Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Vingrau, le cirque et son tapis de vignes. Photo©MichelSmith


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Patrimoine viticole : Vingrau, mais quel cirque !

Trou de mémoire passager : comment dit-on déjà beau en langue catalane. Ne cherchez pas ! Je l’ai fait dans la foulée et simple comme bonjour, c’est bella. Et grandiose ? Simple aussi : grandios avec un accent aigu sur le « o » que je n’arrive jamais à placer. Mais lorsque l’on se veut arpenteur de vignobles comme moi, comment dire beau en catalan – ou en occitan d’ailleurs – en y ajoutant une forte intonation vineuse ? Là, j’ai la réponse sur le bout de la langue puisqu’il suffit de dire Vingrau ! Pas uniquement parce qu’il y a du « vin » dans ce mot, mais aussi « grau », gradi en latin, pour grade ou marche. En effet, la légende dit que pour accéder à ce cirque majestueux, il fallait, une fois tourné le dos à la côte, grimper les vingt grades (vingrau) du Pas de l’Escala, le col qui permet de dévaler en boucles jusque sur le village de Vingrau blotti juste en contre-bas. Plus de marches à gravir de nos jours, juste une belle route goudronnée qui serpente dans la garrigue allant jusqu’à ce panorama spectaculaire bordé de falaises dont l’à-pic est devenu la coqueluche des grimpeurs du monde entier. Il y a longtemps, dans les années 1988 je crois bien, lorsque j’ai été confronté pour la première fois à la beauté du lieu en montant par le camp de Rivesaltes et la pinède de Montpins, je fus littéralement espanté comme on dit à quelques kilomètres d’ici, de l’autre côté de la frontière invisible qui sépare les PO de l’Aude. « Putain, c’est grandiose ! » me suis-je esclaffé alors.

Vingrau, le cirque et son tapis de vignes. Photo©MichelSmith

Vingrau, le cirque et son tapis de vignes. Photo©MichelSmith

À chaque fois que je repasse le col de l’Escala, c’est la même sensation d’émerveillement. Pourtant, ce ne sont pas les sites viticoles qui manquent par ici : Tautavel, Cucugnan, Maury, La Tour de France, la route de la corniche au dessus de Banyuls et de Collioure, celle qui va de Calce à Estagel… on ne sait plus où donner des yeux ! Lors de ma dernière balade dans le village de Vingrau où plusieurs caves ouvraient leurs portes à la manière de ce qui se fait à Calce et dans tant d’autres villages, je me suis arrêté à la Cave coopérative, aujourd’hui mariée à celle de Tautavel. J’y ai goûté mon vin favori, Le Cirque, un Côtes Catalanes bouché vis qui ne coûte que 5 €. En blanc (Grenache gris, mais il existe aussi un Muscat), c’est pas mal du tout, en rosé aussi, tandis qu’en rouge 2014 (Grenache noir, Syrah, Carignan), j’ai retrouvé le petit vin de grillades que j’aime tant.

Le bel accueil... Photo©MichelSmith

Le bel accueil… Photo©MichelSmith

Au bout du village, chez Hervé Bizeul, j’ai été agréablement surpris par la droiture et la densité du rouge Côtes du Roussillon Villages Vieilles Vignes 2012 (25 €). Dans le même millésime et la même appellation, un Clos des Fées savoureux et très discrètement boisé, fort long en bouche (50 €), vinifié en partie en demi-muids de 500 litres et élevé en barriques neuves, révèle la quintessence d’un travail d’assemblage équilibré, là aussi à partir de vieilles vignes qui ne manquent pas dans ces anciennes Corbières du Roussillon.

Photo©MichelSmith

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À côté, au Domaine de L’Edre, Jacques Castany et son épouse m’ont présenté leur Villages 2012 Carrément rouge d’une densité et d’une fraîcheur assez bluffantes (14,50 €). Un tour rapide au Domaine de L’Éléphant, chez Renaud Chastagnol, ainsi qu’au minuscule et nouveau Domaine du Bac (à suivre) où j’ai pu goûter quelques beaux vins : un rouge 2011 assez tannique et long pour le premier (45 €) et un superbe Côtes du Roussillon blanc 2013 pour le second (12 €). Enfin, je n’ai pu résister à me lancer sur le petit chemin qui conduit chez Alain Razungles, éminent professeur à Sup Agro (Montpellier).

Alain Razungles. Photo©MichelSmith

Alain Razungles. Photo©MichelSmith

Tout en enseignant, Alain ne s’est jamais séparé du Domaine des Chênes créé par ses parents. Il y vinifie des blancs extraordinaires au point que ceux-ci représentent près de la moitié de ses ventes, ce qui est assez unique dans le Roussillon. J’aime particulièrement l’IGP Côtes Catalanes Les Olivettes 2011 associant les macabeu au muscat d’Alexandrie : ample, gras, c’est un vin jouissif, bien structuré qui procure beaucoup de plaisir à l’apéritif et qui tiendra volontiers quelques années de plus. Je n’ai pas noté les prix, mais ils sont raisonnables et ne dépassent pas 10 €, départ cave bien entendu. Dans la même trempe, le Côtes du Roussillon Les Sorbiers 2012 et Les Magdaléniens 2011, laissent plus de place à la barrique ainsi qu’au Grenache blanc et au Macabeu. Ce sont des vins de pur plaisir.

Photo©MichelSmith

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Dans la série des rouges, j’ai un faible pour le Villages 2011 Les Grands Mères. Mais j’en reparlerai un jour dans ma rubrique du Dimanche car le vin est pour l’essentiel composé de Carignan. Le Tautavel (un Villages) Le Mascarou 2011, Syrah, Grenache et Carignan noirs chacun présent au tiers, élevage en barriques anciennes, jouit d’un nez porté sur la finesse. Il réserve beaucoup de volume et de chaleur en bouche, est armé de beaux tannins et d’une remarquable longueur et peut encore tenir 5 à 10 ans (autour de 12 €). Le Tautavel La Carissa 2007, Grenache et Syrah en majorité, complétés par le Carignan et le Mourvèdre avec un élevage en barriques au quart neuves, a conservé lui aussi un nez magnifique, en plus de notes très concentrées (torréfaction), épicées et chaleureuses, sans oublier une grande longueur (près de 20 €).

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À noter qu’il y a dans ce domaine de 38 ha encore vendangé à la main et qui continue de livrer 30 % de sa production (jeunes vignes) à la coopérative locale, de fort belles affaires à réaliser en matière de Vins Doux Naturels dont un Rivesaltes ambré d’anthologie, sans parler d’un renversant Côtes Catalanes Rancio sec L’Oublié 1999, issu d’un Macabeu élevé sous voile en barriques durant 7 ans. Un vin d’une profondeur inouïe doté d’une belle mais forte amertume évoquant le rance de la noix verte. Cela faisait 10 ans au moins, depuis mon travail préparatoire pour mon livre Les Grands Crus du Languedoc et du Roussillon paru en 2005, que je n’avais exploré ce domaine exemplaire qui, non content de développer une gamme assez complète démontrant la spécificité de ce cirque naturel tapissé de vignes pour beaucoup très âgées, va chercher à maintenir haut le culte de la tradition qu’offrent les VDN. À commencer par le Muscat de Rivesaltes que j’avais oublié de recommander. Un vin représentatif de ce terroir argilo-calcaire largement recouvert de cailloutis et de galets roulés par endroits. Bien à l’écart du cirque de Vingrau, à 300 mètres d’altitude parmi les grès de la garrigue, Alain Razungles entretient aussi quelques parcelles qui donnent des vin de belle tenue.

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D’un côté les Corbières, de l’autre le Roussillon. Photo©MichelSmith

Ainsi va le Roussillon, d’un pas sûr. Comme Tresserre, Cassagnes, Saint-Paul-de-Fenouillet, Calce, Montner ou Latour-de-France, d’autres encore, Vingrau, petit à petit, rejoint la palette des villages vignerons. Ils l’étaient déjà du temps où la Maison Byrrh recherchait les degrés élevés du Grenache, mais ils le sont bien plus maintenant qu’ils vinifient et qu’ils mettent en bouteilles.

Photo©MichelSmith

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Tenez, à force de rêvasser, j’ai oublié le plus fameux d’entre tous, Jean Gardiès, le plus talentueux aussi peut-être. Le gars est de Vingrau, mais pour une raison qui lui appartient, il n’exposait pas ses vins en cette fin Juin où le village ouvrait ses caves à grands renforts de flonflons et de guirlandes. Ce sera l’occasion pour moi d’aller lui rendre une visite plus approfondie une fois qu’il se sera tiré de ses vendanges. En attendant, si vous ne savez que faire ce week-end, prenez donc rendez-vous avec Alain Razungles ! Vous ne serez pas déçus du voyage et il vous indiquera même l’ancienne voie romaine qui traverse le vignoble près de chez lui. Ou, en longeant le Verdouble vers Tautavel et l’antichambre des Corbières, allez découvrir à la Caune de l’Arago, la grotte du plus vieil européen, à Tautavel, en même temps que la plus vieille incisive de France !

Quel cirque ce Roussillon !

Michel Smith

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Pendant que les parents trinquent, qui fait le clown ? Photo©MichelSmith

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#Carignan Story # 287 : Mas Gabriel en verticales !

Même dans la vie d’un humble amateur de vins, il y a des invitations qui ne se refusent pas. En affirmant cela, je ne pense ni à une garden-party dans un grand cru pour l’inauguration de chais rutilants avec vue panoramique sur l’estuaire de la Gironde, encore moins à une soirée parisienne, monstre et branchouillarde, pour marquer la sortie du nouveau guide pinardier que le monde entier nous envie.

Ici, pas de petits fours clinquants, juste quelques chaises pliantes, des crachoirs à partager, des rires, le tout dans une cave décorée de photos en noir et blanc de jazzmen phénomènes. Cela ressemble plus à un garage. Un entrepôt fourre-tout dotée de l’équipement le plus pratique et le plus utile nécessaire à la surveillance du jus de raisin transformé en vin. Rien de sophistiqué. Que l’essentiel, c’est à dire tout ce qui peut servir quand on a décidé que « faire du vin » serait l’achèvement ultime d’une vie à deux.

Photo©©MichelSmith

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Un saxo bien en vue dans un coin, deux ou trois barriques dans un autre, une table légèrement branlante, elle aussi pliante, et quelques verres posés là en attente d’une dégustation estivale qui sera suivie d’un dîner champêtre où chacun refera son monde dans un anglais des plus purs ponctué de bons mots à la française. Une entente cordiale en miniature. Cela se passe dans le Languedoc, province qui, comme sa voisine roussillonnaise, attire depuis longtemps déjà des vignerons venus de partout avec une envie placardée aux tripes, celle de faire des vins différents. Deborah et Peter Core sont de ceux-là, qui plongent dans l’aventure tête baissée, tels des artistes en quête d’inspiration qui seraient soudainement saisis par la foi vigneronne. Fait suffisamment rate pour être souligné, en moins d’une décennie, ils sont arrivés à se faire une réputation. Pas mal…

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

Deborah Core dans sa cave présente les vins avant la dégustation. Photo©MichelSmith

C’est ainsi qu’une fois de plus je me retrouve à Caux, au Mas Gabriel, à portée de vue de la haute marche cévenole, dans ce qu’il est convenu d’appeler le secteur qualitatif de Pézenas. Avant d’aller plus loin, ce qui est intéressant de souligner dans cette double verticale à laquelle j’étais convié en compagnie de Catherine Roque, vigneronne de Faugères, l’appellation voisine, et d’une poignée de journalistes et dégustateurs anglais, parmi lesquels Andrew Jefford, Rosemary George et Alan March, c’est qu’elle permet de dresser un premier bilan sur le travail d’un domaine où le Carignan noir, gris ou blanc constitue l’élément clé, l’ossature de l’histoire. Un domaine de taille modeste (6 ha), mais dont la cote ne cesse de grimper. Certes, le domaine en question n’est pas planté qu’en Carignan – une autre cuvée en rouge met en avant la Syrah tandis qu’en blanc le Vermentino fait son entrée avec une autre cuvée -, mais les Core s’amusent avec les vieilles vignes de ce cépage Carignan qu’ils ont été ravi de trouver en constituant leur domaine bio où les replantations se font en sélections massales. Chaque année les vignes sont nourries avec du fumier de vache histoire d’avoir un peu plus de rendement.

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Andrew Jefford connaît déjà bien la région, comme Rosemary George en arrière plan. Photo©MichelSmith

Une autre qualité relevée chez Deborah et Peter, qui furent parmi les premiers à adhérer à l’association Carignan Renaissance, c’est que quelque soit leur besoin d’avoir un peu d’argent pour faire vivre les vignes et la cave, ils s’imposent de mettre de côté une petite part de la production de plusieurs millésimes de chaque cuvé afin de pouvoir suivre leur évolution. Ainsi, ils commencent à voir où ils vont et s’amusent de raconter les petites galères inhérentes à chaque campagne. Un moyen d’avoir une trace de ce qu’ils font avec pour objectif de progresser dans leurs visions du vin. Je note aussi que s’ils adorent faire la part belle à un cépage, ils aiment bien compléter leur travail par un assemblage final, un peu à la manière d’un cuisinier. Outre un rosé que j’adore et qui est devenu rare (une parcelle de 35 ares vinifiée en pressurage direct) que les amateurs perspicaces purent acheter à 8 € départ cave au point de ne plus être en vente, nous avons attaqué par les blancs de la cuvée Clos des Papillons laquelle a toujours été composée à 95% de Carignan blanc (une pointe Viognier) jusqu’à 2014 où ce pourcentage est tombé à 85% afin de laisser un peu de place au Vermentino. À noter que dans le Carignan blanc, se glissent aussi quelques grappes de Carignan gris. Les vins sont fermentés et élevés à peine quelques mois en barriques d’acacia. À ma grande surprise, ce bois ne vient pas perturber ma dégustation.

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Alan March est concentré. Photo©MichelSmith

Le 2014 m’offre un nez aérien porté sur l’élégance et la finesse, avec beaucoup de fermeté et de hauteur en bouche. Avec un tiers de bois neuf, beurré et grillé en bouche, le 2013 me semble moins marqué par l’acidité, mais cela ne l’empêche d’avoir une bonne longueur. S’il est souple en attaque, il termine sur la fraîcheur. Beaucoup de finesse au nez avec la venue du 2012 dont la robe est plus paillée. Pas de surprise avec le 2011 (grand millésime) qui impose son amplitude dès le nez marqué aussi par le bois. On a de l’éclat, une structure infaillible, de la densité, du sérieux et beaucoup de persistance. 2010, lui aussi est d’une grande beauté : nez fin délicatement fumé, saveurs salines et réglissées en bouche, gras et langoureux, bien accompli, il est lui aussi particulièrement long en bouche.

Photo©MichelSmith

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La cuvée Les 3 Terrasses est dédiée au Carignan noir vinifié exclusivement en cuve ciment. Au départ Carignan pur, les vins sont désormais associés à 30% de Syrah et de Grenache, à l’instar de ce 2013. Encore marqué par sa mise très récente, je le trouve charnu, poivré, mais pas facile à disséquer. Plus à son aise le 2012 fait figure de premier de la classe : nez hyper fin, densité et fraîcheur, c’est un vin complet que l’on peut commencer à boire. D’une élégance plus affirmée au nez avec de jolies notes fumées, le 2011 joue sur le minéral. En dépit d’une certaine tendresse en bouche, son caractère entier, sa structure aussi, me font dire qu’il ira loin. Le 2010 a une telle belle robe et une telle finesse (20% de Syrah) que je l’ai baptisé en anglais The smiling Carignan. Grande finesse d’ensemble, notes de raisins confits, beaucoup de chair, lui aussi peut tenir. Pur Carignan, le 2009 est assez fermé mais laisse passer quelques touches viandées pour s’ouvrir en bouche grâce à une belle structure, des notes épicées, de la fraîcheur et de la longueur. Un peu poussiéreux au départ, terreux aussi, je lui accorde pourtant ma note la plus enthousiaste pour son acidité bien présente mais conférant à l’ensemble une grande fraîcheur.

Michel Smith


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Vin et chocolat: un chantier en cours

Une phrase dans un livre de Joanna Simon, Wine and Food, dit ceci : «La mort par le chocolat est une manière courante de tuer les vins». Voila qui m’a fait réfléchir.

Si c’est souvent le cas,  je pense que le propos demande à être copieusement nuancé: on peut aussi trouver des accords magnifiques entre certains vins (ou produits à base de vin, distillés ou pas) et certains types de chocolat. Car, bien entendu, pas plus qu’il n’existe un seul type de chocolat, il n’y a pas qu’un seul type de vin. Et les combinaisons sont multiples. Alors l’affaire devient très vite assez complexe, semée d’embûches et sujet, comme dans toute affaire d’accords entre mets et vin, à des préférences individuelles qui modifient en permanence la donne.

Style: "P25"

Il est vrai que le moment de manger du chocolat arrive souvent à la fin d’un repas. Le palais est déjà pas mal saturé et l’estomac plein. Ce n’est donc pas le moment idéal pour un accord soigné. Puis les préparations à base de chocolat qui sont servies en dessert compliquent singulièrement les choses. Un morceau de chocolat noir, avec 70% de cacao ou plus est un mets assez simple: dense, massif, amer et peu sucré. Il s’accorde parfaitement avec des vins rouges tanniques ou des vins mutés ayant aussi une certaine structure tannique, un peu ou beaucoup de fruit, ainsi que du sucre résiduel. Mais le chocolat est rarement donné à manger comme cela à table. Il faut donc pas mal expérimenter et trouver des pistes d’accords possibles qui peuvent guider les consommateurs vers plus de plaisir.

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C’est ce que je tente, très modestement et en tâtonnant, de faire en ce moment en menant une série de dégustations avec une spécialiste du chocolat, une « chocologue », comme on entend parfois (même si je n’aime pas trop le terme). Celle-ci a pour nom Victoire Finaz (photo ci- dessus). Elle apporte les chocolats, dont des préparations de sa facture, et moi les vins. Le but de nos travaux en cours est d’essayer de poser de grandes typologies d’accords, selon le type de chocolat: plus ou moins noir, plus ou moins lacté, mais aussi avec l’incorporation de différents adjuvants comme les ganaches ou les pralinés. Ce n’est qu’un début et l’affaire est déjà assez complexe, je trouve.

Au bout de deux séances, quelques lignes semblent se dessiner, que je vais tenter d’esquisser ici.

1) Le chocolat blanc (qui n’est pas vraiment du chocolat, je crois, pour les puristes) est trop sucré pour la plupart des vins.  Je pense qu’il faut nécessairement monter plus haut dans la sucrosité du vin pour la calmer, sinon il colmate tout avec son sucre gluant. Mais c’est un produit qui me motive peu.

2) Le Champagne brut ne marche pas du tout avec le chocolat, malgré ce que je peux lire de temps en temps sur des brochures promotionnelles de certains producteurs de ce type de vin. En tout cas pas avec celui que j’ai essayé. Son acidité fait clash avec le chocolat et il n’a pas le corps assez solide pour lutter.

3) Comme je l’ai mentionné ci-dessus, un vin rouge tannique et un chocolat noir à plus de 70% de cacao forment un excellent accord. Comme ce type de chocolat est peu ou pas sucré, l’absence de sucre dans le vin n’est pas gênant et les tannins sont bien amadoués par la texture du chocolat qui leur sert d’amortisseur. Le vin essayé venait du Languedoc: il s’agissait d’un Prieuré Saint Jean de Bébian jeune, qui allait à merveille avec un chocolat à 100% de cacao.

4) On peut oser des produits insolites aux goûts forts avec le chocolat. Par exemple un excellent retsina (de Gaia) et un très bon vermouth ont fait merveille sur des noirs à 75% mais aussi sur des lactés à 55% et des fourrés aux agrumes.

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5) Le bon plan « sécurité » se trouve du côté des vins mutés, et plus généralement les mutés doux. Ils peuvent être oxydatifs ou rouges, mais plus la part de cacao est forte, plus il vaut mieux aller vers des mutés rouges et donc un peu tanniques. Ces vins là, de Rivesaltes, Maury, Banyuls, Xérès, Porto, Madère, Marsala ou d’ailleurs nous ont procuré une belle série d’accords magnifiques qui amplifiaient aussi bien le parfums du chocolat que ceux du vin.

6) Je pense qu’il y a d’excellents accords à trouver aussi du côté de certains alcools et liqueurs, mais je ne les ai pas encore essayés.

Affaire à suivre… et quand on voit l’engouement actuel pour le chocolat, on se dit qu’il y a là une bonne piste pour faire mieux aimer (et boire) les vins doux.

David Cobbold

 

 

Photo©MichelSmith


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Rhône : Montirius, en quête de Minéral

Comme souvent en ce moment, le voyage commence dans l’allégresse matinale sur cette route là. Fuir le bureau et les soucis de la vie. Avec, au début, pour seules perspectives, d’étranges sculptures dues à l’érosion. On appelle ça des orgues. Une sorte d’allée buissonnière partant de la cathédrale (simple église en réalité) d’Ille-sur-Têt qui va me permettre une fois de plus de grimper à l’assaut du Fenouillèdes.

En route vers Trilla... Photo©MichelSmith

En route vers Trilla… Photo©MichelSmith

Un peu plus haut, ne pas oublier de ralentir pour négocier les virages aveugles tout en profitant d’échappées inédites et spectaculaires sur la Canigou. Une partie de cachecache : tantôt les Corbières et sa vigie (Quéribus), tantôt le Golfe du Lion esquissé dans son lointain brumeux. Route étroite vers la fin du parcours, parsemée de cistes, de bouquets d’immortelles, de lavandes et de thyms entre autres plantes identifiables par l’ignorant botaniste que je demeure en dépit de toutes ces années d’errements dans l’intrigante garrigue pierreuse qui fait la majeure partie de nos terres du Sud. En fermant les yeux, on pourrait se croire aussi bien dans l’arrière-pays de Montpellier, sur les contreforts des Cévennes gardoises ou encore sur ces chemins chantants et parfumés conduisant à la muraille rocheuse à qui l’on donne le joli nom de Dentelles de Montmirail. Comme ça tombe bien !

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Les Dentelles. Photos©MichelSmith

Si je pense à ces Dentelles malgré la distance qui m’en sépare – au bas mot quelques 350 kilomètres – c’est que j’arrive bientôt au but de mon déplacement pépère. Je suis en vue du minuscule village de Trilla jadis cerné de vignes et c’est là que m’attend une dégustation de Montirius blanc, un domaine justement situé au pieds des fameuses Dentelles. Trilla, c’est le lieu d’échouage d’un couple que j’adore tant pour son hospitalité que pour l’acharnement qu’il déploie à faire découvrir ce lieu paisible qui mérite plus d’une excursion. La chose est encore plus visible lorsque les habitants se plient en quatre pour leur fête locale, cette année le 18 Juillet, doublée d’une formidable exposition vivante consacrée au Vieux Cépages, où les vignerons d’ici et d’ailleurs, viennent partager leurs productions et faire goûter qui leurs vieux carignans, qui leurs terrets ou leurs œillades. Une journée de concerts improvisés, de dégustations à tout rompre, de pique-niques sauvages, de rires déployés auxquels je me joins volontiers. C’est pour bientôt donc, et inutile d’insister pour vous dire que nous comptons sur votre présence.

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

Le cailloux responsable du goût dans le vin ? Photo©MichelSmith

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Le couple en partie responsable de tout de tohubohu autour du vin n’est autre que celui formé par Mechtild et André Dominé débarqués d’Allemagne il y a 30 ans. Lui est un journaliste et écrivain spécialisé dans le vin et très actif dans son pays d’origine, elle est saxophoniste amateur dans une troupe de copains, jardinière émérite, conseillère municipale et reine de la couture entre autres passions. Ensemble, ils vous reçoivent chez eux avec les égards que l’on doit aux vrais amis, dans la décontraction la plus totale. Ce jour-là, André avait manigancé une dégustation verticale autour d’une cuvée-phare du Domaine Montirius, connu pour ses vins en biodynamie d’appellation Gigondas (rouges) mais aussi pour ses Vacqueyras (blancs, rouges, rosés). C’est dans cette dernière AOP qui ne compte que 3% de vins blancs que se construit la cuvée Minéral du domaine, à partir de vignes de garrigues, un assemblage de grenache blanc, roussanne, d’un côté, bourboulenc (50%) de l’autre, le tout sans élevage bois. Mais vous en saurez beaucoup plus en allant sur l’excellent site proposé quatre lignes plus haut. Quelques bons camarades assistaient à la dégustation qui s’est déroulée en silence, les nez plongés dans de sublimes verres Lehmann créés pour les rouges par le sommelier Philippe Jamesse.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la minéralité – cela risquerait de nous mener trop loin -, mais sachez tout de même que ce mot s’est imposé aux propriétaires du domaine au fur et à mesure qu’ils goûtaient les vins de cette cuvée au tirage moyen de 5.000 exemplaires par an. On attaque la remontée dans le temps par un petit blanc de mise en bouche de 2014, La Muse Papilles, sur le fruit et la fraîcheur, pas très long en bouche, mais bien agréable dans le sens où il va aiguiser mon palais. Le premier vin de la série Minéral est un 2014 qui se veut très fin au nez dans le registre pierreux et grillé. Nette clarté en bouche, de la luminosité, de la hauteur, matière serrée mais pas étriquée, pointe de salinité et une finale proche de la peau du raisin.

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs. André Dominé est le seul pieds nus ! Photo©MichelSmith

Question plaisir immédiat, le 2013, bien articulé sur la fraîcheur et l’éclat, nous offre un nez plus ouvert sur le pierreux de la garrigue avec une touche florale qui évoque un buisson de genêts au mois de mai. Le vin paraît aussi plus long en bouche. Avec le 2012, la robe semble plus dorée, tandis que le nez s’affine encore sur le même registre calcaire de la garrigue. La rondeur est plus présente, la longueur un peu moins (mais ce n’est qu’une impression, me semble-t-il), alors que la finale se dessine sur des notes assez complexes de miel de garrigue et de tarte meringuée au citron, l’ensemble me paraissant bientôt prêt à boire.

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Prêt pour la verticale. Photo©MichelSmith

Le 2011 donne de manière inattendue une impression d’évolution. La sensation de minéralité est moins aigue, plus glissante, plus fluette et quelque peu saline, du moins à l’attaque en bouche. Puis on a un aspect moelleux (non sucré) qui prend le dessus, des notes de paille, ainsi qu’une légère lourdeur alcoolique jusqu’en finale. Le 2010 offre une robe soutenue, plus dorée, tandis que le nez est plutôt fermé, discret. Sensationnel en bouche, le vin a une matière imposante, une grande persistance et une fraîcheur qui surélève le vin, le portant bien haut vers une finale parfaite quelque peu gironde. Le vin a de quoi tenir et je lui donne ma meilleure note, soit quatre étoiles. 2009 ne démérite pas en dépit de son nez évolué proche de la cire d’abeille. Très épais en bouche, un poil lourd au début, il se redresse vite pour monter en puissance vers de jolis sommets de complexité et de longueur. Magnifique finale, il obtient lui aussi quatre étoiles bien qu’étant plus musclé que 2010.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Il a fallu deux bouteilles pour venir à bout d’un étrange 2008 à la robe ambrée. Impression décevante et même liégeuse sur la première bouteille ; pas de grand intérêt avec la seconde, c’est un millésime qui semble à part, sans grand complexité, ni grand chose à raconter. À moins que quelque chose ait flanché à la vinification ou à la mise… 2007, renoue avec une belle blondeur de robe. Le nez a un peu viré vers la réglisse et quelques notes lactiques. Certains le voient large et floral, je le sens pour ma part non dénué de fraîcheur, mais plus sur des notes de zeste de citron en rétro-olfaction, tendu et tannique, tandis qu’il est bien long en bouche. 2006 livre une robe dorée assez classique. Il semble assez fermé et dur. Peut-être qu’après une mise en carafe… Reste que s’il est mieux noté que 2008, il déçoit quelque peu.

Les dégustateurs à l'ouvrage. Photo©MichelSmith

Les dégustateurs à l’ouvrage. Photo©MichelSmith

Tout change avec le millésime 2005 : on retrouve une tonalité presque juvénile, sans trop de reflets cuivrés. Le nez s’offre avec grâce : épices, boisé, garrigue, tabac blond… C’est dense et bien épais en bouche, volumineux, heureusement marqué par un bel éclat de fraîcheur et, comme toujours, assez persistant en bouche avec une finale fraîche qui laisse une belle impression de jeunesse. Il fait partie des trois vins notés quatre étoiles. Ce n’est pas le cas de 2004, robe évoluée, quelque peu orangée, que je n’ai pas bien noté pour un goût que j’ai trouvé caramélisé mais qui a intéressé d’autres dégustateurs.

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

La cuvée Minéral au fond du verre. Photo©MichelSmith

Trois millésimes bien notés donc, pour ce qui me concerne avec, dans l’ordre : 2010, 2009 et 2005. Preuve s’il en était besoin de souligner ce qui fait désormais partie de mon crédo : au grand dam de certains spécialistes qui persistent à croire le contraire, nous sommes de plus en plus nombreux à remarquer l’énorme potentiel qualitatif des terres et des cépages blancs dans le Sud de la France. Que cela plaise ou non, du Roussillon à la Corse, en passant par le Languedoc et la Provence, le grand Sud prouve de plus en plus qu’il est capable de produire de prodigieux blancs, les meilleurs étant bien soutenus par une belle acidité. Quand on constate les prix démentiels de la plupart des vins de Bourgogne, et la difficulté que l’on a à se procurer les meilleurs d’entre eux, il me semble qu’il est grand temps pour un amateur de tourner son regard vers le Sud (sans oublier la vallée de la Loire)  où de grands blancs sont en devenir dans des cadres à couper le souffle.

Michel Smith

Photo©MichelSmith

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Astonishing! Bourgueil through three centuries: 2011 back to 1893

1947 thru to 1893.

1947 thru to 1893.

This post first appeared in June 2012 on our old Overblog site. I am sure that for all of us this remarkable tasting was one of the high collective points of Les 5 du Vin, so I am delighted to resurrect it on our current site.

Astonishing! Bourgueil through three centuries: 2011 back to 1893
It was on all counts a remarkable experience. To sit in that treasure of a cave deep in the limestone at Domaine Lamé-Delisle-Boucard and taste such a range of wines starting with 2009 and ending with the legendary 1893. Undoubtedly this was the stand-out event of les 5 du Vin’s visit to Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil in early June.

We started on ground level in the chai of Lamé-Delisle-Boucard (LDB) tasting the promising 2011s from vat as well as a 2009 showing the typical concentration from this warm year.

Then we headed underground – leaving the 21st century for the 20th. First we tasted two 1989s – one from LDB and one from Domaine des Ouches. The two Gambiers ­ – Denis and Thomas – had joined us for the tasting.

1989: LDB – rich, sweet ripe fruit with good colour. The hot summer and autumn of 1989 is evident from the level of maturity in the fruit.

1989: Ouches – still keeping well but lighter. The Gambiers say they think they picked a little too early. Prolonged hot summers like 1989 were rare then, so difficult to get the picking date right.

1975: Sweet cherry fruit, less rich than the more famous and more seen 1976 but attractive. In the Chinon tasting from 1934 to 2005 last September the 1975 Domaine Spelty showed very well.

1976: the famously hot and very dry across northern Europe. The weather broke in September soon after UK Prime Minister appointed Denis Howell as the Minister for Drought. I remember flying into Heathrow from Corfu in late August and being struck by how brown the UK looked. The LDB had still rich fruit with an opulent texture. Showing very well.

1969: The 60s were a mixed bag with some fine vintages like 1961 and 1964 but also some very poor ones – 1963, 1965 and 1968. Curiously this 1969 had a touch of apricot, lovely texture and some light acidity. Unsurprisingly not as rich as the 1976 but again lovely texture and good length.

1964: This is a famous vintage in Chinon and the 1964 from Domaine Dozon showed brilliantly at last September’s Chinon tasting. The LDB was a little less impressive – softly textured but quite marked acidity.

(An update: on a visit to the domaine about 10 days ago Philippe Boucard opened another 1964 which showed very well especially but it needed about half an hour to show its best.)

1961: There were two 1961’s one from Domaine des Ouches and one LDB. Both were impressive with the fruit on the Ouches still remaining remarkably fresh, while the LDB had wonderful delicacy and balance.

All the remaining wines came from Lamé-Delisle-Boucard:

1959: This is one of the fabled Loire years of the 20th century – possibly not quite the level of 1947, 1921 and perhaps 1989. However, there are some that put 1990 above 1989. This Prestige was very impressive with rich, concentrated dried fruits and a very longfinish.

1955: Less rich than the imposing 1959 but still sweet fruit, delicate and fine.

1949: Along with 1947 a great vintage from the 1940s. This 1949 had quite a mushroomy character and again a delicacy to this bottle.

1948: This was a surprise as 1947 and 1949 have high reputations but little is heard of 1948. I don’t remember tasting a 1948 before but was impressive.  Again some mushroom character but less marked than the 49. Attractive red currant fruit with quite marked acidity.Also famous for being the birth year of Michel Smith of les 5 du Vin.

1947: Some fungal character – a blend of rich, powerful fruit and finesse.

1947 rosé: The great surprise of the tasting – a dry rosé from 1947. Although I have drunk a range of Cabernet d’Anjou’s from the 1940s, I have never tried a Loire dry rosé of this age. Onion skin colour, remaining wonderfully fresh with peach and apricot flavours and a touch of moka in the finish. Remarkable!

1934: I first tasted a 1934 Loire red (Domaine René Couly) at the Chinon vertical tasting last September and was amazed by its quality and freshness. This 1934 Bourgueil wasn’t as splendid as that bottle but it still had fruit.

1933: This was better than the 34 with delicate sweet wild red fruits.

1906: Slightly fungal but with a lovely Pinot Noir colour and still an extraordinary finesse.

1893: With what other Loire vintage could such an extraordinary vertical tasting conclude? It had to be 1893, still the earliest Loire vintage known. Picking here at Lamé-Delisle-Boucard began on 2nd September. My guess is that picking 2012 won’t start until early October. This 1893 had attractive fungal, sous bois aromas and still wonderfully opulent, sweet fruit and length. Still a bottle to enjoy and savour 119 years on!

This was a real demonstration that Loire reds, as well as its whites, can indeed age and age attractively. Not all Loire reds are fresh and fruity needing to be consumed when young!

Our grateful thanks to the amazing generosity of the Lamé-Delisle-Boucard team!’

Our very generous hosts

Our very generous hosts

jimeos1s


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Grüner Veltliner, reine d’Autriche

Qui parlait du Grüner Veltliner il y a 20 ans ? Pierre Galet, dans son Dictionnaire Encylopédique des Cépages (édition 2000, chez Hachette) ne le mentionne même pas sous son vrai nom, mais le place sous un nom francisé, Veltliner Vert (alors qu’il est inconnu en France !), en lui accordant royalement une colonne. Pourtant, il occupe près d’un tiers du vignoble autrichien, soit quelques 17.000 hectares dans ce pays, sans compter une présence significative en Hongrie et en République Tchèque, plus la Bulgarie, et, depuis peu, aussi, quelques plantations aux USA, Australie et Nouvelle Zélande.

Wine Grapes, de Harding, Robinson et Vouillamoz, un autre livre de référence, mais plus récent puisqu’il date de 2012, lui donne une place plus en phase avec les qualités multiples de ce cultivar qui est un des nombreux descendants du traminer (savagnin en France), et  possède donc un lien de parenté avec la famille des pinots. La presse, dans beaucoup de pays (sauf en France), lui accorde de nos jours une place très significative parmi les grands cépages blancs du monde. Cette ascension a été fulgurante et coïncide avec la montée en qualité des vins autrichiens depuis 1985.

Grüner_Veltliner

Une récente dégustation à Vienne, à laquelle j’ai fait allusion il y a deux semaines, m’a permis de déguster 74 vins de Grüner Veltliner sur la centaine présentée à cette occasion. Et ainsi de me faire une idée plus précise aussi bien de ses qualités que de sa plasticité, car à certains égards il a des points en commun avec le chardonnay, la variété la plus adaptable de la planète.

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service pendant ma dégustation de plus de 70 vins de grûner veltliner

La dégustation a ordonné les vins de plusieurs catégories, ainsi nommés par les organisateurs : « jeune et élégant », « vins de réserve puissants », « mature » et « innovant et sauvage » . Je reviendrai sur cette catégorisation, globalement utile pour faire son choix parmi le grand nombre de vins présentés. Les sous-régions  ou appellations d’origine étaient mixtes dans chaque catégorie, mais on trouve le grüner veltliner essentiellement dans la partie septentrionale du vignoble autrichien, appelé Niederösterreich, aussi bien dans la région élargie éponyme que dans les DAC spécifiques de Weinviertel, Kamptal, Kremstal, Wachau et Traisental. Il y en a aussi un peu à Vienne et en Burgenland. Cette dernière région élabore également des vins liquoreux avec la variété.

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les séries de vins servis allaient de 3 à 6 vins

La première catégorie de la dégustation concernait des vins jeunes : millésimes 2014 et 2013. Ces vins sont généralement plus simples aussi bien par leur origine viticole que par leur styles. Les prix, à de rares exceptions près, se situent entre  5 et 15 euros la bouteille. Si 2013 est considéré comme une très bonne année pour les vins blancs en Autriche, ce ne fut pas le cas de 2014, rendu très compliquée par des pluies abondantes (un peu comme les 2013 en Loire ou à Bordeaux).

Mes vins et producteurs préférés de ce groupe, sur les 19 dégustés, dont 7 ont obtenu une noté égale ou supérieure à 14,5/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Groiss GV 2014, Weinviertel (*)

Ecker-Eckhof, Ried Steinberg GV 2014, Wagram (*)

Fritsch Weinberghof, Ried Steinberg Rupperstal 2014, Wagram (**)

Birgit Eichinger, Ried Wechselberg GV 2013, Kamptal (*)

Edlmoser, Ried Himmel GV 2013 (**)

Ligenfeld, Ried Himmelreich GV 2013 (**)

panorama_wachau_6__c__vineaWachau est une des appellations vedettes pour la production de Grüner Veltliner; pentes et terrasses font penser parfois au Douro, mais c’est bien plus vert et le fleuve s’appelle Danube

 

La deuxième catégorie concernait des vins dites « de réserve », ayant parfois une origine plus « noble », toujours un élevage plus long et, par conséquence, des prix plus élevés (entre 15 et 30 euros, occasionnellement plus). Les millésimes étaient des 2012, 2011 et 2010. Des bons niveaux de maturité ont règnés en 2012 et 2011, 2010 étant plus compliqué avec des rendements faibles et une belle arrière saison pour sauver la mise. 2009 est considéré comme un grand millésime. J’ai dégusté 28 vins de cette catégorie et ai donné une note de plus de 14,5/20 à 10 vins, avec deux notes au-dessus de 16/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Rudi Pichler, Smaragd Ried Wösendorfer Kollmütz 2012, Wachau (*)

Domäne Wachau, Smaragd Ried Kellerberg GV 2012, Wachau (**)

Ludwig Neumayer, Reserve « Der Wein vom Stein » GV 2012, Traisental (*)

Bründlmayer, Reserve Ried Käterberg « IOTW » 2012, Kamptal (***)

Prager, Smaragd « Wachstum Bodenstein » GV 2011, Wachau (***)

Hurtzberger, Smaragd Ried Honivogl GV 2011, Wachau (**)

Johann Donabaum, Smaragd ‘Limintierte Edition » GV 2011, Wachau (*)

Forstreiter, Reserve Ried Tabor GV 2011, Kremstal (**)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Grub GV 2010, Kamptal (***)

Salomon Undhof, Reserve « Von Stein » GV 2010, Kremstal (**)

Bernard Ott, Ried Rosenberg ‘IOTW » GV 2010, Wagram (*)

Willi-Bruendlmayer-im-Weingarten-3_01Willi Bründlmayer, dont je n’ai pas le souvenir d’avoir déguste un vin ordinaire. Ses vins ont encore brillé lors de cette dégustation.

 

La troisième catégorie concernait des vins plus âgés, allant de 2008 à 1998. 8 vins retenus (selon les mêmes critères) sur le 18 dégustés. Je ne suis pas convaincu que la vocation de cette variété soit une très longue garde. Il semble à son optimum, pour les vins de haut niveau, entre 3 et 8 ans.

Loimer, Reserve Ried Spiegel « IOTW » GV 2008, Kamptal (*)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Lamm GV 2008, Kamptal (**)

Brundlmayer, Ried Lamm GV 2007, Kamptal (***)

Schloss Gobelsburg, « Tradition » GV 2007, Kamptal (***). NB. Bien que la plupart des bons producteurs autrichiens utilisent maintenant le bouchon en verre ou la capsule à vis, ce ne fut pas encore le cas à cette époque. La première bouteille de ce vin servi était bouchonné.

F. X. Pichler, Smaragd « M » GV 2007, Wachau (**)

Pfafl, Ried Hundersleiten GV 2000, Weinviertel (*)

Knoll, Smaragd Ried Loibenberg GV 1999 (*)

Setzer « Die Lage » GV 1995 (*)

Dernière catégorie : les vins intitulés « wild and innovative » dans le catalogue. Je serai très tenté de renommer ce groupe « horrible et régressif ». C’était un catalogue de défauts, avec des degrés d’oxydation allié parfois à des déviances bactériologiques et, parfois une acidité volatile féroce. Cela donnait souvent aux arômes des notes allant de la pomme blette à de la paille d’écurie à moitié pourrie, en passant par le cidre. J’ai retenu un seul vin sur les 9 dégustés, mais son prix délirant (plus de 30 euros) par rapport à sa qualité, ne mérite pas qu’on s’en souvienne trop longtemps.

Herbert Zillinger, Reserve « Radikal » GV 2013, Weinviertel (*)

En Autriche aussi, la mode des vins dits « nature » fait des ravages. Les organisateurs se sont sentis obligés de montrer des vins de ce type car il doivent, statutairement, représenter toute la gamme de la production de leur pays. En tout cas, il ont très bien fait de les mettre dans une catégorie à part. Mais parfois, je m’interroge sur la motivation, voire la compétence, de certains (rares) collègues présents à ce type de manifestation. Par exemple, j’avais des voisines de table asiatiques qui n’ont dégusté que des vins issus de cette dernière catégorie. Je me demande alors quelle impression elles peuvent se faire des capacités considérables de ce cépage magnifique ! Ou bien ont-elles été amenées à penser que le vin doit ressembler à du cidre oxydé ? En contraste avec cette approche très peu professionnelle et qui manquait singulièrement de curiosité, j’ai constaté que Monsieur Oz Clarke, dégustateur connu et expérimenté, et qui pourtant n’a plus rien à prouver, a systématiquement noté TOUS les vins qu’il a dégustés, aussi bien lors de cette séance que lors de chacune des autres visites, repas et séances de l’ensemble du voyage. Je ne suis pas parvenu à faire autant !

Comment décrire les meilleurs vins de grüner veltliner que j’ai dégusté ?

La première catégorie, c’est à dire les vins les plus simples et les moins chers, sont souvent marqués par des odeurs et saveurs proches de fruits blancs ou verts, des agrumes, du poivre blanc, plus rarement d’asperge ou d’estragon. Leur profil est clair, net et précis, avec une bonne acidité et, parfois, une légère pointe d’amertume. Ceux issus des parcelles bien exposées ont davantage de rondeur et de plénitude de saveurs. On est un peu à mi-chemin entre un chardonnay de climats frais et un riesling.

Le deuxième catégorie, celle des vins plus complexes, est par définition plus difficile à décrire d’une manière globale, car le processus viti-vinicole, ainsi que la situation du vignoble, ont tendance à augmenter les écarts de style. Les types d’arômes fruités vont davantage vers les fruits jaunes et la gamme d’odeurs est bien plus large et complexe. On trouve des notes de chèvrefeuille, de pêche. Ces vins combinent régulièrement délicatesse et puissance d’une manière remarquable. Longueur et densité vont croissant aussi.

Les vins plus vieux étaient issus de cette dernière catégorie. Ils s’arrondissement bien et d’une manière variable selon le millésime. J’ai déjà assez parlé des vins du dernier groupe.

En résumé : une grande et belle dégustation qui a fait la preuve de la qualité croissante des Grüner Veltliner, qu’on peut bien qualifier de « Reine d’Autriche », même si ce pays, dans le seul domaine des vins blancs, produit aussi des Rieslings et des Sauvignons Blancs de classe mondiale. Je vous parlerai de quelques vins rouges la semaine prochaine.

 

David Cobbold 

 

 


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Deux appellations d’exception dans une séance: Condrieu et Côte Rôtie

 Domaine-du-CouletCôte Rôtie, Domaine du Coulet (pas présent à cette dégustation). Photo domaine et La Note Rouge

Il ne m’arrive pas souvent de déguster une série complète de vins issus de deux appellations aussi rares que discrètes. Cela s’est passé très récemment dans une seule séance et à Paris. J’ai aussi eu cette chance de les déguster dans des conditions presque idéales car j’étais le seul dégustateur présent au moment où je suis arrivé dans la boutique des très chics et chères cuisinières Cornue, dans le très chic et cher 7ème arrondissement. Il faut dire que j’avais du me taper une dégustation de la sélection « Foires aux Vins » d’un enseigne de GD avant, et même si cette sélection contenait quelques (trop rares) bons vins, là, j’allais changer sérieusement de braquet !

 CondrieuVignes à Condrieu vues du Rhône (photo Jack van Ommen)

Le menu contenait 16 vins de l’appellation Condrieu  dans le millésime 2013, et 26 vins de l’appellation Côte Rôtie, très majoritairement des 2012, mais avec quelques vins de 2013, 2011 ou 2010. Faut-il présenter ces appellations ? Bien sûr que si, car je doute que tous nos lecteurs les connaissent bien. Ces deux zones contiguës se trouvent juste au sud de Lyon, sur la rive droite du Rhône. Elles sont aussi d’une étonnante complémentarité, l’une ne produisant que du vin rouge, et l’autre que du blanc. Leur discrétion vient essentiellement de leur petite taille, elle même dictée par une topographie aussi étroite qu’exigeante : Côte Rôtie occupe 300 hectares de vignes et Condrieu 180. Associé à cette rareté, leur niveau de prix élevé reflète autant la qualité reconnue des vins que leur faible production. Les prix public (en France) des Condrieu que j’ai dégustés varie entre 28 euros et 80 euros la bouteille, tandis que la fourchette pour les Côte-Rôtie présents est quasiment identique (30/80). Comme en Bourgogne, les vins peuvent se scinder entre les cuvées de type « village », issus généralement d’assemblages entre diverses parcelles dans l’appellation, et des cuvées mono-parcellaires ou sectorielles, souvent plus chères.

L’encépagement est simple : Syrah pour les Côte-Rôtie et Viognier pour les Condrieu – bien qu’une des particularités de l’appellation Côte Rôtie, partagée avec quelques autres appellations de rouge de la région, est d’autoriser une part de raisins blancs dans le vin. Cette proportion peut atteindre 20% ici, mais la plupart des vins dégustés ce jour étaient des syrahs à 100% et, parmi les 5 cuvées contenant un peu de viognier, aucun ne dépassait 10% de ce cépage si tendre et parfumé.

La syrah a certainement ses origines dans cette région, issu qu’il est d’une mère savoyarde et iséroise (la mondeuse banche) et d’un père ardèchois (la dureza). Le viognier fait partie de la même famille que la syrah (serine) et serait soit son demi-frère ou soeur, soit un des ses grand-parents, car tous les détails de la famille restent à découvrir, même si on les sait liés par la mondeuse blanche.

Cette dégustation a aussi voulu ordonner les vins selon leur localité précise dans l’appellation, dont l’identité  à été déterminée par une sorte d’analyse de la nature des sols. Là nous entrons dans ce qui est pour moi une zone d’ombre et qui me semble obéir davantage à une doxa de la communication actuelle autour du vin qu’à une réalité pertinente pour le dégustateur. L’approche de chaque producteur, aussi bien à la viticulture qu’en vinification et élevage, me semble expliquer davantage les différences de goût entre les vins que les influences différentes entre sols contenant  « migmantitte sombre« , « granite à muscovite » ou « granite à biotite« , pour ce qui concerne Condrieu et selon les termes du carnet qui m’a été remis. Je veux bien étudier cette question sérieusement le jour où un producteur, ayant des parcelles sur les trois zones, me présente des vins issus de ces trois zones et  dont tout le processus d’élaboration, y compris l’âge des vignes et la nature de la matière végétale (clone, porte-greffe et tout), serait identique. On tiendra aussi compte de différences d’altitude, d’exposition et de drainage, facteurs qui sont, à mon avis, bien plus importants que la nature précise de différentes sortes de granites.

Mais passons à l’essentiel qui est la très grande qualité de l’ensemble des ces vins, à quelques exceptions près (il en fallait bien pour montrer que tout n’est jamais parfait dans ce monde).  Je vais parler d’abord des vins que j’ai préférés, et ils sont nombreux, puis faire quelques remarques plus critiques sur quelques rares  cuvées qui me semblaient d’un niveaux inférieur, et sur une qui a des soucis d’ordre technique. Un mot d’abord sur les conditions de ma dégustation. Les vins étaient servis à découverts. Les condrieu étaient un peu chauds, ce qui permis de voir lesquels ne dépendaient pas uniquement de la température de service pour la sensation de fraîcheur qui doit exister dans le vin pour son équilibre. Pas de problème avec les vins rouges en revanche. Je ne vous embêterai pas avec les notes sur 20 que j’ai attribués à ces vins. Je trouve ce système utile pour se souvenir de mes appréciations relatives mais je sais aussi ses limites. Mais je vous indique que, pour les vins que j’ai aimés, mes notes allaient de 15/20 à 18/20.

 

Vins blancs

 

1). Les Condrieu d’assemblage préférés

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu 2013

prix 30 euros

Riche, avec une belle qualité de fruit et une très belle texture soyeuse. Un vin parfumé et plein, sans excès d’alcool.

 

Guigal, Condrieu 2013

prix 36 euros

Un beau vin avec une jolie acidité qui lui donne l’équilibre naturel essentiel. De loin le plus grand producteur de l’appellation, avec 120,000 bouteilles ce qui, à mes yeux, est une sacré performance à ce niveau de qualité.

 

Les Vins de Vienne, Condrieu La Chambée 2013

prix 35 euros

Un vin fin et précis, avec beaucoup de fraîcheur.

 

2). Les Condrieu parcellaires préférés

 

Domaine Faury, Condrieu La Berne 2013

prix 40 euros

Très parfumé et fine de texture avec une structure souple. L’acidité et un peu faible à mon goût.

 

Domaine du Chêne, Condrieu Volan 2013

prix 33 euros

Vif et alerte, un vin délicat qui a beaucoup de finesse

 

Domaine François Villard, Condrieu Le Grand Vallon 2013

prix 35,50 euros

Parfumé, frais et long, avec une superbe texture. Un de mes vins préférés et qui démontre que le viognier,  ici et entre de bonne mains, peut être tout le contraire de ces soupes lourdes qu’on peut trouver trop souvent ailleurs.

 

Cave Yves Cuilleron, Condrieu La Petite Côte 2013

prix 28,50 euros

Aussi un de mes préférés. Très vif et avec un toucher toute en finesse, c’est un très joli vin.

 

Montez, Domaine du Monteillet, Condrieu Chanson 2013

prix NC (vin pas encore en bouteille)

Fin et bien aromatique, il a aussi une belle acidité pour ce type de vin.

 

Domaine Christophe Blanc, Condrieu Les Vallins 2013

prix 28 euros

Un vin concentré mais très fin qui donne une sensation dynamique très intéressante par son acidité intégré. Un des meilleurs de la série, et un des moins chers aussi !

 

Domaine Christophe Pichon, Condrieu Caresse 2013

prix 50 euros

Un beau vin qui semble assez intense, encore un peu serré et qui sera sans doute plus expressif dans une paire d’années.

 

Domaine Guigal, Condrieu la Doriane 2013

prix 63 euros

Ce vin est un assemblage de plusieurs parcelles. C’est assez dense et j’ai noté une présence d’alcool dans l’équilibre finale, ainsi qu’une note d’amertume. Aura probablement besoin d’un peu de temps aussi, mais j’avoue que j’attendais ce vin à un niveau supérieur, même s’il est bon.

 

Domaine Vernay, Condrieu Côte de Vernon 2013

prix 80 euros

Pour moi le meilleur vin de la série, mais c’est aussi, et de loin, le plus cher. Tout cela n’a rien d’inéluctable, mais cela arrive. Intense et avec beaucoup de fraîcheur et une très grande complexité dans les saveurs. C’est aussi long que fin. Un grand vin !

 

 

3). Les Condrieu que j’ai moins aimés

 

Domaine Louis Chèze, Condrieu Brèze 2013

prix 31 euros

J’ai trouvé que ce vin avait une texture plus ferme que d’autres et donnait une sensation un peu trop chaleureuse en finale

 

Domaine Mouton, Condrieu Côte Châtillon 2013

prix 30 euros

Rond et facile mais assez plat

 

Domaine Perret, Condrieu Clos Chanson 2013

prix 40 euros

M’a semblé assez simple et manquant de finesse. Il a cette finale d’amertume qu’on peut trouver dans ce cépage et qui fait le bonheur des asperges.

 

Vins rouges

 

1). Les Côte Rôtie d’assemblage préférés

 

Domaine Jasmin, Côte-Rôtie 2012

95% syrah, 5% viognier

prix 32 euros

Un très beau vin classique, d’une facture solide. Ce n’est peut-être pas le plus suave de la série mais c’est un des plus longs.

 

Guigal, Côte-Rôtie Brune et Blonde 2010

96% syrah, 4% viognier

prix 40 euros

Avec une production de 220,000 bouteilles par année, cette cuvée fait figure de géante dans l’appellation, ce qui ne l’empêche pas d’émerger parmi les très bonnes cuvées que j’ai dégusté. Sa petite part de viognier ainsi que son vieillissement supplémentaire (36 moins minimum en fûts dont 50% sont neufs) doivent en partie expliquer sa grande suavité. Mais ce vin est aussi dynamique, grâce à une belle vivacité et possède une bonne longueur.

 2). Les Côte Rôtie parcellaires préférés

 

Cave Yves Cuilleron, Côte-Rôtie Coteau de Bassenon 2012

90% syrah, 10% viognier

prix : 38 euros

Une qualité de fruit splendide et un fond ayant beaucoup de complexité. Le bois de son élevage est parfaitement absorbé même si  sa structure destine ce vin à une attente en cave de quelques années. Très bonne longueur.

 

Domaine Vernay, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 78 euros

Je n’ai pas les moyens  d’acheter des vins comme celui-ci, mais je dois dire que je le regrette ! C’est fin, complexe et plein de saveurs intéressantes. Aussi riche que bien équilibré.

 

Domaine Duclaux, Côte-Rôtie Maison Rouge 2012

100% syrah

prix 56 euros

Une expression très pure du cépage dans cette région, donnant un vin fin mais ayant beaucoup de précision et de relief. Il a un petit côté rustique qui peut plaire aussi. En tout cas un très beau vin.

 

Guigal, Côte-Rôtie Château d’Ampuis 2010

93% syrah, 7% viognier

prix 82 euros

Ce vin cher est assez somptueux, intense et complexe, avec pas mal d’extraction et une sacrée longueur en bouche. A attendre impérativement.

 

Domaine de Bonserine, Côte-Rôtie La Garde 2011

100% syrah

prix 60 euros

Un vin avec une bonne intensité dans ses saveurs, de belle facture mais encore austère par ses tannins et qu’il faudra attendre.

 

Domaine Lafoy, Côte-Rôtie Rozier 2012

100% syrah

prix 36 euros

Vin intense et assez vif.

 

Domaine Gerin, Côte-Rôtie La Viallière 2012

100% syrah

prix 50 euros

Les nez est un peu réduit et marqué par son élevage, mais en bouche on découvre une belle intensité et des notes boisées agréables. Encore un vin qu’il vaudrait mieux attendre au moins 5 ans pour le voir s’épanouir.

 

Domaine Clusel, Côte-Rôtie Les Grandes Places 2012

100% syrah

prix 80 euros

L’acidité m’a semblée plus importante dans ce vin que dans la plupart. C’est long et tannique, le tout dans un style austère mais avec une bonne dose de finesse. Pas le plus sexy, mais bien fait et nécessitant de la garde. Un peu cher cependant.

 

 

3). Les Côte-Rôtie que j’ai moins aimés

 

Domaine Bernard, Coteaux de Bassenon 2012

100% syrah

prix 32 euros

Le nez très fumé reste très marqué par son élevage et ce vin assèche un peu le palais en finale

 

Domaine Stephan, Côte-Rôtie Coteau de Tupin 2011

100% syrah

prix 70 euros

Pour moi, ce vin est indigne de l’appellation. En plus, c’est un des plus chers ! Au nez, j’ai soupçonné l’ usage de la macération carbonique, technique qui fait que tous les vins ont à peu près la même odeur. La fiche technique le confirme. Il a en plus une acidité volatile décapante. Maigre, acide et sans fruit. Est-ce un accident sur cette bouteille ? Je l’espère pour les clients qui l’ont acheté.

 

Domaine Barge, Côte-Rôtie Le Combard 2012

93% syrah, 7% viognier

prix 38 euros

Un style relativement austère et tannique qui donne un vin ingrat pour l’instant par rapport aux autres. Peut-être qu’après quelques années …..

 

Domaine Bonnefond, Côte Rozier 2013

100% syrah

prix 40 euros

Un peu rustique et avec des tannins asséchants.

 

Domaine Semaska, Château de Montlys 2012

100% syrah

prix 55 euros

Nez de bois fumé un peu exotique. J’ai aussi senti un peu de CO2. Ne semble pas très résolu comme vin.

 IMG_6828Mauvaise photo (de moi) mais fine équipe qui est montée à Paris avec les vins des deux appellations. Les voici avec la série de condrieu posée sur un « piano » Cornue qui vaut le prix de trois Ducati Panigale R ! Je sais que je pendrai la plus légère des ces options si j’avais une telle somme.

Conclusions générales

1). Je ne connais pas la mode de sélection des 42 vins que j’ai dégusté (16 Condrieu et 26 Côte Rôtie), mais je pense que cet échantillonnage est assez représentatif des deux appellations.

2). Il est très rare pour moi de trouver un pourcentage de l’ordre de 80% de vins qui me semblent bons ou très bons, voire excellents, dans une telle série.

3). La fourchette de prix ne reflète pas systématiquement la qualité du vin. Comme toujours, d’autres facteurs comme la renommée du producteur et son réseau de distribution jouent un rôle non négligeable.

4). Les Condrieu sont des vins blancs à boire assez rapidement, et même si quelques cuvées pourront bénéficier de 2 ou 3 ans de garde supplémentaire, la plupart des vins ci-dessus sont déjà à boire.

5). Pour les Côte-Rôtie c’est plus compliqué et mes notes ci-dessus tentent de refléter ces variations de style.  On ne peut même pas déduire de la présence d’un part de viognier que le vin sera plus souple, nécessairement. Il est certain qu’il s’agit sont des vins de garde, même si on peut prendre plaisir à en voire certains dès maintenant.

David Cobbold

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