Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Photo©MichelSmith


9 Commentaires

Rhône : Montirius, en quête de Minéral

Comme souvent en ce moment, le voyage commence dans l’allégresse matinale sur cette route là. Fuir le bureau et les soucis de la vie. Avec, au début, pour seules perspectives, d’étranges sculptures dues à l’érosion. On appelle ça des orgues. Une sorte d’allée buissonnière partant de la cathédrale (simple église en réalité) d’Ille-sur-Têt qui va me permettre une fois de plus de grimper à l’assaut du Fenouillèdes.

En route vers Trilla... Photo©MichelSmith

En route vers Trilla… Photo©MichelSmith

Un peu plus haut, ne pas oublier de ralentir pour négocier les virages aveugles tout en profitant d’échappées inédites et spectaculaires sur la Canigou. Une partie de cachecache : tantôt les Corbières et sa vigie (Quéribus), tantôt le Golfe du Lion esquissé dans son lointain brumeux. Route étroite vers la fin du parcours, parsemée de cistes, de bouquets d’immortelles, de lavandes et de thyms entre autres plantes identifiables par l’ignorant botaniste que je demeure en dépit de toutes ces années d’errements dans l’intrigante garrigue pierreuse qui fait la majeure partie de nos terres du Sud. En fermant les yeux, on pourrait se croire aussi bien dans l’arrière-pays de Montpellier, sur les contreforts des Cévennes gardoises ou encore sur ces chemins chantants et parfumés conduisant à la muraille rocheuse à qui l’on donne le joli nom de Dentelles de Montmirail. Comme ça tombe bien !

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Si je pense à ces Dentelles malgré la distance qui m’en sépare – au bas mot quelques 350 kilomètres – c’est que j’arrive bientôt au but de mon déplacement pépère. Je suis en vue du minuscule village de Trilla jadis cerné de vignes et c’est là que m’attend une dégustation de Montirius blanc, un domaine justement situé au pieds des fameuses Dentelles. Trilla, c’est le lieu d’échouage d’un couple que j’adore tant pour son hospitalité que pour l’acharnement qu’il déploie à faire découvrir ce lieu paisible qui mérite plus d’une excursion. La chose est encore plus visible lorsque les habitants se plient en quatre pour leur fête locale, cette année le 18 Juillet, doublée d’une formidable exposition vivante consacrée au Vieux Cépages, où les vignerons d’ici et d’ailleurs, viennent partager leurs productions et faire goûter qui leurs vieux carignans, qui leurs terrets ou leurs œillades. Une journée de concerts improvisés, de dégustations à tout rompre, de pique-niques sauvages, de rires déployés auxquels je me joins volontiers. C’est pour bientôt donc, et inutile d’insister pour vous dire que nous comptons sur votre présence.

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Flyer verso 15

Le couple en partie responsable de tout de tohubohu autour du vin n’est autre que celui formé par Mechtild et André Dominé débarqués d’Allemagne il y a 30 ans. Lui est un journaliste et écrivain spécialisé dans le vin et très actif dans son pays d’origine, elle est saxophoniste amateur dans une troupe de copains, jardinière émérite, conseillère municipale et reine de la couture entre autres passions. Ensemble, ils vous reçoivent chez eux avec les égards que l’on doit aux vrais amis, dans la décontraction la plus totale. Ce jour-là, André avait manigancé une dégustation verticale autour d’une cuvée-phare du Domaine Montirius, connu pour ses vins en biodynamie d’appellation Gigondas (rouges) mais aussi pour ses Vacqueyras (blancs, rouges, rosés). C’est dans cette dernière AOP qui ne compte que 3% de vins blancs que se construit la cuvée Minéral du domaine, à partir de vignes de garrigues, un assemblage de grenache blanc, roussanne, d’un côté, bourboulenc (50%) de l’autre, le tout sans élevage bois. Mais vous en saurez beaucoup plus en allant sur l’excellent site proposé quatre lignes plus haut. Quelques bons camarades assistaient à la dégustation qui s’est déroulée en silence, les nez plongés dans de sublimes verres Lehmann créés pour les rouges par le sommelier Philippe Jamesse.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la minéralité – cela risquerait de nous mener trop loin -, mais sachez tout de même que ce mot s’est imposé aux propriétaires du domaine au fur et à mesure qu’ils goûtaient les vins de cette cuvée au tirage moyen de 5.000 exemplaires par an. On attaque la remontée dans le temps par un petit blanc de mise en bouche de 2014, La Muse Papilles, sur le fruit et la fraîcheur, pas très long en bouche, mais bien agréable dans le sens où il va aiguiser mon palais. Le premier vin de la série Minéral est un 2014 qui se veut très fin au nez dans le registre pierreux et grillé. Nette clarté en bouche, de la luminosité, de la hauteur, matière serrée mais pas étriquée, pointe de salinité et une finale proche de la peau du raisin.

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus ! Photo©MichelSmith

Question plaisir immédiat, le 2013, bien articulé sur la fraîcheur et l’éclat, nous offre un nez plus ouvert sur le pierreux de la garrigue avec une touche florale qui évoque un buisson de genêts au mois de mai. Le vin paraît aussi plus long en bouche. Avec le 2012, la robe semble plus dorée, tandis que le nez s’affine encore sur le même registre calcaire de la garrigue. La rondeur est plus présente, la longueur un peu moins (mais ce n’est qu’une impression, me semble-t-il), alors que la finale se dessine sur des notes assez complexes de miel de garrigue et de tarte meringuée au citron, l’ensemble me paraissant bientôt prêt à boire.

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Le 2011 donne de manière inattendue une impression d’évolution. La sensation de minéralité est moins aigue, plus glissante, plus fluette et quelque peu saline, du moins à l’attaque en bouche. Puis on a un aspect moelleux (non sucré) qui prend le dessus, des notes de paille, ainsi qu’une légère lourdeur alcoolique jusqu’en finale. Le 2010 offre une robe soutenue, plus dorée, tandis que le nez est plutôt fermé, discret. Sensationnel en bouche, le vin a une matière imposante, une grande persistance et une fraîcheur qui surélève le vin, le portant bien haut vers une finale parfaite quelque peu gironde. Le vin a de quoi tenir et je lui donne ma meilleure note, soit quatre étoiles. 2009 ne démérite pas en dépit de son nez évolué proche de la cire d’abeille. Très épais en bouche, un poil lourd au début, il se redresse vite pour monter en puissance vers de jolis sommets de complexité et de longueur. Magnifique finale, il obtient lui aussi quatre étoiles bien qu’étant plus musclé que 2010.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Il a fallu deux bouteilles pour venir à bout d’un étrange 2008 à la robe ambrée. Impression décevante et même liégeuse sur la première bouteille ; pas de grand intérêt avec la seconde, c’est un millésime qui semble à part, sans grand complexité, ni grand chose à raconter. À moins que quelque chose ait flanché à la vinification ou à la mise… 2007, renoue avec une belle blondeur de robe. Le nez a un peu viré vers la réglisse et quelques notes lactiques. Certains le voient large et floral, je le sens pour ma part non dénué de fraîcheur, mais plus sur des notes de zeste de citron en rétro-olfaction, tendu et tannique, tandis qu’il est bien long en bouche. 2006 livre une robe dorée assez classique. Il semble assez fermé et dur. Peut-être qu’après une mise en carafe… Reste que s’il est mieux noté que 2008, il déçoit quelque peu.

Les dégustateurs à l'ouvrage. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs à l’ouvrage. Photo©MichelSmith

Tout change avec le millésime 2005 : on retrouve une tonalité presque juvénile, sans trop de reflets cuivrés. Le nez s’offre avec grâce : épices, boisé, garrigue, tabac blond… C’est dense et bien épais en bouche, volumineux, heureusement marqué par un bel éclat de fraîcheur et, comme toujours, assez persistant en bouche avec une finale fraîche qui laisse une belle impression de jeunesse. Il fait partie des trois vins notés quatre étoiles. Ce n’est pas le cas de 2004, robe évoluée, quelque peu orangée, que je n’ai pas bien noté pour un goût que j’ai trouvé caramélisé mais qui a intéressé d’autres dégustateurs.

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

Trois millésimes bien notés donc, pour ce qui me concerne avec, dans l’ordre : 2010, 2009 et 2005. Preuve s’il en était besoin de souligner ce qui fait désormais partie de mon crédo : au grand dam de certains spécialistes qui persistent à croire le contraire, nous sommes de plus en plus nombreux à remarquer l’énorme potentiel qualitatif des terres et des cépages blancs dans le Sud de la France. Que cela plaise ou non, du Roussillon à la Corse, en passant par le Languedoc et la Provence, le grand Sud prouve de plus en plus qu’il est capable de produire de prodigieux blancs, les meilleurs étant bien soutenus par une belle acidité. Quand on constate les prix démentiels de la plupart des vins de Bourgogne, et la difficulté que l’on a à se procurer les meilleurs d’entre eux, il me semble qu’il est grand temps pour un amateur de tourner son regard vers le Sud (sans oublier la vallée de la Loire)  où de grands blancs sont en devenir dans des cadres à couper le souffle.

Michel Smith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith


4 Commentaires

Tourisme : l’exemple de l’abbaye des vignes

Il y a des choses en vieillissant qui m’horripilent, tels ces trois mots à la base ou cette autre expression qui fait fureur Quelle tuerie !, ou bien encore l’adverbe clairement placé au début de chaque phrase. Comme pour ça fout les poils en parlant d’un concert émouvant. À cela, j’ajouterai volontiers un dernier ça me fout les boules pour rejeter ces quelques tics qui s’incrustent peu à peu de manière insidieuse dans le langage courant. Ce n’est pas nouveau, je sais. Je me souviens que du temps du twist à Saint-Tropez, pour draguer une poulette on lui lançait un martial tu me bottes histoire de l’emballer ! Faut-il accepter la fréquence de ces évolutions de langage qui nous bassinent d’un jour à l’autre ? Faut-il remercier Internet de nous enrichir ainsi de mots inutiles ? Bien sûr, tout cela n’est pas dramatique si l’on accepte le fait que notre langue est belle, mais vivante. Il n’empêche que j’ai du mal à m’y faire, tant il y a de mots comme ça, des barbarismes, qui ne passent pas. Comme œnotourisme, imaginé par des lumières technocrates pour remplacer des expressions plus simples et moins savantes telles que tourisme viticole ou vacances dans le vignoble, mais qui au moins signifient quelque chose au commun des mortels. Et pourquoi pas gastrotourisme pendant qu’on y est puisqu’on a déjà cyclotourisme ? Mon copain André Deyrieux en fait un bon usage, lui, de ce mot œnotourisme. En son nom, il a même réussi l’exploit de me faire déplacer jusqu’à Sète (voir mes articles des jeudis précédents) pour me convaincre du bien fondé de ce mot.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Alors certes, grâce à Thau Agglo, on a vu des coquillages, l’eau limpide d’un étang, des barques de conchyliculteurs, d’autres d’ostréiculteurs, des villas sam’suffit, des dunes blondes, des légumes paysans, des poissons, des bouteilles et des vignes, mais on a surtout visité là-bas – revisité pour ce qui me concerne – un des plus beaux exemples de tourisme viticole dont le Languedoc peut s’enorgueillir : l’abbaye de Valmagne. Fondée en 1138, elle fut vite rattachée à l’ordre de Citeaux pour prospérer et se développer avec la construction d’une église romane aux dimensions et hauteurs d’une cathédrale forteresse doublée d’un cloître plus récent (restauré au XVIIème siècle) étonnement bien conservés. Dans l’église où la messe est encore parfois célébrée, le vin a sa place logé qu’il est en de grands foudres sous les ogives. Cet ensemble est d’autant plus inattendu et saisissant qu’il se dresse avec majesté au milieu d’un décor champêtre de cyprès, de champs de blés et de vignes. Je me dois de confesser que j’ai pris plaisir à flâner, hélas peu de temps, dans le conservatoire des cépages où le Carignan a sa place en même temps que le Monastrel, ainsi que dans le jardin médiéval et le potager de cette abbaye qui organise toutes sortes de manifestations nocturnes et culturelles où le vin a sa place, le tout à quelques lieues des horreurs du Cap d’Agde.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Achetée en 1938 par le comte de Turenne, la propriété aurait pu céder aux sirènes des investisseurs de tout poil, mais elle a toujours gardé sa vocation viticole. Arrive le moment où il faut souligner la modestie de la famille qui s’investit et veille sans relâche sur ce trésor patrimonial du Languedoc. À la suite de ses parents, Philippe d’Allaines, que j’ai connu il y a plus de 30 ans quand il venait défendre son vin et tenter de le vendre à Paris, est un vigneron bâtisseur exemplaire. Il aime se présenter comme étant le cellérier de Valmagne en souvenir d’un truculent frère Nonenque qui a laissé un tel souvenir qu’on lui a consacré une réjouissante cuvée. Philippe est aidé de son épouse, Laurence, l’aubergiste de Valmagne qui utilise dans sa cuisine une grande part des fleurs et légumes du jardin.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Depuis l’époque de ma première venue à Valmagne, au tout début 1990, les sols du cloître et de l’église ont été joliment refaits afin de mieux recevoir le public. Les arcs-boutants qui maintiennent les murs de l’église ont été consolidés et, outre les visites guidées et les séances de dégustations, avec beaucoup d’intelligence et d’astuces, la famille d’Allaines développe les initiatives pour animer les lieux. Dernière en date, la bière de l’abbaye élaborée dans une brasserie artisanale voisine, à partir de quatre qualités d’orge, d’avoine, de froment et, pour la partie aromatique, du houblon français et des fleurs de sureau. Avant d’aborder les travaux pratiques, afin de connaître les grandes lignes de l’histoire de Valmagne et de sa vocation viticole, je vous propose de visionner ce petit reportage réalisé dans la bonne humeur.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Cette nouvelle visite – la troisième ou quatrième, à vrai dire depuis que je suis voisin du Languedoc – a été pour moi l’occasion d’une rapide dégustation de bouteilles ouvertes quelques heures auparavant par Philippe d’Allaines. Trois millésimes anciens de la cuvée de Turenne étaient présentés, sur des vignes (Mourvèdre et Syrah, principalement plantés en 1982) cultivées en biologie depuis 15 ans, comme sur l’ensemble du domaine (soit une soixantaine d’hectares), et dont une partie des vins séjourne un an en barriques. J’étais resté sur le souvenir d’un magistral 2003 goûté en 2008 à l’occasion d’un reportage sur les Grès de Montpellier (déjà !) dont cette cuvée est devenue l’un des fleurons. Ce 2003 était chaleureux, giboyeux, truffé, solide, serré et dense avec une finale persistante sur fond de menthe sauvage et de garrigue. À l’époque, le vin coûtait 11 € départ cave. Pas encore Grès de Montpellier, mais simple Coteaux du Languedoc, élevée en cuve ciment, la version 1988 se goûtait encore fort bien en dépit d’un incident sur un premier flacon trop pâle de robe et au bord de l’usure.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le 1989 se montrait beaucoup plus volubile et alerte : robe foncée, terre chaude au nez, il se faisait ample, riche en matière et très long en bouche. Avec le 1998, les notes de truffe noire s’affirmaient plus encore en rétro-olfaction avec de la densité, de l’amplitude et beaucoup de noblesse. Pour moi, il était l’égal de ce 2003 qui m’avait tant impressionné. Quelques années après mon dernier passage, je trouve que les prix sont restés sages puisque le 2012 de la cuvée Comte de Turenne actuellement en vente, mais non goûté, coûte 14 € départ cave. Quoiqu’il en soit, même en famille avec les enfants, ne manquez pas la visite cet été de cette chère Abbaye des Vignes !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith


1 commentaire

A much more positive view of Vouvray

2015 Chenin Blanc flowering in Vouvray

2015 Chenin Blanc flowering in Vouvray

My post last week covered what appears, on an investigation, a very dubious attempt to prevent Jacky Blot and François Chidaine from vinifying their Vouvray in Montlouis by changing the Vouvray décret. A change that Michel Bettane has characterised as an ‘abuse of power’. Furthermore this part of the 2009 Vouvray décret may well not survive an appeal by Blot/Chidaine to the Conseil d’Etat.

But enough of that for the moment. Instead yesterday I passed a fascinating and very rewarding day visiting five Vouvray producers – all doing interesting things. Some of them like Sébastien Brunet, Damien Pinon, Matthieu Cosme have now been established for some time other like Michel Autran and Jacquelin Rouvre are more recent arrivals. I am indebted to Vincent and Tania Carême for suggesting and organising my visits. Vouvray has need of people of Vincent Carême ready to promote lesser known producers making quality wines as the reputation of Vouvray has been eclipsed very considerably recently by the its southern neighbour – Montlouis.

My hosts on Monday 15th June:

Ex-doctor Michel Autran

Ex-doctor Michel Autran, who changed his life in 2006 and made his first vintage in 2011 and is now making brilliantly precise wines.     

Rugby player Matthieu Cosme who took over the family vines in 2005 and since 2011 working with his brother Florent.

Rugby player Matthieu Cosme who took over the family vines in 2005 and since 2011 working with his brother Florent. Matthieu is not a new discovery as I have tasted his wines before before but this was the first time I have visited his vineyards and seen his carefully work amongst his vines. 

59 year-old Jacquelin Rouvre but young in spirit gave up running his Paris restaurant after 17 years to take up his parent's three hectares of vines in 2008. Jacquelin made his first vintage in 2010. if you want a bargain buy his lovely 2010 Brut for just 6.50€ a bottle. Absurdly cheap for the quality.

59 year-old Jacquelin Rouvre but young in spirit gave up running his Paris restaurant after 17 years of hard work to take up his parent’s three hectares of vines in 2008. Jacquelin made his first vintage in 2010. if you want a bargain buy his lovely 2010 Brut for just 6.50€ a bottle. Absurdly cheap for the quality.

It was good to meet Damien Pinon again. Damien and Ingrid Pinon featured in Jim's Loire back in June 2011 http://jimsloire.blogspot.fr/2011/06/monday-13th-june-les-jeunes-vignerons.html2011 and to again be impressed by their wines.

It was good to meet Damien Pinon again. Damien and Ingrid Pinon featured in Jim’s Loire back in June 2011 http://jimsloire.blogspot.fr/2011/06/monday-13th-june-les-jeunes-vignerons.html2011 and to again be impressed by their wines.

Many years ago I tasted the wines of Domaine d'Orfeuilles in London, when the estate was run by Bernard Herivault, so it was good to meet his son Arnaud and taste his fine range of wines. By the end of next year all of the 22-hectare estate will be organic with Arnaud starting to move onto biodynamic viticulture.

Many years ago I tasted the wines of Domaine d’Orfeuilles in London, when the estate was run by Bernard Herivault, so it was good to meet his son Arnaud and taste his fine range of wines. By the end of next year all of the 22-hectare estate will be organic with Arnaud starting to move onto biodynamic viticulture.

Sébastien Brunet took over the family domaine when his father died young in 2006. The vineyards are farmed organically and look particularly healthy yesterday. Like the other Vouvray producers I visited Sébastine b

Sébastien Brunet took over the family domaine when his father died young in 2006. The vineyards are farmed organically and look particularly healthy yesterday. Like the other Vouvray producers I visited Sébastien wines had real precision. I particularly liked the 2013 and 2014 La Pente de la Folie made from old vines (55 years old) from a south-facing parcel of 70 ares.In 2007 Sébastien was able to buy an extraordinary cellar with 10 kilometres of galleries that used to be used to grow mushrooms.   

Vincent Carême, who kindly organised my day, and whose 2013 Cuvée Ancestrale and 2012 Le Clos Vouvray Sec were stand outs.

Vincent Carême, who kindly organised my day, and whose 2013 Cuvée Ancestrale and 2012 Le Clos Vouvray Sec were stand outs.

Most of these producers are organic – all eschew weedkillers. Sadly the use of weedkillers is far too prevalent in AC Vouvray with many vineyards completely blitzed. Instead of promoting foolish rules to bar top-quality Vouvray producers from vinfiying in the neighbouring commune of Montlouis-sur-Loire, the Syndicat of Vouvray Producers would be much better occupied persuading their members to move to a more sustainable viticulture and to promote biodiversity. If Vouvray wants to improve its flagging reputation, here are some fine examples to follow!

Percée 2015 058

Le mont Baudille vu du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith


1 commentaire

C’est meilleur en Terrasses !

Dès que le nom de Gignac apparaît sur le panneau, mon sang ne fait qu’un tour et mon cœur se met à palpiter tel un oiseau pris dans le filet. C’est là, vite ! Enfin ! Faut que je sorte d’ici, que je quitte l’autoroute ! Il y a des noms comme ça qui sont capables de vous mettre en transe, avec le mont Baudille plein la vue, de l’olivier en fleur et de la garrigue plein les narines. Saint-Guilhem-le-Désert, Saint-Saturnin-de-Lucian, Saint-Jean-de-la-Blaquière, Saint-Félix-de-Lodez, Puéchabon, Octon, Aniane, Arboras, Montpeyroux, Jonquières… Stop ! Assez ! N’en jetez plus ! Je sais que je vais me régaler.

Le mont Baudile vu du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith

Le mont Baudille vu du Mas des Quernes. Photo©MichelSmith

Partout, le Languedoc célèbre. Il pavoise, triomphe même, déclenchant d’étourdissantes olas médiatiques dans les gradins, s’offrant dans la foulée quelques éblouissantes tribunes internationales. Je sais, j’exagère, comme toujours. Pourtant, même le Wine Advocate du père Parker y va de son encensoir. Enfin, il s’intéressait surtout il y a peu et non sans enthousiasme au Roussillon. Nul doute que le Languedoc voisin en profitera tôt ou tard. Bref, ce n’est pas moi, militant de la première heure, qui vais faire la fine bouche. Et tandis que la fête officielle pour le trentenaire s’annonce tantôt en fanfare, tantôt dans la discrétion, certaines appellations mettent le turbot. C’est le cas des Terrasses du Larzac, le tout nouveau cru tout juste sorti des fonds baptismaux grâce à la ténacité de son ex-président, Vincent Goumard. Une appellation-phare qui émerveille déjà la planète vin…

Vincent Goumard (Mas Cal Demoura) au service. Photo©MichelSmith

Vincent Goumard (Mas Cal Demoura) au service. Photo©MichelSmith

Pas étonnant qu’il y ait autant de monde pour assister à cette sorte de master class à laquelle j’étais convié dernièrement. Elle fut orchestrée de mains de maître au Château de Jonquières, chez le jeune couple, Charlotte et Clément de Béarn-Cabissole dont les parents, enfin ceux de Charlotte, louent de belles chambres d’hôtes à ceux qui veulent excursionner dans le Haut-Languedoc le long de la vallée de l’Hérault. C’est mon pote Olivier Poussier qui s’y colle sans aucun mal, assisté par un service efficace de présidents passés et de la nouvelle présidente, Marie Chauffray. Trois vagues successives de vins, tous choisis par notre maître en sommellerie et présentés dans trois millésimes différents : 2013, 2012, 2011. Températures exemplaires et dégustations en silence commentées par Olivier à la fin de chaque vague avec discussions rapides entre les participants. Présent sur place parmi d’autres journalistes ou assimilés, l’ami Marc reviendra certainement sur le dernier voyage de presse organisé pour l’occasion.

Charlotte et Clément de Béarn au Château de Jonquières. Photo©MichelSmith

Charlotte et Clément de Béarn au Château de Jonquières. Photo©MichelSmith

Mais avant, quelques mots sur mes choix. Presque tout était bon des 28 échantillons. Enfin, à mon goût. Cependant, quelques uns jaillissaient du lot. Le premier à retenir mon attention dans sa version 2013, se révéla ne pas être une surprise puisqu’il s’agissait du Pas de l’Escalette de Delphine Rousseau et Julien Zermott deux amis cueillis, si j’ose dire, à leurs débuts d’installation en bio à Poujols, presque à l’entrée du causse, et déjà cités dans ce blog. Leur cuvée Les Clapas, pour moitié Syrah, puis Carignan et Grenache (14 €), fermentation et élevage de 10 mois en cuve tronconique en chêne, a été pour ma part la plus remarquable (à ce stade) de ce millésime : nez ample, épicé et soyeux, belle unité en bouche, très légère amertume, fraîcheur, harmonie, finesse, longueur, ce vin a « du potentiel » comme dirait un entraîneur de foot bien connu. Dans le même millésime, il convient de souligner aussi l’expression tendre et jouissive (Grenache à 70 %), la grande fraîcheur et le bel aspect des tannins du Clos Maïa (20 €) de Géraldine Laval dont le vignoble bio est également en relative altitude. Autres vins bien notés : le Clos du Serres de Béatrice et Sébastien Fillon, le Clos Ventas et le Mas Jullien, cuvée Carlan.

Olivier Poussier, chef d'orchestre de la dégustation. Photo©MichelSmith

Olivier Poussier, chef d’orchestre de la dégustation. Photo©MichelSmith

Avec 2012, on sentait les vins un poil plus faibles en intensité. Or, cela n’a pas empêché à plusieurs de se distinguer. D’abord la cuvée Réserve de La Réserve d’O (biodynamie) également en relative altitude (400 m), Syrah, Grenache et 10 % de Cinsault : pureté de la matière, hauteur, persistance, petits tannins poivrés, élégant, j’ai trouvé ce vin de cuve (24 mois d’élevage) idéal à boire dans les quelques mois qui viennent (14,40 €). Plus dense encore, plus chaud, plus garrigue aussi, la cuvée Le Mas du Mas du Pountil, un domaine en bio, fort de 5 cépages dont principalement Grenache, Carignan et Syrah, le tout élevé d’abord 12 mois en cuve puis 12 mois en barriques usagées et demi-muids, se révèle être un formidable rapport qualité-prix puisqu’il ne dépasse pas 11 € au domaine ou chez un caviste. Fermeté en bouche, matière serrée, puissance, tannins fins et bien consolidés, longueur, finale joliment épicée, on rêve d’en avoir en cave pour une garde de 5 ans au moins ! Splendide, ample, très fruité cerise bigarreau, altier, droit, élégant jusqu’en finale, le Mas des Brousses, fidèle à son habitude, très Syrah-Mourvèdre avec un peu de Grenache, associe deux terroirs : ceux de Puéchabon et d’Aniane. Élevé 13 mois en barriques usagées de 400 litres, on pouvait se le procurer au prix de 15,50 €. Pour 13 € départ cave, on peut aussi s’offrir, s’il en reste, L’Enfant terrible 2012 du Domaine d’Archimbaud, cultivé en bio par Marie Cabanes et bien marqué par le Mourvèdre (60 %). Servi en magnum, ce vin était d’une incroyable douceur et fluidité, tout en unité et notes d’orange sanguine. Autres beaux vins dans ce millésime : le Garric du Domaine de l’Argentelle, le Querne du Mas des Quernes, les Combariolles du Mas Cal Demoura et le Domaine Saint-Sylvestre.

Guilhem Dardé, du Mas des Chimères, en mission estivale ! Photo©MichelSmith

Guilhem Dardé, du Mas des Chimères, en mission estivale ! Photo©MichelSmith

Lorsqu’arrivèrent les 6 échantillons de 2011, tous bons, j’ai compris ce que je savais déjà : ce millésime est l’un des plus beaux, des plus complets. Deux grands vins à signaler. D’abord le Domaine de l’Hermas, à Gignac, pour son assemblage Syrah (60 %) et Mourvèdre de jeunes vignes mais de très faibles rendements sur un plateau calcaire orienté nord (16 €) : robe solide ; joli nez comme enfoui, complexe, discrètement épicé ; bouche fraîche, parfaitement équilibrée, dotée d’une grande longueur. Ensuite le Domaine de Montcalmes, Syrah à 60 %, le solde se partageant entre Mourvèdre et Grenache (23 €) sur le même type de plateau calcaire lacustre sur Puéchabon et Aniane : c’est dense, riche, tannique mais sans aspérité, légère amertume et très long en bouche. Autres belles réussites dans ce millésime et dans l’ordre de préférence : la cuvée Caminarem du Mas des Chimères, Les pierres qui chantent des Chemins de Carabote, les 3 Naissances du Domaine de Familongue et La Traversée de Gavin Crisfield.

Deux complices des Terrasses : Vincent Baumard et Olivier Jullien. Photo©MichelSmith

Deux complices des Terrasses : Vincent Goumard et Olivier Jullien. Photo©MichelSmith

Que dire en conclusion ? Rien, si ce n’est que je ne suis pas peu fier de vanter les mérites du Languedoc et du Roussillon depuis 30 ans. Nous tenons dans ces Terrasses et ailleurs des sites viticoles à vous couper le souffle et nous pouvons dire que désormais nous sommes bien établis dans un style de grands vins vus par des vignerons en phase avec leurs cépages et leurs terroirs. Ah si ! Je remarque tout de même qu’hormis quelques exceptions, je n’ai pas sorti les vins les plus chers, ni les domaines les plus réputés. Comme quoi tout change à l’aveugle…

Michel Smith

*Quelques chiffres indispensables en pareil cas pour mieux saisir la chose : officialisée en Juin 2014 à partir des vins rouges du millésime 2014, l’appellation Terrasses du Larzac concerne 5 caves coopératives et 60 domaines ou caves particulières sur un vaste territoire couvrant 2.000 ha plantés sur 32 communes des premiers contreforts du causse du Larzac, au nord-ouest de Montpellier sur des altitudes variant entre 80 et 400 mètres. Écrire tout cela en une phrase, fallait le faire !

Le bateau d'Alain, toutes voiles dehors. Photo©MichelSmith

Le bateau d’Alain, toutes voiles dehors. Photo©MichelSmith

Et puisque nous sommes dans le Sud, restons-y ! Avec un petit supplément en Provence plus à l’Est en souvenir d’un copain, un vrai navigateur, sur terre comme sur mer… Alain est parti en une folle course vers l’éternel, une course en solitaire. Capitaine-Vigneron, je le revois comme si c’était hier. Alain Combard sur son voilier traversant le bras de mer qui sépare Hyères de Porquerolles. Heureux, un verre de rosé à la main, l’œil pétillant de bonheur, entouré de sa famille et de quelques amis. Qu’est-ce que j’ai pu en boire de ce rosé ! Le Vieilles Vignes en particulier que j’aimais pour sa bonne tenue en bouche et que l’on éclusait ce jour-là sous les pins, à deux pas des rochers. La curiosité d’Alain était grande, largement ouverte. Son amitié aussi. Côté vignes, il les voulait propres, sans herbicides ou pesticides. Côté caves, il bichonnait ses cuves en se servant de son instinct de dégustateur. La technique, la recherche, l’innovation, il osait tout du moment que ses vins en profitaient et nous avec. Et puis, il y avait ces trop rares soirées que nous passions à refaire le monde chez lui, les petits plats provençaux de Gaby, les magnums ouverts aux pieds des Maures dans cet attachant vignoble qu’est Saint-André-de-Figuière où enfants et petits enfants – je les embrasse – sont disséminés aux quatre coins du domaine. Tes vignes sont en de bonnes mains, Alain. Tu vas pouvoir voguer paisiblement. En attendant, tu m’auras bien fait rire. MS


47 Commentaires

Sauternes, c’est flou !

On le verra plus loin, l’affaire, si affaire il y a, n’est en rien condamnable. À entendre certains, on devrait même applaudir des deux mains ! Et puis, en pleine période des primeurs on en a vu d’autres en Bordelais.

Pourtant, deux jours après l’arrivée du faire-part (voir photo) sur mon écran de travail, je n’arrive toujours pas à me faire à cette idée. Songez donc, on m’invite, parmi d’autres journalistes et prescripteurs, à cautionner une renversante et novatrice trouvaille marketing destinée à marier le vin d’une prestigieuse appellation bordelaise – le Sauternes, en l’occurrence, avec un S majuscule, n’en déplaise aux typographistes – à une grande marque mondiale du groupe Nestlé, l’eau de Perrier ! Tout cela dans un restaurant branchouillard au sommet d’un immeuble décrépi de mon cher onzième arrondissement de Paris. Quelle merveilleuse idée, n’est-ce pas? Voila un événement qui ne manquera pas d’attirer dans quelques jours tous les médias sans oublier les auteurs désœuvrés des blogs vineux dont je fais partie ! Et tout le monde, à n’en pas douter, criera au génie créatif des Bordelais !

InvitationSOPERRIER

Pour un tas de raisons trop longues ici à expliquer, je ne pourrai être de la fête. De cela, d’ailleurs, on s’en fout. Vous pensez bien que ce n’est pas mon absence qui justifie un article dans ce blog. Non, ce qui me force à traiter du sujet, comme Nicolas de Rouyn auparavant, c’est que je n’arrive toujours pas à m’imaginer comment Sauternes, une AOP, ex AOC, décrétée en 1936 (avec Barsac, appellation souvent oubliée), a pu se fourvoyer de telle manière. Je le dis brutalement et sans prendre de gants: cette façon de procéder en créant le buzz, le flou fashionista, pour inciter un effet « nouveauté branchée », a quelque chose de franchement honteux qui ne sied en aucune manière à l’image que je me fais d’une appellation soit disant noble et protégée. On agirait de la sorte avec mon Fitou ou mon Corbières, que j’en serais tout aussi outré.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

«L’appellation d’origine contrôlée Sauternes est réservée aux vins tranquilles blancs», peut-on lire en tête du décret rédigé il y a presque 70 ans. Par quelle idée étrange a-t-on pu penser qu’il serait utile voire nécessaire de faire pétiller de tels vins en leur ajoutant du Perrier aux vilains yeux de crapauds ? Pourquoi pas du Schweppes, pendant qu’on y est ? Par pur barbarisme ? Pour séduire les bobos qui s’emmerdent dans nos grandes cités? Par simple appât du gain? Serions nous tous devenus des pigeons au point de nous aligner sur cette nouvelle tendance?

Entendons-nous bien, chacun est libre de boire ce qu’il veut, de mettre un fond de crème de mûre dans un Beaujolais, d’ajouter de la limonade à un Chablis, de créer et de commercialiser aussi ce que bon lui semble. D’ailleurs, de tous temps, les barmen ne s’en sont pas privés eux qui n’ont jamais manqué d’idées en la matière. Il ne faut pas oublier que le Lillet, célèbre apéritif créé en 1872 à Podensac, dans les Graves, non loin de Sauternes, était pour l’essentiel composé de vins doux de la région, aromatisés au quinquina. Il ne faut pas non plus négliger un autre aspect du problème: depuis longtemps les ventes des vins d’appellations Sauternes et Barsac ne sont guère folichonnes. Ce marasme économique pousse certains à vouloir élargir leur clientèle comme on peut le constater ici.

3.so-du-chateau-bastor-lamontagne-2010-moelleux-75cl-sauternes

Et c’est, semble-t-il, en se basant sur ce constat qu’avec d’autres mystérieux viticulteurs, Florence Cathiard, l’entreprenante co-propriétaire du Château Bastor Lamontagne, membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (avec sa famille, elle possède d’autres châteaux dont le fameux Smith Haut Lafitte, Grand Cru Classé de Pessac-Léognan) a décidé de lancer avec l’eau de Perrier son So Sauternes.

C’est sûr, elle me reprochera de critiquer sans même goûter, elle qui destine cette boisson hype aux «trentenaires et quadra jeunes, ouverts à la nouveauté, buveurs de cocktails et d’apéritifs conviviaux, auprès des sommeliers, barmen, bartenders, lady bartenders et mixologistes qui n’en peuvent plus de se voir refuser le précieux élixir en début ou en fin de repas», comme elle l’a récemment écrit sur le blog Bon Vivant.

Dessin de Rémy

Dessin exclusif de Rémy Bousquet !

Alors, qu’est-ce qui me choque au point d’embrayer sur le buzz enclenché par Madame Cathiard que j’ai connue jadis plus inspirée? Quatre choses au moins :

-Quand on a l’idée de s’associer à une marque internationale d’eau gazeuse pour vendre plus de vins, et en particulier ceux issus des jeunes vignes, comme le stipule encore Florence Cathiard (qui, dans sa jeunesse a baigné dans la communication), cela signifie que l’on ne s’est pas trop torturé les méninges. Si les vins de jeunes vignes ne sont capables que de produire des Sauternes destinés aux mélanges, alors pourquoi s’enquiquiner à leur donner une appellation contrôlée?

So Sauternes ne date pas d’aujourd’hui puisque Michel Garat, le directeur de Bastor-Lamontagne, y avait déjà songé au moins au début des années 2000, si j’en juge par ce très promotionnel et complaisant papier glané sur la toile… Lors d’un reportage pour Saveurs, je l’avais même goûté; sans grand enthousiasme, tout en comprenant l’idée que ce vin pouvait séduire la jeune génération. Sauf que dans ces années-là, si je me souviens bien, on ne parlait pas encore de promouvoir la «mixologie». Le vin était présenté comme une troisième ou quatrième étiquette: la cuvée «So» de Bastor-Lamontagne. Point.

-Associer le nom d’une appellation à une marque commerciale me paraît dangereux et peu compatible avec le code éthique d’une appellation protégée. On me rétorquera que le Kir Royal associe bien le vin de Champagne à la crème de cassis, ou que la Fine marie le Cognac à l’eau du robinet. Soit, c’est un fait que je ne peux nier. Sauf qu’aucune marque déposée ne propose « Kir Champagne » ou « Fine à l’eau de Cognac ». Sinon, sans être avocat, il me semble qu’elle serait attaquable et même condamnable.

-Et la simple pensée qu’un jour la Maison du Sauternes soit obligée de consacrer un espace à la petite bouteille verte pour pouvoir vendre ne serait-ce que le plus bas de gamme des vins de l’appellation, me hérisse le poil.

Michel Smith


5 Commentaires

Beautés crétoises

Ma liste des plus beaux vignobles du monde vient de s’enrichir d’un nom: la Crète.

1280px-Crete_topographic_map-fr

La preuve en images, avec ces quelques photos prises entre La Canée, Rethymnon, Peza, Archanes et Dafnes.

J’ai une théorie selon laquelle les beaux vignobles font les beaux vins – peut-être parce que travailler dans un cadre exceptionnel incite à se dépasser? Vraie ou pas, elle s’est encore vérifiée en Crète, où j’ai pu faire de belles découvertes, surtout dans les cépages autochtones – et ils sont nombreux. On en reparle la semaine prochaine…

IMG_5544

La balade commence côté Ouest, dans les vignes qui surplombent Xania (La Canée), vieille place forte vénitienne dont le port a vu passer des millions de barriques de vin… jusqu’à l’arrivée des Ottomans. Après une alléchante mise en bouche avec les vins des domaines Dourakis et Karavitakis, mon compère suisse Alexandre Truffer et moi grimpons dans les vignes de Nostos (famille Manousakis), à Vatolakkos (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5546

La mer n’est jamais très loin. Ici, la Côte Nord, toujours depuis les vignes de Nostos (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5647

Mais la montagne non plus! Que ce soient les Montagnes Blanches (2453m), les Monts Lassithi (2148m), les Monts Thrypti (1476m) ou le Mont Ida (2456m). Ces reliefs très accentués coupent cette longue île en de nombreuses vallées, plateaux et micro-climats (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5554

Autres cultures abondantes en Crète: l’olivier et les agrumes (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5588

Nous quittons le vignoble de la Canée pour celui de Rethymnon, un peu plus à l’Est. A voir: le monastère d’Arcadi, dont le rôle a été prépondérant dans l’histoire de l’île et du vin local. (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5614

Une étape pour flâner, dormir et bien manger: le hameau de Kapsalania, amoureusement restauré (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5687

Curieusement, dès qu’on progresse un peu vers l’intérieur, on ne se sent plus du tout sur une île (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5626

A Vathypetro, le plus vieux pressoir à vin d’Europe (et peut-être du monde) valait bien une visite (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5681

Nous voici chez Zacharioudakis, à Plouti, sur le versant Sud du Massif de l’Ida (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5691

De la neige en Crète? Oui, ça existe. Mais le soleil a vite fait de la faire fondre dans la vallée, comme ici, chez Diamantakis (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5696

Vue du vignoble de Dafnès, dans le Département d’Héraklion. Les vignes de cuve cohabitent avec les vignes de sultaninas – les raisins secs étant une autre spécialité crétoise (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5717

Une petite faim avant de partir? Voici une bonne adresse: Ladokolla, au centre d’Héraklion. Surtout si vous aimez le poisson. Parce que les beautés crétoises sont aussi dans l’assiette. Service impeccable, ambiance familiale, bonne carte de vins crétois. (Photo (c) H. Lalau 2015).

IMG_5539

Et pour finir, une sympathique invitation à venir déguster sur place. C’est ce que nous avons fait. A mercredi prochain, si vous le voulez bien…

Hervé Lalaudc3a9esse-mc3a8re-serpent-de-cnossos


3 Commentaires

Bulles de Loire (4) : Les Méridionales de Vendée

C’est un fait incontestable : la Loire va du Mont Gerbier de Jonc à Nantes. Pour ma part, en bon sudiste que je suis devenu, c’est au sud de son estuaire et du département de la Loire jadis Inférieure (désormais Loire-Atlantique) que, quand bien même n’est-elle pas toute proche, je retrouve son influence presque chaque année en une sorte de rituel qui s’apparente presque à de l’obsession et qui me rapproche d’amis aussi fous de vins que je suis demandeur de leur compagnie. N’étant pas de la bande des quatre dans leur récente entreprise ligérienne, je me suis rattrapé fissa en allant rejoindre la Vendée pour un voyage quelque peu express mais instructif.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

J’aime ce climat qui humidifie mes cigares, cette lumière qui m’aveugle et ce crachin qui m’accueille chez Benoît Tuslane et sa tribu où le vin coule toujours à flots. Bien que faisant partie des Pays de Loire, la Vendée n’est plus tout à fait la Loire – côté cépages, on oscille entre Chenin et Négrette – et pourtant, les vins d’ici, du moins ceux de l’AOP Fiefs Vendéens, sont considérés comme ligériens à part entière, entrant dans cette grande famille qui unit les vins de la banlieue de Roanne aux coteaux d’Ancenis.

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Ainsi donc, une fois de plus, et pour la deuxième ou troisième fois dans ce blog (vous pouvez relire au passage mon dernier article sur les rosés vendéens), je vais vous parler de la Vendée vineuse et de cinq de ses bulles les plus fameuses (Méthode Traditionnelle et Vin Mousseux de Qualité), des bruts dénichés sur place à la propriété ou chez des cavistes et dégustés entre amis, j’allais presque dire « en famille », dans le salon de Benoît à deux ou trois rangées de vignes entrecoupées de ronds-points et de zones pavillonnaires des Sables-d’Olonne, à portée de vue des marais et de la pinède. Faute de moyens, faute d’organisation, je n’ai pu rassembler à l’improviste la totalité des cuvées sur le marché, mais avec Benoît et grâce au soutien logistique de certains vignerons, nous avons pu organiser quelque chose de concret comme en témoigne ce qui suit…

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-On commence par le Domaine Saint-Nicolas, avec le rosé Be Swing de pur Pinot noir. D’un rose pâle, à peine troublée par des bulles plutôt fines, la robe est séduisante. Le nez porte plus sur les fleurs printanières, tandis que la bouche est ferme et sans ambiguïté du début à la fin avec une finale légère sur les fruits rouges. Un vrai vin de récréation (12 € départ cave) capable de se mesurer aux bouquets, crevettes et fritures de la mer. Dans le même esprit, le blanc Be Bop de Thierry Michon, un pur Groslot gris, est quant à lui plus neutre malgré ses deux années de vieillissement sur lattes. Peut-être profitera-t-il d’un vieillissement prolongé en cave ? En attendant, Thierry, le « grand sauvage » de Brem, comme on le surnomme parfois, se prépare à construire une toute nouvelle cave sur L’Ile-d’Olonne. On en reparlera après la vendange 2015 !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

-Au Domaine de La Barbinière, dans le secteur de Chantonnay, la famille Orion se lance elle aussi avec succès dans les bulles et il est prévu qu’elle aille jusqu’à moderniser son étiquette ! À moins de 9 € chez un caviste des Sables-d’Olonne, son brut à majorité Chenin (40 % de Pinot noir) est le moins cher de la série. Il fait dans la vivacité, la propreté et la sincérité avec d’agréables petites notes de sous bois au nez, ainsi qu’un fruit efficace en bouche. Parfait à l’apéritif sur de fines lamelles de rillons, par exemple.

-Chez Mercier, à Vix, le flacon de brut prend des allures de grande cuvée avec un Lys cuvée M millésimé 2012 (14 € chez un caviste local) composé pour l’essentiel semble-t-il de Pinot noir, du moins si l’on en croit la fiche technique sur le site. Mais je signale ceci avec toutes les réserves qui s’imposent étant donné qu’il s’affiche comme un blanc de blancs ! Nez de croûte de fromage à pâte dure manquant un peu de finesse, simple et direct en bouche, le vin se conduit honnêtement avec une finale sur la fraîcheur. C’est un peu dommage pour lui, mais on le boirait plus volontiers en kir royal, avec une bonne dose de crème de cassis.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Jérémie Mourat, à Mareuil, en son domaine du Clos Saint-André, vinifie le haut du panier des effervescents de Vendée, un blanc de noirs (Pinot noir sur schiste) joliment présenté et étiqueté du chiffre laconique 11.36. En fait le 11 représente le millésime et 36 la durée de mûrissement sur lattes exprimée en mois. Cette cuvée non dosée faisant suite au 11.22, il est probable que Jérémie le perfectionniste lance dans les prochains mois une cuvée allant, qui sait, au-delà des 36 mois d’élevage. La base de 2011 est ici complétée par 30 % de vins de réserve élevés en double barriques portant sur les millésimes 2008, 2009 et 2010 ce qui a pour vertu principale de complexifier la cuvée. Mais je n’irai pas plus loin dans l’explication vu que la contre-étiquette, un modèle du genre, est des plus explicatives. La robe est marquée par les reflets dorés, tandis que le nez est plein de sève, fin, légèrement boisé. Le bois revient en bouche au moment de l’attaque, mais laisse aussi ressortir le côté pommé du Pinot sur un joli fond acidulé, une remarquable structure fraîche, une certaine longueur et une finale sur le fruit. À tester sur une volaille ou une perdrix. Autour de 15 € chez un caviste.

Michel Smith

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 13 278 autres abonnés