Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


5 Commentaires

Vieux cépages d’avenir

Ils ont pour nom Tardif, Dubosc, Pédebernade, Canari, Morenoa ou Manseng Noir. Ce sont de vieux cépages du piémont pyrénéen sauvés de l’oubli – et d’une disparition quasi-certaine – par quelques irréductibles Gascons et Béarnais épris de leur patrimoine local et commun.

« Mais pas question de garder les yeux dans le rétro », comme le souligne le Président des Producteurs Plaimont, Joël Boueilh: « Le but, c’est de se servir de ces cépages pour assurer l’avenir, le développement d’un territoire et de ses habitants ».

Aussi, passé le temps de l’identification, de la sauvegarde, les Mousquetaires du Saint-Mont ont sélectionné les plants les plus prometteurs présents dans leur conservatoire, les ont multipliés, replantés, et en ont fait du vin, en micro-vinifications. Histoire de juger de leur potentiel qualitatif.

img_9972Un des plants anciens de la vigne préphylloxérique de Sarragachies, classée Monument Historique

Il ne faut pas sous-estimer, en effet, leurs avantages possibles dans le contexte du réchauffement climatique (soit qu’il s’agisse de cépages tardifs moins sujets à la chaleur, soit qu’ils soient naturellement plus résistants aux maladies, soit qu’ils soient moins alcoogènes), sans oublier la touche particulière qu’ils peuvent apporter, même en faible proportion, au plan gustatif.

Au Monastère de Saint-Mont, lundi dernier, ce sont ces vins qu’il nous a été donné de déguster, en mono-cépages, à l’occasion des 2èmes Rencontres Ampélographiques de Saint Mont.

img_9976Le Monastère de Saint Mont (Photo (c) H. Lalau 2016

Attention, ces cépages ne vont pas tous arriver demain sur le marché – il est parfois plus difficile d’officialiser que de sauvegarder, en France – et il n’est pas dit qu’ils soient jamais employés autrement qu’en assemblage. Néanmoins, pour moi, l’expérience a été plus que convaincante: je ne sais pas si, comme disait Simone Signoret « la nostalgie n’est plus ce qu’elle était »; ce que je sais, par contre, c’est que certains cépages du passé ont de l’avenir.

Le Tardif 2014

Comme son nom l’indique, ce cépage est de maturation tardive, ce qui devrait le favoriser dans un contexte de réchauffement climatique. Aujourd’hui, il donne un vin au nez assez discret, mais aux épaules larges, avec un côté brut de décoffrage. Ce ne fut pas mon coup de coeur de la dégustation, même si je pense que sa rusticité pourra se fondre avec le temps.

Txakoli Noir 2014

Ce cépage rouge a pour parents le cabernet franc et le gros cabernet ; son nom (qui est celui d’une dénomination basque) évoque des origines basques, mais la similitude s’arrête là, puisque les Txakoli de Getaria ou de Vizcaya sont majoritairement blancs.

A Saint Mont, il donne un vin d’une belle robe grenat, bien épicé, aux notes poivronnées assez prononcées – «typiques», diront les uns, un peu «too much», diront les autres. A noter, cependant, une très belle fraîcheur en finale.

Morenoa  2014

Cet autre cépage aux accents basques a également pour père le cabernet franc (mais on ne connaît pas l’autre parent); quoi qu’il en soit, ses résultats sont impressionnants; dense, au nez comme en bouche, poivré plus que poivronné, une belle structure, il m’a semblé le plus équilibré; une excellente base pour un assemblage.

img_9980

 

OTO Manseng noir 2014

Ce cépage cotoïde, parent du tannat, est certainement un des plus prometteurs de la série présentée; il a aussi l’avantage d’être déjà inscrit au catalogue français des cépages autorisés, ainsi que dans le cahier des charges de l’IGP Côtes de Gascogne.

Dans cette version fièrement présentée par Nadine Raymond, le plus noble des vieux cépages gascons (manse veut dire manoir, en langue locale), nous séduit par son fruité noir et gourmand, mais aussi par ses notes lardées et fumées (thé oolong), ses beaux tannins serrés, son ampleur et sa vivacité en finale (réglisse, cassis).

Lors d’un voyage dans la région, l’an dernier, j’avais déjà pu apprécier ce cépage dans la cuvée Moonseng, où il est minoritaire; à présent que j’ai pu le déguster in purezza, je dirai qu’il présente pas mal des qualités du tannat, notamment en termes de fruité et de structure, mais qu’il est d’un abord plus facile, ses tannins me semblant très juteux, et l’impression générale plus souple.

moonseng_plaimont_blle

… et David fut

Et pour finir, un petit clin d’oeil (de vigne) à l’ami David, qui, lors de ces rencontres, jouait le rôle délicat du modérateur; à lui de présenter chaque orateur et d’introduire les thématiques, à lui de relancer les débats, à lui surveiller la montre. Vu les pointures présentes, on peut dire qu’il a très bien fait ça: même Jean-Michel Boursiquot, légende vivante de l’ampélographie française, n’a quasiment pas  dépassé son temps de parole!

davidLet there be grapes!

Plus sérieusement, ce colloque à la fois didactique et pointu m’a énormément appris. Pas chauvins pour un sou, nos amis Gascons avaient aussi invité des collègues savoyards et charentais à partager leurs expériences, sans oublier des sommités nationales et internationales de l’ampélographie appliquée, et même des responsables de l’INAO, de l’IFV et de l’INRA. De la matière pour quelques articles futurs…

PS. Un très grand merci à nos hôtes pour leur accueil et leur disponibilité (en particulier Noémie Cassou-Lalanne, Olivier Bourdet-Pees, Hélène Menvieille et Nadine Raymond), ainsi qu’à Jean-Michel Boursiquot pour sa grande patience face à mes questions multiples et variées…

Hervé Lalauimg_9969

 


11 Commentaires

Le Grand Larousse du Vin, édition 2016

Comment être objectif à propos d’un ouvrage auquel on a collaboré (les meilleures pages, en plus! 😉), ainsi que plusieurs très bons camarades (David Cobbold, Sébastien Durand Viel, Marc Vanhellemont, notamment)? Je n’essaierai même pas…

img_0028

Reste que c’est une belle brique (près de 700 pages), et que pour une fois qu’un ouvrage français (pas une traduction) s’ouvre assez largement aux vins du monde, c’est une initiative à saluer.

J’ai eu d’autant plus de plaisir à participer à cette aventure collective (assez modestement, à dire vrai, juste une vingtaine de pages) que ce fut l’occasion pour moi de rendre hommage à quelques vignerons que j’apprécie. En effet, la seconde partie de l’ouvrage, qui passe en revue les grands vignobles du monde, illustre certains grands terroirs par des pages consacrées à des domaines précis, choisis par les auteurs.

Pour moi, ce furent le Domaine d’Aupilhac, le Mas Jullien, Antoine Arena, Egon Muller, Klein Constantia, Catena Zapata, le Château d’Aquéria, Miguel Torres, Bodegas Lustau, Grange, Quinta do Noval et Antinori.

Une belle brochette, non? Et une belle diversité, aussi.

Mais il y a bien d’autres bonnes raisons de lire ce livre, ou de l’offrir. Le vin, c’est de la culture liquide, qui se boit, et qui se lit aussi.

On dit qu’un homme averti en vaut deux. Un buveur bien informé aussi.

Hervé


27 Commentaires

Guide des Vins Bio 2017: un de plus !

N’ayant pas le talent nécessaire, étant en plus d’un naturel plutôt aimable, je déteste me lancer dans l’exercice de la critique.

Mais voilà, lorsque je reçois un livre par la poste, en «service de presse» qui plus est, je me dis que ceux qui ont décidé cet envoi ont bien entendu dans l’esprit (et l’espoir) que j’en parlerais… en bien comme en mal, peu importe. Sinon, à quoi bon se donner la peine d’un envoi ?  Résultat, voilà que je me coltine un guide de plus ! Qu’on se rassure, en cette rentrée, il ne sera question ni du Bettane-Dessauve, ni du Guide de la RVF qui a rajouté deux vignerons languedociens au panthéon des grands vins (Marlène Soria et Basile Saint-Germain, rejoignent enfin Olivier Jullien !), ni du best-seller d’Hachette. Je ne les ai pas reçus à ce jour et cela n’a aucun caractère de gravité pour les avoir décortiqué ici plus d’une fois. En revanche, pour la première fois – normal c’est leur première livraison – je reçois le Guide Amphore des Vins Bio réalisé par deux gars, l’un que je ne connais ni des lèvres ni des dents, Christophe Casazza, qui se présente comme «créateur culinaire» tout en étant très porté sur le vin, l’autre que je rencontre de temps en temps lors de diverses manifestations journalistiques, Pierre Guigui, qui fut naguère responsable du vin chez Gault & Millau.

Pas de doute, la première partie de l’ouvrage, soit au pifomètre une trentaine de pages sans compter les photos, ne manque pas d’intérêt, même pour un «professionnel de la profession», espèce dont je crois faire partie. On apprend tant de choses bonnes à savoir sur l’histoire du mouvement bio que l’on se prend à regretter que les auteurs n’aillent pas plus loin en mentionnant, par exemple, quelques domaines pionniers qui ne figurent pas par ailleurs dans la seconde partie du guide. On voudrait un livre ne traitant que de cette épopée glorieuse, que de ce sujet – les pionniers du bio – et l’on se prend à croire qu’avec un joli brin de plume et de bons portraits un tel ouvrage pourrait être palpitant.

Parfois, non sans une certaine audace, l’ouvrage nous embarque aussi dans des considérations plus techniques. Chose appréciable et ma foi fort utile pour des commentateurs qui se disent « avisés » et qui affirment souvent tout et n’importe quoi, sur les réseaux sociaux notamment. Certains lecteurs aussi, j’en suis sûr, pensent encore qu’un vin se fait tout seul, comme par enchantement. Alors, ce genre d’article montre, à condition de le lire, combien la technique, la connaissance de la chimie aussi, ont leur importance dans la conception d’un vin. Avec au passage quelques rappels à la Loi – même techniques – qui, eux, là aussi, ne sont pas inutiles à connaître. Mais une fois de plus on aurait aimé que les auteurs, plutôt que de vanter les vins du Concours Amphore (en gros 60% du livre) dont ils sont eux même les initiateurs et organisateurs, explorent pour nous un peu plus profondément certains registres autour des vins bio et biodynamiques.

wp_20160908_014

Comme le sujet brûlant des sulfites ou des vins dits « naturels » que bien des consommateurs confondent encore avec les vins bios en général. J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé là-dessus. Autre sujet important où une explication même technique s’imposait, l’apport de levures « indigènes » souvent préférées par les bio et biodynamistes aux levures sélectionnées aussi dites « commerciales ». Bref, il y a du bon comme du moins bon dans ce livre à la gloire du Concours Amphore (encore lui !), de ses «450 meilleurs vins bio du monde» (sans commentaire…) et de ses plus de 200 vins médaillés (sans commentaire non plus…). Et plein de questions. Outre leur médaille, qu’est-ce qui justifie  leur présence dans ces pages ? Pourquoi certains domaines bénéficient d’une description élogieuse pour un unique vin sans médaille probablement au détriment d’autres ? Qu’ont payé les vignerons par échantillon pour participer au concours? Ont-ils de nouveau déboursé pour avoir l’honneur de figurer dans le guide ? Pourquoi ne pas rappeler l’encépagement des vins que l’on décrit ? Pourquoi tant de mystères sur l’élevage? Et quid de cette mention relevée en fin d’ouvrage : «L’abus d’alcool est dangereux, etc» ?

Les résumés de dégustation ne lésinent pas sur les mariages mets et vins, tandis que le guide s’achève ne laissant que quelques pages à des vins argentins, allemands, chiliens, italiens ou autres (on déplore l’absence de l’Espagne et du Portugal, acteurs de plus en plus présents en bio), ainsi qu’une liste de bons cavistes spécialisés dont un seul, affilié à la région Sud-Est (!) représente le Languedoc et le Roussillon.

«Garde-toi bien de critiquer tes confrères, car ils ne manqueront pas de nous renvoyer l’appareil un jour». Voilà ce que me disait un rédac-chef dans une revue où j’officiais jadis. Alors, je vais cesser de chercher la petite bête tout en tentant d’être bref dans ma conclusion. S’il y avait au moins une bonne raison d’acheter ce guide (20,90 €, aux Éditions de La Martinière), ce serait pour l’interview édifiant d’Olivier Humbrecht sur l’acidité dans les vins en biodynamie. Enfin, cela est assez rare pour être signalé, j’en profite pour faire remarquer que cet ouvrage ne comporte aucune faute d’orthographe sur les appellations et les noms du vin.

Michel Smith

 


9 Commentaires

79 years from Lerné to Chinon

23.12.08Chinons
Chinon: The Vienne, the old town and the château

On Friday the French Government made it official: eight new communes to the west of the Chinon on the south bank of the River Vienne will join the Chinon appellation from the 2016 vintage.

Ironically some if not all of these eight communes – Brizay, Candes-Saint-Martin, Chinais, Couziers, Lerné, Saint-Germain-sur-Vienne, Seuilly and Thizay – could have been part of AC Chinon when it was set up in 1937 as this part of Indre-et-Loire is a westward extension of the clay limestone terroir of the south bank of  the Vienne – see Ligré, for example.

Apparently, however, the opportunity was turned down because the various communes’ mayors believed that becoming part of this new set up would mean higher taxes.

It was the lunatic and yet to be implemented reform of Appellation Touraine that pushed these eight communes to apply to be included within the Chinon appellation. The Touraine reforms ban 100% Cabernet Franc and 100% Chenin, which may just conceivably make sense in the Cher Valley east of Tours but certainly makes no sense at the western end of Indre-et-Loire. As Cabernet Franc and Chenin Blanc are the grapes of choice in these eight communes as they are in this part of the Loire, these producers were left as orphans faced with the prospect of selling their wines as IGP Val de Loire or as Vin de France.

I suspect that François Rabelais, the patron saint of these parts, would have appreciated this delicious absurdity. I am all in favour of a sensibly drafted appellation system but this Touraine reform is just idiotic micro-management. Not, however, as insane as ‘Brexit’….

It was back in March 2014 that the Chinon producers kindly extended a life-line to the eight orphans accepting their application in principle. There then followed four years of studies with the successful conclusion announced last Friday.

It is only eight kilometres from Seuilly to Chinon and 12 from Lerné but it has taken all of 79 years to get there….

 

Jean-MartinDutour10
Jean-Martin Dutour (Baudry-Dutour) and president of the Chinon producers

 IMG_2140

 

 

 


Poster un commentaire

40 ans de Crémant d’Alsace

La semaine dernière, le Crémant d’Alsace fêtait ses 40 ans. Mettons de côté la mention en elle-même. Bon nombre de buveurs ont l’impression qu’on a toujours fait des bulles en Alsace. Rien n’est plus faux, comme on va le voir.

Une histoire mouvementée

L’éclosion d’une production notable d’effervescents dans la région date de l’occupation allemande, entre 1870 et 1918. Essentiellement pour des raisons de taxes: l’Alsace annexée paie alors des droits de douane pour exporter vers la France, mais n’en paie plus pour les expéditions vers l’Allemagne, qui est un des plus gros marchés du Champagne. Le Champagne, quant à lui, est taxé pour entrer en Alsace; certaines maisons champenoises décident donc de vinifier des bulles en Alsace. De quoi éveiller l’intérêt des vignerons locaux – au moins les plus curieux. D’autant que les mousseux se vendent en bouteille, et plutôt cher, alors que la quasi totalité du vin alsacien est alors vendu en vrac, et plutôt mal.Hommage fond blanc

La cuvée « Hommage », de Dopff au Moulin, vient d’être lancée pour les 40 ans de l’appellation.

En 1900, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, le jeune Julien Dopff, fils de vigneron à Reichenweier (aujourd’hui Riquewihr) assiste à une démonstration pratique de méthode champenoise; passionné, il convainc son père de le laisser suivre un stage de deux ans à Epernay et d’adapter les techniques acquises en Alsace. C’est chose faite dès les années suivantes. C’est là naissance de ce qui s’appelle, faute de réglementation, le « Champagne Dopff » – la maison possède deux adresses, une à Reichenweier (für Deutschland), l’autre à Epernay (für Ausland). Qu’on n’y voit pas un quelconque engagement politique: à l’époque, l’Alsace n’est plus qu’un morceau du Reich comme un autre.

Le retour à la France, et l’effondrement du marché allemand, voit le départ des maisons champenoises; fidèle à la tradition familiale, Dopff «Au Moulin» continue cependant sa production; la maison de Riquewihr sera longtemps le seul porte-drapeau de l’effervescence alsacienne.

 Le renouveau se fera attendre jusqu’aux années 1970, sous l’impulsion d’une poignée de passionnés comme Dopff, mais aussi de Pierre Hussherr, alors directeur de la Cave d’Eguisheim (mieux connue aujourd’hui pour sa marque Wolfberger). Des contacts entre la coopérative alsacienne et sa consœur de Saint-Pourçain, qui, à l’époque, «champagnise» avec bonheur, aboutissent à des tests de prise de mousse de vins d’Alsace. Les essais sont plus que concluants, aussi l’idée germe de doter la région d’une véritable capacité de production d’effervescents de qualité.

Rapidement (les Alsaciens sont des gens déterminés), plusieurs caves s’équipent d’un outil adapté; des normes de production sévères sont instituées (aire délimitée, liste de cépages autorisés, limite de rendements, pressurage, refermentation en bouteille…). Mais pour bien identifier cette qualité, et différencier cette production des mousseux de cuves closes et autre pétillants, il convient d’abord de lui trouver un nom ! La mention «méthode champenoise» vient juste d’être interdite. Ce sera donc «Crémant», qualificatif ancien réservé à certaines cuvées de Champagne, justement. Un accord est trouvé avec les Champenois, et le 24 août 1976, l’A.O.C. Crémant d’Alsace est officialisée par décret.

Une pionnière

L’Alsace ouvre ainsi la voie aux autres régions d’effervescents de qualité;  aujourd‘hui, on compte huit AOC de Crémant en France: Crémant d’Alsace, Crémant de Loire, Crémant de Bourgogne, Crémant du Jura, Crémant de Limoux, Crémant de Die, Crémant de Bordeaux et le petit dernier, Crémant de Savoie (on y ajoutera, pour la bonne forme, le Crémant du Luxembourg et le Crémant de Wallonie). A chacun son style, sa personnalité. 

Son originalité, le Crémant d’Alsace la doit d’abord à ses terroirs : des Vosges au sillon rhénan, la géologie de la région est extrêmement variée, au point qu’on parle parfois de mosaïque alsacienne. Sans oublier des conditions climatiques favorables. Les Vosges protègent le vignoble alsacien des influences océaniques, de sorte que les précipitations y sont parmi les plus faibles de France (à peine 500 mm d’eau par an, en moyenne). La région bénéficie en outre d’étés chauds, d’automnes ensoleillés, qui contrastent avec des hivers plutôt rigoureux. La maturation lente et progressive des raisins qui en découle favorise l’apparition d’arômes d’une grande finesse.

Arthur Metz

Pinot Blanc et Pinot Noir: un excellent attelage

La belle palette de cépages à la disposition des élaborateurs alsaciens permet d’offrir une large gamme de produits. Ces cépages sont au nombre de 6: Pinot Blanc (le cépage le plus utilisé), Riesling, Pinot Gris, Chardonnay (autorisé en Alsace uniquement pour le Crémant), Pinot Noir et Auxerrois (qui n’est pas un pinot).

La prédominance du Pinot Blanc (avec ou sans Auxerrois) est un des éléments de différenciation du Crémant d’Alsace par rapport à ses homologues des autres régions bullifères (et je ne parle pas que du Grand Est); il apporte souvent des notes de raisin frais – curieusement assez rares dans le vin, et encore plus dans les effervescents. Compte tenu de la récolte plus précoce des raisins destinés au Crémant, il présente généralement une acidité plus élevée que dans les cuvées de vin tranquille. On a donc affaire à des bulles équilibrées, dont l’acidité est bien balancée par  la rondeur et le fruité. L’ajout de Riesling, même en quantités limitées, apporte une certaine nervosité sans oublier des notes d’agrumes. Le Pinot Noir, lui, donne plutôt une touche vineuse.

On trouve aussi sur le marché de jolis 100% chardonnays, qui misent pour la plupart sur la vivacité, ou bien sur l’élevage.

Effervescence… économique

Le Crémant d’Alsace a le vent en poupe. On compte aujourd’hui plus de 500 producteurs (tous n’assurant cependant pas eux-mêmes la prise de mousse), et cette AOC représente aujourd’hui près du tiers de la production régionale. Soit quelque 35 millions de cols. 

Prochain défi: la consolidation des marques, dont la notoriété n’est pas encore au niveau des grandes maisons de Champagne, ou même de certains Cavas;  le secteur compte cependant aujourd’hui quelques poids lourds comme Wolfberger (son Crémant d’Alsace Pinot Gris a le mérite de l’originalité) ou Arthur Metz (les cuvées 1904 et Pinot Blanc Pinot Noir sont mes préférées), sans oublier quelques marques « pointues », dont les belles cuvées ont de quoi faire rêver l’amateur (Dopff Au Moulin, bien sûr, mais aussi Muré ou Zusslin)…

40 ans après, le choix n’a jamais été aussi vaste, alors, hopla geiss, à vous de fouiner!

Muré

Alsace blason 1Hervé Lalau