Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Photoshop & réalité

Des consommateurs, des éditorialistes et même une députée se sont émus que certaines marques (Nestlé, Carrefour, Lidl) aient pris l’habitude de corriger les photos illustrant leurs produits grecs ou « à la grecque », photos prises sur la très photogénique île de Santorin, pour en enlever les croix des églises.

Pour l’hebdomadaire Marianne, le faire remarquer vous classe automatiquement dans la catégorie des ringards, quand ce n’est pas dans celle des fachos – ce qu’à Lénine ne plaise! Pourtant, quitte à choquer mon confrère Hadrien Mathoux, je trouve que le ridicule est beaucoup plus du côté des marques que du côté de ceux qui dénoncent la manipulation. Il parle d' »obsession ». Mais qui en a fait la démonstration le premier: celui qui a enlevé les croix, ou celui qui l’a fait remarquer?

 

Ceci n’est pas sans me rappeler ces reportages diffusés à l’envers ou bien partiellement floutés sur nos chaînes nationales, afin que l’on ne puisse reconnaître une marque, une enseigne… ou un nom sur une étiquette de vin.

J’ai toujours trouvé ce procédé des plus lamentables: les médias, à mon sens, sont là pour rendre compte de la réalité, et non pour la maquiller. Et ils devraient prendre leurs lecteurs ou téléspectateurs pour des adultes, et non pour des esprits trop faibles pour affronter le monde qui les entoure.

Quant aux publicitaires – eux n’ont bien sûr aucun compte à rendre à la réalité; on sait bien que la fonction même d’une publicité est de vous inciter à acheter le produit, la marque ou le service, quitte à choisir les angles, à enjoliver l’image. Mais justement, à ce propos: une croix sur la photo d’une église, aujourd’hui, est-elle de nature à ternir une image? Personnellement, je trouve la question incongrue, voire inconvenante. Quel fils de pub a-t-il pu avoir cette idée?

Imaginez un peu que demain, on interdise les croissants dans les boulangeries au motif qu’il s’agit d’un symbole musulman? Ou va donc se nicher la prétendue « neutralité »?!

Mais il y a encore autre chose, peut-être aussi importante: les consommateurs savent-ils que les yaourts dits « à la grecque » ne sont pas grecs? Certains sont produits en France, d’autre en Espagne. Alors, n’est-il pas quelque peu abusif d’utiliser sur l’emballage une photo de Grèce, avec ou sans colonne, avec ou sans frise, avec ou sans croix? N’est-ce pas induire le client en erreur?

Voila qui me fait furieusement penser à ces négociants qui dissimulent l’origine espagnole de leurs vins derrière une iconographie ou des mentions bien françaises. Et aux distributeurs qui acceptent de jouer avec eux ce jeu quelque peu pervers, à mon sens, en vendant ces produits dans la partie du rayon dévolue aux vins français, et non avec les vins espagnols.

C’est toujours le cas pour le Cabernet-Sauvignon Merlot « Cépages Sélectionnés Rond & Fruité » à la marque Cambras, chez Carrefour Belgique; malgré les remarques par écrit que j’ai envoyées à ce propos au service de relations publiques de cette chaîne.

Comme quoi, le pouvoir de la presse…

Hervé Lalau


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En quête de crachoirs

Oui, le crachoir, parlons-en du crachoir. Encore un sujet redondant chez moi. Faudrait d’ailleurs que j’aille consulter, car ce doit être la troisième ou quatrième fois que j’aborde ce terrain (glissant) au sein de ce blog. La dernière fois, c’était il y a deux ans à propos d’une fête du vin, celle d’Aniane, au nord de l’Hérault et aux portes du Larzac. Un article plutôt positif d’ailleurs que l’on peut visionner ici. Aujourd’hui, si je reviens là-dessus, c’est parce que j’estime que le sujet du crachoir devient de plus en plus sérieux et préoccupant en même temps que l’objet, le crachoir donc, se fait de plus en plus rare. Bien trop rare à mon grand regret.

Photo©MichelSmith

Voyons voir où se situe la source de mon ire. Le week-end dernier, j’ai participé à une fête bon enfant vers laquelle je vous incitais à aller dans mon article de dimanche passé. Organisée par les vignerons du Minervois parmi lesquels il me reste quelques amis qui supportent encore mes remarques parfois acerbes, je dois dire qu’elle était fort bien menée. Une cinquantaine de vignerons heureux faisaient couler le vin avec bonne humeur au sein d’un village attachant ayant pour nom Bize-Minervois.

Auprès d’eux, à chacune des barriques visitées – oui, désormais les vignerons ne sont plus derrière une table mais devant ou à côté d’une barrique dressée à la verticale -, je m’étonnais de ne point voir de crachoir. Et devinez la suite : pour bien déguster les vins – ce n’est que plus tard que je me suis empressé de les boire -, je devais me faufiler entre les vignerons et la foule en goguette afin de trouver un pied de platane et un peu de terre libre pour y cracher mon vin et non pas mon venin. J’ai même failli arroser des promeneurs en bordure de Cesse, c’est dire que je mettais du coeur à l’ouvrage ! Vous saisissez, maintenant ? Et comprenez mon désespoir ? Pas un crachoir à l’horizon !

Bien entendu, vous me connaissez, à la moindre oreille attentive, dès que j’en avais l’occasion, j’exposais mon ressentiment. Et souvent j’obtenais pour réponse quelque chose comme ça : « Michel, enfin, les gens sont là pour boire, non pour déguster » ! Merci les gars, j’avais compris. C’est vrai que j’avais l’air un peu snob (ou couillon) sur ce coup là avec mon obsession pour le crachoir. Pas démontés, mes amis vignerons renchérissaient sur l’air du « Il s’agit d’une fête populaire autour des mets et des vins ». Soit, je veux bien accepter cet argument, même s’il va à l’encontre du thème choisi pour cette fête fort réussie par ailleurs. Dès lors, je ne pouvais pas esquisser mon irritation : « Moi, je veux bien. Mais dans vos pubs et votre dossier de presse, par ailleurs largement repris par le journal du coin, il est bien question de mariages mets et vins et non de beuveries façon féria de Béziers ou de Nîmes où tout le monde picole à gogo jusqu’à se rouler par terre. Quoi qu’il en soit, pour un mariage parfait, il faut déguster afin de choisir les vins que l’on espère être en accord avec les différents plateaux proposés ».

Visiblement, mon argument ne faisait pas mouche. En cette période de vendanges, mes interlocuteurs avaient d’autres chats à fouetter pris qu’ils étaient dans le flot des « qu’estce que c’est ? » de la foule d’assoiffés qui tendaient leurs coupes. « Une pure roussanne, madame, élevée sans bois provenant d’une vigne exposée nord-est… ». Et moi d’insister plus lourd que jamais : « Justement, c’est au travers de ce genre de manifestation que vous avez un message qui me paraît important à faire passer, celui de la dégustation qui permet, en recrachant, de mieux choisir les vins capables de se marier aux mets préparés par les grandes brigades du pays. En expliquant aux amateurs qu’ils peuvent cracher sans gêne, vous devenez des prescripteurs du savoir déguster et non du savoir picoler ».

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Maître Thierry officiant dans la VIP room…

Bon, à un moment, tandis qu’une vigneronne plus réceptive que les autres – la seule par ailleurs à être venue avec son crachoir – me déclarait qu’elle allait soulever la question au cours du prochain debriefing avec les organisateurs, je me suis senti obligé de resservir une proposition formulée au cours de cette fameuse fête du vin d’Anianne évoquée plus haut où il était question de crachoirs en terre cuite conçus par les potiers du pays. Pourquoi ne pas reprendre cette idée, trop compliquée semble-t-il, d’un crachoir « identitaire » (pardon pour ce qualificatif généralement réservé à l’extrême-droite), un objet artistique et pratique, commun à tous les vignerons et siglé de surcroît au nom de l’appellation ou de la manifestation ?

Sur cette proposition, je me suis dis que je ferais mieux de me rendre à « l’espace VIP » où Thierry, notre élégant sommelier régional, débouchait une centaine de vins pour une magistrale dégustation. Mon premier souci fut de vérifier l’épineuse question des crachoirs. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir deux énormes vasques de plastique transparent qui, justement, laissaient transparaître quelques tâches peu reluisantes dans une mer de rouge agitée. A l’évidence, personne ne s’était soucié de vérifier par avance que plusieurs crachoirs dignes de ce nom pouvaient être disposés sur le lieu de la dégustation.

Malgré ce déconvenues, je n’étais pas découragé et j’ai dégusté la plupart des vins exposés avant que les vieilles pies (VIP) ne débarquent bruyamment. Pour boire, non pour cracher.

Michel Smith


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La véritable actualité du vin

Un peu de provoc, ça vous dit?

Remettons les choses à leur place. L’actualité du moment, dans le secteur des vins, ce ne sont pas les vendanges – précoces et de faible quantité, cette année; mais les foires aux vins, bien sûr!

Qui se soucie, en effet, mis à part quelques admirables bouseux, de ce qu’on bricole dans les vignes ou dans les chais? C’est dans les gondoles que cela se passe !

Il fut un temps où on se demandait qui allait vendanger le premier en France ; aujourd’hui, la vraie question, c’est de savoir qui commence sa foire aux vins le premier. Où trouver les meilleurs prix ? Combien de bouteilles seront réellement disponibles, et dans quels magasins?

D’ailleurs, les grands médias du vin ne s’y trompent pas : tous ou presque, ils publient des numéros spéciaux Foires aux Vins.

La qualité du millésime 2017 peut attendre. Ce n’est pas maintenant qu’on va en vendre.

Manichéen, moi? Certainement! Mais à chacun son boulot: il y a des gens pour acheter et pour vendre du vin (rien de honteux à ça!), et puis il y a la presse – un autre métier. Enfin, je crois…

Hervé Lalau

 


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A propos de Pierre Bergé

Dans le concert d’hommages qui fait suite au décès de Pierre Bergé, j’ai envie de faire entendre ma toute petite voix discordante. Et de rappeler que non, tout le monde ne partageait pas ses vues. Ni son dépit d’être « malheureusement complètement Français ».

Pierre Bergé m’horripilait. Dans les grandes largeurs. Et ce n’est pas de voir les grands médias traiter sa nécrologie comme celle d’un personnage éminent (il ne suffit pas pour moi d’être riche, ni « ex de », ni actionnaire d’un journal pour mériter ce qualificatif) qui calme mon agacement.

Je me permets donc de reproduire ici un billet publié sur mon blog perso, il y a 4 ans, à son sujet. Même réchauffé, je lui trouve encore une certaine actualité.

Je précise bien sûr que mes propos n’engagent en rien les autres membres de cette coopérative d’écriture…

Un morceau de catho avec votre anisette?

Pierre Bergé porte un nom d’anisette. C’est bien la seule chose qui m’amuse aujourd’hui dans le personnage.

Tant que le couturier joue les pasionarios de la cause homosexuelle, je n’ai rien à dire. Il sait de quoi il parle. Je n’adhère pas forcément – sa sortie sur les ventres à louer, notamment, me débecte. Et même, avouons-le, je suis opposé à bon nombre de ses combats. Mais il est libre de sa parole; et s’il milite pour ce qu’il considère comme ses droits, qui suis-je pour le censurer?

Mais quand il ramène sa cerise à propos des jours fériés légaux, là, je dis, « Cordonnier, pas au-dessus de la chaussure ». Couturier, pas au-dessus du chiffon. Homme d’affaires, pas au-dessus de ton cours de bourse.

Pierre, tu n’es pas mon berger

Pierre Bergé demande la suppression des fêtes chrétiennes en vertu de la laïcité.

Là encore, c’est son droit de le penser. Mais en vertu de quelle autorité exprime-t-il cette pensée à la tribune d’une grande radio, urbi et zarbi. Qui représente-t-il?

L’Amicale des anciens directeurs de l’Opéra Bastille serait-elle devenue le cénacle où se décide le rythme de vie des Français et leur pratique religieuse?

L’ex-compagnon de (c)route de Bernard Buffet et d’Yves Saint Laurent se prendrait-il pour le berger de nos âmes égarées? Ou bien est-ce sa participation dans le capital du Monde qui lui vaut de figurer parmi les polémistes de RTL? Et de nous faire profiter, à nous qui ne lui avons rien demandé, des avis éclairants de la lampe Bergé?

J’aimerai aussi savoir si M. Bergé compte exiger du gouvernement du Maroc – pays où il possède une maison et des habitudes – le même engagement. En l’espèce, la suppression des jours fériés musulmans.

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Tant va la cruche à l’eau…

Je subodore que M. Bergé n’aime pas trop l’Eglise catholique. Je le suspecte même de bouffer du catho, à l’occasion. D’ailleurs, peu ou prou, tous ceux qui n’adhèrent pas à ses causes sont les victimes de son appétit féroce.

Mais je pense que M. Bergé prend ses désirs pour des réalités, ses engagements pour des obligations, sa spécificité pour une généralité.

En vertu de quoi je demande – non, j’exige – d’être reçu sur RTL pour dire le contraire de ce qu’il a dit, moi qui n’ai aucun avis autorisé sur la question – mais pas moins que lui.

Vous me direz – et vous aurez raison – que ce genre de billet n’a rien à faire sur un blog de vin.

Ben oui, justement, c’est comme quand M. Bergé s’exprime sur la laïcité et les fêtes catholiques.

Alors moi, faute de micro et de participation dans le capital d’un groupe de médias, j’utilise ce tout petit espace de liberté. Catholique de tradition familiale (pas trop sectaire, je crois), mais aussi Français de souche, de culture et de coeur, je n’ai pas envie de me laisser bouffer.

Comme disait le grand Jacques: « Et si mes frères se taisent, et bien tant pis pour elles ».

Mais combien de temps encore pourra-t-on mettre ce genre de choses dans une chanson?

Hervé Lalau


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Où l’on reparle d’Alexandre Bain

Alexandre Bain, dont nous vous parlions il y a quelques semaines, a eu les honneurs du 13h15 de France 2, au cours d’un reportage diffusé ce samedi.

Une émission que France Info résume en ces termes:

« Alexandre Bain est vigneron à Tracy-sur-Loire, dans la Nièvre. Il revendique la différence de ses vins naturels, quitte à déplaire aux instances de contrôle viticole habituées au tout-chimique. Cela fait dix ans qu’il fait du pouilly-fumé, mais en 2015, on lui a retiré le droit de l’indiquer. Il a ainsi perdu son appellation alors qu’il ne pollue pas !

Le magazine « 13h15 le samedi » (Facebook, Twitter, #13h15) est allé à la rencontre de ce viticulteur qui travaille ses vignes en fonction de la position des planètes pour influencer leur croissance. Et sans désherbants, produits synthétiques ou autres sulfites ajoutés. Chaque parcelle a son identité, sa propre expression du terroir. Pourtant, les dirigeants du syndicat viticole sont intransigeants : ils ne veulent pas de ce type de vin !

Prendre le parti du vivant et de l’environnement

Les récoltes d’Alexandre, vinifiées naturellement et certifiées en biodynamie, sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier. Et grâce au « bon sens agricole », ses bouteilles se retrouvent à la table du Noma au Danemark, plusieurs fois élu « meilleur restaurant du monde ». Quand certains font le choix de l’argent en utilisant des pesticides, d’autres prennent au contraire le parti du vivant et de l’environnement.

Edouard Bergeon, Nicolas Ducrot, Frédéric Capron et Nicolas Berthelot ont suivi son combat et celui de sa femme Caroline, de son lieu-dit Boisfleury jusqu’à New York, où la famille vient présenter ses nouvelles bouteilles au salon international des vins naturels. Une belle revanche sur tous ces vignerons « pros de la chimie » qui lui mettent des bâtons dans les roues… »

J’ai mal à ma déontologie devant tant de parti pris. Certes, une équipe de journalistes peut avoir une certaine empathie pour un vigneron et ses méthodes; mais de là à les présenter comme les seules acceptables, il y a une marge.

J’aurais également aimé que le service public (France2 ou France Info) rappelle aux auditeurs que l’exclusion de M. Bain de l’AOC (cassée depuis par le tribunal du Dijon, en attendant l’appel de l’INAO) n’avait rien à voir avec ses décoctions de plantes, ni son cheval, ni avec ses convictions philosophiques, tout à fait respectables au demeurant, ni même avec la prétendue intransigeance du syndicat viticole, mais faisait suite à un refus de son échantillon lors d’une dégustation d’habilitation (motivé par un défaut d’oxydation), puis à plusieurs rendez-vous de contrôle manqués.

Hervé Lalau


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Affaire Sibard, à ne surtout pas voir…

Le harcèlement sexuel est un mal silencieux qui ronge le moral et la santé des femmes au travail. Les traumatismes qui en découlent sont aussi ravageurs que ceux liés au viol. Que viennent donc faire ces affirmations dans un blog vineux ? Rien ? Eh bien si, justement, elles ont leur place ici – du moins est-ce mon avis – car depuis quelques jours le petit monde du vin se tait et ne veut rien voir. Il entretient une omerta cruelle sur un fait qui relève certes de faits que l’on classe dans le « divers » mais qui, en réalité, est une grave atteinte à la dignité des personnes. Plus que la simple information sur cette « affaire », c’est le manque de réaction, le manque d’indignation qui me révolte. Se voiler la face, c’est tellement plus confortable…

Certes, soyons honnêtes, une publication a fait un article sur le sujet, Vitisphère, article que l’on peut lire ici même http://www.vitisphere.com/actualite-85666-Marc-Sibard-condamne-a-un-an-de-prison-avec-sursis.htm , suivie de Terre de Vins plus récemment http://www.terredevins.com/actualites/paris-marc-sibard-caves-auge-condamne-harcelement-sexuel/ . De quoi s’agit-il ? Un caviste célèbre ayant pignon sur le très chic Boulevard Haussmann à Paris, le dénommé Marc Sibard, officiant aux Caves Augé depuis longtemps au point d’en passer pour le patron, lesquelles caves, « les plus vieilles de la Capitale », appartiennent au groupe Lavinia dont les activités de vente de vins sont florissantes en France mais aussi à l’étranger, un caviste adulé par une partie non négligeable de l’intellingentsia « vins natures » faisant fureur chez les bobos de nos grandes cités, a été condamné le 6 juillet par le tribunal de Grande Instance de Paris à un an de prison « avec sursis » pour harcèlement sexuel, moral et agression sexuelle suite à la plainte des trois victimes.

À moins d’avoir un esprit tordu, ce dont je ne doute pas pour ma part, la connivence saute aux yeux. D’un côté le distingué commerçant, l’employeur de Sibard (et des plaignantes) qui pendant 5 ans, malgré les alertes, se fourre la tête dans le sable pour au final en faire le strict minimum dans le but de ne pas écorner son image et se fend d’un communiqué vertueux pour le moins laconique ; de l’autre le vigneron généralement « nature » qui ne veut surtout pas perdre son lien économique avec les Caves Augé, donc Lavinia, lesquels sont d’assez gros acheteurs dans le milieu ; et au milieu, justement, ceux qui gravitent autour du vin, sommeliers, cavistes et avant tout journalistes ou pseudo journalistes, les mondains, les pique assiettes, ceux qui sortent dans les déjeuners huppés, qui se farcissent le sale boulot, les inaugurations luxueuses, les dégustations inoubliables, les invitations qui permettent de s’échapper du stress quotidien contre un petite rubrique de rien du tout en retour, le minimum syndical. Rassurez-vous, j’en ai profité aussi de ces petits plaisirs du métier qui nous donnent l’illusion exquise d’être un grand voyageur, un grand connaisseur. Moi qui ai évolué longtemps dans ce milieu, je suis certain d’une chose : une bonne partie de ce petit monde-là savait, mais se taisait. Oh, je ne les accuse de rien car j’aurais probablement fait la même chose. Et c’est bien cela qui me dégoûte le plus. Se taire, ne rien faire en de pareilles circonstances est une honte.

Alors, maintenant que l’on sait, ne peut-on pas au moins crier son indignation ? Ne peut-on pas témoigner de son dégoût ? Et Lavinia dans tout cela ? La compagnie qui siège à Paris, Genève et Madrid en attendant Bruxelles ou Londres, ne peut-elle pas se joindre à nous en formulant des excuses envers ses employées aux vies cassées ? Il serait peut-être encore temps de le faire, non ? Sinon de laisser place à l’indifférence.

 

Michel Smith

Links here to other posts on the condemnation of Marc Sibard for moral and sexual harassment:

Vincent Pousson: Un grand cru qui tient la route.

http://ideesliquidesetsolides.blogspot.co.uk/2017/07/un-grand-cru-qui-tient-la-route.html

Michel Smith: Facebook post on Marc Sibard

 


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Ce qui m’agace toujours dans le monde du vin

Je sais que je vais passer pour un grincheux, voir un vieux grincheux. Et je plaide coupable sur les deux comptes. A ma défense, je dirai aussi qu’il y a tellement de choses, ou plutôt tellement de vins et de producteurs, qui font mon bonheur, voire me font frissonner de plaisir que tout cela s’équilibre un peu.

A la veille de partir en vacances, avec un livre en bouclage et le retard habituel d’affaires courantes à rattraper, je ne serai pas long aujourd’hui : je vais juste esquisser une liste de comportements, d’expressions ou de mots qui ont le don de m’énerver car je les trouve souvent vide de sens, inexactes, illusoires, trompeurs ou bien utilisés comme moyen d’éviter de penser la complexité. Il est possible que, dans les semaines à venir, je vous donne mes objections plus en détail à ces items. Ou m’enthousiasme pour des choses bues.

1). Vin « nature » : un non-concept,  sans définition possible et basé sur une vision totalement mythique et naïve de la nature. Aussi une posture politique démagogique peut-être à rapprocher du mélenchonisme. En somme, une illusion.

2). Vin bio ou biodynamique :  c’est moins grave que le précédent car au moins il en existe des définitions. Mais l’emploi de plus en plus fréquent de ces termes pour vous « bourrer le mou » avant même de déguster le produit en question à le don de m’agacer. Je n’ai jamais mis les pieds dans un salon de vins bio, mais je goûte les vins bios comme les autres et j’en trouve des bons et des mauvais dans le mêmes proportions que tous les autres. Je déteste simplement le sectarisme.

3). Terroir : mot valise (je devrais dire mot malle) utilisé à toutes les sauces et censé vous faire croire que « terroir » égal « bon » ou « authentique ». Je n’ai pas encore rencontré deux personnes qui en donnent la même définition.

4). Minéral : mot ayant émergé récemment dans le langage du vin et qui se répand comme un feu de foret en été. Je ne sais toujours pas ce que cela est censé décrire dans un vin, hormis l’acidité et la réduction.

5). Bon petit vin : terme vaguement péjoratif et à bannir.

6). Buveurs d’étiquettes : je ne peux plus les blairer. Aimer un grand vin c’est normal, citer des noms connus ou à la mode et rien que cela pour se faire valoir, c’est nul.

7). Les anti-Bordeaux : aussi débiles que la catégorie ci-dessus.

8). Les rosés forcément pâles et ceux qui ne veulent rien d’autre : depuis quand la couleur, ou son absence, était signe de qualité d’un vin ?

9). Les marges prises sur le vin au restaurant : un scandale pas assez dénoncé dans la presse.

10). L’ignorance et la non-formation de trop de restaurateurs sur le sujet vin, avec comme conséquences des conditions de stockage et de températures de service débiles, des mauvaises sélection et un verrerie indigne.

Je m’attend à des volées de bois vert, mais tant pis !

David