Les 5 du Vin

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Rencontre sur les bords du Rhône

Elle les rencontra un soir d’été. Une brise agréable rafraîchissait cette petite terrasse des bords du Rhône, un endroit improbable où l’on se sentait tout de suite bien. Ils étaient accoudés au bar. Elle les cru un instant jumeaux, mais il y avait un je-ne-sais-quoi qui la détrompa, un détail, une façon d’être… Elle s’approcha. La conversation s’entama. Le premier se présenta: « Je m’appelle Nord »

Un prénom curieux, mais avant qu’elle ne lui pose la question, il enchaîna

« C’est parce que je viens de la partie la plus au nord de notre appellation Crozes, là où le sol est fait de granit, où le climat est plus frais, je rentre mes raisins un peu plus tard que mes frères. »

Ils étaient viticulteurs à Crozes-Hermitage, le premier près de Gervan, le second à Larnage comme il le dit dans l’instant:

« Je suis LA. Chez moi, le sol est blanc, c’est du kaolin, l’argile blanche qui sert à la fabrication de la porcelaine, je rentre mes raisins après Nord, je suis encore plus tardif que lui, mon vin est droit, austère comme mon caractère, mais il ne manque pas de générosité, il lui faut comme à moi un peu plus de temps pour se décider ».

Un message caché ?   

Sans hésiter, Nord la prit dans ses bras, elle sentit tout de suite son parfum, mélange de violette et d’iris. Puis, les myrtilles et des prunelles qu’il avait croquées et dont le jus maculait encore la commissure des lèvres. Plus serrée, sa peau épicée respirait le cumin et le poivre noir, de quoi l’enivrer. La fraîcheur du baiser la surprit, vif, il avait le goût des baies croquées, un rien acidulé, mais velouté. Il lui sourit et lui dit sans honte

« Comme mon vin, je s’exprime tout de suite, n’attend pas, impatient, quand j’ai soif, je bois… »

N’aimant guère la précipitation, c’est avec LA, enfin décidé qu’elle partit…

 

Nord et LA, deux cuvées Terroirs d’Exception de la Cave de Tain

On pourrait les croire jumeaux tant leur robe se ressemble, mais en y regardant bien, déjà leurs nuances font la différence. Le Cave de Tain l’Hermitage met en bouteille quelques terroirs sélectionnés issus de leurs plus belles parcelles. Parmi elles, voici deux Crozes venus de deux entités géologiques bien différentes. Le premier, appelé Nord, pousse du côté de Gervans dans la partie granitique de l’appellation. Il y fait un rien plus frais que sur les Châssis, les galets roulés du sud de Crozes.

Le second se plaît à Larnage, c’est le LA, le sol y est blanc, c’est du kaolin, une argile blanche qui sert à la fabrication de la porcelaine, les raisins se vendangent encore après Nord, il est encore plus tardif à cause de l’altitude et l’albédo. Cela nous fait un vin droit, presque austère, mais qui ne manque pas de générosité, il lui faut un peu plus de temps pour se donner.

 

Nord 2015 Crozes-Hermitage Terroirs d’Exception de la Cave de Tain

 

Violet sombre, il respire la violette et l’iris, se macule le nez de chairs de griotte, de prunelle et de myrtille. Quelques épices, poivre noir et cumin, ombrent les fruits. La fraîcheur de la bouche, presque vive, s’enveloppe d’une légère soie tannique qui laisse s’écouler les jus tout en laissant s’exprimer le fruit sans le moindre carcan. Voilà un Crozes de soif, croquant et joyeux qu’il nous plaît à boire.

LA 2015 Crozes-Hermitage Terroirs d’Exception de la Cave de Tain

 

Violet pourpre, son nez suave nous fait penser à des pâtes de cassis et de mûre relevées de réglisse et de cardamome. La bouche, ample et gourmande, s’installe tout de go dans l’espace buccal pour y déployer le velours bien marqué de ses tanins. Tissu frais et souple coloré sur lequel se dessinent fleurs blanches et fruits noirs bien épicés. Mais pour ce résultat, la carafe s’impose.

Les vinifications diffèrent légèrement. Pour Nord comme pour LA, la vendange est égrappée. Nord se vinifie en cuve béton, fermentation traditionnelle, avec délestages et pigeages en début de fermentation. Macération post fermentaire à chaud pendant 2 semaines pour une fermentation malolactique sous bois. Élevage sur lies fines en fûts de 400L de 1 et 2 vins pendant 15 mois.

LA subit une macération pré-fermentaire à froid puis traditionnelle en cuve. Macération post-fermentaire. Élevage en fûts de 400 L de 1 et 2 vins pendant 15 mois.

Voilà deux cuvées qui démontrent (à nouveau) qu’une cave coopérative peut faire dans l’excellence. www.cavedetain.com

Ciao

 

Marco

 

 


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Accords en duos surprenants, tout un menu…

L’art difficile des accords aime à la fois l’évidence et l’originalité.

J’en avais proposé un extrait, il y a quelques moments, voici le menu complet.
Et la démonstration, réalisée grâce aux préparations de l’excellent chef Laurent Folmer du restaurant Couvert Couvert www.couvertcouvert.be dans la banlieue louvinoise. Quant aux vins, ils nous viennent de douze coopératives viticoles qui ont choisi de communiquer ensemble sur l’excellence de quelques-unes de leurs cuvées. En voici les représentants

On mange

Les amuse-bouche

Mélange de saveurs et de textures, ils se déclinent en mini canapé à la betterave jaune, en tartelette au pois chiche, en maquereau juste saisi aux parfums orientaux, en gaufrettes fourrée de hareng, de quoi faire voyager nos papilles et les préparer à la première entrée.

Pour les accompagner, tout d’abord un Crémant de Limoux

 

Toques et Clochers édition limitée 2013 – Crémant de Limoux Brut Sieur D’Arques

La bulle fine éclate et laisse planer des parfums d’agrumes, de fruits blancs et de fleurs délicates. La bouche nous étonne par sa densité, son charnu et ses épices, un trio gourmand soutenu par une belle fraîcheur.

Assemblage de 70% de Chardonnay, 20% de Chenin et 10% de Mauzac. Il reste 36 mois sur lattes

La rencontre

Ce bel effervescent semble tout indiqué pour sublimer les produits de saisons aux saveurs multiples. Fraîcheur du vin et croquant des bouchées ravissent les papilles qui en demandent plus.

Et en voilà, grâce au rosé corse…

 

Prestige du Président 2016 – Corse rosé Union de Vignerons de l’Île de beauté

La robe pâle comme un pétale de rose respire la groseille et le ciste de Montpellier, mélange fruité floral qui incite à le déguster avec délicatesse. En bouche, il tient ses promesses et nous une corbeille de baies suaves et croquantes soulignées de poivre et de réglisse. Une fraîcheur iodée le rend encore plus convaincant.

100% Sciaccarellu, macération pelliculaire de 4 h

La rencontre

Le vin nous surprend, nous étonne ! Il rend la table volubile, magnifie les légumes, apporte un supplément de croquant aux croustillants, concentre son fruit pour rendre les agapes plus savoureuses encore.

Les entrées

Asperges de Malines, poulpe grillé, sarrasin, grenade, vinaigrette au dashi

 

Églantier Terre d’Ardèche Viognier 2016 IGP Ardèche Vignerons
Ardéchois

Blanc lumineux aux senteurs florales qui nous rappellent les fleurs d’amandier et d’oranger. La bouche ajoute quelques fruits blancs et jaunes comme la poire, le melon, la pêche de vigne, l’abricot, pour les premiers qui s’expriment. La bouche fraîche semble les porter comme autant de notes graciles qui flottent sur les papilles.

100% Viognier élevé pour moitié en cuve sur lies, l’autre moitié en barriques pendant 12 mois

 La rencontre

Frais, il tranche à vif le poulpe déjà par le couteau du chef malmené, lui apporte cette succulence iodée par la pêche de vigne révélée. Puis s’attaque aux asperges, les parfume de menthe et de jasmin, puis croque sans souffler le sarrasin rafraîchi d’un grain de grenade.

Memoria Vieilles Vignes 2013 Louis Tête – Beaujolais

Grenat aux reflets carmin, il nous demande quelques girations pour s’éveiller et proposer alors ses pâtes de fruits qui mélangent groseille, framboises et cerise aux plus sauvages mûre et myrtille. La bouche semble sage, ou peut-être endormie, comme pour le nez, il lui faut quelques encouragements pour nous bluffer autant par son fruit que par ses épices et sa fraîcheur.

100% Gamay macérés 9 jours, élevés en grande partie en cuve inox pendant 6 mois, une fraction en barriques  

La rencontre

Un Beaujolais au caractère bien trempé ne s’émeut guère d’une vinaigrette fusse-t-elle au dashi. Vivacité iodée bien contrôlée qui certes met autant en valeur la saveur du céphalopode que le fruit du vin, ses épices et la soie de ses tanins. Ces derniers, encouragés par la gens maritime, enrobent de leur soie les asperges, les épicent d’un sirop de framboise bien relevé.

 

Courgettes meunières, coques, citron, persil, pain frit à l’ail

Jubilation Le Pallet 2014 Muscadet Sèvre & Maine Les Vignerons du Pallet

Jaune doré, il nous caresse le nez d’une fleur d’églantier, puis d’aubépine, suave comme le miel, rafraîchi d’iode, il nous plaît d’emblée. En bouche, le discours change quelque peu et nous livre quelques fruits blancs comme la pomme acidulée et le carambole. Le tout baigné d’une fraîcheur citronnée avivé par une étincelle de silex frottés.

100% Melon de Bourgogne élevé 18 mois sur lies

La rencontre

Le relief minéral bien perceptible vient aguicher les courgettes mettant en évidence leur saveur légèrement torréfiée qui rappelle le curry. Puis le vin se mélange au jus de coque pour en exprimer le bouquet maritime. Les condiments rehaussés de citron embellissent et rafraîchissent les tournures confites du Muscadet et nous fait jubiler de plaisir.

Château Tour de Yon 2012 Saint-Emilion Grand Cru Union des Producteurs de Saint-Emilion

Grenat pourpre, il nous macule le nez de pâtes de fruits aux accents de groseilles, de cassis et de framboise, épicées de poivre noir et de cardamome. La bouche généreuse aux tanins fins offre son ampleur au développement aromatique. Quelques notes grillées et fumées viennent renforcer la complexité du vin.

Assemblage de 75% de Merlot et 25% de Cabernet Franc vendangés manuellement, macérés à froid. Le vin est élevé durant 16 mois en barriques.

La rencontre

Le vin s’engage à pas feutrés dans cet accord particulier. Tout doucement, il parle de son fruité délicat aux légumes, les flatte de quelques gelées épicées, les caresse de ses tanins soyeux, puis se rapproche du pain comme lui torréfié. Le coquillage attend un moment avant de céder aux avances de cardamome et cumin.

Le plat

Pintade fermière, artichauts barigoule, noisettes, roquette sauvage, jus de pintade à l’huile de noisettes

Légende 2014 Côtes de Provence Estandon

Robe pâle au rosé nuancé d’abricot, fruit que l’on retrouve dès le premier nez, puis viennent s’ajouter la fragrance iodée d’un embrun maritime et deux pétales de violette qui entérinent l’élégance du vin. La bouche, raffinée, distille la fraîcheur d’un fruit acidulé, safran et santal en renforcent la couleur, le minéral vient ensuite, puis tout recommence.

Assemblage de Grenache et de Rolle qui rassemble 5 cuvées dont une partie est vinifiée et élevée en barriques pendant 8 mois. Malo non faite. 

La rencontre

Le rosé aux atours confits parfumé d’Orient parfume le volatile de santal et de safran. Il évite l’écueil des artichauts contrebalançant leur bitter d’une suave gelée de rose. Roquette et noisette renforcent l’impression gourmande instillée par ce gentilhomme Provençal au caractère pondéré.

Ortas Prestige 2012 Rasteau Cave de Rasteau

Rubis violacé, le nez respire la pierre chaude qui s’évapore après une pluie d’orage, entraînant dans son sillage les effluves de la garrigue tout proche. La bouche croque le fruit relevé de thym, de sauge et de cade. C’est un vin charnu, volumineux, mais qui ne manque pas de grâce et de volupté.

Assemblage de 50% de Grenache, de 35% de Syrah et de 15% de Mourvèdre égrappés et dont 15% est élevé durant 1 an en barriques usagées

La rencontre

Le Rasteau entraîne tout de go la pintade en balade dans sa garrigue, la parfumant de thym, de sauge, la fumant d’un soupçon de cade. L’artichaut le chatouille un peu, mais il s’en accommode, préférant croquer la noisette et se rafraîchir d’une feuille de roquette.

Fromages (Cheddar, Pouligny Saint Pierre, Comté)

 

Confidences Brut Champagne Chassenay d’Arce

Or platiné à l’élégante bulle qui éclate de fruits secs et gagne en puissance, amande et noisette, rafraîchies de rhubarbe confite, épicées de poivre blanc. La fraîcheur se retrouve en bouche au dosage bien intégré, l’écorce de citron apporte une agréable amertume, renforce la savoureuse vivacité, une maille minérale tisse la structure, architecture volumique et croquante sur laquelle s’accroche une inattendue note florale.

La rencontre

Satisfaire trois partenaires dans la même assiette, voilà challenge qu’un Champagne aime relever… Le vin dégrossit les fromages, leur apporte ses amertumes racées de mandarine et de citron. Puis, il leur enlève leurs rondeurs pour leur donner une allure svelte avant d’épurer leurs arômes minéraux de sel iodé, de distiller leur fruité de confitures de mirabelle, d’abricot et de figue, de transmuter leur crème en chantilly vanillée.

Lieu-Dit Verdot 2012 Bordeaux Les Vignerons de Tutiac

Rubis cramoisi, il nous flatte d’emblée par quelques friandises fruitées, bonbons acidulés, pâtes de fruits épicées, biscuits aux pignons grillés. La bouche en fait le détail, cassis, mûre et burlat pour les baies, sablés pour le toasté et agrumes pour les friandises, le tout emballé dans la soie un peu rêche des tanins perceptibles.

100% Petit Verdot, macération pré-fermentaire à froid et fermentation en cuve pendant 30 jours, entonnage en barriques neuves pour un élevage de 18 mois

La rencontre

La cassis et la prunelle prodiguées généreusement par le vin viennent s’entortiller dans un tourbillon de fumée. Quel bouquet ! Les fromages ne s’y attendaient pas et l’acceptent avec délice. Leur pâte en fond de bonheur et se transforme en clafouti parfumé de mille fruits. Et si le vin y perd un peu de son charnu, il gagne en volume et densité. Le voici gourmand contemplant les fromages assoupis dans l’étoffe soyeuse de sa trame tannique.

Le dessert

Fraises et sorbet aux fleurs de sureaux

 

Astrolabe Vendanges Tardives 2012 Gaillac Les vignerons d’Ovalie

Doré cuivré à reflets verts, il charme l’œil avant de ravir le nez par ses agrumes et ses fruits blancs confits, son bouquet de fleurs sèches, son léger fumé qui embaume le thé poivré. La bouche séduit par sa texture onctueuse rafraîchie d’une délicate amertume au goût de réglisse et d’écorce de cédrat, un minéral de bon aloi vient ajouter sa tension. La longueur nous parle d’épices et de douceurs orientales.

Assemblage d’une majorité de Len de l’El (Loin de l’Œil) et de Muscadelle fermentés à basse température avec arrêt de fermentation par le froid. Élevage en fûts de quelques mois.

La rencontre

Douceur raffinée aux allures d’ananas rôti au miel, d’agrumes confits ombrés de poivre cubèbe, elle vient enrichir les fraises de parfums exotiques. Le floral du sorbet lui plaît, lui apporte une dimension supplémentaire, aérienne, presque évanescente.

Châteauneuf-du-Pape 2015 Le Cellier des Princes

Rubis sanguin, le nez légèrement fumé respire la garrigue peuplée de sauge et de cade, avant de s’abandonner au fruité gourmand des cassis et garriguettes. Le parfum presque entêtant du genêt renforce l’impression d’une balade buissonnière. La bouche suave et juteuse, aux tanins tout fins, croque la cerise et la prunelle, aime en laisser couler le jus sur les papilles comblées.

Assemblage de 90% de Grenache, 5% de Syrah et de Mourvèdre qui cuvent une vingtaine de jours et qui s’élèvent en cuve pendant 12 mois

La rencontre

Un accord à la fois puissant et gourmand où les partenaires se disputent l’hégémonie, la dominance sur l’autre. Nos papilles au début s’affolent, mais après quelques instants, tout s’assagit et c’est en harmonie que le trio nous chante fleurs et fruits, si intimement tressés qu’on ne sait plus à qui appartient quoi.

 

Ce fut un régal, rien que d’y penser, nous nous en léchons encore nos babines…

 

Ciao

 

 

Marco


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Ventoux : un vent chaud venu du Sud

Ce n’est pas de la neige sur le sommet de cette montagne chère aux cyclistes, mais la blancheur de la pierre calcaire

J’ai posté plein de photos la semaine dernière. Il n’y en aura que peu cette semaine car je n’ai pas le temps. Mais l’article est assez détaillé au cas où cela vous intéresse.

 Aborder une appellation, même d’une manière incomplète, apporte souvent son lot d’idées reçues en tous genres que nous essayons de déblayer en dégustant les vins à l’aveugle bien sûr, mais aussi en mettant en sourdine les images qui nous arrivent de nos expériences passées cumulées. Ce n’est jamais gagné et, parfois, les vins confirment les tendances inévitables dues au binôme climat/cépages. Mais chaque producteur garde son espace de liberté, qui n’est pas toujours énorme mais qui peut, lors d’une dégustation horizontale des vins d’un millésime donnée, créer des différences significatives non seulement dans le domaine de la qualité perçue de chaque vin, mais aussi entre les styles des vins, tout étant relatif bien entendu. Tout cela s’est avéré pour moi lors d’une récente et compréhensive dégustation de vins rouges de l’appellation Ventoux.

Les données de base de l’appellation

Le Ventoux se situe dans la partie sud de la vallée du Rhône, à l’Est d’Avignon et  de Carpentras. Cette appellation s’intitulait Côtes-du-Ventoux avant 2008.  Elle jouxte le Luberon au Sud et la zone Beaumes de Venise/Gigondas au Nord-Ouest. Sur une superficie de 7.450 hectares,  le vignoble est disposé autour du Mont-Ventoux, comme son nom le suggère. Le secteur géographique est principalement sous influence méditerranéenne, avec quelques zones sous influence continentale, donc un peu plus fraîches. L’ensoleillement est important sur l’ensemble de l’aire, restant dans une fourchette comprise entre 2 600 et 2 800 heures/an. Ce qui correspond à un maximum annuel de dix jours de brume. Les précipitations sont rares mais parfois violentes. Elles atteignent 600 à 700 mm par an mais un seul épisode orageux peut en quelques heures déverser jusqu’à 200 mm. Le vent dominant est le mistral, qui souffle du nord vers le sud et qui assèche non seulement les terres mais aussi la vigne, rendant relativement faibles les risques de maladies cryptogamiques. Localement, l’altitude peut aussi influer sur le caractère du vin.

Structure du vignoble

L’appellation se divise en trois zones géographiques : le bassin de Malaucène au nord, le piémont du Ventoux à l’est de Carpentras et le nord du Calavon jusqu’à Apt. Le vignoble regroupe environ le tiers de tous les vignerons du Vaucluse. L’exploitation agricole type dans l’appellation pratique souvent de la polycultureconséquence du morcellement de la propriété. Les grands domaines de plus de 20 ha sont en augmentation mais encore minoritaires. La petite exploitation de 10 ha reste majoritaire (90 %) ce qui explique l’importance des caves coopératives dans l’AOC. Dans ce type d’exploitation, la partie vigne représente 3,5 ha et monte jusqu’à 5 ha en y incluant le raisin de table. Plusieurs producteurs significatifs sont aussi présents dans des appellations autour (Côtes du Rhône, Lubéron, Cairanne, Gigondas, etc.)

 

Encépagement

Les mêmes cépages sont utilisés pour les vins rouges et rosés : grenache noirsyrahcinsaultmourvèdre et carignan. Les cépages secondaires sont le picpoul noir et la counoise, avec un plafond maximal de 20 % pour cet ensemble.

Ma dégustation

Cette dégustation portait uniquement sur les vins rouges, et essentiellement sur les millésimes 2014 et 2015, avec deux vins de 2016 et un chacun de 2012 et de 2010. Cela était le choix de chaque producteur, comme la cuvée sélectionnée car une seule était possible par producteur. Il en résulte parfois des écarts  importants en matière de prix, mais le prix moyen pour l’ensemble des échantillons dégustés se situait entre 10  à 15 euros (prix public ttc bien entendu). Je n’ai sélectionné, pour ce compte-rendu, que les vins que j’ai estimés bons ou très bons, quelques soit leur niveaux de prix. Ils figurent par ordre croissant de millésime, puis par ordre ascendant de prix avec les prix de vente public mentionnés.

2010

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Chêne Bleu, Abelard (64,50 euros)

Ce domaine et ce vin sont atypiques. Très soigneusement présentée dans un flacon de type bordelais, avec une belle étiquette sous aspect de gravure ancienne, la cuvée s’habille bien pour tenter de justifier son prix bien au-delà des plus chers de cette appellation; son le nom n’apparaît que sur la contre-étiquette. On vise clairement un autre marché que celui des Ventoux habituels. Cette cuvée est dominée par le Grenache avec un apport de Syrah, mais sans autre précision donnée. Le vin a passé 18 mois en fûts de chêne.

Le robe n’est pas celle d’un vin jeune, bien entendu, mais garde un aspect assez juvénile. Le nez est complexe et raffiné, évoquant les fruits cuits, le sous-bois et le cuir avec un soupçon de truffe. La rondeur en bouche est agréable mais le fruité est en phase d’atténuation tandis que la texture n’est pas encore assez suave pour supporter cette évolution. L’alcool ressort bien trop en finale – je crains que la dominante Grenache en soit responsable. C’est un bon vin, certes, mais on est en droit d’être bien plus exigeant à ce prix, il me semble. (note : 14,5/20)

2012

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Domaine La Camarette, Loris (11 euros)

70% syrah et 30% grenache pour ce vin au nez discret aux touches de vanille qui indique un élevage sous bois. Belle qualité de fruit sur un palais qui sonne clair, mais avec une finale plus austère dans laquelle le bois prends un peu le dessus. Mais un vin de garde, bien fait et d’un bon rapport qualité/prix. (note 14,5/20)

2014

13 vins dégustés mais seulement 5 retenus. On sent un millésime assez compliqué.

Château Bonodona (11 euros)

Une étiquette simple et classique pour ce vin d’un domaine historique actuellement vinifié par la cave Terra Ventoux.

Nez harmonieux, assez intense et dominé par les fruits rouges et noirs avec une touche discret de bois. De la belle chaire juteuse en bouche qui ouvre sur une finale plus austère. Bon vin à ce prix. (14/20)

Domaine du Tix, cuvée Bramefan (14 euros)

Bouteille lourde et étiquette soignée dans un style traditionnelle.

Nez fin dont le retenu semble dénoter un élevage soigné. Très belle pureté du fruité de ce vin dont la clarté d’expression écarte tout soupçon de sur-extraction. C’est précis et très fin, peut-être moins exubérant que certains mais d’une constitution qui laisse entrevoir une belle garde. Très belle affaire à ce prix (16/20)

 

Domaine de Peyre, La Gazette No : 2 (15 euros)

Le domaine d’une journaliste convertie dans la production de vin après des années passées à la revue GaultMillau. La bouteille est de forme bordelaise et l’étiquette de format de … gazette.

Ce vin épouse une forme un peu à part des autres de cette série, avec une robe plus claire et un nez plus évolué qui comporte de jolies notes de sous-bois et de vieux cuir par dessus d’un fruité de type confit et sec. L’impression générale est élégante et raffinée; cela se confirme en bouche avec aussi une certaine force alcoolique et des notes de cerises, et leur noyaux qui donnent une pointe d’amertume en finale (14,5/20)

 

Mas Oncle Ernest, Rien ne sert de courir (15,50 euros)

Un vin et un domaine qui casse les codes, aussi bien pas son nom et l’intitulé de la cuvée que par la forme bordelaise du flacon.

Le nez intrigue avec ses combinaisons entre fruits, épices et une pointe d’animalité que me fait soupçonner une présence de bretts, pas trop mais un peu quand-même. La texture est suave et le fruité bien mur. C’est bon, pas trop extrait, plein de caractère et assez harmonieux. Mon soupçon de bretts se confirme par une texture un peu crayeuse. Certains diront que c’est le « goût du terroir », mais en tout cas ce n’est pas envahissant. (14,5/20)

 

Château Pesquié, Artemia (30 euros)

La bouteille est lourde et l’étiquette moderne et soignée pour un vin dont le prix le situe clairement dans le segment haut de l’appellation.

Un bon fond de fruits noirs au nez qui marque aussi un travail d’élevage soigné et qui apporte une note agréable de fermeté. Très belle qualité de fruit en bouche avec un dialogue intéressant entre l’élan donné par le fruit et le fond plus fermé apporté par l’élevage. Une très belle cuvée de demie-garde (5/10 ans) qui s’améliore bien avec une bonne aération aujourd’hui. (note 16/20)

 

2015

8 vins retenus sur 12 échantillons dégustés. Une niveau de qualité bien supérieur à celui de 2014, dans l’ensemble.

 

Château Croix des Pins (10 euros)

Etiquette épurée et élégante, bouteille normale.

Nez discret mais fin, légèrement poivré. Le fruité est là en bouche, tenue, peu envahissant mais frais. Un vin très plaisant et bien équilibré, encore jeune mais prometteur avec une jolie finesse de toucher. (14,5/20)

 

Martinelle (11 euros)

Etiquette simple et élégante.

Nez dense de fruits noirs, clairement sudiste et assez épicé. Charnu et puissant en bouche, il est aussi aidé par des tanins longs qui ajoutent une autre dimension au corps du vin. Très bon et destiné à une garde de quelques années. Prix plus que raisonnable pour cette qualité. (15,5/20)

 

Orca, vieilles vignes (11 euros)

Orca signifierait petite amphore, selon l’étiquette mais les flacons qui se présentent sur l’étiquette n’ont pas d’anses et ne sont donc pas, techniquement, des amphores.

Grenache majoritaire dans ce vin au nez assez fermé pour l’instant. Traces d’un élevage de qualité mais pas dominant. On vise clairement un profil de vin de garde. En bouche le fruité est bien présent, entre cerise et cassis, bien juteux et aussi intense que séduisant. La texture est mi-ferme, mi-veloutée : clairement en devenir. Mais sa matière est si pleine et si bien équilibré qu’on aurait presque envie de le boire de suite. Un des meilleurs vins de la série et un des moins chers aussi. (16,5/20)

 

Domaine de la Gasqui (12 euros)

Grenache, Carignan et Cinsault, un assemblage à l’ancienne et une étiquette du même tonneau

Nez un peu réduit au départ mais qui révèle ensuite un joli fond de fruits et d’épices. Ce fruité bien vibrant devient encore plus présent en bouche. Vin aussi fin que savoureux à l’équilibre admirable et au prix bien placé. (15,5/20)

 

Gentilice, Cave de Canteperdrix (entre 12 et 15 euros)

L’élevage est assez présent au nez mais n’écrase pas une très belle matière. Cette qualité de fruit prend bien son élan en bouche avec un vin à la belle texture soyeuse qui entoure une superbe matière. Gourmand et avec une belle longueur. Excellent vin. (16/20)

 

Domaine Cambades, Crépuscule (15 euros)

50% Syrah et 50% Grenache pour ce vin à l’étiquette sombre, logiquement crépusculaire. La contre-étiquette, pour une fois, est claire et informative.

Nez juteux, frais et expressif. En bouche la très belle matière fruitée et aussi gourmande que puissante. Les tanins sont aussi bien présents mais sans dominer l’ensemble. Belle longueur et un caractère juteux très présent sur toute la durée.

 

Domaine Allois, Terre d’Ailleuls Domaine Allois, Terre d’Ailleuls (18 euros)

Bouteille lourde et étiquette moderne, signée. La contre-étiquette est un peu trop « bla-bla » pour mon goût.

Nez fumé sur base de fruits noirs. Le caractère puissant de ce vin s’affirme rapidement en bouche. Intense, assez chargé en tanins par rapport au fruit, c’est un bon vin charpenté qui fonctionnera bien avec grillades et plats riches en saveurs car il lui faut du sel ! (15/20)

 

Domaine de Fondrèche, Il était une fois (30 euros)

La cuvée haut de gamme de ce domaine phare de l’appellation qui a récemment abandonné la certification « bio » qu’il détenait depuis un moment, et pour raisons écologiques il me semble. Intéressant !

Nez fin aux cerises à l’alcool. Très concentré, mais sans excès, en tout cas plus que la plupart des vins de cette série. Sa structure tannique en fait une belle cuvée de garde. On pourrait le déguster plus rapidement avec des plats salés mais je le garderai bien 5 ans car il est plus raffiné que la moyenne. (16/20)

 

2016

Seulement deux échantillons reçus mais une très belle qualité pour les deux. Ce millésime semble très prometteur.

 

Domaine Brusset, Les Boudalles (9 euros)

Une présentation sérieuse, comme tous les vins de cet excellent producteur qui rayonne dans la région. Le nez est plus sombre et terrien que celui du vin suivant du même millésime, mais il contient aussi son lot de fruits rouges et noirs. Beaucoup de fraîcheur aussi en bouche et une jolie texture, plus dense que la cuvée Pur Jus de Landra, et qui caresse la langue sans l’agresser. Vin alerte et très gourmand, bien placé en prix.

 

Landra Pur Jus (10 euros)

L’étiquette est simple, graphique et claire et le vin est aussi directe, bien en phase avec son nom de cuvée car le nez est très fruité et juteux (tendance fruits noirs), aux notes d’épices. Cela donne une belle impression tonique de fraîcheur. Beaucoup de gourmandise aussi en bouche et une sensation de vivacité, presque de légèreté dans l’expression de son fruit. Un ensemble dynamique avec un soupçon de piquant (CO2) qui apporte une touche supplémentaire de vivacité. Délicieux vin de soif (15/20).

 

David Cobbold


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Paysages viticoles du Rhône

Deux paysages qui chacun borde une rivière et qui pourtant s’agencent différemment le long de leurs rives.

Vigne en continus et vigne en vis-à-vis      

La première coure le long de la Cèze et d’amont en aval offre sa continuité viticole au regard du passant. La deuxième coure, elle, quelques lieues plus au sud le long de la Tave, mais n’enchaîne pas ses parcelles, préférant de-ci delà s’observer d’une rive à l’autre. Les deux se développent sur un relief calcaire et alternent petits plateaux et pentes douces à fortes. Toutes deux oublient la garrigue des coteaux pour rejoindre l’ombre des chênes pubescents mêlés de pins à l’approche des cours d’eau. Toutes deux craignent ces derniers quand l’orage gronde au loin et peut en quelques instants gonfler autant la Tave que Cèze lors d’un épisode cévenol.

Chusclan

La vigne en continu

Le paysage sculpté par la Cèze offre deux types de reliefs. Le premier en amont, du côté de La-Roque-sur-Cèze est plus encaissé. Puis, il s’élargit vers l’aval et ouvre sa plaine alluviale à l’alignement plus dense des ceps.

La structure paysagère

De La-Roque-sur-Cèze à Bagnols, le vignoble emprunte en grande partie l’ancienne terrasse fluviatile de la rivière qu’il tapisse de vignes, camaïeu vert dans lequel se fondent quelques rares terres à blé ou prairies. Quelques parcelles entaillent toutefois les bois qui encadrent l’entité, clairières discrètes qui semblent s’échappées… Quant aux villages, ils émergent de cette mer de vignes, perchés sur les reliefs pour échapper aux crues ou lovés aux pieds des pentes pour laisser la place aux cultures.

Sa mise en valeur

Une signalétique dédiée au parcours de randonnée existe et permet d’arpenter le vignoble. Pour en augmenter l’intérêt paysager tout en le préservant, la Cave coopérative de Laudun Chusclan a décider de développer des actions sur plusieurs thématiques. Elle fait ainsi mieux vivre les milieux ruraux en promouvant certes les richesses naturelles, mais aussi les aspects culturels et les possibilités touristiques. Démarche labellisée par le PER (Pôle d’Excellence Rurale), dont l’exemple le plus emblématique est la restauration du château de Gicon qui domine du haut de ses 245 mètres la commune de Chusclan.

 Assis au bord de la rivière, un verre à la main

Au calme, les pieds dans l’eau s’il fait chaud ou à l’abri du Mistral, si celui souffle un peu fort, on goûte à la joie de déguster quelques Côtes du Rhône Saint-Gervais ou Chusclan. Et pourquoi ne pas commencer par la cuvée du château…

Château de Gicon 2014 Côtes du Rhône  Cave de Chusclan

 

Rubis sombre, il offre un nez sans fioriture et c’est sans chichi qu’il s’aventure dans les compositions fruitées, marmelade de cerise teintée de cannelle, gelée de groseille colorée de myrtille et de mûre. En bouche, les tanins aux grains fins glissent comme la soie et accroche à peine les papilles, cela les rend attentives, vigilance importante pour estimer le potentiel du vin. Aujourd’hui, il coule comme un jus encore discret, évoquant avec réserve les parfums du nez, parlant déjà des rondeurs gourmandes à venir.

Il assemble 70% de Grenache et 30% de Syrah.

 Les Genets 2015 Côtes du Rhône Chusclan Cave de Chusclan

 

Grenat sombre, son nez légèrement fumé se parfume de confitures de fruits rouges et noirs. On y reconnait les cassis, groseille, mûre et fraise, agréablement développement fruité bien souligné de poivre et de réglisse. La bonne densité en bouche, les tanins souples mais encore bien présent, la fluidité du jus, la généreuse longueur en font un vin des plus plaisants.

Majorité Grenache

www.laudunchusclanvignerons.com

Syrius 2015 Saint Gervais Domaine Clavel

 

Jaune lumineux, il hume les fruits blancs au Cayenne, puis passe au floral des genêts et des mimosas. La bouche surprend par sa saveur de bonbon à la réglisse et à l’anis qui le transforme en friandise. Son onctuosité bien équilibré de fraîcheur au goût d’agrumes augmente sa succulence. Sa bonne longueur termine de nous séduire.

Assemblage de 50% de Viognier et 50% de Roussanne

Clair de Lune 2014 Saint Gervais  Domaine Clavel

Jaune aux reflets vert doré, il respire la cire d’abeille teinté de fenugrec et de thym, puis ajoute quelques fragrances de pêche de vigne poudrée de poivre blanc et de poire fondante piquée d’une baie de genévrier. La bouche fraîche et onctueuse s’installe tout de go avec beaucoup de présence. Sa tension minérale amplifie encore l’impression de vivacité. Miel, de lavande aux aromates apporte de la suavité, l’écorce de citron une agréable amertume.

Assemblage de 50% de Viognier et 50% de Roussanne. Le vin fait sa malolactique en barriques et est élevé 8 mois sur lies.

www.domaineclavel.com

La vigne vis-à-vis

Cotes du Rhone Villages Laudun / Cotes du Rhone Villages Laudun

Une terre de contraste où les grands aplats colorés s’illuminent de soleil. Le vert intense des vignes, le plus sombre des bosquets, la blancheur des falaises calcaires, se coiffent de l’azur du ciel et composent un tableau des plus expressifs. La Tave coule discrète au milieu de ce paysage, laissant tout le long de son parcours des zones humides propice à une vie encore plus discrète.

La discrétion

C’est le maître mot… En dehors des grandes voies de communication, simplement sillonnée de routes droites et étroites, l’endroit reste confidentiel. L’étendue viticole englobe les villages dont parfois seul le clocher indique la présence. Il nous faut monter sur quelque point élevé pour englober d’un seul regard l’entité. Alors on comprend mieux l’enchevêtrement des parcelles qui comme cousues l’une à l’autre étendent leur patchwork végétal. Plus difficile à distinguer, la rivière au lit étroit qui sinue, comme elle peut, on le croirait volontiers, entre vignes, cordons boisés, rares pairies et champs.

Le Clos de Taman

La restauration du Clos de Taman a demandé une bonne quinzaine d’années pour finaliser le projet. Après une première période de défrichage, de travail du sol et de replantation, d’autres aménagements ont pris la suite, comme l’installation de points de vue, la restauration du petit patrimoine architectural et la végétalisation des sentiers qui parcourent ce vignoble devenu une véritable vitrine viticole. Les vignerons de la Cave de Laudun-Chusclan qui est à l’origine du projet ont bien entendu participé à sa réalisation. Réalisation prévue dans le cadre de du Pôle d’Excellence Rurale. Le Clos de Talman, en bordure du plateau du Camp de César, compte 12 ha et regarde le village de Laudun depuis ses 200 mètres d’altitude.

Assis au bord du plateau du Camp de César, un verre à la main

Clos de Taman 2015 Laudun Cave de Laudun-Chusclan

Un rubis aux nuances sanguines, un nez qui semble sortir de la garrigue avant de s’écraser dans les compotes fruitées. Le serpolet et le romarin se maculent de fraise et de cerise, le cade et le ciste se colorent de figue noire et de prune sombre. Le charnu des fruits apporte du volume en bouche. Sphère délicate aux contours moelleux qui semblent sucrés sans l’être. La fraîcheur doit beaucoup au minéral qui vient tendre sur sa portée cristalline toutes les notes parfumées. Équilibre subtil des accroches terriennes et des envolées zénithales relié par le fil gracile des vivacités aux accents d’agrumes.

Assemblage de 50% de syrah et 50% de Grenache qui poussent dans des grès et des calcaires.

www.laudunchusclanvignerons.com

Laudun 2013 Domaine du Rouvre St Léger

Rubis profond, le nez de cerise et de prune, de la chair de fraise noire. Une bouche succulente qui renforce encore le plaisir par ses tanins encore hérissés qui viennent griffer les papilles. De la fraîcheur, de la mâche, de l’éclat, une assise minérale, du croquant qui enfonce ses dents dans la chair d’un fruit charnu. On retrouve tout au long du parcours cette agréable amertume qui renforce la fraîcheur, raffermit le fruit, accentue les épices. Le fruit rouge nous accompagne longuement sans vouloir nous quitter.

Assemblage de 60% de Grenache et 40% de Syrah.

https://fr-fr.facebook.com/pages/Domaine-Rouvre-Saint-Leger/193267414024919

Ciao

Marco


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Une dernière piqûre de vieux Vins Doux Naturels

Voilà une piqûre bien agréable, je ne m’en lasse pas, j’espère que vous non plus. Voici deux Rivesaltes issus de la belle offre de la Cave des Vignerons de Terrassous. En fait, les déguster offre un plaisir supplémentaire, celui de les décrire, tellement ils sont riches d’expressions aromatiques, de saveurs aux nuances changeantes. Du premier nez à la dernière gorgée, les impressions sont en constante évolution. Il est difficile de s’en lasser.

 

Rivesaltes 1995 Terrassous

 

L’ambre marron de la robe se nuance de reflets rouges, le nez frotte les silex pour en sortir l’étincelle qui embrase les aiguilles de pin, le bois sec, nos sens. La bouche contemple bien assise cet embrasement, préférant le confort d’une tasse de moka, le craquant d’un grain de café, mais café glacé par la fraîcheur ambiante qui ne laisse guère de place à la douceur sucrée. Fraîcheur qui met en exergue les arômes de poire tapée, de figue et de datte, de raisin de Corinthe. Le grillé vient ensuite étaler ses notes amères qui accentuent l’acidulé aux goûts de limon et de noyau d’abricot.

Assemblage de Grenache Gris et Blanc à parts égales qui poussent dans des alluvions caillouteuses mélangées d’éclats de schiste. Long élevage en barriques de plus de 20 ans.   (36,95€ départ cave)

Rivesaltes 1981 Terrassous

 

Ambre brun à reflets verts, la marque du rancio qui se fait tout go révéler an nez. Les fragrances de torréfaction suivent évoquant la fève de cacao qui grille en compagnie de grains de café. Du caramel pour adoucir l’expression amère bien perceptible. Des épices pour corser le bouquet. Bouche à la fois vive et douce, un contraste qui explose en bouche et avive les papilles qui ont du mal à détailler toutes les nuances aromatiques. Les acidulées évoquent la groseille à maquereau, les agrumes, la pomme verte, la rhubarbe confite. Les douces parlent de chocolat noir, de caramel un rien brûlé, de café noir, de candi brun, bref des perceptions qui se souligne d’un trait bitter. La finale se veut végétale aux accents de pâte d’olive noire.

Assemblage de 65% de Grenache Blanc et 35% de Grenache Gris et même élevage que le 1995. (prix : 52€ départ cave)

www.terrassous.com

Quant à l’éternelle question 

Mais que peut-on manger en compagnie de ces vins particuliers et surtout sucrés ?

Mais de tout, les VDN sont tellement variés autant dans leurs expressions que dans leur douceur ressentie qu’ils accompagnent les repas de l’apéro au dessert. Il faut juste avoir l’envie, le témérité, l’assurance d’essayer. Ils fonctionnent en général sur tous les fromages, c’est un bon départ. Après, il suffit de les tenter avec le plat principal, c’est à la fois original et surprenant sur les viandes, certes étuvées, mais aussi grillées, encore plus si elles sont bien relevées. Allez-y petit à petit jusqu’au menu complet.

Terrats, Terre de légende

cette tour de cuves m’a toujours impressionné

Voici ce que les vignerons terrassous écrivent sur leur site :

    Dans le sud de la France, une légende veut qu’il y ait eu dans des temps très anciens, alors que Barcelone n’était qu’un pré, à proximité du torrent la Canterrane, une cité nommée Mirmanda. Mirmanda aurait été le domaine des fées (les encantades) avant d’être détruite par une brutale montée des eaux de la Méditérranée.

   Invisible au commun des mortels, cette citée n’aurait été vue que par de rares bergers, dont certains auraient été appréciés des fées et seraient devenus très riches. Personne ne connaît l’origine de cette légende qui montre la richesse de l’imaginaire Catalan.

   La plus ancienne mention connue du village de Terrats, sous la forme « Terrenum », date de juillet de l’an 844. Ce jour-là Argila, fils du Comte de Barcelone, vendit à son propre fils, Bérà, deux propriétés avec leurs dépendances. L’une se nommait Furchas (aujourd’hui village de Fourques) et L’autre Terrenum. Un siècle plus tard, en l’an 960, ce nom fut transformé en Terradas devenant peu après Terrats.

 Les Terrassous sont les habitants de Terrats, c’est sous cette dénomination que se sont regroupées les Caves de Thuir, de Fourques et de Terrats.

 Toujours sympa les belles histoires…

Et voici comme promis, le lien avec l’article complet paru dans In Vino Veritas cette semaine

https://www.invinoveritas.be/fr/surprenants-vins-doux-naturels-du-roussillon/

Ciao

 

Marco


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Eloge du blanc (doux, sec, effervescent ou tranquille), au travers de 3 vins

img_7848Les trois bouteilles concernées, prises sur le mur d’une terrasse chez moi dans la brume matinale gasconne. Pas assez de pluie pour les cèpes, malheureusement.

Quand on voit qu’en France, il se vend aujourd’hui plus de rosé que de blanc, il y a de quoi se désespérer des goûts de «nos» compatriotes. Mais peu importent les modes: elles ne signifient rien d’important, ni de bien utile. Mais qu’est qui est utile, et qu’est-ce qui est futile, en matière de vin? Car voila bien un sujet où c’est notre bon plaisir qui compte.

D’une manière totalement futile, donc, mais en dehors des modes, je vais vous parler de trois blancs qui m’ont donné beaucoup de plaisir cette semaine.

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Champagne Pierre Trichet, l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs

D’abord les bulles, car on commence généralement par ce type de vin. Pierre Trichet est un vigneron dont la production m’a semblé briller de mille feux lors d’une dégustation organisé par les Champagnes de Vignerons en septembre 2015 à Paris. Du coup je suis allé le voir au tout début de cette année et j’ai rendu compte de cette visite ici. J’avais déjà acheté quelques bouteilles de ses vins que j’ai transporté dans ma cave en Gascogne et avant-hier, avec des amis, nous en avons bu un. Il s’agit de la cuvée l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs qui ne porte pas de millésime: grande plénitude des saveurs en bouche car le fruité est totalement intégré à l’acidité ; la bulle aussi, délicate et alerte, puis, dans un grand ressac, la longueur prolonge le plaisir de l’ensemble. Ce vin se vend autour de 25 euros dans le commerce et c’est une très belle affaire quand je compare ce vin à certains noms plus connus.

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Bourgogne Chardonnay 2014, Justin Girardin

De quoi s’agit-il ? D’un Bourgogne Blanc (qu’on dit bêtement « générique ») acheté au printemps dernier, chez l’excellent caviste Plaisirs du Vin à Agen. Je note au passage que ce producteur choisit de faire figurer, comme il se doit, le cépage Chardonnay sur son étiquette et je l’en félicite: je ne comprendrai jamais pourquoi les producteurs français rechignent la plupart du temps à donner cette information si élémentaire à leurs clients. Que les «bois bashers» sautent ce paragraphe car ce vin a clairement fricoté avec Quercus robur (ou était-ce Quercus petraea ?) ! Et c’est tant mieux car cette coucherie lui a aidé à forger un squelette athlétique, une jolie fermeté de texture et une allonge remarquable. Du coup ce vin flirte avec des Bourgognes bien plus huppés sans perdre l’âme de sa matière première. Quand la matière est de belle qualité, pourquoi refuser de lui donner une dimension supplémentaire que la barrique, bien choisie et utilisée, peut apporter ? Le nez, expressif sans être exubérant, oscille entre arômes de citron confit, de noyau de pêche, de pain grillé et de vanille. La bouche, dominé par l’acidité mais sans aucune agression, paraît presque austère mais joliment perchée entre saveurs de fruits blancs et d’autres de type végétal. L’ensemble se révèle totalement en association avec un comté fruité qui rehausse le fruité même du vin. J’ai du payer ce vin autour des 15 euros, mais je ne m’en souviens pas parfaitement. Pas volé en tout cas !

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Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave de Hunawihr.

Et pour finir, un grand vin doux, voire liquoreux (mais tellement délicat), apporté par un des convives, mon ami Florent Leclerq : un Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave d’Hunawihr. Oui, les caves coopératives produisent de grands vins ! Robe soutenue d’un or qui tend vers l’ambre, nez riche et incroyable de complexité dans une gamme qui va de la confiture d’orange au pain d’épice en passant par toute une gamme de fruits secs et confits, puis une bouche qui réussit la prouesse d’associer une grande finesse de texture à des saveurs automnales somptueuses, le tout finissant longuement et toute en délicatesse grâce à l’acidité arrondie du riesling. J’ignore le prix de ce vin mais est-qu’on demande l’âge d’une dame ?

Un repas tout en blanc? Non, nous avons aussi bu un peu de rouge, mais là ce sont les blancs qui emportaient la mise à cette occasion, aisément. Est-ce que nous aurions pu éprouver autant de plaisir, et autant de diversité de styles en rosé ? Sûrement pas. Pourtant, le rosé se vend mieux. Allez comprendre !

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David

(Photo d’un fragment de mes calades)