Les 5 du Vin

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Vues sur le Riesling en Alsace

A note to my English-speaking readers. An English version of this article will be forthcoming next week, but you can still check out the pictures and the list of the good Riesling wines that I tasted last Monday at Colmar in Alsace!

Je suis très amateur du cépage Riesling. C’est pourquoi je me suis concentré surtout sur cette variété (avec une partie de l’après-midi consacré au Pinot Noir dont je vous parlerai une autre fois ) pendant ma récente journée passée à Colmar, lors de l’opération bisannuelle intitulée Millésimes Alsace. Heureusement, il ne faisait pas trop chaud ce jour-là car la grande halle du Parc des Exposition de cette ville semble dépourvue de climatisation, ce qui est un peu étrange. En tout cas, les vins étaient tous servis à bonne température, ce qui n’est pas toujours le cas lors des grands salons.

Je dois aussi avouer une certaine perplexité devant les différences de saveurs et textures que peuvent proposer cette variété, et en particulier devant la présence ou l’absence des arômes/saveurs de type « hydrocarbure ». Personnellement je n’aime pas du tout cet arôme dans le Riesling, d’autant plus qu’il est très souvent accompagné par une texture un peu rêche/végétale et un fond d’amertume pas toujours agréable. Ce jour-là, j’ai demandé à plusieurs vignerons leur explication de la présence de telles caractéristiques et tous m’ont répondu sur la ligne « terroir », en parlant uniquement de la nature du sol. Cette réponse ne me satisfait pas du tout, entre autres parce que je rencontre ce profil dans des Rieslings issus de sols très variés, comme également deux Rieslings issus de la même parcelle et sol mais dont un seul rappelait le pétrole ! Dans ce cas, j’aimerais qu’ils m’expliquent précisément quel est l’ingrédient dans le sol qui provoques ses arômes, car le mot « terroir » me semble bien trop vague. Il doit y avoir autre chose et je ne suis pas loin de penser que la cause principale est plutôt la chaleur, et/ou le rayonnement solaire, car on trouve des Rieslings qui « pétrolent » essentiellement dans les zones les plus chaudes pour ce cépage : Alsace et Australie notamment, tandis que les vins allemands produisent cela bien plus rarement.

Et si c’était la carotte ?

Une explication plus crédible de cette famille aromatique qui peut diviser est qu’elle serait provoquée par un composé connu sous le terme difficile de 1,1,6-trimethyl-1,2-dihydronaphthalene (TDN pour faire court), et qui est produit, dit-on, pendant le processus de vieillissement (sans mention de la durée ce celui-ci) par l’hydrolyse de précurseurs carotenoïdes. Ces précurseurs auraient tendance à se développer sous une combinaison des facteurs suivants : des raisins très murs produits par des rendements faibles, une exposition forte au soleil, du stress hydrique et une acidité élevée. Je ne sais pas pour l’effet de vieillissement car je rencontre ces arômes aussi bien dans certains Rieslings jeunes que dans ceux ayant quelques années, mais le reste me semble cohérent.

Heureusement, beaucoup des Rieslings alsaciens que j’ai dégusté lundi dernier en étaient indemnes, et je vais vous parler essentiellement de ceux-là. Si vous ne trouvez pas votre producteur préférer dans cette liste, j’ai deux explications à vous donner, hormis mon aversion pour des arômes de pétrole : d’abord la taille de ce salon avec ses 99 exposants, ce qui en fait bien trop pour faire un tour complet dans la journée, car chacun présentait plusieurs cuvées de Riesling ; ensuite, le fait que j’ai évité des domaines dont je connaissais un peu la production, pour tenter de découvrir les vins de jeunes (ou de moins jeunes) producteurs.

Pour commencer, voici une liste des domaines dont j’ai particulièrement apprécié le style avec ce cépage : 

Domaine Agapé (Vincent Sipp à Riquewihr, ci-dessus) : clairement mon coup de cœur à ce salon, pour son style délicatement fruité, floral ou salin selon le cas. Et toujours une magnifique texture suave, totalement libre de toute rugosité. Une série de Riesling Grands Crus (Osterberg, Rosacker, Schoenenbourg) absolument impeccables, que ce soit dans les millésime 2015, 2016 ou, dans un cas, 2017. Rarement je n’ai trouvé une gamme aussi cohérente et séduisante dans le style à travers les 6 ou 7 vins que j’ai pu déguster.

Pierre Adam à Ammerschwihr, pour son Riesling Grand Cru Kaepferkopf 2010

Domaine Schoffit, à Colmar, pour ses Riesling Harth, et les deux Grands Crus Sommerberg et Rangen

Domaine Armand Hurst, à Turkheim, pour ses Riesling Grand Cru Brand 2016 et 2014, ainsi que d’autres vins

Domaine Martin Schaetzel, à Kientzheim, pour ses Rieslings « S » 2015 et Schlossberg 2016

Domaine Bott Geyl, à Beblenheim, pour ses Rieslings Graffenreben  et Grand Cru Sclossberg 2014

Domaine Stentz Buecher à Wettolsheim, pour les Rieslings Tannenbuhl cuvée Flavien et Grand Cru Steingrubler 2017

Wunsch & Mann à Wettolsheim, pour leur Riesling Grand Cru Steingrubler (je n’ai pas noté le millésime)

Domaine Zusslin, à Orschwihr, pour son Grand Cru Pfingstberg 2015

Et puis, aussi très réussi dans une gamme bien plus abordable (moins de 10 euros), il y avait le Domaine Ansen à Westhoffen. Pour les Grands Crus, la fourchette des prix au public des vins mentionnés se situe généralement entre 20 et 30 euros pour des vins qui ont une très belle capacité de garde.

En tout j’ai du déguster environ 80 cuvées différentes de ce cépage, entre AOP Alsace et Alsace Grand Cru. Les autres domaines dont j’ai dégusté des Rieslings, mais que j’ai moins bien notés, étaient les suivants : 

Henry Fuchs, Francis Beck, Scheidecker, Emile Beyer, Cave de Hunawihr, Baumann Zirgel, Paul Kubler, Sipp-Mack, Cave de Ribeauvillé, Gresser, Zinck, Haag.

Longue vie à ce magnifique cépage, avec ou (de préférence) sans arômes de pétrole !

David Cobbold

 


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Un cépage rare, le Gringet

À Ayze, j’y suis aujourd’hui, du moins je l’espère, avec toutes ces perturbations climatiques et autres, rien n’est vraiment sûr pour l’instant. Mais Ayze c’est où ? Et qu’il y a-t-il de particulier dans ce petit coin des alpes ?

 

 Du côté du Mont Blanc

Les Alpes sont riches de pentes et de falaises. De-ci delà quelques abrupts fleurissent de vignes, endroits privilégiés, souvent très bien ensoleillés où le raisin parvient à naître. Connus et moins connus, ces rares crus offrent encore parfois l’originalité du plant, tel le Gringet en Ayze, le village, ou en AOC Vin de Savoie Ayse si j’ai bien compris, mais ce n’est pas clair, je demande.

 

Le Feu 2016 Vin de Savoie Domaine Belluard Ayse

Il coule clair, presque limpide dans le verre, au nez un rien de pomme, discrète au début, puis plus intense à chaque volte. Il faut, il est vrai à cet esprit montagnard plus qu’un faible remuage pour le faire s’exprimer. Mais le voilà d’un coup plus enclin au verbiage, parole de cristal, le voilà vif et minéral avec un accent presque italien de thym et de pétale de rose. Puis, la pomme revient en tatin, mélangée de poire et de rhubarbe, relevée d’épices qui flirte avec l’exotique. Pour en arriver là, il a fallu jouer au plus fin, rusé, employer des moyens détournés, la carafe, le temps, lui ont fait exprimer ce qui d’habitude demande quelques années. Le Gringet, vous l’avez compris, ne se livre pas au premier venu, il faut savoir l’apprécier, alors lui aussi vous apprécie.

La vigne

Elle pousse dans les argiles rouges chargées d’alumine de fer d’un cône de déjection d’une ancienne cascade glacière. Ces argiles rouges flamboient à certaines heures, lorsque les rayons solaires les caressent à l’obtus d’un angle couchant. L’exposition regarde le sud-est, l’altitude atteint les 450 mètres.

La vendange

Elle est manuelle, la vinification traditionnelle, si ce n’est qu’elle se passe en cuves de ciment ovoïdes, sans levurage, elle prend 4 mois et enclenche la malolactique. Le vin est filtré sur terre blanche et contient moins de 30 mg/l de SO2.

Le Domaine

 

Il compte 12 ha et est conduit en biodynamie depuis 2001. Il se situe dans la Vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, entre Chamonix et Genève.

Les terres de la famille Belluard se couvraient d’arbres fruitiers. Les parents de Dominique et Patrick ont exploité leurs vergers jusque dans les années 80. C’est après des études d’œnologie à Beaune que Dominique prend la relève en 1988 et s’occupe de toute la partie production et vinification. Il convertit son vignoble en modes biodynamique en 2001. http://domainebelluard.fr

Ayse

Si l’appellation fait partie des 22 crus savoyards, elle n’en représente que 2%. De plus, ce tout petit terroir n’est pratiquement recouvert que de Gringet, qui se décline en vins effervescents et tranquilles. Ayse occupe 22 ha répartis entre une quinzaine de petits producteurs.

On suppose l’existence d’un vignoble depuis l’époque des Burgondes. Mais les premières traces officielles datent du 13es. Elles ont été trouvées dans des paiements d’octroi dans les franchises de Bonneville en 1279. Le vignoble s’étendait sur 9 communes entre Chatillon et Bonne-sur-Menoge. L’apogée de superficie fut atteinte en 1870 avec 630 ha de vignes. Le déclin de production commence peu après, le phylloxera n’y est pas étranger.

L’AOC Savoie Ayse a été créée en 1973, elle garantit la provenance et les conditions de production du vin blanc tranquille et du vin blanc effervescent.

Le Gringet

 

Cépage endémique de la Savoie, il devait déjà y pousser avant l’occupation romaine. Génétiquement, il ne se rattache à aucune famille et serait donc unique ! Sa grappe est petite et ailée, assez compacte, aux pédoncules longs auxquels s’accrochent les petites baies sphériques à peau jaune doré à maturité.

Son débourrement est tardif et sa maturité arrive en deuxième époque.

Dominique Belluard fait aussi un excellent Gringet effervescent

Ciao

 

Marco

 


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Connaissez-vous le Roter Veltliner ?

Le Roter Veltliner n’a rien de rouge… À voir ses grumes juste un peu rosées sur les côtés, on pourrait croire qu’il est le petit frère basané du Grüner Veltliner. Pas du tout, ils n’appartiennent pas à la même famille, l’ADN le confirme. D’ailleurs, on hésite à parler de ses origines incertaines.

Où le trouve-t-on ?

C’est tout à fait par hasard, lors d’un voyage en Autriche, que je l’ai rencontré. C’était chez Josef Fritz, qui est reconnu comme l’un des meilleurs producteurs de vins issus du cépage. On en trouve presque 260 ha en Autriche, mais essentiellement dans la région de Wagram et dans la partie ouest du Weinviertel. Sa production déclina au milieu de 20es, supplanté par le plus populaire Grüner Veltliner. On en trouve également plus de 300 ha en Slovaquie.

Ses origines

Implanté en Autriche il y a un peu plus de 300 ans, il serait venu des environs du lac de Côme, de la Valtellina ou de la vallée de l’Adda. Il y serait peut-être cultivé depuis l’époque romaine. Mais ce ne sont pas les ‘si’ qui le mettent en bouteille.

Un sacré numéro !

Si on ne connaît pas ses parents, par contre, on a remarqué qu’il se croise volontiers et spontanément avec d’autres cépages. Ainsi avec le Sylvaner, il a enfanté le Frühroter Veltliner et le Neuburger. Avec le Savagnin, il a engendré le Rotgipfler et probablement le Zierfandler. Ce caméléon mute avec autant de spontanéité et devient alors le Brauner Veltliner ou Gelbling, en référence aux baies jaunes qu’il porte, ou bien encore le Weißer Veltliner et le Grober Veltliner. Quelle famille !

La vigne

 

Vigoureux, le Roter Veltliner n’apprécie guère les sols fertiles où il produit beaucoup trop de raisins. Comme il ne craint ni le sec, ni la chaleur, sa préférence va aux endroits bien ensoleillés et bien drainés. Ses sols favoris, les lœss et les graviers calcaires. Il aime prendre son temps et mûrir tard, donnant alors des baies en légère surmaturité, mais à l’acidité surprenante. Il est toutefois sensible à la pourriture qui s’évite par un éclaircissement les années humides. Mais cela comporte un risque, exposées au rayonnement ultraviolet, les grumes peuvent passer du rouge clair au violet.

Sa feuille est large à 5 lobes dentelés et profondément découpés. La grappe conique avec ou sans aile serre ses baies sphériques à la peau épaisse. Cette dernière permet le développement de la pourriture noble.

Le vin

 

Roter Veltliner Steinberg 2016 Wagram Weingut Josef Fritz

La robe jaune pâle se pare de reflets vert émeraude. Le nez offre étrangement des notes méditerranéennes de feuilles de tomate, d’anis et de camomille romaine qui se mélangent aux plus autochtones senteurs de poire, d’acacia et d’herbe coupée. La bouche se rafraîchit de menthe et d’agrumes, puis dévoile son assise minérale dissimulée dans un premier temps par l’onctuosité de la texture. Rondeur qui pourrait faire croire à quelques sucres résiduels, mais le vin est sec à la finale saline.

Les vignes, âgées de 35 ans, poussent dans des lœss sur grès du ried (cru) Steinberg, une parcelle en coteau orientée au sud, « un endroit idéal pour le Roter Veltliner, chaud et sec, nulle part ailleurs le cépage n’acquiert autant de profondeur et de caractère » explique Josef Fritz. La fermentation se fait spontanément et le vin loge en petits foudres pendant 4 mois. Le vignoble est en culture biologique.

Josef Frits

 

Ce domaine familial de 15 ha, situé à Zaußenberg am Wagram (au nord-ouest de Vienne), produit 80% de blanc, dont 30% de Roter Veltliner pour 35% de Grüner Veltliner. Il propose aussi bien des vins des cuvées parcellaires que des vins d’assemblages… et dans l’air du temps, un vin orange, le Gondwana…

Josef Fritz apparaît comme le promoteur du renouveau du Roter Veltliner à Wagram. www.weingut-fritz.at

 

Ciao

 

Marco

 


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The beauty of Sauvignon in Styria (2/2)

This is the second part of an article that started last Monday from the fine Austrian town of Graz (admire the shopfront above in the old town). I should also refer those interested to a series of 3 articles that I wrote (in French) on this same region and its wines from Sauvignon Blanc on this site back in 2015.

First I owe an apology for not checking a fact in my article last Monday. I wrote that Sauvignon Blanc « probably originated in France’s Loire valley and appears to be the result of a spontaneous crossing of Traminer with Chenin Blanc. » This is what the official  documents of  Austrian Wines say, but it is clearly disputed by José Vouillamoz in the admirable collective book Wine Grapes, co-authored by Jancis Robinson and Julia Harding. Vouillamoz is an ampelographer and specialist in DNA analysis, and I would tend to trust his autority on this matter. He says that Traminer is effectively one of the parents of Sauvignon Blanc, but that the other is currently unknown. The relationship between Sauvignon Blanc and Chenin Blanc is that of a sibling, with Traminer being the shared parent.

I think we all can agree that describing a wine by simply naming its variety is just as inadequate as using a region or appellation to provide some form of « identikit » portrait of a wine. Bringing the two together may get us a bit nearer to the truth, although I still shun the term « typicality », which is  one of the three « t » words that I try to avoid whenever possible in connection with wine as their significations are, at best, variable, and, at worst, meaningless (tradition and terroir anyone?)

photo BK Wine

Sauvignon Blanc is a very popular grape variety with consumers in major wine markets, even if it hardly casts a shadow on Chardonnay. Yet it suffers from a somewhat ambiguous reputation with some wine professionals (are you reading this Marco?) who say that they dislike it on the whole. Naturally personal preferences play an essential role in all our esthetic choices, but I do think that one should be careful about making sweeping statements of this kind. I must admit to having fallen into a similar trap on occasion, such as in the case of the variety from Savoie called Jacquère, which I have been known to call « quite un-interesting ». I am sure that there are some good wines of Jacquère and I hope to taste them someday soon! But Sauvignon Blanc is far more widely planted on different sites and in different climates that Jacquère, not to mention the greater number of techniques used in the production of these wines. Hence its diversity is much greater, and saying that one dislikes Sauvignon Blanc is rather like saying that one dislikes the total population of any one country: an unacceptable and simplistic generalization based on limited experience.

Part of the Lackner Tinnacher vineyard near Gamlitz under snow last week

Now, to get back to the particular case of Sauvignon Blanc in Austrian Styria (Steiermark to give it its real name), the style of the good examples of these wines strikes me as being somewhere in between the often highly aromatic one of wines from Marlborough in New Zealand and the very lean and restrained style of the Central Loire wines, of which Sancerre is the best known appellation. Once again, this remark falls fully into the generalization trap, but it is an attempt to provide the reader with some idea as a start and an encouragement to explore these wines. Styrian Sauvignons have plenty of freshness from their altitude-affected cool climate, and yet manage to attain decent to excellent ripeness levels from the combination between good site choice and careful vineyard management. This means that they totally avoid any herbal or grassy character, as much in terms of aromas as textures, and are less severe and sharp in their perceived acidity as many a young Sancerre, as well as being more expressively aromatic. The textural factor is a key element in my personal judgment of a wine and the best Sauvignons from Steiermark excel in this respect since they manage to feel suave without any loss of freshness. Pleasant and stimulating aromas, good mouth-watering freshness and fine, lingering textures are to me three characteristic « signatures » of these wines.

I wrote some comments last week on some of the Styrian Sauvignon Blanc wines that I tasted when I was in Graz and, if you read them, you will see that there were good and less good wines in that set, so I am definitely NOT saying that all Styrian Sauvignon Blancs are good. That would be a form of « fake news ».  In this preceding article, I commented the wines without giving each of them a note as I usually do, and so, following a discussion last week about an article by my colleague Hervé Lalau, I will do so now. To get a fuller picture, you will have to put the two parts together.

Harkamp Sauvignon Blanc extra brut (sparking, méthode traditionnelle): 13,5/20

Maitz, Steirische Klassik Sauvignon Blanc 2017: 15,5/20

Strauss Classic Sauvignon Blanc 2017: 11/20

Riegelnegg Olwitschhof, Sauvignon Blanc Sernauberg Roland 8° 2016: 9/20

Erwin Sabathi Sauvignon Blanc Ried Pössnitzberger Kapelle 2015: 17/20

Gross Sauvignon Blanc Ried Nussberg 2015: the bottle was corked !

Polz, Sauvignon Blanc Therese 2015: 16/20

Frauwaller Sauvignon Blanc Ried Buch 2013: 13/20

Potzinger Sauvignon Blanc Reserve Sulz Joseph 2013: 14,5/20

Muster Sauvignon Blanc Grubthal 2013: 16,5/20

Neumeister, Sauvignon Blanc Stradener Alte Reben 2011: 17/20

Tement, Sauvignon Blanc Zieregg 2011: 15/20

Sattlerhof Sauvignon Blanc Kranachberg Trockenbeerenauslese 2013: 19/20

This last part of this article will concern a single estate that we, as judges at the Concours Mondial de Sauvignon Blanc, were taken to visit. Lackner Tinnacher is a family estate currently managed by Katherina Tinnacher (above) and her father. Situated in hills near the village of Gamlitz, in the Südsteiermark sub-region, its history goes back to 1770 and all the wines produced come from the family-owned vineyards on six different sites. Katherina converted the vineyard to organic farming in 2013. Suavignon Blanc is not the sole variety planted here as Morrillon (Chardonnay) is also important and there are some other varieties.

Just one of the many tasting areas at this beautifully designed and hospitable winery whose wines are as good as the looks

I had visited this estate previously on my last trip to Styria back in 2015, so this was also an opportunity to measure the progress made in many aspects here. And at least one aspect of this progress this was very clear from the outset, with work now finished on the (mainly) internal modernization of the buildings, with the traditional dwelling house now totally and intelligently renovated and dedicated to reception of customers, with ample tasting rooms and a perfect connection to the winery via a cellar to ensure a smooth transition for visitors at any time of the year. Katherina’s sister is an architect and she is responsible for this remarkable work of conversion that shows, as so often in Austria, that all-too-rare combination of respect for traditional architectural forms and materials and successful use of modern design. All of this integrates superbly and the use of wood in furniture and decor, some of which apparently comes from the estate’s own forestry, is particularly remarkable.

My tasting of the Lackner Tinnacher wines (prices given are consumer retail in Austria)

This tasting, that followed a brief visit, was so impeccably organized that I would cite this as an excellent example of how to handle a tasting for a fairly large group (we were around 40 tasters from several countries). Katherina was clear in her discourse, without any undue emphasis but passing the messages about her approach to wine on this estate. We were all seated, the rooms and tables were well appointed and perfectly adapted. The glassware was impeccable and there was a list of the wines printed for every taster with some factual information on each. Plus the wines were served at the right temperature and at the right speed. This combination is sufficiently rare to be underlined.

If you cannot be bothered to read all the tasting notes below, just consider that this producer is highly recommended.

Südsteiermark Sauvignon Blanc 2017 (price around 15 euros)

A blend from younger vines made in stainless steel. Quite firm and fresh. Very good definition with a nice balance between fruit and acidity (15/20).

All the remaining wines, apart from the last one, are from single vineyard plots, which is the approach favoured by Katherina. It is not necessarily the one that I would personally adopt, but it is their wine after all! I did make an improvised blend of two of their 2015 single vineyard wines and found it better than each part. So, it is fashionable to subdivide and speak a lot about « terroir » and « authenticity ». But this does not necessarily make the wines any better.

Ried Steinbach Sauvignon Blanc 2015 (price around 25 euros)

Various soils types and meso-climates cohabit in this vineyard. Intense, almost exotic aromas from this warm vintage. Firmly structured and quite tactile, with excellent balance, it will need a year or two to give its maximum. Very subtle use of oak in the process (16,5/20)

Ried Steinbach Sauvignon Blanc 2001

Interesting to see the ageing capacity of these wines. The nose is rich and tropical in style. Perhaps a bit too much oak, but a good wine with a softer profile than its younger version. Pleasant now and has lasted well but I think that the younger wine will go further (15/20).

Ried Flamberg Sauvignon Blanc 2015 (price around 25 euros)

Limestone soils for this vineyard. This seemed sharper and crisper on the palate that the Steinbach vineyards from the same vintage. Good length and precision. I found that blending the two 2015s in roughly equal proportions was a good compromise and produced a better balance. (16/20 for the original, 17/20 for my blend).

Ried Flamberg Sauvignon Blanc 2014

Apparently a more difficult year on account of rain. Thinner, with edgy acidity and less length. (14,5/20)

Ried Welles Sauvignon Blanc 2015 (price around 40 euros)

Stony subsoil with sand and gravel on top. The highest vineyard of the estate, at 510 meters. Still quite closed on the nose and tight on the palate. It has had 18 months in barrels but will need more time in the bottle. A biggish wine with firm structure. Not sure that it is worth the extra money though (16,5/20)

Ried Welles Sauvignon Blanc 2013

The vintage was also a good one here. Far more expressive and juicy, at least on the nose, thanks to the extra time in the bottle. But on the palate this is still tight and almost tannic. Power wins over finesse here (15/20)

Ried Welles Sauvignon Blanc 2009

Lots of rich tropical fruit aromas here for a wine now fully evolved with lovely satin-like texture and just a hint of bitterness on the finish to give it grip and lift. Lovely wine (17/20)

Ried Welles Sauvignon Blanc 2007

Still very dynamic and has also rounded out with time but it is less expressive and smooth than the 2009

Sabotage (no idea of the price, but the label is the centre one on the photo)

This is a wine made in tiny quantities using skin maceration for 50% of the wine. It is also an association between Katherina and her boyfriend, Christoph Neumeister (another excellent producer from a bit further east), in which each contributes a barrel or so of their wine to produce this cuvée. No sulphur is added. I found the nose rather flat and inexpressive, more vegetal (onions and garlic) than fruity. It has plenty of power and character but I found it rather weird and verging on the unpleasant with a tad too much alcohol as well. Not recommended but there is so little made that you will probabbly not find it anyway.

David Cobbold

 

 


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Que la Corse demeure!

Ce mercredi, notre cher collègue Hervé (toujours à l’affût du scoop, même vieux d’un siècle!) nous rappelait que le vénérable Victor Rendu dressait un portrait assez défavorable de la viticulture pré-phylloxérique sur l’Ile de Beauté. La Corse s’en est-elle… rendu compte? Je le crois.

Aujourd’hui, la viticulture corse s’est prise en main et pourrait, si elle poursuit ses efforts de reconnaissance de tous ses atouts ‘terroirs’, elle pourrait devenir demain, comme le prétendait Rendu, un des plus beaux vignobles de la Méditerranée.

Ce qui argue dans ce sens, c’est notamment l’avancée qualitative de la Côte Orientale, encore il y a peu soumise au dictat de la productivité. Notre dernier voyage sur place nous a bien montré que le temps des piquettes est révolu.

À Vinisud, cette année, les cuvées Prestige du Président concoctées par l’Union des Vignerons de l’Ile de Beauté, que ce soit en blanc, en rouge ou en rosé nous offraient un grand plaisir de dégustation (ma préférence pour le rosé croquant, délicatement fruité, à la texture suave). Ces hauts de gamme de la coopération coûtent entre 7€ et 10€ départ cave. www.uvib.fr

Dans un autre registre, que dire de Christian Estève du Clos Canereccia à Rotani, près d’Aleria, toujours sur la Côte Orientale? J’ai dégusté toute sa gamme à Vinisud. Il maîtrise toute la palette du Vermentinu, du blanc sympa et croquant à celui, plus ambitieux macéré pendant 25 jours en amphore et élevé sur lies en amphores d’élevage durant 5 mois. Un Vermentinu structuré, tout en relief, frais et salin.

Même progression pour ses rouges dans lesquels le Niellucciu partage la bouteille de la cuvée de Pierre avec la Syrah et le Grenache, déjà moins dans la cuvée Clos Canereccia, son milieu de gamme; et se retrouve seul dans la cuvée amphore.

Côté « anciens nouveaux cépages », j’aime beaucoup son Bianco Gentile, bien sec et aromatique, comme son Carcaghjolu Neru en amphore aux tanins serrés, aux fruits noirs concentrés, à l’amertume discrète mais bien perceptible sur la longueur.  www.closcanereccia.com

Partons un peu plus au Sud, dans l’appellation Vin de Corse Porto Vecchio. Troisième personnage important et attachant, Marc Imbert, dont les vins m’interpellent un peu plus à chaque millésime. À chaque fois, il y a quelque chose de plus, un fruité encore mieux dessiné, une trame plus serrée, une élégance plus aérienne… Cette fois, c’est son Oriu blanc qui m’a fasciné. Je le trouve très pur, très droit, mais avec énormément de générosité, de croquant, de suavité, tout en conservant une énorme fraîcheur qui ne doit rien à l’acidité. On dira une tension minérale, n’en déplaise à certains… Un Vermentinu de Porto-Vecchio dans sa plus belle expression.

Les rouges ne sont pas en reste, rouge de plaisir comme le Torraccia, rouge de bonne garde comme l’Oriu rouge qui assemble 80% de Niellucciu et 20% de Sciaccarellu élevé en cuve béton.

www.domaine-de-torraccia.com

Autres exemples? remontons au Nord, avec Thomas Santamaria, un vigneron de Patrimonio découvert à La Levée de la Loire il y a deux semaines. Sa cuvée Tranoï 2013 (entre nous) civilise les tanins du Niellucciu et offre ainsi une élégance très racée à ce cépage emblématique de l’appellation, sauf que Thomas l’a étiqueté en Vin de France, sa parcelle tout au bout d’Oletta est à la limite extérieure de l’appellation.

Bref, le vignoble corse moderne ne manque pas de jolies cuvées! Il y en a pour tous les goûts et aujourd’hui, notre ami Victor n’aurait sans doute pas rendu la même copie aujourd’hui qu’en 1850.

Et pour finir en beauté et gourmandise, quelques tranches de jambon corse de chez Michel Matteucci (dégusté à Vinisud). Un jambon cru qui grâce à son sel maîtrisé (c’est à dire peu salé) offre une subtilité de goûts et de saveurs du style ‘y en a jamais assez’. Avec l’Oriu blanc ou le Canereccia blanc en amphore, c’est top. Je préfère nettement le vin blanc avec la charcuterie, il rafraîchit le palais en décapant le gras et en neutralisant le sel. Et quand il y en a peu, du sel, l’accord est encore plus merveilleux.  michel.matteucci20125@gmail.com

Pace e salute

Marco

 

 


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Introduction aux vins d’Autriche

Ce mercredi, sur ce même site, Hervé partageait avec nous ses coups de cœur lors du Wine Summit 2017. Pour rappel, il s’agit d’un des grands rendez-vous organisés autour des vins d’Autriche et qui a lieu tous les deux ans dans ce pays à l’intention des professionnels du vin.

 Avant de révéler demain les détails d’une importante dégustation qui aura lieu à Paris le 22 janvier et qui permettra aux professionnels de vin en France (et alentour) de faire plus ample connaissance avec les vins de ce pays, je vais vous présenter, d’une manière surtout factuelle et basique, les vins d’Autriche.

L’Autriche produit environ 1% des vins du monde. On est très loin des mastodontes comme la France, L’Italie, ou l’Espagne, mais ces vins méritent amplement notre intérêt, et, selon moi du moins, notre estime. Alors comment se structure la production autrichienne ?

La loi qui gouverne la production de vin en Autriche fait partie intégrale de la structure hiérarchique de la législation européenne sur le vin. Les catégories de vin peuvent relever de la tradition française des AOC (DAC en Autriche) mais aussi de la tradition allemande : Landwein, Qualitätswein, avec ou sans prédicats comme SpätleseAuslese et Eiswein.

Les régions de production en Autriche et leurs tailles

Comme on le voit clairement sur la carte ci-dessus, le vignoble autrichien est concentré dans la partie orientale du pays. Ce vignoble dans son ensemble couvre 46.500 hectares. Les Etats fédéraux de Niederösterreich (28.145 ha), de Burgenland (13.100 ha) et de Steiermark (4.633 ha) ont le statut de régions de vins reconnues, mais il y a aussi 16 autres régions de production, dont Vienne (637 ha), ainsi que Bergland qui contient cinq régions de production de vin : Kärnten, Oberösterreich, Salzburg, Tirol, Vorarlberg.

 

grappe et feuille du cépage grüner veltliner, la vedette autrichienne

Les cépages

36 variétés de vigne sont autorisées pour la production de vins de qualité (Qualitätswein et Landwein) en Autriche : 22 blancs et 14 rouges. La part des vins rouges est en hausse depuis 20 ans et atteint maintenant un tiers du vignoble total.

Parmi ces variétés on trouve des noms connus ailleurs comme RieslingPinot BlancChardonnay, Muskateller, TraminerPinot NoirMerlotCabernet Sauvignon et Syrah, mais des variétés domestiques dominent la production. Parmi elles, de loin la plus importante est le blanc Grüner Veltliner qui compte pour près d’un tiers de la surface total du vignoble du pays. On trouve aussi d’autres variétés blanches comme NeuburgerRotgipflerZierfandler et Roter Veltliner, puis, en rouge, les ZweigeltBlaufränkisch, Sankt Laurent et Blauer Wildbacher.

L’ampélographie et la viticulture ont une longue histoire en Autriche car l’Institut Fédéral de Viticulture à Klosterneuberg, près de Vienne, date de 1860, ce qui en fait la plus ancienne école de viticulture au monde.

Pour de plus amples informations, je ne peux que vous conseiller, surtout si vous lisez l’allemand, l’anglais, le russe ou le mandarin, de visiter l’excellent site de Wines of Austria :http://www.austrianwine.com/

David Cobbold


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Sklava était son nom

En Grèce aussi, on s’efforce de sauvegarder le patrimoine de vieux cépages locaux. Récemment, j’ai dégusté un vin issu d’un de ces plants quasi-disparus, le Sklava.

La clef du mystère

Il s’agit d’un cépage blanc de l’Argolide, au Nord du Péloponnèse; il est connu localement depuis le 12e siècle, sous plusieurs versions (blanc, gris et noir); son nom dériverait soit du mot esclave, soit du mot clef. Il aurait des cousins en Italie – le schiava gentile, et au Tyrol – le vernatsch, ou trollinger (en rouge).
Comme d’habitude, cependant, il ne faut pas prendre ces parentés au pied de la lettre – des ressemblances au plan de la sémantique ou de l’apparence ne sont pas toujours confirmées par la génétique.

Vignes en Argolide

Quoi qu’il en soit des origines du Sklava, dans les années 1980, il n’en restait plus que quelques pieds dans le Péloponnèse; et s’il est parvenu jusqu’à nous, c’est notamment grâce aux efforts d’Elias Zacharias, un agronome grec qui en a replanté un hectare et demi, dont il tire la cuvée… Sklava (pourquoi faire compliqué!).
Depuis 1999, le Sklava fait d’ailleurs partie des cépages recommandés de l’appellation Arkolidos. Mais ce vin-ci est présenté en vin de Grèce.
 

Entre Jacquère… et Riesling

 Ni son histoire (quelque peu nébuleuse), ni sa rareté ne justifieraient un billet. Mais le vin est intéressant. Il ne ressemble à rien d’autre. Ou alors, à beaucoup de choses à la fois. En tout cas, dans ce 2016.
Le nez évoque aussi bien le Viognier que le Riesling (pêche, abricot, citron); en bouche, j’ai pensé plutôt à une Jacquère (j’étais en Savoie il y a quelques semaines) ou à un Tressalier. C’est très sec, mais aromatique; long, ample, mais surtout très vif. On discerne aussi quelques tannins. La finale est agréablement fumée, presque maltée.
Bref, ce cépage a le droit d’exister, comme la mésange à longue queue, le renard polaire ou le journaliste viticole.

Hervé Lalau