Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Affaire Sibard, à ne surtout pas voir…

Le harcèlement sexuel est un mal silencieux qui ronge le moral et la santé des femmes au travail. Les traumatismes qui en découlent sont aussi ravageurs que ceux liés au viol. Que viennent donc faire ces affirmations dans un blog vineux ? Rien ? Eh bien si, justement, elles ont leur place ici – du moins est-ce mon avis – car depuis quelques jours le petit monde du vin se tait et ne veut rien voir. Il entretient une omerta cruelle sur un fait qui relève certes de faits que l’on classe dans le « divers » mais qui, en réalité, est une grave atteinte à la dignité des personnes. Plus que la simple information sur cette « affaire », c’est le manque de réaction, le manque d’indignation qui me révolte. Se voiler la face, c’est tellement plus confortable…

Certes, soyons honnêtes, une publication a fait un article sur le sujet, Vitisphère, article que l’on peut lire ici même http://www.vitisphere.com/actualite-85666-Marc-Sibard-condamne-a-un-an-de-prison-avec-sursis.htm , suivie de Terre de Vins plus récemment http://www.terredevins.com/actualites/paris-marc-sibard-caves-auge-condamne-harcelement-sexuel/ . De quoi s’agit-il ? Un caviste célèbre ayant pignon sur le très chic Boulevard Haussmann à Paris, le dénommé Marc Sibard, officiant aux Caves Augé depuis longtemps au point d’en passer pour le patron, lesquelles caves, « les plus vieilles de la Capitale », appartiennent au groupe Lavinia dont les activités de vente de vins sont florissantes en France mais aussi à l’étranger, un caviste adulé par une partie non négligeable de l’intellingentsia « vins natures » faisant fureur chez les bobos de nos grandes cités, a été condamné le 6 juillet par le tribunal de Grande Instance de Paris à un an de prison « avec sursis » pour harcèlement sexuel, moral et agression sexuelle suite à la plainte des trois victimes.

À moins d’avoir un esprit tordu, ce dont je ne doute pas pour ma part, la connivence saute aux yeux. D’un côté le distingué commerçant, l’employeur de Sibard (et des plaignantes) qui pendant 5 ans, malgré les alertes, se fourre la tête dans le sable pour au final en faire le strict minimum dans le but de ne pas écorner son image et se fend d’un communiqué vertueux pour le moins laconique ; de l’autre le vigneron généralement « nature » qui ne veut surtout pas perdre son lien économique avec les Caves Augé, donc Lavinia, lesquels sont d’assez gros acheteurs dans le milieu ; et au milieu, justement, ceux qui gravitent autour du vin, sommeliers, cavistes et avant tout journalistes ou pseudo journalistes, les mondains, les pique assiettes, ceux qui sortent dans les déjeuners huppés, qui se farcissent le sale boulot, les inaugurations luxueuses, les dégustations inoubliables, les invitations qui permettent de s’échapper du stress quotidien contre un petite rubrique de rien du tout en retour, le minimum syndical. Rassurez-vous, j’en ai profité aussi de ces petits plaisirs du métier qui nous donnent l’illusion exquise d’être un grand voyageur, un grand connaisseur. Moi qui ai évolué longtemps dans ce milieu, je suis certain d’une chose : une bonne partie de ce petit monde-là savait, mais se taisait. Oh, je ne les accuse de rien car j’aurais probablement fait la même chose. Et c’est bien cela qui me dégoûte le plus. Se taire, ne rien faire en de pareilles circonstances est une honte.

Alors, maintenant que l’on sait, ne peut-on pas au moins crier son indignation ? Ne peut-on pas témoigner de son dégoût ? Et Lavinia dans tout cela ? La compagnie qui siège à Paris, Genève et Madrid en attendant Bruxelles ou Londres, ne peut-elle pas se joindre à nous en formulant des excuses envers ses employées aux vies cassées ? Il serait peut-être encore temps de le faire, non ? Sinon de laisser place à l’indifférence.

 

Michel Smith

Links here to other posts on the condemnation of Marc Sibard for moral and sexual harassment:

Vincent Pousson: Un grand cru qui tient la route.

http://ideesliquidesetsolides.blogspot.co.uk/2017/07/un-grand-cru-qui-tient-la-route.html

Michel Smith: Facebook post on Marc Sibard

 


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Ce qui m’agace toujours dans le monde du vin

Je sais que je vais passer pour un grincheux, voir un vieux grincheux. Et je plaide coupable sur les deux comptes. A ma défense, je dirai aussi qu’il y a tellement de choses, ou plutôt tellement de vins et de producteurs, qui font mon bonheur, voire me font frissonner de plaisir que tout cela s’équilibre un peu.

A la veille de partir en vacances, avec un livre en bouclage et le retard habituel d’affaires courantes à rattraper, je ne serai pas long aujourd’hui : je vais juste esquisser une liste de comportements, d’expressions ou de mots qui ont le don de m’énerver car je les trouve souvent vide de sens, inexactes, illusoires, trompeurs ou bien utilisés comme moyen d’éviter de penser la complexité. Il est possible que, dans les semaines à venir, je vous donne mes objections plus en détail à ces items. Ou m’enthousiasme pour des choses bues.

1). Vin « nature » : un non-concept,  sans définition possible et basé sur une vision totalement mythique et naïve de la nature. Aussi une posture politique démagogique peut-être à rapprocher du mélenchonisme. En somme, une illusion.

2). Vin bio ou biodynamique :  c’est moins grave que le précédent car au moins il en existe des définitions. Mais l’emploi de plus en plus fréquent de ces termes pour vous « bourrer le mou » avant même de déguster le produit en question à le don de m’agacer. Je n’ai jamais mis les pieds dans un salon de vins bio, mais je goûte les vins bios comme les autres et j’en trouve des bons et des mauvais dans le mêmes proportions que tous les autres. Je déteste simplement le sectarisme.

3). Terroir : mot valise (je devrais dire mot malle) utilisé à toutes les sauces et censé vous faire croire que « terroir » égal « bon » ou « authentique ». Je n’ai pas encore rencontré deux personnes qui en donnent la même définition.

4). Minéral : mot ayant émergé récemment dans le langage du vin et qui se répand comme un feu de foret en été. Je ne sais toujours pas ce que cela est censé décrire dans un vin, hormis l’acidité et la réduction.

5). Bon petit vin : terme vaguement péjoratif et à bannir.

6). Buveurs d’étiquettes : je ne peux plus les blairer. Aimer un grand vin c’est normal, citer des noms connus ou à la mode et rien que cela pour se faire valoir, c’est nul.

7). Les anti-Bordeaux : aussi débiles que la catégorie ci-dessus.

8). Les rosés forcément pâles et ceux qui ne veulent rien d’autre : depuis quand la couleur, ou son absence, était signe de qualité d’un vin ?

9). Les marges prises sur le vin au restaurant : un scandale pas assez dénoncé dans la presse.

10). L’ignorance et la non-formation de trop de restaurateurs sur le sujet vin, avec comme conséquences des conditions de stockage et de températures de service débiles, des mauvaises sélection et un verrerie indigne.

Je m’attend à des volées de bois vert, mais tant pis !

David

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Lettre morte

En faisant un peu de rangement, je retrouve cette lettre que j’avais adressée il y a 7 ans au Chef de Rédaction de l’Info Quotidienne de la Radio Télévision Belge francophone; elle faisait suite à une émission sur les vin nature qui pour moi, souffrait (avec deux f) à la fois d’un manque d’objectivité et d’un manque de fond.

Cette lettre me semble avoir gardé toute son actualité; les approximations colportées par l’émission aussi, hélas.

 

A l’époque, j’espérais naïvement une réaction pratique. Je n’ai eu droit qu’à un petit message me signalant qu’on allait s’informer. Aucune justification, aucun regret, aucune mesure concrète n’est jamais venue.

Au nom du droit à l’information, je me sens donc libre de diffuser cette lettre. Je n’en attends plus rien, si ce n’est de vous prendre à témoin, chers amis lecteurs. Vos réactions m’intéressent.

 

 

A Monsieur Marc Bouvier
Chef de Rédaction de l’Info Quotidienne
RTBF Télévision

Cher Monsieur le Chef de Rédaction, cher Confrère,

Le reportage diffusé ce samedi 26 décembre lors du journal de 13 heures de la RTBF, au sujet des vins nature, a retenu toute mon attention.

Il met l’accent sur une voie nouvelle dans le monde du vin, ce qui est positif.Il contient cependant trop d’inexactitudes et d’amalgames pour ne pas exiger une réaction.

A entendre les personnes que vos journalistes ont interviewées (sans doute de bonne foi), et à lire les textes mis en surimpression, et qui se veulent explicatifs, un consommateur moyen conclut que seuls les vignerons « nature» n’utilisent ni soufre, ni sucre, ni levures. Ce qui est inexact. Rétablissons les faits:

– L’ajout de sucre (que l’on appelle chaptalisation) se pratique pour augmenter le degré d’alcool. Un grand nombre de vignerons qui ne se revendiquent pas du vin nature ne recourent pas à cette chaptalisation. A terme, compte tenu du réchauffement climatique, qui aboutit à des vins «naturellement» forts en alcool, la chaptalisation est d’ailleurs appelée à perdre de l’importance.

– Le refus de l’ajout de levures sélectionnées en laboratoire n’est pas plus l’apanage des vins nature. Beaucoup de grands vignerons préfèrent utiliser les levures naturelles de leur cave, quitte à voir leurs fermentations démarrer plus lentement, et à devoir les contrôler de plus près, car ils sont conscients des risques de standardisation  du goût que présentent  les levures de laboratoire.

– En ce qui concerne plus spécifiquement l’absence d’ajout de soufre, il est à noter que les vignerons «nature» acceptent un faible ajout de soufre, dont ils se passent cependant lorsque les conditions de la récolte sont optimales. Et rappelons que contrairement à ce qui est soutenu par un de vos interviewés, le soufrage des barriques n’est pas un héritage du tout chimique et du productivisme des années 1960-70: il a été inventé au 17ème siècle par les marchands hollandais, et a toujours été pratiqué depuis, pour éviter que les vins ne s’oxydent et ne prennent de faux goûts. Ce que l’on peut réprouver, œnologiquement, c’est l’excès de soufre, pas le soufrage en lui-même. Rappelons aussi que «nature» ou non, le vin contient toujours du soufre, à très faible dose, il est vrai: celui-ci est issu de la fermentation naturelle du raisin.

Enfin, dans le reportage, un de vos intervenants émet l’avis (discutable) selon lequel les vins naturels sont les plus proches du terroir.

C’est parfois vrai, parfois pas. Dégustateur professionnel, j’ai pu observer à plusieurs reprises que certains vins naturels, faute d’hygiène dans la cave, ou de maîtrise de la vinification, présentent les mêmes notes de pomme blette qu’ils viennent d’Alsace ou de Loire, du Jura ou de Provence ; au point qu’on ne reconnaît plus ni le terroir, ni le cépage. On est donc en droit de se demander s’il ne s’agit pas là d’une nouvelle forme (involontaire) de standardisation par le défaut, par la déviation des arômes.

En résumé, pour séduisant que puisse être le concept de vin nature (et certains vignerons qui s’en réclament élaborent effectivement des merveilles), on ne peut opposer, comme l’a fait votre reportage, les bons vins nature d’un côté, et tous les autres dans la même grande cuve. On comprend que les partisans des vins nature soient motivés et convaincus, il ne faudrait pas qu’ils en deviennent sectaires, et que leur force de conviction balaie toute critique journalistique.

Votre reportage manquait d’objectivité; il n’y avait pas de contrepoint aux affirmations  de vos interviewés. Un œnologue aurait pu, aurait dû  apporter cet éclairage.

Cette lacune est d’autant plus dommage que tous les amoureux du vin salueront l’intérêt qu’une grande chaine généraliste porte au vin, en lui consacrant un sujet à une heure de grande écoute.

Je ne doute pas que vous aurez à cœur de réparer cette lacune.

Dans cette attente, recevez, cher M. Bouvier, mes salutations confraternelles,

Hervé Lalau


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On ne rigole pas avec le classement de 1855!

Pour avoir cru qu’il suffisait d’avoir un beau terroir, de produire un grand vin, de le faire reconnaître par critiques interposés, pour pouvoir se comparer aux Premiers Grands Crus Classés, le Château de Reignac vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux.

La « faute » semblait pourtant bénigne – en 2014, suite à une dégustation au Grand Jury Européen, où son vin était sorti devant Petrus et Lafite Rothschild, Yves Vatelot, le propriétaire de Reignac, avait fait publier dans Le Figaro des annonces affirmant avec un brin d’humour « Reignac, 1er grand cru classé »… suivi d’un astérisque qui démentait l’affirmation : « si c’était vrai, peu se l’offriraient ».

Le tribunal y a vu une pratique trompeuse ; j’ai pourtant du mal à croire que des lecteurs du Figaro n’aient pas perçu l’ironie derrière cet astérisque ; qu’ils aient pu ne pas comprendre que Reignac ne revendiquait pas le titre de Premier Grand Cru Classé.

En parlant de tromperie, M. Vatelot (qui n’exclut pas de faire appel du jugement) a beau rappeler que «70% des vins des crus classés n’existaient pas en 1855 », cette mascarade-là semble légale.

Peu importe si, en définitive, si la condamnation est relativement légère (car assortie de sursis sur le plus gros des amendes); à mon sens, le tribunal a manqué une bonne occasion : mettre à jour le disque dur de la viticulture française.

Quant à moi, qui ne suis ni juge, ni propriétaire, j’appelle de mes vœux la suppression pure et simple de ce classement anachronique – et qui plus est, basé, non sur des dégustations, mais sur des cotations.

Je plaide pour que chacun puisse estimer, hic et nunc, et selon son palais, ce que valent les vins d’aujourd’hui, sans qu’il doive subir l’influence d’un palmarès aussi poussiéreux que la barbichette de Napoléon III. Comme si, pour le vin, il devait encore y avoir des privilèges dus à la naissance! Et comme si l’oenophile de 2017 avait besoin qu’on lui dise ce qu’il doit aimer et à quel prix!

Nous sommes en République, nom de nom! Faudra-t-il invoquer la Déclaration des Droits de l’Homme pour qu’enfin, tous les vins naissent et demeurent libres et égaux en droits?

Hervé Lalau


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Un beau coup de com et de l’info au rabais

Pourquoi de « grands médias » comme Ouest-France, Europe 1, Le Figaro, L’Est Républicain, Le Progrès de Lyon et  7 sur 7,  sans parler de Flair et de Radins.com nous parlent-ils tous comme un seul homme du Côtes de Provence rosé de Jules Wines, primé d’une médaille… d’argent à l’International Wine Challenge de Londres?

Aucun rosé n’aurait donc obtenu de médaille d’or cette année?

Une simple recherche sur le site du concours permet de constater que si. A titre d’exemple: l’AIX rosé 2016 (Domaine Saint-Aix), le Château La Gordonne (cuvée Vérité du Terroir) (Listel/Vranken-Pommery) et le rosé César à Sumeire 2016  (Maison Sumeire).

Alors, comment des titres « de référence » peuvent-il parler du « meilleur rosé du monde », quand trois rosés au moins (tous de Provence, incidemment, à croire qu’il n’y a plus que cette région qui sache faire du bon rosé, ou au moins en présenter aux concours!), ont obtenu de meilleures notes que lui?

Déjà, la formule « meilleur vin du monde », qu’elle s’applique au blanc, au rouge, au rosé ou à tout autre catégorie, est une imposture – aucun concours ne peut faire déguster tous les vins du monde.

Il y a donc une première sélection, un crible, celui de l’inscription (le Château d’Acqueria a-t-il concouru? Miraval? Gran Feudo? Massaya? Innocent Bystander? Terre Nere Etna? San Gregorio? Garrus?). En outre, tous les jurés ne dégustent pas tous les vins présentés, et tous ne notant pas de la même façon; rien ne dit que le vin ayant reçu la meilleure note à une table l’aurait reçue à une autre table. Enfin, qui peut décemment comparer des styles de rosés aussi différents que celui d’un Cabernet d’Anjou, d’un Grenache de Navarre, d’un Côtes de Provence, d’un Tavel ou d’un Champagne Rosé?

Mais cette fois, on va encore plus loin – aussi absurde que soit la comparaison entre tous ces vins, la presse dite sérieuse met en avant un produit ayant visiblement obtenu moins de points que d’autres!

Mais qui s’en soucie, puisque la vraie raison de la publication de cette article, c’est le fait que ce vin soit vendu à moins de 7 euros chez Aldi?!

Je comprends mieux l’intérêt de Radins.com. Quoique, si l’on s’intéresse au prix, ce site spécialisé pourrait aussi parler du Gris de Guerrouane vendu 2,49 euros la bouteille, ou du Syrah Rosé d’Espagne à 8,99… les 5 litres (!), toujours chez Aldi France.

Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si la Logan était primée comme Meilleure Voiture de l’Année, bien qu’ayant eu moins de points que 3 autres voitures, mais parce qu’elle est moins chère. Cela mérite éventuellement un prix pour le rapport qualité-prix. Mais vraiment rien de plus.

En résumé: Bravo Jules Wines! Bravo Aldi! Bravo l’équipe de com!

Je me permets juste de noter, une fois de plus, que le discount ne touche pas que l’alimentaire ou le vin: nous avons bel et bien aujourd’hui une presse au rabais, qui ne sait plus traduire correctement un article étranger, qui n’a plus les moyens de vérifier ce qu’elle publie, et qui ne traite souvent plus que de l’écume de l’info.

J’ai un peu l’impression de toujours taper sur le même clou. Mais voyez-vous, non seulement ça me défoule, mais je me dis aussi qu’il ne suffit pas de dénoncer une fois un problème pour qu’il soit résolu. Ce n’est pas mon camarade René van Heusden, trop vite disparu, qui m’aurait démenti sur ce point.

Hervé Lalau

Elu Meilleur Journaliste Viticole de son Quartier au Mondial du Gouais (catégorie discount)

 


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Pourquoi le soufre est-il devenu un enjeu dans le vin ?

Il y a peu de temps, hormis chez quelques très rares producteurs, on ne parlait pas des dosages en soufre dans le vin. Maintenant, cela semble être devenu une sorte de mode : on ne compte plus les cuvées « sans soufre » (je mets volontiers les guillemets car il est, je crois, impossible d’obtenir un vin totalement dépourvu de soufre : on devrait donc qualifier ces cuvées de « sans soufre ajouté »).

On dirait que ce produit, issu de la croute terrestre et donc « naturel », est devenu le diable en matière de vin ! J’ai des expériences diverses avec des vins sans soufre ajouté, parfois bonnes, plus souvent mauvaises, ce qui interroge en soi. Mais avant d’en parler, je voulais rappeler quelques faits qui peuvent expliquer, en partie, les raisons de l’usage de cette substance fort utile, mais aussi les origines de la méfiance qu’elle semble susciter auprès de certaines personnes.

C’est beau, le soufre, non ? Et c’est du naturel aussi

 

Qu’est-ce que le soufre ? (merci, en grande partie, à Wikipedia)

On parle d’une manière imprécise quand on parle simplement de « soufre » dans le vin, car la substance est utilisée en œnologie dans des formes combinées, et notamment dans la forme SO2, c’est à dire comportant un atome de soufre et deux atomes d’oxygène. A la base, le soufre est l’élément chimique numéro atomique 16, portant le symbole S. C’est un non-métal multivalent abondant, insipide, et insoluble dans l’eau. Le soufre est surtout connu sous la forme de cristaux jaunes et se trouve dans beaucoup de minéraux (sulfure et sulfate) particulièrement dans les régions volcaniques. L’essentiel du soufre exploité est cependant d’origine sédimentaire. C’est un élément essentiel pour tous les êtres vivants ; il intervient dans la formule de deux acides aminés naturels, la cystéine et la méthionine et, par conséquent, dans de nombreuses protéines.

Le dioxyde de soufre (synonymes: anhydride sulfureux, SO2, sulfite, bisulfite, oxyde sulfureux) est un additif alimentaire qui, du fait de ses propriétés, est largement utilisé en œnologie tout comme dans l’industrie agroalimentaire en général (fruits secs, charcuteries, moutarde, préparations culinaires pré-emballées, crustacés, céréales) ou dans l’industrie chimique. Son emploi en vinification est due à deux propriétés qui sont très utiles :

1). C’est un antiseptique qui agit contre le développement des microorganismes. Son usage permet donc de sélectionner des microorganismes avant les fermentations, et de protéger le vin contre des bactéries (lactiques ou acétiques, par exemple) ou des levures pendant sa conservation. Ces levures peuvent provoquer des re-fermentations ou bien impliquer l’action de souches peu désirables comme les brettanomyces qui peuvent former des phénols volatiles, à l’odeur si déplaisant)

2). C’est un antioxydant, ayant la capacité de combiner l’oxygène dissous et de permettre d’éviter une oxydation prématuré du vin. Cette propriété est à mettre en relation avec sa capacité à combiner l’éthanal, molécule produite dans le vin notamment en cas d’oxydation.

Par ailleurs, le dioxyde de soufre possède une activité antioxydasique, ce qui permet de diminuer l’activité d’enzymes naturelles du raisin et néfastes pour la qualité du vin : la tyrosinase et la laccase.

 

On peut rajouter du SO2 à différentes étapes du processus, et essentiellement :

Sur les grappes vendangées, sous forme de metabisulfite. Le but est de protéger les raisins d’une oxydation, et aussi d’inhiber des levures pouvant se trouver sur cette vendange ou bien sur les caisses ou bennes et ainsi empêcher des débuts de fermentation non-contrôlés.

Au foulage ou au pressurage, pour les mêmes raisons.

Pendant la fermentation, mais surtout à la fin pour bloquer l’action de bactéries qui opèrent la transformation d’acide malique en acide lactique.

Pendant l’élevage, éventuellement, surtout en cas d’élevages longues.

A la mise en bouteille pour protéger de l’oxydation ou d’une action microbienne. Dans le cas de vins doux, aussi pour empêcher une re-fermentation.

 

Pourquoi vouloir rejeter le soufre, ou en tout cas chercher à limiter son usage ?

1). Le soufre, à haute dose, a une mauvaise odeur. Il peut sembler métallique (donc minéral !), ou, dans des cas plus extrêmes, rappeler le chou, voire l’œuf pourri !

2). Dans ces cas de trop forte dose, il arase les arômes d’un vin et lui retire donc de son caractère.

3). Il peut aussi, chez certaines personnes sensibles, provoquer des maux de tête et être dangereux pour des asthmatiques.

4). On pense que le soufre peut participer du phénomène de la « gueule de bois », même si l’alcool y contribue également.

Après, comme souvent, tout est affaire de dosage, d’habilité dans l’usage, puis de goût. Les vins rouges nécessitent peu de rajout de SO2, grâce à l’effet antioxydant des peaux. L’amélioration de l’état sanitaire des vendanges, comme celle de l’hygiène dans les chais, ont chacune grandement contribué à la réduction importante des doses de SO2 utilisés dans les vins contemporains. Les protocoles de vinification « bio » tolèrent des doses de SO2 inférieures à celles de la vinification « classique ». Certains veulent aller plus loin et éliminer totalement l’emploi de SO2. Ils courent plusieurs risques, notamment sur la conservation des vins qui ne doivent pas être stockés ou transportés à des températures qui dépassent les 14°C. Je me demande comment font ceux qui vendent des vins étiquetés « sans soufre » dans les linéaires des supermarchés. Ils doivent avoir un secret de fabrication en tout cas. Je pense que le CO2 peut jouer un rôle protecteur dans ce domaine, mais je n’en suis pas sur.

Quelques expériences autour de vins sans soufre rajouté

Un des arguments mis en avant par des producteurs de vins sans soufre rajouté est l’exaltation des arômes et saveurs fruités qui serait rendu possible par l’absence de la substance honnie. A cela je répondrai « peut-être ». Car ces arômes très fruités sont certes délicieux mais sont aussi fragiles. Il y a aussi une tendance à « simplifier » les vins en les transformant en « fruit bombs » sans beaucoup de fond derrière. Je ne sais pas si cela est inéluctable ou simplement le reflet des quelques vins « sans soufre » que j’ai dégusté récemment.

Un premier exemple : François Lurton produit en ce moment deux vins du Roussillon de son domaine Mas Janeil, un rosé et un rouge, les deux portant sur l’étiquette faciale la mention « sans soufre ». Une première bouteille du rosé 2016 m’a semblé déplaisant au nez, comme fortement réduite. La deuxième était bien, assez aromatique mais pas franchement plus que la moyenne des vins rosés de la zone. Bonne longueur en bouche et le vin tient sans problème plusieurs jours après ouverture dans la porte du frigo. L’assemblage comporte grenache gris, mourvèdre, carignan et syrah (dans leur ordre d’importance). C’est un bon vin, sans être exceptionnel et donc j’ai un peu de mal à comprendre son prix qui me semble très élevé à 24 euros. Le rouge 2016 est plus raisonnable à 16 euros, mais reste dans une gamme de prix élevé pour un Côtes de Roussillon. Il est effectivement puissant dans son fruité, avec une bonne structure. Cela dit, je ne sais pas trop ce que l’absence de soufre lui apporte réellement (il faudrait pour cela déguster la même cuvée avec du SO2 à côté), en dehors d’un marché de niche, et il reste à prouver sa capacité de garde.

Deuxième exemple : Première Vendanges, un Gamay de Touraine 2016 « sans sulfites » d’Henry et Jean-Sébastien Marionnet. Ce domaine familiae élabore des vins sans soufre rajouté depuis longtemps, en tout cas bien avant la mode actuelle, et je n’ai jamais été déçu par une seule bouteille. Le gamay prend ici un éclat particulier, léger et simple, sans complexité mais délicieux. Et ce vin vaut dans les 9 à 10 euros. Curieusement, ces vins semblent snobés par les bobos adeptes du sans soufre : pas assez « tendance » pour eux ?

Troisième exemple : une ancienne expérience chez Marcel Lapierre à Morgon qui date un peu mais qui m’avait beaucoup intéressé. Lapierre nous avait fait déguster deux cuvées dans trois millésimes différents, dont la plus ancienne devait avoir pas loin de 10 ans. Une des cuvées était sulfitée, l’autre pas. Je ne me souviens pas du dosage et peu importe. Des deux cuvées du millésime jeune, j’ai préféré la version non-sulfitée car son fruité était beaucoup plus expressif. Avec le temps, en revanche, la cuvée sulfitée prenait nettement le dessus, et surtout dans le cas du millésime le plus âgé, le « sans sulfite » était un peu aplati par l’action de l’oxygène et du coup plus simple, moins profond dans ses saveurs. A case of horses for courses ?

Quatrième exemple : lors d’un déjeuner récent sur le thème du dosage en Champagne en tenu par l’excellente maison Drappier, Michel Drappier et sa fille nous a servi deux versions de leur cuvée Brut Nature Zro Dosage, dont une sans soufre (notez la précision rare de la mention sur son étiquette). Je n’entrerai pas ici dans l’autre débat autour du dosage en Champagne que cette dégustation peut solliciter. Mais il y avait une différence assez marquée entre ces deux versions de la même cuvée et qui est manifestement le résultat de la présence ou l’absence de sulfites. La version non-sulfitée avait un nez de fruits blancs et jaunes, plaisant mais qui, pour moi, tendait aussi vers la pomme blette. Il m’a semblé un peu mou en bouche. Agréable mais simple (prix 39,50 euros).  La version « soufrée » semblait plus vive et fraîche, droite et longue, sans aucune mollesse, et se vend, curieusement, un peu moins cher que l’autre (35 euros). Est-ce que l’absence de soufre a un réel coût dans la production, ou bien s’agit-il d’une astuce marketing ?

Dernier exemple : lors de la présentation de la sélection pour la Foires aux Vins de l’enseigne Auchan, qui contenait par ailleurs d’excellents vins, j’ai dégusté un Picpoul de Pinet appelé Ormarine (2016) et libellé « sans soufre ». Ce vin illustrait le pire de ce qu’on peut trouver dans cette catégorie : jaune paille en couleur (c’était pourtant un millésime 2016 !); nez déplaisant, oxydatif et déviant, avec des arômes de paille moisie, puis bouche plate et sans saveurs à part de l’amertume et de l’acidité conjugués. Il semblerait que sur 100 échantillons de la catégorie dégustés par l’enseigne, seulement 4 sont jugés acceptables. Celui-ci a du échapper au radars : le sans soufre a-t-il la capacité d’un avion furtif ?

 

Conclusion

J’avoue que tout cela me laisse un peu perplexe. J’ai eu pas mal d’autres expériences semblables au denier exemple donné ci-dessus. Mais aussi, de temps en temps, j’ai rencontré des vins sans sulfites rajoutés éclatants de fraîcheur et de fruit. Je n’en ai jamais trouvé qui tenant bien dans le temps en revanche. Peut-être est-ce devenu un faux problème dans cet époque de « tout, tout de suite ». Là ou je demande quel est l’intérêt réel d’éviter tout usage de sulfites, hormis pour des clients asthmatiques, est le risque que cela fait prendre au niveau du stockage et du transport. Peut-on livrer de tels vins en période estivale, par exemple ? Et il existe un autre risque important pour le consommateur : la variabilité dans la qualité entre plusieurs bouteilles du même vin. Pourquoi prendre tous ces risques, alors ? Je sais bien que la religion n’a rien de rationnel, mais quand même…

David Cobbold


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Champagne Jayne: will anyone @CIVC pay for this nonsense?

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Decision by IP Australia to throw out CIVC’s opposition
to Champagne Jayne trademark

The letter above from IP Australia to Jayne Powell – better known as Champagne Jayne – should be the end of the CIVC’s absurd, vindictive and bullying pursuit of Powell. A pursuit that has damaged the Champagne brand, at least within the industry, and wasted very substantial sums of CIVC money on a very nasty and vicious attempt to drive Powell into the ground both personally and financially.

All credit to Champagne Jayne for having stood up to such a powerful organisation with its very substantial financial and legal resources.

One might imagine that Powell was one of Champagne’s fiercest and relentless critics. The opposite is the case – Champagne Jayne is one of the region’s greatest supporters. Furthermore, despite all the vile crap the CIVC threw at her, she remains an ardent Champagne supporter.

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Happier days – 9th September 2012 Jayne is
made a Dame Chevalier of Champagne  

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Champagne Jayne still bubbly despite everything!

Here are some links to the CIVC’s persecution of Champagne Jayne – here, here (includes a timeline of the case) and here.

It has been very disappointing to see that no Champagne producer, to my knowledge, has stood up for Jayne. Instead there has been some evidence of a whispering campaign against Jayne along the lines of ‘there’s more to this than meets the eye…..’

Is it too much to hope that someone in Champagne will be prepared to ask some questions of the CIVC over this expensive humiliation?

Three questions immediately come to mind:

* who at the CIVC made the decision to launch this campaign against her?
* how much money was fruitlessly wasted attempting to bully one of their staunchest  supporters?
*  will anyone from the CIVC resign over this debacle?

It is instructive that the CIVC appear to be perfectly happy with the many individuals and some companies who offer services as ‘Champagne Escorts’. Search Google for Champagne Escorts and you get 12.5 million results….!

4 escorts

Champagne Escorts

Does anyone know of the CIVC pursuing any Champagne escorts for ‘tarnishing’ their reputation?

This week we are celebrating 30 years since buying our shared house in Touraine’s Cher Valley. You can be sure that we will not be celebrating with Champagne – it would be so inappropriate…..

 Chinese cap