Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Sauternes, c’est flou !

On le verra plus loin, l’affaire, si affaire il y a, n’est en rien condamnable. À entendre certains, on devrait même applaudir des deux mains ! Et puis, en pleine période des primeurs on en a vu d’autres en Bordelais.

Pourtant, deux jours après l’arrivée du faire-part (voir photo) sur mon écran de travail, je n’arrive toujours pas à me faire à cette idée. Songez donc, on m’invite, parmi d’autres journalistes et prescripteurs, à cautionner une renversante et novatrice trouvaille marketing destinée à marier le vin d’une prestigieuse appellation bordelaise – le Sauternes, en l’occurrence, avec un S majuscule, n’en déplaise aux typographistes – à une grande marque mondiale du groupe Nestlé, l’eau de Perrier ! Tout cela dans un restaurant branchouillard au sommet d’un immeuble décrépi de mon cher onzième arrondissement de Paris. Quelle merveilleuse idée, n’est-ce pas? Voila un événement qui ne manquera pas d’attirer dans quelques jours tous les médias sans oublier les auteurs désœuvrés des blogs vineux dont je fais partie ! Et tout le monde, à n’en pas douter, criera au génie créatif des Bordelais !

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Pour un tas de raisons trop longues ici à expliquer, je ne pourrai être de la fête. De cela, d’ailleurs, on s’en fout. Vous pensez bien que ce n’est pas mon absence qui justifie un article dans ce blog. Non, ce qui me force à traiter du sujet, comme Nicolas de Rouyn auparavant, c’est que je n’arrive toujours pas à m’imaginer comment Sauternes, une AOP, ex AOC, décrétée en 1936 (avec Barsac, appellation souvent oubliée), a pu se fourvoyer de telle manière. Je le dis brutalement et sans prendre de gants: cette façon de procéder en créant le buzz, le flou fashionista, pour inciter un effet « nouveauté branchée », a quelque chose de franchement honteux qui ne sied en aucune manière à l’image que je me fais d’une appellation soit disant noble et protégée. On agirait de la sorte avec mon Fitou ou mon Corbières, que j’en serais tout aussi outré.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

«L’appellation d’origine contrôlée Sauternes est réservée aux vins tranquilles blancs», peut-on lire en tête du décret rédigé il y a presque 70 ans. Par quelle idée étrange a-t-on pu penser qu’il serait utile voire nécessaire de faire pétiller de tels vins en leur ajoutant du Perrier aux vilains yeux de crapauds ? Pourquoi pas du Schweppes, pendant qu’on y est ? Par pur barbarisme ? Pour séduire les bobos qui s’emmerdent dans nos grandes cités? Par simple appât du gain? Serions nous tous devenus des pigeons au point de nous aligner sur cette nouvelle tendance?

Entendons-nous bien, chacun est libre de boire ce qu’il veut, de mettre un fond de crème de mûre dans un Beaujolais, d’ajouter de la limonade à un Chablis, de créer et de commercialiser aussi ce que bon lui semble. D’ailleurs, de tous temps, les barmen ne s’en sont pas privés eux qui n’ont jamais manqué d’idées en la matière. Il ne faut pas oublier que le Lillet, célèbre apéritif créé en 1872 à Podensac, dans les Graves, non loin de Sauternes, était pour l’essentiel composé de vins doux de la région, aromatisés au quinquina. Il ne faut pas non plus négliger un autre aspect du problème: depuis longtemps les ventes des vins d’appellations Sauternes et Barsac ne sont guère folichonnes. Ce marasme économique pousse certains à vouloir élargir leur clientèle comme on peut le constater ici.

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Et c’est, semble-t-il, en se basant sur ce constat qu’avec d’autres mystérieux viticulteurs, Florence Cathiard, l’entreprenante co-propriétaire du Château Bastor Lamontagne, membre de l’Union des Grands Crus de Bordeaux (avec sa famille, elle possède d’autres châteaux dont le fameux Smith Haut Lafitte, Grand Cru Classé de Pessac-Léognan) a décidé de lancer avec l’eau de Perrier son So Sauternes.

C’est sûr, elle me reprochera de critiquer sans même goûter, elle qui destine cette boisson hype aux «trentenaires et quadra jeunes, ouverts à la nouveauté, buveurs de cocktails et d’apéritifs conviviaux, auprès des sommeliers, barmen, bartenders, lady bartenders et mixologistes qui n’en peuvent plus de se voir refuser le précieux élixir en début ou en fin de repas», comme elle l’a récemment écrit sur le blog Bon Vivant.

Dessin de Rémy

Dessin exclusif de Rémy Bousquet !

Alors, qu’est-ce qui me choque au point d’embrayer sur le buzz enclenché par Madame Cathiard que j’ai connue jadis plus inspirée? Quatre choses au moins :

-Quand on a l’idée de s’associer à une marque internationale d’eau gazeuse pour vendre plus de vins, et en particulier ceux issus des jeunes vignes, comme le stipule encore Florence Cathiard (qui, dans sa jeunesse a baigné dans la communication), cela signifie que l’on ne s’est pas trop torturé les méninges. Si les vins de jeunes vignes ne sont capables que de produire des Sauternes destinés aux mélanges, alors pourquoi s’enquiquiner à leur donner une appellation contrôlée?

So Sauternes ne date pas d’aujourd’hui puisque Michel Garat, le directeur de Bastor-Lamontagne, y avait déjà songé au moins au début des années 2000, si j’en juge par ce très promotionnel et complaisant papier glané sur la toile… Lors d’un reportage pour Saveurs, je l’avais même goûté; sans grand enthousiasme, tout en comprenant l’idée que ce vin pouvait séduire la jeune génération. Sauf que dans ces années-là, si je me souviens bien, on ne parlait pas encore de promouvoir la «mixologie». Le vin était présenté comme une troisième ou quatrième étiquette: la cuvée «So» de Bastor-Lamontagne. Point.

-Associer le nom d’une appellation à une marque commerciale me paraît dangereux et peu compatible avec le code éthique d’une appellation protégée. On me rétorquera que le Kir Royal associe bien le vin de Champagne à la crème de cassis, ou que la Fine marie le Cognac à l’eau du robinet. Soit, c’est un fait que je ne peux nier. Sauf qu’aucune marque déposée ne propose « Kir Champagne » ou « Fine à l’eau de Cognac ». Sinon, sans être avocat, il me semble qu’elle serait attaquable et même condamnable.

-Et la simple pensée qu’un jour la Maison du Sauternes soit obligée de consacrer un espace à la petite bouteille verte pour pouvoir vendre ne serait-ce que le plus bas de gamme des vins de l’appellation, me hérisse le poil.

Michel Smith


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Beautés crétoises

Ma liste des plus beaux vignobles du monde vient de s’enrichir d’un nom: la Crète.

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La preuve en images, avec ces quelques photos prises entre La Canée, Rethymnon, Peza, Archanes et Dafnes.

J’ai une théorie selon laquelle les beaux vignobles font les beaux vins – peut-être parce que travailler dans un cadre exceptionnel incite à se dépasser? Vraie ou pas, elle s’est encore vérifiée en Crète, où j’ai pu faire de belles découvertes, surtout dans les cépages autochtones – et ils sont nombreux. On en reparle la semaine prochaine…

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La balade commence côté Ouest, dans les vignes qui surplombent Xania (La Canée), vieille place forte vénitienne dont le port a vu passer des millions de barriques de vin… jusqu’à l’arrivée des Ottomans. Après une alléchante mise en bouche avec les vins des domaines Dourakis et Karavitakis, mon compère suisse Alexandre Truffer et moi grimpons dans les vignes de Nostos (famille Manousakis), à Vatolakkos (Photo (c) H. Lalau 2015).

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La mer n’est jamais très loin. Ici, la Côte Nord, toujours depuis les vignes de Nostos (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Mais la montagne non plus! Que ce soient les Montagnes Blanches (2453m), les Monts Lassithi (2148m), les Monts Thrypti (1476m) ou le Mont Ida (2456m). Ces reliefs très accentués coupent cette longue île en de nombreuses vallées, plateaux et micro-climats (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Autres cultures abondantes en Crète: l’olivier et les agrumes (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Nous quittons le vignoble de la Canée pour celui de Rethymnon, un peu plus à l’Est. A voir: le monastère d’Arcadi, dont le rôle a été prépondérant dans l’histoire de l’île et du vin local. (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Une étape pour flâner, dormir et bien manger: le hameau de Kapsalania, amoureusement restauré (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Curieusement, dès qu’on progresse un peu vers l’intérieur, on ne se sent plus du tout sur une île (Photo (c) H. Lalau 2015).

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A Vathypetro, le plus vieux pressoir à vin d’Europe (et peut-être du monde) valait bien une visite (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Nous voici chez Zacharioudakis, à Plouti, sur le versant Sud du Massif de l’Ida (Photo (c) H. Lalau 2015).

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De la neige en Crète? Oui, ça existe. Mais le soleil a vite fait de la faire fondre dans la vallée, comme ici, chez Diamantakis (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Vue du vignoble de Dafnès, dans le Département d’Héraklion. Les vignes de cuve cohabitent avec les vignes de sultaninas – les raisins secs étant une autre spécialité crétoise (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Une petite faim avant de partir? Voici une bonne adresse: Ladokolla, au centre d’Héraklion. Surtout si vous aimez le poisson. Parce que les beautés crétoises sont aussi dans l’assiette. Service impeccable, ambiance familiale, bonne carte de vins crétois. (Photo (c) H. Lalau 2015).

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Et pour finir, une sympathique invitation à venir déguster sur place. C’est ce que nous avons fait. A mercredi prochain, si vous le voulez bien…

Hervé Lalaudc3a9esse-mc3a8re-serpent-de-cnossos


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Bulles de Loire (4) : Les Méridionales de Vendée

C’est un fait incontestable : la Loire va du Mont Gerbier de Jonc à Nantes. Pour ma part, en bon sudiste que je suis devenu, c’est au sud de son estuaire et du département de la Loire jadis Inférieure (désormais Loire-Atlantique) que, quand bien même n’est-elle pas toute proche, je retrouve son influence presque chaque année en une sorte de rituel qui s’apparente presque à de l’obsession et qui me rapproche d’amis aussi fous de vins que je suis demandeur de leur compagnie. N’étant pas de la bande des quatre dans leur récente entreprise ligérienne, je me suis rattrapé fissa en allant rejoindre la Vendée pour un voyage quelque peu express mais instructif.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

J’aime ce climat qui humidifie mes cigares, cette lumière qui m’aveugle et ce crachin qui m’accueille chez Benoît Tuslane et sa tribu où le vin coule toujours à flots. Bien que faisant partie des Pays de Loire, la Vendée n’est plus tout à fait la Loire – côté cépages, on oscille entre Chenin et Négrette – et pourtant, les vins d’ici, du moins ceux de l’AOP Fiefs Vendéens, sont considérés comme ligériens à part entière, entrant dans cette grande famille qui unit les vins de la banlieue de Roanne aux coteaux d’Ancenis.

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Benoît Tulasne, mon complice en dégustation vendéenne. Photo©MichelSmith

Ainsi donc, une fois de plus, et pour la deuxième ou troisième fois dans ce blog (vous pouvez relire au passage mon dernier article sur les rosés vendéens), je vais vous parler de la Vendée vineuse et de cinq de ses bulles les plus fameuses (Méthode Traditionnelle et Vin Mousseux de Qualité), des bruts dénichés sur place à la propriété ou chez des cavistes et dégustés entre amis, j’allais presque dire « en famille », dans le salon de Benoît à deux ou trois rangées de vignes entrecoupées de ronds-points et de zones pavillonnaires des Sables-d’Olonne, à portée de vue des marais et de la pinède. Faute de moyens, faute d’organisation, je n’ai pu rassembler à l’improviste la totalité des cuvées sur le marché, mais avec Benoît et grâce au soutien logistique de certains vignerons, nous avons pu organiser quelque chose de concret comme en témoigne ce qui suit…

Photo©MichelSmith

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-On commence par le Domaine Saint-Nicolas, avec le rosé Be Swing de pur Pinot noir. D’un rose pâle, à peine troublée par des bulles plutôt fines, la robe est séduisante. Le nez porte plus sur les fleurs printanières, tandis que la bouche est ferme et sans ambiguïté du début à la fin avec une finale légère sur les fruits rouges. Un vrai vin de récréation (12 € départ cave) capable de se mesurer aux bouquets, crevettes et fritures de la mer. Dans le même esprit, le blanc Be Bop de Thierry Michon, un pur Groslot gris, est quant à lui plus neutre malgré ses deux années de vieillissement sur lattes. Peut-être profitera-t-il d’un vieillissement prolongé en cave ? En attendant, Thierry, le « grand sauvage » de Brem, comme on le surnomme parfois, se prépare à construire une toute nouvelle cave sur L’Ile-d’Olonne. On en reparlera après la vendange 2015 !

Photo©MichelSmith

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-Au Domaine de La Barbinière, dans le secteur de Chantonnay, la famille Orion se lance elle aussi avec succès dans les bulles et il est prévu qu’elle aille jusqu’à moderniser son étiquette ! À moins de 9 € chez un caviste des Sables-d’Olonne, son brut à majorité Chenin (40 % de Pinot noir) est le moins cher de la série. Il fait dans la vivacité, la propreté et la sincérité avec d’agréables petites notes de sous bois au nez, ainsi qu’un fruit efficace en bouche. Parfait à l’apéritif sur de fines lamelles de rillons, par exemple.

-Chez Mercier, à Vix, le flacon de brut prend des allures de grande cuvée avec un Lys cuvée M millésimé 2012 (14 € chez un caviste local) composé pour l’essentiel semble-t-il de Pinot noir, du moins si l’on en croit la fiche technique sur le site. Mais je signale ceci avec toutes les réserves qui s’imposent étant donné qu’il s’affiche comme un blanc de blancs ! Nez de croûte de fromage à pâte dure manquant un peu de finesse, simple et direct en bouche, le vin se conduit honnêtement avec une finale sur la fraîcheur. C’est un peu dommage pour lui, mais on le boirait plus volontiers en kir royal, avec une bonne dose de crème de cassis.

Photo©MichelSmith

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Jérémie Mourat, à Mareuil, en son domaine du Clos Saint-André, vinifie le haut du panier des effervescents de Vendée, un blanc de noirs (Pinot noir sur schiste) joliment présenté et étiqueté du chiffre laconique 11.36. En fait le 11 représente le millésime et 36 la durée de mûrissement sur lattes exprimée en mois. Cette cuvée non dosée faisant suite au 11.22, il est probable que Jérémie le perfectionniste lance dans les prochains mois une cuvée allant, qui sait, au-delà des 36 mois d’élevage. La base de 2011 est ici complétée par 30 % de vins de réserve élevés en double barriques portant sur les millésimes 2008, 2009 et 2010 ce qui a pour vertu principale de complexifier la cuvée. Mais je n’irai pas plus loin dans l’explication vu que la contre-étiquette, un modèle du genre, est des plus explicatives. La robe est marquée par les reflets dorés, tandis que le nez est plein de sève, fin, légèrement boisé. Le bois revient en bouche au moment de l’attaque, mais laisse aussi ressortir le côté pommé du Pinot sur un joli fond acidulé, une remarquable structure fraîche, une certaine longueur et une finale sur le fruit. À tester sur une volaille ou une perdrix. Autour de 15 € chez un caviste.

Michel Smith


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Intrusion volcanique, la Jasse Castel à Montpeyroux

On marche parfois sur un ancien volcan sans s’en rendre compte…

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À Montpeyroux, sur le causse, en plein calcaire, on remarque les témoignages d’une ancienne éruption. Quelques gros cailloux d’un noir d’encre se mêlent aux éclats gris clair. Au pied du Pic Baudille qui domine le village languedocien de Montpeyroux, un cratère marque la trace d’un cataclysme antédiluvien. Aujourd’hui, la vigne y pousse…

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On y marchait Hervé et moi, arpentant le causse l’oreille attentive aux explications de Pascale… Puis ou avant, ça n’a pas vraiment d’importance, on a dégusté ses cuvées, en voici deux, une blanche, une rouge qui m’ont plu, choix difficile, à la Jasse tout est bon !

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L’Égrisée 2013 AOP Languedoc La Jasse Castel

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«L’Égrisée c’est de la poudre de diamant utilisée par les joailliers pour polir les diamants. C’est l’envie de faire un vin blanc vif et tranchant, pur et sans artifices» minaude Pascale Rivière.
Une petite robe jaune lumineuse et guillerette aux reflets verts. Au nez qui respire le causse à la levée du jour, moment où les parfums de fleurs d’amandier et d’aromates se mélangent aux effluves minéraux mouillés de rosée.
La bouche poivrée relève la fragrance délicate de la camomille et du fenouil. Fraîche, elle savoure le citron jaune nuancé de guimauve et de mélisse.

Le vin assemble 70% de Grenache, 15% de Carignan blanc et 15% de Roussanne. Il est vinifié et élevé en cuve.

Quoi qu’on mange avec ?

La bonne fraîcheur du vin l’accorde sans problème aux charcuteries. Poissons et fruits de mer l’agréent. Les fromages de chèvre pas trop affinés.

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La Pimpanela 2012 Montpeyroux La Jasse Castel

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«La Pimpanela signifie en occitan la pivoine, et en occitan toulousain, la femme dégourdie» explique Pascale
Robe d’un tendre violet pourpre qui avoue la jeunesse pétante du vin.
Le nez très épicé qui nous offre poivre et réglisse avant de cueillir rose et réséda.
La bouche très gouteuse qui débute comme le nez par les épices, puis évolue vers les pâtes de fruits. L’ensemble est cousu dans une soie tannique au grain très fin, ce qui le rend vraiment savoureux. La longueur renforce épices et fruits.

Le vin assemble 40% de Grenache, 30% de Syrah et deux fois 10% de Carignan et Cinsault élevé pendant 12 mois en cuve, ce qui lui laisse toute la saveur du fruit.

Quoiqu’on mange avec ?

Ça me prend des fois de donner quelques indications d’accords, c’est toujours utile ces petites suggestions. Donc, juteux, il fonctionne à merveille avec toute viande rouge. Le lapin aux pruneaux le rend volubile.

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La Jasse Castel,le domaine de Pascale, une personne attachante

Pascale Rivière exploite une bonne dizaine d’ha dont 3,8 ha en Montpeyroux, appellation particulière des Terrasses du Larzac. «Le coup de foudre pour mes premières vignes, les plus hautes sur le causse de Montpeyroux (400 m), et pour une bergerie du 17es, m’a transformée de citadine en vigneronne. A priori rien ne me destinait à être un jour vigneronne et tout m’y a conduite.Journaliste, enseignante, écrivain, pour le vin, l’envie croissante de passer à l’action en créant un domaine viticole s’est concrétisée en 1998» raconte Pascale. Dix ans plus tard, le domaine est passé en mode biologique.

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http://lajassecastel.wix.com

 

 

 

Ciao

 

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Marco


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Adieu Clos Roche Blanche in the Cher Valley

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Didier in the cellar

Didier in the cellar: September 2014

This autumn saw the last harvest for one of the. Cher Valley’s iconic domaines – Le Clos Roche Blanche. Catherine Roussel and Didier Barrouillet will be retiring, so after 2014 there will be no more bottles of their Sauvignon Blanc, Côt, Cabernet Franc, Gamay, Pineau d’Aunis Rosé and an occasional red Pineau d’Aunis as well Cuvée Pif a blend of Cabernet Franc and Côt.

I first met Didier back in 1989 and then Catherine shortly afterwards when they were farming conventionally, although it wasn’t long before they converted to organic viticulture and then for a time they went biodynamic. Already their wines stood out – I can still remember how good their 1989 Gamay was. Didier started working at Roche Blanche in 1981.

This account from the site of Louis Dressner, their US importers, fills in some of the background. http://louisdressner.com/specialfeatures/Peasants/Catherine+Roussel+and+Didier+Barrouillet

They moved away from biodynamics and increasingly Catherine and Didier followed their own instincts and remained independent of vinous sects. Their vineyards became a riot of colour with lots of wild flowers to attract a multitude of insects to keep a natural balance. This is such a wonderful contrast to the high percentage of lifeless vineyards in Touraine that are systematically blitzed by weedkiller.

Michel Smith@Le Clos Roche Blanche in June 2012

MichelSmith@ClosRocheBlanche

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Didier discovered that by planting a single wild leek close to a plant suffering from Esca – a wood fungal disease that attacks and kills vines and which is now a major problem – the vine would sometimes recover. It may be that the wild leek provides micro-bacteria protection around the vine’s roots.

Catherine and Didier have been down-sizing for a number of years now – selling off vineyards with some going to Noëlla Morantin, who is a very worthy successor to Catherine and Didier and is also imported into the US by Louis Dressner, where their wines enjoyed a richly deserved success.

The remaining vineyards have been divided between Julien Pineau and Laurent Saillard, Noëlla’s partner. Each will make their own wine, so it will be fascinating to follow the ‘descendants’ of Catherine and Didier – Noëlla, Julien and Laurent! While N.J.L. can be said to be Catherine and Didier’s direct descendants they have inspired a number of the most interesting producers in the Cher Valley – Jean-François Merieau, Jérôme and Dominique Sauvété and Vincent Ricard are three examples.

Reports on Jim’s Loire of their last vintage are here:
http://jimsloire.blogspot.co.uk/2014/10/clos-roche-blanche-touraine-picking-120.html

http://jimsloire.blogspot.co.uk/2014/09/clos-roche-blanche-ac-touraine-historic.html

Fortunately the wines of Le Clos Roche Blanche keep well and we still have some stock so will be able to enjoy Catherine and Didier’s wines for a number of years yet. Recently we enjoyed one of the last bottles of the lovely 1996 Gamay.

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Steamin' towards 2015....
Steamin’ towards 2015…. Mes meilleurs voeux for 2015!!

Jim-Dacotah


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Toscana tre : sous l’influence maritime

En Toscane, il n’y a pas que le pays du Chianti Classico (voir mes deux articles précédents sur le sujet) qui soit concerné par le cépage Sangiovese. En regardant vers la Corse, l’île d’Elbe, Giglio et la Sardaigne, en gros vers le sud-ouest, bien au-delà des tours de San Gimignano, de Volterra et de Montalcino, se cache une ultime barrière montagneuse, dont ces étranges colline metallifere – les Étrusques qui peuplaient la région jusqu’au X eme siècle étaient orfèvres en matière de travail des métaux – avec un versant largement ouvert sur la Méditerranée, bien à l’abri du gel, permettant aux vignes de se développer dans un cadre encore plus azuréen, pins parasols et oliviers inclus. C’est la Toscane maritime, aussi appelée le pays de la Maremma qui, au passage, donne son nom à un parc national de toute beauté au sein duquel on déniche de beaux villages perchés, comme Roccastrada, Monticiano et Radicondoli pour ne citer que ces trois-là, entre Sienne et Grossetto. Mais il faut bien l’avouer : à moins d’un miracle, plus qu’ailleurs le Sangiovese, qu’affectueusement ici on nomme Sangioveto, est en perte de vitesse en Maremme, dépassé qu’il est par le Cabernet, le Merlot et la Syrah. Le rencontrer va être bien plus difficile que dans le Chianti.

Photo©MichelSmith

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Le voyage peut se prolonger une semaine au moins pour peu que l’on s’intéresse à l’histoire, aux beaux-arts et à la beauté intérieure de villes comme Lucca, Pisa et Livorno, au nord, ou plus au sud, aux charmes des plages et des pinèdes ou des petits ports comme San Vincenzo ou d’autres villages comme Massa Maritima, Suvereto, Castagneto-Carducci ou Castiglioncello. Ici, englobant des terrasses et coteaux au dessus d’anciens marais assainis au fil des siècles, une appellation brille depuis une trentaine d’années après avoir attiré vers elle quelques aventuriers célèbres et fortunés, pour beaucoup italiens. Ils sont venus rejoindre les environs de la commune de Bolgheri qui donne son nom à une appellation passée d’abord D.O.C.  pour ses blancs et rosés en 1983, puis pour ses rouges à partir de 1994. Depuis, ce sont les rouges qui tiennent la vedette. Ils ont l’allure de « super toscans », ce qui revient à dire qu’ils sont d’inspiration grands crus bordelais avec de longs et parfois poussifs élevages en barriques à partir de vins composés de cépages comme le Cabernet Sauvignon et (ou) Syrah et Merlot. Comme dans le Midi avec le Carignan, on assiste à une mise à l’écart d’un cépage pourtant local :  le Sangiovese ne doit pas dépasser 50 % de l’encépagement. Un scandale à mes yeux !

Photo©MichelSmith

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Tout cela à cause, ou grâce, au marquis piémontais Mario Incisa della Rochetta qui, tandis qu’il étudiait à Pise, rêvait d’un vin à la hauteur de sa noblesse. Dans sa propriété d’été de San Guido, en gros 2.500 ha (en partie classés réserve naturelle) allant de la mer aux portes de Bolgheri, il élevait des chevaux de course, tradition qui perdure encore de nos jours. Un jour, il planta 3 ha de Cabernet dans les années 1940 sur une terre de cailloux et d’argile ferrugineuse, 9 ha par la suite pour arriver aujourd’hui à 80 ha grâce au travail de son fils, Nicolo qui entretient aussi de nombreux oliviers. Mario fut encouragé dans les années 70 par Luigi Veronelli, l’un des critiques vins et gastronomie les plus respectés d’Italie. Il était tombé en pamoison devant son vino da tavola Sassicai, un rouge que les anglais de Decanter placèrent en 1978 devant plusieurs grands crus du Médoc. À l’époque, le Sassicaia était encore réservé aux amis, mais progressivement une partie non négligeable fut distribuée par la maison Antinori dont la famille est liée aux Incisa della Rochetta. En 1983, Mario décède et c’est son fils, Nicolo, qui prend les choses en mains, bien décidé, tout en s’occupant de ses chevaux, de faire de Sassicaia le grand cru de la Toscane. En 1994, il marchese obtient sa propre appellation, Bolheri-Sassicaia.

De son côté, un autre marquis (globe-trotter, celui-là), Lodovico Antinori, le neveu de Nicolo qui, comme toute famille noble de Toscane possède lui aussi une grosse propriété dans le proche voisinage de Bolgheri, se fait construire en 1986 une cave d’architecture contemporaine pour recevoir les fruits de ses 60 ha en partie consacrés à son vin vedette tiré à 130.000 exemplaires (lors de ma dernière visite en 2001) qu’il baptise Orneialla. Presque en même temps, il est imité par son frère, Piero Antinori qui, en plus de ses super toscans (« Solaia«  et « Tignanello ») vinifiés du côté de Firenze, choisit de s’implanter à côté, dans la Tenuta Belvedere, où dans le cadre d’une ferme de 900 ha (sans les bois), il consacre 240 ha à la vigne plantée de cépages bordelais et de Syrah, le tout entièrement mécanisé. Sous l’appellation Bolgheri Superiore (rouge), il fait vinifier  le Guado al Tasso d’un côté, puis, en Bolgheri « tout court », son blanc à base de Vermentino. Dans la foulée, et même bien avant, un riche entrepreneur milanais, le pionnier Piermario Meletti Cavallari, s’installe sur les hauteurs de Bolgheri et lance avec succès le rouge Bolgheri Superiore (Cabernet) issu de son Grattamacco, domaine qu’il revendra quelques années plus tard.

Le plus grand vin d'Italie ? Photo©MichelSmith

Le plus grand vin d’Italie ? Photo©MichelSmith

Avec mes amis, grâce à l’amicale entremise de Paolo Valdastri qui fut mon guide autour de Bolgheri en 2001, je suis retourné voir Nicolo Incisa della Rochetta que j’avais rencontré pour un reportage publié à l’époque dans la revue Saveurs. À vrai dire, je ne l’ai pas trouvé en aussi bonne forme que la dernière fois, mais il parle toujours un Français impeccable et prend un plaisir certain à faire goûter ses vins aux visiteurs dans les chais modernes qu’il a fait construire il y a peu, à l’écart de la magnifique allée de cyprès antiques qui, sur 5 km à peine, conduit au village de Bolgheri. Désormais, le marquis commercialise trois cuvées et Sassicaia, le grand vin, compte pour environ le quart de la production. Les voici telles que goûtées. À noter : un étiquetage résolument triste et conventionnel qui dénote si on le compare aux autres crus de la Maremma.

-IGP Toscana « Le Difese » 2012 – C’est le seul vin du secteur qui revendique 30 % de Sangiovese associé au Cabernet Sauvignon, chaque cépage étant vinifié en de vieux foudres d’acacia puis élevé 12 mois en barriques de chênes français et américains. Le nez est assez fin, l’accroche en bouche se fait sur l’amplitude. On a un petit goût toasté suivi d’une fraîcheur d’une belle intensité, merci au Sangiovese. Entre 15 et 20 €.

Paolo Valdastri, notre guide sur Bolgheri. Photo©MichelSmith

Paolo Valdastri, notre guide sur Bolgheri. Photo©MichelSmith

-IGP Toscana « Guidalberto » 2012 – Cabernet Sauvignon pour l’essentiel, avec 40 % de Merlot, on a un chouïa plus de barriques (15 mois) de plusieurs origines. Plus de densité et d’amplitude que sur le précédent, avec une bonne structure et un boisé légèrement fumé pour signer la finale. Bien noté par Parker (92), le vin est commercialisé 45 € la bouteille par Millesima. Deux à trois fois trop cher pour moi.

Bolgheri Sassicaia 2011 – Grosse majorité de Cabernet Sauvignon (15 % de Cabernet Franc), vinification en foudre d’acacia et élevage de 24 mois en barriques de chêne français, le vin est toujours très large en bouche pour devenir de plus en plus profond. Belles notes de fruits rouges (cassis, cerise noire) bien mûrs et finale étirée sur une grande longueur. À titre indicatif, le 2009 est à près de 210 € le flacon chez Millésima. Le 2012 goûté en avant-première, m’a paru plus harmonieux et plus frais. Lors d’une précédente dégustation de ce cru, j’avais été impressionné par 1998 et 1999.

Il marchese Nicolo Incisa della Rocchetta. Photo©MichelSmith

Il marchese Nicolo Incisa della Rocchetta. Photo©MichelSmith

Dans le même secteur, un enfant du pays, Eugenio Campolmi, joue la carte du Bolgheri avec son « Le Macchiole »  (Syrah, Cabernet, Merlot), mais aussi avec son « Paleo » (Cabernet Franc), son « Scrio » (Syrah) et son « Messorio » (Merlot) cuvée que j’avais fort bien noté lors d’un précédent voyage dans sa version 1997. Au Castello del Terriccio (1700 ha dont 40 ha de vignes), les vins m’avaient impressionné, mais le Sangiovese y était presque banni au profit des sempiternels cépages bordelais, Petit Verdot compris. Sauf dans la cuvée « Tassinaia » où il se trouvait assemblé avec le Merlot et le Cabernet Sauvignon. Dans le millésime 1998, ce vin était marqué par la finesse et la fraîcheur. Là aussi, je reste persuadé que le Sangiovese y était pour beaucoup… Pour trouver le cépage toscan à l’état pur, il m’a fallu aller à la rencontre de la dynamique Rita Tua près de Suvereto. La fraîcheur de son « Pelato del Bosco » 1998 m’avait épaté. Aujourd’hui le domaine a été repris par sa fille et son gendre.

Le lardo, maillure compagnon du vin toscan. Photo©MichelSmith

Le lardo, meilleur compagnon du vin toscan… Photo©MichelSmith

On m’a aussi beaucoup parlé de l’Azienda Pakravan-Papi, près de RiparbellaAmineh Pakravan et Enzo Papi ont réimplanté dans les années 2000 le presque disparu clone de Sangiovese Picolo donnant des baies bien plus petites que le très répandu Sangiovese Grosso. Associé au Merlot dans une cuvée, puis aux deux Cabernets dans une autre, on le trouve à l’état pur dans le Toscana « Gabbriccio » que je n’ai pu hélas goûter. En revanche, au restaurant, nous avons bu une très agréable bouteille d’IGP Costa Toscana « Keos » 2012 du domaine Ampeleia, un rouge toujours exempt de Sangiovese, mais composé de Grenache, Carignan, Mourvèdre, Alicante et Marselan, un vin très équilibré, souple et facile servi sur table à 16 € ! En revanche, le vin suivant, un pur Sangiovese provenant d’une DOC voisine Montecucco, de l’Azienda biologica Leonardo Salustri, cuvée « Grotte Rosse » 2008, présentait une robe un peu évoluée et donnait une impression de chaleur et de suavité en bouche. Le même domaine fait une autre cuvée de Sangiovese « Santa Marta » que nous n’avons pu déguster.

Photo©MichelSmith

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Tim Manning, œnologue britannique installé en Toscane semble-t-il pour de bon, a profité de notre incursion sur la côte toscane pour nous faire visiter une de « ses » propriétés, le domaine biologique Valdonica, sis à Sassofortino. C’est un Autrichien, Martin Kerres, qui s’est installé dans cette ancienne bergerie sur le flanc d’une montagne où, en quelques années, il a su redonner vie à de belles terrasses dominant la Toscane maritime et la plaine de Grossetto. Entre Sienne et la côte, la vue est splendide et des chambres d’hôtes bien aménagées permettent d’en profiter. Tim surveille ici les vinifications de ce domaine de 9 ha pour le moment, où tous les principaux clones de Sangiovese sont représentés dans trois cuvées avec pour objectif d’atteindre, en attendant de nouvelles plantations, 100.000 bouteilles en production. À noter, un splendide blanc pur Vermentino, et un autre moitié Trebbiano, moitié Malvasia (14 € chacun) tout aussi plaisant.

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IGP Maremma Toscana Rosso « Arnaio » 2011 – Seulement 10 % de Cabernet Sauvignon dans ce Sangiovese (raisins achetés) marqué par des notes de petits fruits rouges et de tannins modestes. Un joli vin de soif  pour environ 15 €.

DOC Monteregio « Le Saragio » 2010 – De pur Sangiovese, Saragio est le nom d’une cerise locale et, à la dégustation, il est évident que ce vin offre des arômes de cerise. Toujours à partir de raisins achetés, indépendamment du fruit, c’est une belle et désaltérante acidité qui se propage en bouche. Environ 20 €.

IGP Maremma Toscana Rosso 2012 – Vinifiée à partir de raisins « maison », cette cuvée de pur Sangiovese nous offre un vin franc d’attaque aux jolies notes de cuir, ample et profond à la fois, avec une finale sur la réglisse fraîche.

DOC Monteregio Riserva « Baciolo » 2009 – Pur Sangiovese toujours, raisins achetés, on a de l’amplitude confrontée à une matière charnue et d’apparence très mûre. Tout cela fait place à une fraîcheur bien nette et de belles notes fruitées en finale. Environ 25 €.

La semaine prochaine, mon carnet d’adresses très privé réservé aux amis !

Photo©MichelSmith

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Michele Smith


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Toscana due : le Sangiovese dans tous ses états.

Second volet de mon expédition en Toscane cet automne. Aujourd’hui, nous allons pénétrer plus en profondeur le cœur du Chianti Classico. Pour ceux d’entre vous qui prendraient le train en marche, je vous recommande la lecture de mon article de Jeudi dernier afin de bien comprendre l’essentiel de ma démarche et de celle de mes camarades. Ce voyage ne pouvait se faire et être utile que si nous acceptions de nous concentrer en priorité sur le grand cépage local qu’est le Sangiovese. Pour vous donc, je vais ouvrir mon carnet de bord en commençant par quelques unes de nos visites. Je vous préviens, je reviendrai la semaine prochaine, avec un épisode plus maritime…

Sienne... Photo©MichelSmith

Sienne… Photo©MichelSmith

Il Borghetto

Les bouteilles sont bourguignonnes – les seules à ma connaissance dans le Chianti – ce qui ne semble pas être du goût des pontes de l’appellation. En plus le bouchage se fait à l’aide de vis ! Résultat, bien qu’en plein territoire du Chianti Classico, Antonio Cavallini, secondé par l’œnologue Tim Manning, préfère se consacrer à l’IGP (Indicazione Geografica Protetta) Toscana après avoir longtemps tâté du Classico. Une trentaine d’hectares de bois, de vignes (grosse majorité de Sangiovese) et d’oliviers dans un somptueux cadre campagnard. Il y a aussi des chambres d’hôtes et la cuisine maison est réputée !

IGP Toscana « Billacio » 2010 – Est-ce la bouteille ? Je ne suis pas le seul à lui trouver un style bourguignon. D’emblée, ce pur Sangiovese surprend par sa chaleur et son enthousiasme vite compensés par une belle fraîcheur teintée d’élégance. Copieux et volumineux, long aussi, il s’achève en douceur sur des notes de cassis très mûr (27 €).

IGP Toscana « Clante » 2009 – Robe légèrement ambrée, le nez est d’une grande finesse. Un peu moins solaire que le précédant, il s’abandonne en bouche avec volupté sur des notes confites discrètement boisées (2 ans d’élevage en barriques).

Tim Manning dans l'oliveraie de Borghetto. Photo©MichelSmith

Tim Manning dans l’oliveraie de Borghetto. Photo©MichelSmith

Castello di Ama

Si ce n’était la présence de champs d’oliviers, le décor presque caussenard aux collines parsemées de petits chênes verts pourrait être celui du Quercy. On arrive au hameau d’Ama la faim au ventre car on nous a vanté un restaurant de charme (fermé le mardi) tenu par deux dames. Sans attendre le vin rosé (Sangiovese et Merlot), on se jette sur les crostini noyés par un flot d’huile d’olive nouvelle ! Le repas sera excellent et pas trop ruineux. Et il nous permettra de goûter les vins. Ici, la notion de cru n’est pas vaine puisque certaines parcelles embouteillées à part sont hautement regardées par la critique tant italienne qu’américaine. Légère entorse à notre règlement interne, le pur Sangiovese n’existe pas en ce domaine de 90 ha de vignes vendangées en caissettes de 12 kg et dirigé par l’œnologue Marco Pallanti très marqué par son passage à Bordeaux. Pas grave, puisque la plupart des cuvées, remarquablement vinifiées, sont présentées dans un beau registre de maturité. Elles accordent pour la plupart le minimum de 80 % au Sangiovese dans les assemblages de Classico. Voir aussi ma dégustation lors d’une précédente visite

Chianti Classico Riserva 2009 – Un classique tout simple (10% de Merlot) et bien tourné que l’on boira de préférence frais et en entrée sur un pâté de grives, par exemple (33 €).

Chianti Classico 2011 – Toujours 80 % de Sangiovese, 15 jours de macération et une année d’élevage en barriques, voilà un vin élégant, facile, équilibré et soyeux (85.000 bouteilles, 30 €).

Chianti Classico 2010 Gran Selezione « San Lorenzo » – Premier millésime arborant cette nouvelle mention Gran Selezione, San Lorenzo (10% de Malvasia Nero et 10% de Merlot) est considéré comme le haut du panier des vignes du domaine sur lesquelles sont opérés un tri sévère. Complet, ferme, dense, matière élégante, joli fruit, c’est aussi le plus cher de la gamme (37 €).

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Riecine

Au flanc d’une colline entre Florence et Sienne, ce domaine de 35 ha n’en a pas fini d’étrenner sa cave-balcon (vue magnifique) ultra moderne construite toute en longueur en 2012 sur 750 m2. Aujourd’hui, Riecine est entre les mains d’un famille Russe qui a eut la bonne idée de garder dans ses murs le vinificateur Anglais (malgré son nom Irlandais) Sean O’Callagham, présent ici depuis plus de 12 ans après plusieurs années en Allemagne où il a obtenu son diplôme d’œnologie. Sean, qui fait office de directeur d’exploitation, a longtemps travaillé avec John Dunkley, lui aussi Britannique, l’ancien propriétaire des lieux. Les deux s’étaient donnés pour mission de tout faire pour que leur cépage chéri, le Sangiovese, produise les meilleurs vins possibles. Respect des sols, levures indigènes, pigeages à la main, cuves de petites tailles en ciment (Nomblot), inox et bois… rien n’est laissé au hasard.

Chianti Classico 2012 – Pur Sangiovese, il rassemble un peu de toutes les vignes du domaine pour un vin léger, discrètement épicé, fruité pur, paraissant facile mais de belle texture, finale en apothéose et prêt à boire après un court passage en carafe (15 €). La version 2011 est plus vive, plus mordante et nécessite un temps de mise en carafe plus long. Les deux sont à boire sur un lapin rôti à la broche, par exemple, ou une pintade aux choux.

IGP Toscana « La Goia » 2009 – À 95 % Sangiovese, après 2 ans d’élevage en barriques de 2 vin, plus un an d’affinage en bouteilles, ce vin qui se veut dans l’esprit d’un « super toscan » impressionne par son nez magnifique, sa densité profonde, sa puissance et ses notes de boisé épicé (10.000 bouteilles, 30 €). Dans la même trame, un 2006 se goûte divinement bien grâce à un surcroît de fraîcheur, d’amplitude et de longueur.

Photo©MichelSmith

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Fontodi

Il y a aussi de la Syrah dans cette propriété entre les mains de la famille Manetti depuis 1968, un nom connu dans la région pour ses fabriques traditionnelles de tuiles en terre cuite, spécialité qui les amène actuellement à faire des essais de vinification et d’élevage dans des cuves en terracotta. Une propriété proche de Panzano, forte de 130 ha dont 70 ha en vignes cultivée en agriculture biologique.

Chianti Classico 2011 – Cent pour cent Sangiovese, élevé un an en barriques de chêne (Tronçais et Allier) le vin affiche une belle robe solide et un nez fin. Belle franchise en bouche, structure, densité et petits tannins rafraîchissants (170.000 bouteilles).

Chianti Classico Riserva « Vigna del Sorbo » 2009Sangiovese à 95 % (le solde en Cabernet) élevé pour moitié en barriques neuves durant deux ans, le reste en barriques usagées, le vin présente un nez opulent et concentré (notes de café) sur une bouche assez boisée. Le 2010 et le 2011 bénéficient d’ores et déjà de la nouvelle mention Gran Selezione (30.000 bouteilles).

IGT Colli Toscana Centrale « Flaccianello della Pieve » 2009 – Pur Sangiovese, la cuvée met en avant les plus beaux raisins du domaine avec un élevage de 2 ans en barriques neuves. Joli nez précis et fin, fruité (cerise) en bouche, épicé aussi, belle longueur (60.000 bouteilles). La version 2011 resplendit de fraîcheur et offre des notes toastées et chocolatées.

Photo©MichelSmith

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Castello dei Rampolla

Non loin de Panzano, on retrouve une surprenante variété de vignes (Syrah, Pinot noir, Cabernet, Petit Verdot en plus du Sangiovese, presque toutes enherbées, plantées à 6.000 pieds à l’hectare) dans un ensemble de 130 ha, dont 32 ha en vignes sur des terres assez calcaires, à plus de 300 mètres d’altitude. Dans la famille di Napoli Rampolla depuis 1739, ce sont désormais Luca et Maurizia (frère et sœur) qui donnent une orientation biodynamique au domaine. Après avoir travaillé à Castello di Ama jusqu’en 2000, Marcus, un Allemand autodidacte dirige la cave et le vignoble avec brio et passion. La cuverie et la cave semi enterrée méritent une visite. Une cuvée vedette nommée « Sammarco » est cependant fortement marquée par le Cabernet Sauvignon.

Chianti Classico 2012 – Un peu plus de 90% de Sangiovese dans cette cuvée d’un bon rapport qualité-prix. Complété par le merlot et le cabernet, voilà un beau vin, franc, direct, très propre et joliment frais (12 €).

IGT Toscana 2010 – Dédié au seul Sangiovese, on a un vin souple et aimable assez représentatif d’une vison moderne du cépage, avec ce qu’il faut de matière et de tannins souples, sans oublier une bonne longueur en bouche (15 €).

Photo©MichelSmith

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Monteraponi

Atteint comme beaucoup d’autres toscans par le virus de l’agriturismo, Mauricio Castelli a choisi de laisser les ateliers d’argenterie à d’autres membres de la famille, à Florence, pour mieux se retirer dans cette ferme-hameau achetée dans les années 70, posée à 600 m d’altitude et restaurée avec soins. De là il peut chasser la bécasse à sa guise sur ses 200 ha de terres (beaucoup de bois), tout en consacrant une partie de son temps à ses 10 ha de vignes, à ses 1.300 oliviers et à ses passions affichées pour la Bourgogne et le cigare. Ici, tout semble petit et traditionnel, l’équipement étant de taille humaine : la production ne dépasse guère 50.000 flacons, la culture est organique, la cave dispose de cuves ciment et de jolis foudres faits spécialement en Bourgogne. Quant à la vigne, elle est tellement précieuse que, pour se protéger des sangliers, elle est clôturée sur deux mètres de hauteur ! En dehors des rouges, on relève trois cuvées vedettes : un divin blanc de Trebbiano (vignes de 44 ans et seulement mille bouteilles) et un rosat issu d’une saignée sur Sangiovese de 40 ans et Merlot pour également un millier de bouteilles, sans oublier un Vin Santo 2005 discrètement rancioté  !

Chianti Classico 2012Sangiovese, bien sûr (avec 5 % de Canaiolo), de jeunes vignes de différent clones, c’est un vin droit et bien sec, marqué par de jolies notes de fruits rouges boisés, très agréable à boire frais sur une terrine ou un petit gibier (15 €).

Chianti Classico Riserva « Il Capitello » 2011 – Grosse majorité de Sangiovese (7 % Canaiolo et 3 % Colorino) à 420 mètres d’altitude, il s’agit là des plus vieilles vignes du domaine avec un élevage de 26 mois en foudres de bois français. Pas de filtration à l’embouteillage. Nez finement boisé, beaucoup de sève en bouche, magnifique structure, beaucoup de longueur et finale sur le fruit (cerise à l’eau-de-vie) mêlé aux tannins sobres et à la fraîcheur (33 €).

Chianti Classico Riserva « Baron Ugo » 2010 – Le plus acclamé des vins de 2010, ce presque pur Sangiovese d’altitude (570 mètres, avec du Canaiolo et du Colorino sur un peu moins de 10 %) porte le nom d’un des premiers seigneurs du lieu. Il est élevé 36 mois en foudre de chêne (Allier et Slavonie) et mis en bouteilles sans filtration. On a de la finesse au nez, mais j’ai du mal à l’apprécier en bouche en dépit (ou à cause) d’une attaque vive et mordante. Il faudrait à mon avis le décanter deux heures avant le service (50 €).

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Isole e Olena

Débarqué en 1976 après avoir quitté le Piémont et ses vignes familiales, Paulo de Marchi s’est vite rendu compte que le schéma qu’on lui proposait ici – le Sangiovese associé aux cépages dits « internationaux » – n’était guère malin, qu’il manquait de finesse et d’authenticité. Songez que l’on pouvait même à l’époque l’associer à des raisins blancs ! C’est donc tout naturellement qu’il est devenu l’un des plus ardents défenseurs du cépage toscan largement représenté aujourd’hui dans sa propriété de près de 300 ha, dont 49 ha en vignes. Mais il n’a pas pour autant arraché sa Syrah (qui donne un vin fin, mais aussi dense et tannique), son Pinot Noir ou son Chardonnay, cépages récréatifs à ses yeux. Avec son épouse argentine, Marta, on sent que l’accueil au domaine fait partie des gènes : inlassablement, ils expliquent leurs vins et justifient leurs choix avec passion. Et ils ne quittent jamais les visiteurs sans un passage dans la maison dédiée au vin santo, là où le raisin sèche lentement sur ses claies de roseaux. Environ 20 % du domaine est vendangé à la machine.

Chianti Classico 2012 – Complètement sur le fruit, pas compliqué pour deux sous, voilà un Sangiovese dense, équilibré et long en bouche. Un régal !

IGP Toscana « Ceparello » 2011 – Ce « super toscan » de pur Sangiovese qui porte le nom du petit ruisseau au fond de la vallée, séduit immédiatement par sa fraîcheur, son expression enjouée et ses petits tannins presque délicats. Mais ce n’est pas qu’un vin d’apparence facile : dense, il vous transporte en profondeur et il n’est pas prêt de dire son dernier mot. Mon coup de cœur de la tournée !

Vin Santo del Chianti Classico 2005 – Ample, frais et structuré, ce vin d’ambre vendu en petits flacons offre une finale légèrement fumée. La Malvasia domine ici à 60 %, le reste étant l’apanage du Trebbiano.

Michele Smith

Maintenant, ça va être l'heure du caffe ! Photo©MichelSmith

Maintenant, ça va être l’heure du caffe ! Photo©MichelSmith

 

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