Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le Chenin dans tous ses états

S’est tenue, vendredi dernier à Faye d’Anjou, une journée d’étude sur le cépage chenin blanc. Trois des 5 y ont assisté, et Hervé puis Marc auront probablement, plus tard cette semaine, des choses à en dire. A moi donc d’ouvrir le bal.

IMG_7060Cette journée était organisé dans le petit village désertique (plus de café et la moitié des maisons à vendre) de Faye d’Anjou avec l’intitule suivant : « La Chenin, histoire et actualités »

D’abord, félicitations aux organisateurs pour leur initiative et la qualité des interventions qui furent denses et rarement trop longues. Je crois n’avoir dormi que pendant deux d’entre elles ! Puis ils ont eu la bonne idée d’y associer des travaux pratiques avec deux dégustations de chenins ligériens. J’espère qu’une prochaine fois la chose aura une envergure plus internationale, comme les regrettées journées de chenin avec concours qui ont eu lieu à Fontevraud il y a quelques années. J’ai le souvenir, à ces occasions, du refus stupide de l’appellation Vouvray de présenter des échantillons à ce concours, en disant, le nez fermement orienté vers le ciel, « mais nous ne produisons pas de chenin, nous produisons du vouvray ». Vu ce que Jim a raconté récemment sur ce blog, cette appellation-là n’est pas à une décision inepte et mesquine près !

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Le chenin blanc est une variété quelque peu paradoxale : versatile quant aux types de vins produits (blanc secs, demi-secs, liquoreux ou effervescents), adaptable à une large gamme de climats (du tempéré au chaud),  elle est également exigeante au niveau des soins et de la surveillance lorsqu’il s’agit de produire des vins de haute qualité, comme elle a une grande sensibilité à son emplacement (exposition etc). Mais le paradoxe est, qu’à la différence des chardonnays, sauvignon blanc et, à moindre degré, riesling, le chenin a manqué une grande carrière internationale, du moins jusqu’à présent. Les causes sont certainement multiples. On pourrait citer en premier lieu des facteurs geo-économiques : le Val de Loire n’ayant jamais obtenu ce statut de région de référence stylistique qui a fait la fortune de Bordeaux, de Bourgogne ou du Champagne. La faute aussi à une absence historique d’une négoce aussi qualitative que puissante, ce qui est à l’opposé des trois régions déjà cités, auxquelles on peut rajouter la Vallée du Rhône. L’absence d’une ville majeure de référence qui concentre une grande partie de l’activité commerciale de la région a du aussi joueur en sa défaveur : en effet, Nantes n’a jamais été une ville de vin comme Bordeaux, Beaune ou Reims/Epernay, et ni Angers, ni Tours n’ont pu prendre cette place-là.  Puis il faut aussi citer le rôle de cépage « tout-venant » que l’Afrique du Sud, qui est le pays ayant de loin la plus grande surface de chenin au monde, à donné à cette variété. Ainsi l’Afrique du Sud n’a jamais mis le chenin en avant, comme, par exemple, les argentins l’ont fait pour le malbec. Et en France, ses surfaces sont divisées parmi un grand nombre de petites appellations dont les notoriétés peinent à franchir les frontières de l’hexagone. Même si ce n’était pas le cas, le refus de la plupart des producteurs de mettre le nom du cépage sur leurs étiquettes (ce qui est pourtant autorisé), n’aurait rien fait pour améliorer sa reconnaissance par un public plus large que quelques aficianados.

IMG_7066Patrick Baudoin est le Président du Syndicat Anjou Blanc. Il est aussi le producteur d’un des meilleurs vins de la région que j’ai pu déguster ce jour-là.

Car les faits sont têtus malgré tout le bien que nous pouvons penser du potentiel de ce très intéressant cultivar (j’ai dégusté à diverses occasions des vins formidables issus de plusieurs appellations ligériennes, mais aussi sud-africains, aussi bien en sec qu’en liquoreux), et malgré son ancienneté indiscutable. Si Rabelais le mentionne dans Gargantua en 1534 dans un phrase qui évoque déjà la vinothérapie (note 1), la variété est surement plus ancienne, le chenin blanc  n’occupe que la 28ème place (chiffres de 2010) dans le palmarès des variétés les plus plantées au monde, et le 11ème ou 12ème parmi des variétés blanches. En France, son lieu d’origine probable (mais pas certain), le chenin n’occupe que le 16ème place. L’Afrique du Sud en possède presque deux fois la surface de la France (18,500 hectares contre 9,800 hectares), mais ailleurs il ne pèse pas lourd et il s’est assez peu répandu car quatre pays, en incluent les USA et l’Argentine, totalisent 95% des surfaces totales dans le monde. Cela dit, il est entendu que ce n’est ni la notoriété ni le nombre d’hectares plantés qui déterminent le potentiel qualitatif d’un cépage. Regardez aussi le grüner veltliner, ou, plus rare encore, la petite arvine ! Mais le rôle historique de la France en établissant des benchmarks pour des vins de qualité via un certain nombre de cépages aurait dû, il me semble, donner une place plus importante au chenin blanc. Cependant la roue tourne et on peu espérer qu’elle tournera vers une plus grande reconnaissance ce cette grande variété à l’avenir.

IMG_7062Savennières est probablement une des plus consistantes des appellations de chenin. Voici un des bons que j’ai dégusté

 

Pour poursuivre le chapitre technique et historique, l’ampélographe Jean-Michel Boursiquot nous a confirmé qu’un des parents du chenin blanc est le savagnin ou traminer, mais que l’autre reste à découvrir. En revanche il a énormément de liens de parenté avec un grand nombre d’autres variétés, aussi bien en France (le colombard, par exemple) que dans des pays aussi éloignés que l’Autriche ou le Portugal. Comme toute variété ancienne, le chenin a beaucoup de synonymes. Il a aussi au moins un faux ami : le chenin noir, qui lui est totalement distinct sur le plan ampélographique. Si la mobilité des cépages était, au moyen âge, le résultat des déplacements monastiques ou des lubies des puissants, elle a pris une autre ampleur, plus commerciale, à partir de la fin du 18ème siècle, comme nous l’a expliqué l’historien Benoit Musset. Ainsi on trouve du chenin dans le sud-ouest et dans le Languedoc (à Limoux notamment).

IMG_7067Ce vin magnifique de l’obscure appellation Anjou Coteaux de la Loire, est fait avec des raisins confits.

 

Aujourd’hui, la grande interrogation des producteurs de chenin ligériens est de savoir vers quel type de vin faut-il s’orienter. La production des liquoreux selon une méthode naturelle est assujetti à des variations du aux conditions climatiques qui rend l’exercice aléatoire et donc peu rentable. Vous rajoutez à cette difficulté déjà majeure une désaffection quasi-générale pour des vins sucrés et vous avez déjà la réponse ! Bulles ou vins secs, certainement. Pour la bulle, elle occupe déjà une bonne partie de la production, même s’il est difficile de qualifier la part de chenin dédié à cette part, car la plupart des 6 appellations ligérienne de vins effervescents autorise des assemblages avec d’autres cépages, particulièrement le chardonnay. Mais est-ce que la valorisation est suffisante dans ce cas ? On ne recherché pas une grande concentration (certains duraient « minéralité ») dans ce type de vin et cela nuirait probablement à un usage intelligent des meilleurs sites.

IMG_7063Un autre bon Savennières

 

Pour éviter d’être trop sérieux dans cette affaire, qui pourtant le mérite amplement, j’ai proposé le texte suivant aux organisateurs en guise de conclusion : « le chenin est long et la pente est parfois raide, et, chenin faisant, j’ai croisé Miss Botrytis et Mlle Bulles. Un jour il fera sec j’espère. »

Je sais qu’il est de bon ton de moquer la réalité des marchés, et donc du marketing. Mais là encore les faits sont têtus. Combien d’habitants de New York, grande ville de consommation de vins de qualité, savant que le chenin blanc est le cépage de l’appellation Anjou ? Ou qu’Anjou se trouve en Val de Loire ? Le producteur du vin ci-dessous semble avoir tout compris au problème du lien entre étiquette et consommateur. Il s’agit de l’informer, et non pas de le mystifier. Non seulement tout est résumé avec élégance sur l’étiquette, mais le vin est aussi très bon.

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Une dégustation faite il y a un peu plus d’un an (voir ici https://les5duvin.wordpress.com/2014/07/14/la-difficile-conversion-des-habitudes-le-cas-des-anjou-blanc-secs/) m’a révélé, pas pour la première fois, tout le potentiel qualitatif des Anjou blancs. Cette fois-ci j’ai dégusté bien moins de vins, mais issus de différentes appellations, car Saumur et Savennières, sans parler des bulles et vins doux, étaient aussi de la partie. Je pense qu’un des mes collègues  évoquera la dégustation de 80 vins qu’ils ont pu faire la veille de ce colloque, mais je tiens à mentionner quelques vins que j’ai beaucoup aimé et qui étaient présentés dans une dégustation qui a clôturé la journée :

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Savennières

Château de Breuil

Domaine de Closel, Clos du Papillon 2011

Dpmaine Laureau, Les Genêts 2005

Domaine aux Moines 2013

Anjou blanc

Domane Cady 2014

Domaine Ogereau, En chenin 2013

Domaine Patrick Beaudoin, Les Gâts 2012 (un grand vin pour moi)

Domaine de Juchepie, Le Clos 2012

 

Pour finir sur une note de (grande) douceur, et pour rendre hommage aux grands vins doux et moelleux produits avec le chenin, j’ai aussi beaucoup aimé ce vin :

Anjou Côteaux de la Loire

Musset-Roulier, Raisins Confits 2010

 

David Cobbold

 

1). « Et avec gros raisins chenins estuvèrent les jambes de Frogier, mignonnement, si bien qu’il fust tanstot guerry. »
François Rabelais GARGANTUA 1534 LIVRE I chap. XX

Sarah Clément, jeune sommelière en Avignon. Photo©MichelSmith


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Le jeu d’audaces et de plaisirs du sommelier

La sommellerie, j’en suis convaincu, n’est pas un métier des plus faciles. Non seulement, il faut être un bon acheteur afin de constituer une carte équilibrée correspondant le plus possible au style de restaurant pour lequel on travaille, ou plutôt à sa clientèle, mais il convient aussi d’être un bon gestionnaire dans le calcul des prix ne serait-ce que pour justifier pleinement l’utilité de son poste ainsi que l’emploi du personnel rattaché à ce service, un second sommelier, par exemple ou un commis. Il faut aussi savoir goûter le vin, le décanter, conseiller en fonction du plat choisi, en tenant compte parfois des préférences, des manies ou des habitudes du client. Être sommelier, c’est savoir jongler, savoir écouter, savoir interpréter. Un peu de Languedoc et de Sud-Ouest roturiers, un soupçon de Loire au milieu de crus huppés drapés de leur suffisance… Du cher pour riches clients, de l’extraordinaire pour l’œnophile exigeant, et du moins cher pour monsieur et madame tout le monde.

Sarah Clément, jeune sommelière en Avignon. Photo©MichelSmith

Sarah Clément, jeune sommelière en Avignon. Photo©MichelSmith

Fort heureusement, la mission du sommelier ne s’arrête pas là, comme le montre un petit livre électronique à l’intitulé un brin pompeux : Ma vie, ma passion, livre que je viens de recevoir par l’entremise de son auteur, Jean-Charles Botte, lequel a travaillé dans quelques beaux établissements en France avant de s’épanouir dans son métier en Norvège. Je ne vais pas m’étendre sur l’intérêt qu’il développe dans son ouvrage pour les vins dits « natures » ou « naturels », car cela risquerait d’enflammer les esprits et de donner l’impression que je suis en manque d’audience alors que nous avons été plutôt bien servis de ce côté là pas plus tard qu’hier… En revanche, à la lecture, le livre s’avère fructueux puisqu’il recèle pas mal d’informations et de conseils aussi pratiques que psychologiques, conseils que bien des apprentis sommeliers devraient étudier et prendre en compte. Je ne vais pas les détailler, vous n’avez qu’à acheter son ouvrage en allant sur son site (voir plus haut).

En revanche, j’ai saisi cette perche tendue par le sommelier Jean-Charles Botte pour aller un peu plus loin. Comme dans tout métier de service, la sommellerie déclenche bon nombre d’idées reçues, d’idées toutes faites devrais-je dire, qui font que l’on oublie souvent l’essentiel de sa mission : l’art de considérer au mieux un client qui vient au restaurant non seulement pour dépenser du fric, parfois même ses économies, mais surtout pour se faire plaisir. Réflexion banale, allez-vous me dire. Pourtant, les rares fois où je puis me permettre une sortie dans un restaurant où officie un sommelier, ou une sommelière (de plus en plus fréquent, et c’est tant mieux !), je constate qu’il est franchement difficile de satisfaire un bon-vivant tel que moi. Suis-je trop exigeant ? Trop concerné par les choses du vin ? J’ai déjà évoqué me semble-t-il ce sujet sensible dans l’une de nos premières chroniques, mais je me sens tellement concerné que je souhaite développer pour vous ma façon d’aborder le moment délicat de la confrontation avec un (une) sommelier(ère). Faire ou se faire plaisir ne veut pas dire sombrer dans la facilité, la rapidité, la futilité ou la simplicité. Cela demande un effort. Comme dans l’amour, en matière de choix et de service du vin, les préliminaires sont redoutablement efficaces.

En Catalogne, à Villa Mas. Photo©MichelSmith

En Catalogne, Nuria Lucia à Villa Mas. Photo©MichelSmith

La bouteille connue d’un négociant ou vigneron lui aussi connu, quand il n’est pas encensé par la critique, fait partie de ces facilités qui ruinent mon plaisir. J’aime découvrir. Et si je me risque dans un restaurant, c’est que je tiens à explorer la cave sans m’ennuyer. J’aime jouer. Mais sans me ruiner non plus, car j’aurais alors la désagréable impression de vouloir en mettre plein la vue. M’amuser, sans être sans cesse importuné par les discours qui consistent à réciter des fiches techniques bien apprises. Sans avoir à subir les avis sans appels prononcés par un personnage pédant qui se croit détenteur du savoir bachique. Restons humbles des deux côtés et jouons cartes sur table. C’est pourquoi, même si je suis en charmante compagnie, j’annonce franchement la couleur. Non pas celle de mes sentiments, mais celle de mon portefeuille. Et je dis à l’homme de l’art, avant qu’il nous abreuve de bouteilles d’eaux minérales glacées, que nous sommes ici pour arpenter un chemin vineux tout ce qu’il y a de plus ludique dans l’univers mystérieux des goûts et des saveurs.

Autrement dit, je suis un chaud partisan du vin servi au verre tout en laissant au sommelier le choix des armes. En grande partie, mon plaisir consiste à offrir au sommelier cette possibilité rare de nous étonner. « Allez-y ! Je dispose de tant pour le vin et débrouillez vous ! Étonnez-moi Benoît ! Mais regardez-moi bien avant, ne vous trompez pas de client et faîtes en sorte qu’à l’issue du repas j’éprouve l’irrésistible envie de revenir… » Dans ce jeu-là, un jeu fait d’audaces et d’aventures, le sommelier a tout à gagner. Mois aussi d’ailleurs.

Baptiste Ross-Bonneau, de La Barbacane à Carcassonne. Photo©MichelSmith

Baptiste Ross-Bonneau, de La Barbacane à Carcassonne. Photo©MichelSmith

Bien sûr, pour pimenter le jeu du vin, aussi pour laisser la place à la conversation intimiste que je compte avoir avec la personne qui m’accompagne, j’exige, je l’ai déjà dit il me semble, que le service au verre se fasse à l’aveugle et à la bonne température, sans aucune mention de quoi que ce soit ni autres commentaires et dérangements inutiles du style « Alors, Monsieur, ce vin était-il à votre goût ? ». Attention, je n’intime pas au sommelier l’ordre de rester muet. Il peut et doit parler, mais uniquement pour vérifier s’il peut débarrasser tel verre aux trois-quarts vide ou si la température de service me convient. Pour le reste, il fait son show. À moi de savourer ! Si je tombe sur quelqu’un d’intelligent et d’ouvert, sur un sommelier passionné qui joue vraiment le jeu et qui va chercher à me surprendre, quitte à me piéger, quitte même à me servir un rosé de l’Ardèche, alors je ne regrette jamais cette expérience et j’en garde un souvenir ému. J’aime aussi quand, à la fin du repas, avant de régler l’addition, l’homme en noir tend à chacun des convives présents un petit carton imprimé sur lequel figurent les noms de tous les vins goûtés avec les plats, les millésimes et l’identité du vigneron, ainsi que la date de notre dîner. Je trouve cette attention d’un raffinement suprême au point que je suis prêt à décréter que la sommellerie est l’un des plus beaux métiers du monde !

Michel Smith

PS Je ne voudrais pas froisser mes nombreux amis sommeliers en dressant une liste de ceux connus ou méconnus dont j’apprécie le service du vin, liste dans laquelle je risquerais d’omettre untel ou untel. Pourtant, je tiens à déclarer ici même que le premier sommelier, très jeune à l’époque, qui m’a procuré ce goût particulier pour le jeu du vin à table, s’appelle Didier Bureau. Il a d’ailleurs entraîné – il paraît qu’il faut dire coaché – quelques uns de nos champions internationaux. Et comme il a bon cœur, je me souviens qu’il nous servait souvent bien au-delà des limites financières fixées au moment de la réservation. Il n’exerce plus son art en salle et travaille toujours à Paris où il officie pour le compte de la maison de Champagne Duval-Leroy. Respect.

-Une note de tristesse : Marie Richaud, « l’âme » du Domaine Richaud, sis à Cairanne, Marie la douce, Marie l’énergique, Marie qui combat en silence une maladie dévoreuse de forces, Marie s’est envolée. Elle était là encore il n’y a pas si longtemps, vaillante comme toujours, souriante face à mes questions stupides. Elle était là aux côtés de Marcel, son homme. Je m’étais promis d’aller passer une demie journée au moins en leur compagnie cet été. Je ne sais même plus tenir les promesses que je me fais à moi-même, alors c’est grave. Marie, je vais ouvrir une bouteille spéciale ce soir. Rien que pour toi. Et on trinquera pour que Marcel ne soit pas seul face aux vendanges qui viennent en courant. Je pense à vous tous qui travaillez au Domaine Richaud, un domaine que j’ai suivi dès le départ et qui j’en suis sûr vivra, vivra très longtemps.

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Photo©MichelSmith


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Domaine des Thermes: modestie et mérites d’un indépendant du Brulhois

Il est frappant de voir à quel point plusieurs petites appellations du Sud-Ouest sont dominées par des caves coopératives. J’ai évoqué récemment ici le cas de la Cave de Plaimont et leurs 98% de l’appellation Saint-Mont, mais on peut aussi citer des situations analogues de quasi-monopole à Buzet comme, juste en amont de là, en Brulhois. La raison est très probablement liée au fait que la viticulture dans cette région, aussi ancienne qu’elle soit, n’a souvent constitué qu’une partie modeste d’une activité agricole basée sur la polyculture. Partout dans ce coin du Sud-Ouest, élevage de vaches et de canards, cultures de céréales et de fruits côtoient un vignoble largement espacé et planté de cépages parfois peu connus en dehors de la région.

Un peu d’histoire et de géographie

Le mot Brulhois viendrait du celte brogilo via l’occitan brulhès, qui signifient bord de rivière boisé. La Garonne est toute proche et aujourd’hui encore, les sommets des collines sont copieusement boisés. Brulhois a acquis le statut d’AOC/AOP en 2011, venant de celui de VDQS et de la dénomination Côtes de Brulhois. Cette petite aire d’environ 300 hectares, dont seulement 200 hectares sont plantées, se situe à la confluence de trois départements : Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne et Gers, avec la majeure partie en Lot-et-Garonne. Elle se divise ainsi entre deux des régions actuelles, Aquitaine et Midi-Pyrenées, ce qui ne doit rien faire pour simplifier tout ce qui concerne les démarches administratives. Très majoritairement située en terre gasconne, sur la rive gauche de la Garonne, elle s’étend aussi sur une petite partie au nord du fleuve. Comme d’autres appellations qui longent la Garonne et ses affluents, elle se réfère à une origine gallo-romaine mais a probablement connu son apogée au XIIème et début XIVème siècles, sous l’occupation anglaise, lorsque des quantités nettement plus importantes de vins qui y étaient produits que maintenant; des sources citent 48,000 hectolitres, ce qui est entre 4 et 5 fois le volume actuel. Ces vins étant alors expédiés vers Bordeaux et l’Angleterre sur des gabares, en descendant la Garonne. Le déclin a suivi le départ des Anglais, car toute la région a perdu son principal marché, et la situation a dû se dégrader pendant et suite aux guerres de religion, ce pays d’Albret étant marqué par le protestantisme.

IMG_7055Une partie du vignoble  de coteau du Domaine des Thermes avec la vallée de la Garonne et la centrale de Golfech au fond

Bien plus tard, deux caves coopératives y furent fondées dans les années 1960. Elles ont depuis fusionnées pour constituer une seule entité: Les Vignerons du Brulhois. Seuls six producteurs de petite taille sont indépendants de cette structure, dont le Domaine des Thermes, proche du beau village d’Auvillar qui domine la vallée de la Garonne.

Enthousiasme et sincérité

Le domaine évoque des thermes car le site, très anciennement habité,  recèle des sources réputées. Sur ces collines douces, souvent bien garnies de bois où les chasseurs de de cèpes gardent bien les leurs (de sources), la famille Combarel est arrivée avant la guerre,  de son Aveyron d’origine, pour élever des moutons. La propriété de 50 hectares a bien évolué depuis lors. Les moutons ne sont plus là et Thierry Combarel, qui exploite le domaine avec sa dame, Dominique Jollet Peraldi, venue de sa Corse natale, travaille aussi maintenant 8 hectares et demi de vignes, plantés d’un belle gamme de cépages. Si l’appellation Brulhois n’admets que vins rouges et rosés, elle autorise pas mal de cépages : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, malbec, tannat et fer servadou (appellé pinenc un peu plus à l’ouest). A côté de cela, Thierry a planté du colombard et du petit manseng afin de pouvoir aussi élaborer deux vins blancs, un sec et un doux, en IGP Comté Tolosan.

IMG_7049Dominique et Thierry devant la vigne qui jouxte le chai

Comment émerger dans une masse de vins de partout, d’un niveau qualitatif croissant, et dont beaucoup bénéficient de l’atout d’une appellation connue comme Cahors, par exemple. Et surtout, comme c’est le cas de ce domaine, quand la taille critique est difficile à atteindre vu le faible nombre de droits de plantation accordés chaque année et, surtout, la nécessité de continuer à gagner sa vie en faisant tourner l’exploitation par une production, annexe mais majoritaire, de céréales ? C’est le dilemme de Thierry et de Dominique, qui pourtant se donnent beaucoup de mal, travaillant leur vignoble avec une approche plus que raisonnée, avec vendanges et façons à la main et une vrai volonté de faire le meilleur vin possible. Ils pensent au « bio » mais voient aussi les difficultés subies par quelques collègues au niveau des rendements et ne peuvent pas se le permettre. Mais Thierry utilise du soufre en poudre et ne traite en insecticide qu’une seule fois. Le vignes sont impeccablement tenues : on dirait un jardin.

IMG_7042L’accueil au Domaine des Thermes se fait dans une belle salle claire, avec enthousiasme et sincérité

C’est la deuxième fois que je leur rendais visite, et, après une intervalle de 2 ou 3 ans, j’ai pu constater les progrès fait dans les vins, mais aussi dans l’accueil, avec une très belle salle claire et leur esprit, vif , ouvert et communicatif, toujours à la disposition du visiteur. Thierry aimerait faire encore mieux. Il n’a pas pu faire des études poussées et compte sur les conseils d’un œnologue qui vient de loin. Mais, dans ce coin peu viticole, les oenologues conseils n’abondent pas et, de toute façon, il n’a pas les moyens d’être vigneron à 100%.

IMG_7050Peu de vins de la gamme utilisent de la barrique, entre autres pour des raisons de coût. Pourtant, je pense que cela est bénéfique pour ce style de vin.

L’autre gros problème est la vente. Faire tourner une exploitation de 50 hectares, même avec peu de vignes, prend tout son temps. Le budget pour se faire connaître lors de salons et autres manifestations n’est pas disponible et le couple ne peut pas voyager beaucoup pour vendre ses vins. Le résultat est une vente qui dépend encore beaucoup du vrac ou du bib, avec, à la clef, une faible valorisation. Même les bouteilles ne sont pas chères, car cette gamme-là va de 4 à 8 euros, ce dernier prix pour un rouge ayant subi un élevage en barriques et ayant au moins 5 ans d’âge !

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Quand je regarde les étiquettes de cette gamme de vins (surtout les rouges) j’ai du mal à y voir une identité visuelle, tant le graphisme et les couleurs semblent y être accumulés pêle-mêle. On dirait une collection de flacons de 5 domaines différents ! Les vins ont cependant une vraie personnalité, parfois un poil rugueux (tannat en malbec obligent), mais toujours d’une parfaite netteté et dans une expression sincère qui force l’admiration. J’ai beaucoup aimé le très vif vin doux produit avec du petit manseng récolté en novembre à 19° naturels dans le millésime 2014. Sa très belle équilibre dépend de l’acidité naturelle de ce cépage et la longueur est remarquable pour un vin de ce prix. La cuvée FMT 2012 (Fan de Mon Terroir), en collaboration avec le restaurant voisin l’Auberge de Bardigues, fait appel à du fer, du merlot et du tannat et donne un rouge assez intense, à l’accent rocailleux sur un fond suffisamment fruité. Mon rouge préféré lors de cette dégustation rapide était le Domaine de Thermes 2010, élevé en barriques de 2 ans. Je crois que l’assouplissement et l’aération progressive apporté par un élevage sous bois est bénéfique pour ces vins car j’ai trouvé les cuvées sans bois un peu trop anguleuses. Mais pas de bois neuf, et probablement des contenants plus grands. Mais on ne peut pas tout faire sur un petit budget.

IMG_7044La gamme est dominée par des vins rouges mais complétée par deux blancs et un rosé. On détecte une amélioration dans les étiquettes avec deux dernières additions à la gamme : les deux blancs.

 

Thierry et Dominique ont beaucoup de mérite. J’aime la franchise de leur approche, leur travail sincère et méticuleux et leur attachement à ce très beau site. Je souhaite que leurs vins trouvent des marchés plus étendus et que cela leur permette, petit à petit, à aller là ou ils veulent, probablement vers le haut car ils en sont très capables.

David Cobbold

(texte et photos)


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Summer shorts: Les Grandes Tablées + Veuve Clicquot – a major producer of Prosecco…..

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Just about a third of those at Les Grandes Tablées on Wednesday night (5th August)

Just about a third of those at Les Grandes Tablées on Wednesday night (5th August)

More diners @Les Grandes Tablées 2015

More diners @Les Grandes Tablées 2015

It was good to be invited to the 2015 edition of Les Grandes Tablées de Saumur-Champigny ten years after I was invited to the 2005 edition. Although it has grown enormously since then, the formula remains the same along with the friendly conviviality. Back in 2005 this was a one-day event now it is held over two days with all 6500 tickets sold out well in advance of the event.

As the 2014 edition had nodded towards Belgian cuisine, the Saumur-Champigny producers decided that in 2015 they should look across La Manche for inspiration.

I have to say that their interpretation of ‘classic’ British dishes was rather similar to a free jazz interpretation of a standard, especially the pork pie.

Part of the picnic with the 'interpretation' of a pork pie.

Part of the picnic with the ‘interpretation’ of a pork pie – slice of terrine (very tasty) and a separate piece of pastry.

Red fruits crumble

Red fruits crumble – much more authentic than the ‘pork pie’

François retired master baker now responsible for organising all the baking involved for Les Grands Tablées

François retired master baker now responsible for organising all the baking involved for Les Grands Tablées with a reviving glass of Saumur-Champigny

Not the 2010 as shown but the delicious 2014.

Not the 2010 as shown but the delicious 2014.

The 2014 Cuvée des 100 Saumur Champigny was the principal wine served during the evening and very delicious it was. However despite being very drinkable no-one amongst the throng of picnickers appeared to be drunk or at all disorderly.

Three  UK based wine writers blending into the background.

Three UK based wine writers blending into the background.

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Snap!: Veuve Clicquot and  Moneto Prosecco

Snap!: Veuve Clicquot and Moneto Prosecco

I am continually amazed by the amount of Prosecco that appears to be produced by Veuve Clicquot, which I had always understood to be a Champagne house and part of LVMH. UK supermarket shelves are now groaning with Prosecco flaunting yellow/gold/orange labels.

I can only assume that Veuve Clicquot have moved into the Prosecco market because of its current popularity. According to a study by Laithwaite’s, the UK’s largest mail order business, and published in The Drinks Business Prosecco is now the overwhelming choice for a marriage toast:

‘PROSECCO NOW WEDDING TOAST OF CHOICE

In the study, Laithwaite’s found that 63% of couples now toast their nuptials with a flute of Prosecco, compared to just 8% who raise a glass of Champagne.

According to Laithwaite’s, sales of the Italian fizz have grown by over 25% in the last 18 months, overtaking Champagne sales at weddings as far back as 2013.

English Sparkling wine is also giving Champagne competition, accounting for 5% of all sparkling wine drunk at UK weddings, with its popularity rising every month.’

UK supermarket shelf with an array of yellow/gold/orange labelled Prosecco

UK supermarket shelf with an array of yellow/gold/orange labelled Prosecco…oops I think there might be a Champagne amongst these but I can’t be sure – I’m so confused!

Ciro (right hand label) is not made by Veuve Clicquot instead by a small producer in Campania. Ciro received legal letters from Veuve Clicquot alleging that their label could be confused with Veuve Clicquot.  Moral of the story: Ciro should have called their sparkling wine Prosecco and presumably VC wouldn't have said anything.

Ciro (right hand label) is not made by Veuve Clicquot instead by a small producer in Campania. Ciro received legal letters from Veuve Clicquot alleging that their label could be confused with Veuve Clicquot.
Moral of the story: Ciro should have called their sparkling wine Prosecco and presumably VC wouldn’t have said anything.


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La Cave se rebiffe

Ce jeu de mots/titres un peu facile me sert pour introduire un sujet qui ne plaira surement pas aux adeptes du small is beautiful comme principal critère de sélection pour leurs vins. Tant pis, car je vais parler cette semaine d’un producteur très important, mais aussi très estimable du sud-ouest de la France.

La production annuelle de la Cave de Plaimont dépasse les 40 millions de bouteilles. Il n’y a pas de structure privée de cette taille dans la région, hors du bordelais. 40 millions de bouteilles peut sembler un chiffre énorme, même si ce n’est peut-être pas grande chose à côte des géants mondiaux comme l’américain Gallo (au moins 700 millions de bouteilles avec leur diverses marques) ou le chilien Concha y Toro (360 millions), par exemple.

L’étendu de la zone viticole de Plaimont dépasse les frontières de leur département d’origine du Gers car il touche aussi quelques voisins : Landes et Pyrénées Occidentales. Si beaucoup des volumes proviennent du vaste étendu de l’IGP Côtes de Gascogne, plusieurs AOP sont également de la partie, comme Saint Mont, le berceau de la cave tricolore, mais aussi le rouge Madiran et sa jumelle blanche, Pacherenc du Vic Bihl.   A Saint Mont, Plaimont est presque l’unique producteur, contrôlant 98% de la production, mais aussi la moitié des appellations Madiran et Pacherenc, comme des Côtes de Gascogne. Cela ne fut pas toujours ainsi, car cette structure s’est développée régulièrement pendant 30 ans pour devenir de nos jours le leader des vins du Sud-Ouest.

IMG_7009Une partie de la belle équipe à Plaimont et Crouseilles (Madiran). Olivier Bourdet-Pees, Directeur de Plaimont, est à gauche. Le béret est de rigueur, sauf pour les femmes. Pourquoi, on ne le sait pas ! (photo DC)

Mais tout cela n’aurait qu’un intérêt simplement économique si la qualité des vins n’était pas à la hauteur de leurs positions respectives, et si l’équipe des vignerons, comme des responsables, n’étaient pas sympathique, et aussi compétent que modeste. Tout cela s’avère parfaitement, sans parler de projets de recherche très utiles pour l’intérêt général, comme le conservatoire de cépages oubliés ou inconnus du grand sud-ouest.

PLAIMONT EN QUELQUES CHIFFRES (extrait de leur site officiel)

Principales Appellations AOC : Saint Mont, Madiran, Pacherenc-du-Vic-Bilh.

Indication Géographique Protégée (IGP) : Côtes de Gascogne, Côtes de Gascogne Condomois, Gers, Comté Tolosan.

1 000 producteurs

200 salariés

5000 emplois indirects

Une production qui s’étend sur 5 300 hectares

45% des ventes sont réalisées en France (GD et CHR) et plus de la moitié dans 25 Pays du monde

IMG_7019La politique de Plaimont met en avant des vin de châteaux, dont cette belle austérité gasconne de Sabazan (photo DC)

 

Voilà pour les données de base, mais j’ai surtout envie de vous parler des vins. Dans une dégustation assez large, partagée avec deux collègues, je n’ai trouvé aucune fausse note, même si, inévitablement, j’ai eu quelques préférences que voici :

Les vins rouges

Moonseng 2014

Ce vin de pays (pardon, IGP) est produit du côté lectourais avec une part de Manseng Noir, un vieux cépage oublié, et le reste en merlot. Cette part de manseng noir est amenée à accroître car il n’y en a que peu pour l’instant. Ce cultivar à les mêmes parents que le tannat mais semble plus amène que son frangin dans sa jeunesse. C’est un vin aussi franc que fin, doté d’une excellente qualité fruitée qui est claire et équilibrante. Un vin d’été délicieux au prix très doux (environ 6 euros)

IMG_7013Une petite partie de la gamme de Plaimont

 

L’Empreinte de Saint Mont 2012

Un toucher encore un peu accrocheur pour un vin fin et frais. Très bon et ayant de la personnalité

 

Monastère de Saint Mont 2012

Encore plus de caractère, comme de finesse. Ce vin réussit à combiner longueur et fraîcheur. Excellent.

 

Château Arricau Bordes 2012, Madiran

Ce domaine qui appartient à Plaimont démontre bien sa maîtrise du cépage tannat, sans aucun excès. Relativement rond et suave, au nez comme en bouche, il montre cependant un peu le caractère alcooleux de ce cépage. Aussi dense que long, il gagnera en finesse avec une garde de 5 ans.

 

La Madeleine de Saint Mont 2013

Issu de vignes dont la plantation remonte à 1890 (donc vignes greffées, et sur Noah), ce vin a un très beau nez d’une belle intensité. Les tannins sont aussi solides, un peu chocolatés et amers. Ce vin vibrant et intense, d’une très bonne longueur en bouche, aura besoin de quelques années de vieillissement mais est très prometteur.

 

Le 2014 du même vin, en cours d’élevage, est largement aussi prometteur

 

Les Vignes pré-phylloxériques de Saint Mont 2013

Issu d’une petite parcelle qui a échappée à la tueuse de la vigne du 19ème siècle en Europe, ce vin est aussi rare que magnifique. Je ne suis pas trop dans les mythes, mais ce vin est une splendeur : matière soyeuse, grande fraîcheur, intensité et sève. Il a tout d’un grand vin. Dommage qu’il n’y en ait pas davantage.

IMG_7023Les raisins de tannat tombés par terre au début août témoignent d’un travail sélectif et qualitatif à la vigne. Cette photo illustre aussi la sècheresse dans le vignoble à cette époque. Espérons que les récentes pluies viendront améliorer les choses (photo DC).

 

Les vins blancs secs

Passé Authentique 2014, Saint Mont

C’est le pendant GD de la cuvée Les Vignes Retrouvées, avec des nuances d’assemblage d’écart. Ce vin associe une très forte majorité (80%) de gros manseng à une part de petit courbu et à une autre d’arrufiac. C’est un très joli vin dont la richesse naturelle mène vers une finale légèrement tannique et qui semble donc d’une belle fraîcheur.

 

(un vin qui n’a pas encore un nom, issu du millésime 2014)

C’est long et très prometteur. A attendre, mais peut-être un futur grand vin blanc du sud-ouest.

 

J’ai également dégusté de très jolies cuvées de vin doux et moelleux de l’appellation Pacherenc du Vic-Bihl, dont la fraîcheur et l’équilibre sont le point commun.

 

Je vous passe le discours officiel de ce producteur, axé sur des mots trop à la mode (s’en méfier, toujours) et qui ne signifient pas grande chose, comme « tension » et « minéralité ». Ce que je retiens, outre la modestie de l’approche, est la volonté de produire les meilleurs vins possibles en impliquant tous les acteurs d’un chaîne que ne doit pas être si facile à gérer. Oui, les coopératives peuvent être de acteurs utiles et qualificatives dans le domaine viticoles. Et, une fois de plus, la taille de fait rien à l’affaire : Plaimont ou Clairmont, La Chablisienne ou la Cave de Tain, Castelmaure ou bien d’autres.

 

David Cobbold


11 Commentaires

A la recherche (difficile) de cépages autochtones en Bulgarie

Bon, je dois dire d’abord que je n’aime pas beaucoup la notion d’autochtonie. Qui ne vient que d’un seul endroit ? Et quel sens ont les frontières politiques actuelles face aux mouvements des plantes qui datent, la plupart du temps, de périodes plus anciennes. D’autre part, hormis quelques rares cas, qui peut dire exactement où sont nées les variétés de vignes que nous connaissons aujourd’hui ? Ces plantes ont voyagés, se sont croisées, re-croisées, puis se sont sous-diversifiées par mutation en s’adaptant à des conditions locaux diverses. Mais j’aime tout de même avoir un peu de variété dans mes verres quand je voyage, moi, et découvrir autre chose que ce que je peux trouver en grande quantité chez moi en France.

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Cet objet magnifique est une coupe en or destinée à recevoir du vin et datant de l’ère de la Thrace antique

Prenons le cas de la Bulgarie, pays que j’ai eu l’occasion de visiter récemment pour donner une conférence sur la variété sauvignon blanc et ses diverses expressions dans le monde. Il y a eu sans doute une grande diversité de vignes dans ce pays, dont l’histoire viticole remonte probablement bien au-delà de celle de la France. Depuis le nord du Moyen Orient ou la Georgie, il n’aura fallu traverser que la Mer Noir pour que la vigne vienne s’établir par là bien avant d’arriver dans l’ouest de la Méditerranée. Puis les Thraciens, et, après eux, les Romains, ont voués tous les deux une culte au vin, comme les Chrétiens orthodoxes plus tard. Il est vrai que l’occupation Turque a du calmer un peu les adeptes de Zagreux, de Dionysos ou de Bacchus, mais pas au point de faire disparaître toute l’ampélographie locale.

bulgarian red grapes

bulgarian white grapesAu vu de ces tableaux, on devrait trouver largement autant de vins issus de variétés locales que de variétés d’ailleurs sur les cartes des restaurants en Bulgarie. Pourtant ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

A regarder les cartes de restaurants de bon niveau en Bulgarie, on dirait que le vignoble bulgare a été colonisé par des français, aidés ici et là par quelques allemands. Des dizaines et dizaines de cabernets, de merlots, de syrahs, de chardonnays, de sauvignons blancs, de muscats (on peut évidemment plaider une origine grecque pour celle-ci); ensuite pas mal de rieslings, de traminers (gewurz ou pas), des pinot noirs, et même des malbecs, des mourvèdres et des cabernets francs. Un exemple suffit pour situer l’échelle des choses. Sur une carte de vins d’un bon restaurant situé sur la Mer Noire, à Burgas, j’ai compté environ 200 références de vins bulgares, plus une bonne centaine de vins d’ailleurs. C’est bien, mais quand je cherchais un cépage bulgare parmi les 200 vins, je n’ai trouvé que 10 qui utilisaient, en mono-cépage ou en assemblage, des variétés locales. J’ai pu faire un constat très similaire dans le restaurant d’un bon hôtel à Sofia lors de mon voyage de retour.

Puis j’ai fait un tour au salon de vin où j’ai fait mon travail. La plupart de la cinquantaine de stands ne proposait que des vins issus de ces variétés dites internationales. J’ai estimé qu’il y avait, en tout, environ 250 vins proposés à la dégustation à ce salon, mais je n’ai trouvé que 14 qui ont été élaborés avec des variétés locales. Je vous parlerai de ces vins plus tard, mais cette situation me choque un peu et je crois que les responsables font fausse route. Bien sûr, il faut vendre pour exister et si la porte d’entrée d’un marché ne se fait que par le biais d’une petite dizaine de cépages, alors pourquoi ne pas mettre quelques uns dans son vignoble? Mais une si écrasante domination de la production par des variétés venues d’ailleurs dans un pays de longue tradition viticole me semble aberrante.

5-slider-mavrud-with-grapes2La famille Cathiard est-elle arrivée en Bulgarie? En tout cas le Mavrud, bon cépage rouge du pays, semble avoir trouvé une autre voie que le vin pour s’exprimer. Voyons cela plus bas (non, je plaisante…)

D’autant plus que les quelques vins issus de variétés locales m’ont semblé très dignes d’intérêt. Et on ne peut pas émettre comme prétexte que la plupart des cépages régionaux dont j’ai croisé le chemin lors de ce bref séjour ont des noms à coucher dehors : dinyat, misket et tamianka (ok, celui-là peut-être) pour les blancs ; mavrud, rubin (un croisement local entre syrah et nebbiolo), et melnik pour les rouges. Je n’ai ni vu ni dégusté de vins issus de pamid ni de gamza, mais ce sont aussi des noms plutôt faciles à retenir.

Je ne suis pas en charge du marketing des vins bulgares, mais il me semble qu’ils ont peu de chance de percer sur un plan international, d’une manière durable et en dégageant assez de valeur rajouté pour prospérer, en poursuivant uniquement cette voie usée du « cab/chard », ou du « merlot/sauv ». Certes ils peuvent produire moins cher qu’en France, mais sont-ils réellement compétitifs face au Chili ou à l’Afrique du Sud, par exemple. Puis, en se fondant uniquement sur cet axe des cépages internationaux, qui viendra déguster à leur table ? Uniquement les acheteurs de supermarché à la recherche de bonnes affaires, probablement.

MavrudMais le mavrud n’a pas toujours trouvé preneur chez les acheteurs de raisin en 2014. C’est signe de la désaffection des Bulgares, et de ceux qui achètent leurs vins, pour les variétés indigènes.

Nous connaissons l’histoire de cette ruée vers les variétés « internationales » : l’attrait de marchés comme la Grande Bretagne, mais aussi la Russie. Mais ces sources de retour sur investissement n’ont pas eu la stabilité requise pour bâtir une industrie fière, auteur dune gamme de styles unique. Qui peut donner une identité claire, même diversifiés, aux vins Bulgares d’aujourd’hui ? Des investisseurs d’ailleurs (Italie, France, Allemagne) ont pu faire de bonnes affaires tout en apportant capitaux et un savoir-faire technologique utile. Mais je pense qu’l est souhaitable de voir émerger rapidement une meilleur exploitation des variétés locales, seules ou en assemblage.

Melnikcépage Melnik

Une autre conférence lors de ce salon a d’ailleurs tenté d’en montrer les possibilités des variétés de la région. J’ai pu ainsi, avant de devoir quitter cette conférence mené par le Président des Oenologues du Pays, Stanimir Stoyanov,  déguster deux misket (cépage blanc), un Kavasalik (cépage rouge planté en Turquie) vinifié en rosé de presse, et un melnik 55 (cépage rouge vinifié en rouge).

Un mot sur les vins et cépages dégustés

Les blancs

Misket

J’ai pu déguster deux vins de cette variété, dont une assez longuement au restaurant. Celui-ci était très aromatique, mais plus par les arômes de type fines herbes que de fruits : cerfeuil, estragon, ciboulette etc. La bouche m’a semblé pleine et bien arrondie (donc pas affreusement « minérale !) mais fraîche, très agréable, intéressante et légère (moins de 12% en alcool, ce qui est devenu assez rare). J’ai trouvé ce vin parfaitement adapté à un repas estival.

logobratanov

Tamianka

J’ai dégusté, une fois au restaurant et une autre fois au salon, un seul vin de cette variété, du producteur Baratanov. Il était excellent, aux arômes de pêche et d’abricot, assez puissant, avec un alcool bien présent, charmeur, charnu et arrondi, un peu à la manière d’un vin blanc rhodanien.

Dimyat

Parfois associé au Muscat, comme dans l’exemple dégusté du producteur Ethno. Le prix de vente local de ce vin sec n’est que de 4 euros, ce qui en fait un excellent rapport qualité/prix pour un vin assez fin et équilibré, dominé par les parfums du muscat.

J’en ai dégusté un autre exemplaire, de la marque Izba Karabanar, proche de Plovdiv? Ce Dimyat était vinifié seul et plutôt vif et « minéral », serré mais net, simple mais bien fait.

Les rouges

Mavrud

Certainement la variété locale le plus diffusé : c’est un peu la cabernet sauvignon du coin. Assez régulièrement vinifié seul mais parfois assemblé avec le rubin.

Celui de Sprirtus Sanctus ne m’a pas semble en parfaite odeur de sainteté sur le plan aromatique. Des Belges par là ? Les saveurs étaient aussi marquées par la cerise amère.

J’ai bien aimé le millésime 2010 de la marque Elenoro, austère mais fin, avec une bonne qualité du fruit et une belle longueur. Leur 2011 est plus riche est suave, avec une expression plus pleine du fruit.

Rubin

Cette variété est, semble-t-il, le résultat d’un croisement syrah x nebbiolo. Il est naturellement très tannique et austère.  Elenora en produit un bon exemple.

Thrace_modern_state_boundariesImage cartographique qui indique l’emplacement de la Thrace antique sur une carte actuelle avec les frontières Bulgares, Macédoniennes, Grecques et Turques

Melnik 55

Aussi souvent utilisé en assemblage. J’avoue ne pas tout saisi de l’identité de cette variété qui semble avoir soit des synonymes, soit des variantes, soit les deux. Il est probablement aussi métissé. J’ai dégusté un bon exemple dans un restaurant à Sofia, mais je ne me souviens pas de son nom. Les deux que j’ai dégusté au salon étaient abimé par un usage maladroit de bois.

 

Bon, ce n’était une courte visite qui ne m’a donné certainement qu’une vision très partielle et fragmentée de la situation. Mais cette vision ne me rassure guère et je pense sincèrement que les producteurs bulgares ont grand intérêt à se focaliser davantage sur leurs variétés locales.

 

David Cobbold


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The monumental Oxford Companion to Wine – editor: Jancis Robinson MW + Hervé born again!

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Jancis Robinson MW (editor) and Julia Harding MW (assistant editor): Oxford Companion to Wine – 4th edition, OUP, £40, 860 pages, hbk (publication date: 17th September 2015)

Here is the 4th edition of this remarkable work of wine scholarship.  Jancis explains in her preface that this revision has been the most ‘thorough’ with ‘every single entry has been subjected to intense scrutiny’. This new edition has 300 new entries out of a total of 4.104 – the third edition had 3930 entries.

She notes that ‘Throughout the wine world, the emphasis continues to shift from ‘making’ to ‘growing’ wine, just as we are seeing a step change in the style of wine to which thoughtful producers aspire. In terms of wine structure and alcohol levels, big is no longer as beautiful as it was at the end of the last century. And the range of grape varieties harnessed for serious commercial wine production is wider than it has been for decades. ‘

‘Because the Companion was already very long and heavy (a common complaint which has inspired the publication of a digital version of this fourth edition), our esteemed publishers Oxford University Press were extremely strict with us about the total length of this new edition, which is less than 4% longer than the third edition in terms of the total number of words.’

It is interesting and obviously sensible that there is a digital version of this monumental reference book, whose printed version weighs in at 2.88 kilos. The Companion to Wine was first published in 1994 when printed books were king, kindle meant to start a fire and ‘ebooks’ would have been a ham actor attempting a Yorkshire accent.

I fancy that if the digital version is well publicized it may well out-sell the printed book on the grounds of practicality. The weight of the printed book means that it will stay in one place whereas the digital OCW can be at hand all the time. Add to this the ease of linking and connecting entries with each other and the advantages of the eOCW are clear.

Yet it is good to see that printed books continue to survive. There is something about owning and touching a book in comparison to an ebook even if it may be more practical. More cynically you can also show that you own a copy by displaying the tome on a coffee table or desk.

The list of contributors runs to eight pages with an additional 50 for this new edition. The following from the Circle of Wine Writers have contributed to The Companion to Wine: Tony Aspler, Nicolas Belfrage MW, Beverley Blanning MW, Michael Broadbent MW, Stephen Brook, Bob Campbell MW, Steve Charters MW, Nicholas Faith, Christopher Fielden, Michael Fridjhon, Rosemary George MW, Caroline Gilby MW, Lisa Shara Hall, James Halliday, Hugh Johnson, Michael Karam, Wink Lorch, Richard Mayson, late Edmund Penning-Rowsell, Michael Schuster, Stephen Skelton MW, Joelle Thomson, late Pamela Vandyke Price and José Vouillamoz.

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Hervé judging Crémants May 2015

Hervé judging Crémants May 2015

2015 Born Digital Awards – Hervé Lalau on judging panel
Good to see that the 2015 Born Digital Awards have appointed my fellow Les 5 blogger Hervé Lalau to this year’s line up of judges for the resurrected Born Digital Awards to add gravitas to an already distinguished panel. Hervé’s fellow multi-national panelists are Richard Siddle (chair), Sarah Abbott MW, Pedro Ballesteros MW – Spain’s first MW, Willi Klinger, Elin McCoy and André Ribeirinho.

The Born Digital Awards are intended to recognise and reward work that was first published on-line. They started in 2011 and also ran in 2012. Then there was a two year gap before they were relaunched this year. Entries have to have been originally been published online between 1st January 2014 and 30 June 2015. The closing date for entries is 10th August 2015.

Unlike the Anglophone Louis Roederer Awards the Born Digital Awards accepts submissions in French, German, Italian, Portuguese and Spanish as well as English. Furthermore happily it is not sponsored by a Champagne company. Roederer’s involvement in writing/photographic awards is mildly ironic given Champagne’s relentless and shocking pursuit of Jayne Powell (aka Champagne Jayne) through the Australian courts).

 

Hervé judging a strawberry tartlet May 2015

Hervé judging a strawberry tartlet May 2015

   Broadstairss

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