Les 5 du Vin

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A la recherche (difficile) de cépages autochtones en Bulgarie

Bon, je dois dire d’abord que je n’aime pas beaucoup la notion d’autochtonie. Qui ne vient que d’un seul endroit ? Et quel sens ont les frontières politiques actuelles face aux mouvements des plantes qui datent, la plupart du temps, de périodes plus anciennes. D’autre part, hormis quelques rares cas, qui peut dire exactement où sont nées les variétés de vignes que nous connaissons aujourd’hui ? Ces plantes ont voyagés, se sont croisées, re-croisées, puis se sont sous-diversifiées par mutation en s’adaptant à des conditions locaux diverses. Mais j’aime tout de même avoir un peu de variété dans mes verres quand je voyage, moi, et découvrir autre chose que ce que je peux trouver en grande quantité chez moi en France.

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Cet objet magnifique est une coupe en or destinée à recevoir du vin et datant de l’ère de la Thrace antique

Prenons le cas de la Bulgarie, pays que j’ai eu l’occasion de visiter récemment pour donner une conférence sur la variété sauvignon blanc et ses diverses expressions dans le monde. Il y a eu sans doute une grande diversité de vignes dans ce pays, dont l’histoire viticole remonte probablement bien au-delà de celle de la France. Depuis le nord du Moyen Orient ou la Georgie, il n’aura fallu traverser que la Mer Noir pour que la vigne vienne s’établir par là bien avant d’arriver dans l’ouest de la Méditerranée. Puis les Thraciens, et, après eux, les Romains, ont voués tous les deux une culte au vin, comme les Chrétiens orthodoxes plus tard. Il est vrai que l’occupation Turque a du calmer un peu les adeptes de Zagreux, de Dionysos ou de Bacchus, mais pas au point de faire disparaître toute l’ampélographie locale.

bulgarian red grapes

bulgarian white grapesAu vu de ces tableaux, on devrait trouver largement autant de vins issus de variétés locales que de variétés d’ailleurs sur les cartes des restaurants en Bulgarie. Pourtant ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

A regarder les cartes de restaurants de bon niveau en Bulgarie, on dirait que le vignoble bulgare a été colonisé par des français, aidés ici et là par quelques allemands. Des dizaines et dizaines de cabernets, de merlots, de syrahs, de chardonnays, de sauvignons blancs, de muscats (on peut évidemment plaider une origine grecque pour celle-ci); ensuite pas mal de rieslings, de traminers (gewurz ou pas), des pinot noirs, et même des malbecs, des mourvèdres et des cabernets francs. Un exemple suffit pour situer l’échelle des choses. Sur une carte de vins d’un bon restaurant situé sur la Mer Noire, à Burgas, j’ai compté environ 200 références de vins bulgares, plus une bonne centaine de vins d’ailleurs. C’est bien, mais quand je cherchais un cépage bulgare parmi les 200 vins, je n’ai trouvé que 10 qui utilisaient, en mono-cépage ou en assemblage, des variétés locales. J’ai pu faire un constat très similaire dans le restaurant d’un bon hôtel à Sofia lors de mon voyage de retour.

Puis j’ai fait un tour au salon de vin où j’ai fait mon travail. La plupart de la cinquantaine de stands ne proposait que des vins issus de ces variétés dites internationales. J’ai estimé qu’il y avait, en tout, environ 250 vins proposés à la dégustation à ce salon, mais je n’ai trouvé que 14 qui ont été élaborés avec des variétés locales. Je vous parlerai de ces vins plus tard, mais cette situation me choque un peu et je crois que les responsables font fausse route. Bien sûr, il faut vendre pour exister et si la porte d’entrée d’un marché ne se fait que par le biais d’une petite dizaine de cépages, alors pourquoi ne pas mettre quelques uns dans son vignoble? Mais une si écrasante domination de la production par des variétés venues d’ailleurs dans un pays de longue tradition viticole me semble aberrante.

5-slider-mavrud-with-grapes2La famille Cathiard est-elle arrivée en Bulgarie? En tout cas le Mavrud, bon cépage rouge du pays, semble avoir trouvé une autre voie que le vin pour s’exprimer. Voyons cela plus bas (non, je plaisante…)

D’autant plus que les quelques vins issus de variétés locales m’ont semblé très dignes d’intérêt. Et on ne peut pas émettre comme prétexte que la plupart des cépages régionaux dont j’ai croisé le chemin lors de ce bref séjour ont des noms à coucher dehors : dinyat, misket et tamianka (ok, celui-là peut-être) pour les blancs ; mavrud, rubin (un croisement local entre syrah et nebbiolo), et melnik pour les rouges. Je n’ai ni vu ni dégusté de vins issus de pamid ni de gamza, mais ce sont aussi des noms plutôt faciles à retenir.

Je ne suis pas en charge du marketing des vins bulgares, mais il me semble qu’ils ont peu de chance de percer sur un plan international, d’une manière durable et en dégageant assez de valeur rajouté pour prospérer, en poursuivant uniquement cette voie usée du « cab/chard », ou du « merlot/sauv ». Certes ils peuvent produire moins cher qu’en France, mais sont-ils réellement compétitifs face au Chili ou à l’Afrique du Sud, par exemple. Puis, en se fondant uniquement sur cet axe des cépages internationaux, qui viendra déguster à leur table ? Uniquement les acheteurs de supermarché à la recherche de bonnes affaires, probablement.

MavrudMais le mavrud n’a pas toujours trouvé preneur chez les acheteurs de raisin en 2014. C’est signe de la désaffection des Bulgares, et de ceux qui achètent leurs vins, pour les variétés indigènes.

Nous connaissons l’histoire de cette ruée vers les variétés « internationales » : l’attrait de marchés comme la Grande Bretagne, mais aussi la Russie. Mais ces sources de retour sur investissement n’ont pas eu la stabilité requise pour bâtir une industrie fière, auteur dune gamme de styles unique. Qui peut donner une identité claire, même diversifiés, aux vins Bulgares d’aujourd’hui ? Des investisseurs d’ailleurs (Italie, France, Allemagne) ont pu faire de bonnes affaires tout en apportant capitaux et un savoir-faire technologique utile. Mais je pense qu’l est souhaitable de voir émerger rapidement une meilleur exploitation des variétés locales, seules ou en assemblage.

Melnikcépage Melnik

Une autre conférence lors de ce salon a d’ailleurs tenté d’en montrer les possibilités des variétés de la région. J’ai pu ainsi, avant de devoir quitter cette conférence mené par le Président des Oenologues du Pays, Stanimir Stoyanov,  déguster deux misket (cépage blanc), un Kavasalik (cépage rouge planté en Turquie) vinifié en rosé de presse, et un melnik 55 (cépage rouge vinifié en rouge).

Un mot sur les vins et cépages dégustés

Les blancs

Misket

J’ai pu déguster deux vins de cette variété, dont une assez longuement au restaurant. Celui-ci était très aromatique, mais plus par les arômes de type fines herbes que de fruits : cerfeuil, estragon, ciboulette etc. La bouche m’a semblé pleine et bien arrondie (donc pas affreusement « minérale !) mais fraîche, très agréable, intéressante et légère (moins de 12% en alcool, ce qui est devenu assez rare). J’ai trouvé ce vin parfaitement adapté à un repas estival.

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Tamianka

J’ai dégusté, une fois au restaurant et une autre fois au salon, un seul vin de cette variété, du producteur Baratanov. Il était excellent, aux arômes de pêche et d’abricot, assez puissant, avec un alcool bien présent, charmeur, charnu et arrondi, un peu à la manière d’un vin blanc rhodanien.

Dimyat

Parfois associé au Muscat, comme dans l’exemple dégusté du producteur Ethno. Le prix de vente local de ce vin sec n’est que de 4 euros, ce qui en fait un excellent rapport qualité/prix pour un vin assez fin et équilibré, dominé par les parfums du muscat.

J’en ai dégusté un autre exemplaire, de la marque Izba Karabanar, proche de Plovdiv? Ce Dimyat était vinifié seul et plutôt vif et « minéral », serré mais net, simple mais bien fait.

Les rouges

Mavrud

Certainement la variété locale le plus diffusé : c’est un peu la cabernet sauvignon du coin. Assez régulièrement vinifié seul mais parfois assemblé avec le rubin.

Celui de Sprirtus Sanctus ne m’a pas semble en parfaite odeur de sainteté sur le plan aromatique. Des Belges par là ? Les saveurs étaient aussi marquées par la cerise amère.

J’ai bien aimé le millésime 2010 de la marque Elenoro, austère mais fin, avec une bonne qualité du fruit et une belle longueur. Leur 2011 est plus riche est suave, avec une expression plus pleine du fruit.

Rubin

Cette variété est, semble-t-il, le résultat d’un croisement syrah x nebbiolo. Il est naturellement très tannique et austère.  Elenora en produit un bon exemple.

Thrace_modern_state_boundariesImage cartographique qui indique l’emplacement de la Thrace antique sur une carte actuelle avec les frontières Bulgares, Macédoniennes, Grecques et Turques

Melnik 55

Aussi souvent utilisé en assemblage. J’avoue ne pas tout saisi de l’identité de cette variété qui semble avoir soit des synonymes, soit des variantes, soit les deux. Il est probablement aussi métissé. J’ai dégusté un bon exemple dans un restaurant à Sofia, mais je ne me souviens pas de son nom. Les deux que j’ai dégusté au salon étaient abimé par un usage maladroit de bois.

 

Bon, ce n’était une courte visite qui ne m’a donné certainement qu’une vision très partielle et fragmentée de la situation. Mais cette vision ne me rassure guère et je pense sincèrement que les producteurs bulgares ont grand intérêt à se focaliser davantage sur leurs variétés locales.

 

David Cobbold


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Quand le Mourvèdre se fait caressant… du côté du Minervois

Le cépage Mourvèdre engendre souvent des vins assez austères, tanniques et droits. Mais de temps à autre, il se laisse aller à plus de facilité. Il enchante alors les papilles par des fragrances inattendues, multiples, du moins dans sa prime jeunesse.

le Vin de Plume 2014 Minervois Domaine du Somail

Domaine du Somail 001

Violet pourpre presque noir, cette cuvée s’exprime presque dans la seconde, proposant sans retenue ses parfums fruités et floraux. Prunelle, griotte, amande, violette et iris se retrouvent en bouche avec la même générosité. La fraîcheur, la fermeté soyeuse des tanins, les épices douces, le charnu des fruits et l’élégance des fleurs en font un vin de plaisir gourmand.

Domaine du Somail (1)
Vinification: assemblage de 80% de Mourvèdre et 20% de Syrah sur éboulis calcaires. Vendangés à la main, les raisins sont vinifiés délicatement de manière à extraire des jus équilibrés et aromatiques. Fermentations finies, le vin est ensuite tiré en cuves pour être élevé pendant 10 mois.

On aime ce vin friand quant à l’apéro, il remplace blancs ou bulles avec aplomb. Servi, frais, pas froid, il accompagne les plats du sud des tians au couscous, du lapin au thym aux succulents pieds et paquets. Les carpaccios et les légumes grillés lui font de l’œil.

Le domaine

Ils sont quatre, venus d’horizons différents mais animés par la même passion, la vigne. Quant au vignoble de 15 ha, il escalade les premiers coteaux qui mènent au village de Minerve, au nord-est de l’appellation Minervois. «Recherchant l’authenticité, l’élégance et la finesse dans nos cuvées, nous avons fait le choix de la biodynamie. Le respect des rythmes cosmiques et de la vie des sols est pour nous fondamental dans nos pratiques et nos gestes. La vigne révèle en retour le potentiel de nos terroirs» explique François Fabre.

Domaine du Somail (2)

 

http://www.domainedusomail.com

Ciao

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Marco

 


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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

vignoble Carnuntum

 

Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

zweigelt Grappes de Zweigelt

Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold

 

 

 


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Grüner Veltliner, reine d’Autriche

Qui parlait du Grüner Veltliner il y a 20 ans ? Pierre Galet, dans son Dictionnaire Encylopédique des Cépages (édition 2000, chez Hachette) ne le mentionne même pas sous son vrai nom, mais le place sous un nom francisé, Veltliner Vert (alors qu’il est inconnu en France !), en lui accordant royalement une colonne. Pourtant, il occupe près d’un tiers du vignoble autrichien, soit quelques 17.000 hectares dans ce pays, sans compter une présence significative en Hongrie et en République Tchèque, plus la Bulgarie, et, depuis peu, aussi, quelques plantations aux USA, Australie et Nouvelle Zélande.

Wine Grapes, de Harding, Robinson et Vouillamoz, un autre livre de référence, mais plus récent puisqu’il date de 2012, lui donne une place plus en phase avec les qualités multiples de ce cultivar qui est un des nombreux descendants du traminer (savagnin en France), et  possède donc un lien de parenté avec la famille des pinots. La presse, dans beaucoup de pays (sauf en France), lui accorde de nos jours une place très significative parmi les grands cépages blancs du monde. Cette ascension a été fulgurante et coïncide avec la montée en qualité des vins autrichiens depuis 1985.

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Une récente dégustation à Vienne, à laquelle j’ai fait allusion il y a deux semaines, m’a permis de déguster 74 vins de Grüner Veltliner sur la centaine présentée à cette occasion. Et ainsi de me faire une idée plus précise aussi bien de ses qualités que de sa plasticité, car à certains égards il a des points en commun avec le chardonnay, la variété la plus adaptable de la planète.

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service pendant ma dégustation de plus de 70 vins de grûner veltliner

La dégustation a ordonné les vins de plusieurs catégories, ainsi nommés par les organisateurs : « jeune et élégant », « vins de réserve puissants », « mature » et « innovant et sauvage » . Je reviendrai sur cette catégorisation, globalement utile pour faire son choix parmi le grand nombre de vins présentés. Les sous-régions  ou appellations d’origine étaient mixtes dans chaque catégorie, mais on trouve le grüner veltliner essentiellement dans la partie septentrionale du vignoble autrichien, appelé Niederösterreich, aussi bien dans la région élargie éponyme que dans les DAC spécifiques de Weinviertel, Kamptal, Kremstal, Wachau et Traisental. Il y en a aussi un peu à Vienne et en Burgenland. Cette dernière région élabore également des vins liquoreux avec la variété.

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les séries de vins servis allaient de 3 à 6 vins

La première catégorie de la dégustation concernait des vins jeunes : millésimes 2014 et 2013. Ces vins sont généralement plus simples aussi bien par leur origine viticole que par leur styles. Les prix, à de rares exceptions près, se situent entre  5 et 15 euros la bouteille. Si 2013 est considéré comme une très bonne année pour les vins blancs en Autriche, ce ne fut pas le cas de 2014, rendu très compliquée par des pluies abondantes (un peu comme les 2013 en Loire ou à Bordeaux).

Mes vins et producteurs préférés de ce groupe, sur les 19 dégustés, dont 7 ont obtenu une noté égale ou supérieure à 14,5/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Groiss GV 2014, Weinviertel (*)

Ecker-Eckhof, Ried Steinberg GV 2014, Wagram (*)

Fritsch Weinberghof, Ried Steinberg Rupperstal 2014, Wagram (**)

Birgit Eichinger, Ried Wechselberg GV 2013, Kamptal (*)

Edlmoser, Ried Himmel GV 2013 (**)

Ligenfeld, Ried Himmelreich GV 2013 (**)

panorama_wachau_6__c__vineaWachau est une des appellations vedettes pour la production de Grüner Veltliner; pentes et terrasses font penser parfois au Douro, mais c’est bien plus vert et le fleuve s’appelle Danube

 

La deuxième catégorie concernait des vins dites « de réserve », ayant parfois une origine plus « noble », toujours un élevage plus long et, par conséquence, des prix plus élevés (entre 15 et 30 euros, occasionnellement plus). Les millésimes étaient des 2012, 2011 et 2010. Des bons niveaux de maturité ont règnés en 2012 et 2011, 2010 étant plus compliqué avec des rendements faibles et une belle arrière saison pour sauver la mise. 2009 est considéré comme un grand millésime. J’ai dégusté 28 vins de cette catégorie et ai donné une note de plus de 14,5/20 à 10 vins, avec deux notes au-dessus de 16/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Rudi Pichler, Smaragd Ried Wösendorfer Kollmütz 2012, Wachau (*)

Domäne Wachau, Smaragd Ried Kellerberg GV 2012, Wachau (**)

Ludwig Neumayer, Reserve « Der Wein vom Stein » GV 2012, Traisental (*)

Bründlmayer, Reserve Ried Käterberg « IOTW » 2012, Kamptal (***)

Prager, Smaragd « Wachstum Bodenstein » GV 2011, Wachau (***)

Hurtzberger, Smaragd Ried Honivogl GV 2011, Wachau (**)

Johann Donabaum, Smaragd ‘Limintierte Edition » GV 2011, Wachau (*)

Forstreiter, Reserve Ried Tabor GV 2011, Kremstal (**)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Grub GV 2010, Kamptal (***)

Salomon Undhof, Reserve « Von Stein » GV 2010, Kremstal (**)

Bernard Ott, Ried Rosenberg ‘IOTW » GV 2010, Wagram (*)

Willi-Bruendlmayer-im-Weingarten-3_01Willi Bründlmayer, dont je n’ai pas le souvenir d’avoir déguste un vin ordinaire. Ses vins ont encore brillé lors de cette dégustation.

 

La troisième catégorie concernait des vins plus âgés, allant de 2008 à 1998. 8 vins retenus (selon les mêmes critères) sur le 18 dégustés. Je ne suis pas convaincu que la vocation de cette variété soit une très longue garde. Il semble à son optimum, pour les vins de haut niveau, entre 3 et 8 ans.

Loimer, Reserve Ried Spiegel « IOTW » GV 2008, Kamptal (*)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Lamm GV 2008, Kamptal (**)

Brundlmayer, Ried Lamm GV 2007, Kamptal (***)

Schloss Gobelsburg, « Tradition » GV 2007, Kamptal (***). NB. Bien que la plupart des bons producteurs autrichiens utilisent maintenant le bouchon en verre ou la capsule à vis, ce ne fut pas encore le cas à cette époque. La première bouteille de ce vin servi était bouchonné.

F. X. Pichler, Smaragd « M » GV 2007, Wachau (**)

Pfafl, Ried Hundersleiten GV 2000, Weinviertel (*)

Knoll, Smaragd Ried Loibenberg GV 1999 (*)

Setzer « Die Lage » GV 1995 (*)

Dernière catégorie : les vins intitulés « wild and innovative » dans le catalogue. Je serai très tenté de renommer ce groupe « horrible et régressif ». C’était un catalogue de défauts, avec des degrés d’oxydation allié parfois à des déviances bactériologiques et, parfois une acidité volatile féroce. Cela donnait souvent aux arômes des notes allant de la pomme blette à de la paille d’écurie à moitié pourrie, en passant par le cidre. J’ai retenu un seul vin sur les 9 dégustés, mais son prix délirant (plus de 30 euros) par rapport à sa qualité, ne mérite pas qu’on s’en souvienne trop longtemps.

Herbert Zillinger, Reserve « Radikal » GV 2013, Weinviertel (*)

En Autriche aussi, la mode des vins dits « nature » fait des ravages. Les organisateurs se sont sentis obligés de montrer des vins de ce type car il doivent, statutairement, représenter toute la gamme de la production de leur pays. En tout cas, il ont très bien fait de les mettre dans une catégorie à part. Mais parfois, je m’interroge sur la motivation, voire la compétence, de certains (rares) collègues présents à ce type de manifestation. Par exemple, j’avais des voisines de table asiatiques qui n’ont dégusté que des vins issus de cette dernière catégorie. Je me demande alors quelle impression elles peuvent se faire des capacités considérables de ce cépage magnifique ! Ou bien ont-elles été amenées à penser que le vin doit ressembler à du cidre oxydé ? En contraste avec cette approche très peu professionnelle et qui manquait singulièrement de curiosité, j’ai constaté que Monsieur Oz Clarke, dégustateur connu et expérimenté, et qui pourtant n’a plus rien à prouver, a systématiquement noté TOUS les vins qu’il a dégustés, aussi bien lors de cette séance que lors de chacune des autres visites, repas et séances de l’ensemble du voyage. Je ne suis pas parvenu à faire autant !

Comment décrire les meilleurs vins de grüner veltliner que j’ai dégusté ?

La première catégorie, c’est à dire les vins les plus simples et les moins chers, sont souvent marqués par des odeurs et saveurs proches de fruits blancs ou verts, des agrumes, du poivre blanc, plus rarement d’asperge ou d’estragon. Leur profil est clair, net et précis, avec une bonne acidité et, parfois, une légère pointe d’amertume. Ceux issus des parcelles bien exposées ont davantage de rondeur et de plénitude de saveurs. On est un peu à mi-chemin entre un chardonnay de climats frais et un riesling.

Le deuxième catégorie, celle des vins plus complexes, est par définition plus difficile à décrire d’une manière globale, car le processus viti-vinicole, ainsi que la situation du vignoble, ont tendance à augmenter les écarts de style. Les types d’arômes fruités vont davantage vers les fruits jaunes et la gamme d’odeurs est bien plus large et complexe. On trouve des notes de chèvrefeuille, de pêche. Ces vins combinent régulièrement délicatesse et puissance d’une manière remarquable. Longueur et densité vont croissant aussi.

Les vins plus vieux étaient issus de cette dernière catégorie. Ils s’arrondissement bien et d’une manière variable selon le millésime. J’ai déjà assez parlé des vins du dernier groupe.

En résumé : une grande et belle dégustation qui a fait la preuve de la qualité croissante des Grüner Veltliner, qu’on peut bien qualifier de « Reine d’Autriche », même si ce pays, dans le seul domaine des vins blancs, produit aussi des Rieslings et des Sauvignons Blancs de classe mondiale. Je vous parlerai de quelques vins rouges la semaine prochaine.

 

David Cobbold 

 

 


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Les Meilleurs Blancs du Monde !

S’il n’en existe pas UN, peut-être en existe-t-il plusieurs. Certes, voilà une affirmation bateau. Trêve de plaisanterie et parlons de ces blancs attachants qui fleurissent sur les bords du lac Léman. De ces Chasselas qui sans prétention, sans en jeter, finissent par vous charmer.

Copie de Mondial du Chasselas 2015 (88)
Le Chasselas, un cépage sans intérêt…

Avant de rejoindre le concours qui leur alloue quelques médailles, j’étais comme beaucoup d’entre nous, des plus dubitatifs. Pour moi, Chasselas vaudois, Fendant valaisan, Pouilly sur Loire et Gutedel germanique, pour ne citer que les plus courants, n’offraient guère d’intérêt. Il a fallu un Suisse opiniâtre, voire deux, pour m’obliger à ouvrir les yeux, le nez et la bouche, sans toutefois aller jusqu’aux supplices moyenâgeux. Bref, de me convaincre de participer au Mondial du Chasselas.
J’en suis à ma deuxième participation et compte bien récidiver encore quelques années.

Mondial du Chasselas 2015 (62)

Le Chasselas, un cépage délicat

Le Chasselas n’est pas un cépage qui se donne facilement. Il faut en déguster une flopée pour en reconnaître toutes les subtilités. Il faut aller le chercher, l’amadouer pour pouvoir le séduire. Alors il sort de sa retenue et vous charme.
Le Chasselas c’est tout le contraire d’un Sauvignon qui vous en jette tout de go…
Pourquoi ne pas l’avoir compris plus tôt ? Simplement parce que les Chasselas rencontrés étaient issus de ces productions à gros rendements, vendus frisants et sans âme. Il en existe toujours, qui sont, pour reprendre la comparaison avec le Sauvignon, son parfait opposé. Quand ce dernier se farde à l’extrême, l’autre devient des plus insignifiants. Mais les assembler serait gâcher son temps.

Le Chasselas vieillit

Ce n’est pas parce qu’il offre peut d’acidité et que son pH est un peu haut qu’il ne possède aucune aptitude au vieillissement. La preuve, cette sympathique verticale du Clos du Rocher à Yvorne qui nous a plongé jusqu’à un plus de 30 ans en arrière (ndlr: à ce propos, notons que le domaine embouteille le clos sous capsule depuis 1990 – 25 ans de bons loyaux services qui prouvent que ce bouchage est tout à fait adapté aux grands blancs à potentiel de vieillissement. Et qu’on ne nous parle pas de la magie du « plop »: sur les trois vins bouchés liège, un était affreusement bouchonné – une belle moyenne!).

Mondial du Chasselas 2015 (97)

Clos du Rocher 2014

Un pet de CO2 pour un nez très floral et une bouche minérale, il a la facilité de la jeunesse qui masque aujourd’hui son potentiel.

Clos du Rocher 2008

Un éclat de silex qui embrase les fruits confits teintés de fenugrec, il se prolonge sur les épices, mais finit avec une pointe de sécheresse.

Clos du Rocher 2002

Le millésime n’a pas été catastrophique partout, le Vaudois s’est réchauffé au soleil et offre un caractère affirmé, une matière dense aux épices délicates et un envol floral des plus élégants.

Clos du Rocher 1998

L’âge lui apporte une complexité nouvelle où une amertume raffinée vient rafraîchir la bouche emplie de fruits confits bien épicés.

Clos du Rocher 1994

Très minéral, il garde un reliquat de carbonique voilé d’un léger fumé. Une pointe acidulée de gelée de citron soutient le développement fruité.

Clos du Rocher 1984

Peut-être le vin le plus complet de la série. Très confit, il évoque l’abricot sec, la chips de mangue, la gelée de poire, le tout bien relevé de poivre blanc et parfumé de livèche. Ici, la fraîcheur provient de l’impression iodée aux accents salins.

Clos du Rocher 1982

La cire d’abeille domine le nez comme la bouche et lui donne bien son âge. La tension minérale lui assure une excellente fraîcheur. Les fruits jaunes tel l’abricot sec et la pêche au sirop nous procure un réel plaisir buccal proche de la suavité.

Mondial du Chasselas 2015 (93)

Le Chasselas se prête aux différents contenants

Nous l’avons dégusté des Chasselas en cuve, en foudre et en barriques usagées, ce qui correspond aux usages traditionnels de vinifications et d’élevage. Plus récemment, quelques vignerons se sont procurés des œufs et des amphores. Les encaveurs, voire toute la Suisse, confondent les deux. Les premiers sont des contenants originaux construits avec un liant béton au taux de sable argileux important qui favorise la respiration du contenu. Les seconds sont des dolia appelé partout amphore et fait de terre cuite.
Les Chasselas vinifié et laissé dans ces contenants jusqu’à 8 mois offrent une structure plus ferme et un caractère plus affirmé, les deux soutenant avec plus de précision le dessin aromatique. Ce qui est intéressant, vu que la Chasselas n’est pas un vin qu’on peut appeler aromatique.

Mondial du Chasselas 2015 (115)Mondial du Chasselas 2015 (46)

Bref, avec la concours et ses deux matinées consacrées à la dégustation, suivi de visite chez les encaveurs, notre connaissance du cépage s’est trouvée bonifiée.
Le challenge avait cette année lieu dans la magnifique château d’Aigle, tout au bout du Léman. J’y étais avec l’un des 5 qui pourra aussi vous en parler avec ses mots…

Mondial du Chasselas 2015 (61)
Ciao

Suisse mondial chasselas 2015 010
Marco


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#Carignan Story # 273 : Cariñena, auténtica denominación

Dans le sillage de sud de la France et du Chili, l’Espagne serait-elle en train de redécouvrir le Carignan et, comme moi, de succomber à ses charmes ? Dimanche dernier je vous ai offert un focus rapide sur cette vieille appellation d’Aragon qui porte le nom d’un cépage jadis réputé et planté dans le monde entier, le Carignan, ou Cariñena, lequel donne son nom à une appellation qui, ces dernières décennies, ne laissait que peu de place, ou plus du tout, au cépage qui nous intéresse dans cette rubrique. J’avais dit tout le bien que je pensais d’un premier vin, simple mais appréciable, qui ne coûtait que 5 € départ cave et qui arborait fièrement à la fois le nom et le cépage de cette appellation dont les vignes grimpent parfois jusqu’à 600 mètres d’altitude.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Aujourd’hui, je goûte pour vous un deuxième échantillon de Cariñena adressé par Hugo Mazel, de la société Grandes Vinos y Viñedos justement basée à Cariñena. Le nom de ce vin ? Anayón. Son millésime ? 2012. Il s’agit d’une cuvée à tirage limité, comme on dit, soit 4.944 bouteilles. Son prix public départ cave est de 20,50 €. Toujours de pur Carignan de Cariñena, ce vin est en fait issu d’une sélection sur le terrain des plus vieilles vignes offrant une moyenne d’âge de 75 ans. Ici, les vendanges se font à la main pour la bonne raison qu’il s’agit de vignes anciennes et de coteaux souvent pentus. Le moût a macéré au moins 25 jours avec délestages quotidiens. Puis le vin a passé une dizaine de mois en barriques de chêne américain et français.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

En voyant la bouteille, fort bien habillée au demeurant, on pourrait redouter un genre Syrah ou Merlot de compétition, une bête à concours généreusement boisée. Or, il n’en est rien. Le nez est gentiment boisé, sans excès. On décèle la pointe d’une mine de crayon avec une surprenante touche de finesse. L’attaque est soyeuse, ronde, épicée, enveloppante, avec un fruité (cerise) persistant et assez mûr. Le bois affirme sa présence en accompagnement la matière, mais ce n’est pas trop gênant : on se dit que l’on aimerait garder le vin un ou deux ans de plus, rien que pour voir. Il y a un surcroît de puissance, si on le compare au vin de dimanche dernier, mais aussi une légère amertume que je ne trouve pas trop gênante, du moins à mon goût. Ce qui est sûr, c’est que le fruit est là, bien en place, prêt à souligner la finale qui elle même se fait assez longue. Bref, il s’agit d’un vin bien travaillé, plutôt dans un style international, mais tout à fait acceptable chez nous sur une belle table du dimanche.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Mais cette chronique (voir photo ci-dessus) ne saurait être complète sans revenir au premier vin goûté la semaine dernière. Dans ma hâte, en triant mes échantillons, je viens de mettre la main sur l’autre vin boisé dont j’évoquais l’existence et le prix : 6 € départ cave. En fait, je l’avais zappé comme on dit désormais… Par conscience professionnelle, j’ai donc ouvert pour vous la version Premium selection de la cuvée 3 C qui se veut être un hommage appuyé au Carignan du village de Cariñena au sein de la DOP Cariñena, justifiant ainsi son nom de 3 C. Avec 25 jours de macération et 5 mois de passage en barriques, on a un peu plus de rondeur en entrée de bouche, une belle fraîcheur fruitée, en plus de notes assez épicées et une longueur qui me semble plus marquée. Seul bémol, la finale qui me paraît un peu sèche et brutale.

Ce qui serait intéressant à présent, c’est de savoir s’il y a d’autres producteurs dans cette appellation qui se seraient penchés sur l’idée de concevoir une cuvée où le Carignan serait dominateur (au moins à 80 %), voire même le seul cépage présent. Et, pourquoi pas, peut-être même ailleurs qu’à Cariñena

Michel Smith


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Si on s’achetait le nouveau Galet ?

Non, à l’inverse de mes confrères fins observateurs de la chose publique et électorale, quand bien même son discours séduit nombre de vignerons du Vaucluse au Bas-Rhin, je n’écrirai pas un mot de plus sur le spectre de la blonde Marine qui bat la campagne d’Amalou-les-Bains à Vichy. Tout cela finira bien en peau de zobi… et la moustache de s’envoler définitivement.

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Ne comptez pas non plus sur moi pour raviver le facétieux débat entre anciens et modernes, entre jeunes et vieux, entre journalistes vrais et blogueurs faux. Pas plus je ne souhaite revenir sur l’impérieuse nécessité d’inventer un spritz à la bordelaise où la glace en pagaille, l’eau à profusion et la tranche d’orange même pas sanguine permettront, selon les plus fins stratèges du cocktail ciblé markétinge, d’écouler dans le plus grand snobisme inversé le vin mauvais auquel on a osé donner le nom de Sauternes ou de Barsac. Non, je ne dirai rien au passage des vins dits natures ou naturels. Rien non plus sur le vin nu ou habillé. Non, mille fois non je ne piperai mot du grand bal des dupes, celui des primeurs, qui bat son plein en ce moment entre Garonne et Dordogne. Promis, c’est niet : silence sur Prowein comme sur Vinitaly d’ailleurs. Encore rien sur le site de vente par correspondance des Vignerons Indépendants, sur Bettane & Desseauve, sur la Revefe, sur les commentaires fleuves et les frasques passées de l’ami Luc. Rien non plus (et c’est navrant), sur le dernier numéro d’In Vino Veritas, l’indispensable revue belge que tout le monde s’arrache. Trèves de balivernes. Même pas un mot pour notre chère Tunisie et ses vins, en particulier ceux du Cap Bon.

Dico Cepages

En revanche, ne vous déplaise, je dis OUI. OUI, mille fois OUI, un OUI franc et massif, comme disait le Charlie de Colombey, un OUI en capitales tant la chose qui va suivre me tient à cœur et me paraît importante, pour ne pas dire primordiale. Alors, OUI au crowdfunding  (je vous l’accorde, en cette semaine de la Francophonie, le mot est sans doute aussi barbare  que le triste spritz au sauternes; mais il désigne le  financement de masse qu’est censé engendrer le recours au service de la Toile)! OUI à un projet titanesque, OUI à un travail ambitieux, valeureux, courageux. Oui à la somme d’une vie entière consacrée à la recherche génétique sur les plantes qui composent notre univers viticole. Oh, je sais, je suis nullissime en bateleur de foire, nul à chier en téléshopping, bon à rien en sciences, mais nom de Zeus, misez donc, faîtes comme moi et beaucoup d’autres, pariez vos euros et qui plus est à votre guise, sur le succès d’un ouvrage nécessaire qui a grandement besoin de vous pour exister.

Le livre est prêt : y’a plus qu’à imprimer !

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Un homme, que dis-je, un monsieur, un savant, un ampélographe émérite célébré de par le monde, le Professeur Pierre Galet, de l’École d’Agronomie de Montpellier, a décidé au soir de sa vie – il est né à Monaco, il a 94 ans aujourd’hui – de consacrer toutes ses forces à la réactualisation de son Dictionnaire Encyclopédique des Cépages et de leurs synonymes avec près de 10.000 cépages en France et dans le monde. Cet homme, qui a déjà inspiré des ouvrages de vulgarisation aujourd’hui en librairie à des prix bien plus élevés, ne manque ni de modestie, ni d’humour. Un jour, il avait résumé les difficultés de sa science par cette phrase : la vigne est le premier vêtement utilisé par l’Homme. Souvenons-nous d’Adam et Ève, on ne sait toujours pas de quel cépage il s’agissait !

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Lors de ma dernière connexion au site Fundovino consacré au rassemblement des fonds, sur les 20.000 € nécessaires, 14.000 € avaient déjà été collecté, soit 70% de l’objectif. Nous sommes donc dans la dernière ligne droite puisque les Éditions Libre et Solidaire souhaitent pouvoir commencer l’impression en Avril. La livraison de l’ouvrage de 1.200 pages et 3.000 photos est annoncée à un mois après la réalisation de la campagne. En fonction de l’argent investi, de nombreux cadeaux sont prévus dont un poster de Rémy Bousquet. N’étant pas aussi riche que je le souhaiterais, j’ai pour ma part misé sur une formule intermédiaire : pour 85 € investis, je vais recevoir le livre dédicacé par son auteur ainsi qu’un indispensable marque-page collector que je placerai d’office à l’entrée du texte consacré… au cépage Carignan. Puis j’irai voir l’Aspiran, le Cinsault, la Négrette, le Vaccarèse, la Clairette, la Roussette, etc.

Photo©MichelSmith

Papy Galet, l’été dernier, en compagnie d’une belle admiratrice venue du Gers ! Photo©MichelSmith

Au cas ou vous ne seriez pas encore convaincu par mon invitation en forme de supplique, allez donc faire un tour sur le blog de mon ami Vincent Pousson : sa plume sera peut-être plus efficace que la mienne. Ce faisant, nul doute que votre argent sera bien placé. Sachez qu’en allant sur la plateforme Fundovino mise en place par des passionnés, vous pourrez acquérir l’œuvre de votre vie ! Qui sait, celle que vous léguerez peut-être à vos enfants, qui eux mêmes… allez savoir, grâce vous, un jour, deviendront Vignerons.

Michel Smith

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