Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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État des lieux d’un vignoble en péril: Banyuls-Collioure

L’envie de m’arrêter ne serait-ce qu’un temps sur le terroir le plus spectaculaire de ma région d’adoption, cette même envie ajoutée à un séjour récent dans ce bout de France le plus méridional de l’Hexagone, ainsi qu’un papier tout aussi récent de notre Marco ici même, toutes ces circonstances confondues ont achevé de me convaincre.

Me convaincre de quoi au juste ? Qu’à moins d’une prise de conscience de nos édiles, d’une décision politique de prendre le problème à bras le corps, ce qui n’est pas avouons-le dans l’ADN de nos politiques, et d’un investissement colossal côté vignerons, suivi de mesures de protections radicales, le si beau vignoble de Banyuls (qui englobe celui de Collioure, Port-Vendres et Cerbère) n’en a plus pour très longtemps.

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Au delà de la beauté qu’offrent les paysages d’une montagne schisteuse dévalant dans la mer, hormis ces petits ports romantiques où il m’arrive de tremper mes gambettes poilues, de lire le journal ou de boire mon café, laissant de côté ces criques mouchoirs de poche s’ouvrant sur la Méditerranée, qu’est-ce qui m’autorise à être subitement aussi péremptoire (et pessimiste)? Après tout, la population locale et ses élus semblent se satisfaire de vivre dans des paysages de toute beauté et ils me paraissent jouir en pleine apathie de leur environnement immédiat, semblant se désintéresser d’un péril qu’ils ne voient pas venir, à moins qu’ils ne veulent le voir venir. Tout semble si bien aller : en hiver les retraités affluent de toute l’Europe, tandis que les projets immobiliers se multiplient et que les enseignes à grandes ou moyennes surfaces pullulent jusqu’aux fronts de mer. C’est beau la Catalogne française…

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Arrivé dans le Roussillon, en 1988, c’était vers ce vignoble spectaculaire que je m’étais tout naturellement tourné. En compagnie d’une troupe d’investisseurs très modestes (sommeliers, cavistes, vignerons, journalistes spécialisés) nous étions allés à Banyuls-sur-Mer, non pas avec en tête l’idée de faire du fric, mais déjà l’envie sincère de sauver de l’oubli quelques parcelles de précieuses terrasses de vignes de Grenache, des vignes que nous voyions sombrer dans l’oubli et que les gens du coin, hormis une poignée de vignerons, préféraient laisser à l’abandon. Il faut dire que nous mêmes, après trois millésimes d’un Terra Vinya élevé en pièces, avions fini par jeter l’éponge dix ans plus tard par manque d’ambition et parce que la vie nous appelait ailleurs. À l’époque, vers la fin des années 1980, la raison principale de ce délabrement du vignoble était aussi évidente qu’historique : la vente des vins doux naturels périclitait n’ayant, comme unique pilier, qu’un public survivant composé de quelques vieillards en mal de réconfort sucré. En gros, la nouvelle génération ne suivait pas et ne collait plus à l’image vieillissante et ringarde d’un produit d’une autre époque. Ainsi vont les modes, ainsi vont les vins.

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Pour des raisons culturelles, après des décennies d’un relatif confort, les vignerons – pour beaucoup petits propriétaires doubles actifs liés aux coopératives – avaient du mal à se recycler en producteurs de vins secs ou tranquilles, c’est-à-dire non mutés (non renforcés devrait-on dire) à l’alcool. Ajoutez à cela la difficulté de lancer sur le même territoire que Banyuls une appellation-bis comme Collioure qui, à l’époque, ne concernait que des rouges, les fautes de gestion des uns et des autres, les plans de communication en dents de scie pour plaire tantôt au négoce, tantôt à la coopération, les deux acteurs majeurs d’alors, ainsi que le sempiternel combat des conservateurs s’affrontant à un vent de modernisme pas assez convaincant à leurs yeux, du moins dans ses arguments financiers immédiats, et c’est ainsi que l’on obtenait une sorte de lie visqueuse entraînant un refus de bouger, une passivité se heurtant, en plus, à différentes ambitions politicardes locales. On avait l’impression que l’intelligence d’un seul homme, Michel Jomain, pouvait faire bouger les choses. Seul hic, le gars n’était pas du pays et en plus, il était fort marqué politiquement (ndlr: à gauche, en l’occurrence). L’homme a disparu en 2011.

Est-ce le manque d’enthousiasme, est-ce un problème de gestion ou de perspectives commerciales? Toujours est-il que depuis, le Groupement Interproducteurs Collioure Banyuls qui, un temps, représentait 80% des viticulteurs du cru, un mastodonte que les touristes connaissent sous le nom de Cellier des Templiers (aujourd’hui Terre des Templiers), a fini par mettre le genou à terre avant d’être placé sous sauvegarde par la Justice. Il dispose encore d’une année pour se redresser.

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Mais alors, quel est donc ce mal mystérieux qui menace ce petit territoire côtier au cœur duquel je me suis récemment isolé et promené durant deux semaines ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas un mal, mais des maux… et non des moindres. Je vais tenter de les résumer ici, tout en précisant avant d’aller plus loin que cette splendide Côte Vermeille où se côtoient, je me répète, deux appellations, Banyuls et Collioure, est un pays à part avec ses codes, ses traditions, ses magouilles aussi, un état dans l’État.

Quelque peu isolé du reste de l’Hexagone, avec une seule route sinueuse pour le traverser et une ligne de chemin de fer menant à l’Espagne, ce petit pays a longtemps vécu de la pêche artisanale et de la viticulture… sans parler de la contrebande. Depuis 1974, une réserve maritime est sensée protéger plus de 6 km de côtes. Mais cela n’a pas empêché la construction de quelques horreurs de même que la réserve n’est pas parvenue à enrayer l’exploitation (le vol ?) d’un fameux gisement de corail rouge.

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Comme partout ailleurs, en quelques décennies, le monde autour a évolué : l’Espagne a rejoint l’Europe avec ses coûts de main d’œuvre plus compétitifs, la pêche a décliné faute de poissons et de marins, la vigne s’est arrachée faute de vignerons courageux et de buveurs, tandis qu’avec les années 2000, une route à quatre voies mettait Port-Vendres et Collioure à moins de 30 minutes de Perpignan et de l’autoroute, et que le tourisme prenait une place de plus en plus prépondérante avec son cortège d’agitations, d’appétits et de frénésies immobilières. Il faut bien avouer que, si l’on se met à la place des investisseurs, cette zone qui a attiré tous les peintres du siècle précédent reste un des derniers bastions à saisir avec vues garanties sur la Grande Bleue avec des prix bien plus accessibles que ceux de la Côte d’Azur, par exemple. Tout cela est très vite résumé, j’en conviens, et mon analyse ne doit pas être prise trop au sérieux dès lors que je ne sors pas d’une grande école et que je ne m’abrite derrière aucune commission d’experts comme nous en avons tant vu défiler ici.

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Dans ce tableau qui peut paraître sombre, je dois préciser qu’accompagnant le déclin des coopératives qui jadis monopolisaient la production, la viticulture semble connaître un certain renouveau. Des investisseurs vignerons parfois importants s’installent, des idées jaillissent en même temps que de jeunes et dynamiques aventuriers vignerons se font connaître, certains étant même issus du milieu de la coopération. Dans la même foulée, on voit poindre à l’horizon une multitude de projets touristiques autour du vin, projets de taille humaine ne manquant pas d’intérêt.

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Après cette présentation sommaire, je vais donc énoncer ici les maux visibles ou évidents qui menacent directement le vignoble et ses alentours, sans oublier les habitants – qu’ils soient vignerons, commerçants ou retraités, venus d’ici ou d’ailleurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de se promener sur les routes et les chemins, et de bavarder avec les rares vignerons qui travaillent encore leurs propres vignes. À l’époque de la taille, par exemple.

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Le réchauffement. Même si le réchauffement climatique n’aura sans doute pas d’ incidence majeure sur le vignoble avant 20 à 30 ans, on en perçoit déjà les prémices, notamment des orages monstres, mettant en péril un vignoble qui n’est plus tenu avec autant de soins qu’autrefois (voir plus loin). Cela s’est déjà produit, mais c’était il y a plus de 30 ans, quand les vignes étaient encore entretenues avec une volonté de protection à long terme. Or, depuis les années 60, on peut dire que, graduellement, les terres sont peu ou très mal entretenues quand elles ne sont pas carrément abandonnées fautes de reprises en mains par un successeur réellement motivé et amoureux de sa vigne. Elles sont d’autant plus vulnérables à la modification du climat.

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Les abandons. Des parcelles de vignes meurent à petit feu faute de repreneurs. Beaucoup de propriétaires en fin de vie refusent de confier leurs vignes à un jeune, espérant peut-être qu’un citadin les rachète à bon prix pour en faire une sorte de terrain de loisirs pour y installer une caravane ou y construire – le plus souvent illégalement – une cabane qui deviendra peut-être villa. Avec ces vignes abandonnées, ce sont autant de vieux grenaches qui disparaissent de notre patrimoine. On a l’impression que seules les surfaces conséquentes et mécanisables, autour d’un hectare et plus, intéressent les repreneurs. D’ailleurs, ces derniers ne sont plus enclins à l’achat de vignes de coteaux : ils préfèrent acheter sur du plat ou de l’arrondi, délaissant les pentes. Ensuite, ils préfèrent tout raser au bull, y compris les murettes, niveler le plus possible afin de permettre aux tracteurs de rentrer dans de belles rangées de syrah, cépage qui, entre parenthèse, n’a pas grand-chose à faire dans ces contrées. C’est le rendement à court et moyen terme qui est privilégié au détriment du long terme et de la transmission familiale d’un vignoble en parfait état.

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Les incendies. Ils sont une vraie plaie, surtout en été. On est allé jusqu’à croire que pour réduire les risques, il suffisait de subventionner des vignes pare-feu sur les hauteurs des coteaux. L’idée, probablement trop coûteuse, a semble-t-il été abandonnée. De toutes les façons, elle n’a suscité que peu d’intérêt du côté des vignerons, lesquels ont déjà bien des soucis avec les sangliers qui pullulent et dévastent les terres. Reste que si l’on n’y prend garde, les chênes-liège, les oliviers sauvages, les figuiers, les micocouliers, les pins et autres essences typiques risquent fort de disparaître alors qu’elles servent souvent de cadres majestueux aux parcelles de vignes. Non entretenue, cette végétation forestière si fragile, une fois décimée, peut réapparaître, certes, mais elle est aussi le plus souvent remplacée par une garrigue dévorante et étouffante qui favorise également les départs de feux dans une région où les vents sont féroces.

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Les tremblements de terre.  Ils sont assez fréquents autour des Pyrénées. Reste que, sans faire de catastrophisme, les canaux, les rigoles et les murets édifiés patiemment et entretenus au fil des générations pour maintenir les terrasses, les casots aussi (ces petits abris qui servent à ranger les outils), les précieuses citernes renfermant l’eau qui sert aux traitements, les petites routes d’accès à flanc de montagne, tout cela pourrait disparaître un jour si le sous-sol décidait de se refaire une place. Et des pans entiers de vignes donnant sur la mer pourraient sombrer.

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Les murets. Petits ou grands, hauts ou courts, grâce aux plaques de schiste qui se détachent et se taillent relativement facilement, ils font partie ici du paysage façonné par l’homme depuis des siècles. Et sont devenus la composante essentielle, avec les peu de galls et autres agulles (canaux destinés à favoriser l’écoulement des eaux en cas d’orages), de ce vignoble architectural couvrant quelques 2000 ha de flancs de coteaux. Le gros problème avec de tels murets, c’est qu’ils sont fragiles et qu’il faut les entretenir. Sinon, pierre par pierre, au fil des ans, ils se dégradent de plus en plus entrainant avec eux la terrasse qu’ils sont censés soutenir, autrement dit des paquets de vignes. Comme rien n’est simple, seuls les ancêtres qui passaient des journées entières à la vigne, avaient acquis l’art de construire les murettes et de façonner ces étonnants caniveaux de géants qui permettaient l’évacuation des eaux tout en préservant la précieuse terre, en évitant qu’elle ne soit pas emportée. Dans les années 80, j’ai rencontré des vieux maçons de vigne qui étaient prêts à partager leurs petits secrets. Sauf qu’il y avait peu de volontaires pour les écouter. Avec eux disparaissent les techniques emmagasinées de génération en génération et c’est bien triste de voir le vignoble se défigurer faute d’entretien adéquat.

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Le tourisme. S’il n’est pas canalisé en urgence, le tourisme, aussi nécessaire qu’inévitable, va faire mal, très mal. Il risque de causer d’importants dégâts dans les vignes de Banyuls, de Cerbère, de Collioure et de Port-Vendres, sans oublier l’arrière-pays d’Argelès-sur-Mer. Sur les chemins semi-côtiers que j’ai fréquentés presque tous les jours, j’ai rencontré des promeneurs sages et respectueux des plantes et de l’espace, mais aussi quantité de sauvages venus s’exciter sur des terres synonymes de risques et d’aventures. En VTT, en patinette électrique (!), en moto trial, en 4 X 4, j’ai croisé des gens manquant réellement d’éducation, prenant possession du terrain privé (une vigne) comme si c’était un dû, dévalant les pentes sans se soucier du dommage qu’ils causaient au passage aux murets comme aux jeunes plants. Des saccageurs !

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– Les squatters. Pour l’instant, ils s’agglutinent en bord de mer car pour eux, seule la vue compte. Et dieu sait que la vue peut être grandiose dans le secteur ! On commence par acheter une vigne en perdition avec un casot tout simple que l’on agrandit au fur et à mesure dans le plus mauvais goût qui soit, tout en restant caché au sein de la végétation afin de ne pas trop se faire remarquer. J’ai ainsi vu en un site pourtant soit-disant hautement protégé de véritables pavillons sam’suffit avec arrivée d’eau et électricité fournis par la municipalité de Port-Vendres, sans oublier le parking gagné sur d’anciennes vignes afin que les copains puissent se garer. J’oubliais le chemin aménagé en béton jusqu’à la mer afin que le bateau puisse glisser gentiment dans l’eau. Pour l’espace vert, les vignes et la végétation ennuyeuse sont carrément anéantis au round-up ! Il semblerait que ces gens finissent enfin par payer des impôts locaux, mais combien sont-ils qui vivent encore cachés, parfois même dans de véritables taudis. Combien sont-ils encore à se barricader  de manière hideuse tout en fabriquant des plaies dans le décor ? Sur une douzaine de pseudo casots ainsi rencontrés en un seul circuit que j’estime à 5 km, seule une construction se présentait de manière honorable, en pierres du pays (schiste) et sans barrières, bien intégrée dans le paysage. Leur nombre ne cesse de croître et la terre – d’anciennes vignes – se vend de plus en plus cher.

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Voilà un aperçu sommaire de ce qui peut sournoisement menacer un vignoble, grignoter peu à peu une part non négligeable de son authenticité, de son image, de sa force. Celui dont je viens de vous parler, le terroir de Banyuls et de Collioure, s’il était connu depuis des siècles sur la carte de la Méditerranée, n’était guère satisfait de sa notoriété il y a 30 ans, notoriété qu’il trouvait insuffisante. Maintenant que les choses vont mieux, il serait temps que mes amis de la Côte Vermeille  prennent conscience de ce qui leur arrive. Car en matière de vignoble, il ne suffit pas de faire de bons vins. Il faut aussi être paysagiste, conservateur, protecteur, amoureux et farouche défenseur de son territoire. Le terroir qui fait notre vin est aussi un paysage. Ne l’oublions pas. Amen !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)


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Les cépages ? Une jungle !

Notre invité de ce samedi, André Deyrieux (Winetourisminfrance) évoque la problématique des cépages dans une perspective didactique, et pour tout dire… oenotouristique.

Ce n’est pas un mystère, je m’intéresse passionnément à l‘oenotourisme. C’est-à-dire aux histoires que racontent les vignes et les vins, à la découverte de leurs patrimoines, de leur géo-histoire et de leur culture.

Et ce sont bien des patrimoines, enracinés dans la terre, à la recherche du ciel, que toutes les variétés de cette liane extraordinaire !

Tout me plaît de ces promenades que je fais en amateur, non en botaniste ou en ampélographe, dans ce monde merveilleux des cépages. On a bien de la chance d’avoir autant de richesse, et il est bien dommage de savoir que 20 cépages seulement font 90 % des vins…

Elles me fascinent, toutes les originalités de ces personnages de la grande scène des vignobles ! Ceux dont la peau épaisse fait les vins doux (Gewürztraminer, Muscat, Grenache, Petit Manseng…). Ceux dont la peau est fragile (Négret de Banhars) ; les tardifs adaptés au sud et les hâtifs adaptés au nord ; ceux qui nous parlent d’histoire (le Romain, le Maréchal Joffre) ; ceux riches en jus ; ceux aux petits grains ; ceux qui ont voyagé par les voies romaines ou les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ; ceux dont la pruine est plus riche en terroir, sans parler des cépages non greffés pré-phylloxériques…

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André Deyrieux  (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

Ce qui est bien aussi, c’est que l’ampélographie est compliquée. Un vrai fouillis : tous se sont ingéniés à la rendre plus complexes à coups de comparaisons hâtives, d’étymologies poétiques, d’orthographes à géométrie variable (Mancin, Monsenc, Mencen…), de trajets hasardeux… sans parler du fait que naturellement bien des cépages connaissent déjà de nombreuses variantes.

L’analyse ADN n’est venue que récemment mettre un peu de clarté et beaucoup de vérité dans les parentés et les origines.

Je me délecte pourtant des mythes. Combien reviennent d’Orient, comme le Persan (qui en fait est originaire du lieu-dit Princens, en Maurienne), l’Altesse (qui ne vient pas de Chypre, mais de terrasses d’altitude), ou la Syrah qui ne vient pas de Shiraz, mais du nord des Côtes-du-Rhône !

Je m’amuse de leurs noms (Cacaboué, Ragoûtant…) et de leurs étymologies, parfois vraies, souvent inconnues.

Le Vaccarèse est bien originaire du Vaccarès, et le Raisin des Abymes (la Jacquère) rappelle bien l’écroulement du Granier près de Chambéry en 1248. Mais si le Pagadebiti est un cépage corse qui doit son nom à sa qualité de payer les dettes du vigneron, le Grolleau n’assure pas quant à lui la fortune de ses vignerons du Val-de-Loire… Et passons sur le fait que Le Beaujolais est aussi un cépage, de même que le Rosé du Var…

Et parmi tous ces cépages, je préfère les plus rares, les oubliés, les retrouvés, ceux qui ont failli disparaître, ceux qu’on ne connaît pas encore et qu’on devrait retrouver pour les sauvegarder.

Il faut parfois partir sauver le soldat cépage ! Son nom ? Mornen, Aubun, Dureza, Bia, Corbeau et bien d’autres…

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Biodiversité, fierté locale, adaptation aux changements climatiques, résistance aux nouvelles maladies de la vigne, passion pour l’histoire, renaissance de traditions, fierté locale, valorisation de territoires ruraux, maintien d’une riche palette de vins face à l’uniformisation du goût… les raisons d’aimer les cépages rares sont multiples.

C’est pourquoi, je suis heureux, non content d’avoir participé en 2011 (déjà !) à la création des Rencontres des Cépages Modestes (plutôt destinées aux professionnels), de contribuer à l’organisation du premier salon des vins de cépages rares à Paris, un vrai salon destiné à les faire connaître du grand public !

Ce sera les 19 et 20 mars 2016, cela s’appelle le Salon Rare, le salon des cépages rares au profit des victimes de maladies rares – et il aura lieu dans les salons de la Mairie du XVIe.

Pour plus de renseignements: Le Salon Rare

André Deyrieux


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Que veut dire le mot « minéralité » appliqué au vin ?

 

Les mots de la dégustation ne peuvent en aucun cas être précis, il faut bien s’y résoudre. Mais on peut toujours s’améliorer.

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L’approche qui semble dominer de nos jours dans ce domaine éminemment subjectif est celle que je qualifierai du style « salade de fruits » ou même «gonflette » (approche que Vincent Moscato qualifierait probablement de « pompe à vélo »). Je vous donnerai juste deux exemples croustillants, mais ce sujet soulève aussi de vrais questions sur l’utilité et même la possibilité de traduire en mots nos sensations gustatives.

Un Sauvignon excessif et trop vieux. Une bouche pleine d’écorce de citron, de moka volumineux avec une touche d’échalote.

Un rouge vicieux mais flasque. Exsude des parfums de confiture de fraise, de foie gras sur le retour et des notes volontaires de citron. A boire jusqu’en 2020

Et il y a pire encore !

Mais aujourd’hui je veux me concentrer sur un mot, de plus en plus utilisé dans le vocabulaire des descripteurs de vin, et qui pose plusieurs questions. C’est le terme « minéralité ». Ce mot n’existe pas, du moins dans mon édition du Nouveau Littré qui date de 2004. Peut-être est-il trop vieux.  Mais j’y trouve plein de mots ayant la même racine : « mine », « minéral », « minéralisateur », « minéralisation », « minéralisé », « minéralogie », etc.

Mon problème n’est pas tant avec l’invention d’un mot : je suis plutôt pour un peu plus de créativité dans la langue française. Il se situe eu niveau de l’usage et du sens, et, dans ce cas, d’une certaine absence de signification réelle dans ce qui est entendu par la plupart des utilisateurs de ce terme aux contours flous. De fait, c’est du mot « minéral », qui existe bien, dont je veux parler.

Je crois qu’il faut d’abord identifier deux sens un peu différents qui sont impliqués par ceux qui utilisent ce mot avec une fréquence croissante : premièrement les sensations éprouvée en bouche à la dégustation ; deuxièmement la notion qu’un vin peut contenir des minéraux qui lui seraient transmis par le sol. Parfois les deux notions sont liés, en tout cas cela est très souvent induit dans le discours.

Regardons d’abord la sensation organoleptique. Il me semble qu’une bonne partie de la réalité qui se cache derrière ce mot est la difficulté que certains dégustateurs ont à appeler un chat un chat. Quand il y a « minéralité », il y a généralement une impression d’acidité assez forte. Dans ce cas, si on est producteur, on ne veut pas dire « acide » par peur de détourner le consommateur. D’ailleurs c’est pour cela qu’on utilise à la place le mot « fraîcheur ». Si on est journaliste, sommelier ou caviste, le mot « minéral » fait plus savant que le simple mot « acide », car il touche à un domaine  un peu mystérieux, réservé aux initiés.

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Dans le dernier numéro de la revue Suisse Vinum sont apparus les premiers résultats d’une étude franco-suisse forte intéressante et qui tente de cerner cette question. Je vais citer une partie de cet article paru sous la plume de Pascale Deneulin, Professeur d’analyse sensorielle à Changins et qui propose une piste intéressante pour expliquer la traduction d’une certaine sensation par un emploi du mot « minéral » : le soufre, souvent allié à un niveau élevé d’acidité. Voici quelques extraits :

« Dans un premier temps, 3600 professionnels et amateurs ont été interrogés. Leurs réponses ont permis de montrer que ce terme – très positif pour les professionnels, plutôt négatif pour les novices – variait en fonction de l’origine géographique des participants. Pour les Bordelais, la « minéralité » (d’un vin) se trouve en Bourgogne et en Alsace; pour les Alsaciens, elle correspond aux notes « pétrolées » du Riesling; les Bourguignons la lient à l’acidité et les Suisses aux arômes de pierre à fusil. Dans un deuxième temps, 80 Chasselas, 34 Petite Arvine, 40 Chardonnay de Bourgogne et 31 du Jura ainsi que 40 Jacquère de Savoie ont été sélectionnés sur la base de notes de dégustation. Des vignerons des régions de production de ces vins leur ont ensuite attribué une note en fonction d’un critère unique: ce vin est-il «minéral»? A de rares exceptions près, les quelques 200 crus jugés ont divisé les dégustateurs. »

Ce dernier point est intéressant et concerne la dégustation en générale. Il est très difficile d’obtenir un consensus sur un vin, même parmi des experts.

Je reprends l’article :

« Lorsque dix experts considéraient un échantillon comme plutôt ou très minéral, il s’en trouvait au minimum deux ou trois pour le noter peu minéral et autant pour le classer comme moyennement minéral…..Les vins considérés comme les plus minéraux et les moins minéraux par l’ensemble des dégustateurs ont ensuite été sélectionnés. Si échantillons minéraux et non minéraux présentent une segmentation nette pour tous les cépages, on constate que, à côté des descripteurs positifs attendus (pierre à fusil, tilleul, notes empyreumatiques), on rencontre certains qualificatifs peu flatteurs: cuir, soufre et allumette pour les Chasselas; végétal, bonbon anglais et acidité pour les Jacquère; acidité et végétal pour les Chardonnay. A noter que la fraîcheur, aromatique comme en bouche, revient presque partout. La phase suivante du projet a été d’analyser ces vins pour voir en quoi les cuvées très minérales se distinguaient des très peu minérales. Deux éléments se révèlent significatifs: les vins très minéraux n’avaient en général pas fait ou pas terminé leur fermentation malolactique et présentaient un taux moyen de soufre (SO2 libre) supérieur aux autres témoins. Cette relation minéralité/soufre concorde d’ailleurs avec les descriptions spontanément données (allumette) par les dégustateurs lorsque ceux-ci ne savaient pas que la recherche portait sur la minéralité des vins. »

La partie analytique de ce travail de recherche n’était pas terminée au moment de la rédaction de l’article car des analyses de chromatographie gazeuse (pour définir la présence de molécules olfactives), étaient encore en cours. En attendant ces résultats, il est intéressant de remarquer que si les professionnels considèrent la notion de « minéralité » comme positive, les consommateurs novices y sont assez réfractaires et font parfois des comparaisons avec les eaux minérales. Ensuite, plus le niveau de connaissances œnologiques augmente, plus la vision des amateurs se rapproche de celle affichée par les spécialistes (effet d’émulation et d’imitation bien connu dans tout groupe d’humains).

Il est souvent suggéré que cela traduirait une transposition ou une expression de minéraux qui se trouveraient dans le sol, à travers le vin lui-même. Cette dernière hypothèse ne tient pas du tout la route. D’abord rien ne prouve que les minéraux qui existent dans le sol survivent, en quantités mesurables, au processus complexe de fermentation, sans parler de l’élevage d’un vin. Ensuite ces minéraux sont en général sans odeur et si par hasard on peut leur en trouver une, celle-ci n’est jamais présente dans le vin dans des quantités détectables par l’être humain.

Nous sommes donc dans un monde de fantasme, certes romantique et peut-être « vendeur » (le lien avec la terre et tout cela), mais purement imaginaire. Regardons cela avec un peu plus de détail.

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Minéraux de roche, minéraux du sol, minéraux dans le vin, quelles connections ?

Toutes les roches sont constitués de minéraux, et il n’y en as pas davantage dans un type de roche en particulier. D’autre part, à l’exception du chlorure de sodium et quelques sels complexes et rares, les matériaux minéraux qui peuvent se trouver dans le sols n’ont pas de saveurs propres.

Néanmoins l’implication ou suggestion qui est souvent présent dans certains discours sur le goût d’un vin est que nous pouvons déguster, dans le vin lui-même, la nature de certaines roches qui sous-tendent tel ou tel parcelle de vigne. Ou bien, à l’inverse, que ce substrat de la terre expliquerait, à lui seul ou principalement, des différences de goût perceptibles entre deux vins autrement similaires (cépage et vinification identiques) mais issus de deux parcelles ayant des sous-sols de différentes types. Plus loin, je constate qu’il est souvent dit que certains types de sols et sous-sols contiendrait plus de « minéraux » que d’autres.

Voici quatre exemples : « the pungency of fossiliferous pebbles makes Chablis stand out from other Chardonnays » (Jefford, 2002) ; « un goût minéral et, plus spécifiquement, de quartz » (www.wineglas.com) ;  » une impression de cendres volcaniques dans les tannins » (www.diamondcreekvineyards.com) ; « un goût de cendre volcanique et des saveurs profondes, fumées et minérales » à propos de vins issus des pentes de Vésuve (www.the wine news.com). Et il y a des milliers du même genre, un peu partout dans la littérature du vin.

Si on regarde ces exemples, on comprends bien la tentation à un travail d’imagination à posteriori pour expliquer ou décrire un goût lorsqu’on sait d’où vient le vin en question. Cela peut être poétique, romantique ou offrir d’autres avantages au lecteur.  C’est certainement un outil marketing formidable si on est producteur afin de clamer un caractère unique et non-transposable de sa production. Le problème est que cela ne tient pas face à une analyse. Regardons les cas évoqués par les quatre exemples cités.

exemple 1 : le calcaire de type Kimmeridgien

Le calcite est le constituant minéral de toute roche calcaire, craie comprise. Ce minéral est inodore et sans saveur, comme le silicate qui lui est souvent associé.

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La quartz est également inodore et sans saveur et se dissout très lentement ou pas du tout en milieu aquatique. De surcroît le quartz est formé de silice, qui, à l’état de sable, constitue la matière du verre dont on fait les bouteilles !

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exemples 3 et 4 : la roche volcanique

Les roches volcaniques sont formé de silicates qui n’ont pas plus de saveur que d’autres roches. Cependant, dans les zones volcaniques actives, le soufre et ses composés sont bien présents. Peut-être est-ce le soufre que ces commentateurs ressentent ? Le problème dans ce cas est que le soufre est utilisé dans très la grande majorité des vins, alors comment savoir ?

Autre difficulté : mécanismes de transmission racinaires

En plus de la difficulté chimique dans l’optique de la perception des minéraux du sol dans un vin, il y a aussi une difficulté mécanique. On évoque parfois, à propos de riesling de la Moselle par exemple, un « goût de schiste ». Pour que les nutriments du sol puissent être assimilés par les racines d’une vigne, il fait que les molécules puissent passer dans la racine, ce qui pose problème si ces nutriments possèdent une forme cristalline. La propriété mécanique du schiste résulte d’une agrégation de plusieurs minéraux de type silicate que se collent les uns aux autres pour donner une sorte de mille-feuille. Cela semble absurde que l’on puisse « sentir » une telle structure dans un vin. L’imaginer on le peut, mais ni le sentir ni le goûter.

Et la confusion est bien plus générale

Il existe plein d’autres confusions engendrés par des termes liés à de la géologie. Parler d’un vin ayant un goût « terreux » ne peut pas en aucun cas se référer au sous-sol, qui n’a ni odeur ni saveur, mais uniquement à de la matière organique contenu dans la terre, c’est à dire ce qui se tient au-dessus de la roche et plus ou moins proche de la surface. On parle plus souvent d’acidité, en liant cela parfois au niveaux de pH dans les sols.  Le pH d’un vin fait référence à l’acidité titré qui consiste essentiellement d’acides organiques. Dans une roche, le pH est le reflet du contenu en silice de telle ou telle roche, ce qui est tout autre chose. Une roche acide peut donner un vin acide ou bien le contraire : il n’y a pas de lien directe.

Une autre piste de sortie ?

Je crois que Marc a indiqué une piste intéressante avec son histoire de marnes, autrement dit d’argiles. J’ignore qu’il savait, en écrivant ses notes de dégustation très parfumées, de quel type de sol venait chaque vin AVANT d’en faire sa description, mais peu importe. Cette piste relève du domaine à la fois de la gestion d’eau et de la microbiologie, car c’est peut-être par ces deux domaines et leur interactions que certains éléments du sol arrivent à passer dans les racines, puis une infime partie dans le fruit de cette plante à travers la barrière de la greffe et le long des bois. Après, ce qui résiste à la fermentation et ses turbulences est encore certainement minoré et/ou transformé. Mais la piste existe, en plus de celles de l’acidité et du soufre, pour expliquer ses sensations que beaucoup décrivent, à tort, comme « minérales ».

 

David Cobbold

 

 


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Le Chardonnay selon sa marne

Comté life2015 (1)

Le minéral me turlupine depuis bien avant que ce soit à la mode… Et comme David va nous écrire un propos chiadé sur la minéralité, ce mot qui n’existe pas encore, j’ai trouvé bon, dans tous les sens du terme, de rééditer ce vendredi un article publié voici quelque temps déjà dans l’excellent In Vino Veritas.

Mimi,Fifi et Glouglou (2)Les excellents Mimi, Fifi et Glouglou

Le sol et ce qu’il donne dans les vins m’a toujours intéressé et en attendant une preuve scientifique (qui ne saurait tarder) à mes allégations, voici une enquête menée en Jura, où le Chardonnay pousse depuis un peu plus de mille ans. Il recouvre la moitié des surfaces viticoles, ce qui semble prouver qu’il y jouit par conséquent d’un terroir adapté.
Alors, parlons-en !

Le terroir

C’est un truc sérieux, toute la profession en parle. Mais, comme le disait avec pertinence Youri, pote et confrère: le plaisir du vin vient de sa diversité. Et la notion de terroir, bien qu’à prendre avec des pincettes, est l’un des garants de la diversité. Il existe partout dans le monde des vignerons qui continueront à produire des vins qui reflètent l’identité d’une région, millésime après millésime, dans un souci de réussite et non de perfection. Plaisir, diversité et identité, voilà trois mots clés qui circonscrivent ce que tout amateur aime trouver et retrouver dans son verre.

Recherche d’une clé (pas de 12)

Parlons des sols du Jura en laissant pour l’instant de côté l’oxydative production; et cherchons par facilité le goût du sol dans les Chardonnays ouillés, ils nous en donnent la clé.
Recherche du goût du sol ne veut pas dire que le vin ne goûte que ça, c’en est une fraction infime, mais qui existe.

JURA + ANDRE 2009 161

Mode opératoire

Chardonnay, issus tantôt de sols marneux, tantôt de sols argileux, apportent leur témoignage gustatif.
Chez Alain Labet, à Rotalier, un même Chardonnay occupe une croupe marneuse recouverte d’argiles à éboulis calcaires. La marne, roche mère, affleure en partie et donne la cuvée ‘Fleur de Chardonnay’. La fraction argileuse génère ‘Les Varrons’. Comparer les deux permet de mettre en évidence les nuances aromatiques et structurelles.
Les premiers indices suggèrent une différence fondamentale entre les deux types de sols. La marne semble se trahir par le goût alors que l’argile se repère à la texture.

 

Interrogatoire

Pour confirmer ou infirmer les soupçons, interrogeons quelques acolytes.
La Beaumette’ pousse sur des marnes grises et compactes du Lias, ‘En Billat’ sur des marnes bitumeuses, ‘En Chalasse’ pareil que ‘La Beaumette’, mais s’expose à l’ouest plutôt qu’à l’est. ‘La Bardette’ imite ‘En Chalasse’ en variant l’altitude. Chaque examiné confirme la piste aromatique de la marne : ail, amande et anis se retrouvent systématiquement chez chacun. Côté structure, un voile gras dissimule en partie les velléités tactiles, la finesse l’emporte sur la puissance. Le sol mixte du ‘Le Montceaut’, marne avec éboulis calcaires, apparaît comme un intermédiaire, plus sec, déjà plus tactile, aux nuances de pâte d’amande à l’anis. Il nous mène tout droit aux Varrons, venu de l’argile avec éboulis, plus costaud et granuleux sur la langue.
L’âge renforce les présomptions, l’ail et les notes anisées deviennent flagrants quand 3 à 4 ans se sont passés. Mieux, les mêmes terroirs en version oxydatives ne peuvent plus dissimuler leurs origines marneuses, les mêmes arômes s’impriment, subtils, au travers du voile.
Ces portraits robots en mémoire, la souricière se referme…

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Filatures

À La Combe les Rotalier
Filons chez le voisin Jean François Ganevat où quelques vins en fûts, entonnés selon leur parcelle, affinent les présomptions. ‘Chalasse’ sur marnes grise et blanche parle en finesse, ‘Les Grandes Teppes’ sur marne jaune qui s’effrite farine légèrement, alors que plus haut, les vieilles vignes de la même parcelle sur le recouvrement argileux renforcent le grain minéral qui en devient perceptible.
Les Grandes Teppes, sur marne jaune et blanche, élevé pendant 40 mois sur lies en barriques, colore sa robe d’or et de vert, au nez on perçoit le miel et le léger anisé d’une étoile de badiane. Agrume, acacias, amande se fondent dans la texture grasse du vin, un peu de poivre apparaît en fin de bouche.

Là au-dessus

Sur les hauts de Lons le Saunier, à Montaigu, le Domaine Pignier cultive ses vignes sur les fortes pentes des reculées* du val de Vallière et du val de Sorne. Et élève ses vins dans la quiétude chartreuse d’une cave aux ogives élancées du 13es. Parmi les différentes cuvées, un Chardonnay Cuvée Cellier des Chartreux passe son élevage sans ouillage en foudre et en barrique. Il révèle l’origine de son sol de marne micacée du Lias par sa forte note d’amande, le micas nuance la structure par un relief tactile granuleux. En parallèle, mais ouillé en pièces cette fois, ‘A La Percenette’, sur marne schisteuse, se parfume de brioche. En bouche, ce lieu-dit du val de Vallière taquine les papilles d’un grain délicat, où l’anis et le gras enrobe le minéral pulvérulent, finale sur l’agrume.
*recul de la falaise dû à l’érosion provoquée par un cours d’eau

Jura 2008 blancs typés 088

 

Sur le chemin d’Arbois

Jean Berthet-Bondet, à Château Chalon, nous propose la double accent minéral calcaire + marne avec sa cuvée ‘Alliance’. Doré vert, finesse de l’anis vert et du fenouil confit, texture soyeuse à la trame très serrée qui sourd d’anis comme le nez, mais qui juxtapose un relief renforcé par la moitié de Savagnin dans l’assemblage. Les deux cépages poussent sur le même type de sols, des marnes en profondeur recouvertes d’éboulis calcaires. Le vin est ouillé.
Un vieux Chardonnay, que Jean faisait pur et ouillé à l’époque, sent le miel un rien aillé. En bouche, l’expression délicate de la marne noire suggère des arômes d’humus et d’ail, l’amande enchaîne ses étapes, fleur d’amandier, fleur séchée, puis fruit pilé, l’anis vient plus tard en touches éthérées, la menthe et la réglisse terminent le rapport de police.

Escale à Pupillin

Jean-Michel Petit du Domaine de la Renardière, possède quelques Chardonnay plantés en 1980. Ces déjà vieilles vignes croissent en un sol mixte courant en Jura, des marnes grises recouvertes de graviers calcaires à matrice argileuse. Après la cuve, le vin loge en foudre, contenant qui ne masque ni son caractère variétal, ni ses origines territoriales.
Le Chardonnay fait très marne, poivré, anisé, il goûte l’humus et l’ail, très terrien, la fraîcheur du millésime met bien en évidence son expression aromatique, mais souligne également son relief tactile. Bien en dessous toutefois des Vendanges Oubliées qui ajoutent un tiers de Savagnin à l’assemblage granulent sur la langue. Le Savagnin ouillé des Terrasses, issu des marnes, retrouve l’ail du premier.

Jura 2008 blancs typés 048

Arbois

A la lisière du plateau de Pupillin, vers Arbois, le Domaine de la Pinte plante quelques Chardonnay.
Le sol mixte se répercute dans la bouteille d’Arbois-Pupillin, ail léger, anis et amande glisse sur le galbe gras qui enrobe le minéral finement ouvragé. Avec d’exotiques poires cuites saupoudrées de coriandre. Une année de plus renforce le fenouil et l’absinthe.
Terre de Gryphées du Domaine de la Tournelle illustre la vigne sur calcaire coquillé. Un calcaire plus dur, composé de fossiles d’huîtres, qui compacte le sol de marne grise. Un terrain qui génère puissance et longueur en bouche. Une roche qui parfume le vin d’anis, de poivre et d’éclats de silex. L’élevage de 24 mois en fût sur lies fines nuance la cuvée d’une pincée de vanille et d’un glacis beurré. Ce dernier amortit la fraîcheur du millésime. La ‘Terre de Curon’, des argiles à cailloutis calcaires sur marnes grises, inverse les caractéristiques structurelles. Il apparaît élégant et aérien. Côté aromatique, l’amande verte et l’anis reflète la marne.

Finale nordique à Montigny

Stéphane Tissot propose une étude comparative de Chardonnay de différents types de marne. Les vignes de la cuvée ‘Les Graviers’ poussent sur une terre habituellement allouée au Trousseau, des graviers gras faits de marne caillouteuse, le vin en sort grillé, fruité, minéral tactile, gras et puissant.
Les Bruyères’ se plante sur des marnes bleues et grises en sous-sol avec en surface un étagement de marnes noires en haut du coteau, jaune au milieu et rouge dans le bas de la pente. Le Chardonnay en adopte les goûts aillés, l’amande, très floral, avec un léger minéral tactile et poivré.
La Mailloche’, qui vient de terres d’argiles jaunes et profondes avec très peu de cailloux, confirme avec netteté les indices pressentis chez Alain Labet, un goût de silex éclatés accentue le relief minéral qui en devient très tactile. L’acidité recule et le fruité dépasse le floral.
En Barberon’, sur des marnes très compactes avec de gros blocs de calcaire, sent l’absinthe frottée d’ail, le raisin un rien sec se rafraîchit d’agrume. La structure extrêmement élégante évolue avec la sensualité de la soie sur la langue.

Il faudra que je fasse un comparatif de ses Jaune parcellaire, histoire d’y retrouver la trame du lieu.

Fin d’enquête

En Jura, on peut jouer au ‘flic’ et rechercher ce qui se cache derrière les arômes variétaux des Chardonnay. Ou plus simplement, se laisser aller au plaisir de la variété et de l’identité. Le vigneron, selon sa manière de faire, y ajoute encore un regain de complexité, une première fois dans toute sa production ouillée, une seconde dans ses élevages en vidange.

Et espérons que ces propos n’auraont pas fait l’effet d’une douche jurassienne…

Travaux de vacances juillet 2010 428

Ciao

Marco


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25 ans de Vacqueyras… et maintenant?

La semaine dernière, les vignerons de Vacqueyras ont dignement fêté les 25 ans de leur cru en présentant à la presse une rétrospective par dégustation verticale interposée. C’était d’autant plus courageux que manifestement, les vins des années 90 n’étaient pas forcément conçus pour la garde; aussi certains ont ils mieux traversé le temps que d’autres – ce n’est pas qu’une question de décennies, sans doute plutôt une question de conservation. Par ailleurs, la maîtrise des températures de vinification s’est améliorée ces dernières années, ce qui n’a pas pu nuire.

Mes trois préférés, dans les millésimes de plus de 10 ans: Le Sang des Cailloux, dans les millésimes 1992 et 1997, tout deux étonnamment frais pour leur âge, et le Domaine de la Monardière Vieilles Vignes 2003, qui a su échapper au piège d’une année très chaude.

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Le plateau des Garrigues, un des terroirs de Vacquéras, et ses galets. Au fond, les Dentelles de Montmirail (photo (c) H. Lalau 2015)

A table, sur des plats aux truffes amoureusement concoctés par Guy Julien, le chef de La Beaugravière, à Mondragon, dont c’est la noble spécialité, ces vins se sont tout à fait bien comportés. Mais je dois à la vérité de dire que d’autres cuvées anciennes, comme le Seigneur de Fontimple 1995 ou le Montvac 1993, que j’avais écartées à cause de leur sécheresse, m’ont agréablement surpris.

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Un des « vieux » rescapés du temps (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

J’ai eu cependant beaucoup plus de plaisir, en moyenne, avec les millésimes plus récents: Montvac 2009, et Mas des Restanques 2005, notamment, sans oublier le petit jeune de la bande, le Chapoutier 2014.

Ce qui m’a été confirmé dès le lendemain avec une deuxième dégustation, celles des millésimes à la vente (de 2010 à 2014).

Sur la quarantaine de vins présentés, sans surprise, le taux de vins intéressants (ou tout simplement, buvables) est plus élevé que dans les vieux millésimes.

Il faut cependant faire le tri entre les millésimes – à l’évidence, 2014 parait plus faible. 2010 et 2012, par contre, m’ont emballé.

Voici mes préférés.

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Un de mes favoris: La Fourmone (ici en 2011)

Le domaine Sang des Cailloux – un domaine dont j’ai apprécié tous les millésimes présentés, et tout particulièrement le 2012.

La Monardière – très régulier également, avec une petite préférence pour le 2010 (Cuvée les Deux Monardes).

La Charbonnière (en 2012 comme en 2013)

La Fourmone (Cuvée Les Ceps d’Or 2011)

La Fontaine du Clos (pour son Castillon 2013, vif, sur les épices et le fruit noir)

Montvac (pour sa cuvée Variation 2012)

Vignerons de Caractère, Cuvée Eternité (aussi bien pour le 2007, très expressif, que pour le 2012, à la belle matière, au boisé présent mais bien fondu).

Ouréa (Cuvée ‘O 2013)

 

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Pas mal, pour une coopé – oh, le vilain a priori: c’est un beau vin, un point c’est tout! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Un petit cran en dessous, mais toujours très plaisants, je classerai Laurus 2011, Brunely (Cuvée Tour aux Cailles 2013), Font Sarade (Premier Vin 2014) et le Clos des Cazaux 2011.

Mais que peut-on attendre d’un Vacqueyras, au juste?

En rouge, sans doute pas la corpulence et la générosité d’un Châteauneuf du Pape ou d’un Gigondas (sauf exceptions – n’oublions pas que les aires des deux derniers se touchent); mais du fruit, du nerf, de l’équilibre; et dans les bonnes années, de la profondeur. Des tannins parfois sévères, mais souvent justes. Sans oublier, et ce n’est pas à négliger, un bon rapport qualité-prix.

La stratégie du cru semble d’ailleurs avoir été payante, puisque les surfaces homologuées ont doublé en 25 ans, pour atteindre environ 1500 ha. Dans le même temps, les rendements ont baissé – de 38hl/ha à 30hl/ha.

La production moyenne est de l’ordre de 44.000 hl, dont environ 40% sont exportés.

On ne peut cependant se contenter de raisonner en termes généraux: il faut à la fois tenir compte de l’effet terroir (les trois grands types de sols), et de l’effet producteur (assemblages, élevage).

En termes de sols, Vacqueyras en recèle de trois types:

  • Le plateau des Garrigues – des cailloutis alluvionnaires, en terrasses, déposés par l’Ouvèze. Un sol qui favorise l’élaboration de vins rouges puissants et très aromatiques.
  • Les safres et marnes, alternances de grès fins, appelés localement « safres » et de marnes sableuses bleues et grises, sur calcaire. Les safres sont plutôt favorables aux vins rouges et les marnes aux vins blancs
  • Les calcaires blancs et gypses, en éboulis -excellents terroirs de rouges comme de blancs, mais assez minoritaires sur l’appellation.

 

Coupe géologique (Vacqueyras) / Geological profile (Vacqueyras)

Coupe géologique des sols de Vacqueyras 

En termes de cépages, le Roi s’appelle Grenache, la Reine Syrah. J’avoue cependant un petit faible pour les cuvées comprenant une bonne part de mourvèdre, mais je n’en fais pas une obsession.

En blanc, c’est selon; excusez la banalité, mais l’assemblage (notamment la proportion de viognier et de clairette) me semble influencer grandement le résultat, de même que l’élevage. Bien difficile de donner un avis général.

Dans cette couleur (qui reste très minoritaire dans l’appellation), j’ai apprécié le Seigneur des Lauris 2013 (Arnoux), La Fourmone Cuvée Le Fleurantine 2014, sans oublier le Sang des Cailloux… 1997, auquel je donnerais 15 ans de moins.

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Et une belle cuvée de négociant (Photo (c) H. Lalau 2015)

Par ailleurs, quelle que soit la couleur, 2015 s’annonce très bien, si j’en juge par les échantillons dégustés au Sang des Cailloux; à la fois nerveux, gourmands et complets; de plus, la maîtrise des vinifications ne fait que progresser. On devrait donc entendre parler, et en bien, de Vacqueyras dans les années qui viennent…

 

Hervé Lalau

 

 

Photo©MichelSmith


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Vins (doux) naturels : le caveau aux Trésors

Pour une fois je vais vous inviter, vous pousser même, à la visite d’un caveau. Non pas le caveau d’une quelconque famille au cimetière – la Fête des Morts, ce n’est pas pour tout de suite, même si c’est pour bientôt -, mais d’un caveau de vente de vins. Au passage, je n’ai jamais compris pourquoi les vignerons eux-mêmes utilisent encore le terme désuet de « caveau de vente » à notre époque, alors que les mots boutiques ou magasins me semblent bien plus appropriés. Mais passons sur cette évocation de la mort pour ne retenir que l’aspect joyeux du vin qui nous intéresse bien plus ici. Au fait, c’est où « ici » ? Ici, c’est Maury, petit bourg vigneron que tout honnête homme (ou femme) devrait connaître, siège d’une appellation contrôlée aujourd’hui protégée depuis 1936, localité située grosso modo entre Perpignan et Carcassonne sur l’ancienne route de piémont qui relie toujours le Roussillon au Pays Basque, j’ai nommé la brave D.117 qui, à 30 km de Perpignan, plonge entre Fenouillèdes et Corbières jusqu’à rejoindre Quillan et la haute-vallée de l’Aude, aux portes de l’Ariège et de l’Andorre.

Photo©MichelSmith

La Vallée de l’Agly au large d’Estagel. Photo©MichelSmith

Voilà, maintenant que l’on a avancé dans cet univers minéral fait de falaises et de châteaux cathares, il est important de noter qu’en ces veilles de fêtes de fin d’année (près de deux mois) je m’adresse en priorité aux femmes et aux hommes qui s’intéressent encore aux grands vins doux que l’on dit naturels, des vins ayant fait jadis la gloire du Roussillon où j’ai le bonheur d’habiter. À ce stade, si vous faîtes encore partie de cette espèce rare en voie d’extinction, vous n’avez plus aucune excuse. D’autant que ce magasin que l’on nomme caveau, celui des Vignerons de Maury, formulation qui consiste à masquer habilement le mot coopérative, est situé pile sur la D.117, en plein cœur du village qu’aucune déviation ne permet encore d’éviter, face à l’école communale, face aussi au restaurant Le Pichenouille où l’on trouve tous les vins du cru, et juste à côté de la Poste.

Le village de Maury et son rocher de Quéribus. Photo©MichelSmith

Le village de Maury et son rocher de Quéribus. Photo©MichelSmith

La Cave Coopérative, je vous en parlais il y a peu à l’occasion de la présentation d’un de mes Carignans du Dimanche. Là, le visiteur dispose d’un confortable parking, tout juste à l’embranchement de la petite route sinueuse qui grimpe jusqu’à Cucugnan à l’ombre des ruines cathares du château de Quéribus, lieu de promenade idéal pour faire rêver les enfants et se promener les parents. Il me semble que désormais vous en savez assez et que vous n’avez plus d’excuses de passer à côté de ce lieu qui, au premier abord, va vous paraître anodin. Anodin, peut-être, sauf que vous pouvez y faire d’extraordinaires affaires. De quoi préparer quelques cadeaux… liquides.

Ça y est ? Vous y êtes ? Je vous ai ferré ? Et pourtant vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?

Le trio magique de la cave... Photo©MichelSmith

Le trio magique de la cave… Photo©MichelSmith

Vin naturel par ci, vin nature par là, par les temps qui courent, les choses étant sérieuses, pas question de laisser passer ça : étant de la vieille école, un vin naturel pour moi c’est avant tout un vin doux, un VDN si vous préférez. La production de Maury classiques (dits doux) en même temps que celle d’autres Vins Doux Naturels tels les Rivesaltes et Muscat de Rivesaltes, ne représente plus approximativement que 5.000 hectolitres, c’est-à-dire moins de 700.000 bouteilles, contre 50.000 hectolitres à la belle époque des VDN, il y a 40 ans. Malgré cette désaffection de la clientèle, la direction de la cave s’attache à maintenir et à valoriser un stock conséquent de millésimes anciens depuis l’année 1974, permettant ainsi de fournir en raretés quelques grandes maisons, restaurateurs et cavistes surtout. Un véritable trésor patrimonial qu’il convient de ne pas laisser filer à trop bas prix. Cela n’empêche pas le touriste de passage dans la boutique de la cave, magasin ouvert tous les jours de l’année sauf à Noël et le 1er Janvier, de faire le plein de fort belles affaires. Pour donner de la hauteur à ses fromages, à ses desserts ou à ses fins de repas, l’amateur peut encore s’offrir des flacons de collection qui permettent toujours d’épater les convives et de jouer les grands connaisseurs sans trop se ruiner.

Le paysage de Maury en hiver. Photo©MichelSmith

Le paysage de Maury en hiver. Photo©MichelSmith

Cela va des styles grenat à des prix abordables telles les cuvées Pollen, Récolte ou Vendange, cette dernière ayant un an d’élevage en barriques, toutes à moins de dix euros, à des styles plus traditionnels, comme cet Ambré 2000 à la robe rousse, long et harmonieux en bouche, ou ce Tuilé Rancio épais, droit et massif dans sa robe brou de noix et son enveloppe de figues et bigarade eux aussi à moins de dix euros. Certains de ces vins se retrouvent en Fontaine à vin de 5 litres les rendant encore plus abordables ! Mais deux autres cuvées placent le Maury traditionnel sur un piédestal.

Le Maury à l'ancienne ? Photo©MichelSmith

Le Maury à l’ancienne ? Photo©MichelSmith

La Cuvée du Centenaire de la cave joliment baptisée Un siècle d’Histoire est un flacon de collection qui rassemble les meilleurs millésimes, associant aussi différents styles dans un ensemble émouvant de fraîcheur et de complexité d’arômes. Quant au Chabert de Barbera, hommage au seigneur cathare de Quéribus mort en 1275, c’est un vin de grand millésime (actuellement le 1988 est en passe de prendre la relève du 1985) élevé plus de 20 ans en demi-muids en cave climatisée, une sorte d’invitation au calme, au repos, à la méditation. Un vin de légende que certains puristes associent volontiers aux cigares de noble origine. Les plus mordus d’entre eux ont encore en cave les premiers flacons de cette cuvée démarrée avec le millésime 1974 qui figure encore au tarif.

Michel Smith

Vers Maury, par les petites routes... Photo©MichelSmith

Vers Maury, par les petites routes… Photo©MichelSmith

Octave et Mady Bernault, originaires d'Algérie, viennent encourager leur fils Pierre.


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Beauséjour et belles vendanges

Des Beauséjour, dans le Libournais, entre Puisseguin et Saint-Émilion, sans oublier Castillon, on en compte pléthore. Mais pour moi, depuis que je l’ai découvert en magnum et passé minuit chez les Derenoncourt en 2013, le seul Beauséjour qui compte est celui de l’inénarrable Pierre Bernault.

Vue sur le Clos de L'église de Beauséjour à Montagne. Photo©MichelSmith

Vue sur le Clos de L’église de Beauséjour à Montagne. Photo©MichelSmith

La cuvée-phare de Pierre Bernault. Photo©MichelSmith

La cuvée-phare de Pierre Bernault. Photo©MichelSmith

Son château fait face à l’église romane de Montagne-Saint-Émilion dans un cadre de toute beauté. Ce presque modeste bâtiment n’a rien à voir avec l’image d’Épinal que l’on se fait généralement d’un château bordelais avec ses rosiers en bouts de rangs, ses pelouses bien curées et ses vignerons encravatés.

Vérification de la pompe reliée à la table de tri. Photo©MichelSmith

Vérification de la pompe reliée à la table de tri. Photo©MichelSmith

Ici, pas de chais rutilants, pas de cuvier dernier cri, ni d’équipement de milliardaire, hormis une exceptionnelle table de tri vibrante et soufflante qui me semble être la dernière invention géniale destinée à aider le vigneron dans sa quête de perfection.

Deux jolies filles pour un tri optimum. Photo©MichelSmith

Des doigts de fées pour un tri optimum. Photo©MichelSmith

Pas de machines à vendanger non plus, mais une troupe de fidèles et vaillants fantassins venus du Nord, d’Italie, du Québec, d’Espagne, du Maroc… Clope au bec, cellulaire en main, inspectant ses caisses sur la remorque de son tracteur, portant son éternel short de baroudeur, Pierre ne songe qu’à ses vendangeurs qui vont débarquer en nombre et pour lesquels il faudra établir des contrats en plusieurs feuillets. Il me fait penser à un moine ou un pâtre qui rassemblerait autour de lui une troupe de croyants venue se ressourcer autour de ses ouailles, pardon, de ses vignes.

Pause café vers 10 heures dans une vigne de Merlot. Photo©MichelSmith

Pause café vers 10 heures dans une vigne de Merlot. Photo©MichelSmith

Oui, il y a comme du tendre et du sacré chez cet ours que l’on pourrait croire mal léché mais qui en réalité se conduit tel un père attendri dont chaque enfant serait un pied de vigne. On dirait qu’il les dirige de loin, tel un stratège révolutionnaire campant dans le maquis pour une bataille décisive, un peu à la manière d’un Che sans barbe ni Kalachnikov.

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En cette veille de vendange, Pierre est serein. Car il sait que ses grappes sont porteuses de fruits exceptionnels. J’avais rencontré l’énergumène l’an dernier et tenté alors de vous le faire découvrir brut de décoffrage, lui qui vit hors du temps, loin des branchouilleries mondaines et parisiennes où le vin se doit d’être libre, nature et bien entendu sans intrants. L’ami Pierre, à des années lumières de toutes ces simagrées, ne consacre sa vie qu’au seul vin, au vin sain, celui  que l’on boit…

Photo©MichelSmith

Isabelle et Christian à la réception des caisses. Photo©MichelSmith

Brigitte, une amie venue de Montréal, spécialement por croquer du Merlot. Photo©MichelSmith

Brigitte, une amie venue de Montréal, spécialement por croquer du Merlot. Photo©MichelSmith

René le bricoleur... Un touche à tout venu de Clermont-Ferrand. Photo©MichelSmith

René le bricoleur… Un touche-à-tout venu de Clermont-Ferrand. Photo©MichelSmith

Michele, venue de New York pour faire sa cuvée. Photo©MichelSmith

Michele, débarque chaque année de New York pour faire sa propre cuvée. Photo©MichelSmith

Isabelle, la nièce de Pierre, dessinatrice de talent qui met la main à la pâte. Photo©MichelSmith

Isabelle, la nièce, dessinatrice de talent, met elle aussi la main à la pâte. Photo©MichelSmith

Pierre accueille son amie Magali venue de Charente. Photo©MichelSmith

Pierre accueille son amie Magali venue de Charente. Photo©MichelSmith

Claude, le beau-frère et son ami Christian. Deux retraités venus prêter main forte. Photo©MichelSmith

Claude, le beau-frère et son ami Christian. Deux retraités venus prêter main forte. Photo©MichelSmith

Colette, la soeur de Pierre, s'occupe de la logistique.

Colette, la soeur de Pierre, s’occupe de la logistique et de la cuisine. Photo©MichelSmith

Octave et Mady Bernault, originaires d'Algérie, viennent encourager leur fils Pierre.

Comme tous les jours, Octave et Mady Bernault, originaires d’Algérie, viennent encourager leur fils Pierre. Photo©MichelSmith

J’ai profité d’une agréable opportunité pour me glisser dans cet univers en y séjournant en pleine période de vendanges afin de donner quelques symboliques coups de ciseaux, de vider de bonnes bouteilles de ma cave (et celle des autres), de rencontrer un tas de gens que je ne connaissais pas, dont beaucoup issus de la famille de Pierre. Une semaine de vacances en somme, durant laquelle j’ai tiré ces quelques images tout en rêvassant et en travaillant sur un commande d’articles. Une semaine que je n’oublierai pas de si tôt.

Michel Smith

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