Les 5 du Vin

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Porto Vintage 2015

J’étais très heureux, la semaine dernière, de pouvoir me rendre à l’événement annuel organisé à Paris par l’Instituto dos Vinhos do Douro e do Porto ; d’autant plus que cette année, au lieu d’organiser cela autour d’un dîner, toujours trop long et trop chargé en accords finalement difficiles et fatigants, ils ont eu la bonne idée de présenter une dégustation assise du millésime 2015 en portos vintage et portos single quintas vintage (une explication de la différence suivra), ainsi que quelques raretés parfois surprenantes issus d’autres catégories de grands vins de porto.

Il ne faut pas oublier que la France, si elle est le plus important client à l’export pour les vins de porto, est aussi un des plus ignorants des qualités supérieures de ces vins mutés.

En gros, nous achetons des quantités considérables des portos ordinaires et pas assez des grands vins : la faute probablement à l’image du porto de base, jeune ruby ou tawny, comme l’apéritif type des retraités de ce pays.

Les chiffres des exportations publiés par l’Institut sont éloquents : pour les neuf premiers mois de cette année, la France tient bien sa place de premier pays en volume avec près d’un million et demi de caisses de porto importées, mais dont seulement 9% sont des qualités supérieures.Le Royaume Uni et les Etats-Unis, respectivement en 5ème et 6ème place sur le plan du volume, privilégient bien davantage les portos de qualité, qui représentent respectivement 53% et 57% de leurs importations.

Cela s’explique en partie par le poids de l’histoire. Le porto est, depuis ses origines, essentiellement un vin développé par et pour le marché britannique et les termes « vintage« , « late bottled vintage« , « tawny » ou « ruby » utilisées pour décrire différentes catégories de ce vin, ainsi que le nombre d’acteurs d’origine britanniques dans le vignoble et le négoce de porto (Taylors, Croft, Cockburn, Sandeman, Graham, Dow, Warre, Smith Woodhouse, Gould Campbell, Churchill, etc) sont des indicateurs assez claires sur ce point. Mais est-ce suffisant ?

En tout cas je crois que l’habitude française de boire le porto à l’apéritif constitue un frein puissant au développement d’une connaissance des grands vins de cette appellation, une des plus anciennes du monde. Cette habitude a même quelque chose de choquant pour un anglais un peu traditionaliste : j’ai le souvenir de feu mon beau-père (le mari de ma mère) refusant de servir ma compagne qui avait eu l’outrecuidance de demander une verre de porto à l’apéro !

Les Portos Vintage sont, comme leur nom indique, des vins issus d’une seule année. Il font partie de la grande catégorie des portos ruby, c’est à dire de couleur rouge. Pour préserver ce ton et la saveurs fruité qui vont avec, ces vins sont mis en bouteille assez jeunes. Mais des portos millésimés existent dans l’autre grande catégorie, celle des tawnies. Le mot « tawny » signifie couleur fauve ou ambré en anglais. Un Porto Tawny millésimé s’appelle Colheita, qui est le terme portugais pour vendange (vintage en anglais). Ces vins sont élevés longtemps sous bois et mis en bouteille après une période généralement longue, souvent au delà de 20 ans. Les tawnies de catégorie supérieure sont rarement des colheitas, mais peuvent en revanche avoir un compte d’âge moyen (10 ans, 20 ans, 30 ans) Tout est clair ? Mais ce n’est pas fini !

Dans la catégorie Vintage, il y a les Vintage et les Single Quinta Vintage (je vais passer sur les Late Bottled Vintage, car cela va devenir lassant à la fin). Quelle différence ? Comme en Champagne, chaque producteur est libre de déclarer un vin issu d’un seul millésime comme un vintage. Mais, à la différence de la Champagne, ces vins doivent toujours être contrôlés et approuvés par analyse et une dégustation à l’aveugle conduite par des spécialistes à l’Institut des Vins de Porto.

Les maisons de portos ne déclarent un vintage que dans une année qu’ils considèrent comme exceptionnelle et capable d’une très longue garde. Il s’agit de vins issus d’assemblages entre différentes parcelles et donc de différentes quintas (domaines). Mais les vins de certaines quintas peuvent être d’une belle qualité sans que cela soit le cas partout dans la vallée du Douro. Ils sont donc déclarés comme des Single Quinta Vintage et portent évidemment le nom de la quinta en question.

Le millésime 2015 est clairement dans une sorte de position intermédiaire : la plupart des grandes maisons n’ont pas déclaré de Vintages, mais ils ont souvent déclarés des Single Quinta Vintages. Les autres ont fait comme ils pensaient bien de faire. En résumé, c’est un bon millésime, mais probablement pas un grand millésime comme 2011 par exemple.

Ma dégustation de ces 16 vintage et single quinta 2015

NB. Je vais commenter tous les vins, et pas seulement ceux que j’ai aimé ! L’ordre est celui des la dégustation.

Quinta do Infantado 2015

Une belle quinta que j’avais visité l’an dernier et qui ne produit que des vins de son propre domaine (portos et vins du douro), ainsi qu’une excellente huile d’olive. Ce fut un des très bons vins de cette dégustation pour moi, mais dans un style particulier qui est issu d’une recherche d’une relative légèreté dans un vin de ce type. Le nez est riche et complexe avec des notes classiques de pruneau, de fumé et de ciste. Le toucher est fin et une belle sensation de fraîcheur accompagne le vin jusqu’à le fin (bonne longueur) ou on perçoit à peine une note plus chaleureuse. Les tanins sont parfaitement intégrés dans ce vin au style très accessible et qui finit presque sec. Le producteur a ensuite confirmé que le sucre résiduel y est bien inférieur à la moyenne. (16,5/20)

Quinta Santa Eufemia 2015

Je ne connaissais pas ce producteur auparavant. Il se situe dans la partie ouest de l’aire de l’appellation, près de Regua. Ce vin est plus chaleureux et classique que le précédent, mais le nez est moins expressif, entre notes fumées et florales. Les tanins sont encore bien présents et il lui manque un peu de fraîcheur. Niveau correct mais pas exceptionnel. (14/20)

Croft, Quinta da Roeda 2015

Nez à la fois fruité et bien complexe. En bouche, ce fruité juteux se confirme dans un style classique, bien équilibré et long. (15/20)

Quevedo 2015

Encore une marque que je découvrais à cette occasion. Le style est très fruité mais un peu simple, bonbon, sucré et souple. C’est plaisant, mais pas à garder – et pas au niveau de beaucoup d’autres. (13/20)

Ramos Pinto 2015

Une des maisons qui a décidé de déclarer un vrai Vintage cette année. Un très beau nez plein d’herbes sauvages et d’aromates sur un fond fermement fruité mais toute en élégance. Très bel équilibre en bouche, avec un beau style qui s’étire en longueur et une finale ferme qui laisse augurer une bonne garde. (16,5/20)

Sandeman, Quinta do Seixo 2015

Nez encore bien marqué par son élevage avec des notes de fumé, puis de goudron. Vin dans un style puissant et tannique, d’une bonne longueur mais manquant de finesse. (14,5/20)

Taylor’s, Quinta do Vargellas 2015

Le nez est assez fermé au début mais s’ouvre ensuite sur des sensations denses, d’une très belle ampleur. Ce côté intense et luxuriant se révèle réellement en bouche, autour d’une belle trame tannique. Ce vin aussi vibrant que structuré et complet, complexe et long. Un très beau classique de cette magnifique quinta. (17,5/20)

Fonseca Guimaraens 2015

Si Taylor’s ni Fonseca n’ont déclaré de Vintage en 2015, Fonseca a déclaré une sorte de second vin pour lequel la marque Guimaraens est utilisé. Le premier flacon avait un problème de TCA dû au liège. Le deuxième avait un nez fin, très frais, avec des odeurs de garrigue et de fruits noirs. En bouche on découvre un jus magnifique, aussi affiné que structuré dont la qualité du fruit est éclatante. Aussi long que fin, c’est un grand vin absolument délicieux. (18/20)

Cruz 2015

Nez très fumé aux arômes un peu lourds de goudron. En bouche, un contraste, car le vin apparaît presque délicat mais simple et sans structure. (12/20)

Rozes, Quinta do Grifo 2015

Peu expressif au nez. En bouche, chaleureux et brûlé, manquant de fruit. Simple. (12/20).

Burmester, Quinta do Arnozelo 2015

Un jolu vin bien fruité avec une structure fine mais présente. De la fraîcheur et du caractère avec une finale un peu trop sucrée à mon goût et un peu chaleureuse aussi. ‘(14,5/20)

Cruz, Dalva 2015

Une belle qualité de fruit et une structure fine. Il finit un peu court mais c’est un vin plaisant et bien équilibré à part une sensation un peu asséchante en finale (14/20)

Quinta do Ventozelo 2015

Le nez est fin et frais, avec un fruité séduisant. Son caractère très juteux en bouche n’est pas au détriment de la finesse. L’ensemble n’est pas très long mais il a beaucoup d’élégance et un bon équilibre. (15/20)

Quinta das Carvalhas 2015

Le nez est assez terreux et manque de fruit. Les tanins sont présents mais discrets et ke finale est marqué par l’alcool (12/20)

Niepoort 2015

Un vin aussi juteux que fin. Une très belle dynamique en bouche avec une arrivée de fraîcheur après la première sensation de fruit mûr. Finit bien équilibré, avec juste une légère sensation de chaleur. (15/20)

Vista Alegre 2015

Nez de fumé et de ciste. Très chaleureux en bouche et manquant de substance. L’alcool domine trop. (12/20)

Plus tard, lors d’une autre dégustation, j’ai parlé avec la lauréate de l’édition 2017 du concours Master of Port, Julia Scavo, que j’avais aperçue lors de cette dégustation. Nous avons échangé nos avis et les noms de nos vins préférés – et ils étaient identiques. 

David


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Bulles : une (petite et modeste) revue de détail

J’y vais tous les ans vu que ça a lieu chaque année au même endroit, à la même période et toujours selon le même principe : invités à un mois de Noël par Jean-Pierre Rudelle, le patron du Comptoir des Crus à Perpignan, les représentants des maisons de Champagne viennent avec armes et bagages faire goûter aux amateurs deux (parfois trois) de leurs cuvées, vins que l’on retrouve en vente pour ce jour-là à un prix «d’ami ».

Simple comme bonjour, cette initiative est aussi l’occasion pour moi de faire une petite révision champenoise. Et si j’en profite pour revoir mes avis sur des marques qui me sont familières, grandes ou petites, je m’attache aussi à découvrir de nouveaux noms comme le champagne Charpentier (acheté 16 € l’an dernier) qui a fait le bonheur de ma cave durant l’année écoulée.

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Idée de décor ! Photo : BrigitteClément

Je vous en parlais en 2013 et déjà j’étais enthousiaste à l’idée que cette journée devienne une sorte de rituel. Il suffit de s’offrir un verre (10 € remboursés en cas d’achat) et de se promener au gré des barriques (renversées debout) transformées en comptoir de présentation et de dégustation. On peut même s’amuser à faire cela en accéléré. En se pointant par exemple dès l’ouverture, vers onze heures du matin. Le tour complet prend environ une heure trente avec une quinzaine d’arrêts et un temps plus ou moins long passé à discuter avec les représentants en fonction de l’intérêt de leurs vins ou (et) de leur connaissance du terrain. Bref, cela représente un apéritif studieux, juste avant d’aller déjeuner la faim au ventre quelque part en ville.

Version 2

Le champagne expliqué aux clients… Photo : BrigitteClément

Un exemple à suivre

Tous les cavistes (ou presque tous) devraient pouvoir organiser une telle journée et il me semble qu’ils sont de pus en plus nombreux à le faire dans d’autres grandes villes. Pour rendre la chose encore plus palpitante, il y a des habituées parmi les maisons qui font se déplacer une de leurs « commerciaux ». Cela permet de faire des comparaisons avec les vins voisins, de noter des changements de goûts ou de chef de cave. Puis chaque année quelques nouvelles marques en remplacent d’autres avec, parfois une ou deux cuvées d’exception, histoire de briller – ou de frimer – plus encore aux yeux des amateurs. L’avantage, c’est que ça tourne. Cette année, point de Pol Roger, de Krug, Jacquesson, Drappier ou Veuve Clicquot, guère plus de grosses pointures comme Moët et Chandon, peu de petits récoltants-manipulants et aucune coopérative de taille, à l’instar de celle de Mailly présente lors de je ne sais plus quelle édition.

Voici donc les bulles les plus marquantes de ma tournée 2017.

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Quelques remarques préalables : pas d’ordre précis dans cette revue et toujours pas de notes chiffrées, je préfère la (ma) description, brève et parfois sommaire. Peu de description sur le ressenti au nez car dans ce genre de dégustation on est un peu pressé par le public et il faut aller droit au but : la bouche. Sachant que cette dégustation ne se faisait pas à l’aveugle, la seule chose que j’avais devant les yeux, en dehors du vin, était la marque du champagne, le nom de la maison si vous préférez. Pour ne pas être trop influencé, je refusais toute explication sur la composition de la cuvée et sur son prix de vente dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin. Parlons-en du prix : dans ce qui suit, je vous donne le tarif consenti pour ce jour-là et le prix normal en boutique pour les jours à venir. Et quid du verre ? Sincèrement, j’ai oublié de noter ce détail (le nom de la verrerie) qui a pourtant son importance. Tout ce que je sais, c’est que j’ai décliné la flûte que l’on me tendait et que, grâce à mon pote caviste, j’ai pu bénéficier d’un beau verre assez large afin que je puisse considérer le champagne comme ce qu’il est : un vin à part entière et non une simple boisson à bulles.

-Deutz. Avec cette maison d’Aÿ la dégustation démarre toujours bien : j’ai l’impression d’être chez moi, de cultiver mon jardin. Tout commence avec un Brut Classic à majorité pinot noir qui m’enchante toujours tout bêtement parce qu’il « nettoie bien la bouche », qu’il la « prépare » à affronter la suite. Je ne sais pas pourquoi je mets tous ces mots entre guillemets, mais je les trouve adaptés à cette sensation de belle acidité, de fruits blancs et de longueur honorable (35,10 € au lieu de 39 €). Le blanc de blancs 2011 qui suit est encore plus engageant : crémeux dès le nez, il l’est ensuite en bouche. Matière riche, amplitude, fraîcheur et longueur, tout y est ! (62,10 € au lieu de 69 €). Au passage, j’attends avec impatience la nouvelle cuvée William Deutz 1990 de pur pinot-noir que je viens de mettre en cave pour quelques mois.

-Charles Heidsieck. Pas de problème non plus avec cette maison qui assure dans la régularité depuis pas mal d’années. Brut Réserve à la mousse frénétique, enthousiasme et fraîcheur en bouche, sans oublier l’équilibre, le tout avec une jolie finale (35,10€ au lieu de 39 €). Le Rosé Réserve assure lui aussi d’emblée une très belle prestation : droiture, netteté, franchise (48,60 € au lieu de 54 €).

-Le Gallais. Dans la vallée de la Marne, à Boursault, la maison produit une Cuvée des Cèdres (brut nature) : nez assez fin, bouche directe et expressive sur un équilibre bien dessiné (31,50 € au lieu de 35 €). La Cuvée du Manoir, par laquelle j’aurais dû commencer, donne un vin d’apéritif, plus marqué par l’acidité d’une pomme granny-smith (26,10 € au lieu de 29 €).

-Grier. Pas une marque champenoise, mais une maison sud africaine qui passe là-bas pour être le pionnier du mousseux de qualité. Installée depuis quelques années au fond de la vallée de l’Agly, dans les Pyrénées-Orientales, la famille Grier progresse indéniablement dans ses assemblages de macabeu, carignan blanc, grenache gris et autres vieux cépages locaux associés au chardonnay du coin (25%). Nez fin légèrement épicé, bouche pleine, riche, structurée et longue (11,70 € au lieu de 13 €). Deux vins sud-africains pour suivre : le brut Villiera Tradition (chardonnay pour moitié, reste pinot noir et meunier), 18 mois sur lies, croustillant, long et frais jusqu’en finale (11,70 € au lieu de 13 €) ; l’autre, le Monro brut, particulièrement droit en bouche, très long et marqué par une belle acidité (22,50 € au lieu de 25 €). D’excellents rapports qualité-prix et mon choix pour cette année.

-Bollinger. Une seule cuvée à goûter, celle qui fait figure de BSA, le Spécial Cuvée. Densité et matière en bouche, richesse et longueur sans emphase, c’est un classique auquel j’adhère volontiers (44,10 € au lieu de 49 €).

-Lallier. Difficile de passer après Bollinger, mais ce Brut Nature, aussi puissant que sérieux en bouche est joliment structuré et doté d’une belle longueur (31,50 € au lieu de 35 €). Le Grande Réserve, m’est paru moins bavard bien qu’il se distingue par sa richesse et sa longueur (26,10 € au lieu de 29 €).

-Ruinart. Un très chardonnay R de Ruinart dense, vif, animé, mais crémeux, fin et équilibré. Il me semble noter un changement dans le rajeunissement de cette cuvée que je goûte pour la première fois avec un plaisir intense (41,40 € au lieu de 46 €) alors qu’auparavant je n’étais guère attiré. Le Blanc de blancs quant à lui est très frais, assez craquant, aussi soigné en longueur qu’en équilibre (62,10 € au lieu de 69 €). Le rosé était trop glacé pour être sérieusement annoté, si ce n’est que je l’ai trouvé d’une richesse assez éclatante (62,10 € au lieu de 69 €).

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-Henri Giraud. En progression, me semble-t-il, par rapport aux années précédentes, cette maison d’Epernay m’a bluffé avec son Esprit Nature bien sec, pinot noir et meunier, lumineux en bouche, marqué par une belle acidité (35,10 € au lieu de 39 €). Le Blanc de craie est un pur chardonnay (si j’ai bien compris) qui fait beaucoup d’effet : hauteur, puissance, netteté, équilibre, longueur (44,10 € au lieu de 49 €).

-Jean-Noël Haton. Vignerons indépendants de Damery, les Haton proposent un Brut Classic blanc de noirs d’une belle franchise idéale pour l’apéritif accompagné de crustacés (20,60 € au lieu de 22,90 €). Une autre cuvée Extra retient l’attention pour sa largesse, son amplitude, sa fraîcheur et ses notes poivrées (32,40 € au lieu de 36 €).

-Besserat-Bellefon. Toujours un faible pour cette maison qui se maintient à un bon niveau qualitatif. Une cuvée Grande Tradition au joli nez grillé, simple mais bien ficelée en bouche avec ce qu’il faut de fruits blancs et une finale sur la fraîcheur (21,60 € au lieu de 24 €). En brut, la Cuvée des Moines (déclinée en plusieurs cuvées, y compris rosé) se remarque par sa droiture, son amplitude, sa fraîcheur et son fruité persistant jusqu’en finale (28,80 € au lieu de 32 €). On notera enfin un magnifique Grand Cru Blanc de blancs toujours marqué par une large amplitude, beaucoup de noblesse côté matière et une grande élégance générale (40,50 € au lieu de 45 €).

-Philipponnat. Remarquable cuvée Royale Réserve (non dosé) pour cette maison de Mareuil-sur-Aÿ plus connue pour son fameux Clos des Goisses absent de cette dégustation. Le nez ne manque pas de distinction, tandis qu’en bouche on ressent la vinosité du pinot noir allié à la complexité d’une part non négligeable de vins de réserve. Amplitude, fermeté et longueur pour un vin digne d’une belle entrée en matière lors d’un repas entre amoureux du vin (35,10 € au lieu de 39 €).

-Marie Sara. Marque d’une maison auboise donnant naissance à une agréable cuvée de brut à la fois simple et souple, aux notes crémées et à la longueur honorable pour une dominante meunier (21,60 € au lieu de 24 €). Une autre cuvée Extra Brut (non dosée), typée pinot noir, se révèle plus épicée avec des notes grillées (32,40 € au lieu de 36 €).

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-Laurent Perrier. L’Ultra Brut, que l’on ne présente plus, se distingue une fois de plus par sa complexité et sa longueur en bouche sur des notes pierreuses et fumées (43,20 € au lieu de 48 €), tandis que le brut (normal) La Cuvée, toujours aussi régulier, est tout simplement magnifique d’amplitude et d’expressivité, sans parler de son infinie longueur (35,10 € au lieu de 39 €). J’ai aussi retenu la même cuvée en rosé pour son imposante matière, sa densité et sa longueur en bouche (71,10 € au lieu de 79 €).

-Taittinger. Un Brut Prestige assez fin et complexe au nez, serré et dense en bouche (35,10 € au lieu de 39 €). La cuvée Grands Crus offre une trame toujours imposante et serrée sur des notes de fleurs des champs et une finale harmonieuse (47,70 € au lieu de 53 €).

-Charpentier. Une maison typique de la vallée de la Marne avec un Brut Tradition simple de par sa conception architecturale, aux trois quarts pinot noir, surtout marqué par des bulles très fines et de jolies notes fruitées (17 € au lieu de 18,90 €). Le rosé, assemblage pinot noir et chardonnay, nous promène sur de fines notes de fruits rouges dans une ambiance un peu plus vineuse (23,30 € au lieu de 25,90 €).

-Gosset. Le brut Excellence (majorité de pinot noir avec 40 % de chardonnay), très croustillant en bouche, offre de l’éclat, beaucoup de luminosité et de longueur (35,10 € au lieu de 39 €).

                                                                                                         Michel Smith

 


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Adegga Wine Market Lisbon 1st December 2017 @Marriott Hotel, Lisboa

Friday 1st December sees the 2017 winter edition of the Adegga Wine Market, which will again be held at the Lisbon Marriott Hotel. The Adegga Wine Markets are a great opportunity to taste and buy some of Portugal’s best and most exciting wines.

If you are in Lisbon this Friday and you want to get a good handle on what is happening in Portuguese wines then this event is unmissable. 

Ticket prices range from 15€ to 50€ per person. There is a special deal for two (60€). The price of the more expensive tickets can be set against wine bought. The winter edition includes the Premium Room – see details of the wines below. Tickets for this room cost 50€ a person.  

O Adegga WineMarket é um evento de vinhos de qualidade.

Descubra 500 vinhos de 60 produtores seleccionados.
Escolha e prove vinhos entre os 5€ e os 50€.
Compre os vinhos que mais gostou a preços de evento.
Receba em casa os vinhos que comprou directamente ao produtor.
Utilize o SmartWineGlass para se lembrar dos vinhos que provou.
Traga os amigos e aproveite o ambiente descontraído.

1 de Dezembro, Sexta-feira    |    Lisbon Marriott Hotel, Lisboa    

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informações

Innovations for this edition:

Adegga Bio
O Adegga Bio é uma nova experiência dedicada aos vinhos Biológicos, Biodinâmicos, Sustentáveis e Naturais dentro do Adegga WineMarket. O Adegga lança a nova experiência acompanhando a evolução do mercado mundial e o elevado interesse dos consumidores em conhecer produtos e produtores Bio.

Wine walks
Looking for the inside track on the 500 wines to taste? If so join a Wine Walk hosted by local experts journalists, winemakers, sommeliers, bloggers doing thematic 30 min tours of the event with groups of 10 people. Topics will include
’10 good white wines below 10€’.

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Return of the Sala Premium(Premium Room)
Uma experiência premium numa zona exclusiva dentro do Adegga WineMarket com prova de vinhos Premium, topo de gama e Vinhos do Porto antigos. Uma oportunidade para provar vinhos especiais. O bilhete de acesso à Sala Premium tem um custo de 50€.

Wines in the Premium Room are presented by sommeliers Sérgio Antunes e Vanessa Gonçalves.

Wines in the Premium Room:

Two Covela wines in the Premium Room this year

 

Liz, Jim, Anthony


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Revoir Colombo, revivre Cornas !

Enquêtrice de choc, notre Marie-Louise a déjà presque tout déballé sur les frasques du personnage, comme vous pourrez le constater en suivant ce lien. J’ajouterai pour ma part que, pour résumer mon sentiment à chaque occasion où je me retrouve face à lui, Jean-Luc Colombo ne change pas et fait figure de fou génial qui remue ciel et terre pour atteindre son but. La communication étant chez lui une seconde nature, il peut déplacer des montagnes, renverser des obstacles, tout chambouler pour enfin obtenir le résultat, « son » objectif. Il ne le dit pas, mais son credo dans la vie consisterait à faire preuve d’une très forte notoriété face aux vignerons/négociants déjà bien établis entre Vienne et Valence, j’ai nommé Jaboulet, Chapoutier, Guigal et les autres. Un rien mégalo, il veut lui aussi sa part de gâteau sur la carte des grands crus du nord-rhodanien. Malgré tout cela, l’homme ne néglige pas l’amitié, bien au contraire : il la cultive. Et c’est pour cette raison majeure que je suis venu l’embrasser à l’occasion de ses 30 ans de présence et de fidélité à Cornas.

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Des tipis dressés au bas de Cornas pour abriter les festivités de Colombo. Au fond, les vignes de ce petit cru qui ne dépasse pas 200 ha. Photo:MichelSmith

Car il faut bien le dire, hormis la présence d’une ou deux vedettes – qu’il est loin le temps où l’on s’arrêtait sur la 86 chez le grand Auguste (Clape) dans l’espoir d’acheter un ou deux cartons en s’entendant dire : « Désolé, je n’ai plus rien à vendre, mais si vous voulez, j’ai tout à déguster ! » -, Cornas n’a jamais été le cru chéri de la plupart des goûteurs professionnels qui préférent les salamalecs d’un Marcel (Guigal) aux plaisirs plus simples d’un Voge ou d’un Lionnet. Trop au sud ce cru du Nord ! Trop beaujolais comme sonorité que ce Cornas granitique dernier de la liste. Et puis trop Ardèche, trop péquenot… Trop ? Oui, sauf pour des anglais dénicheurs de crus comme Tim (Johnston) ou John (Livingstonelesquels ne rataient rien des vins à découvrir dans ce « couloir magique » où émergeaient d’autres appellations méconnues telles Crozes-Hermitage ou Saint-Joseph. C’était l’époque où l’agriculteur du coin hésitait encore entre les arbres fruitiers et la vigne. Certains faisaient les deux, ce qui était plus rassurant à leurs yeux.

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Bordée par le Rhône, la petite ville de Tain et sa colline de l’Hermitage. Photo: MichelSmith

Alors ? Alors je n’ai jamais compris pourquoi la cote (les prix) d’un côte-rôtie ou même d’un hermitage pouvait être telle qu’elle reléguait Cornas au plus bas de l’échelle. Une injustice de plus à mes yeux de débutant ! Colombo pensait un peu comme moi. Dès son installation à Cornas, alors simple patron avec son épouse, Anne, d’un Centre œnologique toujours en activité, JLC s’est présenté, chemise ouverte et sourire au vent, comme le chantre de cette appellation oubliée et méprisée. Tout en attirant autour de sa personne une bande de jeunes vignerons en quête de gloire et de marchés. Un peu à la manière d’un Georges Vernay, il fonde à leur intention Rhône Vignobles. Ce titi marseillais qui adore cuisiner dans sa cheminée, va se construire un domaine qu’il souhaite inscrire dans la biodiversité puis dans la bio tout court. Parallèlement, il fonde son entreprise au sein de laquelle il révèlera quelques climats notoires devenus depuis les grands représentants de Cornas.

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Colombo (à gauche) et la gastronomie, une longue histoire. Photo : MichelSmith

Non content de développer une société de conseil parallèlement à une boîte de négoce, ce mec nous paraissait fou au point de mettre son vin en bouteille bordelaise pour le vendre au tarif d’un grand cru ! De quoi faire sortir Parker de ses sentiers battus et voir frémir les babines de Bettane. Et maintenant, voilà qu’il dirige une florissante et grande winery en bas du village, rue des Violettes, toujours avec Anne, mais aussi avec sa fille, Laure, véritable ressort ambulant aux joues bien roses, mariée à un vigneron de Saint-Péray et toute jeune maman d’une ravissante petite Lili. La soixantaine engagée, tel un parrain du bas de la Canebière, Jean-Luc Colombo règne en maître sur ses cuves et ses barriques, s’accordant quelques escapades dans son nouveau vignoble proche de son autre base familiale, à Carry-le-Rouet, et de sa chère Méditerranée.

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Photo : MichelSmith

On pourrait faire un livre sur ce personnage de roman. Lors de sa fête bisannuelle si bien décrite par Marie-Louise jeudi dernier, fête à laquelle j’étais également invité, tandis que notre sommelière nationale se débrouillait pour se concentrer sur les vieux millésimes (en 7, depuis 1987) des Ruchets, le cru-phare (et bio) de la famille Colombo, j’ai voulu de mon côté prendre quelques notes sur les vins mis en dégustation libre. J’en ai profité pour me concocter un petit tasting particulier avec l’aide de ma compagne, Brigitte, qui me présentait un à un les vins sans commentaires superflus tandis que j’étais confortablement assis sur une belle chaise en plastique, le carnet posé sur une nappe en papier encombrée de gadgets américains, vu que les US étaient à l’honneur. Ainsi, pour vous punir (ou vous récompenser) d’avoir lu jusqu’au bout, voici mes notes, en commençant par les blancs. Les prix indiqués sont TTC. Lors des Automnales, il y avait des réductions intéressantes sur bon nombre de cuvées.

-IGP Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». On devine une certaine altitude dans ce vin d’aspect facile (mais pas ennuyeux), ponctué de notes pierreuses et marqué par une belle acidité au point d’être à l’aise sur les huîtres laiteuses de Marennes. 10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Assemblage roussanne/clairette, délicat et gras en bouche, il reste dans la simplicité et demande un an ou deux de bouteille pour révéler pleinement ses arômes floraux. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « La Redonne ». Roussanne associée au viogner, ce blanc ne manque pas de tempérament de par sa fraîcheur, sa densité et sa structure forte d’une belle acidité. Sur des charcuteries. 14 €.

-IGP Méditerranée 2015 « Les Anthénors ». Il s’agit d’une clairette plantée sur les hauteurs de la Côte Bleue, près de Carry-le-Rouet, sur la commune de Sausset-les-Pins. Du gras, de la gourmandise et de la largesse en bouche, c’est un vin très élégant, assez inattendu, marqué par la longueur et qui s’accorde à merveille avec les poissons de là-bas. 28 €.

-Condrieu 2016 « Amour de Dieu ». Typé viognier (abricot sec), le vin est tendre à souhait, riche, voluptueux et plein en bouche. Il manque juste à mon goût un poil de structure, mais peut-être est il trop jeune ? Reste, qu’il se conduit fort bien à l’apéro ! 45 €.

-Sain-Péray 2016 « La Belle de Mai ». Le domaine bio de Laure et de son mari, peuplé d’animaux, donne ici un blanc auquel je n’étais plus habitué dans cette appellation : un style intense, tendre et régulier, mais aussi un fond de fraîcheur bienvenue et une très belle longueur. On ne s’en lasse pas ! Ce fut mon blanc favori durant ce week-end, même si j’estime qu’il a encore besoin de quelques années de cave. 28 €.

-Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». Un premier rouge facile, syrah pure, dense et bien rythmé en bouche, notes viandeuses et épicées. Parfait pour un tajine de poulet ou de pigeon. 10,10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Rouge simple où le fruit s’accorde avec les petits tannins poivrés. Un assemblage, grenache, mourvèdre, syrah à boire frais sur de petites grillades. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Forots ». Plus de classe à l’évidence : matière bien balancée par l’opulente d’une expressive syrah, voilà un rouge droit dans ses bottes, capable de tenir 4 à 5 ans grâce à ses tannins joliment associés aux fruits rouges. Finesse en fin de bouche. 14 €.

-Saint-Joseph 2016 « Les Lauves ». Sur la réserve, dense, trame tendue, droiture et équilibre, tannins bien en vue, fruit un peu vert en finale, cela ressemble à un bon vin de garde. 25 €.

-Côte Rôtie 2015 « La Divine ». À la fois tendu, serré et très porté sur le schiste, sans oublier la fraîcheur et l’élégance, voilà un vin secret qui n’est pas prêt de se livrer dans l’immédiat. Syrah bien sûr, avec une pointe de viognier. 48 €.

-Châteauneuf-du-Pape 2014 « Les Bartavelles ». Encore un rouge sous tension, notes de fruits rouges en veilleuse, longueur. Ce n’est pas un foudre de guerre à mon avis, mais il serait plus sage de le rejuger dans 5 ans. Environ 40 €.

-Cornas 2015 « Les Méjeans ». Cette bouteille bourguignonne (serait-ce du négoce ?) livre un rouge dense, prenant et vif. Finale sur des tannins plutôt secs. Attendre encore… 29 €.

Cornas 2015 « Terres Brûlées ». D’emblée le nez s’impose sur la finesse. Assemblage soigné des raisins du domaine provenant des différentes parcelles, c’est l’archétype du cornas qui vous saisit avec fermeté dans son enveloppe d’épaisseur, de densité. Longueur remarquable, les tannins sont bien là, presque trop sévères pour le moment. Laisser passer au moins 10 ans avant de goûter ce vin sur un gibier à plumes, un salmis de palombe, par exemple. 39 €.

-Cornas 2015 « Les Ruchets ». Bien décidée à imprimer son style sur cette parcelle de vieilles vignes face au levant, une vigne qui symbolise l’attachement de ses parents à Cornas, Laure Colombo a réalisé à n’en pas douter une de ses pièces maîtresses. Nez encore plus fin et pointu que le précédent, on ressent en bouche toute la force de ce terroir bien spécifique. Structure prononcée, matière et tannins en réserve, complexité, longueur, c’est un vin que l’on garde 20 ans sans craintes, pour accompagner un canard au sang ou un chevreuil avec une sauce aux truffes. En élevage, la version 2017 s’annonce majestueuse ! 67 €.

-Cornas 2015 « La Louvée ». Nez très fin et caressant, délicatement épicé, voilà une vraie cuvée « sudiste » avec son amplitude gracieuse et harmonieuse, une belle épaisseur en bouche, une force contenue et des tannins magnifiques qui se cachent en réserve. Entre 10 et 20 ans de garde selon la cave. L’agneau s’imposera ! 75 €.

À mon grand regret, l’autre grande cuvée de Laure, « Le Vallon de l’Aigle » 2015 (Cornas), n’était pas proposée à la dégustation. Vinifié uniquement dans les très grands millésimes, elle ne dépasse pas le millier de bouteilles. Il paraît que c’est quelque chose d’unique ! Environ 130 €.

Michel Smith

 


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Beaujolais 2017 : il faut en parler, Nouveau ou pas!

Je le dis de suite : j’aime beaucoup le bon Beaujolais et l’idée même du Beaujolais Nouveau. Ce moment de l’année est propice pour faire la fête, à mi-chemin entre la fin de l »été et le creux de l’hiver et cette mode de consommation rejoint celle qui fut le principe de presque tous les vins avant l’avènement des bouteilles : une boisson à boire surtout avant l’été suivant. Mais le débat sur le Beaujolais Nouveau, ses avantages et ses inconvénients, son poids dans la production de la région et ses éventuelles dérives, ne sera pas le sujet de cet article. Autant le dire de suite. Je vais plutôt vous parler de la qualité remarquable du millésime 2017 dans cette région, un millésime largement diminué en quantité, une fois de plus, par des orages de grêle particulièrement destructeurs dans certains secteurs. Pour ce faire, j’ai dégusté, le 2 novembre, 139 échantillons de vins nouveaux du dernier millésime, issus des deux appellations habilitées à produire ces vins : Beaujolais et Beaujolais Villages.

Le contexte

Il faut aussi rappeler deux ou trois choses sur le contexte qui fait souffrir cette belle région de collines. L’aire, qui comptait 23.000 hectares de vignes il y a quelques années, n’en compte plus qu’un peu moins de 17.000. Hormis les vins d’un ou deux crus, les prix sont d’une stabilité désespérante et ne permettent pas de rentabiliser le travail manuel nécessaires à des vignobles en pente et des vendanges encore très majoritairement manuelles. On a pas mal parlé ces dernières années des achats de domaines ou de maisons de négoce de la part de producteurs connus de la Côte-d’Or. Outre le fait que ces achats, en matière de vignoble, concernent presque exclusivement deux crus côtés, Moulin-à-Vent et Fleurie, ils ne suffiront pas à sauver le soldat Beaujolais, même s’ils sont évidemment les bienvenus. La rentabilité d’un vignoble constitue le nerf de sa guerre, et les parcelles en pente hors crus ne sont guère rentables aujourd’hui et donc se trouvent massivement arrachées. L’âge moyen de ce vignoble dépasse les 50 ans. Cela pourrait constituer un avantage ailleurs, mais pas pour des vins dont le prix moyen de vente est si bas, car le rendement baisse sans que le travail en soit diminué et la mécanisation n’est pas toujours possible.

La lisibilité des vins de la région n’est pas toujours idéale non plus, ce qui, à mon avis, plombe leur développement commercial. Plusieurs points sont à verser dans le débat. Premièrement, pourquoi ne pas parler du seul cépage des vins rouges, le gamay, en le mettant sur les étiquettes ? On le fait bien pour les blancs. Deuxièmement il y a trop de crus (10), pas toujours bien différenciés ni méritoires et l’on voit très rarement le terme Beaujolais sur leurs étiquettes. Ce n’est pas comme cela qu’ils peuvent espérer remonter la perception de l’ensemble. Un système plus cohérent, à mon sens, serait d’accoler systématiquement le nom du village ou du cru à la mention Beaujolais, mais sans aller à une multiplication à l‘infini des mentions. Quand on regarde les belles cartes géologiques qui ont été produites, on se rend vite compte d’ailleurs que les délimitations de crus, établies sur un plan purement cadastral, ne correspondent pas à la réalité de ce que les locaux (mais pas moi) entendent par le mot terroir, c’est à dire la pure nature géologique des sols. Entre parenthèse, pourquoi ne parle-t-on qui des sous-sols et jamais d’exposition dans ces cas ?

Le millésime 2017

Pour regarder le bon côté des choses, et malgré une récolte 2017 très déficitaire, la qualité de ce millésime me semble excellente. Sur le plan de leur goût, la grande majorité des échantillons que j’ai dégusté avait plutôt le profil de vins de semi-garde : c’est à dire qu’ils avaient bien plus d’étoffe et de structure que l’idée que nous pouvons avoir en général d’un vin primeur « classique ». Je n’hésiterais pas une seconde à conserver beaucoup de ces vins un an ou deux. Cela promets pour les vins non-primeurs à venir, qu’ils soient issus des crus ou pas.

A noter que les vins ci-dessous sont listés selon l’ordre de cette dégustation à l’aveugle, à l’intérieur de chaque sous-catégorie. Nous avons dégusté les Beaujolais avant les Beaujolais Villages, logiquement, mais j’ai trouvé certains Beaujolais aussi intenses, voire plus, que quelques Villages. C’est toujours le producteur qui fait le vin et non pas l’appellation.

 

Ma sélection de Beaujolais Nouveau 2017 (sur 74 échantillons dégustés)

Première division (***)

Pierre Dupond, non-filtré

Henry Fessy

Colin Bourisset, non-filtré

Jean Loron, Tradition Vieilles Vignes

Domaine Pierre André Dumas

Jean-Marc Lafont, Ephémère

Oedoria, Coeur d’Automne

Olivier Coquard, Nature

Deuxième division (**)

Château de l’Eclair, L 16401

Vignerons des Pierres Dorées, La Rose Pourpre

Henry Fessy, Sélection

Gilles Gelin, sans soufre (ndlr rajouté, j’imagine)

Pierre Ferraud & Fils, Cuvée d’Autrefois

Château de Nervers

Jean Loron, Tradition Tirage du Primeur

Labouré-Roi

Domaine Châtelus

Mommessin

Domaine de la Couvette

Grands Vins Sélection

Manoir du Carra

Emmanuel Fellot

Jean-Michel Dupré

Olivier Coquard, Culotte de Velours

Olivier Coquard

 

Ma sélection de Beaujolais Villages Nouveau 2017 (sur 65 échantillons dégustés)

Première division (***)

Maison Dupond, Domaine de Boischampt

Domaine du Guellat

Gilles Gelin, Le Vin des Copains

Georges Duboeuf

Oedonia, Les Granits

Domaine Gaget, Vinum Memoria

Pardon & Fils

Labouré-Roi

Domaine de Rochemure

Pascal Châtelus

Deuxième division (**)

Alain Chambard, Vieilles Vignes

Domaine de Rochemure, Les Devants

Lucien Lardy, Vignes de 1951

Manoir du Carra, Parcelle 505 Vieilles Vignes

Louis Tête

Domaine des Nugues

Jérôme Lacondemine

Château de l’Eclair

Pierre-André Dumas, cuvée Aurélie Durnerin

Club des Sommeliers

Pierre-André Dumas

Domaine de Croifolie

Henry Fessy, Tradition

Pierre Ferraud et Fils

Henry Fessy

Quelques commentaires sur ces résultats

Il faut constater une remarquable régularité dans la qualité des vins de certains producteurs qui ont placé plusieurs échantillons parmi cette sélection de bons et de très bons vins. Tout le monde n’a pas envoyé deux ou trois cuvées, mais je pense à Henry Fessy, Pierre Ferraud, Domaine de l’Eclair, Jean Loron, Pierre-André Dumas, Gilles Gelin (avec aussi le Domaine de Rochemure), Olivier Coquard ou Labouré-Roi. Certains de ces noms constituent une surprise ou une nouveauté pour moi, et tant mieux. La dégustation à l’aveugle a cet avantage énorme de permettre cela, et cela aide aussi à éviter toute forme de préjugé éventuel à l’égard de tel ou tel type de structure : il y a des négociants et des propriétaires présents à parts égales parmi ces bons vins. Autres noms de producteurs dont j’aime régulièrement beaucoup les vins, ne figurent pas dans cette liste. Je pense à Pierre-Marie Chermette, qui avait pourtant deux échantillons parmi les vins dégustés. Je m’interroge sur cela.

Les couleurs des vins étaient bien intenses, signe probablement d’une petite récolte avec une belle maturité. Je ne juge nullement les vins par l’intensité de leur robe (ou l’inverse), mais il y avait un paradoxe amusant dans le fait que le vin le plus pâle parmi ces 139 vins était produit par un producteur qui porte le nom de Domaine de l’Anthocyane !

Buvez du Beaujolais Nouveau dès le 16 novembre et faites une fête à ses vins délicieux !

David Cobbold

 

 


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22 rouges du Roussillon à la conquête du marché belge

Ce jeudi, à Bruxelles, se tenait une dégustation de 22 vins rouges (secs) du Roussillon ; avec comme dénominateur commun, le fait qu’ils ne sont pas encore importés en Belgique, ou seulement très localement. Le Bureau d’Information des Vins du Roussillon avait justement organisé cette session pour les présenter à des importateurs potentiels. Certains des professionnels présents semblent déjà avoir trouvé chaussure à leur pied – quant aux absents, comme toujours, ils ont eu tort…

Les importateurs belges au travail (Photo (c) H. Lalau 2017

A noter que toutes les AOC de rouges secs de la région étaient représentées – Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages avec ou sans mention de commune, Maury sec et Collioure, ainsi que l’IGP Côtes Catalanes.

Voici mes préférés (et ils sont nombreux):

Dom Brial Côtes du Roussillon Cuvée Crest Petit 2013

Domaine Vaquer Côtes du Roussillon Les Aspres Cuvée Epsilon 2014

Domaine Madeloc Collioure Cuvée Serral 2014

Domaine Piétri-Géraud Collioure Cuvée Sine Nomine 2015

Vignobles du Terrassous Cuvée Villare Juliani 2015

Mas Cristine Côtes du Roussillon 2015

Domaine Piquemal Terres Grillées 2015

Château Moléon Côtes du Roussillon Villages Caramany 2015

Domaine des Schistes Côtes du Roussillon Villages Tautavel La Coumeille 2015

La Coume du Roy Carignan IGP Côtes Catalanes 2016

Quelques flacons parmi ceux présentés à Bruxelles (Photo (c) H. Lalau 2017

 

Plus qu’encourageant

Au-delà de ce palmarès personnel, plutôt flatteur (10 vins retenus sur 22, c’est plus qu’honorable), je soulignerai la bonne qualité d’ensemble des vins proposés, et ce, sur tous les millésimes – l’échantillon comprenait une majorité de 2015 et de 2016 – deux beaux millésimes, mais aussi des 2014, des 2013 et un 2012, qui n’a d’ailleurs pas démérité.

Deux (grandes) satisfactions : primo, le nombre de cuvées alcooleuses, sèches, trop extraites et/ou trop boisées est en nette diminution; secundo, on trouve déjà de très beaux vins à tout petit prix (6 euros pour le Château Moléon, par exemple, c’est un vrai prix d’ami).

Une surprise: la forte présence des Collioure dans ma sélection, et plus globalement, parmi les vins que j’ai le plus appréciés. Non que cette appellation m’ait jamais déplu, mais ce jeudi-là, tous les Collioure présentés (ils étaient quatre) m’ont vraiment séduit – il était d’autant plus difficile pour moi de les départager.

Une remarque: il est encore nécessaire d’expliquer qu’il y a des Maury Secs. Pour certains importateurs belges, Maury égal VDN. Un point c’est tout. A leur décharge, bon nombre de consommateurs le pensent aussi – c’est que la petite notoriété de cette appellation s’est d’abord faite sur le doux. Il faudra encore travailler pour dissiper cette confusion.

Un (petit) regret, enfin: deux cuvées étaient bouchonnées. Regrettablement, totalement et irrémédiablement. Cela peut paraître anecdotique, mais deux sur 22, c’est énorme. Au risque de me répéter, nos amis Roussillonnais ont-ils pensé à la capsule à vis ?

Hervé Lalau

 


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De beaux vins de Croatie et une petite interrogation sur le goût

Au détour d’un récent travail à Vienne (Autriche) j’ai pu déguster, lors d’un salon organisé par l’antenne locale de GaultMillau, une sélection très bien faite de vins de la Croatie, pays invité à ce salon dédié surtout à la cuisine mais qui incorporait aussi bon nombre de vignerons, à commencer par ceux d’Autriche bien entendu (magnifique Brut de Brundlmayer, dégusté pour la deuxième fois cette année et qui égale des grands champagnes). Les vins d’un des producteurs croates présents m’ont posé question, malgré ce qui semble être un certain engouement pour ces vins. Et cet engouement, en retour, me pose une autre question. Voyons cela d’abord par la dégustation, puis viendra le temps d’une interrogation autour du goût et ce qui peut l’influencer.

Les producteurs de la Croatie présents à ce salon venaient des trois principales régions viticoles du pays : l’Istrie, la Dalmatie et la Slavonie. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas bien le pays, la carte démontre que les deux premières régions sont côtières et la troisième est plus fraîche, pluvieux et continentale. Des deux régions côtières, l’Istrie est lié historiquement au nord-est de l’Italie et a un climat qui subit des influences variées venant aussi bien des Alpes que de l’Adriatique, tandis que la Dalmatie, plus au sud et qui comporte de très nombreuses îles mais aussi une partie continentale, à un climat nettement plus chaud et franchement méditerranéen. Des différences dans les encépagements sont le reflet des ces trois climats.

Pour la Slavonie d’abord, les représentants étaient au nombre de deux. Du très connu Krauthaker, j’ai bien aimé le Graševina (nom du cépage), fin, fruité et à la belle texture lisse. Un Sauvignon Blanc très correcte et un Chardonnay moins intéressant complétaient la gamme présentée., mais j’ai déjà dégusté d’excellent liquoreux de ce producteur. Le producteur Galić m’était inconnu auparavant mais trois des quatre vins présentés m’ont bien plu : Graševina, Sauvignon Blanc et un assemblage nommé Bijelo 9 (bijelo signifie blanc). Tous les vins mentionnés valent entre 10 et 15 euros, ce qui est raisonnable.

Les chais en Croatie peuvent être d’une parfaite modernité : ici celui de Kozlovic en Istrie

Istria avait le plus grand nombre de producteurs représentés : six. Du producteur Clai, je n’ai pas du tout aimé le Brut Nature et je pense qu’il fait trop chaud dans cette région pour produire de bonnes bulles. Mais leur Malvazija, dans un style un peu à part du à une longue macération, est une réussite par sa richesse et sa belle complexité aromatique avec cette fermeté finale aux beaux amers induit par cette technique de vinification. Cela ne plaira pas à tout le monde mais c’est bien fait dans ce genre.

Kozlović présentait ce qui fut pour moi le plus beau Malvazija 2016 entrée de gamme que j’ai dégusté ce jour, car il réussit à en capter la finesse aromatique ainsi qu’une belle rondeur et une texture suave, sans en perdre la fraîcheur. Très bon et seulement dans le 10 euros. Mais le clou de la gamme présentée était sans aucun doute la cuvée Santa Lucia Malvazija 2015 (environ 22 euros). C’est un vin glorieux, très raffiné, suave et long. J’aimerais bien le comparer un jour avec de très beaux blancs d’ailleurs. J’avais un peu plus de mal avec leur Teran 2016, qui combine une certaine rusticité par ses tanins avec une forte acidité qui ne fait que les durcir. Ce n’est pas un cépage très aimable il me semble, bien qu’ayant un fort potentiel dans des versions plus travaillées en élevage ou assemblé avec un cépage plus fruité. Cela fut prouvé par leur cuvée Santa Lucia Noir 2013, qui assemble Merlot, Cabernet Sauvignon et Teran, lui donnant à la fois de l’ampleur, du fruit et de la longueur, sans aucunement retirer l’impression de précision apportée par le Teran. Meneghetti a produit un Malvasia très décent en 2016, ainsi qu’un autre blanc appelé Kuća Glavić issu d’un autre sorte de Malvasia, appelé Dubrovaska, et qui est très aromatique dans la veine d’un Viognier. Vin fin et frais aussi. Mais leur meilleur blanc s’appelle simplement Meneghetti White 2015 et assemble Chardonnay et Pinot Blanc avec un élevage de 18 mois en demi-muids. Très fin, vibrant et presque austère. A l’aveugle on ne trouverait pas un climat aussi sudiste je pense. Très belle longueur aussi. Le version rouge, appelé Meneghetti Red 2016, aura besoin de quelques années de garde mais sa belle finale est prometteuse. Le producteur Matosević est l’auteur d’un très joli Malvazija 2016, ainsi qu’une version très intéressante (Robinia Malvazija 2014) vieillie en barriques d’acacia : je trouvais que cela lui donnait une texture légèrement huileuse et de jolies amertumes en finale. Un producteur que je découvrais à cette occasion est Coronica, et son Gran Malvazija 2015 (18 euros) était un des meilleurs blancs dégusté ce jour. Ses 12 mois passés en demi-muids de 600 litres lui a donné de l’ampleur sans nuire à l’expression du fruit. Acidité et amertume sont en harmonie. Un beau vin, ainsi que son Gran Teran 2013 (22 euros), patiné par un élevage bien dosé qui a calmé les tanins, donnant un ensemble aussi juteux que frais et précis. Je vais laisser le plus singulier des producteurs istriens (Roxanich) pour la fin car ses vins soulèvent d’autres questions.

Pour lire une étiquette de Stina (très belle graphiquement parlant), il faut tourner le flacon

Nous passons donc en Dalmatie, région qui possède aussi une belle gamme de cépages autochtones intéressants dont le Tribidrag, aussi connu en Californie sous le nom de Zinfandel et aux Pouilles sous le nom de Primitivo. Mais également, en rouge, le Plavać Mali, un descendant du Tribidrag, et les blancs Pošip et Gegić, par exemple. 4 producteurs furent représentés de cette région. Le vin le plus marqué par le climat chaud de l’Adriatique et par son site, qui est un vignoble très pentu qui plonge vers la mer, était certainement le Saints Hills Dingać 2013, un pur Plavać Mali (Dingać étant le nom du vignoble). Le nez est fin, pas dominé par son élevage, exprimant des notes intenses de cerises et de prune dans un bel élan chaleureux. Un vin puissant qui mériterait une attente (25 euros).  Un bon Plavać Mali Su Roko 2015 aussi, plus abordable à 15 euros. Stina, sur l’île de Brać, avait la gamme la plus convaincante parmi les exposants dalmatiens présents, même si j’ai dégusté de beaux vins chez d’autres. J’ai beaucoup aimé son vibrant Tribidrag 2015, aux arômes de garrigue et au fruité délicieux, mais les deux cuvées de Plavać Mali dégustées, ainsi que celle de Pošip, sont aussi bien réussies. Prix aussi entre 15 et 25 euros, selon la cuvée. Du producteur Boškinac, sir l’île de Novatja, j’ai beaucoup aimé la cuvé Ocu 2015, avec le cépage Gegić et issu d’une vendange tardive et d’une longue macération. Excellent vin qui allie intensité et finesse, mais un peu cher à 50 euros peut-être. Rizmann est un domaine plus récent qui se situe sur le continent et un peu en altitude. Cela, combiné à des sols très calcaires, donne un accent plus frais à ses vins. Son meilleur pour moi était la cuvée Nonno 2016, fait de 85% de Pošip et le reste en Chardonnay : long, ample et puissant mais dont les jolis amers donne un bon équilibre (prix raisonnable à 15 euros). C’est un producteur posé mais passionné et je pense que l’avenir lui sourira.

Petit retour vers l’Istrie pour des vins qui mérite un débat. Mladen Roxanich a une allure actuelle marquée par la mode hipster et ses vins semblent bien plaire à cette catégorie de personnes qui aiment tout ce qui est conforme à leur mode, et, en même temps, tout ce qui les situent à part des autres. C’est le propre, semble-t-il, des amateurs de vins dits « nature ». Avec son style très marqué par l’oxydation, par l’acidité volatile et par une extraction assez puissante due à de longues macérations, sans parler de vieillissements prolongés, ce ne sont évidemment pas des vins pour tous les palais. Quant aux prix, ils sont aussi relativement élevés. Mes avis sont quand-même partagés selon les cuvées, dont une m’a bien plu. D’abord il est intéressant de déguster des vins plus âgées, car Roxanich présentait des vins de 2008, 2009 et 2010. Mais, dans le cas de son Teran 2008, des tanins rustiques restent rustiques même après 9 ans ! Le vin de Roxanich que j’ai beaucoup aimé s’appelle Inès in White 2009. Il fait appel à sept cépages blancs différents issus d’une même parcelle et est vinifié dans des foudres avec 2 mois de macération sur les peaux. Sa couleur est bien ambrée et le nez puissant évoque le fruits confits, les fruit en alcool et la marmelade d’orange amer. Aidé par une forte volatilité, il dégage une formidable puissance et a beaucoup de complexité (25 euros environ). Je pense qu’on peut tenter le coup avec un curry ! Les autres vins sont un peu « too much » pour moi car les défauts prennent le pas sur les qualités. Je n’aime pas être agressé par un vin et là, c’est souvent un assaut frontal ! Du coup, je me pose des questions sur les palais de ceux qui adorent ces vins-là car un des vins de Roxanich fut élu meilleur vin du salon par le jury Gault Millau, et je ne crois pas que c’était celui que j’ai aimé.

David Cobbold