Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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#AOC Mesquinerie

L’AOC Clairette de Die voudrait commercialiser une clairette rosée à base de gamay. Pourquoi pas, me direz-vous? Charbonnier maître chez lui, il y a du gamay dans l’aire d’appellation (vendu sous le nom de Châtillon en Diois, pour les vins tranquilles), et il est plutôt qualitatif; il y a aussi un savoir-faire pour la méthode ancestrale. Alors, on voit mal ce que l’INAO, institut de l’origine et de la qualité, pourrait avoir à y redire.

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Le rosé de Gamay n’est pas inconnu en Diois, comme le montre cette bonne bouteille de Châtillon-en-Diois…

Oui, mais ce n’est pas comme cela que ça se passe!

En France, chacun défend son pré carré, aussi petit soit-il: une région voisine, le Bugey, se bat bec et ongles contre ce projet, arguant du fait qu’il s’agirait là d’une concurrence à son Cerdon.

Plus précisément, l’AOC Bugey « conteste l’existence d’une tradition historique de vinification d’une Clairette rosée en méthode ancestrale ». 

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Et la méthode ancestrale non plus…

On croit rêver: s’il l’on devrait appliquer cette règle à tous les terroirs de France, alors, la syrah ne serait jamais sortie du Nord de la Vallée du Rhône, le Grenache ne serait jamais sorti d’Aragon – ils n’avaient pas de tradition historique hors de leurs berceaux respectifs; et puis le Bordeaux n’aurait jamais eu de Crémant, ni le Champagne de bulles – la Blanquette de Limoux s’y serait opposée!

D’ailleurs, rappelons que le Cerdon – aucun personne ne songe, surtout pas moi, à enlever ses mérites, n’est AOC que depuis 2009, sous le nom de Bugey-Cerdon. Jusque là, ce n’était qu’un simple VDQS (depuis 1958). Notons par ailleurs qu’il n’est pas issu du seul gamay, mais aussi du poulsard.

On voit mal la justification que pourrait donner l’INAO à un refus d’un Clairette rosé, à moins que les experts du vénérable institut veulent jouer à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

L’INAO n’a pas son siège à Clochemerle, tout de même! Et sa vocation n’est pas de barrer toute innovation, surtout dans le contexte de concurrence mondiale que nous connaissons.

C’est la même mesquinerie qui est à l’oeuvre du côté des Crémants pour empêcher l’IGP de pouvoir produire des bulles – on en trouve pourtant de belles en Pays d’Oc, par exemple. C’est à la fois lamentable, rétrograde et contre-productif. Et ça fait rire les étrangers.

Que chacun s’occupe de produire mieux, de satisfaire sa clientèle, de justifier ses mentions, plutôt que de se mêler des affaires du voisin!

Hervé


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Et vous, vous êtes plutôt Bettane ou Feiring?

Il est peut-être temps de choisir, de peur de se voir traiter en ennemi du peuple…

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D’autant qu’à lire certains commentaires  d’Alice Feiring et de ses supporteurs sur son compte Instagram (au moins ceux qui ne se contentent pas de publier des grossièretés), la querelle du vin naturel semble étroitement liée à la politique.

D’après elle, les anti-naturistes sont des partisans du Brexit, des Lepénistes et des Trumpistes.

Drôle d’attelage: je ne pensais pas que 52% des Britanniques étaient lepénistes.

Ni qu’ils aient voté pour de plus mauvaises raisons que d’habitude – à moins que Madame Feiring ne milite pour une forme de despotisme éclairé par le sans-soufre.

J’aimerais pouvoir en rire. Mais ces querelles de chapelle m’escagassent.

Tous les vins ont droit de cité dans ma conception du vin, qui est celle du partage.

Les amalgames, les noms d’oiseau, tout cela me gave. Les insultes ne sont pas des argumentaires.

Quant au retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, ne confondons pas, de grâce, les institutions européennes – perfectibles – et l’Europe des Peuples, de laquelle Anglais, Gallois, Ecossais et Irlandais, du Nord comme du Sud, font naturellement partie. Tous comme les Suisses, les Islandais et les Norvégiens, d’ailleurs…

 

Hervé Lalau

PS. Et à ceux qui se demandent qui sont Michel Bettane et Alice Feiring, je dis: ce n’est pas grave, on peut très bien vivre – et boire – sans le savoir.

 


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Le clairet fait de la résistance, mais pour combien de temps?

 Oscars-2015-Bordeaux-ClairetCette photo est celle des Oscars (millésime 2015) des Bordeaux Clairet. Je ne faisais pas partie du jury mais on y trouve des vins de ma sélection à la fin de cet article 

Le monde des vins rosés semble se laisser de plus en plus submerger par une mode stupide (mais existe-t-il des modes intelligentes?) qui voudrait que plus c’est pâle, mieux c’est. D’un autre côté, l’intelligence dans le marketing voudrait que la différenciation soit un outil important pour faire remarquer son produit dans une masse grandissante de choses qui se ressemblent. Alors quand une région viticole importante possède un type de vin qui, par sa nature, se distingue très nettement de la masse des ses concurrents, je trouve très étrange (ai-je dit bête?) qu’on ne trouve pas mention de ce type de vin sur le site web de l’inter-profession en question.

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C’est pourtant ce qui arrive au Bordeaux Clairet sur le site des Vins de Bordeaux. On parle du rouge, de blanc sec, du blanc doux et du rosé mais je ne vois aucune mention du Bordeaux Clairet ! J’en ai dégusté d’excellents récemment (et aussi des médiocres, rassurez-vous!). Alors  je veux tenter, modestement, de réparer cette injustice dont je ne comprends pas du tout la cause.

Le Bordeaux Clairet est un vin dont l’aire de production s’étend sur l’ensemble du vignoble bordelais. Il s’agit d’une mention complémentaire au sein de l’appellation Bordeaux. Ce sont des vins d’un ton rouge pâle, quelque part entre la couleur d’un rouge et celle d’un rosé. La production est devenue assez faible aujourd’hui, à partir d’une estimation de 600 hectares sur les 110,000 du bordelais. Le rosé de Bordeaux implique des volumes bien plus importants.

Tous les cépages rouges du Bordelais peuvent entrer dans la composition d’un Clairet, même si le merlot y domine, généralement. Mais pas partout. Les plus intéressants pour moi, sont ceux qui comportent une part importante de cabernet, franc ou sauvignon, ce qui leur confère plus de précision dans les saveurs, mais aussi moins d’alcool. C’est un avantage avec ce type de vin, à condition que les variétés en question soient bien mûres et qu’on n’ait pas recours aux artifices du sucre résiduel pour masquer des imperfections.

Les vins de l’appellation Bordeaux-Clairet sont les plus proches des vins qui étaient expédiés en Angleterre pendant le Moyen-Age et qui ont fait la fortune de Bordeaux à cette époque, et pendant longtemps. Sur le plan historique, le Clairet est manifestement l’ancêtre des Bordeaux rouges modernes. L’Aquitaine devenant anglaise en 1152, par le mariage d’Aliénor et Henri II, les vins de Bordeaux sont adoptés outre-Manche dès le Moyen âge. Peu macérés, et souvent issus de cépages rouges et blancs mêlés dans la cuve, ils sont dénommés « French claret« , ou « claret » tout court. Ce mot claret est resté dans la langue anglaise pour décrire un vin rouge venant de Bordeaux, même quand, à partir du 17ème siècle, les Bordelais, inspirés par la réussite d’Arnaud de Pontac à Haut-Brion, commencement à faire des vins rouges foncés pour le marché britannique. Par exemple, mon père, marchand de vin toute sa vie, appelait toujours un Bordeaux rouge un claret.

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Et la différence entre le Bordeaux rosé et le Bordeaux clairet ?

Sur le plan de la réglementation, c’est la mesure de l’intensité colorante (ICM) qui définit la limite entre le Bordeaux rosé et le Bordeaux clairet. Cela vient essentiellement de la durée de macération (2 à 3 heures pour le rosé, 3 à 4 jours environ pour le clairet), mais aussi d’une date de récolte plus précoce pour le rosé afin d’en augmenter la fraîcheur, et souvent le choix d’une parcelle spécifique. De plus en plus de rosés de Bordeaux sont aussi faits par pressurage direct pour obtenir ces vins très pâles (ai-je dit insipides ?) et ainsi rentrer dans la moule du marché imposé par le leader provençal. Tandis que les bons clairets sont le résultat de saignées sur de belles cuves de rouges, et de raisins cueillis à maturité. Non seulement on obtient ainsi plus de couleur, mais aussi plus de fruit, de chair et de structure. Ils peuvent donc être légèrement tanniques et sont très utiles lors d’un repas. Le Clairet est à servir légèrement rafraîchi (12-14°C) mais non glacé.

Entre cet axe historique très important pour le vin de Bordeaux, et un caractère affirmé qui se démarque de la concurrence (même s’il existe une désignation Clairet en Bourgogne, elle n’est guère utilisée, et les vins rosés de Tavel sont aussi différents par leur climat et leurs cépages), je comprends encore moins pourquoi les génies du marketing au sein du CIVB continuent à ignorer ce vin si spécifique à leur région.

 

Vous voulez de bons clairets ?

Voici quelques vins du millésime 2015 parmi les meilleurs de ma dégustation récente d’une trentaine d’échantillons, conduite à l’aveugle chez moi.

Château Thieuley

Château de Fontenille

Château Lamothe de Haux

Château La Freynelle

Château Vignol

Château Maison Noble

Château Penin

Château de Parenchère

Château Lamothe du Barry

Château des Tourtes

Château Lauduc

Et ces vins valent entre 5 et 8 euros, ce qui est un autre avantage sur les rosés de Provence, devenus souvent bien plus chers.

 

David Cobbold


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Festif, qu’ils disaient…

« Le Champagne est le vin le plus festif et convivial au monde, roi des célébrations ». 

Ainsi commence le sympathique communiqué que j’ai reçu cet après-midi pour appuyer la Fête du Champagne, à Reims.

Ce n’est pas pour être contrariant, mais je m’inscris en faux.

Depuis 15 ans, hors frontières, et notamment en Belgique, le Champagne a cessé d’être un vin convivial et festif.

Parce qu’il est devenu trop cher. Et si le segment des bulles a explosé, au cours des deux dernières décennies, ce n’est pas grâce au Champagne, mais à des alternatives plus abordables, le Cava, le Prosecco, et dans une moindre mesure, les Crémant et les bulles de marque, type Café de Paris, Martini et Kriter. Ce sont eux qui ont permis de sortir la consommation d’effervescents du ghetto des fêtes de fin d’année, des soirées snob ou des signatures de gros contrats, pour la faire entrer dans l’ère moderne et dans la vie des familles, des consommateurs lambda. Quitte à proposer leurs bulles en canettes ou en mixers.

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Ca n’enlève rien, bien sûr, à la qualité du Champagne, ou plutôt des Champagnes, car il en est de toutes sortes, des bons, des moins bons, de petits, des grands, des produits de volume ou des produits de terroir; mais je pense que cela méritait d’être dit.

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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith


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Critique de merde!

« Quelle merdasse! », titrait Le Figaro, mercredi dernier, à propos des Visiteurs 3. A lire sa critique au vitriol, je n’ai pas pu ne pas me demander ce qui avait le plus irrité mon confrère:  le film, ou le fait de ne pas avoir pas reçu de copie en preview (un vrai crime de lèse-critique!)?

Difficile de trancher, car le critique du Parisien, lui, a franchement aimé.

Quant à moi, je n’ai pas vu le film. Et j’avoue que cela ne me tente guère – j’avais beaucoup aimé le premier, mais je ne suis pas trop adepte des suites de suites… D’ailleurs, je n’ai même pas été voir le dernier Star Wars.

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Une chose m’incite tout de même à accorder le bénéfice du doute aux Visiteurs 3: c’est qu’à la sortie du premier film, déjà, Le Figaro était resté sur sa faim, parlant de « grosse farce » et évoquant un « manque de gags ». Il faut croire que les 13 millions de spectateurs qui ont vu le film en ont jugé autrement. 

Je me demande souvent pourquoi on force des gens qui, manifestement, n’aiment pas le cinéma populaire, à commenter des films; et même, à les regarder. Est-ce une punition?

Je ne peux pas ne pas penser à la critique viticole. Sommes-nous à ce point déconnectés du public?

Cela mérite qu’on s’y arrête un peu.

C’est vrai que certains, parmi nous, ont tendance à chercher la petite bête. A ne s’intéresser qu’aux vins rares; pire, à mon sens, aux vins difficiles d’accès. Pour eux, le mot « facile », appliqué à un vin, est péjoratif.

Je m’empresse de dire que ce n’est pas le cas de tout le monde. J’en connais – et j’en suis, pour qui l’accessibilité est une vertu.

J’en connais même qui ont osé écrire qu’il y a au moins autant de mérite à produire 100.000 bouteilles de bon vin que 1000 bouteilles de grand vin (ne cherchez pas, c’est moi).

Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner toute prétention à faire connaître au grand public des choses de qualité, et même des vins d’exception; cela veut dire qu’il ne faut pas se limiter à ça. Notre chance, c’est de pouvoir déguster plus souvent et plus varié que la majorité des consommateurs, ce qui nous donne la possibilité de l’aiguiller en connaissance de cause vers des vins différents, de les lui expliquer. Mais cela ne nous donne pas pour autant le droit de nous réfugier en haut d’une tour d’ivoire, ni de monter en chaire.

N’oublions jamais que le vin est d’abord un produit de plaisir et de consommation; qu’il nous faut respecter le lecteur, le buveur, le payeur. Que si  l’on aime le vin, au point d’avoir fait son métier de le commenter, il faut pouvoir tout déguster, sans oeillères, ni a priori. Rechercher ce qu’il peut y avoir de valable à tous les niveaux de prix; ne pas se gargariser des mentions sur l’étiquette (Grand Cru, AOP, IGP, VSIG, vin français, vin étranger, peu importe!) ni du caractère exclusif d’un vin.

Car il y a peut-être pire, de la part de critiques, que de décourager de pauvres spectateurs d’aller voir un film distrayant. C’est de les envoyer s’emmerder deux heures dans une salle sous prétexte d’un improbable message, d’une prétendue initiation, voire d’une leçon de morale politique ou sociale!

Alors en ce qui me concerne, pas question d’inciter mes lecteurs à perdre leurs précieux sous, ni un bon déjeuner, à boire des vins tout juste bons pour une bande de branchouilles!

Populairement vôtre

Hervé Lalau

 

 


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Un Gamay Day, quelle idée !?

« Un Gamay Day? Qui a bien pu imaginer ça, et où ? »

-Dans le Beaujolais, bien entendu!

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« Mais qui boit du Gamay ? »

-Ben moi, et puis pas mal de potes! T’es en retard de deux guerres, mon gars! Même si les préjugés ont la peau dure.

Exemple :

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La scène se passse dans un bar à vins de la capitale. J’ai commandé un verre de Beaujolais. Mon voisin de comptoir, qui a la moitié de mon âge, m’interroge, vu la satisfaction avec laquelle je déguste mon vin.

« C’est quoi ? »

Je réponds : goûte.

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Top, c’est bon, du fruit, de la fraîcheur, des tanins juste croquants, c’est cool, dynamique, juteux, floral, … un joli coup à boire.

-Tu dégustes pas mal.

Merci, mais c’est quoi ?

-Du Beaujolais.

Ah ouais, sympa…

-Je t’en offre un verre ?

Une autre fois, merci, j’attends une copine…

Conclusion : pour certains, ça ne se fait pas de boire du Beaujolais avec une copine quand on a trente ans. Ou on n’ose pas avouer qu’on aime ça –  que diraient les copains?

C’est très con, mais c’est comme ça. Le Gamay, le Beaujolais ou tout autre vin issu du truculent cépage sont en général de jolis coups à boire, des vins de soif, exactement le profil de vin que la tranche des 25/35 attend, mais on continue à le dénigrer par ignorance ou snobisme. Ailleurs, aux States par exemple, il n’y a pas tant d’inhibition et le Beaujolais y dépote encore.

En attendant, ici, on s’efforce de démontrer aux consommateurs, dégustateurs, sommeliers… que le Gamay c’est chouette, et que ça peut même vieillir. Que ça fonctionne avec plein de plats et pas seulement avec de la charcu.

Alors crions haut et fort:

VIVE le GAMAY DAY !

Mais c’est quoi ?

Décidément beaucoup de question to day ! Pour ceux qui parlent un peu l’English, c’est facile, c’est un peu comme la Journée de la Femme ou du Scrapbooking, c’est une journée consacrée au Gamay. On va en parler, en boire, y faire attention, … Et comme il n’y avait rien entre la journée des Roms, le 8 avril, et celle de la maladie de Parkinson le 11 avril, le Beaujolais a pris le 10 avril. Et c’est génial, toute une journée pour oublier un instant les malheurs des uns et des autres, de se retrouver entre potes, connaissances, faire la fête, ça devient trop rare. Et le Beaujolais, c’est ça aussi, de la convivialité, du bonheur dans le verre, la prise de tête mise à l’index, du plaisir simple.

En pratique

 Cet événement est organisé par Inter Beaujolais en préambule de Bien Boire en Beaujolais, dont j’ai parlé vendredi dernier.

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Ça se passe au Château de Pizay, 443 route du Château à 69220 Saint-Jean-d’Ardières dans le cru Morgon qui est loin d’être de la bibine.

 

Ça commence à 14h30 avec un thème au choix. Intelligemment, les organisateurs ont programmé plusieurs séances parlant du même sujet.
Exemple  Le Gamay face au réchauffement climatique présenté par Yves Leers auteur de Menace sur le vin, les défis du changement climatique passera de 14h30 à 15h15  ou de 15h45 à 16h30  ou encore de 17h15 à 18h00.

Toutes les conférences sont gratuites mais demandent une inscription

Les trois autres conférences sont :

Le Gamay et ses terroirs dans le Beaujolais par Isabelle Letessier pédologue agronome et Bruno Rivier responsable valorisation des terroirs

Horaires (sur inscription) : 14h15 à 15h15 / 15h45 à 16h45 / 17h15 à 18h15

Le Gamay face aux attentes des consommateurs par Jean-Pierre Corbeau sociologue, spécialiste de la consommation et de l’alimentation

Horaires (sur inscription) : 14h45 à 15h30 / 16h15 à 17h00 / 17h30 à 18h15

Qui était Jules Chauvet ? par Jean-Luc Berger ancien directeur technique d’Inter-Beaujolais et Philippe Pacalet artisan du vin

Horaires (sur inscription) : 14h45 à 15h45 / 16h45 à 17h45

Pour inscrire, n’oubliez que c’est gratuit

www.weezevent.com/gamay-day

 

C’est pas tout

 En parallèle à la partie didactique, les non moins didactiques tables de dégustation en continu à partie de 14.00

Table découverte : les Gamay(s)* du monde commenté par Christian Martray

En continu de 14h00 à 18h30

Table découverte : lieux-dits et climats

En continu de 14h00 à 18h30

Table découverte : Lauréat 2016 du Trophée du meilleur Gamay du monde

Domaine des Maisons Neuves par Emmanuel Jambon

En continu de 14h00 à 18h30

*j’aime pas mettre de s au nom d’un cépage, surtout quan on les écrit avec une majuscule

 

Et c’est pas encore tout

Le dimanche matin à 11.00 pile, seront immergés en mer (vieille de 140 millions d’années) 3 barriques, 1 de Côtes de Brouilly, 2 de Brouilly au sommet du mont éponyme.

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Les trois vins pourront être dégustés avant leur enterrement

Pourquoi pareille démarche ? Des peuples nomades, d’Asie mineure, et de Géorgie (le berceau du vin) enterraient, avant leur départ pour de plus lointaines contrées encore, des vins de l’année pour les conserver.
L’idée surgit alors d’offrir à ce superbe millésime 2015 une expérience d’élevage dans ce terroir fantastique, constitué des roches les plus résistantes du Beaujolais, puisque l’érosion n’a pas eu de prise sur la colline.

Et nous où sera-t-on dans dix ans…

D’ailleurs, déjà le lendemain direction BBB

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Nous y serons 2/5, on vous racontera le dimanche et le lundi…

Le Beaujolais est né pour nous plaire, buvons-en quelques verres.

 

Ciao

 

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Marco

 

 

 

 

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