Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Très grande surface oblige…

Levez le doigt, ceux qui ne mettent jamais un pied (ou deux) dans l’infamante enceinte d’un hypermarché !?

Allez, faites donc un effort !

Ne vous drapez pas dans votre consumérisme puritain !

Bon, je ne vais pas faire les comptes, mais ils ne doivent pas être nombreux parmi mes lecteurs du jour ceux qui refusent aussi vertueusement qu’obstinément le chemin de croix qu’engendre quelques heures par an de déambulations dans les travées d’un Carrefour ou d’un Casino de compétition. Pour ma part, comme bien d’autres, je cède le moins souvent possible, carte de crédit à la main, à ce rituel obligé tout en grommelant et en maugréant. Depuis près de deux ans que je vis à Béziers, c’est le troisième fois que je sacrifie à la règle et que je m’octroie un parcours forcé et frénétique dans ce «monstre de la consommation» qu’est l’Auchan du Biterrois. Papier toilette XXL, mouchoirs blancs, sacs de congélation, sacs poubelle, lessive… je vous fais grâce des détails de mon shopping longue durée.

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Bêtement – naïvement, devrais-je dire, bien plus par curiosité professionnelle qu’autre chose, il m’arrive lors de ces échappées bassement matérielles de profiter d’un instant magique dans l’univers de la démesure de masse pour passer quelques minutes au calme au sein des rayons « boissons », rien que pour voir où en est mon monde pinardier. N’oubliant pas, au passage, que c’est en grandes surfaces que les trois quarts (au moins) de nos vins sont écoulés. Par rapport à ma dernière visite, je constate un accroissement significatif du rayon « bag in box » avec des boîtes d’IGP et de cépages de toutes sortes, de toutes couleurs et de tous contenants. En bout, ou en tête de rayon, je ne sais plus, je me rends compte qu’un certain nombre de bouteilles de Beaujolais sont plus que soldées. Ni une ni deux, j’ajoute à mon caddy un des derniers flacons qui, bien que bradé à 50 %, me rassure de par son origine. Heureusement que j’en connais un rayon sur les communes de nos appellations !

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Il s’agit d’un Beaujolais Nouveau (2017) de la Cave de Bel Air, à Saint-Jean-d’Ardières. Une référence pour moi. L’étiquette est sympa, la contre-étiquette pas si idiote que ça et je me dis qu’il serait urgent pour moi  de constater si ce vin-là a encore quelques mots à me dire. Il est vrai que la mention « à consommer rapidement » m’incite à ne pas tarder à l’ouvrir pour mieux l’engloutir. À moins que ce ne soit son prix de 3,90 € le flacon ! Que voulez-vous, on s’ennuie quelque peu lorsque l’on est à la retraite dans une ville de province… Faut bien s’occuper.

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Bref, sitôt arrivé à demeure, le vin est débouché par ma sommelière en chef, Brigitte. En général, elle n’aime pas trop le gamay et c’est bien pour cela que je la presse d’y goûter en premier m’attendant à la pire des remarques en patois montréalais. Eh bien non !

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Le vin lui plaît bien, tandis que je le trouve de mon côté parfaitement dans son jus et dans son rôle de convivialité : le fruit est bien là (framboise) sans être putassier, il a même une certaine finesse et la bouche se la coule douce sans oublier de nous rafraîchir tout en nous ouvrant un instant les portes d’un pays joyeux où les impôts locaux, la vitesse limitée à 80 km/h et l’augmentation salée des péages autoroutiers n’auraient, sur nos cuirs burinés de vieux bikers, que l’effet d’un doux vent fripon et printanier.

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Tout le monde sait que c’est la presse qui (paraît-il, moi je dis que c’est la rue…) fait l’opinion. Or, en matière de vin, la presse spécialisée, lorsqu’elle ne survit pas grâce aux pages de pub du gros négoce et des groupements de coopératives, tous au passage serviteurs de la grande distribution, se fait un honneur de dénigrer l’univers des grandes surfaces. Comme si nous en étions encore à l’âge de pierre lorsque nous partions tous en week-end dans le Sancerrois afin de remplir nos coffres de caisses de vins achetées à prix d’or chez le producteur en personne…

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Chez nous, ici, aux 5duVin, pas de pub ! Hormis celle, indirecte, que nous faisons en chantant les louanges de vins autrichiens ou andalous. Je suis donc libre de dire sans craindre la flagellation publique que oui, rapport qualité-prix parlant, nos horribles grandes surfaces sont à même d’offrir de belles bouteilles. Comme cette jubilatoire Blanquette de Limoux, elle aussi à moins de 5 euros (4,99 €), mise en bouteilles pour Auchan par la très qualitative maison Antech, à Limoux, sous-préfecture de l’Aude, et signée Pierre Chanau.

Alors, que pète la blanquette ! Car c’est bien avec notre « Champagne du Sud » que je vais trinquer aujourd’hui afin de mettre un point final à cet article !

Michel Smith

 

 


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J’aime le Champagne, c’est comme ça!

Aujourd’hui, on ne parle plus que de Prosecco. On en trouve même dans les rayons des supermarchés champenois. Pourtant, cette cuve close n’a pas grand-chose à voir, même quand elle est bien faite, avec le roi des bulles. On me dira qu’il y a des Champagne qui sont loin d’être au niveau (mais c’est comme dans toutes les appellations). Et qu’il y a des très bons Prosecco – certes, mais pas beaucoup. Le souci, pour moi, avec ces derniers, c’est leur douceur – heureusement qu’il y a le Spritz pour la calmer un peu.

Bref, le Champagne reste pour moi une boisson à la fois exquise et festive.

Un plaisir d’une effervescence émoustillante, blanc ou rosé, on a le choix. En voici deux beaux exemples offerts par la Maison Lombard à Épernay.

 

Blanc de Noirs Extra Brut Premier Cru Champagne Lombard

 

Doré pâle à la bulle fine et nacrée, le nez très poivré mêle les fragrances de croûte chaude de pain de seigle à la de brioche étoilé de fruits confits et au toast nappé de gelée de pissenlit. La bouche, ample, fraîche, vineuse, coule juteuse sur les papilles amusées de tant de gaieté. Gaité due au croquant espiègle du vin, à la foison tourbillonnante des fruits secs et confits, farandole incessante qui diffuse en notes déliées des arômes de pêche, de poire, de groseille, de framboise. Flux majeur qui nous emporte vers un ravissement gourmand et raffiné.

Ce 100% Pinot noir vient des vignes plantées dans les calcaires du Premier Cru Rilly-la-Montagne de la Montagne de Reims. L’élevage des vins tranquilles se fait en partie en bois. Le temps sur lattes est de 48 mois. Dosage : 4g/L

Située au cœur d’Épernay, les approvisionnements des Champagne Lombard viennent d’une bonne centaine d’hectares. C’est aujourd’hui Thierry Lombard, petit-fils du fondateur, qui dirige cette maison familiale crée en 1925.

Le boire avec…

Par facilité, on peut se prendre une bouteille à deux, en amoureux, de l’apéro au dessert. C’est risqué et pas très heureux. Alors, qu’assortir à cette élégante cuvée? Je suggère une viande blanche, du veau à la crème ou une poularde au four, sur lesquels elle fera beaucoup d’effet grâce à son caractère vineux, sa densité et son panache. Et puis, on en gardera un peu pour le fromage, une croûte fleurie comme le Brie ou le Chaource, voir un Langres. Et le plus sympa, c’est le côté désaltérant du breuvage.

Brut Rosé Premier Cru Champagne Lombard

 

Rose tendre à l’écaille saumon, à la bulle fine et délicate, au nez un rien musqué, mélangeant quelques subtils effluves de patchouli et de benjoin avant de s’ouvrir sur une multitude de fruits rouges et blancs. Corbeille débordante de fraise, framboise, cerise, pomme, poire et carambole. Tous poivrées à souhait et mélangées de biscuit concassé façon crumble pétillant. La bouche détaille le fruité, isole les baies, pour satisfaire l’envie des papilles de les appréhender une à une pour mieux les réassembler et nous apporter cette satiété inouïe soutenue par une salinité rafraîchissante. Un rosé tout en élégance !

Il assemble 40 % de Pinot Noir des Premier Cru Cumières, Sermier et Villedomanges, vinifiés en blanc ; 10 % de Pinot Noir vinifié en rouge du Grand Cru Verzenay et 50 % de Chardonnay du Premier Cru Grauves et Vertus. Il a passé 36 mois sur lattes et est dosé à 4 g/L

Avec quoi le boire?

Si le rose appelle le rose, le saumon lui convient ou mieux, le rare omble chevalier. Plus simple et plus belge, je vous la conseille, la tomate-crevettes (crevettes grises de la mer du Nord, of course), voire la croquette éponyme; car chez nous, en Belgique, les croquettes ne sont pas réservées aux chiens et aux chats!

Sinon, l’apéro lui sied également, ainsi que les fromages à croûte fleurie.

www.champagne-lombard.com

Ciao

 

 Marco


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Bulles : une (petite et modeste) revue de détail

J’y vais tous les ans vu que ça a lieu chaque année au même endroit, à la même période et toujours selon le même principe : invités à un mois de Noël par Jean-Pierre Rudelle, le patron du Comptoir des Crus à Perpignan, les représentants des maisons de Champagne viennent avec armes et bagages faire goûter aux amateurs deux (parfois trois) de leurs cuvées, vins que l’on retrouve en vente pour ce jour-là à un prix «d’ami ».

Simple comme bonjour, cette initiative est aussi l’occasion pour moi de faire une petite révision champenoise. Et si j’en profite pour revoir mes avis sur des marques qui me sont familières, grandes ou petites, je m’attache aussi à découvrir de nouveaux noms comme le champagne Charpentier (acheté 16 € l’an dernier) qui a fait le bonheur de ma cave durant l’année écoulée.

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Idée de décor ! Photo : BrigitteClément

Je vous en parlais en 2013 et déjà j’étais enthousiaste à l’idée que cette journée devienne une sorte de rituel. Il suffit de s’offrir un verre (10 € remboursés en cas d’achat) et de se promener au gré des barriques (renversées debout) transformées en comptoir de présentation et de dégustation. On peut même s’amuser à faire cela en accéléré. En se pointant par exemple dès l’ouverture, vers onze heures du matin. Le tour complet prend environ une heure trente avec une quinzaine d’arrêts et un temps plus ou moins long passé à discuter avec les représentants en fonction de l’intérêt de leurs vins ou (et) de leur connaissance du terrain. Bref, cela représente un apéritif studieux, juste avant d’aller déjeuner la faim au ventre quelque part en ville.

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Le champagne expliqué aux clients… Photo : BrigitteClément

Un exemple à suivre

Tous les cavistes (ou presque tous) devraient pouvoir organiser une telle journée et il me semble qu’ils sont de pus en plus nombreux à le faire dans d’autres grandes villes. Pour rendre la chose encore plus palpitante, il y a des habituées parmi les maisons qui font se déplacer une de leurs « commerciaux ». Cela permet de faire des comparaisons avec les vins voisins, de noter des changements de goûts ou de chef de cave. Puis chaque année quelques nouvelles marques en remplacent d’autres avec, parfois une ou deux cuvées d’exception, histoire de briller – ou de frimer – plus encore aux yeux des amateurs. L’avantage, c’est que ça tourne. Cette année, point de Pol Roger, de Krug, Jacquesson, Drappier ou Veuve Clicquot, guère plus de grosses pointures comme Moët et Chandon, peu de petits récoltants-manipulants et aucune coopérative de taille, à l’instar de celle de Mailly présente lors de je ne sais plus quelle édition.

Voici donc les bulles les plus marquantes de ma tournée 2017.

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Quelques remarques préalables : pas d’ordre précis dans cette revue et toujours pas de notes chiffrées, je préfère la (ma) description, brève et parfois sommaire. Peu de description sur le ressenti au nez car dans ce genre de dégustation on est un peu pressé par le public et il faut aller droit au but : la bouche. Sachant que cette dégustation ne se faisait pas à l’aveugle, la seule chose que j’avais devant les yeux, en dehors du vin, était la marque du champagne, le nom de la maison si vous préférez. Pour ne pas être trop influencé, je refusais toute explication sur la composition de la cuvée et sur son prix de vente dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin. Parlons-en du prix : dans ce qui suit, je vous donne le tarif consenti pour ce jour-là et le prix normal en boutique pour les jours à venir. Et quid du verre ? Sincèrement, j’ai oublié de noter ce détail (le nom de la verrerie) qui a pourtant son importance. Tout ce que je sais, c’est que j’ai décliné la flûte que l’on me tendait et que, grâce à mon pote caviste, j’ai pu bénéficier d’un beau verre assez large afin que je puisse considérer le champagne comme ce qu’il est : un vin à part entière et non une simple boisson à bulles.

-Deutz. Avec cette maison d’Aÿ la dégustation démarre toujours bien : j’ai l’impression d’être chez moi, de cultiver mon jardin. Tout commence avec un Brut Classic à majorité pinot noir qui m’enchante toujours tout bêtement parce qu’il « nettoie bien la bouche », qu’il la « prépare » à affronter la suite. Je ne sais pas pourquoi je mets tous ces mots entre guillemets, mais je les trouve adaptés à cette sensation de belle acidité, de fruits blancs et de longueur honorable (35,10 € au lieu de 39 €). Le blanc de blancs 2011 qui suit est encore plus engageant : crémeux dès le nez, il l’est ensuite en bouche. Matière riche, amplitude, fraîcheur et longueur, tout y est ! (62,10 € au lieu de 69 €). Au passage, j’attends avec impatience la nouvelle cuvée William Deutz 1990 de pur pinot-noir que je viens de mettre en cave pour quelques mois.

-Charles Heidsieck. Pas de problème non plus avec cette maison qui assure dans la régularité depuis pas mal d’années. Brut Réserve à la mousse frénétique, enthousiasme et fraîcheur en bouche, sans oublier l’équilibre, le tout avec une jolie finale (35,10€ au lieu de 39 €). Le Rosé Réserve assure lui aussi d’emblée une très belle prestation : droiture, netteté, franchise (48,60 € au lieu de 54 €).

-Le Gallais. Dans la vallée de la Marne, à Boursault, la maison produit une Cuvée des Cèdres (brut nature) : nez assez fin, bouche directe et expressive sur un équilibre bien dessiné (31,50 € au lieu de 35 €). La Cuvée du Manoir, par laquelle j’aurais dû commencer, donne un vin d’apéritif, plus marqué par l’acidité d’une pomme granny-smith (26,10 € au lieu de 29 €).

-Grier. Pas une marque champenoise, mais une maison sud africaine qui passe là-bas pour être le pionnier du mousseux de qualité. Installée depuis quelques années au fond de la vallée de l’Agly, dans les Pyrénées-Orientales, la famille Grier progresse indéniablement dans ses assemblages de macabeu, carignan blanc, grenache gris et autres vieux cépages locaux associés au chardonnay du coin (25%). Nez fin légèrement épicé, bouche pleine, riche, structurée et longue (11,70 € au lieu de 13 €). Deux vins sud-africains pour suivre : le brut Villiera Tradition (chardonnay pour moitié, reste pinot noir et meunier), 18 mois sur lies, croustillant, long et frais jusqu’en finale (11,70 € au lieu de 13 €) ; l’autre, le Monro brut, particulièrement droit en bouche, très long et marqué par une belle acidité (22,50 € au lieu de 25 €). D’excellents rapports qualité-prix et mon choix pour cette année.

-Bollinger. Une seule cuvée à goûter, celle qui fait figure de BSA, le Spécial Cuvée. Densité et matière en bouche, richesse et longueur sans emphase, c’est un classique auquel j’adhère volontiers (44,10 € au lieu de 49 €).

-Lallier. Difficile de passer après Bollinger, mais ce Brut Nature, aussi puissant que sérieux en bouche est joliment structuré et doté d’une belle longueur (31,50 € au lieu de 35 €). Le Grande Réserve, m’est paru moins bavard bien qu’il se distingue par sa richesse et sa longueur (26,10 € au lieu de 29 €).

-Ruinart. Un très chardonnay R de Ruinart dense, vif, animé, mais crémeux, fin et équilibré. Il me semble noter un changement dans le rajeunissement de cette cuvée que je goûte pour la première fois avec un plaisir intense (41,40 € au lieu de 46 €) alors qu’auparavant je n’étais guère attiré. Le Blanc de blancs quant à lui est très frais, assez craquant, aussi soigné en longueur qu’en équilibre (62,10 € au lieu de 69 €). Le rosé était trop glacé pour être sérieusement annoté, si ce n’est que je l’ai trouvé d’une richesse assez éclatante (62,10 € au lieu de 69 €).

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-Henri Giraud. En progression, me semble-t-il, par rapport aux années précédentes, cette maison d’Epernay m’a bluffé avec son Esprit Nature bien sec, pinot noir et meunier, lumineux en bouche, marqué par une belle acidité (35,10 € au lieu de 39 €). Le Blanc de craie est un pur chardonnay (si j’ai bien compris) qui fait beaucoup d’effet : hauteur, puissance, netteté, équilibre, longueur (44,10 € au lieu de 49 €).

-Jean-Noël Haton. Vignerons indépendants de Damery, les Haton proposent un Brut Classic blanc de noirs d’une belle franchise idéale pour l’apéritif accompagné de crustacés (20,60 € au lieu de 22,90 €). Une autre cuvée Extra retient l’attention pour sa largesse, son amplitude, sa fraîcheur et ses notes poivrées (32,40 € au lieu de 36 €).

-Besserat-Bellefon. Toujours un faible pour cette maison qui se maintient à un bon niveau qualitatif. Une cuvée Grande Tradition au joli nez grillé, simple mais bien ficelée en bouche avec ce qu’il faut de fruits blancs et une finale sur la fraîcheur (21,60 € au lieu de 24 €). En brut, la Cuvée des Moines (déclinée en plusieurs cuvées, y compris rosé) se remarque par sa droiture, son amplitude, sa fraîcheur et son fruité persistant jusqu’en finale (28,80 € au lieu de 32 €). On notera enfin un magnifique Grand Cru Blanc de blancs toujours marqué par une large amplitude, beaucoup de noblesse côté matière et une grande élégance générale (40,50 € au lieu de 45 €).

-Philipponnat. Remarquable cuvée Royale Réserve (non dosé) pour cette maison de Mareuil-sur-Aÿ plus connue pour son fameux Clos des Goisses absent de cette dégustation. Le nez ne manque pas de distinction, tandis qu’en bouche on ressent la vinosité du pinot noir allié à la complexité d’une part non négligeable de vins de réserve. Amplitude, fermeté et longueur pour un vin digne d’une belle entrée en matière lors d’un repas entre amoureux du vin (35,10 € au lieu de 39 €).

-Marie Sara. Marque d’une maison auboise donnant naissance à une agréable cuvée de brut à la fois simple et souple, aux notes crémées et à la longueur honorable pour une dominante meunier (21,60 € au lieu de 24 €). Une autre cuvée Extra Brut (non dosée), typée pinot noir, se révèle plus épicée avec des notes grillées (32,40 € au lieu de 36 €).

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-Laurent Perrier. L’Ultra Brut, que l’on ne présente plus, se distingue une fois de plus par sa complexité et sa longueur en bouche sur des notes pierreuses et fumées (43,20 € au lieu de 48 €), tandis que le brut (normal) La Cuvée, toujours aussi régulier, est tout simplement magnifique d’amplitude et d’expressivité, sans parler de son infinie longueur (35,10 € au lieu de 39 €). J’ai aussi retenu la même cuvée en rosé pour son imposante matière, sa densité et sa longueur en bouche (71,10 € au lieu de 79 €).

-Taittinger. Un Brut Prestige assez fin et complexe au nez, serré et dense en bouche (35,10 € au lieu de 39 €). La cuvée Grands Crus offre une trame toujours imposante et serrée sur des notes de fleurs des champs et une finale harmonieuse (47,70 € au lieu de 53 €).

-Charpentier. Une maison typique de la vallée de la Marne avec un Brut Tradition simple de par sa conception architecturale, aux trois quarts pinot noir, surtout marqué par des bulles très fines et de jolies notes fruitées (17 € au lieu de 18,90 €). Le rosé, assemblage pinot noir et chardonnay, nous promène sur de fines notes de fruits rouges dans une ambiance un peu plus vineuse (23,30 € au lieu de 25,90 €).

-Gosset. Le brut Excellence (majorité de pinot noir avec 40 % de chardonnay), très croustillant en bouche, offre de l’éclat, beaucoup de luminosité et de longueur (35,10 € au lieu de 39 €).

                                                                                                         Michel Smith

 


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99 + 1 bonnes raisons de…

…manger du gras et de boire du Champagne

Notre société actuelle nous culpabilise trop, fait attention à ci, à ça, mange pas trop, ne bois pas, bien qu’on nous une tonne de saloperies à table, quand on n’y fait pas gaffe. Alors, quand on la chance de déguster du bon gras comme celui du jambon qu’il soit iberico, de Bigorre ou culatello, pourquoi renoncer à ce régal? Le gras donne du goût, quant au maigre, tout seul, il est sec et manque de goût.

Ça me rappelle cette cliente qui, voulant faire de la blanquette, se prend une barquette de veau bien maigre, alors que moi, je tentais de trouver certes du maigre, mais entouré de gras, de couenne et de cartilage. La mettant en garde à propos de ce maigre dominant, elle me répondit d’un regard d’incompréhension, l’air de dire, mais justement, il n’y a pas de gras, c’est ça qui est bon. Le boucher, lui, comprit tout de suite et me découpa juste pour moi un joli morceau entouré de couenne, de cartilage et de gras.

Et pour nous qui sommes avant tout œnophiles, comme le souligne Blandine, l’auteur :

Parce que même dans le vin, il y a du gras

Et puis, le gras ça nous donne déjà l’occasion de boire du champagne, ça le décape un peu, ça nous rince le gosier et ça nous permet ensuite, de le savourer, ce cru d’Avize, d’Ay ou d’ailleurs.

Allez, juste une rincette…

Et comme dit Isabelle l’auteur :

« Parce qu’il n’y a rien de mieux pour faire démarrer les conversations et parce qu’aucune grande histoire d’amour n’a commencé autour d’un bol de salade… »

Voilà deux petits livres bien sympas, écrit le premier autour du par Blandine Vié, qu’on peut retrouver sur le blog gourmand gretagarbure, et le second par Isabelle Bachelard qui nous a pondu l’an dernier les 99+1 bonnes raisons de boire un verre de vin. On ne peut lui en vouloir !

99 + 1 (bonnes) raisons de boire du champagne et 99+1 (bonnes) raisons de manger du gras sont parus aux éditions Artémis, 104 pages au prix de 7,90€

Qu’on se le dise !

Zut, j’ai des yeux dans mon Champagne

 

Ciao

 

Marco #balance ton porc mais pas son gras


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La régularité dans la qualité : le cas Charles Heidsieck

Cela fait pas mal d’années que je trouve les vins de Charles Heidsieck remarquables. Ils sortent régulièrement très bien placés, voir au sommet des dégustations de Champagne que je pratique, soit pour les besoins d’un article, soit pour le fun, comme il y a deux ans sur le champ de bataille de Waterloo. Et cela aussi bien pour leur cuvée non-millésimé que pour les cuvées millésimés.

A quoi cela tient-il ? A mes goûts personnels ? Sûrement. A un travail méticuleux et créatif dans l’approvisionnement, la vinification et l’assemblage ? Très certainement. A un vieillissement bien conduit ? Aussi. A plein de choses, mais le constat est bel et bien là : je n’ai pas le souvenir récent d’avoir dégusté un mauvais champagne de cette maison depuis très longtemps.

L’autre jour j’ai eu la chance de participer à une trop courte dégustation de vieux millésimes de deux cuvées de Charles Heidsieck, mais aussi, en guise d’apéritif, de la dernière version mise en vente de leur cuvée millésimé, le 2006. Les vieux millésimes ont été soigneusement choisi dans l’oenothèque de la firme pour une mise en marché aussi limitée en volume que limitant par les prix, dans le cadre d’une opération qui s’intitule « La Collection Crayères ». Cette dégustation m’a montré, une fois de plus, tout l’intérêt des vieux champagnes quand ceux-ci ont été bien conservé.

D’abord le nouveau venu :

Charles Heidsieck 2006

Très frais et tendu, mais avec une grande délicatesse des saveurs. Ce vin me semble plus souple que le 2005 mais reste d’une grande jeunesse d’expression à 11 ans après sa date de récolte. J’aime beaucoup sa clarté et sa finesse (16,5/20)

Et les vieux :

Charles Heidsieck, Champagne Charlie 1983

Ce vin date d’une époque ou le dosage maximal autorisé était de 15 grammes. On annoncé 12 à 13 gr pour ce vin, mais on ne les sent plus et je doute que la vague courante de champagnes non-dosés pourront avoir une telle longévité. On verra bien.

La robe est ambrée et intense. La dosage est totalement intégré dans ce vin à la texture patinée et à la finale qui reste d’une vivacité étonnante. Odeurs et saveurs de fruits jaunes secs, de noix et noisettes et de café donnent une idée de la richesse de ce vin splendide et très fin. (17,5/20)

Charles Heidsieck Cuvée Royale 1981

Une cuvée qui n’existe plus de nos jours, et dont les quelques bouteilles mises en vente le seront dans leur livrée d’origine, qui date évidemment un peu mais qui donne à ce vin une partie de son cachet authentique. Cette année peu médiatisée à produit de très beaux vins en quantités très limitées.

Encore plus sombre et intense en couleur que le précédent. Le nez de noix et de noisette se combine avec un bouquet de zeste d’agrumes. Plus vif que le 1983, les saveurs vibrent littéralement sur la langue et révèlent des échos de pâte de coing et de fruits cuits. Rondeur et soyeux sont les marqueurs de sa texture. Fait à parts égales de Pinot Noir et de Chardonnay, ce vin tient remarquablement bien à l’aération aussi : pas du tout fatigué malgré ses 35 ans passées. Un vin magnifique ! (18,5/20)

Charles Heidsieck possède 65 hectares de vignes dont la moitié se situe dans la Marne et l’autre dans l’Aube. Je note au passage que très rares sont les Maisons de Champagne à avouer posséder un vignoble dans l’Aube, alors que presque tous s’y fournissent largement en raisins ou en moût. Les traditions, comme les préjugés, ont souvent la vie longue et qui va bien au-delà du rationnel.

David Cobbold


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Wayford, une bulle et une histoire exemplaire du Sud-Ouest… anglais

 

Je me trouvais dans le Sud-Ouest ce weekend; dans le Sud-Ouest… de l’Angleterre. Et j’ai dégusté, en arrivant, un « sparkling wine » de bonne facture, assez fin, aux saveurs délicatement fruitées, sans grande intensité mais très plaisant et bien fait. Le vin est de plus bien présenté dans un habillage sobre avec une étiquette claire. Le Wayford Winery 2014 est issu à 100% de Pinot Noir et provient d’un vignoble situé à quelques kilomètres du village qu’habite ma mère. Renseignement pris, ce vignoble était en vendanges le samedi 7 et le dimanche 8 octobre et j’ai décidé d’aller voir tout cela sur place.

L’année 2016 a vu la fondation d’un nombre record de wineries dans ce pays qui a eu le malheur de voter cette stupidité qu’on appelle « le Brexit » l’année dernière. C’est un autre sujet mais c’en est un qui a le don de m’agacer profondément, vu les tonnes de mensonges proférées à l’occasion par le «exiteurs ». Qu’on les rassemble avec les Catalans indépendantistes, par exemple !

Mais revenons à nos moutons : 64 entreprises de production de vin ont vu le jour en 2016 en Angleterre et au Pays de Galles, ce qui constitue une augmentation de 73% sur les chiffres de 2015 (source : l’administration fiscale et douanière britannique). Ceci est à rajouter au chiffre cumulé d’environ 500 producteurs de raisins à vin et une base viticole de plus de 2.000 hectares plantés à fin 2015. La production totale de vin dans ces deux parties de la Grande-Bretagne dépasse maintenant 5 millions de bouteilles, dont la grande majorité est faite de vin blanc et surtout de bulles élaborées selon la méthode dite « traditionnelle ». Le vignoble moyen d’un producteur est donc de petite taille, autour de 4 hectares, même si quelques rares producteurs comme Denbies et Nyetimber font office de géants avec une centaine d’hectares chacun. Et je rappelle que le Champenois Taittinger à récemment acquis et planté, avec son importateur britannique, une soixantaine d’hectares dans le Kent (sud-est).

Le vignoble que j’ai visité ce weekend, Wayford, est lui situé bien plus à l’Ouest, dans le Somerset. Il illustre bien ces petits producteurs naissants qui émaillant de plus en plus tous les coins du Sud du pays. Son vignoble couvre 1,7 hectare, les raisins sont pressés et vinifiés ailleurs, et l’initiative vient d’un groupe d’amateurs enthousiastes, en l’occurence tous membres du Rotary Club de Crewkerne, et dont un des membres fondateurs est un agriculteur du coin qui a fourni le terrain. Il est probable que les 4 membres fondateurs (ils sont aujourd’hui une vingtaine de familles à partager, bénévolement, les travaux de la vigne, ce qui doit en faire le plus petit domaine coopératif du monde viticole !) ne se doutaient pas des efforts nécessaires à leur entreprise. Mais, depuis la plantation en 2007 de 4.000 pieds de pinot noir sur une pente orientée plein sud dans la vallée de l’Axe (à l’ouest de Yeovil), les membres de ces familles, pour une bonne partie retraités, se sont retroussés les manches chaque année et les 1.200 bouteilles de leur premier millésime mise en vente, le 2014, sont maintenant presque épuisées. Bientôt le 2015, avec des quantités heureusement en croissance, va atteindre les magasins et bistrots de la région. Ils me disent qu’il est encore meilleur mais je ne l’ai pas dégusté.

Même en sachant ce qu’on va y trouver, on est presque surpris de découvrir un coteau couvert de vignes dans ce vert paysage aux bocages, au détour d’une de ces tortueuses routes de campagne enfoncées entre talus, prairies et bois, et dont l’étroitesse vous oblige à chercher un recoin pour pouvoir croiser un véhicule qui arrive en face. Le samedi matin de ma visite, les feuilles de vigne commençaient à jaunir ou à rougir par endroits et les vendangeurs, peu nombreux mais concentrés, s’activaient sous un ciel gris. Familles et amis doivent signer une décharge avant d’attaquer avec ciseaux et petits bacs en plastique qui seront chargés sur une remorque pour une heure de route jusqu’au pressoir. Le vignoble est totalement enherbé et tondu une fois l’an. Je n’ai vu aucune trace de produits désherbants et le seul équipement semble être une tondeuse tirée par un vieux tracteur. Tout le reste se fait à la main. A la différence de quelques autres vignobles dans le sud-ouest, Wayford a échappé au gel du printemps 2017 et j’ai vu pas mal de raisins, en apparence très sains, sur les vignes.

Que penser de tout cela ? Mais que du bien, selon moi! Il n’est pas question, du moins pour l’instant, d’une concurrence sérieuse à d’autres vins effervescents. Avec deux milliers d’hectares à peine en production, les bulles anglaises ne risquent pas d’arriver en masse en France pour couper l’herbe sous les pieds des bulles françaises, par exemple. Le nombre de bouteilles produites ne pèse pas lourd face aux bulles d’ailleurs : Champagne, Crémants, Cava ou Prosecco, chacune de ces désignations produisent plus de 10 fois la production totale de l’Angleterre. Et ces vins anglais ne sont pas bradés non plus. Le Pinot Noir 2014 de Wayford Winery se vend au détail au prix de 25 livres sterling la bouteille (soit 28 euros), et des producteurs plus connus comme Nyetimber vendent leur cuvée non-millésimée autour de 40 euros, ce qui les positionne quasiment au même niveau de prix qu’une grande marque de Champagne.

Ces vins, pris dans leur ensemble, aident à satisfaire la soif légendaire des Britanniques pour les bulles en particulier et pour le vin en général, tout en augmentant la connaissance du vin par la curiosité qu’ils sollicitent. Et des domaines comme Wayford constituent aussi un beau témoignage de la logique d’une action collaborative, sans grande ressources, mais dans un pays qui n’est pas trop freiné par des règles qui inhibent des initiatives entrepreneuriales de toutes les tailles et formes, y compris dans l’agriculture.

David Cobbold


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Tout un repas aux vins d’Alsace

Notre invité de cette semaine s’appelle Jehan Delbruyère, il tient un blog de critique gastronomique, Le Verre et l’Assiette. Nous l’avons rencontré tout récemment à l’occasion d’un déplacement pour le Comté. Pour illustrer son travail, voici un billet qu’il a consacré aux accords vins & mets. Ou plutôt, Alsace et mets…

Initialement, il s’agissait du repas de réveillon 2016, mais rien ne vous empêche de renouveler l’expérience, au moins en partie, pour la Pentecôte. Ou même en dehors des fêtes carillonnées…

Il m’a été proposé un petit défi, qui me semble si simple mais si peu connu, qui consistait à imaginer ce que pourrait être tout un réveillon accompagné de vins d’Alsace. Cette région est à la fois très connue et peu comprise pour ce qui est de toute l’étendue de ses vins, qui valent à la fois par la différence de leurs cépages que par celle de leurs sols. Aussi, le jeu était bien plus d’expliquer le pourquoi que de trouver le comment. Aider à reproduire des accords. Conseiller sur les bons domaines.

APÉRO ET MISES EN BOUCHE

Le bonheur des réveillons est de prendre un très long apéritif, déballer les cadeaux, parler et bouger. On commence léger pour parfois terminer avec foie gras ou presque des entrées servies au salon. Le truc? ne pas prendre 4 bouteilles de la même bulle, mais varier les plaisirs !

Pour commencer, je parierais sur des Crémants Blanc de Blanc très peu dosés, qui titillent les papilles et ouvrent l’appétit. On les servira avec une petite langoustine, Saint-Jacques crues, ou avec un petit cracker. Il ne faut pas toujours chercher le plus, alors que l’important est la finesse.

  • Dopff au Moulin, Crémant Wild Brut : Un crémant non dosé à partir de Pinot Blanc et Auxerrois, qui sont très à propos dans cette cuvée fine, avec une bulle sympathique et sans défaut. J’aime beaucoup la netteté de ce vin, qui correspond exactement à ce que l’on attend d’un crémant de début de repas.

    Wild Brut de chez Dopff au Moulin

    Wild Brut de chez Dopff au Moulin

  • Vincent Stoeffler : Crémant Extra Brut Nature (bio) : Un crémant qui allie la finesse et une personnalité propre aux vins de chez Stoeffler. Des aromes à la fois fins et droits, mais aussi un peu de grillé, de mâche, qui termine toutefois avec une très belle acidité!

Avant de passer à table, ou même pendant le repas, nous avons souvent envie de petits mets un peu plus gras, forts en goûts et puissants. Que ce soit avec un oeuf basse température,  du foie gras ou de la truffe, les goûts puissants doivent alors rencontrer des Crémants plus puissants et au profil aromatique différent. Pour ceci, les Blancs de Noir (Crémant blanc issu de Pinot noir donc) peuvent être de bons compagnons !

  • Louis Sipp Crémant Blanc de Noirs (bio) : Arômes de fruits bien mûrs, vineux, avec du gras, il répond très bien aux petits plats qui ont un élément gras et puissant, en apportant la fraîcheur nécessaire en fin de bouche !
  • Domaine Ansen Crémant Blanc de Noirs :  Tout au nord de l’Alsace viticole, ce petit domaine produit de très beaux Blancs de Noirs. On sera sur un vin fruité mais un peu plus lâche que Sipp, plus en largeur. Très agréable dans son genre.

LES ENTRÉES POISSON, LÉGUMES, EN LÉGERETÉ

Les premières entrées sont souvent plus empreintes de finesse : un poisson blanc citronné ou fumé, peu de féculents, des produits plus bruts. Pour ces plats, je privilégierais des vins certes fins, mais racés, qui jouent sur ces arômes un peu citronnés/floraux, avec une trame acide présente sans être trop prenante.  Niveau cépage, privilégier des Rieslings (ou Sylvaner), pas trop âgés et de terroirs pas trop marneux-argileux.

  • Jean-Marc Bernhard Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg : Le citron dans toute sa complexité domine souvent dans ces vins, toujours fins mais faussement légers. Avec un beurre citronné ou autres petites choses du genre, l’accord sera juste parfait!
  • Jean-Pierre Rietsch : Sylvaner Grand Cru Zotzenberg (bio) : Jean-Pierre Rietsch est un des plus grands vignerons alsaciens. Rien que ça.  Le sylvaner sur Zotzenberg aura une fausse richesse aromatique mais une belle tension en bouche, avec des agrumes plus exotiques que le citron, et une salinité de très belle facture. Un vin audacieux et ambitieux !
  • Florian et Mathilde Beck-Hartweg : Riesling Grand Cru Frankstein (bio) : Les Frankstein de chez Florian et Mathilde ont différents stades, mais sont toujours délicieux et très fins sur les rieslings. Plus ils sont jeunes, plus on peut les mettre tôt dans le repas. Le plus floral des vins ici, je le verrais très bien sur une gambas sauvage ou un plat qui est fin, pas trop marqué par l’acidité.

PLUS CRÉMÉS, PLUS PUISSANTS, PLUS RISOTTOS , MAIS TOUJOURS POISSON!

Nous trouvons également des poissons plus crèmés ou des homards plus riches, aux arômes plus exotiques et puissants. Nous trouverons aussi les risottos, toujours délicieux mais qui réclament de la puissance. Si nous sommes encore dans le registre poissonnier (ou légumier), les accords devront se réfléchir différemment, avec des vins qui ont plus de puissance, une assise plus forte, afin de ne pas trancher avec le plat. Niveau cépage, on peut aller du riesling sur un terroir plus lourd jusqu’au Pinot gris mais travaillé assez finement, voire sur des Auxerrois de beaux producteurs!

  • Josmeyer Pinot Auxerrois H (bio): Ce vin est issu du grand cru Hengst, il montre tout ce qu’un Auxerrois peut donner. S’il a de la fraîcheur, ce vin a une réelle amplitude qui lui permet de supporter les fruits de mer plus « puissants » et les sauces un peu crémées et exotiques. On aura un bel arôme de fruits qui plaira tant aux novices qu’aux vieux grincheux pointus !

  • Agathe Bursin, Riesling GC Zinnkoepflé ‘bio): Agathe Bursin fait des vins magnifiques, mais qui doivent prendre le temps de se « faire », pour trouver leur équilibre. Après quelques années, la combinaison puissance/longueur/acidité devient juste magique sur des plats un peu crémé avec beaucoup de personnalité. Pour les belges, petits veinards, il reste un peu de 2011 chez HetH vins !
  • Antoine Kreydenweiss : Pinot Gris Lerchenberg (bio) : De prime abord un peu riche, le vin garde une tension qui en fera un bel accompagnant si tôt dans le repas. Il n’a pas la profondeur d’autres vins du domaine mais reste très plaisant malgré tout !
  • Dirler-Cadé : Gewurztraminer GC Saering : plus souvent vinifié en demi-sec (on ne peut pas aller au-delà du demi-sec si tôt!) le Saering donne souvent un bel équilibre entre exotisme (obligatoire dans l’assiette) et la buvabilité par l’amertume de fin de bouche. Attention encore avec les Gewurz, pas de doux en entrée !

 

LES VOLAILLES ET VIANDES BLANCHES

Bien sûr, la traditionnelle dinde a souvent droit de cité à Noël (mais soyons sérieux, sacrifier un animal pour en faire « ça », est-ce bien sérieux? autant manger du sable pour s’assécher la bouche), mais surtout les belles poulardes, poulets de Bressecailles, chapons ou beaux morceaux de veau font heureusement également partie de notre répertoire habituel. Fêtes obligent, les accompagnements sont souvent assez gras et puissants, avec entre autres du foie gras qui est encore bien présent, ce qui oblige à des accords qui jouent soit sur la puissance de blancs, soit sur un tanin assez léger de rouges de qualité. Oui, nous pouvons à la fois jouer sur les vins blancs et les vins rouges sur ces plats!

  • Paul Ginglinger : Pinot Gris GC Eichberg : Puissant, aux arômes qui tirent souvent vers l’épice fraîche, la poire mûre et le fruit sec, le vin se veut généralement opulent, parfois tiré par un peu de pourriture noble. Heureusement, tiré par une vraie structure, le vin est en fait un bon compagnon de viande légères rehaussées de touches grasses et légumes hivernaux de fête !
  • Florian et Mathilde Beck-Hartweg : Pinot Noir « F » (bio) : Un pinot noir atypique. A l’aveugle, on pourrait le confondre avec un blanc, par sa tension et des arômes de fruits qui lui sont propres. Néanmoins il a un tanin très fin mais présent, juste magnifique avec des poulets nobles. Evitons pour lui des sauces trop riches pour mieux se concentrer sur la viande, avec des sauces au vin blanc par exemple, ou aux fruits d’hiver et airelles.
  • Domaine Hering, Pinot Noir cuvée du Chat Noir (bio) : Un Pinot noir déjà de structure, mais avec un beau fruité frais très noble. Jeune, encore un peu marqué par les tanins mûrs néanmoins, il accepte déjà un peu plus la puissance avec un côté plus végétal (noble je le répète).
  • Domaine Schoffit : Pinot Gris : Encore un pinot gris, plus large peut-être, qui ira bien avec les plats qui sont largement marqués par le foie gras.

LES VIANDES ROUGES ET GIBIERS

Ô Surprise, les vins d’Alsace peuvent accompagner à merveille les viandes rouges et gibiers. Je resterai ici assez traditionnel en me « limitant » aux rouges, avec des Pinot noirs qui ont du corps, de la complexité aromatique et de la classe, sans boisé inutile ou autre maquillage sans intérêts. Toutefois, il est possible, avec des Pinots gris un peu sudistes, de faire également de magnifiques accords avec des recettes de gibiers comme le filet de marcassin, le chevreuil en civet ou le canard sauvage.

  • Bott Frères : Pinot Noir Eclipse : Nouvelle cuvée de Pinot Noir du domaine, plus en profondeur que leur « tradition », est d’un touché de bouche magnifique et d’une suavité très agréable. Sur des gibiers cuits assez finement, (plus des filets que des civets en sauce), il sera un compagnon de grande classe. Une très belle découverte que ce vin
  • Louis Sipp : Pinot Noir Grossberg (bio): Un Pinot Noir bourré de caractère. Trop fougueux dans sa jeunesse, après quelques années le comportement bourguignon de ce vin est de plus en plus évident, dans un style terrien raffiné que ne renieraient pas de bons Vosne-Romanée . Les gibiers puissants pourront ainsi trouver un beau compagnon, mais uniquement si le plat n’est pas bourru mais finement préparé, pour ne pas gâcher cet exceptionnel vin !
  • Laurent Barth : Pinot Noir M (bio) : Connu pour ses rouges de grande qualité, Laurent Barth offre encore ici un Pinot Noir de belle facture, très équilibré et profond. Encore une fois sur des gibiers travaillés avec finesse, et un peu d’audace (certains canards épicés seront bien accompagnés ici).

  • Marcel Deiss, Gruenspiel (bio) : Parce que j’ai envie de mettre un blanc, les vins de Marcel Deiss sont souvent assez charpentés. Issue de complantation, cette parcelle donne des vins avec de la puissance, même un peu de tanins et de la largeur en bouche et de la complexité. De préférence avec quelques années de bouteilles, cette cuvée sera une grande réussite pour remplacer un rouge sans perdre en accord !

DESSERTS ET MÉDITATION

Pour bien terminer le repas, rien de tel qu’un bon dessert. Ici encore, on a de quoi faire sur de multiples accords. Purement personnellement, je préfère terminer sur une note de fraîcheur plutôt que sur un sucre, mais ces derniers s’avèrent d’excellents choix aussi, ne nous trompons pas. Enfin, après le repas, pourquoi ne pas tremper les lèvres dans le divin, dans un vin de liqueur à l’équilibre pur que presque la seule Alsace peut offrir.

  • Bott Frères : Crémant rosé : Belles bulle, de la finesse et un peu de grillé, avec un peu de fruits à noyau, idéale pour les desserts qui allient fruits et pâte (tarte, biscuit etc.)
  • Agathe Bursin : Sylvaner Eminence : On pourrait presque faire un vin de repas de cette bouteille, et pourtant elle sera une excellente bouteille de dessert. L’équilibre entre le sucre et l’acidité/amertume est pour moi parfaite, et la palette d’utilisation est très large, entre les fruits à noyau et la bûche. Un vin grandiose à prix mesuré!

  • Zind-Humbrecht : Pinot Gris Clos Jebsal : Un domaine phare pour tous les vins qui ont un peu de résiduel, qui arrive à rendre tout magnifique d’équilibre. Le Clos Jebsal ne va pas dans les liqueurs puissantes mais a un goût assez pur, légèrement marqué par le botrytis, sans excès. Je vois bien ce genre de vin sur un dessert un peu vanillé
  • Julien Meyer : Gewurztraminer SGN: Puissance et classe. En plus de la performance d’arriver à faire un vin comme celui-ci sans sulfites ajoutés, le vin ne tire pas trop sur le sucre, malgré une toute grosse liqueur. De quoi méditer après le repas !

Jehan Delbruyère