Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Compare and contrast Riedel (Atkin + Walsham) and the CIVC (Powell) + Osborne ad on Mull

$3000 rapidly raised for a theoretical court case involving alleged libel.

$3000 rapidly raised for a theoretical court case involving alleged libel.

Equivalent of $1400 raised for actual court fees

Equivalent of $1400 raised for actual court fees

The Anglophone wine mediascape has been much taken up in the first half of August with the fracas involving Tim Atkin MW/Ron Walsham and Riedel. Walsham in his guise as The HoseMaster of Wine is a satirist. Walsham is a regular contributor to Tim Atkin’s site.

Walsham’s latest target was the array of Riedel glasses apparently scientifically designed to suit particular grape varieties as well as soft drinks. There is already a specially designed Riedel coke glass and doubtless there will be ones for 7-UP and Irn-Bru along shortly.

Unfortunately despite Walsham’s well known penchant for satire, Riedel failed to recognise that Walsham’s attack on Riedel glasses was satirical and their lawyers duly fired off letters to Atkin and Walsham threatening legal action. Later Riedel claimed to have a good relationship with Tim Atkin, so you have to wonder why they didn’t contact Tim discreetly before engaging lawyers.

Naturally once they engaged their lawyers there was a wholly predictable social media storm and within a couple of days the whole issue was sorted. Despite many having doubts over Walsham’s satirical pieces – I find them decidedly patchy – the wine community rallied round in support.

The level of support enjoyed by Ron Walsham and Tim Atkin MW is is very marked contrast to that offered to Jayne Powell (aka Champagne Jayne) who has been taken to the Federal Court in Australia by the CIVC, who allege that due to her use of the moniker Champagne Jayne, which she successfully trademarked in Australia, that she has tarnished the reputation of Champagne and deceived consumers because she occasionally talks about non-Champagne sparkling wines.

Although I can understand the desire of the CIVC to oppose the Champagne Jayne trademark, I find the heavy handed resort to taking Jayne to to Federal Court abhorrent and a crude example of corporate bullying by the Champagne producers. The CIVC has registered its opposition to the Champagne Jayne trademark, so it would surely have been sufficient to allow this challenge to take its course.

Courageously Jayne decided to stand up to the CIVC – truly David against Goliath. Predictably this action has been financially ruinous for Jayne – but this is precisely to advice many gave to Tim and Ron to stand firm to their principles. Jayne has had to sell her home and is now effectively bankrupt. Furthermore she now has to go through the long drawn out process, while Justice Jonathon Beach comes to a judgment. Beach has already had more than four months to come to a conclusion. While Beach ponders Jayne’s life is in limbo.

In very stark contrast to Ron Walsham’s funding efforts – $3000 raised on the threat of court action, fundraising for Jayne has raised the mere sum of the equivalent of $1400 for actual legal fees – shamefully little.

For some inexplicable reason most of the wine community appears to be content to watch the CIVC (Champagne producers) grind Jayne into the dust….. Fortunately it isn’t too late to show your support and donate a few dollars to Jayne’s defence fund.

See also Jim’s Loire.

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Scottish version of famous Osborne bull ad – a feature of Spanish roads

Scottish version of famous Osborne bull a feature of Spanish roads

 JBGlassescrps


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En vin, rien ne vaut un spécialiste… même à l’AFP

Vous avez sans doute entendu parler de ce classement des vins les plus chers du monde, abondamment relayé par les radios et les gazettes.

Faut-il que l’intérêt de la presse généraliste pour le vin soit superficiel – ou la période bien calme! – pour qu’elle mette en avant ce genre d’infos!

Car elle ne concerne que très peu de gens, et très peu de vrais amateurs de vin – non, il ne suffit pas d’être un investisseur friqué pour entrer dans cette catégorie. C’est un peu comme si moi, je me faisais une idée de la Femme (je met une majuscule autant par respect que par affection) à travers la vie de kim kardashian ou de paris hilton (tiens, mon clavier n’a temporairement plus que des minuscules).

Bref, tout semble être parti – en Francophonie, du moins, d’une dépêche AFP.

Je l’ai lue sur le site du Monde, mais elle figure aussi sur le site du Figaro, ce qui prouve que ce genre de nouvelles n’a rien de politiquement clivant.

Malheureusement, les lecteurs des deux journaux, qu’ils soient de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs ont tous été induits en erreur par cet article. Equitablement, en quelque sorte.

En effet, on y lit la chose suivante:

« A noter que deux vignerons allemands, tous deux mosellans, Egon Müller et M. Prüm, figurent chacun à deux reprises : Egon Müller à la 4e place pour son Scharzhofberger Riesling Trockenbeerenauslese (vin blanc demi-sec, à 6 060 euros) et aussi en 34e pour un vin de glace (Eiswein), Prüm en 7e position pour son Wehlener Sonnenuhr Riesling Trockenbeerenauslese (4 301 euros) et également au 44e rang, pour un Beerenauslese ».

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Or, qualifier un TBA de demi-sec est une ânerie digne d’un échotier de quartier, dont la connaissance intime des vins allemands est à peu près la même que ma connaissance intime de la bumiputra. Pour ceux que ça intéresse, il s’agit une sorte de préférence nationale, institutionnelle, basée sur la race et la religion. On en parle peu, bien, que cela donne une nouvelle et intéressante acception au mot… malaise.

Mais revenons au TBA. La réglementation allemande, qui aime la précision, prévoit cinq mentions (prédicats) pour les vins QMP; elles découlent de la maturité du raisin. On partant de la maturité normale, et en montant sur l’échelle de la suramaturité, on a:

Kabinett, Spätlese, Auslese, Beerenauslese et Trockenbeerenauslese (TBA pour la famille).

Les vins de cette dernière catégorie sont issus de raisins passerillés et le plus souvent botrytisés, dont le degré Oeschle est supérieur à 150 (plus de 35% de sucre dans un gramme du moût!). Il s’agit donc de la catégorie de vins présentant le plus de sucre de toute la production allemande.

Le degré Oechsle est une mesure de la teneur en sucre dans le moût, et non dans le produit final, fermenté. Mais 150° Oechsle correspond à plus de 19 Baumé, soit un alcool potentiel (théorique) de plus de 21, et un niveau de sucre de plus de 360g/litre.

Dans le vin fini, compte tenu de la difficulté de la fermentation dans de telles conditions, la teneur en alcool peut être très basse (on rencontre assez fréquemment des TBA à 6% alc. vol). Mais la teneur en  sucre, jamais (un niveau de 200g par litre n’est pas rare).

Les meilleurs ont cependant une belle tenue, et même de la finesse, grâce à un bon niveau d’acidité.

Bref, ce type de vin n’a rien à voir avec un Demi-Sec, dont la définition européenne, rappelons-le à nos confrères de l’AFP (ou à ceux des journaux qui publient leurs dépêches, avec les vérifications d’usage), va de 4 à 12 grammes de sucre.

Ensuite, de 12 à 45, on entre dans la catégorie des Moelleux. Enfin, au dessus de 45g (et il y a donc encore de la marge jusqu’à notre TBA), cela s’appelle un Liquoreux.

Personne, dans le milieu viticole, ne confondrait un Cabernet d’Anjou et un Sauternes ou une Sélection de Grains Nobles.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit de vins allemands (fridolins, boches, frisés…), bref, ne répondant pas aux critères de la préférence nationale, que cela excuse la méprise, même pour l’Agence France Presse. Quand on ne sait pas, on se renseigne.

Hervé Lalau


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Terroir et territoire

Comme le faisait très justement remarquer Georges Truc, samedi, on mélange souvent les notions de terroir et de territoire.

Mais pour être tout à fait justes, constatons que les AOP elles-mêmes entretiennent cette confusion.

Par leur définition d’abord. Reportons-nous au site du Ministère de l’Economie, qui se donne la peine d’expliquer les signes officiels de la qualité. Les deux mots terroir et territoire y figurent en toutes lettres ; si l’IGP doit pouvoir prouver un lien au territoire, l’AOP, doit pouvoir prouver un lien au terroir. Vaste fumisterie, évidemment, quand on parle d’AOP régionales…

Notons au passage un deuxième amalgame, tout aussi critiquable, à mon sens: ranger ces sigles dans la catégorie des signes de qualité. Ni AOP, ni IGP ne garantissent autre chose qu’une origine et que le respect d’un cahier des charges (et encore, garantir est parfois un bien grand mot). La qualité, c’est bien autre chose, pour moi. Ah, le jour où on ne fera plus dire au mots plus qu’ils ne doivent! Mais j’ai déjà évoqué ce problème, notamment ici. Allons plutôt de l’avant…

Singulièrement plurielle, cette AOP…

Pour faire progresser la science terminologique, voici un exemple (parmi d’autres) de mise en avant d’un terroir singulier par une appellation plurielle, maritime et intérieure.

http://www.fitouaoc.com/leterroir_m.html 

Fitou

Fitou, terroir pluriel… en deux morceaux

Ce n’est qu’un exemple, bien sûr, et je m’en voudrais de stigmatiser une AOP plutôt qu’une autre.

Une mention spéciale, tout de même, pour une autre et très grande région viticole mondiale, le Bordelais, dont la communication terroir semble particulièrement… singulière. Je cite: « Tout sur le terroir bordelais: carte du vignoble, liste des AOC de Bordeaux, cépages, millésimes et classements des vins ».

Le terroir (au singulier) constitue même une tête de chapitre pour cet ensemble de… 60 appellations.

Vérifiez par vous mêmes, ici: le terroir – Bordeaux Wines

Au-delà des interprofessions et des sites collectifs, les producteurs eux-mêmes ne sont pas toujours des plus explicites. Rares sont ceux qui n’évoquent pas un terroir, mais le contenu prête parfois à sourire.

Ainsi,  sur le site de Pierre André, à propos des Coteaux Bourguignons:

« Terroir

Créée en Janvier 2012, l’appellation d’origine contrôlée « Coteaux Bourguignons » remplace l’appellation Bourgogne Grand Ordinaire. Couvrant la grande Bourgogne, de l’Auxerrois au Beaujolais, le Coteaux Bourguignons peut être issu d’un seul cépage ou d’un assemblage de différents cépages. Pour les vins rouges et rosés, le cépage gamay est le cépage majoritaire, et peut être complété par les cépages pinot noir et pinot gris, nommé localement «beurot». »

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Coteaux Bourguignons: un peu par-ci, un peu par-là…

Drôle de définition, non? Le terroir se réduit-il aux cépages? Et la « Grande Bourgogne » n’est-elle pas un peu grande pour justifier d’un lien à un terroir?

A se demander pourquoi les Coteaux Bourguignons n’ont pas été déclarés comme IGP, dès leur création, en 2011. Ne serait-ce qu’à titre pédagogique! Un peu comme le Canada Dry qui a le goût de l’alcool, voila une AOP, nouvelle, de surcroît, qui a le goût de l’IGP…

Mais oui, mais c’est bien sûr: en France, on ne descend jamais dans la hiérarchie. Ce serait déchoir. On fait un pas de côté, si nécessaire, mais on ne renonce jamais à un droit acquis. Et qu’elle s’étende sur 3,5 ha, comme Château Grillet, ou  5 départements, comme les Coteaux Bourguignons, l’appellation est un droit acquis. La preuve: il s’en crée régulièrement, mais il ne s’en suspend jamais (même en cas de calamité), ni ne s’en abroge. Pas étonnant que le concept ait perdu en puissance évocatrice pour le consommateur, comme l’évoquaient déjà… en 2007 nos confrères de Que Choisir.

La réforme européenne aurait pu être l’occasion d’une grande remise à niveau. Globalement, cette occasion a été manquée.

Géologues et géomètres

Le mot de terroir a une géométrie si variable que seuls les géologues, ou presque, en ont encore une idée assez précise; les producteurs et leurs instances, qui en sont les dépositaires, ne sont pas toujours aussi sourcilleux. D’autant que dans bien des cas, ils assemblent les raisins issus de plusieurs terroirs. Même si certains produisent des cuvées parcellaires (les seules qui pourraient répondre à une notion de terroir au sens strict), le plus gros de leur production, leurs cuvées « tradition », « domaine » et autres, sont la plupart du temps issus de vignes poussant dans des sols très divers.

Rien de répréhensible à ça: l’art de l’assemblage ne concerne pas que les cépages, il s’applique aussi aux parcelles. Et tout cela peut faire d’excellents vins français, comme aurait pu chanter le grand Maurice. Je ne critique pas la qualité. Juste l’usurpation d’identité.

Notons quand même que le terroir n’est pas la préoccupation première de toutes les grandes régions de production; et je ne fais pas allusion à la lointaine Australie, mais à notre bonne vieille Champagne; en effet, les grandes Maisons de Champagne sont passées maîtres dans l’art du blend (entre les pinots noirs de la Côte des Bars et les Chardonnay de la Côte des Blancs, par exemple); et revendiquent d’abord la constance d’une recette, et la garantie d’une marque, plutôt qu’une origine précise ou un terroir. Ce n’est pas faire injure aux petits récoltants-manipulants, qui eux, pratiquent les cuvées parcellaires, que de dire que leurs vins sont ultra-minoritaires dans l’océan de l’AOP Champagne.

« Il n’est Champagne que de la Champagne », certes; mais de Cézanne aux Riceys, vaste programme!

Comme pour les Coteaux Bourguignons, comme pour Bordeaux, comme pour Bourgogne, pour Alsace, comme pour Languedoc, comme pour toutes les AOP régionales, en fait, et la plupart des communales, très peu de vins devraient revendiquer le lien au terroir promis – erronément- par leur appellation. Sauf à en élargir considérablement le sens, et se pose alors le problème des frontières. Au delà des bornes, plus de limites! Autant la définition d’un terroir par le type de sol peut tenir la route, autant celle qui consiste à prendre en compte une limite administrative – commune, département, ancienne province, ou même pays, est aberrante.

Voyez l’AOP Feta, dans le fromage: elle couvre l’ensemble du territoire grec, îles comprises! Quand le terroir est défini, non par le géologue, mais par le géomètre, au nom du politique, il redevient une simple surface. Il manque de profondeur.

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En jaune sur la carte, l’aire de production de l’AOP Feta (lien au terroir inclus).

Après ça, il nous est parfois difficile, à nous, pauvres scribouillards, de ne pas tomber dans le piège des mots.

Mais rassurez vous, Georges, certains luttent encore…

Hervé Lalau


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A la recherche (difficile) de cépages autochtones en Bulgarie

Bon, je dois dire d’abord que je n’aime pas beaucoup la notion d’autochtonie. Qui ne vient que d’un seul endroit ? Et quel sens ont les frontières politiques actuelles face aux mouvements des plantes qui datent, la plupart du temps, de périodes plus anciennes. D’autre part, hormis quelques rares cas, qui peut dire exactement où sont nées les variétés de vignes que nous connaissons aujourd’hui ? Ces plantes ont voyagés, se sont croisées, re-croisées, puis se sont sous-diversifiées par mutation en s’adaptant à des conditions locaux diverses. Mais j’aime tout de même avoir un peu de variété dans mes verres quand je voyage, moi, et découvrir autre chose que ce que je peux trouver en grande quantité chez moi en France.

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Cet objet magnifique est une coupe en or destinée à recevoir du vin et datant de l’ère de la Thrace antique

Prenons le cas de la Bulgarie, pays que j’ai eu l’occasion de visiter récemment pour donner une conférence sur la variété sauvignon blanc et ses diverses expressions dans le monde. Il y a eu sans doute une grande diversité de vignes dans ce pays, dont l’histoire viticole remonte probablement bien au-delà de celle de la France. Depuis le nord du Moyen Orient ou la Georgie, il n’aura fallu traverser que la Mer Noir pour que la vigne vienne s’établir par là bien avant d’arriver dans l’ouest de la Méditerranée. Puis les Thraciens, et, après eux, les Romains, ont voués tous les deux une culte au vin, comme les Chrétiens orthodoxes plus tard. Il est vrai que l’occupation Turque a du calmer un peu les adeptes de Zagreux, de Dionysos ou de Bacchus, mais pas au point de faire disparaître toute l’ampélographie locale.

bulgarian red grapes

bulgarian white grapesAu vu de ces tableaux, on devrait trouver largement autant de vins issus de variétés locales que de variétés d’ailleurs sur les cartes des restaurants en Bulgarie. Pourtant ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

A regarder les cartes de restaurants de bon niveau en Bulgarie, on dirait que le vignoble bulgare a été colonisé par des français, aidés ici et là par quelques allemands. Des dizaines et dizaines de cabernets, de merlots, de syrahs, de chardonnays, de sauvignons blancs, de muscats (on peut évidemment plaider une origine grecque pour celle-ci); ensuite pas mal de rieslings, de traminers (gewurz ou pas), des pinot noirs, et même des malbecs, des mourvèdres et des cabernets francs. Un exemple suffit pour situer l’échelle des choses. Sur une carte de vins d’un bon restaurant situé sur la Mer Noire, à Burgas, j’ai compté environ 200 références de vins bulgares, plus une bonne centaine de vins d’ailleurs. C’est bien, mais quand je cherchais un cépage bulgare parmi les 200 vins, je n’ai trouvé que 10 qui utilisaient, en mono-cépage ou en assemblage, des variétés locales. J’ai pu faire un constat très similaire dans le restaurant d’un bon hôtel à Sofia lors de mon voyage de retour.

Puis j’ai fait un tour au salon de vin où j’ai fait mon travail. La plupart de la cinquantaine de stands ne proposait que des vins issus de ces variétés dites internationales. J’ai estimé qu’il y avait, en tout, environ 250 vins proposés à la dégustation à ce salon, mais je n’ai trouvé que 14 qui ont été élaborés avec des variétés locales. Je vous parlerai de ces vins plus tard, mais cette situation me choque un peu et je crois que les responsables font fausse route. Bien sûr, il faut vendre pour exister et si la porte d’entrée d’un marché ne se fait que par le biais d’une petite dizaine de cépages, alors pourquoi ne pas mettre quelques uns dans son vignoble? Mais une si écrasante domination de la production par des variétés venues d’ailleurs dans un pays de longue tradition viticole me semble aberrante.

5-slider-mavrud-with-grapes2La famille Cathiard est-elle arrivée en Bulgarie? En tout cas le Mavrud, bon cépage rouge du pays, semble avoir trouvé une autre voie que le vin pour s’exprimer. Voyons cela plus bas (non, je plaisante…)

D’autant plus que les quelques vins issus de variétés locales m’ont semblé très dignes d’intérêt. Et on ne peut pas émettre comme prétexte que la plupart des cépages régionaux dont j’ai croisé le chemin lors de ce bref séjour ont des noms à coucher dehors : dinyat, misket et tamianka (ok, celui-là peut-être) pour les blancs ; mavrud, rubin (un croisement local entre syrah et nebbiolo), et melnik pour les rouges. Je n’ai ni vu ni dégusté de vins issus de pamid ni de gamza, mais ce sont aussi des noms plutôt faciles à retenir.

Je ne suis pas en charge du marketing des vins bulgares, mais il me semble qu’ils ont peu de chance de percer sur un plan international, d’une manière durable et en dégageant assez de valeur rajouté pour prospérer, en poursuivant uniquement cette voie usée du « cab/chard », ou du « merlot/sauv ». Certes ils peuvent produire moins cher qu’en France, mais sont-ils réellement compétitifs face au Chili ou à l’Afrique du Sud, par exemple. Puis, en se fondant uniquement sur cet axe des cépages internationaux, qui viendra déguster à leur table ? Uniquement les acheteurs de supermarché à la recherche de bonnes affaires, probablement.

MavrudMais le mavrud n’a pas toujours trouvé preneur chez les acheteurs de raisin en 2014. C’est signe de la désaffection des Bulgares, et de ceux qui achètent leurs vins, pour les variétés indigènes.

Nous connaissons l’histoire de cette ruée vers les variétés « internationales » : l’attrait de marchés comme la Grande Bretagne, mais aussi la Russie. Mais ces sources de retour sur investissement n’ont pas eu la stabilité requise pour bâtir une industrie fière, auteur dune gamme de styles unique. Qui peut donner une identité claire, même diversifiés, aux vins Bulgares d’aujourd’hui ? Des investisseurs d’ailleurs (Italie, France, Allemagne) ont pu faire de bonnes affaires tout en apportant capitaux et un savoir-faire technologique utile. Mais je pense qu’l est souhaitable de voir émerger rapidement une meilleur exploitation des variétés locales, seules ou en assemblage.

Melnikcépage Melnik

Une autre conférence lors de ce salon a d’ailleurs tenté d’en montrer les possibilités des variétés de la région. J’ai pu ainsi, avant de devoir quitter cette conférence mené par le Président des Oenologues du Pays, Stanimir Stoyanov,  déguster deux misket (cépage blanc), un Kavasalik (cépage rouge planté en Turquie) vinifié en rosé de presse, et un melnik 55 (cépage rouge vinifié en rouge).

Un mot sur les vins et cépages dégustés

Les blancs

Misket

J’ai pu déguster deux vins de cette variété, dont une assez longuement au restaurant. Celui-ci était très aromatique, mais plus par les arômes de type fines herbes que de fruits : cerfeuil, estragon, ciboulette etc. La bouche m’a semblé pleine et bien arrondie (donc pas affreusement « minérale !) mais fraîche, très agréable, intéressante et légère (moins de 12% en alcool, ce qui est devenu assez rare). J’ai trouvé ce vin parfaitement adapté à un repas estival.

logobratanov

Tamianka

J’ai dégusté, une fois au restaurant et une autre fois au salon, un seul vin de cette variété, du producteur Baratanov. Il était excellent, aux arômes de pêche et d’abricot, assez puissant, avec un alcool bien présent, charmeur, charnu et arrondi, un peu à la manière d’un vin blanc rhodanien.

Dimyat

Parfois associé au Muscat, comme dans l’exemple dégusté du producteur Ethno. Le prix de vente local de ce vin sec n’est que de 4 euros, ce qui en fait un excellent rapport qualité/prix pour un vin assez fin et équilibré, dominé par les parfums du muscat.

J’en ai dégusté un autre exemplaire, de la marque Izba Karabanar, proche de Plovdiv? Ce Dimyat était vinifié seul et plutôt vif et « minéral », serré mais net, simple mais bien fait.

Les rouges

Mavrud

Certainement la variété locale le plus diffusé : c’est un peu la cabernet sauvignon du coin. Assez régulièrement vinifié seul mais parfois assemblé avec le rubin.

Celui de Sprirtus Sanctus ne m’a pas semble en parfaite odeur de sainteté sur le plan aromatique. Des Belges par là ? Les saveurs étaient aussi marquées par la cerise amère.

J’ai bien aimé le millésime 2010 de la marque Elenoro, austère mais fin, avec une bonne qualité du fruit et une belle longueur. Leur 2011 est plus riche est suave, avec une expression plus pleine du fruit.

Rubin

Cette variété est, semble-t-il, le résultat d’un croisement syrah x nebbiolo. Il est naturellement très tannique et austère.  Elenora en produit un bon exemple.

Thrace_modern_state_boundariesImage cartographique qui indique l’emplacement de la Thrace antique sur une carte actuelle avec les frontières Bulgares, Macédoniennes, Grecques et Turques

Melnik 55

Aussi souvent utilisé en assemblage. J’avoue ne pas tout saisi de l’identité de cette variété qui semble avoir soit des synonymes, soit des variantes, soit les deux. Il est probablement aussi métissé. J’ai dégusté un bon exemple dans un restaurant à Sofia, mais je ne me souviens pas de son nom. Les deux que j’ai dégusté au salon étaient abimé par un usage maladroit de bois.

 

Bon, ce n’était une courte visite qui ne m’a donné certainement qu’une vision très partielle et fragmentée de la situation. Mais cette vision ne me rassure guère et je pense sincèrement que les producteurs bulgares ont grand intérêt à se focaliser davantage sur leurs variétés locales.

 

David Cobbold

Assez joli coup. Photo©MichelSmith


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L’éloge du crachoir… en terre cuite.

C’est un peu l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, légèrement remodelée à la sauce XXI eme siècle, vous allez voir…

À moins que ce ne soit l’éternel appel du terroir (clin d’œil à David) qui sommeille en moi. Ou l’envie d’aller cracher ailleurs que sur des tombes, bien qu’il s’agisse ici de quelque chose d’aussi terre à terre. Important, le crachat. À force, avec l’âge, je deviens un expert en la matière et je tente toujours de rejeter mon échantillon de vin sinon avec élégance, au moins avec précision et discrétion. Mais attaquons la chose autrement, si vous le voulez bien.

Dans les dégustations professionnelles, comme lors des tastings (pardon pour ce mot qui me blesse, mais je me mets progressivement au goût du jour) informels organisés à la maison ou au sein d’un groupe d’amateurs ou amis, outre la bonne température du vin, on a trop souvent tendance à négliger tout un protocole de choses qui peuvent paraître futiles et sans importance mais qui, pour ma pomme au moins, participent du minimum de dispositions pratiques et esthétiques permettant d’accorder valeur et respect au vin. À ce stade, qu’il soit bien entendu entre nous que le sens du pratique ne veut pas dire mocheté, tout comme l’esthétique ne veut pas dire n’importe quoi.

Joli coup de grâce au Salon des Vins d'Aniane. Photo©MichelSmith

Joli coup de grâce au Salon des Vins d’Aniane, avec Nathalie, du Mas Conscience. Photo©MichelSmith

J’en veux pour preuve la présence souhaitable et utile de l’eau, sur une table, lors d’une dégustation de vins. Cela dit, dans l’indifférence générale me semble-t-il, je déplore la mise en avant désormais systématique des bouteilles d’eaux minérales en plastique, le plus souvent du low-cost mou et hideux, qui vient polluer la vue qu’offre un alignement de verres ou de belles bouteilles. Non seulement cette exposition de flotte industrielle heurte ma vision de perpétuel vieux grognon, mais elle gâche mes photos par la même occasion! Quand je pense que je me suis déplacé, parfois au péril de ma vie, pour le vin, n’est-ce-pas, et non pour l’eau de Carrefour ou de Super U, quand ce n’est pas celle du groupe Nestlé ou de Castel. Ce dernier, au passage, fait plus de fric avec la flotte qu’avec le vin, tandis que l’autre se repaît dans la mal bouffe internationalisée. Mais c’est une autre histoire…

Coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Sympathique coup de bol par la suite. Photo©MichelSmith

Verser l’eau fraîche du robinet (le plus souvent de meilleure qualité, soit dit en passant) dans une cruche ou une carafe contemporaine ou ancienne, en terre comme en verre, serait pour moi de bien plus économique, judicieux et respectueux du vin comme de l’écologie. Mais voilà, il en va ainsi dans notre société où le je-m’en-foutisme est de règle : on doit faire avec et accepter l’irrationnel ! Demander un petit effort de respect à des vignerons qui, quand ils ne font pas la gueule derrière leur stand, arborent des Nike, jeans troués, casquettes américaines, tee-shirts publicitaires et puent parfois le mégot de cigarette roulée qu’ils vont fumer à la porte, en catimini, cela relève-t-il du rêve ? Bien sûr, et je m’empresse de le dire avant de me faire trucider place Saint Vincent, tous ne sont pas comme ça. Mille pardons pour cet égarement.

Coup de bol ensuite. Photo©MichelSmith

Coup de cuillère à pots ensuite. Photo©MichelSmith

Tiens, à propos de pots ou de cruches en terre, je me suis invité l’autre dimanche à un très populaire salon de vin dans la région des Terrasses du Larzac, à Aniane, à quelques rangs de vignes d’aramon de Saint-Guilhem-le-Désert et à quelques 300 kms aller-retour de ma base. Arrivé pile à l’heure comme à mon habitude – je n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai des restes de bonne éducation -, une fois payé mon verre faisant office de droit d’entrée (5 €, c’est raisonnable !), j’entre dans une vaste salle où une demi-douzaine de vignerons (et vigneronnes) s’affairent tandis que les autres, la majorité silencieuse des absents, doivent se dire que ce n’est pas la peine de s’affoler un dimanche matin.

Coup de chance. Photo©MichelSmith

Simple coup de chance, le vert, « ma » couleur. Photo©MichelSmith

Je fais donc mon rapide tour de piste tel un politicien local pour saluer quelques connaissances et voilà que je repère sur certaines tables de fort belles pièces d’argiles cuites vernissées couleurs vertes ou jaunes, typiques de cette partie de la Vallée de l’Hérault, de Saint-Jean-de-Fos en particulier, sympathique village connu pour ses poteries utilitaires. Au passage, il y a deux métiers ruraux que j’admire le plus : la poterie et la vannerie. Et quand bien même suis-je né en plein cœur de la riche et bourgeoise Neuilly-sur-Seine, à l’instar de nos chers présidents (Hollande et Sarkozy), ma fibre régionaliste et mon sub-conscient paysan se sont mis en branle d’un seul coup, comme par miracle.

Coup magistral. Photo©MichelSmith

Coup magistral (je vous épargne mon jet). Photo©MichelSmith

Là, mon sang n’a fait qu’un tour. Le temps de m’apercevoir que seul le cinquième des vignerons exposants avait eu la riche idée de remplacer les tristes seaux noirs plastifiés estampillés Languedoc par des réalisations de potiers locaux qui se sont révélés par la suite être d’efficaces crachoirs avec notamment un trou suffisamment large, profond et bien évasé pour recevoir mon jet puissant sans risque d’éclabousser les objets du voisinage. Mieux, certains vignerons ont poussé leur sens du marketing allant jusqu’à faire inscrire le nom de leur domaine sur le crachoir. J’ai oublié de leur demander à chacun combien cela leur avait coûté, mais je suis persuadé que le jeu en vaut la chandelle !

Assez joli coup. Photo©MichelSmith

Assez joli coup, dans la finesse. Photo©MichelSmith

D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi les organisateurs du Salon des Vins d’Aniane, depuis le temps que cet événement réputé existe, n’ont pas encore songé à demander aux potiers du coin de leur créer chaque année un crachoir officiel spécifiquement réservé au salon, objet millésimé et signé que les nombreux amateurs qui se pressent ici en été pourraient acheter pour une somme raisonnable et collectionner par la suite en souvenir chez eux. Un peu de bon sens et de terroir nom d’une pipe ! Mais quand cesserais-je d’être aussi naïf pour envisager de telles sottises ? Mêle-toi donc de ce qui te regarde, espèce de dégustateur à la noix ! Eh bien, justement, le bien craché fait partie de mes préoccupations !

Un coup d'eau. Photo©MichelSmith

Un coup d’eau, sans épée. Photo©MichelSmith

Vous vous imaginez recevant un ami amateur chez vous en lui montrant une belle série de crachoirs ? J’ai même suggéré au président du Salon, Roman Guibert, d’organiser l’an prochain un très officiel concours qui récompenserait le Vigneron présentant à son stand le plus beau crachoir en terre cuite. Ça les a bien fait marré et j’estime que c’est déjà un bon point pour celui – moi, en l’occurrence – dont la réputation d’emmerdeur public est bien établie dans la région ! Si seulement les doctes diplômés du Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc pouvaient m’écouter, cela donnerait du travail aux gens du coin. Tiens, rien que pour ça, je trouve que les organisateurs auraient pu m’inviter à déjeuner à une bonne table au lieu de me laisser choir auprès d’une brochette-frites triste à mourir sur l’esplanade du village avec une pauvre bière pression pour toute compagnie !

Simple coup final. Photo©MichelSmith

Simple mais élégant coup final. Photo©MichelSmith

Pour en revenir au crachoir-poterie, moi-même je suis fier d’utiliser ce type d’ustensile depuis des lustres sans même avoir éprouvé le besoin de faire réaliser des pièces à façon. Il m’aura suffit un beau jour d’aller passer une matinée de l’autre côté de la frontière, dans la bonne ville de La Bisbal, en Catalogne, pour y trouver de quoi recevoir mes nobles crachats de dégustation en plus de quelques cruches destinées à l’eau. Certes, on pourrait m’objecter que ces objets sont trop fragiles pour être transportés d’un salon à l’autre. Or, je vous jure que les miens sont encore intacts, à peine ébréchés au bout de 20 années d’utilisations régulières, comme le prouve la photo qui suit.

Coups du Smith. Photo©MichelSmith

Coups de maître, à domicile. Photo©MichelSmith

Alors, si vous êtes en vacances du côté de la Costa Brava cet été, suivez mon conseil au moins pour cette fois-ci. Je vous invite à vous promener le long de l’artère principale de La Bisbal où vous trouverez certainement l’objet potier de votre vie de dégustateur ! Mieux, si par hasard vous cherchez à fuir les parfums nauséabonds des plages du Languedoc polluées à l’huile solaire et aux mégots de toutes sortes, notez qu’un Marché des potiers se tient à Saint-Jean-de-Fos, près du Pont du Diable, durant deux jours, les 8 et 9 Août prochains.

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Cette pièce typique de la terre du Languedoc que vous rapporterez certainement, probablement unique, vous coûtera peut-être deux fois plus qu’un de ces horribles seaux plasifiés que l’on trouve sur Internet. Mais vous en serez fier et ne regretterez ni votre achat, ni la balade ! Et encore moins vos crachats !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Michel Smith


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Qu’est-ce qui pousse le mieux dans un champ d’intérêt?

J’ai rencontré un jour un type très intelligent – la preuve, c’est qu’il dirigeait une grande agence de pub – et qui m’a expliqué sa théorie des champs d’intérêt.

Il paraît que nous avons tous des champs d’intérêt et ou de compétence particuliers, des sujets qui nous interpellent, où on ne nous la fait pas, et pour lesquels souvent, nos nerfs sont plus à vif.

Moi par exemple, c’est le vin, la musique et l’histoire – sans oublier ce que je qualifierai de littérature digeste et intelligible – vous pouvez donc retirer Proust et Joyce.

Mais comme vous le diront certains collègues et néanmoins amis, en cuisine, je suis une bille.

En sciences aussi.

IMG_1434Le soleil est dans le champ (Photo © H. Lalau 2012)

Cette longue et paresseuse intro (écoutez donc Lazy, par le groupe qui porte le nom d’une robe de vin), cette longue et paresseuse intro, donc, pour vous expliquer que, comme tout un chacun, je ne m’indigne ou ne m’enthousiasme que pour ce qui m’intéresse vraiment; et ce que je comprends un minimum.

Ainsi, quand on annonce que Pluton est rétrogradé au rang de planète naine, je sourcille à peine; quand je lis que la Peugeot 308 est voiture de l’année, je me dis « ça doit être une bonne voiture »; quand je découvre que le fil de terre est vert et jaune dans les faisceaux électriques, je me dis: « il doit y avoir une bonne raison ». Quand j’entends dire que Froome est dopé, ou pas, je ne me prononce pas: je n’ai pas d’éléments pour trancher.

Par contre, quand je lis que 2013 a permis aux Grands Crus de Bordeaux de faire des vins gourmands sur le fruit, d’une grande buvabilité et à boire jeune, ou quand je lis que des coopératives du Languedoc veulent pouvoir utiliser du moût concentré pour contourner l’interdiction de chaptaliser dans le Sud de l’Europe, je sors de mes gonds.

Ce genre de sainte colère ne vous touche peut-être pas, ami lecteur, parce que tout buveur que vous êtes, votre sphère de compétence ou d’intérêt particulier est peut-être ailleurs – dans l’étude comparée des coléoptères, dans la résolution des équations du degré que vous voulez, ou dans celle du mystère de l’éternel féminin, dans l’orientation scolaire, ou dans la mise en place d’une société sans classes, que sais-je?

Alors je me dis qu’on pourrait s’entraider. Que j’ai besoin de vous pour résoudre les gros problèmes de robinets de la planète que je ne soupçonne même pas; mais que vous pouvez me déléguer un peu de l’information viticole – oh, pas à moi tout seul, il y en a d’autres et c’est notre diversité qui fait notre intérêt. Est-ce trop demander?

Parfois, à remuer toute la boue qu’on lance sur notre profession, même parmi nos chers collègues de la presse généraliste, sans parler des vertueux blogueurs, j’ai l’impression que oui.

A force de lire que nous sommes tous pourris, tous ringards, tous à la solde des puissants, des conventionnels, des riches ou des gros, je me dis qu’il y a du boulot pour redorer notre blason.

Mais le jeu en vaut-il la chandelle? Quel argument pourrait-il bien convaincre les théoriciens du grand complot viticole?

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Tout ça ne nous rendra pas le Congo, ni les comptoirs des Indes. Tout ça ne vaut pas un bon verre de vin. En voici un qui devrait réunir tous les buveurs de bonne foi: la Cuvée Khazan 2013, du Mas de Libian. Une cuvée qu’on ne devrait pas revoir de sitôt: cette année-là, faute de grenache, victime de la coulure, les Thibon ont dû miser sur la Syrah à 90%. D’un mal peut parfois naître un bien: le vin est vif, épicé, presque primesautier malgré sa corpulence. J’aime le retour du fruit noir en arrière bouche, comme le point final d’une belle tirade.

IMG_1398Après la moisson (Photo © H. Lalau 2012)

Oui, d’un mal peut naître un bien. Plutôt que de perdre mon temps à polémiquer sur le bio, sur le bon, sur le nature ou sur le sexe des levures, j’en suis revenu au goût du vin.

Hervé Lalau


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Un sale goût dans la bouche

J’ai extrait cette image d’un billet de Jacques Berthomeau – qui n’y est pour rien.

Je ne veux d’ailleurs même pas savoir d’où elle vient – je devine qu’il s’agit de prétendus défenseurs du vin français.

Quoi qu’il en soit, on est là au degré zéro de la communication, de l’ouverture, de l’humanité.

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On est même dans une sorte de xénophobie à l’eau tiède.

Oserai-je rappeler à ces chantres du « Consommer français » que la France n’a pas toujours craché sur les jolis rouges d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie, quand ceux-ci venaient remonter le Beaujolais, le Bordeaux ou le Côtes du Rhône? Car les vins du Maghreb ne manquaient « ni de robe, ni de caractère », pour reprendre la formulation inepte de l’affiche…

Puis ce fut l’Italie – dans les années 1970-80, les producteurs des Pouilles connaissaient très bien le port de Sète. Et puis, plus récemment, il y eut l’Espagne, qui fait toujours le bonheur de Vieux Papes ou du Jouvenceau.

Quant aux vins du Burkina Faso, il faudrait déjà qu’ils existent…

Par ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique une fois pour toute ce qui fait la supériorité du cubi de gros rouge hexagonal sur ceux du reste du monde, purs ou assemblés. Ma petite expérience en la matière m’a appris une chose: tout en bas de l’échelle des prix, et même dans la catégorie Premium, la production française n’atteint pas forcément le niveau de qualité de ses concurrents espagnols, italiens, argentins, sud-africains ou chiliens, par exemple. Des concurrents qui bénéficient souvent de coûts de revient inférieurs et d’un marketing plus efficace. Et ne me parlez pas de terroir: je vous parle de vins de gros rendements.

Bref, cette affichette me laisse un sale goût dans la bouche: celui de la honte. Ce n’est pas digne de mon pays, ni de son patrimoine viticole.

Il serait temps que la France des vins accepte la concurrence, et qu’elle apprenne à se battre avec d’autres arguments que la caricature, la mesquinerie, la haine. Il n’y a aucune honte à faire de bons vins bas de gamme, ni des vins d’assemblage, ni des vins de marque; c’est tout l’enjeu du Vin de France… A côté du vin d’artisan, il doit y avoir pour moi en France une place pour le vin industriel – du moment qu’on ne mélange pas les genres…

C’est même une obligation que de chercher à le développer: avec un marché national en baisse, la France viticole doit se tourner vers l’exportation, et ses grands crus ne suffiront pas à nourrir tous ses vignerons. Il nous faut marcher sur nos deux pieds.

Tout le monde ne doit pas faire du « grand vin de terroir »; parce que tous les consommateurs ne sont pas prêts à en boire.

Et puis, objectivement, tous les vignerons ne sont pas capables d’en faire non plus.

Hervé Lalau

 

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