Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…

 

 


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Sherries to the fore at the Big Fortifed Tasting

Jerez: 

The annual Big Fortified Tasting (BFT), held in London, is always a great opportunity to taste some really interesting fortified wines. However since the wines are high in alcohol, there is a limit to the number I can comfortably taste, even though I am careful to spit out. This year I chose to concentrate on some of the excellent range of sherries on show choosing to taste from those bodegas that I haven’t visited during the #winelover trip to Jerez in mid-February. I then finished with the Quevedo Ports that Oscar Quevedo was showing. 

Firstly – Bodegas Tradición

This is a small bodega, which has recently been revived, but that dates back to 1650. I tasted a lovely fresh, complex Fino, a good Amontillado and a very special Oloroso – see below. 

 

A series of great sherries from Viniberia, selected by Peter Dauthieu:

Attractive, fresh but characterful Fino from Sánchez Romate – just £8.50 a bottle from The Wine Society.

Excellent Amontillado from Sánchez Romate – lovely nutty, texture.

Palo Cortado – an attractive and striking blend of rich texture and an austere finish.

 

Very fine aged Oloroso – texture with a lovely blend of richness, power and austerity. £40 a bottle from The Wine Society.

Valdespino – one of my favourite Sherry producers:

 

The 2015 Manzanilla En Rama showing brilliantly at the moment. 

Palo Cortado Viejo: lovely balance of power and texture.

 

Two very special Sherries with concentration, texture and impressive length.

 

Ports from Quevedo: 

From Port producer Quevedo I particularly enjoyed the complex 30 Year Old White Port as well as the dense Crusted Port with its preserved cherry character. 


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VSIGP (5) Vin de France, le grand écart

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Pourquoi le grand écart? Simplement parce qu’un Vin de France peut aussi bien être produit à plusieurs millions d’exemplaires par référence qu’à un petit millier. Je ne comparerai pas ici la qualité de ces deux catégories diamétralement opposées. Il est évident que quand on achète une bouteille qui a un très grand nombre de petites sœurs, on ne recherche pas la même émotion. Les deux familles peuvent offrir ce qu’on attend d’elles, soit un vin sympa, relativement bon marché et qu’on peut trouver facilement de la grande surface jusque chez le Pakistanais du coin. Ou une bouteille nettement plus rare, ramenée de chez le caviste pointu ou d’on ne sait plus très où, souvent relativement chère, et qu’on boira avec bien plus d’attention.

 

Les vins du Paki

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À Bruxelles, quand je passe devant la vitrine de ce commerce ouvert presque tout le temps, et tenu par un Pakistanais qui ne compte pas ses heures, mon regard accroche souvent la rangée de bouteilles de vins bien mises en évidence. Presque systématiquement il y a du J.P. Chenet, l’un des plus gros succès du vin français dans le monde. On en trouve dans tous les pays. Cette cuvée existe depuis 1984 et est due à Joseph Helfrich, le fondateur des Grands Chais de France, basés en Alsace. Qu’est-ce qui en a fait le succès ? La forme de la bouteille, le prix, la qualité aromatique…

J’ai opté pour le blanc Colombard-Sauvignon qui est en Vin de France comme l’autre blanc Colombard-Chardonnay. Les autres couleurs, les deux rosés et les deux rouges sont des Pays d’Oc.

 

Colombard-Sauvignon Vin de France J.P. Chenet (2,67 €)

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Robe blanc vert, un nez qui tout de go évoque le Sauvignon, mais pas de façon caricaturale, les senteurs oscillent entre l’écorce de pamplemousse et l’asperge, sans verser dans le thiol ou bonjour matou, quelques effluves floraux viennent embellir les impressions nasales. En bouche, le Colombard apporte sa fraîcheur et ses saveurs de pêche blanche, de chair de raisin. L’acidité est bien maîtrisée, il y a du gras, le vin est aromatique mais sans exubérance.

Il titre 11,5° et se compose de 80% de Colombard et 20% de Sauvignon

Le site JP Chenet nous apprend que les raisins sont récoltés à parfaite maturité (on l’espère!) et sont rapidement pressés à basse température. Le débourbage se déroule à basse température avec du SO2 et un ensemencement de levures. Puis la fermentation alcoolique, entre 16 et 20°C, dure une semaine. Le vin est ensuite clarifié et conservé sous gaz inerte à basse température.

Quant aux approvisionnements, les Grands Chais travaillent depuis longtemps avec des coopératives du sud de la France.

www.jpchenet.com

 

La ronde des Grands Chais

 Je ne me suis pas trop cassé la né être pour mes fournitures, Hervé avait proposé du Castel, moi je propose du Grand Chais.

Grand Sud Chardonnay 2015 Vin de France (3,90€ la bouteille de 1L)

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Robe vert jaune encourageante, un nez sage qui émet quelques notes florales qui rappellent l’acacia et l’aubépine, des agrumes citron et mandarine, un rien de vétiver. La bouche acidulée a le goût du citron jaune et de la confiture de rhubarbe, il y a de la rondeur renforcée par une impression sucrée. À l’arrière de la bouteille il y a une graduation qui l’indique pourtant presque totalement DRY en anglais dans le texte. Ça devrait plaisir à David, pas l’anglais, la graduation DRY _* ­_ _ _ _ _SWEET.

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Il titre 12,5°. Je ne vous remets pas le MO, c’est pile-poil le même que pour le JP Chenet. Le Chardonnay est le seul Vin de France dans cette gamme, les Merlot rosé et rouge et le Cabernet sont des Pays d’Oc.

www.grandsud-wines.com

 

 

 

Dans la gamme Les Vignerons

 Toujours des Grands Chais, voici le La Vocation

La Vocation Vermentino-Colombard 2015 Les Vignerons Vin de France (2,10€)

 Ce qui est drôle ou curieux, c’est que l’étiquette est rédigée en français et vous raconte l’histoire de Lucien et de Marcel, alors que la contre-étiquette est écrite en anglais et nous vante l’intérêt de l’assemblage des deux cépages.

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Robe blanc jaune, le nez bien Colombard un rien forcé vers les thiols, mais le pamplemousse garde son quant-à-soi et offre la suite à la pêche blanche, la groseille à maquereau et à la rhubarbe. Vu les senteurs nasales, la bouche s’attend à une vivacité qui déménage, mais elle reste sage et tendrement acidulée, elle met les fruits sentis en évidence.

Le vin titre 11,5°. Et je n’en sais pas plus, n’ayant pas trouvé de site correspondant à cette gamme.

Dans la même gamme, L’Entente 2015 Grenache Pinot Noir qui raconte en français la maîtrise de l’assemblage de Lucien et de Marcel sur l’étiquette et les qualités des cépages en anglais sur la contre-étiquette, au moins il y a une cohérence dans l’astuce commercial.

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L’Entente Grenache Pinot Noir 2015 Les Vignerons Vin de France (6,99€)

 

 Robe sombre carmin violacé, le nez lactique qui évoque le clafouti aux cerises, puis il y a un peu d’épices, du poivre, du cumin, il est moyennement parfumé. La bouche démarre avec le Pinot, très cerise et acidulé, pour continuer en compagnie du Grenache dont l’ampleur est bienvenue. Le Pinot revient vif, puis le Grenache rond, et ainsi de suite, c’est assez dynamique.Il titre 13°.

Voilà une série de vins honnêtes, mais pour être honnête aussi, je ne me lèverais pas la nuit pour en boire.

 

Les petites productions

Le ton est totalement différent, ici, on gère des petits volumes, c’est du cousu-main, pas du prêt-à-porter. Comme les fringues, c’est une question de moyen (et pas seulement financiers) et de goût. Le styles ou plutôt les styles plaisent ou pas, rien n’est standard, tout est particulier. Pour résumer, les précédents sont un choix limité pour un grand nombre, les seconds sont multiples pour un petit nombre.

PUR 2014 Revelette Vin de France (17€)

Des PUR, il y en a deux en rouge, une cuvée de Carignan, une autre de Grenache. Pour les différencier, il y a la couleur de l’étiquette. Noire pour la première. Rouge pour celle dont on va parler. C’est très certainement une impression, mais le joyeux glouglou qui coule rubis dans le verre nous évoque un vin croquant délicatement fruité. Il nous fait tout de suite envie. Il a la couleur des fruits frais, des jus de cassis et de framboise, juste acidulés et un rien poivrés, le nez n’a aucune peine à les déceler. La bouche reproduit avec exactitude notre envie, celle engendrée par les senteurs. On veut de la fraîcheur, du goût, un peu de rondeur, une trame, il en faut une, et puis ce petit rab d’épices qui souligne le tout. Un tout fluide, avenant, qui se déguste, se boit, se torche. C’est ça un vin senza zolfo bien foutu !

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Et pour ceux qui ne sont convaincus que par les analyses, les quelques 5.000 bouteilles 100% Grenache titrent un degré alcoolique de 13,5° pour un pH de 3,55 et une acidité totale de 3,5 g en équivalent H2SO4, moins de 1 g de sucre résiduel. Élevage en barriques usagées durant 8 mois.  www.revelette.fr

Rosé à Rougir 2014 Vin de France Domaine Clavel (10€)

Teinté de rose sombre aux nuances améthyste, il me fait toujours autant craquer. Sa déclinaison fruitée enchante mes papilles, suscite en moi la gourmandise. La générosité est sa première qualité et on ne refuse par un pur plaisir si gracieusement offert. Garrigue aux senteurs de romarin et sauge deviennent notre environnement dès la première gorgée, sa deuxième qualité, et non des moindres, il nous fait décoller.

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Un 100% Grenache élevé en cuve béton sur lies fines (à l’ancienne). www.vins-clavel.fr

Carrément … Carígnan ! 2013 Vin de France Château de Calavon (25€)

Le Carignan se fait rare en Provence. Près de Lambesc, au cœur de l’appellation Coteaux d’Aix, il en reste 12 ha plantés en terrasses en 1958.

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Violet pourpre, il respire la prunelle et l’arbouse parfumées élégamment de violette et de jasmin. La bouche offre cette petite accroche espiègle qui fait penser au crêpe de Chine. Un jus langoureux s’en écoule, frais et fruité, à la puissance retenue, juste concentré, au caractère à la fois charmeur et réservé. Élevé en cuve. www.chateaudecalavon.com

 

Et puis des bulles, aussi!

phil’en Bulle Vin de France Domaine Philippe Tessier (11,20€)

Une belle écume qui s’ambre très légèrement et libère pétillante des parfums de gentiane et de réglisse, d’écorce d’agrumes et de poivre rose. La bouche offre une impression tannique qui ajoute au relief délivré par les bulles aromatiques des accents de guimauve, de mélisse et de poire fondante.

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Ce pétillant naturel assemble 90% de Romorantin et 10% de Menu-Pineau non dosé et sans ajout de SO2 reste un an sur lattes. www.philippetessier.fr

Déshabulle-moi Vin de France Hervé Bossé

Une bulle bien fournie qui met en effervescence ce brut nature qui fristouille comme l’indique Hervé Bossé. Il croque fruité sous la dent comme un Grolleau frais et fruité sait le faire. Un rien de sucre résiduel vient apporter sa note de suavité à la fraîcheur ambiante au goût de rhubarbe. Cerise et groseille poudrées de poivre en renforce la gourmandise.

Désabullez-moi

Le Grolleau se complète d’un peu de Cabernet Franc.

Alors, maxi ou mini?

 

Ciao

Marco


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VSIGP (2): Wine – the very basics + Pierre-Jacques Druet

 

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Sainsbury’s basics red wine: for the table not the cellar 

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I have to say that didn’t approach this week’s post with any great enthusiasm. Tasting the very cheapest wine you can find is not entirely my idea of fun, especially when you are buying them in the UK. Searching the shelves of J.Sainsbury, one of the UK’s largest supermarkets and our nearest store unearthed a few basic wines.

These wines are quite far removed from David’s post on 29th February 2016: Vin de France : une catégorie trop souvent ignorée for the simple reason that the UK’s high excise tax regime means that none of the world’s best selling branded wines are cheap. Following this year’s budget the excise duty and VAT (TVA) on a 75cl bottle of wine is effectively £2.50 – £2.08 (tax) + 20% VAT. So selling a bottle of wine for less than £4 is a real challenge – by the time you factor in packaging, transport plus the supermarket’s profit there is little left to pay for the wine.

This means that all of these best sellers that David cited are well north of £5. So what did I find for less than £4 that wasn’t either without alcohol or alcohol-lite, which attract less duty as this is calculated on the level of alcohol?  I give you Sainsbury’s basics red wine that comes in a squidgy plastic bottle with plastic cap and will set you back £3.65. Basics red wine comes from Spain and has 10.5% alcohol. The package is remarkably unattractive – either designed by a fervent prohibitionist or Sainsbury’s really would prefer you to trade up to a wine with a better margin….

It has light, greenish fruit that is slightly reminiscent of the old gros rouge but in a more modern style. Rightly or wrongly it stirs memories of a night in May 1966 I spent in a wood near Bruges at the start of a three month European adventure accompanied by a cheap and rough bottle of red wine.

Paying 35p more moves you onto Sainsbury’s House Red Wine (£4) in a glass screwcapped bottle . This also comes from Spain but has 12% alcohol and is made from a blend of Tempranillo, Monastrell and Grenache. Both of these reds are bottled by J. Garcia Carrion in Ciudad Real. The House Red has sweeter but rather confected fruit, greater texture. Two dimensional I might well use it for cooking but this is far from what got me interested in wine.

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PJD+MVas

Pierre-Jacques Druet, a bottle of Bourgueil Rosé
and Marc Vanhellemont: 1st February 2011
celebrating the first anniversary of Les 5 du Vin 

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It was sad to learn last week that Pierre-Jacques had gone bust. It is never good to learn that a talented producer has run into financial problems but Pierre-Jacques going into liquidation is particularly poignant for Les 5 du Vin as he rather unwittingly acted as midwife for this blog. Actually to be rather more precise it was a bottle of his very individual rosé that facilitated the birth of Les 5 du Vin. It was an easy birth at a lunch in the press office at the 2010 edition of Salon des Vins de Loire over a glass or so of Druet’s rosé shared by Michel Smith, Hervé Lalau, Jacques Berthomeau and Marc Vanhellemont. I was seated at another table and on my way out to starting tasting again I was invited to join the putative blog – I agreed even though I didn’t have even a sip of Pierre-Jacques Bourgueil Rosé.

Pierre-Jacques made some excellent Bourgueils as well as a Chinon. Tasting with him was a fascinating and long drawn out process but definitely worth it even though it meant calculating how late one would be for the next producer rendezvous. I fear his commercial acumen and organisational skills didn’t match his winemaking talents. Very sad!

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April frost – fingers crossed!

As I finish this post a number of Loire producers will be passing an anxious night with frost forecast overnight with temperatures falling to -2˚-3C in the small hours of the morning. It is ironic that after a very mild winter with almost no frost that April frosts may well strike once again. Fingers crossed!

Buddhaas

 


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2016 Bourgueil à Tours

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Saturday was Bourgueil’s annual Fête des Vins right in the centre of Tours. They camp in wooden huts along the central alley of the Boulevard Heurteloup, just a stone’s throw from Tours main railway station, associated bus terminal and the tramway – also close to the Hotel de Ville.

This edition was the 14th. It was the late Jean Germain, mayor of Tours and from Bourgueil, who was the impetus behind establishing this very successful fête. His successor as mayor – Serge Babary – was present for the official opening on Saturday showing his continued support for Bourgueil’s fête.

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Serge Babary well wrapped up against the chill of Saturday morning 

Although rather courageously held in mid-March the weather is generally reasonably clement, although it was decidedly chilly early on Saturday before the sun came out. It was notable that most producers served their wines at room temperature i.e. freezing, while a few savvy ones, like Jacky Blot, brought hairdryers to warm their wines and so soften the tannins.

Like VitiLoire, held here in the centre of Tours at the end of May, the Fête des Vins de Bourgueil is a real success, an excellent shop window for the wines – attracting crowds of winelovers, particularly during the afternoon. It attracts a significant number of people in their 20s. With prices for Bourgueil starting at around 5€ and with two promising vintages – 2014 and 2015 – it is not surprising that many of the 41 producers present were doing a brisk trade in selling their wines.

I fancy that, like 1989 and 1990/1995 and 1996/2009 and 2010, there may well be a long running debate over the relative merits of 2014 and 2015. Certainly many 2014 Cabernet Francs from Chinon, Bourgueil, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Saumur and Saumur-Champigny are currently showing very well with fine concentration of ripe Loire fruit and lovely balance, although without the richness of very sunny years like 2005 and 2009. This recalls that it was the excellent September 2014 that saved the vintage after a poor July and August.

With few of the 2015s in bottle it is still too early to be sure of the character of this vintage and impressions vary from vigneron to vigneron. To date it has plenty of charm but a little less concentration than found in the 2014s. Although much of the summer was very dry, there was rain towards the end of August and then in mid-September a period of very heavy, torrential rain. The weather station at Tours recorded 87.6mm for September – well above the average of 53.2mm. Almost all of this rain fell between 12th and 16th, only 7.2mm fell outside this five day period. There were places that recorded considerably more rain – over 100mm during the five days.

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2015 Cabernet Franc 

Although the Cabernet Franc withstood this onslaught remarkably well with no rot developing – greatly assisted by the sun and wind that followed the downpour – there must have been some dilution. Not necessarily a bad thing given the very dry summer. Whatever the relative merits of 2014 and 2015 the Loire has two good vintages to sell.

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Aurélien Revillot

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Sophie Raimbault

Among the producers, who impressed me on Saturday were: Domaine Ansodelles (especially 2014 Conversation), Domaine de la Chevalerie (especially 2014 Dyptique and 2011 Bretêche), Nau Frères (2014 Vieilles Vignes), Yannick Amirault (especially 2013 Le Grand Clos – impressive for such a difficult vintage), Domaine Menard (especially 2014 Les Jardins des Raisin),  Jacky Blot (especially 2014 Pied de la Butte, 2014 Haut de la Butte – both sold out), Domaine Dubois (especially 2014 Vieilles Vignes), Aurélien Revillot (especially 2013 Les Aubuis – success in a difficult vintage, 2014 Sur les Hauts), Nathalie Omasson (especially 2014 Vieilles Vignes – great value at 5€), Laurent Herlin (2014 Terre d’Adoption), Lamé Delisle Boucard (especially 2015 Cuvée des Chesnaies, 2014 Vieilles Vignes, 2011 Prestige), Audebert (especially 2011 Les Marquises), Domaine des Ouches (especially 2012 Les Clos Boireaux) and Domaine de Petit Bondieu (especially 2014 Petit Mont – showed much better than in a tasting September 2014, 2014 Les Couplets).

Santé !

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Armand de Tilly – les pattes du vigneron …..

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Riesling d’Alsace, fichez-lui la paix ! (3eme et dernier volet)

Seize heures de l’après-midi. Toujours à fond dans ma quête des Grands Crus d’Alsace marqués par le majestueux cépage riesling (voir ICI et encore ICI), il est temps pour moi d’ouvrir le Furstentum 2001 du Domaine Paul Blanck à Kientzheim. Le nez n’est pas très causant, mais on devine comme de fins effluves de tarte Tatin ou de compote de fruits cuits. Pressé par la curiosité, j’avale une gorgée de ce vin joliment ambré et j’ai quelque chose en bouche qui relève d’une caresse de velours, comme une rondeur sucrée et acidulée qui pénètre en douceur mon corps et qui me fait immédiatement penser à une vendange tardive. Ce serait bien le cas pour ce qui est de la vendange, mais puisque la mention VT ne figure pas sur l’étiquette, il faut fouiner ailleurs. Peut-être est-ce à cause du « faible » degré d’alcool contenu dans ce vin, un très sage 12°5. Bon, on ne va pas déranger les cousins Blanck, Frédéric et Philippe, pour si peu, car si la puissance n’offre rien d’extraordinaire, la langueur pas du tout monotone qu’exprime le jus de ce spécimen me fait dire qu’il cache un peu son jeu. Ma foi, un riesling joueur, cela existe peut-être…

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Le lendemain, les premières gorgées du même vin m’interpellent encore : le nez reste moins disert, alors qu’en bouche on a deux forces qui semblent bien s’accorder entre elles : d’un côté le moelleux et la rondeur, de l’autre le sec et la fraîcheur. Autant de qualités qui se complètent avec un surcroît de classe. Cela devient presque banal de le dire, mais ce bougre de cépage, surtout au bout de plusieurs années, a cette faculté de tenir la tête haute grâce à son acidité, fort avenante dans ce cas précis, une force qui le place toujours au dessus de la mêlée et qui fait se développer en vous l’idée d’une clarté, d’une réelle luminosité qui conduit à une impression de paix intérieure. Ici, pas de doute, on tient un monument d’élégance : de la structure à la finale, tout est clair, tout est beau, y compris la légèreté qui se distingue dans ce vin. C’est à ce moment-là que la truffe, la blanche, pointe le bout de son nez, et de fort belle manière qui plus est.

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Si je m’en tenais à cette logique à deux balles qui consiste, lors d’une dégustation, à présenter les vins sucrés en tout dernier, le prochain vin n’aurait peut-être pas autant capté mon attention. C’est pourquoi j’ai décidé de passer outre et d’ouvrir daredare ce Sélection de Grains Nobles qui me nargue et se marre dans sa bouteille en marmonnant quelque chose du style : « Alors, il se dégonfle ou pas le vieux ? Va-t-il enfin m’ouvrir ? » Voilà qui est fait, impossible de résister. Je reste dans le registre Grand Cru et je suis au sommet de l’un de mes préférés, le Zinnkoepfle, un très ensoleillé mont de calcaire et de grès que j’ai arpenté à deux ou trois reprises en quête d’un autre cépage, le gewurztraminer. Là, je suis chez Seppi Landmannn, un des illustres bardes de ce cru où il vinifie aussi le fruit de vieilles vignes de sylvaner, un cépage qui semble revenir peu à peu dans le coeur des vignerons. Bizarrement, Seppi est un des vignerons alsaciens que j’ai le moins fréquenté alors que j’ai souvent goûté et apprécié ses vins. Depuis 2011, le domaine est associé au Domaine Rieflé.

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En ce moment même, je renifle un verre de 1997, un « Zinn » tout flamboyant d’or, une grande année déjà citée dans cette mini série (voir ici). Soupçon de miel de châtaignier, pointe de raisin de Corinthe, vent de fraîcheur légèrement mentholée, le vin se boit sans se faire prier. Pour cause, il ne pèse que 11° ! Un peu lourdaud pourtant en attaque, il s’excite très vite en bouche comme pour mieux manifester et affirmer sa présence. On a la peau du raisin, les pépins grillés aussi, des notes de mandarine et de kumquats, du tilleul en fleur avec, pour coiffer le tout, cette incomparable fraîcheur qui couronne le vin. Point très important à mes yeux, la bouche capte très longtemps les saveurs pour mieux les restituer, sans pour autant empâter le palais de « sucrailleries » autant inopportunes qu’indésirables. J’en ferais bien mon vin sur une tarte aux mirabelles, tout en en gardant un large verre à siroter dans un profond fauteuil. Dans ce cas, bon roman, bonne musique et Cohiba à point s’imposent.

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Revu quelques jours plus tard, l’écorce d’agrume (pamplemousse) se fait plus prononcée. Mais il y a autre chose qui me titille une fois de plus : pourquoi faut-il que ce cépage, lorsqu’il est bien interprété, me ramène toujours à la truffe blanche d’Alba… En sera-t-il de même avec le prochain vin ? Dans cet illogisme si particulier qui me caractérise (« Mais qu’est-ce qu’il est brouillon ! », se plaignaient mes professeurs), j’ouvre sans attendre une Vendange Tardive de la vénérable maison Hugel et Fils, flacon estampillé 1989, l’année de naissance de mon dernier fils, Victor, et année commémorative marquant la 350 ème vendange de la maison de Riquewihr. Hasard ou pas, c’est aussi l’année où le grand sommelier alsacien Serge Dubs a reçu le titre de Meilleur Sommelier du Monde. Aujourd’hui, c’est lui qui commente sur le site Hugel la plupart des vins commercialisés par cette maison de négoce également propriétaire d’une trentaine d’hectares. Le temps passe et son infatigable animateur, Jean Hugel, n’est plus là pour m’apporter le bon mot qui pourrait définir ce millésime 1989… Mais son neveu Étienne tient la barre de commentateur officiel avec fierté et hardiesse !

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Chez les Hugel, on ne juge pas nécessaire de revendiquer l’appellation Grand Cru. Il reste cependant que les raisins très mûrs qui composent cette cuvée proviennent, en principe, du Schoenenbourg, l’un des grands crus de Riquewihr reconnu depuis des lustres pour sa production de riesling. Incidemment, je suis choqué par l’état de conservation du bouchon  déjà confit au point de s’émietter au moindre contact. Je m’étonne que des producteurs de grands vins n’apportent pas plus de soins à ce travail de finition qui consiste à clore la bouteille avec un liège adapté à une éventuelle longue garde. Quelques centimes de plus afin de finaliser en beauté son travail ? D’emblée, je suis transporté par la robe soutenue et chatoyante qui évoque l’ambre et le vieil or. Une invitation au voyage. Une fois de plus, le premier nez n’est pas spécialement éloquent : il tend vers de timides notes de cire, de pain d’épices, de sous-bois. On sent venir un je ne sais quoi (mousse, champignon) indiquant des signes de vieillesse sans que ceux-ci dénaturent pour autant le style opulent du vin.

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Au premier contact, la bouche se montre tel un ouragan qui tenterait de balayer le palais. Mais cette puissance se calme assez vite pour laisser place à un sentiment d’apaisement et de plénitude. On renoue avec la sagesse du cépage ; son sens du pacifisme prend le dessus. Notes concentrées d’orange amère, de kumquat, d’écorce de citron, on a presque l’impression que des tannins de peaux semblent vouloir marquer la bouche et l’on finit plus sur du sec que sur le sucré, ce qui pour moi ressemble à la véritable expression que l’on est en droit d’attendre d’une vendange tardive. Une chose est sûre : la finale ne prête à aucune confusion, puisqu’elle est nette et fraîche comme ce fut souvent le cas dans cette série que je me suis infligée. Ah, j’oubliais la truffe, mon obsession gustative. Ici, je la devine plus au nez qu’en bouche, mais en attendant encore une décennie, je vous fiche mon billet que ce sera l’inverse ! D’ailleurs, au passage, je verrais bien ce dernier vin sur une poularde en demi-deuil…

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Qui que vous soyez, riche ou pauvre, grand amateur ou simple débutant, comme moi, je l’espère – et j’en suis sûr -, vous aurez été vous aussi, ou vous le serez un jour, surpris par cette étonnante atmosphère de paix que procure ce sacré cépage si largement implanté en Alsace qu’il en est devenu un peu le symbole (sans oublier l’opulent gewurztraminer, bien sûr). Pendant trois semaines, il m’a détourné des autres cépages tant son pouvoir d’attraction a été fort. Alors, s’il vous arrive d’en avoir en cave, ou si votre intention un jour est d’en avoir, choisissez-le de préférence Grand Cru et gardez-le à l’abri des regards le plus longtemps possible. Par pitié, laissez-le reposer en paix. Mais n’attendez pas qu’il trépasse, car vous pourriez bien disparaître avant lui !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)

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Riesling d’Alsace, la paix (2 ème fournée)

Je suis maintenant sur un autre riesling, un 2005, un autre genre bien que lui aussi de Vendanges Tardives. Je suis dans l’interprétation bien dosée, précise et sage des dames Faller. Le vin a été vinifié par Laurence, aujourd’hui partie rejoindre le paradis des vignerons, à partir d’une vigne d’une autre terre, d’une autre vigne, celle du Schlossberg, celle d’un autre Grand Cru. La blondeur n’est plus vraiment vénitienne car elle est moins soutenue. Outre de très légers reflets gris-vert, on a un vin plus lumineux, plus ensoleillé, plus jaune, plus blond quoi. Ici, on est sur la douceur fruitée, notes d’angélique et de poire confites, de fleur de tilleul par la même occasion. La douceur est présente tout du long, un peu trop penseront certains chichiteux. Pour ma part, je la trouve certes aguichante, mais belle et pas du tout ennuyeuse. Encore une fois on doit cette beauté singulière à la grâce et la fraîcheur acidulée qui l’habille. Revue quatre jours plus tard, alors que le flacon était à moitié vidé, cette grâce particulière semblait revivre avec un surcroît d’intensité.

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Ce 2005 me revient en bouche avec limpidité. Il s’étale en gras et fraîcheur, avec une saveur d’une insondable diversité (tilleul, mangue, ananas, miel, truffe, clémentine, cédrat confit, écorce de citron…), une richesse démultipliée, plus prononcée et bien plus persistante qu’au début de l’ouverture. La finale est d’une telle infinie longueur qu’elle me fait renoncer au comptage des caudalies vers lequel il m’arrive de glisser. Et c’est sans parler de l’étendue de fraîcheur qui tapisse le palais un bon moment après avoir avalé le vin. Cela me fait penser à un vaste horizon de montagnes qui pourraient bien ressembler à la Route des Crêtes vosgiennes. Une fois de plus, j’ai débouché un monument, un modèle du genre riesling.

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Plus vieux ? Voyons un 2004, par exemple. Prenons un des plus grands noms : le Clos Saint Urbain (vous saurez tout ici, en allant jusqu’au bout) en plein cœur du très volcanique Rangen, celui de Thann qui fut tant admiré par Michel de Montaigne. En ce temps-là, pas au temps de Montaigne, bien sûr, mais au temps béni où je me rendais souvent Alsace, l’immense Léonard Humbrecht était encore aux côtés de son fils Olivier comme il l’est probablement toujours, mais de manière plus discrète. Peu importe d’ailleurs, car la discrétion est ici affaire de famille : on a beau être grand par la taille, par la qualité du travail et les soins que l’on apporte à la vigne, ce sont des valeurs dont on ne se vante pas. Comme d’autres l’ont écrit avant moi, c’est en buvant son vin que l’on voit le vigneron.

Robe jaune jonquille, la finesse du nez ne demande qu’à répondre aux sollicitations de ma main qui ne cesse de faire tournoyer le liquide. À chaque mouvement de mon poignet, le vin exhale, tantôt crémeux, tantôt floral, une pointe de rose fanée par ci, un nuage de lilas mauves et d’iris par là. Indéniable finesse au nez, bouquet intense, on sent une fois de plus venir la truffe blanche qui va pouvoir accompagner un risotto aux petits pois.

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J’ai vraiment eu du pif en mettant ce vin de côté, car je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup encore en vente. En effet, il fallait parier à l’époque sur la structure et la puissance du riesling associé à la roche du Rangen pour se dire que cela en vaudrait la peine plus de dix ans après. Pour une fois que je m’envoie des fleurs… En bouche un aspect prégnant, une présence inouïe et persistante, une volonté incontrôlable de vouloir marquer le palais, une manière noble de s’imposer. Vingt quatre heures après, un peu plus de caractère salin, semble-t-il, plus herbacé aussi, avec la force qui s’en suit, le riesling n’est pas prêt de s’effacer. Les effluves floraux se sont presque tous volatilisés mais l’impression de finesse est encore là. Et la fraîcheur reste en bouche telle une veilleuse qui vous enjoint de fermer les paupières sans pour autant s’endormir. Un rêve éveillé. Hélas, je n’ai plus de foie gras mi-cuit au naturel à me mettre sous la dent… encore moins de risotto.

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Évidemment, après une telle pointure, il va falloir être très clément envers le vin qui suit, juste dans la foulée. Une teinte de bronze assez prononcée, un nez de fruits confits (pruneau, ananas, pomme…), un tantinet oxydé, assez concentré et mou en bouche, au premier abord, ce 2004 du Rosenberg, celui de Wettolsheim, est un beau piège de dégustation aveugle pour la bonne raison qu’il est déroutant, complètement inattendu. Ses parents, Geneviève et François (ce dernier aujourd’hui disparu) Barnès, sont des biodynamistes convaincus, comme la plupart des vignerons qui m’ont interpellé en Alsace ces trente dernières années. Le vin qui, tout compte fait peut paraître un peu brumeux au départ, se dévoile peu à peu et s’ouvre sur la fraîcheur. Étrangement, il nous fait d’abord penser à un Jerez avec quelques touches de noisette fraîche en bouche, mais comme j’ai horreur de ces comparaisons, je n’insiste pas…

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À l’aération forcée, il évolue toujours dans son sens initial, voguant sur l’oxydatif, allant de plus en plus vers la ténacité, la longueur et une finale plutôt sèche et feuillue d’un fort bel effet ma foi. Il me fait penser à un écrivain classique d’un autre siècle ruminant son histoire, penché sur une table éclairée par une chandelle. Ma compagne, elle, n’a guère apprécié ce style, ce qui fait que j’ai bu ce riesling très spécial à moi tout seul comme à chaque fois que j’ouvre une bouteille de fino d’ailleurs. À l’instar du précédant, il affiche bien ses 14° d’alcool et c’est à température cave que je l’apprécie le mieux (entre 13 et 15°) sur un fromage à pâte dure, vieux cantal ou beaufort. Je serais aussi curieux de voir ce qu’il donnerait sur un vieux parmesan, mais voilà, je n’en ai pas sous la main. Mon fromager non plus !

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Je sais que les dégustations sont toujours matière à caution, que ça ne passionne pas le gros de nos chers Lecteurs, que les mots utilisés pour décrire un vin ne plaisent pas à tout le monde, et qu’en outre la naïveté que j’aie qui consiste à aborder un vin comme s’il s’agissait d’un personnage important, ne sied guère. Mais voilà, vous n’y couperez pas ! Afin de rattraper mon retard sur le sujet du dieu Riesling, vous aurez droit Jeudi prochain à une troisième et dernière fournée. Tant pis pour vous !

Michel Smith

 

 

 

 

 

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