Les 5 du Vin

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Arrêtons la dictature du faible dosage en Champagne

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Que la mode peut être stupide ! Malheureusement le vin n’y échappe pas.

Je sais, c’est les fêtes approchent et les articles habituels sur les « vins de fêtes » vont pleuvoir dans les journaux et les magazines. Mais cela n’est pas mon propos aujourd’hui, car je considère que les vins à bulles, de Champagne ou d’ailleurs, sont faits pour être bus toute l’année.

Je veux parler, une fois de plus, du dosage en Champagne, sujet qui semble obséder un petit nombre de professionnels snobinards qui cherchent à faire leur intéressant en toute circonstance. Voici un autre domaine  du vin ou l’information est trop souvent remplacée par des idées reçues ou des opinions personnelles.

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Le climat de la Champagne est un climat septentrional pour le mûrissement des raisins, même si les limites Nord de la viticulture ont tendance à remonter sous les effets du réchauffement climatique. Par conséquent, les vins de Champagne possèdent, naturellement, des taux d’acidité très élevés qui peuvent les rendre difficiles à aimer dans leur état brut. Quiconque déguste pour le première fois des vins clairs de Champagne (donc tranquilles et avant deuxième fermentation) peut le constater. La deuxième fermentation en bouteille modère un peu ces excès d’agressivité, surtout quand la période de vieillissement sur lies est prolongés. La maturité croissante des raisins au moment des vendanges aussi. Mais le vin de Champagne reste un vin relativement acide et cela ne peut pas plaire à tous.

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Historiquement, pour pallier cet inconvénient, on a appris à rajouter un peu de sucre au dernier moment à un vin de Champagne, juste avant de fermer la bouteille avec son bouchon définitif, c’est à dire  après l’opération de dégorgement qui aura permis l’élimination des levures ou lies. Ce dosage en sucre est réglementé et indiqué sur les étiquettes par des mentions comme suit :

  • doux : 50 à 100 grammes de sucre par litre
  • demi-sec : entre 32 et 50 grammes de sucre par litre
  • sec : entre 17 et 32 grammes de sucre par litre
  • extra dry : entre 12 et 17 grammes de sucre par litre
  • brut : moins de 12 grammes de sucre par litre
  • extra brut : entre 0 et 6 grammes de sucre par litre

Si les vins des catégories demi-sec, et surtout doux, sont devenus de plus en plus rares, de nos jours, il ne fait pas oublier qu’ils ont longtemps dominé la production de Champagne, ce qui explique cette habitude tenace qui consiste à servir un Champagne en fin de repas, alors que, la plupart du temps, ce Champagne est aujourd’hui un Brut et se trouve totalement inadapté pour accompagner un dessert – car il manque le sucre pour y faire face. J’en ai encore fait l’expérience amère samedi soir après le beau match du XV de France, chez une amie qui, pourtant, aime le Champagne !

Les premiers bruts furent introduits par la maison Pommery pour le marché anglais vers 1870, et le premier Champagne non-dosé pour ce même marché par Laurent-Perrier un peu plus tard. En France, on est resté plus longtemps attaché à des Champagnes demi-secs et doux, car le brut n’est devenu majoritaire dans ce pays que depuis le seconde guerre mondiale.

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Aujourd’hui il y a une certaine mode, encore très minoritaire sur le plan des ventes, pour des Champagnes moins dosés qui relèvent de la catégorie Extra-Brut, voir des vins sans dosage aucun qui peuvent s’appeler Brut Zéro, Brut Nature ou Non Dosé. Que faut-il en penser? La mode n’est jamais une raison suffisante pour tout accepter.

Lors d’un déjeuner de presse, j’ai entendu le journaliste gastronomique d’un hebdomadaire français qui fait dans le sensationnel énoncer avec un grand sourire d’autosatisfaction l’ineptie suivante : « l’appellation Champagne devait n’être accordée qu’à des vins non-dosés ». Je pense que l’ensemble de producteurs ainsi que le CVC accueilleraient cette proposition avec un grand éclat de rire et le dédain qu’elle mérite.

 

Je me permets ici (avec son accord) de reprendre quelques mots de mon estimé collègue Guénaël Revel, alias Monsieur Bulles, et grand spécialiste des vins effervescents, car je suis totalement d’accord avec sa position sur ce sujet :

 « Vous avez dosé à combien? » est la question la plus récurrente chez les professionnels du vin (sommeliers et chroniqueurs) face au chef de cave d’un champagne lors d’une dégustation. Une question dont le consommateur classique n’a aucune espèce d’idée du sens, mais qui depuis une décennie maintenant, pour une minorité d’éclairés, est devenue le « Je vous salue Marie » devant les cuvées qu’on lui présente. Éclairés ? Plutôt snobs, je dirais…guenael-revel-2010

Guénaël Revel

J’en ai assez, comme la plupart des chefs de cave qui ne peuvent ni le dire ni manifester leur agacement devant ces questions qui tournent autour du même sujet: le sucre dans le champagne ! Ils ne peuvent pas s’impatienter parce qu’ils ont du champagne à vendre et qu’expliquer la notion de dosage est à la fois long, complexe et glissant sur le chemin du marketing…

« Vous ne faites pas d’extra-brut ? » 
« C’est un peu dosé, non ? »
« Vous ne faites pas des Zéro dosage? »

Mais Bon Dieu – puisque j’ai commencé avec la Vierge Marie – quand allez-vous comprendre que le champagne a besoin de sucre ! C’est justement lui qui supporte les arômes, permet l’équilibre et même l’endurance du vin ! Oui, il existe des magnifiques champagnes très peu ou non dosés, bien construits et bien signés. Oui, c’est excellent, un Extra-Brut bien positionné à table. Cependant, la plupart sont davantage squelettiques et agressifs que ronds et expressifs. Ils sont donc décevants.

Bien sûr qu’il m’arrive aussi de commenter une bouteille en me questionnant sur la sensibilité du dosage, mais cela ne m’obsède pas ! Alors, pourquoi j’en ai assez ? 
Parce que si vous proposez une série de 20 champagnes à l’aveugle à des consommateurs profanes – comme à des professionnels de la dégustation d’ailleurs -, vous constaterez qu’il y a davantage de champagnes Brut que de champagnes Extra-Brut ou Zéro Dosage, qui sortiront dans le Top 5. 

Un sommelier me conseillait encore il y a deux semaines dans un resto:  » Vous connaissez l’Extra-Brut de Francis Boulard, c’est superbe. C’est tendu, c’est très naturel, ça fait très champenois. »Ça fait très champenois ! Au secours ! Même le Francis, il n’aimerait pas qu’on conseille son vin ainsi… J’aime beaucoup le champagne de Francis Boulard. Sauf que sur l’assiette de ris de veau grillés au beurre blond que j’ai commandée, il passera mal, son Blanc de Noirs. Un champagne de catégorie Brut bien sentie, voire au léger rancio développé, aurait été meilleur.

Mais d’où viennent vos élucubrations sur le dosage des champagnes Mesdames et Messieurs les sommeliers (ères) ? Vous a-t-on enseigné cela en école d’hôtellerie ? 

La tendance est-elle si lourde qu’il faille l’imposer à votre clientèle? La profession a déjà une image de suffisance; alors imaginez le snobisme que vous dégagez quand vous parlez de Zéro Dosage, de Brut Nature ou d’Extra-Brut ! C’est du chinois pour 90 % de vos clients ! 

Ne leur parlez pas de sucre, mais plutôt de parfums et de comportement. Ne leur dites surtout pas qu’il vont sentir ou goûter le yuzu, la mine de crayon ou la craie ! Ou la Champagne ! Vous en connaissez beaucoup vous, des clients qui ont léché un tableau noir pour connaître la saveur de la craie !? Le champagne a déjà l’image du snobisme face à l’océan du vin tranquille et même de la mer des vins mousseux; alors, s’il vous plaît, défendez-le simplement en parlant de vin blanc, de célébration et d’harmonie facile. N’allez pas prétendre ce qu’est la véritable saveur du champagne, parce que la véritable saveur du champagne, c’est avant tout celle du plaisir et de l’étonnement et non pas celle du sans sucre ajouté systématisé »

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Tom Stevenson

J’applaudis Guénaël et je milite pour la même cause. Un autre grand spécialiste de la bulle, le Britannique Tom Stevenson, ne dit pas autre chose à propos des Champagne non-dosés.

Se méfier des modes et des snobs, toujours !

 

David Cobbold


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Experiencia VEREMA Barcelona 2016

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La 4ème Expérience Verema Barcelona 2016  s’est tenue  lundi  14 novembre au Museu Marítim de Barcelona.  Une petite centaine de bodegas nationales, des distributeurs et des professionnels du secteur s’y étaient donné rendez-vous. J’y étais aussi.  Ma première impression a été celle d’un Salon en perte de vitesse, elle s’est confirmée après un premier tour de salle : la moitié des domaines exposants étaient catalans, avec une forte présence du Penedès et des Cavas, l’absence des «stars», la faible visibilité du Priorat, de Montsant, et de l’Empordà, pratiquement pas de nouveaux venus, et quelques rares domaines du reste de l’Espagne.  A Verema, j’attendais plus de découvertes, plus de petits producteurs, plus de fraîcheur, enfin plus de participation nationale. En réalité, j’ai comparé avec la liste de l’année dernière et c’est pratiquement la même, sauf nos amis de Toro qui étaient absents.  Tout ça au final, est assez normal, beaucoup de domaines se sont fait représenter par leurs distributeurs catalans, ce qui est à la fois moins onéreux et moins prenant pour eux, mais un peu frustrant pour les visiteurs!  Je n’avais pas établi de planning de dégustation car je ne pensais pas pouvoir y participer. Je m’en suis donc remise au hasard des sollicitations et de mes envies.  Je vous livre quelques unes de mes sensations:

Ma première halte a été pour  le Celler Lafou (Terra Alta) qui appartient au Groupe Ramon Roqueta, j’y ai dégusté :

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Oenologue et ambassadeur du Groupe

  • Lafou Els Amelers 2015, un vin 100% grenache blanc dont j’ai aimé la vivacité, la légèreté de son parfum, son onctuosité et  sa fraicheur. Jolie structure dans une bouche tendue par une bonne acidité, le tout offrant un équilibre élégant.
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PVP : 13,50€ ça m’a paru un bon rapport qualité/prix

  • Lafou El Sender 2014  Garnacha, Syrah, Morenillo, sa couleur peu profonde annonce un vin léger, nez très agréable de fruits noirs frais, bouche gourmande, fruitée et épicée, finale assez vive et légèrement tannique. Un vin de soif  facile à comprendre et à boire.
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PVP : 9,95€ J’achète.

  • Lafou de Batea 2010 Garnacha, Syrah, et Cabernet Sauvignon

Le nez est parlant, fruits rouges, notes balsamiques, fruits secs, des touches de sous-bois, il est relayé par une bouche profonde et fraiche à la finale persistante. Dommage qu’il manque un peu de personnalité car le prix est élevé !

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PVP : 36,45€

Tout près, Edetària, un autre domaine de Terra Alta que j’aime beaucoup, c’est par ailleurs la référence incontournable de l’appellation, je  m’y suis arrêtée, attirée par 4 cuvées mises en avant sur sa table et que je n’avais jamais goutées. Joan Àngel Lliberia, m’a expliqué qu’il avait voulu se faire plaisir, et qu’il s’agissait de micro-cuvées.

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Joan Angel Lliberia, le vigneron

  • Finca La Terrenal D’Edetària 2014,  issu de vieilles vignes de grenache blanc sur argile.  Le volume est là, l’onctuosité aussi accompagnée d’une intéressante complexité,  le tout prolongé par une finale fraiche.

PVP: 37,90€

  • Finca La Guenuïna d’Edetària 2014, un rouge issu d’une sélection des meilleures vignes de grenache “fina”, se serait un clone de grenache propre à la Terra Alta. Un nez de garrigue et de fruits rouges, une bouche mure, un rien de rusticité qui ne m’a pas déplu, un air du midi, des tanins doux.

PVP : 37,90€

  • Finca La Pedrissa d’Edetària 2012, 100% carignan de vignes de plus de 80ans. Un nez  intense à la fois floral et fruité, l’attaque en bouche aimable est trompeuse, elle cache la puissance du vin. J’ai aimé ce vin plein et gourmand, il m’a rappelé certains grands Corbières.

PVP: 37,90€

  • Finca La Personal d’Edetària 2014, un rouge issu d’une seule parcelle de garnacha tinta “peluda”, de plus de 60 ans,  une mutation du grenache adaptée à la Terra Alta. Il n’en resterait que 50ha en Catalogne et 5 sont chez Edetaria. Un vin très méditerranéen avec ses notes de garrigue, et balsamiques, la bouche est très fruitée fraiche et persistante.

PVP: 37,90€

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  • Edetària Selecció 2014, issu d’un assemblage de garnacha peluda 60%, garnacha fina 30% et carignan 10%. J’aime beaucoup cette cuvée sans prétention qui pourtant ne manque pas de caractère. Elle a tout pour plaire, le fruité, les épices, suffisamment de structure mais avec des tanins lisses, la gourmandise et un zeste de complexité élégante. Son prix est aussi plus doux : 21,90€.

J’ai quand même fait part aussi bien à Joan Ramon de Lafou, qu’à Joan Angel  de mon désaccord sur les prix, en effet, je trouve le prix de leurs cuvées spéciales un peu élevé, ça les a fait rire à tous les deux, la production étant anecdotique entre 1200 et 1500 bouteilles, elles ne sont pas là pour être absolument vendues ; elles servent surtout à les positionner en qualité : c’est leur cuvée haut de gamme ! Mais elles se vendent bien quand même, ont-ils ajouté !

Après la Terra Alta, à la table voisine, le Priorat avec Clos Figueras,

Christopher Cannan était là avec sa fille, l’occasion de partager un moment amical, il ne faut rater ces instants privilégiés. Il m’a confirmé ce que j’entends chez beaucoup de domaines  : les ventes sont reparties, en ce qui les concerne ils manquent même de vins, ça fait plaisir à entendre car il n’y a pas si longtemps que ça, le discours n’était pas le même.

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Christopher Cannan avec sa fille Ann

  • Serras del Priorat 2015, Garnacha, Cariñena, Syrah, Cabernet Sauvignon.  Un vin qui témoigne de l’évolution du Priorat, qui peut surprendre mais en aucun cas laisser indifférent. Il a su garder les accents du Priorat, mais allégés, rajeunis, beaucoup de fruits rouges sauvages, une structure des plus aimables, pas chargé en alcool, une fantastique fraicheur. Un vin fin, élégant et équilibré que beaucoup n’attendent pas dans le Priorat et encore moins à ce prix :

PVP : 15,50€

  • Font de la Figuera 2013, Grenache, Syrah, Carignan et Cabernet Sauvignon issu des vignes les plus jeunes. Un vin puissant qui offre une grande expression fruitée, la bouche est riche mais fraiche, il vaut mieux le boire jeune pour profiter de ce fruit frais.

PVP: 24,50€

  • Clos Figueres 2012, Carignan, Syrah, Mourvèdre, et Cabernet Sauvignon  issu d’un terroir exceptionnel, de vieilles vignes  avec un carignan qui domine l’assemblage et qui donne au vin beaucoup de son caractère. C’est un Priorat très séducteur, un grand classique revu pour gagner en élégance et en fraicheur. Il garde la personnalité des vins de la zone, tout le fruit, la minéralité, les épices, la structure, le volume, le tout accompagné d’une magnifique acidité. Le boisé est très bien intégré. Un grand vin pour un prix raisonnable, on a tellement reproché aux Priorat d’être hors de prix !

PVP : 48,50€

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J’ai choisi de continuer avec le grenache, chez  Bodega Mustiguillo

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j’ai retenu sa toute dernière création La Garnatcha 2015, une cuvée qui annonce sa couleur, il est vrai que chez ce domaine on s’attend plutôt à boire du Bobal, qui est sa spécialité(le domaine se situe à UTIEL). Cette fois-ci Toni Sarrión a sans doute voulu  lui aussi, répondre à la demande du marché, mais surtout tel que je le connais se mesurer avec ce cépage, et voir ce qu’il était capable d’en faire. Il a choisi pour élaborer sa Garnatcha, une parcelle à 800 mètres d’altitude plantée en gobelet sur des sols crayeux d’origine dolomitique, cultivée en BIO. Il la définit lui-même par rapport aux autres Grenaches : entre le style méditerranéen et le style atlantique, sans l’exubérance des grenaches d’Aragon, moins raffinée que celles de Mentrida ou de Madrid, moins puissante que celle du Priorat ou de Montsant…. Pourquoi pas, mais personnellement, je n’ai pas cherché à la comparer aux autres grenaches espagnols, mes repères sont plutôt le Rhône ou le Roussillon. Le nez est subtil et frais avec une maturité confinée  et quelques arômes floraux et fruits rouges. La bouche est délicate, de densité moyenne, les tanins  sont fins, la texture crayeuse caractéristique des sols riches en calcaire, la finale ne manque pas de nerf et révèle, le tout est équilibré une bonne acidité. Ça me rapprocherait plutôt du Rhône. 12.400 bouteilles produites

Ne contient que 13,5% d’alcool…

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PVP: 17,15€

Allez, abandonnons les grenaches, j’ai trouvé sur mon chemin un petit domaine de la Rioja, profitant de la présence du vigneron dont j’entends beaucoup parler, mais que je ne connaissais pas encore, j’ai posé mon verre et je l’ai écouté. Il fait partie des « NATURES », je le savais, mais sa causerie me l’a confirmé.

El Vino Prodigo, c’est en 2011 que Pedro Peciña a créé son domaine à San Vicente de la Sonsierra, son village natal. Les raisins, du tempranillo,  proviennent de petites vignes voisines plantées en gobelet, il y a 37 ans à 550m au dessus du niveau de la mer.

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  • Placeres Sensoriales 2015: un vin de tempranillo, nature, une macération carbonique traditionnelle qui donne un vin étonnant, très fruité, très frais et très expressif. La bouche est savoureuse, plutôt gourmande. Pedro explique que son seul objectif est celui de reproduire le travail, la façon de faire de ses grands-parents  dans un temps où l’on n’avait pas recours à l’œnologie ni à la technologie et où les vins avaient réellement le gout de vin ! Ce discours est très à la mode en ce moment dans le vignoble espagnol : retrouver le gout du vin des anciens. J’ai toujours envie de leur demander s’ils l’ont vraiment gouté ce vin là ? Sincèrement je ne le crois pas, mais moi oui, mon oncle en faisait, et la plupart du temps c’était de « la piquette » qu’on aimait certes parce qu’on s’y était habitué, mais de la piquette quand même,  plus proche du vinaigre que du vin. Pas de technologie, un vin nature, quoi ! Mon premier émoi en matière de vin ! Ça n’est pas le cas chez Pedro, son vin est convaincant, mais ne ressemble pas à celui élaboré par nos aïeux, il est bien meilleur. Tant pis si je lui fais de la peine.
  • La Viña de la Merce 2013, entre classique et moderne. Il a appelé ce vin Merce, le prénom de sa mère, il a été élevé 14 mois en barriques de chêne français, et ce boisé légèrement toasté ressort au nez accompagné de notes balsamiques. Le fruit arrive à passer par-dessus,  mais n’est pas très intense. La bouche est aimable, assez ronde, le boisé est assez bien intégré, c’est un vin moderne, frais,  facile à boire.
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PVP: 9,40€

  • Prodigus Venit, toujours des vieux Tempranillo de 80ans d’âge plantés à 550m, issus d’une vigne pré-phylloxérique, fermentation, macération et stabilisation en cuves béton, suivi d’un élevage en barriques mixtes neuves de chêne américain et français de 9 mois.  Pedro nous martèle son discours une fois de plus: éviter que l’œnologie moderne n’intervienne au moment de l’élaboration. C’est toujours le même but qui est recherché « satisfaire les amateurs de vins à la recherche de l’essence de la tradition d’une zone exclusive… » Je vous laisse méditer.  La production est limitée à 3800 bouteilles, tant mieux car ça n’est pas un vin tout public ! La bouche est dense, structurée, les fruits noirs et les épices se mêlent à des notes de sous-bois, les tanins sont encore fougueux, la finale est fraiche. Un vin qui ne laisse pas indifférent, surtout si on le goute avec Pedro : l’homme est passionné, sincère et, il arrive à faire passer de l’émotion dans ses vins. Il faudra que je le déguste en dehors de sa présence, pour voir vraiment ce que j’en pense, je me méfie  souventde ma première impression.
  • PVP : 21,70€ pour un «  vin d’auteur », c’est un prix raisonnable!

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Ce domaine a été une bonne surprise, un air de fraicheur dans cette salle ! C’est ce genre de domaines que j’espérais trouver en plus grand nombre dans ce Salon. Vendu en France par Vinosofos

Je vous passe les dégustations des domaines connus, je n’y apporterai rien de nouveau. J’ai terminé par un cava.

Chez Cavas Torelló, un domaine familial du Penedes, j’ai gouté entre autres la dernière cuvée haut de gamme:

  • Cava Torelló by Etsuro Sotoo, un Hommage à leur propriété de Can Martí, d’où sont originaires leurs vins et cavas. Etsuro Sotoo, est un  sculpteur japonais de la Sagrada Familia. Elaboré à partir des cépages traditionnels du cava, Chardonnay: 29%, Xarel·lo: 26%, Macabeo: 24%, Parellada: 21%  de la Finca de San Marti, il s’agit d’une édition spéciale limitée à 10.000 bouteilles.     La bulle est fine et persistante, la bouche est aimable, crémeuse, structurée, la bulle est très bien intégrée ; c’est une cuvée complexe, riche, mure, elle est restée 50 mois sur lies en bouteilles, c’est donc un Gran Reserva, un cava qu’il faut plutôt réserver à la table.

12% Vol.

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PVP :39€

En guise de conclusion :

J’ai quand même pu constater que beaucoup de domaines avaient sorti une cuvée de Grenache, confirmant ainsi la forte poussée de ce cépage en Espagne, depuis le succès des grenaches de Gredos ! Il y a même une association qui s’est créée en 2012, plusieurs de ses membres étaient présents: Clos Figueras (DOQ Priorat), Edetària (DO Terra Alta), Lagravera (DO Costers del Segre), La Vinyeta (DO Empordà), Masia Serra (DO Empordà), Viladellops (DO Penedès) Vinyes Domènech (DOQ Priorat i DO Montsant). Tous sont de bons domaines.

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Hasta Pronto

Marie-Louise Banyols

 

 

 

 

 

 

 


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Mes bien chers morts, buvez en paix !

Peut-être, à cause du titre, trouverez-vous que cette rubrique dominicale prend une tournure quelque peu macabre et que je me laisse aller vers je ne sais quelle turpitude malsaine ? Mais pourquoi diable, en ce jour gris de Toussaint où j’ai choisi de pondre ces lignes alors que la France entière se déguise pour halloween, que nos chers bambins courent les rues pour fourguer des bonbons empoisonnés, pourquoi ne célèbrerais-je pas les morts, « mes » morts en particulier, ceux que j’ai aimés et appréciés ?

En ce jour maussade, en dehors d’un squelette et d’une sorcière rencontrés dans la rue, trois bouteilles m’ont fait penser à eux. Trois vins sans chichi que j’aurais aimé vider en leur compagnie. Il ne s’agit pas de grandiloquence, encore moins de se ruiner, mais juste de trois bouteilles cueillies au hasard de mes achats récents ou de ceux de ma compagne.wp_20161030_006

C‘est en ouvrant la première que j’ai, paraît-il, esquissé un sourire. Le pur Pedro Ximénez qui coulait dans mon verre n’est pourtant pas le plus onéreux des finos que je vais quérir en Espagne, mais c’est un vrai vin de joie, une antidote à la morosité, l’apéritif quasi-parfait tant par sa jovialité, sa finesse, sa légèreté, sa fraîcheur. Non muté, capsule à vis, ce Montilla-Moriles fino « Eléctrico en rama » (les caves de la maison Toro Albala sont dans une ancienne centrale et le vin n’a rien d’électrique, je vous rassure), se boit sans crainte et presque sans soif. Il y a là de quoi ressusciter un mort !

À table, au moment du second vin, il m’est apparu que, de plus en plus, le vigneron prenait un malin plaisir à nous jouer des tours, qu’à la manière d’un gamin espiègle il se régalait de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et qu’il s’amusait de nos questionnements parfois stupides. Oui, il nous la joue naïf, du genre «vous savez, moi je ne suis qu’un simple vigneron qui cherche à faire plaisir», ce qui est déjà fort louable en soi. Mais je ne sais pourquoi, il arrive en buvant son vin, que je lui trouve un côté farceur. Comme pour mieux se moquer de cette société du vin qui gravite autour de lui où ils sont si peu nombreux à être intègres, honnêtes et sincères, certains vignerons malicieux rigolent sous cape tout en méditant leur prochain tour : un dessin mystérieux sur l’étiquette, une mention Vin de France sans explications, un jeu de mots supposé drôle pour nom de cuvée… Là, nous sommes loin des vins de markétinge, de ceux que l’on fait vite fait bien fait comme si on lançait un nouveau tube de dentifrice, comme s’il s’agissait un devoir obligé.

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C’est le jour des morts et c’est ce gaillard de vin, étrangement appelé L’Audacieux, qui réveille en moi toutes ces élucubrations. Pourquoi diable un vigneron, et non des moindres, choisit-il un tel nom pour une cuvée ? Qu’est-ce qui lui passe par la tête au moment où il décide d’un nom, comme l’Insoumis, l’Indomptable, le Redoutable, l’Infidèle ou le Téméraire… ? Je ne prends-là que ce qui me vient à l’esprit car des noms de cuvées, il suffirait que je relise mes notes pour en trouver des tonnes, des vertes et des pas mûres. L’audacieux en question, c’est peut être après tout le vigneron lui-même plus que son vin ?

Le vin en question est l’œuvre – je sais, ça fait pédant de parler d’une œuvre en matière de vin – d’un vigneron, Joël Fernandez, de La Grange Léon, que je ne connais pas encore personnellement, mais dont je sais qu’on peut le qualifier sans risque de talentueux. Ses vignes sont du côté de Berlou, là où par habitude et amitié, je fréquente plutôt celles d’Isabelle et Jean-Marie Rimbert à cause surtout de leur joyeuse et carignanesque folie. Le domaine de Joël, comme chacun sait, est classé en Saint-Chinian, une appellation héraultaise qui regorge de vignerons émérites, à faire rougir, ou pâlir, c’est selon, un « cru » comme Gigondas ou Lirac, pour ne citer que ces deux-là, au hasard, bien entendu et sans arrière pensée. Autour de Saint-Chinian, je compte bien à moi tout seul une trentaine de « perles » vineuses dignes d’entrer en cave.

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Qu’a-t-il donc d’audacieux ce rouge 2014 ? Rien, justement. Perso, j’ai beau chercher, je ne lui trouve aucune audace particulière. En revanche, c’est l’archétype du vin sans manière, le plus franc et sympathique des vins faciles qu’il m’ait été donné de goûter ces temps-ci. Je pense au cinsault que l’on nomme ici joliment œillade et dont il existe une savoureuse cuvée à l’entrée du pont de Roquebrun, pas loin d’ici. Que nenni ! Une fois de plus je me plante puisqu’il s’agit surtout de grenache noir agrémenté de syrah. Et si ce vin a une quelconque audace, c’est justement parce qu’il n’est pas déguisé, maquillé, fardé, encore moins marketté, et bâclé à l’instar de beaucoup de vins marchands qui ornent leurs étiquettes de coccinelles, d’oiseaux, de framboises, d’étoiles, de fleurs et d’autres artifices pour faire plus « vrai », plus « naturel ». Non, l’Audacieux n’a rien à vendre d’autre que son pays, sa nature, sa générosité et sa pointe d’accent qui sent si bon la garrigue. À quel prix ? Dix euros à la boutique de la Maison des Vins de Saint-Chinian. J’allais oublier d’attirer votre attention sur un dessin sur l’étiquette, un pêcheur à la ligne qui semble jouer de la mouche. Là encore, aucun rapport avec l’audace si ce n’est qu’il en faut peut-être pour affronter les rapides de l’Orb, les pieds dans l’eau et la canne à la main…

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Du coup j’en oublie presque de vous décrire le dernier vin bu à la mémoire de tous mes êtres chers aujourd’hui absents. Dans le Touraine générique façonné par l’ami François Chidaine, plus connu pour ses blancs de Montlouis et de Vouvray que pour ses rouges- je pense qu’il s’agit là de son petit négoce -, je retrouve la même familiarité (et le prix bienveillant) que dans le précédent. Sauf que de la garrigue on passe sur les berges d’un fleuve royal : un trait de notes herbacées, du fruit juteux, de la jovialité et une certaine forme de candeur. Bu frais, c’est un bonheur pour une journée supposée être triste !

Michel Smith


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Eloge du blanc (doux, sec, effervescent ou tranquille), au travers de 3 vins

img_7848Les trois bouteilles concernées, prises sur le mur d’une terrasse chez moi dans la brume matinale gasconne. Pas assez de pluie pour les cèpes, malheureusement.

Quand on voit qu’en France, il se vend aujourd’hui plus de rosé que de blanc, il y a de quoi se désespérer des goûts de «nos» compatriotes. Mais peu importent les modes: elles ne signifient rien d’important, ni de bien utile. Mais qu’est qui est utile, et qu’est-ce qui est futile, en matière de vin? Car voila bien un sujet où c’est notre bon plaisir qui compte.

D’une manière totalement futile, donc, mais en dehors des modes, je vais vous parler de trois blancs qui m’ont donné beaucoup de plaisir cette semaine.

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Champagne Pierre Trichet, l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs

D’abord les bulles, car on commence généralement par ce type de vin. Pierre Trichet est un vigneron dont la production m’a semblé briller de mille feux lors d’une dégustation organisé par les Champagnes de Vignerons en septembre 2015 à Paris. Du coup je suis allé le voir au tout début de cette année et j’ai rendu compte de cette visite ici. J’avais déjà acheté quelques bouteilles de ses vins que j’ai transporté dans ma cave en Gascogne et avant-hier, avec des amis, nous en avons bu un. Il s’agit de la cuvée l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs qui ne porte pas de millésime: grande plénitude des saveurs en bouche car le fruité est totalement intégré à l’acidité ; la bulle aussi, délicate et alerte, puis, dans un grand ressac, la longueur prolonge le plaisir de l’ensemble. Ce vin se vend autour de 25 euros dans le commerce et c’est une très belle affaire quand je compare ce vin à certains noms plus connus.

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Bourgogne Chardonnay 2014, Justin Girardin

De quoi s’agit-il ? D’un Bourgogne Blanc (qu’on dit bêtement « générique ») acheté au printemps dernier, chez l’excellent caviste Plaisirs du Vin à Agen. Je note au passage que ce producteur choisit de faire figurer, comme il se doit, le cépage Chardonnay sur son étiquette et je l’en félicite: je ne comprendrai jamais pourquoi les producteurs français rechignent la plupart du temps à donner cette information si élémentaire à leurs clients. Que les «bois bashers» sautent ce paragraphe car ce vin a clairement fricoté avec Quercus robur (ou était-ce Quercus petraea ?) ! Et c’est tant mieux car cette coucherie lui a aidé à forger un squelette athlétique, une jolie fermeté de texture et une allonge remarquable. Du coup ce vin flirte avec des Bourgognes bien plus huppés sans perdre l’âme de sa matière première. Quand la matière est de belle qualité, pourquoi refuser de lui donner une dimension supplémentaire que la barrique, bien choisie et utilisée, peut apporter ? Le nez, expressif sans être exubérant, oscille entre arômes de citron confit, de noyau de pêche, de pain grillé et de vanille. La bouche, dominé par l’acidité mais sans aucune agression, paraît presque austère mais joliment perchée entre saveurs de fruits blancs et d’autres de type végétal. L’ensemble se révèle totalement en association avec un comté fruité qui rehausse le fruité même du vin. J’ai du payer ce vin autour des 15 euros, mais je ne m’en souviens pas parfaitement. Pas volé en tout cas !

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Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave de Hunawihr.

Et pour finir, un grand vin doux, voire liquoreux (mais tellement délicat), apporté par un des convives, mon ami Florent Leclerq : un Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave d’Hunawihr. Oui, les caves coopératives produisent de grands vins ! Robe soutenue d’un or qui tend vers l’ambre, nez riche et incroyable de complexité dans une gamme qui va de la confiture d’orange au pain d’épice en passant par toute une gamme de fruits secs et confits, puis une bouche qui réussit la prouesse d’associer une grande finesse de texture à des saveurs automnales somptueuses, le tout finissant longuement et toute en délicatesse grâce à l’acidité arrondie du riesling. J’ignore le prix de ce vin mais est-qu’on demande l’âge d’une dame ?

Un repas tout en blanc? Non, nous avons aussi bu un peu de rouge, mais là ce sont les blancs qui emportaient la mise à cette occasion, aisément. Est-ce que nous aurions pu éprouver autant de plaisir, et autant de diversité de styles en rosé ? Sûrement pas. Pourtant, le rosé se vend mieux. Allez comprendre !

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(Photo d’un fragment de mes calades)


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Ces vins qui ne sont pas un cadeau

Autres temps, autres mœurs. Rien de prétentieux de ma part en affirmant ce qui suit, mais lorsque j’étais « banquable », c’est-à-dire au zénith de mon activité professionnelle dans les années 80/90, il m’arrivait de recevoir ce qu’alors j’appelais des « colis vignerons » en provenance le plus souvent du producteur en personne. N’ayant ni le temps, ni les moyens de les renvoyer à leurs expéditeurs, ce qui eut été normal dans un élan logique de pure déontologie, ces bouteilles qui pouvaient au pire s’apparenter à des « cadeaux intéressés », au mieux à un légitime devoir d’information (ou de propagande ?) de la part du vigneron désireux de convaincre le journaliste de la qualité de ses vins, avaient trois destinations : soit elles étaient débouchées au cours d’amicales beuveries, soit elles étaient offertes à de courageux livreurs, soit en guise de mesures exceptionnelles, elles étaient enfouies en cave afin de constater leurs évolutions dix ans au moins après réception.

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Le très volubile et facétieux Michel Chapoutier, que j’avais connu à ses débuts au garde à vous à la gauche du bureau empire de son père, Max, m’a gratifié pendant plusieurs années d’une caisse de six flacons livrée généralement au moment des fêtes. Très intelligemment, les vins envoyés variaient d’une année à l’autre, passant d’un fringant viognier de l’Ardèche à un Côtes du Roussillon de belle facture, sans oublier un flacon un peu plus « noble » de Côte-Rôtie, de Châteauneuf-du-Pape ou d’ailleurs. Candide, mais intéressé par la démarche, je jouais le jeu en ouvrant certains de ces flacons au gré de mes intérêts et de ma curiosité journalistiques. Tout en prenant soin de mettre de côté les crus qui me paraissaient les plus aptes à la garde histoire de vérifier le plus tard possible si la réputation de tel ou tel vin était justifiée.

L’autre dimanche, je suis tombé sur l’une de ces prestigieuses bouteilles perdues dans des cartons en attendant une cave décente. Il s’agissait justement d’un Hermitage (ou Ermitage) « Le Méal » 2005 de la Maison Chapoutier. Afin de corser ma dégustation, je me suis livré à un petit jeu classique consistant à comparer l’illustre vin dans des verres autrichiens à la hauteur, l’un Riedel, l’autre Zalto : le premier a fait ressortir des tannins et un boisé pas spécialement élégants, tandis que le second tempérait, arrondissait et enjolivait quelque peu ce rouge qui, vous vous en doutez, n’est pas donné puisque le millésime 2013 du même Méal est proposé sur le site du négociant à près de 300 € départ cave !

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Quoiqu’il en soit, dans les deux cas, j’ai pu constater que par manque de finesse, d’âme, de hauteur et de longueur, ce Méal de pure syrah, pourtant vinifié et élevé dans une très estimée maison de Tain, n’était pas vraiment digne de ce que j’attends d’une appellation-phare de la Vallée du Rhône. D’autant plus que Le Méal est un cru qui, s’il y avait un classement à la bourguignonne, se retrouverait certainement catalogué parmi les « grands ».

Vous voulez savoir la suite ? Eh bien, autres temps, autres mœurs, ce vin bodybuildé par le bois ou (et) l’excès d’élevage, manquant de sincérité, de sève et de profondeur, on se l’est enfilé quand-même car, ô miracle, il n’avait pas l’once d’un goût de bouchon !

Reste la morale de cette histoire qui conduit au but inverse recherché par le négociant, vigneron vivificateur et éleveur. Car si j’avais demain un papier à écrire sur l’Hermitage, je ne suis pas sûr que je penserais immédiatement à Chapoutier. Autre réflexion : on dit souvent que les producteurs envoient aux journalistes des mises « arrangées », voire « magnifiées ». Si c’était le cas, ce que je ne crois pas car Michel Chapoutier n’est pas du genre à se livrer à ce petit jeu-là, surtout dans le cas de ce vin qui « hermitageait » jadis bien des vins déficients de Bourgogne et de Bordeaux, dixit la légende, point n’était besoin de céder aux sirènes de l’élevage poussé dans sa caricature. Enfin, c’est un avis que je partage avec d’autres. N’est-ce pas Vincent ?

Michel Smith

PS. La photo du vignoble Chapoutier est signée Daniel Wilk et elle a été prise sur le site de la ville de Tain-L’Hermitage.

 


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Nobel Bob revisited

La grande nouvelle de la semaine écoulée, pour moi, c’est l’attribution du Prix Nobel de littérature au sieur Robert Zimmerman, alias Bob Dylan.

Et ce qui m’intéresse le plus, dans cette information, c’est la réaction de certains commentateurs. Comme celle de Pierre Assouline, qui qualifie ce prix de « Bras d’honneur à la littérature ». Pour M. Assouline, en effet, les oeuvres de Dylan entrent dans la catégorie des ritournelles.

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Un bel album de ritournelles

On ne peut évacuer l’opinion de Monsieur Assouline d’une simple revers de main sur la guitare; car dans le genre délicat de la biographie, qui est au commentaire ce que la pyramide de Khéops est à ma cabane de jardin, mais peut-être pas le plus créatif des genres littéraires, Monsieur Assouline est sans doute ce qui se fait de mieux depuis la mort du regretté Jean Lacouture.

Simenon, Dassault, Hergé, Gallimard, Cartier-Bresson, Albert Londres – il les a tous à son tableau de chasse. Bref, s’il est un arbitre du bon goût, de l’artistiquement correct, c’est bien lui.

Alors pourquoi ai-je pris ce commentaire du commentateur comme une marque de mesquinerie pour l’artiste?

Si je vous dis Dario Fo, Derek Walcot, Patrick White ou Wole Soyinka, que me répondez-vous? Sans doute pas grand chose.

Il s’agit pourtant d’illustres prix Nobel de littérature, prix au hasard des trois dernières décennies. Illustres, au moins dans le monde de M. Assouline.

La différence entre leur grande célébrité et celle de l’auteur de ritournelles, c’est que je peux vous citer pas mal d’oeuvres de Dylan. Et même en siffloter quelques unes le matin sous la douche: « How does it feel, to be on your own, like a complete unknown, like a rolling stone… ».  Any day now, I shall be released… 

Elite de rouge

Toutes choses étant égales par ailleurs, comme on dit dans la science pure, cette affaire me fait penser au vin. Et plus particulièrement, aux très grands crus très chers.

Je ne sais pas ce que boit M. Assouline. Du bon, je lui souhaite. Mais pas du trop confidentiel, j’espère!

Voila bientôt 30 ans que je fais ce métier. Je n’ai jamais pu déguster un seul verre de La Romanée, ni de Haut Brion. On me dit que ce sont de grands vins. L’équivalent de grandes toiles dans la peinture ou de grands livres dans la littérature; le hic, c’est que personne ou presque ne les voit ni ne les boit jamais, dans la vie courante. Ne me parlez pas des quelques sessions de primeurs où certains daignent furtivement se montrer à une coterie de dégustateurs professionnels. Cela n’est pas représentatif de leur future carrière, ni de leur potentiel, bon ou mauvais. Ce n’est pas là qu’on peut juger de leur qualité, de leur prétendue supériorité.

Et puis, en admettant même qu’ils soient effectivement supérieurement bons, je ne suis pas sûr d’avoir vraiment envie de commenter pour le commun des buveurs un vin produit à raison de 5.000 bouteilles par an (c’est la production de La Romanée-Conti), et vendu sur réservation.

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Combien font 5.000 bouteilles divisées par 1,4 milliard de Chinois?

Au-delà de leur prix (déraisonnable, mais ce n’est pas à moi de juger de ce que vous faites de vos économies), je ne vois guère l’intérêt de vous en parler. Mon rôle, tel que je le conçois, n’est pas de faire vendre, ni de faire monter les cours; il n’est pas non plus de vous faire saliver devant un vin que vous ne boirez jamais – pas plus que moi, d’ailleurs. Un vin dont je me demande, en outre, si vous pourriez, si je pourrais l’apprécier à sa juste valeur, compte tenu de la pression sociale et financière que sa réputation fait peser sur le dégustateur. Imaginez un peu que la bouteille soit fatiguée, ou bouchonnée. Ou simplement pas tout à fait au niveau de sa légende. Combien d’entre vous (d’entre nous) seraient-ils capables de ne pas se raconter d’histoires, de juger ce vin pour ce qu’il est, et pas pour sa légende? Au fait, c’est quoi, le goût d’une légende? « A beautiful texture and a perfect balance? » Plus d’arômes? Plus de fond? Plus de longueur? Plus de snobisme?

De plus, mon public-cible n’est ni l’investisseur, ni le thésaurisateur. Moi, j’aime joindre l’utile et l’agréable. Je veux dire, j’aime que mon commentaire soit utile, pour que le vin dont je parle vous soit agréable. Et qu’on puisse échanger nos impressions.

Voila pourquoi je serai toujours plutôt de côté de Bob plutôt que de celui des incontournables inconnus de M. Assouline –  je les lui laisse, d’ailleurs, en espérant qu’il fera leurs biographies à ma place.

Don’t think twice!

Au fait, ne voyez dans ce billet aucune nostalgie de ma part. Je n’ai découvert Dylan que sur le tard; j’étais trop jeune pour faire mai 68, et même pour défiler contre la guerre du Viet-Nam. Mais quiconque a lu les textes de Dylan a constaté qu’il est bien plus qu’un protest song writer. Il a lui même abandonné ce costume vers 1965. « Don’t follow leaders, and watch your parking meter! »

Même Monsieur Assouline aurait dû s’en apercevoir. Est-il seulement passé un jour par les Gates of Eden? A-t-il rencontré Mr Jones ou la Sad-Eyed Lady of the Lowlands? Qu’est-ce qui peut bien manquer à ces textes, Monsieur le commentateur, pour que vous refusiez à l’artiste son brevet de littérature?

Ou qu’est-ce qui vous manque à vous? Le sens de l’émotion?

Alors bien sûr, « on peut pas aimer tous les gens, y a une sélection, c’est normal, on lit pas tous le même journal ». Mais quand José Saramago, Kenzaburo Oe ou Seamus Heaney ont décroché leur Nobel de littérature, moi, je n’ai rien dit. Je n’empêche personne de prendre son pied là où aucune autre homme n’a mis la main – ou bien serait-ce l’inverse? J’accepte même une certaine dose d’hermétisme (ne serait-ce que dans les oeuvres de Tupperware). Et si les hommes, idéalement, naissent libres et égaux, qui suis-je pour les obliger à partager le même goût pour une culture accessible, et des vins accessibles?

Si nostalgie il y a, de ma part, c’est seulement celle du temps où mon père pouvait s’acheter une bouteille de Grand Cru Classé sans nous condamner à manger des pâtes Carrefour sans oeufs frais tout le reste du mois. Manque de chance: il n’était pas très Bordeaux. Coup de chance: grâce à lui, j’ai découvert le Pommard et le Cahors (de Triguedina).

J’ai entendu un jour la citation suivante:  « L’art est ce qui mérite de rester ». Voila 50 ans que les ritournelles de l’ami Bob se passent de génération en génération; les cheveux sont sans doute moins longs sur les campus, mais ces chansons sont toujours « on the road ». Alors, Messieurs les jurés du Prix Nobel, Don’t Think Twice, it’s Alright!

bobdylanbloodonthetracksHervé Lalau

PS1. Un petit mot, pour finir, sur les dispositions exactes du testament d’Alfred Nobel en matière de littérature (version suédoise sur demande); juste pour éclairer  M. Assouline. « Among the five prizes provided for in Alfred Nobel’s will (1895), one was intended for the person who, in the literary field, had produced « the most outstanding work in an ideal direction ». The Laureate should be determined by « the Academy in Stockholm », which was specified by the statutes of the Nobel Foundation to mean the Swedish Academy. These statutes defined literature as « not only belles-lettres, but also other writings which, by virtue of their form and style, possess literary value ».

PS2. La biographie d’Hergé par Pierre Assouline ne fait pas l’unanimité, notamment au sujet de la réalité de l’engagement de l’auteur de Tintin au côté du rexisme, puis du nazisme. Je n’ai malheureusement pu joindre M. Müsstler pour lui demander des précisions. Je doute cependant qu’Hergé ait eu un véritable goût pour la politique. Moi non plus, d’ailleurs, et c’est peut-être ce qui nous rapproche.

PS3. Et pour les vrais aficionados, CECI


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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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no comment !

Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold