Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Réchauffement climatique et viticulture durable

Notre consoeur polonaise Agnieszka Kumor (RFI) a consacré un reportage très fouillé aux enjeux viticoles du changement climatique – et il ne s’agit pas que d’un problème de températures.

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-après:  http://www.rfi.fr/emission/20171109-france-vignes-changement-climatique-viticulture-durable-exportations-vignerons


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99 + 1 bonnes raisons de…

…manger du gras et de boire du Champagne

Notre société actuelle nous culpabilise trop, fait attention à ci, à ça, mange pas trop, ne bois pas, bien qu’on nous une tonne de saloperies à table, quand on n’y fait pas gaffe. Alors, quand on la chance de déguster du bon gras comme celui du jambon qu’il soit iberico, de Bigorre ou culatello, pourquoi renoncer à ce régal? Le gras donne du goût, quant au maigre, tout seul, il est sec et manque de goût.

Ça me rappelle cette cliente qui, voulant faire de la blanquette, se prend une barquette de veau bien maigre, alors que moi, je tentais de trouver certes du maigre, mais entouré de gras, de couenne et de cartilage. La mettant en garde à propos de ce maigre dominant, elle me répondit d’un regard d’incompréhension, l’air de dire, mais justement, il n’y a pas de gras, c’est ça qui est bon. Le boucher, lui, comprit tout de suite et me découpa juste pour moi un joli morceau entouré de couenne, de cartilage et de gras.

Et pour nous qui sommes avant tout œnophiles, comme le souligne Blandine, l’auteur :

Parce que même dans le vin, il y a du gras

Et puis, le gras ça nous donne déjà l’occasion de boire du champagne, ça le décape un peu, ça nous rince le gosier et ça nous permet ensuite, de le savourer, ce cru d’Avize, d’Ay ou d’ailleurs.

Allez, juste une rincette…

Et comme dit Isabelle l’auteur :

« Parce qu’il n’y a rien de mieux pour faire démarrer les conversations et parce qu’aucune grande histoire d’amour n’a commencé autour d’un bol de salade… »

Voilà deux petits livres bien sympas, écrit le premier autour du par Blandine Vié, qu’on peut retrouver sur le blog gourmand gretagarbure, et le second par Isabelle Bachelard qui nous a pondu l’an dernier les 99+1 bonnes raisons de boire un verre de vin. On ne peut lui en vouloir !

99 + 1 (bonnes) raisons de boire du champagne et 99+1 (bonnes) raisons de manger du gras sont parus aux éditions Artémis, 104 pages au prix de 7,90€

Qu’on se le dise !

Zut, j’ai des yeux dans mon Champagne

 

Ciao

 

Marco #balance ton porc mais pas son gras


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Beaujolais 2017 : il faut en parler, Nouveau ou pas!

Je le dis de suite : j’aime beaucoup le bon Beaujolais et l’idée même du Beaujolais Nouveau. Ce moment de l’année est propice pour faire la fête, à mi-chemin entre la fin de l »été et le creux de l’hiver et cette mode de consommation rejoint celle qui fut le principe de presque tous les vins avant l’avènement des bouteilles : une boisson à boire surtout avant l’été suivant. Mais le débat sur le Beaujolais Nouveau, ses avantages et ses inconvénients, son poids dans la production de la région et ses éventuelles dérives, ne sera pas le sujet de cet article. Autant le dire de suite. Je vais plutôt vous parler de la qualité remarquable du millésime 2017 dans cette région, un millésime largement diminué en quantité, une fois de plus, par des orages de grêle particulièrement destructeurs dans certains secteurs. Pour ce faire, j’ai dégusté, le 2 novembre, 139 échantillons de vins nouveaux du dernier millésime, issus des deux appellations habilitées à produire ces vins : Beaujolais et Beaujolais Villages.

Le contexte

Il faut aussi rappeler deux ou trois choses sur le contexte qui fait souffrir cette belle région de collines. L’aire, qui comptait 23.000 hectares de vignes il y a quelques années, n’en compte plus qu’un peu moins de 17.000. Hormis les vins d’un ou deux crus, les prix sont d’une stabilité désespérante et ne permettent pas de rentabiliser le travail manuel nécessaires à des vignobles en pente et des vendanges encore très majoritairement manuelles. On a pas mal parlé ces dernières années des achats de domaines ou de maisons de négoce de la part de producteurs connus de la Côte-d’Or. Outre le fait que ces achats, en matière de vignoble, concernent presque exclusivement deux crus côtés, Moulin-à-Vent et Fleurie, ils ne suffiront pas à sauver le soldat Beaujolais, même s’ils sont évidemment les bienvenus. La rentabilité d’un vignoble constitue le nerf de sa guerre, et les parcelles en pente hors crus ne sont guère rentables aujourd’hui et donc se trouvent massivement arrachées. L’âge moyen de ce vignoble dépasse les 50 ans. Cela pourrait constituer un avantage ailleurs, mais pas pour des vins dont le prix moyen de vente est si bas, car le rendement baisse sans que le travail en soit diminué et la mécanisation n’est pas toujours possible.

La lisibilité des vins de la région n’est pas toujours idéale non plus, ce qui, à mon avis, plombe leur développement commercial. Plusieurs points sont à verser dans le débat. Premièrement, pourquoi ne pas parler du seul cépage des vins rouges, le gamay, en le mettant sur les étiquettes ? On le fait bien pour les blancs. Deuxièmement il y a trop de crus (10), pas toujours bien différenciés ni méritoires et l’on voit très rarement le terme Beaujolais sur leurs étiquettes. Ce n’est pas comme cela qu’ils peuvent espérer remonter la perception de l’ensemble. Un système plus cohérent, à mon sens, serait d’accoler systématiquement le nom du village ou du cru à la mention Beaujolais, mais sans aller à une multiplication à l‘infini des mentions. Quand on regarde les belles cartes géologiques qui ont été produites, on se rend vite compte d’ailleurs que les délimitations de crus, établies sur un plan purement cadastral, ne correspondent pas à la réalité de ce que les locaux (mais pas moi) entendent par le mot terroir, c’est à dire la pure nature géologique des sols. Entre parenthèse, pourquoi ne parle-t-on qui des sous-sols et jamais d’exposition dans ces cas ?

Le millésime 2017

Pour regarder le bon côté des choses, et malgré une récolte 2017 très déficitaire, la qualité de ce millésime me semble excellente. Sur le plan de leur goût, la grande majorité des échantillons que j’ai dégusté avait plutôt le profil de vins de semi-garde : c’est à dire qu’ils avaient bien plus d’étoffe et de structure que l’idée que nous pouvons avoir en général d’un vin primeur « classique ». Je n’hésiterais pas une seconde à conserver beaucoup de ces vins un an ou deux. Cela promets pour les vins non-primeurs à venir, qu’ils soient issus des crus ou pas.

A noter que les vins ci-dessous sont listés selon l’ordre de cette dégustation à l’aveugle, à l’intérieur de chaque sous-catégorie. Nous avons dégusté les Beaujolais avant les Beaujolais Villages, logiquement, mais j’ai trouvé certains Beaujolais aussi intenses, voire plus, que quelques Villages. C’est toujours le producteur qui fait le vin et non pas l’appellation.

 

Ma sélection de Beaujolais Nouveau 2017 (sur 74 échantillons dégustés)

Première division (***)

Pierre Dupond, non-filtré

Henry Fessy

Colin Bourisset, non-filtré

Jean Loron, Tradition Vieilles Vignes

Domaine Pierre André Dumas

Jean-Marc Lafont, Ephémère

Oedoria, Coeur d’Automne

Olivier Coquard, Nature

Deuxième division (**)

Château de l’Eclair, L 16401

Vignerons des Pierres Dorées, La Rose Pourpre

Henry Fessy, Sélection

Gilles Gelin, sans soufre (ndlr rajouté, j’imagine)

Pierre Ferraud & Fils, Cuvée d’Autrefois

Château de Nervers

Jean Loron, Tradition Tirage du Primeur

Labouré-Roi

Domaine Châtelus

Mommessin

Domaine de la Couvette

Grands Vins Sélection

Manoir du Carra

Emmanuel Fellot

Jean-Michel Dupré

Olivier Coquard, Culotte de Velours

Olivier Coquard

 

Ma sélection de Beaujolais Villages Nouveau 2017 (sur 65 échantillons dégustés)

Première division (***)

Maison Dupond, Domaine de Boischampt

Domaine du Guellat

Gilles Gelin, Le Vin des Copains

Georges Duboeuf

Oedonia, Les Granits

Domaine Gaget, Vinum Memoria

Pardon & Fils

Labouré-Roi

Domaine de Rochemure

Pascal Châtelus

Deuxième division (**)

Alain Chambard, Vieilles Vignes

Domaine de Rochemure, Les Devants

Lucien Lardy, Vignes de 1951

Manoir du Carra, Parcelle 505 Vieilles Vignes

Louis Tête

Domaine des Nugues

Jérôme Lacondemine

Château de l’Eclair

Pierre-André Dumas, cuvée Aurélie Durnerin

Club des Sommeliers

Pierre-André Dumas

Domaine de Croifolie

Henry Fessy, Tradition

Pierre Ferraud et Fils

Henry Fessy

Quelques commentaires sur ces résultats

Il faut constater une remarquable régularité dans la qualité des vins de certains producteurs qui ont placé plusieurs échantillons parmi cette sélection de bons et de très bons vins. Tout le monde n’a pas envoyé deux ou trois cuvées, mais je pense à Henry Fessy, Pierre Ferraud, Domaine de l’Eclair, Jean Loron, Pierre-André Dumas, Gilles Gelin (avec aussi le Domaine de Rochemure), Olivier Coquard ou Labouré-Roi. Certains de ces noms constituent une surprise ou une nouveauté pour moi, et tant mieux. La dégustation à l’aveugle a cet avantage énorme de permettre cela, et cela aide aussi à éviter toute forme de préjugé éventuel à l’égard de tel ou tel type de structure : il y a des négociants et des propriétaires présents à parts égales parmi ces bons vins. Autres noms de producteurs dont j’aime régulièrement beaucoup les vins, ne figurent pas dans cette liste. Je pense à Pierre-Marie Chermette, qui avait pourtant deux échantillons parmi les vins dégustés. Je m’interroge sur cela.

Les couleurs des vins étaient bien intenses, signe probablement d’une petite récolte avec une belle maturité. Je ne juge nullement les vins par l’intensité de leur robe (ou l’inverse), mais il y avait un paradoxe amusant dans le fait que le vin le plus pâle parmi ces 139 vins était produit par un producteur qui porte le nom de Domaine de l’Anthocyane !

Buvez du Beaujolais Nouveau dès le 16 novembre et faites une fête à ses vins délicieux !

David Cobbold

 

 


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Slurp, tout simplement!

Voici une petite chaîne anglaise de magasins de vin (ils sont deux, actuellement) dont le nom dit bien ce qu’il veut dire, et le logo aussi.

Je l’ai trouvé sympa. Quant à sa sélection, elle n’a pas l’air mal faite.

Ce matin, trois vins étaient mis en avant, Le Tres Picos de Borsao (j’ai toujours adoré ce grenache bien juteux), le Vacqueyras de Grandy (un domaine de la Cave des Coteaux du Rhône) et le Marlborough Sauvignon de Babich (que je ne connais que de nom).

Publicité gratuite, à vous de voir si le reste est à la hauteur du nom quand vous passez la Manche…

Plus globalement, j’aimerais bien en savoir plus sur l’histoire et l’influence des grands marchands de vins, à commencer par ceux de Londres, qui me semblent avoir été déterminants pour l’émergence de certains types de vin, du Bordeaux au Porto en passant par le sherry, le Champagne ou le Marsala…

Plus d’info sur Slurp: https://www.slurp.co.uk/

Hervé Lalau


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Cépages résistants: l’exemple suisse

En France, on s’interroge sur le potentiel des cépages résistants aux maladies, sur l’opportunité de les planter et de les homologuer en appellation. En Suisse, on ne se pose plus trop de questions: on en boit. Comme en témoigne l’article de notre invité de ce jour, notre confrère suisse Pierre Thomas.

Des «nouveaux cépages», la station de recherches de Changins (VD) en a «croisé» de nombreux, ces cinquante dernières années. Avec l’IRAC 2091, qui a pris le nom du chef des Helvètes, Divico, la Suisse détient la première variété de raisin au monde ne nécessitant aucun traitement phytosanitaire, apte à faire du (bon) vin.

La vérité d’un vin se trouve au fond du verre. Qu’on parle de vin «bio», de vin «nature» (sans ajout de SO2 ou «sulfites»), ou de «nouveau cépage», c’est là que tout se joue.

L’autre jour, au Domaine de Fischer, vénérable cave dominant La Côte vaudoise, un vin ouvrait une dégustation du cercle vertueux Arte Vitis. Ces quatorze vignerons, cooptés, forment l’élite du deuxième canton viticole de Suisse. Sur ma feuille de dégustation, j’ai noté : «Robe presque noire, beau nez de myrtille, attaque sur la pulpe de cerise noire ; mûr, rond, avec une touche de boisé, et un retour sur les fruits rouges croquants. Magnifique vin !».

Il s’agissait du Divico 2015 de Christian Dugon, un des meilleurs producteurs de vins rouges vaudois, dans les Côtes-de-l’Orbe, à Bofflens. De Genève (10 hectares recensés) au Tessin (1 ha), en passant par Vaud (4,3 ha), Neuchâtel (2,5 ha) et le Valais (1,6 ha), mais aussi dix autres cantons, le Divico, officiellement autorisé, se répand lentement, mais sûrement. Les vignerons acquis à la conduite de la vigne en biodynamie, les Vaudois Raoul Cruchon, Blaise Duboux, ou le Valaisan Didier Joris, mais aussi le vignoble de l’Etat de Genève, tous de renom, le vinifient déjà «in purezza», comme disent les Italiens, soit en monocépage. D’autres, en assemblage. Et seulement depuis deux ou trois ans…

Le Graal du viticulteur

Obtenir une variété qui ne nécessite pratiquement aucun traitement à la vigne est une forme de Graal. Le Divico est particulièrement adapté à la culture en bio. Au Domaine des Coccinelles, à Saint-Aubin, au bord du lac de Neuchâtel, le plus vaste, et un des plus anciens aussi, domaine certifié bio (label bourgeon) de Suisse, aménagé par son père il y a 25 ans, Pierre Lambert en a planté un peu. Il livre son raisin pour ses propres cuves, suivies par l’œnologue des Caves de la Béroche, où son premier Divico «pur» (le 2015) séjourne encore.

Est-ce le cépage miracle ? «Oui et non»répond le producteur neuchâtelois. «Il permet au vigneron une économie, de produits et de temps, mais il ne résout pas le problème du travail et du respect du sol.» «Il nous oblige à revoir complètement notre manière de cultiver», complète le Valaisan Didier Joris, qui en a planté à Chamoson. Ses grappes lâches ne craignent que les oiseaux, friands des raisins dès qu’ils sont mûrs — et le Divico est un des premiers gorgés de sucre même s’il se récolte plus tard, pour assouplir ses tanins — et la mouche Suzukii. Cet insecte qui «suce» le jus a fait son apparition massivement en Suisse romande et au Tessin en 2014. Mais l’été sec de 2017 l’a grandement freinée…

C’est le seul aléas, avec des problèmes parfois à la floraison, que le Divico connaisse. Il n’est sensible ni au mildiou, ni à l’oïdium, ni à la pourriture grise, trois «champignons» qui mettent en danger le raisin durant son cycle végétatif et nécessitent jusqu’à une dizaine de traitements phytosanitaires, avec des produits classiques ou admis en bio, sur les autres cépages.

Un arbre généalogique touffu

Cette résistance, il la doit à ses parents. Fruit du croisement par Changins du gamaret, raisin rouge obtenu par la même station de recherche en 1970 déjà, et du bronner, un raisin blanc allemand, il convoque, parmi ses ancêtres, presque tout ce qui porte le nom de «vitis» (vigne) sur la planète. Pas seulement la «vitis vinifera», apte à élaborer du vin en Europe, mais aussi des vignes sauvages américaines («vitis rupestris» et «lincecumii») et asiatiques («vitis amurensis»). Ces dernières lui assurent une résistance naturelle au mildiou et à l’oïdium, qu’a perdue «vitis vinifera».

Par ces croisements nombreux, le cépage obtenu par Changins est donc un «interspécifique» (abrégé PIWI en allemand). Que la législation de l’Union européenne a exclu des dénominations d’origine protégée, pour l’instant… En France, le Divico figure sur une liste de cépages résistants en attente d’homologation, mais n’a pas été retenu en avril dernier (au contraire du bronner). A jus clair, mais à peau épaisse, ce rouge à reflets noirs dans le verre, contient une quantité très importante de resvératrol et de ses dérivés. Ces substances sont celles qui permettent à des médecins de recommander la consommation, certes modérée, de vin rouge «bon pour la santé».

Et si, après être plus «sain» à la vigne et pour le corps, ce cépage est de surcroît excellent à déguster, que demander de plus ? Seul bémol : les consommateurs de vin se méfient de la nouveauté et accordent souvent leur préférence à des cépages mondialisés, du pinot noir (le cépage le plus planté en Suisse) au merlot, en passant par le cabernet sauvignon et la syrah, en rouge. Et en blanc, au chardonnay, au sauvignon et au chasselas, si suisse. Mais déjà pointe le «Divico blanc», qui n’a pas de nom, juste un numéro de code, le RAC 2060. Il donne «un vin aux arômes qui se situent entre le sauvignon et la petite arvine», confie Didier Joris. On se réjouit de le goûter !

Divico, késako ?

Drôle de nom pour un cépage ! Car le chef de guerre des Helvètes-Tigurins est une figure de la mythologie suisse aussi controversée que Guillaume Tell. Dans sa jeunesse (il serait né vers 130 avant JC), il s’en alla battre les Romains à Agen. A un âge avancé pour l’époque, en -58, il fut choisi pour représenter les Helvètes face aux Romains, qui défendaient alors Genève. Jules César lui-même l’écrit dans «De bello gallico». La rencontre tourna court et les Helvètes furent écrasés à Bibracte : Divico mourut sur les bords de la Saône. Non loin de là, un autre raisin rouge, tout à fait traditionnel, a gardé le nom de son adversaire romain : le César; celui-ci n’est cultivé que sur une dizaine d’hectares dans l’Yonne. Avec 22 hectares en Suisse, Divico tient déjà sa revanche !

Pierre Thomas

Paru dans le magazine encore! le 15 octobre 2017 (pdf à télécharger ici)


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Taxe soda

Intéressant échange de vues sur la taxe soda dans les commentaires du site du Figaro:

Commentaire 1:

La taxe soda est une absurdité digne de la prohibition… est-ce qu’on leur a dit que l’alcool tuait plus ? Y a t-il une taxe polchtron à l’Assemblée Nationale : taxe et interdiction de boire au déjeuner ? Ca ce serait intéressant…

Commentaire 2:

Plutôt que d’écrire des bêtises, lisez ceci:

Et à présent, mon commentaire:

Peut-être faudra-t-il un jour taxer l’ignorance de certains de nos concitoyens qui commentent avec aplomb des choses qu’ils ne connaissent pas? Qui font passer leurs croyances ou leurs préférences avant la réalité?

Hervé

PS. Pour un peu plus de contexte, on lira cet intéressant billet sur l’excellent site d’Honneur du Vin ainsi que cet article


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Les Primeurs du Roussillon sont arrivés!

Jeudi dernier, troisième jeudi du mois d’octobre, le vin primeur, issu des dernières vendanges, est sorti officiellement des caves. Le Languedoc-Roussillon est la première région de France à proposer des Primeurs si tôt !

A Perpignan, il est de tradition de les fêter au cours de la nuit des primeurs ! Quand ils connaissaient la pleine gloire, il y a de ça 10-15 ans, ils arrivaient en fanfare dans le centre-ville, dans les caves à vins, les cafés, bars de nuits et restaurants au cours d’une longue soirée festive mêlant dégustation et concerts. Je me souviens de la foule qui se pressait rue Mailly, où les vins primeurs étaient offerts à la dégustation de tous, on avait du mal à se frayer un passage ! De nombreux vignerons répondaient présents, c’était un évènement très couru et très convivial ! Tout ça a disparu ou s’est bien dilué, l’occasion ne déchaîne plus le même engouement qu’il y a quelques années, et, c’est désormais sans remous que s’effectue la sortie du vin nouveau. Certes, quelques cavistes ont quand même maintenu la tradition, chiffre d’affaire oblige, et puis, ça reste encore un prétexte à la fête et à une soirée entre amis !  Pas de chance cette année pour l’ambiance dans les rues, il pleuvait à verse ce soir-là,  heureusement les cavistes étaient là ; au Comptoir des Crus, chez Jean-Pierre Rudelle, un des meilleurs cavistes de Perpignan, c’était bondé! La moyenne d’âge était assez jeune: c’est quand même le public idéal pour ce type de vins. Primeurs ,«tapas»et bonne compagnie, tout y était pour une soirée très réussie.

 

La production de vins primeurs s’est essoufflée!

Il y a 10 ans, soixante viticulteurs proposaient du vin primeur; ils ne sont plus qu’une petite poignée cette année, et il s’agit surtout de caves coopératives. J’en ai parlé avec Fabrice Rieu, président du Comité Interprofessionnel des vins du Roussillon, qui m’a confirmé que «Oui, la plupart des producteurs ont laissé tomber, d’abord parce que, les vignerons privilégient les vins d’appellation mieux rémunérés, mieux valorisés que les primeurs, et, cette année, avec des volumes historiquement faibles, et une grande qualité, cela n’a pas incité les vignerons à produire des primeurs.» Pour le producteur, quand les volumes ne sont pas là et que la qualité est au rendez-vous, le choix est vite fait, en sachant que le prix d’une bouteille de primeur ne doit guère dépasser les 2€ à quelques exceptions près. L’attitude de leurs plus gros clients, c’est-à-dire la GD, est un autre facteur décourageant pour eux : ils s’en désintéressent au bout de quelques jours. La campagne est très courte, ce qui veut dire que si la production n’est pas écoulée en trois jours, elle est invendable ensuite. « On assiste à une mutation », continue Fabrice. « Hier, les vignerons se servaient du primeur pour faire découvrir leurs vins. Aujourd’hui, les restaurants et les bars surtout s’approprient de plus en plus la fête du primeur. Certains réalisent une des plus grosses recettes de l’année ce jeudi soir. Autant que pour le Beaujolais nouveau un mois plus tard. Il faut communiquer sur la notion de vin de saison ». Mais aujourd’hui, les recettes ont baissé et même le Beaujolais ne fait plus le plein. Jean-Pierre Rudelle me disait que lui ne fait plus rien le soir de la sortie du Beaujolais. Par rapport au millésime 2016, la production est identique : 1 248 hl et 170 000 cols, mais par rapport à 2013, c’est la moitié. En outre, la qualité du raisin a changé, Bruno Cazes se souvient que dans les années 80, «les primeurs titraient entre 11 et 12º, aujourd’hui, c’est impossible, ils sont tous à 13º, chez Cazes on produisait entre 10.000 et 15.000 bouteilles de primeurs en rouge, aujourd’hui, entre les 3 couleurs la production ne dépasse pas les 6000 bouteilles.»

DONNÉES VINS PRIMEURS – IGP CÔTES CATALANES
VOLUME 2013
EN HL
% VOLUME 2014
EN HL
% VOLUME 2015
EN HL
% VOLUME 2016
EN HL
% VOLUME 2017
EN HL
%
ROUGE 1.106 43 1.179 45 743 36% 624 50% 576 46%
ROSÉ 732 29 966 37 719 35% 129 10% 178 14%
BLANC 713 28 470 18 588 29% 488 39% 494 40%
TOTAL HL 2.551 100 2.615 100 2.050 100% 1.241 100% 1.248 100%
EN COL 340.133 348.667 300 000 170 000 170.000

« Il ne faut pas enterrer le primeur », martèlent pourtant les acheteurs des grandes surfaces ! On les comprend, c’est un rendez-vous important pour le chiffre d’affaires du mois d’octobre et les vignerons animent pendant 6 jours leurs rayons. Sans compter que la GD achète très bon marché et ne se prive pas de faire des marges substantielles ! Mais les enseignes ne font aucun effort pour allonger la campagne, et les invendus sont pour les vignerons; alors c’est normal, ceux-ci en produisent de moins en moins surtout quand le millésime est qualitatif.

Que dire sur les vins ?

Rien que vous ne sachiez déjà, vous connaissez bien le profil des vins primeurs : Blancs, rosés, rouges, étant élaborés pour être dégustés jeunes, ils offrent des arômes de fruits, de fleurs blanches, ils se montrent très expressifs, gourmands, légers, fruités, glissants, frais et croquants, (ça c’est pour les descriptions destinées à nos clients). Entre « pros », nous aurions tendance à mépriser ces vins, parce que trop amyliques, le côté bonbon anglais, banane, vernis à ongle qui les caractérise nous dérange et nous fatigue. Il est de bon ton de les rejeter, et de critiquer l’utilisation de levures sélectionnées, les arômes fruités exacerbés par l’ajout de levure. Mais, il ne faut pas généraliser; d’une part, ces profils ont bien changé; certains sont même devenus  séduisants. Je n’irai pas jusqu’à dire que je les adore, mais j’ose avouer que j’aime bien en déboucher quelques bouteilles pour accompagner des châtaignes grillées, les moules ou les crevettes, je ne m’en lasse pas. Les primeurs, ça marque la saison, l’automne, les premières fraîcheurs. Ce sont des vins faciles, à boire frais, et, on ne se prend pas la tête à les décortiquer, et surtout, personne ne vous réclame votre opinion : c’est de tout repos ! On ne leur demande rien de plus, en outre comme le millésime 2017 est exceptionnel, très fort en fruit, avec une concentration généreuse des raisins et de beaux équilibres, ils sont assez réussis cette année, ils laissent en bouche une saveur fruitée agréable et remplissent bien leur rôle de vins plaisir.

J’ai bien aimé les primeurs du domaine Cazes:

  • le rouge, issu d’un assemblage de grenache et merlot, en plus d’être Bio,  est vraiment plaisant, juste ce qu’il faut de fruit, très rond, une pointe de co2 à l’entrée de bouche, il n’est pas « too much »,  sa légèreté, sa fraicheur et son côté suave sont des plus agréables.

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  • J’aime moins le blanc, trop aromatique à mon gout, mais c’est parce que c’est un Muscat et j’apprécie peu ce cépage en sec, sinon, rien à dire, c’est frais, fruité, bien fait – mais ça ne marche pas avec les moules!

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  • Le rosé issu de Cinsault et de Grenache: un vin plaisir, à la robe pétales de roses. Il est frais et floral avec des notes de petits fruits des bois. Fruité gourmand, ça suffit à mon bonheur d’un soir!

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Les trois sont proposés au prix public de 7,50€

Quant au millésime 2017, un communiqué de presse nous le présente: « Si les volumes sont très déficitaires, la qualité du millésime s’annonce par contre sous les meilleurs auspices, avec une concentration généreuse des raisins et de beaux équilibres et expressions aromatiques intenses relevés sur les premiers vins dégustés… »

Nous attendrons de déguster ce millésime pour confirmer cette déclaration.

En attendant, profitons sans complexe des primeurs avant l’arrivée du Beaujolais Nouveau.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols