Les 5 du Vin

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Cave de Plaimont 2/2

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Voici la deuxième partie de ma dégustation des vins (une partie seulement) de l’excellente Cave de Plaimont dans le Gers, qui couvre plusieurs appellations de la région (voir carte ci-dessus). Je n’ai pas dégusté les vins doux à cette occasion, ni les Madirans. La semaine dernière, j’ai parlé des vins blancs secs. Je vais passer sur les rosés de ma dégustation, qui sont corrects mais qui ne m’ont pas emballés, pour vous parler cette semaine uniquement des vins rouges. J’ai émis quelques conclusions à la fin de cet article.

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Les vins rouges de Plaimont

Favori de Gascogne 2014

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 3 euros)

Couleur rubis clair. Nez net, avec des notes d’une intensité moyenne de fruits rouges et des touches de sous-bois. Un fruité très plaisant en bouche pour ce joli vin qui est même remarquable à ce prix-là. 

Rive Haute 2014

(Merlot et Tannat / Prix 4 euros)

Robe proche du vin précédent. Les tannins y sont plus présents, donnant une structure un poil plus austère. Plus qu’honnête à ce prix.

Corolle 2015

(Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 4,70 euros)

Je n’aime pas la forme du flacon qui rappelle certains rosés de Provence. Vin tendu et un peu amer en finale. Le plus faible de la gamme, de loin.

Nature Secrète 2014

(Vin bio : Merlot et Cabernet Sauvignon / Prix 5,20 euros)

Le nez est net, à la différence de la version blanc de ce vin. Un vin pimpant et frais qui possède aussi une petite structure aux tannins fins bien suffisante pour cadrer son joli fruité. Encore un excellent rapport qualité/prix.

Domaine de Bazin 2014

(Merlot et Syrah/ Prix 5,40)

Couleur rubis, de moyenne intensité. Assez aromatique autour de fruits rouges, de prune et une touche d’épices. L’attaque est assez ronde et la texture soyeuse. Un vin plein avec une bonne longueur. Tout à fait remarquable à ce prix et bon en tout cas. 

Béret Noir 2014, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 6 euros)

L’encépagement lui donne une forte coloration sud-ouest. Le Fer Servadou s’appelle Pinenc dans cette région, et Braucol à Gaillac et il fait partie de la famille des carmenets. Vin vif, ayant du relief. Il est même un peu anguleux à ce stade. Un bon gascon à l’accent rocailleux mais qui viellera bien trois à cinq ans.

 

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Moonseng 2015

(Merlot et Manseng Noir / Prix 6,20)

Issu d’une parcelle à côté de Lectoure, voici un vin qui possède une vrai originalité (y compris dans le nom et dans l’habillage qui font probablement allusion à Fleurance, ville voisine de Lectoure qui consacre les astres chaque année) avec l’emploi d’un cépage rare qui a été remis en production par Plaimont : le manseng noir. Le volume reste encore confidentielle en attendant l’arrivée en production de nouvelles plantations mais l’avenir est prometteur car ce vin semble avoir trouvé son marché et est en rupture de stock chaque année. Il fait dire que c’est une vrai réussite : vivacité et caractère sont au rendez-vous, avec des tannins fins et une bonne présence de fruits noirs en bouche. Fin et assez long, c’est un très bon vin qui pourrait même se vendre plus cher. Mais c’est tout à l’honneur de Plaimont de le maintenir à un prix plus que raisonnable. Voici un petit film sur le Manseng Noir.

 

Domaine de Cassaigne 2014

(Merlot et Syrah / Prix 7,20)

Ce vin m’a semble trop marqué par le bois au nez. La matière est belle cependant, mais l’élevage reste bien trop dominant. Je ne suis pas un phobique du bois cependant, mais trop, c’est trop !

Les Hauts de Bergelle 2012, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon/ Prix 6,20 euros)

Robe dense entre le rubis et le grenat. Le nez a des notes de fumé et d’épices au-dessus de sa base de fruits rouges. Dans ce cas l’élevage a bien joué son rôle en arrondissant la matière tannique, qui reste quand même bien présent. Bonne longueur. A conseiller sur des mets salés pour réduire l’impact du tannins et faire ressortir son fruit. 

Château Saint Gô 2011, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 9,20 euros)

Le nez est fondu et le bois bien assimilé. Une belle structure et une superbe qualité dans la matière. Vin harmonieux et complet dans son genre. J’en déguste de ce niveau de qualité qui valent deux fois ce prix !

Monastère de Saint Mont 2010, AOC Saint Mont

(Tannat, Fer Servadou et Cabernet Sauvignon / Prix 15,30 euros)

Un vin riche et très gourmand qui apparaît encore d’une jeunesse étonnante. La matière est dense, voire un peu épaisse. Je me demande même si l’extraction n’a pas été trop appuyée dans ce cas. Très belle longueur mais à attendre encore de préférence, sauf si on les aime massifs.

 

Aussi dégustés, à une autre occasion dans la même semaine :

Château de Sabazan 2014, AOC Saint Mont

(85% Tannat et le reste en Cabernet Franc / Prix 15 euros environ)

La mise est récente pour ce vin issu de ce qui est considéré comme un grand millésime localement. C’est puissant et l’acidité est bien présente (un des marqueurs du tannat). C’est même un peu mordant car il a pour effet de durcir les tannins. A oublier pendant 4 ou 5 ans à mon avis, et là il devrait se révéler pleinement.

La Madeleine 2015, AOC Saint Mont

(100% Tannat / Prix 35 euros)

Un échantillon pas encore en bouteille. Grand potentiel pour ce vin issus d’un parcelle de très vieilles vignes (plus de 100 ans) proche de la ville de Marciac. Beaucoup de volume au nez dominé par les fruits noirs. Le boisé est encore marqué, ce qui est normal à ce stade. On atteint les sommets dans la gamme de prix des vins de Plaimont mais c’est un vin rare et la qualité est bien au rendez-vous. J’attends de le déguster plus tard pour le cerner réellement.

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Conclusions

A partir de sa base historique à Saint Mont (ci-dessus), Plaimont a su se développer d’une manière cohérente en s’associant avec, ou en englobant, plusieurs autres structures coopératives du Gers et des Pyrénées Atlantiques.

Quant aux vins (le nerf de la guerre, quand-même), il s’agit d’une gamme remarquable dans l’ensemble, avec très peu de faiblesses comme j’ai pu le constater. La modestie des prix de la très grande majorité des ces vins n’est pas leur seule attraction, loin de là. Il s’agit de vins de caractère, qui illustrent bien leur climat océanique, et qui jouent habilement sur la grande variété des cépages de la région, et les combinant différemment selon les cas. Je pense que ce dernier point sera augmenté dans les années à venir, à condition toutefois que les autorités nationaux  daignent prendre en compte tout le potentiel de cette diversité pour laquelle la Cave de Plaimont fait beaucoup pour en conserver ce qui peut encore l’être. Sur le plan commercial et local, leurs boutiques de vente sont claires, modernes et très agréables pour le client de passage. On y voit aussi, à côté des flacons en verre, la poursuite d’une vente en vrac, dont une bonne partie aux coopérateurs eux-mêmes qui viennent y remplir leur bidons en plastique. C’est cela aussi la réalité du vin en France.

 

David Cobbold

 


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Chardonnay Week (5) : Aoste et Jura

Je ne sais plus qui m’a envoyé, donné ou conseillé ce Chardonnay, toujours est-il que je l’ai  retrouvé par hasard dans ma cave, où je m’étais empressé de le reléguer au fond du cellier. Un Chardonnay du Val d’Aoste, est-ce sérieux ? Alors qu’il y a bon nombre de blancs autochtones, dans ce coin particulier coincé entre Suisse, France et Italie.

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Mais voilà qu’en rangeant ma cave, histoire de classer entre autres les vins italiens, je retrouve ce Chardonnay 2005 élevé en fût de chêne, comme le précise la contre-étiquette, et élaboré par l’Institut Agricole Régional. Voila qui tombait à pic pour cette semaine consacrée à cette variété si souvent galvaudée.

Reste à voir ce qu’il vaut. Bref, ouvrons-le!

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Chardonnay 2005 VQPRD Aoste Institut Agricole Régional

Jaune doré aux reflets émeraude, il plaît à l’œil, c’est déjà ça. Cette robe lumineuse lui donne un aspect bien plus jeune qu’attendu, c’est de bon augure.

Le nez évoque les gelées de fruits blancs, la poire en tête parfumée de liqueur d’amande, de nèfle aussi relevé de poivre et d’anis vert. On reste dans les choses fraîches et agréables, va-t-il vraiment étonner ?

En bouche, la suavité le rend tout de go agréable, les papilles auscultent ce confort buccal et remarquent la texture légèrement ligneuse, reliquat de l’élevage en bois, qui apporte un soupçon de relief à la structure. La fraîcheur sapide fait saliver, elle se renforce d’une pincée de sel. Puis, viennent les saveurs de plantes aromatiques comme le génépi, mais aussi la camomille et la mélisse, soulignées du trait léger mais amer de la gentiane. Le tout à la fois dense et bien ramassé, à la fois solaire et frais. La finale florale classe définitivement ce Chardonnay dans la catégorie des vins élégants. Sa complexité particulière dans la catégorie des vins de cépage non identifiable, ce qui me semble être une grande qualité.

Malgré ses 11 années, il garde un air de jeunesse malgré un petit rien d’évolution, un petit poil d’oxydation, rien de plus normal.

Mais l’aurais-je apprécié 10 ans plus tôt ?

Le vignoble

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Il se situe sur l’une des collines entourant la ville d’Aoste dans la localité de Moncenis à une altitude de 720 m. Exposé au sud-est, il offre une pente de 35%. Le sol y est d’origine morainique à dominante sableuse. Les ceps sont conduits en mode Guyot et plantés à 12.000 pieds/ha.

La vendange se fait dans la troisième décade de septembre. Égrappée, elle macère à froid et est pressée à l’abri de l’oxygène. Élevage de quelques mois sur lies fines. Production : 1.500 bouteilles.

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Quant à l’étiquette, elle a bien changé en quelques années…

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Proche et dépaysant: le Jura

J’aurais pu vous parler aussi des Chardonnays du Jura, à la fois proches des Bourguignons dans leur approche ouillée (le Jura ne fait-il pas partie de la Grande Bourgogne, au plan historique?), et bien différents dans leur version oxydative comme on en trouve quelques superbes cuvées à l’Étoile au Domaine de Montbourgeau.

Une anecdote amusante: dans l’entre deux guerres, les instances vinicoles officielles passaient en revue les différents terroirs jurassiens propices à l’élaboration de Vin Jaune; à cette époque, il n’y avait guère de Savagnin à l’Étoile, planté en majorité de Chardonnay – qui prenait le voile comme son lointain cousin. Les inspecteurs, qui ne le savaient pas, n’y ont vu que du feu et trouvèrent ces Jaunes d’excellente facture. Depuis les choses ont changé et les Jaune de l’Étoile se font exclusivement avec du Savagnin.

Une autre particularité jurassienne est la variété autochtone du Chardonnay, appelé Melon à Queue Rouge qui offre des grappes au pédoncule rougissant à maturité, des baies plus petites et par conséquent un rendement plus faible. Il a failli disparaître dans les années 70 au profit des clones agréés de Chardonnay. Il est depuis une bonne dizaine d’années replanté. Ses vins sont d’une grande finesse, ne manquent pas de caractère et vieillissent à la perfection. On le trouve surtout aux alentours de Montigny, entre les Arsures et Pupillin, comme au Domaine de la Pinte, un exemple parmi bien d’autres.

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Voilà, notre Chardonnay week se clôt sur cette jurassique envolée et montre que ce cépage plus divers qui n’y paraît est aussi une bonne éponge à terroir, quand il n’est pas vinifié à la sauce internationale.

Ciao

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Marco

 

 


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Chardonnay week (4): les Chardonnays d’Espagne

Dans les années 80 et 90, l’Espagne ne s’est pas singularisée par rapport à la tendance mondiale, elle a introduit de manière significative le chardonnay et le cabernet sauvignon dans ses vignobles. Cette invasion s’est d’ailleurs faite bien souvent au détriment de cépages autochtones, qui ont été arrachés, et a beaucoup favorisé une certaine uniformité du vin. La Catalogne (Costers del Segre, Conca de Barbera, mais surtout Penedès), a été pionnière, dans cette implantation, à tel point que le chardonnay est maintenant considéré comme autochtone dans cette zone; la Navarre et le Somontano ont suivi. Ce furent les régions qui en plantèrent le plus, pensant que cela favoriserait une meilleure commercialisation internationale. Je pense que certains doivent le regretter à ce jour.  Mais on retrouve aussi le chardonnay en Castille, notamment dans la Mancha avec des rapports qualité/prix incroyables, à partir de 3€ la bouteille. Il n’en reste pas moins que la liste des DO espagnoles qui autorisent le chardonnay est énorme. En 2009, il y avait 6.542ha de Chardonnay en Espagne (contre 649 en 1990), 48% se trouvant en Catalogne, 21% en Castille la Mancha, et 13% en Aragon.

Tout comme dans le Nouveau Monde, les idées reçues sur les chardonnays espagnols sont tenaces chez la plupart des amateurs qui les considèrent comme des vins sans beaucoup de personnalité, ou excessivement riches et boisés. A vrai dire, bien souvent, ils n’ont pas tort.

Mais ici aussi, les choses ont évolué :

  • du coté du grand public d’abord, qui après avoir encensé ces vins, les rejette maintenant au profit de cépages autochtones comme le verdejo, l’albariño ou le godello.
  • du coté des domaines qui ont allégé leurs vins et maîtrisent beaucoup mieux le boisé.

Je vous parlerai des chardonnays qui ont le plus de succès auprès du public.

-Enate Chardonnay Fermentado en Barrica 2014 Somontano

Domaine créé en 1991, Enate (500ha) fait figure de référence pour l’appellation Somontano . Ses étiquettes reproduisent des œuvres de grands maitres de la peinture, comme celles de jeunes artistes.

Ce vin a été élevé 6 mois en barriques de chêne français, puis 6 mois en bouteille. Un grand classique, un vin très apprécié et recherché, le style est celui de la plupart des chardonnays espagnols dans cette gamme de prix. Un nez très exubérant de fruits tropicaux comme l’ananas, le pamplemousse, associé à des notes toastées, fumées apportées par l’élevage. La bouche est dense, grasse et crémeuse, avec une acidité finale bien présente et toujours la touche de boisée. Le vin est équilibré malgré sa finale doucereuse.

Vol.: 14,5º

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Un vin technologique bien fait, le cépage disparait derrière les notes boisées, c’est certain, mais la tendance à confondre la typicité du chardonnay avec cette expression donnée par la barrique est très répandue. C’est un vin qui plaît à un large public, il est donc respectable.

PVP 15,50€

-Chivite Colección 125 Blanco 2012 Navarre

Si la fondation de la Maison Chivite remonte à 1647, la gamme Colección 125 a été commercialisée en 1985 en commémoration des 125 ans de la première exportation, en 1860. Ce sont des vins dont la production est limitée, issus des meilleurs vignobles. Le Chivite Colección 125 Blanc est considéré comme un  des meilleurs vins blancs d’Espagne. Je me rappelle encore de ma surprise, quand je suis arrivée à Barcelone, devant le succès de ce vin. C’était en 2001; le vin, sous allocation, était très attendu par les clients qui ne pouvaient disposer que de quelques bouteilles. Les choses ont bien changé aujourd’hui; s’il fait toujours partie des meilleurs blancs espagnols, il n’est plus aussi recherché. Beaucoup de concurrents sont arrivés sur le marché !

Elevé 10 mois sur lies en barriques de chêne français, il offre lui aussi le style très classique des chardonnays espagnols, mais avec plus d’intensité et de profondeur.

Le nez est très expressif et assez complexe, il développe un mélange de notes florales, de plantes comme l’acacia, la verveine, de notes citriques, de fruits tropicaux subtils, comme la mangue, et de fruits secs, noisettes, associées aux inévitables notes boisées, mais cette fois-ci bien intégrées. La bouche est riche, savoureuse et persistante, la finale est fraiche.

Vol.: 13,5º.

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Un vin élégant, harmonieux, vibrant, qui peut satisfaire bien des palais.

PVP : 49,90€

-Jean Leon Vinya Gigi 2014 Penedès

Domaine créé en 1964, Jean Léon,  appartient aujourd’hui à la Maison Torres qui respecte l’esprit et la philosophie de son créateur Jean Léon, un personnage très “glamour” rattaché au monde d’Hollywood des années 50 et 60. Au moment de sa création, le domaine était planté de cépages locaux qui furent remplacés par des variétés internationales, Jean Léon a été pionnier dans l’implantation de Cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot et chardonnay dans le Penedes.

Les pieds de chardonnay de Vinya Gigi, ainsi appelée en l’honneur de sa fille, sont originaires de Corton Charlemagne, et ils donnent naissance à un des vins les plus fameux de la bodega.

Vinya Gigi est décrit comme: « un blanc d’élaboration classique, c’est à dire de style bourguignon, mais avec un accent méditerranéen ». Pour une fois, je suis assez d’accord avec cette définition.

80% du vin fermente et vieillit en barriques de chêne français, 20% est élevé dans des œufs de béton, pendant 6 mois et toujours sur lies. Le vin reste ensuite 6 mois en bouteilles avant d’être commercialisé.

Vol : 13,5º

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Le résultat est abouti. L’intensité du nez est nez est attractive : belle présence de fruits jaunes comme la pêche, l’ananas, l’abricot, plus des touches florales, l’acacia, qui s’harmonisent bien avec un fond boisé bien dominé ; la bouche est puissante mais fraiche et savoureuse.

J’aime son équilibre, j’apprécie son acidité présente  du début à la fin, et enfin, qu’il soit sec.

Un vin « tendance », élégant.

PVP: 19,80 

MIGUEL TORRES SA – Milmanda 2014 Barrica  Conca de Barberà

Milmanda est le vin icone des Bodegas Torres, le 2012 a gagné la médaille d’Or au Concours des Chardonnay du Monde, il est issu des vignes que la famille Torres possède dans la DO Conca de Barberà, au pied du château du même nom. Milmanda est apparu pour la première fois sur le marché avec le millésime 1985, la Famille Torres le considère comme le petit bijou blanc de la Conca de Barbera.

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31 ans plus tard, il continue de figurer parmi les meilleurs chardonnays du monde, c’est dans tous les cas, l’emblème du chardonnay en Espagne et la grande référence, même s’il est vrai qu’il souffre lui aussi de la concurrence des blancs de Rueda et de Galice. Il est élevé 12 mois en barriques neuves de chêne français, dans le style des grands vins bourguignons.

Sa couleur or est profonde et brillante. Le nez est complexe, intense et harmonieux : arômes de fruits blancs et jaunes, notes de noisettes, élégante touches vanillées. La bouche grasse, ample, dégage une sensation de fraicheur accompagnée de saveurs fruitées qui rappellent celles du nez. La finale est marquée par des épices douces et développe une bonne longueur.

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Un vin complexe et élégant, d’une grande franchise, qui évoluera très bien en bouteille. A mon sens une belle réussite et un bel exemple de  l’adaptabilité du chardonnay en Catalogne.

.PVP: 49€

– Castell de Raimat Chardonnay 2015 Costers del Segre

L’histoire de la création Raimat remonte à 1914, la bodega appartient au Groupe Codorníu. Raimat est aujourd’hui le plus grand vignoble d’Europe, propriété d’une même famille, les 2.245 hectares sont divisés en parcelles individuelles ayant chacune un traitement adapté. Le domaine a été pionnier dans l’introduction des cépages internationaux comme le chardonnay, le merlot et le cabernet sauvignon.

Pour ce vin, les raisins sont récoltés la nuit en trois phases : la première on cherche un alcool potentiel de 12%, pour obtenir les saveurs citriques, la deuxième on grimpe de 1º, pour arriver à un 13% ce qui apportera les notes tropicales, et enfin, la troisième on atteindra un alcool potentiel de 14% pour des saveurs de fruits jaunes mûrs.

Le vin est conservé en cuves inox jusqu’à la mise en bouteille protégé de toute oxydation. Pas d’élevage barriques.

Le nez est très expressif, dominé par une palette variée de notes fruitées : fruits blancs, jaunes, mais surtout tropicaux avec les litchis. La bouche est ronde, franche, directe marquées par les mêmes notes fruitées tropicales et très citriques. Le tout est équilibré, gourmand et frais.

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Chardonnay es-tu-là ? C’est un autre style, une autre  expression, un vin sans beaucoup, même pas de personnalité du tout, mais facile à comprendre pour des palais débutants, en tout cas on ne lui enlever un bon rapport qualité/prix.

13º

PVP: 6,50€

-MARTÚE CHARDONNAY 2014 CAMPO DE LA GUARDIA

Ce Martue est un vin blanc élaboré sous l’appellation Pago Campo de la Guardia (Castilla La mancha). 79% du vin a fermenté dans des cuves d’acier inoxydable, le reste 21% a fermenté et a été élevé pendant 2 mois et demi dans des barriques neuves de chêne français, avec un batonnage quotidien. Les deux vins sont ensuite assemblés.

Il offre une bonne intensité aromatique dominée par les notes de fruits exotiques, surtout d’ananas, des notes de carmel et de pâtisserie, la bouche est crémeuse, fruitée et fraiche.

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Un vin bien élaboré, facile à boire, sans beaucoup de personnalité ; la même question se pose comme pour le précédent : Chardonnay es-tu là ?

Saluons le bon rapport qualité/prix

Vol : 14º

PVP: 9,90 €

-Clot de les Soleres Chardonnay 2013, Penedes

Et pour terminer, un vin naturel, qui mieux que lui pourrait exprimer le cépage ? un terroir qui semble adapté, pas de levures, pas d’enzymes artificiels, aucune substance qui puisse modifier les propriétés organoleptiques de ce vin ne sont ajoutées ; ni filtré ni clarifié, non boisé. Pourtant, je retrouve au nez les arômes, de fruits exotiques murs, de litchis et de miel.

La bouche rappelle le nez, elle est riche, savoureuse et persistante. La finale est à la fois citrique et doucereuse.

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J’ai pourtant été séduite par ce vin, je dirai même que je l’ai aimé. Quelle mauvaise foi, allez-vous penser, rassurez-vous, à la question Chardonnay es-tu là, je crois que je répondrai non.

PVP: 10,40€

En guise de conclusion

Il existe bien deux styles de chardonnay sur le marché espagnol:

 

  • Des blancs jeunes à boire rapidement, mais qui peuvent se garder très bien jusqu’à 3 ans, des vins technologiques, ceci dit sans mépris, c’est juste que la notion de terroir est absente, et qu’il faut considérer dans ces cas là, la technologie comme un gage de qualité, même si des levures sont peut-être présentes pour donner certains arômes (pamplemousse, ananas, litchis, melon…). Ces vins qui sont fruités et séducteurs, présentent une relative complexité par rapport à leur prix,  plaisent aux jeunes consommateurs et s’adaptent bien à la consommation alimentaire quotidienne (poulet, pizzas…). Ils se voient cependant détrônés par les Rueda, et son cépage le Verdejo, devenu incontournable. A mon sens, pour la majorité, ils sont surtout technologiques, mais leurs prix de vente sont très compétitifs et convaincants. A la question « chardonnay est-tu là? », que posait David, pour ces vins là, je répondrai non, ce sont des vins de cépage, certes, mais dépourvus de personnalité et bien souvent, du caractère du chardonnay tel que nous l’entendons.
  • Des blancs de garde, dans un style plus bourguignon, la Catalogne en est un bon exemple, le chardonnay y révèle un excellent potentiel. Le bois est bien mieux dominé, les vins ont acquis de la finesse et de l’élégance, mais là aussi, ils sont maintenant boudés par les consommateurs qui leur préfèrent des blancs de Galice, les rares Verdejo qualitatifs qui existent sur le marché comme Belondrade ou Ossian, Barco del Corneta… ou encore les Priorat blancs ou les Rioja blancs qui deviennent très recherchés après avoir été ignorés. Dommage que les consommateurs se détournent des chardonnays, car maintenant quelques uns méritent le détour. Enfin, à la question Chardonnay es-tu là?, dans bien des cas, pour ce style de vins là, je n’hésiterai pas à répondre oui.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 


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Chardonnay week (1): Chardonnay, es-tu là ?

Le Chardonnay est sans doute le plus planté des cépages blancs à destination de vins fins dans le monde.

Partie intégrante de la grande famille des Pinots, il est peut-être originaire de la Bourgogne. En tout cas, il a été rendu célèbre par la qualité des grands blancs de cette région, et ses implantations successives dans la plupart des pays viticoles en sont la conséquence. Pour l’aider dans sa conquête du monde, il a pour lui une assez grande plasticité. Cela le rend apte à produire du grand, du bon ou de l’acceptable dans une gamme de climats relativement large. La tendance des producteurs à le planter un peu partout a aussi provoqué quelques réactions contre cette ubiquité. Le mouvement ABC (Anything but Chardonnay), en Californie, en est l’exemple. Mais personne ne contestera qu’il compte parmi les plus beaux cépages du monde quand il est au meilleur de sa forme.

Et comme les 5 du Vin ont l’esprit curieux, nous avons décidé cette semaine de nous intéresser à lui, un peu partout dans le monde… sauf en Bourgogne. Cette semaine, c’est donc un peu « Anything but Burgundy » – non pas parce qu’on n’aime pas le Chardonnay bourguignon, mais pour voir s’il est aussi bon hors de son berceau. Parce qu’on apprend toujours à regarder au delà du dernier rang de sa vigne, de son pré carré, de l’horizon de ses habitudes… 

Aujourd’hui, c’est David qui commence avec l’Australie… 

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Ah, les belles grappes de Chardonnay! Bourguignon? Australien? Moldave? Espagnol. Chilien? Faites vos jeux!

Chardonnay, Australie et idées reçues

 Comment trop souvent dans le vin, les idées reçues ont la vie dure et se répandent par le biais de plumes ou de bouches qui ont soit des intérêts en jeu, ou sont simplement ignorants (ou aveugles) et préfèrent le rester. Parmi celles-ci, je propose d’en démonter une, des plus courantes, hélas, et qui consiste à dire que les Chardonnays d’Australie (ou de tout autre pays du dit « Nouveau Monde ») sont nécessairement lourds et boisés, et généralement indigestes.

Soit dit en passant, le chardonnay le plus boisé que j’ai dégusté récemment (la semaine dernière, au verre et dans un resto parisien) portait l’appellation Pernand-Vergelesses!

Maintenant attaquons-nous à ce mythe, qui repose, comme la plupart du temps, sur une bonne couche de vérité historique. Mais la roue tourne, même si on ne s’en aperçoit parfois que tardivement. Car c’est en Australie, en non pas en France, qu’on voit émerger depuis pas mal d’années et assez souvent la mention « unoaked » sur de nombreuses bouteilles de Chardonnay. Du reste, même si cette mention n’est présente que sur une partie de la production, l’usage de bois dans la vinification et l’élevage des vins de ce cépage s’est beaucoup affinée depuis longtemps dans tous les pays, y compris aux Antipodes.

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Prenons les choses à la base, c’est à dire vu sous les aspects climatiques du vignoble (le « terroir », si vous insistez). L’Australie est un pays-continent, plus grand que l’Europe avec quelque 8 millions de kilomètres carrés pour une population de seulement 23 millions d’habitants. Avec une surface aussi vaste et entourée d’océans, comment voulez-vous que le climat y soit uniforme? Pour ne parler que des seules zones viticoles, le climat de la Tasmanie, par exemple, est radicalement différent de celui de la Hunter Valley, de la Yarra Valley, des Adelaide Hills ou de la Margaret River, pour prendre quelques exemples de régions reconnues pour des vins de Chardonnay. Regardez une carte un peu détaillée et vous allez vite comprendre.

Australie viticole

Penfolds Yattarna 2012

Il y a peu de temps, j’ai eu la chance de déguster un des Chardonnays australiens les plus chers: celui produit par Penfolds et qui s’appelle Yattarna. Il s’agissait du millésime 2012, dont une bouteille vaut dans les 150 euros en France, ce qui est exactement le prix d’une bouteille de Puligny Montrachet Les Pucelles du Domaine Leflaive, par exemple. La philosophie générale de Penfolds repose sur l’assemblage de raisins ou de vins de divers vignobles et zones. Ainsi, une part très importante de ce Yattarna provient de la Tasmanie, au climat très frais, mais il ne s’agit pas d’un vin d’un seul cru. Voici mes notes de dégustation au moment de la dégustation :

Nez intense, vif et fin, boisé perceptible mais très bien intégré. Le style est frais et presque austère. Le palais est intense et vibrant et la finale longue avec beaucoup de finesse. Un grand vin blanc, aussi raffiné qu’ambitieux.

Ce niveau de prix est au-dessus de mes moyens mais j’ai dégusté là un grand vin qui n’a rien de lourd, ni d’excessif, ni de quoi que ce soit qui pourrait déplaire aux ayatollahs actuels du bon goût. Pour vérifier mon impression sur la modification du style de ce vin et de bien d’autres chardonnays d’Australie, j’aurais dû commander et déguster à côté une bouteille d’un vin de Bourgogne au prix équivalant, juste pour comparer, mais le prix et les circonstances m’en ont empêché.

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Vasse Felix, Margaret River, Western Australia

Plus récemment encore, j’ai dégusté la gamme de trois Chardonnays d’un producteur de Western Australia, de la région de Margaret River. Le domaine, qui fut à la fin des années 1960 le pionnier de la viticulture de cette belle région côtière, à 250 kilomètres au sud de Perth, s’appelle Vasse Felix. On ne le sait que peu mais cette zone fut cartographiée pour la première fois par une expédition française, au tout début du 19ème siècle. Il en résulte une série de noms francophones pour désigner des points de cette côte (Cape Naturaliste, Cape Géographe, Cape Mentelle), souvent spectaculaire et qui héberge parmi les plus grosses vagues de surf au monde. Le nom du Domaine Vasse Felix s’inscrit pleinement dans cette histoire, car, pendant l’expédition, un malheureux marin nommé Vasse fut emporté par les vagues et a disparu. Une légende locale dit qu’il aurait survécu à terre, mais ceci ne peut être affirmé. Le fondateur du domaine, Le Docteur Tom Cullity, a décidé de prolonger l’histoire en imaginant une fin heureuse pour cet homme: d’où Vasse Felix.

Le Dr. Cullity, après de longues prospections, à établi ses premières plantations en 1967, initialement avec les cépages cabernet sauvignon, shiraz, malbec et riesling. Ses successeurs, la famille Holmes, ont poursuivi son travail depuis 1987 en étendant progressivement le vignoble qui couvre maintenant 133 hectares, dont une part non négligeable de chardonnay. Tous les vins de sa production proviennent de ses propres vignobles.

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Le domaine et le style

Margaret River subit deux influences climatiques : méditerranéenne et océanique. La région occupe une péninsule entourée par l’océan. Le vignoble de Vasse Felix est implanté dans plusieurs secteurs de cette zone à des distances variables de l’océan afin d’obtenir une bonne diversité de méso-climats et d’expositions. Son cœur historique et ses plus vieilles vignes se trouvent à Wilyabrup, autour des premières plantations du fondateur, et les parcelles les plus importantes se trouvent au nord de la région, à Carbunup, puis au sud, à Karridale. Cette diversité permet une bonne adaptation de chaque cépage aux sols et aux méso-climats. Les sélections sont parcellaires et la vinification respecte, autant que possible, ce que peut fournir une viticulture soigneuse. Le Winemaker de Vasse Felix, Virginia Willcox, qui vinifie à Margaret River depuis plus de 20 ans, fut élu « Australian Winemaker of the Year » en 2012.

Les Chardonnays de Vasse Felix

Filius Chardonnay

Le «fils du» Chardonnay présente un style aromatique et raffiné, aux notes de noisette. En bouche, c’est une sensation de fraîcheur venant du fruit qui domine, et une légère fermeté lui assure une bonne longueur.

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« Chardonnay »

Le Chardonnay de référence du domaine, issu des meilleures parcelles et sites. Nez intense et harmonieux, saveurs de fruits blancs et une colonne vertébrale ferme. Sa structure lui confère une excellente longueur et donne un bon équilibre entre puissance et élégance.

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Heytesbury Chardonnay

Provenant des meilleures parcelles et d’une sélection de barriques, ce vin bénéficie d’un soin extrême à tous les stades. La fermentation utilise exclusivement des levures indigènes. Arômes de vanille et d’épices douces précèdent une bouche d’une grande précision Un grand chardonnay de garde.

Et « aussie »

Un autre Chardonnay australien qui m’a très favorablement impressionné cette année a pour nom Giant Steps et vient de la Yarra Valley, dans l’Etat de Victoria. Cette région au nord de Melbourne produit des vins réputés depuis longtemps. Son climat tempéré et ses expositions variables le dispose particulièrement, mais pas exclusivement, à la plantation des deux variétés bourguignonnes.

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En  guide de conclusion 

On le voit, il est urgent de jeter par dessus bord toute idée du genre «oh, les chardonnays australiens sont des gros machins bodybuildés et surboisés». Il en existe, peut-être, comme en France d’ailleurs, mais ils sont de plus en plus minoritaires. Et, à côté, il y a dans ce pays énorme une multiplicité de styles qui doivent autant à la diversité des producteurs qu’à celles des méso-climats. On note par ailleurs que les producteurs travaillent de plus en plus la finesse de leurs vins que la puissance pure.

David Cobbold


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Minervois-La Livinière

360px-Aude_(flume)Minervois, au nord de Carcassonne, et Corbières, au sud, se regardent à travers de la basse vallée de l’Aude qui les sépare. La première zone se situant sur les contreforts de la Montagne Noir, et le deuxième sur une partie du piémont des Pyrénées Orientales.

Environ quinze jours après avoir exploré, rapidement, l’appellation Corbières-Boutenac, j’ai visité son pendant de l’autre côté de la basse vallée de l’Aude, Minervois-La Lavinière. De part et d’autre de l’axe Carcassonne-Narbonne, qui se situe dans le sillon tectonique qui sépare les Pyrénées du Massif Central, deux zones de piémont servent de socle aux appellations languedociennes jumelles, Corbières et Minervois. A l’intérieur de ces deux zones assez étendues, et forcément hétéroclites sur le plan de la qualité des vins qui y sont produits, un groupe de producteurs dans chaque zone a mené une opération dont le but était de sortir leur production, ou du moins une partie, d’un problème d’image et de prix qui les handicapait sur le plan de la reconnaissance de la qualité, et donc de la rentabilité.

DSC_0154Cabanon de vigneron (il lui manque la couverture en lauzes) à côté du chai de Château Maris, avec la Montagne Noire au fond.

Le premier à dégainer, après les longueurs habituelles imposées par les rigidités du système d’appellations en France, fut Minervois-La Lavinière, qui sera le sujet de cet article. L’appellation existe officiellement depuis 1999. Corbières Boutenac, dont j’ai déjà parlé ici, lui a emboîté le pas quelques années plus tard, en 1985. L’approche dans les deux cas fut très comparable : délimiter une aire d’appellation restreinte avec des désignations parcellaires précises selon les critères habituels (climat local, exposition, altitude et types de sols), mais aussi imposer des règles de production (encépagement, rendement, vieillissement avant vente, etc.). Pour mener à bien un tel projet, puis pour le faire durer dans le temps en portant des résultats à la hauteur des espérances, il fallait aussi un petit groupe d’hommes et de femmes ayant conviction et ténacité.

DSC_0149Murs de pierres plates ponctuent le paysages et forment terrasses, comme ici au Clos d’Ora de Gérard Bertrand. La pose verticale est la plus résistante, mais la plus difficile à exécuter.

Minervois-La Lavinière, ou La Lavinière tout court comme les brochures de l’appellation aiment à la présenter, concerne actuellement un petit nombre d’hectares mais dont le nombre varie considérablement selon les sources: 350 hectares selon les documents de l’appellation, ou bien 200 hectares selon le site officiel des vins du Languedoc. Faudrait peut-être se mettre d’accord ! Comme à Boutenac, le potentiel classé est bien au-dessus de ce modeste chiffre, car l’aire comporte 2.700 hectares et touche 6 communes, et les producteurs utilisent tous (ou presque) les deux appellations dans leurs gammes. Encore une fois comme à Boutenac, l’appellation La Lavinière ne s’applique qu’aux seuls vins rouges. Les blancs ou les rosés sont nécessairement sous l’appellation de base, Minervois.

DSC_0129A La Lavinière on s’occupe aussi de retrouver les variétés de vigne rares, et même non-identifiées comme ici, en les plantant dans un conservatoire ampélographique

Les règles de l’appellation ont cru bon de limiter l’altitude maximale des parcelles acceptées à 330 mètres, et ceci d’une manière qui me semble assez arbitraire, surtout à la lumière du réchauffement climatique et de la nécessité de réduire les taux d’alcool dans les vins du sud. A part cela, je n’ai pas les moyens de trop chipoter sur la logique de ces règles qui, après tout, ont été établis par les producteurs eux-mêmes, même si je trouve certaines inutilement compliquées et restrictives. Des petits arrangements permettent parfois de simplifier un peu les choses ! La Lavinière et Boutenac font appel au même quatuor de cépages principaux (syrah, grenache, carignan et mourvèdre), mais avec des priorités différentes. Alors que Boutenac impose entre 30 et 50% de Carignan (attention: à la vigne, pas dans les vins !), La Lavinière impose que les trois autres constituent au moins 60% de l’encépagement. Dans les faits c’est la Syrah qui domine dans la plupart des vins de La Lavinière, ce qui n’est pas le cas à Boutenac. La Lavinière a aussi eu la sagesse de laisser en place quelques variétés plus rares : Lledoner Pelut, Cinsault, Aspiran Noir, Picpoul Noir et Terret Noir.

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Les contraintes techniques d’une appellation, qu’elle soient géographiques, végétales ou autres, sont une chose mais le vin se fait par les hommes et femmes, et c’est là où la volonté, la sensibilité, le talent et les techniques jouent des rôles qui font l’essentiel de le différence entre un vin et un autre dans la même appellation. A La Lavinière des personnalités fortes ont joué, je dirais nécessairement, des rôles clés dans la genèse et la promotion/défense de l’appellation. Cela a commencé avec ses fondateurs Maurice Piccinini et Roger Piquet, respectivement en charge de la cave coopérative La Lavinière et propriétaire du domaine privé Château de Gourgazaud. Cela s’est poursuivi avec Michel Escande, de Borie de Maurel, suivi par Patricia Domergue, du Clos Centeilles. Et la présidente actuelle est aussi une femme, Isabelle Coustal, propriétaire de Château Sainte Eulalie (en photo).

ETIC-OCA0007Comme les Cazes, de Bordeaux, bon nombre de producteurs ou d’investisseurs d’autres pays ou régions de France sont venus s’installer dans le Minervois, en apportant savoir-faire et faire-savoir.

A la différence de Boutenac, des investisseurs venus d’ailleurs, parfois de loin, parfois de plus près, pèsent aussi dans l’appellation La Lavinière et y apportent à la fois leur regard, leur savoir-faire, leur capacité à faire connaître, et leur réseaux commerciaux. Deux producteurs importants de la région languedocienne, Gérard Bertrand et la famille de Lorgeril, y côtoient les Cazes (de Bordeaux), les Grands Chais de France (de partout mais d’origine alsacienne), ou l’anglais Robert Eden et l’écossais Guy Crawford. Est-ce cela, ou l’ancienneté un peu plus importante qui expliquerait l’impact plus grand de La Lavinère (50% de plus de surfaces exploitées aujourd’hui) ? Je n’est sais rien mais je pense que cela joue.

 

Cette fois-ci je n’ai pas demandé à procéder d’abord à une dégustation extensive de tous les vins de l’appellation. C’était un tort de ma part que je regrette maintenant car cela ne m’a pas permis pas d’avoir une idée du niveau générale des vins de La Lavinière comme j’ai pu le faire avec ceux de Boutenac. Le voyage de presse, très bien organisé et encadré, à permis pas mal de visites et de dégustations assez détaillées dans sept domaines, puis des rencontres avec d’autres producteurs et quelques-uns de leurs vins lors de repas. Les domaines visités étaient Clos Centeilles, Borie de Maurel, Ostal Cazes, Clos d’Ora, Château de Fauzan, Château Maris et La Borie Blanche. Pour ma part, les dégustations les plus marquantes étaient celles des vins de Clos Centeilles, d’Ostal Cazes et de Château Maris, avec de bons ou très bons vins parmi ceux dégustés ailleurs ou lors des repas.

 

Le cas de Clos d’Ora est un peu à part dans cet ensemble. Il ne s’agit pas d’un clos au sens de clôturé, mais de 9 hectares faisant partie du vignoble de Laville Bertrou, géré comme une entité spécifique avec son petit chai très moderne et dépouillé et son lieu de réception au dessus. Le point qui frappe beaucoup d’observateurs, moi compris, est le prix de vente de ce vin. Un peu à la californienne, il vise un public très différent du reste de l’appellation et qui considère que plus un vin est cher, plus il est désirable ; car le Clos d’Ora se vend aux alentours de 200 euros la bouteille (le domaine annonce 185), alors que le prix moyen des très bonnes cuvées dans l’appellation est plutôt autour des 25/30 euros. J’ai dégusté ce vin en trois millésimes et il est très bon, pas surpuissant mais finement équilibré. Mais rien ne justifie objectivement un tel prix hormis une volonté de se positionner d’une manière symboliquement très forte, ce que Gérard Bertrand a osé faire. On pourrait penser que cela ferait sourire ou grincer des dents les autres producteurs de l’appellation, mais on aurait tort. En tout cas l’écho que j’ai eu était qu’ils sont heureux que leur appellation ait été choisie pour une opération de communication de ce type. Car il y a beaucoup de «comm» autour du projet, avec toute la panoplie du discours appuyé sur la biodynamie et du mulet qui tire la herse entre les rangs (comme par hasard en action au moment de notre visite), sur le terroir d’exception, etc., etc.

Je vous parlerai maintenant des vins plus abordables que j’ai aussi beaucoup aimé et qui donne un peu une idée des styles qu’on peut trouve à La Lavinière, tout en situant un peu les domaines qui sont à leur origine.

DSC_0140Patricia Domergue dans ses vignes au Clos Centeilles, près du village de Siran. Elle s’est bien battu pour son appellation et fait des vins formidables

 

Clos Centeilles

La maison et le chai se trouvent ensemble et tout près du petit village triste de Siran, ou nous logions dans l’hôtel de charme Château de Siran, qui est réellement charmant et qui doit être un des rares bâtiments de ce village ayant un peu de cachet. Patricia Boyer Domergue (qui n’est pas «du pays») a acheté ce domaine en 1990 et a longtemps présidé avec énergie la jeune appellation. Le clos est réel et ancien, et part de la petite église du 13ème siècle, Notre Dame des Centeilles. Patricia ne s’est pas contenté de suivre les règles des appellations mais a aussi beaucoup œuvré pour préserver et expérimenter la richesse ampélographique locale, devenue malheureusement historique en grande partie. Elle cultive, entre une vingtaine d’autres variétés, Rivayrenc (de différentes couleurs), Œillade et Araignan. Un des ses beaux vins blancs est issu de 15 variétés différentes en s’appelant Mosaïque de Centeilles. Le 2015, sous une désignation vin de pays, est complexe, un peu gras, de belle texture et long. La gamme est de ses vins est large car, sur ses 12 hectares de vignoble, Centeilles produit 9 vins différents à partir de 23 cépages., et dans à peu près tous les types (sauf bulles). Mais un seul est de l’appellation Minervois La Lavinère, et il est magnifique, alors je vais m’y limiter.

DSC_0143Magnifique calade au Clos Centeilles. J’aime tant le beau travail de pierre.

Verticale de Clos Centeilles (la plupart des ces vins fut dégusté à la découverte et au domaine)

chose rare : certains de ces vins sont encore disponibles à la vente au domaine, et seront plus faciles à trouver sur commande quand la nouvelle cave/oenothèque sera terminée.

1992

L’année de naissance de sa fille Cécile, qui commence à travailler à temps partiel sur le domaine tout en poursuivant ses études. Ce vin est encore un peu austère, donc resté très jeune, avec de la mâche causée par des tannins fermes, beaucoup de fond et de densité. Long et vibrant.

2001

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Beau nez, évolué mais complet et accompli, avec une grande complexité. C’est raffiné et vibrant en bouche et l’ensemble est d’une grande finesse. Un vin toute en élégance qui a vieilli remarquablement.

2003

On dirait un Barolo de bel âge, tant les arômes de vieux cuir sautent au nez. D’une grande complexité, ce vin formidable est un des meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage.

2007

Le nez est fabuleux et se révèle progressivement, couche par couche, avec une part de truffes généreusement servies, de la réglisse et de la prune en abondance. C’est aussi charmeur qu’intense et très long. Un autre vin splendide.

2009

La composition est donnée pour un tiers de chaque cépage, entre Syrah, Grenache et Mourvèdre. Je ne sais pas s’il en va de même pour les autres millésimes mais je soupçonne que cela varie selon le millésime et la matière.

Encore un nez formidable. Des tannins fins, presque fondus. Vin dynamique qui conserve une expression marquée par le fruit.

2010

(dégusté à l’aveugle mais à un autre moment, lors de la présentation de « La Collection de La Lavinière 2016)

Un jeunot selon les canons de ce producteur, car les millésimes postérieurs ne sont pas encore à la vente. Le nez est plus chaleureux que pour les autres, avec des notes de cacao et de torréfaction. C’est aussi plus robuste par sa matière, avec une pointe de sécheresse en finale qui montre que les tannins ne sont pas encore fondus. C’est un très bon vin mais qui mériterait un peu de patience.

DSC_0148Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique de l’Ostal Cazes, avec les bouteilles de la dégustation verticale

Domaine L’Ostal Cazes

Basé à l’ancienne Tuilerie Saint Joseph, qui fut d’abord restauré et derrière laquelle un chai moderne fut construit par Robert Eden (dont je parlerai plus tard), ce domaine fut crée par Jean-Michel Cazes et sa famille en 2002 après l’acquisition de deux propriétés puis le bâtiment. Il occupe maintenant 60 hectares de vignes et 25 d’oliviers sur un ensemble de 150 hectares. Il est géré sur place Fabrice Darmaillacq, le Directeur Technique, qui nous a rejoint à plusieurs reprises pendant le voyage et dont les commentaires furent toujours très intéressants. Les vins partent en tiré bouché à Bordeaux pour intégrer le réseau de distribution de la famille Cazes.

Verticale de l’Ostal Cazes

2003

Année de canicule et de vendanges précoces. Le vignoble venait d’être acquis et donc les replantations qui allait le modifier en profondeur n’avaient pas encore eu lieu. Les bords de la robe dense sont bien brunis. Le nez m’a semble assez bordelais, avec des notes de cèdre et de mine de plomb (mais est-ce imaginaire, connaissant le propriétaire ?) Les arômes me semblent par ailleurs un peu brouillés. En bouche c’est d’abord charnu, puis avec une touche de vivacité et un peu d’amertume en finale.

2004

Une année très contrastée avec la précédente, ayant été frais et pluvieux. La robe est similaire au 2003. Le nez est plus frais et plus tenu dans son expression. Ferme et « minéral », un peu monolithique dans son expression.

2005

La robe semble nettement plus jeune et le beau nez à encore la fragrance des fruits rouges frais. C’est un vin au stylé élancé et fin qui évite l’amertume des deux précédents et possède une belle longueur.

2007

La robe est encore plus juvénile que celle du 2005. Le nez combine notes épicées et de fruit confits dans un registre aussi jeune et frais. L’amertume est bien maitrisée et la texture soyeuse. Ce vin a gardé une jeunesse étonnante et reste parfaitement équilibré. Il était mon préféré de cette dégustation.

2009

Robe dense et nez chaleureux, aussi fumé qu’épicé. Je sens du fruit en confiture en bouche avec une finale trop chaleureuse à mon goût. N’a pas l’élégance des 2005 et 2007.

2010

L’année fut sèche. Beaucoup d’intensité de couleur et un nez dense, et peu expressif encore. Cet aspect massif est aussi évident en bouche. Les tannins sont bien présents mais l’équilibre tient bien. Vin long et bien structuré qu’il convient d’attendre quelques années.

2011

L’été fut pluvieux puis la période avant les vendanges fur sèche. Rendement généreux. Le nez est sur le versant de fruits confits et de la cuisson. Ce vin semble plus austère et ses composants (acidité/tannins/fruit) ne sont pas encore bien fondus. Vibrant de jeunesse, je pense qu’il fait mentir, comme d’autres bons vins de cette appellation, la tendance du marché à consommer ces vins jeunes. Il leur faut, au contraire, entre 7 et 12 and pour se révéler, après une phase de jeunesse ou leur fruité s’exprime pleinement.

2012

Un année très sèche, malgré des pluies vers le 15 août. La robe semble un peu moins dense. Le nez est délicieusement friand et offre toute la gourmandise de son fruit. Doté d’une jolie fraîcheur, moins tannique et concentré que le 2011 qui sera potentiellement plus complexe peut-être, on peut boire ce vin aujourd’hui.

Le domaine n’a pas mis en bouteille le millésime 2013

2014

Nez très frais et un vin carré, clair et net. Les saveurs en bouche sont précises et dynamiques, la qualité du fruit excellente et l’ensemble est bien équilibré malgré une pointe d’amertume en finale (mais qui pourrait être un atout dans le temps). N’a pas le charme du 2012 pour l’instant et finit sur une note chaleureuse.

En tout une belle dégustation qui prouve encore une fois la bonne capacité de garde de ces vins.

DSC_0169Robert Eden, de Château Maris, en pleine explication des ses vins

Château Maris

Celui qui a construit le chai d’Ostal Cazes et qui l’occupait alors s’appelle Robert Eden, un anglais qui a roulé sa bosse en Australie et ailleurs avant d’atterrir dans ce coin du Languedoc. Il a maintenant un nouveau chai, construit selon des principes très écologiques pour vinifier et faire murir les vins de son domaine, appelé Château Maris. On connaît encore peu ces vins en France car ils étaient surtout exportés un peu partout, mais cela commence à évoluer et on peut en trouver dans des réseaux « bio », ou chez Metro. Eden a acquis le domaine en 1997 et l’a rapidement converti en viticulture bio et biodynamique. On trouve dans le chai la panoplie du genre avec des cuves en béton et en bois, des œufs en béton, une climatisation naturelle et, pour le visiteur, des odeurs très agréables et une sonorité apaisante. Vous me direz « et alors ? » Je vous répondrai que c’est bien agréable lorsqu’on y passe une heure à déguster et à écouter.

Nous avons dégusté une bonne série de vins et je ne suis pas certain que tous revendiquent l’appellation Minervois-La Lavinière. Tant pis, ils sont bons quand-même, mais pas donnés. Pourquoi est-ce que les vins « bio » sont souvent vendus si chers ?

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Les Anciens 2014

Un pur Carignan, ce vin est un délice avec une belle intensité de fruit et beaucoup de fraîcheur. Long, pur et très bon. (Prix dans les 19 euros).

Las Combes 2013

Un pur Grenache, très juteux aussi et qui a su rester frais. (Même prix).

Les Planels 2014, Minervois La Lavinière

80% Syrah, 20% Grenache. Vibrant et très juteux. Excellent. (prix inconnu)

Les Amandiers 2014

Un pur Syrah, élevé en barriques neuves. Soyeux de texture avec une superbe qualité de fruit et très long. (prix 35 euros)

Brama 2014 (blanc)

Grenache gris à 100% vinifié à la bourguignonne (je crois). Long et gras, mais avec une vivacité extraordinaire. J’ai beaucoup aime ce vin. (prix dans les 30 euros)

Mirren de LorgerilMirren de Lorgeril

Vignobles de Lorgeril, Borie Blanche (verticale de la cuvée La Croix)

Les Lorgeril sont propriétaires d’une demie douzaine de domaines en Languedoc et en Roussillon. Borie Blanche fut acquis il y a 20 ans en le chai actuel est occupé depuis 2002. La vinification fait appel à un fonctionnement par gravité et un système de pigeage aménagé dans un chai ancien qui reste naturellement frais grâce à se construction en hauteur et partiellement enterré. On voit ici une combinaison intéressante entre techniques anciennes, bien aidés par des choses très modernes car la suivie de la vigne est aidé par de l’imagerie satellite. Grenache et Syrah dominent les plantations, dont les nouvelles reviennent au système du gobelet.

Des deux millésimes de la cuvée appelée Borie Blanche, terroirs d’Altitude, j’ai bien aimé le 2012, frais et délicat, mais j’ai trouvé le 2013 anguleux et simple. Ce vin vaut dans les 10 euros, ce qui constitue une entrée de gamme pour l’appellation. S’en est suivie une bonne verticale de la cuvée haute de gamme, appelée La Croix. Son prix de vente se situe entre 25 et 30 euros.

La Croix 2008

Le nez reste marqué par le bois. En bouche on trouve une matière splendide, vibrante et juteuse. Sa tenue dans le temps est remarquable, le vin semblant encore jeune et vivace.

La Croix 2009

La matière est très belle, charnu et longue en bouche. Les tannins semblent plus fermes, ou bien plus extraits. J’ai préféré le 2008 sur le plan du style.

La Croix 2010

Nez magnifique, aussi frais que profond. Très intense et long en bouche, il semble très complet mais aura besoin de temps car sa densité est encore un peu chargée.

La Croix 2011

On trouve peut-être davantage de précision dans ce vin hyper juteux avec un équilibre parfait. C’est aussi fin que gourmand. Excellent vin.

La Croix 2012

Précis mais plus austère que les deux précédents. Les tannins semblent déjà fondus et l’équilibre est bonne.

Comme chez l’Ostal Cazes, il n’y a pas eu de 2013

La Croix 2014

Prometteur, forcément très serrée encore. Patience….

 

D’autres vins que j’ai bien aimés, lors de divers dégustations ou repas :

Château de Fauzan, la Balme 2008 (environ 15 euros, je crois : distribué en France par Grands Chais de France)

Encore un vin qui a su conservé une belle qualité de fruit après 8 ans. Je commence à croire dans la capacité de garde des meilleurs vins de cette appellation. Structuré et équilibré aussi. J’ai dégusté d’autres vins prometteurs de ce domaine. L’approche de ce jeune vigneron, qui est aussi très intéressant à écouter sur l’histoire et la géographie de sa région, laisse penser que ce domaine va très bien évoluer dans les années à venir.

Clos des Roques, Mal Pas 2008 (16 euros)

Un vin dans lequel domine le mourvèdre (avec du syrah) et qui a subit une vinification intégrale. Excellent.

Domaine de Tholomies 2011

Ce domaine a été acquis par Grands Chais de France, le plus grand producteur de vin dans ce pays et qui amorce un virage remarqué vers des produits haute de gamme en complément à ses activité de base. Dans la Languedoc, cette société a aussi rachetée Les Belles Eaux (ex-Axa millésime) et l’ancien domaine de Chantal Comte, la Tuilerie. Vin très juteux autour d’une superbe qualité de fruit. C’est peut-être encore un peu massif mais sa longueur et son équilibre indiquent un beau potentiel. Le millésime 2011 sort souvent très bien dans les dégustations que j’ai pu faire dans cette région, bien que je n’aime pas trop généraliser sur les millésimes.

Château de Cesseras 2012 (environ 15 euros)

Faisant partie de la sélection « Collection 2016 » qui a été faite par un jury de sommeliers et de journalistes, ce vin a un nez splendide, aussi élégant que complexe. Son caractère m’a semble presque bourguignon, entre autres par sa finale en dentelle. Cela semble aussi une bonne affaire.

Domaine La Syranière 2013 (23 euros)

Peut-être un peu marqué par son élevage encore mais une belle réussite dans une année qui semble avoir été difficile. Dans la gamme « vin de garde », avec beaucoup de matière et une belle précision. Je l’ai gouté deux fois, dont une à l’aveugle avec la série « Collection 2016 ».

Borie de Maurel, La Féline 2014 (environ 15 euros)

La touche laissée par la macération carbonique m’a un peu gêné au nez, mais la suite est charnue, riche et long en bouche.

 

Conclusion

Une bien belle appellation, aussi bien sur le plan physique (topographie, paysages et lieux) que pour la qualité de ses meilleurs vins. Nul besoin de payer 200 euros, ni même 50, pour se faire très plaisir avec un Minervois-La Lavinière. Une trentaine euros suffiront pour acheter les meilleurs cuvées et on peut aussi trouver de belles choses autour de 15 euros, du moins en France.

Une de mes bonnes surprises a été la très bonne tenue dans le temps de certains vins. Peut-être que la part relativement forte du syrah y est pour quelque chose ?

Je suis personnellement rétif aux arômes gazeuses induits par une macération carbonique mal maitrisée et je trouve que cette technique fait se ressembler les vins les uns aux autres, tout en durcissant les tannins. Mais peu de vins dégustés souffraient de cela et plusieurs domaines n’ont pas, ou de moins en moins, recours à cette technique.

C’est aussi une région ou les fortes personnalités sont bien présents, ce qui rend les visites souvent passionnantes.

David Cobbold

(texte et photos)


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Les cépages rares de Lionel Osmin

En cette semaine qui va me voir entamer un processus de demande de naturalisation française, si l’Etat m’y autorise, je préfère parler d’un coup de cœur pour des vins plutôt que me désoler devant le petitesse d’esprit et la bêtise de 52% de mes concitoyens britanniques. Quelle tristesse !

Il s’agit d’une petite série de 3 vins que j’ai reçu et dégusté la semaine dernière. J’ai déjà parlé dans ce support de Lionel Osmin, négociant/vinificateur (avec son associé Damiens Sartori) du Sud-Ouest de la France et de tout le bien que je pense de sa démarche et de ses vins. Ces trois vins se démarquent du reste de la gamme, non seulement par leur présentation très dépouillée, mais aussi par le fait qu’ils mettent en avant trois cépages très rares rares du sud-ouest qui ont tous failli disparaître : abouriou (rouge), prunelard (rouge) et ondenc (blanc).

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Les deux derniers ont probablement été sauvé d’extinction par le très estimé Robert Plageoles, à Gaillac. J’ai le souvenir, il y a une trentaine d’année, d’une visite de son vignoble lorsqu’il me montrait une courte rangée de vignes à côté de son chai en me disant qu’il s’agissait de plantes d’un cépage que son père avait conservé. Il s’agissant de l’ondenc et il a poursuivi l’expérience en plantant cette variété à plus grande échelle et en a fait, notamment, de très grands liquoreux. Il a aussi beaucoup œuvré pour la conservation du prunelard/prunelart et son fils, Bernard, réalise de magnifiques vins rouges aujourd’hui avec ce cépage.

L’Abouriou vient plutôt du Lot et Garonne et tient son nom de l’occitan aboriu qui signifie « précoce ». Autrefois très présent dans la région entre Villeréal et Marmande, il a beaucoup reculé, mais quelques vignerons, dont Elian Da Ros, l’utilisent encore. Cette variété précoce, résistante aux maladies, coloré et tannique mais peu acide, est certainement ancienne dans le coin car il a de multiples synonymes : Gamay Beaujolais à Puy l’Evêque, Loubejac en Dordogne, Gamay du Rhône, Malbec argenté, Négret de la Canourgue, Noir hâtif, Pinotou, Plant Abouriou, Précoce Naugé, Précoce Noir, Pressac de Bourgogne. Malgré certains synonymes mentionnés, il n’a aucun lien génétique avec le Gamay, mais a des liens de parenté avec le Malbec et avec le Merlot, via la Magdeleine Noire des Charentes.

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Le Prunelard a des origines tarnaises ou haut garonnaises et tient son nom du mot occitan prunel qui signfie prune, en référence à la forme de la baie. Il est l’un des parents (avec la Magdeleine Noire des Charentes) du Malbec.

L’Ondenc fut mentionné dans le Tarn en 1783 par Rézeau comme étant « un des meilleurs raisins que je connoisse pour manger et faire du bon vin ». Il fait partie du groupe ampélographique Folle. Le sens exact de ce nom n’est pas très certain. Il signifie « ondulante » en langue occitane, soit pour souligner sa capacité de faire des vins secs ou doux, soit pour décrire l’aspect de ses feuilles.

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Les trois vins de Lionel Osmin sont d’une belle présentation dans des flacons relativement lourds et larges, sans exagérer sur ce plan. Les étiquettes sont d’une parfaite sobriété, élégantes et efficaces. Ont-ils une appellation ? Je dois dire que je n’en sais rien et que je m’en fous totalement. Il sont très bons, ils ont du caractère qui vient à la fois de leurs cépages et de leurs climats, et cela suffit amplement à mon plaisir.

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Je ne vais pas vous ennuyer avec des notes de dégustation, surtout parce que je n’en ai pas pris. Mais j’ai aimé chacun des ces vins à sa manière. D’abord l’Ondenc : parfaitement sec, « tendu » comme on dit en ce moment, mais avec une texture qui m’a fait penser à du lin, très doucement accrocheuse sans être aucunement agressive. Ce n’est pas exactement gras, mais il a de la substance et un fond assez ferme, ce qui lui donne du caractère. C’est généreux et austère en même temps, ce qui intrigue et rend la complexité des impressions passionnante. Je l’ai bu sur une période de trois jours, en le partageant à une occasion avec Sébastien, mon collègue de travail. Le vin n’a pas flanché, ce qui semblerait indiquer une bonne capacité de garde. Puis vient l’Abouriou : le plus austère des trois, avec des tannins secs mais fins, une texture néanmoins délicate et une légère amertume qui semble remplacer l’acidité. Il a ce caractère rocailleux des accents du sud-ouest, mais sans la chaleur des vins du Languedoc. Il semble même relativement léger en alcool. Ce n’est pas un charmeur, mais il est l’image d’une certaine droiture authentique, franc de collier et frais d’esprit. Enfin le Prunelard, certainement le plus complet des trois, avec cette alliance parfaite entre rondeur gourmande et une structure qui signe tant de cépages rouges de la région. J’ai adoré ce vin et la bouteille n’a durée qu’une séance à deux.

Quand je déguste des vins, il arrive très souvent que je n’en connais pas les prix et, du coup, j’essaie de mettre un niveau de prix sur les bouteilles en question. Je les avais estimé, vu leur qualité, la présentation et leur très faible tirage, dans une fourchette qui se situerait entre 15 et 25 euros la bouteille. Mais je me suis largement trompé car ils valent un peu moins de 10 euros départ chacun, ce qui constitue, selon moi, un excellent rapport qualité/prix. Du coup, j’en ai acheté. La vie est simple, parfois !

Je vais tâcher de me consoler de cette stupidité sans nom qu’on appelle Brexit (tout n’est que slogans débiles dans la tête de ces gens) et buvant ces trois vins formidables sans la moindre trace de modération et en rêvant à mon passeport français (ou, encore mieux, gascon/européen).

David Cobbold


14 Commentaires

Georgia on my mind

This article will be in English as I do not have the time to do a French version as well. Maybe later. In any event, how could I resist including this classic from Ray Charles, given my title?

I have just returned from my first visit to Georgia, the country, which with some reason claims to be « the cradle of wine ». Whether it is or not does not really matter. Wine has certainly been produced in this region around the Caucasus mountains for around 7000 years, and most of the neighbouring countries lay a claim to having been the first to have produced a wine. But they did not exist then as countries, so where is the relevance? Perhaps in terms of symbols, and we know the importance of these. What is more certain, and equally interesting, it that our word (at least that used in most European countries) for wine comes from the Georgian language: their word is ghvino. Just take a look at the map below to see how this word has spread, and one could add the Ancient Greek word oinos to all of these, as its root is the same. And we know the Basques and the Hungarians are a bit different, linguistically speaking.

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England also owes a specific debt to Georgia as they have adopted the same patron saint, St.George, and basically the same flag. But back to wine. Georgia spent some 80 years as a Soviet republic, but had previously been annexed by Russia in 1810. The Soviet episode, as in other countries, played havoc with wine production, and generally destroyed many things and mentalities. Productivism ruled and quality went down the drain. The winery that I visited for my work was initially conceived under the Soviet rule as « Production Centre Number 2 » and made only white wines, mostly sweet and with no vineyard holdings. Today, after a period of ownership shared between Pernod Ricard and local shareholders, GWS (Georgian Wines & Spirits) now belongs to Marussia, who also own Château Mukhrani. The region in which they are implanted is called Kakheti, and it is the major producing region of the country. Georgia has 18 different wine appellations and a huge number of grape varieties.

Getting to Kakheti and its regional capital Telavi involves a twisty 90 minute drive through mountains, avoiding potholes and cows, heading eastwards from Tblissi, the capital of Georgia. GWS now holds almost 400 hectares of vineyard land, about 350 of which are currently planted. The frontier with Azerbaijan lies a bit further east.

Georgian Wine Map 1

GWS, who produce a couple of brands (Old Tbilissi and Tamada, with others in the pipeline) have come a long way since the soviet era. Not only are all their vineyards now fully cultivated with zero use of weedkillers, but one large plot on the foothills of the Caucasus mountains is under organic conversion. Investment takes time to produce results, but it seems to me that they have started with the right basics: getting their vineyard into order. Comparative blind tastings that were conducted when I was there proved the point that their wines are now amongst the very best in the country at all price points, both reds and whites. This message will take some time to trickle down to markets, and will of course need to be confirmed over time, but the unfinished wines from the 2015 harvest are very promising, particularly these from the Saperavi (red) variety. Speaking of varieties, Georgia almost certainly boasts the greatest ampelographical diversity of any country, with some 540 varieties listed. Only about 40 are in regular current use, but even so… As to markets, wine is a national drink, so the domestic market is important, although a lot of what is sold is in bulk. Russia is the key market and when the Russian bear gets a cold, Georgia sneezes. Then there is Ukraine, Kazakstan and Poland, with a start being made in China. This explains why we rarely see any georgian wines further west. Here in France people always talk about qvevri wines (those made un underground amphoras) when they mention Georgia. But this ancestral technique is quite marginal in volume terms, though very specific. I saw them in place and tasted some of the wines. When they are clean (bacterial problems and v.a. are frequent) they can be very interesting, with unusually tannic whiteq due to the prolonged skin contact. Not for the faint-hearted and definitely for use at table.

vigne en fleur;jpgThis could be a Saperavi vine, I’m not sure, but it is flowering. You can just see the very stony alluvial ground that lies in the valley near the Alazani River.

For the past few years the management of GWS has been handled by Philippe Lespy, a Frenchman from the Landes region, who is passionate about his work and feels the potential that there is in Georgia for wine when things are handled properly. Assisted by an increasingly competent team, he could well be one of those who will take Georgian wines to a higher plane in the future. I certainly hope so as his love of the beautiful things in this country also extends to music and architecture, as he was proud to show us. I hae often admired the courage and the skills of the Georgian rugby teams and players. Now I have also felt some of the beauty of some of their more ancient traditions.

polyphonieGeorgia or Corsica? To hear these polyphonic singers during a magical evening performance without knowing where you were, you could get it wrong….

Alaverdi monasteryThe Alaverdi monastery with the Caucasus mountains in the background. The church dates from the 5th to the 8th centuries. The Soviets whitewashed out all of the paintings that covered the inside. Little has been recovered but the architecture is very impressive.

IMG_7577Philippe Lespy (behind) and his Georgian collaborateur Giorgi Mouravidze in one of the GWS vineyards

David

(text and photos)

PS. Am in Vienna for the Vie Vinum annual wine fair. More about this soon…

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