Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Vieux cépages d’avenir

Ils ont pour nom Tardif, Dubosc, Pédebernade, Canari, Morenoa ou Manseng Noir. Ce sont de vieux cépages du piémont pyrénéen sauvés de l’oubli – et d’une disparition quasi-certaine – par quelques irréductibles Gascons et Béarnais épris de leur patrimoine local et commun.

« Mais pas question de garder les yeux dans le rétro », comme le souligne le Président des Producteurs Plaimont, Joël Boueilh: « Le but, c’est de se servir de ces cépages pour assurer l’avenir, le développement d’un territoire et de ses habitants ».

Aussi, passé le temps de l’identification, de la sauvegarde, les Mousquetaires du Saint-Mont ont sélectionné les plants les plus prometteurs présents dans leur conservatoire, les ont multipliés, replantés, et en ont fait du vin, en micro-vinifications. Histoire de juger de leur potentiel qualitatif.

img_9972Un des plants anciens de la vigne préphylloxérique de Sarragachies, classée Monument Historique

Il ne faut pas sous-estimer, en effet, leurs avantages possibles dans le contexte du réchauffement climatique (soit qu’il s’agisse de cépages tardifs moins sujets à la chaleur, soit qu’ils soient naturellement plus résistants aux maladies, soit qu’ils soient moins alcoogènes), sans oublier la touche particulière qu’ils peuvent apporter, même en faible proportion, au plan gustatif.

Au Monastère de Saint-Mont, lundi dernier, ce sont ces vins qu’il nous a été donné de déguster, en mono-cépages, à l’occasion des 2èmes Rencontres Ampélographiques de Saint Mont.

img_9976Le Monastère de Saint Mont (Photo (c) H. Lalau 2016

Attention, ces cépages ne vont pas tous arriver demain sur le marché – il est parfois plus difficile d’officialiser que de sauvegarder, en France – et il n’est pas dit qu’ils soient jamais employés autrement qu’en assemblage. Néanmoins, pour moi, l’expérience a été plus que convaincante: je ne sais pas si, comme disait Simone Signoret « la nostalgie n’est plus ce qu’elle était »; ce que je sais, par contre, c’est que certains cépages du passé ont de l’avenir.

Le Tardif 2014

Comme son nom l’indique, ce cépage est de maturation tardive, ce qui devrait le favoriser dans un contexte de réchauffement climatique. Aujourd’hui, il donne un vin au nez assez discret, mais aux épaules larges, avec un côté brut de décoffrage. Ce ne fut pas mon coup de coeur de la dégustation, même si je pense que sa rusticité pourra se fondre avec le temps.

Txakoli Noir 2014

Ce cépage rouge a pour parents le cabernet franc et le gros cabernet ; son nom (qui est celui d’une dénomination basque) évoque des origines basques, mais la similitude s’arrête là, puisque les Txakoli de Getaria ou de Vizcaya sont majoritairement blancs.

A Saint Mont, il donne un vin d’une belle robe grenat, bien épicé, aux notes poivronnées assez prononcées – «typiques», diront les uns, un peu «too much», diront les autres. A noter, cependant, une très belle fraîcheur en finale.

Morenoa  2014

Cet autre cépage aux accents basques a également pour père le cabernet franc (mais on ne connaît pas l’autre parent); quoi qu’il en soit, ses résultats sont impressionnants; dense, au nez comme en bouche, poivré plus que poivronné, une belle structure, il m’a semblé le plus équilibré; une excellente base pour un assemblage.

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OTO Manseng noir 2014

Ce cépage cotoïde, parent du tannat, est certainement un des plus prometteurs de la série présentée; il a aussi l’avantage d’être déjà inscrit au catalogue français des cépages autorisés, ainsi que dans le cahier des charges de l’IGP Côtes de Gascogne.

Dans cette version fièrement présentée par Nadine Raymond, le plus noble des vieux cépages gascons (manse veut dire manoir, en langue locale), nous séduit par son fruité noir et gourmand, mais aussi par ses notes lardées et fumées (thé oolong), ses beaux tannins serrés, son ampleur et sa vivacité en finale (réglisse, cassis).

Lors d’un voyage dans la région, l’an dernier, j’avais déjà pu apprécier ce cépage dans la cuvée Moonseng, où il est minoritaire; à présent que j’ai pu le déguster in purezza, je dirai qu’il présente pas mal des qualités du tannat, notamment en termes de fruité et de structure, mais qu’il est d’un abord plus facile, ses tannins me semblant très juteux, et l’impression générale plus souple.

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… et David fut

Et pour finir, un petit clin d’oeil (de vigne) à l’ami David, qui, lors de ces rencontres, jouait le rôle délicat du modérateur; à lui de présenter chaque orateur et d’introduire les thématiques, à lui de relancer les débats, à lui surveiller la montre. Vu les pointures présentes, on peut dire qu’il a très bien fait ça: même Jean-Michel Boursiquot, légende vivante de l’ampélographie française, n’a quasiment pas  dépassé son temps de parole!

davidLet there be grapes!

Plus sérieusement, ce colloque à la fois didactique et pointu m’a énormément appris. Pas chauvins pour un sou, nos amis Gascons avaient aussi invité des collègues savoyards et charentais à partager leurs expériences, sans oublier des sommités nationales et internationales de l’ampélographie appliquée, et même des responsables de l’INAO, de l’IFV et de l’INRA. De la matière pour quelques articles futurs…

PS. Un très grand merci à nos hôtes pour leur accueil et leur disponibilité (en particulier Noémie Cassou-Lalanne, Olivier Bourdet-Pees, Hélène Menvieille et Nadine Raymond), ainsi qu’à Jean-Michel Boursiquot pour sa grande patience face à mes questions multiples et variées…

Hervé Lalauimg_9969

 


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Le Godello dévoile chaque jour davantage son potentiel !

Le Godello est un des cépages les plus anciens de la péninsule ibérique; il aurait été introduit par les Romains en Galice il y a plus de deux mille ans; puis les moines l’ont conservé; pourtant, il a bien failli disparaître. Mais ces dernières années, plusieurs grands vignerons comme Raul Perez, José luis Mateo, Telmo Rodriguez, Rafael Palacios, pour ne citer que les plus connus, ont cru à son potentiel et on parié sur son avenir. C’est le cépage le plus répandu de l’appellation Valdeorras, sur les bords de la Sil, grâce au climat continental qui y est plus sec que dans le reste de la Galice, mais il est aussi présent dans la province d’Orense et dans le Bierzo. Ses grappes sont petites, serrées et denses, de couleur vert clair. Il est en grande partie responsable du grand saut qualitatif des vins de cette région et de l’engouement qu’elle suscite auprès des professionnels comme du public. Désormais, l’Albariño n’y règne plus seul, il doit partager sa gloire avec le Godello.

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Si je vous parle du Godello aujourd’hui, c’est que mon beau-fils m’en a ramené une bouteille qui m’a séduite et que l’histoire qu’il m’a raconté m’a beaucoup interpellée. Encore un domaine que je ne connaissais pas : DATERRA VITICULTORES.

Le domaine

C’est le projet personnel d’une jeune femme, Laura Lorenzo, qui après avoir passé  huit années dans  le célèbre domaine de Bibei, où elle a d’ailleurs débuté et tout appris, décide en esprit libre de s’émanciper. Elle a voulu mettre en valeur un vignoble cultivé selon des pratiques ancestrales par des hommes et des femmes, d’où le nom du domaine. Elle elle s’est mise alors à la recherche de vignes, et elle en a trouvé à  louer à des personnes âgées qui ne pouvaient plus s’en occuper : 3,5hectares, qu’elle cultive seule, répartis en 24 parcelles sur les pentes de Val do Bibei, dans la Ribeira Sacra. Comme c’est la coutume là-bas, plusieurs cépages sont complantés (Mencía, Mouratón, Alicante Bouschet, Gran Negro, Merenzao, Dona Blanca, Colgadeira, Godello y Palomino). Les vignes sont situées sur des pentes prononcées, les sols sont d’origine granitique . Elles sont très vieilles, quelques unes ont été plantées dans les années 1940, certaines sont pré phylloxériques.

Pour l’élaboration, elle a récupéré une vieille maison de village à Manzaneda, et elle y applique sa philosophie du minimum d’interventionnisme possible selon un discours que nous entendons bien souvent à l’heure actuelle ; elle veut que sa vigne se retrouve dans la bouteille grâce à la viticulture saine qu’elle pratique. Bien évidemment les vendanges sont manuelles et pas de levurage. A l’heure actuelle elle produit 4 vins qu’elle conçoit à la Bourguignonne. Sa première année sur le marché fut 2014, et ce fut pour elle un millésime très compliqué et la production s’est avérée très faible.

Sa volonté : produire des vins sérieux et surtout des vins qui témoignent de leur origine, avec une aptitude au vieillissement.

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Mais parlons de celui qui nous occupe aujourd’hui :

ALTO DE OLAIA 2015

Une nouvelle expérience, de Laura, de l’autre côté du fleuve Bibei, dans la DO Valdeorras, mais comme vous pourrez le voir sur l’étiquette, il s’agit d’un vin sans appellation: c’est un Producto de España. C’est un  100% Godello, élevé 8 mois en barriques de châtaigniers, mis en bouteille sans filtration en juin 2016. Production très limitée:1.530 bouteilles. 13,5º.

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J’ai tout de suite j’ai aimé sa présentation, sa couleur jaune paille, la délicatesse du nez, ses arômes évoquant la pomme reinette, l’anis et le fenouil. L’attaque en bouche est très fraiche, elle semble assez légère mais elle développe un certain gras en fin de bouche. C’est un vin équilibré, savoureux, précis, aux saveurs nettes. Très belle acidité. Bref, ce vin m’a parlé.

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PRIX DE VENTE PUBLIC : 14,25 €

Il est encore un peu trop tôt pour porter un jugement définitif sur ce domaine, alors que je n’ai goûté qu’un seul vin, qui vient d’être mis en bouteille, et dont c’est le premier millésime – mais si j’étais encore en activité, je me précipiterai pour aller rencontrer cette vigneronne et goûter le reste de sa production.

A suivre, donc….

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

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Le Carménère, au revoir Bordeaux, bonjour Chili

Avant-hier soir, ne sachant que boire, j’ai décidé en fouillant ma cave d’ouvrir ce Carménère qui me tendait le goulot. Là, dans le petit porte-bouteille dédié aux vins d’Amérique Latine, il se rappelait à moi. Me remémorant son histoire toute simple –  il est revenu dans mes bagages d’un voyage au Chili.

J’ai hésité, la bouteille lourde, le style Premium, comme on aime à dire là-bas (et ailleurs aussi), en plus élaboré par une grosse boîte, voila bien le genre de vin qu’on garde quand on reçoit quelques potes avertis des excès du Nouveau Monde.

Mais comme il continuait à me faire de l’œil, j’ai fini par le déboucher, malgré tout ce qu’il y avait d’écrit sur l’étiquette. David, qui trouve souvent qu’il y a trop d’éléments imprimés sur les étiquettes françaises, là il aurait eu son compte.

En commençant par le dessus:

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Vineyard Selection Terrunyo unfiltred Carmenere Block 17

Peumo Vineyard – D.O. Peumo – Cachapoal Valley – Chile 2007 Concha y Toro

Je me dis que quand les Chiliens ont envie de nous en mettre plein la vue, ils y mettent le paquet. Mais l’important reste ce qu’il y a dans la bouteille.

Je m’attendais au pire, un truc plein d’alcool, il titre 14,5°, avec un goût de bois coco, et des épices aussi usées que le fruit. Et bien non!

Carménère 2007 Peumo Valle de Cachapoal  Concha y Toro

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Sa robe est d’un grenat violet comme la marmelade de fruit qui saute au nez. Elle mélange les fruits noirs, myrtilles et mûres, fraises et cassis, qu’elle saupoudre de cannelles, de cumin et de cardamome pour la rendre plus attirante encore. Puis, elle frappe à la porte du palais. Ce dernier ouvre grand les lèvres et se laisse bousculer sans contrainte par ce fruité épicé. La langue, qu’il n’a pas dans la poche, se délecte des milles nuances fruitées, se tourne sept fois dans la soie tannique, affole ses papilles de jus frais et gourmands, les baigne dans un véritable plaisir buccal, se donne au chat pour connaître l’origine de ce Carménère.

Tout compte fait, ce vin issu d’une bouteille imposante, issue elle-même d’une maison tout aussi importante, se révèle des plus agréables.

Peut-être est-ce l’âge du vin, après neuf années, il a bien digéré son bois (8 mois en barriques de chêne français). Il avait suffisamment de matière pour le faire.

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L’origine de ce Carménère : le vignoble de Peumo, planté en 1990, se perche à 170 mètres. Ses terrasses courent le long du rio Cachaopal, au creux de la Cordillère Côtière. Le sol se compose d’argiles limoneuses d’origine fluviatile. Le climat y est chaud, très ensoleillé, mais avec un écart de température de 19°C entre jour et nuit, dû à la double influence du fleuve et du lac Rapel, assez proche. La vendange se fait manuellement à partir de fin avril. La fermentation dure une dizaine de jours suivie d’une macération post-fermentaire de 2 semaines, le tout en cuve inox jusqu’à la fermentation malolactique. Le vin est ensuite entonné en barrique pour 8 mois.

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Un joli vin qui s’est bu avec gourmandise et velouté, tout en puissance contenue qui frisait l’élégance, comme quoi les aprioris…

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Concha y Toro montre qu’en dehors de son incontournable Casillero del Diablo, existe une véritable gamme. Et que le Chili a eu raison de choisir le Carménère comme cépage de référence, après avoir trop longtemps erré avec le Merlot-coco-mou-à-l’alcool. (ndlr: le Carménère fait partie de la famille des Carmenets, au même titre que le Merlot, avec lequel il partage un même père, le Cabernet franc; il a fallu les recherches du Professeur Boursiquot, pour que l’on différencie les deux cépages souvent plantés ensemble au Chili, à cause d’une erreur des pépiniéristes).

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Pourquoi donc les Bordelais ne replantent-ils pas ce cépage qui était bien ancré dans leur vignoble jusqu’au phylloxéra?

 

Hasta

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Marco


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Cave de Plaimont 2/2

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Voici la deuxième partie de ma dégustation des vins (une partie seulement) de l’excellente Cave de Plaimont dans le Gers, qui couvre plusieurs appellations de la région (voir carte ci-dessus). Je n’ai pas dégusté les vins doux à cette occasion, ni les Madirans. La semaine dernière, j’ai parlé des vins blancs secs. Je vais passer sur les rosés de ma dégustation, qui sont corrects mais qui ne m’ont pas emballés, pour vous parler cette semaine uniquement des vins rouges. J’ai émis quelques conclusions à la fin de cet article.

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Les vins rouges de Plaimont

Favori de Gascogne 2014

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 3 euros)

Couleur rubis clair. Nez net, avec des notes d’une intensité moyenne de fruits rouges et des touches de sous-bois. Un fruité très plaisant en bouche pour ce joli vin qui est même remarquable à ce prix-là. 

Rive Haute 2014

(Merlot et Tannat / Prix 4 euros)

Robe proche du vin précédent. Les tannins y sont plus présents, donnant une structure un poil plus austère. Plus qu’honnête à ce prix.

Corolle 2015

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 4,70 euros)

Je n’aime pas la forme du flacon qui rappelle certains rosés de Provence. Vin tendu et un peu amer en finale. Le plus faible de la gamme, de loin.

Nature Secrète 2014

(Vin bio : Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 5,20 euros)

Le nez est net, à la différence de la version blanc de ce vin. Un vin pimpant et frais qui possède aussi une petite structure aux tannins fins bien suffisante pour cadrer son joli fruité. Encore un excellent rapport qualité/prix.

Domaine de Bazin 2014

(Merlot et Syrah/ Prix 5,40)

Couleur rubis, de moyenne intensité. Assez aromatique autour de fruits rouges, de prune et une touche d’épices. L’attaque est assez ronde et la texture soyeuse. Un vin plein avec une bonne longueur. Tout à fait remarquable à ce prix et bon en tout cas. 

Béret Noir 2014, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 6 euros)

L’encépagement lui donne une forte coloration sud-ouest. Le Fer Servadou s’appelle Pinenc dans cette région, et Braucol à Gaillac et il fait partie de la famille des carmenets. Vin vif, ayant du relief. Il est même un peu anguleux à ce stade. Un bon gascon à l’accent rocailleux mais qui viellera bien trois à cinq ans.

 

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Moonseng 2015

(Merlot et Manseng Noir / Prix 6,20)

Issu d’une parcelle à côté de Lectoure, voici un vin qui possède une vrai originalité (y compris dans le nom et dans l’habillage qui font probablement allusion à Fleurance, ville voisine de Lectoure qui consacre les astres chaque année) avec l’emploi d’un cépage rare qui a été remis en production par Plaimont : le manseng noir. Le volume reste encore confidentielle en attendant l’arrivée en production de nouvelles plantations mais l’avenir est prometteur car ce vin semble avoir trouvé son marché et est en rupture de stock chaque année. Il fait dire que c’est une vrai réussite : vivacité et caractère sont au rendez-vous, avec des tannins fins et une bonne présence de fruits noirs en bouche. Fin et assez long, c’est un très bon vin qui pourrait même se vendre plus cher. Mais c’est tout à l’honneur de Plaimont de le maintenir à un prix plus que raisonnable. Voici un petit film sur le Manseng Noir.

 

Domaine de Cassaigne 2014

(Merlot et Syrah / Prix 7,20)

Ce vin m’a semble trop marqué par le bois au nez. La matière est belle cependant, mais l’élevage reste bien trop dominant. Je ne suis pas un phobique du bois cependant, mais trop, c’est trop !

Les Hauts de Bergelle 2012, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon/ Prix 6,20 euros)

Robe dense entre le rubis et le grenat. Le nez a des notes de fumé et d’épices au-dessus de sa base de fruits rouges. Dans ce cas l’élevage a bien joué son rôle en arrondissant la matière tannique, qui reste quand même bien présent. Bonne longueur. A conseiller sur des mets salés pour réduire l’impact du tannins et faire ressortir son fruit. 

Château Saint Gô 2011, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 9,20 euros)

Le nez est fondu et le bois bien assimilé. Une belle structure et une superbe qualité dans la matière. Vin harmonieux et complet dans son genre. J’en déguste de ce niveau de qualité qui valent deux fois ce prix !

Monastère de Saint Mont 2010, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 15,30 euros)

Un vin riche et très gourmand qui apparaît encore d’une jeunesse étonnante. La matière est dense, voire un peu épaisse. Je me demande même si l’extraction n’a pas été trop appuyée dans ce cas. Très belle longueur mais à attendre encore de préférence, sauf si on les aime massifs.

 

Aussi dégustés, à une autre occasion dans la même semaine :

Château de Sabazan 2014, AOC Saint Mont

(85% Tannat et le reste en Cabernet Franc / Prix 15 euros environ)

La mise est récente pour ce vin issu de ce qui est considéré comme un grand millésime localement. C’est puissant et l’acidité est bien présente (un des marqueurs du tannat). C’est même un peu mordant car il a pour effet de durcir les tannins. A oublier pendant 4 ou 5 ans à mon avis, et là il devrait se révéler pleinement.

La Madeleine 2015, AOC Saint Mont

(100% Tannat / Prix 35 euros)

Un échantillon pas encore en bouteille. Grand potentiel pour ce vin issus d’un parcelle de très vieilles vignes (plus de 100 ans) proche de la ville de Marciac. Beaucoup de volume au nez dominé par les fruits noirs. Le boisé est encore marqué, ce qui est normal à ce stade. On atteint les sommets dans la gamme de prix des vins de Plaimont mais c’est un vin rare et la qualité est bien au rendez-vous. J’attends de le déguster plus tard pour le cerner réellement.

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Conclusions

A partir de sa base historique à Saint Mont (ci-dessus), Plaimont a su se développer d’une manière cohérente en s’associant avec, ou en englobant, plusieurs autres structures coopératives du Gers et des Pyrénées Atlantiques.

Quant aux vins (le nerf de la guerre, quand-même), il s’agit d’une gamme remarquable dans l’ensemble, avec très peu de faiblesses comme j’ai pu le constater. La modestie des prix de la très grande majorité des ces vins n’est pas leur seule attraction, loin de là. Il s’agit de vins de caractère, qui illustrent bien leur climat océanique, et qui jouent habilement sur la grande variété des cépages de la région, et les combinant différemment selon les cas. Je pense que ce dernier point sera augmenté dans les années à venir, à condition toutefois que les autorités nationaux  daignent prendre en compte tout le potentiel de cette diversité pour laquelle la Cave de Plaimont fait beaucoup pour en conserver ce qui peut encore l’être. Sur le plan commercial et local, leurs boutiques de vente sont claires, modernes et très agréables pour le client de passage. On y voit aussi, à côté des flacons en verre, la poursuite d’une vente en vrac, dont une bonne partie aux coopérateurs eux-mêmes qui viennent y remplir leur bidons en plastique. C’est cela aussi la réalité du vin en France.

 

David Cobbold

 


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Chardonnay Week (5) : Aoste et Jura

Je ne sais plus qui m’a envoyé, donné ou conseillé ce Chardonnay, toujours est-il que je l’ai  retrouvé par hasard dans ma cave, où je m’étais empressé de le reléguer au fond du cellier. Un Chardonnay du Val d’Aoste, est-ce sérieux ? Alors qu’il y a bon nombre de blancs autochtones, dans ce coin particulier coincé entre Suisse, France et Italie.

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Mais voilà qu’en rangeant ma cave, histoire de classer entre autres les vins italiens, je retrouve ce Chardonnay 2005 élevé en fût de chêne, comme le précise la contre-étiquette, et élaboré par l’Institut Agricole Régional. Voila qui tombait à pic pour cette semaine consacrée à cette variété si souvent galvaudée.

Reste à voir ce qu’il vaut. Bref, ouvrons-le!

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Chardonnay 2005 VQPRD Aoste Institut Agricole Régional

Jaune doré aux reflets émeraude, il plaît à l’œil, c’est déjà ça. Cette robe lumineuse lui donne un aspect bien plus jeune qu’attendu, c’est de bon augure.

Le nez évoque les gelées de fruits blancs, la poire en tête parfumée de liqueur d’amande, de nèfle aussi relevé de poivre et d’anis vert. On reste dans les choses fraîches et agréables, va-t-il vraiment étonner ?

En bouche, la suavité le rend tout de go agréable, les papilles auscultent ce confort buccal et remarquent la texture légèrement ligneuse, reliquat de l’élevage en bois, qui apporte un soupçon de relief à la structure. La fraîcheur sapide fait saliver, elle se renforce d’une pincée de sel. Puis, viennent les saveurs de plantes aromatiques comme le génépi, mais aussi la camomille et la mélisse, soulignées du trait léger mais amer de la gentiane. Le tout à la fois dense et bien ramassé, à la fois solaire et frais. La finale florale classe définitivement ce Chardonnay dans la catégorie des vins élégants. Sa complexité particulière dans la catégorie des vins de cépage non identifiable, ce qui me semble être une grande qualité.

Malgré ses 11 années, il garde un air de jeunesse malgré un petit rien d’évolution, un petit poil d’oxydation, rien de plus normal.

Mais l’aurais-je apprécié 10 ans plus tôt ?

Le vignoble

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Il se situe sur l’une des collines entourant la ville d’Aoste dans la localité de Moncenis à une altitude de 720 m. Exposé au sud-est, il offre une pente de 35%. Le sol y est d’origine morainique à dominante sableuse. Les ceps sont conduits en mode Guyot et plantés à 12.000 pieds/ha.

La vendange se fait dans la troisième décade de septembre. Égrappée, elle macère à froid et est pressée à l’abri de l’oxygène. Élevage de quelques mois sur lies fines. Production : 1.500 bouteilles.

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Quant à l’étiquette, elle a bien changé en quelques années…

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Proche et dépaysant: le Jura

J’aurais pu vous parler aussi des Chardonnays du Jura, à la fois proches des Bourguignons dans leur approche ouillée (le Jura ne fait-il pas partie de la Grande Bourgogne, au plan historique?), et bien différents dans leur version oxydative comme on en trouve quelques superbes cuvées à l’Étoile au Domaine de Montbourgeau.

Une anecdote amusante: dans l’entre deux guerres, les instances vinicoles officielles passaient en revue les différents terroirs jurassiens propices à l’élaboration de Vin Jaune; à cette époque, il n’y avait guère de Savagnin à l’Étoile, planté en majorité de Chardonnay – qui prenait le voile comme son lointain cousin. Les inspecteurs, qui ne le savaient pas, n’y ont vu que du feu et trouvèrent ces Jaunes d’excellente facture. Depuis les choses ont changé et les Jaune de l’Étoile se font exclusivement avec du Savagnin.

Une autre particularité jurassienne est la variété autochtone du Chardonnay, appelé Melon à Queue Rouge qui offre des grappes au pédoncule rougissant à maturité, des baies plus petites et par conséquent un rendement plus faible. Il a failli disparaître dans les années 70 au profit des clones agréés de Chardonnay. Il est depuis une bonne dizaine d’années replanté. Ses vins sont d’une grande finesse, ne manquent pas de caractère et vieillissent à la perfection. On le trouve surtout aux alentours de Montigny, entre les Arsures et Pupillin, comme au Domaine de la Pinte, un exemple parmi bien d’autres.

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Voilà, notre Chardonnay week se clôt sur cette jurassique envolée et montre que ce cépage plus divers qui n’y paraît est aussi une bonne éponge à terroir, quand il n’est pas vinifié à la sauce internationale.

Ciao

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Marco

 

 


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Chardonnay week (4): les Chardonnays d’Espagne

Dans les années 80 et 90, l’Espagne ne s’est pas singularisée par rapport à la tendance mondiale, elle a introduit de manière significative le chardonnay et le cabernet sauvignon dans ses vignobles. Cette invasion s’est d’ailleurs faite bien souvent au détriment de cépages autochtones, qui ont été arrachés, et a beaucoup favorisé une certaine uniformité du vin. La Catalogne (Costers del Segre, Conca de Barbera, mais surtout Penedès), a été pionnière, dans cette implantation, à tel point que le chardonnay est maintenant considéré comme autochtone dans cette zone; la Navarre et le Somontano ont suivi. Ce furent les régions qui en plantèrent le plus, pensant que cela favoriserait une meilleure commercialisation internationale. Je pense que certains doivent le regretter à ce jour.  Mais on retrouve aussi le chardonnay en Castille, notamment dans la Mancha avec des rapports qualité/prix incroyables, à partir de 3€ la bouteille. Il n’en reste pas moins que la liste des DO espagnoles qui autorisent le chardonnay est énorme. En 2009, il y avait 6.542ha de Chardonnay en Espagne (contre 649 en 1990), 48% se trouvant en Catalogne, 21% en Castille la Mancha, et 13% en Aragon.

Tout comme dans le Nouveau Monde, les idées reçues sur les chardonnays espagnols sont tenaces chez la plupart des amateurs qui les considèrent comme des vins sans beaucoup de personnalité, ou excessivement riches et boisés. A vrai dire, bien souvent, ils n’ont pas tort.

Mais ici aussi, les choses ont évolué :

  • du coté du grand public d’abord, qui après avoir encensé ces vins, les rejette maintenant au profit de cépages autochtones comme le verdejo, l’albariño ou le godello.
  • du coté des domaines qui ont allégé leurs vins et maîtrisent beaucoup mieux le boisé.

Je vous parlerai des chardonnays qui ont le plus de succès auprès du public.

-Enate Chardonnay Fermentado en Barrica 2014 Somontano

Domaine créé en 1991, Enate (500ha) fait figure de référence pour l’appellation Somontano . Ses étiquettes reproduisent des œuvres de grands maitres de la peinture, comme celles de jeunes artistes.

Ce vin a été élevé 6 mois en barriques de chêne français, puis 6 mois en bouteille. Un grand classique, un vin très apprécié et recherché, le style est celui de la plupart des chardonnays espagnols dans cette gamme de prix. Un nez très exubérant de fruits tropicaux comme l’ananas, le pamplemousse, associé à des notes toastées, fumées apportées par l’élevage. La bouche est dense, grasse et crémeuse, avec une acidité finale bien présente et toujours la touche de boisée. Le vin est équilibré malgré sa finale doucereuse.

Vol.: 14,5º

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Un vin technologique bien fait, le cépage disparait derrière les notes boisées, c’est certain, mais la tendance à confondre la typicité du chardonnay avec cette expression donnée par la barrique est très répandue. C’est un vin qui plaît à un large public, il est donc respectable.

PVP 15,50€

-Chivite Colección 125 Blanco 2012 Navarre

Si la fondation de la Maison Chivite remonte à 1647, la gamme Colección 125 a été commercialisée en 1985 en commémoration des 125 ans de la première exportation, en 1860. Ce sont des vins dont la production est limitée, issus des meilleurs vignobles. Le Chivite Colección 125 Blanc est considéré comme un  des meilleurs vins blancs d’Espagne. Je me rappelle encore de ma surprise, quand je suis arrivée à Barcelone, devant le succès de ce vin. C’était en 2001; le vin, sous allocation, était très attendu par les clients qui ne pouvaient disposer que de quelques bouteilles. Les choses ont bien changé aujourd’hui; s’il fait toujours partie des meilleurs blancs espagnols, il n’est plus aussi recherché. Beaucoup de concurrents sont arrivés sur le marché !

Elevé 10 mois sur lies en barriques de chêne français, il offre lui aussi le style très classique des chardonnays espagnols, mais avec plus d’intensité et de profondeur.

Le nez est très expressif et assez complexe, il développe un mélange de notes florales, de plantes comme l’acacia, la verveine, de notes citriques, de fruits tropicaux subtils, comme la mangue, et de fruits secs, noisettes, associées aux inévitables notes boisées, mais cette fois-ci bien intégrées. La bouche est riche, savoureuse et persistante, la finale est fraiche.

Vol.: 13,5º.

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Un vin élégant, harmonieux, vibrant, qui peut satisfaire bien des palais.

PVP : 49,90€

-Jean Leon Vinya Gigi 2014 Penedès

Domaine créé en 1964, Jean Léon,  appartient aujourd’hui à la Maison Torres qui respecte l’esprit et la philosophie de son créateur Jean Léon, un personnage très “glamour” rattaché au monde d’Hollywood des années 50 et 60. Au moment de sa création, le domaine était planté de cépages locaux qui furent remplacés par des variétés internationales, Jean Léon a été pionnier dans l’implantation de Cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot et chardonnay dans le Penedes.

Les pieds de chardonnay de Vinya Gigi, ainsi appelée en l’honneur de sa fille, sont originaires de Corton Charlemagne, et ils donnent naissance à un des vins les plus fameux de la bodega.

Vinya Gigi est décrit comme: « un blanc d’élaboration classique, c’est à dire de style bourguignon, mais avec un accent méditerranéen ». Pour une fois, je suis assez d’accord avec cette définition.

80% du vin fermente et vieillit en barriques de chêne français, 20% est élevé dans des œufs de béton, pendant 6 mois et toujours sur lies. Le vin reste ensuite 6 mois en bouteilles avant d’être commercialisé.

Vol : 13,5º

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Le résultat est abouti. L’intensité du nez est nez est attractive : belle présence de fruits jaunes comme la pêche, l’ananas, l’abricot, plus des touches florales, l’acacia, qui s’harmonisent bien avec un fond boisé bien dominé ; la bouche est puissante mais fraiche et savoureuse.

J’aime son équilibre, j’apprécie son acidité présente  du début à la fin, et enfin, qu’il soit sec.

Un vin « tendance », élégant.

PVP: 19,80 

MIGUEL TORRES SA – Milmanda 2014 Barrica  Conca de Barberà

Milmanda est le vin icone des Bodegas Torres, le 2012 a gagné la médaille d’Or au Concours des Chardonnay du Monde, il est issu des vignes que la famille Torres possède dans la DO Conca de Barberà, au pied du château du même nom. Milmanda est apparu pour la première fois sur le marché avec le millésime 1985, la Famille Torres le considère comme le petit bijou blanc de la Conca de Barbera.

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31 ans plus tard, il continue de figurer parmi les meilleurs chardonnays du monde, c’est dans tous les cas, l’emblème du chardonnay en Espagne et la grande référence, même s’il est vrai qu’il souffre lui aussi de la concurrence des blancs de Rueda et de Galice. Il est élevé 12 mois en barriques neuves de chêne français, dans le style des grands vins bourguignons.

Sa couleur or est profonde et brillante. Le nez est complexe, intense et harmonieux : arômes de fruits blancs et jaunes, notes de noisettes, élégante touches vanillées. La bouche grasse, ample, dégage une sensation de fraicheur accompagnée de saveurs fruitées qui rappellent celles du nez. La finale est marquée par des épices douces et développe une bonne longueur.

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Un vin complexe et élégant, d’une grande franchise, qui évoluera très bien en bouteille. A mon sens une belle réussite et un bel exemple de  l’adaptabilité du chardonnay en Catalogne.

.PVP: 49€

– Castell de Raimat Chardonnay 2015 Costers del Segre

L’histoire de la création Raimat remonte à 1914, la bodega appartient au Groupe Codorníu. Raimat est aujourd’hui le plus grand vignoble d’Europe, propriété d’une même famille, les 2.245 hectares sont divisés en parcelles individuelles ayant chacune un traitement adapté. Le domaine a été pionnier dans l’introduction des cépages internationaux comme le chardonnay, le merlot et le cabernet sauvignon.

Pour ce vin, les raisins sont récoltés la nuit en trois phases : la première on cherche un alcool potentiel de 12%, pour obtenir les saveurs citriques, la deuxième on grimpe de 1º, pour arriver à un 13% ce qui apportera les notes tropicales, et enfin, la troisième on atteindra un alcool potentiel de 14% pour des saveurs de fruits jaunes mûrs.

Le vin est conservé en cuves inox jusqu’à la mise en bouteille protégé de toute oxydation. Pas d’élevage barriques.

Le nez est très expressif, dominé par une palette variée de notes fruitées : fruits blancs, jaunes, mais surtout tropicaux avec les litchis. La bouche est ronde, franche, directe marquées par les mêmes notes fruitées tropicales et très citriques. Le tout est équilibré, gourmand et frais.

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Chardonnay es-tu-là ? C’est un autre style, une autre  expression, un vin sans beaucoup, même pas de personnalité du tout, mais facile à comprendre pour des palais débutants, en tout cas on ne lui enlever un bon rapport qualité/prix.

13º

PVP: 6,50€

-MARTÚE CHARDONNAY 2014 CAMPO DE LA GUARDIA

Ce Martue est un vin blanc élaboré sous l’appellation Pago Campo de la Guardia (Castilla La mancha). 79% du vin a fermenté dans des cuves d’acier inoxydable, le reste 21% a fermenté et a été élevé pendant 2 mois et demi dans des barriques neuves de chêne français, avec un batonnage quotidien. Les deux vins sont ensuite assemblés.

Il offre une bonne intensité aromatique dominée par les notes de fruits exotiques, surtout d’ananas, des notes de carmel et de pâtisserie, la bouche est crémeuse, fruitée et fraiche.

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Un vin bien élaboré, facile à boire, sans beaucoup de personnalité ; la même question se pose comme pour le précédent : Chardonnay es-tu là ?

Saluons le bon rapport qualité/prix

Vol : 14º

PVP: 9,90 €

-Clot de les Soleres Chardonnay 2013, Penedes

Et pour terminer, un vin naturel, qui mieux que lui pourrait exprimer le cépage ? un terroir qui semble adapté, pas de levures, pas d’enzymes artificiels, aucune substance qui puisse modifier les propriétés organoleptiques de ce vin ne sont ajoutées ; ni filtré ni clarifié, non boisé. Pourtant, je retrouve au nez les arômes, de fruits exotiques murs, de litchis et de miel.

La bouche rappelle le nez, elle est riche, savoureuse et persistante. La finale est à la fois citrique et doucereuse.

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J’ai pourtant été séduite par ce vin, je dirai même que je l’ai aimé. Quelle mauvaise foi, allez-vous penser, rassurez-vous, à la question Chardonnay es-tu là, je crois que je répondrai non.

PVP: 10,40€

En guise de conclusion

Il existe bien deux styles de chardonnay sur le marché espagnol:

 

  • Des blancs jeunes à boire rapidement, mais qui peuvent se garder très bien jusqu’à 3 ans, des vins technologiques, ceci dit sans mépris, c’est juste que la notion de terroir est absente, et qu’il faut considérer dans ces cas là, la technologie comme un gage de qualité, même si des levures sont peut-être présentes pour donner certains arômes (pamplemousse, ananas, litchis, melon…). Ces vins qui sont fruités et séducteurs, présentent une relative complexité par rapport à leur prix,  plaisent aux jeunes consommateurs et s’adaptent bien à la consommation alimentaire quotidienne (poulet, pizzas…). Ils se voient cependant détrônés par les Rueda, et son cépage le Verdejo, devenu incontournable. A mon sens, pour la majorité, ils sont surtout technologiques, mais leurs prix de vente sont très compétitifs et convaincants. A la question « chardonnay est-tu là? », que posait David, pour ces vins là, je répondrai non, ce sont des vins de cépage, certes, mais dépourvus de personnalité et bien souvent, du caractère du chardonnay tel que nous l’entendons.
  • Des blancs de garde, dans un style plus bourguignon, la Catalogne en est un bon exemple, le chardonnay y révèle un excellent potentiel. Le bois est bien mieux dominé, les vins ont acquis de la finesse et de l’élégance, mais là aussi, ils sont maintenant boudés par les consommateurs qui leur préfèrent des blancs de Galice, les rares Verdejo qualitatifs qui existent sur le marché comme Belondrade ou Ossian, Barco del Corneta… ou encore les Priorat blancs ou les Rioja blancs qui deviennent très recherchés après avoir été ignorés. Dommage que les consommateurs se détournent des chardonnays, car maintenant quelques uns méritent le détour. Enfin, à la question Chardonnay es-tu là?, dans bien des cas, pour ce style de vins là, je n’hésiterai pas à répondre oui.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


4 Commentaires

Chardonnay week (1): Chardonnay, es-tu là ?

Le Chardonnay est sans doute le plus planté des cépages blancs à destination de vins fins dans le monde.

Partie intégrante de la grande famille des Pinots, il est peut-être originaire de la Bourgogne. En tout cas, il a été rendu célèbre par la qualité des grands blancs de cette région, et ses implantations successives dans la plupart des pays viticoles en sont la conséquence. Pour l’aider dans sa conquête du monde, il a pour lui une assez grande plasticité. Cela le rend apte à produire du grand, du bon ou de l’acceptable dans une gamme de climats relativement large. La tendance des producteurs à le planter un peu partout a aussi provoqué quelques réactions contre cette ubiquité. Le mouvement ABC (Anything but Chardonnay), en Californie, en est l’exemple. Mais personne ne contestera qu’il compte parmi les plus beaux cépages du monde quand il est au meilleur de sa forme.

Et comme les 5 du Vin ont l’esprit curieux, nous avons décidé cette semaine de nous intéresser à lui, un peu partout dans le monde… sauf en Bourgogne. Cette semaine, c’est donc un peu « Anything but Burgundy » – non pas parce qu’on n’aime pas le Chardonnay bourguignon, mais pour voir s’il est aussi bon hors de son berceau. Parce qu’on apprend toujours à regarder au delà du dernier rang de sa vigne, de son pré carré, de l’horizon de ses habitudes… 

Aujourd’hui, c’est David qui commence avec l’Australie… 

chardonnay Wine grapes in vineyard raw ready for harvest in Mediterranean

Ah, les belles grappes de Chardonnay! Bourguignon? Australien? Moldave? Espagnol. Chilien? Faites vos jeux!

Chardonnay, Australie et idées reçues

 Comment trop souvent dans le vin, les idées reçues ont la vie dure et se répandent par le biais de plumes ou de bouches qui ont soit des intérêts en jeu, ou sont simplement ignorants (ou aveugles) et préfèrent le rester. Parmi celles-ci, je propose d’en démonter une, des plus courantes, hélas, et qui consiste à dire que les Chardonnays d’Australie (ou de tout autre pays du dit « Nouveau Monde ») sont nécessairement lourds et boisés, et généralement indigestes.

Soit dit en passant, le chardonnay le plus boisé que j’ai dégusté récemment (la semaine dernière, au verre et dans un resto parisien) portait l’appellation Pernand-Vergelesses!

Maintenant attaquons-nous à ce mythe, qui repose, comme la plupart du temps, sur une bonne couche de vérité historique. Mais la roue tourne, même si on ne s’en aperçoit parfois que tardivement. Car c’est en Australie, en non pas en France, qu’on voit émerger depuis pas mal d’années et assez souvent la mention « unoaked » sur de nombreuses bouteilles de Chardonnay. Du reste, même si cette mention n’est présente que sur une partie de la production, l’usage de bois dans la vinification et l’élevage des vins de ce cépage s’est beaucoup affinée depuis longtemps dans tous les pays, y compris aux Antipodes.

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Prenons les choses à la base, c’est à dire vu sous les aspects climatiques du vignoble (le « terroir », si vous insistez). L’Australie est un pays-continent, plus grand que l’Europe avec quelque 8 millions de kilomètres carrés pour une population de seulement 23 millions d’habitants. Avec une surface aussi vaste et entourée d’océans, comment voulez-vous que le climat y soit uniforme? Pour ne parler que des seules zones viticoles, le climat de la Tasmanie, par exemple, est radicalement différent de celui de la Hunter Valley, de la Yarra Valley, des Adelaide Hills ou de la Margaret River, pour prendre quelques exemples de régions reconnues pour des vins de Chardonnay. Regardez une carte un peu détaillée et vous allez vite comprendre.

Australie viticole

Penfolds Yattarna 2012

Il y a peu de temps, j’ai eu la chance de déguster un des Chardonnays australiens les plus chers: celui produit par Penfolds et qui s’appelle Yattarna. Il s’agissait du millésime 2012, dont une bouteille vaut dans les 150 euros en France, ce qui est exactement le prix d’une bouteille de Puligny Montrachet Les Pucelles du Domaine Leflaive, par exemple. La philosophie générale de Penfolds repose sur l’assemblage de raisins ou de vins de divers vignobles et zones. Ainsi, une part très importante de ce Yattarna provient de la Tasmanie, au climat très frais, mais il ne s’agit pas d’un vin d’un seul cru. Voici mes notes de dégustation au moment de la dégustation :

Nez intense, vif et fin, boisé perceptible mais très bien intégré. Le style est frais et presque austère. Le palais est intense et vibrant et la finale longue avec beaucoup de finesse. Un grand vin blanc, aussi raffiné qu’ambitieux.

Ce niveau de prix est au-dessus de mes moyens mais j’ai dégusté là un grand vin qui n’a rien de lourd, ni d’excessif, ni de quoi que ce soit qui pourrait déplaire aux ayatollahs actuels du bon goût. Pour vérifier mon impression sur la modification du style de ce vin et de bien d’autres chardonnays d’Australie, j’aurais dû commander et déguster à côté une bouteille d’un vin de Bourgogne au prix équivalant, juste pour comparer, mais le prix et les circonstances m’en ont empêché.

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Vasse Felix, Margaret River, Western Australia

Plus récemment encore, j’ai dégusté la gamme de trois Chardonnays d’un producteur de Western Australia, de la région de Margaret River. Le domaine, qui fut à la fin des années 1960 le pionnier de la viticulture de cette belle région côtière, à 250 kilomètres au sud de Perth, s’appelle Vasse Felix. On ne le sait que peu mais cette zone fut cartographiée pour la première fois par une expédition française, au tout début du 19ème siècle. Il en résulte une série de noms francophones pour désigner des points de cette côte (Cape Naturaliste, Cape Géographe, Cape Mentelle), souvent spectaculaire et qui héberge parmi les plus grosses vagues de surf au monde. Le nom du Domaine Vasse Felix s’inscrit pleinement dans cette histoire, car, pendant l’expédition, un malheureux marin nommé Vasse fut emporté par les vagues et a disparu. Une légende locale dit qu’il aurait survécu à terre, mais ceci ne peut être affirmé. Le fondateur du domaine, Le Docteur Tom Cullity, a décidé de prolonger l’histoire en imaginant une fin heureuse pour cet homme: d’où Vasse Felix.

Le Dr. Cullity, après de longues prospections, à établi ses premières plantations en 1967, initialement avec les cépages cabernet sauvignon, shiraz, malbec et riesling. Ses successeurs, la famille Holmes, ont poursuivi son travail depuis 1987 en étendant progressivement le vignoble qui couvre maintenant 133 hectares, dont une part non négligeable de chardonnay. Tous les vins de sa production proviennent de ses propres vignobles.

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Le domaine et le style

Margaret River subit deux influences climatiques : méditerranéenne et océanique. La région occupe une péninsule entourée par l’océan. Le vignoble de Vasse Felix est implanté dans plusieurs secteurs de cette zone à des distances variables de l’océan afin d’obtenir une bonne diversité de méso-climats et d’expositions. Son cœur historique et ses plus vieilles vignes se trouvent à Wilyabrup, autour des premières plantations du fondateur, et les parcelles les plus importantes se trouvent au nord de la région, à Carbunup, puis au sud, à Karridale. Cette diversité permet une bonne adaptation de chaque cépage aux sols et aux méso-climats. Les sélections sont parcellaires et la vinification respecte, autant que possible, ce que peut fournir une viticulture soigneuse. Le Winemaker de Vasse Felix, Virginia Willcox, qui vinifie à Margaret River depuis plus de 20 ans, fut élu « Australian Winemaker of the Year » en 2012.

Les Chardonnays de Vasse Felix

Filius Chardonnay

Le «fils du» Chardonnay présente un style aromatique et raffiné, aux notes de noisette. En bouche, c’est une sensation de fraîcheur venant du fruit qui domine, et une légère fermeté lui assure une bonne longueur.

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« Chardonnay »

Le Chardonnay de référence du domaine, issu des meilleures parcelles et sites. Nez intense et harmonieux, saveurs de fruits blancs et une colonne vertébrale ferme. Sa structure lui confère une excellente longueur et donne un bon équilibre entre puissance et élégance.

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Heytesbury Chardonnay

Provenant des meilleures parcelles et d’une sélection de barriques, ce vin bénéficie d’un soin extrême à tous les stades. La fermentation utilise exclusivement des levures indigènes. Arômes de vanille et d’épices douces précèdent une bouche d’une grande précision Un grand chardonnay de garde.

Et « aussie »

Un autre Chardonnay australien qui m’a très favorablement impressionné cette année a pour nom Giant Steps et vient de la Yarra Valley, dans l’Etat de Victoria. Cette région au nord de Melbourne produit des vins réputés depuis longtemps. Son climat tempéré et ses expositions variables le dispose particulièrement, mais pas exclusivement, à la plantation des deux variétés bourguignonnes.

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En  guide de conclusion 

On le voit, il est urgent de jeter par dessus bord toute idée du genre «oh, les chardonnays australiens sont des gros machins bodybuildés et surboisés». Il en existe, peut-être, comme en France d’ailleurs, mais ils sont de plus en plus minoritaires. Et, à côté, il y a dans ce pays énorme une multiplicité de styles qui doivent autant à la diversité des producteurs qu’à celles des méso-climats. On note par ailleurs que les producteurs travaillent de plus en plus la finesse de leurs vins que la puissance pure.

David Cobbold