Les 5 du Vin

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Riesling : le retour

Il y a quelques semaines nous avons démarré, un peu timidement, une petite série d’articles, coups de coeur ou chroniques autour de ce grand cépage rhénan qu’est le riesling. Il est temps d’y revenir.

Je dois avouer que je suis un grand amoureux de cette variété, même si je n’aime pas toutes ses expressions aromatiques, et notamment la gamme qui sent les hydrocarbures (pétrole, si vous préférez, mais cela ne donne pas plus envie !). Par conséquence je vous parlerai peu de ces rieslings-là, même si, pour certains, cela passe pour un des marqueurs de « typicité » : néologisme débile qui ne signifie pas grande chose sauf, peut-être, le dénominateur commun le plus faible entre les vins d’une région ou cépage.

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Mais revenons à notre sujet du jour, qui est un vin du Domaine Gresser, dont la dizaine d’hectares est situé à Andlau. Je pense que la plupart des amateurs connaissent mieux le Domaine Kreydenweiss, sur cette même commune, et qui fait aussi des vins remarquables. Les Gresser sont pourtant ici depuis le 16ème siècle et Rémy Gresser fut le président du CIVA (l’organisme collectif des vins d’Alsace) pendant des années. Mais qui connaît ses vins ?

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Je viens de déguster son Riesling Grand Cru Kastelberg 2011 et c’est un vin formidable, qui allie, comme seul de riesling sait le faire, finesse et puissance des saveurs. Nous l’avons bu en compagnie d’un filet de veau aux champignons et il n’a eu aucun mal à tenir tête au plat, sans jamais le dominer. Il y avait dans ce vin de très lointains relents de la gamme cire/petrôle, mais rien pour me gêner. Surtout cette texture ferme, allongée, cette formidable intégration de l’acidité qui fait tant partie de la nature du cépage sans jamais sembler être plaqué sur la surface du vin. Un vin qui donne envie de finir la bouteille, tant sa complexité encourage une exploration poussée des ses subtilités.

Le site web de Gresser met en avant la géologie qui sous-tend ses parcelles. Je passe sur ce sujet auquel je ne comprends manifestement pas grande chose (demandez avis à Georges Truc), mais je vous montre la carte quand-même. On voit bien que l’Alsace est très complexe sur ce plan-là.

 

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Il y a autre chose que l’habillage de ce vin évoque pour moi: c’est la clarté exemplaire de la communication sur les éléments qui le composent. Il faut dire que ce n’est pas toujours le cas, en Alsace ou ailleurs. Surtout en Alsace peut-être, ou certains des grands noms vous laissent dans le brouillard total quant à la quantité de sucre résiduel que vous risquez de trouver dans le vin. Je vous montre ci-dessus (deuxième photo) la contre-étiquette de ce vin qui est exemplaire dans ce domaine. L’échelle de sucre y est bien présente, comme la nature du sol et d’autres mentions, obligatoires ou non. Et le tout est lisible !

Un exemple à suivre….

Et bon match (ou good game, c’est selon) !

David Cobbold

 


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Cépages obscurs : le bon travail d’un caviste voyageur

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Rassembler des vins issus de cépages peu ou pas connus pour les proposer au public n’est pas simplement une affaire qu’on pourrait assimiler à une rubrique « cabinet de curiosités » : il contient, potentiellement, le projet d’ouvrir les esprits et d’élargir la gamme des profils gustatifs offerts par les vins. J’ai déjà évoqué, il me semble, le travail fait dans ce domaine par le caviste Soif d’Ailleurs, à Paris. Une dégustation organisée vendredi dernier m’a démontré encore que ce lieu dirigé par Mathieu Wehrung continue à explorer des chemins inconnus de la plupart des amateurs de vins. Je vous conseille une visite si vos pas vous amènent dans ce quartier vivant entre Marais et République

Soif d’Ailleurs
38 rue Pastourelle, 75003 Paris
Téléphone : +33 1 40 29 10 82
Ils ont aussi un site de vente sur l’internet :

 

D’abord, aucun des vins vendus dans cette jolie petite boutique n’est français, ce qui ne suffit pas, bien entendu, à rendre leur sélection intéressante. Il y a en stock quelques classiques, chers ou pas chers, mais devenus incontournables comme le Sauvignon Blanc de Cloudy Bay (Nouvelle Zélande) ou bien les bulles de Miolo (Brésil) dont Soif d’Ailleurs est devenu, en peu de temps, le plus important vendeur dans toute l’Europe. Mais les vins qui m’intéressent le plus sont les autres, ces domaines peu connus ou peu disponibles en France, comme, par exemple, l’excellent Koslovic (cépages terran ou malvasia, Croatie) ou Anselmo Mendes et ses exceptionnels alvarinhos (Portugal).

Certains vins de la gamme sont assez chers, mais jamais d’une manière délirante car les marges sont raisonnables, vu le travail accompli, et on peut y trouver des très bons vins à moins de 20 euros. Cela reste peut-être un poil exclusif si on considère le prix moyen des vins vendus en France, mais ce n’est pas hors de prix pour des choses qu’on aura bien du mal à trouver ailleurs.

La dégustation à laquelle j’ai assisté la semaine dernière a regroupé 9 vins, issus d’autant de cultivars et de 6 pays différents. N’étant pas ampélographie, mais ayant plus de 30 ans d’expérience professionnel dans le vin, je dois avouer que je n’avais entendu parler que deux des ces neuf cépages auparavant, dont le Räuschling, qui va ouvrir le bal de cette petite dégustation que les organisateurs ont intitulé «les cépages rescapés».

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Les vins blancs

R3 Räuschling 2014, AOC Zürichsee, Suisse

(Cépage Räuschling) Prix 45 euros

Notre ami Marc a récemment évoqué ici même ce cépage blanc Räuschling, devenu rare et localisé presque exclusivement de nos jours dans cette partie de la Suisse germanique. Je dis «devenu», car il fut autrefois bien plus répandu, en Suisse, en Allemagne et même en Alsace. L’expansion du Müller-Thurgau, plus facile et plus productif, lui aurait scié les pattes cependant, malgré une présence attestée dans ces régions qui remonte au 16ème siècle. La variété est issue d’un croisement entre le très fertile Gouais Blanc et, soit le Savagnin, soit un membre de la famille des pinots (les versions divergent).

Vin d’abord tendre mais d’une belle vivacité. Assez aromatique et doté d’une longueur agréable, il ferait un vin d’apéritif très plaisant et pourrait bien accompagner des poissons de toutes sortes. Il souffre en revanche de son origine helvète sur le plan du prix.

 

Curil Blanco 2012, (vin hors D.O. de la région d’Alicante, Espagne)

(cépage Trepat Blanc) Prix 20 euros

Cette variété blanche à l’avantage, dans un climat chaud, de produire peu d’alcool : 12% dans ce cas.

Robe profonde, entre or et ambre. Nez étonnant, sur le versant de l’oxydation et qui rappelle le curry. Texture un peu huileuse et notes d’amertume confirment une vinification avec de la macération pelliculaire. Ferme et très long en bouche, c’est un style à part qui plaira aux amateurs de ce genre de vin : on n’est pas tout à fait dans le domaine des vins « oranges », mais ce n’est pas loin.

 

Weingut Umathum, Königlicher Wein 2013, Burgenland, Autriche

(Cépage Lindenblättrige) Prix 23 euros

En réalité ce cépage ne m’était pas totalement inconnu car il s’agit de la variante autrichienne de celui connu sous le nom d’harsévelu en Hongrie. Cela dit, je ne pense pas voir dégusté un pur harsévelu plus d’un fois, tant il est généralement assemblé avec le Furmint, surtout à Tokay. Je connaissais auparavant les vins rouges de cet excellent domiane de Burgenland, qui sont importés depuis un moment en France.

Vin fin, un peu ferme par sa texture, mais délicat par ses saveurs vives et acidulées.

 

Azienda Rivetto, Nascetto borea 2013, Piemonte, Italie

(Cépage Nascetta) Prix 24 euros

Le domaine est situé à Serralunga d’Alba, donc dans l’aire d’appellation du Barolo, mais ce cépage n’est admis dans aucune des DOC ou DOCG du coin.

Beau nez, qui m’a fait penser à de la pomme verte avec des élans citronnés. Fin, savoureux est assez salin. Pourtant la mer n’est pas si proche ! La vivacité domine mais l’équilibre est bien pour ce style de vin.

 

Albet i Noya, Rion 2013, DO Penedes, Espagne

(Cépage inconnu) Prix 25 euros

Bien connu pour ses cavas de haut niveau, ce domaine explore la richesse ampélographique de la Catalogne en élaborant aussi des vins tranquilles. Le producteur n’a pas réussi à identifier cette variété et il a nommé le vin avec le prénom de sa grande mère.

Le nez m’a semblé marqué par un élevage sous bois, mais il est également frais. Cette fraîcheur est encore plus marquée en bouche, et la texture me fait penser à de la craie. Pas mal de précision dans les saveurs, mais cette texture crayeuse assèche un peu le palais en finale. C’est peut-être pinailler que de dire cela car avec un plat je suis sur que ce vin serait très bon.

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Les vins rouges

Hatzidakis Mavrotragano 2013, Santorini, Grèce

(Cépage Mavrotragano) Prix 35 euros

Je connaissais cette île des Cyclades pour son origine volcanique et donc ses sols si particuliers. Je ne connaissais que ses vins blancs remarquables fait avec l’excellent cépage Assyrtiko. Je ne sais pas grand chose sur cette variété rouge.

C’est manifestement un cépage tannique, qui contient aussi, il semblerait, une belle acidité (même si je soupçonne un peu d’ajustement de ce dernier ingrédient dans ce vin). Le fruit est un peu dominé par le double assaut de tannins et d’acidité, mais il est présent. C’est un vin intéressant, qu’on dit « de caractère », mais un peu brut de décoffrage avec de l’amertume en finale et une impression végétale. Trop cher dans ce cas.

 

Podere Gualandi, Foglia Tonda 2012

(Cépage Folia Tonda) Prix 44 euros

Le patron de Soif d’Ailleurs est enthousiaste à propos des vins de ce producteur atypique. Je le suis un peu moins car je les trouve souvent austères et parfois avec des arômes que je qualifie de «déviants». Je les trouve aussi bien trop chers, mais on m’explique que les rendements sont très bas, etc…

A la dégustation, la masse tannique impose sa structure, renforcé par une acidité importante et à peine rendu harmonieux par un peu de fruit. Beaucoup d’austérité mais, en contrepartie, une très belle longueur. Equilibré quand-même, c’est un vin très particulier et je serais curieux de voir son évolution. Pour l’instant on ne peut le conseiller qu’avec un plat salé pour amadouer ses tannins.

 

Bodegas Pablo Menguante, Vidalello 2011, DO Carinena, Espagne

(Cépage Vidadello) Prix 19 euros

Cette appellation aragonaise qui porte le nom d’une variété chère à Michel Smith n’a, curieusement, que très peu du cépage éponyme. Les vignes de ce vin sont franches de pied, mais je n’en sais pas plus.

Un beau nez qui a de l’intensité et de la profondeur dans ses arômes fruités, avec juste une patine raisonnable du à son élevage. Le bois est aussi perceptible en bouche, et les tannins sont fermes et un peu asséchants en finale. Cette finale laisse aussi percevoir de jolis arômes de cerise amère. Bon vin d’un prix abordable, qui peut bien se comporter à table avec des plats de viandes ou en sauce, à cause du sel.

 

Likya Acikara 2014, Lycie, Turquie

(Cépage Acikara) Prix 24 euros

Je ne sais rien de ce cépage qui fait partie de la vaste réserve ampélographique de la Turquie. Le vignoble est planté sur un sol très calcaire.

La robe est très sombre et violacé mais il ne s’agit pas d’un cépage teinturier. Beau nez qui évoque la cerise noire. C’est un très joli vin, assez peu tannique mais très frais et, en même temps, doté d’un alcool relativement puissant. Sa vivacité l’aide dans l’équilibre et le vin est net et très bien fait. J’aime ce vin qui me fait voyager.

 

Conclusion

Quand il s’agit du vin (et de bien d’autres choses), le voyage dans l’espace implique inévitablement des croisements avec le voyage dans le temps. Je sais bien qu’il ne suffit pas d’être différent pour être « bon », mais comme c’est agréable (et probablement très utile) d’explorer ces morceaux du riche patrimoine botanique de la vigne et ses produits. Pourvu que, dans les pays à la réglementation viticole cadenassée comme la France, on sache apprendre et piocher dans ce réservoir ampélographique profond et, il me semble, si mal exploitée.

 

David Cobbold

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Millésime Bio : Carignan/Grenache, la confrontation

À l’occasion du désormais très vaste et très international salon Millésime Bio, qui se tient chaque année en Janvier, à Montpellier, la capitale du Languedoc vibre de multiples fêtes pour l’heure toutes aussi modestes et joyeuses. Le Beaujolais bio – j’en reparlerai – faisait sa fiesta dans une ambiance du tonnerre, la Vallée du Rhône n’était pas en reste, les différents courants de la biosphère non plus répartis en autant de salons « off » plus ou moins prisés à l’instar de ce très réussi salon des Outsiders réunissant pour la première fois des vignerons étrangers au Languedoc épris par cette région au point de s’y installer. Mais pour changer des années précédentes, cette année j’ai choisi de m’arrêter sur quelques événements plus ou moins importants organisés en marge du plus gros des salons consacrés aux vins que compte la planète bio.

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Ce premier article a son importance car il met en scène deux associations qui me tiennent à cœur : la Grenache Association d’un côté, animée magistralement par sa grande et savoyarde prêtresse Marlène Angelloz, dite Marlène Fan de Grenache sur les réseaux sociaux ; et Carignan Renaissance de l’autre, présidée par le talentueux œnologue germano-languedocien Sebastian Nickel. Les deux associations n’ont d’autres objectifs communs que de déclencher l’intérêt des amateurs de vins envers ces deux cépages hautement représentés dans notre grand Sud et même sous d’autres cieux plus ou moins lointains. J’en ai déjà parlé ici même, lors d’une première rencontre amicale dite battle qui n’a de bataille que le nom et dont la vocation n’a qu’une simple mission : confronter les défenseurs des deux cépages dans une atmosphère plutôt joyeuse.

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Sebastian et Marlène, les instigateurs de la battle !

Cette fois la rencontre avait lieu en plein cœur de l’Écusson, autrement dit le vieux Montpellier, dans les murs historiques de la Salle Pétrarque. Il y avait là un monde fou, amateurs, sommeliers et journalistes curieux, attirés par l’aspect inhabituel que pouvait présenter une telle dégustation. Pouvoir en effet passer d’un domaine présentant sa cuvée de grenache pur à un autre fier de faire goûter son carignan de vignes centenaires, sans oublier la surprise de tomber sur un vigneron armé à la fois d’un grenache blanc et d’un carignan vinifié en rosé, rendait l’exercice de la prise de notes, même parfois dans la bousculade, encore plus excitant. Je me suis régalé !

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Pour ma part, en dehors des vins que je connais bien (Stella Nova, Bertrand-Berger, Calavon, L’Anehl, Rimbert, Mas Mellet, Vaquer, Sainte-Croix, Clos du Gravillas, Plan de L’Homme, Leconte des Floris, Treloar, Rémi Jaillet, etc), domaines sur lesquels on peut retrouver quelques commentaires passés en inscrivant leurs noms sur notre moteur de recherche, j’ai été très agréablement surpris par la pureté d’un Faugères 2011 carignanisé, pour ne pas dire fortement inspiré par le carignan sur sol de schiste, celui du Mas des Capitelles. La cuvée Loris de ce domaine révélait un rouge, extraordinaire de pureté et de finesse.

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Dirk, amoureux fou de Carignan. Photo©MichelSmith

Autre surprise, cette fois avec Hubert Valayer, un vigneron-trufficulteur de la Drôme, plus particulièrement du terroir de Vinsobres où il dirige avec son frère Denis le Domaine de Deurre. Rehaussé de 30 % de mourvèdre, son très carignan Vinsobres 2015 s’annonce comme étant une superbe affaire. Le belge Dirk Vermeersch, quant à lui, a fait sensation avec ses deux cuvées vinifiées en Vin de France. La (grenache) GT-G 2010 était d’une longueur étonnante, tandis que la (carignan) GT-C séduisait par sa maturité et ses notes grillées. De son côté, Peter Fischer, du Château Revelette, dans le haut pays d’Aix-en-Provence, fait toujours sensation avec sa série de Pur déclinée en rouges dans les deux cépages qui nous intéressent et donnant à chaque fois des vins ouverts et plutôt faciles d’approche, pleins d’esprit et de fruit. En profiter au passage pour goûter son blanc dédié à un autre cépage, l’ugni blanc.

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Retour au Languedoc avec Brigitte Chevalier du Domaine de Cébène qui nous gratifie d’un savoureux et sensuel grenache Ex Arena 2013 tout en fraîcheur et salinité issu de vignes plantées sur un sol du Villafranchien. Ne pas manquer non plus son remarquable et très élégant Faugères Belle Lurette 2014 bien inspiré par les vieilles vignes de carignan sur schiste. Côté Roussillon, l’ami Julien, du Domaine Amistat, m’a une fois de plus charmé avec son grenache 2013 tout en sève, riche de matière et de jovialité au point que l’on ne cessait de vouloir remplir son verre !

La semaine prochaine, toujours dans le cadre de Millésime Bio, je proposerai une promenade dans le Beaujolais avec quelques gamays d’anthologie !

Michel Smith

 


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Contre étiquette, l’envers du décor

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L’Envers du Décor est le nom d’un célèbre et excellent bistrot à vin, situé à Saint Emilion et propriété de François de Ligneris, pour qui j’ai beaucoup d’affection. Mais cela n’est pas du tout le sujet de ma chronique d’aujourd’hui !

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La contre-étiquette est de plus en plus utilisée sur des bouteilles de vin, et contient de plus en plus de mots et de signes. C’est un outil de communication et d’information qui peut être très utile, voire nécessaire. Pour une bonne partie, comme dans l’exemple ci-dessus, venu des USA, il est fortement chargé de mentions légales. Mais est-il toujours bien utilisé par les producteurs ?

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Je veux d’abord souligner l’écart, parfois frappant et redoutable, entre la vérité telle que nous le percevons et le discours des producteurs de vin et leurs diverses antennes « communicantes ». Ce qui a déclenché mon envie d’évoquer cette distorsion entre réalité et discours a été notre dégustation d’un vin d’Ardèche, mis en parallèle avec le texte imprimé sur son contre-étiquette. Un collègue a perçu exactement la même chose dans cette instance, alors il s’agit peut-être d’autre chose qu’une simple lubie personnelle. Cela aurait très bien pu arriver avec un vin d’ailleurs : là n’est pas la question, car je n’ai rien contre les vins d’Ardèche en particulier.

Commençons par les commentaires de dégustation tels qu’ils apparaissent sur la contre-étiquette de ce vin, nommé Chatus, Monnaie d’Or 2012. Le chatus est une variété rouge, rare et plutôt tannique, ancienne car mentionnée par Olivier de Serres et qu’on trouve dans l’Ardèche, mais aussi dans le Piémont sous le nom de Neiret.  Je prends encore mes précautions en soulignant que  ceci n’est pas une critique de cette variété, mais juste du lien défectueux entre ce vin (honnête, par ailleurs) et sa contre-étiquette.

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Le commentaire imprimé sur la contre-étiquette :

« arômes de cassis, de pâte de coing, de figues sèches et de réglisse » Et c’est tout, car rien n’est dit sur les impressions tactiles ou gustatives en bouche du vin : tout semble se passer au pif ou bien en rétro-olfaction.

Mon commentaire sur le même vin (uniquement olfactif) :

« arômes de terre humide et de sous-bois, notes de fruits rouges frais et cuits avec un léger accent boisé et animal. »

Je sais bien que l’appréciation des arômes est une affaire individuelle, mais quand-même !

Mieux encore, cette même contre-étiquette conseille de servir le vin à 20° et d’ouvrir la bouteille 6 heures avant le service ! Servir n’importe quel vin rouge à une telle température me semble une aberration qui a pour résultats principaux de déséquilibrer les sensations vers l’alcool et de détruire la finesse des saveurs. Conseiller au consommateurs d’ouvrir un vin 6 heures avant le service, surtout pour un vin qui ne sera jamais (je pense) mis sur une table en grande cérémonie, ne relève pas d’un sens aigu du réalisme. Ce vin est vendu autour de 8 euros, donc je doute que beaucoup de consommateurs aillent le préparer à la dégustation 6 heures avant. Il faut être plus terre à terre dans les usages !

Quand aux conseils d’accompagnement pour ce vin, la contre-étiquette brasse large : « ce vin charpenté accompagne à merveille daube de sanglier, cuisine provençale et fromages typés ». Pas facile à trouver, le sanglier, dans nos villes ou la plupart des habitants de ce pays vivent ! La cuisine provençale est assez diversifiée, faisant un usage important de légumes et, proche de la méditerranée, elle est souvent très poissonneuse. De quels mets parle-t-on exactement ? Quant aux fromages « typés », je ne sais pas trop ce que cela voudrait dire. Supposons qu’il s’agit de fromages aux goûts forts. Dans ce cas, le consommateur curieux pourra courir chez son fromager chercher un camembert, un époisses, un roquefort ou un banon, par exemple. Avec chacun des ces fromages, l’accord avec le vin en question, qui est plutôt tannique, serait catastrophique !

Quittons ce mauvais exemple pour regarder d’autres options. Il y a plusieurs catégories parmi les contre-étiquettes. D’abord la minimaliste. Dans celle-ci on trouve bon nombre de vins dépourvus de tout contre-étiquette.  Cette option est surtout réservée aux producteurs qui s’en foutent parce qu’ils vendent leurs vins à des gens qui les achètent pour leur étiquette faciale, ou bien qui ne savent pas lire.

La catégorie qui est sûrement la plus remplie est celle du « bla-bla enflé », dite aussi « pompe-à-vélo ». Ce type de texte va chanter les louages de la « noblesse du terroir », du « grand raffinement » ou de la « finale magistrale » du vin en question (tous ces exemples sont réels).

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Mais quelques producteurs honnêtes, et j’espère qu’ils seront de plus en plus nombreux, adoptent une approche purement factuelle et informative. Je trouve l’étiquette ci-dessus d’un vin de Loire (Château de Fesles, Bonnezeaux) exemplaire. J’en ai aussi rencontré plusieurs lors de mon récent voyage en Champagne. Ceux-ci se contentent d’indiquer sur leurs contre-étiquettes les origines parcellaires ou communales des raisins, de mentionner éventuellement l’approche culturelle dans leur vignoble, de nommer le ou les cépages et leur proportions, de préciser la durée de mise en cave ou la date du tirage et de dégorgement du vin, etc. La seule critique qu’on pourrait émettre à ce méthode « carte de visite » est qu’il s’adresse exclusivement à des professionnels ou à des amateurs avertis qui savent déduire de ces informations techniques ce qu’il convient de déduire, sans préjuger de leur avis sur le vin en question. Il s’agit de l’information pure et précise.

vin de merde


levrette

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Boire tue

J’aime bien aussi une dernière catégorie, rare mais avec de beaux exemples que je montre ci-dessus, qui relève de l’humour ou de la dérision. Elle existe souvent dans un contexte particulier, et souvent en réaction à des législations perçues comme excessives, ou bien à des excès de la catégorie « bla-bla enflé » déjà mentionnée.

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Donc il faut se battre, non seulement contre les cougars (autre nom du mountain lion, ou puma), mais aussi contre une mauvaise communication sur les contre-étiquettes.

 

David


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Le Räuschling, une vieille gloire…

 

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Sur les bords du Lac de Zurich

Sur quelques coteaux pentus et bien ensoleillés du Zürichsee poussent encore, ou à nouveau, quelques arpents de Räuschling. C’est d’ailleurs à Zurich, lors de l’annuelle Swiss Wine Grand Tasting qui rassemble presque toute la Suisse vinicole, que j’ai dégusté pour la deuxième fois de ma vie du Räuschling. J’avais eu un coup de cœur pour ce cépage inconnu quelques mois plus tôt, le déguster à nouveau l’an dernier l’a confirmé et m’a donné envie de me pencher un peu plus sur lui.

« Je suis ton père! »

Le Räuschling a presque disparu du Palatinat et du Wurtemberg, au sud-ouest de l’Allemagne, d’où il est sans doute originaire (et où on le connaît aussi sous le nom de Drutsch). Au Moyen-Age, ce cépage était répandu de cette région jusqu’au nord de la Suisse, entre Schaffhouse et le lac de Zurich. On le retrouvait jusqu’en Alsace. Il avait la cote, à l’époque; au point qu’en 1614, en Franconie, le comte Philip Ernest von Hohenlohe-Langenburg en fit planter à la place du Gouais Blanc (alias Hünninsch) – il ignorait qu’il remplaçait le père par son fils!

Le Gouais, en effet, s’était croisé avec le Savagnin pour donner le Räuschling; c’est l’analyse ADN qui le révèle, on ne peut plus rien cacher. Après moult péripéties, cependant, le Räuschling finit par tomber en disgrâce, un peu trop fragile, peut-être, remplacé par le plus docile Riesling. Il en restait quelques ceps du côté de Zürich. Les vignerons du pourtour du lac de Zurich l’ont récemment sauvé de l’oubli. Il reste un peu plus d’une vingtaine d’hectares dans le monde, surtout concentrés autour du lac et à Schaffhouse; localement, on l’appelle d’ailleusr parfoi sle plant de Zurich (Zürirebe).

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L’ampélographe

Le Räuschling offre un feuillage sombre et dense au travers duquel se perçoit les bois rouges brun. Les grappes moyennement grandes présentent des grains sphériques à la peau fine qui se colore de jaune vert à la maturité. Une peau fragile qui craint les orages d’automne qui la fait éclater. Il est aussi sujet à la coulure et au millerandage.
Il débourre en deuxième époque et son cycle court le fait mûrir assez tôt. Son jus clair est fort acide.

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Du vent dans les feuilles

Quant à son nom, deux versions: la première raconte qu’il trouverait son origine dans le terme germanique rauschen qui veut dire bruire ou bruisser et qui évoquerait le bruissement provoquer par le passage du vent dans son épaisse frondaison, ils sont poète ces vignerons teutons. Selon la seconde version, plus prosaïque, Räuschling viendrait de Russ ou russlig, couvert de suie, à cause de la couleur sombre de ses bois. Cela reste charmant.

Le vin

En voici une cuvée bien appréciée…

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Jaune pâle à reflets verts, des senteurs légèrement anisées en fusent, puis arrivent les perceptions florales de jasmin et de fleurs de tilleul. Quelques fruits blancs viennent ensuite se montrer. La bouche frise délicatement, un reliquat de carbonique qui ajoute à sa dynamique. Le citron l’avive encore. Par contre, une saveur presque onctueuse de poire fondante et de carambole bien mûr vient contrebalancer l’élan acidulé. La structure se construit autour d’un squelette minéral dont on ressent l’angle accrocheur sur les papilles. Une saveur subtile d’épices nous accompagne tout au long de la dégustation.

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Le premier millésime de cette cuvée fut élaboré en 2005.
Les vignes plantées en 1989 poussent à 4.200 ceps/ha dans un terrain assez lourd fait d’argiles relativement compactes.
Les raisins sont égrappés et pressurés. Le moût chaptalisé au jus de raisin concentré de production propre fermente en cuve inox grâce à des levures sélectionnées. La fermentation malolactique se fait, le vin conserve malgré tout 6g d’acidité. Le vin est filtré à la mise.

Schwarzenbach Weinbau

Petite propriété familiale situé à Meilen à quelques kilomètres de Zürich, elle est considérée comme l’un des domaines les plus importants de l’appellation Zürichsee. Certes, plus pour la qualité d’ensemble de sa production que pour ses 8,5 ha de vignes. Pas moins de 12 cépages différents y sont cultivés dont le Räuschling qui s’étend sur à peine sur 0,75 ha exposé au sud, à 420 mètres d’altitude.

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www.reblaube.ch

Tschau (c’est du zurichois)

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Marco


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Hétérogène, vous avez dit hétérogène, le Gaillac ?

Si on devait ne présenter qu’une seule appellation, de surcroît de taille modeste, dont les vins sont d’une très grande disparité aussi bien en termes de types qu’en termes de styles, le cas de Gaillac me semble parfaitement adapté. Et je vous parlerai aussi sur le même ton de la qualité, malheureusement trop souvent déficiente, du moins selon mes appréciations.

Regardons d’abord quelques chiffres de base, avant de partir vers mes impressions lors d’une récente dégustation d’une quarantaine de vins produits par une vingtaine producteurs de cette appellation du Sud-Ouest.

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Quelques chiffres clés de l’appellation

Quand je dis modeste, cela signifie une surface de moins 4.000 hectares, bien qu’aucun chiffre ne soit visible sur le site officiel de l’appellation (pourquoi ?).

La production gaillacoise est légèrement dominée par le vin rouge (53,5%), mais le rosé, comme ailleurs, a maintenant doublé le blanc pour s’afficher à 34% du total, ne laissant que 12,5% aux pauvres blancs qui sont pourtant souvent (c’est un avis) les vins les plus intéressants de cette appellation diversifiée. On voit en tout cas que la mode du rosé fait des dégâts ailleurs qu’en Provence !

Rien que du classique, jusque là, vous me direz. Mais le jeu se corse car, parmi les seuls blancs, on compte des bulles de différentes sortes (perlants et méthodes ancestrales), des secs, des doux et des liquoreux (qui peuvent être somptueux). En ce qui concerne les cépages, j’ai compté 8 rouges et 5 blancs, sans les variantes et autres versions en cours d’expérimentation. On vante souvent la diversité représentée par les 13 cépages de Châteauneuf, mais Gaillac en a autant !

Pour les variétés rouges, on trouve le trio classique du Bordelais, avec merlot, cabernet sauvignon et cabernet franc, puis, plus curieusement peut-être, gamay et syrah, auxquels se rajoutent les locaux de l’étape: braucol (alias fer servadou), duras et prunelart (ou prunelard), ce dernier récemment sauvé de l’oubli par Robert Plageoles.

En blanc, venu peut-être aussi du Bordelais, le sauvignon blanc et la muscadelle (mais curieusement pas de sémillon), ainsi que trois locaux: le loin de l’œil, le mauzac et l’ondenc. Ce dernier doit aussi sa survie en grande partie au déjà nommé Plageoles qui non seulement a beaucoup oeuvré pour la conservation de variétés locales, mais aussi, par la qualité de ses vins, a inspiré d’autres à replanter ces variétés autrefois plus présents mais devenu presque inexistants suite au phylloxera et ses suites productivistes.

Dégustation de vins issus de cépages dits autochtones

Je n’aime pas beaucoup ce terme «autochtone». Est-ce à cause de quelques relents maurassiens que je crois y déceler ? Est-ce ma paranoïa (généralement bien cachée) d’étranger? Ou est-ce parce que je trouve qu’il est singulièrement difficile de pointer avec certitude une origine géographique spécifique pour un cépage quelconque? Peu importe. En tout cas la dégustation récente à laquelle j’ai pu assister à Paris était consacrée aux vins issus de variétés ainsi désignées.

Mais il ne suffit pas de dire «cépage rare» pour s’extasier devient un vin qui en est issu. Tout vin doit être jugé selon le plaisir gustatif qu’il procure, même si on a forcément de la sympathie pour des cépages rares. Et, dans le cas de cette dégustation, je dois dire que le compte plaisir n’y était pas, assez souvent car sur les 36 vins dégustés, je n’ai trouvé que 10 que j’aurais vraiment aimé boire. Je veux bien que toute l’appellation n’était pas présente, et que certains des producteurs les plus réputés n’ont pas envoyé (ou très peu) d’échantillons, mais j’estime qu’un score pareil est faible de nos jours. Voyons cela de plus près, par type de vin.

Mauzac_G2_CS_crGrappe de mauzac

Méthodes ancestrales

Les régions qui ont conservé, en tant qu’appellation réglementée, cette manière, la plus ancienne, de faire des vins à bulles, ne sont pas nombreuses : Gaillac, Limoux, Die et Bugey/Cerdon me semblent être les seules appellations concernées, hormis quelques producteurs isolés par ci par là mais qui ne sont pas, je crois, encadrés dans des systèmes d’appellation contrôlées (et ce n’est pas une reproche). A Gaillac, le cépage utilisé pour ce type est le mauzac, exclusivement si je ne me trompe pas.

Il y avait 8 vins de ce type présentés et j’an ai retenu trois.

J’ai beaucoup aimé le vin de Château de Rhodes, délicieux par sa qualité de fruit, sa finesse de toucher et son équilibre aussi délicat que savoureux qui laissait une part faible au sucre, aidant la profondeur des saveurs sans les alourdir. Château l’Enclos des Roses et Château de Terrides ont aussi présenté des vins très appréciables de ce type.

Loin-de-Loeil-2-007-1024x1021

Blancs secs

Le sous-thème de cette dégustation tournait autour des cépages « autochtones » et donc n’ont été présenté que des vins qui contenaient une part importante d’une ou plusieurs des trois variétés suivantes : loin de l’oeil (len de l’el en occitan), mauzac ou ondenc.

12 vins de ce type ont été présentés.

J’en ai retenu un nombre assez faible : trois. Domaine Rotier cuvée Renaissance 2014, (80% len de l’el, 20% sauvignon blanc) avait pour lui vivacité, structure et une certaine complexité, avec un équilibre plaisant et une bonne longueur. Château l’Enclos des Roses a produit un bon Premières Côtes 2011 salin et salivant, savoureux et sec en finale (100% mauzac). Un autre vin de la désignation Premières Côtes m’a plu, le Domaine de Brin, Pierres Blanches 2014 (65% mauzac, 35% len de l’el), malgré une légère impression de lourdeur.

Aucun vin rosé n’a été présenté. Pourquoi ? En ont-ils honte malgré les 34% que ce type de vin pèse dans la production de l’appellation ?

1288253313braucolGrappe de braucol

Les vins rouges

C’est ici que la diversité de styles était la plus marquée. Braucol (nom local pour le fer servadou), duras et prunelart/prunelard étaient les régionaux de l’étape, parfois en mono-cépage, parfois en assemblage, avec ou sans des apports bordelais ou d’ailleurs (syrah en particulier).

DurasGrappe de duras

Le prunelart est une variété ancienne, autrefois plus largement plantée dans la région et qui a failli disparaître, comme d’autres, avec le phylloxera. Ce sont les travaux de Robert Plageoles qui l’ont sauvé de l’oubli et, probablement, de la disparition. D’autres vignerons ont vu l’intérêt de ce cépage malgré son faible rendement. Il semblerait qu’il est un des parents du malbec, l’autre étant une obscure variété appelle madeleine noire des charentes. Je ne sais pas si j’ai bien compris mais j’ai l’impression que cette variété n’est admis, pour l’instant, que comme ingrédient assemblé à Gaillac, car les deux vins mono-cépage de prunelart que j’ai goûté étaient étiquetés en Vin de France.

Prunelard_N__grappe_Grappe de prunelart

16 vins étaient présentés en rouge sec

J’en ai retenu cinq, ce qui n’est pas grandiose comme taux de réussite. Trop de vins présentaient des défauts, soit de réduction soit avec une forte présence de bretts, soit souffraient d’une extraction ou d’un boisage que j’ai estimé excessif. Le meilleur pour moi était le Duras de Robert et Bernard Plageoles 2012, le seul vin présenté par ce domaine phare de l’appellation. Il m’a semblé vif, frais et très juteux, parfaitement équilibré et parfait à boire maintenant. Je sais par expérience aussi que ce vin se garde également très bien ayant quelques vieux millésimes dans ma cave. Ensuite le Domaine Rotier, l’Ame 2010 (80% duras, 20% braucol). Plus ferme que le vin précédent malgré son âge, il montrait une combinaison intéressante entre austérité et fraîcheur, sans avoir la qualité de fruit du vin des Plageoles. Château l’Enclos les Roses a aussi produit un beau 2010 dans un style plus riche, charnu et dense : sa puissance et sa longueur sont le gage d’une bonne garde. J’ai aussi beaucoup aimé le Domaine de Brin Vendemia 2014 (duras 70%, merlot 30%) pour son caractère juteux et bien fruité, le tout avec une belle longueur. Enfin un pur prunelart : Domaine de Salmes Prunelart 2010 (Vin de France). Ce vin m’a séduit par sa concentration assumée qui n’a ni négligé une bonne dose de fraîcheur, ni de la finesse dans l’extraction des tannins.

 

Conclusion

Alors oui, de bonnes choses et des vins intéressants, y compris par leurs différences et originalités, mais il y avait bien trop d’inégalités pour une appellation qui doit encore faire ses preuves dans le domaine de la régularité dans la qualité entre ses différents producteurs. La semaine prochaine je vous parlerai d’une appellation qui m’a présenté un tout autre visage sur ce plan.

 

David Cobbold

 

 

 

 

 

 


21 Commentaires

Le Chardonnay selon sa marne

Comté life2015 (1)

Le minéral me turlupine depuis bien avant que ce soit à la mode… Et comme David va nous écrire un propos chiadé sur la minéralité, ce mot qui n’existe pas encore, j’ai trouvé bon, dans tous les sens du terme, de rééditer ce vendredi un article publié voici quelque temps déjà dans l’excellent In Vino Veritas.

Mimi,Fifi et Glouglou (2)Les excellents Mimi, Fifi et Glouglou

Le sol et ce qu’il donne dans les vins m’a toujours intéressé et en attendant une preuve scientifique (qui ne saurait tarder) à mes allégations, voici une enquête menée en Jura, où le Chardonnay pousse depuis un peu plus de mille ans. Il recouvre la moitié des surfaces viticoles, ce qui semble prouver qu’il y jouit par conséquent d’un terroir adapté.
Alors, parlons-en !

Le terroir

C’est un truc sérieux, toute la profession en parle. Mais, comme le disait avec pertinence Youri, pote et confrère: le plaisir du vin vient de sa diversité. Et la notion de terroir, bien qu’à prendre avec des pincettes, est l’un des garants de la diversité. Il existe partout dans le monde des vignerons qui continueront à produire des vins qui reflètent l’identité d’une région, millésime après millésime, dans un souci de réussite et non de perfection. Plaisir, diversité et identité, voilà trois mots clés qui circonscrivent ce que tout amateur aime trouver et retrouver dans son verre.

Recherche d’une clé (pas de 12)

Parlons des sols du Jura en laissant pour l’instant de côté l’oxydative production; et cherchons par facilité le goût du sol dans les Chardonnays ouillés, ils nous en donnent la clé.
Recherche du goût du sol ne veut pas dire que le vin ne goûte que ça, c’en est une fraction infime, mais qui existe.

JURA + ANDRE 2009 161

Mode opératoire

Chardonnay, issus tantôt de sols marneux, tantôt de sols argileux, apportent leur témoignage gustatif.
Chez Alain Labet, à Rotalier, un même Chardonnay occupe une croupe marneuse recouverte d’argiles à éboulis calcaires. La marne, roche mère, affleure en partie et donne la cuvée ‘Fleur de Chardonnay’. La fraction argileuse génère ‘Les Varrons’. Comparer les deux permet de mettre en évidence les nuances aromatiques et structurelles.
Les premiers indices suggèrent une différence fondamentale entre les deux types de sols. La marne semble se trahir par le goût alors que l’argile se repère à la texture.

 

Interrogatoire

Pour confirmer ou infirmer les soupçons, interrogeons quelques acolytes.
La Beaumette’ pousse sur des marnes grises et compactes du Lias, ‘En Billat’ sur des marnes bitumeuses, ‘En Chalasse’ pareil que ‘La Beaumette’, mais s’expose à l’ouest plutôt qu’à l’est. ‘La Bardette’ imite ‘En Chalasse’ en variant l’altitude. Chaque examiné confirme la piste aromatique de la marne : ail, amande et anis se retrouvent systématiquement chez chacun. Côté structure, un voile gras dissimule en partie les velléités tactiles, la finesse l’emporte sur la puissance. Le sol mixte du ‘Le Montceaut’, marne avec éboulis calcaires, apparaît comme un intermédiaire, plus sec, déjà plus tactile, aux nuances de pâte d’amande à l’anis. Il nous mène tout droit aux Varrons, venu de l’argile avec éboulis, plus costaud et granuleux sur la langue.
L’âge renforce les présomptions, l’ail et les notes anisées deviennent flagrants quand 3 à 4 ans se sont passés. Mieux, les mêmes terroirs en version oxydatives ne peuvent plus dissimuler leurs origines marneuses, les mêmes arômes s’impriment, subtils, au travers du voile.
Ces portraits robots en mémoire, la souricière se referme…

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Filatures

À La Combe les Rotalier
Filons chez le voisin Jean François Ganevat où quelques vins en fûts, entonnés selon leur parcelle, affinent les présomptions. ‘Chalasse’ sur marnes grise et blanche parle en finesse, ‘Les Grandes Teppes’ sur marne jaune qui s’effrite farine légèrement, alors que plus haut, les vieilles vignes de la même parcelle sur le recouvrement argileux renforcent le grain minéral qui en devient perceptible.
Les Grandes Teppes, sur marne jaune et blanche, élevé pendant 40 mois sur lies en barriques, colore sa robe d’or et de vert, au nez on perçoit le miel et le léger anisé d’une étoile de badiane. Agrume, acacias, amande se fondent dans la texture grasse du vin, un peu de poivre apparaît en fin de bouche.

Là au-dessus

Sur les hauts de Lons le Saunier, à Montaigu, le Domaine Pignier cultive ses vignes sur les fortes pentes des reculées* du val de Vallière et du val de Sorne. Et élève ses vins dans la quiétude chartreuse d’une cave aux ogives élancées du 13es. Parmi les différentes cuvées, un Chardonnay Cuvée Cellier des Chartreux passe son élevage sans ouillage en foudre et en barrique. Il révèle l’origine de son sol de marne micacée du Lias par sa forte note d’amande, le micas nuance la structure par un relief tactile granuleux. En parallèle, mais ouillé en pièces cette fois, ‘A La Percenette’, sur marne schisteuse, se parfume de brioche. En bouche, ce lieu-dit du val de Vallière taquine les papilles d’un grain délicat, où l’anis et le gras enrobe le minéral pulvérulent, finale sur l’agrume.
*recul de la falaise dû à l’érosion provoquée par un cours d’eau

Jura 2008 blancs typés 088

 

Sur le chemin d’Arbois

Jean Berthet-Bondet, à Château Chalon, nous propose la double accent minéral calcaire + marne avec sa cuvée ‘Alliance’. Doré vert, finesse de l’anis vert et du fenouil confit, texture soyeuse à la trame très serrée qui sourd d’anis comme le nez, mais qui juxtapose un relief renforcé par la moitié de Savagnin dans l’assemblage. Les deux cépages poussent sur le même type de sols, des marnes en profondeur recouvertes d’éboulis calcaires. Le vin est ouillé.
Un vieux Chardonnay, que Jean faisait pur et ouillé à l’époque, sent le miel un rien aillé. En bouche, l’expression délicate de la marne noire suggère des arômes d’humus et d’ail, l’amande enchaîne ses étapes, fleur d’amandier, fleur séchée, puis fruit pilé, l’anis vient plus tard en touches éthérées, la menthe et la réglisse terminent le rapport de police.

Escale à Pupillin

Jean-Michel Petit du Domaine de la Renardière, possède quelques Chardonnay plantés en 1980. Ces déjà vieilles vignes croissent en un sol mixte courant en Jura, des marnes grises recouvertes de graviers calcaires à matrice argileuse. Après la cuve, le vin loge en foudre, contenant qui ne masque ni son caractère variétal, ni ses origines territoriales.
Le Chardonnay fait très marne, poivré, anisé, il goûte l’humus et l’ail, très terrien, la fraîcheur du millésime met bien en évidence son expression aromatique, mais souligne également son relief tactile. Bien en dessous toutefois des Vendanges Oubliées qui ajoutent un tiers de Savagnin à l’assemblage granulent sur la langue. Le Savagnin ouillé des Terrasses, issu des marnes, retrouve l’ail du premier.

Jura 2008 blancs typés 048

Arbois

A la lisière du plateau de Pupillin, vers Arbois, le Domaine de la Pinte plante quelques Chardonnay.
Le sol mixte se répercute dans la bouteille d’Arbois-Pupillin, ail léger, anis et amande glisse sur le galbe gras qui enrobe le minéral finement ouvragé. Avec d’exotiques poires cuites saupoudrées de coriandre. Une année de plus renforce le fenouil et l’absinthe.
Terre de Gryphées du Domaine de la Tournelle illustre la vigne sur calcaire coquillé. Un calcaire plus dur, composé de fossiles d’huîtres, qui compacte le sol de marne grise. Un terrain qui génère puissance et longueur en bouche. Une roche qui parfume le vin d’anis, de poivre et d’éclats de silex. L’élevage de 24 mois en fût sur lies fines nuance la cuvée d’une pincée de vanille et d’un glacis beurré. Ce dernier amortit la fraîcheur du millésime. La ‘Terre de Curon’, des argiles à cailloutis calcaires sur marnes grises, inverse les caractéristiques structurelles. Il apparaît élégant et aérien. Côté aromatique, l’amande verte et l’anis reflète la marne.

Finale nordique à Montigny

Stéphane Tissot propose une étude comparative de Chardonnay de différents types de marne. Les vignes de la cuvée ‘Les Graviers’ poussent sur une terre habituellement allouée au Trousseau, des graviers gras faits de marne caillouteuse, le vin en sort grillé, fruité, minéral tactile, gras et puissant.
Les Bruyères’ se plante sur des marnes bleues et grises en sous-sol avec en surface un étagement de marnes noires en haut du coteau, jaune au milieu et rouge dans le bas de la pente. Le Chardonnay en adopte les goûts aillés, l’amande, très floral, avec un léger minéral tactile et poivré.
La Mailloche’, qui vient de terres d’argiles jaunes et profondes avec très peu de cailloux, confirme avec netteté les indices pressentis chez Alain Labet, un goût de silex éclatés accentue le relief minéral qui en devient très tactile. L’acidité recule et le fruité dépasse le floral.
En Barberon’, sur des marnes très compactes avec de gros blocs de calcaire, sent l’absinthe frottée d’ail, le raisin un rien sec se rafraîchit d’agrume. La structure extrêmement élégante évolue avec la sensualité de la soie sur la langue.

Il faudra que je fasse un comparatif de ses Jaune parcellaire, histoire d’y retrouver la trame du lieu.

Fin d’enquête

En Jura, on peut jouer au ‘flic’ et rechercher ce qui se cache derrière les arômes variétaux des Chardonnay. Ou plus simplement, se laisser aller au plaisir de la variété et de l’identité. Le vigneron, selon sa manière de faire, y ajoute encore un regain de complexité, une première fois dans toute sa production ouillée, une seconde dans ses élevages en vidange.

Et espérons que ces propos n’auraont pas fait l’effet d’une douche jurassienne…

Travaux de vacances juillet 2010 428

Ciao

Marco

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