Les 5 du Vin

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Moi aussi j’étais à La Livinière et j’ai reçu un Bôjô Nouvô

À La Livinière, le vent du Nord, plus froid et plus fort que la Tramontane, tentait d’arracher les dernières feuilles aux vignes. Nous, nous étions ballotés comme les nuages gris et bas par les bourrasques. Un temps à rester au coin du feu à refaire le monde autour d’un verre. À la place, nous avons fait une verticale au Clos des Roques. Les Gastou voulaient nous démontrer que leur Mal Pas – le lieu-dit où nous prenions le vent – avant avait une réelle capacité à vieillir. Étonnante fraîcheur du 2003, millésime qui d’habitude ne survit que par son excès d’alcool et de tanins. A conseiller, également, le 2005, le 2010 et le 2015.

Le lendemain, le vent ne s’était pas calmé, mais les grisailles et l’humidité avaient fait place au soleil. Un soleil froid certes, mais quelle belle lumière! Elle faisait chatoyer le rouge des vignes de Carignans qui se détachait du camaïeu ocre pâle des Syrah et des Grenache. Une autre verticale au Domaine Faîteau, la cuvée Gaston de 2006 à 2015, nous a montré l’évolution qualitative des vins, comme la veille au Clos des Roques, d’ailleurs. On se dit que les 2015 seront meilleurs dans 10 ans que les 2005 aujourd’hui.

Déjeuner au Clos Centeilles avec les vins dégustés à l’apéro La Closerie de Félines 2014 Domaine Charpentier, le Mourel rouge 2015 de Jean-Luc Dressayre, L’Aldénien 2016 du Domaine Rouanet-Montcélèbre, La Cantilène 2015 du Château Sainte Eumalie et bien entendu, le Clos Centeilles 2012; rien à jeter, du fruit, de la structure ou de la gourmandise, c’est selon.

Nous partons ensuite pour le Château Maris – un peu extravagant, mais très sympa, où j’ai beaucoup aimé La Touge 2015 et pour terminer L’Oustal Blanc et sa Prima Donna 2014 succulente.

J’y ajoute quelques vins dégustés d’entrée, au hasard des dégustations et lors des dîners : le Château Cesseras 2014, le Domaine de la Borie Blanche 2014, Le Viala 2015 de Gérard Bertrand, la cuvée Sòmi 2015 du Domaine de la Senche, Le Champ du Lièvre 2014, La Féline 2015 de Borie de Maurel, Line et Laetitia du Domaine Piccinini, le Domaine de la Siranière 2013, le Domaine Lignières-Lathenay 2015.

Comme Hervé, je peux dire que cette fois-ci, j’ai beaucoup aimé les vins dans leur ensemble, bien plus qu’il y a deux ans lors d’un bref passage sur place pour déguster les Livinages.

 

Le Bôjô nouvô qu’il est bô!

 

C’est celui de Dominique Piron, d’un violacé profond, rubicond (le Beaujolais, pas Dominique), au nez à la fois floral et fruité, des résédas, des roses anciennes, de la violette et de l’iris, des mûres mélangées de griottes et de framboises. Parfums que l’on retrouve en bouche et qui maculent de leurs jus généreux l’étoffe tannique aux grains fins qu’on dirait un boutis d’organdi. Il était bien bon, mais très décevant… quant à la quantité! 75cl, c’est bien trop peu pour étancher notre soif gourmande.

« Vais déboucher kek chose, ça m’a donné soif », comme disait le regretté Jean.

Ciao

Marco

 


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The launch of Cru Vallet: potentially the 10th Muscadet Cru Communaux

Cru Vallet

This week saw the official launch of Cru Vallet, the latest Muscadet Cru to seek recognition by the INAO and the French Government. Cru Vallet would be the 10th Muscadet Cru Communaux assuming that all goes to plan and that it gains recognition. It is also the potentially largest in terms of area planted suitable for cru status with the largest number of vignerons – 25 from 22 domaines. 

The process towards a cru was started by the Vallet producers in 2011 and there have already now carried out various studies and held tastings in order to determine what are the characteristics of a Cru Vallet. 

Of the two types of soil/rock found in ‘Cru Vallet’ they have opted for the ‘gabbro’ to represent the cru in preference to mica schist. 

Muscadet Cru Communaux – the current state of play

Although there are currently ten potential cru communaux, there are still just three that are officially recognised. These are Clisson, Gorges and Le Pallet, which were recognised back in 2011.

There are another four – Goulaine, Monnières-Saint Fiacre, Mouzillon-Tillières and Château-Thébaud that are expected to be formally recognised very soon. It had been anticipated that these four crus would have already been formally approved. François Robin of Vin de Nantes says: « the delay has been largely for administrative reasons. I expect they will be formally ratified in 2018. »  

Then there are another three – Champtoceaux (Coteaux de la Loire – only one of the 10 outside Sèvre-et-Maine), La Haye Fouassière and Vallet. These still have a way to go before being recognised by the INAO, although Robin thinks that the process should be shorter than previously due to learning from the processes that were necessary for the earlier crus and that they have already started making their case. However, it is unlikely that these three will be recognised before 2020/21.

In 2016 the indicative area for all of the 10 ‘cru communaux’ was 152 hectares:

Champtoceaux : 6ha
Château Thébaud : 11ha
Clisson : 20ha
Gorges : 12ha
Goulaine : 6ha
La Haye Fouassière : 12 ha
Le Pallet : 66ha
Monnières Saint Fiacre : 13ha
Mouzillon Tillières : 9ha
Vallet : 9ha

Le Pallet, which is essentially the cave coop, is to date much the most important in terms of vineyards set aside to make cru communaux.

From Vin de Nantes newsletter and press release on the launch of Cru Vallet:

Le 8 novembre, le collectif du cru « Vallet » a levé le voile sur son projet. Mûri de longue date, il fédère 25 vignerons sur les communes de Vallet, La Regrippière et Tillières.

 

 

La genèse 

C’est en 2011 que des vignerons de Vallet se réunissent pour la première fois en vue d’élaborer un projet de cru communal. Une association voit le jour, présidée par Alain Olivier, et travaille avec Gwenaël Guérin, ingénieur agronome, pour identifier les caractéristiques des sols et évaluer leur potentiel. En 2012 et 2013, des études de sols permettent d’identifier le type de roche de la commune : d’un côté le gabbro, de l’autre des micaschistes. C’est cette roche qui sera retenue pour le cru Vallet.

Les caractéristiques
Pour être sélectionnées en cru Vallet, les parcelles doivent être situées sur un socle géologique ancien. Les sous-sols où la roche-mère est fissurée, en voie de désagrégation ou en cours d’altération sont favorisés. Les parcelles les plus pentues avec une capacité de ressuyage élevée sont également privilégiées. Quant à la profondeur de sol, elle doit être comprise entre 20 et 40 cm. 40 parcelles répondent aujourd’hui à ces critères. Elles sont situées sur quatre communes : Vallet, La Regrippière, Tillières et Le Landreau.


Les critères de production sont quant à eux très proches de ceux des crus actuellement reconnus ou en cours de reconnaissance. Le rendement est limité à 45hl/ha et l’élevage minimum est de 18 mois avec une moyenne de 24 mois. A la dégustation, cela donne un vin complexe, riche, rond, minéral et frais, aux notes de fruits exotiques. Un vin de gastronomie qui se marie parfaitement avec du poisson, des viandes blanches, des fromages à pâtes dures mais également des pâtisseries. 

Le collectif
Ils sont 25 vignerons, hommes et femmes, représentants 22 domaines situés sur les communes de Vallet, La Regrippière et Tillières à participer à cette démarche. Leur production s’élève actuellement à 350 hl/millésime. L’objectif est de fédérer à terme 30 Domaines pour une production de 1000 hectolitres.
L’association est aujourd’hui présidée par Vincent Dugué, vigneron à La Regrippière, et compte également une douzaine de soutiens. Le cru Vallet a en effet réussi à mobiliser des partenaires publics et privés locaux autour de son projet. 

Le calendrier
L’association n’est qu’au commencement de la démarche. Même si les caractéristiques du cru sont définies, même si elle bénéficie d’une antériorité sur plusieurs millésimes, le processus est encore long. Le collectif va demander à rencontrer la commission d’experts de l’INAO afin de démontrer le lien au terroir. Cela permettra d’établir les principes et les critères de délimitation des aires géographiques. A partir de là, une aire d’appellation précise sera réalisée et proposée à l’INAO.

En attendant, l’association prévoit de communiquer sur sa démarche. Un site internet www.cru-vallet.fr a été mis en ligne et les réseaux sociaux ont été activés. Prochaine étape : la présentation au grand public. Une dégustation de huit échantillons sera organisée ce dimanche 12 novembre au matin, dans l’atrium de la mairie de Vallet.

 

Jim Budd IMG_2715


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Dans la famille Lurton, je m’arrête sur Marie-Laure

En juin dernier, à l’occasion de VINEXPO, j’ai séjourné comme à l’accoutumée chez Marie-Laure Lurton Roux. Mais, si les autres fois, je la voyais à peine, tant nos agendas respectifs étaient chargés, ce fût bien différent cette année, nous avons pu passer beaucoup de temps ensemble, ce qui m’a donné très envie de vous parler de cette « dame » du vignoble bordelais, et de vous la faire mieux connaitre !

Les Lurton

Une famille à la tête de 27 Châteaux, et de plus de 1300 hectares de vignes dont la majorité se situe dans le bordelais mais aussi dans le monde entier (Australie, Argentine). Une véritable dynastie qui en cinq générations a créé une marque mondialement connue. Ce sont les deux frères André et Lucien Lurton, qui ont engendré cet empire, dans le sillage de leur grand-père Léonce Récapet distillateur à Branne. Bérénice Lurton se plait à rappeler qu’il s’agit de « cinq générations de viticulteurs, nous sommes avant tout des gens de la terre ». Les Lurton sont très certainement la seule famille au monde avec autant de membres travaillant en même temps dans le monde du vin, produisant des vins de qualité dans différentes gammes et différents pays. Lucien Lurton, (92 ans aujourd’hui) celui qu’on appelle : l’Homme du Médoc, a constitué un petit empire de crus classés, ce qui a fait de lui le plus gros propriétaire de Margaux avec 240 ha de vignobles. Les Lurton du Médoc, ce sont aussi des négociants en vin :  ils ont créé  en 1999 « La Passion des Terroirs « C’est l’une des 10 plus importantes maisons de négoce de la place de Bordeaux avec 5 millions de bouteilles commercialisées.

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Qui est Marie-Laure ?

Je vais essayer de vous la raconter en restant le plus neutre possible car je lui voue une grande amitié. Née le 10 avril 1963, c’est l’une des filles de Lucien Lurton, elle a grandi à Brane-Cantenac dans une famille totalement dédiée au vin et qui avait acquis une grande notoriété. Marie-Laure me décrit son père, comme un homme simple qui a toujours fuit les mondanités et qui a une vraie passion pour les Terroirs, il a contribué à remembrer les vignobles de Margaux avec les viticulteurs du cru. Dans les années 60, quand la crise a mis sur le marché nombreux domaines, il en a profité, et a racheté, en 62 le Château Durfort Vivens (2è CC Margaux) puis Bouscaut(CC de Graves) et Desmirail (3è CC Margaux) qu’il a reconstitué parcelle par parcelle. En 1970, c’est le rachat de Climens 1er CC dans le Sauternais. En 1992, il a réglé la succession en transmettant ses 11 châteaux à ses 10 enfants, en faisant des lots de valeur équivalente. Elle m’a raconté que son papa, leur avait demandé ce qu’ils souhaiteraient recevoir en priorité, mais en réalité, il n’en a pas vraiment tenu compte. On ne peut s’empêcher de remarquer que les crus classés de Margaux sont allés aux garçons ! Denis a hérité de Desmirail, Henri de Brane-Cantenac, Gonzague de Durfort-Vivens, quant à Marie-Laure, elle a hérité de 3 crus Bourgeois : le Château de Villegeorge (Haut-médoc), le Château Duplessis (Moulis) et le Château La Tour de Bessan (Margaux). Je précise que nous n’avons jamais évoqué le sujet ensemble, elle est bien trop discrète et respectueuse des décisions de son père.

Le « je ne sais quoi » de Marie-Laure !

Mème si vous la connaissez-tous, je suis certaine que vous ignorez tout du « je ne sais quoi » de Marie-Laure qui fait tout son charme et sa personnalité. Sans doute tient-elle de son père, sa réserve naturelle, sa rigueur et l’aspect très technique, et exigeant de la profession. Comme lui, elle a suivi des études d’œnologie, elle est à ce jour l’une des rares femmes œnologue-propriétaire en Médoc. C’est une femme très déterminée, même si à première vue, elle ne donne pas cette impression, elle s’est formée auprès d’Emile Peynaud et a choisi sa propre voix. Le vin lui offre la possibilité d’exprimer sa personnalité singulière et d’être en accord avec elle-même. Ce qui la caractérise le plus et fait son talent, c’est sa recherche permanente de la qualité, son ouverture d’esprit, et sa convivialité. C’est une grande travailleuse, sensible aux détails et à la simplicité, elle façonne sa marque avec soin et fermeté, sans laisser rien au hasard et sans se contenter de profiter simplement de la marque Lurton. Son style, ses vins, ses propriétés, tout en elle respire la simplicité et l’authenticité. Ce que j’aime le plus chez elle: son côté naturel et sa jovialité, son dynamisme, et ce je ne sais quoi qui la rend si attachante. S’il s’agissait d’un vin je dirai qu’il a de la race!

 Itinéraire d’une vigneronne discrète:

Elle est discrète mais dotée d’une très forte personnalité qu’elle s’est elle-même forgée, ce qui lui a sans doute permis de rester dans ce monde, tout en cassant le cordon ombilical. Au fil des ans, elle s’est affirmée, elle a lutté pour faire prospérer les 3 châteaux hérités ; elle ne s’en sort pas vraiment, alors elle décide en 2015 de vendre Duplessis pour mieux se concentrer sur La Tour de Bessan et Villegeorge pour lequel, elle a un faible. Un peu plus tard, elle a quitté l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc. Pourquoi ? « J’ai envie de faire les vins que j’aime en me libérant des carcans et des cahiers des charges ». Elle me disait souvent, qu’elle était consciente que les Bordeaux ne figuraient plus sur les cartes de Restaurants « Le diktat bordelais n’est plus en accord avec le marché. » Elle préfère lutter seule !

En dehors du vin, c’est une grande sportive, elle court les marathons avec son mari, et elle a élevé 3 enfants.

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Marie-Laure sur la ligne d’arrivée du Marathon du Médoc 9 septembre dernier! 1 577 ème sur 7 913 !

Le style Marie-Laure

« Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit » et c’est tout à fait elle!

C’est une passionnée des Terroirs, ce qu’elle traduit dans ses vinifications parcellaires, elle aime ses vignes, il m’est arrivé de l’accompagner dans ses visites à Bressan, elle en parle avec conviction : « Quand on goûte nos vins, il faut qu’on retrouve ce sol de Graves de Margaux ». Elle explique son travail, et ne cache rien, ni le levurage ni parfois quand c’est nécessaire le recours à des vendanges mécaniques. Une chose est certaine, elle ne cherche pas à être à la mode, elle s’est finalement arrêtée sur une vinification traditionnelle. Toute sa doctrine est basée sur la qualité du raisin et un bon rapport qualité/prix ! Elle travaille en permanence à l’amélioration de la qualité de ses vins, elle s’est engagée dans la culture raisonnée des vignobles qui permet la diminution des intrants, l’abandon de certains produits phytosanitaires, ses deux domaines sont certifiés « Terra Vitis », label reconnaissant un travail de la vigne respectueux de l’environnement depuis 2003. Mais, elle cherche avant tout à produire des vins à boire ! Elle n’a que très peu recours aux barriques neuves pour éviter des vins trop boisés. « Pour moi la barrique, l’intérêt, c’est l’oxygénation ménagée des tanins, le but c’est d’assouplir les tanins au cours de l’élevage et pas de donner un goût de bois. Donc je ne mets jamais plus de 20 % de bois neufs dans mes vins. Parce qu’autrement on tue le fruit ; le bois neuf est l’ennemi du fruit. » Les vins sont à son image « chaleureux », libres, ils laissent s’exprimer au mieux le potentiel du millésime et le fruit.

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Comment elle conçoit l’œnotourisme à La Tour de Bessan:

« L’œnotourisme permet d’établir un puissant échange avec l’amateur de vin », explique Marie-Laure Lurton. Elle propose donc, de nombreuses activités au Château La Tour de Bessan comme des : visites, ateliers d’assemblage et découverte des cépages, cours de cuisine et dégustations axées sur les accords mets-vins. « A travers le vin, il y a l’idée de culture, mais aussi de partage, c’est ce que nous voulons recréer dans nos « ateliers ». Nous voulons leur donner quelques clés pour se faire leur propre palais, et choisir par eux-mêmes. »  J’ai assisté à l’atelier 100% Cépages, en compagnie d’un couple d’américains et en quelques mots très simples, elle leur a donné le sésame pour comprendre les cépages et former leur gout.

Et le millésime 2017 ?

Je lui ai demandé ce lundi, où elle en était des vendanges? Réponse de ML« Je viens de les commencer aujourd’hui. Difficile de donner un avis maintenant…il faut voir ce que l’on rentre et ce que l’on en sort : fin de macération. Je serai fixée dans une quinzaine de jours sur la tendance… »

 

A chaque propriété, son style !

Elle a su donner à chacun de ses vins une personnalité propre: le classicisme de Villegeorge, l’élégance et le soyeux de La Tour de Bessan, se complètent harmonieusement.

Je vous en parle la semaine prochaine.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 


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Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

En juin dernier, à l’occasion du Mondial du Chasselas, nous sommes passés chez Gérald Besse, encaveur à Martigny, à l’entrée du Valais. Gérald s’est offert une toute nouvelle cave, hyper fonctionnelle, notre copine Nadine qui était du voyage vous la décrira demain. Moi, je m’attache aujourd’hui aux Fendants qui se déclinent ici en trois cuvées. Trois flacons bien différents les uns des autres, en cause trois terroirs bien distincts, autant par la pente que par l’orientation, la pluviométrie et le sol, bien évidemment.

Les Fendant

Pour qui ne le sait pas, Fendant désigne en Valais (et en Valais seulement) les vins issus du cépage Chasselas. C’est le blanc sec qui accompagne traditionnellement nos raclettes hivernales (la raclette est elle aussi originaire du canton). Et bien plus si affinités! Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les trois Chasselas de Gérald.

Champortay 2016 Fendant Valais Martigny

Blanc au léger jaune, il n’est guère bavard, il faut l’aérer, le remuer, le bousculer pour qu’il sorte de son indifférence à l’égard de notre nez. Mais on parvient à lui arracher quelques senteurs de fruits blancs légèrement épicés. En bouche, le voilà un peu plus prolixe, parlant de pomme délicatement acidulée, de poire croquante, de poivre blanc, avant de nous révéler après un dernier tour au creux du verre les pétales de rose qu’il cachait en son sein. Mais n’oublions pas de parler de son agréable fraîcheur, une fraîcheur presque vive qui nous fait saliver et qui le désigne comme un excellent vin d’apéritif.

Les vignes poussent du côté des Rappes dans la combe de Martigny où le sol pentu peut avoisiner les 55%. Il se compose d’éboulis calcaires. Vinification et élevage en cuve.

Martigny 2016 Fendant Valais Martigny

La robe blanc jaune à peine prononcée révèle tout de go ses parfums de fleurs d’acacia et de vigne qui s’entoure d’une taffe de fumée aux senteurs de noisettes grillées. La bouche semble austère. La première gorgée nous laisse sur le palier. À la deuxième, le pied dans la porte on entrevoit la pierre à fusil, les fruits secs en train de griller. On entre et on est frappé par la note saline qu’on n’avait jusque-là pas captée. Pas plus que l’amertume gracieuse qui avec le sel dispense une fraîcheur particulière, sapide, mais pas acide.

La vigne pousse plus bas dans des alluvions mélangées de colluvions calcaires, un sol plus riche. Vinification et élevage en cuve.

Les Bans 2016 Fendant Valais Martigny

 Le troisième est surprenant, tout d’abord par sa robe plus intense, plus jaune, et puis par sa pointe de carbonique qui espiègle nous pique la langue, par son côté confit. Il respire les fleurs à plein nez, le genêt se diffuse comme un parfum ensoleillé, tandis que le narcisse apporte son élégance. En bouche, les fruits jaunes remplacent les fleurs, confits ils se déclinent en pêche abricot, en mangue, en mirabelle, qui se fourrent de pâte d’amande. Un ensemble qui offre ampleur et onctuosité au vin, mais pas sans oublier la fraîcheur, une fraîcheur poivrée qui nous amuse et nous donne envie d’y revenir au plus vite.

Le sol ici se compose de schiste. La vinification et l’élevage se font en cuve.

Après, nous avons dégusté toutes les autres cuvées de Gérald et y en a !

L’endroit où se trouve sa cave, sur les hauteurs de Martigny, mérite le détour, le paysage nous fait rapidement comprendre la particularité des vignobles de pentes, la pénibilité du travail et la diversité des terroirs.

 

Ciao!

 

Marco  


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Daumas Gassac, c’est un peu le Sassicaia français

Je m’explique: même si les parcours et les intentions de départ sont différentes, les deux apparaissent à 10 d’intervalle (1968 pour le Toscan et 1978 pour le Languedocien) dans des régions où ils donnent l’impression d’être des OVNI débarqués d’on ne sait où;  les deux adoptent le style bordelais avec leur majorité de Cabernet Sauvignon dans l’assemblage et ne s’apprécient (du moins pour moi) qu’après quelques années passées dans une bonne cave; les deux sont toujours présents et sont considérés comme des grands vins (mais ne vendent pas au même prix, l’Italien est beaucoup plus cher). 

Arrêtons-là la comparaison et parlons du Mas de Daumas-Gassac, cet étrange vin du Languedoc…

Aimé et Daumas-Gassac

Les premiers Cabernets plantés (photo Marc Vanhellemont)

Étrange en effet de planter du Cabernet Sauvignon du côté d’Aniane. Mais dans ces années-là, les vins du Languedoc ne brillaient guère, voire pas du tout, et les vins de Bordeaux commençaient leur ascension fulgurante. Aimé Guibert, ancien gantier millavois, ne songeait pas à faire du vin en s’installant dans cet endroit tranquille, près de Saint Guilhem-le-Désert. Mais après une année sur place, il demande au géographe et éminent géologue viticole bordelais (également aveyronnais d’origine) Henri Enjalbert de faire une étude des sols qui entourent le mas. Celui-ci découvre sous l’épais tapis végétal une accumulation de grèzes glaciaires (éboulis de pente consolidés dont les éléments anguleux dus à la gélifraction sont ordonnés en lits inclinés). Bref, un sol calcaire profond, bien ressuyé et dont la matrice argilo-sableuse semble suffisamment pauvre pour limiter naturellement les rendements, mais toutefois riche en oxydes minéraux. Donc, un sol de rêve que le professeur Enjalbert compare aux meilleurs terroirs de la Côte d’Or. Alors pourquoi planter un cépage aquitain ? Peut-être pour sa meilleure résistance à la chaleur? 

Mais Aimé raisonnait en chef d’entreprise: l’important, c’est de vendre et pour ça, il faut se différencier. Et puis, du Cabernet, il y en avait déjà dans l’encépagement provençal, pas du Pinot… La consommation familiale peut-être aussi joua un rôle où encore ce qu’on buvait lors des déjeuners d’affaire. Du Bordeaux. 

Enfin, le conseil d’Émile Peynaud le conforta dans le choix du fameux Cabernet Sauvignon en sélection massale faite dans le Médoc. L’aventure commença; et ce n’a pas toujours été facile.

Les grèzes (photo Marc Vanhellemont)

Ça reste un ovni

Quoique, depuis une bonne partie des vignerons languedociens se sont mis à la sauce Guibert: les IGP (Oc, Hérault…) cultivent plus de 52 cépages et le Cabernet Sauvignon fait partie des plus plantés.

Par contre, pour moi, Mas de Daumas-Gassac reste un ovni. Je n’imagine pas le déguster comme un vin du Languedoc. C’est une question de typologie. 

C’est à la fois un vin de terroir, bien caractéristique des causses calcaires avec ses airs de garrigue, d’épices, de fruits mûrs, mais coulé dans une structure assez étrangère par rapport à ce qu’on trouve dans ce grand sud. Le choix de l’assemblage n’y est pas pour rien, le vin comprend certes environ 70% de Cabernet, mais accompagnés de Merlot, de Petit Verdot, de Malbec, de Cabernet Franc, ça reste aquitain; du Pinot, y en a, mais aussi 4% de cépages de tous origines, à la fois italiens, espagnols, portugais, d’Europe de l’Est, … qui apportent ce je ne sais quoi de particulier et qui épicent le vin.

Aujourd’hui

Les hauts de Daumas-Gassac (photo Marc Vanhellemont)

Le vignoble s’est bien entendu agrandi depuis ses prémices et compte aujourd’hui 40 ha répartis en petites parcelles entourées de haies et de bosquets sur total de 150ha. L’altitude ne dépasse pas 150m, mais les courant frais venus du Massif de Larzac en face apporte leur contraste de température, de plus le Gassac qui coule au creux du vignoble renforce l’effet modérateur. Et si le bas est fait de calcaire finement délité, le haut se présente en forme de bandes calcaires heureusement bien fracturés. La vigne est taillée en Guyot et palissée sur trois fils fixes pour assurer de l’ombre aux grappes. Vendange manuelle et macération longue.

La version « blanc » est apparue assez vite et offre un bon complément au rouge.

La dégustation

D’abord les rouges

Mas de Daumas Gassac 2013 IGP St Guilhem-le-Désert

Grenat sombre, il offre un nez de gelée de fraise à la pistache, un brin de romarin et un soupçon de cumin. La bouche bien fraîche aux tanins serrés qui libèrent avec retenue le jus de quelques baies poudrées de cacao. Certes, il demande la carafe ou quelques années de cave.

Assemblage de 72% Cabernet Sauvignon, 5,4% Merlot, 5,3% Tannat, 3,8% Cabernet Franc, 2,5% Malbec, 2% Pinot Noir, 9% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois en barriques dont 10% de neuves. Pas de filtration à la mise.

Mas de Daumas Gassac 2012 IGP St Guilhem-le-Désert

Grenat moyen, le nez grillé toasté comme un biscuit sablé, des notes de confiture de fruits rouges épicés de poivre. Bouche suave à la texture onctueuse aux accents particuliers de gelée de rose et de pâtes de fruits rouges où se reconnaissent la grenade, la groseille et l’arbouse. Longueur épicée. Mais encore trop jeune.

Assemblage de 75,6% de Cabernet Sauvignon, 5,5% Merlot, 4,4% Tannat, 3,9% Cabernet Franc, 1,8% Malbec, 1,8% Pinot noir, 7% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois.

Mas de Daumas Gassac 2007 Vin de Pays de l’Hérault

Grenat carminé, le nez en forme de piment d’Espelette poudré de poivre de Cayenne laisse ensuite s’exprimer le fruit bien rouge et en gelée, viennent encore des impressions florales de bouton de rose et de jasmin, la fragrance délicate mais insistante de la feuille de tomate, l’orient subtil du santal, du bois de rose et du thé rouge. La bouche, pour ne pas changer, démarre sur la fraîcheur et s’enclenche tout de suite sur l’élégance. Les tanins restent perceptibles, mais apportent un léger relief agréable aux papilles. Il a gardé du croquant et nous charme par ses envolées fruitées et florales, son caractère épicé.

Assemblage de 71% Cabernet Sauvignon, 6,2% Merlot, 5,6% Cabernet Franc, 2,8% Tannat, 2,7% Syrah, 2,1% Malbec, 1,4% Pinot noir, 8,6% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois.

Place au blanc

Mas de Daumas Gassac 2016 IGP St Guilhem-le-Désert

Doré au léger vert, le nez bien épicé rappelle le fenugrec et la cardamome qui teintent la pêche blanche, la poire croquante et une étoile de carambole. La bouche des plus onctueuses avoue tout de go sa douceur due au 6 g de sucres résiduels. Douceur bien équilibrée par l’amertume racée au goût de réglisse, le relief tannique qui gratouille avec grâce la langue, la sève volubile et la fraîcheur des fruits tels les melons blanc et vert, la poire, les agrumes. Un blanc particulier.

Assemblage de 27% Viognier, 25% Petit Manseng, 21% Chardonnay, 13% Chenin auxquels s’ajoutent 14% de Bourboulenc, Marsanne, Roussanne, Petit Courbu, Muscat Ottonel, Muscat Petit grain, Muscat d’Alexandrie, Gros Manseng, Semillon (France). Neherleschol (Israël), Petite Arvine, Amigne (Suisse), Sercial de Madère (Portugal), Khondorni, Tchilar (Arménie), Albarino (Espagne), Falanghina, Fiano, Grechetto todi (Italie). Macération pelliculaire pendant 5 à 7 jours. Élevage 2 à 4 mois en cuve inox.

Le chais à barriques (photo Marc Vanhellemont)

Voilà, Daumas-Gassac, une première pour moi, je n’y avais jamais mis les pieds, mais gardais le souvenir d’une belle dégustation de quelques millésimes des années 80 dégustées chez un vigneron du nord du Rhône fin des années 2000. Marcher dans les vignes fait mieux comprendre le vin, merci, Sarah, de nous y avoir conviés (Hervé était avec moi). www.daumas-gassac.com

Famille Guibert

Ciao

Marco


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Les terroirs du Comté

Le terroir, ce n’est pas qu’une histoire de vin. Nous l’allons « Comté » tout à l’heure…

Ne pas confondre terroir et aire d’appellation! L’aire du Comté est très vaste, puisqu’elle s’étend sur tout le massif du Jura français. Mais au sein de ce vaste ensemble, il y a des différences dues à la flore spécifique de chaque micro-région (plus de 400 espèces!), à la latitude, à l’exposition et au relief (plaine ou plateaux).

Chaque fromagerie récolte et transforme du lait dans un rayon de 25 km, et chacune produit donc des fromages différents, même si la production de l’AOP est encadrée par des règles communes;  quoi qu’il en soit, pour le consommateur final, c’est l’affineur qui est le point de repère, puisque c’est lui qui prend en charge la commercialisation. A ce stade, sans doute est-il utile de rappeler quels sont les différents opérateurs de la filière.

Au commencement étaient l’herbe et la Montbéliarde… (photo (c) H. Lalau 2017)

Ménage à trois

La filière du Comté, ce sont trois métiers indissolublement mêlés: le producteur de lait (souvent coopérateur dans la fromagerie), la fromagerie, ou fruitière, qui transforme le lait, et l’affineur, qui termine le produit.

C’est à ce dernier maillon de la chaîne de décider, pour chaque meule, combien de temps la laisser en cave. Toutes ne se prêtent pas à un élevage long (24, voire 36 mois), et un fromage plus âgé n’est pas forcément meilleur qu’un jeune.

Une visite à la Maison du Comté, à Poligny, vous en convaincra: il est souvent très difficile d’identifier l’âge exact des Comté. Et quant à préférer un type ou un autre: c’est histoire de goût personnel, de moment de dégustation, d’accords gourmands. Chacun peut trouver son bonheur, et comme le dit Sandra Rosselet, notre ambassadrice du Comté, « le but de l’AOP n’est pas d’uniformiser le goût du Comté, mais de garantir des normes de qualité ».

Sans trop poétiser, on peut dire que la vache montbéliarde ou simmenthal française (car seules ces deux races sont acceptées dans l’AOP) sont des « transformatrices de diversité florale », les différents intervenants en aval n’étant là que pour mettre en évidence ce travail initial. Notons que le cahier des charges du Comté prévoit que chaque vache doit disposer d’au moins un hectare de pâturage – de quoi brouter à l’aise…

Outre la localisation de la fruitière ou le type d’affinage, un élément doit encore être pris en compte: la date de récolte du lait. En effet, la nourriture des vaches varie au long de l’année; le Comté issu de laits d’hiver est d’ailleurs plus pâle que celui issus de laits d’été, plus riches en carotène.

Attention, ça caille à Vernierfontaine! (Photo (c) H. Lalau 2017)

À Vernierfontaine

La Fruitière de Vernierfontaine se situe dans le Doubs, entre Besançon et Pontarlier. Elle regroupe 35 familles.

Sans être absolument représentative des 153 fruitières à Comté, qui, on l’a vu, ont la diversité pour étendard, elle illustre bien leur rôle: les producteurs laitiers coopérateurs confient à la fruitière dont ils sont les copropriétaires le soin de transformer leur production, et de négocier sa vente auprès des affineurs.

Comme les laits de Vernierfontaine affichent des taux protéiques élevés, ses fromages sont donc plutôt adaptés à l’élevage long ; la fruitière n’emprésure donc pas trop, afin de préserver l’« effet flore ». Le goût des fromages est très noisette et plutôt crémeux – « crémeuh » serait plus juste.

Rivoire-Jacquemin, affineur

De l’extérieur, les locaux de Rivoire-Jacquemin, situés dans la périphérie de Lons, n’ont rien d’impressionnant. il y a un siècle et demi, l’emplacement a été choisi pour deux raisons pratiques: la présence d’une saline et d’une voie ferrée.

Mais une fois les portes ouvertes, on se retrouve dans une véritable cathédrale à Comté. Ou plutôt, plusieurs cathédrales, car il y a plusieurs entrepôts, où les fromages sont empilés sur quelque 20 niveaux, sur des étagères d’épicéa.

C’est pour mieux vieillir, mon enfant!

Le secret du métier d’affiner, en effet, c’est de porter chaque meule à son optimum de qualité – et il n’est pas le même pour chacune.

Mais chaque affineur a sa recette: ainsi, certains optent pour un affinage à température constante, d’autres, comme Rivoire Jacquemin, préfèrent élever progressivement la température.  Notons que les meules issues de toutes les fruitières sont stockées ensemble, mettant ainsi les différentes bactéries en compétition.

Plus globalement, pour Mme Rivoire, qui dirige l’entreprise toujours familiale, la qualité du Comté n’a fait que progresser ces 25 dernières années; les méthodes se sont affinées (sans jeu de mots), les laits sont mieux protégés grâce au soutirage stérile, plus besoin de trop les refroidir, les conditions de maturation sont mieux contrôlées; ainsi, les fromages ne sont plus frottés systématiquement, mais seulement quand c’est nécessaire. Car l’écosystème de la morge (la partie extérieure de la croute) dépend de chaque cave et de chaque fromage.

« Preuve que les nouvelles saveurs du Comté plaisent au consommateur: les ventes ont doublé en 25 ans. » En corollaire, les prix du lait à Comté permettent aux éleveurs de vivre, ce qui est loin d’être partout le cas dans la France laitière. Comme quoi l’AOP peut avoir du bon.

Une des nefs de la cathédrale à Comté de Rivoire-Jacquemin (photo (c) H. Lalau 2017)

Le terroir sur l’étiquette?

Vu la diversité des laits, les spécificités de chaque fruitière, pourquoi l’AOP Comté n’a-t-elle pas déterminé des crus plus précis?  Pourquoi le nom de la fruitière ou de sa micro-région ne figure-t-il pas sur l’emballage ou sur l’étiquette à l’étal?

Parce que pour le vendeur au détail, qu’il soit fromager ou grande surface, l’interlocuteur n’est ni l’éleveur ni la fruitière, mais l’affineur.

Le Comté ne devient officiellement Comté qu’une fois affiné – c’est là qu’il reçoit sa bande brune ou verte, en fonction de sa note (12 ou 14/20). En toute logique, c’est donc chez l’affineur que se fait le choix du ou des types de Comté qui seront mis en vente; l’affineur vendra donc un type de Comté, qui sera représenté, au fil des livraisons, par les fromages de plusieurs fruitières.

D’autant qu’un autre facteur doit être pris en compte, au moins autant que l’origine: le temps d’affinage (à mesure qu’il augmente, on remonte dans le temps et donc dans les saisons de production du lait);  j’en ai fait l’expérience, un Comté de 7 mois, souple, onctueux et lacté, presque sucré, n’aura pas grand chose à voir avec un douze mois de la même fruitière, aux notes torréfiées, gratinées, voire fumées; ni avec un 20 mois, toujours de la même fruitière, moins odorant mais très buccal, avec des notes de brioche, fort sans être piquant.

Mariage comtois (Photo (c) H. Lalau 2017)

Et avec ça?

Le Comté – sous ses différentes variantes – se prête à bien des accords gourmands. Y compris localement. Pour ceux qui salivent déjà (car j’ai pratiqué jusqu’ici une modération dans l’information vineuse qui frise l’indécence hygiéniste!), voici donc quelques propositions nées de la rencontre entre trois fromages de Comté et la belle gamme des vins de Berthet-Bondet (et pas seulement du Jaune): c’est ICI

Bon appétit!

PS. Merci à notre complice Marc Vanhellemont, sans lequel ce voyage, etc, etc…

Hervé Lalau


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Ventoux : un vent chaud venu du Sud

Ce n’est pas de la neige sur le sommet de cette montagne chère aux cyclistes, mais la blancheur de la pierre calcaire

J’ai posté plein de photos la semaine dernière. Il n’y en aura que peu cette semaine car je n’ai pas le temps. Mais l’article est assez détaillé au cas où cela vous intéresse.

 Aborder une appellation, même d’une manière incomplète, apporte souvent son lot d’idées reçues en tous genres que nous essayons de déblayer en dégustant les vins à l’aveugle bien sûr, mais aussi en mettant en sourdine les images qui nous arrivent de nos expériences passées cumulées. Ce n’est jamais gagné et, parfois, les vins confirment les tendances inévitables dues au binôme climat/cépages. Mais chaque producteur garde son espace de liberté, qui n’est pas toujours énorme mais qui peut, lors d’une dégustation horizontale des vins d’un millésime donnée, créer des différences significatives non seulement dans le domaine de la qualité perçue de chaque vin, mais aussi entre les styles des vins, tout étant relatif bien entendu. Tout cela s’est avéré pour moi lors d’une récente et compréhensive dégustation de vins rouges de l’appellation Ventoux.

Les données de base de l’appellation

Le Ventoux se situe dans la partie sud de la vallée du Rhône, à l’Est d’Avignon et  de Carpentras. Cette appellation s’intitulait Côtes-du-Ventoux avant 2008.  Elle jouxte le Luberon au Sud et la zone Beaumes de Venise/Gigondas au Nord-Ouest. Sur une superficie de 7.450 hectares,  le vignoble est disposé autour du Mont-Ventoux, comme son nom le suggère. Le secteur géographique est principalement sous influence méditerranéenne, avec quelques zones sous influence continentale, donc un peu plus fraîches. L’ensoleillement est important sur l’ensemble de l’aire, restant dans une fourchette comprise entre 2 600 et 2 800 heures/an. Ce qui correspond à un maximum annuel de dix jours de brume. Les précipitations sont rares mais parfois violentes. Elles atteignent 600 à 700 mm par an mais un seul épisode orageux peut en quelques heures déverser jusqu’à 200 mm. Le vent dominant est le mistral, qui souffle du nord vers le sud et qui assèche non seulement les terres mais aussi la vigne, rendant relativement faibles les risques de maladies cryptogamiques. Localement, l’altitude peut aussi influer sur le caractère du vin.

Structure du vignoble

L’appellation se divise en trois zones géographiques : le bassin de Malaucène au nord, le piémont du Ventoux à l’est de Carpentras et le nord du Calavon jusqu’à Apt. Le vignoble regroupe environ le tiers de tous les vignerons du Vaucluse. L’exploitation agricole type dans l’appellation pratique souvent de la polycultureconséquence du morcellement de la propriété. Les grands domaines de plus de 20 ha sont en augmentation mais encore minoritaires. La petite exploitation de 10 ha reste majoritaire (90 %) ce qui explique l’importance des caves coopératives dans l’AOC. Dans ce type d’exploitation, la partie vigne représente 3,5 ha et monte jusqu’à 5 ha en y incluant le raisin de table. Plusieurs producteurs significatifs sont aussi présents dans des appellations autour (Côtes du Rhône, Lubéron, Cairanne, Gigondas, etc.)

 

Encépagement

Les mêmes cépages sont utilisés pour les vins rouges et rosés : grenache noirsyrahcinsaultmourvèdre et carignan. Les cépages secondaires sont le picpoul noir et la counoise, avec un plafond maximal de 20 % pour cet ensemble.

Ma dégustation

Cette dégustation portait uniquement sur les vins rouges, et essentiellement sur les millésimes 2014 et 2015, avec deux vins de 2016 et un chacun de 2012 et de 2010. Cela était le choix de chaque producteur, comme la cuvée sélectionnée car une seule était possible par producteur. Il en résulte parfois des écarts  importants en matière de prix, mais le prix moyen pour l’ensemble des échantillons dégustés se situait entre 10  à 15 euros (prix public ttc bien entendu). Je n’ai sélectionné, pour ce compte-rendu, que les vins que j’ai estimés bons ou très bons, quelques soit leur niveaux de prix. Ils figurent par ordre croissant de millésime, puis par ordre ascendant de prix avec les prix de vente public mentionnés.

2010

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Chêne Bleu, Abelard (64,50 euros)

Ce domaine et ce vin sont atypiques. Très soigneusement présentée dans un flacon de type bordelais, avec une belle étiquette sous aspect de gravure ancienne, la cuvée s’habille bien pour tenter de justifier son prix bien au-delà des plus chers de cette appellation; son le nom n’apparaît que sur la contre-étiquette. On vise clairement un autre marché que celui des Ventoux habituels. Cette cuvée est dominée par le Grenache avec un apport de Syrah, mais sans autre précision donnée. Le vin a passé 18 mois en fûts de chêne.

Le robe n’est pas celle d’un vin jeune, bien entendu, mais garde un aspect assez juvénile. Le nez est complexe et raffiné, évoquant les fruits cuits, le sous-bois et le cuir avec un soupçon de truffe. La rondeur en bouche est agréable mais le fruité est en phase d’atténuation tandis que la texture n’est pas encore assez suave pour supporter cette évolution. L’alcool ressort bien trop en finale – je crains que la dominante Grenache en soit responsable. C’est un bon vin, certes, mais on est en droit d’être bien plus exigeant à ce prix, il me semble. (note : 14,5/20)

2012

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Domaine La Camarette, Loris (11 euros)

70% syrah et 30% grenache pour ce vin au nez discret aux touches de vanille qui indique un élevage sous bois. Belle qualité de fruit sur un palais qui sonne clair, mais avec une finale plus austère dans laquelle le bois prends un peu le dessus. Mais un vin de garde, bien fait et d’un bon rapport qualité/prix. (note 14,5/20)

2014

13 vins dégustés mais seulement 5 retenus. On sent un millésime assez compliqué.

Château Bonodona (11 euros)

Une étiquette simple et classique pour ce vin d’un domaine historique actuellement vinifié par la cave Terra Ventoux.

Nez harmonieux, assez intense et dominé par les fruits rouges et noirs avec une touche discret de bois. De la belle chaire juteuse en bouche qui ouvre sur une finale plus austère. Bon vin à ce prix. (14/20)

Domaine du Tix, cuvée Bramefan (14 euros)

Bouteille lourde et étiquette soignée dans un style traditionnelle.

Nez fin dont le retenu semble dénoter un élevage soigné. Très belle pureté du fruité de ce vin dont la clarté d’expression écarte tout soupçon de sur-extraction. C’est précis et très fin, peut-être moins exubérant que certains mais d’une constitution qui laisse entrevoir une belle garde. Très belle affaire à ce prix (16/20)

 

Domaine de Peyre, La Gazette No : 2 (15 euros)

Le domaine d’une journaliste convertie dans la production de vin après des années passées à la revue GaultMillau. La bouteille est de forme bordelaise et l’étiquette de format de … gazette.

Ce vin épouse une forme un peu à part des autres de cette série, avec une robe plus claire et un nez plus évolué qui comporte de jolies notes de sous-bois et de vieux cuir par dessus d’un fruité de type confit et sec. L’impression générale est élégante et raffinée; cela se confirme en bouche avec aussi une certaine force alcoolique et des notes de cerises, et leur noyaux qui donnent une pointe d’amertume en finale (14,5/20)

 

Mas Oncle Ernest, Rien ne sert de courir (15,50 euros)

Un vin et un domaine qui casse les codes, aussi bien pas son nom et l’intitulé de la cuvée que par la forme bordelaise du flacon.

Le nez intrigue avec ses combinaisons entre fruits, épices et une pointe d’animalité que me fait soupçonner une présence de bretts, pas trop mais un peu quand-même. La texture est suave et le fruité bien mur. C’est bon, pas trop extrait, plein de caractère et assez harmonieux. Mon soupçon de bretts se confirme par une texture un peu crayeuse. Certains diront que c’est le « goût du terroir », mais en tout cas ce n’est pas envahissant. (14,5/20)

 

Château Pesquié, Artemia (30 euros)

La bouteille est lourde et l’étiquette moderne et soignée pour un vin dont le prix le situe clairement dans le segment haut de l’appellation.

Un bon fond de fruits noirs au nez qui marque aussi un travail d’élevage soigné et qui apporte une note agréable de fermeté. Très belle qualité de fruit en bouche avec un dialogue intéressant entre l’élan donné par le fruit et le fond plus fermé apporté par l’élevage. Une très belle cuvée de demie-garde (5/10 ans) qui s’améliore bien avec une bonne aération aujourd’hui. (note 16/20)

 

2015

8 vins retenus sur 12 échantillons dégustés. Une niveau de qualité bien supérieur à celui de 2014, dans l’ensemble.

 

Château Croix des Pins (10 euros)

Etiquette épurée et élégante, bouteille normale.

Nez discret mais fin, légèrement poivré. Le fruité est là en bouche, tenue, peu envahissant mais frais. Un vin très plaisant et bien équilibré, encore jeune mais prometteur avec une jolie finesse de toucher. (14,5/20)

 

Martinelle (11 euros)

Etiquette simple et élégante.

Nez dense de fruits noirs, clairement sudiste et assez épicé. Charnu et puissant en bouche, il est aussi aidé par des tanins longs qui ajoutent une autre dimension au corps du vin. Très bon et destiné à une garde de quelques années. Prix plus que raisonnable pour cette qualité. (15,5/20)

 

Orca, vieilles vignes (11 euros)

Orca signifierait petite amphore, selon l’étiquette mais les flacons qui se présentent sur l’étiquette n’ont pas d’anses et ne sont donc pas, techniquement, des amphores.

Grenache majoritaire dans ce vin au nez assez fermé pour l’instant. Traces d’un élevage de qualité mais pas dominant. On vise clairement un profil de vin de garde. En bouche le fruité est bien présent, entre cerise et cassis, bien juteux et aussi intense que séduisant. La texture est mi-ferme, mi-veloutée : clairement en devenir. Mais sa matière est si pleine et si bien équilibré qu’on aurait presque envie de le boire de suite. Un des meilleurs vins de la série et un des moins chers aussi. (16,5/20)

 

Domaine de la Gasqui (12 euros)

Grenache, Carignan et Cinsault, un assemblage à l’ancienne et une étiquette du même tonneau

Nez un peu réduit au départ mais qui révèle ensuite un joli fond de fruits et d’épices. Ce fruité bien vibrant devient encore plus présent en bouche. Vin aussi fin que savoureux à l’équilibre admirable et au prix bien placé. (15,5/20)

 

Gentilice, Cave de Canteperdrix (entre 12 et 15 euros)

L’élevage est assez présent au nez mais n’écrase pas une très belle matière. Cette qualité de fruit prend bien son élan en bouche avec un vin à la belle texture soyeuse qui entoure une superbe matière. Gourmand et avec une belle longueur. Excellent vin. (16/20)

 

Domaine Cambades, Crépuscule (15 euros)

50% Syrah et 50% Grenache pour ce vin à l’étiquette sombre, logiquement crépusculaire. La contre-étiquette, pour une fois, est claire et informative.

Nez juteux, frais et expressif. En bouche la très belle matière fruitée et aussi gourmande que puissante. Les tanins sont aussi bien présents mais sans dominer l’ensemble. Belle longueur et un caractère juteux très présent sur toute la durée.

 

Domaine Allois, Terre d’Ailleuls Domaine Allois, Terre d’Ailleuls (18 euros)

Bouteille lourde et étiquette moderne, signée. La contre-étiquette est un peu trop « bla-bla » pour mon goût.

Nez fumé sur base de fruits noirs. Le caractère puissant de ce vin s’affirme rapidement en bouche. Intense, assez chargé en tanins par rapport au fruit, c’est un bon vin charpenté qui fonctionnera bien avec grillades et plats riches en saveurs car il lui faut du sel ! (15/20)

 

Domaine de Fondrèche, Il était une fois (30 euros)

La cuvée haut de gamme de ce domaine phare de l’appellation qui a récemment abandonné la certification « bio » qu’il détenait depuis un moment, et pour raisons écologiques il me semble. Intéressant !

Nez fin aux cerises à l’alcool. Très concentré, mais sans excès, en tout cas plus que la plupart des vins de cette série. Sa structure tannique en fait une belle cuvée de garde. On pourrait le déguster plus rapidement avec des plats salés mais je le garderai bien 5 ans car il est plus raffiné que la moyenne. (16/20)

 

2016

Seulement deux échantillons reçus mais une très belle qualité pour les deux. Ce millésime semble très prometteur.

 

Domaine Brusset, Les Boudalles (9 euros)

Une présentation sérieuse, comme tous les vins de cet excellent producteur qui rayonne dans la région. Le nez est plus sombre et terrien que celui du vin suivant du même millésime, mais il contient aussi son lot de fruits rouges et noirs. Beaucoup de fraîcheur aussi en bouche et une jolie texture, plus dense que la cuvée Pur Jus de Landra, et qui caresse la langue sans l’agresser. Vin alerte et très gourmand, bien placé en prix.

 

Landra Pur Jus (10 euros)

L’étiquette est simple, graphique et claire et le vin est aussi directe, bien en phase avec son nom de cuvée car le nez est très fruité et juteux (tendance fruits noirs), aux notes d’épices. Cela donne une belle impression tonique de fraîcheur. Beaucoup de gourmandise aussi en bouche et une sensation de vivacité, presque de légèreté dans l’expression de son fruit. Un ensemble dynamique avec un soupçon de piquant (CO2) qui apporte une touche supplémentaire de vivacité. Délicieux vin de soif (15/20).

 

David Cobbold