Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Festif, qu’ils disaient…

« Le Champagne est le vin le plus festif et convivial au monde, roi des célébrations ». 

Ainsi commence le sympathique communiqué que j’ai reçu cet après-midi pour appuyer la Fête du Champagne, à Reims.

Ce n’est pas pour être contrariant, mais je m’inscris en faux.

Depuis 15 ans, hors frontières, et notamment en Belgique, le Champagne a cessé d’être un vin convivial et festif.

Parce qu’il est devenu trop cher. Et si le segment des bulles a explosé, au cours des deux dernières décennies, ce n’est pas grâce au Champagne, mais à des alternatives plus abordables, le Cava, le Prosecco, et dans une moindre mesure, les Crémant et les bulles de marque, type Café de Paris, Martini et Kriter. Ce sont eux qui ont permis de sortir la consommation d’effervescents du ghetto des fêtes de fin d’année, des soirées snob ou des signatures de gros contrats, pour la faire entrer dans l’ère moderne et dans la vie des familles, des consommateurs lambda. Quitte à proposer leurs bulles en canettes ou en mixers.

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Ca n’enlève rien, bien sûr, à la qualité du Champagne, ou plutôt des Champagnes, car il en est de toutes sortes, des bons, des moins bons, de petits, des grands, des produits de volume ou des produits de terroir; mais je pense que cela méritait d’être dit.

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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

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-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith


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Critique de merde!

« Quelle merdasse! », titrait Le Figaro, mercredi dernier, à propos des Visiteurs 3. A lire sa critique au vitriol, je n’ai pas pu ne pas me demander ce qui avait le plus irrité mon confrère:  le film, ou le fait de ne pas avoir pas reçu de copie en preview (un vrai crime de lèse-critique!)?

Difficile de trancher, car le critique du Parisien, lui, a franchement aimé.

Quant à moi, je n’ai pas vu le film. Et j’avoue que cela ne me tente guère – j’avais beaucoup aimé le premier, mais je ne suis pas trop adepte des suites de suites… D’ailleurs, je n’ai même pas été voir le dernier Star Wars.

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Une chose m’incite tout de même à accorder le bénéfice du doute aux Visiteurs 3: c’est qu’à la sortie du premier film, déjà, Le Figaro était resté sur sa faim, parlant de « grosse farce » et évoquant un « manque de gags ». Il faut croire que les 13 millions de spectateurs qui ont vu le film en ont jugé autrement. 

Je me demande souvent pourquoi on force des gens qui, manifestement, n’aiment pas le cinéma populaire, à commenter des films; et même, à les regarder. Est-ce une punition?

Je ne peux pas ne pas penser à la critique viticole. Sommes-nous à ce point déconnectés du public?

Cela mérite qu’on s’y arrête un peu.

C’est vrai que certains, parmi nous, ont tendance à chercher la petite bête. A ne s’intéresser qu’aux vins rares; pire, à mon sens, aux vins difficiles d’accès. Pour eux, le mot « facile », appliqué à un vin, est péjoratif.

Je m’empresse de dire que ce n’est pas le cas de tout le monde. J’en connais – et j’en suis, pour qui l’accessibilité est une vertu.

J’en connais même qui ont osé écrire qu’il y a au moins autant de mérite à produire 100.000 bouteilles de bon vin que 1000 bouteilles de grand vin (ne cherchez pas, c’est moi).

Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner toute prétention à faire connaître au grand public des choses de qualité, et même des vins d’exception; cela veut dire qu’il ne faut pas se limiter à ça. Notre chance, c’est de pouvoir déguster plus souvent et plus varié que la majorité des consommateurs, ce qui nous donne la possibilité de l’aiguiller en connaissance de cause vers des vins différents, de les lui expliquer. Mais cela ne nous donne pas pour autant le droit de nous réfugier en haut d’une tour d’ivoire, ni de monter en chaire.

N’oublions jamais que le vin est d’abord un produit de plaisir et de consommation; qu’il nous faut respecter le lecteur, le buveur, le payeur. Que si  l’on aime le vin, au point d’avoir fait son métier de le commenter, il faut pouvoir tout déguster, sans oeillères, ni a priori. Rechercher ce qu’il peut y avoir de valable à tous les niveaux de prix; ne pas se gargariser des mentions sur l’étiquette (Grand Cru, AOP, IGP, VSIG, vin français, vin étranger, peu importe!) ni du caractère exclusif d’un vin.

Car il y a peut-être pire, de la part de critiques, que de décourager de pauvres spectateurs d’aller voir un film distrayant. C’est de les envoyer s’emmerder deux heures dans une salle sous prétexte d’un improbable message, d’une prétendue initiation, voire d’une leçon de morale politique ou sociale!

Alors en ce qui me concerne, pas question d’inciter mes lecteurs à perdre leurs précieux sous, ni un bon déjeuner, à boire des vins tout juste bons pour une bande de branchouilles!

Populairement vôtre

Hervé Lalau

 

 


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Un Gamay Day, quelle idée !?

« Un Gamay Day? Qui a bien pu imaginer ça, et où ? »

-Dans le Beaujolais, bien entendu!

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« Mais qui boit du Gamay ? »

-Ben moi, et puis pas mal de potes! T’es en retard de deux guerres, mon gars! Même si les préjugés ont la peau dure.

Exemple :

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La scène se passse dans un bar à vins de la capitale. J’ai commandé un verre de Beaujolais. Mon voisin de comptoir, qui a la moitié de mon âge, m’interroge, vu la satisfaction avec laquelle je déguste mon vin.

« C’est quoi ? »

Je réponds : goûte.

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Top, c’est bon, du fruit, de la fraîcheur, des tanins juste croquants, c’est cool, dynamique, juteux, floral, … un joli coup à boire.

-Tu dégustes pas mal.

Merci, mais c’est quoi ?

-Du Beaujolais.

Ah ouais, sympa…

-Je t’en offre un verre ?

Une autre fois, merci, j’attends une copine…

Conclusion : pour certains, ça ne se fait pas de boire du Beaujolais avec une copine quand on a trente ans. Ou on n’ose pas avouer qu’on aime ça –  que diraient les copains?

C’est très con, mais c’est comme ça. Le Gamay, le Beaujolais ou tout autre vin issu du truculent cépage sont en général de jolis coups à boire, des vins de soif, exactement le profil de vin que la tranche des 25/35 attend, mais on continue à le dénigrer par ignorance ou snobisme. Ailleurs, aux States par exemple, il n’y a pas tant d’inhibition et le Beaujolais y dépote encore.

En attendant, ici, on s’efforce de démontrer aux consommateurs, dégustateurs, sommeliers… que le Gamay c’est chouette, et que ça peut même vieillir. Que ça fonctionne avec plein de plats et pas seulement avec de la charcu.

Alors crions haut et fort:

VIVE le GAMAY DAY !

Mais c’est quoi ?

Décidément beaucoup de question to day ! Pour ceux qui parlent un peu l’English, c’est facile, c’est un peu comme la Journée de la Femme ou du Scrapbooking, c’est une journée consacrée au Gamay. On va en parler, en boire, y faire attention, … Et comme il n’y avait rien entre la journée des Roms, le 8 avril, et celle de la maladie de Parkinson le 11 avril, le Beaujolais a pris le 10 avril. Et c’est génial, toute une journée pour oublier un instant les malheurs des uns et des autres, de se retrouver entre potes, connaissances, faire la fête, ça devient trop rare. Et le Beaujolais, c’est ça aussi, de la convivialité, du bonheur dans le verre, la prise de tête mise à l’index, du plaisir simple.

En pratique

 Cet événement est organisé par Inter Beaujolais en préambule de Bien Boire en Beaujolais, dont j’ai parlé vendredi dernier.

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Ça se passe au Château de Pizay, 443 route du Château à 69220 Saint-Jean-d’Ardières dans le cru Morgon qui est loin d’être de la bibine.

 

Ça commence à 14h30 avec un thème au choix. Intelligemment, les organisateurs ont programmé plusieurs séances parlant du même sujet.
Exemple  Le Gamay face au réchauffement climatique présenté par Yves Leers auteur de Menace sur le vin, les défis du changement climatique passera de 14h30 à 15h15  ou de 15h45 à 16h30  ou encore de 17h15 à 18h00.

Toutes les conférences sont gratuites mais demandent une inscription

Les trois autres conférences sont :

Le Gamay et ses terroirs dans le Beaujolais par Isabelle Letessier pédologue agronome et Bruno Rivier responsable valorisation des terroirs

Horaires (sur inscription) : 14h15 à 15h15 / 15h45 à 16h45 / 17h15 à 18h15

Le Gamay face aux attentes des consommateurs par Jean-Pierre Corbeau sociologue, spécialiste de la consommation et de l’alimentation

Horaires (sur inscription) : 14h45 à 15h30 / 16h15 à 17h00 / 17h30 à 18h15

Qui était Jules Chauvet ? par Jean-Luc Berger ancien directeur technique d’Inter-Beaujolais et Philippe Pacalet artisan du vin

Horaires (sur inscription) : 14h45 à 15h45 / 16h45 à 17h45

Pour inscrire, n’oubliez que c’est gratuit

www.weezevent.com/gamay-day

 

C’est pas tout

 En parallèle à la partie didactique, les non moins didactiques tables de dégustation en continu à partie de 14.00

Table découverte : les Gamay(s)* du monde commenté par Christian Martray

En continu de 14h00 à 18h30

Table découverte : lieux-dits et climats

En continu de 14h00 à 18h30

Table découverte : Lauréat 2016 du Trophée du meilleur Gamay du monde

Domaine des Maisons Neuves par Emmanuel Jambon

En continu de 14h00 à 18h30

*j’aime pas mettre de s au nom d’un cépage, surtout quan on les écrit avec une majuscule

 

Et c’est pas encore tout

Le dimanche matin à 11.00 pile, seront immergés en mer (vieille de 140 millions d’années) 3 barriques, 1 de Côtes de Brouilly, 2 de Brouilly au sommet du mont éponyme.

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Les trois vins pourront être dégustés avant leur enterrement

Pourquoi pareille démarche ? Des peuples nomades, d’Asie mineure, et de Géorgie (le berceau du vin) enterraient, avant leur départ pour de plus lointaines contrées encore, des vins de l’année pour les conserver.
L’idée surgit alors d’offrir à ce superbe millésime 2015 une expérience d’élevage dans ce terroir fantastique, constitué des roches les plus résistantes du Beaujolais, puisque l’érosion n’a pas eu de prise sur la colline.

Et nous où sera-t-on dans dix ans…

D’ailleurs, déjà le lendemain direction BBB

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Nous y serons 2/5, on vous racontera le dimanche et le lundi…

Le Beaujolais est né pour nous plaire, buvons-en quelques verres.

 

Ciao

 

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Marco

 

 

 

 


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Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

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Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

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Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

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Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

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J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

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Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

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Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

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Portrait Beaujolais, Dominique Piron

À quelques jours de B.B.B., parler d’un Beaujolais semble incontournable. BBB, c’est Bien Boire en Beaujolais, qui aura lieu le 11 avril prochain au Château de Pizay et au Château de La Chaise. Le but: déguster une grande variété de Beaujolais, cela semble évident; dans deux lieux superbes, en plus. Des vignerons, il y en aura un paquet, répartis dans différentes associations selon leurs atomes crochus ou toutes autres raisons inavouables.

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Dominique fait partie des Beaujol’art’.

Voici son portrait réalisé avec la collaboration de mon complice Johan De Groef (ensemble nous réalisons la rubrique Caracterres, dans In Vino Veritas.

Et quel meilleur choix que Dominique pour vous donner envie d’aller en Beaujolais? Pour Johan, il en est l’ambassadeur, et je suis assez d’accord.

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Dominique Piron, du domaine éponyme

Il connaissait notre chemin, savait l’heure de notre venue, nous attendait. Il nous accueillit avec la plus grande amabilité, bien qu’il soit en plein dans les travaux – sa cave s’agrandit pour satisfaire à l’expansion des ventes. Mais c’est la marque d’un véritable ambassadeur…

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Pour commencer, Dominique nous emmena, par monts et par vaux, d’un cru à l’autre. Les dix passèrent en revue, de près ou de loin. En moins de deux heures, j’avais acquis une perspective générale de l’appellation, mais aussi une notion de ce que le Beaujolais compte comme terroirs et par conséquent, une estimation des étonnantes potentialités des « sous-estimés » vins issus du cépage Gamay. Maintenant, après tant d’années de fuite en avant avec le Beaujolais Nouveau, on trouve ici, non pas des «cultissimes» vins cérébraux, mais de vrais vins à boire !

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Une vision traduite par un Dominique enthousiaste à l’image de Michèle, l’une de ses deux sœurs. Un trait de famille! Du coup, je me suis senti comme un roi au milieu du royaume.

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Pas étonnant que Dominique fut présent lors de la visite officielle du président chinois Xi Jinping. Invité pour expliquer en long et en large le vignoble français avec un focus sur le Beaujolais au chef de la plus ancienne culture encore en vigueur aujourd’hui.

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Dominique Piron est né en 1950 à Villié-Morgon. Quant au domaine, il gît au pied de la Côte de Py le long de la D68. Il représente la quatorzième génération d’une dynastie fondée en 1590. Dominique reste toutefois humble, mais clairement investi d’une mission qui transcende les aventures individuelles. Son père s’était déjà largement voué à la cause du Beaujolais.

Après des études d’œnologie fin des années 1960 et quelques déplacements essentiels pour apprendre le métier, est devenu vigneron fin des années 70.

Cette passion familiale, il la chérit, mais tellement plus fort qu’une tradition, totalement convaincu du potentiel du Gamay en Beaujolais, de la valeur du patchwork territorial.

Le domaine

Il compte 65 ha et s’étend sur 8 crus : Morgon, Moulin à Vent, Régnié, Brouilly, Chenas, Fleurie, Chiroubles et Saint Amour. Et décrypter avec lui les cartes géologiques est un régal.

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On se sent savant.

Le nouvel étiquetage des vins montre, à la manière Petit Prince de St-Ex, comment les différentes cuvées  articulent la planète Gamay.

La jalousie, l’envie, lui sont étrangères. Rien de plus agréable que d’éveiller ces Belles au bois dormant comme Chénas à la vie princière, en compagnie de quelques collègues vignerons, histoire de confronter expériences et connaissances, ne pas rester le nez dans le guidon.

Le soir de notre rencontre, nous avons fêté son anniversaire en tout petit comité, exemple pertinent de sa simplicité.

Sans enfant, il s’est néanmoins trouvé un successeur. Julien Revillon est clairement une âme sœur, un héritier spirituel. Le vin, comme la vie transmise, aura ses hauts et ses bas.

JulienRevillon crédit Vinconnexion

Dominique pense que la roue tourne et que la région amorce une sorte de renaissance. Le Beaujolais revit et de nombreux vignerons d’ailleurs regardent dans sa direction. Dominique Piron considère que c’est positif. Le persévérant gagne…

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Morgon Côte de Py que choisir d’autre pour illustrer l’homme et le propos ?

Dominique Piron sur la Côte du Py

Morgon Côte de Py 2014 Domaine Piron            

Pour Dominique, ce gamay spécifique ressemble au sang qui coule dans ses veines. 

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Une étiquette marquée d’un trait instantané, sombre, un arbre doré planté sur l’arc suggéré, simple, efficace, c’est la Côte de Py calligraphiée. Le vin s’en inspire. Grenat, il coule, juste estampillé d’une flamme rubis. C’est immédiat, pas de chichi, du fruit, de la générosité, mais aussi de la subtilité. Déjà, comme par transparence olfactive, les différents niveaux de lecture s’aperçoivent. Derrière la marmelade de myrtille et la confiture de griotte se cache la corole délicate d’un iris, le parfum entêtant d’un lis. On cherche plus, le dessin se précise, le trait s’accentue, noirci de graphite, ombré de poivre.

Quel jeu nous offrira la bouche ?

On la trouve d’emblée fraîche, croquante des fruits sentis, pleine d’entrain, prête à de multiples largesses. Mais il y a là aussi de la délicatesse, bien figurée par le grain soyeux des tanins. De la gourmandise encore, mais nuancée de sensualité. Puis, tout semble revenir au point de départ, virevolte espiègle qui nous propose à nouveau de la chair de cerise, suivie de subtile cardamome, d’une hachure de cumin. Les tanins, eux, s’essaient à la rusticité raffinée, caractère facétieux qui le rend encore plus attachant.

Un archétype du Gamay beaujolais ? Peut-être… non, mais à coup sûr, une des facettes des multiples Gamay beaujolais.

Les vignes ont une cinquantaine d’années et s’étendent sur 8 ha perché à 300 mètres sur la Côte de Py en légère pente orientée sud-est, au sol de granits désagrégés, riches en oxyde de fer.

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Vinification : vendanges manuelles, table de tri, égrappage partiel et pigeages. Fermentations de 15 à 20 jours. Élevage à 30% en bois, foudres et fûts qui apporte de la rondeur.

www.domaines-piron.fr

 

Ciao

 

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Marco (sans oublier Johan)

 

 

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8 Commentaires

Variations sur l’agneau

Pardon si ce titre a déjà été utilisé chez nous ou ailleurs, mais Pâques, le printemps, les horaires d’été, cette somme d’incidences fait qu’invariablement l’agneau est comme qui dirait de saison. Avec le mien, qui n’était pas de Sisteron mais du Roussillon, je voulais à tout prix un rouge de garrigue qui évoque le thym frais ou le serpolet dont raffolent les jeunes ovins gambadeurs. Un cliché de plus trottinant dans ma tête, mais quoiqu’il en soit, j’adore les unions de pays. Tout cela, c’est à cause de Marie-Louise Banyols, notre Marie-Louise, qui en sommelière inspirée, n’avait de cesse de me tanner sur ce sujet alors que je fréquentais le samedi sa cantine du bonheur, à Céret, et que j’en profitais pour me rendre au marché de cette bonne sous-préfecture, probablement la plus au Sud de l’Hexagone. «Mariages régionaux, mariages garantis», assenait-elle en substance quand on daignait l’écouter. «À condition que cela fonctionne», devais-je lui marmonner en retour. Bien sûr, j’aurais dû me jeter sur le Roussillon corner de ma cave puisque mon agneau était, de sa naissance à son abattoir, Catalan du Roussillon.
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C’est vraiment un pur hasard si je suis tombé, en rangeant, sur cette cuvée Capitelles du Château Mourgues du Grès, un des meilleurs domaines de son appellation, Costières de Nîmes. Ce mariage agneau pyrénéen/rouge gardois, j’y croyais dur comme fer et en plus, j’ai toujours aimé le travail des Collard, à la fois dans l’accueil que ces vignerons réservent à leurs visiteurs, mais aussi dans la vraie personnalité qu’expriment leurs vins. Et puis, j’ai souvent pensé que les fameuses capitelles (cabanes en pierres sèches) avaient été construites dans la nature plus pour adoucir le confort des bergers qui accompagnaient les troupeaux, que pour les vignerons, bien que les hommes de la vigne devaient eux aussi les trouver fort utiles en cas d’orage, par exemple. De toutes les façons, et c’est ce que j’aime croire, vignerons et bergers devaient s’entendre à merveille puisque jusque dans les années 50/60, époque où tout a changé dans nos campagnes, les moutons des Cévennes de l’Aubrac, de la Margeride, du Larzac ou du Rouergue pratiquaient volontiers en hiver la transhumance en passant par les vignes encore enherbées du Languedoc.

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Toujours est-il que me voilà donc bien perplexe lorsque que je tente de confronter mon agneau roussillonnais et mon rouge presque provençal. Si, en promenant son nez au dessus du verre, on a bien le sentiment d’un vol printanier au dessus de la garrigue, où qu’elle soit, ce sont surtout les tannins qui marquent le vin. Ils paraissent un peu fermes et anguleux malgré l’âge – ce Capitelles est du millésime 2004 – et ils ont à vrai dire un peu de mal à communier avec mon tendre agneau pourtant docile et, je me répète, catalan. Le vin est bon, l’agneau aussi, mais le mariage n’y est pas alors qu’il me paraissait évident. « J’aurais dû faire ci, ajouter ça, insister sur la cuisson du gras, insister sur le thym, mettre une pointe d’ail… » Il y a des moments où l’on se dit que l’on devrait tous avoir un sommelier chez soi pour suggérer au bon moment le mariage juste ! Le Costières est un vin formidable, mais il lui faudrait plutôt un ragoût de mouton pour le goûter à table. Or, mes belles premières côtes d’agneau sont simplement poêlées.

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Pas d’autre choix que celui d’ouvrir une autre bouteille. J’avais un vin un peu jeune, un 2013, de mon copain Luc Lapeyre sous la main. Profitons-en pour voir. Je vous ai déjà parlé du vigneron, de sa verve, de sa rondeur, de son carignan et de son adresse postale qui porte le nom de l’instigateur du soulèvement vigneron dans les Midi des années 1900, un certain Marcellin Albert, mais je n’ai encore rien dit me semble-t-il de sa cuvée l’Amourier (mûrier in french) dont il m’avait laissé un exemplaire lors d’une de nos dernières agapes. D’ordinaire, l’Amourier est majoritairement composée de Syrah, sauf que cette fois-ci cette cuvée porte le sous-titre Autrement. Avant d’aller plus loin, je consulte le vin : rondeurs toutes fruitées, accent sudiste indéniable, croquant, épices, une forme de légèreté, nous partons volontiers sur un grenache/carignan de belle facture adapté à l’été qui viendra se glisser bientôt sous nos draps. Son comportement en bouche est des plus simples et, oh miracle, il marche mieux sur mon agneau pascal que le vin précédent. Quand je dis il marche, en réalité, il glisse à merveille et s’accorde délicatement aux essences de thym frais qui accompagnent le plat.

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Oui, je sais, c’eût été encore mieux si mon agneau avait été grillé au-dessus d’une braise de sarments de vigne. Et pour certain, le mariage eût été encore plus convaincant s’il s’agissait d’un gigot de Pauillac accompagné d’un mouton 1985… J’aurais même pu, moi qui en connais quelques uns, tenter un bon rosé de Bandol. J’aurais pu aussi vous parler de la mort de Paul Pontallier (Margaux), de celle de Jacques Couly (Couly-Dutheil), du départ de Jean-Pierre (Coffe), ou de bien d’autres choses encore, tout cela en moins d’une semaine post-pascale. Mais une fois de temps en temps, le dilemme causé par les associations mets et vins doit ressurgir comme ça chez moi, sans prévenir. On croit que ça va marcher, puis tout se casse la gueule car c’est le vin ou le produit qu’il rencontre qui décide, deux caractères, deux personnages. Dans cette confrontation, je ne suis qu’un pion. Et quand je vous dis que le vin est une personne, vous pouvez me croire.

Michel Smith

(Photos Brigitte Clément et Michel Smith)

Xai

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