Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


9 Commentaires

Graham’s Port et bœuf, un mariage particulier

On a l’habitude de boire le Porto soit tout seul, soit avec du chocolat ou accompagné d’un cigare. Le faire escorter un morceau de bœuf semble un peu plus original et ‘pincée de poivre sur le steak’, ça marche !

C’est lors d’un repas en l’honneur de quelques Portos de chez Symington que l’expérience fut tentée (entre autres). J’ai retenu l’accord entre un vieux Vintage de 1963 et une pièce d’Aubrac richement entourée.

Parlons tout d’abord du vin

 

Graham’s 1963 Vintage Port

D’une belle couleur ocre marron, il offre un nez de gentiane et d’angélique confite auxquelles s’ajoutent des fragrances d’écorce de citron et de caramel légèrement brûlé, ça lui donne un air de baroudeur qui n’est pas dénué de charme. La bouche retrouve le caramel et lui ajoute du poivre et du sel. De la tomate confite s’impose ensuite et confère à l’espace palatin une onctuosité des plus agréables, le confort de bouche, c’est important ! Une fraîcheur qui tient plus de la volatilité capiteuse que de l’acidité vient équilibrer l’élan sucré. La finale s’épice de curcuma et de quinquina.

Avec l’Aubrac

Ou avec toute autre pièce de bœuf qui a du goût, le Porto compte sur les amertumes pour apporter fraîcheur et relief à ce mariage inusité. C’est fou comme l’hémoglobine se combine avec grâce aux accents brûlés du caramel, aux bitters racés de la gentiane et du quinquina, ça nous fait en bouche une impression de satiété qu’on aurait jamais cru. Satiété, j’explique : chaque bouchée donne envie de la savourer comme si elle était unique, sans d’autres qui suivent, ce qui fait qu’on en profite pleinement, à fond. Seul danger, c’est de terminer la viande … froide. Et puis, comme on voit sur la photo, la barbaque n’était pas seule au rendez-vous, mais le Lusitanien ne s’en est guère offusqué. Il a même apprécié l’onctuosité des petits cèpes, l’amertume braisée du chicon (endive pour les Hexagonaux), la végétale du radicchio.

En fait, ce Porto a très bon caractère et se boit avec facilité pour qui ne s’entiche pas de complexité, et l’offre à ceux qui s’en éprennent.

J’avais gardé un peu du précédent…

Dans les repas comme ça, il faut toujours garder un peu du précédent, en l’occurrence, un Graham’s 20 Year-Old Tawny teinté d’un ocre rouge lumineux, au nez de cacao et de noisette grillée, avec des nuances de gingembre et de sablés trempé dans le café. Une bouche grasse, ample, imposante d’alcool, ce qui n’est pas péjoratif, mais tente de définir cette impression de volume capiteux qui vous emplit l’espace palatin sans vergogne. La subtilité arrive après. Il est du style, j’envahit, j’explique après. Des notes de poivre blanc, d’écorces d’orange et de bergamote, du sel, de l’iode, de la réglisse… se mêlent à la douceur du vin, se répandent avec une grande délicatesse et vous caressent les papilles, c’est des plus sensuels.

Mais si j’en ai gardé un peu, c’est pour voir comment il allait se comporter avec le plat. Un très bel accord aussi, mais bien différent. Aérien avec la pointe de sucre du vin qui renforce la saveur poivrée de la viande. Un mariage à la fois riche et délicat dans lequel chacun des partenaires semble hésitant ou timide, ne voulant pas s’imposer à l’autre, mais trouver les affinités pour mieux accorder les dissemblances.

Bon, on ne sortira pas systématiquement un Porto à chaque fois qu’on mange une entrecôte, mais tentez l’expérience, c’est sympa.

Bon ap’

 

Ciao

Marco


2 Commentaires

Italie du sud, gourmandise et fraîcheur

Tout d’abord la gourmandise avec l’Immensum, un rosso des Pouilles. Un vin du sud de l’Italie qui nous étonne autant par son fruité généreux à la maturité exquise que par sa fraîcheur. On croit toujours que les vins sudistes, baignés de soleil, sont lourds et capiteux. Cette idée a fait son temps, du moins chez les bons producteurs qui recherchent l’équilibre dans leurs vins.

Immensum 2015 Riserva Salice Salentino AOC Candido

 

La robe grenat se parfume de fruits rouges et noirs très mûrs qui semblent se confirent et se mélanger de poivre noir, de cacao et de réglisse à chaque gorgée. On y décèle également des senteurs de thym, de sauge et une note de lavande. La bouche est ronde, presque sucrée, ample et suave, aux tanins mûrs. Ce qui donne au vin une texture très soyeuse et veloutée. La longueur nous offre des pâtes de fruits aux goûts de prune sombre, de cerise et de fraise noires, de mûre. Une fraîcheur agréable porte l’Immensum du début à la fin. Un vino con una freschezza piacevole.

Cette cuvée est produite à partir du seul Negro Amaro qui pousse en gobelet en mode biologique. La vendange éraflée macère une vingtaine de jours avec remontages réguliers. Élevage de 8 mois en barriques et encore 2 mois d’affinage en bouteilles.

Le domaine

Il fut créé par Francesco Candido en 1929 à San Donati, village des Pouilles au sud de Brindisi. Le but de la structure était de vinifier les 400 ha de vignes en propriété. Aujourd’hui, Alessandro Candico, troisième génération, ne cultive plus que 140 ha répartis en cépages autochtones, Aleatico, Negro Amaro, Primitivo, Malvasia Nera e Fiano et quelques cépages internationaux, Montepulciano, Cabernet Sauvignon, Merlot, Syrah e Petit Verdot. Les premiers, en gobelets, se récoltent à la main, tandis que les seconds, sur fils, se vendangent à la machine. www.candidovini.it

Un rouge qui grâce à ses tanins veloutés, sa richesse fruitée, ses épices et sa fraîcheur fonctionne avec le Taleggio, fromage de vache principalement élaboré en Lombardie. Les nouveaux ayatollahs des accords fromages et vins qui ne jurent plus que par les vins blancs pour accompagner les fromages vont crier au scandale. Je tiens à leur préciser qu’un rouge peut très bien s’accorder aux pâtes molles ou dures, mais ce sera un vin et un fromage, et pas tout un plateau couvert d’une huitaine de fromages avec le même rouge. Dans ce cas de figure, un blanc sera plus judicieux. Il ne faut donc pas revenir en arrière et préconiser le rouge à tout crin, comme on l’a fait depuis 150 ans, mais ne rejetez pas tout de go ces quelques accords précis entre un fromage et un vin rouge. Deux conseils, cependant:  jamais de bleu et très rarement de croûte fleurie avec un rouge. Quant au choix précis du vin, évitez les tanins marqués et le bois.

On prolonge en fraîcheur avec Fania, un IPG sicilien fringant cui la finale salata ci fa salivare

Fania 2016 IGP Terre Siciliane Cantine Guglio

 

La robe se pare d’or aux reflets vert brillant. Le nez évoque la poire croquante, le melon à chair blanche et l’amande verte, la noisette fraîche teintée d’un rien de menthe et de poivre blanc.

La bouche, inattendue, ne reflète pas tout de go les impressions nasales, mais nous fait découvrir des trésors foraux et fruités avec des notes d’épices douces. On y retrouve de l’acacia et d’autres fleurs mellifères comme l’amandier et l’oranger. Quant aux fruits, ils sont blancs comme la poire sentie, mais ont aussi le goût de la pêche et de la pomme acide rafraîchies d’un léger jus de mandarine avec une finale saline qui nous fait saliver.

Le vin assemble 60% de Fiano et 40% d’Insolia* qui poussent dans un sol d’origine marine composé de sable et de nombreux dépôts de fossiles calcaires, un sol assez fertile qu’on retrouve sur les côtes siciliennes et sardes. La vendange est éraflée et macérée en cuve inox, avant d’être élevé dans le même contenant, puis encore 3 mois en bouteille. Ce vin du sud nous apparaît frais grâce à son acidité de 5,40 g/L et son bas pH de 3,30.

*L’Insolia se retrouve aussi en Toscane plus particulièrement sur la Costa degli Estruschi, sous le nom d’Ansonica.

Le domaine se trouve dans la province de Syracuse. Fondé en 1793, il appartient aujourd’hui à la famille Gulino originaire du sud-est de la Sicile.

www.cantinegulino.it

Là, le fromage préconisé est un Pecorino Toscano a pasta cruda di latte vaccino. Préférez les laits crus aux laits pasteurisés, il en va de notre santé. Notre système digestif demande de l’entretien, les bactéries (les bonnes bactéries qui fleurissent les bons fromages au lait cru) viennent renforcer notre flore intestinale et nous éviter les petits soucis quotidiens et la tourista. Quant à l’accord, les Pecorino sont souvent assez secs et du coup salés avec parfois une légère amertume, la fraîcheur du Fania est bienvenue.

Ciao

 

Marco


Poster un commentaire

Looming diary dates: VitiLoire + Pinon PO

 

VitiLoire @Tours: 26th and 27th May 2018

 

Vitiloire_2018_A3s

VitiLoire

 

Plan

Vitiloire centres around the Boulevard Heurteloup
and close to Tours central station

This coming weekend sees VitiLoire in central Tours. This is the Loire’s biggest consumer Wine Fair with some 150 producers from throughout the Loire. It attracts thousands especially on a fine day and this year the forecast is good. Highs of 28˚C are predicted for both Saturday and Sunday in Tours before an early Monday morning thunderstorm 

There are 135 vignerons showing their wines from appellations from the Pays Nantais all the way up the river to the Côtes d’Auvergne. There is the opportunity to buy with ‘grooms’ available to carry your purchases to your car as well as numerous food stalls when you get hungry. There is also the possibility of arranging to have your wine delivered to your home. Not forgetting 12 chefs demonstrating their art – six on Saturday and six on Sunday.

It is always a fun and convivial event and a great chance to taste a very wide range of Loire wines. I prefer to get there early and then slope off around lunchtime but that is because I’m a boring old fart…… 

More details etc. on Facebook

IMG_9831

Time for lunch

Lunch

MusiciansaMusicians 

Hours: Saturday 10am – 7pm; Sunday 10am – 6pm

 

•••

François and Julien Pinon: Portes Ouvertes: 26th May 

Message from François and Julien Pinon inviting people to celebrate François’ 30th vintage and the first one of his son – Julien  

Dates: Saturday 26th May

 

‘Nous sommes heureux de vous inviter à nos portes ouvertes du Printemps. Venez fêter les 30 ans de carrière de François et le premier millésime de Julien!

Rendez-vous le samedi 26 mai et le samedi 1er décembre 2018, de 10h à 13h et de 14h30 à 18h.’

Julien Pinon

 

Front view

 

 

 

 

 

 

 


4 Commentaires

Et pourquoi pas un bon rosé de Tavel pour en finir avec l’hiver ?

Les frimas me donnent envie de rosé; c’est curieux, mais cela est sans doute pour moi une sorte d’appel liquide à la belle saison qui arrive. Une façon de se prémunir des rigueurs hivernales et de se préparer aux chaleurs à venir. De plus, le rosé (enfin, les bons!) nous offrent des accords inattendus.

 

Le Tavel d’Aqueria

 

C’est donc par un jour de grand froid que l’idée m’est apparue de déguster un Tavel avec du saumon. Comme une évidence. Mais on peut faire la même chose au printemps, en été et en automne, c’est pratique !

Aqueria 2016

Quant au millésime, rien de tel qu’un rosé qui a pris un rien d’âge. L’attente lui apporte plus de moelleux, d’onctuosité, enrobe le fruit devenu légèrement confit, le rend plus épicé, plus charnu, bref, d’une présence accrue en bouche.

Château d’Aqueria 2016 Tavel

 

D’un rosé prononcé presque vermeil, il offre un nez de fraise à la vanille, de groseille au poivre et de grenade au curcuma avec l’accent floral du jasmin. La bouche nous apparaît d’emblée onctueuse, confortable avec sa fraîcheur douce, sa note de citron confit. Le vin reste certes acidulé, mais sans agressivité. Au contraire, sa texture soyeuse maculée de jus et relevée d’épices apporte une jubilation immédiate. On ne se casse pas la tête, on le déguste, on le bois. Après, si on le désire, il possède suffisamment de profondeur, de densité et de complexité pour nous en faire parler sans discontinuer. Moi, j’ai préféré lui faire accompagner un saumon sous différentes formes.

Le Tavel 2016 assemble 7 cépages : Grenache Noir, Clairette, Cinsault, Mourvèdre, Syrah, Bourboulenc et Piquepoul. Ils poussent dans des sols sableux qui apportent l’élégance et des terrains argileux qui engendre la puissance. Méticuleusement éraflés et refroidis, afin de conserver toute la fraîcheur des arômes, ils sont légèrement foulés et mis en macération pelliculaire 24 h. Les cépages sont assemblés deux par deux pour favoriser la complexité aromatique. Étape clef dans la vinification des Tavel d’Aqueria qui permet d’extraire la couleur, la structure et la matière. Dès l’obtention de la couleur souhaitée, la cuve est saignée dans sa globalité et les marcs sont pressés pour être réincorporés au jus de goutte. La fermentation, entre 17 et 18°C, dure 15 jours. Les vins sont alors soutirés et élevés 6 mois en cuve, avant l’assemblage final et la mise en bouteilles. www.aqueria.com

Aqueria et saumon 

Servi avec un tartare de saumon bien relevé, un peu de piment, de la coriandre, la fraîcheur d’un filet de citron jaune, du poivre, un rien de wasabi, le Tavel se sent à l’aise. Il évite tout d’abord l’écueil métallique que les vins blancs ont du mal à franchir. Puis, l’onctuosité du vin se joue des épices, les comparant aux siennes tout en installant son fruité qui se mêle aux arômes du citron et de la coriandre. Le poison en oublie son gras, et c’est déshabillé qu’il offre toute sa saveur à notre palais.

Pour le steak de saumon le discours est différent. Ici, le Tavel, joue le rôle de rafraîchisseur tout en évitant l’écueil métallique comme précédemment. Sa fraîcheur confite agit comme un condiment et donne du relief à la chair du poisson. Enfin, le fruité floral du vin entre en harmonie avec l’iode du saumon et en profite pour fourrer sa chair d’une délicate succession aromatique.

Le plus périlleux est le saumon fumé. Mais le Tavel s’en sort sans trop de mal. Ici, ce n’est pas le côté fumé qui le dérange, son fruité charnu l’absorbe et le sublime. Le danger, c’est le sel qui vient titiller sa texture. Trop de sel la durcit. Il faut un vin à la texture onctueuse, suave, pour le contenir. Et là, le cristal oublié, l’accord se fait tendrement. Une connivence s’installe pour notre plus grand bonheur, débouchant sur du fruit, des épices, de l’iode. Vous pouvez même ajouter poivre, persil et échalotte ciselés, no problem.

Au sortir de l’hiver, Tavel et son soleil nous réchauffent le cœur, l’âme et les sens. Bref, c’est top !

Ciao

 

Marco


5 Commentaires

Out to play @Rocpool, Inverness


View from the Rocpool restaurant, which is just by the River Ness,
so if Nessie ever ventured downtown diners would get a good view

 

On Friday I got out to play for the first time since I injured myself through slipping on black ice on 2nd January. We took the train from Kingussie to Inverness to meet up with Diane and John, who we met in an international hotel in Beijing last year, for an indulgent Friday lunch at the Rocpool restaurant

2016 Grüner Veltliner, Domane Wachau, Austria

The great advantage of having the restaurant’s wine list on-line is that you can choose at least the first bottle in advance, so we were able to order a bottle of the Domane Wachau 2016 Grüner Veltliner even before we sat down. The GV (sensibly closed with a screwcap) was very crisp, clean and citric making it a good apéritif.

This was my first visit to Rocpool for a number of years and I was definitely impressed with the food, wine list and the quality of service. Both the food and wine list are typically Modern British eclectic with influences from many different cuisines. We opted for the set lunch – two courses for £16.95. It was little surprise, however, that after our two courses we went for either a dessert or cheese. 

Our starters:

 Fritto Misto of king prawn and baby calamari with
marinated plum tomatoes, fresh lemon, chilli &

crispy capers

  

Carpaccio of beetroot with Highland blue cheese & 

roasted hazelnuts with fresh mint and aged balsamic  

      Salad of parma ham & shaved Williams pear with 

pecorino cheese, broad beans, lemon & mint 

Once we had finished the Grüner Veltliner we moved onto some red with an impressive – soft and spicy – 2015 Primitivo Salento, Critèra from Schola Sarmenti – as our initial choice.

Main courses: 

Pan fried breast of chicken with wild mushroom risotto,
black pudding, rocket & shaved parmesan

Pan fried fillet of sea bream with oriental stir fry
of baby pak choi, steamed jasmine rice & crispy fried
shallots with cashew nuts, sesame & basil

2nd red: 

2011 Colline Teramane, Montepulciano d’Abruzzo,
Fantini Farnese

Montep-Bl

The 2011 Colline Teramane, Montepulciano d’Abruzzo Fantini Farnese is obviously from further north with greater acidity and also more structured than the Primitivo. 

Affogato – vanilla ice cream with a shot of 
expresso & liqueur of your choice

Triple chocolate praline tart with salted caramel ice cream

Instead of a dessert I opted for a selection of cheese from Rory Stone (Highland Fine Cheeses). All were made from ewe’s milk. 

The wine list
The wine list is well chosen and fairly typical of the wine selection in the UK today and very different from a list in much of France, Spain or Italy, where local wines play a very dominant role. Instead at Rocpool the selection comes from all round the world. For instance, the whites on the main list come from seven countries – Italy, South Africa, Chile, France, Spain, Austria and New Zealand. For the reds it is nine countries: Italy, France, Chile, Spain, Australia, Portugal, New Zealand, Argentina and South Africa.  Prices on the main list range from £17.95-£59.95 for the whites and £17.95-£79. As you can see an eclectic mix with no one country really dominant. 

 

69685-knee2b5-2-17

 

 

 

  

 


6 Commentaires

Que la Corse demeure!

Ce mercredi, notre cher collègue Hervé (toujours à l’affût du scoop, même vieux d’un siècle!) nous rappelait que le vénérable Victor Rendu dressait un portrait assez défavorable de la viticulture pré-phylloxérique sur l’Ile de Beauté. La Corse s’en est-elle… rendu compte? Je le crois.

Aujourd’hui, la viticulture corse s’est prise en main et pourrait, si elle poursuit ses efforts de reconnaissance de tous ses atouts ‘terroirs’, elle pourrait devenir demain, comme le prétendait Rendu, un des plus beaux vignobles de la Méditerranée.

Ce qui argue dans ce sens, c’est notamment l’avancée qualitative de la Côte Orientale, encore il y a peu soumise au dictat de la productivité. Notre dernier voyage sur place nous a bien montré que le temps des piquettes est révolu.

À Vinisud, cette année, les cuvées Prestige du Président concoctées par l’Union des Vignerons de l’Ile de Beauté, que ce soit en blanc, en rouge ou en rosé nous offraient un grand plaisir de dégustation (ma préférence pour le rosé croquant, délicatement fruité, à la texture suave). Ces hauts de gamme de la coopération coûtent entre 7€ et 10€ départ cave. www.uvib.fr

Dans un autre registre, que dire de Christian Estève du Clos Canereccia à Rotani, près d’Aleria, toujours sur la Côte Orientale? J’ai dégusté toute sa gamme à Vinisud. Il maîtrise toute la palette du Vermentinu, du blanc sympa et croquant à celui, plus ambitieux macéré pendant 25 jours en amphore et élevé sur lies en amphores d’élevage durant 5 mois. Un Vermentinu structuré, tout en relief, frais et salin.

Même progression pour ses rouges dans lesquels le Niellucciu partage la bouteille de la cuvée de Pierre avec la Syrah et le Grenache, déjà moins dans la cuvée Clos Canereccia, son milieu de gamme; et se retrouve seul dans la cuvée amphore.

Côté « anciens nouveaux cépages », j’aime beaucoup son Bianco Gentile, bien sec et aromatique, comme son Carcaghjolu Neru en amphore aux tanins serrés, aux fruits noirs concentrés, à l’amertume discrète mais bien perceptible sur la longueur.  www.closcanereccia.com

Partons un peu plus au Sud, dans l’appellation Vin de Corse Porto Vecchio. Troisième personnage important et attachant, Marc Imbert, dont les vins m’interpellent un peu plus à chaque millésime. À chaque fois, il y a quelque chose de plus, un fruité encore mieux dessiné, une trame plus serrée, une élégance plus aérienne… Cette fois, c’est son Oriu blanc qui m’a fasciné. Je le trouve très pur, très droit, mais avec énormément de générosité, de croquant, de suavité, tout en conservant une énorme fraîcheur qui ne doit rien à l’acidité. On dira une tension minérale, n’en déplaise à certains… Un Vermentinu de Porto-Vecchio dans sa plus belle expression.

Les rouges ne sont pas en reste, rouge de plaisir comme le Torraccia, rouge de bonne garde comme l’Oriu rouge qui assemble 80% de Niellucciu et 20% de Sciaccarellu élevé en cuve béton.

www.domaine-de-torraccia.com

Autres exemples? remontons au Nord, avec Thomas Santamaria, un vigneron de Patrimonio découvert à La Levée de la Loire il y a deux semaines. Sa cuvée Tranoï 2013 (entre nous) civilise les tanins du Niellucciu et offre ainsi une élégance très racée à ce cépage emblématique de l’appellation, sauf que Thomas l’a étiqueté en Vin de France, sa parcelle tout au bout d’Oletta est à la limite extérieure de l’appellation.

Bref, le vignoble corse moderne ne manque pas de jolies cuvées! Il y en a pour tous les goûts et aujourd’hui, notre ami Victor n’aurait sans doute pas rendu la même copie aujourd’hui qu’en 1850.

Et pour finir en beauté et gourmandise, quelques tranches de jambon corse de chez Michel Matteucci (dégusté à Vinisud). Un jambon cru qui grâce à son sel maîtrisé (c’est à dire peu salé) offre une subtilité de goûts et de saveurs du style ‘y en a jamais assez’. Avec l’Oriu blanc ou le Canereccia blanc en amphore, c’est top. Je préfère nettement le vin blanc avec la charcuterie, il rafraîchit le palais en décapant le gras et en neutralisant le sel. Et quand il y en a peu, du sel, l’accord est encore plus merveilleux.  michel.matteucci20125@gmail.com

Pace e salute

Marco

 

 


10 Commentaires

J’aime le Champagne, c’est comme ça!

Aujourd’hui, on ne parle plus que de Prosecco. On en trouve même dans les rayons des supermarchés champenois. Pourtant, cette cuve close n’a pas grand-chose à voir, même quand elle est bien faite, avec le roi des bulles. On me dira qu’il y a des Champagne qui sont loin d’être au niveau (mais c’est comme dans toutes les appellations). Et qu’il y a des très bons Prosecco – certes, mais pas beaucoup. Le souci, pour moi, avec ces derniers, c’est leur douceur – heureusement qu’il y a le Spritz pour la calmer un peu.

Bref, le Champagne reste pour moi une boisson à la fois exquise et festive.

Un plaisir d’une effervescence émoustillante, blanc ou rosé, on a le choix. En voici deux beaux exemples offerts par la Maison Lombard à Épernay.

 

Blanc de Noirs Extra Brut Premier Cru Champagne Lombard

 

Doré pâle à la bulle fine et nacrée, le nez très poivré mêle les fragrances de croûte chaude de pain de seigle à la de brioche étoilé de fruits confits et au toast nappé de gelée de pissenlit. La bouche, ample, fraîche, vineuse, coule juteuse sur les papilles amusées de tant de gaieté. Gaité due au croquant espiègle du vin, à la foison tourbillonnante des fruits secs et confits, farandole incessante qui diffuse en notes déliées des arômes de pêche, de poire, de groseille, de framboise. Flux majeur qui nous emporte vers un ravissement gourmand et raffiné.

Ce 100% Pinot noir vient des vignes plantées dans les calcaires du Premier Cru Rilly-la-Montagne de la Montagne de Reims. L’élevage des vins tranquilles se fait en partie en bois. Le temps sur lattes est de 48 mois. Dosage : 4g/L

Située au cœur d’Épernay, les approvisionnements des Champagne Lombard viennent d’une bonne centaine d’hectares. C’est aujourd’hui Thierry Lombard, petit-fils du fondateur, qui dirige cette maison familiale crée en 1925.

Le boire avec…

Par facilité, on peut se prendre une bouteille à deux, en amoureux, de l’apéro au dessert. C’est risqué et pas très heureux. Alors, qu’assortir à cette élégante cuvée? Je suggère une viande blanche, du veau à la crème ou une poularde au four, sur lesquels elle fera beaucoup d’effet grâce à son caractère vineux, sa densité et son panache. Et puis, on en gardera un peu pour le fromage, une croûte fleurie comme le Brie ou le Chaource, voir un Langres. Et le plus sympa, c’est le côté désaltérant du breuvage.

Brut Rosé Premier Cru Champagne Lombard

 

Rose tendre à l’écaille saumon, à la bulle fine et délicate, au nez un rien musqué, mélangeant quelques subtils effluves de patchouli et de benjoin avant de s’ouvrir sur une multitude de fruits rouges et blancs. Corbeille débordante de fraise, framboise, cerise, pomme, poire et carambole. Tous poivrées à souhait et mélangées de biscuit concassé façon crumble pétillant. La bouche détaille le fruité, isole les baies, pour satisfaire l’envie des papilles de les appréhender une à une pour mieux les réassembler et nous apporter cette satiété inouïe soutenue par une salinité rafraîchissante. Un rosé tout en élégance !

Il assemble 40 % de Pinot Noir des Premier Cru Cumières, Sermier et Villedomanges, vinifiés en blanc ; 10 % de Pinot Noir vinifié en rouge du Grand Cru Verzenay et 50 % de Chardonnay du Premier Cru Grauves et Vertus. Il a passé 36 mois sur lattes et est dosé à 4 g/L

Avec quoi le boire?

Si le rose appelle le rose, le saumon lui convient ou mieux, le rare omble chevalier. Plus simple et plus belge, je vous la conseille, la tomate-crevettes (crevettes grises de la mer du Nord, of course), voire la croquette éponyme; car chez nous, en Belgique, les croquettes ne sont pas réservées aux chiens et aux chats!

Sinon, l’apéro lui sied également, ainsi que les fromages à croûte fleurie.

www.champagne-lombard.com

Ciao

 

 Marco