cope with our duck leg. This was the first of three reds that we drank over our stay – all three impressed underlining the progress that has been made with Pinot Noir in the Central Loire vineyards over the past two decades.

Heads up! Pascal, Nathalie and Rémy Joulin celebrate the 2014 vintage.

Heads up! Pascal, Nathalie and Rémy Joulin celebrate the 2014 vintage.

Sunday morning there was was time to spend just over an hour with Pascal Joulin (Domaine Michel Vattan) to taste the unbottled 2014s and a few previous vintages in bottle. Again the vibrant, clean and finely balanced 2014s impressed. From the bottled wines I enjoyed the texture and length of the 2013 Argile, Sancerre Blanc and the more concentrated and beginning to evolve 2012 Les L.O., which has an intriguing touch of bitterness in the long finish. Pascal releases L.O. only in good vintages – 2002, 2006, 2010, 2012 and most probably 2014.

Following our tasting we had a quick look at some of his vineyards high up on the steep slopes above the little village of Maimbray. We discussed the problem of erosion on these steep slopes and the role grassing over the vineyards and careful cultivation plays in reducing water runoff. Pascal explained that he leaves the prunings amongst the vines which further helps to slow down rainwater. Sancerre can be prone to severe storms. I remember a good 15 years or more ago a an early August storm with torrential rain that washed down lots of soil from the vineyards flooding out cellars and with a landslide cutting the road between Saint-Satur and Chavignol. This was in the days when the use of weedkiller was more widespread than it is now.

The practice of blitzing these steeply sloped vineyards with weedkiller is, however still unfortunately too common. Pascal showed me one of his neighbour’s vineyard which is entirely weed killered and every time it rains heavily the soil is washed down. This seems such a short-term approach and, given the price that Sancerre commands, not one that can be defended through economic necessity as can be argued in AC Touraine, especially those producers who are members of a coop or who supply négociants.

We left the Joulins in time to drive to Menetou-Salon for a traditional blow-out Sunday lunch at C’Heu l’Zib. If you have been there once then you will know what will be on the menu as it is virtually unchanging largely because the clientele goes for their terrines, the famous pike in beurre blanc and the slab of wickedly rich charlotte aux chocolate as a coup de grâce!. It is fun to do once every so often – always a good atmosphere of people, often in large family group, enjoying themselves. Just don’t arrange to do anything much, apart from take a substantial siesta, afterwards.

Details of what we drank – Menetou-Salon, of course – and the rest of our visit will be posted next week.

IMG_7869

J-Elvis1


4 Commentaires

Terroir (retour) et quelques vins de Corbières

Climat (surtout), sol (un tout petit peu), bactéries et plantes (beaucoup), culture et transformation (énormément, tous les deux), législation (trop souvent).

Ce sous-titre un peu long résume à peu près les principaux éléments qui font qu’un vin ne ressemblera jamais tout à fait à un autre. Et j’ai rajouté des qualificatifs personnels sur le poids relatif de ces éléments, ce qui ne manquera pas d’énerver certains. Tant pis, je tiens à ma proposition ! Bien entendu, les choix du producteur agissent sur une partie des ces éléments et modèrent ou exaltent leur importance. Il peut être déterminant dans beaucoup de cas. Ce n’est pas pour autant que j’inclus l’homme dans mon acception du mot terroir.

Prenons quelques exemples: le choix de planter à 3.000 ou à 10.000 pieds à l’hectare (si la pluviométrie du secteur autorise cette dernière option) va modifier le rendement au pied et donc l’intensité des saveurs dans les raisins, et cela relève de la culture, parfois aussi de la législation ; celui de désherber chimiquement ou d’enherber (avec ou sans griffages périodiques) va affecter la vie organique et microbienne du sol et affecter la composition des raisins, ce qui, encore une fois relève du choix viticulturel du vigneron ; des options prises en matière de températures de fermentation, durées de cuvaison, et contenants pour le processus de fermentation et de maturation peuvent aussi modifier considérablement les saveurs d’un vin, et c’est encore une fois le vigneron qui décide, quand la législateur veut bien le laisser tranquille. Je dirais en conséquence que l’homme est plus important que le terroir (c’est à dire le milieu naturel). Bien sur il doit faire avec ce que la nature et le législateur (en Europe) lui donne ou lui laisse faire, mais, dans une fourchette donnée, ce sont ses choix qui décideront des la qualité relative de son vins par rapport à ceux des ses voisins.

Et pour simplifier une donne déjà complexe, je ne parle même pas d’altitude ou d’orientation du vignoble, ni de choix de cépages, de clones, de porte-greffes, de techniques ni de dates de vendanges, etc, etc. C’est pour toutes ces raisons que je continue d’avoir beaucoup de mal à gober le discours dominant sur le sens du mot terroir qui met en avant la nature géologique des sols comme étant le principal, voire le seul élément affectant le goût d’un vin, ce qui n’est pas du tout crédible ! Lisez ou écoutez les discours de 95% des producteurs et vous comprendrez. Pour moi, cela n’a aucun sens et sert uniquement à faire deux choses: minimiser le rôle de l’homme et faire croire que chaque vigneron (ou village ou appellation) a dans son sol un ingrédient magique que personne ne peut lui « prendre ». Passons sur ce qui ne sont, après tout, que des astuces de marketing déguisé en langage de la terre : vous savez, celle qui ne ment jamais, selon le triste et déplorable maréchal .

Je viens à une récente dégustation, en deux temps, de quelques vins de Corbières et de Corbières Boutenac. Je ne suis pas du tout favorable à la multiplication des appellations, mais je dois avouer que les 6 vins de Boutenac dégustés étaient dans une catégorie supérieure à une plus grande série d’une vingtaine de vins rouges de l’appellation « simple » Corbières dégustée quelques jours auparavant. Ils sont aussi plus chers, ce qui peut fournir une partie de l’explication, car une vision cynique du sens de ce mot « terroir » est de dire que le terroir c’est une histoire d’argent avant tout. C’est excessif, mais il y a aussi du vrai là-dedans aussi.

Deux vins rouges de Corbières m’ont plu dans la série présentée récemment par cette appellation à la presse à Paris. Les vins étaient divisés en deux groupes qui devaient correspondre, je pense, aux cuvées non-boisées et boisées. C’est peut être une coïncidence, mais les deux vins qui m’ont séduit arrivaient vers le tout début de chaque série, c’est à dire parmi les moins concentrés, je pense.

Le Château Amandières Grande Cuvée 2012 est produit par les Maîtres Vignerons de Cascatel. Il vaut 5,50 euros prix public. Cet argent serait très bien dépensé par quiconque tomberait sur un flacon de ce vin au joli nez de fruit ayant une certaine profondeur et sans fausse note. Cette qualité de fruit se poursuit en bouche, sur un fond de tanins souples et sans aucun poids excessif. Un vin qu’on pourrait qualifier de facile, et pourquoi pas, car c’est délicieux, parfaitement équilibré et pas cher du tout pour une telle qualité. L’assemblage inclut carignan, syrah et grenache dans des proportions que j’ignore (et je m’en fous, disons suffisantes).

Le cuvée plus ambitieuse venaient du Domaine Auriol, et s’appelle Intense 2013 de Claude Vialade. Les cépages annoncés sur l’étiquette faciale sont syrah, carignan et grenache, et la zone d’origine est les Coteaux d’Alaric. Ce vin, intense en couleur comme au nez, sent le sous-bois, comme le mur, le pruneau et la prune avec des touches discrètes de réglisse. Cela fait pas mal. Aussi juteux que structuré il est sérieux et vibrant, grâce au dialogue entre acidité et tanins. C’est long et frais, également d’un rapport qualité/prix excellent à 7,50 euros.

Des 6 vins dégustés à une autre occasion de l’appellation Corbières-Boutenac, tous était nettement plus chers (entre 12 et 19 euros). Peut-être est-ce pour justifier cette appellation dans l’appellation ? Trois ne m’ont pas semblé très intéressants, en tout cas pas plus que le deux vins cités ci-dessus. La cuvée Belle Dame 20100 de Sainte Lucie d’Aussou, par son fruité intense un peu « fruit bomb » a des atouts incontestables (12 euros). Mes deux vins préférés de cette coutre série étaient un des moins chers, le Château Fabre Gasparrets 2011 (13,75 euros), un vin splendide et délicieux que je recommanderai à tous ceux que n’ont jamais goûté un très bon vin de cette région, et le plus cher, l’Atal Sia 2011 d’Ollieux Romanis (19 euros), un vin plus austère et dense, mais qui va faire ses preuves avec du temps.

Tout ça pour dire quoi ? Que le prix ne dit pas tout et l’appellation non plus. Que ce sont toujours le hommes qui font les vins, et pas le terroir, qui ne fournit qu’un cadre, plus ou moins serré, surtout si on y rajoute le ou les cépages. Qu’il y a des vins délicieux en Corbières, et d’autres un peu moins. Des banalités, probablement.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 

 

 


3 Commentaires

Vouvray – Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud: Domaine Perrault-Jadaud

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

The house at Chançay with the cave set into the hillside.

In the cellar

In the cellar

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

Anne-Cécile and Tanguy in their vineyard by Le Clos du Bourg, Vouvray.

I was very pleased to discover a new Vouvray producer at the VinaViva tasting at Saint Etienne de Chigny a little to the west of Tours. I certainly can’t claim to be anything like the first to taste the wines of Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud as their first vintage was in 2008.

It is always good to find new producers who are making exciting wines and, in particular, in Vouvray. Particularly exciting in Vouvray as it has been less dynamic than its smaller but closely related cousin – Montlouis – on the south side of the Loire. Although Montlouis is substantially smaller than Vouvray over the past 30 years it has been much more dynamic and attracted a host of impressive newcomers. A major factor here has been the difference in the vineyard prices between the two appellations making Vouvray both much more unaffordable than Montlouis and so more difficult to find suitable vineyards to buy.

Nevertheless Tanguy Perrault and Anne-Cécile Jadaud, who had no background in wine, started out on their adventure in Vouvray in 2008 with just 0.8 hectares making a PetNat and some moelleux. 2009 was really their first vintage when the domaine had grown to all of a hectare. Gradually they built up their domaine until they now have 4.2 hectares with Tanguy keen to acquire more if possible. They are fortunate in having some parcels on the premières côtes both in Vouvray itself and further east in Noizay. One of their parcels in Vouvray is right by the Clos du Bourg. In 2011 they moved into their present premises in Chançay.

Tanguy, who hails from Brittany, is a trained viticulturist, while Anne-Cécile, whose parents live in Tours is an oenologist. Both have taught at the Lycée Agricole d’Amboise.

They farm organically and their wines are impressively pure from low yields. Although they try to use as little sulphur as possible, they feel that their wines need a little bit of protection so they are not part of the non-SO2 brigade.

When I tasted their wines both at VinaViva and when I went to visit them last week, I was very impressed with their Vouvray PetNat which spends 24 months sur latte giving it the complex, honeyed and toasty aromas and flavours. Equally impressive is the 2013 Les Grives Soûles Vouvray Sec – brilliantly precise, clean and long. Anne-Cécile explains that Grives-Soûles doesn’t mean drunken thrushes, rather thrushes wonderfully replete after plenty of corn to ready them for their migratory journey south at the end of the summer.

Parcel by Le Clos du Bourg

Parcel by Le Clos du Bourg

J-Elvis1

 


10 Commentaires

Le vin, l’encre et l’eau

???????????????????????????????????????????????????? Water, wine & ink (c’est le titre de cette photo)

 

Voilà trois liquides à priori assez différents mais qui ont des liens intéressants et, parfois, instructifs. Comme je travaille de temps en temps sur l’eau et ses goûts, je ne suis que trop conscient de tout ce qui partage cette substance vitale avec le vin, substance moins essentielle après tout, même si elle nous intéresse bien plus souvent que l’eau. Le vin contient environ 85% d’eau, alors que le corps de l’homme en contient 60% et celui de la femme 55%. Je ne pense pas que l’on trouve de l’encre dans nos veines, même si on est écrivain, et c’est pareil pour le vin. Alors quel est le lien qui m’a fait parler des ces trois substances ?

vin et encre

 

Assez tenu je dois dire. Lors d’une petite recherche sur les attitudes historiques envers l’eau, mon collègue Sébastien Durand-Viel m’a passé un bouquin qui s’intitule « Le Vin et l’Encre », de Sophie Guermès, normalienne et docteur en littérature française (éditeur Mollat, 1997). Si vous ne l’avez pas déjà, je vous le recommande chaleureusement. Ce livre est une collection de textes issue de la littérature française entre les XIIIème et XXème siècles et ayant un rapport direct avec le vin. Il contient de choses connues et moins connues, et beaucoup des textes formidables. Sur le plan historique cela va de « La Bataille des Vins », d’Henri d’Andeli, à « Petite théorie des bulles, de Michel Onfray, issu de son livre La Raison Gourmande (1995). Tout cela est souvent jouissif et plein de renseignements, parfois inattendus.

Comme le sujet de ma recherche tournait autour de l’eau et des attitudes passées et présents envers cette substance, ma première attention fut pour un texte du XVème siècle intitulé «Le Débat de l’eau et le vin », dont l’auteur se nomme Pierre Jamec. L’auteur du recueil a eu la prévenance de le traduire en français moderne, ce qui m’en a beaucoup facilité la compréhension, car la langue de Rabelais ou de Clément Marot n’est pas plus proche du français actuel que n’est la langue de Shakespeare de l’anglais contemporain.

Jusqu’à la lecture de ce texte, mes idées préconçues sur les attitudes des populations de ces époques envers l’eau (surtout comme boisson) étaient fortement teintées par la notion que l’eau était source de menaces car souvent polluée. Mais cette idée n’est pas nécessairement juste, comme le démontre ce poème en forme de dispute dans lequel l’eau se défend ainsi de l’attaque du vin.

Je suis un des quatre éléments

Et l’un des premiers sacrements

Se fait par moi : c’est le baptême

Tout pourrirait si je n’étais.

Je lave chacun et nettoie ;

De chacun je reçois l’ordure.

Pourtant, l’ordure n’est pas mienne,

Mais chacun en moi en envoie ;

Malgré tout, je suis nette et pure,

J’ai en moi de la nourriture,

Poisson pour toute créature,

Baleine, esturgeon, lamproie.

Par moi la terre porte verdure.

Elle serait poudreuse, sèche et dure

Si je ne l’arrosais souvent.

 

Ta mère, la vigne boiteuse

Jamais ne serait vertueuse

Si je ne l’arrosais souvent.

Malgré cela, elle est ruineuse :

Il faut toujours qu’un paysan

Lui dispense beaucoup de soins,

S’il y a un peu de mauvais temps,

De nuages, de chaleur ou de vent,

Ou de froid, le voilà piteuse.

 

L’attaque du vin qui a provoqué cette réponse fut pourtant bien rude :

 

On fait de moi le sacrement

De la messe, benoit et digne,

Le sang de Jésus proprement.

Je suis sur l’autel hautement

Là où tu es en cuisine

 

Et sitôt qu’un grand seigneur dîne

Je suis mis sur la toile fine

En coupe d’or honnêtement.

Chacun tête à ma tétine

Mais toi comme pauvre meschine

Es en un pot mal nettement.

Je suis gardé en grands vaisseaux

En queus, en muys et en tonneaux ;

Tu cours partout comme une folle.

On lave en toi les boyaux

Et les tripes de ces pourceaux.

Tu es pleine de boue molle

Qui se prend aux mains comme colle.

Mais on me baise et m’accolle.

Je n’ai en moi que beaux pineaux

Quant je saute de dessous la semelle.

On ne me met pas dans un vase,

On me garde comme un joyau.

 

Quand on fait bon marché j’y suis ;

Toi, to dors dans ce puits

Plein de chats morts et de chiens.

En ton logis il n’y a point d’huis.

Mais moi, je suis venu en muys,

En barrils faits de forts liens.

On me mène ici d’Orléans

Et des pays où je me tiens,

De Beaune, et quand je suis cuit,

Aux malades les chirugiens

Me baillent, ainsi que les phusiciens

Pour les conforter jour en nuit.

 

Mauvaise, tu n’es bonne à rien.

Tu fais trembler une personne

Sitôt qu’elle t’a avalée.

Quand tu es en un ventre, il tonne,

Il ronfle et gargouille.

Pour toi vient aux hommes la gale,

Par toi un être coloré devient pêle.

Mais quand un homme en son corps m’avale,

Il rougit comme rose en bouton

Je tiens joyeux le corps de l’homme.

Je conforte les vieux.

Ti amaigris et je tiens gras.

Je suis franc et délicieux.

Je suis breuvage précieux

Comme piment et ypocras.

Platon, Gallien, Hippocrate

N’ont pas été ingrats envers moi,

Mais m’ont loué en plusieurs lieux.

J’échauffe aux hommes corps et bras,

L’estomac, le ventre et le foie.

Mais toi, tu ne fais de bien qu’aux yeux.

 

J’aime bien que la traductrice ait laissé quelques orthographies anciennes (muys pour muids, par exemple, ou pineaux pour pinots)

Je trouve surtout que ces vers nous apprennent pleine de choses, aussi bien sur ce qui a rendu l’eau suspecte en tant que boisson (la pollution des puits par le rejet d’animaux, sans parler du reste !) que sur l’image de corps de cette époque, quand il était bien vu d’être rouge de visage et gras, par exemple. Nous savions que la famille des pinots était connue en Bourgogne dès le XIVème siècle. Voici une autre preuve, certes plus tardive. Le transport des vins du sud vers Paris est aussi évoqué, la voie royale, à part les fleuves, étant la route depuis Orléans avant l’aménagement du canal de Briare. Et aussi, peut-être, la relative cherté du vin (précieux comme piment et ypocras).

L’encre sert, pour finir, à nous révéler le vin. Prenons-en de l’espoir, nous les modestes scribouillards !

 

David Cobbold


14 Commentaires

Les 5 de l’Evin – l’avenir des blogs de vin en France?

Lu et approvée – l'administration Loi Evin 2016

Ce billet lu et approuvé – Loi Evin 2016

••••••••••••••••

L’explication: La France doit-elle en finir avec le vin ?

Loi Évin : le vin face à de nouvelles menaces de censure

Could the French parliament ban the Breton’s  » Nuits d’ivresse  » ?


4 Commentaires

Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 


19 Commentaires

Si on s’achetait le nouveau Galet ?

Non, à l’inverse de mes confrères fins observateurs de la chose publique et électorale, quand bien même son discours séduit nombre de vignerons du Vaucluse au Bas-Rhin, je n’écrirai pas un mot de plus sur le spectre de la blonde Marine qui bat la campagne d’Amalou-les-Bains à Vichy. Tout cela finira bien en peau de zobi… et la moustache de s’envoler définitivement.

5404061

Ne comptez pas non plus sur moi pour raviver le facétieux débat entre anciens et modernes, entre jeunes et vieux, entre journalistes vrais et blogueurs faux. Pas plus je ne souhaite revenir sur l’impérieuse nécessité d’inventer un spritz à la bordelaise où la glace en pagaille, l’eau à profusion et la tranche d’orange même pas sanguine permettront, selon les plus fins stratèges du cocktail ciblé markétinge, d’écouler dans le plus grand snobisme inversé le vin mauvais auquel on a osé donner le nom de Sauternes ou de Barsac. Non, je ne dirai rien au passage des vins dits natures ou naturels. Rien non plus sur le vin nu ou habillé. Non, mille fois non je ne piperai mot du grand bal des dupes, celui des primeurs, qui bat son plein en ce moment entre Garonne et Dordogne. Promis, c’est niet : silence sur Prowein comme sur Vinitaly d’ailleurs. Encore rien sur le site de vente par correspondance des Vignerons Indépendants, sur Bettane & Desseauve, sur la Revefe, sur les commentaires fleuves et les frasques passées de l’ami Luc. Rien non plus (et c’est navrant), sur le dernier numéro d’In Vino Veritas, l’indispensable revue belge que tout le monde s’arrache. Trèves de balivernes. Même pas un mot pour notre chère Tunisie et ses vins, en particulier ceux du Cap Bon.

Dico Cepages

En revanche, ne vous déplaise, je dis OUI. OUI, mille fois OUI, un OUI franc et massif, comme disait le Charlie de Colombey, un OUI en capitales tant la chose qui va suivre me tient à cœur et me paraît importante, pour ne pas dire primordiale. Alors, OUI au crowdfunding  (je vous l’accorde, en cette semaine de la Francophonie, le mot est sans doute aussi barbare  que le triste spritz au sauternes; mais il désigne le  financement de masse qu’est censé engendrer le recours au service de la Toile)! OUI à un projet titanesque, OUI à un travail ambitieux, valeureux, courageux. Oui à la somme d’une vie entière consacrée à la recherche génétique sur les plantes qui composent notre univers viticole. Oh, je sais, je suis nullissime en bateleur de foire, nul à chier en téléshopping, bon à rien en sciences, mais nom de Zeus, misez donc, faîtes comme moi et beaucoup d’autres, pariez vos euros et qui plus est à votre guise, sur le succès d’un ouvrage nécessaire qui a grandement besoin de vous pour exister.

Le livre est prêt : y’a plus qu’à imprimer !

DSC_0871

Un homme, que dis-je, un monsieur, un savant, un ampélographe émérite célébré de par le monde, le Professeur Pierre Galet, de l’École d’Agronomie de Montpellier, a décidé au soir de sa vie – il est né à Monaco, il a 94 ans aujourd’hui – de consacrer toutes ses forces à la réactualisation de son Dictionnaire Encyclopédique des Cépages et de leurs synonymes avec près de 10.000 cépages en France et dans le monde. Cet homme, qui a déjà inspiré des ouvrages de vulgarisation aujourd’hui en librairie à des prix bien plus élevés, ne manque ni de modestie, ni d’humour. Un jour, il avait résumé les difficultés de sa science par cette phrase : la vigne est le premier vêtement utilisé par l’Homme. Souvenons-nous d’Adam et Ève, on ne sait toujours pas de quel cépage il s’agissait !

image_chdefer

Lors de ma dernière connexion au site Fundovino consacré au rassemblement des fonds, sur les 20.000 € nécessaires, 14.000 € avaient déjà été collecté, soit 70% de l’objectif. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite puisque les Éditions Libre et Solidaire souhaitent pouvoir commencer l’impression en Avril. La livraison de l’ouvrage de 1.200 pages et 3.000 photos est annoncée à un mois après la réalisation de la campagne. En fonction de l’argent investi, de nombreux cadeaux sont prévus dont un poster de Rémy Bousquet. N’étant pas aussi riche que je le souhaiterais, j’ai pour ma part misé sur une formule intermédiaire : pour 85 € investis, je vais recevoir le livre dédicacé par son auteur ainsi qu’un indispensable marque-page collector que je placerai d’office à l’entrée du texte consacré… au cépage Carignan. Puis j’irai voir l’Aspiran, le Cinsault, la Négrette, le Vaccarèse, la Clairette, la Roussette, etc.

Photo©MichelSmith

Papy Galet, l’été dernier, en compagnie d’une belle admiratrice venue du Gers ! Photo©MichelSmith

Au cas ou vous ne seriez pas encore convaincu par mon invitation en forme de supplique, allez donc faire un tour sur le blog de mon ami Vincent Pousson : sa plume sera peut-être plus efficace que la mienne. Ce faisant, nul doute que votre argent sera bien placé. Sachez qu’en allant sur la plateforme Fundovino mise en place par des passionnés, vous pourrez acquérir l’œuvre de votre vie ! Qui sait, celle que vous léguerez peut-être à vos enfants, qui eux mêmes… allez savoir, grâce vous, un jour, deviendront Vignerons.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 12 601 autres abonnés