Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold


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Guide des Vins Bio 2017: un de plus !

N’ayant pas le talent nécessaire, étant en plus d’un naturel plutôt aimable, je déteste me lancer dans l’exercice de la critique.

Mais voilà, lorsque je reçois un livre par la poste, en «service de presse» qui plus est, je me dis que ceux qui ont décidé cet envoi ont bien entendu dans l’esprit (et l’espoir) que j’en parlerais… en bien comme en mal, peu importe. Sinon, à quoi bon se donner la peine d’un envoi ?  Résultat, voilà que je me coltine un guide de plus ! Qu’on se rassure, en cette rentrée, il ne sera question ni du Bettane-Dessauve, ni du Guide de la RVF qui a rajouté deux vignerons languedociens au panthéon des grands vins (Marlène Soria et Basile Saint-Germain, rejoignent enfin Olivier Jullien !), ni du best-seller d’Hachette. Je ne les ai pas reçus à ce jour et cela n’a aucun caractère de gravité pour les avoir décortiqué ici plus d’une fois. En revanche, pour la première fois – normal c’est leur première livraison – je reçois le Guide Amphore des Vins Bio réalisé par deux gars, l’un que je ne connais ni des lèvres ni des dents, Christophe Casazza, qui se présente comme «créateur culinaire» tout en étant très porté sur le vin, l’autre que je rencontre de temps en temps lors de diverses manifestations journalistiques, Pierre Guigui, qui fut naguère responsable du vin chez Gault & Millau.

Pas de doute, la première partie de l’ouvrage, soit au pifomètre une trentaine de pages sans compter les photos, ne manque pas d’intérêt, même pour un «professionnel de la profession», espèce dont je crois faire partie. On apprend tant de choses bonnes à savoir sur l’histoire du mouvement bio que l’on se prend à regretter que les auteurs n’aillent pas plus loin en mentionnant, par exemple, quelques domaines pionniers qui ne figurent pas par ailleurs dans la seconde partie du guide. On voudrait un livre ne traitant que de cette épopée glorieuse, que de ce sujet – les pionniers du bio – et l’on se prend à croire qu’avec un joli brin de plume et de bons portraits un tel ouvrage pourrait être palpitant.

Parfois, non sans une certaine audace, l’ouvrage nous embarque aussi dans des considérations plus techniques. Chose appréciable et ma foi fort utile pour des commentateurs qui se disent « avisés » et qui affirment souvent tout et n’importe quoi, sur les réseaux sociaux notamment. Certains lecteurs aussi, j’en suis sûr, pensent encore qu’un vin se fait tout seul, comme par enchantement. Alors, ce genre d’article montre, à condition de le lire, combien la technique, la connaissance de la chimie aussi, ont leur importance dans la conception d’un vin. Avec au passage quelques rappels à la Loi – même techniques – qui, eux, là aussi, ne sont pas inutiles à connaître. Mais une fois de plus on aurait aimé que les auteurs, plutôt que de vanter les vins du Concours Amphore (en gros 60% du livre) dont ils sont eux même les initiateurs et organisateurs, explorent pour nous un peu plus profondément certains registres autour des vins bio et biodynamiques.

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Comme le sujet brûlant des sulfites ou des vins dits « naturels » que bien des consommateurs confondent encore avec les vins bios en général. J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé là-dessus. Autre sujet important où une explication même technique s’imposait, l’apport de levures « indigènes » souvent préférées par les bio et biodynamistes aux levures sélectionnées aussi dites « commerciales ». Bref, il y a du bon comme du moins bon dans ce livre à la gloire du Concours Amphore (encore lui !), de ses «450 meilleurs vins bio du monde» (sans commentaire…) et de ses plus de 200 vins médaillés (sans commentaire non plus…). Et plein de questions. Outre leur médaille, qu’est-ce qui justifie  leur présence dans ces pages ? Pourquoi certains domaines bénéficient d’une description élogieuse pour un unique vin sans médaille probablement au détriment d’autres ? Qu’ont payé les vignerons par échantillon pour participer au concours? Ont-ils de nouveau déboursé pour avoir l’honneur de figurer dans le guide ? Pourquoi ne pas rappeler l’encépagement des vins que l’on décrit ? Pourquoi tant de mystères sur l’élevage? Et quid de cette mention relevée en fin d’ouvrage : «L’abus d’alcool est dangereux, etc» ?

Les résumés de dégustation ne lésinent pas sur les mariages mets et vins, tandis que le guide s’achève ne laissant que quelques pages à des vins argentins, allemands, chiliens, italiens ou autres (on déplore l’absence de l’Espagne et du Portugal, acteurs de plus en plus présents en bio), ainsi qu’une liste de bons cavistes spécialisés dont un seul, affilié à la région Sud-Est (!) représente le Languedoc et le Roussillon.

«Garde-toi bien de critiquer tes confrères, car ils ne manqueront pas de nous renvoyer l’appareil un jour». Voilà ce que me disait un rédac-chef dans une revue où j’officiais jadis. Alors, je vais cesser de chercher la petite bête tout en tentant d’être bref dans ma conclusion. S’il y avait au moins une bonne raison d’acheter ce guide (20,90 €, aux Éditions de La Martinière), ce serait pour l’interview édifiant d’Olivier Humbrecht sur l’acidité dans les vins en biodynamie. Enfin, cela est assez rare pour être signalé, j’en profite pour faire remarquer que cet ouvrage ne comporte aucune faute d’orthographe sur les appellations et les noms du vin.

Michel Smith

 


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Olympique et pique et colégramme

Ca n’intéressera sans doute pas grand monde, mais il y faut que ça sorte: les Jeux Olympiques m’énervent. Et c’est un euphémisme.

Dans mes vertes années, j’ai cru naïvement dans l’Esprit Olympique, dans le sport amateur, dans l’effort gratuit, et force est de constater qu’on en est bien loin, aujourd’hui. L’important n’est plus de participer.

Surtout, au delà des performances des athlètes – louables, certes, il y a la couverture médiatique, quotidienne, envahissante, et systématiquement chauvine: « Nuit historique pour la France », « Heptathlon, la 4ème médaille belge »… J’en ai la nausée.

Parfois, quand même, je me prends à sourire devant une récupération aussi éhontée – une médaille est une médaille, elle compte pour le classement général, alors personne ne fait la fine bouche si elle vient d’un athlète et/ou d’un sport inconnu.

« On a gagné! » Les journalistes sportifs sont radieux, le gouvernement se fend d’un communiqué, le pastis ou la bière coule à flots dans les campings, le pays tout entier est regonflé à bloc.

Du jour au lendemain, des épreuves et des sportifs improbables apparaissent au grand jour. Peu importe: la France est fière de ses cavaleurs, la Belgique de ses hoqueteurs, San Marin de ses mariniers.

On peut alors remettre les vainqueurs dans leur boîte pour quatre ans, avec un peu de naphtaline.

Ce qui me donne un fol espoir: que la dégustation de vin devienne un jour épreuve olympique. On la pratiquerait bien sûr à l’aveugle. Mais chaque pays ne dégusterait que ses propres vins, et il y aurait autant de médailles d’or que d’inscrits.

Hervé


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Florence Foster Jenkins, le vin et l’inconscience humaine

Parce que l’Art ne connaît ni bornes ni frontières, à l’occasion de la sortie du film de Stephen Frears sur la cantatrice américaine Florence Foster Jenkins, je ne résiste pas au plaisir de vous faire écouter un de ses enregistrements d’une oeuvre de Mozart.

Celui-ci fait partie d’un disque (imprudemment) intitulé « The Glory of the Human Voice ».

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Il a certainement fallu pas mal d’inconscience à Mme Foster pour oser enregistrer cette oeuvre difficile au vu de ses piètres talents vocaux et rythmiques.

Ce qui me fait irrésistiblement penser à certains producteurs de vin, tellement convaincus de la justesse de leur production, qu’on croirait qu’ils ont inventé une nouvelle gamme de sensations.

Vous trouvez leur vin déviant, oxydé, entre le brett et le blet? C’est juste que vous n’êtes juste pas dans le ton. Il vous faudrait rééduquer votre palais, comme les auditeurs de Mme Foster auraient dû rééduquer leurs oreilles.

Mais le pire, c’est que la dame a eu ses admirateurs, qui trouvaient qu’à défaut de chanter juste, elle chantait sincère.

Alors là, évidemment, nul doute qu’il se trouvera aussi pas mal de défenseurs pour les vignerons sincères.

Vous m’excuserez – ou pas, tant pis! – de me mettre du côté des déçus de cette sincérité-là, du côté des consommateurs qui ont le droit de payer et de consommer des vins corrects.

Je ne suis pas aussi sûr que Stephen Frears que « Toute voix mérite d’être entendue ». Et encore moins que tout vin mérite d’être bu.

Mon credo serait plutôt de produire moins mais mieux. `

Pas très politiquement correct? Je demande seulement que les défenseurs de l’agrément social (« donnons-lui l’AOC, il a une famille à nourrir ») et ceux des vins de l’étrange (« tous les goûts sont dans la nature ») boivent ce qu’ils disent aimer sans forcer quiconque à partager leurs préférences.

Sincèrement vôtre,

Hervé Lalau

 


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Mauvaise foi et idées courtes

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Je le sais bien, il est très facile de dire des autres qu’ils sont de mauvaise foi. On peut même le faire lorsque cela vous arrive aussi. Si je prends mon cas personnel, et lorsque je regarde un match de rugby dans lequel le club que je soutiens (Stade Français ou l’Angleterre, selon les contextes) n’a pas les faveurs de l’arbitrage à des moments décisifs d’un match, j’avoue être capable d’une mauvaise foi flagrante. Pourquoi parler de cela et quel rapport avec le vin ? Parce que le vin est aussi un sujet qui suscite des passions, certes triviales (peut-être), et donc d’accès de mauvaise foi de la part de tenants de telle ou telle thèse ou hypothèse. Et cela vaut aussi pour les opposants des mêmes !

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Un parfait exemple de mauvaise foi dans le domaine du vin vient de m’être livré par mon collègue Eric Riewer, à propos d’une des réactions à la dégustation à l’aveugle de vins français et californiens qui a pris le nom un peu prétentieux de « Jugement de Paris ». J’ai parlé récemment sur ce blog de cet événement qui date de 1976,  et qui fut aussi symbolique que symptomatique du nivellement du terrain de jeu mondial des vins, y compris pour les « grands » vins. L’exemple concerne la réaction d’Odette Khan dans la revue qu’elle dirigeait à l’époque : La Revue de Vin de France. Mme Khan était membre de ce jury, presque entièrement français, qui a voté, à l’aveugle, un Chardonnay de Californie à la première place d’une série de vins de ce cépage, dont plusieurs grands noms de la Bourgogne (Drouhin, Leflaive, Ramonet et Roulot), puis un Cabernet Sauvignon de la Californie à la première place d’une série des vins rouges face à des grands noms du bordelais rive gauche (Haut Brion, Mouton, Léoville Las Cases et Montrose), Eric s’est procuré une copie du numéro de La RVF daté de Septembre-Octobre 1976 et qui contient un éditorial de Mme Khan à propos de cette dégustation.

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Son papier s’intitule « Une Dégustation de Vins Californiens », alors qu’il y avaient 4 vins français et 6 californiens dans chaque série. Elle prétend ensuite qu’une bonne dégustation à l’aveugle devraient séparer les vins selon leur origine, en pratiquant une série des vins français, puis une série de vins américains (ou l’inverse), évidemment avec le jury bien au courant de l’origine de chaque série; Facile dans ce cas-là pour un membre de jury un tant soit peu chauvin, de part pu d’autre, de tricher ! Autre point ou la dame et question a été malhonnête (et erronée) dans ses avis, elle déclara ceci : « s’agissant en l’occurrence des vins jeunes, donc pour les rouges français en tout cas des vins « à attendre », il était impossible de les comparer. » Elle implique clairement que les vins rouges californiens n’allaient pas tenir dans le temps, à la différence des bordelais. Le temps lui a donné tort, car chaque fois que les mêmes vins, dans les mêmes millésimes, ont été dégustés ensemble, que cela soit 10, 30 ou 40 ans plus, tard, la marge d’avance des notations des californiens s’est accru ! On peut aussi rajouter que les millésimes des bordelais n’étaient pas pour les défavoriser car il s’agissait de 1970 ou de 1971, millésimes jugés très bons ou excellents à l’époque.

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Mme Khan termine son papier sur une notre de forte condescendance : « je me permets de rappeler à mes amis vignerons (français, bien entendu ndlr) qui si je suis, comme eux, persuadée de la précellence de nos vins (ben voyons), il ne faut pas ignorer que nos amis américains, à notre école, ont appris à bien vinifier, qu’ils peuvent déjà présenter de bonnes choses et que, sait-on jamais, ils pourront peut-être un jour découvrir chez eux d’heureux micro-climats (elle veux dire » méso-climats » mais c’est une erreur bien trop courante, même aujourd’hui ndlr) leur permettant de mettre en bouteilles des crus nobles ». Sur le plan d’écoles, je note simplement qu’un seul des responsables des 6 cabernets de Californie avait fait ses études en France : il s’agit de Bernard Portet, qui est fils d’un ancien régisseur à Château Lafite. Les autres avaient soit fait des études aux USA, soit n’avaient pas de formation formelle au vin (comme Paul Draper, de Ridge Vineyards).

Se tromper de temps en temps dans ses jugements, ce n’est pas grave et cela arrive bien souvent. Mais se tromper lourdement sur toute la ligne en pratiquant une grande mauvaise foi et en oublient de vérifier ses informations, ce n’est pas du bon travail de presse. Maintenant nous avons tous, si nous somme de bonne foi, que de bons et grands vins peuvent se faire dans de très nombreux pays et régions et qu’il n’y a aucune « précellence » des vins français parce qu’il viennent de ce pays. Et c’est tant mieux pour le consommateur d’où qu’il vienne, comme cette affaire de 1976 a sonné le réveil pour certains producteurs un peu endormis.

Une petite note d’ironie pour terminer. J’ai trouvé, dans le même numéro de la RVF, à la page  41, une rubrique qui faisait écho des quelques dégustations diverses. Parmi ces notes, celles-ci :

Cabernet-Sauvignon 1972, Sterling Vineyards (Napa Valley) : Une très belle bouteille………à déguster un tel vin on se dit que les vigneron français ont intérêt à ne pas s’endormir sur leurs lauriers »

Je ne sais pas si Mme Khan a relu cet article avant publication !

 

David Cobbold

PS. Je dois rajouter, pour être complet, que j’écris ceci sous l’influence très bienveillante d’une excellente bouteille de Château Margaux 1983, la presque dernière de ce niveau de vin qu’il me reste dans ma cave. A l’époque, je pouvais encore me payer des bons primeurs de Bordeaux.


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#AOC Mesquinerie

L’AOC Clairette de Die voudrait commercialiser une clairette rosée à base de gamay. Pourquoi pas, me direz-vous? Charbonnier maître chez lui, il y a du gamay dans l’aire d’appellation (vendu sous le nom de Châtillon en Diois, pour les vins tranquilles), et il est plutôt qualitatif; il y a aussi un savoir-faire pour la méthode ancestrale. Alors, on voit mal ce que l’INAO, institut de l’origine et de la qualité, pourrait avoir à y redire.

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Le rosé de Gamay n’est pas inconnu en Diois, comme le montre cette bonne bouteille de Châtillon-en-Diois…

Oui, mais ce n’est pas comme cela que ça se passe!

En France, chacun défend son pré carré, aussi petit soit-il: une région voisine, le Bugey, se bat bec et ongles contre ce projet, arguant du fait qu’il s’agirait là d’une concurrence à son Cerdon.

Plus précisément, l’AOC Bugey « conteste l’existence d’une tradition historique de vinification d’une Clairette rosée en méthode ancestrale ». 

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Et la méthode ancestrale non plus…

On croit rêver: s’il l’on devrait appliquer cette règle à tous les terroirs de France, alors, la syrah ne serait jamais sortie du Nord de la Vallée du Rhône, le Grenache ne serait jamais sorti d’Aragon – ils n’avaient pas de tradition historique hors de leurs berceaux respectifs; et puis le Bordeaux n’aurait jamais eu de Crémant, ni le Champagne de bulles – la Blanquette de Limoux s’y serait opposée!

D’ailleurs, rappelons que le Cerdon – aucun personne ne songe, surtout pas moi, à enlever ses mérites, n’est AOC que depuis 2009, sous le nom de Bugey-Cerdon. Jusque là, ce n’était qu’un simple VDQS (depuis 1958). Notons par ailleurs qu’il n’est pas issu du seul gamay, mais aussi du poulsard.

On voit mal la justification que pourrait donner l’INAO à un refus d’un Clairette rosé, à moins que les experts du vénérable institut veulent jouer à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

L’INAO n’a pas son siège à Clochemerle, tout de même! Et sa vocation n’est pas de barrer toute innovation, surtout dans le contexte de concurrence mondiale que nous connaissons.

C’est la même mesquinerie qui est à l’oeuvre du côté des Crémants pour empêcher l’IGP de pouvoir produire des bulles – on en trouve pourtant de belles en Pays d’Oc, par exemple. C’est à la fois lamentable, rétrograde et contre-productif. Et ça fait rire les étrangers.

Que chacun s’occupe de produire mieux, de satisfaire sa clientèle, de justifier ses mentions, plutôt que de se mêler des affaires du voisin!

Hervé


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Et vous, vous êtes plutôt Bettane ou Feiring?

Il est peut-être temps de choisir, de peur de se voir traiter en ennemi du peuple…

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D’autant qu’à lire certains commentaires  d’Alice Feiring et de ses supporteurs sur son compte Instagram (au moins ceux qui ne se contentent pas de publier des grossièretés), la querelle du vin naturel semble étroitement liée à la politique.

D’après elle, les anti-naturistes sont des partisans du Brexit, des Lepénistes et des Trumpistes.

Drôle d’attelage: je ne pensais pas que 52% des Britanniques étaient lepénistes.

Ni qu’ils aient voté pour de plus mauvaises raisons que d’habitude – à moins que Madame Feiring ne milite pour une forme de despotisme éclairé par le sans-soufre.

J’aimerais pouvoir en rire. Mais ces querelles de chapelle m’escagassent.

Tous les vins ont droit de cité dans ma conception du vin, qui est celle du partage.

Les amalgames, les noms d’oiseau, tout cela me gave. Les insultes ne sont pas des argumentaires.

Quant au retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, ne confondons pas, de grâce, les institutions européennes – perfectibles – et l’Europe des Peuples, de laquelle Anglais, Gallois, Ecossais et Irlandais, du Nord comme du Sud, font naturellement partie. Tous comme les Suisses, les Islandais et les Norvégiens, d’ailleurs…

 

Hervé Lalau

PS. Et à ceux qui se demandent qui sont Michel Bettane et Alice Feiring, je dis: ce n’est pas grave, on peut très bien vivre – et boire – sans le savoir.