Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Allergique aux fâcheux

Récemment, la chargée de relations publiques d’une appellation qui me conviait à un voyage de presse dans une grande région de rouge m’a envoyé un message me demandant si je souffrais d’allergies, ou si j’étais végétarien, ou végétalien.

Je lui ai répondu que j’étais allergique… aux végétariens et aux végétaliens qui viennent en voyage de presse dans des régions où le rouge se marie idéalement avec la viande et les produits d’origine animale.

Car quoi, n’est-ce pas un véritable crime gastronomique que de déguster du vin, et le cas échéant, de le recommander, sans pouvoir l’assortir à des produits qui lui vont tellement bien?

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Et qui oblige nos amis non-carnivores à pratiquer ce métier, au risque de vexer les chefs locaux qui nous mitonnent de bons petits plats de terroir, les vignerons qui produisent des vins de gibier, de viande rouge ou de cochonnailles, et plus généralement, au risque de rendre la vie impossible à tous ceux qui s’assoient à table avec eux?

Que ne choisissent-ils pas plutôt la critique du thé, de l’eau ou du café? Au diable tous ces fâcheux!

 

Hervé


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De culture française, ne vous en déplaise

A ceux qui veulent des commentaires de vins, cette semaine, je dis: vous pouvez sauter cette chronique. Rendez-vous mercredi prochain.

Aujourd’hui, en effet, je parlerai de la culture française. C’est Jean-Jacques Aillagon qui m’y oblige.

D’un ancien ministre français de la Culture comme lui, on aurait pu s’attendre à ce qu’il la défende – je parle de la culture française. Et bien non, pour M. Aillagon, « il n’y a pas de culture française ».

Et cet ancien commis de l’Etat de citer à la barre du tribunal de sa révolution culturelle le sieur Giovanni-Battista Lulli, «Florentin et fondateur de la musique française» (sic). 

Sauf que c’est archi-faux.

M. Aillagon doit relire ses sources ou changer de lunettes: le jeune Lully est arrivé en France à l’âge de 13 ans, comme garçon de chambre, puis aide-cuisinier dans la suite de Mme de Montpensier; il n’a reçu aucune éducation musicale en Italie.

Le violon et la composition, c’est à Paris qu’il les appris, notamment du compositeur français Nicolas Métru, né à Bar-sur-Aube.

Aussi Lully n’est-il en rien le représentant ni le vulgarisateur de la musique italienne en France. Juste, peut-être, des «moeurs italiennes», comme on appelait à l’époque l’homosexualité masculine (et elle n’avait pas attendu Lully, en France).

L’exemple est donc très mal choisi. J’observe en outre qu’il passe sous silence l’importance de musiciens comme Métru, mais aussi Gaultier, Louis Couperin ou Jean de Sainte-Colombe, sans parler, un peu plus tard, de Charpentier, François Couperin, de Forqueray, de Boismortier, Hotteterre et Rameau. Autant d’exemples du « goût français », d’abord teinté de baroque, puis de galant, et enfin, de classicisme (car aucune culture n’échappe vraiment à son temps).

century_la_musique_des_siecles_volume_13_la_musique_du_grand_compilationFrench Music? Sans doute une erreur de traduction…

Surtout, M. Aillagon, votre formule me choque profondément: qui êtes-vous donc pour dire ce qui est français ou ce qui ne l’est pas?

Ministre de la culture, ou ministre du métissage?

Je respecte tout à fait votre droit de glorifier le métissage, comme naguère on louait le Bon Dieu, toujours et en tout lieu; tiens, serait-ce un nouveau culte d’inspiration libérale, qui vise à faciliter les échanges de capitaux? Et je ne suis pas assez obtus pour ne pas reconnaître que ma culture (française, ne vous en déplaise) est la résultante de multiples apports, qu’ils soient celtes, germains, grecs, latins, italiens, espagnols, allemands, anglais, portugais, arabes, africains ou russes (la liste n’est pas limitative).  L’inverse est aussi vrai, d’ailleurs. 

Respectez aussi, s’il vous plaît, mon droit de me dire Français, de culture française, et de vouloir, modestement, la sauvegarder, voire de la transmettre. Et ne parlez pas en mon nom.

Il paraît que l’on a les ministres qu’on mérite; je ne me considère pas comme passéiste (la preuve, je bois plus souvent du Coume Majou que du Lynch-Bages), mais je n’arrive pas à imaginer André Malraux déclarant doctement que la culture du pays qu’il sert (puisque ministre, vous le savez, veut dire serviteur), n’existe pas. C’était un coup à supprimer le ministère!

Comment appelez-vous donc la culture qui s’expose à la Wallace Collection, à Londres, dont la moitié des salles sont remplies de mobilier de Versailles, de vases de Sèvres et de tableaux de peintres français? Comment traduisez-vous « French school », «  »French painting », « French music », « French furniture »?

Qu’est-ce qui vous fait tellement honte dans vos propres racines, dans votre propre héritage? Et à qui voulez-vous donner des gages d’aculturation?

ed836fdc541c00197aaf17c8b7dd3b86A la Collection Wallace, on trouve même ce French Vase.

Comme ancien président de l’Etablissement Public du Château de Versailles, j’aurais cru que vous auriez magnifié le goût du Grand Siècle, à l’instar de M. Wallace; vous avez préféré faire exposer dans les galeries et jardins du Roi Soleil les oeuvres absconses ou provocatrices de pseudo-artistes dont les «créations» étaient aussi à leur place en ce lieu que vous pourriez l’être au concours du plus gros mangeur de hot-dog de Coney Island (quoique, votre vie privée ne regarde que vous). Ce mélange des genres me choque. Vous parlez de fertilisation croisée; j’y vois surtout un beau foutoir. Pour moi, vous confondez beaux arts et bazar. Je n’aurais jamais cru devoir un jour me justifier d’être et de me sentir français. Comment en est-on arrivé à devoir s’excuser dans son propre pays de ne pas être métissé ou métissable, ou à tout le moins, de ne pas appartenir à une quelconque minorité ethnique, religieuse ou sexuelle? 

koons-chien-1024x685De l’art ou du cochon? Du Koons à Versailles (Photo Kazoart)

Français, donc ringard

Mon pauvre ministère, moi, je l’exerce dans le vin. Et je peux témoigner qu’il y a une culture française du vin – même si, hélas, elle est en grand danger de disparaître. Attaquée qu’elle est, non seulement par une réglementation d’inspiration hygiéniste, mais aussi par le manque de transmission des valeurs du vin. Et peut-être, qui sait, par le soupçon de ringardise que des gens comme vous faites peser sur tout ce qui est trop français – comme si terroir rimait forcément avec franchouillard. 

Au point que c’est à l’étranger, aujourd’hui, que la culture du vin semble la plus dynamique.

Cette culture là, M. Aillagon, a poussé des pays entiers à planter nos cépages français, à acheter des barriques françaises, à se payer les services d’oenologues français, et à comparer leurs meilleurs vins à nos propres crus. Quand le Jugement de Paris a été organisé, c’étaient les grands Bordeaux qui étaient les étalons de mesure, pour nos amis californiens, ce n’était ni Grange, ni Goats do Roam.

goatsTout rapport avec les Côtes du Rhône est totalement fortuit… Pourquoi un vignoble sud-africain ferait-il donc référence à une région française?

Et je lisais encore récemment un article à propos d’un grand domaine de la Rioja, qui se ventait de vinifier « comme un château du Médoc ».

Je pourrais aussi apporter à l’appui de ma thèse une pleine charretée de supertoscans – merlot, cabernet, botte di rovere francese.

Vous aurez beau jeu de me dire que même dans la viticulture française, les apports étrangers ont été importants – vous pourrez évoquer par exemple le rôle des marchands anglais, hollandais ou danois dans la naissance des grands crus du Bordelais (« Ho Brian »), ou celui des Allemands dans le développement du Champagne. Ou encore l’origine espagnole du Grenache et du Carignan. Certes. Mais nos vins sont-ils moins français pour autant? Diriez-vous de la porcelaine de Limoges qu’elle a l’accent chinois, parce qu’elle utilise du kaolin? Que faites vous du génie des peuples? De leur faculté à se réapproprier, à transformer, à rendre leur ce qui vient d’ailleurs?

Après tout, cela ne choque personne qu’on parle de chocolat belge, de café italien ou de thé anglais. Et pourtant, la matière première de ces différents produits vient d’ailleurs.

Pourquoi n’y a-t-il que la France qui doive renier sa culture, M. Aillagon? Pourquoi, quand un Suisse met un drapeau près de sa maison, ou quand un Anglais porte un bonnet aux couleurs de l’Union Jack, on trouve ça naturel, alors que quand un Français fait la même chose, on parle de chauvinisme. Et au nom de quoi l’affirmation d’une nation catalane, écossaise, corse ou polynésienne serait-il plus acceptable que celle de la nation française? Mais qu’avons-nous donc encore à expier? Depuis que je suis né – en 1962 – je ne crois pas que nous ayons envahi quelque pays que ce soit. Je pense même que notre sphère d’influence n’a fait que reculer. Et je ne suis pas sûr que ce soit forcément toujours pour un mieux.

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Notre plus grand tort, pour moi, serait d’oublier qui nous sommes, comme vous le faites; pas de nous en rappeler.

Qu’en pense M. Pinault, votre ancien employeur, grand collectionneur d’art éclectique, mais aussi propriétaire de Château Latour et de Château-Grillet? Dois-je m’attendre à ce qu’il y plante du Zinfandel, du Furmint, ou plus rigolo… du Pinotage? A quand son coming-out à lui, du genre: «Le vin français n’existe pas»?

par-12601-05032016lHervé Lalau


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L’histoire bruxelloise du jour

Le gouvernement bruxellois vient d’approuver, en première lecture, un avant-projet d’ordonnance qui vise à interdire le gavage des animaux, a annoncé hier la Secrétaire d’Etat à la Région Bruxelloise en charge du Bien-Être des Animaux (oui, ça existe). Selon Bianca Debaets (c’est son nom), « On impose des quantités de nourriture telles que cela perturbe fortement leur système respiratoire et qu’un stress énorme est généré. Le foie des animaux engraissés peut atteindre un poids supérieur à un kilo pour à peine 100 grammes en temps normal. Nous devons interdire ces méthodes insupportables, même au détriment d’intérêts économiques ou d’habitudes de consommation que certains mettent régulièrement en avant ».

Seul hic: il n’y a aucun producteur sur le territoire régional (où les fermes sont rares). Peut-être le gouvernement bruxellois s’en avisera-t-il en deuxième lecture de l’avant-projet?

Vu la portée symbolique d’un tel texte, qu’il soit voté ou non, je ne devrais même pas  protester. Sauf qu’il me semble de mon devoir de citoyen (et de carnivore assumé), que d’invoquer à nouveau l’hypocrisie du concept de « bien-être animal » quand il est appliqué à des animaux qu’on élève pour être mangés. « Je vais te couper la gorge, mon canard; mais je ne t’ai jamais stressé« . A moins que Mme Debaets n’y voie un premier pas vers l’interdiction totale de la viande… Amaï-amaï!

Quoi qu’il en soit de cette bonne blague bruxelloise, je continuerai donc à acheter du foie gras alsacien ou gascon – je connais en Lomagne des éleveurs particulièrement scrupuleux.

detourePhoto (c) Foie Gras du Sud-Ouest (miam!) 

Sur ce, je m’envole pour Montefalco (Ombrie), d’où j’espère vous revenir avec de jolis commentaires de vins – c’est la région du Sagrantino, le cépage sacré… Et qui sait, goûter un peu de foie gras si cette liberté-là n’a pas encore été remise en cause en Italie.

Hervé


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Le Muscat, ça n’est pas fait pour vieillir !

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On veut nous faire croire tant de choses et souvent, on se laisse berner, candides que nous sommes!

Mais là c’en est trop: car quoi, le Muscat, ça n’est pas fait pour vieillir ! Même qu’il faut le boire à Noël, comme le proposent si pertinemment certains Roussillonnais.

Mais même chez eux, il y a des retors, surtout parmi les vigneronnes dont nous nous gaussons, il est vrai, notamment quand elles nous font déguster un Muscat de Rivesaltes aussi vieux que mon fils, né en 1995. N’importe quoi !

Rien qu’à la teinte cuivrée qui altère le joli doré qu’on trouve dans les Muscats de 6 mois, on sait avant d’y porter le nez que le breuvage est à moitié niqué. Mais bon, j’ai pris sur moi et je l’ai dégusté, professionnellement, dans des conditions NTP (des conditions normales de température et de pression), constatez mon abnégation.

Voici le résultat.

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Muscat de Rivesaltes 1995 Domaine Vaquer

Doré cuivré, il nous offre généreusement des raisins secs macérés dans le sirop d’orgeat, des gelées de pomme et de poire constellées de de zestes de cédrat confit, de la liqueur d’orange parfumée de sauge et de thym, de la pâte de pistache à la verveine, un gâteau de noix et d’amande comme on en trouve à Saint Jacques. La bouche suit la même esbroufe, comme si on allait succomber à tant de raffinement. La note sucrée s’avère délicate et délicieusement épicée de curcuma et de cardamome. On retrouve bien les goûts des agrumes, orange amère, kumquat et mandarine, histoire de changer légèrement de registre pour se démarquer du nez et nous montrer l’infinie variété qui se révèle de gorgée en gorgée. Le tout en élégance, on dira, normal, c’est le vin d’une vigneronne d’origine bourguignonne de surcroit, je rêve. Puis, vient cette impression d’iode qui apporte une saveur salée aux sirops de pêche et d’abricot, sans oublier l’amer à peine marqué qui rappelle un léger vermouth. Enfin, la fluidité fait couler le vin comme un jus frais sans empâter le palais. Avalé, il s’éteint tout doucement, comme il nous a au début envahi, sans impétuosité, mais avec amabilité.

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La coupable (photo bibi)

Bon, on a abusé personne. Après ce supplice, il me faudra quatre bières pour oublier que j’ai failli laisser tomber mes a prioris.

www.domaine-vaquer.com

P.S. j’avais enduré, il y a quelques temps, une verticale de Muscat de Baumes de Venise, des vins de dix à 30 ans, on nous prend vraiment pour des billes, mais j’avais adoré…

Ciao

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Marco


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Un mois sans alcool

C’est ce que l’on appelle un défi – ou pour faire plus branché, un challenge. Il s’agit de ne pas boire une goutte d’alcool pendant tout le mois de février. C’est belge. Ca s’appelle « Tournée Minérale ». Et c’est organisé par la Fondation belge contre le Cancer. Ca fait envie!

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Pour assurer un peu de buzz à l’opération, quelques personnalités de la télévision belge, et même des politiques s’y sont joints. Non, ça ne veut pas dire qu’ils vont fumer du cannabis à la place – en tout cas, je n’ai pas d’info à ce sujet.

Au fait, à quand une opération « un mois sans fumette », avec support télévisé?  Après tout, plusieurs études sérieuses ont révélé que la fumée du cannabis était encore beaucoup plus toxique que celle du tabac (Husset 2006), et présentait encore plus de risque de cancer (Mehra 2006, Sasco 2007) . Ce n’est pas moi qui le dit… c’est l’Institut National (français) du Cancer.

Moi, bien sûr, je réprouve toutes les addictions – tout ce que l’on ne peut plus contrôler, tout ce qui finit par vous contrôler. Y compris l’addiction aux médias, et l’addiction au pouvoir politique. Mais je continuerai à boire mon vin quotidien, en février aussi. Je rassure la Fondation, je n’ai jamais la gueule de bois; je dors du sommeil du juste; et mon poids est stable. Bref, je n’appelle pas ça de l’addiction. Ou alors, manger est aussi une addiction. La vie est une addiction.

De la modération à l’abstinence, et vice versa

En participant à cette opération, mes confrères belges pensent tous qu’ils participent à une bonne cause, qu’ils montrent le bon exemple; je pense qu’ils se trompent; l’abstinence, c’est pour moi comme un aveu d’échec: « j’arrête tout à fait de boire, parce que je ne sais plus dire non au troisième verre ». Parce que c’est devenu un esclavage. Moi, je pense qu’il vaut mieux apprendre à boire peu, mais du bon (je parle du vin). Pour moi, le vin est un plaisir maîtrisé;  il ne me domine pas. Si je pratique l’abstinence, c’est toujours avec modération.

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Alors, en levant mon verre d’Anjou blanc à votre santé (Patrick Baudouin, Cuvée Les Saulaies 2013, publicité gratuite), je ne cherche certainement pas à donner un quelconque exemple; mais je pense à cette vieille histoire:

Un médecin communique à un de ses patients les résultats de ses dernières analyses:

« Je serai direct avec vous, vous n’avez plus que quelques semaines à vivre ».

« Mais Docteur, il n’y a rien qu’on puisse faire? Vous ne pouvez rien me prescrire? »

-« Si, si, je vais vous faire une ordonnance ».

Et le médecin d’écrire:

« Pas d’alcool. Pas de vin. Pas de sorties. Pas de restaurant. Pas de sexe. » 

-« Merci, Docteur. Et cela va améliorer mes chances de survie? »

-« Non, mais le temps va vous paraître beaucoup plus long ».

Un mois sans radio, plutôt

Tiens, je me demande si je ne vais pas plutôt me faire « un mois sans radio ».

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Patrick Cohen me lasse. Nicolas Poincaré m’escagasse. Charline Vanhoenacker m’exaspère. Thomas Sotto m’irrite. Laurent Ruquier me fatigue. Marc-Olivier Fogiel m’énerve.

Passe encore qu’ils me servent du Penelopegate, du One-Bad-Trump-Story-A-Day ou du Vivre Ensemble jusqu’à plus soif – moi aussi, à mes heures, je pratique le comique de répétition.

Passe encore que les slogans de leurs radios respectives (Inter Venez, Mieux Capter son Epoque, Première Radio de France) sonnent creux: l’époque est à l’euphémisme – les publi-reportages sont des communiqués, les aveugles sont des mal-voyants, les illégaux des migrants, il n’y a que les buveurs qui aient obtenu une promotion sémantique : pour l’ANPAA, ce sont tous des drogués.

Mais les incessantes leçons de morale orientée de mes chers confrères, le mélange constant entre faits et commentaires, entre indignation et raillerie, entre sondages et résultats, me donnent envie de fermer le poste. Je voudrais de l’info, ils me la pré-digèrent, et ça me gave. Allez, une soupe, et au lit!

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Comment renforcer l’âme d’un terroir?

La réponse, c’est la Bodega Valtravieso qui nous l’apporte, et je ne résiste pas à l’envie de la partager avec vous.

Comme je ne suis pas journaliste, je peux me permettre un billet d’humeur, et exprimer mon GRAND désaccord avec ce type de communication.

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Je vous traduis mot à mot la Newsletter que j’ai reçue de la Bodega Valtravieso (DO Ribera del Duero) :

« Environ 200 personnes ont mis leurs souhaits dans la vigne de Valtravieso

Grâce à la campagne #TuAlmaEnMiVino (Ton AmeDansMonVin), les suiveurs des réseaux sociaux du domaine ont écrit leurs souhaits pour 2017 sur des étiquettes, qui ont été placées  dans le vignoble de Valtravieso. La campagne #TuAlmaEnMiVino, qui s’est tenue dans les réseaux sociaux des Bodegas Valtravieso (Facebook, Twitter et Instagram) au cours  du mois de décembre et début janvier, s’est terminée avec l’écriture des souhaits d’environ 200 personnes qui ont participé à partir de différents points de l’Espagne. Chacun des souhaits a été écrit à la main et tous ont été placés dans l’une des plus vieilles vignes de Valtravieso, de laquelle sortiront les raisins pour produire les vins haut de gamme du domaine. Ainsi, tous les participants ont mis un peu de leur  «âme» dans le vignoble Valtravieso, et l’ont rempli d’énergie. Cette «âme» de chacun fera partie des vins de ce millésime 2017″.

Les responsables du domaine signalent que : «Lire et placer  un à un tous les souhaits de tous nos fans sur nos ceps  récemment taillés s’est révélé être un exercice  très beau et très émouvant ».

« La bodega de la Ribera del Duero, termine ainsi une des plus intéressantes activités promotionnelles dans le secteur du vin connue à ce jour, en combinant la partie « on line » avec celle « off line » grâce à  cette action émotionnelle et réelle, avec des résultats très positifs car elle a suscité 3000 publications sur Internet, y compris les communiqués de presse et post sur différents réseaux.
Cette campagne, ajoutée à  d’autres actions de marketing, ont positionné  Valtravieso comme l’un des domaines des plus actifs de la DO Ribera del Duero. »

 

Quelques mots sur le domaine

Les premières vignes ont été plantées à La Finca « La Revilla » en 1985, dans une enclave «unique» de la Ribera del Duero ; la particularité de ce domaine, c’est l’altitude de ses vignobles, supérieure à la moyenne de la zone, certaines parcelles pouvant atteindre les 1050m au dessus du niveau de la mer. C’est en 1996 que le premier millésime est arrivé sur le marché. En 2002, la bodega a changé de mains, Cette année-là, la famille Gonzalez Beteré a acquis la propriété et mis en place un projet novateur, le « New Valtravieso » et une nouvelle philosophie: « Exploiter les ressources que la nature nous offre pour obtenir de grands vins dans la Ribera del Duero ». Pour atteindre cet objectif, une nouvelle cave a été construite et inaugurée en 2007, avec plus de capacité ; Valtravieso dispose actuellement de plus de 4.500 m2 d’installations modernes.

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Le vignoble de 73 hectares est réparti en 4 parcelles: « La Revilla », « Santa Maria », « El Buey » et « L’Obispo ». Trois cépages ont été plantés : la Tinta Fina, variété locale, majoritaire, mais aussi quelques hectares de cabernet sauvignon et de merlot. L’arrivée de Pabló Gonzélez Beteré, homme d’affaires, mais aussi ingénieur agronome et dit-on, «visionnaire aux idées très claires» a changé la donne; son objectif: produire des vins dotés d’une forte personnalité, d’excellente qualité et de prestige. Pour ça,  il s’est attaché les services de l’œnologue Ricardo Velasco;  ensemble, ils forment un binôme qui semble parfait.

Mais j’ai failli oublier le Service Marketing!

Je tiens à préciser que je ne les connais pas, je ne suis allée au domaine qu’une seule fois et la visite a été très rapide (certains vins étaient présents à LAVINIA). Mais Ricardo s’est déjà taillé une bonne réputation, il a travaillé en France, à Bordeaux, et on lui reconnaît non seulement une grande expérience, mais aussi une passion pour le vignoble, à tel point qu’il est connu comme «L’homme qui susurre aux vignes». On peut le lire sur le site du domaine, et de nombreuses coupures de presse reprennent la formule.

Entre cette campagne TuAlmaEnMiVino, et l’œnologue qui susurre aux vignes, la philosophie de Pablo, pour aussi sincère soit-elle (et je ne me permettrai pas d’en douter), me semble bien mise à mal. La boucle est bouclée, on tombe dans le RIDICULE.

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Personnellement, je reste admirative devant une telle action marketing, car il fallait l’oser! Admirative, mais aussi incrédule ! Je salue la personne qui a imaginé cette opération et la «pardonne» car elle n’est certainement du monde du vin et donc, ne connaît pas la réelle valeur des mots. Mais, je lui en veux aussi, car quelque part, c’est se foutre du monde; et qu’il y ait des gens assez stupides pour écrire leur souhait sur une étiquette et aller la placer sur un cep de vigne dans un vignoble, ça me stupéfait et me navre. Ça me rappelle les cadenas que les amoureux placent sur les ponts, encore qu’eux ont une excuse: ils s’aiment.

Je ne peux pas croire qu’il y ait 200 personnes qui aient participé à cette mascarade, ou alors se sont des amis du domaine et c’est une opération montée de toutes pièces. Quoi qu’il en soit, ça m’a fait rire à la première lecture, mais ensuite j’étais furieuse, à mes yeux ça décrédibilise complètement le domaine, comment un homme qui se dit passionné peut-il accepter de son équipe de marketing une telle approche du terroir? S’il compte ajouter de l’âme à son terroir de cette façon, ça ne me donne pas du tout envie d’aller goûter ses vins.

Suis-je  la seule à voir les choses de cette façon? Vu l’impact de l’opération sur les réseaux sociaux, plus de 3000 réactions, sans doute;  j’en ai lu quelques unes, c’est à pleurer de rire ou de honte ! Mon Dieu que c’est triste d’en arriver à de telles méthodes, d’impliquer les consommateurs naïfs (ou pas, d’ailleurs), dans le seul but de les fidéliser!

Il est bien évident que tous ceux qui ont placé une étiquette vont vouloir acheter une bouteille, puisqu’il y a « un peu de leur âme » à l’intérieur, laquelle bouteille, bien entendu, sera du haut de gamme, et donc pas donnée. Et avec un peu de chance, l’an prochain, l’opération se renouvellera; cette fois-ci sur deux parcelles, vu que le nombre de suiveurs aura doublé et ainsi de suite d’année en année ! Voilà qui aidera à écouler une production d’un million de bouteilles à un bon prix! Il faut ajouter que cela permettra aux acheteurs d’expliquer une petite histoire chaque fois qu’ils déboucheront une bouteille. Bien vu!

Bravo, mais se servir de l’âme des profanes pour vendre l’Ame d’un Terroir, c’est tomber bien bas, c’est reconnaître que ce terroir « unique » de Ribera del Duero n’a pas vraiment la qualité nécessaire à l’élaboration d’un GRAND VIN !  Franchement, Valtravieso n’avait pas besoin de cette béquille!

 Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

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Peillon, le déterminisme, l’éducation et le vin

Crédité d’un peu moins de 7% des suffrages (soit un peu plus 100.000 votes), Vincent Peillon est un des grands perdants des récentes primaires de la gauche.

Je ne vais pas faire semblant de le plaindre, car sur bien des points, je suis aux antipodes de sa pensée. Certaines de ses déclarations me déplaisent même souverainement.

Comme celle qu’il a faite, il y a deux ans, alors qu’il était encore Ministre de l’Education:

«Le but de la morale laïque est d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel».

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Vincent Peillon, ancien ministre de la morale laïque (Photo: Rectorat 45)

Difficile de dire dans quelle mesure M. Peillon, fils de banquier communiste, descendant d’une longue lignée de militants (ce qui est tout à fait respectable) et d’ascendance juive alsacienne par sa mère, a lui même souffert du déterminisme auquel il prétend arracher nos enfants. Morale laïque ou pas, il est lui-même dans le droit fil des engagements de ses parents.

Mais là n’est pas ma question principale.

Dans le schéma mental de M. Peillon, je me demande s’il y a encore une place en France pour des appellations d’origine. Dire qu’un vin est d’ici, n’est-ce pas du déterminisme géographique? Voire ethnique?

Si un parent d’élève ne peut se revendiquer Berrichon ou Niçois, Catholique, Juif ou Musulman, lettré ou analphabète sans risquer d’obérer gravement les chances de développement de sa progéniture, si le fait de vouloir transmettre des valeurs familiales comme l’attachement à sa langue, à son histoire, à ses traditions locales, à une certaine conception de la famille… est critiquable, comment un vigneron peut-il revendiquer un terroir, comment un vin peut-il être « né quelque part »?

De plus, dire qu’un grand cru est meilleur qu’un simple vin de table, c’est établir un jugement de valeur, c’est défier la notion selon laquelle les vins, comme les hommes et les femmes, naîtraient libres, égaux, et éventuellement médiocres.

Alors il faut choisir, Peillon ou Peynaud. J’ai choisi. Sans doute un déterminisme familial.

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