Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Très grande surface oblige…

Levez le doigt, ceux qui ne mettent jamais un pied (ou deux) dans l’infamante enceinte d’un hypermarché !?

Allez, faites donc un effort !

Ne vous drapez pas dans votre consumérisme puritain !

Bon, je ne vais pas faire les comptes, mais ils ne doivent pas être nombreux parmi mes lecteurs du jour ceux qui refusent aussi vertueusement qu’obstinément le chemin de croix qu’engendre quelques heures par an de déambulations dans les travées d’un Carrefour ou d’un Casino de compétition. Pour ma part, comme bien d’autres, je cède le moins souvent possible, carte de crédit à la main, à ce rituel obligé tout en grommelant et en maugréant. Depuis près de deux ans que je vis à Béziers, c’est le troisième fois que je sacrifie à la règle et que je m’octroie un parcours forcé et frénétique dans ce «monstre de la consommation» qu’est l’Auchan du Biterrois. Papier toilette XXL, mouchoirs blancs, sacs de congélation, sacs poubelle, lessive… je vous fais grâce des détails de mon shopping longue durée.

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Bêtement – naïvement, devrais-je dire, bien plus par curiosité professionnelle qu’autre chose, il m’arrive lors de ces échappées bassement matérielles de profiter d’un instant magique dans l’univers de la démesure de masse pour passer quelques minutes au calme au sein des rayons « boissons », rien que pour voir où en est mon monde pinardier. N’oubliant pas, au passage, que c’est en grandes surfaces que les trois quarts (au moins) de nos vins sont écoulés. Par rapport à ma dernière visite, je constate un accroissement significatif du rayon « bag in box » avec des boîtes d’IGP et de cépages de toutes sortes, de toutes couleurs et de tous contenants. En bout, ou en tête de rayon, je ne sais plus, je me rends compte qu’un certain nombre de bouteilles de Beaujolais sont plus que soldées. Ni une ni deux, j’ajoute à mon caddy un des derniers flacons qui, bien que bradé à 50 %, me rassure de par son origine. Heureusement que j’en connais un rayon sur les communes de nos appellations !

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Il s’agit d’un Beaujolais Nouveau (2017) de la Cave de Bel Air, à Saint-Jean-d’Ardières. Une référence pour moi. L’étiquette est sympa, la contre-étiquette pas si idiote que ça et je me dis qu’il serait urgent pour moi  de constater si ce vin-là a encore quelques mots à me dire. Il est vrai que la mention « à consommer rapidement » m’incite à ne pas tarder à l’ouvrir pour mieux l’engloutir. À moins que ce ne soit son prix de 3,90 € le flacon ! Que voulez-vous, on s’ennuie quelque peu lorsque l’on est à la retraite dans une ville de province… Faut bien s’occuper.

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Bref, sitôt arrivé à demeure, le vin est débouché par ma sommelière en chef, Brigitte. En général, elle n’aime pas trop le gamay et c’est bien pour cela que je la presse d’y goûter en premier m’attendant à la pire des remarques en patois montréalais. Eh bien non !

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Le vin lui plaît bien, tandis que je le trouve de mon côté parfaitement dans son jus et dans son rôle de convivialité : le fruit est bien là (framboise) sans être putassier, il a même une certaine finesse et la bouche se la coule douce sans oublier de nous rafraîchir tout en nous ouvrant un instant les portes d’un pays joyeux où les impôts locaux, la vitesse limitée à 80 km/h et l’augmentation salée des péages autoroutiers n’auraient, sur nos cuirs burinés de vieux bikers, que l’effet d’un doux vent fripon et printanier.

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Tout le monde sait que c’est la presse qui (paraît-il, moi je dis que c’est la rue…) fait l’opinion. Or, en matière de vin, la presse spécialisée, lorsqu’elle ne survit pas grâce aux pages de pub du gros négoce et des groupements de coopératives, tous au passage serviteurs de la grande distribution, se fait un honneur de dénigrer l’univers des grandes surfaces. Comme si nous en étions encore à l’âge de pierre lorsque nous partions tous en week-end dans le Sancerrois afin de remplir nos coffres de caisses de vins achetées à prix d’or chez le producteur en personne…

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Chez nous, ici, aux 5duVin, pas de pub ! Hormis celle, indirecte, que nous faisons en chantant les louanges de vins autrichiens ou andalous. Je suis donc libre de dire sans craindre la flagellation publique que oui, rapport qualité-prix parlant, nos horribles grandes surfaces sont à même d’offrir de belles bouteilles. Comme cette jubilatoire Blanquette de Limoux, elle aussi à moins de 5 euros (4,99 €), mise en bouteilles pour Auchan par la très qualitative maison Antech, à Limoux, sous-préfecture de l’Aude, et signée Pierre Chanau.

Alors, que pète la blanquette ! Car c’est bien avec notre « Champagne du Sud » que je vais trinquer aujourd’hui afin de mettre un point final à cet article !

Michel Smith

 

 


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Bulles : une (petite et modeste) revue de détail

J’y vais tous les ans vu que ça a lieu chaque année au même endroit, à la même période et toujours selon le même principe : invités à un mois de Noël par Jean-Pierre Rudelle, le patron du Comptoir des Crus à Perpignan, les représentants des maisons de Champagne viennent avec armes et bagages faire goûter aux amateurs deux (parfois trois) de leurs cuvées, vins que l’on retrouve en vente pour ce jour-là à un prix «d’ami ».

Simple comme bonjour, cette initiative est aussi l’occasion pour moi de faire une petite révision champenoise. Et si j’en profite pour revoir mes avis sur des marques qui me sont familières, grandes ou petites, je m’attache aussi à découvrir de nouveaux noms comme le champagne Charpentier (acheté 16 € l’an dernier) qui a fait le bonheur de ma cave durant l’année écoulée.

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Idée de décor ! Photo : BrigitteClément

Je vous en parlais en 2013 et déjà j’étais enthousiaste à l’idée que cette journée devienne une sorte de rituel. Il suffit de s’offrir un verre (10 € remboursés en cas d’achat) et de se promener au gré des barriques (renversées debout) transformées en comptoir de présentation et de dégustation. On peut même s’amuser à faire cela en accéléré. En se pointant par exemple dès l’ouverture, vers onze heures du matin. Le tour complet prend environ une heure trente avec une quinzaine d’arrêts et un temps plus ou moins long passé à discuter avec les représentants en fonction de l’intérêt de leurs vins ou (et) de leur connaissance du terrain. Bref, cela représente un apéritif studieux, juste avant d’aller déjeuner la faim au ventre quelque part en ville.

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Le champagne expliqué aux clients… Photo : BrigitteClément

Un exemple à suivre

Tous les cavistes (ou presque tous) devraient pouvoir organiser une telle journée et il me semble qu’ils sont de pus en plus nombreux à le faire dans d’autres grandes villes. Pour rendre la chose encore plus palpitante, il y a des habituées parmi les maisons qui font se déplacer une de leurs « commerciaux ». Cela permet de faire des comparaisons avec les vins voisins, de noter des changements de goûts ou de chef de cave. Puis chaque année quelques nouvelles marques en remplacent d’autres avec, parfois une ou deux cuvées d’exception, histoire de briller – ou de frimer – plus encore aux yeux des amateurs. L’avantage, c’est que ça tourne. Cette année, point de Pol Roger, de Krug, Jacquesson, Drappier ou Veuve Clicquot, guère plus de grosses pointures comme Moët et Chandon, peu de petits récoltants-manipulants et aucune coopérative de taille, à l’instar de celle de Mailly présente lors de je ne sais plus quelle édition.

Voici donc les bulles les plus marquantes de ma tournée 2017.

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Quelques remarques préalables : pas d’ordre précis dans cette revue et toujours pas de notes chiffrées, je préfère la (ma) description, brève et parfois sommaire. Peu de description sur le ressenti au nez car dans ce genre de dégustation on est un peu pressé par le public et il faut aller droit au but : la bouche. Sachant que cette dégustation ne se faisait pas à l’aveugle, la seule chose que j’avais devant les yeux, en dehors du vin, était la marque du champagne, le nom de la maison si vous préférez. Pour ne pas être trop influencé, je refusais toute explication sur la composition de la cuvée et sur son prix de vente dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin. Parlons-en du prix : dans ce qui suit, je vous donne le tarif consenti pour ce jour-là et le prix normal en boutique pour les jours à venir. Et quid du verre ? Sincèrement, j’ai oublié de noter ce détail (le nom de la verrerie) qui a pourtant son importance. Tout ce que je sais, c’est que j’ai décliné la flûte que l’on me tendait et que, grâce à mon pote caviste, j’ai pu bénéficier d’un beau verre assez large afin que je puisse considérer le champagne comme ce qu’il est : un vin à part entière et non une simple boisson à bulles.

-Deutz. Avec cette maison d’Aÿ la dégustation démarre toujours bien : j’ai l’impression d’être chez moi, de cultiver mon jardin. Tout commence avec un Brut Classic à majorité pinot noir qui m’enchante toujours tout bêtement parce qu’il « nettoie bien la bouche », qu’il la « prépare » à affronter la suite. Je ne sais pas pourquoi je mets tous ces mots entre guillemets, mais je les trouve adaptés à cette sensation de belle acidité, de fruits blancs et de longueur honorable (35,10 € au lieu de 39 €). Le blanc de blancs 2011 qui suit est encore plus engageant : crémeux dès le nez, il l’est ensuite en bouche. Matière riche, amplitude, fraîcheur et longueur, tout y est ! (62,10 € au lieu de 69 €). Au passage, j’attends avec impatience la nouvelle cuvée William Deutz 1990 de pur pinot-noir que je viens de mettre en cave pour quelques mois.

-Charles Heidsieck. Pas de problème non plus avec cette maison qui assure dans la régularité depuis pas mal d’années. Brut Réserve à la mousse frénétique, enthousiasme et fraîcheur en bouche, sans oublier l’équilibre, le tout avec une jolie finale (35,10€ au lieu de 39 €). Le Rosé Réserve assure lui aussi d’emblée une très belle prestation : droiture, netteté, franchise (48,60 € au lieu de 54 €).

-Le Gallais. Dans la vallée de la Marne, à Boursault, la maison produit une Cuvée des Cèdres (brut nature) : nez assez fin, bouche directe et expressive sur un équilibre bien dessiné (31,50 € au lieu de 35 €). La Cuvée du Manoir, par laquelle j’aurais dû commencer, donne un vin d’apéritif, plus marqué par l’acidité d’une pomme granny-smith (26,10 € au lieu de 29 €).

-Grier. Pas une marque champenoise, mais une maison sud africaine qui passe là-bas pour être le pionnier du mousseux de qualité. Installée depuis quelques années au fond de la vallée de l’Agly, dans les Pyrénées-Orientales, la famille Grier progresse indéniablement dans ses assemblages de macabeu, carignan blanc, grenache gris et autres vieux cépages locaux associés au chardonnay du coin (25%). Nez fin légèrement épicé, bouche pleine, riche, structurée et longue (11,70 € au lieu de 13 €). Deux vins sud-africains pour suivre : le brut Villiera Tradition (chardonnay pour moitié, reste pinot noir et meunier), 18 mois sur lies, croustillant, long et frais jusqu’en finale (11,70 € au lieu de 13 €) ; l’autre, le Monro brut, particulièrement droit en bouche, très long et marqué par une belle acidité (22,50 € au lieu de 25 €). D’excellents rapports qualité-prix et mon choix pour cette année.

-Bollinger. Une seule cuvée à goûter, celle qui fait figure de BSA, le Spécial Cuvée. Densité et matière en bouche, richesse et longueur sans emphase, c’est un classique auquel j’adhère volontiers (44,10 € au lieu de 49 €).

-Lallier. Difficile de passer après Bollinger, mais ce Brut Nature, aussi puissant que sérieux en bouche est joliment structuré et doté d’une belle longueur (31,50 € au lieu de 35 €). Le Grande Réserve, m’est paru moins bavard bien qu’il se distingue par sa richesse et sa longueur (26,10 € au lieu de 29 €).

-Ruinart. Un très chardonnay R de Ruinart dense, vif, animé, mais crémeux, fin et équilibré. Il me semble noter un changement dans le rajeunissement de cette cuvée que je goûte pour la première fois avec un plaisir intense (41,40 € au lieu de 46 €) alors qu’auparavant je n’étais guère attiré. Le Blanc de blancs quant à lui est très frais, assez craquant, aussi soigné en longueur qu’en équilibre (62,10 € au lieu de 69 €). Le rosé était trop glacé pour être sérieusement annoté, si ce n’est que je l’ai trouvé d’une richesse assez éclatante (62,10 € au lieu de 69 €).

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-Henri Giraud. En progression, me semble-t-il, par rapport aux années précédentes, cette maison d’Epernay m’a bluffé avec son Esprit Nature bien sec, pinot noir et meunier, lumineux en bouche, marqué par une belle acidité (35,10 € au lieu de 39 €). Le Blanc de craie est un pur chardonnay (si j’ai bien compris) qui fait beaucoup d’effet : hauteur, puissance, netteté, équilibre, longueur (44,10 € au lieu de 49 €).

-Jean-Noël Haton. Vignerons indépendants de Damery, les Haton proposent un Brut Classic blanc de noirs d’une belle franchise idéale pour l’apéritif accompagné de crustacés (20,60 € au lieu de 22,90 €). Une autre cuvée Extra retient l’attention pour sa largesse, son amplitude, sa fraîcheur et ses notes poivrées (32,40 € au lieu de 36 €).

-Besserat-Bellefon. Toujours un faible pour cette maison qui se maintient à un bon niveau qualitatif. Une cuvée Grande Tradition au joli nez grillé, simple mais bien ficelée en bouche avec ce qu’il faut de fruits blancs et une finale sur la fraîcheur (21,60 € au lieu de 24 €). En brut, la Cuvée des Moines (déclinée en plusieurs cuvées, y compris rosé) se remarque par sa droiture, son amplitude, sa fraîcheur et son fruité persistant jusqu’en finale (28,80 € au lieu de 32 €). On notera enfin un magnifique Grand Cru Blanc de blancs toujours marqué par une large amplitude, beaucoup de noblesse côté matière et une grande élégance générale (40,50 € au lieu de 45 €).

-Philipponnat. Remarquable cuvée Royale Réserve (non dosé) pour cette maison de Mareuil-sur-Aÿ plus connue pour son fameux Clos des Goisses absent de cette dégustation. Le nez ne manque pas de distinction, tandis qu’en bouche on ressent la vinosité du pinot noir allié à la complexité d’une part non négligeable de vins de réserve. Amplitude, fermeté et longueur pour un vin digne d’une belle entrée en matière lors d’un repas entre amoureux du vin (35,10 € au lieu de 39 €).

-Marie Sara. Marque d’une maison auboise donnant naissance à une agréable cuvée de brut à la fois simple et souple, aux notes crémées et à la longueur honorable pour une dominante meunier (21,60 € au lieu de 24 €). Une autre cuvée Extra Brut (non dosée), typée pinot noir, se révèle plus épicée avec des notes grillées (32,40 € au lieu de 36 €).

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-Laurent Perrier. L’Ultra Brut, que l’on ne présente plus, se distingue une fois de plus par sa complexité et sa longueur en bouche sur des notes pierreuses et fumées (43,20 € au lieu de 48 €), tandis que le brut (normal) La Cuvée, toujours aussi régulier, est tout simplement magnifique d’amplitude et d’expressivité, sans parler de son infinie longueur (35,10 € au lieu de 39 €). J’ai aussi retenu la même cuvée en rosé pour son imposante matière, sa densité et sa longueur en bouche (71,10 € au lieu de 79 €).

-Taittinger. Un Brut Prestige assez fin et complexe au nez, serré et dense en bouche (35,10 € au lieu de 39 €). La cuvée Grands Crus offre une trame toujours imposante et serrée sur des notes de fleurs des champs et une finale harmonieuse (47,70 € au lieu de 53 €).

-Charpentier. Une maison typique de la vallée de la Marne avec un Brut Tradition simple de par sa conception architecturale, aux trois quarts pinot noir, surtout marqué par des bulles très fines et de jolies notes fruitées (17 € au lieu de 18,90 €). Le rosé, assemblage pinot noir et chardonnay, nous promène sur de fines notes de fruits rouges dans une ambiance un peu plus vineuse (23,30 € au lieu de 25,90 €).

-Gosset. Le brut Excellence (majorité de pinot noir avec 40 % de chardonnay), très croustillant en bouche, offre de l’éclat, beaucoup de luminosité et de longueur (35,10 € au lieu de 39 €).

                                                                                                         Michel Smith

 


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Revoir Colombo, revivre Cornas !

Enquêtrice de choc, notre Marie-Louise a déjà presque tout déballé sur les frasques du personnage, comme vous pourrez le constater en suivant ce lien. J’ajouterai pour ma part que, pour résumer mon sentiment à chaque occasion où je me retrouve face à lui, Jean-Luc Colombo ne change pas et fait figure de fou génial qui remue ciel et terre pour atteindre son but. La communication étant chez lui une seconde nature, il peut déplacer des montagnes, renverser des obstacles, tout chambouler pour enfin obtenir le résultat, « son » objectif. Il ne le dit pas, mais son credo dans la vie consisterait à faire preuve d’une très forte notoriété face aux vignerons/négociants déjà bien établis entre Vienne et Valence, j’ai nommé Jaboulet, Chapoutier, Guigal et les autres. Un rien mégalo, il veut lui aussi sa part de gâteau sur la carte des grands crus du nord-rhodanien. Malgré tout cela, l’homme ne néglige pas l’amitié, bien au contraire : il la cultive. Et c’est pour cette raison majeure que je suis venu l’embrasser à l’occasion de ses 30 ans de présence et de fidélité à Cornas.

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Des tipis dressés au bas de Cornas pour abriter les festivités de Colombo. Au fond, les vignes de ce petit cru qui ne dépasse pas 200 ha. Photo:MichelSmith

Car il faut bien le dire, hormis la présence d’une ou deux vedettes – qu’il est loin le temps où l’on s’arrêtait sur la 86 chez le grand Auguste (Clape) dans l’espoir d’acheter un ou deux cartons en s’entendant dire : « Désolé, je n’ai plus rien à vendre, mais si vous voulez, j’ai tout à déguster ! » -, Cornas n’a jamais été le cru chéri de la plupart des goûteurs professionnels qui préférent les salamalecs d’un Marcel (Guigal) aux plaisirs plus simples d’un Voge ou d’un Lionnet. Trop au sud ce cru du Nord ! Trop beaujolais comme sonorité que ce Cornas granitique dernier de la liste. Et puis trop Ardèche, trop péquenot… Trop ? Oui, sauf pour des anglais dénicheurs de crus comme Tim (Johnston) ou John (Livingstonelesquels ne rataient rien des vins à découvrir dans ce « couloir magique » où émergeaient d’autres appellations méconnues telles Crozes-Hermitage ou Saint-Joseph. C’était l’époque où l’agriculteur du coin hésitait encore entre les arbres fruitiers et la vigne. Certains faisaient les deux, ce qui était plus rassurant à leurs yeux.

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Bordée par le Rhône, la petite ville de Tain et sa colline de l’Hermitage. Photo: MichelSmith

Alors ? Alors je n’ai jamais compris pourquoi la cote (les prix) d’un côte-rôtie ou même d’un hermitage pouvait être telle qu’elle reléguait Cornas au plus bas de l’échelle. Une injustice de plus à mes yeux de débutant ! Colombo pensait un peu comme moi. Dès son installation à Cornas, alors simple patron avec son épouse, Anne, d’un Centre œnologique toujours en activité, JLC s’est présenté, chemise ouverte et sourire au vent, comme le chantre de cette appellation oubliée et méprisée. Tout en attirant autour de sa personne une bande de jeunes vignerons en quête de gloire et de marchés. Un peu à la manière d’un Georges Vernay, il fonde à leur intention Rhône Vignobles. Ce titi marseillais qui adore cuisiner dans sa cheminée, va se construire un domaine qu’il souhaite inscrire dans la biodiversité puis dans la bio tout court. Parallèlement, il fonde son entreprise au sein de laquelle il révèlera quelques climats notoires devenus depuis les grands représentants de Cornas.

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Colombo (à gauche) et la gastronomie, une longue histoire. Photo : MichelSmith

Non content de développer une société de conseil parallèlement à une boîte de négoce, ce mec nous paraissait fou au point de mettre son vin en bouteille bordelaise pour le vendre au tarif d’un grand cru ! De quoi faire sortir Parker de ses sentiers battus et voir frémir les babines de Bettane. Et maintenant, voilà qu’il dirige une florissante et grande winery en bas du village, rue des Violettes, toujours avec Anne, mais aussi avec sa fille, Laure, véritable ressort ambulant aux joues bien roses, mariée à un vigneron de Saint-Péray et toute jeune maman d’une ravissante petite Lili. La soixantaine engagée, tel un parrain du bas de la Canebière, Jean-Luc Colombo règne en maître sur ses cuves et ses barriques, s’accordant quelques escapades dans son nouveau vignoble proche de son autre base familiale, à Carry-le-Rouet, et de sa chère Méditerranée.

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Photo : MichelSmith

On pourrait faire un livre sur ce personnage de roman. Lors de sa fête bisannuelle si bien décrite par Marie-Louise jeudi dernier, fête à laquelle j’étais également invité, tandis que notre sommelière nationale se débrouillait pour se concentrer sur les vieux millésimes (en 7, depuis 1987) des Ruchets, le cru-phare (et bio) de la famille Colombo, j’ai voulu de mon côté prendre quelques notes sur les vins mis en dégustation libre. J’en ai profité pour me concocter un petit tasting particulier avec l’aide de ma compagne, Brigitte, qui me présentait un à un les vins sans commentaires superflus tandis que j’étais confortablement assis sur une belle chaise en plastique, le carnet posé sur une nappe en papier encombrée de gadgets américains, vu que les US étaient à l’honneur. Ainsi, pour vous punir (ou vous récompenser) d’avoir lu jusqu’au bout, voici mes notes, en commençant par les blancs. Les prix indiqués sont TTC. Lors des Automnales, il y avait des réductions intéressantes sur bon nombre de cuvées.

-IGP Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». On devine une certaine altitude dans ce vin d’aspect facile (mais pas ennuyeux), ponctué de notes pierreuses et marqué par une belle acidité au point d’être à l’aise sur les huîtres laiteuses de Marennes. 10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Assemblage roussanne/clairette, délicat et gras en bouche, il reste dans la simplicité et demande un an ou deux de bouteille pour révéler pleinement ses arômes floraux. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « La Redonne ». Roussanne associée au viogner, ce blanc ne manque pas de tempérament de par sa fraîcheur, sa densité et sa structure forte d’une belle acidité. Sur des charcuteries. 14 €.

-IGP Méditerranée 2015 « Les Anthénors ». Il s’agit d’une clairette plantée sur les hauteurs de la Côte Bleue, près de Carry-le-Rouet, sur la commune de Sausset-les-Pins. Du gras, de la gourmandise et de la largesse en bouche, c’est un vin très élégant, assez inattendu, marqué par la longueur et qui s’accorde à merveille avec les poissons de là-bas. 28 €.

-Condrieu 2016 « Amour de Dieu ». Typé viognier (abricot sec), le vin est tendre à souhait, riche, voluptueux et plein en bouche. Il manque juste à mon goût un poil de structure, mais peut-être est il trop jeune ? Reste, qu’il se conduit fort bien à l’apéro ! 45 €.

-Sain-Péray 2016 « La Belle de Mai ». Le domaine bio de Laure et de son mari, peuplé d’animaux, donne ici un blanc auquel je n’étais plus habitué dans cette appellation : un style intense, tendre et régulier, mais aussi un fond de fraîcheur bienvenue et une très belle longueur. On ne s’en lasse pas ! Ce fut mon blanc favori durant ce week-end, même si j’estime qu’il a encore besoin de quelques années de cave. 28 €.

-Méditerranée 2016 « Les Collines de Laure ». Un premier rouge facile, syrah pure, dense et bien rythmé en bouche, notes viandeuses et épicées. Parfait pour un tajine de poulet ou de pigeon. 10,10 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Abeilles ». Rouge simple où le fruit s’accorde avec les petits tannins poivrés. Un assemblage, grenache, mourvèdre, syrah à boire frais sur de petites grillades. 9,90 €.

-Côtes du Rhône 2016 « Les Forots ». Plus de classe à l’évidence : matière bien balancée par l’opulente d’une expressive syrah, voilà un rouge droit dans ses bottes, capable de tenir 4 à 5 ans grâce à ses tannins joliment associés aux fruits rouges. Finesse en fin de bouche. 14 €.

-Saint-Joseph 2016 « Les Lauves ». Sur la réserve, dense, trame tendue, droiture et équilibre, tannins bien en vue, fruit un peu vert en finale, cela ressemble à un bon vin de garde. 25 €.

-Côte Rôtie 2015 « La Divine ». À la fois tendu, serré et très porté sur le schiste, sans oublier la fraîcheur et l’élégance, voilà un vin secret qui n’est pas prêt de se livrer dans l’immédiat. Syrah bien sûr, avec une pointe de viognier. 48 €.

-Châteauneuf-du-Pape 2014 « Les Bartavelles ». Encore un rouge sous tension, notes de fruits rouges en veilleuse, longueur. Ce n’est pas un foudre de guerre à mon avis, mais il serait plus sage de le rejuger dans 5 ans. Environ 40 €.

-Cornas 2015 « Les Méjeans ». Cette bouteille bourguignonne (serait-ce du négoce ?) livre un rouge dense, prenant et vif. Finale sur des tannins plutôt secs. Attendre encore… 29 €.

Cornas 2015 « Terres Brûlées ». D’emblée le nez s’impose sur la finesse. Assemblage soigné des raisins du domaine provenant des différentes parcelles, c’est l’archétype du cornas qui vous saisit avec fermeté dans son enveloppe d’épaisseur, de densité. Longueur remarquable, les tannins sont bien là, presque trop sévères pour le moment. Laisser passer au moins 10 ans avant de goûter ce vin sur un gibier à plumes, un salmis de palombe, par exemple. 39 €.

-Cornas 2015 « Les Ruchets ». Bien décidée à imprimer son style sur cette parcelle de vieilles vignes face au levant, une vigne qui symbolise l’attachement de ses parents à Cornas, Laure Colombo a réalisé à n’en pas douter une de ses pièces maîtresses. Nez encore plus fin et pointu que le précédent, on ressent en bouche toute la force de ce terroir bien spécifique. Structure prononcée, matière et tannins en réserve, complexité, longueur, c’est un vin que l’on garde 20 ans sans craintes, pour accompagner un canard au sang ou un chevreuil avec une sauce aux truffes. En élevage, la version 2017 s’annonce majestueuse ! 67 €.

-Cornas 2015 « La Louvée ». Nez très fin et caressant, délicatement épicé, voilà une vraie cuvée « sudiste » avec son amplitude gracieuse et harmonieuse, une belle épaisseur en bouche, une force contenue et des tannins magnifiques qui se cachent en réserve. Entre 10 et 20 ans de garde selon la cave. L’agneau s’imposera ! 75 €.

À mon grand regret, l’autre grande cuvée de Laure, « Le Vallon de l’Aigle » 2015 (Cornas), n’était pas proposée à la dégustation. Vinifié uniquement dans les très grands millésimes, elle ne dépasse pas le millier de bouteilles. Il paraît que c’est quelque chose d’unique ! Environ 130 €.

Michel Smith

 


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D’un naturel qui dénature grave

Attention ! La vidéo qui va suivre, vue à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux ces derniers jours, déclenchant au passage pas mal d’émois et d’indignations – à commencer ceux de votre serviteur, est un condensé de clichés, d’idées fausses et d’affirmations outrancières. Sans rechercher le jeu de mot, elle dénature le vin tout en cherchant à démontrer que le vin dit « nature » ou « naturel » est supérieur en goût comme en propreté au vin que les tenants du « nature » qualifient de « conventionnel ».

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170929.OBS5320/le-vin-normal-contient-12-pesticides-le-vin-naturel-aucun-plaidoyer-pour-le-vin-naturel.html

Publiée d’abord en une sorte de tribune libre sur le site du Nouvel Observateur par Antonin IommiAmunategui, avec pour titre choc « Le vin conventionnel contient jusqu’à 12 pesticides, le vin naturel, aucun », elle a été reprise peu de temps après une parution sur mon compte Facebook par un journaliste de l’Obs qui en a atténué très modérément la forme pour en garder le fond.

Mais revenons à Antonin. Organisateur d’un salon du vin « nature » à Lyon, c’est un jeune homme sympa devenu depuis quelques années un défenseur intransigeant du vin « nature » allant jusqu’à éditer, en 2015, un « manifeste », livret à propos duquel j’avais pondu pour vous une petite chronique que vous pouvez relire ici.

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Et voilà qu’il récidive, de manière plus caricaturale, avec la vidéo présentée plus haut. Personnellement, vous le savez, je n’ai rien (ou si peu) contre les vins «nature» ou «naturel» dès lors qu’ils sont buvables, bons et sincères…, francs et loyaux, comme on disait naguère. J’en ai vanté plus d’un sur ce site du temps où j’étais bien plus prolixe qu’aujourd’hui. Ceux qui me connaissent savent que les seuls vins que j’écarte réellement de ma bouche sont les plus mauvais qu’ils soient industriels, bio, biodynamistes et même « nature », qu’ils soient issus du négoce, d’une cave coopérative ou d’un vigneron gros, moyen ou petit. Comme je le disais dans un autre article (décidemment, vous allez en avoir de la lecture ce dimanche…) publié la même année, article à parcourir ici même, je qualifierais volontiers les vins de la mouvance «nature» de vins aventureux tant il peut y avoir de différences d’une bouteille à l’autre sur le vin d’une même cuvée. Or, puisque je ne crache jamais sur les aventures, que je suis ouvert d’esprit, je les goûte volontiers… tout en ne me privant pas de les critiquer comme je le ferais avec n’importe quel autre vin. Bref, vous m’avez compris.

Dire que certains vins sont bourrés de produits chimiques passe encore, mais tous, certainement pas, car si c’était le cas je ne serais pas là pour en parler. Certains, entre parenthèse tous ceux que je bois avec mes amis ou même tous les jours, n’ont rien de « standardisé » et sont même autrement plus agréables que bien des « natures » ou « naturels » qui recèlent parfois des odeurs de fumier et d’écurie que les amis d’Antonin cherchent à anoblir en affirmant qu’ils sont meilleurs au bout de 48 heures ce qui, bien souvent est loin d’être le cas. Lorsque me vient l’envie de boire du vin je n’ouvre pas 36 bouteilles dans l’espoir qu’elles seront meilleures après demain. Lorsque j’ouvre une bouteille, je veux la boire, l’apprécier et la vider sur le champ ! Une chose est certaine : les vins que mes amis et moi buvons « avé plaisir » ont chacun un accent particulier, un style, une saveur. Ils sont « conventionnels », comme le fait remarquer Antonin, « naturels » aussi (oui, j’en trouve de délicieux !), bio ou autre, mais Ils sont le reflet d’un vigneron ou d’une vigneronne que je connais et en qui j’ai confiance. Il se peut que je sois quelque peu endurci depuis 40 que je pinardise en Europe, mais n’ai jamais mal au crâne en les buvant.

Rappelons au passage qu’il n’y a aucun texte législatif concernant l’emploi des mots « nature » ou « naturel » et que cela engendre bien des confusions au point que mon propre vin, celui que je fais avec mes associés et amis, pourrait se dire « naturel » tout autant que le vin de mes voisins dont les vignes subissent trois ou quatre traitements par an. Je ne nie pas qu’il y ait des dérives avec des produits interdits en France et achetés en Espagne, de même qu’il y a encore beaucoup trop à mon goût de vignes sur-traitées.

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez qu’il est très facile de faire du bon vin : il faut travailler dur pour avoir l’espoir d’obtenir de très beaux raisins et il faut aussi une bonne dose d’inspiration. Non seulement l’approche est alors naturelle, mais le jus n’aura besoin d’aucuns produits de maquillage durant la vinification et l’élevage, enfin si peu… Et je connais des « naturistes » qui en usent et en abusent parfois, de même qu’il y en a qui sont respectueux de la qualité de leur vendange mais qui ne se privent pas de traiter s’il le faut.

Alors de grâce, cessons ces agissements contre le vin. Cessons de généraliser, de cloisonner, de compartimenter, de diviser.

Michel Smith

Pour élargir le débat et ne pas mourir idiot, deux lectures indispensables :

La première nous vient du blog d’André Fuster qui, souvent avec ironie mais aussi avec férocité, démonte point par point les sottises et les énormités si fréquentes dans le discours « naturiste » d’Antonin.

http://vitineraires.blogspot.fr/2017/10/12-pesticides.html

http://vitineraires.blogspot.fr/2017/10/un-verre-de-pesticides-non-juste-un.html

L’autre, signée Nicolas Lesaint, raconte, non sans logique et détermination, les problèmes parfois difficiles à résoudre qui accompagnent la vie d’un vigneron au quotidien.

https://reignac.com/blog/2017/10/venez-on-vous-expliquera.html

 


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En quête de crachoirs

Oui, le crachoir, parlons-en du crachoir. Encore un sujet redondant chez moi. Faudrait d’ailleurs que j’aille consulter, car ce doit être la troisième ou quatrième fois que j’aborde ce terrain (glissant) au sein de ce blog. La dernière fois, c’était il y a deux ans à propos d’une fête du vin, celle d’Aniane, au nord de l’Hérault et aux portes du Larzac. Un article plutôt positif d’ailleurs que l’on peut visionner ici. Aujourd’hui, si je reviens là-dessus, c’est parce que j’estime que le sujet du crachoir devient de plus en plus sérieux et préoccupant en même temps que l’objet, le crachoir donc, se fait de plus en plus rare. Bien trop rare à mon grand regret.

Photo©MichelSmith

Voyons voir où se situe la source de mon ire. Le week-end dernier, j’ai participé à une fête bon enfant vers laquelle je vous incitais à aller dans mon article de dimanche passé. Organisée par les vignerons du Minervois parmi lesquels il me reste quelques amis qui supportent encore mes remarques parfois acerbes, je dois dire qu’elle était fort bien menée. Une cinquantaine de vignerons heureux faisaient couler le vin avec bonne humeur au sein d’un village attachant ayant pour nom Bize-Minervois.

Auprès d’eux, à chacune des barriques visitées – oui, désormais les vignerons ne sont plus derrière une table mais devant ou à côté d’une barrique dressée à la verticale -, je m’étonnais de ne point voir de crachoir. Et devinez la suite : pour bien déguster les vins – ce n’est que plus tard que je me suis empressé de les boire -, je devais me faufiler entre les vignerons et la foule en goguette afin de trouver un pied de platane et un peu de terre libre pour y cracher mon vin et non pas mon venin. J’ai même failli arroser des promeneurs en bordure de Cesse, c’est dire que je mettais du coeur à l’ouvrage ! Vous saisissez, maintenant ? Et comprenez mon désespoir ? Pas un crachoir à l’horizon !

Bien entendu, vous me connaissez, à la moindre oreille attentive, dès que j’en avais l’occasion, j’exposais mon ressentiment. Et souvent j’obtenais pour réponse quelque chose comme ça : « Michel, enfin, les gens sont là pour boire, non pour déguster » ! Merci les gars, j’avais compris. C’est vrai que j’avais l’air un peu snob (ou couillon) sur ce coup là avec mon obsession pour le crachoir. Pas démontés, mes amis vignerons renchérissaient sur l’air du « Il s’agit d’une fête populaire autour des mets et des vins ». Soit, je veux bien accepter cet argument, même s’il va à l’encontre du thème choisi pour cette fête fort réussie par ailleurs. Dès lors, je ne pouvais pas esquisser mon irritation : « Moi, je veux bien. Mais dans vos pubs et votre dossier de presse, par ailleurs largement repris par le journal du coin, il est bien question de mariages mets et vins et non de beuveries façon féria de Béziers ou de Nîmes où tout le monde picole à gogo jusqu’à se rouler par terre. Quoi qu’il en soit, pour un mariage parfait, il faut déguster afin de choisir les vins que l’on espère être en accord avec les différents plateaux proposés ».

Visiblement, mon argument ne faisait pas mouche. En cette période de vendanges, mes interlocuteurs avaient d’autres chats à fouetter pris qu’ils étaient dans le flot des « qu’estce que c’est ? » de la foule d’assoiffés qui tendaient leurs coupes. « Une pure roussanne, madame, élevée sans bois provenant d’une vigne exposée nord-est… ». Et moi d’insister plus lourd que jamais : « Justement, c’est au travers de ce genre de manifestation que vous avez un message qui me paraît important à faire passer, celui de la dégustation qui permet, en recrachant, de mieux choisir les vins capables de se marier aux mets préparés par les grandes brigades du pays. En expliquant aux amateurs qu’ils peuvent cracher sans gêne, vous devenez des prescripteurs du savoir déguster et non du savoir picoler ».

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Maître Thierry officiant dans la VIP room…

Bon, à un moment, tandis qu’une vigneronne plus réceptive que les autres – la seule par ailleurs à être venue avec son crachoir – me déclarait qu’elle allait soulever la question au cours du prochain debriefing avec les organisateurs, je me suis senti obligé de resservir une proposition formulée au cours de cette fameuse fête du vin d’Anianne évoquée plus haut où il était question de crachoirs en terre cuite conçus par les potiers du pays. Pourquoi ne pas reprendre cette idée, trop compliquée semble-t-il, d’un crachoir « identitaire » (pardon pour ce qualificatif généralement réservé à l’extrême-droite), un objet artistique et pratique, commun à tous les vignerons et siglé de surcroît au nom de l’appellation ou de la manifestation ?

Sur cette proposition, je me suis dis que je ferais mieux de me rendre à « l’espace VIP » où Thierry, notre élégant sommelier régional, débouchait une centaine de vins pour une magistrale dégustation. Mon premier souci fut de vérifier l’épineuse question des crachoirs. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir deux énormes vasques de plastique transparent qui, justement, laissaient transparaître quelques tâches peu reluisantes dans une mer de rouge agitée. A l’évidence, personne ne s’était soucié de vérifier par avance que plusieurs crachoirs dignes de ce nom pouvaient être disposés sur le lieu de la dégustation.

Malgré ce déconvenues, je n’étais pas découragé et j’ai dégusté la plupart des vins exposés avant que les vieilles pies (VIP) ne débarquent bruyamment. Pour boire, non pour cracher.

Michel Smith


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La bise à Bize

Que faire en ce premier dimanche de Septembre ?

Si vous habitez le Sud ou si vous ne faites que le traverser, j’ai une halte rêvée pour vous. En gros, c’est entre Béziers et Carcassonne, à l’écart des autoroutes sans être perdu pour autant. Je vous propose de venir me faire la bise à Bize-Minervois, haut-lieu du vignoble languedocien pour deux saisons seulement, puisqu’on entre dans une sorte de Saint-Vincent tournante où, pour un cycle de deux ans, un village élu du Minervois est désigné pour accueillir les Tastes. Les Tastes en Minervois, puisque c’est le nom de la manifestation, est une sorte de festival autour du vin et de la gastronomie qui en est à sa 3 ème édition avec le ferme espoir de frôler le chiffre de presque dix mille visiteurs échelonnés en deux temps : le samedi soir pour festoyer et le dimanche, ce dimanche, pour prendre son plaisir en famille ou entre amis.

Attention, si vous me faîtes l’affront de me demander où se trouve le Minervois, je vous casse la gueule ! Ben oui, quoi. Vous êtes sur un site légendaire qui cause du vin et vous ne savez toujours pas que le Minervois et ses coteaux juste aux pieds de la Montagne Noire se trouvent dans le fameux triangle vineux qui va de Narbonne à Carcassonne avant le rejoindre Béziers, l’ex capitale pinardière devenue au fil des décennies pourvoyeuse de grands vins blancs, rosés et rouges ? Enfin, que ce triangle est traversé par le fameux Canal du Midi ?

Maintenant, pourquoi à votre avis je vous presse tant de vous rendre à Bize-Minervois ce dimanche, surtout, mais aussi ce samedi si vous le pouvez ? Pour plusieurs raisons, outre le fait que je serai de la partie, facilement reconnaissable par mon chapeau de paille plutôt authentique et élégant si on le compare aux imitations de panama et autre borsalino qui pullulent ces temps-ci. Plus sérieusement, je vous invite à venir découvrir un village qui sera non seulement investi dans la  promotion de ses productions locales (coopérative oléicole bien connue pour ses olives lucques, fromages de chèvre), mais aussi un village entièrement impliqué dans cette troisième édition.

Voulez-vous une liste de ce que vous y trouverez ou de ce que vous pourrez y faire ? Commencer par déguster, cela s’impose : une centaine de vignerons de l’appellation proposeront sur ces deux journées, dont une soirée, des vins sélectionnés en fonction des accords proposés par quatre chefs émérites de la région installés sur la placette, l’esplanade ou les ruelles de cette coquette bourgadee où 25 vignerons se relaieront à tour de rôle pour proposer la dégustation gratuite d’un de leurs vins estampillé Minervois. Et quoi d’autres, me direz-vous ? Un barista, spécialement venu de Toulouse, notre désormais capitale, sera là pour nous offrir ses cafés.

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le Domaine Luc Lapeyre sera bien représenté !

Bon, m’objecterez-vous, tout cela tournera autour du bio, inévitable de nos jours, du street food, du burger, de la world food et de toutes ces cochonneries dont on vous rebat les oreilles depuis des années afin de vous fourrer dans le crâne qu’il ne faut surtout pas devenir un has been. Vous n’aurez pas tort, et alors ? Quand je vous citerais quelques mini-plats proposés, maquereau à la flamme, farce fine de volaille sauce poulette, accra de crevettes, collier d’agneau confit, mozzarelle des Corbières (voisine d’en face), café au lait frappé en granité, baba au marc de muscat pour ne citer que ceux-là, je pense que vous viendrez volontiers me rejoindre. Sachant que cela ne vous coûtera que 15 € pour un un plateau équipé d’un vrai verre de dégustation et de quatre jetons pour cheminer dans un univers gourmand parsemé de vignerons qui vous attendent la bouteille à la main. Il y a également un espace pitchouns avec jeux et ateliers divers encadré par des professionnels diplômés, un repas aussi qui leur est préparé par le café du village, des promenades guidées et commentées dans les environs immédiats, des espaces soft drinks gratuits, des conférences… Un grand parking vous attend, ainsi que des dizaines d’agents de sécurité. Un site d’information sur le site du Minervois est consultable ici même.

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Profitez-en pour visiter non loin de là la belle cathédrale Saint-Nazaire de Béziers.

La raison pour laquelle je m’autorise à mettre en avant cette manifestation, c’est parce qu’elle est l’exemple de ce que devrait faire une appellation pour ne pas sombrer dans l’oubli. Avec ses nombreux bénévoles, sons sens festif et son organisation, elle fédère l’appellation tout en offrant au vigneron la possibilité de se faire connaître et de vendre son vin. C’est une bonne chose.

A demain donc, ou sinon à l’année prochaine, toujours à Bize !

Michel Smith

 

 

 

 


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Addio Domenico !

Comme un clin d’œil malicieux à la vie, on dirait une image tirée d’un film de Pierre Étaix… ou de Fellini. Non pas le portrait d’un clown – bien qu’il fut volontiers farceur -, mais celui d’un prêtre du vin qui nous promet un numéro parfait, à deux doigts d’être sérieux, avec force rasades de rouges. Oui, j’aime beaucoup cette photo car elle en dit long sur le vigneron aujourd’hui disparu entraîné qu’il était, selon l’usage, par une longue maladie. Domenico Clerico, avec qui j’ai partagé jadis plus d’une bouteille, s’est éteint la semaine dernière en sa propriété de Monforte d’Alba. Il avait 67 ans, presque mon âge. J’aimais tout de lui : son dolcetto, sa barbera et plus encore sa vision qu’il avait du nebbiolo, notamment dans sa cuvée Pajana et son autre cru Ciabot Mentin.

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Mais pourquoi diable cette habitude de tout ramener à ma personne, alors qu’il suffit de goûter les vins du Piémont, presque bourguignons dans leur langage, pour imaginer l’homme, silencieux qui, du fond de sa cave, vous fixe du regard en attendant vos commentaires probablement pour voir si vous êtes digne ou non de boire avec lui. Version Clerico, les vins de Barolo et des Langhe étaient taillés à son idée, à sa mesure : d’une profondeur inouïe, d’une grande netteté et d’une finesse sans pareil. En cherchant sans cesse à faire le meilleur, il a grandement contribué, vers la fin des années 70, à déclencher de par le monde un nouveau souffle passionnel autour du Piémont, emmenant avec lui une bande de jeunes loups (Voerzio, Altare, Rivetti, Conterno, Grasso, Parusso, Sandrone, etc) qui figurent aujourd’hui dans le peloton de tête des vignerons piémontais.

Bon, si j’ai bien compris, chierico en italien veut dire clerc, dans un sens religieux bien sûr, et non notarial. Alors, finalement, si ce cher bon dieu auquel je ne crois pas t’a rappelé près de lui, comme dirait le curé de Monforte, eh bien je te souhaite un bon voyage dans l’éternité du Barolo. Dis lui au passage que n’ai plus de vins des Langhe dans ma cave et que c’en est triste à mourir !

Michel Smith

PS On trouve de nombreux crus de Clerico sur le site de vente de Millesima. Le vignoble de 21 ha continue, entre les mains de son fils.