Les 5 du Vin

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La Grèce et sa richesse ampélographique (2)

Après un voyage dans les iles grecques la semaine dernière, je vous amène cette semaine sur la partie continentale de ce pays de montagnes entourées par la mer. Il s’agit de la suite de ma dégustation de vins grecs qui avait lieu le 27 mars dernier chez le restaurateur Mavrommatis, à Paris. Nous allons voyager du sud vers le nord, et d’ouest en est, partant du Péléponnese ou j’ai dégusté plusieurs vins intéressants, aussi bien dans la catégorie IGP que dans celle des AOC/AOP, car on trouve les deux en Grèce, comme en France.

Péloponnèse

Domaine Mercouri

Le Domaine Mercouri se trouve dans la partie occidentale de le péninsule d’Ichthis, à une trentaine de kilomètres d’Olympe. Un lieu béni des dieux, en quelque sorte ! Le domaine existe depuis plus de 150 ans et s’est fait une réputation autrefois pour ses vins, son huile d’olive et ses raisins secs. La famille Mercouri a aussi importé des pieds du cépage Refosco de la région de Frioul en Italie.  Après plusieurs phases de modernisation, le domaine est actuellement entre les mains de deux frères issu de la 4ème génération. Les vins dégustés étaient tous de la catégorie IGP. J’ai nettement préféré les rouges aux blancs.

vins blancs

IGP Péleponnèse, Foloï 2016. (cépages Roditis et Viognier / prix 12 euros)

Tendre, au fruité léger, bien aidé dans sa fraîcheur par un peu de CO2. Plaisant et simple.

IGP Ilia, Kallista 2015. (cépages Assyrtiko et Robola / prix 16 euros)

Le Robola a bien arrondi les angles de l’Assyrtiko dans l’assemblage. Une touche d’amertume en finale. Pas mal, mais cela ne m’a pas fasciné.

vins rouges

IGP Letrini, Domaine Mercouri 2014 (cépages Mavrodaphne et Refosco / Prix 19 euros)

Sa belle qualité de fruit rend ce vin très juteux. Cela est bien soutenu par des tannins fins et enrobé par une certaine rondeur qui m’a semblé provenir en partie d’un peu de sucre résiduel.

IGP Ilia, Avgoustiatis 2014 (cépage Avgoustiatis / prix 24,50 euros)

Vin intense et juteux, avec une très belle qualité de fruit et une excellente équilibre entre tannins et acidité. Long aussi. Très bon.

Domaine Papagiannakos (IGPs Markopoulo, Attiki et Péleponnèse)

vins blancs (je n’ai as aimé le rouge présenté)

IGP Markopoulo, Savatiano 2016 (Prix 12 euros)

Un joli vin blanc du cépage Savatiano, issu de très vielles vignes sur sols calcaires.Ce fin allie bien finesse et force.

IGP Attiki, Malagousia Kalogeri 2016 (prix 14 euros)

Un autre bon blanc mais dans un style très différent, bien parfumé. Le cépage Malagousia semble se situer entre un Muscat et un Viognier en profil.

 

Domaine Skouras, IGP Péleponnèse et AOC Nemea

Le cépage Agiorgitiko (ou St. Georges) est assez connu et produit de grands vins rouges dans et autour de la partie orientale du Péléponnèse, entre autre dans l’aire de l’AOC Nemea. Mais j’ai trouvé les trois vins de ce domaine que j’ai dégusté un peu dur, soit anguleux, soit trop boisés. La zone de prix, qui les situe entre 16 et 33 euros permettrait de trouver bien mieux.

Domaine Parparoussis, AOC Nemea

Pas aimé non plus son Nemea. Austère, amer et peu net au nez. Et bien trop cher à 35 euros.

Macédoine

Le cépage rouge roi de cette région est le Xinomavro, mais il ne semble pas facile de dompter ses tannins féroces qui paraissent souvent d’une sécheresse redoutable.

Domaine Kir Yanni

Je n’ai pas tout aimé dans la gamme des 4 vins rouges présentés par ce domaine, et je n’ai dégusté ni le blanc ni le rosé.

vins rouges

AOC Amyndeon, Kali Riza 2014 (cépage Xinomavro / prix 17 euros)

Un joli nez parfumé entre fruits et fleurs. Les tannins sont d’une puissance moyenne mais restent assez secs en finale. Forte acidité aussi, ce qui renforce l’impact des tannins.

AOC Naoussa, Ramnista 2012 (cépage Xinomavro / prix 22 euros)

Nez intense et très typé dans une gamme d’odeurs sombres. La chaire est relativement juteuse sur un fond tannique. Bonne longueur. Il faudrait être patient je pense.

 

Domaine Diamantakos

vin blanc

IGP Imathie, Preknadi 2016 (cépage Preknadi / prix 19 euros)

Le millésime 2016 de ce vin est bien plus agréable que le 2015 que j’ai trouvé lourd et alcooleux. Ce vin est frais et fin, avec du caractère qui vient avec la touche d’amertume en finale.

vin rouge

AOC Naoussa 2012 (cépage Xinomavro / prix 23 euros)

Le nez est bien plus parfumé que la plupart de vins de ce cépage que j’ai dégusté. Floral et délicat au palais aussi. Les tannins et l’amertume sont maitrisés ici.

J’ai aussi dégusté un 2103 du même vin, dans la continuité, aussi parfumé mais avec plus de structure.

Domaine Kechris

Ce domaine travaille beaucoup (mais pas exclusivement) avec un type de vin très traditionnel en Grèce : le Retsina. Si vous avez une mauvaise opinion du type, je vous encourage de goûter leurs vins !

vins blancs

Retsina Kechribari 2016 (cépage Roditis / prix 10 euros)

Vin parfumé et tendre, la touche de résineux étant délicate et bien intégrée.

Retsina, Les Larmes du Pin 2016 (cépage Assyrtiko / prix 22 euros)

Voilà un vin qui blufferait tout le monde ! Nez splendide, aussi expressif que subtil. L’élevage lui a apporté finesse et rondeur. Vin superbe.

Je l’ai nettement préféré au 2015 du même vin, au boisé plus marqué.

vin rouge

IGP Macédoine, Syllogi 2013 (cépage Xinomavro / prix 17,50 euros)

Un joli vin, plus fin que la plupart que j’ai dégusté issu de cette variété. Parfumé et assez long, avec un fruité attrayant autour de sa structure. Il rajoute une belle dimension par sa texture à une jolie fraîcheur.

 

Thessalonique

Domaine Gerovassiliou

Ce domaine se trouve en bordure de la mer et sur des sols essentiellement sablonneux sur fond calcaire. J’ai beaucoup aimé son vin rouge, issu d’un assemble de trois cépages.

IGP Epanomie, Avaton 2012 (cépages Limnio, Mavrotragano et Mavroudi / prix 32 euros)

Vinifié en cuves bois avec un macération pre-fermentaire à froid et pigeage après la fermentation alcoolique, puis un élevage en barriques pendant 12 mois. Le boisé reste encore marqué mais il y a une très belle matière, intense et longue. Vin ambitieux et très bien fait. (16/20)

Voilà, c’est tout pour l’instant. Nous partons à Cassis, avec Hervé et mon collègue Sébastien pour d’autres aventures que nous vous raconterons prochainement.

 

David

 

 

 

 

 

 

 

 


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La Grèce et sa richesse ampélographique (1)

Il y a quelques temps, j’ai relaté sur ce blog l’extraordinaire richesse ampélographique de la Géorgie, et même un peu avant d’y aller pour la première fois. Mais je n’oublie pas celle de la Grèce, et je me permets aussi de rappeler que nous devons le mot ampelopsis à la Grèce antique et au mot αμπελος (ampelos) qui signifie « vigne ».

Ce qui m’a à nouveau démontré une récente dégustation de vins grecs organisé par l’excellent restaurateur, traiteur et importateur de vins Mavrommatis, qui est installé à Paris où il possède plusieurs boutiques et restaurants. Regardez ici pour plus d’informations : www.mavrommatis.com/

L’année dernière, lors de l’édition 2016 de la même présentation, j’avais été particulièrement impressionné par les vins blancs. Cette année, bien que certains blancs m’aient enchanté, ce sont aussi des rouges qui ont figurés parmi les plus belles surprises de mes dégustations qui m’ont fait rencontrer environ 60 vins de différentes parties de la Grèce, allant de la Crète à la Macédoine, en passant par les Cyclades, le Péloponnèse et Céphalonie. Je vais vous en parler en plusieurs épisodes: cette semaine, cela sera au tour des îles, en commençant notre voyage en Crète.

Selon Effie Kallinikou, oenologue et export manager du Domaine Lyrarakis, 11 variétés autochtones sont identifiées et utilisées en Crète. On y trouve aussi des cépages classiques « internationaux » issus essentiellement de France, plus le Sangiovese italien et aussi l’Assyrtiko de la petite île voisine de Santorin. Mais évidemment, les cépages « internationaux » ne constituent pas l’intérêt principal d’un tel voyage.

Domaine Lyrarakis, Crète : vins blancs

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

Un très joli Assyrtiko 2016 plus fruité, plus rond et plus « accessible » (tout en restant fin et vif) que les versions de cette variété que j’ai pu déguster de Santorin et qui s’expriment souvent avec une austérité et/ou un niveau de concentration qui peuvent paraître un peu difficile pour certaines personnes (beaucoup diront « minéral »).

(15/20)

Plyto Pirovolikes 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Cette variété Plyto a été sauvé de quasi-extinction par la famille Lyrarakis. Il viendrait de la partie est de l’île et la surface qui lui est consacré ne serait qu’une dizaine d’hectares en tout. La parcelle Pirovolikes est située à 650 mètres d’altitude. Aussi fin que gourmand, avec une touche de fraîcheur citronné et un alcool modeste, j’ai apprécié également sa belle longueur en bouche.

(16/20)

 

Plyto Pasarades 2016

Issu d’une parcelle situé un peu plus bas (480 mètres) je l’ai trouvé assez bon mais dans un style plus gras et lourd que le vin précédent.

(13,5/20)

 

Vilana 2016

9 euros

Ce vin provient de  la partie centrale de la Crête et cette variété est la plus plantée des cépages blancs dans l’île. Elle a tendance à produire beaucoup mais sur des terrains plus pauvres elle devient intéressant, comme ici avec un vin ferme et assez intense qui finit en longueur avec une pointe d’amertume agréable.

(14,5/20)

Dafni Pasarades 2016 (photo de la variété ci-dessus)

Le mot dafne signifie laurier sauce en grec, et ce vin sent fortement la feuille de laurier: odeur que je ne me souvent pas avoir détecté, du moins aussi nettement, dans un autre vin. Encore une variété ancienne sauvé par cette famille. Sa maturation tardive lui a assuré aussi une belle acidité. Vin intense, singulier et très bon.

(15,5/20)

 

 

Domaine Lyrarakis, Crète : vins rouges

(un seul de ces vins est importé pour l’instant et son prix public est donc indiqué)

 

Kotsifali 2015 (photo de la variété ci-dessus)

9 euros

100% cuve. Variété bien connue en Crète. La couleur est légère et le nez peu expressif, mais la texture en bouche est suave et le vin aussi rafraîchissant que fin, presque délicat.

(14/20)

 

Mandilari 2014

Cette variété se trouve un peu partout dans la partie sud de la mer Egée. Elevé 12 mois en barrique, celui-ci est intense et tannique mais a conservé un joli caractère fruité autour. Beau vin, de caractère mais pas rustique pour deux sous.

(15/20)

 

Domaine Sigalas, Santorin : vins blancs

Les vins de ce domaine ne sont pas bon marché mais un regard à cette photo peut donner au moins une partie de la cause ! J’en ai fait une sélection de mes préférés, dont deux font partie des meilleurs vins de la dégustation. Mais je n’ai pas tout aimé, trouvant quelques vins blancs un peu excessifs et lourds.

AOC Santorin, Assyrtiko 2015

29,50 euros

Tendre et à la texture arrondie, avec derrière cela une belle acidité. Cela reste assez cher pour un tel vin.

(14/20)

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

29,50 euros

J’ai préféré ce millésime qui m’a semblé plus fin. Toujours des jolies rondeurs mais plus centré et puissant.

(15/20)

Les cuvées Aa et Kavalieros manquent de finesse à mon goût. Ce dernier est hyper-puissant.

AOC Santorin, Nychteri Grande Reserve 2012 (assyrtiko)

59 euros

Voilà un formidable vin de méditation. Il contient un peu de tout : un peu de sucre résiduel grâce à des vendages tardives, mais aussi une très belle acidité et une oxydation parfaitement intégrée dans le corps du vin et pas simplement plaquée dessus. Enorme complexité et une longueur qui va de pair. Grand vin qui vaut son prix.

(18/20)

Domaine Sigalas, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades, Mavrotragano 2013

44 euros

Vignes de 50 ans, élevage 18 mois en futs de chêne. Un beau nez, intense, de fruit murs et pruneaux. Aussi intense en bouche, qui est charnue et chaleureuse. Un vin riche mais superbement équilibré

(17/20)

Domaine Argyros, Santorin : vins blancs

AOC Santorin, Assyrtiko 2016

23 euros

Assez vif et fin, avec un toucher presque tannique à la fin qui lui confère un accent austère. Un peu cher, mais il faut aussi voir les conditions de production.

(14/20)

AOC Santorin, Argyros Estate 2015 (assyrtiko)

27,50 euros

Issu de vignes très vieilles (150 ans et donc non-greffées) du village d’Epikopi. 20% de ce vin est élevé en barriques pendant 6 mois. Semble plus tendre et arrondi que le précédent, avec beaucoup de force et de puissance. C’est aussi un blanc au caractère tannique marquée. Très long aussi.

(15,5/20)

AOC Santorin, Pure, Volcanic Slopes Vineyard 2013 (assyrtiko)

40 euros

J’ai préféré ce vin a une autre, issu de très vieilles vignes et d’un élevage en barriques. Celui-ci a été vinifié en cuve souterraine en ciment et gardé sur lies pendant 14 mois. Vin complexe, riche et rond mais sans l’accent sucré que peut apporter la barrique. Parfums délicatement fruités. Délicieux, même se c’est un peu cher.

(16/20)

IGP Cyclades, Domaine Argyos, Aïdani 2016

25,50 euros

Autre cépage blanc de l’île. Rarement vinifié seul, sauf pour faire des vins doux, il a naturellement peu d’acidité et produit des faibles niveaux d’alcool. Ce vin est fin et fruité, bien équilibré et très plaisant, mais il ne vaut pas ce prix.

(14,5/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rosé

IGP Cyclades Atlantis rosé 2016

80% Assyrtiko, 20% Mandilaria (assemblage de raisins ou de vins ???)

Peu import la technique utilisée car j’estime que c’est le meilleur vin rosé que j’ai dégusté cette année. Très savoureux et bien équilibré, je pense que ce vin illustre ce qu’un bon vin rosé doit être : autre chose qu’un blanc ou un rouge, vif mais ayant de la structure. Cela nous change des pâles choses qui dominent en Provence !

(15/20)

Domaine Argyros, Santorin : vin rouge

IGP Cyclades Domaine Argyros, Mavrotragano 2012

40 euros

Cette variété indigène et rare possède deux variantes distinctes et on ne sait pas trop lequel est le « vrai ». Il a été utilisé traditionnellement pour faire des vin santo, seul ou en assemblage. Depuis peu, quelques producteurs le vinifie en sec, comme ici. C’est cher mais c’est aussi très bon ! Nez incroyable, profond et complexe. Très belle longueur. Tanins et acidités se livrent une bataille pour la gagne, et les tanins l’emportent à la fin, du justesse.

(16/20)

 

Domaine Gentilini, Céphalonie : vins blancs

Nous passons maintenant à l’ouest de la Grèce et à une île de la mer Ionienne.

AOC Robola de Céphalonie 2016

18 euros

Assemblage de vins issus de parcelles sises à 620 et 860 mètres d’altitude. Le cépage Robola se trouve dans toutes les îles Ioniennes, mais aussi maintenant un peu en Grèce centrale. En Céphalonie il a une appellation spécifique. Vin très fin et gourmand, à la fois tendre et doté d’une belle fraîcheur.

(14,5)

AOC Robola de Céphalonie, Wild Paths 2016

21 euros

Vinifié partiellement avec des levures indigènes, et, pour 20%, en barriques. Bien plus ferme que le précédent, il donne une sensation de pureté mais est aussi très serré en texture. Aura besoin d’un peu de temps mais très prometteur.

(15/20)

Domaine Gentilini, Céphalos : vin rouge

IGP Coteau de Ainos, Eclipse 2015 (cépage Mavrodaphni)

23,50 euros

Cette variété se trouve aussi bien dans les îles ioniennes que sur ne nord-ouest du Péloponnèse. Souvent utilisé pour faire des vins fortifiés et doux, mais ici en sec? Cépage bien coloré et tannique. Vinification avec grappes entières en barriques, sans incorporation du vin de presse. Elevage en fûts de chêne 12 mois, puis 12 mois en bouteilles. Vin superbement fruité, rendu délicat et tendre par son toucher très soyeux, ce qui est une performance à mettre au crédit de la vinification intégrale. Sa belle fraîcheur perce ensuite donnant du relief à la longue finale. Vin d’une très belle finesse que m’a tant séduit que j’ai plongé en achetant quelques bouteilles et magnums !

(16,5/20)

Bon voyage si vous avez la chance de vous rendre dans ce beau pays qui souffre en ce moment. Sinon, je vous donne rendez-vous dans une semaine pour parler de quelques vins de Grèce continentale.

 

David

 


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Au bout d’une semaine dense, le Schioppettino de Davide Moschioni

Il y a des semaines comme cela.  A vrai dire, il y en a beaucoup quand on aime le vin et qu’on a la chance d’être confronté à des occasions très diverses qui tournent autour de cette boisson magique. Tout n’y est pas rose et fait de bonheur pur, bien entendu, et il fait aussi tenir le rythme sans (trop) perdre la boussole. La semaine passée est un exemple parmi d’autres. Elle inclut aussi des journées au bureau à écrire, préparer des travaux à venir, rédiger comptes-rendus et mails et gérer le quotidien de toute petite entreprise, plus une réunion à l’extérieur, quelques dégustations programmées ou improvisées et une journée de formation dispensée le samedi.

Lundi soir, dîner chez un membre (généreux, comme vous allez le voir) d’un des cercles d’amateurs de vins que j’anime. A l’apéritif, Dom Pérignon 1988 en magnum, puis 1982 en bouteilles : les deux extraordinaires, peut-être surtout le 1982 ce soir-là, même si le 1988 ira probablement plus loin dans le temps. Servis dans des verres que je n’aurai pas choisis pour de tels vins, mais quelle finesse et quelle puissance pour des Champagnes de ces âges!

Au repas qui a suivi, d’abord un Corton-Charlemagne 2005 de Bouchard Père et Fils, qui m’a semblé un poil fatigué. Problème de bouchon pas assez étanche, probablement ; en tout cas en deçà du niveau habituel des grand blancs de cette estimable Maison. Ensuite, Calon-Ségur 1990 en double magnum : un vin très ferme et carré, encore trop jeune et un poil austère à mon goût, mais impressionnant. Puis Beychevelle 1945 : je l’aurai servi avant le Saint-Estèphe car il est sur le déclin avec de jolies restes, tout en élégance mais un peu dominé par l’acidité maintenant. Puis, avec le fromage, un Porto Taylors Vintage 1968, très fin, très suave, encore très fruité mais sans la puissance habituelle de Vintages de ce producteur. Avec le dessert, un Quarts de Chaume, Château de Suronde 1989 : très beau. Nous avons fini avec un magnifique Armagnac Laberdolive de 1937, puis retour à la maison en métro. Même pas mal !

Mardi soir, travail pour animer une soirée du Wine & Business Club et présenter à 150 personnes deux vins peut-être pas très bien connus mais de très belle qualité et que je bois avec autant de plaisir que certains des précédents. Premièrement, le Château de Fontenay, près de Tours, avec des Touraine et Touraine-Chenonceaux que je trouve aussi fins et précis que plaisants et très abordables en prix. Deuxièmement un vin des Costières de Nîmes à l’étiquette moderne et à la qualité irréprochable: le Domaine de Scamandre.

Mercredi soir, relâche.

Jeudi midi, déjeuner/dégustation pour un club pour lequel je présentais 3 vins de Bordeaux issus de ma sélection personnelle parmi les Talents de Bordeaux Supérieur du millésime 2014, plus un blanc de la même région en apéritif. Ces vins se vendent au détail entre 6,50 et 10,50 euros la bouteille et sont, pour moi, parmi les meilleurs rapports qualité/prix disponibles en France aujourd’hui. Le blanc se nomme Château Lauduc Classic blanc 2016, les trois vins rouges Château Lacombe-Cadiot 2014 (un des rares vins de cette appellation né dans la région médocaine),  Château l’Insoumise, cuvée Prestige 2014 (un Bordeaux Sup de la rive droite, près de St. André de Cubzac), et Château Moutte Blanc 2014, un autre Bordeaux Sup qui vient du Médoc, tout près de Margaux, un très beau vin de palus qui contient 25% de petit verdot.

Le jeudi soir, deuxième soirée de la semaine pour un autre club du Wine & Business Club à Paris, cette fois-ci avec des vins étrangers : les excellents Tokaji du Domaine Holdvölgy, et les vins de Sonoma de Francis Ford Coppola, issus de sa série Director’s Cut, tous les deux importés en France par South World Wines. Beaucoup d’intensité dans le Tokay sec de Holdvölgy, qui, pour une fois, n’est pas fait avec le Furmint mais avec l’autre cépage important de l’appellation, le Hárslevelű, et un magnifique liquoreux (mais pas un aszú : il s’agit d’un assemblage entre un szamorodni et un aszú, je crois). Tout bon partout, pour faire court. Coppola présentait un Chardonnay, un Cabernet Sauvignon et un Zinfandel.

Vendredi matin, repos, course à pied et gym; vendredi soir, relâche.

Samedi, formation toute la journée pour un groupe de 16 personnes, surtout amateurs mais aussi trois professionnels, qui se sont inscrits à l’Académie du Vin de Paris pour le Niveau 1 du cursus WSET.

La fine équipe (il manque juste Sébastien Durand-Viel qui donnait un cours ce jour-là) de notre école, l’Académie du Vin de Paris, à Londres quand cette école fut élue, début 2016, parmi les 8 meilleurs formateurs des 650 qui dispensent les cours WSET au monde.

Le samedi soir, retour à la maison où j’ai dégusté, de ma cave, le vin qui m’a fait peut-être le plus grand plaisir de tous ceux de la semaine. Je sais bien que le moment est important dans l’appréciation d’un vin : le fait de ne pas être dans une situation de travail, de se sentir relaxé et tout cela. Mais ce vin rouge m’a semblé intense et très agréable, plein sans être surpuissant, solidement bâti mais également très fruité. Et cela, malgré ou à cause d’un âge qui est respectable sans être canonique : 13 ans. Ce vin, je l’ai dégusté à différents stades de sa vie, car j’en avais acheté une caisse en 2005 lors d’un voyage en Italie pour le compte de la Revue de Vin de France, qui éditait à l’époque chaque année un cahier spécial sur les vins italiens . Il ne m’a jamais semblé aussi bien que maintenant. C’est le vin du titre de cet article et le voici :

Moschioni, Schioppettino (non filtrato) 2003, Colli Orientali del Friuli, Italia

 Davide Moschioni, Vignaiuolo in Gagliano di Cividale del Friuli

D’abord, un mot sur cette variété qui a été sauvée de la disparition dans les années 1970, à l’instar d’autres variétés locales comme le Pignolo ou le Tazzelenghe. Elle n’était même pas autorisée à la plantation avant 1981 ! On en trouve des deux côtés des la frontière actuelle entre le Friuli d’Italie et la Slovénie, et elle possède, logiquement, plusieurs synonymes : Pocalza en Slovénie, Ribolla Nera en Italie (mais il n’a pas de lien avec la Ribolla Gialla). Le terme Schioppettino signifierait « croustillant », soit parce que sa peau donne cette sensation (il s’agit effectivement d’une variété tannique), soit parce qu’il aurait été vinifié à une époque en vin frizzante. Le statut de DOC lui fut accordé en 1987, aussi bien en Colli Orientali del Friuli qu’en Friuli Isonzo, mais on le trouve aussi en IGT Venezia Giulia. Heureuse sauvetage, comme nous allons le voir !

Robe très dense et étonnamment jeune, avec ses bords encore d’un ton rubis malgré son âge qui devient respectable. Le bouchon, en revanche, laisse à désirer sur le plan de l’étanchéité car je constate des remontées du vin jusqu’à deux tiers de sa longueur. Il était temps d’ouvrir ce flacon! Le nez présente en effet un petit coup d’oxydation au départ, avant de me plonger dans des eaux profondes d’une masse très dense de fruits noirs, de cigare et de cerises à l’eau de vie. C’est assez entêtant ! Les tanins qui furent très denses dans sa jeunesse commencent à bien se fondre. Ils sont encore croquants et bien présents, donnant une belle colonne vertébrale à cette masse impressionnante et très qualitative de fruit sombre. Tout cela donne une belle sensation de plénitude, remplissant la bouche sans aucunement l’agresser. Le vin atteint son équilibre par une belle sensation de fraîcheur en finale et cette touche d’amertume si caractéristique de bon nombre de vins italiens.

C’est un vin à la forte personnalité, mais qui sait aussi séduire par la remarquable qualité de son fruit et constitue un excellent choix pour un vin de garde.

Je constate que ce vin vaut maintenant entre 35 et 50 euros la bouteille, selon le pays en Europe. J’ai dû l’acheter un peu moins cher à l’époque, sur place. Il n’est pas distribué en France, à ma connaissance.

David

PS. Aujourd’hui, dimanche, repos le matin, écriture puis gym l’après-midi, puis direction le Stade Jean Bouin ce soir pour soutenir le Stade Français contre Toulon. Allez les soldats roses qui ont su résister au grand méchant Capital cher à Léon !


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Le Prié Blanc sublime les neiges du Mont Blanc

Autochtone et extrême, le Prié Blanc pousse uniquement en Vallée d’Aoste. Plus précisément encore, dans la première partie de la région autonome en venant du Mont Blanc, la Valdigne, qui va de Courmayeur à La Salle en passant par Morgex. L’altitude de culture oscille entre 1.050 et 1.200 mètres, ce qui en fait l’un des cépages les plus hauts d’Europe.

 

Un montagnard valdôtain

Plant vigoureux, il offre la particularité d’avoir un cycle végétatif très court. Tardif, il échappe aux gels de printemps qui sévissent encore en avril, parfois jusqu’en mai. Cependant, sa récolte se fait en première époque, vers la fin août.

Ses feuilles sont petites et ses grappes de taille moyenne aux grains relativement serrés. Ces derniers, de forme sphérique, ont la peau couverte de pruine. Elle se teinte de jaune doré en atteignant la maturité. La pulpe juteuse donne un jus très peu coloré.

Le Prié Blanc est franc de pied, l’altitude rendant le phylloxéra inoffensif. Le cépage se reproduit encore par provignage; une nouvelle pousse  est enterrée au printemps sans la détacher du plant mère. En automne, quand la partie enfouie a pris racines, on coupe le cordon, rendant ainsi la bouture indépendante. L’altitude installe aussi un gradient thermique important, même au milieu de l’été, ce qui évite nombre de parasites, tout autant que l’air sec élude les maladies cryptogamiques.

Sa conduite reste traditionnelle, cultivé en pergolas montées sur des étais en bois ou des piliers de pierre, constructions robustes résistantes au vent parfois violent et aux gelées hivernales.

Le Prié porte aussi le nom de Blanc de Morgex ou de Valdigne.

Ses origines

Incertaines comme bien souvent, la tradition populaire parle de la présence d’une viticulture à grains blancs dès le huitième siècle, qui aurait prolongé une implantation romaine. Une autre tradition évoque une origine valaisanne, lorsque des colons seraient venus de Suisse en 1630 pour repeupler la vallée décimée par la peste. Enfin, quelques recherches évoquent pour une hypothèse autochtone.

Piagne 2015 DOC Vallée d’Aoste Cave Mont Blanc

 La robe blanche nous trouble par sa transparence qu’illumine un peu d’or teinté de vert.

Le nez oscille entre des impressions de fruits blancs acidulés et des éclats minéraux de silex frotté. Viennent s’y ajouter des fragrances de prairies montagnardes riches de fleurs et de plantes aromatiques. La bouche ne dément pas les émotions nasales et c’est avec le tranchant d’un éclat de glace qu’elle franchit les lèvres béates. Le premier coup de givre passé, agrumes, pommes et poires libèrent leur jus et installent un réel confort buccal. Celui-ci a le goût du miel, la chaleur d’un soleil d’automne, la douceur d’une peau de pêche. Sur la fin, une légère note d’encaustique augure l’évolution lente vers un minéral plus prononcé.

La cuvée Piagne est un 100% Prié Blanc dont la vinification comme l’élevage se fait en cuves inox. Levures indigènes. Prix sur place : 18,25€ (ndlr: le vin, pas la levure)

Montagnard et Valdotain, on voit d’emblée le Prié avec la Fontina, autre spécialité locale. Mais avant d’arriver au fromage, les poissons de rivière aiment sa fraîcheur et sa structure minérale qui fonctionnent agréablement avec leur chair délicate. Entre les deux, les viandes blanches lui siéent avec bonheur, surtout relevées de quelques herbes aromatiques.

La Piagne

 

Cet ancien et unique clos valdôtain a été racheté en 2007 par la société coopérative Mont Blanc, sise à Morgex. La cave en a entrepris la restauration, le remontage des murs des terrasses, le réaménagement des pergolas. Il lui reste la réhabilitation de l’antique petite cave attenante creusée dans la roche. Tout cela avec l’intention d’une reconversion biologique.

La Cave Mont Blanc de Morgex et de La Salle

 

Jadis, chaque vigneron s’occupait de sa production et de la commercialisation de ses vins. Des  productions modestes qui n’assuraient guère d’image, ni même un approvisionnement constant du marché. L’idée d’une association naquit au début des années 70. Collaboration qui se transforma en Cave Coopérative en 1981. Elle compte aujourd’hui une centaine d’adhérents pour une production de 140.000 bouteilles annuelles. Avec son vignoble compris entre 1.050 et 1.200 mètres d’altitude, ce doit la coopérative la plus haute d’Europe.

Nicola del Negro, enologo e responsabile commerciale, controlla la vigna « Piagne » di uva Prié Blanc

www.cavemontblanc.com

Ciao

 

 

 

Marco

 


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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !


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Comment fonctionne un bon concours de vins? L’exemple du Concours Mondial de Sauvignon

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Toutes les photos sont de Pierre Jarrige qui couvrait l’évènement

 

Je sais bien que la plupart des professionnels du vin connaissent assez bien le fonctionnement des concours de vins pour y avoir participé avec plus ou moins d’assiduité ou de régularité. Mais nous n’écrivons pas ce blog uniquement pour les gens du métier. C’est pourquoi je pensais qu’il était intéressant de vous montrer un reportage et présentation d’un des concours (et un sérieux, bien entendu) auquel j’assiste en tant que membre du jury depuis quelques années.

Le Concours Mondial du Sauvignon est organisé chaque année depuis sept ans par les mêmes équipes que le Concours Mondial de Bruxelles. Comme son nom l’indique, il est dédié aux vins d’un seul cépage, ou du même cépage majoritaire (à 51% minimum) dans le cas d’assemblages. Les règles sont claires et de bon sens, mais leur application nécessite une bonne dose de rigueur. Je vais en exposer les principales :

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Dégustateurs professionnels uniquement

Dégustation assise et à l’aveugle, évidemment

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Pas plus de 40 vins servis à chaque jury dans chaque séance qui dure une matinée (entre 3 heures à trois heures trente). Nous en avions 35 ou 36 par matinée lors de cette édition.

Vins servis dans des séries comparables, ce qui veut dire que les mono-cépages sont séparés des assemblages, les boisés des non-boisés, les régions ou pays d’origine sont regroupés, et les millésimes aussi à l’intérieur des critères de tri déjà annoncés.

Les jurys ne savent que le ou les millésimes des vins de chaque série, ainsi que le fait qu’il s’agit de mono-cépages ou d’assemblages et de vins boisés ou non-boisés. Mais les origines ne sont pas révélées avant la fin des séances et la sortie définitive de la salle de dégustation pour éviter tout biais.

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Les feuilles de dégustation sont collectées après chaque série.

Bons verres, bonne luminosité, température parfaite et service au rythme des jurys sous le contrôle d’un responsable de sous-jury, dont les membres sont au nombre de 5 ou 6.

Enfin, et c’est important, il n’y a aucune pression pour accorder un quota de médailles, chacun notant les vins selon son jugement sur une feuille calibrée et c’est un ordinateur qui compulse les résultats.

Pour les « special awards », c’est un jury composé des chefs de chaque table qui re-jugent, toujours à l’aveugle, les finalistes de chaque catégorie. Là, il y a souvent des discussions car les styles peuvent différer. Il y avait en tout près de soixante jurés, venus de beaucoup de pays différents.

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Cette édition du Concours Mondial de Sauvignon s’est tenue à Bordeaux, comme tous les deux ans, car non seulement Bordeaux produit plus de Sauvignon Blanc que toute autre région, mais l’appellation Bordeaux est à l’origine de ce concours devenu véritablement international. Je rajouterai que c’est aussi à Bordeaux, sous la direction du regretté Denis Dubourdieu, que la plupart des recherches sur les caractéristiques de ce cépage a été conduits. Les autres années, le concours voyage dans un autre pays ou région producteur de Sauvignon Blanc. Ainsi nous avons pu visiter, lors des éditions antérieures, la Loire, le Frioul (Italie) et la Rueda (Espagne). L’année prochaine cela sera au tour de la Styrie, en Autriche. L’avantage énorme de ce principe d’itinérance est de permettre aux journalistes et autres professionnels d’élargir horizons et connaissances, et, pour les régions concernées, de faire connaître leurs paysages, vignoble, producteurs et styles.

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Les échantillons en provenance d’une vingtaine de pays étaient au nombre de 870 cette année : chiffre légèrement inférieur à celui de l’édition 2016 à cause d’une récolte très déficitaire dans différents pays, et notamment en vallée de Loire et en Autriche, pour ne citer que ces deux exemples.

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Je ne vais pas vous révéler les résultats de ce concours, d’autant plus qu’il me sont totalement inconnus à l’heure ou j’écris cet article. Ils seront divulgués lors du salon Prowein, et seront disponibles par la suite sur le site du concours, mais je vais m’autoriser quelques observations d’ordre général qui ne peuvent évidemment concerner que les 6 séries de vins que j’ai dégusté avec mon jury.

1). Peu de vins ayant des défauts majeurs : quels excès de sulfites, deux vins un peu prématurément oxydés, et aucune bouteille bouchonnée. Il faut dire que, pour ce dernier problème, environ 25% des flacons que j’ai vu était fermé par des capsules à vis.

2). La qualité moyenne (je sais que cette expression ne veut pas dire grande chose) des vins que j’ai dégusté m’a semblé au-dessus de ce que j’ai pu goûter lors des éditions précédentes. Effet d’un beau millésime 2016 dans certaines régions? Peut-être. Effet de progrès de d’émulation? Peut-être aussi. En tout cas, du moins dans les séries qui ont été servies à notre jury, je n’avais nullement l’impression que ce concours est utilisé par certains producteurs pour essayer de «larguer» des invendus en espérant qu’une quelconque loi des moyennes leur fasse obtenir une médaille !

3). Par exemple j’ai eu deux séries de vins de Touraine, tous du millésime 2016, et les vins m’ont semblé bien plus fins, plus suaves en texture, et plus aboutis que lors des éditions précédentes.

4). Je note aussi une tendance, pas partout mais qui va quand-même croissant, à éviter les excès d’arômes de type thiols. Je pense que ce type de Sauvignon finit par fatiguer et nous avons bien plus de finesse en générale qu’il y a quelques temps.

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Conclusion

Je maintiens que ce type de concours sert bien la cause des vins qui y figurent, et peut largement aider à faire connaître la catégorie (le cépage et les appellations qui le produisent) dans son ensemble, et pas uniquement les lauréats de chaque édition.

Il permet aussi aux membres de jury d’affiner leurs approches de la dégustation en cherchant les nuances et les qualités (et pas seulement les défauts) d’un vin dans un registre de type bien défini. Nous ne comparons que ce qui est comparable !

Les rencontres avec producteurs et collègues issus de différents horizons sont aussi très enrichissantes.

Et il y a sûrement plus, mais je m’arrêterai là !

David

 

 

 


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L’appellation Bordeaux montre la voie, y compris pour les cépages résistants

Nous avons tous entendu parler de reportages télé ou écrits mettant en cause l’usage excessif de produits phytosanitaires (pourquoi dit-on toujours pesticides dans ce cas, alors que les produits sont bien plus divers ?) dans le vignoble français et qui pointent particulièrement du doigt le Bordelais. J’ignore si le vignoble bordelais utilise davantage de produits « phyto » par hectare que les autres régions viticoles de France, mais  ce qui me semble logique est que l’humidité du climat atlantique, associé à des températures souvent élevés dans le sud-ouest, doit rendre plus délicat le passage à une viticulture libre de produits fongicides qu’ailleurs. Disons que la donne agricole n’est pas identique d’une région à une autre. Clairement il doit être plus facile d’être en bio dans le Languedoc qu’à Bordeaux, la plupart des années.

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Mais Bordeaux se devait de réagir collectivement à cette mise en cause médiatisée et il l’a fait de belle manière. Le 10 février, le syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur (appellations qui représentent plus de 50% de la surface viticole de la Gironde) a adopté cinq modifications agro-écologiques de ses cahiers des charges. Ces modifications sont :

1). l’interdiction de l’usage d’herbicides sur le contour des parcelles

2). l’interdiction de l’usage d’herbicides sur la totalité de la surface du sol

3). l’obligation d’enlever et de détruire les pieds morts

4). tout opérateur doit mesurer et connaître son Indice de Fréquence de Traitement (IFT). 

5). demande officielle de pouvoir cultiver et revendiquer en AOC d’autres cépages que ceux autorisés dans le cahier des charges, à hauteur de 5 % de la surface totale de l’exploitation et de 10 % de l’assemblage final.

cite-du-vin-bord-005Hervé Grandeau et Bernard Farges, que je n’ai jamais vu dans de telles tenues !

Si les 4 premières mesures semblent tomber sous le bon sens, le cinquième est, à mon avis, très intéressante et innovante et j’y reviendrai. Les trois premières modifications ont été adoptées à l’unanimité, mais les deux dernières ne l’ont été qu’à la majorité. Pour le 4ème, deux responsables du syndicat, Bernard Farges et Hervé Grandeau sont montés au créneau : «par les temps qui courent, il vaut mieux jouer la transparence et ne pas taire les choses» a dit Grandeau, le président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, tandis que Bernard Farges, le président du syndicat, dit : «Nous avons tout intérêt à montrer ce que nous faisons, car de toute façon notre consommation de pesticides va diminuer», et aussi «Il nous faut être intransigeants et irréprochables dans nos comportements sur nos parcelles, avec nos salariés et voisins» .

cepages-resistants-icv Mais c’est la dernière mesure qui me semble la plus intéressante, sans contester l’absolue nécessité des 4 autres. Cette remise en cause des pratiques figées des AOC est une bouffée d’air frais, et qui porte un double enjeu : la lutte contre les maladies avec la nécessité de diminuer les produits de traitement, mais aussi une nécessaire adaptation aux effets du réchauffement climatique. Que Bordeaux porte ce dossier au comité de l’INAO est une bonne chose car cette appellation à du poids. J’espère que d’autres soutiendront cette belle initiative ! Et Bordeaux ne vise pas du tout d’implanter des cépages rendus célèbres dans d’autres régions, ce qui est intelligent étant donné l’esprit protectionniste qui sévit ici ou là. Il s’agit bien de variétés résistantes et le témoignage d’un vigneron qui expérimente avec ces variétés me semble bien illustrer l’intérêt de la démarche.

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Les vignobles Ducourt couvrent 450 hectares, essentiellement dans la région Entre-deux-Mers et sont exploités en agriculture raisonnée depuis 2004. Les frères Jérémy (ci-dessus) et Jonathan Ducourt ont planté, en 2014, 3 hectares de variétés résistantes développés en Suisse (un des pays, avec l’Allemagne et l’Italie, le plus en pointe sur cette voie de recherche). Ce sont les pionniers de cette approche en Gironde, même si un domaine en Languedoc, le Domaine de la Colombette, est plus largement avancé avec 40 hectares de cépages de ce type. Jérémy Ducourt souligne l’avantage de ces variétés: «En trois ans, je n’ai eu à traiter que quatre fois mes parcelles de vignes résistantes. Soit une réduction de 80 % par rapport au témoin».

Nous pouvons émettre le voeux que l’INAO accepte des expérimentations de ce type plus largement, et sans pénaliser les producteurs en exigeant l’exclusion des  résultats, s’ils sont bons, du système AOC en se cramponnant à cette notion absurde de « typicité » qui ne veut rien dire.

 

David