Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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99 + 1 bonnes raisons de…

…manger du gras et de boire du Champagne

Notre société actuelle nous culpabilise trop, fait attention à ci, à ça, mange pas trop, ne bois pas, bien qu’on nous une tonne de saloperies à table, quand on n’y fait pas gaffe. Alors, quand on la chance de déguster du bon gras comme celui du jambon qu’il soit iberico, de Bigorre ou culatello, pourquoi renoncer à ce régal? Le gras donne du goût, quant au maigre, tout seul, il est sec et manque de goût.

Ça me rappelle cette cliente qui, voulant faire de la blanquette, se prend une barquette de veau bien maigre, alors que moi, je tentais de trouver certes du maigre, mais entouré de gras, de couenne et de cartilage. La mettant en garde à propos de ce maigre dominant, elle me répondit d’un regard d’incompréhension, l’air de dire, mais justement, il n’y a pas de gras, c’est ça qui est bon. Le boucher, lui, comprit tout de suite et me découpa juste pour moi un joli morceau entouré de couenne, de cartilage et de gras.

Et pour nous qui sommes avant tout œnophiles, comme le souligne Blandine, l’auteur :

Parce que même dans le vin, il y a du gras

Et puis, le gras ça nous donne déjà l’occasion de boire du champagne, ça le décape un peu, ça nous rince le gosier et ça nous permet ensuite, de le savourer, ce cru d’Avize, d’Ay ou d’ailleurs.

Allez, juste une rincette…

Et comme dit Isabelle l’auteur :

« Parce qu’il n’y a rien de mieux pour faire démarrer les conversations et parce qu’aucune grande histoire d’amour n’a commencé autour d’un bol de salade… »

Voilà deux petits livres bien sympas, écrit le premier autour du par Blandine Vié, qu’on peut retrouver sur le blog gourmand gretagarbure, et le second par Isabelle Bachelard qui nous a pondu l’an dernier les 99+1 bonnes raisons de boire un verre de vin. On ne peut lui en vouloir !

99 + 1 (bonnes) raisons de boire du champagne et 99+1 (bonnes) raisons de manger du gras sont parus aux éditions Artémis, 104 pages au prix de 7,90€

Qu’on se le dise !

Zut, j’ai des yeux dans mon Champagne

 

Ciao

 

Marco #balance ton porc mais pas son gras


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Arts de la table, tout un art de vivre

Il y a beaucoup à apprendre de l’histoire des arts de la table. La fonction crée l’organe, dit-on. Et donc l’ustensile. Sauf qu’à table, selon les lieux et les époques, la réponse donnée au besoin peut être très différente.

Nos ancêtres du Moyen-Age se contentaient très bien de petits rectangles de métal – les tranchoirs, pour déposer les aliments et les découper; de leurs doigts pour les saisir; et de la nappe pour essuyer leurs doigts.

Il faut attendre la fin du XVIème siècle pour que la fourchette se généralise en Europe – la mode était venue d’Italie avec les Médicis, et encore faudra-t-il vaincre les réticences du clergé pour que cet outil aux connotations diaboliques puisse s’imposer en France.

C’est à peu près à cette époque que l’assiette plate prend le dessus sur le tranchoir, et l’assiette creuse sur l’écuelle.
Les plus fortunés remplacent aussi leurs gobelets en étain ou en grès par des verres de cristal importés d’Italie.
Le 17ème et le 18ème siècle apparaissent comme une époque charnière pour l’art du bien manger. C’en est fini du partage des plats et des couverts: au raffinement des mœurs correspond un plus grand individualisme. Les arts de la table sont le témoin d’une révolution dans la façon de vivre, d’abord des riches, puis, très progressivement, des moins riches.
Dans les maisons chic, on change à présent les assiettes à chaque plat et on ne touche plus les mets avec les doigts. Mais les repas sont encore bien différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui. Les verres à vin sont le plus souvent apportés aux convives par les domestiques, qui les remportent immédiatement – les verres ne sont donc pas posés sur la table. Les bouteilles non plus. Le Régent fait cependant évoluer la mode, avec ses petits soupers d’où il exclut la domesticité, pour plus de confidentialité – les convives commencent alors à se servir eux-mêmes.

A l’abbaye de Belleperche, et nulle part ailleurs

Si vos pas vous mènent du côté de Castelsarrazin, et si le thème vous intéresse, je vous conseille la visite de l’Abbaye de Belleperche, qui abrite un musée des plus intéressants: celui des Arts de la Table.
Vous y apprendrez, comme moi, mil et un détails de l’histoire gastronomique, du tranchoir à la fourchette en passant par la mancerina. Car si les collections sont belles, les commentaires sont bien écrits, didactiques, enrichissants.

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Saviez-vous que le nom de guéridon vient d’un personnage de la Commedia del Arte?

Que nous pratiquons aujourd’hui le service à la russe?

Que le « mug », apparemment si anglais, a été inventé dans l’Ouest de la France, sous le nom de moque, et qu’il servait au départ à boire du cidre?

Qu’il a fallu attendre le Premier Empire pour pouvoir déguster le café comme aujourd’hui, et non « à la Turque »?

Savez-vous ce qu’était une cuillère aux apôtres?

Savez-vous que c’est à l’anglophilie de nos compatriotes du 18ème siècle que nous devons les tables fixes des salles à manger (jusque là, on utilisait des tréteaux)…

Une exposition temporaire complète actuellement le fond permanent, consacrée à la cuillère à travers les âges et les pays. D’autre part, le musée vient de s’enrichir des objets de la collection Valfré, qui regroupe d’exceptionnels services à thé en grès de Yixing (ainsi que des imitations européennes, notamment néerlandaises) et rappelle l’engouement qu’ils ont pu connaître pendant plusieurs siècles..

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Et le vin dans tout ça? Il est présent, bien sûr, au travers de la verrerie, de magnifiques services à boire, et même de bacs à rafraîchir.

Mais il n’y a pas que le vin dans la vie. Il y a l’art de vivre, et il en fait partie.

Pour en savoir plus: Abbaye de Belleperche

Hervé Lalau


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Accords en duos surprenants, tout un menu…

L’art difficile des accords aime à la fois l’évidence et l’originalité.

J’en avais proposé un extrait, il y a quelques moments, voici le menu complet.
Et la démonstration, réalisée grâce aux préparations de l’excellent chef Laurent Folmer du restaurant Couvert Couvert www.couvertcouvert.be dans la banlieue louvinoise. Quant aux vins, ils nous viennent de douze coopératives viticoles qui ont choisi de communiquer ensemble sur l’excellence de quelques-unes de leurs cuvées. En voici les représentants

On mange

Les amuse-bouche

Mélange de saveurs et de textures, ils se déclinent en mini canapé à la betterave jaune, en tartelette au pois chiche, en maquereau juste saisi aux parfums orientaux, en gaufrettes fourrée de hareng, de quoi faire voyager nos papilles et les préparer à la première entrée.

Pour les accompagner, tout d’abord un Crémant de Limoux

 

Toques et Clochers édition limitée 2013 – Crémant de Limoux Brut Sieur D’Arques

La bulle fine éclate et laisse planer des parfums d’agrumes, de fruits blancs et de fleurs délicates. La bouche nous étonne par sa densité, son charnu et ses épices, un trio gourmand soutenu par une belle fraîcheur.

Assemblage de 70% de Chardonnay, 20% de Chenin et 10% de Mauzac. Il reste 36 mois sur lattes

La rencontre

Ce bel effervescent semble tout indiqué pour sublimer les produits de saisons aux saveurs multiples. Fraîcheur du vin et croquant des bouchées ravissent les papilles qui en demandent plus.

Et en voilà, grâce au rosé corse…

 

Prestige du Président 2016 – Corse rosé Union de Vignerons de l’Île de beauté

La robe pâle comme un pétale de rose respire la groseille et le ciste de Montpellier, mélange fruité floral qui incite à le déguster avec délicatesse. En bouche, il tient ses promesses et nous une corbeille de baies suaves et croquantes soulignées de poivre et de réglisse. Une fraîcheur iodée le rend encore plus convaincant.

100% Sciaccarellu, macération pelliculaire de 4 h

La rencontre

Le vin nous surprend, nous étonne ! Il rend la table volubile, magnifie les légumes, apporte un supplément de croquant aux croustillants, concentre son fruit pour rendre les agapes plus savoureuses encore.

Les entrées

Asperges de Malines, poulpe grillé, sarrasin, grenade, vinaigrette au dashi

 

Églantier Terre d’Ardèche Viognier 2016 IGP Ardèche Vignerons
Ardéchois

Blanc lumineux aux senteurs florales qui nous rappellent les fleurs d’amandier et d’oranger. La bouche ajoute quelques fruits blancs et jaunes comme la poire, le melon, la pêche de vigne, l’abricot, pour les premiers qui s’expriment. La bouche fraîche semble les porter comme autant de notes graciles qui flottent sur les papilles.

100% Viognier élevé pour moitié en cuve sur lies, l’autre moitié en barriques pendant 12 mois

 La rencontre

Frais, il tranche à vif le poulpe déjà par le couteau du chef malmené, lui apporte cette succulence iodée par la pêche de vigne révélée. Puis s’attaque aux asperges, les parfume de menthe et de jasmin, puis croque sans souffler le sarrasin rafraîchi d’un grain de grenade.

Memoria Vieilles Vignes 2013 Louis Tête – Beaujolais

Grenat aux reflets carmin, il nous demande quelques girations pour s’éveiller et proposer alors ses pâtes de fruits qui mélangent groseille, framboises et cerise aux plus sauvages mûre et myrtille. La bouche semble sage, ou peut-être endormie, comme pour le nez, il lui faut quelques encouragements pour nous bluffer autant par son fruit que par ses épices et sa fraîcheur.

100% Gamay macérés 9 jours, élevés en grande partie en cuve inox pendant 6 mois, une fraction en barriques  

La rencontre

Un Beaujolais au caractère bien trempé ne s’émeut guère d’une vinaigrette fusse-t-elle au dashi. Vivacité iodée bien contrôlée qui certes met autant en valeur la saveur du céphalopode que le fruit du vin, ses épices et la soie de ses tanins. Ces derniers, encouragés par la gens maritime, enrobent de leur soie les asperges, les épicent d’un sirop de framboise bien relevé.

 

Courgettes meunières, coques, citron, persil, pain frit à l’ail

Jubilation Le Pallet 2014 Muscadet Sèvre & Maine Les Vignerons du Pallet

Jaune doré, il nous caresse le nez d’une fleur d’églantier, puis d’aubépine, suave comme le miel, rafraîchi d’iode, il nous plaît d’emblée. En bouche, le discours change quelque peu et nous livre quelques fruits blancs comme la pomme acidulée et le carambole. Le tout baigné d’une fraîcheur citronnée avivé par une étincelle de silex frottés.

100% Melon de Bourgogne élevé 18 mois sur lies

La rencontre

Le relief minéral bien perceptible vient aguicher les courgettes mettant en évidence leur saveur légèrement torréfiée qui rappelle le curry. Puis le vin se mélange au jus de coque pour en exprimer le bouquet maritime. Les condiments rehaussés de citron embellissent et rafraîchissent les tournures confites du Muscadet et nous fait jubiler de plaisir.

Château Tour de Yon 2012 Saint-Emilion Grand Cru Union des Producteurs de Saint-Emilion

Grenat pourpre, il nous macule le nez de pâtes de fruits aux accents de groseilles, de cassis et de framboise, épicées de poivre noir et de cardamome. La bouche généreuse aux tanins fins offre son ampleur au développement aromatique. Quelques notes grillées et fumées viennent renforcer la complexité du vin.

Assemblage de 75% de Merlot et 25% de Cabernet Franc vendangés manuellement, macérés à froid. Le vin est élevé durant 16 mois en barriques.

La rencontre

Le vin s’engage à pas feutrés dans cet accord particulier. Tout doucement, il parle de son fruité délicat aux légumes, les flatte de quelques gelées épicées, les caresse de ses tanins soyeux, puis se rapproche du pain comme lui torréfié. Le coquillage attend un moment avant de céder aux avances de cardamome et cumin.

Le plat

Pintade fermière, artichauts barigoule, noisettes, roquette sauvage, jus de pintade à l’huile de noisettes

Légende 2014 Côtes de Provence Estandon

Robe pâle au rosé nuancé d’abricot, fruit que l’on retrouve dès le premier nez, puis viennent s’ajouter la fragrance iodée d’un embrun maritime et deux pétales de violette qui entérinent l’élégance du vin. La bouche, raffinée, distille la fraîcheur d’un fruit acidulé, safran et santal en renforcent la couleur, le minéral vient ensuite, puis tout recommence.

Assemblage de Grenache et de Rolle qui rassemble 5 cuvées dont une partie est vinifiée et élevée en barriques pendant 8 mois. Malo non faite. 

La rencontre

Le rosé aux atours confits parfumé d’Orient parfume le volatile de santal et de safran. Il évite l’écueil des artichauts contrebalançant leur bitter d’une suave gelée de rose. Roquette et noisette renforcent l’impression gourmande instillée par ce gentilhomme Provençal au caractère pondéré.

Ortas Prestige 2012 Rasteau Cave de Rasteau

Rubis violacé, le nez respire la pierre chaude qui s’évapore après une pluie d’orage, entraînant dans son sillage les effluves de la garrigue tout proche. La bouche croque le fruit relevé de thym, de sauge et de cade. C’est un vin charnu, volumineux, mais qui ne manque pas de grâce et de volupté.

Assemblage de 50% de Grenache, de 35% de Syrah et de 15% de Mourvèdre égrappés et dont 15% est élevé durant 1 an en barriques usagées

La rencontre

Le Rasteau entraîne tout de go la pintade en balade dans sa garrigue, la parfumant de thym, de sauge, la fumant d’un soupçon de cade. L’artichaut le chatouille un peu, mais il s’en accommode, préférant croquer la noisette et se rafraîchir d’une feuille de roquette.

Fromages (Cheddar, Pouligny Saint Pierre, Comté)

 

Confidences Brut Champagne Chassenay d’Arce

Or platiné à l’élégante bulle qui éclate de fruits secs et gagne en puissance, amande et noisette, rafraîchies de rhubarbe confite, épicées de poivre blanc. La fraîcheur se retrouve en bouche au dosage bien intégré, l’écorce de citron apporte une agréable amertume, renforce la savoureuse vivacité, une maille minérale tisse la structure, architecture volumique et croquante sur laquelle s’accroche une inattendue note florale.

La rencontre

Satisfaire trois partenaires dans la même assiette, voilà challenge qu’un Champagne aime relever… Le vin dégrossit les fromages, leur apporte ses amertumes racées de mandarine et de citron. Puis, il leur enlève leurs rondeurs pour leur donner une allure svelte avant d’épurer leurs arômes minéraux de sel iodé, de distiller leur fruité de confitures de mirabelle, d’abricot et de figue, de transmuter leur crème en chantilly vanillée.

Lieu-Dit Verdot 2012 Bordeaux Les Vignerons de Tutiac

Rubis cramoisi, il nous flatte d’emblée par quelques friandises fruitées, bonbons acidulés, pâtes de fruits épicées, biscuits aux pignons grillés. La bouche en fait le détail, cassis, mûre et burlat pour les baies, sablés pour le toasté et agrumes pour les friandises, le tout emballé dans la soie un peu rêche des tanins perceptibles.

100% Petit Verdot, macération pré-fermentaire à froid et fermentation en cuve pendant 30 jours, entonnage en barriques neuves pour un élevage de 18 mois

La rencontre

La cassis et la prunelle prodiguées généreusement par le vin viennent s’entortiller dans un tourbillon de fumée. Quel bouquet ! Les fromages ne s’y attendaient pas et l’acceptent avec délice. Leur pâte en fond de bonheur et se transforme en clafouti parfumé de mille fruits. Et si le vin y perd un peu de son charnu, il gagne en volume et densité. Le voici gourmand contemplant les fromages assoupis dans l’étoffe soyeuse de sa trame tannique.

Le dessert

Fraises et sorbet aux fleurs de sureaux

 

Astrolabe Vendanges Tardives 2012 Gaillac Les vignerons d’Ovalie

Doré cuivré à reflets verts, il charme l’œil avant de ravir le nez par ses agrumes et ses fruits blancs confits, son bouquet de fleurs sèches, son léger fumé qui embaume le thé poivré. La bouche séduit par sa texture onctueuse rafraîchie d’une délicate amertume au goût de réglisse et d’écorce de cédrat, un minéral de bon aloi vient ajouter sa tension. La longueur nous parle d’épices et de douceurs orientales.

Assemblage d’une majorité de Len de l’El (Loin de l’Œil) et de Muscadelle fermentés à basse température avec arrêt de fermentation par le froid. Élevage en fûts de quelques mois.

La rencontre

Douceur raffinée aux allures d’ananas rôti au miel, d’agrumes confits ombrés de poivre cubèbe, elle vient enrichir les fraises de parfums exotiques. Le floral du sorbet lui plaît, lui apporte une dimension supplémentaire, aérienne, presque évanescente.

Châteauneuf-du-Pape 2015 Le Cellier des Princes

Rubis sanguin, le nez légèrement fumé respire la garrigue peuplée de sauge et de cade, avant de s’abandonner au fruité gourmand des cassis et garriguettes. Le parfum presque entêtant du genêt renforce l’impression d’une balade buissonnière. La bouche suave et juteuse, aux tanins tout fins, croque la cerise et la prunelle, aime en laisser couler le jus sur les papilles comblées.

Assemblage de 90% de Grenache, 5% de Syrah et de Mourvèdre qui cuvent une vingtaine de jours et qui s’élèvent en cuve pendant 12 mois

La rencontre

Un accord à la fois puissant et gourmand où les partenaires se disputent l’hégémonie, la dominance sur l’autre. Nos papilles au début s’affolent, mais après quelques instants, tout s’assagit et c’est en harmonie que le trio nous chante fleurs et fruits, si intimement tressés qu’on ne sait plus à qui appartient quoi.

 

Ce fut un régal, rien que d’y penser, nous nous en léchons encore nos babines…

 

Ciao

 

 

Marco


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Montarlier, deux pinutes d’arrêt 

Êtes-vous déjà allés à Montarlier? Moi non plus. Pourtant, il semble qu’on y fasse du Comté. A la marque Président.
Un fromage qui a même eu les honneurs de LSA innovation, en 2013 – le magazine de la grande consommation vante « sa texture fondante et son goût fruité ».
Moi qui ai eu la chance de visiter quelques fruitières et affineurs du Comté, en juin dernier, j’ai du mal à percevoir la nouveauté.
Ni  l’originalité d’une marque qu’on croirait tirée d’une partie de Scrabble.
-« On pourrait l’appeler Pontarlier, ça fait terroir. »
-« Non, c’est une ville, on va avoir des ennuis avec la mairie ».
-« Et si on changeait le P en M, comme ça, on aurait une connotation montagnarde? »
– Vendu, coco, t’as gagné un week-end pour deux en Mayenne! Appelle le commercial, on lance ça en GD à la rentrée. »
Dans le même ordre d’idées (quand branding rime avec marketing), je vous propose le pamesello, le Baron de Lestac et le jambon d’Aoste...
Mais pourquoi tant de marques industrielles veulent-elles se faire passer pour ce qu’elles ne sont pas – des appellations, des familles, les dépositaires d’un savoir-faire historique…

Hervé Lalau


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Fonab Castle, Pitlochry – a pampered Highland stay

View-TayThe stunning view from the brasserie at Fonab

Entrance + Castle
Entrance to Fonab Castle

Bar+brasserie

The glass fronted bar and brasserie with the castle behind

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A glass of Don Fino Sherry from Sandeman in
the Fonab Bar to start the evening

We spent a great weekend at Fonab Castle on the outskirts of Pitlochry as my pre-birthday treat. Saturday night we were in Sandeman Room where we were expertly looked at after by James Payne, the maître d’hôtel at Fonab and responsible for the wine. I first met James back in the 1990s when he was at Pont de la Tour. From time to time sommeliers get a bad press for being arrogant. This certainly does not apply to James: he is a very good one  – very relaxed, very professional and knowledgeable and not at all intimidating. 

James Payne with the Sandeman 1982 Vintage Port 


Dinner in the Sandeman Room is a set menu – we also decided to go for the flight of recommended wines. We learned during dinner that we had the same table as the Scottish legend Tom Cannavan (Wine Pages).  

Tom Cannavan on a barrel throne in Chile 


The amuse bouche which included
some foie gras and roasted apricot

 

2016 Bone Dry, Van Buhl, Trocken, Pfalz (above and below)
Some grassy Sauvignon Blanc like – notes crisp acidity

 

Consommé – chicken, truffle and tarragon – being poured over the raivoli

Character Amontillado Sherry, Sandeman
James’ choice with the consommé


Scottish Salmon –
Confit of pink citrus – fennel – cucumber
There is almost always a dish that we forget to
photograph before we are halfway through the dish 

The 2014 Astolabe Chenin Blanc, Wrekin Vineyard, Marlborough (NZ)
was matched with the salmon. When t
asted on its own the Chenin has a delicately
attractive character with interesting floral notes.
Unfortunately the sweetness in the salmon as well as the cucumber overpowered
this Chenin – hiding the fruit while accentuating the acidity

Perthshire Lamb – Provençal vegetables – basil – artichokes  

2009 Ampodium, Côte Rotie, Domaine Rostaing. James kindly added this into our flight
Lovely, sensuous and complex Côte Rotie. Kept under Coravin and first broached
some five weeks ago and still very good. Was a great match with the rare filet of lamb

2014 Vinha Grande, Douro. Still youthful and quite tannic but came into
its own with the slow cooked lamb 

Pre-dessert – this fruit based  pre-dessert was a fine foil for the
2015 Vouvray Moelleux 
from Vigneau Chevreau (below)

Panna Cotta – lavender – textures of strawberry

The Panna Cotta needed something richer and
more powerful than the Vouvray, which the
2015 Kika Noble late harvest Chenin Blanc
from Miles Mossop Wines in Stellenbosch

Birthday chocs

All in all this was an excellent and very enjoyable meal – the high point of a great weekend stay at Fonab Castle, a wonderful place for a pampered few days away.


NouveauOs


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Riesling alsacien et choucroute au poisson

Pour la choucroute au poisson, ma première fois, c’était à Riquewihr; à l’hôtel du Sarment d’Or, reconnu alors pour sa bonne table. Je crois qu’elle est toujours réputée aujourd’hui.

C’était en plein mois de juillet et le soleil nous frappait sur le crâne du haut de ses 36°C. Bref, le soir, après une bière suivi d’un Riesling de circonstance, on aspirait à manger aussi frais que cet agréable vin blanc. Ce qui fut le cas jusqu’au moment où le chef nous annonça (nous étions en demi-pension) : « Ce soir je vous propose un menu typiquement alsacien, une tarte à l’oignon suivi d’une choucroute (déjà l’annonce de la tarte nous a coupé un instant la respiration déjà difficile en cette soirée de canicule, mais le mot choucroute nous a fait vaciller) … de poisson, et je vous rassure, c’est très léger et agréablement parfumé ».

OK pour la découverte, fallait tenter le coup et nous n’avons pas été déçus. Contrairement aux recettes de choucroutes au poisson qu’on trouve dans les livres ou sur le net, pas de crème fraîche, ni de beurre, mais juste un jus pour humecter les chairs maritimes qui trônaient avec élégance sur l’écume de chou. Ça avait de la gueule, ça sentait bon, et cela n’était pas un caprice de chef, celui de l’Auberge de l’Ill l’avait déjà remise au goût du jour. La choucroute au poisson n’était pas une nouveauté, mais un retour probable aux origines de cette préparation introduite en Alsace vers le milieu du cinquième siècle, apportée par les hordes barbares de Chine où le procédé fût inventé. Les premiers écrits qui en parlent remontent toutefois au 15es. Certains auteurs supposent que la garniture première était faite de poissons… Le saura-t-on jamais…

OK, l’assiette du Sarment était plus jolie

Avec un Riesling, ça le fait!

Un paquet de choucroute, un morceau de cabillaud, un autre de haddock pour la note fumée, un oignon et puis je vous renvoie aux recettes bien expliquées sur le net, faites-en une synthèse pour vous concocter une choucroute à votre goût.

Pas de crème, mais un peu de lait pour dessaler le haddock. Rincer aussi la choucroute qui est toujours trop acide.

Mais l’important, c’est le vin.

J’ai choisi un Riesling Steinklotz bien sec – moi, ça m’énerve quand on s’attend à de l’acidité et qu’une dizaine de grammes de sucres résiduels vient tout gâcher. Celui d’Arthur Metz.

Le Steinklotz est un grand cru en coteau (calcaire) à forte pente, au-dessus de Marlenheim; il se situe à une altitude de 200 à 300 m, exposé au sud-sud-est.

Riesling Steinklotz Alsace Grand Cru 2014 d’Arthur Metz

La robe vert jaune aux reflets fluo fait friser l’œil et donne vivement envie d’y plonger le nez. C’est vite fait, impatient, le tarin se précipite, puis se retient, séduit par la délicatesse du bouquet, parfums subtils du bouton de rose et de la fleur d’oranger. Puis, éclate la fragrance du citron vert accompagné de mandarine et poudré de cardamome. Enfin, un rien de poivre vient épicer l’élégance florale.

La bouche fraîche nous fait craquer en croquant d’un coup de dent la groseille à maquereau garnie d’une étoile de carambole. Les agrumes se sont légèrement confits, ce qui donne du volume et de l’onctuosité au vin. Il y a aussi cette petite pointe saline qui nous encourage à accompagner le vin d’une belle recette marine.

Et ça fonctionne bien!

Le cépage, ici fluviatile, ne se fait pas traiter de marin d’eau douce par la choucroute devenue maritime. Mais il y a une entente terre-mer des plus savoureuses. L’acidité du chou répond à celle du vin et les deux font match nul sur nos papilles.

Le cabillaud voit son goût un peu effacé relevé par le franc caractère du Riesling qui, à coup d’agrumes, le sort de l’anonymat, et à force d’emphases florales le transforme en petit nabab parfumé d’iode.

Le top, c’est avec le haddock, certes dessalé, mais loin d’être neutre. C’est qu’il a du goût de vieux loup et surtout pour les belles choses comme ce Steinklotz qui lui offre ses délectables richesses. Il s’en assaisonne les chairs et le temps d’une bouchée, devient poisson de prince aux atours recherchés.

Conclusion

 N’hésitez pas, la choucroute de poisson, ça n’est pas trop compliqué, c’est original et léger.

Marlenheim vu du Steinklotz

Àdje und viel Gliek !

 

Marko


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Moules et blancs du Jura – oxydatifs ou pas

La mer est loin de la Franche Comté, quoiqu’elle y fut il y a quelques millions d’années; mais depuis son retrait, peu d’embruns du côté du Revermont. Mais faut-il accorder invariablement coquillages et vins côtiers, Muscadet et Mytilidés, Picpoul et Ostréidés, Entre-deux-Mers et autres bivalves appréciés ? Pas forcément!

Le Jura peut nous apporter une originalité, celle des vins oxydatifs, sans aller jusqu’au Jaune, pour varier nos habitudes souvent bien installées. C’était le challenge de ce petit voyage de presse au pays de Courbet.

Premier challenge, la moule dans toute sa grâce

Pas facile, ce coquillage, son goût est prononcé, sa texture est assez particulière, entre croquant et mou, bizarre quoi et selon la façon dont on le prépare, les paramètres précités peuvent vraiment changer.

Premier essai avec les blancs secs ouillés, qu’ils soient issus de Chardonnay ou de Savagnin. Et bien, les petits amis, ça ne fonctionne pas vraiment. La moule a besoin d’autre chose, de plus de considération, de choses plus enrobées, surtout moins tranchantes que ces vins vifs qui la chamboulent.

Laurent au moule-truck

J’oubliais de donner la préparation, simple, à la plancha, tout d’abord nature, sauf un jet de vin blanc en fin de cuisson. Puis, histoire de se la jouer food pairing, cuites (les moules) en compagnies de petits dés de saucisses de Morteau et arrosées en fin de trip d’un bon coup de Jaune.

Là, plus de souci, la moule se sent épanouie et se trémousse sur la langue. Mais déjà, sans Jaune ni Morteau, cela s’accordait fort bien.

Mon choix: moule à la plancha et ses dés de Morteau accompagnée du Côtes du Jura 2011 de Jean Bourdy. Le vin adopte un caractère légèrement oxydatif, juste marqué, il reste frais et élégant, de quoi séduire mademoiselle la Moule. Un duo qui a d’ailleurs séduit nos palais heureux d’accueillir ce joli duo.

Qu’est-ce qui fait que cela fonctionne ? Pas spécialement la saucisse, la moule peut s’en passer. Le Jaune, à peine, il s’est fortement évaporé. Reste la saveur forte du bivalve qui se parfume, avec grâce soulignons-le, des arômes de noix et de noisette, de tisane de plante du vin, lui pique sa légère amertume qui met en exergue son caractère iodé, et il y a l’irrésistible (du moins pour la moule) branche de céleri qui la rend dingue. Sans oublié que ce Côtes du Jura offre un joli qui nous lubrifie tout ça.

Bref, moules et vins oxydatifs, c’est le pied.

Technique du vin : pressurage puis fermentations alcooliques et malolactiques en cuves. Puis vieillissement en tonneaux de vieux chênes pendant 4 ans de contenance de 300 L, 600 L et 1.500 L. Aucun traitement, sauf 2 à 3 mg de SO2 par litre. Le vieillissement lent et long en caves froides permet au terroir très marqué Jura de s’exprimer pleinement dans ces vins blancs, très différent des standards du Chardonnay.

Deuxième rencontre, la coque

 

Y en avait en stock, on ne s’est pas privé. Ici, ce sont les blancs secs qui ont brillés. La coque préfère les élans citronnés et un rien salins des Savagnins ouillés ou l’élégance fraîche et savoureuse d’un Chardonnay. Le coquillage possède certes un goût plutôt relevé, mais une texture bien différente de celle de la moule, je dirais entre élastique et croquant, en relation avec la cuisson.

C’est celui-là le meilleur, nous dit Florian

Ainsi le Chardonnay En Paradis 2015 du Domaine Rijkaert, bien tendu, minéral et un rien tranchant a sublimé le bivalve.

Philippe n’a aucune crainte, pour lui, c’est le sien, le plus apte à satisfaire la coque et nos papilles

Dans le même esprit, mais avec sans doute un peu plus de gourmandise, le Chardonnay Brise Bras 2014 Domaine Daniel Dugois aux accents de tilleul, de mélisse et de réglisse a souligné la chair ferme du bivalve.

Son Savagnin, Benoit nous le sert avec générosité

Quant aux Savagnin, la Cuvée Édouard 2013 Domaine Bernard Badoz parfumé de rose blanche sur fond minéral, très énergique, a emballé le cardia (autre nom de la coque) sans sourciller.

Enfin, l’écorce de citron fondu dans une structure presque tannique du Naturé (Savagnin ouillé) Terre de Marnes 2015 de la Fruitière d’Arbois nous a mis le coquillage sur un plateau, il a eu la délicatesse de s’effacer pour en épurer les notes marines et nous faire comme une giclée d’embruns en bouche.

 Côté vins, il y avait le choix

Une série de dégustation bien sympas qui nous ont démontré qu’en matière d’accords, il ne faut pas d’œillère, juste éviter les clashs…. Et se faire plaisir.

 

Ciao

 

Marco