Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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J’en appelle à Hugo et à Hemingway

Face à la vague hygiéniste, face à tous ceux qui veulent notre bien malgré nous, face à tous ceux qui pensent pour nous, j’en appelle à deux hommes qui pensaient par eux-mêmes:

Hemingway, d’abord, pour qui le vin était un élément de la culture européenne:

«En Europe, nous considérions le vin

comme un aliment normal et sain et aussi comme une grande source

de bonheur, de bien-être et de plaisir. Boire du vin n’était pas

un signe de snobisme ou de raffinement ; c’était aussi naturel

que de manger et, quant à moi, aussi nécessaire, et je n’aurais pu imaginer

prendre un repas sans boire du vin.»

Et puis Hugo, qui parlait déjà de consommation responsable:

« Le vin des forts est le poison des faibles. »

 

Triste spectacle qu’un monde qui perd ses racines; celles de la vigne, notamment. Alors, pour terminer, un modeste mot de mon cru:

« Tu t’es vu quand t’as Buzyn?»

Hervé Lalau

 

 


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The grand flea circus of wine journalism

This is not recent news – it is now 4 years old, but I think I have to take my stand after reading a comment about us wine critics (even if I consider myself as a wine journalist, not a critic).

The comment (on Jamie Goode’s wine blog) is related to what is called the Budd-Kissack/Huet controversy (the new owner of the Huet estate having banned two wine writers from tasting her wines).

In this comment, US producer cum wine blogger John Kelly makes his point about wine critics: “Critics are like fleas – unavoidable but generally tolerable, occasionally in need of being washed away. “Critics need producers more than producers need critics” should be forcibly tattooed backwards on the forehead of anyone who seeks to enrich themselves by criticizing the productive work of others, so the critics are reminded of it every time they look in a mirror. As Mick Thomas from the band Weddings, Parties, Anything wrote: “Critics do as critics will, but did you ever hear one sing?”

 

 

This is all very nice, but I think Mr Kelly misses some context. Here is what happened with Chris Kissack and with Jim

Mr Kelly concludes: « I just think it’s funny that wine critics get all huffy when wineries have the temerity to criticize their work output. Also, reading around I see a lot about Kissack and Budd’s versions of events but Where is Ms. Hwang’s side of the story? Has she refused to discuss? Or are all the wine “journalists” out there too busy cycling their outrage through their human centipede that they can’t be bothered to ask? »

I think it is funny that Mr Kelly seems to be able to memorize only part of what he reads. Neither Budd nor Kissack denied Mrs Hwang the right to criticise their work – in fact, Dr Kissack did try to have a frank explanation with her, but received a dressing-down and was refused a tasting.

And yes, Mrs Hwang’s side of the story is known; yes, she was asked: Florence Kennel published Mrs Hwang’s statement in the RVF: « Pour être claire, ni M. Kissack ni M. Budd n’ont été interdits de visite au domaine, et j’ai invité chacun à acheter des bouteilles du millésime 2013 lorsqu’il sera commercialisé. Après deux années où la situation du domaine a été parfois présentée de manière trompeuse, où nous avons parfois senti un manque de respect envers le domaine et un manque de soutien pour l’appellation Vouvray, j’ai fait le choix de ne plus me taire pour défendre le domaine, notre équipe, et Vouvray. »

So, Jim and Chris can go to the estate and buy bottles, she says. I suppose she cannot say otherwise, because it would be refus de vente (refusal to deal). But never did she deny the accounts that both writers made of their respective encounters with her.

Ah, and just for the record: if we wine critics and journalists are fleas, what are wine bloggers, Mr. Kelly? Especially those who wear blinkers but pretend to see the broader picture in the wine circus…

Hervé Lalau

 


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Non, la culture du vin ne favorise pas l’alcoolisation

Pour votre édification de buveurs raisonnables, je vous livre ci-après le résumé publié sur le site du Figaro, à propos du débat qui va suivre, ce soir, la diffusion sur France 2 du téléfilm La Soif de Vivre.

Je n’ai pas changé une ligne:

« Alcool : un tabou français ?

Chaque année, en France, 49 000 personnes meurent à cause de l’alcool. C’est la deuxième cause évitable de mortalité après le tabac. Nous consommons 12 litres d’alcool par habitant et par an, soit 30% de plus que la moyenne européenne. Associé à la convivialité et à la culture française, on estime à près de 9 millions le nombre de consommateurs réguliers. Une question se pose : Français, serions-nous victimes de notre «culture du vin» ? Selon la cour des comptes, qui a publié un rapport sur la question en juin dernier, les politiques publiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool en France sont peu efficaces en raison de la «tolérance» générale vis-à-vis de ce produit. »

Pas d’amalgame!

Une fois encore, je m’inscris en faux par rapport à l’allusion que le Figaro fait à la « culture du vin ». Il est amusant/curieux/intrigant que ce terme précis soit utilisé ces temps-ci, alors que l’on sait le dépit que les anti-alcool ont ressenti lorsqu’il a été évoqué, et défendu, par un certain Emmanuel Macron.

Mme Perrin (si c’est bien elle qui écrit ce résumé, comme l’article qui lui fait face) fait-elle de l’anti-macronisme? A-t-elle une opinion autorisée sur le sujet, en qualité de Journaliste People/TV (c’est son titre sur Twitter), basée sur des travaux personnels? Ou bien s’est-elle juste contentée de reproduire les éléments de langage du communiqué de France 2?

Qu’on me permette donc de préciser – à nouveau – quelques points importants ; il ne s’agit pas d’une opinion, mais de faits.

La consommation de vin est en baisse constante en France, sur 50 ans. Plusieurs générations de Français qui consomment régulièrement de l’alcool ne sont jamais passés par le vin, qui a depuis longtemps perdu le statut de boisson d’alcoolisation des masses.
Il suffit de lire les tableaux publiés par L’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies pour s’en convaincre. Et non seulement cela: pour constater que dans le même temps où la consommation de vin chutait de plus de moitié en termes d’équivalent d’alcool pur, celle de la bière et des spiritueux, elle, restait stable. On remerciera donc cet Institut pour la mise à disposition de ces solides arguments pour le découplage du vin et des autres boissons alcoolisées. Tout en regrettant que le vin – boisson de moins en moins addictive, cqfd, soit quand même associé aux drogues et toxicomanies.

Sans vouloir manier le paradoxe, on peut même avancer que la consommation de vin, aujourd’hui, est dans bien des cas un frein à l’alcoolisation, en ce qu’elle associe effectivement un pan de culture à la consommation; qu’elle permet une véritable éducation à une consommation consciente et non subie de l’alcool. En outre, le vin est trop cher et pas assez « efficace » si l’effet escompté est une ébriété rapide. C’est la raison pour laquelle le vin ne doit pas être considéré, à mon sens, comme tous les autres produits alcoolisés.

Ceci, je ne l’écris pas pour défendre mon bout de gras, ma chapelle ou mon vice. Je l’écris parce que c’est vrai. Parce que la France n’a jamais aussi peu consommé de vin, alors qu’elle n’en a jamais produit autant de bon. Et que l’avenir du vin en France est à une consommation modérée, consciente, de vins de qualité.
Je me permets aussi de faire remarquer que le vin n’est pas la boisson de choix du personnage joué par Claire Keim dans le téléfilm qui introduit le débat.

Bonjour le pluralisme!

Enfin, et peut-être surtout, je suis très dubitatif quant à la représentativité du panel des invités qui, toujours d’après l’article de Mme Perrin, seront présents sur le plateau; je cite, là encore: « Julian Bugier recevra la ministre de la Santé Agnès Buzyn, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre spécialisée en alcoologie, William Lowenstein, addictologue, des présidents d’association et d’anciennes alcooliques, dont Nathalie, qui a réussi à s’en sortir après dix-huit cures et presque autant de rechutes… »
N’y aura-t-il personne ce soir sur France 2, face à des prohibitionnistes et à des buveurs repentis pour défendre la cause de la modération, la cause du vin, la cause d’un produit qui a accompagné plus de 20 siècles d’histoire française? Pour avancer des arguments chiffrés, concrets, qui infirment les thèses qui sont habituellement défendues par les invités cités plus haut? Pour contester les extrapolations, les amalgames, jusque dans le chiffre cité de 49.000 morts? Pour mémoire, ce chiffre est tiré d’une étude fantaisiste entérinée par Mme Buzyn, et selon laquelle, si on la lit bien, le nombre des cancers augmente à mesure que la consommation d’alcool baisse (belle démonstration par l’absurde).
N’y-aura-t-il personne pour faire la part des choses, entre des abus qu’on ne doit pas nier – les alcooliques existent, et parmi eux, une petite minorité d’alcoolisés au vin – et une consommation raisonnable?
Et bien si! Olivier Poels, mon confrère de la Revue du Vin de France, sera présent. Mme Perrin n’a pas jugé utile de le préciser (à moins qu’il n’ait fait partie des points de suspension dans l’article). Quoi qu’il en soit, le brave Olivier sera bien seul face à 7 contradicteurs, dont une ministre un tantinet abuzyve pour qui la première goutte d’alcool est une goutte de trop. Et si le temps de parole est divisé équitablement, pourra-t-on parler de débat équilibré?
Les organisateurs n’auraient-ils pas dû inviter des experts de la filière – Vin & Société, par exemple? Mais aussi des vignerons et des fabricants d’alcool?

Je ne sais pas si l’alcoolisme a 1000 visages, comme titre Le Figaro. Mais combien de visages aura le pluralisme, ce soir?

Je profite donc de cette petite tribune pour demander à mes confrères de France 2, ainsi qu’au Figaro, de faire preuve d’un peu plus  d’objectivité à l’avenir.

Et comme je ne suis pas persuadé d’être écouté, amis lecteurs, je vous saurais gré de vous manifester par vos commentaires, non seulement ici, ce qui me fera très plaisir, mais aussi et surtout sur le site du Figaro de France 2.

Vous consommez du vin, mais vous ne sombrez pas dans l’alcoolisme? Vous appréciez le breuvage de Bacchus pour tout autre chose que le degré imprimé sur l’étiquette? Vous êtes donc les plus qualifiés pour parler de ce qui ne relève pas d’une addiction – quelque chose qui vous domine, à laquelle on ne peut résister – mais d’un plaisir culturel, associé au repas gastronomique français. Un repas classé, rappelons-le. De même que les climats bourguignons, les villages de Champagne ou le finage de Saint-Emilion.
Devra-t-on demain, ne plus mettre de vin sur la table? Ne plus récolter les vignes, qu’elles soient classées ou pas? Fermer la Cité du Vin?
Faut-il écouter les Cassandre, qu’ils aient rang d’addictologue, de ministre ou de copy-writer? Tourner le bouton du poste? Ou bien ruer dans les brancards, protester, se faire entendre!?

Hervé Lalau


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Un mois sans alcool – et rebelote!

Même comédie que l’an dernier. Mêmes bons sentiments. Même fausse bonne idée.

Non, je ne participe pas – je réprouve!

Rien à rajouter à mon article de l’an dernier.

Pour ceux que ça intéresse; c’est ICI

Hervé Lalau


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Le Maury 6 Ans d’Age des Vignerons de Maury

Pourquoi je vous parle de ce Maury aujourd’hui ? Tout simplement parce que je l’ai retrouvé chez un ami caviste et qu’il a réveillé en moi de nombreux souvenirs. Son histoire n’est pas banale et sa résurrection pour le moins inattendue !

Une cave historique

La cave des Vignerons de Maury, derrière lesquels se cache une grande coopérative puisqu’elle regroupe plus de trois cents vignerons et gère plus de 1 800 hectares, a été créée en 1910. Mais vous la connaissez déjà, Michel Smith vous en a largement parlé sur ce même blog, il l’avait baptisée : «Le caveau aux Trésors» (Vins (doux) naturels : le caveau aux Trésors), les Trésors étant la collection de Vins Doux Naturels de la cave auxquels d’ailleurs, elle doit sa prospérité. Elle est située au centre du village, sur la route des châteaux cathares; entourée par un paysage magnifique, elle bénéficie d’un climat méditerranéen et de traditions viticoles très ancrées qui ont donné des vins au caractère aussi trempé que celui des gens du Fenouillèdes, des vins qui ont marqué l’histoire. Il faut dire qu’on est ici sur un terroir exceptionnel: des sols de schistes plantés essentiellement de grenache noir.

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Terroir de Maury, photo de Michel Smith

En 1980, pour se démarquer du négoce et des autres appellations, la Cave des Vignerons de Maury crée pour ses Vins Doux Naturels la bouteille « Maury » à la forme trapue, si facilement reconnaissable.

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L’histoire du Maury 6 ANS D’AGE

Cette cuvée a été « imaginée » dans les années 90 par les vignerons de la cave, pour séduire la clientèle des amateurs de Porto; et pour ce faire, elle a été largement diffusée et implantée dans les grandes surfaces. Le but étant de proposer aux consommateurs un « produit » plus fruité et plus gourmand, le plus proche possible d’un Porto Ruby qui avait leur préférence.

Frédéric Trébillac, ancien coopérateur, en me parlant de cette cuvée me rappelait la publicité de l’époque : «Laurence d’Arabie ne buvait pas de Porto, mais du Maury». Il m’a expliqué que cette cuvée n’avait jamais été vendue à sa juste valeur, ça avait été le prix à payer pour l’implanter en grande surface. Au moment de son introduction, le Maury manquait de notoriété, il n’avait pas d’image, et donc forcément le prix auquel achetaient les responsables de la GD étaient très bas, plus bas même que ceux du Maury vendu en citerne! A tel point que dès 1997, la cave avait renoncé à le vendre sur place. Les coopérateurs n’ont pas ménagé leurs efforts pour promouvoir cette cuvée, ils sont partis sillonner la France pour vendre eux-mêmes leur production dans les grandes surfaces. Ils ont rencontré un vif succès dans le Nord, notamment  à Calais où les Anglais l’achetaient pour remplacer le Porto Ruby, car il était bien moins cher et tout aussi bon, si ce n’est meilleur !

Malgré tous ces efforts, ils n’ont pas réussi à positionner la cuvée, ce fut une déception, car ça n’a rien rapporté aux coopérateurs et je ne suis pas sure que le Maury y ait gagné en notoriété. Ça a malgré tout été une belle histoire, qui a permis aux vignerons d’aller à la rencontre des clients, de se rendre compte des réalités de marché. En outre, grâce à cette opération, les Vignerons de Maury ont failli se rapprocher de la Cave de Buzet, pour mettre en place une force commerciale commune. Du jamais vu pour l’époque! Finalement, ça n’a pas pu se faire; dommage, on aurait assisté à un accord historique.

Les grands gagnants dans cette histoire : la GD, qui bénéficiait de prix bradés et d’animateurs «hauts en couleur», gratuits et motivés. Finalement, elle s’en est désintéressée, faisant preuve d’une grande ingratitude… Heureusement, la cuvée vient d’être récupérée par «Les Caves du Roussillon» qui en ont obtenu la distribution nationale. Ce morceau d’histoire  est désormais dans de bonnes mains et sa résurrection devrait bien se passer; et je m’en réjouis.

Le Maury 6 ans d’âge : la dégustation

Il est issu de 90 % Grenache Noir, 5 % Macabeu, 5 % Grenache Blanc. Les rendements sont très faibles : 25 hl/ha. Les vendanges sont manuelles, l’égrappage est total. Mutage sur grains suivi d’une longue macération de 2 à 3 semaines. L’élevage se fait en milieu oxydatif, en foudre de chêne de 60hl.

Il titre 16,5º et 93g/l de sucre résiduel.

Sa couleur est, rouge rubis foncé, légèrement tuilé. Le nez offre des arômes de fruits noirs, de prunes et de cerises à l’eau de vie. La bouche se montre charnue, ronde, fraiche, dominée par des notes de fruits noirs avec une jolie persistance finale souple et fondue, délicatement  épicée.

C’est un joli vin bien équilibré, certes il manque un peu de complexité et de dynamisme, mais, sa douceur est très maîtrisée, il affiche une bonne vivacité, et, il est juteux. Dans un style très commercial, c’est un Maury bien fait, c’est aussi ce style de production qui a été la force du Roussillon, bon et pas cher, un vin traditionnel à petit prix, bien équilibré, sans lourdeur, et qui peut servir d’initiation. Un vin grand public, et il en faut, n’y voyez rien de péjoratif, plaire au plus grand nombre n’est pas chose aisée!

Un Maury à boire frais, que je recommanderai surtout à l’apéritif, sur des toasts au fromage persillé ou avec un dessert aux fruits rouges, voire au chocolat s’il est accompagné de cerises ou de framboises, ou tout simplement avec des croquant de Saint-Paul !

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Cette cuvée avec son coffret est vendue 15,80€, c’est donc un très bon rapport qualité/prix.

Si le Banyuls est le trésor des Templiers, le Maury Six Ans d’Age est surement le trésor caché des Cathares!

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 


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Le Conseil d’Etat annule le décret de la Clairette de Die Rosé

Incroyable retournement de situation dans l’univers impitoyable des appellations françaises de bulles (pire que Dallas à la grande époque!): à l’instigation du syndicat du Bugey-Cerdon (déjà à l’origine de deux procédures d’opposition), le Conseil d’Etat vient d’annuler l’arrêté du Ministre de l’Agriculture du 16 novembre 2016 homologuant l’extension du cahier des charges de la Clairette de Die au rosé.

Ce qui prouve au moins une chose: que si la production de votre voisin ne vous plaît pas, et surtout, s’il risque de vous faire de la concurrence, et que vous n’arrivez pas à le torpiller à l’INAO, il vous reste le Conseil d’Etat.

Je me demande si cela annonce un revirement semblable dans le domaine des bulles IGP, qui « défrizzent » tellement les Crémants.

En attendant, le Prosecco et le Cava se développent à l’international, au point que Crémants et Clairette ont vu leur présence se réduire comme une peau de chagrin dans les rayons de la distribution et des cavistes belges, par exemple. Et je ne vous parle pas du Bugey-Cerdon, qui dispute aux Côtes-de-Toul, à Tursan et aux Coteaux-du-Loir le titre d’appellation la plus confidentielle de France.  Comme dirait ma voisine: « Marcel Cerdon? Le boxeur? » 

Quant à moi, la croisade des vignerons du Bugey ne me les rend pas très sympathiques, pas plus que les Crémants.

Plutôt que de s’occuper de la qualité des autres, qu’ils s’occupent de la leur!

Hervé Lalau


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Et vous trouvez cela normal ? Ras le bouchon de liège !

 

Je ne peux m’empêcher de pousser une nouveau coup de gueule contre ces abominables petits morceaux de liège qui abiment tant des bonnes (enfin, potentiellement bonnes) bouteilles de vin. Comme Hervé, et probablement tant d’autres professionnels du vin, je trouve insupportable de se faire voler régulièrement quand, en ouvrant une bouteille de vin, on n’y trouve pas une substance ayant le même caractère organoleptique qu’un autre flacon du même lot. Et cela, pas vraiment par la faute du producteur, mais à cause de molécules malodorantes qui sont venues se nicher dans le matériel de la fermeture de la bouteille.

La semaine dernière j’ai donné un cours à un groupe d’oenophiles sur les vins du Portugal. J’avais sélectionné sept vins différents pour illustrer la séance. Sur ces sept bouteilles, deux étaient sévèrement « bouchonnées ». Je sais bien que 28% représente une proportion anormalement élevée, mais c’est bien arrivé et c’est insupportable ! Même si, de nos jours, la proportion de vins fermés par des bouchons en liège massif et abimés par le TCA (entre autres) se situe plutôt autour des 2%, ce chiffre reste inacceptable pour moi. Imaginez une seconde que 2% de vos yaourts ou autre aliments soient impropres à la consommation car sentant le moisi : cela ferait un scandale dont on parlerait dans tous le médias.

Au contraire d’une telle réaction, que je trouverais normale et qui consisterait à se révolter contre une forme semi-organisée d’escroquerie, très curieusement, plein de gens semblent accepter cette part de risque dans le domaine du vin et préfèrent parler, avec un ton illuminé, de l’attrait du bruit de « pop » comme avantage de ce système de fermeture issu d’une technologie dépassée.

J’avoue ne pas comprendre une telle attitude quand, face à la déception subie d’avoir dépensé 10, 50 ou 500 euros pour une bouteille de vin et que celle-ci termine dans l’évier plutôt que d’enchanter nos papilles et d’illuminer réellement nos esprits, on se réfugie dans une vision pseudo-romantique en parlant de « magie » ou de « mystère » (je vous promets que ce sont avec de tels termes que j’entends des consommateurs défendre les bouchons en liège massif). Et les derniers communiqués du lobby du liège appuient fortement sur cette corde irrationnelle.

Le vin contient effectivement sa part de magie et de mystère, et cela fait partie indubitablement de son intérêt. Mais cette part réside, selon moi, dans sa substance même, et non pas dans son contenant ou des ingrédients de celui-ci. On peut, à juste titre, considérer qu’un bon verre aidera le vin à s’exprimer bien mieux qu’un verre à moutarde. Mais le vaisseau dans lequel le vin a vécu une partie de sa vie et a été transporté jusqu’à votre table, ainsi que son système de fermeture, doit être d’abord étanche, ensuite neutre sur le plan organoleptique. Si ce n’est pas le cas, et systématiquement, alors il faut en changer. Car il n’y a pas que le TCA et ses petits copains dans cette affaire ; il y a aussi l’oxydation variable qui joue, d’une manière encore plus élevée sur le plan proportionnel et avec le temps.

Malheureusement, tous les vins que je désire acheter ne sont pas encore fermés par des capsules à vis ou de bouchons en verre (ou par des bouchons reconstitués et propres de type Diam). Mais le jour ou cela arrivera, je n’achèterai ni commanderai au restaurant aucune autre bouteille de vin. Il est grand temps de tourner la page du bouchon de liège massif et d’accepter que la beauté du vin se trouve uniquement dans sa partie liquide et tout ce que cela engendre en nous et d’arrêter de se laisser prendre pour des pigeons par les fabricants de liège. Le liège, c’est sûrement utile et efficace comme isolant, mais évitons de continuer à le laisser en contact avec nos vins.

David