Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Usages locaux, loyaux et constants…

Le Château Giscours, à Margaux, est visé par une enquête pour enrichissement abusif. Je vous rassure, il ne s’agit pas de la n-ième affaire de détournement de biens sociaux, mais d’une question de sucre.

Giscours aurait dépassé le pourcentage maximum d’ajout de moût concentré rectifié dans une cuve de Merlot du millésime 2016.

Château Giscours (Photo H. Lalau)

Il y aurait eu une erreur d’interprétation des données transmises par le syndicat d’appellation. Alors que dans un premier temps, celui-ci semblait indiquer que le Préfet allait autoriser l’enrichissement, le syndicat serait ensuite revenu sur cette annonce.

La faute semble vénielle, mais Giscours ayant déjà été condamné pour fraudes il y a quelques années, peut-être est-il l’objet d’une surveillance accrue. Ou bien est-ce juste la preuve que les contrôles fonctionnent.

Malgré tout, on peut s’étonner que le château ait dû recourir à cette technique dans un millésime comme 2016, dont Sovivins nous disait à l’époque, non non malice, que « Bordeaux n’est jamais à l’abri d’un grand millésime ».

Je me suis intéressé à la réglementation en la matière.

Comme le rappelle l’Institut Français de la Vigne et du Vin, celle-ci est régie par le Règlement européen N° 479/2008 :

Source: IFV

Margaux (comme tout le Bordelais) est inclus dans la zone CI, et pour une année comme 2016 (normale, au sens de la réglementation), l’enrichissement ne devait pas dépasser 1,5% – on notera qu’il n’est pas prévu de technique d’appauvrissement en sucre pour les années exceptionnelles. Mais chaque AOC peut adopter des règles plus restrictives.

Pour rappel, le cahier des charges de l’appellation Margaux stipule les points suivants:

« Dispositions générales :

Les vins sont vinifiés conformément aux usages locaux, loyaux et constants.

Maturité:

a) – Ne peuvent être considérés comme étant à bonne maturité les raisins présentant une richesse en sucre inférieure à 189 grammes par litre de moût pour le merlot et 180 grammes par litre de moût pour les autres cépages.

c) – Pratiques œnologiques et traitements physiques.
– Les techniques soustractives d’enrichissement (TSE) sont autorisées dans la limite d’un taux de concentration de 15%.
– Les vins ne dépassent pas, après enrichissement, le titre alcoométrique volumique total de 13, 5%. »

Qu’en conclure?

Primo, que l’appellation Margaux ne semble pas avoir une philosophie particulière en matière d’enrichissement des moûts, sauf pour ce qui est des techniques de soustraction (osmose inverse).

Secundo, qu’elle ne voit aucune contradiction entre l’énoncé d’« usages locaux, loyaux et constants » et cette technique (dont la mise en application dans les chais ne date pourtant que des années 1990, rappelons-le).

Pas plus qu’avec les éventuelles dérogations du Préfet (qui par définition, ne peuvent être constantes, sauf à parler de dérogations automatiques, systématiques, ce qu’à Bacchus ne plaise).

Je me demande cependant comment, avec une richesse en sucre des raisins (naturelle, donc) supérieure ou égale à 189 grammes par litre de moût – le minimum pour prétendre à l’appellation, il est encore nécessaire « d’aider la nature ».

Il y a quelque chose qui m’échappe. Tout le monde parle des fake news. Mais quid des fake degrees?

Heureusement, le consommateur final qui achète son Grand Cru sur la foi d’un terroir d’exception, et qui, en année exceptionnelle, comme 2016, accepte même de payer un peu plus cher, ignore tout de ces mesquineries, de ces arguties de laborantins et de journaleux mal dégrossis. Qu’importe la tambouille du chai, tant qu’on a l’étiquette.

Tant qu’on a l’étiquette…

L’usage le plus local et le plus constant, dans les Grands Crus du Bordelais, au moins ces 20 dernières années, c’est l’enrichissement… des propriétaires et des intermédiaires. Quant à dire que c’est vraiment loyal

Et de grâce, qu’on ne me resserve pas l’argument du Bordeaux Bashing. Qui aime bien châtie bien. Il y a des milliers de domaines qui travaillent honnêtement à Bordeaux et qui produisent de beaux vins, et auxquels je tire mon chapeau. Des Grands Crus aussi, qui résistent à l’appât du gain, par respect pour le consommateur et par amour-propre. Et seulement quelques dizaines de crus bling-bling qui, pour moi, n’ont parfois d’exceptionnel que leur habileté à se vendre trop cher à de riches gogos.

Le recours à la chaptalisation, à l’enrichissement des moûts et à l’osmose inverse devrait être rigoureusement interdit pour tous les grand crus. Ne se gaussent-ils pas de bénéficier d’un terroir particulièrement propice à l’élaboration de grands vins? Les mauvaises années (quand il y en a encore, car le réchauffement climatique est manifeste à Bordeaux), ces crus devraient tout simplement être déclassés, la production écoulée en second vin et sous une appellation de repli.

J’ai dit.

Hervé Lalau


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« Natural » wines: time to stop posing and ripping off customers?

A few years ago, my excellent and esteemed colleague Hervé Lalau wrote on this site an article in which he claimed that one should be tolerant with those who use terms such as « natural » wine (the inverted commas are intentional!), but that the legislator should step in with some form of qualification of this strange and ill-defined expression. Although I  concur with some of his points here (article in French), I do beg to differ with others and in particular with his conclusion. In addition, I do not think that any official definition of this, in my opinion, unwarranted term as applied to wine will ever be forthcoming.

Whichever way one turns this question, the problem of a clear definition arises. Does « natural wine » or « vin nature » mean wines with no added sulphur, little added sulphur (and how much is little?) no added substances at all during the wine-making process or only certain added substances (and which ones and why?), not to mention what agronomic practices are allowed and why. This alone means that I cannot see everyone concerned ever agreeing on what the expression should clearly designate, or even in what sense the wines thus designated differ from what is already covered by many other designations (and there are too many of these).

According to what I have recently heard (and one must beware of hearsay, I know) the INAO (the French body that governs all geographically designated wines in France) has refused to attempt an official definition of « vin nature ». I think that they are very wise in this instance. When one looks at the nebulous group composed by those who frequently use this term, one is reminded of numerous political parties who, as soon as they have been constituted, immediately begin to sub-divide themselves into splinter groups and fight amongst themselves. They are born to disagree, with anyone and everyone.

The photo above shows the colour of one so-called « natural » wine that was supposedly young, red and still. It was, in appearance, smell and flavours, none of these!

There is however another, perhaps more fundamental and philosophical issue that underlies this question. Is nature actually « good »? I feel that the answer must be that such a notion is meaningless. How and why should one attempt to apply moral values to an area which is not linked to such an exclusively human approach. Nature is, for sure, in its immense complexity, but it is definitely amoral. Now I fully realise that a lot of the motivation behind those wine producers who seek to make wines with little or no added substances involved in the process is totally honorable and linked to ecologically sound reasoning and, perhaps also, to some concerns about the health of consumers. On the latter point I find that they are often mistaken, but I will return to this in a while with a couple of examples. There is also, in many cases, the will to show the true character of their specific combination of particular grapes and a sense of place derived from where the grapes are grown (terroir, if you prefer). Even here, things can go seriously astray when deviations in the constitution of the wine, through undesirable yeast strains, bacteria, volatile acidity, re-fermentation or premature oxidation sets in. In such cases it becomes very hard to tell the grape variety or even the origin of the wine, since the defects simply dominate all the rest.

Of course we can all agree that everything possible must be done to improve the health and vitality of soils, water tables, plants, animals and human beings by thinking carefully about what we do, how we do it and the substances that we use in agriculture. But I am not convinced that some form of laissez faire is necessarily the way to go.

Take the case of wines with no added sulphur (which, by the way, is a « natural » product as part of the earth’s crust). There are some very good ones and even some that can stand the test of time, as I was able to note again recently when tasting two wines from the Gamay grape and the Loire’s Touraine region. Here, the producer Henry Marionnet has been making a wine called Premières Vendanges with no added sulphur for 25 years and I recently had the opportunity to taste both the latest vintage (2017) and the first one. The young wine was deliciously bright and clear-cut in its fruit, light yet ripe and full of energy. The older wine was still alive, mellowed by age and with the fruit transformed into something harder to define, but still very drinkable. So it can be done, probably thanks to impeccable hygiene both in the vineyard and the winery, and maybe some other techniques, but I am not into this producer’s secrets which belong to him.

On the other hand, last week I tasted two so-called « natural » wines that I show above and below (Marionnet does not use this term by the way). They were both totally undrinkable and could even represent some minor inconveniences to one’s health if one were to consume what might be considered as « reasonable » quantities. They were purchased in a Paris wine shop that specializes in these so-called « natural » wines and my colleague Sébastien bought them to illustrate for a class the differences between a well-made wine that tasted good and other wines, at similar price points and of the same region/grape combination, that presented clear defects that made the tasting experience unpleasant.

Both these wines were so seriously deviant that I would defy anyone who is not a total masochist to like them, or even finish a glass! And yet they are on sale, and at prices which set them well above the average prices paid for wines of their region or category. There is a problem here, and it is one that should also be linked to health considerations. I do not think that these bottles have been in any way controlled by fraud or health inspectors. If a retail shop was to sell a foodstuff with such flagrant defects, I am sure that they would be prosecuted. Why is it that some wine shops feel free to sell any old rubbish?

Which brings me to my final point. Not all, but quite a lot of these wines are clearly intended as a form of « political » statement. They are saying, or rather shouting, « we are different, we are rebels: we look different, we taste different, we don’t care about any rules and we are therefore free ». Well they are not that free, they are just posing, and they should have a bit more consideration for their customers upon whom they depend for a living.

David Cobbold

 

 

 

 

 


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En Cobbold dans le texte

Même s’il date déjà de quelques années, je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici un petit paragraphe de notre ami David Cobbold – après tout, il est de la maison, et puis, il en est des textes comme des vins, les bons vieillissent très bien.

David nous parle de la tentation qu’exercent certaines cuvées confidentielles sur le microcosme vineux. A titre de contre-exemple, il évoque le Crozes-Hermitage de Guigal:

« Je trouve ce vin exemplaire, car produit à 500.000 exemplaires et d’une qualité très régulière. On parle sans arrêt, dans des revues pour snobs faussement « rebelles » qui cherchent la mode éphémère, de cuvées microscopiques et introuvables, mais si l’on déguste à l’aveugle et sans biais, on ne peut que rendre hommage à des producteurs comme Guigal qui allient, depuis longtemps, volume et qualité. Le nez est fin, suave et parfaitement équilibré. C’est un joli vin direct dans son expression, souple mais assez complet et d’une bonne longueur.

Prix (excellent rapport plaisir/prix): 13 euros »

Comment expliquer la propension qu’ont pas mal de critiques à dédaigner le négoce et les gros producteurs en général, au profit du « small and beautiful »?

100_0285.JPGJe vous ai déniché un petit sudaf de propriétaire dont vous me direz des nouvelles – attention, la cuvée spéciale, pas celle qu’on trouve dans le grand commerce. Je ne crois pas qu’ils l’exportent, pas contre. Essayez peut-être à Buffalo…

Primo, nous autres Français avons toujours eu une attitude ambigüe vis-à-vis du succès, des gros, des riches, des gens en vue. Mélange d’admiration et de détestation. D’envie, aussi.

Secondo, il est souvent plus valorisant, en France (mais pas seulement) de passer pour un fouineur, un défricheur, un découvreur de talents (même rares) que de confirmer le choix du plus grand nombre. N’est-ce pas la même chose dans l’art, où l’hermétisme peut passer pour une vertu?

Tertio, en mettant en avant des vins que personne ou presque ne peut se procurer, on a moins de risque d’être contredit!

Quarto, c’est vrai que nous avons parfois la tentation de vouloir rétablir une sorte d’équilibre (rêvé?) en termes de notoriété entre les petits producteurs, qui en sont souvent dépourvus, et les gros qui n’ont pas besoin de nous pour l’entretenir.

C’est un combat perdu, et dont on peut parfois se demander s’il est légitime. Dans le sens où, comme le dit David, c’est la dégustation qui compte: le vin, dégusté à l’aveugle, est-il meilleur ou moins bon, est-il différent, vaut-il son prix?

Ce sont là, sans doute, les vraies questions.

Ce qui ne m’empêchera pas, moi aussi, de temps à autres, de succomber encore à la tentation de la défense du « confidentiel »…

Hervé (et merci à David)


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Un titre bien maladroit

Voila un titre de dépêche bien maladroit.

Les guillemets ont pour fonction d’indiquer qu’il s’agit d’une citation. Ou bien de bien montrer que le media prend ses distances avec le terme employé.

Est-ce nécessaire dans ce cas-ci? Les journalistes doivent-ils se distancier de l’hommage rendu à un homme qui a mis sa vie en jeu pour en sauver une autre? Ont-ils une seule raison de mettre en doute son héroïsme?

Ce ne sont que deux petits guillemets de rien du tout, mais ils font mal.

Hervé

 

 


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« Un verre de vin, c’est déjà trop »

Et ça continue…

http://sante.lefigaro.fr/article/un-verre-de-vin-quotidien-suffit-a-augmenter-le-risque-de-certains-cancers/

Vous pensiez qu’il suffisait d’une lettre ouverte pour faire taire les hygiénistes? Et émousser l’ardeur de ceux qui leur donnent de la visibilité dans leurs médias, sans jamais discuter leur doxa anxiogène?

Vous aviez tort.

Hervé


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En sopexien dans le texte – le foodtalk comme on le speake

Voici un communiqué de notre chère Sopexa, trouvé sur le site de ce qui fut naguère l’agence de référence des produits alimentaires FRANCAIS.

Je me dois de le préciser, parce qu’on y trouve une proportion de termes anglais à faire se retourner le brave Edgard Pisani dans sa tombe. Je vous les ai mis en couleur, c’est plus parlant, si j’ose dire.

5 mars 2018 News Sopexa

#JAO2018 : Chez Sopexa, le Food & Drink inspire !

L’univers du Food & Drink, ça vous parle ? Chez Sopexa, ça nous Inspire !
Le mardi 27 mars, Sopexa ouvre ses portes à l’occasion de la Journée Agences Ouvertes de l’AACC.
Venez découvrir une agence 100% Food, Drink & Lifestyle !

Qu’on soit Foodista, amateur de foodporn, fin connaisseur de vin, ou simplement tea lover, aujourd’hui tout le monde parle de food. Comment faire émerger une marque ou un produit dans les discussions ? Comment bien se faire représenter. Aujourd’hui, tout le monde peut prétendre au titre « d’influenceur » tant convoité par les marques et les agences. L’enjeu : comment les repérer et les capter !

A partir de 16h, venez nous retrouver au coeur de Paris, dans le quartier d’affaires de la Bourse, la nouvelle « place to be » des aficionados de Food & Drink.  

Au programme de la #JAO2018 de #Sopexa :

– De 16h à 17h : L’AGENCE SE REVELE ET N’A PAS FINI DE VOUS SURPRENDRE

Sopexa, c’est : 250 food lovers, 31 nationalités, basés dans 24 pays, dont le terrain de jeu est worldwide. Mais concrètement, que fait-on et quels sont nos talents ? Venez le découvrir.

– De 17h à 18h : FRENCH GUY COOKING : INFLUENCEUR… ET APRES ?

Cuisinier et youtubeur autodidacte, Alex French Guy Cooking a su faire de son petit accent frenchy sa marque de fabrique, et ne cesse de gagner de nouveaux fans ! 460 000 abonnés sur sa chaîne youtube en janvier 2018. Cet influenceur, au profil atypique doté d’un univers singulier, sera parmi nous le 27 mars pour révéler quelques insights sur son aventure.

– À partir de 18h : AFTERWORK 100% Food & Drink

Un concours photo vous attend pour gagner LE GOODIE BAG de l’agence, tant convoité… Le règlement sera affiché le Jour J à l’accueil.

Amusez-vous bien !

Et bien moi, non seulement ça ne m’inspire pas, mais ça me gave. Dommage, car si ça se trouve, au-delà de cet emballage, le contenu mérite peut-être l’attention… Après tout, pendant des années, la Sopexa a fait un excellent travail de promotion.

N’y voyez aucun chauvinisme de ma part: j’aime la langue anglaise. Mais dans son contexte!

Non seulement le choix de l’anglais pour les termes utilisés dans ce communiqué destiné à des Francophones n’a rien de pertinent (ne parle-t-on pas de gastronomie?), mais leur accumulation et leur côté faussement branchouille me donnent de l’urticaire. Cette novlangue de publivore parisianocentré à velléités cosmoglottes est totalement ridicule. Il ne manque plus que l’écriture inclusive!

Heureusement, je ne suis pas influenceur. Juste journaliste. 

Hervé Lalau


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Bradons le Bredon, ou le Cognac XO à la mode de Lidl

19,99 euros. C’est le prix de la bouteille de 50cl du Cognac Bredon en version XO, en ce temps… déraisonnable.

Un prix nettement en dessous des prix du marché, surtout pour un alcool d’au moins 6 ans d’âge (le prix d’une bouteille de 70cl de XO étant plutôt de l’ordre de 100 euros).

Revente à perte? Pas forcément. Selon l’Union générale des Viticulteurs de Cognac, des vignerons pris à la gorge financièrement pourraient avoir bradé leurs vieux stocks pour faire rentrer de la trésorerie. Pour mémoire, les produits Bredon sont vendus par le groupe Terroirs Distillers, qui ne possède pas d’unité de production à Cognac.

Mais au fait, comment peut-on être pris à la gorge financièrement quand l’appellation Cognac bat record sur record de vente depuis des années, surtout grâce à l’exportation? La richesse de l’AOC serait-elle si mal répartie?

Un beau coup de pub pour Lidl, en tout cas, dont on constate qu’il ne fait pas que du dumping social.

C’était un temps déraisonnable
On voyait des tarifs lamentables
On vendait du Cognac au prix du sable
On achetait du Bredon bradé et on croyait faire une affaire…

D’après Aragon (Est-ce ainsi que les hommes vivent?)

Hervé Lalau