Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Plaimont, toujours Plaimont…

Je reprends le flambeau sur la pointe des pieds, comme promis, un dimanche matin quand l’aube ne blanchit pas encore tout à fait la campagne.

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En bon opportuniste, j’en profite pour revenir à Saint-Mont, sur le parvis de la cave coopérative de Plaimont, édifice magistral s’il en est (pur jus années 50/60), tant en terme de production que vu sous l’angle commercial, comme l’a si bien relevé David lequel, en deux parties (voir plus bas), nous a tout dit sur les qualités de ce groupe, qualités qui se marient à un état d’esprit « naturel » et non feint de ses adhérents, un fighting spirit gascon en diable plus optimiste que jamais, une entraide, des initiatives bien orchestrées, bien ciblées, une grande modestie aussi. Sans vouloir faire mon intéressant, j’avais exploré le sujet lors d’une virée jazzistique à Marciac qui remonte à quelques années, article que vous retrouverez ici-même.

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Joël Boueilh, le président, à l’oeuvre lors du Festival de Marciac

Or, il se trouve que j’étais, début août, de nouveau dans le Gers, convié par le groupe à venir profiter du JIM (Jazz In Marciac, pas notre Jim à nous !), festival que les viticulteurs de Plaimont encouragèrent dès ses débuts et qui va l’an prochain célébrer son quarantième anniversaire. Pour reprendre une vieille d’habitude, j’en ai profité pour rencontrer le jeune président de Plaimont, Joël Boueilh et réclamer une dégustation en bonne et due forme en compagnie de l’incomparable André Dubosc toujours coiffé de son béret.

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Participaient à la dégustation (de gauche à droite) : Diane Caillard (ex-relations publiques), Noémie Cassou-Lalanne (communication), André Dubosc (« mémoire » de Plairont, pour une fois sans béret) et Christine Cabri (oenologue).

Bien entendu, lorsque l’on sait que Plaimont c’est, en gros, 40 millions de bouteilles par an, dont 8 millions rien que pour le blanc « Colombelle » que je bois presque sans retenue lorsque je suis là-bas, en Gascogne, je connais quelques esprits soit disant libres qui ne manqueront pas de me dire que je fricote avec les gros metteurs en marché, les pisseurs de vignes, les faiseurs de fric. Comble de l’horreur, Plaimont est sur le point de mettre sur pieds un audacieux projet associant vin et vacances au sein de la grande abbaye de Saint-Mont qui leur appartient. Alors oui, je suis vendu au diable ! Et comme le souligne justement David dans ses articles (voir ICI et ICI aussi), les vins de Plaimont sont tellement bons que je ne me priverai pas d’en parler de nouveau en vous livrant mes notes de dégustation. Par chance, comme j’ai horreur des doublons, la plupart des vins ne furent pas goûtés par David ce qui me permet de ne pas le copier ! Et puis, j’ai ajouté quelques rosés et blancs moelleux, sans oublier le seigneur Madiran.

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Commençons donc par les blancs secs.

Côtes de Gascogne 2015, Colombelle « L’Original ». Ce best-seller a débuté en 1976, puis fut lancé officiellement en 1998 après un voyage technique en Allemagne. C’est du Colombard, avec aussi 20 % d’Ugni blanc, pour un vin techno en diable mais furieusement dans l’air du temps. Du gras, pas mal de longueur, un fruité judicieusement mêlé à l’amertume fraîche, moi j’aime, même sur les huîtres ! 5 € (cavistes).

Côtes de Gascogne 2015 « Caprice ». Un petit nouveau qui adopte l’élevage sur lies et tourne autour de 200.000 exemplaires. Le nez est fin et délicat, la bouche nettement plus souple que le premier blanc, légèrement épicée, mais un peu courte à mon goût. 6 €.

Côtes de Gascogne, Domaine de Cassaigne (secteur de Condom). Une seule mise récente pour ce blanc salin au nez, doté d’une certaine fermeté en bouche, mais assez simple dans sa configuration. Gros Manseng avec 30 % de Colombard. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Les Vignes Retrouvées ». Je me souviens de l’enthousiasme provoqué par la dégustation à Paris du premier millésime, en 2001, je crois. Ce joyau blanc de l’appellation (depuis 2010 après avoir été VDQS en 1981), élevé sur lies en cuves de 150 hl, tient toujours ses promesses. Richesse, gras, épaisseur, longueur, c’est un vin que je réserve pour une belle fricassée d’anguilles. Gros Manseng en majorité, comme souvent ici, mais avec 20% de Petit Courbu et 10% d’Arrufiac. Le même, en 2007, a gardé toute sa longueur même s’il me semble un peu fatigué sur le plan aromatique. 7,50 €.

Saint-Mont 2014 « Cirque Nord ». Fermenté en cuves avant un élevage de 10 mois en barriques d’un, deux ou trois vins, on a dès l’attaque pas mal de rondeur, de volume, avec une très agréable finale sur la fraîcheur. Du beau travail sur le Gros Manseng qui représente 90% de l’encépagement complété par le Petit Courbu. 35 €.

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Quelques rosés assurent la liaison

Saint-Mont 2015 « Nature Secrète ». Un bio de coteaux, tiré à 7.000 exemplaires. Simple et facile avec une petite touche de fruit poivré, sans plus.

Saint-Mont 2015 « Le Rosé d’Enfer ». Le contraire du précédent : droit, vif, c’est à l’apéritif qu’il faut le boire. Même sur des magrets fumés !

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Des rouges, c’est inévitable

Côtes de Gascogne 2015 « Moonseng » (secteur de Condom). Merlot et Manseng noir (40%) pour 12.000 bouteilles, ce dernier cépage est replanté à raison de 10 ha dont 4 en production sur des sols argilo-calcaires. Cela donne un vin très intéressant, doté d’un beau volume, d’une certaine profondeur et de tannins légèrement sucrés. Agréable maintenant et d’ici 4 ans. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Béret Noir ». Un de mes favoris sur le confit, la cuvée existe depuis 2009 et met en scène le Tannat (70%) complété par le Cabernet Sauvignon et le Pinenc avec un élevage (cuve uniquement) particulièrement soigné. Très joli nez, forte personnalité en bouche, amplitude et tannins assez marqués mais supportables. On peut commencer à le boire sans trop se presser. 7 €.

Saint-Mont 2012, Château du Bascou. Robe profonde, joliment boisé au nez avec un surplus de cuir et de fourrure pour un vin assez étriqué, très bordelais dans le style, long, puissant et chaleureux. Même encépagement que le précédent à partir de Tannat planté en 2001 à 8.000 pieds/hectare. 12 € (GMS).

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Saint-Mont 2014 « La Madeleine » (secteur de Marciac). Nez fin, discret, réservé pour cette cuvée issue d’une parcelle plantée en 1891. C’est le troisième millésime de cette bouteille haut de gamme (plus de 35 €) à la fois ferme, dense, bien structuré, plein d’ardeur aux tannins cachés, comme enfouis. Leur heure viendra probablement avant la fin de la décennie. Le mieux noté des rouges.

Saint-Mont 2015 « Vignes Pré-phylloxériques » (secteur de Saint-Mont). Premier millésime de cette cuvée : 2011. Il s’agit d’un très vieux Tannat sur un sol de sable fauve dorloté par son propriétaire qui a redressé les vignes avec amour. Magnifique nez sur le fruit rouge sauvage mais bien mûr. Bouche puissante, chaleureuse, intense, mais étonnement tendre avec de superbes tannins souples et poivrés. Compter au moins 65 € départ cave, sachant qu’il n’y a que 1.500 bouteilles de ce vin.

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La vieille garde trinque à la nouvelle génération : André Dubosc (béret) et Loïc Dubourdieu, de la Cave Coopérative de Crouseilles.

Quelques Madiran en passant

Et quelques mots aussi. À force de goûter de bons Saint-Mont rouges, tous à base de Tannat, on est tenté de faire le rapprochement avec Madiran dont l’aire est voisine. Or, dans le giron de Plaimont, il ne faut pas oublier la cave de Crouseilles, la béarnaise, souvent citée dans les guides pour la régularité de ses vins de Madiran et leur accessibilité. Je pensais récemment que l’appellation Madiran était quelque peu endormie, comme en veilleuse. Serait-ce parce que les journalistes sont encore nombreux à ignorer ce coin du Sud-Ouest assez excentré et peu porté – pour l’instant – sur la communication à grande échelle ? Toujours est-il qu’en dehors des classiques (Berthoumieu, Brumont, Capmartin, Labranche-Laffont, Laplace, Barréjat, Crampilh, Sergent, Viella, etc), les jeunes de la cave de Crouseilles, fortement encouragés par l’équipe de Plaimont, sont en train de bouger, à l’image de Loïc Dubourdieu, le maître de chais (et œnologue) qui est venu me présenter quelques nouvelles cuvées mises en route depuis 2012 avec une demi-douzaine de viticulteurs passionnés et volontaires. De ce travail il résulte une série sensée montrer le meilleur de chacun des principaux terroirs de Madiran, le tout sous le nom générique de « Marie Maria » reprenant ainsi l’origine même du nom de Madiran, village connu jadis sous le nom de Maridan, du latin « Maria dona ». Le but évident est de rajeunir l’image que l’on a encore des vins d’ici, lourds, excessifs que ce soit en alcool ou en tannins. Hélas, cette gamme est pour l’instant réservée aux cavistes et à la restauration… Mais en allant sur place, je suis sûr que l’on peut se procurer la plupart des échantillons goûtés au prix que j’indique.

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Madiran 2012 « Novel ». Assemblage des trois « terroirs » qui suivent (nappe de Maucor, argilo-calcaire et argiles graveleuses), voilà une cuvée au nez abouti et aux tannins grillés avec une belle sensation de fermeté, une bonne longueur et une finale bien conduite. Tannat, bien sûr, mais aussi Cabernets, Franc et Sauvignon. 9 € départ.

Madiran 2013 « Veine ». De la précision dès l’attaque, fraîcheur, densité, tannins présents mais discrets et longueur rassurante. Par la suite un échantillon plus récent m’a été adresse, un 2014 tout aussi beau que le 2013, mais avec un peu plus de souplesse et de très agréables notes de fruits rouges chocolatés et toastés. On a des tannins tendres, bien épicés et poivrés. Tannat et Cabernet Sauvignon. 12 €.

Madiran 2014 « Argilo ». D’abord un échantillon prêt à la mise superbe de robe aux tannins bien fermes mais pas dérangeants et aux jolies notes boisées accompagnées d’une belle longueur. Le même vin reçu et goûté plus tard, après la mise : solide, épais, bien en chair, sur le fruit et généreusement épicé, il regorge de tannins laissant une légère amertume en finale. À garder au moins 5 ans. 12 €.

Madiran 2014 « Grèvière ». Un échantillon récemment mis en bouteilles et goûté (deux fois, avec 24 heures d’intervalle) chez moi : robe profonde, nez fin, boisé/épicé sans fausses notes, bouche juteuse et pleine, faisant ressortir des tannins fermes mais joliment fruités (coing) sur des notes corsées et très laurier en finale. Commence à bien se goûter après une mise en carafe, mais il serait préférable d’attendre au moins 3 ans que le vin se fonde un peu. 12 €.

Madiran 2001 « Bonificat ». Comme au début, il s’agit de l’assemblage des trois terroirs cités plus haut, mais avec un élevage plus poussé. Robe noire, très joli nez sur la finesse accentué par des notes de cerise noire et des touches boisées. Belle matière et tannins souples en bouche, le vin commence à être prêt à boire. Un pur Tannat, 25 €.

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Et des douceurs pour conclure

Pacherenc du Vic-Bilh 2014 « Novel ». Un sec tout en rondeur avec une jolie bouche faisant penser à une promenade forestière. Gros Manseng avec 20% de Petit Courbu, le tout élevé moitié cuve, moitié barriques (1 à 2 vins). 9 € départ.

Pacherenc du Vic-Bilh 2013 « Lutz ». Superbe douceur avec un nez très ensoleillé et des touches assez boisées en bouche où l’on devine aussi une pointe de truffe blanche. Un vin long et charnu que j’aime à l’apéritif sur de petits toasts de foie gras mi cuit. Les trois terroirs sont présents, mais c’est le Petit Manseng, associé au Gros Manseng, qui remplace de Petit Courbu. 13 €.

Pacherenc du Vic-Bilh 2012 « Bonificat L’Hivernal ». Magnifiquement soutenu par une belle structure, c’est un foisonnement d’arômes (caramel doux, fruits confits, agrumes, etc) que l’on a en bouche dans ce vin issu de raisins passerillés sur souches. Avec une sacrée belle longueur. Sur un Tatin de pêches ou de beaux fromages persillés. Les trois terroirs sont dans cet assemblage Petit Manseng et Gros Manseng. 32 €.

 

Michel Smith

(Photos : Brigitte Clément & Michel Smith)

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Le vignoble de l’abbaye de Saint-Mont

 


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Boutenac en Corbières

L’appellation Corbières-Boutenac date maintenant d’une dizaine d’années. Les dossiers de presse et autres documents parlent du «Cru Boutenac». Je ne vois pas bien comment on peut attribuer le mot «cru» à toute une appellation, car ce terme est généralement réservé à une parcelle, voire à un domaine. Comme 26 producteurs (dont 3 caves coopératives) revendiquent cette appellation pour au moins une partie de leur production, on ne peut pas dire qu’il  partagent tous la même parcelle! Mais passons…

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Quelques généralités

La partie du vignoble ayant droit à cette appellation spécifique occupe une aire approximativement centrale dans la partie septentrionale de la plus vaste zone de l’appellation Corbières, la plus grande du Languedoc. Cela si situe donc entre Narbonne et Carcassonne, et juste au sud de Lezignan-Corbières. Dans l’aire en question, seules des parcelles spécifiques peuvent revendiquer la désignation Boutenac et elles ont été agréées par des géologues (c’est une manie en France !).  2.668 hectares ont ainsi été classés comme pouvant produire du Corbières-Boutenac, mais seulement 184 hectares en produisent pour le moment, et la récolte 2015 a donné 6.600 hectolitres. On peut dire qu’il s’agit d’une toute petite appellation en devenir et qui correspond à une volonté plus large de hiérarchiser l’offre dans cette énorme région du Languedoc.

IMG_7629La Montagne d’Alaric

Le Corbières-Boutenac ne peut être que rouge. De plus, les cépages autorisés (Carignan, Grenache, Mourvèdre et Syrah) doivent respecter certaines contraintes sur le plan de leurs proportions: au moins 70% pour l’ensemble des trois premiers, et entre 30% et 50% de Carignan. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je n’entrerai pas plus sur les détails du cahier des charges, qui impose aussi, et c’est une bonne chose, un élevage d’au moins 15 mois après la récolte.

photo syndicat Cru Boutenac

La région est très belle, parfois spectaculaire. La vigne s’incruste dans des paysages souvent sauvages avec des excroissances rocheuses, des collines et des montagnes, des forêts et des maquis, et des petites rivières turbulentes qui serpentent dans les vallées entre des villages aux ruelles étroites. En tout cas le parti-pris des responsables de cette appellation, qui est présidé par Pierre Bories (Château Ollieux Romanis), de limiter la zone géographique et aussi de restreindre l’accès à des producteurs bien motivés par la possibilité de monter en gamme par rapport à l’appellation Corbières se trouve bien justifié par la qualité moyenne des vins que j’ai pu déguster.

Les vins dégustés

Ma dégustation d’une trentaine de vins de différents millésimes à précédée quelques visites dont je vous parlerai après car mon voyage s’inscrivait dans le cadre d’une opération qui s’intitule Camins de Boutenac et qui donne la possibilité à des randonneurs de découvrir une partie de l’appellation à pied, en faisant des haltes dans les domaines.

IMG_7610Mes vins préférés du dernier millésime, 2014

Maintenant, voici les vins dégustés : il y avait un de 2007, un de 2010, six de 2011, six de 2012, six de 2013 et douze de 2014. Je vais noter uniquement mes vins préférés de chaque série. Les prix indiqués sont soit le prix départ ttc fourni par le producteur, soit le prix le moins cher trouvé sur Wine Searcher.

Je passe sur les deux plus anciens, qui ne m’ont pas épatés. Les vins notés par la suite paraissent dans l’ordre de leur service, qui était aléatoire hormis la séparation des millésimes.

Château Saint Estève, Ganymède 2011 (prix 15,5 euros ttc)

Nez riche et chaleureux, sans excès. Plein en bouche avec des notes boisées qui entourent un bon fruit. Une bonne intensité pour ce vin harmonieux et long.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2011 (prix 15 euros ttc)

Il réussit la prouesse de conserver les qualités de fruit d’un vin bien plus jeune, donnant un caractère vibrant aussi bien au nez qu’en bouche. Les tannins restent fermes et l’ensemble est très dynamique.

Domaine La Bouysse, l’Indécent 2012 (prix 30 euros ttc)

Fait d’un tiers chacun de Mourvèdre, de Grenache et de Carignan, raisins triés sur table puis vinifiés en barriques ouverts avec pigeage quotidien pendant un mois, on comprends que la quantité de travail impliqué à provoqué le nom de cette cuvée. Le nez est vif et rappelle le sous-bois ainsi qu’un fruité éclatant et très juteux. C’est très gourmand, frais et bien équilibré, mais il porte bien l’accent rocailleux de pays (et du paysage). Son acidité naturelle lui donne un air juvénile. Je l’ai re-dégusté lors d’une soirée et le situe parmi les meilleurs de l’appellation. Il roule sur le palais comme l’orage autour des montagnes.

Domaine La Bouysse, Mazerac 2012 (prix 15 euros ttc)

Il y avait d’autres vins intercalés entre ces deux cuvées de la même propriété, donc cette suite est le fruit du hasard et de mon appréciation des deux vins en question. La robe est intense et très jeune. On y sent de l’ambition, mais l’élevage en futs qui a duré 12 mois lui a donné de la patine sans étouffer la très belle qualité de fruit. Fin et alerte, avec une belle longueur. Bravo à ce domaine qui a su produire deux excellents vins dont celui-ci, à moitié prix de l’autre, donne plus que la moitié du plaisir.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2012 (prix 15 euros ttc)

Belle régularité pour cette cuvée qui sort dans deux millésimes. Bien fruité, c’est un vin assez complet et juteux dont les tannins sont encore fermes. A attendre encore un an ou deux de préférence.

Ollieux Romanis, Alta Sia 2013 (prix 19 euros ttc)

Le Carignan atteint 45% de l’assemblage dans ce vin dont le fruité est succulent et mur, avec un fort accent de garrigue. Un vin de mi-corps, dont les tannins soutiennent l’ensemble sans le dominer. Vivant et très agréable.

Château de Caraguilhes, Echappée Belle 2014 (prix 24 euros)

Ici le Carignan atteint les 80% de l’assemblage, le reste étant du Mourvèdre. J’ai peut-être mal compris les règles (sévères) de l’appellation, mais c’est marqué sur la fiche ! Que de la cuve et de la bouteille pour l’élevage. Je passe sur la trace laissée par la macération carbonique (que je n’aime pas car il fait se ressembler tous les vins qui l’utilisent à outrance), pour me délecter du délicieux fruité de ce vin fringant et juteux, parfaitement équilibré.

Château de Villamajou, Grand Vin 2014 (prix 18 euros ttc)

Les bords de ce vin montrent un peu d’évolution, probablement due à son mode d’élevage qui a eu l’avantage de lui donner une très belle texture suave. Beau nez qui laisse parler des fruits noirs avec une bonne impression de fraîcheur. Vin ample, charnu et assez chaleureux autour d’une expression de fruits bien murs. Belle longueur.

Château Maylandie, Villa Ferrae 2014 (prix 12 euros ttc)

Le nez est intense et gourmand, même si l’effet de la macération carbonique me gêne un peu. La belle qualité de son fruit est son principal atout. Il n’a peut-être pas la complexité des meilleurs mais c’est un vin vibrant et alerte et son style direct et pur le rend très recommandable à boire dès maintenant. En plus son prix est dès plus accessibles.

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2014 (Prix 21,50 ttc)

La robe est très dense mais le nez apparaît claire et net, avec une très belle expression de fruit. L’élevage reste encore présent, mais d’une manière raisonnable. Le palais évite tout surcharge aussi, avec une bonne intensité des saveurs fruités qui sont précises et parfaitement intégrées dans le corps du vin. Un vin maitrisé et élégant, de demie-garde.

Gérard Bertrand, La Forge 2014 (prix 50 euros ttc)

Le prix de cette cuvée remarquable n’est pas très raisonnable mais l’ambition y est affichée. J’ai pu, par le passé, constater qu’il peut très bien vieillir ayant dégusté il y a deux ans un remarquable 2001 de ma cave. Robe dense (on s’y attendrait !). Beaucoup de volume au nez et les signes d’un élevage bien maîtrisé qui laisse la clarté du fruit s’exprimer. Ce vin est gourmand, stylé, précis et harmonieux, avec un joli retour d’acidité en finale.

IMG_7613Robinet de cuve au Château La Voulte Gasparets

Château La Voulte Gasparets, Cuvée Romain Pauc 2014 (prix 20 euros ttc)

La robe a une intensité moyenne, mais c’est autre chose au nez qui est à la fois fin et assez puissant. Belle densité au palais avec un fruité gourmand bien présent. Je ne suis pas certain que les tannins sont à parfaite maturité mais ils ont bien été assagis par l’élevage. Vin assez complet, complexe et long.

Conclusion de la dégustation

12 vins sélectionnés (ceux ayant obtenu des scores entre 14,5 et 16/20) sur 32 échantillons représente un niveau très honorable. Dans l’ensemble les vins avaient un style assez homogène et un bon niveau moyen. On peut dire que le pari est en train d’être gagné par les fondateurs de cette jeune appellation. En particulier j’ai noté un meilleur équilibre que dans le passé pour les vins élevés sous bois, avec un dosage bien plus fin de l’apport de la barrique ou autre contenant.

IMG_7620Château de Luc, propriété de la famille Fabre, magnifique dans son jus 

Les visites

Visiter les sites viticoles peut être très intéressant et agréable, rencontrer les vignerons est généralement riche d’enseignements, mais visiter un nième chai à barrique, ou, pire, chaîne d’embouteillage n’est pas ma tasse de thé. Le programme était heureusement allégé ce côté-là. Nous avons visité le Château La Voulte Gasparets, au moment où des randonneurs sont arrivés pour une pause dégustation, puis, plus longuement, le Château de Luc, qui est une des propriétés de la famille Fabre et où écouter Louis Fabre parler d’histoire, de géographie, de vin ou de toute autre chose est absolument passionnant. J’y serais resté une journée entière et le lieu est magnifique.

IMG_7621Louis Fabre dans ses oeuvres

IMG_7638Une des nombreuses créations du vinaigrier Cyril Codina, à Lagrasse

Pour varier les plaisirs, nous avons aussi visité un musée étonnant dans la très belle petite ville de Lagrasse qui se situe juste en dehors de la zone de Boutenac. Ce musée un peu kitsch rassemble moult objets divers ayant trait au passé de la région et propose des projections « poly-sensorielles » qui évoquent des aspects du passé, comme le tram vapeur qui reliait Lézignan aux villages d’amont. Tout cela a été rassemblé et réalisé par un bonhomme remarquable, Cyril Codina, qui est aussi un vinaigrier hors pair. Je n’ai jamais vu autant de vinaigres différents, dont une bonne partie proviennent de ses 5,5 hectares de vignes.

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La fin du parcours a rendu honneur à un aspect essentiel du passé et de la structure sociale de cette région : les caves coopératives. La Cave des Demoiselles, à Saint Laurent-de-la-Caberisse fut officiellement fondée en 1914 mais ses débuts et le chantier de construction datent de l’année avant. Entre temps, la guerre avait déjà fait son sale ouvrage et le manque d’hommes valides a fait que ce sont les femmes qui ont terminé le chantier et lancé l’activité de la cave, d’où son nom.

Je retournerai avec plaisir dans cette belle région, et très certainement à deux roues car les routes sinueuses y sont très attrayantes et ma petite Ducati devrait bien s’y plaire, hormis les bosses assez nombreuses.

David (qui sera bientôt français, j’espère)

 

 

 

 

 

 

 

 


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Beaujolais, champion du rapport plaisir-prix

Deux jours passés en Beaujolais, d’abord pour le Gamay Day, puis pour BBB (non, pas blanc bleu belge, mais Bien Boire en Beaujolais) ont confirmé tout le bien que je pense des vins de cette superbe région, depuis quelques années déjà.

Pour résumer: le Gamay n’a rien d’un vil et très déloyal plant, n’en déplaise au Duc de Bourgogne; il a sa place parmi les grands cépages du monde, et les bons résultats obtenus en Beaujolais, mais aussi en Côte Roannaise, en Forez, en Touraine ou en Suisse le démontrent. Incroyablement séduisant dans ses jeunes années (et je ne parle pas seulement de ses premiers mois), il possède une bonne aptitude à la garde, pourvu qu’il ait été vinifié dans ce but.

PizayPizay, les vignes

Il serait temps que nous, les commentateurs, passions à autre chose que de ressasser nos déceptions passées: oui, il y a eu de mauvais Beaujolais; oui, le Beaujolais Nouveau a fait de l’ombre aux autres productions; mais il ce serait trop facile de dire: « parlons des crus, mettons-les en avant, quitte à les découpler du Beaujolais »; certes, ils sont méritants; mais quid des Beaujolais et Beaujolais Villages? Il convient aussi de les réhabiliter, car on trouve aujourd’hui sous ces deux appellations de véritables joyaux. Correction: ils ont toujours existé, mais nous manquions de curiosité, tant l’image de la région avait pu tomber bas. Quel beau punching-ball avions-nous trouvé là – et avec nous, tous ceux « auxquels on ne la fait pas »…  Je me rappelle encore de ce mot terrible: « le Beaujolais Nouveau, ça n’est pas du vin ». Et pour outrancier que soit le propos, les buveurs de base – et peut-être encore plus les buveurs avertis – ont eu tôt fait de généraliser à toute la production de la région, hélas…

Certes, il reste bien quelques Beaujolais de m…, des Beaujolais outrageusement fardés à coup de levure, de sucrage, d’osmose ou de thermo. Mais ces mauvais sujets ne doivent plus faire de l’ombre aux autres; d’autant que les vrais vignerons (ce qui jouent vraiment avec le millésime) ont bénéficié de conditions plutôt favorables en 2014 et 2015. Bref, sur la centaine de vins dégustés lors de BBB, je dirais qu’à peine un quart ne passait pas la barre des 12. Un autre quart arrivait à 14 et le reste au dessus. Toute comparaison avec une autre dégustation d’une prestigieuse appellation d’une région voisine (je vous en ai parlé ici récemment) tourne inévitablement à l’avantage du Beaujolais (et même sans parler du prix).

Quelques vins pour illustrer le propos

Oui, il est plus que temps de réviser notre jugement. Les vins qui suivent sont quelques exemples, parmi beaucoup d’autres, de bons, de beaux Beaujolais, qu’ils soient de crus ou non. De vins qui font honneur à leur cépage, à leur terre et à leur communauté vigneronne. Alors, remettons les pendules à l’heure… et les portefeuilles: entre 7 et 20 euros, quel risque prenez-vous? Celui d’être un précurseur? De relancer une mode? Mais l’important n’est-il pas d’abord de se faire plaisir?

Clos de la Roilette Fleurie 2014

Une cuvée qui combine force et élégance ; le fruit rouge, opulent au nez et en attaque de bouche, s’appuie sur des tannins très fins, et une belle vivacité emporte la finale.

Domaine Louis-Claude Desvignes Morgon 2014 Cuvée Impénitents

Un superbe fruit mûr au nez, des notes plus animales, du cuir et du poivre en bouche, dans une belle structure . Cette cuvée est issue de vignes de 100 ans, en bas de la Côte du Py, dont les raisins sont vinifiés en grappes entières.

DesvignesQuand on s’appelle Desvignes…

 Château Thivin Côte de Brouilly 2014 Cuvée Godefroy

Un fruit noir, une belle acidité, des tannins fondus, une impression de confort et de puissance.

Château de Pizay Régnié 2014

Un vrai délice nasal que ce vin qui mêle le floral (violette, pivoine) et le fruit (confiture aux 4 baies), mais dont la bouche vive, et les tannins fermes viennent contrebalancer ou plutôt compléter la gourmandise. Du même producteur, le Morgon Cuvées des Pys vaut également le détour.


Pizay2Pizay, le vin...

Domaine Foillard Morgon Corselette 2014

Fruit noir au nez, cacao et menthol en bouche, beaucoup de tension, un vin de garde, mais qui plaît déjà tellement…

Château du Moulin à Vent, Moulin à Vent Champ de Cour 2013

De toute la gamme – de haute volée – des vins de ce domaine, c’est peut-être le plus sage, mais aussi le plus fondu, aujourd’hui. Le nez de griotte est étonnamment frais, les tannins suaves et enrobés soutiennent une bouche charnue mais allègre, ça pinote un brin, bref, j’ai coché toutes le cases pour ce vin, plaisir, structure, complexité, longueur. Un grand.

MoulinUn coup de coeur: le Champ de Cour du Château du Moulin à Vent

Château de La Chaize Brouilly Vieilles Vignes 2013

Beaucoup de finesse, de noblesse dans ce fruit noir, au nez. Et on ne s’arrête pas en si beau chemin, vu qu’il est vite rejoint, en bouche, par du cuir et du poivre; sa longueur acidulée est celle d’un vin déjà tout à fait prêt à boire, mais qui garde un bon potentiel.  Un des plus beaux 2013 de la dégustation.

ChaizeAu Château de La Chaize, le 2014 n’était pas mal non plus…

Domaine Chasselay Cuvée de la Platière 2003

Là, j’ai été assez télégraphique dans le commentaire; je me cite: « Floral. Cacao tannin, iris; figue. Etonnamment vif, ni cuit ni passé » . Oui, c’est bien 2003 qu’il faut lire; vous voyez que les Beaujolais peuvent vieillir – même dans les années chaudes!

Domaine Chasselay Beaujolais blanc 2015

Du même domaine, un blanc, pour démontrer s’il en était encore besoin que le Chardonnay réussit bien en Beaujolais… Floral au premier nez, il nous emmène au pays des fruits jaunes et du miel. A noter que le 2005, du même, présente encore une très belle vivacité.

Domaine des Arbins Beaujolais Villages 2013

Vous en voulez, de mes violettes – en voila! Et en bouche, le vin s’élargit, les tannins fermes mais justes encadrent le fruit suave , la finale nous achève en beauté sur de la réglisse. Qui a dit « Et ce n’est qu’un Villages »? Sans doute un buveur d’étiquette. J’aurais dû lui faire croire que c’était un Gevrey…

ArbinsDomaine des Arbins

Bientôt des Premiers Crus en Beaujolais ?

C’est une des actualités du Beaujolais, dont l’intérêt a sans doute été relancé par l’inscription des Climats de Bourgogne au Patrimoine de l’Humanité. Des climats, en Beaujolais, il y en a, bien sûr. Mais pas au sens officiel de premiers crus ou de grand crus. Tout juste des lieux-dits, dont rares sont ceux qui ont une vraie notoriété – on citera la Côte de Py, à Morgon ; ou encore, pour son côté poétique, La Folie, en Saint Amour. Avec la caractérisation des sols du Beaujolais, engagée en 2009, la région vise à mettre un place un outil de hiérarchisation de ces climats – en clair, de pouvoir déposer à l’INAO un dossier qui tient la route, ou plutôt, le terroir, au moins pour les 10 appellations communales, dans un premier temps.

Mais rien ne vous empêche, ami oenophile, d’aller vérifier par vous même – d’autant que le vignoble est pittoresque, les vignerons sympas, que les formules d’accueil ne manquent pas, de l’hôtel de grand luxe, comme le Château de Pizay, aux chambres d’hôtes, façon Domaine de Chasselay, en passant par le charmant Château de Buffavent. Qu’on y mange bien, qu’on y dort bien, ce qui permet de profiter au mieux des vins. Plus si affinités.

Beaujolaisement vôtre,

Hervé Lalaubandeau-bbb2016-v2


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RAW and other adventures

IMG_4277Laurent Herlin (AC Bourgueil) – a discreet supporter of Cabernet Franc
Still cheerful despite losing his entire 2016 crop to frost.
Laurent and other growers in Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil
are looking to buy grapes this year from Languedoc so that
they will have some wine to sell. 

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Laurent as baseball star 

Jim is on his way to Scotland overnight on the Caledonian Sleeper due to arrive in the Cairngorms early on Tuesday morning when some text and more photos will be added to this post.

A few hours later: the overnight journey to the Highlands of Scotland is a leisurely and stately affair. You leave London Euston at 21.15 and reach Newtonmore, deep in the Highlands and 540 miles (870 kilometres) north of London, around 7.10 the following morning. That assumes that the train is on-time – it is not unusual for the sleeper to be several hours late. The sleeper spends plenty of time dawdling along or stopped. To underline how leisurely this journey is – it takes 2 hours 36 minutes to travel the 690 kilometres from Paris to Avignon.

It is a very long train when it leaves London. Once it reaches Edinburgh it divides into three – one portion heads to Aberdeen, one to Inverness and the third portion to Fort William.

Boarding the train about 30 minutes before it was due to leave we settled down for something to eat while enjoying several drams of Old Pulteney – the single malt from Wick.

Old_Pulteney_Single_Malt_Scotch_Whisky_(2)_bannerOld Pulteney and Wick Harbour 

Before departing for Scotland I spent time at 2016 RAW London:

IMG_4252Vincent Caillé and Christelle Guibert
Vine Revival

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The 2015 terre de gneiss, Muscadet en cuve bêton ovoide 
is particularly good with concentration and lovely purity and precision 

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Peter Hahn, Le Clos de la Meslerie, Vouvray
Almost every year a different style – love the balance of the 2014

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Wendy Paillé: Le Soula in Roussillon

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Jérôme Bretaudeau, Domaine de Bellevue, Muscadet Sèvre-et-Maine
Fred Niger in shadows 

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Reverse positions: Fred Niger
with Jérôme Bretaudeau, Domaine de Bellevue in the shadows 

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Thomas Carsin, Domaine de l’Elu

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2013 ephata, Anjou Blanc
Very impressive, pure Chenin Blanc,
which spends 8 months in amphore and 8 in cuve
2012 was first vintage 

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The Green Man – Fabio Bartolomei 

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Isabelle Legeron – boss of RAW 


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ALIMENTARIA et ses OFF (volet 2)

Cette année, pour la première fois, les OFF se sont multipliés, et on battu tous les records ! Cela, nous a rendu la tâche très difficile, car ils étaient souvent bien plus attrayants que le salon en lui-même.

 1.La Música del vi 2016, 9 ème édition

Ce rendez-vous organisé depuis l’an 2000 par le célèbre distributeur de vins catalan Quim Vila (Viniteca) est devenu incontournable. D’ailleurs, ce jour là, Intervin était pratiquement vide, personne ne voulant rater La Música del vi qui pourtant, coïncidait avec l’ouverture du salon. Cet événement est exclusivement réservé aux professionnels,  qui se battent pour avoir des entrées. Ils sont tous là, des plus illustres aux plus modestes, ils y viennent de toute l’Espagne et de l’étranger, car ils peuvent y déguster tous les domaines distribués par Quim Vila : plus de 160 vins d’Espagne et une grosse vingtaine d’internationaux, parmi les plus prestigieux, avec la garantie de la présence des propriétaires.

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Peter Sisseck et Hervé Bizeul

L’endroit est somptueux, il s’agit de la Llotja de Mar de Barcelona, un bâtiment gothique, datant du XVIII ème siècle, immense, et imposant, mais il faut bien ça : plus de 4000 personnes ont sollicité et obtenu l’accréditation cette année. L’entrée est payante, elle vaut 160€, mais je ne connais pas grand monde qui s’en acquitte, pour autant sans inscription préalable, il est strictement impossible de franchir le barrage installé à l’entrée.  Et, malgré ce vaste espace, même à la première heure il est difficile de déguster tranquillement et d’échanger avec les propriétaires. Les salles se remplissent vite et les vins les plus recherchés tels Pingus, Alvaro Palacios, Benjamin Romeo,  ou Salon… se terminent rapidement ou alors s’ouvrent uniquement à une certaine heure, qu’on ne connait évidemment pas ! Sans compter que quand vous réussissez à vous approcher d’une table, aller jusqu’au crachoir placé derrière dans l’allée, peut vous faire perdre la place.

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Il est évidemment impossible de tout goûter, pour ma part, je suis à l’affût des trous, ils sont rares, aussi, je donne la priorité aux domaines espagnols que je connais peu et j’en profite pour déguster les vins étrangers moins recherchés. Ajoutez à cela, le nombre de connaissances que vous croisez, vous comprendrez facilement qu’arriver à déguster est un véritable parcours du combattant !

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J’ai opté pour ces domaines, et voici les quelques vins que que j’ai retenus :

  •   Commando G

Daniel Gómez Jiménez-Landi, Fernando García Alonso et Marc Isart, fondateurs du projet, se sont donnés pour mission de sauver les grenaches de Gredos (à moins d’une heure de Madrid). C’est très réussi : ils ont atteint leur objectif.

La Bruja Avería 2014, du fruit, de la rondeur et du plaisir : un vin direct et facile à comprendre pour 12,60€

-Rozas 1er Cru 2014, dans un style bourguignon, floral, épicé et frais. 24,90€

-Las Umbrias 2014 (disponible à partir d’octobre), entre 600 y 2.000 bouteilles selon les années. C’est une parcelle d’un demi-hectare qui était à l’abandon. Un vin à la robe d’un pinot noir, floral délicat, élégant, mais pas à la portée de toutes les bourses : 55,90€.

Tumba del Rey Moro 2014, sur le marché à partir d’octobre, 100%  grenache issu d’une vigne franc de pied à 1.100 mètres d’altitude, et des pentes à 50%.  Ici la couleur est intense, le nez offre à la fois des notes de fruits noirs murs, et des arômes floraux, la rose est très présente. La bouche est ample, savoureuse, on y retrouve les mêmes sensations fruitées et florales du nez. Très belle finale sur les fruits, tanins juteux et harmonieux. 46€ en primeur

-Rumbo al Norte 2013, le joyau du domaine, parcelle à 1200m d’altitude, 741 bouteilles, qui se vendent à plus de 90€ chacune. Un vin qui à première vue parait léger, mais qui a du poids. Très fin et élégant, rappelant presque un grand cru de Bourgogne, c’est un vin émouvant. Finale un peu saline : grand !

Dommage que la production de ces vins soit si faible et les prix si élevés car tout le monde devrait pouvoir les gouter.

Comando G

Fernando Garcia Alonso et Daniel Gomez Gimenez Landi

  • Familia Nin Ortiz

Ester Nin est un des grands vinificateurs du Priorat, elle élabore avec Daphné Glorian, le fameux Clos Erasmus mais aussi, avec beaucoup de sincérité et de discrétion, ses propres vins.

Selma de Nin 2012, un blanc d’élevage dont la production varie entre 300/1600 bouteilles, marsanne, roussanne, Xarel.lo et chenin blanc. Un vin magnétique qui séduit dès la première gorgée, il a tout pour plaire. 41,50€

-Planetes de Nin Garnatxes en ámfora 2014, Rouge, c’est un grenache (100%) comme son nom l’indique. Issu de jeunes vignes : fraicheur, élégance et plaisir. 21, 80€

-Planetes de Nin 2013 rouge est un assemblage de grenache/carignan. Un vin sincère, pur, complexe, élégant et équilibré. Beaucoup de caractère, certainement parmi les meilleurs du Priorat dans cette gamme de prix : 29,95€

-Planetes Blanc 2014, c’est un 100% grenache blanc élevé en amphore et sans soufre. 1400 bouteilles. 21,80€ Pour les amateurs de bons vins natures.

-Nit de Nin 2013, encore un assemblage de grenache/carignan, mais cette fois-ci de très vieilles vignes de 110 ans, un cep ne donne pas plus de 200g de raisin, vinifié avec les rafles. C’est un vin qui n’est pas très connu, qui ne fait pas beaucoup de bruit, (la production est faible) mais il a tout d’un grand vin : complexité, finesse, élégance, équilibre, harmonie. 55€

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  • Celler Còsmic, Emporda

Les yeux de Salvador Batlle brillent d’enthousiasme quand il parle de ces vins, qu’il explique ce qu’il a voulu traduire au travers d’une culture en biodynamie, d’une vinification en amphore, ce qu’il a cherché et comment il pense qu’ils vont évoluer. Le nom de chaque vin, n’est autre que les sensations que chacun d’entre eux lui a transmis pendant qu’il les élaborait, et le résultat d’échanges intimes avec eux…

Confiança, Llibertat, Valentia, Paciència et Essència sont les noms de ses vins !

Valentia  2015 : Il s’agit de vieilles vignes de carignan blanc, un vin intense et profond élevé en amphore. J’ai été sous le charme de ses arômes délicats, fruités, avec des touches très méditerranéennes de laurier… puissant, unique et authentique.  16,50€

Confiança est un vin blanc nature de « garnatxa roja », une variété  de l’Emporda.  Chaque gorgée de ce vin est rafraichissante et sincère : un vin franc, pur, intense marqué par le terroir et l’homme. Un festival d’aromes et de saveurs.  13,90€

Gratitud negre 2015, ça n’est pas celui que j’ai le plus apprécié : c’est un cabernet franc du Baix Penedès,  typé, fruité, mais trop végétal à mon gout. 14€

Passió 2015, celui-là, je ne l’ai pas aimé du tout : un marselan du Baix Penedès aussi, trop généreux et déséquilibré. 18,50€

Llibertad 2015: un mono variétal de cariñena,  frais, opulent,  et gourmand. La bouche est un festival de fruits rouges, encore très jeune, il est très prometteur.16, 50€

Paciencia Ancestral 2015, un vin effervescent naturel issu de carignan blanc, méthode ancestrale : Très belle crèmosité, acidité parfaite et bulles agréables. Les aromes de fruits blancs dominent, il ne manque pas de complexité. 20,65€

– Essència 2015 est un vin doux “bullit”, j’ai déjà évoqué cette méthode, on fait bouillir le mout pour qu’il perde une partie de son eau et se concentre en sucre. Il est d’une complexité aromatique assez exceptionnelle, long, vif et frais ! Salvador le définit comme “Excitat i excitant”. 26,95€

La production est de 982 bouteilles pour ce millésime.

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  • Je n’ai pu ensuite déguster qu’un seul vin par table :

Mais ne ratez pas les vins de Norrel Robertson, «El Escocés Volante», son dernier vin Manda Huevos 2014, de Calatayud révèle un grenache très fin, très fruité et expressif, avec une belle acidité finale.

J’ai beaucoup aimé le Gallinas y Focas 2012 (20,40€) de 4Kilos Vinícola (Mallorca), un mélange réussi et très séduisant de manto negro et de  syrah.

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J’ai ensuite quitté l’Espagne pour l’Italie, Ceretto proposait entre autres, un magnifique Barbaresco 2007, et un excellent Barolo Brunate 2011.

Puis, je suis partie gouter les français, parmi les blancs j’ai beaucoup aimé  le grenache blanc Vieilles vignes 2014 du Clos des Fées; les riesling de Bott-Geyl, les Grands Crus Mandelberg et Schlossberg 2011; les Rosiers 2014 et les Vieilles Vignes Eparses 2013 du Domaine Bellivière, pour leur délicatesse, leur élégance et leur harmonie.

 

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Domaine de Bellivière

 

La Maison Romane, Le Chablis Grand cru Côte de Bougros 2011, pour sa richesse, sa délicieuse fraicheur et sa personnalité affirmée ; le Sancerre rosé 2014 du domaine Vacheron, pour son intensité, sa fraicheur et sa couleur.

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Jean-Laurent Vacheron

 

J’ai terminé la journée avec une coupe de champagne, bien méritée, un Delamotte blanc de blancs 2007, très gourmand, juste ce dont j’avais besoin.

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2.Les  Vins “Off the Record »

Ce style de salon, n’existait pas lors du dernier Alimentaria, il faut dire que la plupart des domaines présents sont récemment arrivés sur le marché. L’organisateur Fredi Torres, est un grand habitué de tous les OFF français, La Dive, les Affranchis, le Vin de mes Amis… Barcelona Off est un mélange de tous ces salons: le dénominateur commun étant le vigneron “artisan”.

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Avec l’aide de 3 distributeurs, il a réussi à réunir, 21 domaines venus des quatre coins de l’Espagne, tous animés par la même passion et respect du terroir, dans un lieu assez magique pour la dégustation : une lumineuse et intime Galerie de l’Eixample. Je n’ai pas eu le temps de gouter tous les domaines présents :

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 J’ai aimé:

  • La  cuvée Tradicional Extra brut composée de 55% de Xarel.lo, de 35% de Macabeu, et 10% de parellada; une belle réussite pour ce vin frais et fruité qui représente la tradition. (10,20€). Mon préféré, le Colet-Navazos Reserva extra-Brut 2008(39€) remarquable réussite du mariage du xarello et d’une sélection exclusive de soleras de Jerez.
  • L’élégance et le style très personnel de Roc 2014(25€), la mencía qu’élabore Verónica Ortega dans le Bierzo; ne la perdez pas de vue elle s’affirme de plus en plus.
  • L’audace de Mario Rovira, le catalan parti vinifier dans le Bierzo : son blanc Akilia K 2014 (18€) et ses 4 rouges de Mencia, San Lorenzo 2013 (11,90€), Chano Villar 2012(17,95€), Villarin 2013 et Lombano 2012 (25,30€) sont précis, sincères et laissent transpirer la force tranquille du Bierzo. Mais, surprise, il apparait, là où on ne l’attendait pas, à Sanlúcar de Barrameda où, il a commencé un nouveau projet personnel, un Palomino Fino en Rama élaboré dans des « botas » de manzanilla : ça donne un magnifique Fino sec, gras, riche et gourmand.800 bouteilles en 2015 pour  13€ prix public.

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  • Les irrésistibles et uniques Ardachos: 3 vins de parcelles de la Rioja “El Abundillano 2014” (31,90€), “las Guillermas 2014” (56,90€), “las Paredes 2014” (56,90€) et la simplicité de Xérico 2015 (15,40€, hommage à son grand-père), sont reflet de la personnalité de Roberto Oliván. En peu de temps, il a su convertir Tentenublo, son petit domaine familial, un des plus en vue de la Rioja moderne.
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Roberto Olivan

  • Les subtiles différences, le style élancé, atlantique des albariños de Xurxo Alba(Albamar): Albamar 2014 (13,40€), Finca O Pereiro 2014 (19,60€), Alma de Mar 2014 (19,90€) et Pepe Luis 2014 (19,90€). Sans oublier ses éditions spéciales : Moncha et Sesenta e Nove Arrobas (14,50€) et son rouge plaisir pur, Fusco 2014(10,45€), une mencía de la Ribeira Sacra. Les vins de Xurxo sont réellement savoureux, inoubliables, fruit d’un grand travail dans les vignes et de peu d’intervention dans la cave.
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Xurxo de Albamar

  • Les verdejo de Beatriz Herranz, les vins de son domaine Barco de la Corneta, sont commercialisés sous l’IGP Vinos de la Tierra de castilla y León. Cucu 2014 (8,80€), et Barco de la Corneta 2014(15,95€), à mon sens bien plus personnels et authentiques que la grande majorité des Rueda. Le dernier né Casio 2014, issu de vignes centenaires, impressionnant de volume et d’équilibre n’a pas encore de prix. Enfin, je n’ai pas été convaincu par son rouge Frapetisco 2014, un vin compliqué. Elaboré à partir de vieilles vignes de Juan Garcia.
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Beatriz Herranz

  • L’étonnant Ribera del Duero, Finca El Peruco 2011 (33,50€) de Goyo García Viadero;
  • La vision particulière Alvar de Dios sur les vins de Toro, la fraicheur de ses vins “décalés”, une nouvelle dimension de la Tinta de Toro: Tio de Uco 2015, juteux et gourmand, Aciano 2014 (17,90€) du nom de son grand-père, frais, tannique et nerveux : un vin à suivre, Camino de los Arrieros 2014, est un vin de Las Arribes del Duero (Zamora), une vieille vigne plantée de Juan García, accompagné d’autres cépages autochtones de la zone, comme le Rufete, le Mandón, le Puesta en Cruz, le Verdejo Negro, le Bastardillo Chico… Et cerise sur le gâteau, Vagüera el Maderal 2014, un vin de table blanc issu de 15 cépages, Albillo Real, Albillo Castellano, Albillo Negro, Albillo Rojo, Moscatel de Grano Menudo, Moscatel de Alejandría, Moscatel Rojo, Palomino, Pedro Ximénez, Jerez, Godello, Verdejo y Malvasía. Il m’a semblé que l’albillo dominait, mais le vin a beaucoup de caractère, il est riche, ample et à la fois frais. Le profil aromatique est complexe : fleurs blanches, agrumes, fruits secs, il n’ya que 300 bouteilles à 15€.
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Alvar de Dios

  • La folie contagieuse de Julia Casado œnologue et violoncelliste qui après un millésime à Jumilla a décidé d’émigrer à Bullas où le terroir l’appelait; son in La del Terreno 2015 est sincère, pas compliqué, un peu canaille. La del Terreno signifie monastrell, c’est comme ça que l’appelaient les anciens.
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Julia Casado

 

  • La nouvelle démarche et l’évolution vers la pureté et la simplicité de la nouvelle gamme de vins naturels de Sota Els Angels, sous les conseils de Fredi Torres, Flow blanc 2015, un blanc de noirs de cariñena, assez exubérant, très séducteur et séduisant. (10,50€) un Flow Rosé 2015 très rafraichissant ; Flow Negre 2015 68% Cariñena, 18% Merlot y 14% Picapoll, un rouge au profil jeune, rond, frais et fruité (10,50€).

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  • La nouvelle vision du Priorat et de Montsant de Fredi Torres et l’élégance de ses vins de Galice. Sa nouvelle aventure, maintenant en nom propre est très réussie : son Priorat Classic 2013,  75% garnacha, 20% cariñena, 3% syrah,et 2% Macabeu, ets fin , élégant, garde une très bonne typicité et surprend par son onctuosité, (13€). Montsant 2013 – Antoine Touton & Fredi Torres, composé de 85% de Grenache, 12% de Carignan et 3% de Macabeu. Un vin frais, souple avec une belle présence, très prometteur pour un premier millésime, avec un excellent rapport qualité/prix. (9,30€).

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  • Son Rias Baixas 2014 qu’il élabore chez Xurxo est déjà épuisé, son vin sans DO de la Ribeira Sacra, Silice 2014, issu de vignes complantées 80% Mencía, 20% Albarello, Merenzao, Garnacha Tintorera, et quelques cépages blancs étonne pas sa grande finesse et je l’ai trouvé très typé (13,80€). Dans ce projet, il est associé avec les frères Carlos y Juan M. Rodríguez.
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Fredi Torres

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  •  L’inquiétude d’Olivier Rivière, sa transparence, son honnêteté, sa façon à lui d’appréhender les vignobles espagnols, le résultat : des vins loin des archétypes locaux. En Rioja : Rayos Uvas 2015, se boit facilement, du fruit, de la fraicheur : on ne s’en fatigue pas. (13,50€), Gabaxo 2014, fruité et floral à la fois, mais aussi épicé, long et harmonieux, la bouteille qu’il faudrait toujours avoir à portée de mains (14,40€) ; Jequitibá blanc 2014, un mélange réussi de tradition et modernité(18,60€), Mirando al Sur 2012, son grand Rioja Blanc, fermenté dans des « botas » de Jerez, que l’on retrouve au nez et en bouche(59,95€) Ganko 2013, soyeux, racé(30€),Las Viñas de Eusebio 2013, avec seulement 400 bouteilles, toute la production reste en Espagne (47,25€), Losares 2013, sérieux et complexe, dans un style moderne (105€), ses derniers vins à Arlanza La Vallada 2013 (12€), El Cadastro 2012 (26,95€), El Quemado 2011, (45€), Basquevanas 2010(50€) sont des grands vins purs, dotés d’un fruit mur et d’une belle acidité, pas des vins de comptoir, les quantités sont faibles.

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  • Et pour finir, je vous parlerai de 4 amis, 4 Monos c’est le nom du domaine, et de leur attachement à la zone de Gredos qui est devenue en peu de temps, un des vignobles les plus convoités de l’Espagne. Leur blanc 4 Monos Albillo 2014 est fruité, frais et élégant et d’un bon rapport qualité/prix pour la zone. (15,50€); les rouges 4 Monos Tinto 2014, La Danza del viento 2013 (24,90€) sont plein de franchise, complexes et aériens, des grenaches tels qu’on les aime, du fruit pur, une belle suavité, une bonne fraicheur, une belle precisión.

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La nouveauté dans ce salon, ce qui m’a frappé, c’est la présence de l’esprit vigneron, qui se développe de plus en plus en Espagne, mais aussi et surtout, la tendance à vinifier sans soufre et en amphores, la volonté de présenter des vins différents et personnels, et la référence au terroir. Ça bouge, c’est sur, mais tous ces domaines n’offrent que des productions très faibles, souvent moins de 500 bouteilles, elles trouvent forcément preneur car ils surfent sur une tendance très bien installée en Espagne, surtout en Catalogne, oú les vins naturels occupent chaque jour davantage un « grand » espace.

3.« Del Terroir a la Copa », mardi 26 abril

La deuxième édition de Magnificat, à Espiells a réuni de grands noms du monde du vin et des Spiritueux. Un évènement organisé par Juve & Camps et le distributeur Primeras Marcas : un showroom permanent avec la présence des propriétaires et des distilleries nationales et internationales, dont une grande sélection de vins de châteaux bordelais.

Ce fut un grand succès, plus de 1000 personnes y ont participé.

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Chais de Juve & Camps

Le plus de ce salon : les 7 dégustations organisées tout au long de la journée

– Les 50 ans de Pinot Gris dirigée par Marc Beyer.

– Les grands parcellaires en Espagne dirigée par Sara Perez, propriétaire et œnologue du Mas Martinet, (DOQ Priorat); Miquel Àngel Cerdà, propriétaire et œnologue de Ànima Negra (VT Mallorca); Carlos San Pedro, propriétaire et œnologue de Bodegas Pujanza (DOCa Rioja); Edith Soler, œnologue de Terra Remota (DO Empordà) y Jesús Sastre, propriétaire et œnologue (DO Ribera del Duero).

– Jean-Baptiste Lécaillon, Chef de Cave de la Maison Louis Roederer, a animé la master class « Louis Roederer.

– La dégustation de Juvé & Camps en association avec un chef étoilé Fernando del Cerro, Casa José (Aranjuez), faisait découvrir le mariage des cava et des légumes.

– Giovanni Manetti, propriétaire de Fontodi, a présenté et approfondi  les « Quatre  décades du Super toscan Flaccianello della Pieve. La Grandeur du  Sangiovese

– « Del mito a la copa ». Verticale de Château d’Yquem », par Sandrine Garbay, Chef de Cave de Château d’Yquem.

– Et, pour terminer, Julian Talaveron, commercial de Primeras Marcas et diplômé WSET, nous a expliqué ¿Qué hace grande a un vino blanco? » vins à l’appui.

  • Menade V3 Viejas Viñas 2013 et 2006
  • JermannTunina Venezia Giulia 2013 et 2005
  • Domaine de Chevalier 2012 et 2008
  • Ladoucette Baron de L 2010 et 2000
  • Régnard Grand Régnard chablis 2014 et 2000
  • Louis Latour Corton Charlemagne 2012 et 2006.

Bien sur, il s’agissait de vins distribués par Primeras Marcas, mais j’ai redécouvert certains vins que je n’avais pas dégusté depuis longtemps, ma préférence est allée au Domaine de Chevalier, sans aucun doute.

Conclusion:

J’aurais pu vous parler aussi  de la Garnatxa Night,

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Garnatxa Night

de Vinorum Think, de Jamón, vino y Rioja ’n’ Roll,

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de las Mujeres del vino…

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De très belles journées, chargées certes mais rassurantes : les choses bougent en Espagne, les petits domaines explosent, les grands sont toujours là et évoluent eux aussi, la présence des vins français se porte bien, le secteur semble repartir à la hausse, la morosité n’était pas de mise, du moins pendant ce salon.

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 


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ALIMENTARIA et ses OFF (volet 1)

Alimentaria, le grand salon international de l’alimentation et des vins (INTERVIN), fêtait cette année ses 40 ans et affichait trois mots d’ordre: innovation, internationalisation et gastronomie. Cette édition a réuni plus de 4000 exposants et 140.000 visiteurs de 157 pays, 16 de plus qu’en 2014 et suppose un impact économique de plus de 170 millions d’euros pour Barcelone.  L’Organisation avait invité 800 acheteurs étrangers de haut niveau,  62% de plus qu’en  2014 : des importateurs et distributeurs venus d’Europe, d’Asie, d’Amérique Latine et des  EE.UU. Le Salon se consolide avant tout comme une grande plate forme pour l’exportation de l’industrie alimentaire espagnole,  et surtout comme une vitrine importante de l’innovation et des nouvelles tendances dans le secteur. Alimentaria est le second salon important de Barcelone,  juste derrière le Mobile World Congress.

Au milieu de toute cette industrie alimentaire, Intervin n’arrive pas encore à devenir un « incontournable », il ne peut se comparer  à aucun autre salon européen, et se situe loin derrière PROWEIN,  VINEXPO et VINITALY. Il est d’ailleurs assez mal reconnu par les bodegas elles-mêmes, beaucoup d’entre elles ne voyant pas la nécessité d’y participer. Pourtant cette année, il flottait dans les stands et les allées, un contentement assez général, la plupart des  domaines se félicitant d’une présence étrangère plus importante, et déjà mercredi, ils estimaient que ce salon avait été très positif: de nombreux importateurs avaient passé des marchés et les distributeurs nationaux étaient au rendez-vous.

Que ce vent de positivisme et d’optimisme est agréable!

Personnellement, je n’y ai passé que la journée de mercredi, j’ai eu le temps de saluer les grands domaines que j’aime bien, Marques de Riscal, Perez Pascuas, Torres… et de m’arrêter chez quelques petits domaines qui s’étaient regroupés. Pour ce premier volet, je vous livre mes commentaires de quelques vins qui m’ont marquée:

Chez Marques de Riscal

Baron de Chirel Blanco 

La marque sort un nouveau blanc, Baron de Chirel, qui sera Vino de la Tierra de Castilla y Léon. J’ai raté la présentation et il n’y avait plus de vin sur le stand, je vous en parlerai donc ultérieurement…

Chez Viña Pedrosa

Perez Pascuas gran Seleccion 2010

Un 100% tempranillo issu de vignes de plus de 70 ans. Un très grand vin, racé, savoureux, juteux, élégant, long, intense. La finale est épicée, les tannins sont fins et harmonieux : un vin équilibré et encore très jeune…que du bonheur, j’aurais volontiers arrêté la dégustation après ce vin : un grand moment d’émotion!

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J’ai aussi goûté un Viña Pedrosa Crianza 2012 dans un style classique dont je ne me lasse pas.

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Chez Torres

Le projet 7 Magnífics continue son évolution : sur le marché depuis 2 ans environ, cette nouvelle génération de vins, dont le volume de production est bien inférieur aux autres vins de la maison, (20 000 bouteilles) a pour objectif de récupérer l’authenticité d’une zone:

  • Les deux premiers venaient de la Terra Alta : Rebels de Batea blanc i negre. Le Rebels de Batea blanc 2015, un 100% grenache blanc, est onctueux, fruité, frais et nerveux. Le rouge est un100% grenache, rond, goûteux et suave.
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  • El Senat del Montsant 2014 (D.O.P. Montsant), les cépages  Samsó (Mazuela), garnatxa y Syrah donnent à ce vin une personnalité propre tout en lui gardant une typicité Montsant.
  • Somiadors 2014 (D.O.P Emporda) le quatrième vin de la Collection 7 Magnifics, récupère la tramontane de l’Emporda, tellement il est méditerranéen. Les cépages Carinyena (70%) et Garnatxa (30%) de vignes dont certaines datent de 1925. Frais, élégant, voluptueux, harmonieux et d’un bon rapport qualité/prix : 13,50€
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INKORDIA & FRIENDS: Vinos honestos 

Un collectif de vignerons agriculteurs qui se sont regroupés voici un an ; j’ai aimé leur démarche, leur volonté de s’incorporer au salon officiel et de ne pas organiser de salon OFF. Ils veulent lutter de l’intérieur, montrer que le monde du vin est multiple, qu’ils en font partie comme “Viñadores”, qu’ils sont essentiels dans l’univers vinicole, sans dévaloriser pour autant, les autres formes de comprendre ce monde. Je trouve ça magnifique !

La plupart des bodegas qui y adhèrent, ne jouissent pas encore à ce jour d’une grande notoriété.: se sont tous des petits domaines, « artisans » du vin,  viticulteurs et  vinificateurs à la fois, qui respectent leurs terroirs intervenant le moins possible, ne vinifiant que leurs propres récoltes, sont avides de cépages autochtones, de vins sincères et personnels. Chacun de leurs vins est unique !

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Les Bodegas présentes à INTERVIN 

Ignios Orígenes, Bodega La Senda, Lagar de Sabariz, Celler la Muntanya, Pagos de Nona, RuBoR Viticultores, Federico Schatz, Sexto Elemento, Porcellanic, Bodegas Garay, Bodega Mento, Demencia Wine, Dasca Vives, Vinya Oculta, Celler Finca Parera, Bodega Flors, Loxarel, Can Descregut, Bodega Mas L’Altet, Cume do Avia, Casa de Mouraz, Uva de Vida, Adega Xangall, Viña La Ilusión, Magna Vides, Adega Entreosrios, Joan de la Casa.

Comme je n’ai pas pu faire le tour de tous les domaines, je vais vous citer les vins que j’ai eu le temps de goûter : Marc vous a déjà parlé de Demencia Wine, avec son vin Pyjama.

La Vinya oculta

En deux mots la philosophie de Amos Bañeres: une viticulture intense et une vinification simple.

  • Els Vinyerons, Lluerna 2015, un 100% Xarel.lo, un vin sans soufre, pour autant très pur et très franc, aussi frais que floral, délicieux ! PVP : 7,50€
  • Missatge en una ampolla 2015, 100% Macabeu, vin de parcelle, 2235 bouteilles, élevage 6 mois en inox. La robe est légèrement trouble, mais la bouche est incroyable, riche et rafraîchissante.
  • Vinya Oculta 2013, 100% Xarel.lo, un vin élevé 8 mois en barriques de 300l. Palette aromatique très complexe, gras, accompagnée d’une superbe acidité, et d’une grande persistante : un régal, mais il pourra encore nous réjouir dans 10 ans.
  • PVP : 23€
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Lluerna et Missatge en una ampolla

 

  • Diables 14, un Maccabeu unique : un vin doux sans DO, vol 9%. Après une macération pelliculaire d’une nuit, Amos fait « bouillir » le moût, jusqu’ à en obtenir 50% et 250g de sucre résiduel, la fermentation alcoolique avec des levures autochtones dure environ 1 an, l’élevage en barriques de chêne français 12 mois, sans batonnage. Le résultat est un succulent bonbon de caramel liquide, avec des notes de pommes au four est de fruits secs. C’est gourmand, et surtout, pas écœurant. PVP : 21€

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Bodega Ignios Orígenes

Ce domaine familial créé en 2011 à Tenerife entend mettre en valeur tous les cépages autochtones de la zone. Des vins très spéciaux et originaux aux saveurs volcaniques. Le domaine élabore 5 vins, DO Ycoden-Daute-Isora :

  • Listán negro 2014 : Très expressif, savoureux, en bouche fruité balsamique, frais et avec une pointe de salinité en fin de bouche qui confirme son caractère atlantique. 26,95 €
  •  Baboso negro 2014 : un parfum de fruits noirs, d’épices, des notes de réglisse, de clous de girofle, une bouche profonde, de fruits murs et de terre humide, la bouche est surprenante. Un vin très séducteur, qui réveille tous nos sens !
  • Vijariego 2014 negro, un vin superbe qui sort de l’ordinaire et qui oblige à se poser des questions, il est frais balsamique, et d’une rusticité élégante, le prix est un peu élevé mais il faut le faire venir des Canaries.34, 90 €
  • Marmajuelo 2014, cépage marmajuelo 100%, la palette aromatique est multiples depuis les fruits blancs, les notes florales et balsamiques, jusqu’aux notes de miel et d’amande fraîche. La bouche est onctueuse, grasse, parfumée, et dotée d’une très bonne acidité. Un blanc très rafraîchissant qui affiche une grande personnalité. PVP:24,20€
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Les vins de Ignios

 

LoXarel, Vinos naturales, Penedès

La personnalité et le caractère de Josep Mitjans transpire dans ses vins issus d’une agriculture Biodynamique.

    • Xarello de ánfora (amphore) 2015, comme son nom l’indique ce vin a fermenté en amphore de 720l pendant 5 mois. Le nez offre des notes de fruits blancs murs et quelques touches herbacées, la bouche est riche, élégante et fraîche : un joli vin.
    • Xarello Vermell 2014, Il s’agit d’une variété en récupération dont il existe très peu d’hectares. Se serait une mutation génétique du Xarel.lo. La Couleur est entre blanc et rosé, un vin tendre et gras à la fois, floral, très élégant, l’acidité est très modérée même si on y trouve des notes citriques, sa finale saline est des plus agréables.
    • A Pel Blanc 2014, vin nature, 100% xarel.lo, 13º.Vin sans soufre ajouté. 10,75€
    • Belle couleur vieil or, légèrement trouble, nez  puissant de miel, de fruits secs, l’attaque en bouche est fraîche, le vin est charnu, puissant, complexe et termine sur une bonne acidité.IMG_1346
    • A Pèl negre 2013, un assemblage de grenache et merlot, c’est un vin intense, avec des tannins encore marqués, mais le fruit et la fraîcheur arrivent à les dominer. Acidité très présente. Sans soufre ajouté
    • PVP:11,15
    • OPS 2013, de ánfora, un assemblage de grenache et carignan, 13,5º. Un vin très     méditerranéen avec du corps, mais un bon équilibre et de la fraîcheur.      PVP : 9,95€
    • EOS 2012, une syrah pure assez bien réussie, l’équilibre est là, mais il lui manque encore un peu de bouteille pour arrondir des tannins qui sont fruités.PVP :10,70€ 

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      – 109 Reserva Brut Nature 2002 Clasic Penedès, après 13 ans de bouteille voilà un effervescent surprenant, vendu sans dégorgement préalable. La bulle est fine, délicate et persistante, la bouche est très structurée et crémeuse, fruitée (fruits jaunes) et briochée, beaucoup de fraîcheur et de persistance finale : une très jolie bouteille.  Prix justifié : 65,35€

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Le nom se veut un hommage à tous les anciens. Le domaine a été fondé en 2012 grâce à l’union de Jesus Hermida et d’Esmeralda Garcia, qui ont récupéré les vignes centenaires de leurs grands parents et quelques autres parcelles de la famille, aux deux extrêmes de la région de Castilla y Léon (Bierzo et Ségovia). Leurs premiers vins sont sortis sur le marché en 2015. Je suis encore sous le charme d’Esmeralda, de ses vins et de la manière dont elle en parle.

C’est mon coup de cœur du salon.

  • El Couto blanco 2014 : un palomino Fino du Bierzo, issu d’une vigne de 115 ans. Je voudrais juste préciser qu’il est sans soufre et qu’il m’a complètement bluffé! Non pas qu’il soit d’une grande complexité aromatique, ni d’une grande intensité, mais tellement agréable et rafraîchissant, pur et franc ! on a vraiment envie de le boire…PVP : 9€

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Esmeralda me racontait que ce raisin, le palomino se payait aux viticulteurs à 0,10cts/kg ! Sans commentaire.

  • Veragua, un blanc de verdejo de Segovia issu de vignes sablonneuses, pré phylloxériques (140/180 ans) Plusieurs parcellaires lui permettent de produire 15 000 bouteilles à un PVP de 13€. Tout simplement extraordinaire, ne ressemble en rien aux verdejos que l’on trouve habituellement sur le  marché.
  • Mil Razas, un vin issu d’une unique parcelle de 120 ans complantée de tous les cépages aussi bien blancs que rouges, qui existent dans la zone : palomino fino, malvasia, godello, treixadura, donablanca, mencia, alicante…Tous vinifiés ensemble en gardant 25% de rafles, avec des levures autochtones et un minimum de soufre(10mg/L).

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Quelques mois d’élevage dans des barriques de châtaigniers et c’est tout ! Le résultat est un espèce de « clarete » vin de soif sans complication, avec des notes de fraises sauvages, à la fois délicat et rustique, aimable et tendu, très authentique, sapide, équilibré, un vin qui ne fatigue pas, que du bonheur !

  • El Couto tinto 2015, une mencia sans maquillage, pas de bois, qui offre un nez de fruits rouges sauvages, de violettes, la bouche est fraîche, savoureuse, gourmande, le tout pour 12€
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Les vins de Pago de Nona

 

 

Conclusion

A l’heure de quitter le salon, j’avais laissé derrière moi beaucoup de vins sans goûter, et une fois de plus, je me suis sentie frustrée et impuissante: comment gérer autant de bodegas, autant de petits salons, tous plus intéressants les uns que les autres en 3 jours?  Mais, restons positifs, cette année, j’ai senti un renouveau important, dans l’offre espagnole, une explosion de petits domaines désireux de se différencier, tout n’est pas à garder, mais c’est très bon signe de voir autant de jeunes se tourner vers le vignoble.

La semaine prochaine je vous parlerai des OFF.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…