Les 5 du Vin

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Suite paysagère en Côtes du Rhône

Un vin n’est pas simplement le produit d’une fermentation maîtrisée, c’est avant tout la synthèse, ou mieux, la quintessence d’un ensemble de choses…

Chose !

Un terme vague pour parler de tout ce qui compose ce nectar culturel. Sol, vigne, vigneron, climat… se réfèrent à la terre, au palpable, au concret, à ce qui nourrit le raisin, l’élève, le transforme. Mais il manque pour être complet l’histoire, la culture de l’endroit, les influences proches ou lointaines, le savoir-faire… qui personnalisent la transformation du raisin. Cet ensemble de choses architecturent le paysage dans lequel se love le vignoble, le sertissent ici dans la roche, l’étalent ailleurs dans la plaine, le tapissent là-bas au creux d’une combe. Les paysages viticoles sont multiples et conditionnent en grande partie le style des vins produits dans chaque espace particulier.

L’étude

Le syndicat des Vignerons des Côtes du Rhône s’est penché sur cette architecture particulière et fédératrice qu’est un paysage viticole et en a identifié 16 tout au long de la Vallée. Une série d’entités qui sont autant d’endroits, à la fois proches et différents, qui se démultiplient et forment un véritable patchwork loin de l’uniformité que peut dans l’esprit commun suggérer un environnement viticole.

L’étude ne s’arrête au simple recensement des dits paysages, mais en fait un outil pour les valoriser, les protéger, les développer, les faire découvrir, … et puis, elle tisse le lien entre cette foule d’entités si différentes qui pourtant grâce au Rhône s’entrecroisent.

Un livre en est issu « Paysage et environnement des Côtes du Rhône »

Sans titre-1

http://www.syndicat-cotesdurhone.com/paysage-et-environnement-des-cotes-du-rhone-donnez-votre-avis-484-page.html

Pas moins de 16 paysages différents, intitulés Vigne …,  y sont décrits, en voici deux exemples librement commentés…

Vigne héroïque et vigne à portée de main

 L’une à l’extrême nord de la Vallée, l’autre au sud d’Avignon, la vigne fait le grand écart, à la fois en distance et en perspective.

carte_statique

Perspectives bien particulières qui engendrent une vision paradoxale de ces deux vignobles. Le premier, qui couvre les appellations Côte Rôtie et Condrieu, semble à portée de main, comme dessiné par la main d’un géant. Hachures vertes sur fond gris, les deux entités tapissent de leur patchwork une verticalité qui rapproche le paysage à la façon d’un zoom.

L’autre, avec ses grands aplats bordés de haies, semble s’éloigner à chaque pas. On n’en voit jamais l’ensemble, la vigne se cache comme une vaguelette balayée par le vent.

La vigne héroïque

 Laurent Combier juillet 2013 081

 

Héroïque est bien le mot ! Mais il faut y marcher pour bien comprendre le pourquoi du terme. La pente y est raide et le travail ardu. À certains endroits, on se croit suspendu dans le ciel. Le massif du Pilat, fait de schiste et de granit, s’arrête net en bordure du Rhône. Pour encore amplifier l’escarpé, les coteaux se voient incisés par une multitude de petites rivières qui découpent en lanières comme une frange la bordure rocheuse. C’est là que l’homme a choisi de cultiver la vigne. Heureusement, la renommée du vignoble garantit le prix du labeur.

La structure paysagère

Les villages se lovent au pied des coteaux, comme Ampuis, ou parfois se sertissent dans l’angle d’un vallon ou s’accrochent à un éperon rocheux. Malleval en est un exemple remarquable. Petite cité médiévale, elle connut une certaine richesse durant l’essor de la soie lyonnaise. Elle offre aujourd’hui une balade agréable entre maisons moyenâgeuses et anciennes installations « soyeuses ».

Les échalas, le mode de conduite de la vigne, foisonnent. Ils zèbrent, aidés des murets de pierres sèches, le vignoble de traits noirs et gris.

Les actions locales

Laurent Combier juillet 2013 088 

Les vignerons sont les premiers acteurs du paysage. D’eux dépend sa sauvegarde, mais aussi son organisation, sa beauté. À la façon d’un peintre, ils peuvent colorer du vert de l’enherbement les rangs de vignes et trouver ainsi une alternative au désherbage qui dans ces pentes fulgurantes où la concurrence entre végétaux reste souvent l’unique solution. Plusieurs domaines participent à l’expérimentation qui recherche les meilleures variétés de graminées pour un enherbement définitif.

Assis entre deux échalas, un verre à la main

S’installer au sein du paysage pour déguster quelques flacons s’avère être une excellente façon pour découvrir la production locale. Mais quelle production ! Qui choisir, entre Ampuis et Limony. Quel vigneron de Côte Rôtie, de Condrieux, d’une partie de Saint Joseph ou encore le mythique Château Grillet, le choix paraît vraiment difficile…

Au hasard des rencontres… Le Domaine Clusel-Roch et sa cuvée Viallière 2014, pourpre sombre, elle hume la racine d’iris et la violette aux coroles maculées de jus de griotte et de framboise. En bouche la fraîcheur extasie, ample elle nous envahit et nous mène aux épices, poivre noir et cumin,  qui soulignent le fruité. La texture apparaît dense. Les tanins encore un rien hérissé renforcent structure et signent de leur grain le caractère du vin.

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Vendange manuelle partiellement égrappée, macération 3 à 4 semaines, élevage de 2 ans en pièces dont 30% neuves.

www.domaine-clusel-roch.fr

Un Condrieu avant de migrer vers le sud: l’incontournable Coteau de Vernon 2013 du Domaine Vernay. Tout doré aux nuances émeraude, il respire la rose et le mimosa teinté d’un rien de violette, fragrances florales qui mettent la bouche en d’excellentes dispositions. Délicate, cette dernière n’en oublie pas l’ampleur qui sied au grand vin. La voilà donc aérienne avec une accroche bien terrestre, ce minéral qui tend grâce à sa fraction cristalline la structure et compense finalement la carence acide. Sur cet équilibre viennent se poudrer les épices, s’enraciner les fleurs et se répartir les fruits, baies et charnus au croquant espiègle et succulent. Nous voici ravi de tant de raffinement.

Découvertes 2015 024

Les Viognier approchent les 80 ans et poussent, plantés à 10.000 pieds/ha, sur une terrasse granitique exposée au sud sud-est. La vinification se fait en barrique comme l’élevage de 18 mois dont un quart en pièces neuves.

www.domaine-georges-vernay.fr

 Grand écart

La vigne à portée de main

 À l’autre bout des Côtes du Rhône, au sud-est d’Avignon subsiste un large ruban de terrasse Villafranchienne, faite des mêmes galets roulés que les mythiques castels papaux.  Le plateau s’entrecoupe de haies vives et de bosquets, ce qui raccourcit la perspective. Seuls les coteaux en bordures offrent un large panorama sur la plaine potagère du Comtat, un vue imprenable d’Avignon et pointe au  loin les reliefs, Ventoux, Luberon, Monts du Vaucluse. Haute de 115 mètres, l’ancienne terrasse alterne paysages fermés et ouverts, ombre et lumière, à la façon bocagère.

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Un bon moyen de la parcourir

Certes le terrain souvent ombragé permet même au plus chaud de l’été de se balader parmi les vignes, mais la bicyclette apparaît comme le moyen le plus efficace et le plus ludique pour comprendre presque dans son entièreté l’entité. Deux parcours y sont balisés, un court de 6 Km et un plus long qui fait une boucle de 16 Km, du sommet jusqu’au bord de la Sorgue. Les circuits traversent parcelles, coupent les haies de cyprès, s’abritent derrière les récents talus enherbés, remontent les coteaux, …

www.provence-a-velo.fr/circuits-velos/VTC/offres-100-1.html

Une appellation phare… et toute neuve!

Si le sud-est d’Avignon offre un bel échantillonnage de Côtes du Rhône, il abrite également la dernière arrivée des Côtes du Rhône Villages avec nom de commune. C’est entre cyprès et feuillus brise-vent, le Mistral peut y être redoutable, que gisent les Côtes du Rhône Villages Gadagne. L’entité emprunte son nom au village de Châteauneuf de Gadagne.

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Assis à l’ombre d’une haie, un verre à la main

 Gadagne 2014 Domaine des Bois de Saint Jean

La robe grenat clair, il offre un nez grillé comme la tartine de pain que l’on couvre de  confiture de fruits rouges parfumée de cannelle et relevée de poivre. La bouche, suave et fruitée comme le nez, s’ouvre sans rechigner et offre d’emblée impressions de garrigue et léger fumé. Les tanins bien mûrs tissent le fond soyeux et la bonne longueur nous fait découvrir les épices qui bientôt souligneront le fruit.

Rhône Sopexa sélexion 2016 114

Assemblage de 85% de Syrah et 15% d’autres, vinifiés et élevés en cuve inox.

www.domaineduboisdesaintjean.fr

Fragment d’histoire

 Avant de quitter l’endroit, rappelons que c’est le lieu de naissance de la Coupo Santo le célèbre poème et chant écrit par Frédéric Mistral pour remercier la délégation d’écrivains et d’hommes politiques catalans venus encourager le mouvement de défense de la culture provençale au milieu du 19es.

Prouvençau, veici la Coupo
Que nous vèn di Catalan
A-de-rèng beguen en troupo
Lou vin pur de noste plan

= Provençaux, voici la coupe
Qui nous vient des Catalans.
Tour à tour buvons ensemble
Le vin pur de notre cru…

Ciao

 

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Marco

 

 

 

 


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Grands terroirs et grands vignerons

Le week-end dernier se tenait à l’Abadía Retuerta, au bord du Douro espagnol, un formidable colloque autour des grands terroirs, qui réunissait un exceptionnel aréopage de femmes et d’hommes du vin, qu’ils viennent de Toscane, du Piémont, de Bordeaux, de Bourgogne, du Rhône, de Champagne, de Castille, de Rioja ou de Porto, dont bon nombre sont membres de l’Académie internationale du Vin.
Et puis, il y avait votre serviteur, invité à l’initiative de ma consoeur de blog, Marie-Louise Banyols (un grand merci, Marie-Louise!).

Abadia2L’abbaye vue de ses vignes (Photo (c) H. Lalau 2016)

L’élément humain

Les échanges n’ont peut-être pas pu permettre d’aboutir à une définition du mot – tellement galvaudé – de terroir, mais ils ont été été l’occasion de belles réflexions; notamment sur l’importance de l’élément humain dans la réussite d’un grand site viticole. Il faut dire que le cadre somptueux de cette abbaye du 12ème siècle, aujourd’hui transformée en hôtel de grande classe, au milieu d’un écrin de vigne défiant l’aridité environnante, comme une oasis de culture, était propice à la fermentation des idées.

Rarement il m’aura été donné d’écouter autant de gens de qualité, dont la préoccupation ne soit pas de se faire valoir, mais de transmettre leur expérience, d’échanger dans le respect de l’autre.

Impossible de résumer trois sessions aussi touffues, aussi riches; résumer, c’est choisir, et c’est donc ignorer le reste; je me bornerai donc à citer quelques phrases, qui, comme autant d’arômes jaillissant de beaux vins, ont éclairé les débats – débats menés par Pascal Delbeck. Pascal a été une des chevilles ouvrières du projet de la renaissance viticole de l’abbaye, qui fête ses 25 ans, et qui fournit d’emblée un bel exemple des thématiques abordées: qu’est-ce qu’un grand terroir, comment le révèle-t-on, comment assure-t-on sa transmission, comment peut-on le défendre?

Voilà, en substance, ce qu’on a pu entendre… L’auteur de chaque citation est indiqué sauf quand il ne m’a pas été possible de l’identifier – dans ce cas, il voudra bien m’excuser et éventuellement, en revendiquer la paternité…

« Le grand vin, comme la grande musique c’est la juste interprétation de la partition, de ce que vous donne la nature, par le vigneron. Ni trop technique, ni trop libre, la juste mise en valeur de la partition, du génie d’un lieu. Le terroir, c’est bien plus qu’un territoire délimité au sens administratif. C’est un sujet aussi philosophique que technique. Il y a une approche mystique du terroir » (Pascal Delbeck).

Le terroir, c’est l’avenir de la mondialisation. Le monde devient un village, il faut en préserver la vraie richesse, sa diversité, culturale et culturelle. » 

« Comme la minéralité, le terroir est un de ces termes vagues, un de ces fourre-tout, qui ont à peu près autant de sens que de gens pour les employer. »

Abadia1Les vignes vues de l’abbaye (Photo (c) H. Lalau 2016)

« Le terroir et la tradition ne se confondent pas; toute parcelle est un terroir potentiel, pour autant que l’homme le révèle, le mette en valeur » (Juan José Abo de Juan).

« L’homme peut aussi détruire le terroir. Beaucoup des terroirs cités au cours des siècles depuis l’époque romaine ont disparu. »

« Il est difficile de comparer le terroir d’aujourd’hui et ceux d’hier. Les consommateurs ont changé, les cépages et les technologies aussi. Les terroirs varient avec les changements dans leur mise en valeur. Parler d’usages loyaux et constants, comme on le fait dans des cahiers des charges d’appellations, c’est une rigolade ».

« Un grand terroir, ce n’est pas un type de formation géologique plutôt qu’un autre; on en trouve aussi bien dans les argiles, les calcaires que dans les schistes ou les grès. Le facteur hydrique, l’exposition et le facteur humain sont sans doute les plus importants. La vigne aime la colline, disait Virgile. »

« Le réchauffement change le terroir. Il faudra sans doute modifier l’encépagement. Cela s’est déjà fait; ainsi, à Bordeaux, le Merlot était virtuellement inconnu avant le 18ème siècle » (Jean-Claude Berrouet).

« L’oenologie n’est pas à opposer au terroir; c’est une science pratique qui en évitant des défauts, des déviances, notamment par l’hygiène, permet de mieux exprimer les qualités du terroir. C’est une aide à la décision, en termes de dates de vendange, de méthodes de vinification. Il faut cependant éviter les dérives, comme celle de l’aromatisation via les levures, de la coloration, du tout technologique » (Jean-Noël Boidron).

« Le vigneron fait sa cuisine des terroirs » (Gérard Chave).

IMG_9524Les grands vins ne sont pas l’apanage des seuls appellations, comme nous l’a prouvé ce Vino de la Tierra, étonnant de complexité.

S’adapter au présent

« Pour faire vivre le terroir, il faut l’adapter au présent. C’est un équilibre à trouver entre le respect des générations passées et l’évolution, l’expérimentation. L’ancienne génération doit accompagner la transmission, mais ne pas tout prendre en charge, il faut laisser un espace de création aux enfants, puis laisser la place, sans s’accrocher » (Jean-Pierre Perrin).

« Le terroir fait vendre. Mais la réussite commerciale tient à l’incarnation d’un terroir par un homme, de la passion qui l’anime, de la manière qu’il en parle ».

« Il ne faut pas forcément expliquer la magie; le mystère intéresse le consommateur et l’incite à découvrir ».

« Il ne faut pas oublier les vertus de l’assemblage: en 1945, le maître de chai de Mouton-Rothschild élabore deux cuvées; la première est issue d’un lot particulièrement impressionnant; la deuxième est issue du reste des cuves assemblées. Aujourd’hui, c’est l’assemblage qui est le meilleur ».

« Vins de cépages et de vins marque donnent une réponse claire à une question simple. Les vins des grands terroirs visent un autre type de consommation, il sont complexes par nature. Comme il faut des vins d’initiation, il faut des vins plus complexes. Or le palais se forme, et le goût de la complexité se développe peu à peu; ce qui correspond aussi à une progression des moyens financiers » (Dominique Renard).

«Le terroir vitivinicole est un concept qui se réfère à un espace sur lequel se développe un savoir collectif des interactions entre un milieu physique et biologique identifiable et les pratiques vitivinicoles appliquées, qui confèrent des caractéristiques distinctives aux produits originaires de cet espace» (Définition de l’OIV).

« L’homme est l’esprit du terroir ».

« Mes leçons de vinification je les cherche dans les musées ».

« Le vin qui parle le plus fort n’est pas forcément le plus intéressant. Je cherche plutôt des vins d’une profonde légèreté. »

« Le vin c’est la fête des sens. Le sens de la fête, c’est le partage » (Le regretté Jean Meyer).

IMG_9534Un grand terroir, un grand vigneron: le Hengst 2005 du regretté Jean Meyer 

« Les propriétaires-exploitants créent un lien avec un grand terroir exceptionnel. Si la transmission d’une génération à l’autre devient impossible à cause des contraintes fiscales, ce type d’exploitation disparaîtra. Il y a des solutions juridiques, mais les vignerons ne sont pas toujours bien informés » (Etienne de Montille).

« A Bordeaux, la dimension de certains domaines et leur valeur est telle que fait miroiter argent dans les familles; mais quand des investisseurs reprennent les grands domaines, la plupart du temps, ils mettent en place gérants issus des familles vigneronnes » (Bruno Prats).

« Même à Bordeaux, il y a une très grande variabilité. Bordeaux, ce sont quelque 7000 crus, mais seulement 200 dont on parle. La plupart restent familiaux. Et même dans certaines appellations célèbres, comme à Pomerol, on a une propriété de type bourguignon. » (Jean Pierre Berrouet)
« Sur 15ha, je produis 13 rouges différents. Je vinifie tout de la même façon, et je n’emploie qu’un type de fûts. Alors oui, je peux dire que chez moi, c’est d’abord la terre qui s’exprime au travers de mon travail » (Olivier Guyot).

« La transmission, ce n’est pas simple. Il faut s’inscrire dans le long terme; la génération en place doit faire comprendre aux héritiers l’importance d’être dans un lieu où la famille imprègne la terre. C’est  moins une affaire de compréhension du terroir que de valeurs. Certaines familles portent ces valeurs au fil des générations, d’autres pas. »

« Je fais les fais les vins qui me plaisent, pas ceux qui doivent flatter ou plaire. »

« Je ne travaille pas pour laisser une fortune, le plus important, c’est de créer et de le partager ».

« D’abord, on s’imprègne, on absorbe le savoir, puis on corrige, on adapte et on crée. »

« Il faut d’abord savoir faire soi-même pour demander aux autres de le faire ».

« La transmission, ce n’est pas le respect aveugle du passé. Mon père avait fait des erreurs, notamment en matière de traitements, je dois encore les corriger aujourd’hui. Il faut aussi être ouvert sur le reste du monde; le vin, c’est un échange de cultures. Moi, je me suis beaucoup inspiré de la Bourgogne, par exemple. La tradition c’est une innovation qui a réussi » (Elio Altare).

IMG_9530De gauche à droite, Carlos Falco, Elio Altare, Bruno Prats et Peter Symington

Comment l’homme transcende le terroir?

« Viser l’excellence est la seule façon de survivre dans la concurrence mondiale. C’est l’objectif des domaines qui produisent du vin de Pago, qu’ils soient en appellation ou hors appellation. Oui, on peut créer de nouveaux grands terroirs. Ou plutôt, les révéler. Au Dominio de Valdepusa, avant, nous n’avions que des oliviers. Et la seule DO que nous ayons aujourd’hui, c’est Montes de Toledo, pour notre huile d’olive » (Carlos Falco, Marques de Griñon).

« La marque du grand vin est sa capacité à vieillir en gagnant en complexité et dépasse le variétal. Un terroir comme celui de Constantia, en Afrique du Sud – sans doute le plus vieux terroir du Nouveau Monde, démontre l’intuition des anciens, qui les a porté vers les meilleurs endroits ».

« La préservation des terroirs est un combat. Ainsi, près d’Alicante, les vieilles vignes de Monastrell sont en train d’être arrachées. Nous nous efforçons de les préserver; non seulement contre les cépages internationaux, mais aussi contre des plantations de jeunes Monastrells qui n’ont plus grand chose à voir » (Bruno Prats).

« Les terrasses du Douro sont la preuve vivante de l’influence de l’homme sur le terroir – sans elles, pas de vignoble. Et ce terroir n’est pas immuable; naguère, le vignoble était totalement complanté, alors qu’aujourd’hui, bon nombre de parcelles ont été remembrées pour accueillir chacune un cépage identifié. L’homme a donc encore modifié radicalement le terroir. » (Peter Symington).

IMG_9540De gauche à droite, Juan José Abo, Angel Anocibar, Pascal Delbeck et Juan Carlos Lopez de Lacalle

« Il est dommage qu’aujourd’hui, si peu de grands chefs sachent mettre en valeur les grands vins dans leur cuisine. La haute gastronomie devrait être le temple de somptueux accords, mais souvent, le chef pense d’abord à se mettre en avant, et non à l’expérience globale du repas. » (Franco Martinetti).

« Ces 40 dernières années, en Toscane, on a assisté à un changement de culture et de structure sociale, les fils et filles des métayers ont quitté la région pour les attraits de la ville; la fin du système ancien explique que bon nombre de DOC sont dépassées. Voire contreproductives, quand elles permettent de détruire des terrasses pour planter des vignes de plus haut rendement, par exemple » (Paolo di Marchi).

« Un terroir comme le Macharnudo, au Nord de Jerez, était déjà reconnu aux temps des Romains comme un cru exceptionnel, c’est sans doute un des plus anciens d’Europe ». Exposition, climatologie, sol et sous sol, il a tout. A Jerez comme ailleurs beaucoup ont choisi le chemin de la productivité. Il faut redescendre ce chemin  pour revenir à l’identité, aux cuvées de terroir » (Eduardo Valdespino).

« L’excellence est une manière de vivre. La prospérité et le bonheur, le choix de faire les choses bien; l’excellence, ce n’est pas le luxe. Notre vocation, c’est de produire du vin, pas du papier pour l’administration. La solution n’est pas de produire plus à des prix ridicules. »

« L’importance d’une appellation comme Rioja occulte la réalité plus précise des lieux. On promeut le nom plutôt que le bon. C’est le sacre de la médiocrité. Je ne renie pas l’origine, je renie la manipulation, l’usurpation de l’origine  » (Juan Carlos Lopez de Lacalle).

« En 40 ans, La Ribera est passée de 8000 à 24000 ha, de la sélection massale à une foule de clones de Tempranillo importés dont beaucoup conçus pour le rendement » (Angel Anocibar Beloqui).

« Le terroir parle de lui même mais il parle aussi de nous » (Steven Spurrier).

« Au moment où le vigneron retrouve ses racines de terroir, une logique industrielle risque de l’écraser. En Castille, par exemple, la nouvelle administration régionale veut fusionner les coopératives pour n’en garder que 5, qui feront du vrac, y compris avec l’aval des dénominations. Plus généralement, en Espagne, les pouvoirs publics, aujourd’hui, privilégient le volume, alors que le succès, dans la concurrence mondiale, se jouera sur l’identité des vins » (Victor de La Serna).

A toutes ces phrases, j’en ajouterai deux, si vous le voulez bien. La première, de Claudel, s’adresse au poète qui sommeille au fond de chaque buveur:

« Le vin est le fils du soleil et de la terre, mais il a eu le travail comme accoucheur »:

La seconde est de moi, et s’adresse au buveur qui sommeille au fond de chaque poète:

« Le goût du grand terroir, c’est un goût de trop peu ».

Hervé LalauIMG_9515

 


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Douro forever

Cela faisait quelques années que je n’étais pas retourné dans la vallée du Douro. Ce vignoble, le plus spectaculaire au monde eu égard à son échelle comme à son paysage, me donne des frissons chaque fois que je le redécouvre. Cette fois-ci, l’occasion  m’en a été donnée par un séjour de 3 jours, où j’accompagnais un groupe d’une trentaine de personnes, dont la plupart découvraient cette région pour la première fois. Personne ne fût déçu ! Mais, au delà des aspects visuels qui sont engendrés par la topographie et le travail incessant de l’homme pour façonner un paysage viticole somptueux, classé par l’Unesco, ce sont les vins qui étaient au cœur de l’affaire.

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Peut-on dire qu’un vin parle de l’endroit qui l’a vu naître? C’est un sujet d’ordre philosophique et de croyance (je dirais même de suggestion) autant que relevant d’une logique pure. Bien entendu, une fois sur place, on est tellement dans l’ambiance du lieu qu’on est forcément entraîné vers cette ligne de pensée. En serait-il ainsi avec une dégustation à l’aveugle pratiquée ailleurs? Je vais laisser volontiers cette interrogation en l’air car je n’ai pas la réponse. Ce qui est certain est qu’une révolution considérable est en train de se produire dans ce berceau du vin de porto, avec l’émergence d’une gamme de plus en plus fournie de vins secs, rouges comme blancs, et qui ont, du moins pour les premiers, des ambitions et le potentiel pour se situer parmi les meilleurs du monde.

IMG_7463Dans la fraîcheur sombre de ces cathédrales de vieillissement qui sont les lodges de porto à Vila Nova di Gaia. Ici chez Graham’s.

Ce mouvement, qui a vu le pionnier Barca Velha émerger, un peu seul, il y a une quarantaine d’années, a pris de l’ampleur depuis une dizaine d’années. On peut émettre plusieurs explications. D’abord, probablement, une tendance baissière du marché du Porto. Mais, peut-être d’une manière plus intéressante, la prise de conscience du formidable potentiel de cette région, et de son formidable réservoir de variétés essentiellement autochtones. Le Portugal, dont la surface en vignes ne représente que le double de celle du Bordelais, compte quelques 350 variétés de vitis vinifera identifiées, ce qui est nettement plus que la France. Un des domaines que nous avons visités dans le Douro, l’excellent Quinta do Crasto, qui surplombe le fleuve, nous a annoncé que leur programme de recherche et d’identification des variétés, mené en partenariat avec l’Institut de Vin de Porto et une université, a démontré qu’une de leurs parcelles les plus anciennes comporte pas moins de 41 variétés de vigne.

IMG_7489Quinta do Crasto (et sa piscine) domine la vallée du Douro en aval de Pinhao

Mais ce n’est pas tout, bien évidemment. Un autre des atouts de la région du Douro et des ses affluents est une très grande diversité d’altitudes, de pentes, d’orientations et d’organisations culturales. Proche du fleuve, et en fonction de orientations, les raisins sont murs un mois avant ceux situés en altitude et face au nord, et leur charge en sucre est d’autant plus important. Si les cépages utilisés les plus couramment et issus des plantations les plus récentes sont au nombre de cinq, essentiellement, les vielles vignes sont très souvent complantées avec de très nombreuses variétés ayant des phases de maturation et des caractéristiques bien distinctes. Que l’on choisisse de vendanger tout en même temps, ou selon un certain degré de maturité de chaque variété, donnera des résultats bien différents. Fermenter tout ensemble ou dans des vaisseaux séparés aussi. Si on rajoute à ces données issus du vignoble les choix de l’homme en matière d’outils et de méthodes de vinification, les options sont presque infinis. On constate, par exemple, que bon nombre de domaine de taille relativement modeste utilisent toujours les cuves de foulage en granite, peu profonds et appelés lagares afin d’extraire doucement mais rapidement couleur et tanins, aussi bien pour les vins secs que pour les vins mutés. Les systèmes de pigeage varient aussi, comme les durées et techniques d’élevages.

IMG_7468le foulage au pied – démonstration dans un lagare à Qunta do Noval, mais sans raisin car c’est le printemps

C’est pour cela qu’il me semble difficile de parler d’un style «Douro» dans les vins secs. Tandis que les Portos, issus pourtant des mêmes vignobles et cépages, ont un style immédiatement identifiable, bien qu’avec des variations autour de thèmes selon le producteur et le type de porto (ruby, vintage, tawny etc), à cause de l’impact du procédé de mutage et des élevages plus ou moins oxydatifs. J’éprouve, personnellement, plus de facilité à identifier un style commun entre les vins du Languedoc, à condition que ceux-ci fassent appel à des cépages du Sud, qu’entre la gamme des rouges secs du Douro. Je plaindrai quelqu’un essayant de coller ce terme collectif absurde de «typicité» sur des vins aussi différents que «Les Charmes» de Niepoort, Redoma du même producteur, Duas Quintas de Ramos Pinto, ou la Reserva de Crasto, pour ne prendre que quelques exemples. Est-ce un problème ? Bien sur que non, sauf pour quelqu’un qui serait obsédé par la simplification.

IMG_7485mur de schiste sur bloc de schiste : le pays est aride et le climat rude. La vigne n’a que s’y accrocher

Sur le plan des cépages, si le Touriga Nacional est la plus médiatisée des variétés que l’on trouve dans le Douro, elle est loin d’être la plus plantée, et certains producteurs le trouvent un peu trop violent dans son expression pour participer dans des proportions importantes dans leurs rouges secs. D’autres, comme Vallado ou Noval par exemple, en font des cuvées à part. Le Touriga Franca, le Tinto Roriz (Tempranillo) ou d’autres semblent retenir plus de suffrages pour le moment dans les cuvées les plus courantes, hormis le cas des field blends (vignobles de complantation) avec leur degrés de complexité supérieurs, dues à la fois à la grande diversité des cépages, mais aussi aux différents niveaux de maturités lors des vendanges, comme, souvent l’âge vénérable des vignes.

IMG_7495L’hôtellerie, la cuisine et le tourisme sont aussi en plein développement dans le Douro. Ici la cuisine ouverte à l’hôtel Six Senses à Lamego 

Un autre aspect de la production de cette région magnifique qui m’a frappé lors de ce voyage est la fraîcheur et la finesse des vins blancs. Ceux que j’ai dégustés constituent, pour les meilleurs, des vins d’apéritif idéaux, frais et délicat, parfumés selon l’assemblage utilisé, ou bien plus consistant mais jamais pesants. Les vignobles utilisés se trouvent généralement en altitude pour un gain de fraîcheur.

Je n’ai pas de dégustation importante ni de notes détaillées à vous présenter pour étayer mes dires car l’occasion ne s’y prêtait pas, mais je peux signaler quelques vins qui m’ont particulièrement plu issus de domaines visités ou qui ont été présentés lors des repas de ce voyage de trois jours :

Les Portos

Graham’s Crusted Ruby et LBV (ils font aussi de grands vintages mais je trouve leur style en tawny trop sucré à mon goût)

Niepoort Tawny 10 ans, très fin, complexe et finit plus sec que la plupart. Un des meilleurs de sa catégorie, pour moi.

Quinta do Noval Colheita 2000

Quinta do Crasto LBV 2011

Quinta Vale D. Maria Ruby Reserve (ce vin a le niveau de beaucoup de LBV)

Les vins rouges du Douro

Ramos Pinto : Duas Quintas Classico, Duas Quintas Reserva, Bons Ares

Niepoort Redoma, particulièrement un magnifique 2007 qui atteint une belle maturité et démontre la capacité de garde des meilleurs rouges du coin.

Vallado Tinto 2013 et Reserva Field Blend 2013

Quinta do Crasto Reserva 2014

Quinta Vale D. Maria 3 Vales 2013 et Quinta Vale D. Maria 2012

Il y a aussi de beaux rouges chez Quinta do Noval mais je les trouve trop chers pour leur niveau en ce moment.

Les vins blancs du Douro

Ramos Pinto Duas Quintas Branco

Vallado Prima 2015 (un muscat sec) et Reserva Branco 2014

Quinta do Crasto 2015

Quinta Vale D. Maria 2015

David Cobbold

(texte et photos, et ici sur le circuit du Vigean tout récemment)

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« L’avenir de la viticulture, c’est le sol »

« L’avenir de la viticulture, c’est le sol », clame Rémy Fort, le dynamique président de la Cave Anne de Joyeuse (Limoux), chez nos confrères de Terre de Vins.

Qu’il me soit permis de mettre un bémol à la clef… de sol.

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Non que je souhaite redémarrer une n-ième polémique sur le terroir, la minéralité, l’influence des roches sur le goût du vin…

Ni que je trouve déplacée l’idée de mieux adapter la viticulture et la vinification à la connaissance qu’on a de ses sols; et de les préserver face à la chimie, face au mitage, face à la spéculation. En ce sens, je rejoins tout à fait Rémy Fort.

Non, c’est juste que j’aimerais que les vignerons – coopérateurs, caves particulières ou négociants, fassent preuve d’un peu moins de modestie, quitte à s’exposer un peu plus.

Si 25 ans de dégustations m’ont apporté une seule petite certitude, c’est que l’apport humain dans la qualité des vins est déterminant.

J’en veux pour preuve les écarts que je constate régulièrement entre les vins d’une même appellation, parfois entre des vins de parcelles voisines.

Les choix opérés par le vignerons – taille, moment de récolte, temps de macération et de fermentation, levurage, élevage – sans oublier, pour les plus « modernes », l’irrigation, la cryo-extraction, la thermo, l’osmose inverse…, voire le choix du consultant, pour ceux qui peuvent s’en payer un, tout cela influence tellement le produit final qu’on ne peut décemment réduire un vin à son milieu physique.

D’autre part, les cuvées assemblant plusieurs parcelles complémentaires, voire plusieurs terroirs ou appellations complémentaires prouvent qu’il est possible de faire de bons vins, non pas hors sol, mais au-delà de l’aspect strictement pédologique.

Je ne dis pas que c’est mieux, je ne dis pas que c’est moins bien, je dis que c’est une autre voie. Digne d’intérêt.

Je pense aussi que si les vignerons, leurs représentants et leurs élus mettent tellement l’accent sur leur sol, ce n’est pas toujours pour les bonnes raisons. J’en vois au moins trois:

  • Primo, parce que c’est une rente de situation – au moins potentielle.

« Ici, c’est Saint Chinian, et là, c’est Faugères ». Au journaliste de passage, on montre les frontières, on délimite. On vante la supériorité de l’endroit d’où l’on vient. Quelque chose que personne ne peut nous disputer. Vérité en deçà des Corbières ou de la Montagne Noire, erreur au delà… Et si ça marche, si le nom est porteur, on s’en sert pour vendre un peu plus cher. Sinon, on vivote dans un glorieux anonymat. En termes de notoriété, entre Côtes de Toul et Châteauneuf du Pape, il n’y a pas photo. Et pourtant, les deux sont des appellations d’origine contrôlées…

  • Secundo, parce que ça fédère les vignerons.

« Eux c’est eux et nous c’est nous. Chez nous, nos vins sont comme ça, c’est notre schiste brun qui parle (schiste brun ou bleu, ou rouge, cochez la case correspondante). Chez nous, on peut mettre 60% de mourvèdre et pas plus de 20% de Carignan… » Le journaliste prend des notes. Il n’a aucun moyen de vérifier la proportion des vins issus de schistes bruns, ou rouges, ou bleus, ni des argiles, ni des calcaires dans la bouteille; ni celle du carignan; il n’a qu’à recopier. Et si l’échantillon A est très différent de l’échantillon B, si le boisé prend le dessus sur tout autre considération, par exemple, au point que ce petit grenache finit par ressembler à un gros pinot, ou cette syrah à un cabernet, pas question de mettre en doute la fameuse typicité – elle est gravée dans le marbre, ou plutôt ici, dans le schiste. Je caricature, bien sûr. Mais pas tant que ça.

Or, fédérer ou non les vignerons, ce qui est la responsabilité des syndicats, ODG et interpros, ne regarde en rien le consommateur; à la limite, la cohésion d’une appellation peut même être contreproductive pour le consommateur, si elle aboutit à excuser le mauvais vigneron, à justifier qu’on lui attribue un label qu’il ne mérite pas – car cela déprécie le label dans son ensemble.

  • Tertio, parce que c’est la logique du système.

Appellation d’Origine Contrôlée. Un nom. Une provenance. Une garantie.

Bien sûr, on fait des arrangements avec la réalité; l’origine, c’est rarement un seul terroir ni un seul sol: que dire des appellations régionales? Et même au niveau communal, on a souvent beaucoup de mal à lier l’appellation à un type de sol. Ajoutez-y les subtilités de la pédologie et de la géologie – deux sciences complémentaires mais pas forcément univoques, et vous obtenez un véritable mille-feuilles où le pauvre journaliste, sans parler du consommateur, a bien du mal à trouver ses marques.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit: je ne nie pas l’importance du lieu, des sols ni des conditions climatiques, dans l’expression d’un vin. J’en parle même souvent. Et je trouve louable que certains vignerons s’efforcent de les faire apparaître dans leurs cuvées. De faire en sorte que leur vigne transmute les qualités de l’endroit. Ni même, que certains luttent pour que leur vigne soit la moins traitée possible.

Ce que je regrette, c’est que le lieu prenne trop souvent le dessus dans la communication par rapport au travail de l’homme (ou de la femme).

Sans communauté vigneronne, pas de terroir – c’est l’Homme qui a défriché, qui a planté, qui a terrassé, qui a mis en valeur le terroir, qui en a révélé le potentiel. Le choix des cépages, des modes de vinification, du type de vin préconisé dans l’appellation, c’est lui aussi.

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Hélas, même dans les meilleurs terroirs, les piquets ne poussent pas tout seuls! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Tous ces choix ont été dictés par l’histoire locale, régionale ou nationale – le Porto a été développé par des Juifs espagnols chassés de Galice; le Marsala a été popularisé par la Marine anglaise qui cherchait un ersatz pour le sherry, dont Napoléon leur interdisait l’accès; le Châteauneuf n’existerait sans doute pas, sous sa forme actuelle, si les Papes n’étaient pas venus en Avignon; l’Alsace n’aurait sans doute pas pris l’habitude de vendre ses vins sous leurs noms de cépages si elle était restée française en 1870.

Parfois, aussi, les règles actuelles ne sont que le résultat de compromis plus ou moins sordides entre niveaux de pouvoir. Ou celui du positionnement des opérateurs, à un moment donné, par rapport à l’état du marché. Saviez-vous que dans les années 1930, les vignobles de Corbin auraient très bien pu être classés en Pomerol? Mais les Saint Emilion se vendaient plus cher… Et puis, il fallait bien mettre les bornes quelque part.

Sans vigneron, pas de vin. Tout ce qu’il décide influence, en mal ou en bien, le résultat dans la bouteille. Connaître le pourquoi de tel ou tel choix, la philosophie du décideur, m’en apprend au moins autant sur son produit que la composition des cailloux et le nombre de vers de terre dans ses sols.

Et moi, en définitive, ce n’est pas un Cabardès, un Faugères ou un Pays d’Oc que j’apprécie, ni un vin de calcaires ou de schistes, mais le vin de Claude Carayol ou de Catherine Roque.

Même quand Claude vinifie sa cuvée Vent d’Est, même quand il magnifie ses calcaires, ça reste son vin. S’il se plante, une année, ce ne sera pas la faute au vent ni au calcaire, mais celle de Claude. S’il fait un vin superbe, ce sera aussi sa réussite.

Et si demain il n’y a plus de vignerons à la Méjanelle parce que ça n’est plus rentable, ou parce que la pression de la ville est trop forte, le terroir historique nous fera une belle jambe!

Amis vignerons et vigneronnes, soyez donc fiers de ce que vous faites, n’hésitez pas à vous mettre en avant. Vos appellations, je les aime bien. Mais ce que je préfère, c’est vous!

Hervé Lalau

 

 

 

 


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From BC with love… and wines!

Ma fille Charlotte parcourt actuellement le Canada, d’Ouest en Est. Partie de l’Ile de Vancouver, la voici rendue à Kamloops, non loin de la fameuse vallée de l’Okanagan. Et comme elle aime le vin, elle a pensé à m’envoyer quelques notes de dégustation. Un vrai petit scoop, car si les wineries de l’Okanagan ont acquis une certaine notoriété, à l’image d’Osoyoos Larose, celles de Kamloops sont encore peu connues hors frontières. Mais je laisse la plume à Charlotte…

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Photo (c) Harper’s Trail Winery

Le climat de Kamloops est surprenant – c’est un des plus chauds et des plus secs du Canada, il y faisait 23 degrés le 2 avril! Et les sols à dominante calcaire conviennent bien aux cépages bourguignons et rhénans, notamment. A noter qu’ici, on n’a pas eu besoin de recourir aux hybrides, car les gelées sont bien moins féroces qu’au Québec, par exemple.

J’ai dégusté les vins de deux des trois caves de la région, Privato et Harper’s Trail, qui figurent tous les deux sur le Kamloops Wine Trail, la route des vins locale. Avis aux visiteurs: bien que très rurale, la région est facile d’accès: elle est traversée par deux autoroutes, la 5 (qui mène au Sud vers l’Etat du Washington) et la 1, alias Trans-Canadienne.

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Le matin se lève sur Kamloops (photo (c) Ch. Lalau 2016)

PRIVATO Vineyard and winery

Avec ses 32 hectares au pied des collines qui surplombent le bras nord de la Thompson River (un affluent du fleuve Fraser), cette exploitation familiale produit des vins dans un style bourguignon; bourguignon, en termes de cépages (puisqu’elle emploie pinot noir et chardonnay), mais aussi en termes de soin du vin, d’élevage, aussi (Privato utilise des barriques de François Frères).

Chardonnay 2013

Pêche et abricot, un nez étonnamment solaire; la bouche légèrement toastée reste très rafraîchissante; belle structure; la finale persistante nous emmène bien plus au Sud encore, sur des notes d’agrumes.

On se voit bien déguster ce vin par une belle journée d’été, en apéritif, ou bien sur un fromage à pâte dure, ou un poisson grillé.

 

Pinot Noir 2012 – Woodward collection

Fermenté et élevé en barriques (18 mois). « Double gold medal » à l’All Canadian Wine Championship.

Jolies notes de fruits des bois et de fraise écrasée, très intenses au nez. La bouche épicée trahit un bel élevage, avec des notes de cuir et de cèdre; les tannins sont très lisses, et une pointe d’acidité soutient le tout jusqu’en finale. Un vin tout en harmonie, la qualité d’un raisin mûr, un beau travail de vinification, tout y est!

Je le vois plutôt avec une pièce de boeuf sauce au poivre, des champignons, un poulet grillé… voire un gibier ou un homard grillé, pour rester dans le ton canadien…

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Pinot Noir Grande Réserve 2012

Un vin de garde; robe sombre, nez complexe à la fois floral et fruité (surtout la fraise, mais pas confiturée), agrémentée d’une touche de poivre et de vanille; la bouche est étonnament souple, soyeuse, les tannins très ronds, avec presqu’une impression de sucrosité de par la richesse du fruit – car le vin est totalement sec. (ndlr: observez le degré d’alcool sur l’étiquette: 13,6%. Et oui, ici, on n’est pas obligé d’arrondir au demi-degré. Et personne ne s’en plaint).

Harper’s Trail Estate Winery

Cette cave est la première à avoir ouvert ses portes à Kamloops – il s’agissait au départ d’une ferme d’élevage bovin. Ces dernières années, l’exploitation s’est tournée vers le bio. Les sols calcaires où poussent les vignes sont ceux de l’ancien lit de la Thompson (le bras sud, cette fois). Ici, on a opté pour des cépages rhénans; mais la cave vinifie aussi un peu de merlot proveannat d’une autre domaine situé dans l’Okanagan plus au sud. 

Les vins, d’Harper’s Trail montrent généralement une belle acidité, et de la salinité.

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Les trois caves de Kamloops se sont groupées pour proposer au visiteur le Kamloops Wine Trail.  Une belle façon de faire connaissance.

Pinot Gris 2013

Pomme, citron vert et anis, un joli cocktail pour un nez tout en fraîcheur. La bouche est riche, pleine, assez grasse malgré l’acidité, voici un vin robuste, long et large en bouche, mais sans rien de pâteux. Il fera le bonheur d’un poisson blanc en sauce.

“Silver Mane Block” Riesling 2013

Un peu de sucre résiduel n’a jamais fait de mal à personne – pour autant qu’il est annoncé. Le nom de cette cuvée est celui de l’ancien ranch.

Nez à la fois frais et fruité, pomme et poire, une pointe de citron. La bouche est un équilibre subtil entre le sucre résiduel et l’acidité, la lutte est acharnée mais tout se termine dans l’harmonie d’une longue finale légèrement bitter. 

Viande blanche, saumon (canadien, bien sûr) et cuisine thaï lui feront un excellent accompagnement.

 Merlot 2014

Les raisins sont issus de Cerqueira Vineyard, dans l’Okanagan du Sud, mais le vin est vinifié chez Harper’s Trail. 

Le nez déborde de notes de raisins frais, bien mûr (quand je vous dis qu’on est au Sud… du Canada); la bouche est d’abord très épicée (poivre noir), mais apparaîssent ensuite des jolies note de cerise douce; belle structure, tannins bien enrobés. Les merlots de Bordeaux n’ont qu’à bien se tenir…

On vous attend pour le barbecue!

Prowein

La Colombie Britannique était très bien représentée sur Prowein, cette année – la marque d’une volonté de développer ses ventes à l’exportation – affaire à suivre!

Charlotte LalauCharlotte

 

 


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#winelovers in Jerez

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Antonio Flores, Gonzalez Byass

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It would seem that last week I may well have been following humbly in the footsteps of the great Marco by spending time in the magical region of Jerez with visits to bodegas in Sanluca de Barrameda, El Puerto de Santa Maria as well as Jerez itself.

Last week was the 4th anniversary of the founding of the #winelover group. This year the celebrations started in Jerez on the evening of Tuesday 9th February running through to Saturday with visits to seven bodegas – Gonzalez Byass, Lustau and Williams & Humbert in Jerez, Barbadillo and Delgado Zuleta in Sanluca de Barrameda and Gutiérrez Colosísa and Osborne in El Puerto de Santa Maria.

During our five days in the region we didn’t taste a bad Sherry – the quality was remarkably high with exemplary examples, which we were privileged to taste, in all styles whether they were Finos, Amontillados, Olorosos or Palo Cortados. The highlights of our sojourn in the Jerez region can be viewed here.

Although I would naturally be inclined to argue the case for Muscadet, I have no doubt that Sherry is the greatest bargain in the wine world with some of the low prices being quite insane. Given the cost of production the pricing of some sherries makes no sense – a minimum of four years production before bottling plus a significant loss of volume through evaporation. A number of the Finos we tried were between 5€ – 7€ with some excellent Amontillados, with further ageing, for less than 10€.

There are many white wines, Sancerre for example, that will be bottled and sold from February/March  for significantly higher prices than a lovely Fino that costs a lot more to produce….

We talked to Pelayo García, export manager at Delgado Zuleta, whose labels we didn’t think properly reflect the quality of the wines. García took our rather frank comments in good part. He explained that the very prices for Sherry meant that it was difficult to spend money on changing the labels as well as the necessary promotion. Not forgetting that they had many traditional customers who would not welcome changes to the labels. One can see the bind that these producers are often in. The good Zuleta Amontillado (10 YO) sells for only around 7€ from the bodega, while the better, excellent Monteagudo (15 YO) is only around 12€.

There is no doubt that these exceptional wines deserve to cost more but how to push up their prices when Waitrose sell a very good Amontillado and Oloroso for less than £10!  You have to worry that the economics do not stack up in the long term.

It was impressive that the #winelover group was so well received in Jerez. Formed four years ago by Luiz Alberto and André Ribeirinho, this Facebook group has now grown to just over 20,000 members. The criteria to join is simple – to love wine. Events (#winelover hang outs) are organised so members can meet up and share wine and usually good food as well as trips to wine regions. Every year on the anniversary of the group’s foundation there is a celebration in a wine region. In 2013 it was Umbria, followed by Friuli in 2014, Lisbon in 2015 and Jerez last week. The 2016 celebrations haven’t finished as there is also a celebratory trip in Greece now in progress. The #winelover group (#winelovers against cancer) campaigns to raise money to fight cancer.

The #winelover group and its success is a product of our times as the group would not exist if there was no social media. It would have been difficult to distinguish our #winelovers visit from a press trip, except that we paid a contribution to the visits, our hotels and transport to Jerez. As individuals most #winelovers may have little clout but as a group tweeting, posting on Facebook and Instagram etc. they have a collective reach that makes them interesting for a wine region to extend a warm welcome. Whether a myriad of social media buzz translates into increased sales remains a crucial question but so it does for more traditional press coverage….

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État des lieux d’un vignoble en péril: Banyuls-Collioure

L’envie de m’arrêter ne serait-ce qu’un temps sur le terroir le plus spectaculaire de ma région d’adoption, cette même envie ajoutée à un séjour récent dans ce bout de France le plus méridional de l’Hexagone, ainsi qu’un papier tout aussi récent de notre Marco ici même, toutes ces circonstances confondues ont achevé de me convaincre.

Me convaincre de quoi au juste ? Qu’à moins d’une prise de conscience de nos édiles, d’une décision politique de prendre le problème à bras le corps, ce qui n’est pas avouons-le dans l’ADN de nos politiques, et d’un investissement colossal côté vignerons, suivi de mesures de protections radicales, le si beau vignoble de Banyuls (qui englobe celui de Collioure, Port-Vendres et Cerbère) n’en a plus pour très longtemps.

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Au delà de la beauté qu’offrent les paysages d’une montagne schisteuse dévalant dans la mer, hormis ces petits ports romantiques où il m’arrive de tremper mes gambettes poilues, de lire le journal ou de boire mon café, laissant de côté ces criques mouchoirs de poche s’ouvrant sur la Méditerranée, qu’est-ce qui m’autorise à être subitement aussi péremptoire (et pessimiste)? Après tout, la population locale et ses élus semblent se satisfaire de vivre dans des paysages de toute beauté et ils me paraissent jouir en pleine apathie de leur environnement immédiat, semblant se désintéresser d’un péril qu’ils ne voient pas venir, à moins qu’ils ne veulent le voir venir. Tout semble si bien aller : en hiver les retraités affluent de toute l’Europe, tandis que les projets immobiliers se multiplient et que les enseignes à grandes ou moyennes surfaces pullulent jusqu’aux fronts de mer. C’est beau la Catalogne française…

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Arrivé dans le Roussillon, en 1988, c’était vers ce vignoble spectaculaire que je m’étais tout naturellement tourné. En compagnie d’une troupe d’investisseurs très modestes (sommeliers, cavistes, vignerons, journalistes spécialisés) nous étions allés à Banyuls-sur-Mer, non pas avec en tête l’idée de faire du fric, mais déjà l’envie sincère de sauver de l’oubli quelques parcelles de précieuses terrasses de vignes de Grenache, des vignes que nous voyions sombrer dans l’oubli et que les gens du coin, hormis une poignée de vignerons, préféraient laisser à l’abandon. Il faut dire que nous mêmes, après trois millésimes d’un Terra Vinya élevé en pièces, avions fini par jeter l’éponge dix ans plus tard par manque d’ambition et parce que la vie nous appelait ailleurs. À l’époque, vers la fin des années 1980, la raison principale de ce délabrement du vignoble était aussi évidente qu’historique : la vente des vins doux naturels périclitait n’ayant, comme unique pilier, qu’un public survivant composé de quelques vieillards en mal de réconfort sucré. En gros, la nouvelle génération ne suivait pas et ne collait plus à l’image vieillissante et ringarde d’un produit d’une autre époque. Ainsi vont les modes, ainsi vont les vins.

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Pour des raisons culturelles, après des décennies d’un relatif confort, les vignerons – pour beaucoup petits propriétaires doubles actifs liés aux coopératives – avaient du mal à se recycler en producteurs de vins secs ou tranquilles, c’est-à-dire non mutés (non renforcés devrait-on dire) à l’alcool. Ajoutez à cela la difficulté de lancer sur le même territoire que Banyuls une appellation-bis comme Collioure qui, à l’époque, ne concernait que des rouges, les fautes de gestion des uns et des autres, les plans de communication en dents de scie pour plaire tantôt au négoce, tantôt à la coopération, les deux acteurs majeurs d’alors, ainsi que le sempiternel combat des conservateurs s’affrontant à un vent de modernisme pas assez convaincant à leurs yeux, du moins dans ses arguments financiers immédiats, et c’est ainsi que l’on obtenait une sorte de lie visqueuse entraînant un refus de bouger, une passivité se heurtant, en plus, à différentes ambitions politicardes locales. On avait l’impression que l’intelligence d’un seul homme, Michel Jomain, pouvait faire bouger les choses. Seul hic, le gars n’était pas du pays et en plus, il était fort marqué politiquement (ndlr: à gauche, en l’occurrence). L’homme a disparu en 2011.

Est-ce le manque d’enthousiasme, est-ce un problème de gestion ou de perspectives commerciales? Toujours est-il que depuis, le Groupement Interproducteurs Collioure Banyuls qui, un temps, représentait 80% des viticulteurs du cru, un mastodonte que les touristes connaissent sous le nom de Cellier des Templiers (aujourd’hui Terre des Templiers), a fini par mettre le genou à terre avant d’être placé sous sauvegarde par la Justice. Il dispose encore d’une année pour se redresser.

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Mais alors, quel est donc ce mal mystérieux qui menace ce petit territoire côtier au cœur duquel je me suis récemment isolé et promené durant deux semaines ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas un mal, mais des maux… et non des moindres. Je vais tenter de les résumer ici, tout en précisant avant d’aller plus loin que cette splendide Côte Vermeille où se côtoient, je me répète, deux appellations, Banyuls et Collioure, est un pays à part avec ses codes, ses traditions, ses magouilles aussi, un état dans l’État.

Quelque peu isolé du reste de l’Hexagone, avec une seule route sinueuse pour le traverser et une ligne de chemin de fer menant à l’Espagne, ce petit pays a longtemps vécu de la pêche artisanale et de la viticulture… sans parler de la contrebande. Depuis 1974, une réserve maritime est sensée protéger plus de 6 km de côtes. Mais cela n’a pas empêché la construction de quelques horreurs de même que la réserve n’est pas parvenue à enrayer l’exploitation (le vol ?) d’un fameux gisement de corail rouge.

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Comme partout ailleurs, en quelques décennies, le monde autour a évolué : l’Espagne a rejoint l’Europe avec ses coûts de main d’œuvre plus compétitifs, la pêche a décliné faute de poissons et de marins, la vigne s’est arrachée faute de vignerons courageux et de buveurs, tandis qu’avec les années 2000, une route à quatre voies mettait Port-Vendres et Collioure à moins de 30 minutes de Perpignan et de l’autoroute, et que le tourisme prenait une place de plus en plus prépondérante avec son cortège d’agitations, d’appétits et de frénésies immobilières. Il faut bien avouer que, si l’on se met à la place des investisseurs, cette zone qui a attiré tous les peintres du siècle précédent reste un des derniers bastions à saisir avec vues garanties sur la Grande Bleue avec des prix bien plus accessibles que ceux de la Côte d’Azur, par exemple. Tout cela est très vite résumé, j’en conviens, et mon analyse ne doit pas être prise trop au sérieux dès lors que je ne sors pas d’une grande école et que je ne m’abrite derrière aucune commission d’experts comme nous en avons tant vu défiler ici.

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Dans ce tableau qui peut paraître sombre, je dois préciser qu’accompagnant le déclin des coopératives qui jadis monopolisaient la production, la viticulture semble connaître un certain renouveau. Des investisseurs vignerons parfois importants s’installent, des idées jaillissent en même temps que de jeunes et dynamiques aventuriers vignerons se font connaître, certains étant même issus du milieu de la coopération. Dans la même foulée, on voit poindre à l’horizon une multitude de projets touristiques autour du vin, projets de taille humaine ne manquant pas d’intérêt.

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Après cette présentation sommaire, je vais donc énoncer ici les maux visibles ou évidents qui menacent directement le vignoble et ses alentours, sans oublier les habitants – qu’ils soient vignerons, commerçants ou retraités, venus d’ici ou d’ailleurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de se promener sur les routes et les chemins, et de bavarder avec les rares vignerons qui travaillent encore leurs propres vignes. À l’époque de la taille, par exemple.

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Le réchauffement. Même si le réchauffement climatique n’aura sans doute pas d’ incidence majeure sur le vignoble avant 20 à 30 ans, on en perçoit déjà les prémices, notamment des orages monstres, mettant en péril un vignoble qui n’est plus tenu avec autant de soins qu’autrefois (voir plus loin). Cela s’est déjà produit, mais c’était il y a plus de 30 ans, quand les vignes étaient encore entretenues avec une volonté de protection à long terme. Or, depuis les années 60, on peut dire que, graduellement, les terres sont peu ou très mal entretenues quand elles ne sont pas carrément abandonnées fautes de reprises en mains par un successeur réellement motivé et amoureux de sa vigne. Elles sont d’autant plus vulnérables à la modification du climat.

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Les abandons. Des parcelles de vignes meurent à petit feu faute de repreneurs. Beaucoup de propriétaires en fin de vie refusent de confier leurs vignes à un jeune, espérant peut-être qu’un citadin les rachète à bon prix pour en faire une sorte de terrain de loisirs pour y installer une caravane ou y construire – le plus souvent illégalement – une cabane qui deviendra peut-être villa. Avec ces vignes abandonnées, ce sont autant de vieux grenaches qui disparaissent de notre patrimoine. On a l’impression que seules les surfaces conséquentes et mécanisables, autour d’un hectare et plus, intéressent les repreneurs. D’ailleurs, ces derniers ne sont plus enclins à l’achat de vignes de coteaux : ils préfèrent acheter sur du plat ou de l’arrondi, délaissant les pentes. Ensuite, ils préfèrent tout raser au bull, y compris les murettes, niveler le plus possible afin de permettre aux tracteurs de rentrer dans de belles rangées de syrah, cépage qui, entre parenthèse, n’a pas grand-chose à faire dans ces contrées. C’est le rendement à court et moyen terme qui est privilégié au détriment du long terme et de la transmission familiale d’un vignoble en parfait état.

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Les incendies. Ils sont une vraie plaie, surtout en été. On est allé jusqu’à croire que pour réduire les risques, il suffisait de subventionner des vignes pare-feu sur les hauteurs des coteaux. L’idée, probablement trop coûteuse, a semble-t-il été abandonnée. De toutes les façons, elle n’a suscité que peu d’intérêt du côté des vignerons, lesquels ont déjà bien des soucis avec les sangliers qui pullulent et dévastent les terres. Reste que si l’on n’y prend garde, les chênes-liège, les oliviers sauvages, les figuiers, les micocouliers, les pins et autres essences typiques risquent fort de disparaître alors qu’elles servent souvent de cadres majestueux aux parcelles de vignes. Non entretenue, cette végétation forestière si fragile, une fois décimée, peut réapparaître, certes, mais elle est aussi le plus souvent remplacée par une garrigue dévorante et étouffante qui favorise également les départs de feux dans une région où les vents sont féroces.

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Les tremblements de terre.  Ils sont assez fréquents autour des Pyrénées. Reste que, sans faire de catastrophisme, les canaux, les rigoles et les murets édifiés patiemment et entretenus au fil des générations pour maintenir les terrasses, les casots aussi (ces petits abris qui servent à ranger les outils), les précieuses citernes renfermant l’eau qui sert aux traitements, les petites routes d’accès à flanc de montagne, tout cela pourrait disparaître un jour si le sous-sol décidait de se refaire une place. Et des pans entiers de vignes donnant sur la mer pourraient sombrer.

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Les murets. Petits ou grands, hauts ou courts, grâce aux plaques de schiste qui se détachent et se taillent relativement facilement, ils font partie ici du paysage façonné par l’homme depuis des siècles. Et sont devenus la composante essentielle, avec les peu de galls et autres agulles (canaux destinés à favoriser l’écoulement des eaux en cas d’orages), de ce vignoble architectural couvrant quelques 2000 ha de flancs de coteaux. Le gros problème avec de tels murets, c’est qu’ils sont fragiles et qu’il faut les entretenir. Sinon, pierre par pierre, au fil des ans, ils se dégradent de plus en plus entrainant avec eux la terrasse qu’ils sont censés soutenir, autrement dit des paquets de vignes. Comme rien n’est simple, seuls les ancêtres qui passaient des journées entières à la vigne, avaient acquis l’art de construire les murettes et de façonner ces étonnants caniveaux de géants qui permettaient l’évacuation des eaux tout en préservant la précieuse terre, en évitant qu’elle ne soit pas emportée. Dans les années 80, j’ai rencontré des vieux maçons de vigne qui étaient prêts à partager leurs petits secrets. Sauf qu’il y avait peu de volontaires pour les écouter. Avec eux disparaissent les techniques emmagasinées de génération en génération et c’est bien triste de voir le vignoble se défigurer faute d’entretien adéquat.

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Le tourisme. S’il n’est pas canalisé en urgence, le tourisme, aussi nécessaire qu’inévitable, va faire mal, très mal. Il risque de causer d’importants dégâts dans les vignes de Banyuls, de Cerbère, de Collioure et de Port-Vendres, sans oublier l’arrière-pays d’Argelès-sur-Mer. Sur les chemins semi-côtiers que j’ai fréquentés presque tous les jours, j’ai rencontré des promeneurs sages et respectueux des plantes et de l’espace, mais aussi quantité de sauvages venus s’exciter sur des terres synonymes de risques et d’aventures. En VTT, en patinette électrique (!), en moto trial, en 4 X 4, j’ai croisé des gens manquant réellement d’éducation, prenant possession du terrain privé (une vigne) comme si c’était un dû, dévalant les pentes sans se soucier du dommage qu’ils causaient au passage aux murets comme aux jeunes plants. Des saccageurs !

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– Les squatters. Pour l’instant, ils s’agglutinent en bord de mer car pour eux, seule la vue compte. Et dieu sait que la vue peut être grandiose dans le secteur ! On commence par acheter une vigne en perdition avec un casot tout simple que l’on agrandit au fur et à mesure dans le plus mauvais goût qui soit, tout en restant caché au sein de la végétation afin de ne pas trop se faire remarquer. J’ai ainsi vu en un site pourtant soit-disant hautement protégé de véritables pavillons sam’suffit avec arrivée d’eau et électricité fournis par la municipalité de Port-Vendres, sans oublier le parking gagné sur d’anciennes vignes afin que les copains puissent se garer. J’oubliais le chemin aménagé en béton jusqu’à la mer afin que le bateau puisse glisser gentiment dans l’eau. Pour l’espace vert, les vignes et la végétation ennuyeuse sont carrément anéantis au round-up ! Il semblerait que ces gens finissent enfin par payer des impôts locaux, mais combien sont-ils qui vivent encore cachés, parfois même dans de véritables taudis. Combien sont-ils encore à se barricader  de manière hideuse tout en fabriquant des plaies dans le décor ? Sur une douzaine de pseudo casots ainsi rencontrés en un seul circuit que j’estime à 5 km, seule une construction se présentait de manière honorable, en pierres du pays (schiste) et sans barrières, bien intégrée dans le paysage. Leur nombre ne cesse de croître et la terre – d’anciennes vignes – se vend de plus en plus cher.

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Voilà un aperçu sommaire de ce qui peut sournoisement menacer un vignoble, grignoter peu à peu une part non négligeable de son authenticité, de son image, de sa force. Celui dont je viens de vous parler, le terroir de Banyuls et de Collioure, s’il était connu depuis des siècles sur la carte de la Méditerranée, n’était guère satisfait de sa notoriété il y a 30 ans, notoriété qu’il trouvait insuffisante. Maintenant que les choses vont mieux, il serait temps que mes amis de la Côte Vermeille  prennent conscience de ce qui leur arrive. Car en matière de vignoble, il ne suffit pas de faire de bons vins. Il faut aussi être paysagiste, conservateur, protecteur, amoureux et farouche défenseur de son territoire. Le terroir qui fait notre vin est aussi un paysage. Ne l’oublions pas. Amen !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)

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