Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


7 Commentaires

Daumas Gassac, c’est un peu le Sassicaia français

Je m’explique: même si les parcours et les intentions de départ sont différentes, les deux apparaissent à 10 d’intervalle (1968 pour le Toscan et 1978 pour le Languedocien) dans des régions où ils donnent l’impression d’être des OVNI débarqués d’on ne sait où;  les deux adoptent le style bordelais avec leur majorité de Cabernet Sauvignon dans l’assemblage et ne s’apprécient (du moins pour moi) qu’après quelques années passées dans une bonne cave; les deux sont toujours présents et sont considérés comme des grands vins (mais ne vendent pas au même prix, l’Italien est beaucoup plus cher). 

Arrêtons-là la comparaison et parlons du Mas de Daumas-Gassac, cet étrange vin du Languedoc…

Aimé et Daumas-Gassac

Les premiers Cabernets plantés (photo Marc Vanhellemont)

Étrange en effet de planter du Cabernet Sauvignon du côté d’Aniane. Mais dans ces années-là, les vins du Languedoc ne brillaient guère, voire pas du tout, et les vins de Bordeaux commençaient leur ascension fulgurante. Aimé Guibert, ancien gantier millavois, ne songeait pas à faire du vin en s’installant dans cet endroit tranquille, près de Saint Guilhem-le-Désert. Mais après une année sur place, il demande au géographe et éminent géologue viticole bordelais (également aveyronnais d’origine) Henri Enjalbert de faire une étude des sols qui entourent le mas. Celui-ci découvre sous l’épais tapis végétal une accumulation de grèzes glaciaires (éboulis de pente consolidés dont les éléments anguleux dus à la gélifraction sont ordonnés en lits inclinés). Bref, un sol calcaire profond, bien ressuyé et dont la matrice argilo-sableuse semble suffisamment pauvre pour limiter naturellement les rendements, mais toutefois riche en oxydes minéraux. Donc, un sol de rêve que le professeur Enjalbert compare aux meilleurs terroirs de la Côte d’Or. Alors pourquoi planter un cépage aquitain ? Peut-être pour sa meilleure résistance à la chaleur? 

Mais Aimé raisonnait en chef d’entreprise: l’important, c’est de vendre et pour ça, il faut se différencier. Et puis, du Cabernet, il y en avait déjà dans l’encépagement provençal, pas du Pinot… La consommation familiale peut-être aussi joua un rôle où encore ce qu’on buvait lors des déjeuners d’affaire. Du Bordeaux. 

Enfin, le conseil d’Émile Peynaud le conforta dans le choix du fameux Cabernet Sauvignon en sélection massale faite dans le Médoc. L’aventure commença; et ce n’a pas toujours été facile.

Les grèzes (photo Marc Vanhellemont)

Ça reste un ovni

Quoique, depuis une bonne partie des vignerons languedociens se sont mis à la sauce Guibert: les IGP (Oc, Hérault…) cultivent plus de 52 cépages et le Cabernet Sauvignon fait partie des plus plantés.

Par contre, pour moi, Mas de Daumas-Gassac reste un ovni. Je n’imagine pas le déguster comme un vin du Languedoc. C’est une question de typologie. 

C’est à la fois un vin de terroir, bien caractéristique des causses calcaires avec ses airs de garrigue, d’épices, de fruits mûrs, mais coulé dans une structure assez étrangère par rapport à ce qu’on trouve dans ce grand sud. Le choix de l’assemblage n’y est pas pour rien, le vin comprend certes environ 70% de Cabernet, mais accompagnés de Merlot, de Petit Verdot, de Malbec, de Cabernet Franc, ça reste aquitain; du Pinot, y en a, mais aussi 4% de cépages de tous origines, à la fois italiens, espagnols, portugais, d’Europe de l’Est, … qui apportent ce je ne sais quoi de particulier et qui épicent le vin.

Aujourd’hui

Les hauts de Daumas-Gassac (photo Marc Vanhellemont)

Le vignoble s’est bien entendu agrandi depuis ses prémices et compte aujourd’hui 40 ha répartis en petites parcelles entourées de haies et de bosquets sur total de 150ha. L’altitude ne dépasse pas 150m, mais les courant frais venus du Massif de Larzac en face apporte leur contraste de température, de plus le Gassac qui coule au creux du vignoble renforce l’effet modérateur. Et si le bas est fait de calcaire finement délité, le haut se présente en forme de bandes calcaires heureusement bien fracturés. La vigne est taillée en Guyot et palissée sur trois fils fixes pour assurer de l’ombre aux grappes. Vendange manuelle et macération longue.

La version « blanc » est apparue assez vite et offre un bon complément au rouge.

La dégustation

D’abord les rouges

Mas de Daumas Gassac 2013 IGP St Guilhem-le-Désert

Grenat sombre, il offre un nez de gelée de fraise à la pistache, un brin de romarin et un soupçon de cumin. La bouche bien fraîche aux tanins serrés qui libèrent avec retenue le jus de quelques baies poudrées de cacao. Certes, il demande la carafe ou quelques années de cave.

Assemblage de 72% Cabernet Sauvignon, 5,4% Merlot, 5,3% Tannat, 3,8% Cabernet Franc, 2,5% Malbec, 2% Pinot Noir, 9% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois en barriques dont 10% de neuves. Pas de filtration à la mise.

Mas de Daumas Gassac 2012 IGP St Guilhem-le-Désert

Grenat moyen, le nez grillé toasté comme un biscuit sablé, des notes de confiture de fruits rouges épicés de poivre. Bouche suave à la texture onctueuse aux accents particuliers de gelée de rose et de pâtes de fruits rouges où se reconnaissent la grenade, la groseille et l’arbouse. Longueur épicée. Mais encore trop jeune.

Assemblage de 75,6% de Cabernet Sauvignon, 5,5% Merlot, 4,4% Tannat, 3,9% Cabernet Franc, 1,8% Malbec, 1,8% Pinot noir, 7% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois.

Mas de Daumas Gassac 2007 Vin de Pays de l’Hérault

Grenat carminé, le nez en forme de piment d’Espelette poudré de poivre de Cayenne laisse ensuite s’exprimer le fruit bien rouge et en gelée, viennent encore des impressions florales de bouton de rose et de jasmin, la fragrance délicate mais insistante de la feuille de tomate, l’orient subtil du santal, du bois de rose et du thé rouge. La bouche, pour ne pas changer, démarre sur la fraîcheur et s’enclenche tout de suite sur l’élégance. Les tanins restent perceptibles, mais apportent un léger relief agréable aux papilles. Il a gardé du croquant et nous charme par ses envolées fruitées et florales, son caractère épicé.

Assemblage de 71% Cabernet Sauvignon, 6,2% Merlot, 5,6% Cabernet Franc, 2,8% Tannat, 2,7% Syrah, 2,1% Malbec, 1,4% Pinot noir, 8,6% variétés rares. Élevage de 12 à 15 mois.

Place au blanc

Mas de Daumas Gassac 2016 IGP St Guilhem-le-Désert

Doré au léger vert, le nez bien épicé rappelle le fenugrec et la cardamome qui teintent la pêche blanche, la poire croquante et une étoile de carambole. La bouche des plus onctueuses avoue tout de go sa douceur due au 6 g de sucres résiduels. Douceur bien équilibrée par l’amertume racée au goût de réglisse, le relief tannique qui gratouille avec grâce la langue, la sève volubile et la fraîcheur des fruits tels les melons blanc et vert, la poire, les agrumes. Un blanc particulier.

Assemblage de 27% Viognier, 25% Petit Manseng, 21% Chardonnay, 13% Chenin auxquels s’ajoutent 14% de Bourboulenc, Marsanne, Roussanne, Petit Courbu, Muscat Ottonel, Muscat Petit grain, Muscat d’Alexandrie, Gros Manseng, Semillon (France). Neherleschol (Israël), Petite Arvine, Amigne (Suisse), Sercial de Madère (Portugal), Khondorni, Tchilar (Arménie), Albarino (Espagne), Falanghina, Fiano, Grechetto todi (Italie). Macération pelliculaire pendant 5 à 7 jours. Élevage 2 à 4 mois en cuve inox.

Le chais à barriques (photo Marc Vanhellemont)

Voilà, Daumas-Gassac, une première pour moi, je n’y avais jamais mis les pieds, mais gardais le souvenir d’une belle dégustation de quelques millésimes des années 80 dégustées chez un vigneron du nord du Rhône fin des années 2000. Marcher dans les vignes fait mieux comprendre le vin, merci, Sarah, de nous y avoir conviés (Hervé était avec moi). www.daumas-gassac.com

Famille Guibert

Ciao

Marco


6 Commentaires

Les terroirs du Comté

Le terroir, ce n’est pas qu’une histoire de vin. Nous l’allons « Comté » tout à l’heure…

Ne pas confondre terroir et aire d’appellation! L’aire du Comté est très vaste, puisqu’elle s’étend sur tout le massif du Jura français. Mais au sein de ce vaste ensemble, il y a des différences dues à la flore spécifique de chaque micro-région (plus de 400 espèces!), à la latitude, à l’exposition et au relief (plaine ou plateaux).

Chaque fromagerie récolte et transforme du lait dans un rayon de 25 km, et chacune produit donc des fromages différents, même si la production de l’AOP est encadrée par des règles communes;  quoi qu’il en soit, pour le consommateur final, c’est l’affineur qui est le point de repère, puisque c’est lui qui prend en charge la commercialisation. A ce stade, sans doute est-il utile de rappeler quels sont les différents opérateurs de la filière.

Au commencement étaient l’herbe et la Montbéliarde… (photo (c) H. Lalau 2017)

Ménage à trois

La filière du Comté, ce sont trois métiers indissolublement mêlés: le producteur de lait (souvent coopérateur dans la fromagerie), la fromagerie, ou fruitière, qui transforme le lait, et l’affineur, qui termine le produit.

C’est à ce dernier maillon de la chaîne de décider, pour chaque meule, combien de temps la laisser en cave. Toutes ne se prêtent pas à un élevage long (24, voire 36 mois), et un fromage plus âgé n’est pas forcément meilleur qu’un jeune.

Une visite à la Maison du Comté, à Poligny, vous en convaincra: il est souvent très difficile d’identifier l’âge exact des Comté. Et quant à préférer un type ou un autre: c’est histoire de goût personnel, de moment de dégustation, d’accords gourmands. Chacun peut trouver son bonheur, et comme le dit Sandra Rosselet, notre ambassadrice du Comté, « le but de l’AOP n’est pas d’uniformiser le goût du Comté, mais de garantir des normes de qualité ».

Sans trop poétiser, on peut dire que la vache montbéliarde ou simmenthal française (car seules ces deux races sont acceptées dans l’AOP) sont des « transformatrices de diversité florale », les différents intervenants en aval n’étant là que pour mettre en évidence ce travail initial. Notons que le cahier des charges du Comté prévoit que chaque vache doit disposer d’au moins un hectare de pâturage – de quoi brouter à l’aise…

Outre la localisation de la fruitière ou le type d’affinage, un élément doit encore être pris en compte: la date de récolte du lait. En effet, la nourriture des vaches varie au long de l’année; le Comté issu de laits d’hiver est d’ailleurs plus pâle que celui issus de laits d’été, plus riches en carotène.

Attention, ça caille à Vernierfontaine! (Photo (c) H. Lalau 2017)

À Vernierfontaine

La Fruitière de Vernierfontaine se situe dans le Doubs, entre Besançon et Pontarlier. Elle regroupe 35 familles.

Sans être absolument représentative des 153 fruitières à Comté, qui, on l’a vu, ont la diversité pour étendard, elle illustre bien leur rôle: les producteurs laitiers coopérateurs confient à la fruitière dont ils sont les copropriétaires le soin de transformer leur production, et de négocier sa vente auprès des affineurs.

Comme les laits de Vernierfontaine affichent des taux protéiques élevés, ses fromages sont donc plutôt adaptés à l’élevage long ; la fruitière n’emprésure donc pas trop, afin de préserver l’« effet flore ». Le goût des fromages est très noisette et plutôt crémeux – « crémeuh » serait plus juste.

Rivoire-Jacquemin, affineur

De l’extérieur, les locaux de Rivoire-Jacquemin, situés dans la périphérie de Lons, n’ont rien d’impressionnant. il y a un siècle et demi, l’emplacement a été choisi pour deux raisons pratiques: la présence d’une saline et d’une voie ferrée.

Mais une fois les portes ouvertes, on se retrouve dans une véritable cathédrale à Comté. Ou plutôt, plusieurs cathédrales, car il y a plusieurs entrepôts, où les fromages sont empilés sur quelque 20 niveaux, sur des étagères d’épicéa.

C’est pour mieux vieillir, mon enfant!

Le secret du métier d’affiner, en effet, c’est de porter chaque meule à son optimum de qualité – et il n’est pas le même pour chacune.

Mais chaque affineur a sa recette: ainsi, certains optent pour un affinage à température constante, d’autres, comme Rivoire Jacquemin, préfèrent élever progressivement la température.  Notons que les meules issues de toutes les fruitières sont stockées ensemble, mettant ainsi les différentes bactéries en compétition.

Plus globalement, pour Mme Rivoire, qui dirige l’entreprise toujours familiale, la qualité du Comté n’a fait que progresser ces 25 dernières années; les méthodes se sont affinées (sans jeu de mots), les laits sont mieux protégés grâce au soutirage stérile, plus besoin de trop les refroidir, les conditions de maturation sont mieux contrôlées; ainsi, les fromages ne sont plus frottés systématiquement, mais seulement quand c’est nécessaire. Car l’écosystème de la morge (la partie extérieure de la croute) dépend de chaque cave et de chaque fromage.

« Preuve que les nouvelles saveurs du Comté plaisent au consommateur: les ventes ont doublé en 25 ans. » En corollaire, les prix du lait à Comté permettent aux éleveurs de vivre, ce qui est loin d’être partout le cas dans la France laitière. Comme quoi l’AOP peut avoir du bon.

Une des nefs de la cathédrale à Comté de Rivoire-Jacquemin (photo (c) H. Lalau 2017)

Le terroir sur l’étiquette?

Vu la diversité des laits, les spécificités de chaque fruitière, pourquoi l’AOP Comté n’a-t-elle pas déterminé des crus plus précis?  Pourquoi le nom de la fruitière ou de sa micro-région ne figure-t-il pas sur l’emballage ou sur l’étiquette à l’étal?

Parce que pour le vendeur au détail, qu’il soit fromager ou grande surface, l’interlocuteur n’est ni l’éleveur ni la fruitière, mais l’affineur.

Le Comté ne devient officiellement Comté qu’une fois affiné – c’est là qu’il reçoit sa bande brune ou verte, en fonction de sa note (12 ou 14/20). En toute logique, c’est donc chez l’affineur que se fait le choix du ou des types de Comté qui seront mis en vente; l’affineur vendra donc un type de Comté, qui sera représenté, au fil des livraisons, par les fromages de plusieurs fruitières.

D’autant qu’un autre facteur doit être pris en compte, au moins autant que l’origine: le temps d’affinage (à mesure qu’il augmente, on remonte dans le temps et donc dans les saisons de production du lait);  j’en ai fait l’expérience, un Comté de 7 mois, souple, onctueux et lacté, presque sucré, n’aura pas grand chose à voir avec un douze mois de la même fruitière, aux notes torréfiées, gratinées, voire fumées; ni avec un 20 mois, toujours de la même fruitière, moins odorant mais très buccal, avec des notes de brioche, fort sans être piquant.

Mariage comtois (Photo (c) H. Lalau 2017)

Et avec ça?

Le Comté – sous ses différentes variantes – se prête à bien des accords gourmands. Y compris localement. Pour ceux qui salivent déjà (car j’ai pratiqué jusqu’ici une modération dans l’information vineuse qui frise l’indécence hygiéniste!), voici donc quelques propositions nées de la rencontre entre trois fromages de Comté et la belle gamme des vins de Berthet-Bondet (et pas seulement du Jaune): c’est ICI

Bon appétit!

PS. Merci à notre complice Marc Vanhellemont, sans lequel ce voyage, etc, etc…

Hervé Lalau


3 Commentaires

Ventoux : un vent chaud venu du Sud

Ce n’est pas de la neige sur le sommet de cette montagne chère aux cyclistes, mais la blancheur de la pierre calcaire

J’ai posté plein de photos la semaine dernière. Il n’y en aura que peu cette semaine car je n’ai pas le temps. Mais l’article est assez détaillé au cas où cela vous intéresse.

 Aborder une appellation, même d’une manière incomplète, apporte souvent son lot d’idées reçues en tous genres que nous essayons de déblayer en dégustant les vins à l’aveugle bien sûr, mais aussi en mettant en sourdine les images qui nous arrivent de nos expériences passées cumulées. Ce n’est jamais gagné et, parfois, les vins confirment les tendances inévitables dues au binôme climat/cépages. Mais chaque producteur garde son espace de liberté, qui n’est pas toujours énorme mais qui peut, lors d’une dégustation horizontale des vins d’un millésime donnée, créer des différences significatives non seulement dans le domaine de la qualité perçue de chaque vin, mais aussi entre les styles des vins, tout étant relatif bien entendu. Tout cela s’est avéré pour moi lors d’une récente et compréhensive dégustation de vins rouges de l’appellation Ventoux.

Les données de base de l’appellation

Le Ventoux se situe dans la partie sud de la vallée du Rhône, à l’Est d’Avignon et  de Carpentras. Cette appellation s’intitulait Côtes-du-Ventoux avant 2008.  Elle jouxte le Luberon au Sud et la zone Beaumes de Venise/Gigondas au Nord-Ouest. Sur une superficie de 7.450 hectares,  le vignoble est disposé autour du Mont-Ventoux, comme son nom le suggère. Le secteur géographique est principalement sous influence méditerranéenne, avec quelques zones sous influence continentale, donc un peu plus fraîches. L’ensoleillement est important sur l’ensemble de l’aire, restant dans une fourchette comprise entre 2 600 et 2 800 heures/an. Ce qui correspond à un maximum annuel de dix jours de brume. Les précipitations sont rares mais parfois violentes. Elles atteignent 600 à 700 mm par an mais un seul épisode orageux peut en quelques heures déverser jusqu’à 200 mm. Le vent dominant est le mistral, qui souffle du nord vers le sud et qui assèche non seulement les terres mais aussi la vigne, rendant relativement faibles les risques de maladies cryptogamiques. Localement, l’altitude peut aussi influer sur le caractère du vin.

Structure du vignoble

L’appellation se divise en trois zones géographiques : le bassin de Malaucène au nord, le piémont du Ventoux à l’est de Carpentras et le nord du Calavon jusqu’à Apt. Le vignoble regroupe environ le tiers de tous les vignerons du Vaucluse. L’exploitation agricole type dans l’appellation pratique souvent de la polycultureconséquence du morcellement de la propriété. Les grands domaines de plus de 20 ha sont en augmentation mais encore minoritaires. La petite exploitation de 10 ha reste majoritaire (90 %) ce qui explique l’importance des caves coopératives dans l’AOC. Dans ce type d’exploitation, la partie vigne représente 3,5 ha et monte jusqu’à 5 ha en y incluant le raisin de table. Plusieurs producteurs significatifs sont aussi présents dans des appellations autour (Côtes du Rhône, Lubéron, Cairanne, Gigondas, etc.)

 

Encépagement

Les mêmes cépages sont utilisés pour les vins rouges et rosés : grenache noirsyrahcinsaultmourvèdre et carignan. Les cépages secondaires sont le picpoul noir et la counoise, avec un plafond maximal de 20 % pour cet ensemble.

Ma dégustation

Cette dégustation portait uniquement sur les vins rouges, et essentiellement sur les millésimes 2014 et 2015, avec deux vins de 2016 et un chacun de 2012 et de 2010. Cela était le choix de chaque producteur, comme la cuvée sélectionnée car une seule était possible par producteur. Il en résulte parfois des écarts  importants en matière de prix, mais le prix moyen pour l’ensemble des échantillons dégustés se situait entre 10  à 15 euros (prix public ttc bien entendu). Je n’ai sélectionné, pour ce compte-rendu, que les vins que j’ai estimés bons ou très bons, quelques soit leur niveaux de prix. Ils figurent par ordre croissant de millésime, puis par ordre ascendant de prix avec les prix de vente public mentionnés.

2010

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Chêne Bleu, Abelard (64,50 euros)

Ce domaine et ce vin sont atypiques. Très soigneusement présentée dans un flacon de type bordelais, avec une belle étiquette sous aspect de gravure ancienne, la cuvée s’habille bien pour tenter de justifier son prix bien au-delà des plus chers de cette appellation; son le nom n’apparaît que sur la contre-étiquette. On vise clairement un autre marché que celui des Ventoux habituels. Cette cuvée est dominée par le Grenache avec un apport de Syrah, mais sans autre précision donnée. Le vin a passé 18 mois en fûts de chêne.

Le robe n’est pas celle d’un vin jeune, bien entendu, mais garde un aspect assez juvénile. Le nez est complexe et raffiné, évoquant les fruits cuits, le sous-bois et le cuir avec un soupçon de truffe. La rondeur en bouche est agréable mais le fruité est en phase d’atténuation tandis que la texture n’est pas encore assez suave pour supporter cette évolution. L’alcool ressort bien trop en finale – je crains que la dominante Grenache en soit responsable. C’est un bon vin, certes, mais on est en droit d’être bien plus exigeant à ce prix, il me semble. (note : 14,5/20)

2012

Un seul vin dégusté dans ce millésime, donc pas de commentaire possible sur la qualité perçue de cette année.

Domaine La Camarette, Loris (11 euros)

70% syrah et 30% grenache pour ce vin au nez discret aux touches de vanille qui indique un élevage sous bois. Belle qualité de fruit sur un palais qui sonne clair, mais avec une finale plus austère dans laquelle le bois prends un peu le dessus. Mais un vin de garde, bien fait et d’un bon rapport qualité/prix. (note 14,5/20)

2014

13 vins dégustés mais seulement 5 retenus. On sent un millésime assez compliqué.

Château Bonodona (11 euros)

Une étiquette simple et classique pour ce vin d’un domaine historique actuellement vinifié par la cave Terra Ventoux.

Nez harmonieux, assez intense et dominé par les fruits rouges et noirs avec une touche discret de bois. De la belle chaire juteuse en bouche qui ouvre sur une finale plus austère. Bon vin à ce prix. (14/20)

Domaine du Tix, cuvée Bramefan (14 euros)

Bouteille lourde et étiquette soignée dans un style traditionnelle.

Nez fin dont le retenu semble dénoter un élevage soigné. Très belle pureté du fruité de ce vin dont la clarté d’expression écarte tout soupçon de sur-extraction. C’est précis et très fin, peut-être moins exubérant que certains mais d’une constitution qui laisse entrevoir une belle garde. Très belle affaire à ce prix (16/20)

 

Domaine de Peyre, La Gazette No : 2 (15 euros)

Le domaine d’une journaliste convertie dans la production de vin après des années passées à la revue GaultMillau. La bouteille est de forme bordelaise et l’étiquette de format de … gazette.

Ce vin épouse une forme un peu à part des autres de cette série, avec une robe plus claire et un nez plus évolué qui comporte de jolies notes de sous-bois et de vieux cuir par dessus d’un fruité de type confit et sec. L’impression générale est élégante et raffinée; cela se confirme en bouche avec aussi une certaine force alcoolique et des notes de cerises, et leur noyaux qui donnent une pointe d’amertume en finale (14,5/20)

 

Mas Oncle Ernest, Rien ne sert de courir (15,50 euros)

Un vin et un domaine qui casse les codes, aussi bien pas son nom et l’intitulé de la cuvée que par la forme bordelaise du flacon.

Le nez intrigue avec ses combinaisons entre fruits, épices et une pointe d’animalité que me fait soupçonner une présence de bretts, pas trop mais un peu quand-même. La texture est suave et le fruité bien mur. C’est bon, pas trop extrait, plein de caractère et assez harmonieux. Mon soupçon de bretts se confirme par une texture un peu crayeuse. Certains diront que c’est le « goût du terroir », mais en tout cas ce n’est pas envahissant. (14,5/20)

 

Château Pesquié, Artemia (30 euros)

La bouteille est lourde et l’étiquette moderne et soignée pour un vin dont le prix le situe clairement dans le segment haut de l’appellation.

Un bon fond de fruits noirs au nez qui marque aussi un travail d’élevage soigné et qui apporte une note agréable de fermeté. Très belle qualité de fruit en bouche avec un dialogue intéressant entre l’élan donné par le fruit et le fond plus fermé apporté par l’élevage. Une très belle cuvée de demie-garde (5/10 ans) qui s’améliore bien avec une bonne aération aujourd’hui. (note 16/20)

 

2015

8 vins retenus sur 12 échantillons dégustés. Une niveau de qualité bien supérieur à celui de 2014, dans l’ensemble.

 

Château Croix des Pins (10 euros)

Etiquette épurée et élégante, bouteille normale.

Nez discret mais fin, légèrement poivré. Le fruité est là en bouche, tenue, peu envahissant mais frais. Un vin très plaisant et bien équilibré, encore jeune mais prometteur avec une jolie finesse de toucher. (14,5/20)

 

Martinelle (11 euros)

Etiquette simple et élégante.

Nez dense de fruits noirs, clairement sudiste et assez épicé. Charnu et puissant en bouche, il est aussi aidé par des tanins longs qui ajoutent une autre dimension au corps du vin. Très bon et destiné à une garde de quelques années. Prix plus que raisonnable pour cette qualité. (15,5/20)

 

Orca, vieilles vignes (11 euros)

Orca signifierait petite amphore, selon l’étiquette mais les flacons qui se présentent sur l’étiquette n’ont pas d’anses et ne sont donc pas, techniquement, des amphores.

Grenache majoritaire dans ce vin au nez assez fermé pour l’instant. Traces d’un élevage de qualité mais pas dominant. On vise clairement un profil de vin de garde. En bouche le fruité est bien présent, entre cerise et cassis, bien juteux et aussi intense que séduisant. La texture est mi-ferme, mi-veloutée : clairement en devenir. Mais sa matière est si pleine et si bien équilibré qu’on aurait presque envie de le boire de suite. Un des meilleurs vins de la série et un des moins chers aussi. (16,5/20)

 

Domaine de la Gasqui (12 euros)

Grenache, Carignan et Cinsault, un assemblage à l’ancienne et une étiquette du même tonneau

Nez un peu réduit au départ mais qui révèle ensuite un joli fond de fruits et d’épices. Ce fruité bien vibrant devient encore plus présent en bouche. Vin aussi fin que savoureux à l’équilibre admirable et au prix bien placé. (15,5/20)

 

Gentilice, Cave de Canteperdrix (entre 12 et 15 euros)

L’élevage est assez présent au nez mais n’écrase pas une très belle matière. Cette qualité de fruit prend bien son élan en bouche avec un vin à la belle texture soyeuse qui entoure une superbe matière. Gourmand et avec une belle longueur. Excellent vin. (16/20)

 

Domaine Cambades, Crépuscule (15 euros)

50% Syrah et 50% Grenache pour ce vin à l’étiquette sombre, logiquement crépusculaire. La contre-étiquette, pour une fois, est claire et informative.

Nez juteux, frais et expressif. En bouche la très belle matière fruitée et aussi gourmande que puissante. Les tanins sont aussi bien présents mais sans dominer l’ensemble. Belle longueur et un caractère juteux très présent sur toute la durée.

 

Domaine Allois, Terre d’Ailleuls Domaine Allois, Terre d’Ailleuls (18 euros)

Bouteille lourde et étiquette moderne, signée. La contre-étiquette est un peu trop « bla-bla » pour mon goût.

Nez fumé sur base de fruits noirs. Le caractère puissant de ce vin s’affirme rapidement en bouche. Intense, assez chargé en tanins par rapport au fruit, c’est un bon vin charpenté qui fonctionnera bien avec grillades et plats riches en saveurs car il lui faut du sel ! (15/20)

 

Domaine de Fondrèche, Il était une fois (30 euros)

La cuvée haut de gamme de ce domaine phare de l’appellation qui a récemment abandonné la certification « bio » qu’il détenait depuis un moment, et pour raisons écologiques il me semble. Intéressant !

Nez fin aux cerises à l’alcool. Très concentré, mais sans excès, en tout cas plus que la plupart des vins de cette série. Sa structure tannique en fait une belle cuvée de garde. On pourrait le déguster plus rapidement avec des plats salés mais je le garderai bien 5 ans car il est plus raffiné que la moyenne. (16/20)

 

2016

Seulement deux échantillons reçus mais une très belle qualité pour les deux. Ce millésime semble très prometteur.

 

Domaine Brusset, Les Boudalles (9 euros)

Une présentation sérieuse, comme tous les vins de cet excellent producteur qui rayonne dans la région. Le nez est plus sombre et terrien que celui du vin suivant du même millésime, mais il contient aussi son lot de fruits rouges et noirs. Beaucoup de fraîcheur aussi en bouche et une jolie texture, plus dense que la cuvée Pur Jus de Landra, et qui caresse la langue sans l’agresser. Vin alerte et très gourmand, bien placé en prix.

 

Landra Pur Jus (10 euros)

L’étiquette est simple, graphique et claire et le vin est aussi directe, bien en phase avec son nom de cuvée car le nez est très fruité et juteux (tendance fruits noirs), aux notes d’épices. Cela donne une belle impression tonique de fraîcheur. Beaucoup de gourmandise aussi en bouche et une sensation de vivacité, presque de légèreté dans l’expression de son fruit. Un ensemble dynamique avec un soupçon de piquant (CO2) qui apporte une touche supplémentaire de vivacité. Délicieux vin de soif (15/20).

 

David Cobbold


2 Commentaires

Paysages viticoles du Rhône

Deux paysages qui chacun borde une rivière et qui pourtant s’agencent différemment le long de leurs rives.

Vigne en continus et vigne en vis-à-vis      

La première coure le long de la Cèze et d’amont en aval offre sa continuité viticole au regard du passant. La deuxième coure, elle, quelques lieues plus au sud le long de la Tave, mais n’enchaîne pas ses parcelles, préférant de-ci delà s’observer d’une rive à l’autre. Les deux se développent sur un relief calcaire et alternent petits plateaux et pentes douces à fortes. Toutes deux oublient la garrigue des coteaux pour rejoindre l’ombre des chênes pubescents mêlés de pins à l’approche des cours d’eau. Toutes deux craignent ces derniers quand l’orage gronde au loin et peut en quelques instants gonfler autant la Tave que Cèze lors d’un épisode cévenol.

Chusclan

La vigne en continu

Le paysage sculpté par la Cèze offre deux types de reliefs. Le premier en amont, du côté de La-Roque-sur-Cèze est plus encaissé. Puis, il s’élargit vers l’aval et ouvre sa plaine alluviale à l’alignement plus dense des ceps.

La structure paysagère

De La-Roque-sur-Cèze à Bagnols, le vignoble emprunte en grande partie l’ancienne terrasse fluviatile de la rivière qu’il tapisse de vignes, camaïeu vert dans lequel se fondent quelques rares terres à blé ou prairies. Quelques parcelles entaillent toutefois les bois qui encadrent l’entité, clairières discrètes qui semblent s’échappées… Quant aux villages, ils émergent de cette mer de vignes, perchés sur les reliefs pour échapper aux crues ou lovés aux pieds des pentes pour laisser la place aux cultures.

Sa mise en valeur

Une signalétique dédiée au parcours de randonnée existe et permet d’arpenter le vignoble. Pour en augmenter l’intérêt paysager tout en le préservant, la Cave coopérative de Laudun Chusclan a décider de développer des actions sur plusieurs thématiques. Elle fait ainsi mieux vivre les milieux ruraux en promouvant certes les richesses naturelles, mais aussi les aspects culturels et les possibilités touristiques. Démarche labellisée par le PER (Pôle d’Excellence Rurale), dont l’exemple le plus emblématique est la restauration du château de Gicon qui domine du haut de ses 245 mètres la commune de Chusclan.

 Assis au bord de la rivière, un verre à la main

Au calme, les pieds dans l’eau s’il fait chaud ou à l’abri du Mistral, si celui souffle un peu fort, on goûte à la joie de déguster quelques Côtes du Rhône Saint-Gervais ou Chusclan. Et pourquoi ne pas commencer par la cuvée du château…

Château de Gicon 2014 Côtes du Rhône  Cave de Chusclan

 

Rubis sombre, il offre un nez sans fioriture et c’est sans chichi qu’il s’aventure dans les compositions fruitées, marmelade de cerise teintée de cannelle, gelée de groseille colorée de myrtille et de mûre. En bouche, les tanins aux grains fins glissent comme la soie et accroche à peine les papilles, cela les rend attentives, vigilance importante pour estimer le potentiel du vin. Aujourd’hui, il coule comme un jus encore discret, évoquant avec réserve les parfums du nez, parlant déjà des rondeurs gourmandes à venir.

Il assemble 70% de Grenache et 30% de Syrah.

 Les Genets 2015 Côtes du Rhône Chusclan Cave de Chusclan

 

Grenat sombre, son nez légèrement fumé se parfume de confitures de fruits rouges et noirs. On y reconnait les cassis, groseille, mûre et fraise, agréablement développement fruité bien souligné de poivre et de réglisse. La bonne densité en bouche, les tanins souples mais encore bien présent, la fluidité du jus, la généreuse longueur en font un vin des plus plaisants.

Majorité Grenache

www.laudunchusclanvignerons.com

Syrius 2015 Saint Gervais Domaine Clavel

 

Jaune lumineux, il hume les fruits blancs au Cayenne, puis passe au floral des genêts et des mimosas. La bouche surprend par sa saveur de bonbon à la réglisse et à l’anis qui le transforme en friandise. Son onctuosité bien équilibré de fraîcheur au goût d’agrumes augmente sa succulence. Sa bonne longueur termine de nous séduire.

Assemblage de 50% de Viognier et 50% de Roussanne

Clair de Lune 2014 Saint Gervais  Domaine Clavel

Jaune aux reflets vert doré, il respire la cire d’abeille teinté de fenugrec et de thym, puis ajoute quelques fragrances de pêche de vigne poudrée de poivre blanc et de poire fondante piquée d’une baie de genévrier. La bouche fraîche et onctueuse s’installe tout de go avec beaucoup de présence. Sa tension minérale amplifie encore l’impression de vivacité. Miel, de lavande aux aromates apporte de la suavité, l’écorce de citron une agréable amertume.

Assemblage de 50% de Viognier et 50% de Roussanne. Le vin fait sa malolactique en barriques et est élevé 8 mois sur lies.

www.domaineclavel.com

La vigne vis-à-vis

Cotes du Rhone Villages Laudun / Cotes du Rhone Villages Laudun

Une terre de contraste où les grands aplats colorés s’illuminent de soleil. Le vert intense des vignes, le plus sombre des bosquets, la blancheur des falaises calcaires, se coiffent de l’azur du ciel et composent un tableau des plus expressifs. La Tave coule discrète au milieu de ce paysage, laissant tout le long de son parcours des zones humides propice à une vie encore plus discrète.

La discrétion

C’est le maître mot… En dehors des grandes voies de communication, simplement sillonnée de routes droites et étroites, l’endroit reste confidentiel. L’étendue viticole englobe les villages dont parfois seul le clocher indique la présence. Il nous faut monter sur quelque point élevé pour englober d’un seul regard l’entité. Alors on comprend mieux l’enchevêtrement des parcelles qui comme cousues l’une à l’autre étendent leur patchwork végétal. Plus difficile à distinguer, la rivière au lit étroit qui sinue, comme elle peut, on le croirait volontiers, entre vignes, cordons boisés, rares pairies et champs.

Le Clos de Taman

La restauration du Clos de Taman a demandé une bonne quinzaine d’années pour finaliser le projet. Après une première période de défrichage, de travail du sol et de replantation, d’autres aménagements ont pris la suite, comme l’installation de points de vue, la restauration du petit patrimoine architectural et la végétalisation des sentiers qui parcourent ce vignoble devenu une véritable vitrine viticole. Les vignerons de la Cave de Laudun-Chusclan qui est à l’origine du projet ont bien entendu participé à sa réalisation. Réalisation prévue dans le cadre de du Pôle d’Excellence Rurale. Le Clos de Talman, en bordure du plateau du Camp de César, compte 12 ha et regarde le village de Laudun depuis ses 200 mètres d’altitude.

Assis au bord du plateau du Camp de César, un verre à la main

Clos de Taman 2015 Laudun Cave de Laudun-Chusclan

Un rubis aux nuances sanguines, un nez qui semble sortir de la garrigue avant de s’écraser dans les compotes fruitées. Le serpolet et le romarin se maculent de fraise et de cerise, le cade et le ciste se colorent de figue noire et de prune sombre. Le charnu des fruits apporte du volume en bouche. Sphère délicate aux contours moelleux qui semblent sucrés sans l’être. La fraîcheur doit beaucoup au minéral qui vient tendre sur sa portée cristalline toutes les notes parfumées. Équilibre subtil des accroches terriennes et des envolées zénithales relié par le fil gracile des vivacités aux accents d’agrumes.

Assemblage de 50% de syrah et 50% de Grenache qui poussent dans des grès et des calcaires.

www.laudunchusclanvignerons.com

Laudun 2013 Domaine du Rouvre St Léger

Rubis profond, le nez de cerise et de prune, de la chair de fraise noire. Une bouche succulente qui renforce encore le plaisir par ses tanins encore hérissés qui viennent griffer les papilles. De la fraîcheur, de la mâche, de l’éclat, une assise minérale, du croquant qui enfonce ses dents dans la chair d’un fruit charnu. On retrouve tout au long du parcours cette agréable amertume qui renforce la fraîcheur, raffermit le fruit, accentue les épices. Le fruit rouge nous accompagne longuement sans vouloir nous quitter.

Assemblage de 60% de Grenache et 40% de Syrah.

https://fr-fr.facebook.com/pages/Domaine-Rouvre-Saint-Leger/193267414024919

Ciao

Marco


3 Commentaires

A journey to precision: vertical of Closel’s Clos du Papillon

bu0a1126
Evelyne de Pontbriand tutoring the vertical tasting 

bu0a1125
Tasters in the magnificent surroundings of the Château des Vaults
(Domaine du Domaine de Closel)

On the evening of Monday 6th February – the second day of the Salon des Vins de Loire – we were invited to a vertical tasting of the Domaine du Closel’s Clos du Papillon. The vertical ran from 2001 through to 2015 but without 2012 as none was made due to frost. We tasted from oldest to youngest, which made perfect sense as we could see the evolution in the purity and precision in the wines. At the end we were treated to two older bottles – 1992, which was not a very auspicious vintage, and 1989, which was a great vintage.

2001 was the first vintage that Evelyne took over from her mother –Michèle Bazin de Jessey. The Clos du Papillon overlooks the small village of Savennières sited just to the north.

Although the vineyards were grassed over when Evelyne took over, the vineyards were farmed and the wine made in a traditional manner. The wines tended to have a short fermentation and be given high doses of SO2. The period of fermentation has been extended and the vinification is now  in 400-litre barrels when before it was done in vat. Cover crops are now an essential part of the vineyard management.

Since 2001 Evelyne has taken Closel has moved from being traditional to firstly organic and now to being farmed biodynamically.  Conversion to organic viticulture began in 2006 with full certification in 2009, while biodynamic status was achieved in 2015.

Yields have been reduced from 35/40 hl/ha down to 15-20hl/ha today. From 2009 they have using a software system to analyse the exactly the right time to pick the grapes.

The vertical:

2001:
Light golden colour, honey and truffle, some texture but a little short.

2002:
Light to mid-gold, clearly taken on a lot of colour, honeyed evolved flavours, rich with fair balance. Loire wines from 2002 tend to be well-balanced. 6.4 gms of residual sugar. Among my favourites.

2003:
Honey and quince, rich but less interesting than the 2002 – an effect of this heatwave year?

2004:
Delicate honey aromas, attractively finely textured wine although a little dilute in the finish but considerable charm.

2005:
Deep light gold colour, richly textured, botrytis – this is a rich oxidative style.
Hot dry summer and autumn.

2006:
Light gold colour, attractively textured wine with honeyed evolution, good length and nicely balanced. Among my favourites.

2007: 
Light gold, honey and quince flavour with a touch of caramel, textured wine, the richness hides the acidity but the finish is a little short.

2008:
Vineyard frosted. Honey and quince on nose and palate,some truffle too, texture, quite austere long finish. Aromas persist in the empty glass.Among my favourites.

2009:
Clean and precise with attractively vibrant texture, some honey character, noticeable acidity in long finish. There is a growing precision in the Papillon wines.

2010:
Richly and seductively textured with honey and quince character, lovely balance and length. Certainly amongst my favourites.

2011:
Still youthful wine, attractive texture and complexity, some toasty flavours along with a touch of caramel with good balancing acidity in the finish.

2012:
Not made – severe April frost

2013:
Citric aromas and palate, quite austere finish reflecting this difficult vintage, precise but the wine falls away in the finish.

2014:
Floral and ripe fruit nose and palate, some barley sugar notes, very good length and very clean purity with some delicate wood notes. Still young but with impressive potential. Certainly amongst my favourites and shows the progress that has been made with the Papillon wines.

2015:
Floral and citric – obviously still very youthful.

The two additional vintages

1992
This was a big vintage after the very severe frost of 1991. Wines were often dilute. Light gold, very oxidative style, nutty character but dilute in fish. Certainly reasonable for the vintage.

1989
Showing the hallmarks of a great vintage. Ironically this wine shows the precision and vibrancy that Evelyne has to working for since she took over Closel. There is a little oxidative character but it is very restrained. Amazinly fresh – stunning wine!

bu0a1132

bu0a1130
Ben Llewelyn of Carte Blanche Wines studying
a carte of the vineyards of Savennières

img_1039


6 Commentaires

Vendôme, Vendôme…

Un des grands plaisirs de ce métier, c’est de pouvoir jeter un peu de lumière sur des petits coins de vignoble qui en manquent parfois cruellement. C’est le cas des Coteaux du Vendômois, je pense. Et pourtant, non seulement la région est pittoresque, non seulement son vignoble (à peine 150 ha) est très ancien, mais il recèle un trésor rare, un cépage trop modeste, j’ai nommé le Pineau d’Aunis.

maxresdefault

Aunis soit qui mal y pense

Également connu sous le nom de Chenin Noir (bien qu’il n’ait pas de parenté avec le Chenin Blanc), ce cépage vigoureux est sans doute un des plus anciens de la région. Certains lui voient des origines rochelaises (d’où son nom), d’autres béarnaises.

Aujourd’hui, on le trouve surtout dans la vallée du Loir; toutes régions confondues, la surface cultivée ne dépasse guère les 600ha.

On le connaît principalement pour les vins rosés ou gris, dont nous parlait l’ami Marc, ici même, il y a quelques mois; mais moyennant une  macération plus longue, il peut également donner des rouges bien colorés. Dans les deux cas, ce qui frappe, avec le Pineau d’Aunis, ce sont les épices (admirez la rime!).

Pour illustrer les belles dispositions de ce cépage et des Coteaux du Vendômois (reconnu en AOC en 2001 seulement), voici une cuvée élaborée par Patrice Colin, un des vignerons emblématiques de l’appellation, qui exploite 25ha (en bio) autour de Thoré la Rochette.

Patrice Colin Vieilles Vignes 2014

Assez sombre dans le verre, avec quelques reflets violacés, voilà un vin qui ne fait pas son âge à l’œil; ni au nez, qui présente une aromatique très fraîche centrée sur la cerise (guigne, griotte), l’épinette et la prunelle. La bouche est dans le droit fil de cette fraîcheur fruitée, avec en plus, une pincée de poivre.img_0810

Ce vin puise dans sa charpente acide un équilibre de funambule – une qualité bien  ligérienne. Il n’est pas issu du seul Pineau d’Aunis, mais contient aussi du Pinot noir (également appelé auvernat noir, localement) et du Cabernet Franc. 

La règle veut que le Pineau d’Aunis constitue au moins la moitié de l’assemblage des rouges  de l’appellation; tandis que le Gamay également autorisé par le cahier des charges, ne peut dépasser 20%.

Un peu d’histoire… en chanson

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire écouter ici la chanson de David Crosby, Orléans, dont les paroles évoquent la bonne ville de Vendôme. Et pourquoi donc? Parce que lors de la guerre de 100 ans, la ville était une des dernières à être contrôlée par Charles VII face aux Anglais (on l’appelait d’ailleurs le Petit Roi de Bourges). Initialement intitulée Le Carillon de Vendôme, la chanson égraine quelques une de ses maigres possessions: Orléans, Beaugency, Notre Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme! Notons par ailleurs que les vins de la région étaient alors très appréciés.

jean_fouquet_008

Fabulons un peu: et si les Coteaux du Vendômois étaient les héritiers de ce que l’on appelait naguère le « gentil vin françois »? Le vin de Jeanne d’Arc, à l’époque où les Anglais vendangeaient l’Aquitaine, les Bourguignons la Bourgogne, et où ni la rive Est du Rhône, ni l’Alsace, ni la Lorraine n’étaient françaises…

Je laisse nos amis régionalistes vous expliquer à quel point il est plus noble et plus fashionable, aujourd’hui, de se dire basque, limbourgeois ou berrichon plutôt que français, belge ou espagnol. C’est leur droit, comme c’est le mien de penser autrement.

Je laisse à nos amis internationalistes le soin de vous convaincre que la notion de souche n’existe que sous le microscope ou quand les arbres sont morts.

Mais moi, je suis très attaché à mon pays, dans son intégrité comme dans sa diversité. Aussi, dans mon métier, j’aime à ancrer tel vin à tel clocher, à telle montagne, à telle rivière, à telle communauté vigneronne, ou à le rapprocher de tel événement de l’histoire de ce que naguère, sans vergogne, on appelait une patrie – la terre de nos pères (et de nos mères). J’ai été Charlie, j’ai été Bardo, j’ai été Nice, j’ai été Berlin. Mais surtout, je suis France. Vendôme, Vendôme!

Hervé Lalauimg_0804


10 Commentaires

IGP Pays d’Oc, complément d’information (2, les rouges)

Suite et fin de mon petit voyage dans la Collection 2016 des Vins de Pays d’Oc.

Cette fois-ci, place aux rouges.

oc-baume

Domaine de la Baume Syrah 2015 Cuvée La Jeunesse

Rarement cuvée aura aussi bien porté son nom, car cette syrah a l’énergie, l’espièglerie de la jeunesse. Un fruit rouge et noir légèrement acidulé, croquant, une bouche structurée, épicée, mais sans austérité. Son côté enjôleur ne doit pas vous induire en erreur ; ce vin a de la substance. C’est là un des «Secrets du Sud» (le slogan du domaine): sous les jolies formes, chercher – et trouver- le fond.

Le Domaine de la Baume se situe à Servian, entre Béziers et Pézenas, ; il compte 176 hectares. Depuis 2003, il fait partie du groupe Grands Chais de France.

6,5 euros.

http://www.domaine-labaume.com/

oc-grand-chemin

Domaine du Grand Chemin Cuvée JMF 2014

Le Domaine du Grand Chemin se situe à Savignargues, au pied des Cévennes. La Cuvée JMF (pour Jean-Marie Floutier, je suppose) est une des cuvées de prestige du domaine; elle assemble deux cépages qui sont rarement complices ailleurs: le Pinot Noir et Cabernet-Sauvignon.

Cet mariage de la carpe bourguignonne et du lapin bordelais est plutôt étonnant. Je manque de repères ; au nez, un soupçon de cerise et de fraise peut faire penser au pinot, et en bouche, la structure, au cabernet – mais c’est tellement plus facile quand on connaît la composition ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce qui me plaît dans ce vin, mais plutôt sa texture fine et veloutée, ses tannins suaves, ses notes de cuir et de café, et sa finale délicatement fumée.

9,20 euros.

http://www.domaine-du-grand-chemin.com/

Calmel & Joseph Villa Blanche Marselan 2014

Si l’expression « vin de plaisir » s’applique à un vin, c’est bien à celui-ci!

Le Marselan (qui doit son nom à son lieu de naissance, l’INRA de Marseillan), est un croisement de Grenache et de Cabernet-Sauvignon, obtenu en 1961.

Dans les meilleurs cas, il allie les qualités des deux cépages, la souplesse, le fruité et la structure. C’est le cas de celui-ci, qui non content de nous enjôler le nez avec sa corbeille de prunes, de figues et de cassis gorgés de soleil, achève de nous séduire en bouche, avec un cocktail diabolique de tannins lisses, d’épices douces et de puissance retenue. Une poigne de phéromones dans un gant de velours. Et pour un prix d’ami.

7 euros. Capsule à vis (quelle bonne idée!)

http://www.calmel-joseph.com

oc-terra-patres

Alma Cersius Terra Patres 2012

Non, il n’y a pas que des vins jeunes dans cette Collection 2016, comme en témoigne ce 2012, hommage qui nous envoie, non pas ad patres, mais en terre languedocienne. Car c’est bien de terroir qu’il s’agit, n’en déplaise à la réglementation qui réserve le mot aux appellations ; un vin aussi fondu, aussi complexe, aussi velouté n’est pas que l’expression de ses cépages (syrah et cabernet-sauvignon, essentiellement), mais celle d’un magnifique coin de garrigue, à Cers, près de Béziers, où est installée cette coopérative. Aussi, au nez, cher Nino, on dirait le Sud, le thym, le laurier ; on enchaîne avec de la cerise et de la figue; que l’on retrouve en bouche, encore plus juteuses. J’ai repensé à un vin déjà présenté ici, voici quelques mois: la Cuvée Nicole, du Domaine d’Aigues Belles.

15 euros.

http://www.almacersius.com/

En résumé

Pour tous ces vins (et notamment le dernier), on a envie de dire «A bon vin, point d’enseigne». Pas besoin de «grand cru» sur l’étiquette. Ni même d’AOP. Ce n’est pas parce qu’on est IGP qu’on fait des vins hors sol, et hors producteur. En définitive, la seule mention qui vaille, oenophiles payeurs, c’est vous qui l’attribuez.

Hervé Lalau