Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Belge ou Luxembourgeois?

Après le vin espagnol sous pavillon français, les oeufs néerlandais sous pavillon français, les yaourts à la grecque pas grecs et aux photos bidouillées, voici un nouveau tour de magie de l’emballage créatif: le lait belge mais grand ducal.

Quand il achète du lait à la marque  Fairebel, qui porte sur ses briques une vache noire jaune rouge, le consommateur est en droit de penser qu’il a affaire à un produit belge.

Des couleurs bien belges…

 

Mais ce n’est pas toujours le cas, comme le prouve cette photo; pour ce lot, en effet, il s’agit de lait provenant du Grand Duché de Luxembourg.

Mais le code emballeur est LU-L2

Pas de quoi avoir envie d’exporter la révolution en Bolivie, comme le Ché; ni de déclarer l’indépendance de la Cerdagne.

Mais tout de même, tous ces exemples mis bout à bout ne vous donnent-ils pas l’impression qu’on ne peut plus faire confiance aux étiquettes?

C’est d’autant plus dommage pour tous ceux qui respectent leur terroir, leur produit, et leur consommateur.

 

Hervé Lalau 


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D’un naturel qui dénature grave

Attention ! La vidéo qui va suivre, vue à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux ces derniers jours, déclenchant au passage pas mal d’émois et d’indignations – à commencer ceux de votre serviteur, est un condensé de clichés, d’idées fausses et d’affirmations outrancières. Sans rechercher le jeu de mot, elle dénature le vin tout en cherchant à démontrer que le vin dit « nature » ou « naturel » est supérieur en goût comme en propreté au vin que les tenants du « nature » qualifient de « conventionnel ».

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170929.OBS5320/le-vin-normal-contient-12-pesticides-le-vin-naturel-aucun-plaidoyer-pour-le-vin-naturel.html

Publiée d’abord en une sorte de tribune libre sur le site du Nouvel Observateur par Antonin IommiAmunategui, avec pour titre choc « Le vin conventionnel contient jusqu’à 12 pesticides, le vin naturel, aucun », elle a été reprise peu de temps après une parution sur mon compte Facebook par un journaliste de l’Obs qui en a atténué très modérément la forme pour en garder le fond.

Mais revenons à Antonin. Organisateur d’un salon du vin « nature » à Lyon, c’est un jeune homme sympa devenu depuis quelques années un défenseur intransigeant du vin « nature » allant jusqu’à éditer, en 2015, un « manifeste », livret à propos duquel j’avais pondu pour vous une petite chronique que vous pouvez relire ici.

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Et voilà qu’il récidive, de manière plus caricaturale, avec la vidéo présentée plus haut. Personnellement, vous le savez, je n’ai rien (ou si peu) contre les vins «nature» ou «naturel» dès lors qu’ils sont buvables, bons et sincères…, francs et loyaux, comme on disait naguère. J’en ai vanté plus d’un sur ce site du temps où j’étais bien plus prolixe qu’aujourd’hui. Ceux qui me connaissent savent que les seuls vins que j’écarte réellement de ma bouche sont les plus mauvais qu’ils soient industriels, bio, biodynamistes et même « nature », qu’ils soient issus du négoce, d’une cave coopérative ou d’un vigneron gros, moyen ou petit. Comme je le disais dans un autre article (décidemment, vous allez en avoir de la lecture ce dimanche…) publié la même année, article à parcourir ici même, je qualifierais volontiers les vins de la mouvance «nature» de vins aventureux tant il peut y avoir de différences d’une bouteille à l’autre sur le vin d’une même cuvée. Or, puisque je ne crache jamais sur les aventures, que je suis ouvert d’esprit, je les goûte volontiers… tout en ne me privant pas de les critiquer comme je le ferais avec n’importe quel autre vin. Bref, vous m’avez compris.

Dire que certains vins sont bourrés de produits chimiques passe encore, mais tous, certainement pas, car si c’était le cas je ne serais pas là pour en parler. Certains, entre parenthèse tous ceux que je bois avec mes amis ou même tous les jours, n’ont rien de « standardisé » et sont même autrement plus agréables que bien des « natures » ou « naturels » qui recèlent parfois des odeurs de fumier et d’écurie que les amis d’Antonin cherchent à anoblir en affirmant qu’ils sont meilleurs au bout de 48 heures ce qui, bien souvent est loin d’être le cas. Lorsque me vient l’envie de boire du vin je n’ouvre pas 36 bouteilles dans l’espoir qu’elles seront meilleures après demain. Lorsque j’ouvre une bouteille, je veux la boire, l’apprécier et la vider sur le champ ! Une chose est certaine : les vins que mes amis et moi buvons « avé plaisir » ont chacun un accent particulier, un style, une saveur. Ils sont « conventionnels », comme le fait remarquer Antonin, « naturels » aussi (oui, j’en trouve de délicieux !), bio ou autre, mais Ils sont le reflet d’un vigneron ou d’une vigneronne que je connais et en qui j’ai confiance. Il se peut que je sois quelque peu endurci depuis 40 que je pinardise en Europe, mais n’ai jamais mal au crâne en les buvant.

Rappelons au passage qu’il n’y a aucun texte législatif concernant l’emploi des mots « nature » ou « naturel » et que cela engendre bien des confusions au point que mon propre vin, celui que je fais avec mes associés et amis, pourrait se dire « naturel » tout autant que le vin de mes voisins dont les vignes subissent trois ou quatre traitements par an. Je ne nie pas qu’il y ait des dérives avec des produits interdits en France et achetés en Espagne, de même qu’il y a encore beaucoup trop à mon goût de vignes sur-traitées.

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez qu’il est très facile de faire du bon vin : il faut travailler dur pour avoir l’espoir d’obtenir de très beaux raisins et il faut aussi une bonne dose d’inspiration. Non seulement l’approche est alors naturelle, mais le jus n’aura besoin d’aucuns produits de maquillage durant la vinification et l’élevage, enfin si peu… Et je connais des « naturistes » qui en usent et en abusent parfois, de même qu’il y en a qui sont respectueux de la qualité de leur vendange mais qui ne se privent pas de traiter s’il le faut.

Alors de grâce, cessons ces agissements contre le vin. Cessons de généraliser, de cloisonner, de compartimenter, de diviser.

Michel Smith

Pour élargir le débat et ne pas mourir idiot, deux lectures indispensables :

La première nous vient du blog d’André Fuster qui, souvent avec ironie mais aussi avec férocité, démonte point par point les sottises et les énormités si fréquentes dans le discours « naturiste » d’Antonin.

http://vitineraires.blogspot.fr/2017/10/12-pesticides.html

http://vitineraires.blogspot.fr/2017/10/un-verre-de-pesticides-non-juste-un.html

L’autre, signée Nicolas Lesaint, raconte, non sans logique et détermination, les problèmes parfois difficiles à résoudre qui accompagnent la vie d’un vigneron au quotidien.

https://reignac.com/blog/2017/10/venez-on-vous-expliquera.html

 


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Agenda caché

Je suis gavé de l’esprit négatif qui règne aujourd’hui dans bien des domaines; rien de ce qui préexiste, rien de ce qui se crée, rien de ce qui se transforme ne trouve grâce aux yeux de certains de nos contemporains.

Vous êtes Charlie? Vous faites partie du complot. Vous n’êtes pas Charlie? Vous faites partie de l’autre complot.

Vous primez un vin? C’est que vous aviez un intérêt caché, des accointances suspectes.

Vous critiquez un vin nature – vous n’êtes qu’un incompétent – pire, un vendu à la solde du grand capital.

Vous ne le critiquez pas? Vous avez succombé à une mode.

Bien sûr que tout est critiquable, que tout doit pouvoir être examiné. A condition bien sûr qu’il y ait matière à questionnement. Mais pourquoi toujours voir le mal partout? Pourquoi toujours chercher un agenda caché dans les choix les plus simples?

Qu’est-ce qui a fait, par exemple, que je vous parlais l’autre jour d’un Rivesaltes des Vignerons de l’Agly, plutôt que d’un autre vin? Rien d’autre que de l’avoir vu dans les rayonnages d’un magasin, et d’avoir été attiré par le nom de François Arago. De l’avoir acheté, par curiosité.

Dans la même semaine, j’ai reçu plusieurs échantillons de vins que je n’ai pas commentés, parce que je ne leur ai pas trouvé un intérêt suffisant pour vous en parler. C’eut été plus facile, pourtant; et ça ne m’aurait rien coûté.

Je dis ceci pour ceux qui pensent que des considérations économiques dictent mes dégustations et mes coups de coeur. Et bien non!

Notez que s’en défendre, c’est aussi prêter le flanc à la critique: « vous voyez bien qu’il a quelque chose à se reprocher »… C’est aussi imparable qu’un réquisitoire du temps de la justice soviétique. Ou qu’un prêche, au choix.

Ma conclusion provisoire, si vous le voulez bien, sera la suivante: croyez ce que vous voulez. Je peux me tromper, mal écrire, faire des erreurs de jugement, mais ce sera toujours de bonne foi. Et puis, il y a bien d’autres sites à visiter.

Au fait, sur celui-ci, nous n’acceptons pas les commentaires anonymes.

C’est une question de dignité. Je m’expose, je signe chaque billet, j’attends la même honnêteté de ceux qui me critiquent.

Hervé Lalau


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Excitingly yours

Est-il vraiment nécessaire que tous les communiqués de presse que nous recevions fassent part de l’« énorme excitation » que provoque chez les marketteers toute fusion, toute reprise, toute arrivée de nouveau directeur, tout lancement de nouveau produit, toute nouvelle pub… et même, parfois, un simple permis de construire? Faut-il aussi que toutes leurs marques soient « iconiques et globales », que toutes leurs activités visent l’excellence?

Le DG de Chivas Brothers Laurent Lacassagne a coché toutes les cases, en tout cas. Pour évoquer l’extension de sa distillerie de Kilmalid, il prend des accents quasi-lyriques: “It marks the beginning of a hugely exciting new era for our business and through this investment we will deliver our ambition to achieve excellence in our operations, enabling us to develop and grow our portfolio of iconic and global brands”.

A ce niveau de ronflant, ça n’est plus du teasing, c’est du soufflé.

Et vous, ça vous excite?

Moi, ça me gonfle.

Hervé Lalau


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Un train qui n’est pas arrivé à l’heure : Coteaux d’Aix-en-Provence rouges

Il n’est jamais bien agréable de dire du mal des vins, mais quand, à l’occasion de la dégustation d’une série relativement importante, seule une poignée de vins trouve grâce à mon palais (qui n’est pas si exigeant que cela après tout), j’estime que c’est mon droit (et un peu mon devoir) de dire quelque chose.

La semaine dernière, parmi les dégustations proposées à Paris, il y en avait une consacré aux vins rouges de l’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence. Etant donné mon extrême réticence devant la dérive de la production de cette région vers une forme de mono-culture consacré aux vins rosés pâles, je voulais soutenir cette vision d’une certaine diversité dans la production. Et cela d’autant plus que j’ai dégusté d’excellents rouges d’Aix à d’autres occasions.

Mais quelle déception devant les 24 vins présentés à cette occasion ! Oh, pas tous, bien entendu. J’ai tout goûté et, en cherchant bien, j’ai trouvé qu’il y avait là 7 bons vins. Il s’agissait, sauf quelques exceptions, de millésimes jeunes : 2013, 2014 et 2015. 7 bons vins (issus de 6 domaines) sur 24, cela doit être un des plus faibles « taux de conversion » que j’ai rencontré lors de ce type de dégustation depuis un bon moment. Il faut savoir tout de même que plusieurs de domaines les plus réputés et qui figurent sur la carte ci-dessus ne présentaient pas des vins à cette dégustation.

Alors quels étaient les bons ? Voici une liste avec quelques commentaires succincts.

Ma sélection

Château Bas, Le Temple 2013

Dense, charnu et assez tannique. Aura besoin de temps encore pour se dépouiller. Boisé assez présent. 20 euros.

Les Béates, Terra d’Or 2006

Surprenant de tomber sur un vin ayant plus de 10 ans dans cette série. Bon équilibre avec un fruité qui a tenu. Vin plaisant, aidé par une touche de volatile. Un peu cher à 32 euros, quand-même.

Château de Beaupré, Collection du Château 2015

Très bon vin, charnu et bien structuré avec une bonne longueur. Vaut bien son prix de 17,50 euros. Un des meilleurs de la série.

Château Paradis 2014

Assez intense et long avec de la matière. Prix très raisonnable (12 euros)

Domaine de la Mongestine, M, 2015

Ma découverte dans cette série car je ne connaissais pas ce domaine auparavant. Un très beau fruité et une matière assez fine et bien équilibrée. Long aussi. Prix très raisonnable (12,50 euros)

Et pour finir, deux millésimes de Château Vignelaure

2011

Le meilleur vin de la série, pour moi. Suave et fruité, d’une bonne longueur. Harmonieux et très bon (25 euros)

2010

De la complexité, avec un peu de volatile? Charnu au début, puis des tanins un peu trop secs à la fin. (25,50 euros)

 

Et les autres ?

Château Revelette, qui est régulièrement dans les très bons, n’était pas présent, ni quelques autres que j’ai aimés dans le passé, dont Calissanne.

Vous trouverez ci-dessous la liste des autres domaines présents dont je n’ai pas apprécié les vins, pour diverses raisons. Pour faire simple, je n’en aurais sélectionné aucun pour un article ou un guide, pas plus que je ne les choisirais pour ma table. Est-ce grave, docteur ? Dans l’absolu non, mais cela devrait inquiéter dans le cadre d’une compétition de plus en plus exigeante entre appellations et pays vinicoles. Si le vente du vin rosé assure probablement la rentabilité de la région, il ne faut pas négliger les autres couleurs pour autant.

Domaine Saint Savournin, Château Saint Hilaire, Domaine de Suriane, Les Vignerons du Roy René, Domaine de Valdition, Domaine des Oullières, Domaine d’Eole, Château de Calvon, Domaine Tour Capanets, Château Saint-Julien, Les Quatre Tours, Domaine Naïs, Les Vignerons de Granet, Château Beaulieu, Domaine Camaïssette, Château de Vauclaire.

Cela fait beaucoup de déchet quand-même !

David Cobbold


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Bouchonnés de tous les pays, unissez-vous!

La semaine dernière, au cours d’une dégustation de vins du Roussillon, par ailleurs tout à fait convaincante, j’ai à nouveau constaté un taux élevé de bouteilles bouchonnées (deux sur 22).

Ce n’est là qu’un exemple de ce qui constitue le lot de tout dégustateur professionnel depuis de nombreuses années. Et encore ne sommes-nous pas les plus à plaindre: dans ce genre de manifestation, il y a toujours une deuxième bouteille pour se faire une deuxième opinion; et puis, surtout, nous ne payons pas les vins.

Un producteur de mes amis, qui utilise justement la capsule à vis pour éviter tout risque de ce type, m’a confié ses difficultés à vendre ses bouteilles en France ou en Belgique, alors même qu’à la dégustation, ses vins font l’unanimité; il évoque clairement les réticences dont cavistes et autres professionnels du vin continuent de faire montre vis-à-vis de la vis.

PAL ou SECAM?

Cela m’enrage. Je me permets donc d’enfoncer le clou à nouveau, en rappelant que l’enjeu est beaucoup plus vaste… Il n’y a pas que la France dans le monde, son poids sur le marché du vin est d’ailleurs plutôt à la baisse. Et de nouvelles générations de consommateurs arrivent. Si nous ne voulons pas en rester au SECAM quand toute la planète est au PAL, comme ce fut le cas dans les années 80 avec la télévision, il faudrait peut-être se bouger…

Dégustés cette semaine: un Grand Cru suisse et un sauvignon de Touraine… capsulés

C’est à nous, les prétendus préconisateurs, d’encourager ce mouvement, en rappelant les atouts de la capsule: élimination des retours pour goût de bouchon, moins de contestations, plus de facilité pour ouvrir et pour refermer la bouteille, ainsi que pour transporter et conserver le vin une fois ouvert, notamment. D’ailleurs, ce bouchage a fait ses preuves, même en France: dois-je rappeler aux vierges effarouchées par l’alu que la grande majorité de nos chers Pineau des Charentes et de nos chers Muscats de Rivesaltes, de Beaumes-de-Venise ou de Frontignan sont bouchés à vis? Sans oublier une partie non négligeable de nos bons vins français destinés à l’export.

R.A.S.

Comme j’en ai plus qu’assez de déguster du vin bouchonné, je continue à militer pour une solution réaliste, aux avantages avérés, utilisée depuis plus de 30 ans dans différents pays du monde, à la satisfaction de millions de consommateurs de ces pays, qui ne sont pas plus bêtes que nous. Tout en précisant à nouveau que je ne suis payé par personne pour l’écrire.
Surtout, je m’étonne que de plus jeunes que moi, qui devraient être moins sensibles au poids des traditions, surtout aussi éculées, ne soient pas plus véhéments sur cette matière.
Que de débats enflammés, en France, depuis 20 ans, sur toutes sortes de questions plus ou moins pertinentes dans le domaine du vin! Critiques, journalistes, sommeliers et blogueurs dissertent à l’envi des avantages ou inconvénients supposés du bio, de la bio-dynamie, du labour à cheval, du sans soufre, du vin orange, de l’élevage en qvévri ou en demi-muids, sans oublier les petits rendements, les vendanges de Manuel, la part des anges, le sexe des suzukii et les arômes de terroir. Et vous le savez, si vous me lisez, sur tous ces chapitres, je suis prêt à tout entendre, pourvu qu’on me laisse déguster et me faire une opinion du résultat dans le vin.
Mais quand il s’agit d’un problème auquel tout buveur moyen a été confronté – car tout le monde tombe régulièrement sur des bouteilles bouchonnées, ou prématurément fatiguées, un problème pour lequel existe une solution, valable aussi bien pour les blancs que pour les rouges, pour les vins à boire jeunes que les vins de garde (j’ai dégusté des Grands Crus suisses capsulés de plus de 30 ans), c’est quasiment le silence radio dans l’intelligentsia française du vin. R.A.S. Surtout, ne faisons pas de vagues. Pourquoi changer un bouchage qui foire?

Où êtes-vous, amis prescripteurs?

Où êtes-vous, les amis, vous qui arbitrez les élégances de quilles à plus de 100 euros, vous qui débattez de principes quasi métaphysiques pour le seul profit d’une bande d’initiés, quand ce n’est pas pour votre seul plaisir, où êtes-vous, chers collègues, quand il s’agit de défendre le consommateur floué par un vin imbuvable et pourtant parfois payé très cher, peut-être sur votre conseil?
Ne comprenez-vous pas que si le vin que vous avez vanté dans vos articles, ou que vous avez mis sur la carte de votre restaurant, déçoit votre lecteur ou votre client, juste parce qu’il est liégeux, ou tout simplement douteux, à cause d’un bouchon défectueux, VOUS le décevez aussi?
Votre responsabilité est engagée; et pourtant, vous n’avez de compte à rendre qu’au buveur, pas au bouchonnier! Qu’attendez-vous donc pour secouer ce cocotier? Vous vous dites « prescripteurs »; et depuis combien de temps passez-vous sous silence ce véritable scandale, cet accident industriel généralisé? Vous vous indignez pourtant souvent pour bien moins que ça. Bouchonnés de tous les pays, de toutes les obédiences, de toutes les chapelles, unissez-vous au service du buveur!
Par ailleurs, comment expliquer que des vignerons passionnés par leur travail acceptent que celui-ci puisse être gâché par la dernière étape de la production – la seule, en plus, qu’ils ne maîtrisent pas vraiment? Est-ce de la résignation? Ou est-ce la peur des réactions en aval, chez les vendeurs de vin?
Mais justement, à ce propos, comment expliquer que des distributeurs qui ne tolèreraient certainement pas 2% de retour sur des yaourts à 1,25 euros les quatre acceptent pour le vin, produit noble, de cautionner un type de bouchage qui affiche un taux de défauts potentiels bien supérieur?

Et vous, les distributeurs, les grossistes, les cavistes?

 On voit régulièrement apparaître dans les grandes surfaces des emballages  innovants – ce qui prouve non seulement que les acheteurs de la GD ne sentent pas tous la naphtaline, qu’il y a une vie après les négociations; mais surtout, que les consommateurs sont réceptifs au changement, pour autant qu’il apporte un plus. Pourquoi la bouteille de vin devrait-elle faire exception? Notre secteur est-il condamné à la ringardise? A-t-on seulement demandé au consommateur ce qu’il voulait, ou le sait-on mieux que lui?
Les distributeurs ne se doivent-ils pas d’être pro-actifs, d’aller au devant des désirs de leurs clients, de les chouchouter, de leur éviter des déconvenues? Qui, le premier, parmi les distributeurs, généralistes ou spécialisés, osera éditer un petit prospectus expliquant aux consommateurs les avantages de la capsule, quitte à en faire payer une partie par le fournisseur (il paraît que ça se fait)? On a déjà vu des thèmes de communications moins utiles…
Il a bien fallu un jour qu’on passe de l’arbalète au fusil, de la manivelle au démarreur, de l’hélice au réacteur, du minitel à l’ordinateur… Cela ne s’est pas toujours fait sans mal, mais quand les avantages d’un nouveau système sont vraiment évidents, les traînards finissent toujours par rejoindre le troupeau.
Ce n‘est pas parce qu’une partie des professionnels français (et belges) vivent encore dans le passé qu’il faut en oublier les autres, en France, et surtout ailleurs  dans le monde; tous ceux qui sont plus à l’écoute des vraies attentes de leurs consommateurs – à savoir, ni le plops du bouchon, ni le tra-la-la du débouchage, mais un vin sans défaut, ou en tout cas, sans autre défaut que ceux qu’y a mis le producteur. En outre, il ne faut pas désespérer de la génération de nouveaux consommateurs, qui en France et en Belgique comme ailleurs, s’attachent beaucoup plus au contenu qu’au bouchon: l’engouement actuel pour des produits virtuellement inconnus il y a encore quelques années, comme le Prosecco ou le Cava, démontre que le marché du vin n’a rien de figé. L’arrière-garde de l’armée pétrifiée, c’est parmi les pros qu’on la recrute, apparemment, pas parmi les gens qui achètent le vin; sinon, pourquoi vendrait-on en Belgique du Portico, du Brancott, du Penfolds ou du Barefoot sous capsule? Sans parler de tous les vins sous bouchon synthétique – qui peut croire qu’un consommateur fait plus confiance à un morceau de plastique (aussi difficile à extraire qu’à remettre sur la bouteille) qu’à une capsule à vis, dont la praticité n’est plus à démontrer?

En toute connaissance de cause

Incidemment, je dégustais ce midi un Touraine sauvignon capsulé. Un peu par hasard. Comme cette cuvée, primée lors d’un concours, est vendue presque exclusivement en Grande-Bretagne, le producteur ne peut pas la montrer sous un autre type de bouchage aux journalistes. Même en France ou en Belgique. Le vin m’a semblé un peu dilué, sans grand intérêt (surtout pour un vin médaillé!) – mais au moins, il était tout à fait net. Ce qui m’a permis de le juger sans me demander si la bouteille avait un problème. En toute connaissance de cause, quoi.

Hervé Lalau


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Dans la famille Lurton, je m’arrête sur Marie-Laure

En juin dernier, à l’occasion de VINEXPO, j’ai séjourné comme à l’accoutumée chez Marie-Laure Lurton Roux. Mais, si les autres fois, je la voyais à peine, tant nos agendas respectifs étaient chargés, ce fût bien différent cette année, nous avons pu passer beaucoup de temps ensemble, ce qui m’a donné très envie de vous parler de cette « dame » du vignoble bordelais, et de vous la faire mieux connaitre !

Les Lurton

Une famille à la tête de 27 Châteaux, et de plus de 1300 hectares de vignes dont la majorité se situe dans le bordelais mais aussi dans le monde entier (Australie, Argentine). Une véritable dynastie qui en cinq générations a créé une marque mondialement connue. Ce sont les deux frères André et Lucien Lurton, qui ont engendré cet empire, dans le sillage de leur grand-père Léonce Récapet distillateur à Branne. Bérénice Lurton se plait à rappeler qu’il s’agit de « cinq générations de viticulteurs, nous sommes avant tout des gens de la terre ». Les Lurton sont très certainement la seule famille au monde avec autant de membres travaillant en même temps dans le monde du vin, produisant des vins de qualité dans différentes gammes et différents pays. Lucien Lurton, (92 ans aujourd’hui) celui qu’on appelle : l’Homme du Médoc, a constitué un petit empire de crus classés, ce qui a fait de lui le plus gros propriétaire de Margaux avec 240 ha de vignobles. Les Lurton du Médoc, ce sont aussi des négociants en vin :  ils ont créé  en 1999 « La Passion des Terroirs « C’est l’une des 10 plus importantes maisons de négoce de la place de Bordeaux avec 5 millions de bouteilles commercialisées.

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Qui est Marie-Laure ?

Je vais essayer de vous la raconter en restant le plus neutre possible car je lui voue une grande amitié. Née le 10 avril 1963, c’est l’une des filles de Lucien Lurton, elle a grandi à Brane-Cantenac dans une famille totalement dédiée au vin et qui avait acquis une grande notoriété. Marie-Laure me décrit son père, comme un homme simple qui a toujours fuit les mondanités et qui a une vraie passion pour les Terroirs, il a contribué à remembrer les vignobles de Margaux avec les viticulteurs du cru. Dans les années 60, quand la crise a mis sur le marché nombreux domaines, il en a profité, et a racheté, en 62 le Château Durfort Vivens (2è CC Margaux) puis Bouscaut(CC de Graves) et Desmirail (3è CC Margaux) qu’il a reconstitué parcelle par parcelle. En 1970, c’est le rachat de Climens 1er CC dans le Sauternais. En 1992, il a réglé la succession en transmettant ses 11 châteaux à ses 10 enfants, en faisant des lots de valeur équivalente. Elle m’a raconté que son papa, leur avait demandé ce qu’ils souhaiteraient recevoir en priorité, mais en réalité, il n’en a pas vraiment tenu compte. On ne peut s’empêcher de remarquer que les crus classés de Margaux sont allés aux garçons ! Denis a hérité de Desmirail, Henri de Brane-Cantenac, Gonzague de Durfort-Vivens, quant à Marie-Laure, elle a hérité de 3 crus Bourgeois : le Château de Villegeorge (Haut-médoc), le Château Duplessis (Moulis) et le Château La Tour de Bessan (Margaux). Je précise que nous n’avons jamais évoqué le sujet ensemble, elle est bien trop discrète et respectueuse des décisions de son père.

Le « je ne sais quoi » de Marie-Laure !

Mème si vous la connaissez-tous, je suis certaine que vous ignorez tout du « je ne sais quoi » de Marie-Laure qui fait tout son charme et sa personnalité. Sans doute tient-elle de son père, sa réserve naturelle, sa rigueur et l’aspect très technique, et exigeant de la profession. Comme lui, elle a suivi des études d’œnologie, elle est à ce jour l’une des rares femmes œnologue-propriétaire en Médoc. C’est une femme très déterminée, même si à première vue, elle ne donne pas cette impression, elle s’est formée auprès d’Emile Peynaud et a choisi sa propre voix. Le vin lui offre la possibilité d’exprimer sa personnalité singulière et d’être en accord avec elle-même. Ce qui la caractérise le plus et fait son talent, c’est sa recherche permanente de la qualité, son ouverture d’esprit, et sa convivialité. C’est une grande travailleuse, sensible aux détails et à la simplicité, elle façonne sa marque avec soin et fermeté, sans laisser rien au hasard et sans se contenter de profiter simplement de la marque Lurton. Son style, ses vins, ses propriétés, tout en elle respire la simplicité et l’authenticité. Ce que j’aime le plus chez elle: son côté naturel et sa jovialité, son dynamisme, et ce je ne sais quoi qui la rend si attachante. S’il s’agissait d’un vin je dirai qu’il a de la race!

 Itinéraire d’une vigneronne discrète:

Elle est discrète mais dotée d’une très forte personnalité qu’elle s’est elle-même forgée, ce qui lui a sans doute permis de rester dans ce monde, tout en cassant le cordon ombilical. Au fil des ans, elle s’est affirmée, elle a lutté pour faire prospérer les 3 châteaux hérités ; elle ne s’en sort pas vraiment, alors elle décide en 2015 de vendre Duplessis pour mieux se concentrer sur La Tour de Bessan et Villegeorge pour lequel, elle a un faible. Un peu plus tard, elle a quitté l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc. Pourquoi ? « J’ai envie de faire les vins que j’aime en me libérant des carcans et des cahiers des charges ». Elle me disait souvent, qu’elle était consciente que les Bordeaux ne figuraient plus sur les cartes de Restaurants « Le diktat bordelais n’est plus en accord avec le marché. » Elle préfère lutter seule !

En dehors du vin, c’est une grande sportive, elle court les marathons avec son mari, et elle a élevé 3 enfants.

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Marie-Laure sur la ligne d’arrivée du Marathon du Médoc 9 septembre dernier! 1 577 ème sur 7 913 !

Le style Marie-Laure

« Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » et c’est tout à fait elle!

C’est une passionnée des Terroirs, ce qu’elle traduit dans ses vinifications parcellaires, elle aime ses vignes, il m’est arrivé de l’accompagner dans ses visites à Bressan, elle en parle avec conviction : « Quand on goûte nos vins, il faut qu’on retrouve ce sol de Graves de Margaux ». Elle explique son travail, et ne cache rien, ni le levurage ni parfois quand c’est nécessaire le recours à des vendanges mécaniques. Une chose est certaine, elle ne cherche pas à être à la mode, elle s’est finalement arrêtée sur une vinification traditionnelle. Toute sa doctrine est basée sur la qualité du raisin et un bon rapport qualité/prix ! Elle travaille en permanence à l’amélioration de la qualité de ses vins, elle s’est engagée dans la culture raisonnée des vignobles qui permet la diminution des intrants, l’abandon de certains produits phytosanitaires, ses deux domaines sont certifiés « Terra Vitis », label reconnaissant un travail de la vigne respectueux de l’environnement depuis 2003. Mais, elle cherche avant tout à produire des vins à boire ! Elle n’a que très peu recours aux barriques neuves pour éviter des vins trop boisés. « Pour moi la barrique, l’intérêt, c’est l’oxygénation ménagée des tanins, le but c’est d’assouplir les tanins au cours de l’élevage et pas de donner un goût de bois. Donc je ne mets jamais plus de 20 % de bois neufs dans mes vins. Parce qu’autrement on tue le fruit ; le bois neuf est l’ennemi du fruit. » Les vins sont à son image « chaleureux », libres, ils laissent s’exprimer au mieux le potentiel du millésime et le fruit.

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Comment elle conçoit l’œnotourisme à La Tour de Bessan:

« L’œnotourisme permet d’établir un puissant échange avec l’amateur de vin », explique Marie-Laure Lurton. Elle propose donc, de nombreuses activités au Château La Tour de Bessan comme des : visites, ateliers d’assemblage et découverte des cépages, cours de cuisine et dégustations axées sur les accords mets-vins. « A travers le vin, il y a l’idée de culture, mais aussi de partage, c’est ce que nous voulons recréer dans nos « ateliers ». Nous voulons leur donner quelques clés pour se faire leur propre palais, et choisir par eux-mêmes. »  J’ai assisté à l’atelier 100% Cépages, en compagnie d’un couple d’américains et en quelques mots très simples, elle leur a donné le sésame pour comprendre les cépages et former leur gout.

Et le millésime 2017 ?

Je lui ai demandé ce lundi, où elle en était des vendanges? Réponse de ML« Je viens de les commencer aujourd’hui. Difficile de donner un avis maintenant…il faut voir ce que l’on rentre et ce que l’on en sort : fin de macération. Je serai fixée dans une quinzaine de jours sur la tendance… »

 

A chaque propriété, son style !

Elle a su donner à chacun de ses vins une personnalité propre: le classicisme de Villegeorge, l’élégance et le soyeux de La Tour de Bessan, se complètent harmonieusement.

Je vous en parle la semaine prochaine.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols