Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le Prosecco, ce n’est pas fait pour les chiens! Quoique…

Le distributeur britannique Tesco vient de mettre dans ses rayons un produit plutôt interpellant,  le « Pawsecco ».

Il s’agit d’une boisson spécialement conçue pour les chiens et les chats qui souhaiteraient « faire comme leurs maîtres » à l’apéritif.

Ce « Still Wine » signé Woof & Brew (The Pet Drinks Specialist) ne contient ni alcool, raisin, ni bulles; il est élaboré à base de feuilles de tilleul, de sureau et de ginseng.

Toute allusion à une appellation italienne de bulles est une insulte à l’honneur des vignerons de Veneto, sauf bien sûr pour ceux qui, pour fournir des tarifs encore plus bas à leurs clients discounters, n’utilisent pas non plus de raisin.

Quoi qu’il soit, le prix du Pawsecco est à la hauteur de la sensiblerie des acheteurs: environ 3 livres la canette de 25cl.

« Dogs never had it so good », conclut Tesco.

 

Hervé Lalau


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Jim’s French Hall of Fame

Hervélalauas

Last week Hervé, our celebrated rédacteur-en-chef, proposed that we should make five nominations for our ‘Wine Hall of Fame’. As I am always keen to accede to his demands when possible, here are my five nominations:

Jean-Antoine Chaptal, Comte de Chanteloup (5th June 1756 – 30th July 1832) who ensured the everlasting prosperity of the beet farmers of Northern France.

The French authorities, who allowed 1855.com to rack up debts of over 40 million euros along with millions of undelivered bottles of wine many of them Bordeaux cru classé from Bordeaux. Furthermore no-one has yet to be brought to justice for their part in this well publicised scam;

The CIVC for their vengeful, foolish and self-defeating pursuit of Champagne Jayne;

The INAO and the Anjou producers for hounding Olivier Cousin over ‘Anjou Pur Breton’;

Veuve Clicquot and any other multi-national company that pursues small producers, for example in Tasmania or Southern Italy, claiming that they are infringing their colour shade copyright when at the same time failing to pursue the many Prosecco companies who use a similar colour on their labels and who also fail to object to EasyJet and to amber traffic lights…..

Jim + Vinho Verde


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Les liégeux se moquent ouvertement de nous

Comme d’autres dans cette profession, j’ai reçu cette semaine un communiqué de presse qui m’a étonné par son ineptie totale. Voici son titre : 

« Bouchon de liège VS capsule à vis, les neurosciences mettent fin au débat ! »

En substance (pour autant qu’il y en ait, ce qui est loin d’être prouvé), ce communiqué prétend que le bruit du « pop » qui accompagne la sortie du goulot d’un morceau de liège conditionnerait les êtres humains à préférer un vin ainsi fermé à un autre qui aurait eu l’outrecuidance à adopter un type de fermeture différent. Pour résumer, c’est un peu la découverte de Pavlov sur la salivation des chiens appliquée aux humains et au pinard !

Les producteurs de liège (qui n’ont évidemment aucun intérêt à défendre dans cette affaire) annoncent ceci, sans modestie ni précaution :

« Les neurosciences mettent aujourd’hui en lumière l’influence positive du bouchon de liège sur la perception sensorielle du dégustateur et donc, au-delà de ses performances pour le bouchage, sa contribution à la valeur perçue du vin. À travers plusieurs démarches inédites menées cette année au Royaume-Uni et en France, les neurosciences entérinent la supériorité incontestable du bouchon de liège et sa plus-value sans équivalent pour les vins et spiritueux. »

Regardons d’un peu plus près les deux axes de cet argumentaire qui me semble plus que léger.

1) La supériorité incontestable du bouchon de liège

Incontestable pour qui et pourquoi ?

De ma connaissance, beaucoup (la plupart ?) de professionnels du vin ne seront pas du tout d’accord avec une telle affirmation. Ils acceptent cependant, pour certains marchés, la nécessité subie de continuer à mettre leurs vins sous un produit (le bouchon de liège) qui relève d’une technique surannée à cause des préjugés des consommateurs, voir de certains revendeurs peureux ou ignorants. En Grande-Bretagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Scandinavie, en Autriche, en Suisse et dans bien d’autres pays ou régions encore, la capsule à vis soit domine le marché du vin, soit est considérée comme une fermeture plus qu’acceptable et qui ne préjuge nullement de la qualité du vin en question. Et il en va de même pour le bouchon en verre, encore trop rare malheureusement.

De mes propres expériences, répétées sur 35 ans, je n’ai jamais trouvé que le bouchon en liège démontrait autre chose qu’une longue série d’inconvénients quand je le compare à des flacons fermés par une capsule à vis. Tout récemment j’ai bu et partagé un 2007 d’un Côtes de Roussillon, Coume Majou, que j’avais acheté à son producteur (Luc Charlier, et qu’il en soit félicité !), cet été. Fermé par une capsule à vis, ce vin exprimait un fruité et une vivacité d’une jeunesse impeccable, sans aucun faux goût, réduction ni coup de fatigue par un début d’oxydation. On aurait dit un vin de 3 ans ! Il aurait été intéressant de comparer cette bouteille avec une autre du même vin fermé par un morceau de liège.

Les défauts du liège comme matière pour fermer des bouteilles de vin sont nombreux, et le « goût de bouchon », qui en fait quand-même partie, n’est pas le plus important de nos jours, même s’il crée encore trop de dégâts (entre 1 et 2% des bouteilles dans mon expérience avec des vins jeunes, mais bien plus avec des vins plus anciens). L’oxydation très variable dans un lot et la friabilité de cette substance dans le temps constituent deux autres inconvénients largement aussi importants qu’inacceptables. Combien de bouchons un peu vieux se cassent dans le col ? Combien de flacons semblent passés et fatigués alors qu’il devraient être en plein vie ? Je ne les compte plus, dans les deux cas.

Et pourquoi les défenseurs de vins sans soufre ne se jettent pas sur la capsule à vis ? Car elle permettrait une bien meilleure conservation de ce type de vin et autoriserait à tous les vins d’être moins dosés en soufre à la mise. Mais, bien sur, l’alu n’est pas « nature » alors que le liège et tous les traitements qu’il subit le sont!

Alors sur quoi se base le lobby du liège pour défendre son absurde proclamation ? Un tout petit échantillon de 140 habitants de Londres ! Et dans quelles conditions? Et avec quel protocole ? Silence radio.

Selon le professeur Charles Spence « Nos sens sont intrinsèquement liés. Ce que nous entendons, voyons et ressentons a un effet énorme sur ce que nous goutons et dégustons. Le son et la vue de l’extraction d’un bouchon de liège mettent en place nos attentes avant même que le vin n’ait même touché nos lèvres, ce qui influence ensuite notre expérience de dégustation. Ces résultats soulignent l’importance du mode de bouchage pour le vin et l’association claire, dans notre subconscient, entre le liège et la qualité du vin « .

On ne peut qu’être d’accord avec les deux premières phrases. Pour le reste, est-on obligé d’être conditionné au point ou nos sens organoleptiques soient totalement déviés de leur autonomie par le bruit d’un bouchon qui quitte un col ? Apparemment, c’est le cas pour une majorité des sondés de cette étude commandée dont on se garde bien de donner des détails. Il me semble évident qu’une population peu au courant des réalités complexes du vin à laquelle on a dit pendant deux ou trois générations que le vin de qualité doit être bouché liège va réagir ainsi. Mais cela ne prouve rien en ce qui concerne la qualité organoleptique du vin. Cela prouve juste que cette population est conditionnée par un effet parasite !

Le communiqué est très clair sur le seul effet positif du bouchon sur l’esprit des consommateurs sondés.

« Le son et la vue de l’extraction d’un bouchon de liège influencent de manière significative la perception du dégustateur sur le vin débouché. »

Ce n’est ni le goût, ni la capacité de garde valable et constant du vin bouché par du liège qui est considéré comme étant meilleur, mais juste la perception du buveur qui est altéré au point ou il ne se rend plus compte de rien ! Et j’avoue que ce constat semble bien correspondre avec ce que j’entends de la bouche de bon nombre de consommateurs. Mais constater cet effet illusoire induit ne vous autorise pas, chers liégeux, à dire que le bouchon en liège est une forme de fermeture « supérieure ».

Je parie qu’on aurait pu obtenir un résultat équivalent en jouant avec les étiquettes des bouteilles. Vous collez une étiquette d’un cru classé prestigieux sur un flacon de Bordeaux « de base », et je vous mets mon billet que les appréciations vont grimper d’une manière sensible. Cela ne prouve rien d’autre que le fait, indéniable, qui nous somme souvent influencés par autre chose que nos perceptions organoleptiques.

2) Sa plus-value sans équivalent pour les vins et spiritueux

Je cite le communiqué sur ce point :

« Une étude* conduite sur les 50 premières marques de vins tranquilles vendues au Royaume-Uni révèle que l’écart de prix entre les différents modes de bouchage n’a fait que progresser ces dernières années. Ainsi, depuis 2015, le prix des vins bouchés liège a augmenté de 11% contre seulement 6% pour les autres obturateurs sur cette même période. Le prix moyen s’établissant à 1,52£ en faveur du liège**.

*CGA Strategy
**Nielsen MAT – Juillet 2017

50 marques de vin dans un marché si atomisé ne représente pas grand chose, mais passons…

Nous voyons ici que l’argument massif en faveur du liège n’est pas que le goût du vin est meilleur ou plus régulier d’un flacon à un autre, mais qu’il permettrait de vendre votre vin plus cher. Vous avez dit cynique ?

J’avais assisté, lors du dernier Vinexpo, à une étrange conférence organisée par les professionnels du liège, avec Amorim en chef de file. Deux conférenciers, Philippe Faure-
Brac, Meilleur Sommelier du Monde, et Gabriel Lepousez, Docteur en 
neurosciences, ont proposé une curieuse (voire gênante) apologie du liège en louant le doux bruit du bouchon qui quitte le col d’une bouteille de vin. Il va sans dire que je n’ai pas été convaincu !

Enfin, dire, comme ose le faire ce pauvre communiqué, que le bouchon de liège est plébiscité dans le monde entier en présentant comme seuls arguments à l’appui que « 95% des vins les plus vendus en Chine sont bouchés liège » et que « 95% des Espagnols affirment leur préférence pour le liège » est faire fi de tous les pays et exemples qui indiquent autre chose. En tout cas, de telles statistiques prouvent uniquement l’étendue de l’ignorance de certains buveurs de vin.

Oui, les liégeux continuent à se moquer de vous, et de nous.

David Cobbold

 

 

 


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Glyphosate: pourquoi il est urgent d’attendre

Vu qu’il est urgent d’attendre, en Europe, pour statuer sur la prolongation de l’autorisation du glyphosate, je verse au dossier la carte de France des pesticides cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques dressée par l’association Robin des Bois à partir des données du réseau des Agences de l’Eau.

On constate que la répartition est loin d’être homogène sur tout le territoire, et que trois départements à forte activité viticole figurent tout en haut du « palmarès » des utilisateurs de ces substances; à savoir: l’Aube, la Marne et la Gironde. Mais on y trouve aussi le département d’adoption de notre ami Jim, l’Indre & Loire (attention à tes moustaches, l’ami!).

On notera aussi l’importante consommation de pesticides des départements du Languedoc, ainsi que des Charentes, du Cher, du Vaucluse, du Gers, du Maine & Loire et de la Côte d’Or.

A l’évidence, nos vignobles les plus performants en termes d’image et d’exportation sont aussi les plus traités.

Le glyphosate, un élément de terroir

Peut-être est-ce là un nouvel élément à intégrer au concept si français de terroir, au titre des usages loyaux et constants? D’autant qu’il est clairement revendiqué: l’autre jour, j’entendais des responsables de la FNSEA plaider pour la prolongation de l’autorisation du glyphosate en Europe, pour des raisons de rentabilité. D’après eux, ce produit (employé à raison de 8.000 tonnes par an dans l’agriculture française, selon les chiffres officiels) a permis d’augmenter le rendement des cultures de près de 25%. Son interdiction pénaliserait donc gravement la compétitivité de la France agricole. La crainte des syndicalistes agricoles est surtout qu’ils ne puissent plus lutter sur des marchés tiers où leurs concurrents, eux, pourraient toujours l’utiliser.

Quatre questions simples à ce propos:

-Primo, quel est le pourcentage de la production agricole française qui est commercialisé, et non détruit, distillé ou distribué aux bonnes oeuvres? En clair, avons-nous vraiment besoin de produire 25% de plus par hectare pour ne pas pouvoir tout vendre? Notre modèle doit-il toujours être basé sur le volume, la sur-exploitation, la gonflette?

-Secundo, quid des alternatives? On pense bien sûr au paillage et au travail des sols, toutes solutions qui étaient appliquées avant l’apparition du glyphosate, mais qui demandent de la main d’oeuvre. A l’heure où le marché du bio se développe en France (et notamment le vin), mais que la production nationale ne parvient toujours pas à répondre à la demande, c’est certainement la piste à privilégier. Quant à la main d’oeuvre… qu’en pense Pôle Emploi?

Si l’agriculture française a pour objectif ultime de pouvoir produire au plus bas coût possible, et avec le moins de gens possible, le plus gros volume d’aliments pas chers pour que le plus grand nombre de chômeurs en fin de droits puisse en consommer, je pense qu’il y a un biais dans le raisonnement. Le serpent se mort la queue.

-Tertio, pourquoi les Etats de l’Union européenne se disputent-ils sur la durée de la prolongation de l’autorisation du glyphosate (4 ans, 5 ans…)? Si le produit a été jugé assez dangereux au point d’être interdit en France pour l’usage dans les jardins des particuliers, comment peut-il être encore autorisé pour un usage professionnel beaucoup plus fréquent et dans de plus grosses quantités? Et si l’idée est d’attendre qu’un nouveau produit, dont on n’a pas encore pu mesurer l’impact, vienne le remplacer, c’est tomber de charybde en scylla!

Quarto: quel est le taux d’augmentation des cas de cancers professionnels dans les zones de traitement? Est-il plus élevé que celui des « tumeurs pertinentes » relevé chez les souris de laboratoire – tumeurs que l’Agence Européeenne de Sécurité des Aliments qualifie d' »inexistantes » dans son rapport (voir à ce propos l’intéressant article du journal suisse Le Temps, « Les embarrassants secrets du glyphosate ».

Oui, vraiment, il est urgent d’attendre. Ce n’est quand même pas un petit groupe de cancéreux qui va dicter sa loi à l’immense majorité des productivistes agricoles !

Hervé Lalau


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Quand la RVF s’intéresse aux sauvignons du monde

Dans son numéro d’octobre, la Revue du Vin de France a publié un volumineux comparatif de sauvignons du monde, sur la base du millésime 2014. L’occasion pour l’ami Olivier Poussier de clamer haut et fort son amour pour le sauvignon de Loire (je cite): « Pas de doute, les vignobles de la vallée de la Loire offrent les plus belles expressions de sauvignon. Les dégustateurs plébiscitent leur fraîcheur, leur harmonie et leur caractère hautement civilisé ».

Pas de doute? Et bien si, ne t’en déplaise, Olivier, j’en ai quelques uns.

Certes, à première vue, il n’y a pas photo, les sauvignons de Loire l’emportent haut la main: 5 Sancerre se classent aux 5 premières places du palmarès de la RVF. Et à la 7ème. Et à la 9ème. La 8ème étant occupée par un Pouilly-Fumé. Quant au 6ème (un vin capsulé), il nous vient certes de Nouvelle-Zélande, mais c’est une cuvée du Clos Henri – de la maison Bourgeois, donc.

Mais si l’on y regarde d’un peu plus près, on remarque que sur les 52 vins dégustés, seuls 20 sont étrangers – sept néo-zélandais, trois chiliens, trois autrichiens, deux italiens, un suisse, un slovène, un sud-africain, un australien et un américain. Ou pour le dire autrement:  il y avait plus de vins de Sancerre dans l’échantillon que tous les vins de Nouvelle-Zélande et d’Autriche réunis.

On pourrait aussi se poser des questions sur le choix des vins censés représenter les pays étrangers – fallait-il qu’ils soient présents chez les quelques importateurs de vins étrangers à Paris, ou bien un appel à échantillons en bonne et due forme a-t-il été fait auprès des régions ou représentations des pays concernés?

Enfin, le titre de couverture de la RVF me semble un peu racoleur: « 50 blancs exceptionnels », peut-on lire. Il faut quand même savoir que seuls les 23 premiers ont décroché une note supérieure à 14. Les 10 derniers du tableau, eux, sont à moins de 13 (et l’on descend jusque 11,6).

J’ai peut-être l’air de chercher la petite bête (ce qui ne serait pas très confraternel). Il n’en est rien – je trouve déjà bien que la très française RVF ait ouvert son panel aux vins d’ailleurs.

D’aucuns penseront aussi que je veux diminuer le mérite de nos amis ligériens. Il n’en est rien non plus – d’ailleurs, avec mes confrères d’In Vino Veritas, le mois dernier, nous avons sélectionné de très beaux Sancerre blancs (notre cher Marc Vansauvignon en a commenté quelques uns la semaine dernière, ici même). Il y avait plus de 2015 que de 2014 dans notre sélection, incidemment (les 2014 ont encore besoin de temps, à mon sens). Quoi qu’il en soit, notre échantillon à nous n’était composé… que de Sancerre, aimablement fournis par le syndicat du cru. Ce qui nous a évité toute comparaison hasardeuse.

Mon souci est tout autre: je pense que pour qu’un classement, un palmarès signifie quelque chose, il faut s’entourer de beaucoup de précautions… Et à défaut de pouvoir obtenir toutes les assurances de l’impartialité, il vaut mieux renoncer. Je ne compte plus le nombre de projets de dossiers que j’ai pu imaginer en 25 ans de carrière… et qui n’ont jamais vu le jour, pour cette raison même.

Deux remarques pour finir.

Primo, parmi les Pouilly-Fumé présentés à la dégustation de la RVF, il y avait une cuvée du Château de Tracy, Haute Densité, que les dégustateurs ont spontanément placée… en Nouvelle-Zélande. Ce qui prouve que la dégustation n’est pas une science exacte (d’ailleurs, ce genre de mésaventures m’arrive aussi fréquemment).

Secundo, toujours parmi les Pouilly-fumé, il y avait aussi une cuvée d’Alexandre Bain, La Pierre Précieuse. Voici ce qu’en ont dit mes confrères: « Vin ayant obtenu une note inférieure à 10/20. Non commenté ». Dommage, car j’aurais bien aimé savoir si le défaut constaté était le même que celui reproché au même Alexandre Bain par la commission d’habilitation de l’appellation, qui lui a retiré la mention, en 2015.

On le sait, depuis, la justice a rendu à M. Bain son appellation, et ce n’est pas la RVF qui peut la lui enlever à nouveau.

Mais de même que l’on dit parfois qu’il y a une justice à deux vitesses, faut-il maintenant parler de jurys à deux vitesses? Les vins comme ceux de M. Bain, qui, je cite, « espère ouvrir une autre voie », ne pourront-ils bientôt plus être jugés que par les seuls initiés du vin nature? Ou bien le vin peut-il encore être un plaisir partagé par tous?

Hervé Lalau


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Retour sur image, mais sans images

C’est grâce à Michel Smith et à son article du 8 octobre, sur notre site que j’ai pris connaissance du discours délirant d’un jeune homme qui étale, dans une vidéo sur le site du magazine l’Obs, toute une série d’imprécisions, d’amalgames et d’absurdités qui font que je me demande comment un titre supposé « sérieux » puisse laisser champ libre à cela. Est-ce l’ignorance de ce journal au sujet du vin ? Est-ce le sacro-saint principe de liberté de penser et de dire ce qu’on veut, y compris n’importe quoi ? En tout cas, ce n’est pas du journalisme, même « d’opinion » ; c’est de la propagande méprisante et, comme toujours dans ce cas, c’est assez révoltant.

Plusieurs personnes plus avisées que moi de la technique du vin, comme André Fuster, se sont donné la peine de réfuter quelques unes des affirmations absurdes contenu dans le discours de cette personne. Michel, dans son article, a eu la bonne idée de proposer des liens vers ces textes que je vous encourage de suivre.

Mais quelqu’un d’autre à porté à mon attention une autre réponse que je trouve aussi brillante que pertinente. Vu qu’il n’est pas signé (ou uniquement avec un pseudo), nous ne voulons pas le publier in extenso sur ce site car nous avons pour principe de demander aux commentateurs de signer avec leur nom, alors comment ne pas l’exiger pour les articles ? Mais je ne peux pas résister au plaisir de vous livrer quelques extraits.

« Antonin, tu nous les brises. Ces chroniques de punk à chien que, j’ose dire, pour le malheur de tous ceux que tu désinformes, tu nous livres à intervalle régulier depuis quelques années afin de défendre et le « nature » et le « naturel » et « l’éthique » et « bla-bla-bla » face au grand méchant « conventionnel » – chimique et sournois, va sans dire – sont à œnophilie sincère, je te le dis comme je le pense, mon pauvre ami, ce que la pornographie de caniveau la plus déplorable est à l’authentique plaisir de l’étreinte : un mensonge aussi grossier que cynique, un outrage impardonnable. »

« Alors évidemment, tu me diras, je le sais, que tu t’adresses à un public de néophytes, à un public ignorant des choses du vin, un public jeune et citadin, connecté, complotiste et friand de tes diatribes, et qu’il convient, pour faire du clic, de le nourrir de raccourcis manichéens, de caricatures sectaires et de « fake news » à vocation pédagogique ; tu me diras que tu vulgarises, que tu défriches, que tu ouvres la voie ; tu me diras que tu inities et que si, touchée par la grâce miraculeuse d’une « punchline » bien brutale, une seule de tes ouailles se détourne de la grande distribution pour s’en aller, docile, sucer un irréprochable artisan moustachu, le pari est gagné. »

« Je sais aussi, et probablement mieux que toi, crois-moi, le dangereux virage de la chimie pris au champ plus qu’au chai dans le courant des années soixante, je sais le caractère grotesque de la multiplication des traitements, et pire, des traitements préventifs, devenus au fil du temps aussi automatiques que la prescription d’antibiotiques à la première toux ; je sais, puisqu’à juste titre, on en parle beaucoup ces jours derniers, le glyphosate et bien d’autres encore, car, oui, je connais les matières actives et leurs adjuvants ; j’ai étudié par simple comptage, je te rassure, la progression des populations de quelques parasites communs en vue de les contenir et je maîtrise, grands dieux, l’effrayant concept de pression cryptogamique, tu vois ? J’en ai vu des vertes et des pas mûres… Et je n’ai pas plus que toi de sympathie pour les pesticides, les insecticides, herbicides et fongicides, qui filent, dit-on, de méchants cancers aux pauvres diables chargés par une hiérarchie, assurément national-socialiste, de pulvériser en douce, à la scélérate, d’innommables poisons à proximité des écoles maternelles. »

« Et pour autant, tu me les brises, Antonin. Tu me les brises menu avec ta suffisance de petit blogueur, qui, entre deux dégustations à la Maroquinerie, propage la peur et l’ignorance – et l’ignorance surtout, dont découle la peur. J’en ai marre que tu fasses le « buzz » sur les réseaux sociaux en assénant avec toute l’assurance que te confère ton inqualifiable cuistrerie, les contre-vérités et les amalgames qui font le sel et le piment de tes interventions mesquines. »

« …..Sérieusement, tu crois toi-même aux conneries que tu racontes ? Tu t’entends ? Tu t’écoutes ? Tu devrais, je crois. Ça t’éviterait de raconter n’importe quoi. Ça t’éviterait notamment d’estimer qu’il suffit à quiconque de jeter un coup d’œil rapide et distrait à ce fameux Codex, qui fixe les limites du possible et que tu sembles avoir pris en grippe, pour affirmer que les vins que boivent communément l’essentiel de nos congénères, les tiens, les miens, toi, moi nous, contiennent jusqu’à soixante-dix intrants. Ça t’éviterait ce genre d’énormité, tu vois ? Parce que je te le dis sans animosité : aucune vinification, aucune, je vais même te l’écrire en majuscule, AUCUNE vinification ne requiert l’usage de soixante-dix additifs….. ce serait un contresens œnologique, ce serait un contresens économique, dans la mesure où chaque manipulation exige un achat, une compétence et de la manutention et ce serait donc, pour le dire en peu de mots comme en trop, une insulte lancée à la plus rustique des intelligences. »

« Et enfin, parlons goût.  Puisque dès lors qu’il s’agit de pinard, la question du goût se pose fatalement. Et mettons les pieds dans le plat : « nature » ou « naturel » n’est pas synonyme de qualité, d’intégrité et garantie d’enchantement, ou pas plus en tout cas que « conventionnel » n’est synonyme de platitude, d’artifice et promesse d’un abyssal ennui. Présenter les choses de cette manière, au mieux, dénote une ignorance crasse et coupable et au pire, révèle une indicible malhonnêteté, qu’à vue de nez, je situerais à onze ou douze-mille années-lumière du simple parti-pris. »

L’auteur de ces lignes, dont j’admire le talent et qui manifestement connaît bien son sujet, dit aussi qu’il aime les vins « natures », entre autres. Et il fournit, en guise de signature, un mail de contact : oenorage@gmail.com

Si vous voulez le texte en entier, voici le lien: Je suis grognon

J’aurai bien voulu signer ce papier, si j’avais les connaissances techniques, l’expérience et le talent d’auteur. J’aurai bien voulu lui demander la permission de publier ces extraits, mais je ne le connais pas. J’espère qu’il (ou elle) ne m’en voudra pas.

David


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Le Lalau n’est pas branchouille, c’est là son moindre défaut

Voici la cave qui vient d’obtenir la médaille d’or lors de la Nuit des Best of Wine Tourism (en bordelais dans le texte, car c’est un concours international) pour la mention architecture & paysage. Il s’agit du nouveau chai du Château La Dominique, à Saint-Emilion.

Je ne comprends pas. L’intégration de ce nouveau chai dans le paysage viticole me semble aussi réussie que celle du Ministère des Finances sur les berges de la Seine; ou que la tour Hilton sur le boulevard de Waterloo, à Bruxelles.

Pour moi, c’est le principe du coup de poing dans la figure appliqué à l’architecture, et qui plus est, dans un environnement censé être préservé: choquez, choquez, il en restera toujours quelques chose, on parlera de vous; et qu’importe l’avis de l’amoureux des sites, pourvu qu’une coterie d’initiés branchouilles et de bétonneurs y trouve son compte.

Comment sélectionne-t-on les projets? Quels sont les critères qui définissent une bonne intégration? Et quid de la protection Unesco du « paysage viticole historique » de Saint-Emilion? Comment un tel permis de construire a-t-il pu passer?

Question subsidiaire: à quoi servent de tels prix, à part m’énerver?

Hervé Lalau