Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Juste « stylée », la Provence?

La nouvelle identité visuelle et surtout le nouveau slogan des vins de Provence me laissent sur ma soif.

« Vins de Provence, Le Goût du Style ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire? En quoi le « style » est-il un attribut exclusif de la Provence? Et quel style, d’ailleurs?

Au fait, quel goût ça a, le style?

Je sais bien que les slogans ont pour but de fédérer, et que la contrepartie, c’est qu’ils ne peuvent pas être trop précis. Mais la Provence et ses vins manquent-ils à ce point de personnalité qu’ils oublient leurs atouts propres – la Grande Bleue, le Soleil Majuscule, la Côte d’Azur, les calanques, les villages perchés, la langue des Félibres, Pagnol, Fernandel, Giono, les cigales, l’art de vivre, la cuisine à l’huile, ou que sais-je, il y a le choix, pour adopter un slogan qui pourrait tout aussi bien s’appliquer aux Côtes de Toul, au Muscadet, aux Champagnes de propriétaire, au vinaigre d’Orléans ou aux vins du Baron de Lestac?

Bref, avec tout le respect que je dois à cette belle région, peut mieux faire! Et surtout, plus provençal!

Surtout qu’on parle de vins AOP, censés présenter un lien au terroir, une identité…

Au vigneron, on dit « tu dois faire des vins qui ont la gueule de l’endroit ». Et au consommateur, on dit, « bois, ça a du style ». 

Bon, à part ça, les visuels, dans une ambiance Riviera années 50, sont très sympas, à défaut d’éclairer le consommateur sur le « style » des vins.

Suffit-il de lui dire qu’il peut les boire le midi à la plage, à 6 heures au jardin ou la nuit en terrasse? Surtout avec des tables vides, sans un seul personnage sur l’affiche (ça, il paraît que c’est par crainte de la loi Evin)?

Une chose est sûre, avec ce type de marketing, ce nouveau slogan et ce genre d’affiche, les vins de Provence ont tout sauf le goût du risque…

Hervé


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Où en est le Mourvèdre en Roussillon?

 

Le Mourvèdre est un cépage typique des bords de la Méditerranée. On dit que pour exprimer toutes ses qualités, il doit regarder la mer et être à l’abri du vent. Ça ne se vérifie pas à Jumilla, où sans voir la côte, il donne pourtant de très jolis vins !

Cépage historique de la Catalogne, le Mourvèdre ou « Mataro » serait originaire de la côte catalane. Son nom lui viendrait d’ailleurs des villes de Mataro, près de Barcelone ou de Murviedro dans la province de Valencia. Il avait presque disparu du paysage viticole français après l’invasion phylloxérique, accusé de plusieurs maux et non des moindres : irrégularité, dégénérescence, manque de production… il a été délaissé lors de la reconstitution du vignoble pour sa production capricieuse et ses faibles rendements.

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Après la crise des Vins Doux Naturels, le Roussillon s’est tourné vers la production de vins secs et « d’aucuns » ont pensé que ce vignoble avait besoin de cépages dits « améliorateurs » : ils ont alors fortement recommandé la plantation de syrah et de mourvèdre. Ce dernier a été considéré comme très intéressant pour les vins d’assemblage dans une optique d’apport de structure, afin qu’il apporte au  vin puissance et charpente . Il était amené à être le partenaire idéal du grenache et du carignan, peu reconnus dans ces années-là.

En complément des 3 cépages rouges phares du Roussillon, le Mourvèdre a été planté sur un peu plus de 5% du vignoble. Il devait être ajouté dans les assemblages par petites touches pour renforcer la structure et la complexité aromatique (notes de poivre, de truffe et de fruits noirs) .On le recherchait:

-pour la finesse de ses arômes ; fruits murs (raisins, cerises) et fruits rouges, notes épicées, sous-bois et violette, peu de notes florales, fruits secs, grillé, tabac…plutôt torréfaction.

-pour ses qualités de bouche , tant au niveau de l’intensité et de la persistance aromatique, qu’au niveau de la qualité des tannins, veloutés et au grain très fin, devaient compenser la rusticité et le coté oxydatif des grenaches de l’époque.

Assemblé avec le Grenache, le Mourvèdre était censé compenser la tendance à l’oxydation de ce dernier. On a l’a donc tout naturellement introduit dans les encépagements des appellations.

  • Les Collioure ont le Mourvèdre à titre de cépage principal depuis leur passage en A.O.C en 1971,
  • Il a été rendu obligatoire avec la Syrah à concurrence de 10% en 1985 dans les Côtes du Roussillon et Côtes du Roussillon Villages.
  • C’est un cépage très accessoire (pour moins de 10% de l’encépagement, ou en complantation) pour les appellations Banyuls,Banyuls Grand Cru; et, comme cépage complémentaire, dans les Roussillon et les  Maury.

Pourquoi je vous parle du Mourvèdre aujourd’hui ? Tout simplement, parce que, récemment j’ai eu l’occasion de gouter 4 cuvées particulièrement réussies qui m’ont donné envie de regarder ce qu’il se faisait à partir de ce cépage à l’heure actuelle dans le Roussillon. Son encépagement est d’environ 500 ha., sous réserve, apparemment ça n’est donc pas un cépage qui a rencontré auprès des vignerons le succès escompté par les techniciens.

J’ai parlé avec plusieurs vignerons dont Jean Gardiès, Benoit Danjou et Serge baux : ils m’ont tous expliqué à peu près la même chose : en plein renouveau dans le Roussillon, ce cépage a souffert pendant longtemps d’une mauvaise réputation due à des implantations sur de mauvais porte-greffes, il y a avec le mourvèdre un vrai problème de matériel variétal, les clones ont été mal sélectionnés au départ, ils sont trop productifs, et la taille des grappes est bien trop grosse, certaines peuvent atteindre jusqu’à 800gr. Des sélections clonales ont permis d’élever sa production de 25-30 hl/ha jusqu’à 50-70 hl/ha mais il perd alors beaucoup de son caractère et sa qualité baisse rapidement.  En outre, elles donnent des jus denses mais avec un coté rêche. Avec les années, ça se calme, mais il faut beaucoup de temps. En plaine, à rendement élevé et sur des terroirs inadaptés, il perd toutes ses qualités et devient au mieux quelconque.

C’est un cépage qui aime les terroirs calcaires, et pour qu’il commence à bien s’exprimer, il faut que les vignes aient au moins 25 ans. La proportion des pépins est très développée, donc ça amène des tannins. En conséquence les résultats n’ont pas été ceux escomptés, et donc il n’a pas bénéficié de l’amour du vignoble et pourtant selon Jean Gardiès, c’est un cépage de vigneron.

C’est aussi un cépage réducteur, pour faire une cuvée non sulfitée.

La première cuvée que j’ai goutée est celle du domaine Gardiès, une exploitation familiale qui se trouve au cœur du terroir d’Espira de l’Agly, adossé aux contreforts des Corbières dans les Pyrénées et bénéficiant du climat Méditerranéen. Les 30 hectares de vignes sont en conversion biologique. Jean et son fils travaillent avec conviction, le mourvèdre depuis longtemps :

– Je cherche le ciel 2014 – Côtes du Roussillon Villages

En plus, je l’ai gouté chez lui dans la vigne, sous un ciel bleu magnifique, c’était presque magique. Quel joli nom pour un vin qui nous embarque dans les nuages. Jean m’a expliqué qu’il l’avait trouvé justement au milieu de ces vignes, alors qu’un matin de grisailles, il cherchait à percer le ciel pour voir si le temps allait se lever : « je cherche le ciel » dit-il à son fils », qui aussitôt lui répondait : » ce sera le nom de la cuvée. J’ai découvert en pleine nature, à cet endroit même ce vin qui m’a séduite d’emblée : il embaume les fruits rouges mûrs avec ses arômes de cerises noires et de prunes, il répand quelques senteurs florales, et quelques touches d’herbes fraiches. Je l’ai senti tout entière imprégné de la vigne qui l’a vu naitre. J’ai gouté une chair diserte croquante, et juteuse, aux tannins veloutés et, d’une belle intensité aromatique Un vin gouleyant, enjoué, équilibré au charme redoutable !Voilà un mourvèdre que l’on n’attend pas, presque atypique, à boire dans les 3 ans.. Ah, j’allais oublier de mentionner tellement on ne s’en aperçoit pas que c’est un vin sans soufre !

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PVP :22€

La deuxième cuvée toujours de chez Gardiès est dans un tout autre esprit, plus classique avec ses 18 mois d’élevage, dont les rendements ne dépassent pas 25hl/ha :

La Torre 2013

Un vin complexe, élégant et bien équilibré !

Un nez très expressif révèle de généreuses nuances de fruits noirs murs(cassis), relevées de notes épicées et toastées. Avec de délicieuses sensations la bouche révèle une texture dense, soyeuse, sur des saveurs de fruits noirs, des notes fraîches balsamiques, accompagnées par des tanins murs et juteux. Le tout est parfaitement équilibré par une belle fraîcheur minérale et relevé par une élégante touche épicée. Ce vin est une réussite, la preuve que le mourvèdre bien conduit peut donner dans le Roussillon un vin racé.

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PVP :34€

Peu de temps après, Au Vins de mes Amis, j’ai eu l’occasion de gouter chez les frères Danjou Banessy, la cuvée Roboul 2014, côtes du Roussillon Villages.

Le domaine est situé tout près de d’Espira de l’Agly à quelques kilomètres de Perpignan et possède une mosaïque de terroirs exceptionnels dont les Terres Noires qui sont des débris de schistes noirs déposés en couches plus ou moins profondes sur du calcaire.

C’est une cuvée d’assemblage mourvèdre/grenache, dans laquelle le mourvèdre est dominant. Les vignes sont assez jeunes entre 10 et 30 ans, plantées dans le lieu-dit « Roboul » dans la continuité du Crest avec un sols argilo-calcaires constitué de galets roulés et d’argile et les rendements ne dépassent pas les 25hl/ha là aussi.
Travail parcellaire en phases lunaires, sélection des bourgeons lors du travail en vert.

Levures indigènes. Elevage en fûts de 12 à 14 mois selon l’année.
Mise en bouteille par gravité. Vin non levuré, non acidifié, non chaptalisé, non collé, non filtré. Possibilité de dépôt naturel en bouteille.

Un rouge méditerranéen à l’état pur surprenant et captivant. L’association du mourvèdre/grenache lui confère une puissance agréable et une personnalité typée : une dominante fruitée intense petits fruits rouges (framboise, fraise), sur des notes florales : une gourmandise charnue et juteuse aux parfums épicés. Une belle fraicheur porte l’ensemble, une grosse surprise que ce rouge qui malgré sa vigueur passe en douceur. Il est totalement charmeur, fin et élégant, donnant une grâce incroyable au cépage Mourvèdre. A déguster dans sa jeunesse.

 

PVP :14 euros

MATARO BOY 2015

Cette cuvée nous vient du Mas Baux, à quelques pas de la mer entre Perpignan et Canet-en-Roussillon, le domaine s’étend sur 20 hectares, dont 12 hectares de vignes, bordées de garrigues, le tout cultivé en BIO. Sa parcelle de mourvèdre fait 3ha, une sélection massale qui lui donne des petites grappes et beaucoup de travail à la vigne.

En cuve inox jusqu’à la mise en bouteille le 21 janvier 2016

Serge Baux a deux passions, le rugby et la vigne, sans compter un grand faible pour le mourvèdre : c’est son cépage préféré !

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Vous comprenez mieux maintenant le pourquoi de l’étiquette : c’est lui qui est en photo, il a voulu traduire toute la force, la virilité et l’élégance du vin ; pour lui, le rugby et le mourvèdre ne font qu’un, c’est une jolie histoire. Oui, je sais certains assimileront ce sport à la brutalité, pas moi, j’ai baigné dedans petite avec mon père et je comprends ce que ressens Serge, et je trouve que son vin l’exprime très bien. C’est un 100% mourvèdre, encore très jeune, il faut l’être pour jouer au rugby, un fruité éclatant émane du verre, il s’en échappe de beaux arômes de fruits de fruits noirs, avec une pincée de poivre blanc. Un très léger co2 en attaque, il a certes la carrure d’un rugbyman, mais l’étonnement vient de sa chair lisse et coulante, malgré sa vigueur, il glisse en douceur, c’est un vin rond, équilibré, les tanins sont très fins et murs. Il a marqué un essai transformé ! Voilà un rouge bio, élégant, digeste qui renferme les atouts majeurs d’une très pure expression méditerranéenne d’une totale fraicheur.

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Pour un prix plus que raisonnable, avec des rendements de 25hl/ha.

Production : environ 5000 bouteilles

PVP :14 euros

Je sais qu’il y a d’autres cuvées de mourvèdre, notamment le Clos du Moulin du domaine du Mas blanc qui était une vraie réussite il y a des années en arrière et que je n’ai pas eu le temps de gouter pour ce papier, ainsi que Domaine de l’Edre – Carrément Mourvèdre 2015 – Côtes Catalanes je les garde pour un autre papier, avec des cuvées catalanes du Sud.

Un constat quand même, par rapport à Bandol, les mourvèdres du Roussillon sont très fruités-

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

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J’ai été Charlie

Comme la plupart d’entre vous, je suppose, j’ai été Charlie, j’ai été Paris, j’ai été Bardo, j’ai été Bruxelles, j’ai été Saint-Etienne-du-Rouvray, j’ai été Berlin, j’ai été Nice.

Et ce midi, en regardant les images des commémorations des attentats de Zaventem et du métro de Bruxelles, j’ai compati. J’ai écouté les messages de solidarité, ainsi que les reportages dans les écoles où les enfants disent leur horreur face à la violence, mais également, pour certains, leur peur face aux réactions islamophobes. J’ai aussi écouté  leurs professeurs, qui, après avoir rappelé à tous que ce n’est pas bien de tuer son prochain, j’espère (mais ce n’était pas dans le reportage), ont bien insisté sur la nécessité de ne pas faire d’amalgame avec la religion musulmane.

A la violence des terroristes répondrait la violence des amalgames, en quelque sorte. J’ai tiqué.

Et puis, voici, cet après-midi, qu’un nouvel attentat a eu lieu à Londres – incidemment, juste à l’endroit où je me trouvais voici trois semaines, simple touriste venu écouter Big Ben sonner. Aujourd’hui, plusieurs personnes sont gravement blessées, deux passants et un policier sont morts, ainsi que l’auteur des aggressions.

Une fois encore, le Conseil des Musulmans condamne le terrorisme, et c’est très bien. Mais si je compatis toujours, je commence à me demander si la compassion sert à quelque chose; si les commémorations servent à quelque chose. Si les condamnations servent à quelque chose. Je n’ai pas envie que le même scénario se reproduise éternellement.

De tendre l’autre joue, de faire preuve de retenue. 

Il semble que ma culture, mon modèle de société, qui respecte toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion, est inacceptable pour les extrémistes islamistes. La tolérance que nous prônons, même envers eux, eux ne la tiennent pas pour une valeur mais pour la faiblesse de mécréants.

Quels que soient leurs motivations, leurs affiliations, leur pauvre rhétorique, ils sont abjects.

Soyons lucides: ils nous ont déclaré la guerre. Et cette guerre, nous ne la gagnerons certainement pas avec de la mansuétude, de la compréhension, et cet amour de l’autre que je viens d’entendre vanter dans la cérémonie oecuménique qui se tenait à Bruxelles, cet après-midi. Le télescopage avec les événements de Londres était insupportable. D’un côté, les appels au pardon, même pour les tueurs; de l’autre, le lâche assassinat de victimes innocentes, par un exalté thanatophile, qui se fichait sans doute d’y rester. Jihad 3 – London 1. Aucune commune mesure.

Ceux qui sont fidèles à ce blog se rappellent peut-être que lors des attentats de Paris, Marc et moi étions à Beaune, pour la vente des Hospices. Nous avons bien ressenti alors toute la futilité de notre métier de journalistes en vin, face à l’horreur indicible, face à la terreur au coeur de nos villes. Puis, le lendemain même, parce qu’il faut toujours aller de l’avant, nous avons repris la plume. Nous nous sommes dit que ce serait une victoire pour les terroristes que de changer nos habitudes. Nous pensions que le vin, ce produit de partage, qui a traversé l’histoire et les cultures, était le symbole même de la communion. Pas seulement au sens de la religion chrétienne, qui ne regarde que ceux qui y croient, mais au sens humain: boire ensemble, partager le fruit de la terre et du travail des hommes, puis partager un beau moment de vie en parlant de ce vin, quoi de plus humain? A propos, un de mes plus beaux moments de dégustation et de partage, c’est en Tunisie, pays musulman, que je l’ai eu, dans le jardin du domaine de Shadrapa. Un nom qui rappelle que l’histoire du vin, au Maghreb, est plus que deux fois millénaire. Tout comme l’esprit de tolérance.

Mais d’autres attentats sont venus. Tout aussi abjects, tout aussi lâches. Et toujours les mêmes appels au pardon. Je ne les supporte plus.

Non, je ne suis plus Charlie, ni Bruxelles, ni Nice, si cela veut dire que tout le monde il est gentil, quel que soit votre prophète. Aucun dieu, avec ou sans majuscule, ne peut justifier l’assassinat de passants dans une ville en temps de paix; ou sinon, que ce dieu-là se crée un autre foutu univers pour y décérébrer ses fidèles!

J’ai juste envie que ça cesse. Que chacun pratique sa religion chez soi (ou n’en ait aucune) et pas dans la sphère publique; que personne ne puisse s’appuyer sur elle pour défendre des intérêts qui n’ont rien à voir, ou des conceptions bestiales. Que les prêtres, les pasteurs, les rabbins, les imams, les lamas fassent silence. Ma tolérance à l’abjection est au niveau zéro. Ma tolérance à l’angélisme s’en approche. Je veux des actes, un Etat qui nous protège, nous et notre tolérance, et ne serve aucun alibi d’aucune sorte aux terroristes ni à ceux qui les soutiennent ou les excusent. J’ai dans la bouche un goût amer, celui de m’être fait avoir. 

Et vous savez quoi? Il n’est pas vendangé, le vin qui m’enlèvera ce goût. D’ailleurs, ce soir, je n’ai pas le coeur à boire. Ni à regarder la soirée « Ensemble! », sur la RTBF, en commémoration du précédent 22 mars. J’ai eu ma dose de bons sentiments.

Hervé

PS. D’avance, merci de bien vouloir m’excuser de cette digression. Il fallait que cela sorte. Je ne vous demande pas de partager mes opinions. Dans une société pluraliste, c’est justement tout l’avantage: on a le droit de dire qu’on est pas d’accord.


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Qui parle le mieux du vin dans la présidentielle? Mélenchon, bien sûr!

N’y voyez aucune propagande politique de ma part, mais celui qui parle le mieux du vin, dans cette campagne présidentielle, et avec le plus de passion, c’est certainement Jean-Luc Mélenchon.

La preuve ICI

 

Qu’on soit d’accord ou non avec les prises de position du tribun de la France Insoumise en matière de viticulture, qu’on partage ou non sa vision de la société et sa grille d’analyse, on doit se rendre à l’évidence: il s’intéresse au sujet, il mesure toute sa dimension historique, culturelle et sociale. Qui plus est, cet intérêt ne date pas de la dernière pluie, ni du dernier sondage. Alors pour tout ça, M. Mélenchon, chapeau!

Et après tout, rien n’empêche les autres candidats de faire preuve du même enthousiasme, quitte à se positionner différemment.

Hervé Lalau


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Trois nouveaux Villages en Côtes du Rhône…

Trois d’un coup !

Sainte-Cécile-les-Vignes, Suze-la-Rousse et Vaison-la-Romaine changent de statut et passent de simples Côtes-du-Rhône-Villages à Côtes-du-Rhône-Villages avec mention de nom de commune.

On se demande pourquoi ?

La notion de terroir joue ici un rôle prédominant. Chaque entité possède le sien et aime le mettre en évidence. Pouvoir être identifié parmi ses pairs reste l’un des meilleurs moyens pour faire savoir et connaître ses particularités.

Il n’en fallait pas plus pour que vos serviteurs, Hervé Lalau et moi, allions sur place. Marcher dans les vignes, rencontrer les producteurs et déguster nous semble incontournable. Les vins ne porteront la nouvelle mention qu’à partir du millésime 2016 et seront griffés Côtes-du Rhône-Villages Sainte-Cécile-les-Vignes, Suze-la-Rousse et Vaison-la-Romaine. Trois nouvelles entités qui se ressemblent par leur caractère sudiste, leur gourmandise et leur truculence, mais se différencient par le choix de leurs assemblages, leurs nuances territoriales. Ainsi, si Sainte Cécile et Suze occupent toutes deux des dépôts quaternaires du Riss, la première axe ses assemblages sur une majorité de Grenache, tandis que la seconde privilégie le Carignan. Vaison occupe une articulation du Miocène qui déploie son relief de collines jusqu’à 280 m d’altitude. Cela donne des vins différents… mais tous trois adoptent la couleur rouge.

Sainte-Cécile-les-Vignes

Après 20 ans d’attente, voici la voisine du dernier cru en date, Cairanne, hissée au rang de Côtes du Rhône avec noms géographiques. Les quelque 1.390 ha de la nouvelle dénomination s’étendent pour la partie sud (vers Sérignan du Comtat et Travaillan) sur des galets roulés à matrice argileuse, pour rejoindre le Plan-de-Dieu voisin. Vers le nord, ce sont des argiles limoneuses qui prolongent le terroirs vers Suze, commune du territoire de laquelle 150 ha font partie de la dénomination Sainte-Cécile.

Les différentes dégustations montrent que les vins adoptent en partie l’élégance du cru voisin, tout en y apportant une saveur particulière, un fruité, un jus et une gourmandise. Le Grenache, qui couvre 61% des surfaces, n’y est pas pour rien. Les autres cépages autorisés sont la Syrah, le Mourvèdre et la Counoise.

Quelques cuvées annonciatrices: Philippine 2016, du Domaine Les Grands Bois (Mireille et Marc Besnardeau), qui se sont faits les porte-parole de la nouvelle dénomination. Fait de 60% de Grenache et 40% de Mourvèdre élevés en cuve, ce vin offre une bouche élégante parfumée de garrigue que macule les baies rouges. www.grands-bois.com

La cuvée Mistral 2014 encore en élevage du Domaine Rouge et Bleu semble puissante au nez avec ses fragrances d’olive noire, son grillé, mais en bouche, c’est l’élégance qui parle de ses tanins fins, de ses baies croquantes soulignées de réglisse.     www.rouge-bleu.com 

La coopération suit le mouvement, la Cave de Chantecôtes suit le mouvement. Sa cuvée Saint-Vincent muscade et girofle, prunelle et fraise des bois, avec un accent toasté dû à l’élevage en barriques, nous promet de beaux lendemains.

Suze-la-Rousse

L’appellation compte jouer la carte du Carignan, voilà une riche idée qui sans aucun la différenciera de sa voisine sudiste. Et comme le dit Vincent Boyer du Domaine Le 4 et qui représente le nouveau Villages, « je n’avais pas envie que le Villages parte vers des assemblages à majorité Syrah. Nous sommes un îlot plus argileux entre Suze et Rochegude, on y préfère le Grenache et le Carignan qui y viennent bien ».

Suze-la-Rousse s’étend sur 2.600 ha en partie dans le Vaucluse et le reste dans la Drôme. Avec son potentiel de 80.000 bouteilles, Suze se place en deuxième position des Villages derrière le Plan de Dieu.

On attend avec impatience le millésime 2017, moment où les premiers seront mis en bouteille. En attendant on peut se faire une idée avec Terre d’Histoire du Domaine des Gravennes au nez de thym et de sauge, la bouche à la fois juteuse et onctueuse, faite de Grenache et de Syrah, tout le monde n’a pas de Carignan. www.domainedesgravennes.com

Au Domaine Le Plan, les Vermeersch n’hésiteront pas à en pourvoir les assemblages. Le passage en Villages avec nom de commune plaît beaucoup à Dirk: «Cela fait 16 ans que nous sommes là et c’est ma parcelle de vieux Carignan qui m’a donné envie de devenir vigneron; on va donc jouer le jeu».

À la Suzienne également, l’intérêt pour le nouveau Villages et sa composante Carignan se fait bien ressentir: leur futur Côtes du Rhône Villages Suze-la-Rousse en comportera 20%, comme l’assemblage actuel. Les tanins fins et croquants offre une mâche agréable et libère un jus au fruité savoureux. Qunat à la cuvée «présidentielle», celle du Domaine des Hautes Garrigues , dégustée en primeur 2016, elle nous parle de violette et de rose; onctueux en bouche, le vin poursuit son élan parsemé de fruits rouges bien épicés. Un Grenache-Carignan élevé en cuve béton. www.lasuzienne.com

 

Un dernier regard sur le terroir de Suze depuis la terrasse de son château, aidé des commentaires géologiques de Georges Truc en fond didactique (Georges, on te remercie, sachant que nous avoir accompagné n’a pas toujours été aisé). Le plateau, qui appartient au même ensemble que celui de Sainte-Cécile, est fait de dépôts alluvionnaires quaternaires, en grande partie du Riss. Il semble uniforme, mais n’oublions de jeter un œil en-dessous. On s’aperçoit alors que selon l’endroit, le terrain est plus ou moins propice à la vigne, tout est question d’approvisionnements hydriques, de proximité marneuse, elle du tertiaire –

Quant à Vaison, Hervé nous en parlera demain – ne ratez rien!

 

Ciao   

 

Marco

 

 


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Influenceur ? Non, juste journaliste en vin.

Récemment, dans un voyage de presse, j’ai rencontré une blogueuse lifestyle. Impressionnant: pas besoin de littérature, en quelques tweets, photos ou vidéos, cette fille touche quelques milliers de «suiveuses». Et bon nombre d’entre elles, apparemment, achètent le maquillage, les fringues, les accessoires vantés par la blogueuse.

C’est ce qu’on appelle «une influenceuse», en langage marketing. Mais comment définir, quantifier et qualifier cette influence supposée ?

La preuve par le Soave

Sur le site de Harpers, je lisais l’autre jour un petit article de Jo Gilbert sur la renaissance (sinon avérée, du moins espérée) du Soave au Royaume-Uni.

Le Soave, c’est cette dénomination de blanc du Veneto qui a tout d’une grande, sauf que malgré de gros efforts de qualité, elle s’est fait doubler par le Pinot Grigio, plus facile, ou même le Sauvignon néo-zélandais – toute ressemblance avec ce qui s’est passé avec notre Muscadet… n’a rien de fortuit.

Parfois, vous avez beau faire tous les efforts possibles et imaginables, baisser les rendements, écarter les zones moins qualitatives, adopter des cahiers des charges contraignants, si vous n’êtes plus «fashionable», ça ne passe pas.

Et même les meilleurs communicateurs n’arrivent pas toujours à convaincre le consommateur. Ainsi, dans ce même article, l’auteur souligne que depuis quelque temps déjà, «des influenceurs comme Jamie Goode ou Jancis Robinson» écrivent que la qualité a fortement augmenté, que le Soave est sous-évalué.

Mais quelques lignes plus loin, le même Harpers nous dit que ni les distributeurs, ni les importateurs, ni la presse généraliste ne les ont suivis jusqu’ici. C’est pour ça que le Consorzio du Soave va se payer une campagne de promotion auprès des professionnels, sous la forme de dégustations et de masterclasses, avec le concours de Masters of Wine.

C’est à se demander si les influenceurs ont une quelconque influence. Soit les influenceurs n’étaient pas des influenceurs. Soit il n’y a plus d’influenceurs. Dans le vin, en tout cas.

A titre d’exemple, je prendrai mon propre cas. Je ne demanderais pas mieux que mes articles débouchent sur une progression des ventes des vins dont je parle en bien – même si ce n’est pas le but (je m’estime déjà heureux d’avoir la possibilité de les publier).

Mais je vous l’avoue, rares sont les producteurs qui m’ont dit avoir réalisé une vente grâce à moi.

A l’inverse, des produits dont j’ai eu l’occasion d’écrire que je ne les apprécie pas – voire qu’ils usurpent le nom de vin, comme les «vins sans alcool» et les «rosés-pamplemousse», ont vu leurs ventes exploser ces dernières années.

Consommateur… et commentateur

Mais peut-être les influenceurs ne sont-il pas là où on les attend. Je veux dire, ni parmi les journalistes, ni parmi les éditeurs de guides ou de lettres d’information sur le vin, ni parmi les sommeliers-vedettes qui cachetonnent lors des foires aux vins ou qui facturent leur passage dans des régions de vin, ni même parmi les blogueuses de mode, mais plutôt parmi les acheteurs des grandes enseignes de la distribution.

Ou encore, parmi les consommateurs eux-mêmes, via des sites comme Vivino, qui, selon ses dires, réunit près de 23 millions d’utilisateurs. Pensez donc, ces consommateurs, qui ne sont même pas payés pour le faire, ont déjà posté sur le site plus de 3,5 millions de commentaires de vins !

Les superstars abordables françaises de Vivino

D’après mon confrère Robert Joseph, de Meininger, les producteurs s’y intéressent de plus en plus, «car c’est l’occasion pour eux de toucher directement le public, avec un impact plus facilement mesurable que dans le cas des journalistes et critiques de vin».

D’ailleurs, le site propose aux importateurs et négociants de s’affilier, afin que les consommateurs convaincus par les commentaires de vins et par le système Vivino puissent leur commander du vin (un petit lien suffit). Vous vous intéressez au Malbec, pour accompagner une viande rouge? Vivino vous a concocté une sélection. En quelques secondes, vous pouvez sélectionner un vin, lire les commentaires d’autres utilisateurs (classés par ordre décroissant, c’est plus vendeur), et accéder au site de vente du marchand de vin qui livre dans votre pays. Pratique, non?

Malheureusement, et c’est la rançon du succès, les avis ne sont pas tous «autorisés»:  quand on lit dans un commentaire sur Mouton-Cadet (classé 1er au classement des Vins Français Abordables de Vivino), qu’il s’agit d’un «Beautiful Burgundy», on se prend à douter…

 

Mouton Cadet: « Beautiful Burgundy »

Et puis, il y a consommateur et consommateur. Imaginez que je sois Californien, que mon vin quotidien soit le Turning Leaf Zinfandel de Gallo, que j’achète par hasard une bouteille de Mouton-Cadet dans mon Walmart (où il y a plus de chances que je trouve ce Bordeaux-là plutôt que le Clos du Marquis) et que je dépose mon avis sur Vivino (même si je suis loin d’être un expert). Aurai-je une quelconque influence sur les achats d’un vrai passionné de Bordeaux de Leeds, de Bruges ou de Romorantin?

Est-il même souhaitable que j’en ai une ?

En matière de vin non plus, ce n’est pas la taille (de l’échantillon) qui compte. Il y a aussi la crédibilité.

Quant aux rédactionnels qui «emballent» les différents thèmes, on ne peut pas dire qu’ils brillent par leur sens critique; ainsi, dans son article «Most popular French Wines», grosso modo, Julien Miquel se borne à énumérer les résultats du «classement» Vivino.

Puis-je lui faire remarquer que son n°1, le Mouton-Cadet, justement, n’a qu’une note de 3,3/5, alors que le n°39 (Cheval Blanc) est à 4,6/5 ? Pour moi, il faudrait un peu mieux définir le concept de popularité – le pondérer par l’indice de satisfaction; ou créer des catégories. Car ces deux vins ne jouent vraiment pas dans la même division: le premier est listé à 13,93 euros, le second à 925 euros. Difficile de croire que ses consommateurs sont les mêmes.

Mais M. Miquel n’est pas un de ces pinailleurs de journalistes. C’est un Wine Influencer on Social Media. Enfin, c’est ce qui apparaît à la lecture du joli tableau posté sur son site Social Vignerons, et que je reproduis ci-dessous.

Le même jour, je découvre son existence, et le fait qu’il s’agit du troisième influenceur au monde sur les médias sociaux dans le domaine du vin. Décidément, j’ai bien besoin d’une mise à jour!

Julien Miquel est d’abord un consultant. Social Vignerons offre (ou plutôt vend) une large gamme de services rédactionnels et graphiques, proposant aux producteurs de faire déguster leurs vins pour la modique somme de 29 euros par échantillon (le paquet complet avec profil du producteur revenant lui à 149 euros).

Tout est clair, tout est net, aucun reproche à faire, d’aucuns diraient même que les producteurs en ont pour leur argent. Mais cela n’a rien à voir avec le travail d’un critique indépendant, a fortiori journaliste.

Quoi qu’il en soit, pas de succès commercial sans disponibilité de l’offre. Et si des avis de consommateurs, habilement relayés par des consultants appointés, et un lien vers le site de vente, permettent de doper les sorties de vin, quel producteur fera la fine bouche? Je ne suis pas envieux, ni particulièrement critique; je veux juste souligner que je ne fais pas le même métier. Que tout ne se vaut pas.

Une race en voie d’extinction?

Quelle est donc notre raison d’être, aujourd’hui, à nous autres journalistes du vin? Est-ce d’influencer les vrais influenceurs, importateurs ou distributeurs, en les incitant à s’intéresser à certains types de vins, et donc, à les référencer? Ou de servir d’alibi plus ou moins haut de gamme pour des sites «aggrégateurs» d’avis, comme Vivino ou Winesearcher ?

Dit comme ça, cela n’est pas très valorisant. D’autant que cela ne nous rapporte rien, notez le bien, si ce n’est le plaisir de savoir que notre enthousiasme pourra, le cas échéant, être partagé par certains consommateurs.

Mais c’est un fait. Peut-être le journaliste de vin est-il appelé à disparaître, faute de débouchés, faute de modèle rentable pour écouler sa prose. Peut-être est-il juste en sursis, le temps que l’offre concurrente – le consulting, ou l’utilisation des consommateurs eux-mêmes, à titre gracieux– ne se professionnalise. Et que le consommateur ne fasse plus la différence.

En attendant, ne comptez pas sur moi pour faciliter la tâche à cette concurrence. Je me battrai. Avec nos seuls atouts, qui sont l’expérience et l’indépendance.

A nous de prouver que nos commentaires sont avisés, étayés, professionnels ; et que nous ne sommes pas «vendus». C’est notre différence, et je sais qu’il est encore des consommateurs et des producteurs pour l’apprécier. Peut-être pas la grande masse. Mais assez pour avoir le sentiment de rendre service, sans pour autant être servile.

Hervé Lalau


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Jim’s off on an adventure + Fêtes des Vins de Bourgueil

By the time you read this CRM and I will be in Hong Kong. The first stage of a trip that will take us into mainland China after a few days in Hong Kong. After time in China we catch the train from Beijing to Forest Hill, London SE23 – Trans-Manchurian, Trans-Siberian, Moscow-Paris, Eurostar to Saint Pancras, Metropolitan Line to Whitechapel and Overground to Forest Hill. 

 

15th Annual Fête des Vins de Bourgueil

This annual Fête des Vins de Bourgueil is highly recommended if you are in the Tours area on Saturday 25th March. It’s a great opportunity to discover not only the latest vintage but also previous vintages. Unfortunately because of the severe April frost last year supplies of the 2016 vintage will be in short supply for many Bourgueil producers. Luckily 2014 and 2015 are both good vintages, so this is a very good opportunity to taste and buy these wines while they are still available. 

Details:
À la découverte d’un terroir

Pour la 15ème année consécutive, les vignerons de Bourgueil investissent le centre-ville de Tours pour célébrer la fête des vins de Bourgueil sur le boulevard Heurteloup. Après avoir acheté un verre de dégustation (2 €), les amateurs découvriront le millésime 2016, pourront rencontrer 50 vignerons, et remplir leur cave des meilleurs vins rouges et rosés de l’appellation.

En présence de la Commanderie de la Dive Bouteille de Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil et de métiers de bouche qui proposeront une restauration sur place, cette quinzième édition de la Fête des Vins de Bourgueil à Tours proposera également des animations pour les enfants autour du goût et de la dégustation.

Informations pratiques

15ème fête des vins de Bourgueil à Tours
Samedi 25 mars 2017, de 10h à 19h – Boulevard Heurteloup, Tours centre.
Plus d’infos sur vinbourgueil.com

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