Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le Chenin dans tous ses états

S’est tenue, vendredi dernier à Faye d’Anjou, une journée d’étude sur le cépage chenin blanc. Trois des 5 y ont assisté, et Hervé puis Marc auront probablement, plus tard cette semaine, des choses à en dire. A moi donc d’ouvrir le bal.

IMG_7060Cette journée était organisé dans le petit village désertique (plus de café et la moitié des maisons à vendre) de Faye d’Anjou avec l’intitule suivant : « La Chenin, histoire et actualités »

D’abord, félicitations aux organisateurs pour leur initiative et la qualité des interventions qui furent denses et rarement trop longues. Je crois n’avoir dormi que pendant deux d’entre elles ! Puis ils ont eu la bonne idée d’y associer des travaux pratiques avec deux dégustations de chenins ligériens. J’espère qu’une prochaine fois la chose aura une envergure plus internationale, comme les regrettées journées de chenin avec concours qui ont eu lieu à Fontevraud il y a quelques années. J’ai le souvenir, à ces occasions, du refus stupide de l’appellation Vouvray de présenter des échantillons à ce concours, en disant, le nez fermement orienté vers le ciel, « mais nous ne produisons pas de chenin, nous produisons du vouvray ». Vu ce que Jim a raconté récemment sur ce blog, cette appellation-là n’est pas à une décision inepte et mesquine près !

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Le chenin blanc est une variété quelque peu paradoxale : versatile quant aux types de vins produits (blanc secs, demi-secs, liquoreux ou effervescents), adaptable à une large gamme de climats (du tempéré au chaud),  elle est également exigeante au niveau des soins et de la surveillance lorsqu’il s’agit de produire des vins de haute qualité, comme elle a une grande sensibilité à son emplacement (exposition etc). Mais le paradoxe est, qu’à la différence des chardonnays, sauvignon blanc et, à moindre degré, riesling, le chenin a manqué une grande carrière internationale, du moins jusqu’à présent. Les causes sont certainement multiples. On pourrait citer en premier lieu des facteurs geo-économiques : le Val de Loire n’ayant jamais obtenu ce statut de région de référence stylistique qui a fait la fortune de Bordeaux, de Bourgogne ou du Champagne. La faute aussi à une absence historique d’une négoce aussi qualitative que puissante, ce qui est à l’opposé des trois régions déjà cités, auxquelles on peut rajouter la Vallée du Rhône. L’absence d’une ville majeure de référence qui concentre une grande partie de l’activité commerciale de la région a du aussi joueur en sa défaveur : en effet, Nantes n’a jamais été une ville de vin comme Bordeaux, Beaune ou Reims/Epernay, et ni Angers, ni Tours n’ont pu prendre cette place-là.  Puis il faut aussi citer le rôle de cépage « tout-venant » que l’Afrique du Sud, qui est le pays ayant de loin la plus grande surface de chenin au monde, à donné à cette variété. Ainsi l’Afrique du Sud n’a jamais mis le chenin en avant, comme, par exemple, les argentins l’ont fait pour le malbec. Et en France, ses surfaces sont divisées parmi un grand nombre de petites appellations dont les notoriétés peinent à franchir les frontières de l’hexagone. Même si ce n’était pas le cas, le refus de la plupart des producteurs de mettre le nom du cépage sur leurs étiquettes (ce qui est pourtant autorisé), n’aurait rien fait pour améliorer sa reconnaissance par un public plus large que quelques aficianados.

IMG_7066Patrick Baudoin est le Président du Syndicat Anjou Blanc. Il est aussi le producteur d’un des meilleurs vins de la région que j’ai pu déguster ce jour-là.

Car les faits sont têtus malgré tout le bien que nous pouvons penser du potentiel de ce très intéressant cultivar (j’ai dégusté à diverses occasions des vins formidables issus de plusieurs appellations ligériennes, mais aussi sud-africains, aussi bien en sec qu’en liquoreux), et malgré son ancienneté indiscutable. Si Rabelais le mentionne dans Gargantua en 1534 dans un phrase qui évoque déjà la vinothérapie (note 1), la variété est surement plus ancienne, le chenin blanc  n’occupe que la 28ème place (chiffres de 2010) dans le palmarès des variétés les plus plantées au monde, et le 11ème ou 12ème parmi des variétés blanches. En France, son lieu d’origine probable (mais pas certain), le chenin n’occupe que le 16ème place. L’Afrique du Sud en possède presque deux fois la surface de la France (18,500 hectares contre 9,800 hectares), mais ailleurs il ne pèse pas lourd et il s’est assez peu répandu car quatre pays, en incluent les USA et l’Argentine, totalisent 95% des surfaces totales dans le monde. Cela dit, il est entendu que ce n’est ni la notoriété ni le nombre d’hectares plantés qui déterminent le potentiel qualitatif d’un cépage. Regardez aussi le grüner veltliner, ou, plus rare encore, la petite arvine ! Mais le rôle historique de la France en établissant des benchmarks pour des vins de qualité via un certain nombre de cépages aurait dû, il me semble, donner une place plus importante au chenin blanc. Cependant la roue tourne et on peu espérer qu’elle tournera vers une plus grande reconnaissance ce cette grande variété à l’avenir.

IMG_7062Savennières est probablement une des plus consistantes des appellations de chenin. Voici un des bons que j’ai dégusté

 

Pour poursuivre le chapitre technique et historique, l’ampélographe Jean-Michel Boursiquot nous a confirmé qu’un des parents du chenin blanc est le savagnin ou traminer, mais que l’autre reste à découvrir. En revanche il a énormément de liens de parenté avec un grand nombre d’autres variétés, aussi bien en France (le colombard, par exemple) que dans des pays aussi éloignés que l’Autriche ou le Portugal. Comme toute variété ancienne, le chenin a beaucoup de synonymes. Il a aussi au moins un faux ami : le chenin noir, qui lui est totalement distinct sur le plan ampélographique. Si la mobilité des cépages était, au moyen âge, le résultat des déplacements monastiques ou des lubies des puissants, elle a pris une autre ampleur, plus commerciale, à partir de la fin du 18ème siècle, comme nous l’a expliqué l’historien Benoit Musset. Ainsi on trouve du chenin dans le sud-ouest et dans le Languedoc (à Limoux notamment).

IMG_7067Ce vin magnifique de l’obscure appellation Anjou Coteaux de la Loire, est fait avec des raisins confits.

 

Aujourd’hui, la grande interrogation des producteurs de chenin ligériens est de savoir vers quel type de vin faut-il s’orienter. La production des liquoreux selon une méthode naturelle est assujetti à des variations du aux conditions climatiques qui rend l’exercice aléatoire et donc peu rentable. Vous rajoutez à cette difficulté déjà majeure une désaffection quasi-générale pour des vins sucrés et vous avez déjà la réponse ! Bulles ou vins secs, certainement. Pour la bulle, elle occupe déjà une bonne partie de la production, même s’il est difficile de qualifier la part de chenin dédié à cette part, car la plupart des 6 appellations ligérienne de vins effervescents autorise des assemblages avec d’autres cépages, particulièrement le chardonnay. Mais est-ce que la valorisation est suffisante dans ce cas ? On ne recherché pas une grande concentration (certains duraient « minéralité ») dans ce type de vin et cela nuirait probablement à un usage intelligent des meilleurs sites.

IMG_7063Un autre bon Savennières

 

Pour éviter d’être trop sérieux dans cette affaire, qui pourtant le mérite amplement, j’ai proposé le texte suivant aux organisateurs en guise de conclusion : « le chenin est long et la pente est parfois raide, et, chenin faisant, j’ai croisé Miss Botrytis et Mlle Bulles. Un jour il fera sec j’espère. »

Je sais qu’il est de bon ton de moquer la réalité des marchés, et donc du marketing. Mais là encore les faits sont têtus. Combien d’habitants de New York, grande ville de consommation de vins de qualité, savant que le chenin blanc est le cépage de l’appellation Anjou ? Ou qu’Anjou se trouve en Val de Loire ? Le producteur du vin ci-dessous semble avoir tout compris au problème du lien entre étiquette et consommateur. Il s’agit de l’informer, et non pas de le mystifier. Non seulement tout est résumé avec élégance sur l’étiquette, mais le vin est aussi très bon.

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Une dégustation faite il y a un peu plus d’un an (voir ici https://les5duvin.wordpress.com/2014/07/14/la-difficile-conversion-des-habitudes-le-cas-des-anjou-blanc-secs/) m’a révélé, pas pour la première fois, tout le potentiel qualitatif des Anjou blancs. Cette fois-ci j’ai dégusté bien moins de vins, mais issus de différentes appellations, car Saumur et Savennières, sans parler des bulles et vins doux, étaient aussi de la partie. Je pense qu’un des mes collègues  évoquera la dégustation de 80 vins qu’ils ont pu faire la veille de ce colloque, mais je tiens à mentionner quelques vins que j’ai beaucoup aimé et qui étaient présentés dans une dégustation qui a clôturé la journée :

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Savennières

Château de Breuil

Domaine de Closel, Clos du Papillon 2011

Dpmaine Laureau, Les Genêts 2005

Domaine aux Moines 2013

Anjou blanc

Domane Cady 2014

Domaine Ogereau, En chenin 2013

Domaine Patrick Beaudoin, Les Gâts 2012 (un grand vin pour moi)

Domaine de Juchepie, Le Clos 2012

 

Pour finir sur une note de (grande) douceur, et pour rendre hommage aux grands vins doux et moelleux produits avec le chenin, j’ai aussi beaucoup aimé ce vin :

Anjou Côteaux de la Loire

Musset-Roulier, Raisins Confits 2010

 

David Cobbold

 

1). « Et avec gros raisins chenins estuvèrent les jambes de Frogier, mignonnement, si bien qu’il fust tanstot guerry. »
François Rabelais GARGANTUA 1534 LIVRE I chap. XX


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La Cave se rebiffe

Ce jeu de mots/titres un peu facile me sert pour introduire un sujet qui ne plaira surement pas aux adeptes du small is beautiful comme principal critère de sélection pour leurs vins. Tant pis, car je vais parler cette semaine d’un producteur très important, mais aussi très estimable du sud-ouest de la France.

La production annuelle de la Cave de Plaimont dépasse les 40 millions de bouteilles. Il n’y a pas de structure privée de cette taille dans la région, hors du bordelais. 40 millions de bouteilles peut sembler un chiffre énorme, même si ce n’est peut-être pas grande chose à côte des géants mondiaux comme l’américain Gallo (au moins 700 millions de bouteilles avec leur diverses marques) ou le chilien Concha y Toro (360 millions), par exemple.

L’étendu de la zone viticole de Plaimont dépasse les frontières de leur département d’origine du Gers car il touche aussi quelques voisins : Landes et Pyrénées Occidentales. Si beaucoup des volumes proviennent du vaste étendu de l’IGP Côtes de Gascogne, plusieurs AOP sont également de la partie, comme Saint Mont, le berceau de la cave tricolore, mais aussi le rouge Madiran et sa jumelle blanche, Pacherenc du Vic Bihl.   A Saint Mont, Plaimont est presque l’unique producteur, contrôlant 98% de la production, mais aussi la moitié des appellations Madiran et Pacherenc, comme des Côtes de Gascogne. Cela ne fut pas toujours ainsi, car cette structure s’est développée régulièrement pendant 30 ans pour devenir de nos jours le leader des vins du Sud-Ouest.

IMG_7009Une partie de la belle équipe à Plaimont et Crouseilles (Madiran). Olivier Bourdet-Pees, Directeur de Plaimont, est à gauche. Le béret est de rigueur, sauf pour les femmes. Pourquoi, on ne le sait pas ! (photo DC)

Mais tout cela n’aurait qu’un intérêt simplement économique si la qualité des vins n’était pas à la hauteur de leurs positions respectives, et si l’équipe des vignerons, comme des responsables, n’étaient pas sympathique, et aussi compétent que modeste. Tout cela s’avère parfaitement, sans parler de projets de recherche très utiles pour l’intérêt général, comme le conservatoire de cépages oubliés ou inconnus du grand sud-ouest.

PLAIMONT EN QUELQUES CHIFFRES (extrait de leur site officiel)

Principales Appellations AOC : Saint Mont, Madiran, Pacherenc-du-Vic-Bilh.

Indication Géographique Protégée (IGP) : Côtes de Gascogne, Côtes de Gascogne Condomois, Gers, Comté Tolosan.

1 000 producteurs

200 salariés

5000 emplois indirects

Une production qui s’étend sur 5 300 hectares

45% des ventes sont réalisées en France (GD et CHR) et plus de la moitié dans 25 Pays du monde

IMG_7019La politique de Plaimont met en avant des vin de châteaux, dont cette belle austérité gasconne de Sabazan (photo DC)

 

Voilà pour les données de base, mais j’ai surtout envie de vous parler des vins. Dans une dégustation assez large, partagée avec deux collègues, je n’ai trouvé aucune fausse note, même si, inévitablement, j’ai eu quelques préférences que voici :

Les vins rouges

Moonseng 2014

Ce vin de pays (pardon, IGP) est produit du côté lectourais avec une part de Manseng Noir, un vieux cépage oublié, et le reste en merlot. Cette part de manseng noir est amenée à accroître car il n’y en a que peu pour l’instant. Ce cultivar à les mêmes parents que le tannat mais semble plus amène que son frangin dans sa jeunesse. C’est un vin aussi franc que fin, doté d’une excellente qualité fruitée qui est claire et équilibrante. Un vin d’été délicieux au prix très doux (environ 6 euros)

IMG_7013Une petite partie de la gamme de Plaimont

 

L’Empreinte de Saint Mont 2012

Un toucher encore un peu accrocheur pour un vin fin et frais. Très bon et ayant de la personnalité

 

Monastère de Saint Mont 2012

Encore plus de caractère, comme de finesse. Ce vin réussit à combiner longueur et fraîcheur. Excellent.

 

Château Arricau Bordes 2012, Madiran

Ce domaine qui appartient à Plaimont démontre bien sa maîtrise du cépage tannat, sans aucun excès. Relativement rond et suave, au nez comme en bouche, il montre cependant un peu le caractère alcooleux de ce cépage. Aussi dense que long, il gagnera en finesse avec une garde de 5 ans.

 

La Madeleine de Saint Mont 2013

Issu de vignes dont la plantation remonte à 1890 (donc vignes greffées, et sur Noah), ce vin a un très beau nez d’une belle intensité. Les tannins sont aussi solides, un peu chocolatés et amers. Ce vin vibrant et intense, d’une très bonne longueur en bouche, aura besoin de quelques années de vieillissement mais est très prometteur.

 

Le 2014 du même vin, en cours d’élevage, est largement aussi prometteur

 

Les Vignes pré-phylloxériques de Saint Mont 2013

Issu d’une petite parcelle qui a échappée à la tueuse de la vigne du 19ème siècle en Europe, ce vin est aussi rare que magnifique. Je ne suis pas trop dans les mythes, mais ce vin est une splendeur : matière soyeuse, grande fraîcheur, intensité et sève. Il a tout d’un grand vin. Dommage qu’il n’y en ait pas davantage.

IMG_7023Les raisins de tannat tombés par terre au début août témoignent d’un travail sélectif et qualitatif à la vigne. Cette photo illustre aussi la sècheresse dans le vignoble à cette époque. Espérons que les récentes pluies viendront améliorer les choses (photo DC).

 

Les vins blancs secs

Passé Authentique 2014, Saint Mont

C’est le pendant GD de la cuvée Les Vignes Retrouvées, avec des nuances d’assemblage d’écart. Ce vin associe une très forte majorité (80%) de gros manseng à une part de petit courbu et à une autre d’arrufiac. C’est un très joli vin dont la richesse naturelle mène vers une finale légèrement tannique et qui semble donc d’une belle fraîcheur.

 

(un vin qui n’a pas encore un nom, issu du millésime 2014)

C’est long et très prometteur. A attendre, mais peut-être un futur grand vin blanc du sud-ouest.

 

J’ai également dégusté de très jolies cuvées de vin doux et moelleux de l’appellation Pacherenc du Vic-Bihl, dont la fraîcheur et l’équilibre sont le point commun.

 

Je vous passe le discours officiel de ce producteur, axé sur des mots trop à la mode (s’en méfier, toujours) et qui ne signifient pas grande chose, comme « tension » et « minéralité ». Ce que je retiens, outre la modestie de l’approche, est la volonté de produire les meilleurs vins possibles en impliquant tous les acteurs d’un chaîne que ne doit pas être si facile à gérer. Oui, les coopératives peuvent être de acteurs utiles et qualificatives dans le domaine viticoles. Et, une fois de plus, la taille de fait rien à l’affaire : Plaimont ou Clairmont, La Chablisienne ou la Cave de Tain, Castelmaure ou bien d’autres.

 

David Cobbold


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Margaret Rand and Oz Clarke: Grapes & Wines

Oz Clarke and Margaret Rand: Grapes & Wines

Oz Clarke and Margaret Rand: Grapes & Wines

Continuing my mini-series of recently published wine books, here is the new edition of Margaret Rand and Oz Clarke’s Grapes & Wines – a comprehensive guide to varieties & flavours. First published in 2001 this edition has been substantially revised.

Comparisons with Wine Grapes (Jancis Robinson, Julia Harding, José Vouillarmoz) are inevitable but probably misplaced. Wine Grapes is a dense, scholarly and brilliant book appealing to hardened wine nuts, while Grapes & Wines is likely to have wider appeal being much more accessible and with many photos, maps and charts. Their vital statistics gives a clue – Wine Grapes weighs in at just over 3 kilos – a Mike Tyson heavyweight, while Grapes & Wines tops the scales at a much more modest 1.33 kilos.

No reason, of course why you shouldn’t decide to buy both. However, I suspect for most wine lovers Margaret and Oz’s new edition provides them with enough information and they are likely to enjoy their popular approach.

After some introductory sections, grapes varieties are ordered alphabetically with widely varying space devoted to them. Leading varieties like Cabernet Sauvignon, Chardonnay, Chenin Blanc, Garnacha, Merlot, Riesling and Syrah/Shiraz get at least five double pages covering an introduction, geography and history, viticulture and vinification, the grape around the world and enjoying the variety plus recommended wines.  Others varieties get just a few lines.

It is interesting to note how views have changed since the first edition appeared in 2001. Then there was still a belief in the leading five or six international varieties. Planting Chardonnay in hot climate Sicily still seemed a good idea in preference to the local varieties. The intervening 14 years has taught us that there is a strong connection between local climate and the appropriate grape varieties to plant. It has also been a great revival of interest in local and other grape varieties.

A few small quibbles: Oz and Margaret have missed the recent revival of interest in Loire Grolleau as a juicy, easy drinking red wine to be drunk young amongst friends. The dreaded term ‘dessert wine’ makes an appearance in the section on Loire – I would have hoped that Margaret would have banned such nonsense!

Margaret Rand

Margaret Rand

Grapes & Wines is published by Pavilion, £25, 336 pages. Picture credits include: Jon Wyand, Doug Wregg, Cephas – Mick Rock, Kevin Judd and Andy Christodolo.

JIM BUDD

J-ElvisCUss


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A la recherche (difficile) de cépages autochtones en Bulgarie

Bon, je dois dire d’abord que je n’aime pas beaucoup la notion d’autochtonie. Qui ne vient que d’un seul endroit ? Et quel sens ont les frontières politiques actuelles face aux mouvements des plantes qui datent, la plupart du temps, de périodes plus anciennes. D’autre part, hormis quelques rares cas, qui peut dire exactement où sont nées les variétés de vignes que nous connaissons aujourd’hui ? Ces plantes ont voyagés, se sont croisées, re-croisées, puis se sont sous-diversifiées par mutation en s’adaptant à des conditions locaux diverses. Mais j’aime tout de même avoir un peu de variété dans mes verres quand je voyage, moi, et découvrir autre chose que ce que je peux trouver en grande quantité chez moi en France.

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Cet objet magnifique est une coupe en or destinée à recevoir du vin et datant de l’ère de la Thrace antique

Prenons le cas de la Bulgarie, pays que j’ai eu l’occasion de visiter récemment pour donner une conférence sur la variété sauvignon blanc et ses diverses expressions dans le monde. Il y a eu sans doute une grande diversité de vignes dans ce pays, dont l’histoire viticole remonte probablement bien au-delà de celle de la France. Depuis le nord du Moyen Orient ou la Georgie, il n’aura fallu traverser que la Mer Noir pour que la vigne vienne s’établir par là bien avant d’arriver dans l’ouest de la Méditerranée. Puis les Thraciens, et, après eux, les Romains, ont voués tous les deux une culte au vin, comme les Chrétiens orthodoxes plus tard. Il est vrai que l’occupation Turque a du calmer un peu les adeptes de Zagreux, de Dionysos ou de Bacchus, mais pas au point de faire disparaître toute l’ampélographie locale.

bulgarian red grapes

bulgarian white grapesAu vu de ces tableaux, on devrait trouver largement autant de vins issus de variétés locales que de variétés d’ailleurs sur les cartes des restaurants en Bulgarie. Pourtant ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

A regarder les cartes de restaurants de bon niveau en Bulgarie, on dirait que le vignoble bulgare a été colonisé par des français, aidés ici et là par quelques allemands. Des dizaines et dizaines de cabernets, de merlots, de syrahs, de chardonnays, de sauvignons blancs, de muscats (on peut évidemment plaider une origine grecque pour celle-ci); ensuite pas mal de rieslings, de traminers (gewurz ou pas), des pinot noirs, et même des malbecs, des mourvèdres et des cabernets francs. Un exemple suffit pour situer l’échelle des choses. Sur une carte de vins d’un bon restaurant situé sur la Mer Noire, à Burgas, j’ai compté environ 200 références de vins bulgares, plus une bonne centaine de vins d’ailleurs. C’est bien, mais quand je cherchais un cépage bulgare parmi les 200 vins, je n’ai trouvé que 10 qui utilisaient, en mono-cépage ou en assemblage, des variétés locales. J’ai pu faire un constat très similaire dans le restaurant d’un bon hôtel à Sofia lors de mon voyage de retour.

Puis j’ai fait un tour au salon de vin où j’ai fait mon travail. La plupart de la cinquantaine de stands ne proposait que des vins issus de ces variétés dites internationales. J’ai estimé qu’il y avait, en tout, environ 250 vins proposés à la dégustation à ce salon, mais je n’ai trouvé que 14 qui ont été élaborés avec des variétés locales. Je vous parlerai de ces vins plus tard, mais cette situation me choque un peu et je crois que les responsables font fausse route. Bien sûr, il faut vendre pour exister et si la porte d’entrée d’un marché ne se fait que par le biais d’une petite dizaine de cépages, alors pourquoi ne pas mettre quelques uns dans son vignoble? Mais une si écrasante domination de la production par des variétés venues d’ailleurs dans un pays de longue tradition viticole me semble aberrante.

5-slider-mavrud-with-grapes2La famille Cathiard est-elle arrivée en Bulgarie? En tout cas le Mavrud, bon cépage rouge du pays, semble avoir trouvé une autre voie que le vin pour s’exprimer. Voyons cela plus bas (non, je plaisante…)

D’autant plus que les quelques vins issus de variétés locales m’ont semblé très dignes d’intérêt. Et on ne peut pas émettre comme prétexte que la plupart des cépages régionaux dont j’ai croisé le chemin lors de ce bref séjour ont des noms à coucher dehors : dinyat, misket et tamianka (ok, celui-là peut-être) pour les blancs ; mavrud, rubin (un croisement local entre syrah et nebbiolo), et melnik pour les rouges. Je n’ai ni vu ni dégusté de vins issus de pamid ni de gamza, mais ce sont aussi des noms plutôt faciles à retenir.

Je ne suis pas en charge du marketing des vins bulgares, mais il me semble qu’ils ont peu de chance de percer sur un plan international, d’une manière durable et en dégageant assez de valeur rajouté pour prospérer, en poursuivant uniquement cette voie usée du « cab/chard », ou du « merlot/sauv ». Certes ils peuvent produire moins cher qu’en France, mais sont-ils réellement compétitifs face au Chili ou à l’Afrique du Sud, par exemple. Puis, en se fondant uniquement sur cet axe des cépages internationaux, qui viendra déguster à leur table ? Uniquement les acheteurs de supermarché à la recherche de bonnes affaires, probablement.

MavrudMais le mavrud n’a pas toujours trouvé preneur chez les acheteurs de raisin en 2014. C’est signe de la désaffection des Bulgares, et de ceux qui achètent leurs vins, pour les variétés indigènes.

Nous connaissons l’histoire de cette ruée vers les variétés « internationales » : l’attrait de marchés comme la Grande Bretagne, mais aussi la Russie. Mais ces sources de retour sur investissement n’ont pas eu la stabilité requise pour bâtir une industrie fière, auteur dune gamme de styles unique. Qui peut donner une identité claire, même diversifiés, aux vins Bulgares d’aujourd’hui ? Des investisseurs d’ailleurs (Italie, France, Allemagne) ont pu faire de bonnes affaires tout en apportant capitaux et un savoir-faire technologique utile. Mais je pense qu’l est souhaitable de voir émerger rapidement une meilleur exploitation des variétés locales, seules ou en assemblage.

Melnikcépage Melnik

Une autre conférence lors de ce salon a d’ailleurs tenté d’en montrer les possibilités des variétés de la région. J’ai pu ainsi, avant de devoir quitter cette conférence mené par le Président des Oenologues du Pays, Stanimir Stoyanov,  déguster deux misket (cépage blanc), un Kavasalik (cépage rouge planté en Turquie) vinifié en rosé de presse, et un melnik 55 (cépage rouge vinifié en rouge).

Un mot sur les vins et cépages dégustés

Les blancs

Misket

J’ai pu déguster deux vins de cette variété, dont une assez longuement au restaurant. Celui-ci était très aromatique, mais plus par les arômes de type fines herbes que de fruits : cerfeuil, estragon, ciboulette etc. La bouche m’a semblé pleine et bien arrondie (donc pas affreusement « minérale !) mais fraîche, très agréable, intéressante et légère (moins de 12% en alcool, ce qui est devenu assez rare). J’ai trouvé ce vin parfaitement adapté à un repas estival.

logobratanov

Tamianka

J’ai dégusté, une fois au restaurant et une autre fois au salon, un seul vin de cette variété, du producteur Baratanov. Il était excellent, aux arômes de pêche et d’abricot, assez puissant, avec un alcool bien présent, charmeur, charnu et arrondi, un peu à la manière d’un vin blanc rhodanien.

Dimyat

Parfois associé au Muscat, comme dans l’exemple dégusté du producteur Ethno. Le prix de vente local de ce vin sec n’est que de 4 euros, ce qui en fait un excellent rapport qualité/prix pour un vin assez fin et équilibré, dominé par les parfums du muscat.

J’en ai dégusté un autre exemplaire, de la marque Izba Karabanar, proche de Plovdiv? Ce Dimyat était vinifié seul et plutôt vif et « minéral », serré mais net, simple mais bien fait.

Les rouges

Mavrud

Certainement la variété locale le plus diffusé : c’est un peu la cabernet sauvignon du coin. Assez régulièrement vinifié seul mais parfois assemblé avec le rubin.

Celui de Sprirtus Sanctus ne m’a pas semble en parfaite odeur de sainteté sur le plan aromatique. Des Belges par là ? Les saveurs étaient aussi marquées par la cerise amère.

J’ai bien aimé le millésime 2010 de la marque Elenoro, austère mais fin, avec une bonne qualité du fruit et une belle longueur. Leur 2011 est plus riche est suave, avec une expression plus pleine du fruit.

Rubin

Cette variété est, semble-t-il, le résultat d’un croisement syrah x nebbiolo. Il est naturellement très tannique et austère.  Elenora en produit un bon exemple.

Thrace_modern_state_boundariesImage cartographique qui indique l’emplacement de la Thrace antique sur une carte actuelle avec les frontières Bulgares, Macédoniennes, Grecques et Turques

Melnik 55

Aussi souvent utilisé en assemblage. J’avoue ne pas tout saisi de l’identité de cette variété qui semble avoir soit des synonymes, soit des variantes, soit les deux. Il est probablement aussi métissé. J’ai dégusté un bon exemple dans un restaurant à Sofia, mais je ne me souviens pas de son nom. Les deux que j’ai dégusté au salon étaient abimé par un usage maladroit de bois.

 

Bon, ce n’était une courte visite qui ne m’a donné certainement qu’une vision très partielle et fragmentée de la situation. Mais cette vision ne me rassure guère et je pense sincèrement que les producteurs bulgares ont grand intérêt à se focaliser davantage sur leurs variétés locales.

 

David Cobbold


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Quand le Mourvèdre se fait caressant… du côté du Minervois

Le cépage Mourvèdre engendre souvent des vins assez austères, tanniques et droits. Mais de temps à autre, il se laisse aller à plus de facilité. Il enchante alors les papilles par des fragrances inattendues, multiples, du moins dans sa prime jeunesse.

le Vin de Plume 2014 Minervois Domaine du Somail

Domaine du Somail 001

Violet pourpre presque noir, cette cuvée s’exprime presque dans la seconde, proposant sans retenue ses parfums fruités et floraux. Prunelle, griotte, amande, violette et iris se retrouvent en bouche avec la même générosité. La fraîcheur, la fermeté soyeuse des tanins, les épices douces, le charnu des fruits et l’élégance des fleurs en font un vin de plaisir gourmand.

Domaine du Somail (1)
Vinification: assemblage de 80% de Mourvèdre et 20% de Syrah sur éboulis calcaires. Vendangés à la main, les raisins sont vinifiés délicatement de manière à extraire des jus équilibrés et aromatiques. Fermentations finies, le vin est ensuite tiré en cuves pour être élevé pendant 10 mois.

On aime ce vin friand quant à l’apéro, il remplace blancs ou bulles avec aplomb. Servi, frais, pas froid, il accompagne les plats du sud des tians au couscous, du lapin au thym aux succulents pieds et paquets. Les carpaccios et les légumes grillés lui font de l’œil.

Le domaine

Ils sont quatre, venus d’horizons différents mais animés par la même passion, la vigne. Quant au vignoble de 15 ha, il escalade les premiers coteaux qui mènent au village de Minerve, au nord-est de l’appellation Minervois. «Recherchant l’authenticité, l’élégance et la finesse dans nos cuvées, nous avons fait le choix de la biodynamie. Le respect des rythmes cosmiques et de la vie des sols est pour nous fondamental dans nos pratiques et nos gestes. La vigne révèle en retour le potentiel de nos terroirs» explique François Fabre.

Domaine du Somail (2)

 

http://www.domainedusomail.com

Ciao

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Marco

 


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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

vignoble Carnuntum

 

Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

zweigelt Grappes de Zweigelt

Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold

 

 

 


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Grüner Veltliner, reine d’Autriche

Qui parlait du Grüner Veltliner il y a 20 ans ? Pierre Galet, dans son Dictionnaire Encylopédique des Cépages (édition 2000, chez Hachette) ne le mentionne même pas sous son vrai nom, mais le place sous un nom francisé, Veltliner Vert (alors qu’il est inconnu en France !), en lui accordant royalement une colonne. Pourtant, il occupe près d’un tiers du vignoble autrichien, soit quelques 17.000 hectares dans ce pays, sans compter une présence significative en Hongrie et en République Tchèque, plus la Bulgarie, et, depuis peu, aussi, quelques plantations aux USA, Australie et Nouvelle Zélande.

Wine Grapes, de Harding, Robinson et Vouillamoz, un autre livre de référence, mais plus récent puisqu’il date de 2012, lui donne une place plus en phase avec les qualités multiples de ce cultivar qui est un des nombreux descendants du traminer (savagnin en France), et  possède donc un lien de parenté avec la famille des pinots. La presse, dans beaucoup de pays (sauf en France), lui accorde de nos jours une place très significative parmi les grands cépages blancs du monde. Cette ascension a été fulgurante et coïncide avec la montée en qualité des vins autrichiens depuis 1985.

Grüner_Veltliner

Une récente dégustation à Vienne, à laquelle j’ai fait allusion il y a deux semaines, m’a permis de déguster 74 vins de Grüner Veltliner sur la centaine présentée à cette occasion. Et ainsi de me faire une idée plus précise aussi bien de ses qualités que de sa plasticité, car à certains égards il a des points en commun avec le chardonnay, la variété la plus adaptable de la planète.

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service pendant ma dégustation de plus de 70 vins de grûner veltliner

La dégustation a ordonné les vins de plusieurs catégories, ainsi nommés par les organisateurs : « jeune et élégant », « vins de réserve puissants », « mature » et « innovant et sauvage » . Je reviendrai sur cette catégorisation, globalement utile pour faire son choix parmi le grand nombre de vins présentés. Les sous-régions  ou appellations d’origine étaient mixtes dans chaque catégorie, mais on trouve le grüner veltliner essentiellement dans la partie septentrionale du vignoble autrichien, appelé Niederösterreich, aussi bien dans la région élargie éponyme que dans les DAC spécifiques de Weinviertel, Kamptal, Kremstal, Wachau et Traisental. Il y en a aussi un peu à Vienne et en Burgenland. Cette dernière région élabore également des vins liquoreux avec la variété.

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les séries de vins servis allaient de 3 à 6 vins

La première catégorie de la dégustation concernait des vins jeunes : millésimes 2014 et 2013. Ces vins sont généralement plus simples aussi bien par leur origine viticole que par leur styles. Les prix, à de rares exceptions près, se situent entre  5 et 15 euros la bouteille. Si 2013 est considéré comme une très bonne année pour les vins blancs en Autriche, ce ne fut pas le cas de 2014, rendu très compliquée par des pluies abondantes (un peu comme les 2013 en Loire ou à Bordeaux).

Mes vins et producteurs préférés de ce groupe, sur les 19 dégustés, dont 7 ont obtenu une noté égale ou supérieure à 14,5/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Groiss GV 2014, Weinviertel (*)

Ecker-Eckhof, Ried Steinberg GV 2014, Wagram (*)

Fritsch Weinberghof, Ried Steinberg Rupperstal 2014, Wagram (**)

Birgit Eichinger, Ried Wechselberg GV 2013, Kamptal (*)

Edlmoser, Ried Himmel GV 2013 (**)

Ligenfeld, Ried Himmelreich GV 2013 (**)

panorama_wachau_6__c__vineaWachau est une des appellations vedettes pour la production de Grüner Veltliner; pentes et terrasses font penser parfois au Douro, mais c’est bien plus vert et le fleuve s’appelle Danube

 

La deuxième catégorie concernait des vins dites « de réserve », ayant parfois une origine plus « noble », toujours un élevage plus long et, par conséquence, des prix plus élevés (entre 15 et 30 euros, occasionnellement plus). Les millésimes étaient des 2012, 2011 et 2010. Des bons niveaux de maturité ont règnés en 2012 et 2011, 2010 étant plus compliqué avec des rendements faibles et une belle arrière saison pour sauver la mise. 2009 est considéré comme un grand millésime. J’ai dégusté 28 vins de cette catégorie et ai donné une note de plus de 14,5/20 à 10 vins, avec deux notes au-dessus de 16/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Rudi Pichler, Smaragd Ried Wösendorfer Kollmütz 2012, Wachau (*)

Domäne Wachau, Smaragd Ried Kellerberg GV 2012, Wachau (**)

Ludwig Neumayer, Reserve « Der Wein vom Stein » GV 2012, Traisental (*)

Bründlmayer, Reserve Ried Käterberg « IOTW » 2012, Kamptal (***)

Prager, Smaragd « Wachstum Bodenstein » GV 2011, Wachau (***)

Hurtzberger, Smaragd Ried Honivogl GV 2011, Wachau (**)

Johann Donabaum, Smaragd ‘Limintierte Edition » GV 2011, Wachau (*)

Forstreiter, Reserve Ried Tabor GV 2011, Kremstal (**)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Grub GV 2010, Kamptal (***)

Salomon Undhof, Reserve « Von Stein » GV 2010, Kremstal (**)

Bernard Ott, Ried Rosenberg ‘IOTW » GV 2010, Wagram (*)

Willi-Bruendlmayer-im-Weingarten-3_01Willi Bründlmayer, dont je n’ai pas le souvenir d’avoir déguste un vin ordinaire. Ses vins ont encore brillé lors de cette dégustation.

 

La troisième catégorie concernait des vins plus âgés, allant de 2008 à 1998. 8 vins retenus (selon les mêmes critères) sur le 18 dégustés. Je ne suis pas convaincu que la vocation de cette variété soit une très longue garde. Il semble à son optimum, pour les vins de haut niveau, entre 3 et 8 ans.

Loimer, Reserve Ried Spiegel « IOTW » GV 2008, Kamptal (*)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Lamm GV 2008, Kamptal (**)

Brundlmayer, Ried Lamm GV 2007, Kamptal (***)

Schloss Gobelsburg, « Tradition » GV 2007, Kamptal (***). NB. Bien que la plupart des bons producteurs autrichiens utilisent maintenant le bouchon en verre ou la capsule à vis, ce ne fut pas encore le cas à cette époque. La première bouteille de ce vin servi était bouchonné.

F. X. Pichler, Smaragd « M » GV 2007, Wachau (**)

Pfafl, Ried Hundersleiten GV 2000, Weinviertel (*)

Knoll, Smaragd Ried Loibenberg GV 1999 (*)

Setzer « Die Lage » GV 1995 (*)

Dernière catégorie : les vins intitulés « wild and innovative » dans le catalogue. Je serai très tenté de renommer ce groupe « horrible et régressif ». C’était un catalogue de défauts, avec des degrés d’oxydation allié parfois à des déviances bactériologiques et, parfois une acidité volatile féroce. Cela donnait souvent aux arômes des notes allant de la pomme blette à de la paille d’écurie à moitié pourrie, en passant par le cidre. J’ai retenu un seul vin sur les 9 dégustés, mais son prix délirant (plus de 30 euros) par rapport à sa qualité, ne mérite pas qu’on s’en souvienne trop longtemps.

Herbert Zillinger, Reserve « Radikal » GV 2013, Weinviertel (*)

En Autriche aussi, la mode des vins dits « nature » fait des ravages. Les organisateurs se sont sentis obligés de montrer des vins de ce type car il doivent, statutairement, représenter toute la gamme de la production de leur pays. En tout cas, il ont très bien fait de les mettre dans une catégorie à part. Mais parfois, je m’interroge sur la motivation, voire la compétence, de certains (rares) collègues présents à ce type de manifestation. Par exemple, j’avais des voisines de table asiatiques qui n’ont dégusté que des vins issus de cette dernière catégorie. Je me demande alors quelle impression elles peuvent se faire des capacités considérables de ce cépage magnifique ! Ou bien ont-elles été amenées à penser que le vin doit ressembler à du cidre oxydé ? En contraste avec cette approche très peu professionnelle et qui manquait singulièrement de curiosité, j’ai constaté que Monsieur Oz Clarke, dégustateur connu et expérimenté, et qui pourtant n’a plus rien à prouver, a systématiquement noté TOUS les vins qu’il a dégustés, aussi bien lors de cette séance que lors de chacune des autres visites, repas et séances de l’ensemble du voyage. Je ne suis pas parvenu à faire autant !

Comment décrire les meilleurs vins de grüner veltliner que j’ai dégusté ?

La première catégorie, c’est à dire les vins les plus simples et les moins chers, sont souvent marqués par des odeurs et saveurs proches de fruits blancs ou verts, des agrumes, du poivre blanc, plus rarement d’asperge ou d’estragon. Leur profil est clair, net et précis, avec une bonne acidité et, parfois, une légère pointe d’amertume. Ceux issus des parcelles bien exposées ont davantage de rondeur et de plénitude de saveurs. On est un peu à mi-chemin entre un chardonnay de climats frais et un riesling.

Le deuxième catégorie, celle des vins plus complexes, est par définition plus difficile à décrire d’une manière globale, car le processus viti-vinicole, ainsi que la situation du vignoble, ont tendance à augmenter les écarts de style. Les types d’arômes fruités vont davantage vers les fruits jaunes et la gamme d’odeurs est bien plus large et complexe. On trouve des notes de chèvrefeuille, de pêche. Ces vins combinent régulièrement délicatesse et puissance d’une manière remarquable. Longueur et densité vont croissant aussi.

Les vins plus vieux étaient issus de cette dernière catégorie. Ils s’arrondissement bien et d’une manière variable selon le millésime. J’ai déjà assez parlé des vins du dernier groupe.

En résumé : une grande et belle dégustation qui a fait la preuve de la qualité croissante des Grüner Veltliner, qu’on peut bien qualifier de « Reine d’Autriche », même si ce pays, dans le seul domaine des vins blancs, produit aussi des Rieslings et des Sauvignons Blancs de classe mondiale. Je vous parlerai de quelques vins rouges la semaine prochaine.

 

David Cobbold 

 

 

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