Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Rhône-sud: le Plan et le Massif sur la voie du Cru (III)

Voilà deux Côtes du Rhône Villages – avec mentions géographiques, faut-il le préciser – déjà bien en place, deux Villages qui font le bonheur des explorateurs de bons vins en même temps qu’ils font honneur à leurs terroirs. Pour continuer ma série en beauté, nous avons là, avec le Plan de Dieu et le Massif d’Uchaux, deux appellations qui à mon humble avis sont en train de se forger une belle réputation parmi les amateurs de vins du Rhône méridional. Ce que je dis est purement gratuit et n’enlève rien à la valeur des Gadagne ou autres Puyméras mentionnés dans mon précédent article. Sans oublier Signargues, que j’explorerai pour vous jeudi prochain,  lors de mon dernier article sur le sujet des nouveaux villages qui se donnent des airs de crus.

Sont ils faux ou sincères ces villages-crus ? Les prétentions de leurs vignerons sont-elles justifiés ou abusent-ils bassement de la situation ? Usent-ils de leurs réelles valeurs ou de leurs bonnes relations politiques ? Comme toujours, ce seront les consommateurs qui auront les derniers mots : ils diront plus tard si, comme Vacqueyras ou Vinsobres avant eux, ils ont vu justes. Pour ma part, j’ai goûté ces vins non pas à l’aveugle, mais en allant de stand en stand et en priant à chaque fois le vigneron pour qu’il ne me récite pas sa fiche technique avant que je puisse tremper mon nez et mes lèvres dans son vin. Il va sans dire que tous les producteurs n’étaient pas exposants à Découvertes en Vallée du Rhône. Il y aura donc des absents dans ce qui suit… Dans la plupart des cas en cliquant sur le nom du domaine, vous aurez accès à son site Internet.

Photo©MichelSmith

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Plan de Dieu, j’y crois !

Une ancienne et vaste garrigue aujourd’hui colonisée par la vigne mais autrefois de si mauvaise réputation que, pour la traverser, il fallait s’en remettre à Dieu ! Du moins, c’est ce que dit la légende. Ce plateau uniforme et plat de 1.500 ha survolé de temps à autre par les jets de la base aérienne d’Orange, a pour originalité d’être recouvert d’un amas de gros galets roulés sur une épaisseur de 10 mètres. Ils reposent tantôt sur une couche d’argile bleue, tantôt sur des safres gréseux, socles qui heureusement maintiennent la fraîcheur et attire de ce fait les radicelles de la vigne qui sans cela auraient du mal à produire tant ce lieu peut devenir fournaise en été. Outre le Grenache, on y trouve aussi le Mourvèdre attiré par la chaleur des lieux, mais aussi la Syrah, le Carignan, la Counoise, le Picpoul, le Terret… L’appellation célèbre tout juste ses 10 ans et le secteur a toujours attiré les négociants les plus exigeants. Le Plan de Dieu concerne les communes de Jonquières, Camaret-sur-Aigues, Violès, Travaillan, toutes du Vaucluse. Décrétée en 2004, avec effet rétroactif pour le millésime 2003, elle rassemble une trentaine de domaines, dont certains assez importants. Autre originalité : elle est dirigée par un binôme de présidents enthousiastes, Alain Aubert et Hugues Meffre. Seuls huit domaines s’exposaient à Découvertes en Vallée du Rhône.

Domaine Le Grand Retour

Repris en 1999 par les Domaines André Aubert, cette vaste propriété de 150 ha nous donne un 2012 (60% Grenache, 30% Syrah et reste Mourvèdre) au nez fin et sans grande manifestation en bouche en dehors d’une structure d’apparence légère et des tannins souples. Le 2013 est un peu plus frais et long confirmant un bon « niveau villages » pour un prix qui va avec : 6,50 € départ cave.

Cave Les Coteaux du Rhône

Crée en 1926 et basée à Sérignan-du-Comtat, la cave regroupe 180 viticulteurs dont quelques uns sur le Plan de Dieu. Leur cuvée Panicaut 2012 pourrait aussi bien revendiquer la simple appellation Côtes-du-Rhône tant elle manque de précision et de définition. L’acidité se fait sentir et l’intensité du fruit est très moyenne. Grenache à 60% et Mourvèdre pour compléter.

Domaine Rose-Dieu

Damien Rozier, jeune vigneron de Travaillan, fait honneur à son appellation avec un 2012 à la fois plein, dense et épais, capable de tenir encore en cave 4 à 5 ans. Tannins présents mais fins. Grenache en majorité, puis Syrah et Mourvèdre avec un élevage en barriques. Le domaine ne compte qu’une dizaine d’hectares. Un bel investissement pour un peu moins de 7 € la bouteille départ cave.

Photo©MichelSmith

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Domaine des Pasquier

Basé à Sablet, ce domaine de 85 ha en travaille près de la moitié sur le Plan de Dieu. Leur 2012, prêt à boire, se présente sous de bons auspices (joli nez complexe de gibier à plumes, de truffe et d’épices), avec une attaque plutôt souple et aimable et une petite fraîcheur qui tient jusqu’en finale. Majorité de Grenache avec 35% de Syrah et 10% de Mourvèdre. 8,50 € départ cave.

Château La Courançonne

Ce domaine de Violès couvre 70 ha de vignes dont 50 % sur le Plan de Dieu et une bonne part (85%) acheté par le négoce local, ce qui est loin d’être un mauvais signe quand on connaît les noms des acheteurs. Le 2012 Gratitude s’intéresse aux plus vieux Grenaches (40%) mais se partage le reste à égalité entre Mourvèdre et Syrah. Le nez est encore sur la réserve et l’on ressent une présence affirmée en bouche avec une nette fermeté. Plénitude et harmonie en dépit d’une légère amertume qui ne choquera pas certains palais. 8,70 € départ cave.

Photo©MichelSmith

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Domaine de l’Arnesque

Propriétaire aussi en Châteauneuf-du-Pape au lieu-dit de L’Arnesque, le domaine possède un vignoble sur le Plan de Dieu avec des vignes que l’on peut qualifier de « vieilles ». Le seul domaine à présenter un 2011, j’avoue le trouver très évolué et sans grand intérêt. Prêt à la mise, on me présente le 2012 plus frais, d’une certaine densité s’achevant sur une finale peu enthousiaste. Proposé à 8,50 €, le vin est très Grenache (65%), complété par 20% de Syrah, 10% de Mourvèdre et 5% de Carignan.

Duvernay Vins Millésimes

Négociant à Châteauneuf-du-Pape, cette maison centenaire propose des vins sur presque tous les crus rhodaniens. Un seul Villages est sur la liste et c’est le très Grenache (75 %) Plan de Dieu que je goûte dans sa version 2012. Dès le nez on sent l’amour du travail bien fait. C’est copieux, dense et tannique avec des notes de cuir un peu « vert » qui réclame que ce vin séjourne encore quelques années en cave.

Domaine Lucien Tramier

Le plus beau 2012 goûté sur cette appellation : superbe éclat en bouche, beaucoup de densité, de fraîcheur et de gourmandise sans parler de tannins fort civilisés. Ce domaine de Jonquières privilégie les vieilles vignes de Grenache (70%) et de Syrah avec de longues macérations et un élevage de 10 mois en barriques. À 7 € départ cave, voilà une belle affaire !

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Massif d’Uchaux, c’est chaud !

Les amateurs bien informés fondent beaucoup d’espoir dans cette appellation désormais bien établie depuis son décret paru en 2005. Situé au nord d’Orange et de Châteauneuf-du-Pape, le massif est en fait un îlot rocheux assez boisé composé de grès et de sables siliceux où la vigne s’étage jusqu’à 250 mètres d’altitude ce qui tempère un peu mon titre. Disons pour résumer que les vins sont souvent assez chaleureux, mais qu’heureusement l’altitude vient renforcer la matière en fraîcheur et en fruit. «Ici, le système racinaire est obligé de se frayer un passage, d’où une montée de sève très longue favorable à la concentration et à la minéralité», explique notre géologue Georges Truc, fervent lecteur des 5 du Vin.

Une vingtaine de domaines, dont certains très connus, occupe le territoire viticole en compagnie de trois caves coopératives, celles de Sérignan-du-Comtat, de Sainte-Cécile-les-Vignes et de Rochegude qui comptent pour un tiers de la production. Entre 250 et 300 ha de vignes sont concernées par l’appellation, mais le potentiel est estimé au double sur les communes vauclusiennes de Lagarde-Paréol, Mondragon, Piolenc, Sérignan-du-Comtat et Uchaux. Comme pour le Plan de Dieu, deux présidents veillent au grain, Arnaud Guichard et Éric Plumet.

Georges Truc et les deux présidents du Massif d'Uchaux. Photo©MichelSmith

Georges Truc et les deux présidents du Massif d’Uchaux. Photo©MichelSmith

Domaine Vincent et Dominique Baumet

Basé à Rochegude, les Baumet exploitent 35 ha dont la moitié va à la coopérative. Ils ne vinifient que 10 % de leur production en Massif d’Uchaux. Équilibré, un 2010 (55% Grenache, 40% Syrah, reste Carignan) se goûte sans difficulté associant fraîcheur discrète et souplesse de bon aloi. Un 2012 goûté en magnum se boit facilement et n’affiche pas réellement une grande idée de ce que l’on pourrait atteindre au sein d’un cru. Environ 14 € départ cave, 47 € pour le magnum, une cuvée spéciale.

Cave Les Coteaux du Rhône

Déjà cité plus haut pour son Plan de Dieu, la version Massif d’Uchaux de cette cave coopérative me déçoit une fois de plus. Il s’agit d’un 2013 Arbouse qui affiche pas mal de dureté en bouche ainsi qu’un manque de fond. La cave revendique la plus grosse production du Massif d’Uchaux avec 29 ha que se partagent ses adhérents.

Domaine Saint-Michel

Magali et Bertrand Nicolas sont entourés de pins, de chênes verts et de genêts sur un domaine planté de 20 ha de vignes, dont 4 ha consacrés au Massif d’Uchaux. Leur cuvée générique 2011, un tantinet rustique, se présente dans un registre simple et facile, sans charme particulier.

Domaine de la Guicharde

Sur Mondragon, ce domaine est certifié en biodynamie à partir du millésime 2013. En attendant, le 2012 Genest (2 ans d’élevage en cuve), 60% Grenache, Syrah pour le reste, offre une belle vivacité, de la densité et une matière chaleureuse. Ouvert la veille, le 2011 se fait plus facile d’approche. Environ 13 € départ cave.

Château Simian

Propriétaire à Câteauneuf-duPape, la famille Serguier possède 26 ha de vignes dont 4 ha en Massif d’Uchaux, sur Piolenc. Leur cuvée Jocundaz 2013, 70% Grenache complété par la Syrah, offre une belle densité en attaque, une puissance chaleureuse avec heureusement un fruité qui vient rafraîchir l’atmosphère et une impression de minéralité en finale. Un bel achat à 10 € la bouteille départ cave. Un autre 2013, cuvée La Louronne, vinifiée à partir de vieux Grenaches, est plus sur la complexité avec un nez composite (herbes sèches, tabac, menthe sauvage…), de la souplesse en bouche, beaucoup de chaleur, un beau développement et une finale sur le fruit cuit (15 €). Une valeur sûre.

Domaine La Cabotte

En biodynamie (certifié en 2007), également propriétaires en Châteauneuf-du-Pape, Marie-Pierre Plumet et son mari, Éric, vinifient 3 cuvées en Massif d’Uchaux. Goûtée en 2013, la cuvée Garance (50% Grenache, le reste partagé à égalité entre Syrah et Mourvèdre) annonce un grand vin. Nez poivré et truffé, bouche droite tout en étant envoûtante et chaleureuse, joli fond de fruit, harmonie, élégance et longueur, tout y est au prix de 12 € départ cave. Un peu plus chère (15 €), la cuvée Gabriel 2012, moitié Grenache, moitié Syrah (cette dernière éraflée), propose un nez sur la finesse et une bouche plus arrondie, plus grasse, avec une belle présence fruitée. On sent le vin bien assis sur son socle (ici de la lauze blanche calcaire) après un élevage de 16 mois dont un tiers en demi-muids d’occasion.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Domaine des 5 Sens

Basé à Rochegude, ce domaine de 50 ha met la totalité de son vin en bouteilles et ce qui est déclaré en Massif d’Uchaux représente 15% de sa production. La cuvée 2012 La Vue offre un assez joli nez épicé, mais le vin en bouche, en dépit de quelques tannins sympathiques et d’un fruité affirmé, n’en reste pas moins plutôt légère , voire simplette. Un peu plus de 10 € départ cave.

Château d’Hugues

Avec 6 ha en culture dite « raisonnée », la cuvée 2012 présentée par le chef de culture Grégory Payan affiche un nez assez minéral sur une robe pas très soutenue. Mais le vin est dense, serré, très puissant, très long en bouche aussi, avec des tannins bien présents. Le 2009, nez fin et légèrement fumé, offre de l’amplitude en bouche, de la fraîcheur, mais des tannins un peu secs en finale. Le 2004 est tendre, toujours bien marqué par le fruit et élégant sur toute la ligne !

Domaine Crôs de la Mûre

Entre Uchaux et Mondragon, Éric Michel, rejoint par sa sœur Myriam, cultive son domaine de 17 ha en biologie. Près de la moitié de la superficie est classée en Villages Massif d’Uchaux, donnant notamment un 2011 au nez fin et accrocheur, un peu austère en bouche, mais tout de même bien équilibré avec une finale en douceur où le fruit mûr ressort très bien. Élevé en cuve béton, il s’agit d’un assemblage aux trois quarts Grenache associé au Mourvèdre avec un peu de Syrah. 15 € départ cave.

Château Saint Estève d’Uchaux

En biologie depuis 2006, ce domaine s’étend sur 45 ha de vignes, dont près de la moitié classée en Massif d’Uchaux. Une cuvée « générique » à 60% Grenache (le reste en Syrah), se goûte bien en 2012 avec un joli nez fin de garrigue, une certaine souplesse et de petits tannins légers, sans oublier de la fraîcheur en finale et une bonne longueur (8,50 €). Une Grande Réserve 2011 (9,70 €), majorité Grenache avec 40% de Syrah est toujours dans le registre de la finesse au nez, de la densité et de la structure en bouche, un côté imposant contrecarré par une belle fraîcheur et de la longueur. Une autre cuvée Vieilles Vignes goûtée en 2011 et 2012, ne manque pas d’intérêt.

Domaine de la Renjarde

Propriété sœur du Château La Nerthe à Châteauneuf avec le Prieuré de Montezargues à Tavel, La Renjarde s’étend sur 54 hectares travaillés en bio. Le Villages Massif d’Uchaux 2012, commercialisé entre 8 et 9 € selon les sources, a été tirée à 120.000 exemplaires. La bouche est élancée, bien droite, laissant place à une superbe matière ponctuée de notes salines avec une légère amertume en finale et des tannins grillés.

Michel Smith

 

 

 

 

 

 

 

 


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2014 en primeur? No thanks I’ll lunch instead @Les Belles Caves (Tours)

Les Belles Caves

Les Belles Caves

Last week Les 5 gave a substantial sign our collective good sense – none of us were in Bordeaux for the annual en primeur madness.

Many acknowledge that late March/early April after the vintage is too early to assess wines that will not be bottled for around another 18 months. Furthermore there is little guarantee that the blends tasted this last week will be the final blend. Indeed it would be strange if the definitive blend was decided this early.

Despite these well-founded doubts thousands of merchants, consultants and journalists descended on Bordeaux to taste the 2014. Many will have spent the Easter weekend writing up the hundreds if not thousands of tasting notes they took aiming to publish as soon as possible. Tasting notes are always a snap shot but these notes on unfinished wines are even more transitory than usual.

With Robert Parker now opting out of tasting en primeur, there is an added incentive for leading critics signed up for the 2015 Parker Handicap Chase to get their notes out as early as possible to have a chance of moving up the pecking order.

Christian Seely of Pichon-Baron reported that over last week he had well over 2000 visitors at the château. Surely another insanity! All these merchants, journos rushing up and down the Médoc and across to Saint-Emilion – driving trying to keep up to their crowded appointment agenda. How many litres of fuel wasted in a week?

Anyone putting together a sensible programme would arrange for all of the en primeur wines to be tasted centrally in Bordeaux thus drastically curtailing the amount of driving. Of course this won’t happen. The reverse is the case with more and more châteaux opting to oblige tasters to make appointments to taste at the château. You can see why this is so attractive to the châteaux. Impossible to taste blind and an opportunity to impress with their new stunning tasting room, new cuverie etc.. No point splashing the cash if no one notices…

All this for an en primeur system that has recently served the ultimate consumer or investor badly as Will Lyons has shown in The Wall Street Journal. A process that has thinned people’s wallets as efficiently as a 24-year Bromley scamster:

‘Let’s run through the numbers. Figures from Liv-ex, the London International Vintners Exchange, show that Château Lafite Rothschild 2010 was released at a price of £12,000 for a case of 12 bottles. Today it is trading at £5,600—a loss of 53%, or £6,400.’ More here.

Instead of Bordeaux we opted instead to have Wednesday lunch to the fine Bistrot des Belles Caves in central Tours, one of Jacky and Joelle Blot’s businesses. In Touraine there are many three-course weekday lunches for between 10-12 €. Two courses at the Bistrot des Belles Caves costs 18€ with three-courses 24€. The difference being that the cooking at the Bistrot is very good with an amuse bouche included. Six euros more for fine dining. Not that a basic menu can’t be fun and good value. Rather that six euros moves the whole experience up a number a notches.. Furthermore the wine list is extensive and excellent – strong, of course, in the Loire but also Burgundy.

Bistrot 4 Bordeaux 0

The brilliant 2009 Vendanges Entires from Vincent Pinard.

The brilliant 2009 Vendanges Entières from Vincent Pinard.

The fine first course featuring an oeuf mollet

The fine first course featuring an oeuf mollet

Anita's salmon

Anita’s salmon

Chicken with spring vegetables

Chicken with spring vegetables

My very good entrecôte cooked just I ordered.

My very good entrecôte cooked just I ordered.

J-Elvis1


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Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 


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Côtes du Rhône Villages : Glorieuses #Découvertes !

Il y a quelques semaines, je me suis offert un break, pardon, une coupure.

C’était en Vallée du Rhône, région que je fréquentais jadis (il y a plus de 30 ans, déjà…) au temps de mes premiers pas dans le vin avec, il faut bien le dire, bien plus d’assiduité qu’aujourd’hui. J’y descendais souvent le plus naturellement du monde depuis Paris : Vienne, Tournon, Saint-Péray, Valence… la RN 89 n’avait alors plus de secrets pour moi et sur l’étroit espace qu’offrait le parking de Guigal, il y avait toujours une place de libre pour le visiteur, même sans rendez-vous ! Quant à Michel Chapoutier, aujourd’hui grand manitou de la région, je me souviens encore de son sourire un brin narquois lorsqu’il était au garde à vous dans le bureau Empire de son père, Max, et qu’il semblait nous dire : « J’en n’ai pas l’air comme ça, mais j’ai de grandes idées en tête. Vous allez voir, un de ce quatre, vous entendrez parler de moi » !

Michel Chapoutier, aujourd'hui Président d'Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Michel Chapoutier, aujourd’hui Président d’Inter Rhône. Photo©MichelSmith

Cette partie septentrionale du couloir rhodanien, notre ami Marc s’y est attardé pour lui consacrer plus d’un article ces derniers temps. Tandis qu’il s’adonnait à la Syrah, au Viognier, à la Marsanne et à la Roussanne, je peaufinais de mon côté ma carte du Sud, histoire de m’offrir, grâce à la complicité d’Inter Rhône, trois jours de dégustations en Avignon à l’assaut des « Villages Crus » (appellation qui m’est propre) de la partie méridionale des Côtes du Rhône. Le tout dans le cadre de Découvertes en Vallée du Rhône, une bien nommée manifestation professionnelle entrecoupée en nocturne d’escapades diverses, variantes désormais qualifiées de off, histoire peut-être de coller à la réputation festivalière de la cité.

L'ami Marc Vanhellemont, dans les salons d'Avignon en compagnie d'un collègue belge. Photo©MichelSmith

L’ami Marc Vanhellemont, dans les salons d’Avignon en compagnie de Johan de Groef, son collègue belge d’In Vino Veritas. Photo©MichelSmit

Arrivé en Avignon, pour cette série de trois articles au moins, mon modus operandi est simple : par discipline, mais aussi par nécessité, il faut bien se fixer un programme, ne pas partir dans tous les sens comme un chien fou ce qui aurait pu m’arriver vu que nous avions des milliers de vins à notre disposition. Pour être efficace, j’ai négligé les clochers déjà embarqués dans un premier train qualitatif depuis la fin des années 60, comme celui des Côtes du Rhône Villages avec noms de communes que sont Séguret, Sablet, Cairanne, Roaix, Visan, Saint-Maurice, Saint-Gervais, Laudun ou Chusclan (voir la carte officielle), pour ne citer que ceux-là.

J’ai négligé aussi les villages passés crus à part entière comme Rasteau et Beaumes-de-Venise (qui l’étaient déjà avec leurs VDN), Vacqueyras, Vinsobres, Gigondas, crus qui tous briguent peu ou prou la notoriété d’un Châteauneuf-du-Pape.

Dans les murs d'Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Dans les murs d’Avignon, des milliers de vins à déguster ! Photo©MichelSmith

Pour mieux cerner les choses et déguster sereinement, j’ai décidé de me concentrer sur les petits nouveaux, ces presque crus, comme je les appelle sans aucun mépris. Il s’agit de zones consacrées depuis une dizaine d’années, pour certaines, entre 2005 et 2012, par une appellation Côtes du Rhône Villages « avec dénomination géographique ». Ils ont pour noms Puyméras, Signargues, Massif d’Uchaux, Gadagne et Plan de Dieu.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Car il convient toujours de se méfier des excès en matière de vin. Bien souvent, une zone qui veut monter d’un cran sur l’échelle de la qualité va, à mon sens, bien trop vite. Et brûle les étapes en quelque sorte. Ne devient pas cru qui veut et il ne suffit pas de baguettes magiques pour y arriver. Trop souvent, on pense que monter d’un niveau permettra de vivre mieux en vendant le vin plus cher. Avant, on devrait se poser la simple question : sommes-nous capables de viser plus haut ? Est-ce que nous sommes prêts à nous forger une discipline, à faire des sacrifices, à nous imposer des règles strictes sous la forme d’un très exigeant cahier des charges ? C’est ainsi qu’il y a des crus communaux récemment sacrés (je ne les nommerai pas par charité chrétienne) qui n’arrivent pas à la cheville de crus déjà installés comme Gigondas, ou même Lirac, l’un sacré en 1971, l’autre en 1947. Ils restent tout simplement à un niveau Côtes du Rhône Villages et on se demande comment on a pu faire, à moins d’un appui politique très efficace, pour les pousser aussi vite vers le star system. Je voulais voir, plutôt sentir, s’il en était de même avec ces fameux et récents wagons à « mention géographique » qui composent le majestueux train de la Vallée du Rhône. Sont-ils aptes vraiment à se positionner face au grand portillon du paradis ?

Les méandres du vin font penser à ceux des malades des ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmithLes méandres du vin font penser à ceux des calades dans les ruelles de la Cité des Papes. Photo©MichelSmith

Mais avant toute chose, contrairement à ma réputation de mauvais coucheur, il me faut procéder à un coup d’encensoir. Tout arrive, et pour une fois, je ne ronchonnerai pas… Croyez-moi si vous le voulez, mais rarement la France viticole est capable de nous offrir des moments où tout se passe bien du début à la fin, où l’on a l’impression de travailler dans un lit de pétales de roses (a bed of roses), où tout est mis en œuvre pour que l’on puisse déguster dans d’idéales conditions. La dernière fois, c’était à Bandol en Décembre dernier. Cette fois-ci, en Avignon, les responsables d’Inter Rhône se sont montrés parfaits !

Un tel accueil, une telle opportunité, un tel professionnalisme sera difficile de rencontrer ailleurs. Peu souvent en effet une région viticole est en mesure d’organiser un événement aussi bien huilé qui satisfasse l’ensemble des éternels enfants gâtés que nous sommes, nous journalistes. C’est pourquoi, avant d’attaquer la dégustation dès la semaine prochaine, je tenais à vous recommander le site qui fédère l’ensemble de la Vallée : Vins-Rhône.com !

Michel Smith


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Découvertes en Vallée du Rhône 2015, Le Nord (2)

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Trois lieux dont un certes plus prestigieux, celui qui abrite les Hermitage. C’est par là qu’il est sage de commencer. Tôt, le lieu est encore désert, d’ici une petite heure la foule arrivera et nous, mon pote Johan et moi serons déjà ailleurs, heureux d’avoir dégusté dans un calme relatif.

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Hermitage

Une précaution supplémentaire, commencer par la Maison Chapoutier qui n’a pas peur de faire déguster sa gamme et qui se voit envahie dès le début de la matinée.

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Deux cuvées m’ont particulièrement plu, Le Méal 2012 en blanc et en rouge. Le premier offre un croquant agréable qui lui donne une jolie dynamique. Construit sur une assise minérale, il est aujourd’hui encore un peu strict mais plaît déjà, surtout si l’on tâte du bout des papilles sa densité, elle augure une longue durée.
Le second Le Méal 2012 rouge avoue une certaine suavité, ce qui peut paraître surprenant pour un Hermitage. Sachons que le coteau est exposé plein Sud, ce qui encourage cette maturité qui donne de l’ampleur au vin. Le fruit commence à bien s’y dessiner, l’épice se décèle sur la longueur.

Une belle entrée en matière; autant durant DVR 2013, les Hermitage m’avaient semblé durs, extraits et surboisés, autant cette année plusieurs se sont révélés à la fois puissants et élégants ajoutant de la gourmandise à leur conversation certes châtiée.

Delas n’est pas en reste et propose un Domaine des Tourettes blanc 2012 des plus délicats, finement ourlé d’une dentelle minérale à la fois sévère et onctueuse, elle plait d’emblée. En rouge, l’incontournable Les Bessards 2012 d’une délicatesse surprenante avec le côté tendre des 2012.

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Le Domaine des Remizières, avec sa cuvée Autrement 2012 (100% Syrah sur pur granit) offre à la fois austérité et rondeur, c’est bien du 2012. La cuvée Émilie 2013 se goûte mieux sur la longueur élégante et fruitée, avec une superbe mâche que sur la rondeur, l’angle tannique doit encore se civiliser.

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Le monde arrive quittons vite la salle Charles Trenet pour les Crozes de l’Espace Rochegude

Avec Les Marelles 2014 (40% Marsanne et 60% Roussanne), Gilles Robin  est particulièrement satisfait, pour lui «2014 est un très beau millésime en blanc, je n’ai eu aucun scrupule à le mettre rapidement en bouteille, tellement il est friand». Et d’une friandise à l’autre, son Papillon 2013 est une Syrah florale et fruitée, élevée en cuve qui se boit sans réfléchir.

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Yann Chave et Le Rouvre 2013 au nez floral poudré de cacao, le fruité noir de la bouche nous envoûte, sa fraîcheur nous laisse un manque dès la gorgée avalée.

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Franck Faugiel nous Esquisse en 2013 une cuvée succulente de fruit, mais la préférence va à la cuvée Les Galets 2012 Domaine des Hauts Châssis qui respire le lis et l’iris et nous macule les lèvres de jus de groseille et de cassis, nous pique le nez de quelques épices.

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Cap au Nord chez Laurent Combier ses parcelles les plus au septentrion de l’appellation, tendre et juteux aux notes fruitées délicatement fraîche, un vin à boire sans se casser la tête. Et puis, ne pas oublier de boire, oui boire un verre de Clos des Grives blanc 2014, c’est superbe et comme il n’y en a pas trop, il faut en profiter et laisser au gosier la marque veloutée de l’abricot bien imprimée.

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François Tardy, du Domaine des Entrefaux, nous allèche avec ses Champs Fourné 2014,  une espiègle gourmandise. Mais cette cuvée légère ne fait pas le poids devant Les Pends 2013, à la suavité surprenante pour le millésime. Réglisse et violette au nez comme en bouche semblent irrésistibles.

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En voiture pour rejoindre la salle polyvalente de Mauves où nous attendent Saint-Joseph, Cornas et Saint Péray

Vu le temps qui nous reste, il faudra faire des choix drastiques.

Les frères Gonon entament ce dernier round; un blanc, un rouge, on peut prendre le temps de déguster. Notre cœur est aux rouges cette année, le Domaine Pierre Gonon 2013 est une caresse tannique délicate grâce à l’enrobage des grains, cela fait comme un baiser de papillon qui dépose sur les papilles des gelées de baies rouges et noires.

 

 

 

 

 

Les Chailles 2013 Cornas de chez Voge dans lequel on s’attend à une charge tannique extrême, ici aussi leur maturité, leur finesse, tisse une soie de laquelle sourd un jus délicat.

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Jérôme Coursodon fait déguster sa gamme de 2013. Le premier, Silice, me semble étroit, le deuxième, L’Olivaie, apparaît serré serré (c’est pas une chanson ?) à attendre, le troisième devrait m’emmener au Paradis Saint Pierre et y réussit presque ample et profond il se parfume de prunelle et de griotte soulignées de réglisse. Un coup de Silice blanc et je reviens sur la cuvée similaire en rouge et c’est l’étonnement. L’aiguille de pin me fait un tapis pour mieux accéder au fruit, un fruité délicieux teinté de fleur et d’épice, je prends.

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Le temps s’est raccourci, il n’y a pas d’autres explications, restent juste quelques minutes pour  jeter notre dévolu sur Prémices 2012, chez les frères Durand; un Cornas friand à l’âme tendre qui se déguste avec le plus grand plaisir dès aujourd’hui, comme c’est le but de la cuvée,

Découvertes 2015 100

C’est parfait, encore un verre avant un grand verre de bière pour remettre nos papilles à zéro…

Ciao

bières-L

Marco


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Découvertes en Vallée du Rhône, édition 2015: 1ère partie, Ampuis

Comme à son habitude, le grand rendez-vous du Rhône a été à la hauteur. De plus, cette année, on commençait par le haut géographique, le Nord. Une manière plus détendue d’aborder cet énorme évènement avant de passer à la vitesse supérieure. Le Nord nous fait débuter crescendo, le premier salon à Ampuis comptait moins de 80 exposants. Le lendemain, les trois lieux nous en offraient un peu plus. De quoi s’adapter en douceur au demi-millier d’exposants à Avignon.

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Ampuis, salle polyvalente, Condrieu et Côte Rôtie

C’est parti sans se bousculer, le monde arrive petit à petit, dehors le soleil luit (c’est juste pour la rime)

Ça s’est gâté par après.

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Premier arrêt au stand Bonserine dont le Côte Rôtie Viallière 2012 nous a beaucoup plu. La bouche bien juteuse, aérienne par son côté floral. La soie tannique qui vous fait frissonner les papilles. La Sarrasine plus facile et La Garde sur sa garde, élevée en 100% FN (pour fût neuf), elle subit encore la loi de son logement.

 

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André François propose une petite verticale riche d’enseignements. La Gerine 2012 joliment fruitée modère l’austérité habituelle de ce territoire de schiste. La Gerine 2011 aux tannins bien serrés se flatte d’avoir suffisamment de gras pour nous séduire. La Gerine 2010 s’ouvre et se dit qu’elle pourrait être, déjà, une agréable compagne de table.

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Yves Cuilleron nous fait déguster toute sa gamme; donc, on déguste d’abord, après on fera une pause. La conversation nous entraine sur des sentiers obliques où cépages anciens réapparaissent, Durif, Duréza et compagnie auront bientôt quelque chose à dire. On termine avec les plus classiques Condrieu; La Petite Côte 2013 florale et élégante, minaude dans verre; Les Chaillets 2013, minéral et droit, semble construit pour le repas et la cave, de la trempe des Condrieu de garde, comme le dernier né, Vertige 2013 dont l’élevage en barriques demande du temps.

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À deux pas de là, en fait en face, Paul Amsellem semble en pleine forme, on hésite un instant vu la troupe qui assaille le stand, mais la vue de l’étiquette Coteau de Vernon 2013 renforce notre détermination à fendre la foule jusqu’au graal. Le graal reste le graal, avant d’en lamper une gorgée, le rite nous impose les Terrasses de L’Empire 2013 et Les Chaillées de l’Enfer 2013, mais la règle est des plus agréables et nous nous en acquittons avec grâce, le premier révélant épices et fleurs, le second affirme sa puissance et nous laisse humer sa fleur d’oranger; enfin, Vernon est à la fois ample, aérien et croquant, rafraîchi par un minéral légèrement salin.

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On interrompt quelques instants le déjeuner de Jean-Michel Stephan qui ne présente qu’une cuvée, la seule en bouteille, Côte Rôtie 2013, un vin qui assemble les dix parcelles du domaine et qui se vinifie sans soufre ajouté comme le reste de la gamme. Les tanins certes fins se ressentent derrière le velours fruité, le jus apporte de la gourmandise et de la fraîcheur.

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Stéphane Montez charme son entourage. C’est qu’avec ses Côte Rôtie Fortis 2012 à la jolie matière tendre et fruitée et Les Grandes Places 2011 au caractère puissant, il a des arguments qui laissent muets le moindre passant. Et puis, autre argument, il a, au plus près de Salma, presque collé au Château Grillet, quelque 2.500 mètres d’une charmante Grillette 2012 dont il essaye de percer les mystères. Nous, on l’a trouvée parfumée de fleurs et d’épices, certes capiteuse mais dont la texture ligneuse donnée par l’élevage de 23 mois en demi-muids neufs apporte une respiration qui dévoile en partie son délicat corsage.

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J’ai faim, mais rien à faire, André Perret nous a vus et ses Condrieu nous font de l’œil. Le Trad 2013 minéral et tendu par une fraîcheur sapide, on monte d’un cran avec Clos Chanson 2013 velouté sur cristal salin, agrémenté d’une amertume gracieuse qui sur la longueur se transforme en grain de poivre, Chery 2013 pour finir le crescendo plus frais, plus dense, plus minéral, avec élégance renversante et une longueur infinie, vraiment top.

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On ne fait jamais ce qu’on veut, 10 mètres de repos et hop on joue des coudes pour se rapprocher de François Villard entouré de bouteilles et d’une densité de population avide de tout goûter. Tout est bon, mais j’ai un faible pour la cuvée des coiffeurs Mairlant 2013 un St Jo blanc égaré mais qui y mérite grâce à son élégance sa place au milieu des Côte Rôtie et Condrieu, comme le superbe De Poncins 2013 dont la puissance retenue étonne bien équilibré par une matière ancrée dans le minéral. Pour qui recherche la délicatesse, les Condrieu qui vous caressent, je conseille Grand Vallon 2013 qui s’apparente à une dentelle minérale parée de pétales aux parfums sensuels.

François est sur la photo

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D’une Grandes Places à l’autre, celle des Gerin père et fils, Les Grandes Places 2012 nous a plu, son élégance, le raffinement de ses tanins, la fraîcheur du jus agréablement fruité, tout en notes délicates qui introduit ici des parfums floraux, là des nuances épicées ne laisse personne indifférent.
J’ai piqué la photo de la bouteille sur leur site, la mienne fait peur.

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Christophe Pichon nous fait déguster en primeur son Condrieu 2014, quel beau millésime, riche et extrêmement tendu, avec à la fois du gras et une acidité hors du commun pour un Condrieu.

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Philippe Guigal nous a fait la totale. Et parmi cet échantillonnage fleuve, j’ai été surpris par le raffinement du Condrieu haut de gamme la Doriane 2013 que jusqu’ici je n’appréciais guère. De nouvelles parcelles en Chery, en Vernon et d’autres sont venus affiner l’originale mouture qui s’en retrouve métamorphosée.
Côté rouges, la gradation a été sublime, début gentiment fruité, mais toutefois bien tenu par les tanins Côte Rôtie Brune et Blonde 2011 suivi du Château d’Ampuis 2011 à la fois plus tannique et plus croquant avec sous-jacent un fruité frais qui promet, puis tout a dérapé et on s’est vu obliger de déguster La Mouline, La Turque et La Landonne, ma préférence va à la première, j’aime son élégance, la pureté du fruit, sa légèreté aérienne tout en ayant du caractère, de la profondeur et de la longueur.
Bref, on finit en beauté et je vous rassure: nous avons eu le temps, mon collègue et moi, de manger un morceau entre deux dégustations!

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L’épisode suivant parlera du lendemain, des trois salons de Tain.
Quant au Sud, il viendra, gourmand et pertinent, un peu plus tard.

Marco

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Ciao

 


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La Styrie et le sauvignon blanc, ou comment se forger un style (1/3)

 la frontièreNous sommes à la frontière entre l’Autriche et la Slovénie, qui passe là, dans les vignes, au milieu d’une route, entre des bosquets, intangible et insignifiante

 

Le premier article de cette série de trois sera consacré à des considérations générales. Les deux suivants feront part de mes dégustations et mes rencontres avec la dizaine de producteurs que j’ai visité pendant trois journées passées dans cette partie méridionale du vignoble autrichien.

Depuis la crise engendrée par le scandale de vins trafiqués, il y a 30 ans, l’Autriche a su opérer un des plus spectaculaires retournements de situation qui je connaisse parmi tous les pays viticoles au monde. Sa production actuelle, même si elle ne pèse que pour 1% du volume mondial, fait régulièrement la une des revues spécialisées (ailleurs qu’en France !) pour sa qualité exceptionnelle, ainsi que grâce à une bonne diversité de types et de styles de vins pour un si petit pays. Que ce soit sur le plan de son organisation, sur celui du niveau de compétence de ses producteurs, en passant par le soin apporté à l’architecture vinicole et par la qualité de l’accueil pour des visiteurs, l’Autriche sait se montrer exemplaire et je conseille à bon nombre de producteurs ou amateurs français d’aller y faire un tour. Toutes mes visites m’ont convaincu du grand intérêt des meilleurs vins d’Autriche, qui me semblent représenter une proportion plus élevée de la production qu’ailleurs.

le modernismeLa beauté épurée de l’architecture vinicole en Autriche, et particulièrement en Styrie, est remarquable. Il y a là un respect de la matière et de l’artisanat qui suscite de l’admiration. Ici chez Neumeister, en Sudoststeirmark.

Mon récent déplacement en Styrie/Steirmark avait pour objectif principal de cerner la qualité et le style des meilleurs vins de Sauvignon blanc, cépage dont cette région s’est fait une petite spécialité. Bien sûr, le Grüner Veltliner est plus connu et bien plus planté en Autriche. Il est aussi plus original vu de la France. Mais il ne mûrit pas en Styrie, qui possède le climat le plus frais et le plus pluvieux de toutes les régions viticoles d’Autriche. Tandis que le sauvignon blanc, qui, comme le chardonnay, est présent dans la région depuis le 18ème siècle, produit des vins de plus en plus fins et intéressants et gagne du terrain, couvrant maintenant 750 hectares sur les 4.200 que comportent les trois sous-zones de la Styrie, traditionnellement plantées (et autrefois complantées) d’une dizaine de variétés différentes.

L’émulation a toujours bien fonctionné pour engendrer l’excellence. C’est ce moteur-là, ainsi que la volonté de distinguer les meilleurs vins d’un marquage trop générique qui guettent des vins élaborés avec des variétés connues, qui a motivé un groupe de 10 producteurs situés dans deux des sous-régions de la Styrie, le Sudsteirmark et le Sudoststeirmark, à grouper leurs forces de réflexion et de communication dans une association appelé Steirische Terroir & Klassik Weinguter (oui, je sais, c’est un peu long alors va pour STK pour faire dans l’acronyme). Ce sont toutes des entreprises familiales, de tailles variables, mais ayant un objectif qualitatif commun et la volonté de partager des expériences et de promouvoir des échanges. Ils ont élaboré une charte de qualité avec des cahiers de charges pour des vins qui répondent à quatre niveaux hiérarchiques : en ordre montant cela donne Steirische Klassik (génériques régionales), Orstwein (village ou commune), Erste STK Lage (premier cru) et Grosse STK Lage (grand cru). Ce classement volontaire est partagé par les 10 adhérents du groupe.

les vignes de l'égliseL’église a toujours su garder un oeil sur les meilleurs sites viticoles, en Autriche comme ailleurs en Europe

La Styrie jouxte la frontière slovène et certains domaines, comme Tement, débordent une barrière devenu très peu visible, même si les vins sont nécessairement vinifiés à part. Elle est belle et assez spectaculaire par la constance de pentes abruptes sur lesquelles il est parfois difficile de se tenir debout. La plupart du temps le rangs de vignes dévalent ces pentes, mais parfois, quand l’inclinaison devient trop forte, on y construit des terrasses. Les meilleures parcelles de vignes font face au sud, au sud-est et au sud-ouest afin de maximiser les rayons du soleil. Ailleurs ce sont des bois, avec une forte présence d’hêtre notamment. Les zones de plaines sont consacrées au maïs et autre céréales. Comme ailleurs en Europe, les meilleurs sites viticoles ont été exploités depuis longtemps par l’église. Souvent en Autriche, ces parcelles leur appartiennent encore, mais sont donnés en location longue durée à des vignerons. Bon nombre de ces parcelles se trouvent dans les classifications actuelles d’ErsteLage ou de Grosse Lage. Les règles pour l’élaboration des vins ayant ces deux statuts impliquent la définition du site, qui est toujours sur une pente bien orientée et à une altitude élevé pour assurer l’influence favorable du vent, un âge minimale des vignes, une viticulture raisonnée ou biologique (pas de désherbants ne d’engrais artificiels), des vendanges manuelles, si nécessaires en plusieurs passages. De toute manière les pentes ne permettraient pas l’emploi de la machine à vendanger. Les vins doivent être vinifiés en sec (sauf pour les vins issus du traminer) avec un potentiel d’alcool d’au moins 12,5%. Uniquement des raisins sains sont autorisés (pas de botrytis), et le rendement est limité à 45 hectolitres par hectare. Ces vins doivent avoir un potentiel de garde d’au moins 5 ans, ce qui est contrôlé en dégustant des vins des 5 derniers millésimes, parfois aussi des vins plus anciens, à chacun des domaines ayant adhéré à la charte. Les règles pour les Grosse Lage (grands crus), vont encore plus loin avec un rendement maximum de 35 hectolitres, des exigences quant à la nature des sols, des vignes d’au moins 15 ans d’âge et une capacité de vieillissement de 10 ans. Il leur faut en outre un élevage de 18 mois. Chaque catégorie porte une double identification, à la fois sur l’étiquette et sur la capsule.

 vignes en penteDe fortes pentes caractérisent les meilleurs parcelles, comme ici pour la parcelle nommée Zieregg, un grand cru appartenant à Tement

 

Comme en Bourgogne, par exemple, les parcelles classées ne sont que rarement le monopole d’un seul producteur. Comme le lieu-dit décrit en générale toute une pente ou parfois une colline, il peut aussi y avoir des orientations variables à l’intérieur d’un seul nom de lieu-dit, mais les vignes se situent toujours vers le haut de la pente, là ou le vent aura son meilleur effet pour sécher les raisins et la gel impactera le moins. Cette article ne parlera que des vins issus du sauvignon blanc, bien que j’ai pu déguster aussi des vins intéressants d’autres variétés ; Weissburgunder (pinot blanc), Grau Burgunder (pinot gris), Morillon (chardonnay) et Traminer (la version Gewürz et d’autres), sans parler de quelques pétillants faits avec du pinot noir et du chardonnay. On y produits aussi pas mal de vin rouges, essentiellement avec les cépages locaux Zweigelt et autres. Les lecteurs de mes articles connaissent ma réticence à m’étendre sur l’influence des structures géologiques car j’ai des doutes quant à leur influence réelle (et pas fantasmée) sur le goût d’un vin, mais il faut mentionner qu’il s’agit d’un ancien fond marin et donc que les sols sont essentiellement calcaires, parfois avec des dépôts sablonneux ou graveleux. Il y a aussi des zones schisteuses et même un secteur volcanique.

 mur de bouteillesDes murs de bouteilles font partie de l’architecture vinicole. C’est beau et astucieux

 

Comment résumer le style de ces sauvignons de Styrie? Il est parfois plus facile de dire ce qu’ils ne sont pas, mais je ferai aussi quelques remarques sur leurs évolutions stylistiques depuis quelques années, ayant pu déguster des échantillons qui remontaient une vingtaine d’années en arrière. Le style actuel est bien plus restreint que celui des Sauvignons néo-zélandais, par exemple, mais peut-être un peu plus expressif et tendre, surtout par leur textures plus raffinées que les Sauvignons de Loire. Et surtout il n’ont que rarement ces arômes végétaux de buis ou de poivron que je trouve si déplaisants et parfois agressifs. On pourrait les comparer à un bon Sancerre issu de cuve, avec peut-être un peu plus de volume en bouche, mais pas forcément. En dehors des vins dégustés lors des visites des 10 domaines, j’en ai dégusté une soixantaine dans une séance dédiée aux Sauvignons des 4 catégories et produits par les 10 producteurs du groupe, dont vous trouverez les noms en bas de cet article.

 les vins dégustésLes vins dégustés

Les vins du niveau de base de ce système de classement (bien qu’il y aient généralement dans la gamme des producteurs des vins encore plus accessibles en prix), les Steirische Klassik, se vendent entre 10 et 12 euros la bouteille. La série d’une dizaine des ces Sauvignons-là ont tous mérités des notes entre 13 et 15/20, et donc était d’un bon niveau. Les vins ayant une mention de village, qui se vendent entre 12 et 15 euros, ont parfois un peu plus d’intensité mais sont assez proche des Klassiks (notes entre 13,5 et 15,5). C’est avec les Erste Lage que les écarts se sont creusés. D’abord il y en avait bien plus, entre autres parce que différents millésimes étaient présentés, mais aussi parce que certain domaines touchent plusieurs communes. Je n’ai pas trouvé que la qualité globale était beaucoup au-dessus de celle des vins ayant la simple mention communale, mais, dans une série de 13 vins, 4 méritait une note égale ou supérieur à 15/20. Les prix pour ces vins tournent entre 17 et 20 euros. La série des Grosse Lage était de loin la plus importante, avec 30 vins, dont un, chez le seul de ces producteurs qui utilise encore le liège, était bouchonné. Là le niveau est monté d’un cran. Pas seulement par les prix (entre 25 et 35 euros), mais par la qualité, avec 9 vins auxquels j’ai attribué des notes égales ou supérieur à 16/20.

Qu’est-ce qu’on gagne en grimpant dans l’hiérarchie ? Plus d’intensité et de longueur en bouche, mais sans que le caractère « sauvignon » ne domine ni même se fait sentir. On est très loin d’un vin dit « de cépage ». Plus de raffinement aussi car il y a aussi, et surtout chez les meilleurs, une superbe suavité de texture qui ne vient pas d’un « gommage » par le bois, mais d’un emploi très intelligent de l’élevage en grands récipients en bois, dont très peu sont en bois neuf, et, certainement, d’une belle qualité de fruit. Ceci est particulièrement vrai pour le millésime 2013 qui est très prometteur et qui sera prochainement en vente.

Les meilleurs sauvignons de Styrie sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté au monde. Il est bien fini le temps d’un boisage un peu lourd. Ces vins ont un équilibre et une texture presque parfaits. Et très peu m’ont déçu ! Oui l’émulation, et l’intelligence, font beaucoup de bien.

David Cobbold

liste des producteurs STK

Gross

Lachner Tinnacher

Wolfgang Maitz

Neumeister

Erich & Walter Polz

Erwin Sabathi

Hannes Sabathi

Sattlerhof

Tement

Winkler-Hermaden

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