Les 5 du Vin

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A la recherche (difficile) de cépages autochtones en Bulgarie

Bon, je dois dire d’abord que je n’aime pas beaucoup la notion d’autochtonie. Qui ne vient que d’un seul endroit ? Et quel sens ont les frontières politiques actuelles face aux mouvements des plantes qui datent, la plupart du temps, de périodes plus anciennes. D’autre part, hormis quelques rares cas, qui peut dire exactement où sont nées les variétés de vignes que nous connaissons aujourd’hui ? Ces plantes ont voyagés, se sont croisées, re-croisées, puis se sont sous-diversifiées par mutation en s’adaptant à des conditions locaux diverses. Mais j’aime tout de même avoir un peu de variété dans mes verres quand je voyage, moi, et découvrir autre chose que ce que je peux trouver en grande quantité chez moi en France.

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Cet objet magnifique est une coupe en or destinée à recevoir du vin et datant de l’ère de la Thrace antique

Prenons le cas de la Bulgarie, pays que j’ai eu l’occasion de visiter récemment pour donner une conférence sur la variété sauvignon blanc et ses diverses expressions dans le monde. Il y a eu sans doute une grande diversité de vignes dans ce pays, dont l’histoire viticole remonte probablement bien au-delà de celle de la France. Depuis le nord du Moyen Orient ou la Georgie, il n’aura fallu traverser que la Mer Noir pour que la vigne vienne s’établir par là bien avant d’arriver dans l’ouest de la Méditerranée. Puis les Thraciens, et, après eux, les Romains, ont voués tous les deux une culte au vin, comme les Chrétiens orthodoxes plus tard. Il est vrai que l’occupation Turque a du calmer un peu les adeptes de Zagreux, de Dionysos ou de Bacchus, mais pas au point de faire disparaître toute l’ampélographie locale.

bulgarian red grapes

bulgarian white grapesAu vu de ces tableaux, on devrait trouver largement autant de vins issus de variétés locales que de variétés d’ailleurs sur les cartes des restaurants en Bulgarie. Pourtant ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

A regarder les cartes de restaurants de bon niveau en Bulgarie, on dirait que le vignoble bulgare a été colonisé par des français, aidés ici et là par quelques allemands. Des dizaines et dizaines de cabernets, de merlots, de syrahs, de chardonnays, de sauvignons blancs, de muscats (on peut évidemment plaider une origine grecque pour celle-ci); ensuite pas mal de rieslings, de traminers (gewurz ou pas), des pinot noirs, et même des malbecs, des mourvèdres et des cabernets francs. Un exemple suffit pour situer l’échelle des choses. Sur une carte de vins d’un bon restaurant situé sur la Mer Noire, à Burgas, j’ai compté environ 200 références de vins bulgares, plus une bonne centaine de vins d’ailleurs. C’est bien, mais quand je cherchais un cépage bulgare parmi les 200 vins, je n’ai trouvé que 10 qui utilisaient, en mono-cépage ou en assemblage, des variétés locales. J’ai pu faire un constat très similaire dans le restaurant d’un bon hôtel à Sofia lors de mon voyage de retour.

Puis j’ai fait un tour au salon de vin où j’ai fait mon travail. La plupart de la cinquantaine de stands ne proposait que des vins issus de ces variétés dites internationales. J’ai estimé qu’il y avait, en tout, environ 250 vins proposés à la dégustation à ce salon, mais je n’ai trouvé que 14 qui ont été élaborés avec des variétés locales. Je vous parlerai de ces vins plus tard, mais cette situation me choque un peu et je crois que les responsables font fausse route. Bien sûr, il faut vendre pour exister et si la porte d’entrée d’un marché ne se fait que par le biais d’une petite dizaine de cépages, alors pourquoi ne pas mettre quelques uns dans son vignoble? Mais une si écrasante domination de la production par des variétés venues d’ailleurs dans un pays de longue tradition viticole me semble aberrante.

5-slider-mavrud-with-grapes2La famille Cathiard est-elle arrivée en Bulgarie? En tout cas le Mavrud, bon cépage rouge du pays, semble avoir trouvé une autre voie que le vin pour s’exprimer. Voyons cela plus bas (non, je plaisante…)

D’autant plus que les quelques vins issus de variétés locales m’ont semblé très dignes d’intérêt. Et on ne peut pas émettre comme prétexte que la plupart des cépages régionaux dont j’ai croisé le chemin lors de ce bref séjour ont des noms à coucher dehors : dinyat, misket et tamianka (ok, celui-là peut-être) pour les blancs ; mavrud, rubin (un croisement local entre syrah et nebbiolo), et melnik pour les rouges. Je n’ai ni vu ni dégusté de vins issus de pamid ni de gamza, mais ce sont aussi des noms plutôt faciles à retenir.

Je ne suis pas en charge du marketing des vins bulgares, mais il me semble qu’ils ont peu de chance de percer sur un plan international, d’une manière durable et en dégageant assez de valeur rajouté pour prospérer, en poursuivant uniquement cette voie usée du « cab/chard », ou du « merlot/sauv ». Certes ils peuvent produire moins cher qu’en France, mais sont-ils réellement compétitifs face au Chili ou à l’Afrique du Sud, par exemple. Puis, en se fondant uniquement sur cet axe des cépages internationaux, qui viendra déguster à leur table ? Uniquement les acheteurs de supermarché à la recherche de bonnes affaires, probablement.

MavrudMais le mavrud n’a pas toujours trouvé preneur chez les acheteurs de raisin en 2014. C’est signe de la désaffection des Bulgares, et de ceux qui achètent leurs vins, pour les variétés indigènes.

Nous connaissons l’histoire de cette ruée vers les variétés « internationales » : l’attrait de marchés comme la Grande Bretagne, mais aussi la Russie. Mais ces sources de retour sur investissement n’ont pas eu la stabilité requise pour bâtir une industrie fière, auteur dune gamme de styles unique. Qui peut donner une identité claire, même diversifiés, aux vins Bulgares d’aujourd’hui ? Des investisseurs d’ailleurs (Italie, France, Allemagne) ont pu faire de bonnes affaires tout en apportant capitaux et un savoir-faire technologique utile. Mais je pense qu’l est souhaitable de voir émerger rapidement une meilleur exploitation des variétés locales, seules ou en assemblage.

Melnikcépage Melnik

Une autre conférence lors de ce salon a d’ailleurs tenté d’en montrer les possibilités des variétés de la région. J’ai pu ainsi, avant de devoir quitter cette conférence mené par le Président des Oenologues du Pays, Stanimir Stoyanov,  déguster deux misket (cépage blanc), un Kavasalik (cépage rouge planté en Turquie) vinifié en rosé de presse, et un melnik 55 (cépage rouge vinifié en rouge).

Un mot sur les vins et cépages dégustés

Les blancs

Misket

J’ai pu déguster deux vins de cette variété, dont une assez longuement au restaurant. Celui-ci était très aromatique, mais plus par les arômes de type fines herbes que de fruits : cerfeuil, estragon, ciboulette etc. La bouche m’a semblé pleine et bien arrondie (donc pas affreusement « minérale !) mais fraîche, très agréable, intéressante et légère (moins de 12% en alcool, ce qui est devenu assez rare). J’ai trouvé ce vin parfaitement adapté à un repas estival.

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Tamianka

J’ai dégusté, une fois au restaurant et une autre fois au salon, un seul vin de cette variété, du producteur Baratanov. Il était excellent, aux arômes de pêche et d’abricot, assez puissant, avec un alcool bien présent, charmeur, charnu et arrondi, un peu à la manière d’un vin blanc rhodanien.

Dimyat

Parfois associé au Muscat, comme dans l’exemple dégusté du producteur Ethno. Le prix de vente local de ce vin sec n’est que de 4 euros, ce qui en fait un excellent rapport qualité/prix pour un vin assez fin et équilibré, dominé par les parfums du muscat.

J’en ai dégusté un autre exemplaire, de la marque Izba Karabanar, proche de Plovdiv? Ce Dimyat était vinifié seul et plutôt vif et « minéral », serré mais net, simple mais bien fait.

Les rouges

Mavrud

Certainement la variété locale le plus diffusé : c’est un peu la cabernet sauvignon du coin. Assez régulièrement vinifié seul mais parfois assemblé avec le rubin.

Celui de Sprirtus Sanctus ne m’a pas semble en parfaite odeur de sainteté sur le plan aromatique. Des Belges par là ? Les saveurs étaient aussi marquées par la cerise amère.

J’ai bien aimé le millésime 2010 de la marque Elenoro, austère mais fin, avec une bonne qualité du fruit et une belle longueur. Leur 2011 est plus riche est suave, avec une expression plus pleine du fruit.

Rubin

Cette variété est, semble-t-il, le résultat d’un croisement syrah x nebbiolo. Il est naturellement très tannique et austère.  Elenora en produit un bon exemple.

Thrace_modern_state_boundariesImage cartographique qui indique l’emplacement de la Thrace antique sur une carte actuelle avec les frontières Bulgares, Macédoniennes, Grecques et Turques

Melnik 55

Aussi souvent utilisé en assemblage. J’avoue ne pas tout saisi de l’identité de cette variété qui semble avoir soit des synonymes, soit des variantes, soit les deux. Il est probablement aussi métissé. J’ai dégusté un bon exemple dans un restaurant à Sofia, mais je ne me souviens pas de son nom. Les deux que j’ai dégusté au salon étaient abimé par un usage maladroit de bois.

 

Bon, ce n’était une courte visite qui ne m’a donné certainement qu’une vision très partielle et fragmentée de la situation. Mais cette vision ne me rassure guère et je pense sincèrement que les producteurs bulgares ont grand intérêt à se focaliser davantage sur leurs variétés locales.

 

David Cobbold

Assez joli coup. Photo©MichelSmith


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L’éloge du crachoir… en terre cuite.

C’est un peu l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, légèrement remodelée à la sauce XXI eme siècle, vous allez voir…

À moins que ce ne soit l’éternel appel du terroir (clin d’œil à David) qui sommeille en moi. Ou l’envie d’aller cracher ailleurs que sur des tombes, bien qu’il s’agisse ici de quelque chose d’aussi terre à terre. Important, le crachat. À force, avec l’âge, je deviens un expert en la matière et je tente toujours de rejeter mon échantillon de vin sinon avec élégance, au moins avec précision et discrétion. Mais attaquons la chose autrement, si vous le voulez bien.

Dans les dégustations professionnelles, comme lors des tastings (pardon pour ce mot qui me blesse, mais je me mets progressivement au goût du jour) informels organisés à la maison ou au sein d’un groupe d’amateurs ou amis, outre la bonne température du vin, on a trop souvent tendance à négliger tout un protocole de choses qui peuvent paraître futiles et sans importance mais qui, pour ma pomme au moins, participent du minimum de dispositions pratiques et esthétiques permettant d’accorder valeur et respect au vin. À ce stade, qu’il soit bien entendu entre nous que le sens du pratique ne veut pas dire mocheté, tout comme l’esthétique ne veut pas dire n’importe quoi.

Joli coup de grâce au Salon des Vins d'Aniane. Photo©MichelSmith

Joli coup de grâce au Salon des Vins d’Aniane, avec Nathalie, du Mas Conscience. Photo©MichelSmith

J’en veux pour preuve la présence souhaitable et utile de l’eau, sur une table, lors d’une dégustation de vins. Cela dit, dans l’indifférence générale me semble-t-il, je déplore la mise en avant désormais systématique des bouteilles d’eaux minérales en plastique, le plus souvent du low-cost mou et hideux, qui vient polluer la vue qu’offre un alignement de verres ou de belles bouteilles. Non seulement cette exposition de flotte industrielle heurte ma vision de perpétuel vieux grognon, mais elle gâche mes photos par la même occasion! Quand je pense que je me suis déplacé, parfois au péril de ma vie, pour le vin, n’est-ce-pas, et non pour l’eau de Carrefour ou de Super U, quand ce n’est pas celle du groupe Nestlé ou de Castel. Ce dernier, au passage, fait plus de fric avec la flotte qu’avec le vin, tandis que l’autre se repaît dans la mal bouffe internationalisée. Mais c’est une autre histoire…

Coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Sympathique coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Verser l’eau fraîche du robinet (le plus souvent de meilleure qualité, soit dit en passant) dans une cruche ou une carafe contemporaine ou ancienne, en terre comme en verre, serait pour moi de bien plus économique, judicieux et respectueux du vin comme de l’écologie. Mais voilà, il en va ainsi dans notre société où le je-m’en-foutisme est de règle : on doit faire avec et accepter l’irrationnel ! Demander un petit effort de respect à des vignerons qui, quand ils ne font pas la gueule derrière leur stand, arborent des Nike, jeans troués, casquettes américaines, tee-shirts publicitaires et puent parfois le mégot de cigarette roulée qu’ils vont fumer à la porte, en catimini, cela relève-t-il du rêve ? Bien sûr, et je m’empresse de le dire avant de me faire trucider place Saint Vincent, tous ne sont pas comme ça. Mille pardons pour cet égarement.

Coup de bol ensuite. Photo©MichelSmith

Coup de cuillère à pots ensuite. Photo©MichelSmith

Tiens, à propos de pots ou de cruches en terre, je me suis invité l’autre dimanche à un très populaire salon de vin dans la région des Terrasses du Larzac, à Aniane, à quelques rangs de vignes d’aramon de Saint-Guilhem-le-Désert et à quelques 300 kms aller-retour de ma base. Arrivé pile à l’heure comme à mon habitude – je n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai des restes de bonne éducation -, une fois payé mon verre faisant office de droit d’entrée (5 €, c’est raisonnable !), j’entre dans une vaste salle où une demi-douzaine de vignerons (et vigneronnes) s’affairent tandis que les autres, la majorité silencieuse des absents, doivent se dire que ce n’est pas la peine de s’affoler un dimanche matin.

Coup de chance. Photo©MichelSmith

Simple coup de chance, le vert, « ma » couleur. Photo©MichelSmith

Je fais donc mon rapide tour de piste tel un politicien local pour saluer quelques connaissances et voilà que je repère sur certaines tables de fort belles pièces d’argiles cuites vernissées couleurs vertes ou jaunes, typiques de cette partie de la Vallée de l’Hérault, de Saint-Jean-de-Fos en particulier, sympathique village connu pour ses poteries utilitaires. Au passage, il y a deux métiers ruraux que j’admire le plus : la poterie et la vannerie. Et quand bien même suis-je né en plein cœur de la riche et bourgeoise Neuilly-sur-Seine, à l’instar de nos chers présidents (Hollande et Sarkozy), ma fibre régionaliste et mon sub-conscient paysan se sont mis en branle d’un seul coup, comme par miracle.

Coup magistral. Photo©MichelSmith

Coup magistral (je vous épargne mon jet). Photo©MichelSmith

Là, mon sang n’a fait qu’un tour. Le temps de m’apercevoir que seul le cinquième des vignerons exposants avait eu la riche idée de remplacer les tristes seaux noirs plastifiés estampillés Languedoc par des réalisations de potiers locaux qui se sont révélés par la suite être d’efficaces crachoirs avec notamment un trou suffisamment large, profond et bien évasé pour recevoir mon jet puissant sans risque d’éclabousser les objets du voisinage. Mieux, certains vignerons ont poussé leur sens du marketing allant jusqu’à faire inscrire le nom de leur domaine sur le crachoir. J’ai oublié de leur demander à chacun combien cela leur avait coûté, mais je suis persuadé que le jeu en vaut la chandelle !

Assez joli coup. Photo©MichelSmith

Assez joli coup, dans la finesse. Photo©MichelSmith

D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi les organisateurs du Salon des Vins d’Aniane, depuis le temps que cet événement réputé existe, n’ont pas encore songé à demander aux potiers du coin de leur créer chaque année un crachoir officiel spécifiquement réservé au salon, objet millésimé et signé que les nombreux amateurs qui se pressent ici en été pourraient acheter pour une somme raisonnable et collectionner par la suite en souvenir chez eux. Un peu de bon sens et de terroir nom d’une pipe ! Mais quand cesserais-je d’être aussi naïf pour envisager de telles sottises ? Mêle-toi donc de ce qui te regarde, espèce de dégustateur à la noix ! Eh bien, justement, le bien craché fait partie de mes préoccupations !

Un coup d'eau. Photo©MichelSmith

Un coup d’eau, sans épée. Photo©MichelSmith

Vous vous imaginez recevant un ami amateur chez vous en lui montrant une belle série de crachoirs ? J’ai même suggéré au président du Salon, Roman Guibert, d’organiser l’an prochain un très officiel concours qui récompenserait le Vigneron présentant à son stand le plus beau crachoir en terre cuite. Ça les a bien fait marré et j’estime que c’est déjà un bon point pour celui – moi, en l’occurrence – dont la réputation d’emmerdeur public est bien établie dans la région ! Si seulement les doctes diplômés du Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc pouvaient m’écouter, cela donnerait du travail aux gens du coin. Tiens, rien que pour ça, je trouve que les organisateurs auraient pu m’inviter à déjeuner à une bonne table au lieu de me laisser choir auprès d’une brochette-frites triste à mourir sur l’esplanade du village avec une pauvre bière pression pour toute compagnie !

Simple coup final. Photo©MichelSmith

Simple mais élégant coup final. Photo©MichelSmith

Pour en revenir au crachoir-poterie, moi-même je suis fier d’utiliser ce type d’ustensile depuis des lustres sans même avoir éprouvé le besoin de faire réaliser des pièces à façon. Il m’aura suffit un beau jour d’aller passer une matinée de l’autre côté de la frontière, dans la bonne ville de La Bisbal, en Catalogne, pour y trouver de quoi recevoir mes nobles crachats de dégustation en plus de quelques cruches destinées à l’eau. Certes, on pourrait m’objecter que ces objets sont trop fragiles pour être transportés d’un salon à l’autre. Or, je vous jure que les miens sont encore intacts, à peine ébréchés au bout de 20 années d’utilisations régulières, comme le prouve la photo qui suit.

Coups du Smith. Photo©MichelSmith

Coups de maître, à domicile. Photo©MichelSmith

Alors, si vous êtes en vacances du côté de la Costa Brava cet été, suivez mon conseil au moins pour cette fois-ci. Je vous invite à vous promener le long de l’artère principale de La Bisbal où vous trouverez certainement l’objet potier de votre vie de dégustateur ! Mieux, si par hasard vous cherchez à fuir les parfums nauséabonds des plages du Languedoc polluées à l’huile solaire et aux mégots de toutes sortes, notez qu’un Marché des potiers se tient à Saint-Jean-de-Fos, près du Pont du Diable, durant deux jours, les 8 et 9 Août prochains.

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Cette pièce typique de la terre du Languedoc que vous rapporterez certainement, probablement unique, vous coûtera peut-être deux fois plus qu’un de ces horribles seaux plasifiés que l’on trouve sur Internet. Mais vous en serez fier et ne regretterez ni votre achat, ni la balade ! Et encore moins vos crachats !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Michel Smith


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Qu’est-ce qui pousse le mieux dans un champ d’intérêt?

J’ai rencontré un jour un type très intelligent – la preuve, c’est qu’il dirigeait une grande agence de pub – et qui m’a expliqué sa théorie des champs d’intérêt.

Il paraît que nous avons tous des champs d’intérêt et ou de compétence particuliers, des sujets qui nous interpellent, où on ne nous la fait pas, et pour lesquels souvent, nos nerfs sont plus à vif.

Moi par exemple, c’est le vin, la musique et l’histoire – sans oublier ce que je qualifierai de littérature digeste et intelligible – vous pouvez donc retirer Proust et Joyce.

Mais comme vous le diront certains collègues et néanmoins amis, en cuisine, je suis une bille.

En sciences aussi.

IMG_1434Le soleil est dans le champ (Photo © H. Lalau 2012)

Cette longue et paresseuse intro (écoutez donc Lazy, par le groupe qui porte le nom d’une robe de vin), cette longue et paresseuse intro, donc, pour vous expliquer que, comme tout un chacun, je ne m’indigne ou ne m’enthousiasme que pour ce qui m’intéresse vraiment; et ce que je comprends un minimum.

Ainsi, quand on annonce que Pluton est rétrogradé au rang de planète naine, je sourcille à peine; quand je lis que la Peugeot 308 est voiture de l’année, je me dis « ça doit être une bonne voiture »; quand je découvre que le fil de terre est vert et jaune dans les faisceaux électriques, je me dis: « il doit y avoir une bonne raison ». Quand j’entends dire que Froome est dopé, ou pas, je ne me prononce pas: je n’ai pas d’éléments pour trancher.

Par contre, quand je lis que 2013 a permis aux Grands Crus de Bordeaux de faire des vins gourmands sur le fruit, d’une grande buvabilité et à boire jeune, ou quand je lis que des coopératives du Languedoc veulent pouvoir utiliser du moût concentré pour contourner l’interdiction de chaptaliser dans le Sud de l’Europe, je sors de mes gonds.

Ce genre de sainte colère ne vous touche peut-être pas, ami lecteur, parce que tout buveur que vous êtes, votre sphère de compétence ou d’intérêt particulier est peut-être ailleurs – dans l’étude comparée des coléoptères, dans la résolution des équations du degré que vous voulez, ou dans celle du mystère de l’éternel féminin, dans l’orientation scolaire, ou dans la mise en place d’une société sans classes, que sais-je?

Alors je me dis qu’on pourrait s’entraider. Que j’ai besoin de vous pour résoudre les gros problèmes de robinets de la planète que je ne soupçonne même pas; mais que vous pouvez me déléguer un peu de l’information viticole – oh, pas à moi tout seul, il y en a d’autres et c’est notre diversité qui fait notre intérêt. Est-ce trop demander?

Parfois, à remuer toute la boue qu’on lance sur notre profession, même parmi nos chers collègues de la presse généraliste, sans parler des vertueux blogueurs, j’ai l’impression que oui.

A force de lire que nous sommes tous pourris, tous ringards, tous à la solde des puissants, des conventionnels, des riches ou des gros, je me dis qu’il y a du boulot pour redorer notre blason.

Mais le jeu en vaut-il la chandelle? Quel argument pourrait-il bien convaincre les théoriciens du grand complot viticole?

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Tout ça ne nous rendra pas le Congo, ni les comptoirs des Indes. Tout ça ne vaut pas un bon verre de vin. En voici un qui devrait réunir tous les buveurs de bonne foi: la Cuvée Khazan 2013, du Mas de Libian. Une cuvée qu’on ne devrait pas revoir de sitôt: cette année-là, faute de grenache, victime de la coulure, les Thibon ont dû miser sur la Syrah à 90%. D’un mal peut parfois naître un bien: le vin est vif, épicé, presque primesautier malgré sa corpulence. J’aime le retour du fruit noir en arrière bouche, comme le point final d’une belle tirade.

IMG_1398Après la moisson (Photo © H. Lalau 2012)

Oui, d’un mal peut naître un bien. Plutôt que de perdre mon temps à polémiquer sur le bio, sur le bon, sur le nature ou sur le sexe des levures, j’en suis revenu au goût du vin.

Hervé Lalau


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Un sale goût dans la bouche

J’ai extrait cette image d’un billet de Jacques Berthomeau – qui n’y est pour rien.

Je ne veux d’ailleurs même pas savoir d’où elle vient – je devine qu’il s’agit de prétendus défenseurs du vin français.

Quoi qu’il en soit, on est là au degré zéro de la communication, de l’ouverture, de l’humanité.

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On est même dans une sorte de xénophobie à l’eau tiède.

Oserai-je rappeler à ces chantres du « Consommer français » que la France n’a pas toujours craché sur les jolis rouges d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie, quand ceux-ci venaient remonter le Beaujolais, le Bordeaux ou le Côtes du Rhône? Car les vins du Maghreb ne manquaient « ni de robe, ni de caractère », pour reprendre la formulation inepte de l’affiche…

Puis ce fut l’Italie – dans les années 1970-80, les producteurs des Pouilles connaissaient très bien le port de Sète. Et puis, plus récemment, il y eut l’Espagne, qui fait toujours le bonheur de Vieux Papes ou du Jouvenceau.

Quant aux vins du Burkina Faso, il faudrait déjà qu’ils existent…

Par ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique une fois pour toute ce qui fait la supériorité du cubi de gros rouge hexagonal sur ceux du reste du monde, purs ou assemblés. Ma petite expérience en la matière m’a appris une chose: tout en bas de l’échelle des prix, et même dans la catégorie Premium, la production française n’atteint pas forcément le niveau de qualité de ses concurrents espagnols, italiens, argentins, sud-africains ou chiliens, par exemple. Des concurrents qui bénéficient souvent de coûts de revient inférieurs et d’un marketing plus efficace. Et ne me parlez pas de terroir: je vous parle de vins de gros rendements.

Bref, cette affichette me laisse un sale goût dans la bouche: celui de la honte. Ce n’est pas digne de mon pays, ni de son patrimoine viticole.

Il serait temps que la France des vins accepte la concurrence, et qu’elle apprenne à se battre avec d’autres arguments que la caricature, la mesquinerie, la haine. Il n’y a aucune honte à faire de bons vins bas de gamme, ni des vins d’assemblage, ni des vins de marque; c’est tout l’enjeu du Vin de France… A côté du vin d’artisan, il doit y avoir pour moi en France une place pour le vin industriel – du moment qu’on ne mélange pas les genres…

C’est même une obligation que de chercher à le développer: avec un marché national en baisse, la France viticole doit se tourner vers l’exportation, et ses grands crus ne suffiront pas à nourrir tous ses vignerons. Il nous faut marcher sur nos deux pieds.

Tout le monde ne doit pas faire du « grand vin de terroir »; parce que tous les consommateurs ne sont pas prêts à en boire.

Et puis, objectivement, tous les vignerons ne sont pas capables d’en faire non plus.

Hervé Lalau

 


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Non aux bouteilles lourdes!

Chez In Vino Veritas (publicité gratuite, comme tout ce qui se passe sur ce blog), notre dernière grande dégustation était consacrée aux Minervois. Pour l’occasion, nous avons débouché pas moins de 100 flacons. Rassurez-vous, pas en une fois – nous avions réparti les travaux en trois sessions.

Lors de chacune de ces sessions, nous avons noté la présence de bon nombre de bouteilles lourdes, très lourdes même, pour certaines – quand il s’agit de passer le vin au voisin, ça se remarque, même sous une chaussette noire.

On ne peut pas dire que les vins dans ces bouteilles aient été ni meilleurs ni moins bons; le taux de sélection s’est avéré le même que pour les autres, même s’il s’agissait le plus souvent de « cuvées de prestige ». Comprenez, beaucoup de bois, beaucoup d’extrait, beaucoup de verre.

La déception est souvent proportionnelle à la surcharge pondérale

Prestige ou pas, ces bouteilles me fatiguent – et ce n’est pas qu’une question de bottle elbow.

Non seulement le contenu est souvent surfait, mais le contenant est écologiquement incorrect (pensez à la chaleur nécessaire pour fondre du verre) et logistiquement ridicule (pourquoi transporter tout ce poids mort?).

Cela va totalement à l’inverse de la démarche suivie ces derniers temps par le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, que je félicite au passage d’avoir demandé au verrier Verallia d’alléger sa nouvelle bouteille Languedoc, l’« Ecova ». Non seulement celle-ci passe de 550 à 490g, réduisant son bilan carbone de 16%; mais en plus, elle permet de faire des palettes de 720 bouteilles au lieu de 600.

Pourtant, certains font la fine bouche. « Une bouteille lourde, ça fait quand même plus classe ».

Je m’inscris en faux. Une bouteille lourde, ça fait totalement re-lou. Has been. Un peu comme les gros portables à antenne. Et surtout, c’est prétentieux. Bling bling. M’as-tu vu. « Matou vous », comme aurait dit notre malicieux ami Lincoln Siliakus  – paix à son âme. Si le but est de faire savoir que le vin est meilleur, alors quand la dégustation l’infirme, la déception est proportionnelle à l’attente et à la surcharge pondérale.

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Jolie bouteille légère, capsule à vis, même sur leurs Grands Crus vaudois, les Suisses ont tout compris

– comme ici, chez Alain Emery, à Aigle. Ah, qu’il était bienvenu, ce finguant Chasselas-là, par une belle soirée d’été! (Photo (c) H. Lalau)

 

Ringard comme un distributeur français

Et pour faire bonne mesure, au risque de me répéter, je me permets de réaffirmer que je préfère les capsules à vis.

Quel plaisir j’ai eu d’en avoir tout les jours à déguster, mêmes sur les Grands Crus, lors du Mondial du Chasselas, en Suisse, le mois dernier! Un tel bouchage nous aurait évité, à mes copains d’IVV et à moi, lors de nos dégustations de Minervois, de nous demander à plusieurs reprises si le vin était tout à fait net, et surtout, s’il n’était pas trop fatigué – ce qui, pour des rouges sudistes de 2013 ou 2012, avait de quoi étonner…

Difficile de comprendre que des vignerons continuent d’investir dans des bouteilles chères et lourdes, avec un bouchage technologiquement dépassé, au risque de voir le vin qu’ils ont choyé partir en couille (si vous me passez l’expression), alors que ce même argent serait tellement mieux employé dans une chaîne d’embouteillage à capsule, avec des bouteilles légères, modernes et fournies en grandes quantités par leur syndicat. Pourquoi jouer en solo quand l’interpro se décarcasse?

Certains producteurs ont à présent plusieurs lots, puisque certains marchés étrangers ne veulent plus supporter les risques du bouchon (heureux les consommateurs de ces pays-là), tandis que la distribution française tient à la ringardise (bien que la filière française importe la grande majorité de ses bouchons!).

En résumé, on a plus de chance de tomber sur un mauvais échantillon du même grand vin en France qu’en Suède, en Australie ou au Canada. Surréaliste, non? On parle parfois de vins de tonneliers, pour décrire l’influence (bonne ou moins bonne) que peut revêtir le choix du bois (origine, dimension, chauffe) sur le résultat final. Il faudrait aussi parler de vins de bouchonniers. Même si je pense qu’aucun producteur n’a jamais choisi délibérément de niquer son vin, ou même de le fatiguer prématurément, et de manière totalement aléatoire, avec un système de bouchage notoirement imparfait.

Bref, j’espère que la prochaine bouteille CIVL sera non seulement légère, mais capsulée. On peut rêver, non?

Hervé Lalau

 

 


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Attendu que… (la Loi Evin ou le syndrome de Stockholm de la presse française)

Attendu que les députés et sénateurs ont voté la semaine dernière un amendement de loi visant à rendre plus aisée la communication autour du vin; et notamment à séparer les articles de presse de la publicité, alors que plusieurs décisions de justice se basant sur la loi Evin avaient contribué à entretenir le flou à ce sujet.

Attendu que la Ministre de la Santé entendait faire supprimer cet amendement « pour en revenir à l’équilibre de la Loi Evin » – qui est aussi équilibrée qu’un hippopotame sur le fil d’un funambule, puisqu’elle ne fait aucune différence entre alcool et vin.

pasteur

Attendu que le Gouvernement a réécrit cet amendement mais sans en changer véritablement la teneur et l’a incorporé à la Loi Macron.

Attendu que le Gouvernement a adopté la procédure du vote bloqué et que l’amendement sera voté.

Attendu qu’il s’agit là d’une première et petite éclaircie dans une longue période sombre pour la communication sur les vins en France.

Attendu que les hygiénistes (qui sont loin de constituer la majorité des professions médicales, quoi que puisse en dire l’ANPAA et ses affidés) parlent eux-mêmes de défaite, ce qui me donne l’envie de lever mon verre à leur santé.

Attendu que la consommation de vin en France n’a pas cessé de baisser ces vins dernières années.

Attendu que l’Italie et l’Espagne enregistrent les mêmes tendances (et même plus fortes en Espagne), bien que la loi Evin n’y existe pas.

Attendu que le marché du vin est à ce point atomisé qu’aucune marque n’a vraiment les moyens d’influencer de manière significative la consommation.

Attendu que l’alcoolisation des jeunes n’est pas essentiellement liée au vin, produit cher et moins rapide que les alcools forts pour l’effet recherché.

Attendu que les études liant consommation d’alcool (dont le vin, mais dans des proportions inconnues) et le cancer sont à la fois partielles et partiales et que leurs chiffres semblent tirés d’un chapeau.

Attendu, à l’inverse, que plus de 80 ans de recherches ont permis d’isoler dans le vin des molécules positives pour la santé – même si ce n’est pas là ma principale raison d’en consommer, ce que je fais avec modération.

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Attendu que la baisse de consommation du vin ne se traduit pas par une baisse de la fréquence des cancers, bien au contraire (hélas).

Attendu que la valeur culturelle du vin a été reconnue par une loi, même si d’aucuns, parmi nos élites progressistes, libertaires et liberticides confondues, jugent le produit « ringard » (ça ne se fume même pas!).

Attendu que le journalisme viticole ne consiste pas à inciter à boire plus, mais à proposer meilleur à boire.

Attendu que la modération est une vertu qui s’applique aussi bien aux ministres dans leurs déclarations qu’aux journalistes dans leurs écrits ou aux buveurs dans leur consommation.

Attendu que l’Etat gagnera en cohérence à protéger un secteur pourvoyeur d’emploi et de rentrées fiscales, plutôt que de lui mettre des bâtons dans les roues.

Attendu qu’en pratiquant, jusqu’ici, l’amalgame entre vin et alcools forts, l’Etat a favorisé ces derniers, qui disposent de marques déjà puissantes et qui se satisfont très bien des limitations sur la publicité et la communication, n’ayant quasiment rien à dire au consommateur en ce qui concerne la composition, le mode d’élaboration, ou l’origine de leur produit, sans parler de l’élaborateur).

Attendu que le principe de précaution est trop facilement invoqué pour les sujets où l’éducation est le meilleur outil pour la protection des masses.

Attendu qu’aujourd’hui, 17 juin, c’est la Saint Hervé, saint breton et aveugle mais ayant tout de même réussi à tirer des larmes d’un loup qui venait de lui dévorer son âne… et à lui faire remplacer ce précieux compagnon (se non e vero, e bene trovato).

Attendu que j’ai déjà beaucoup attendu, beaucoup entendu, des gouvernements de gauche comme de droite, en matière de vin, et que c’est bien la première fois que je vois quelque chose se réaliser (Flamby 1, Hyperprésident 0).

Je déclare donc qu’il est du devoir de tout journaliste de mener une enquête honnête sur le sujet plutôt que de continuer à relayer les campagnes d’intoxication des lobbyistes hygiénistes soutenues par le Ministère de la Santé.

Ce qui n’a pas été fait, hélas, dans la plupart des cas: à l’annonce du dépôt du texte définitif de l’amendement du gouvernement, nombreux sont les médias qui ont évoqué « la victoire du lobby du vin » contre « le monde de la santé », sans se poser plus de questions.

C’est pitoyable.

Malgré l’échec des hygiénistes, dont je me félicite, j’ai dans la bouche le goût amer d’avoir dû assister à un étalage d’ignorance et de paresse intellectuelle.

Je le regrette, non seulement pour le vin, qui est ma petite sphère de compétence, mais pour l’information en général. Car si la vérification des sources, la confrontation des points de vue, la recherche de l’objectivité sont aux abonnés absents pour un sujet comme le vin, je me demande ce qu’il en est de la couverture des grands problèmes mondiaux. Et c’est beaucoup plus grave.

Pour finir, je ne peux m’empêcher de comparer avec quelle retenue (pour ne pas dire de dégoût) certains médias évoquent le vin – serait-ce du mépris? un manque d’intérêt financier? la peur du gendarme? une nouvelle variante du syndrome de Stockholm qui voit la victimes de la censure sympathiser avec leurs oppresseurs?   – et avec quelle audace ils militent parfois pour la libéralisation de substances illégales.

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Hervé Lalau


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Et le Meilleur Vin Blanc du Monde est…

La nouvelle est sans doute passée un peu inaperçue en France, bien que l’AFP se soit fendue d’une dépêche: le Meilleur Vin Blanc du Monde est sud-africain. C’est le Chenin « Family Reserve » 2013  de la maison Kleine Zalze, à Stellenbosch. Excellent domaine, au demeurant, que j’ai eu l’occasion de visiter lors d’un voyage du Circle of Wine Writers (Kleine Zalze est d’ailleurs un des piliers de la Chenin Blanc Association).

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Kleine Zalze (photo © H. Lalau)

Cependant, ce n’est pas moi qui ai attribué ce titre international, mais le Concours Mondial des Vins de Bruxelles. Ou plutôt, ses dégustateurs.

Ou plutôt…

Mais remettons d’abord tout ça dans son contexte.

Des pommes, des poires, des secs, des doux…

J’ai beaucoup de mal à conceptualiser cette notion de Meilleur Vin Blanc du Monde, sachant qu’avec un tel intitulé, on mélange tellement de pommes et de poires.

Imaginez que je vous propose deux Chenins vinifiés en sec: vous pourrez sans doute me dire si vous préférez l’un ou l’autre. Mais si je vous propose un Savennières et un Quart de Chaume, c’est déjà plus difficile. Pourtant, nous sommes toujours en Loire, et toujours sur le même cépage. Alors imaginez que je vous demande de départager un Muscat de Kélibia, un Chardonnay de Corton, un Sémillon de Barsac, un Riesling d’Alsace, un Crémant de Loire et un Chasselas du Dézaley…

Quelle serait la valeur de la comparaison? A peu près nulle.

Mais il y a plus.

Et ceux qui n’étaient pas dans mon jury?

Au Concours de Bruxelles, comme dans les autres Concours, les jurés sont répartis en tables de 5 ou 6. Il y a une soixantaine de tables, et tous les jurés ne dégustent donc pas tous les vins – c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a autant de jurés.

Alors le vin auquel est décerné le titre de meilleur vin blanc, ou rouge, ou liquoreux, ou que sais-je, n’est rien d’autre que celui qui a reçu d’un jury – et d’un seul – le plus grand nombre de points dans sa catégorie. Selon que tel ou tel jury est plus ou moins large dans ses notations, on aura donc tel ou tel résultat; et rien ne dit que le meilleur du jury A, noté 85, n’aurait pas « battu » le meilleur du Jury B, noté 92, s’il avait été présenté au jury C.

Rien ne dit non plus qu’un vin non présenté (le Vouvray déclassé de Chidaine, par exemple, dont nous parlait hier notre ami Jim) n’aurait pas battu le Chenin de Kleine Zalze.

Bref, ce genre de titre ne veut rien dire. Il faudrait plutôt parler de « Meilleure note décernée par un jury pour un vin blanc parmi les vins inscrits au Concours Mondial de Bruxelles ».

Dommage que la dépêche de l’AFP et ceux qui la reprennent sans plus se poser de questions, comme La Libre Belgique, entretiennent le flou; car ce texte évoque un « vin choisi en Italie par 299 experts venus de 49 pays, qui ont goûté pendant trois jours plus de 8.000 vins venus de 45 pays ». Amis de la précision et de l’information vérifiée, corrigeons pour nos confrères débordés ou absents de la rédaction le jour de la parution: non, les 299 experts n’ont pas tous dégusté ce vin, mais au maximum un ou deux jurys de 5 ou 6 membres (et je prends en compte le fait que certains vins puissent être dégustés deux fois au titre de contrôle, ce qui est tout à fait marginal).

Dommage que les jurés eux-mêmes ne dénoncent pas cette pratique qui revient à leur faire cautionner, en vrac, des vins qu’ils n’ont même pas pu juger. Est-ce de l’ignorance? Une confiance aveugle? Du copinage? Du je-m’en-foutisme?

Encore heureux qu’il ne s’agisse pas d’un Sauvignon. Mon compère Marc serait ainsi passé pour le fervent admirateur d’un vin du cépage qu’il aime le moins au monde!

Enfin, je m’étonne que l’OIV, qui tend à réglementer certains concours, n’ait pas pris position sur ce point.

Hervé Lalau

 

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