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Le renouveau de la Rioja

Notre invitée Agnieszka Kumor (RFI) nous revient de la Rioja, un vignoble en plein renouveau.

Depuis l’adhésion de l’Espagne à la Communauté économique européenne en 1986, la région autonome de La Rioja a entrepris la rénovation de son vignoble. Les aides européennes ont contribué à la modernisation des méthodes de culture et le travail des viticulteurs s’est professionnalisé. De vieilles vignes ont cédé la place à de nouvelles plantations. Mais aujourd’hui, les viticulteurs s’interrogent et tentent de sauvegarder ce patrimoine désormais menacé.

1a. Le vignoble de La Rioja, candidat au Patrimoine de l'humanité de l'Unesco. Photo Agnieszka Kumor, RFI_0

Vue de la Rioja (FRI/Agnieszka Kumor)

« C’est mon grand-père qui m’a appris comment se comporter avec la vigne », raconte David Sampedro Gil, les yeux plongés dans ses souvenirs d’enfant. Nous sommes à Logroño, la capitale de la région autonome de La Rioja dans le nord de l’Espagne. « Aussi loin que je me souvienne, il y avait une mule et un cheval dans les vignes. Et puis, mon grand-père est mort quand j’avais 10 ans. Le reste, je l’ai appris aux côtés de mon oncle. Je revenais de l’école pour travailler le week-end, toutes mes vacances y passaient. Pourtant, je ne me voyais pas ailleurs que dans les vignes. » C’est de là, sans doute, que lui vient cette passion pour la vigne. « D’où alors, si ce n’est pas de là?», confie-t-il avec un sourire.

Choisir la modernité sans renier le passé

Mais on ne vit pas que dans la tradition, il faut aussi savoir affronter la modernité. David Sampedro Gil fait partie de ces producteurs rénovateurs, reconnus par le magazine américain Wine Spectator comme « ceux qui montrent la voie dans La Rioja ». David vend la majorité de sa production à l’internationale, mais garde les pieds bien ancrés dans la terre de son enfance. Son objectif : produire des vins singuliers et de haute qualité. Singulier, il l’est lui-même, car dans ce pays où le vin rouge est roi et où les vins blancs ne représentent que 6% de la production, il affectionne particulièrement les vieux blancs boisés.

Après ses études d’agronomie à l’Université de La Rioja à Logroño, David Sampedro Gil a travaillé comme consultant dans de nombreux domaines parcourant le pays de l’Estrémadure à La Rioja, en passant par le Duero et la Rueda. Mais pendant tout ce temps il nourrissait le projet personnel de fonder son propre domaine viticole, sa « bodega » à lui. Si les banques lui octroient cette année un crédit, le rêve deviendra réalité. Outre un nouveau chai qui sera construit dans son village d’Elvillar, ce vigneron de 39 ans gère d’autres affaires un peu partout en Espagne autour de cépages locaux ou oubliés. Il produit notamment des cuvées monocépages basées sur la variété albariño en Galice, le rufete à Salamanque, le grenache (que les Espagnols appellent «garnacha») en Navarre, et le bobal qui donne un vin rouge jeune de Valence.

C’est dans La Rioja Alavesa, qui déborde dans le Pays Basque espagnol voisin, que son talent s’exprime le plus. Une région où il compte s’installer et qui symbolise pour lui cette subtile osmose qui se produit dans un vin de rioja lors d’un assemblage de tempranillo, de garnacha, de viura, de graziano et de mazuelo. Aujourd’hui, David Sampedro Gil possède plus de 6 hectares de vignes, dont les premiers lui ont été transmis par sa mère. Sa société, DSG Vineyards, produit annuellement 20 000 bouteilles dans La Rioja Alavesa, et de petites quantités de vin – entre 4 000 et 6 000 bouteilles chacune – sont produites dans d’autres régions.

Jusqu’à présent, David n’étant pas propriétaire de ses terres ne pouvait pas prétendre à des aides directes à l’hectare au titre de la Politique agricole commune (PAC). Elles viendront, peut-être, avec son installation. Mais « les aides ont leurs limites », observe David. Et les seules limites qu’il se donne ce sont celles de son imagination…

Un difficile processus de reconversion

Dès l’entrée de l’Espagne en Europe, La Rioja a commencé à utiliser des fonds européens pour restructurer son vignoble. « Grâce aux aides au développement rural, auxquelles sont venues s’ajouter à partir de 2001 les aides directes, on a pu investir dans de nouvelles machines et doter les propriétés de lieux modernes de vinification, d’élevage et de stockage de vin », explique Igor Fonseca Santaolalla, directeur général de l’Agriculture et de l’Élevage au gouvernement autonome de La Rioja.

Parallèlement, le département d’études vitivinicoles de l’Université de La Rioja a apporté son aide en sélectionnant des clones du cultivar plus résistants et plus productifs, et en important de nouveaux modes de conduite des vignes (notamment depuis la France). Car la façon de planter le vignoble a également changé. On a espacé les rangs pour faire passer des machines à vendanger. Les ceps que l’on faisait pousser traditionnellement en « gobelet », ont été alignés et dressés sur un fil de fer, ce qui a permis la mécanisation du travail. Le vignoble a rajeuni. Des vieux ceps dont la productivité et la qualité du vin produit ont été jugées médiocres ont été arrachés. Plus de deux tiers du vignoble ont été ainsi rénovés sur les 63 000 hectares que compte La Rioja.

« Le résultat de ce travail complexe et de longue halène, c’est la baisse notable des coûts de production et plus de vins de bonne qualité vendus sur le marché », soutient Igor Fonseca Santaolalla. Mais il ne cache pas que le système manquait de contrôle : « La nécessité d’augmenter la productivité combinée à un manque d’expérience dans le choix des clones et des modes de conduite des vignes ont produit un effet pervers. Les solutions les moins chères ont été retenues et pas celles qui étaient les mieux adaptées à la spécificité de notre vignoble ».

Aujourd’hui, La Rioja tire les leçons des erreurs commises. Selon les données d’ARAG-ASAJA, l’organisme chargé de la redistribution des aides européennes aux agriculteurs de La Rioja, 12 millions d’euros ont été octroyés en 2014. Ces aides destinées à compenser les revenus des vignerons et à moderniser leurs outils de travail ont à partir de 2015 un nouvel objectif, celui de préserver ce qui reste du vieux vignoble.

Un tournant risqué

C’est un vaste chantier qui attend les vignerons. Eugenio García del Moral, président d’ARPROVI, organisme dédié à faire progresser le secteur viticole dans La Rioja, va plus loin dans la critique de la période passée, et constate : « La logique productiviste a primé sur la qualité ». Il fallait produire en quantité et le faire à bas coûts. Il y avait une raison sociale à cela, assurer un niveau de vie décent aux petits agriculteurs. « Ils aspiraient à vivre de leurs exploitations, sachant que l’écrasante majorité d’entre eux ne possèdent qu’1 à 10 hectares. Alors, on arrachait et on replantait », conclut-il. La superficie moyenne des exploitations a nettement augmenté depuis. Toujours est-il que sur plus de 17.000 agriculteurs qui cultivent le raisin, il y a seulement 1.200 « bodegas » qui commercialisent leur propre vin. Les autres vendent leur production aux coopératives, aux négociants ou aux domaines.

Un autre problème se pose, « la délocalisation du vignoble ». De quoi s’agit-il ? Traditionnellement, on plantait des variétés qualitatives de raisin en hauteur, sur des escarpements, soit sur des zones pauvres en matière végétale avec des sols argilo-calcaires qui servent à faire des vins complexes et avec une certaine typicité. Alors que les vastes étendues marno-calcaires situées au pied des coteaux ou sur les bords des rivières avec leurs sols fertiles étaient destinées aux variétés plus productives, mais qui donnent des vins de moindre qualité. « Cet ordre ancestral se trouve aujourd’hui perturbé », déplore Eugenio García del Moral.

Vin cherche personnalité

En quoi réside le caractère unique d’un vin ? Les viticulteurs français parlent du terroir, un terme souvent galvaudé, puisque réduit à son seul ingrédient, le sol. Or, le terroir, c’est aussi la variété du raisin adaptée à ce sol, le climat (qui inclut l’ensoleillement et l’eau); sans oublier, pour le mettre en valeur, le savoir-faire humain basé sur des siècles d’observation et de pratique. « Les nouvelles plantations introduites dans les années 1980 se faisaient avec un seul clone du cépage tempranillo. Très productif, mais de qualité médiocre, ce clone a conduit des vins de Rioja à une certaine standardisation. La sélection clonale issue de la région de Castille-et-Léon me semble bien mieux adaptée à nos besoins », estime David Sampedro Gil, viticulteur de La Rioja Alavesa.

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Les trois sous-zones de la DOCa Rioja

Cette Rioja Alavesa fait partie des trois zones de production de la DOCa Rioja, les deux autres étant la Rioja Alta et la Rioja Baja. C’est justement dans cette sous-région que la reconversion du vignoble a été la moins intense. Plus d’un quart de la Rioja Alavesa est constitué de vignes âgées de plus de 40 ans. Alors qu’ailleurs, il en reste à peine 13%. Dans le programme Développement rural 2015-2020, le gouvernement de la région autonome met l’accent sur la sauvegarde du matériel génétique préservé dans ces vieilles vignes. Les nouvelles mesures prévoient des primes de 600 euros à l’hectare. La récupération du matériel génétique se fait manuellement, demande des conditions techniques spécifiques et coûte cher. Les fonds européens seront indispensables pour effectuer ce travail méticuleux.

«On a beaucoup arraché, mais pas tout , constate Alberto Gil, journaliste au quotidien La Rioja et fondateur du blog « Los mil vinos » (Les mille vins). Selon lui, le gouvernement et les institutions partagent avec les domaines viticoles la responsabilité de ne pas avoir su protéger ce patrimoine singulier. Or, gagner en singularité permettrait aux vins de rioja de se démarquer des vins du monde. Ils seraient aussi mieux valorisés sur le marché international : « Seul un dixième de la production actuelle de vins de rioja peut se vendre cher, soit plus de 30 euros la bouteille. Ce sont des vins de qualité, qui ont une certaine position sur le marché, des vins de terroir, des vins avec une personnalité. Le reste est irréprochable d’un point de vue industriel, répond à un rapport qualité-prix imbattable, mais il s’agit de vins dépourvus de personnalité », ajoute Alberto Gil.

Grâce au travail incontestable de ses vignerons, l’appellation La Rioja est devenue une marque collective et une référence mondiale. Mais son positionnement sur le marché mondial dépendra de la stratégie choisie à long terme. La richesse de cette région viticole réside dans sa diversité. Chaque vin doit pouvoir trouver son consommateur. L’idée est de ne pas bannir certains vins peu chers du marché, mais d’aider le consommateur à choisir selon son goût et son portefeuille ce qu’il veut acheter. Quitte à bousculer quelques règles…

Le retour à la terre

Les années 2000 ont vu arriver une nouvelle vague de vignerons. Parmi eux Juan Carlos Sancha Gonzáles. En 2008, cet ingénieur agronome, consultant et œnologue a fondé son propre domaine, Bodegas Juan Carlos Sancha à Baños de Río Tobía, à l’ouest de Logroño; un village où il est né voici 50 ans. Ses 6 hectares et demi de vignes produisent 30.000 bouteilles déclinées en différentes cuvées. Sur les étiquettes, point de référence au système de catégories de vins traditionnel («Crianza», «Reserva» et «Gran Reserva»). Le système fondé sur l’élaboration du vin a été remplacé par des noms de parcelles («fincas») ou de villages. Un clin d’œil aux Bourguignons, sans doute, vénérés ici pour leur connaissance des terroirs. C’est que mis à part son statut d’universitaire, Juan Carlos considère le modèle d’appellation de La Rioja quelque peu obsolète : «Il nous faut redéfinir les zones de production, car tout ne se vaut pas», conclut-il.

La fierté de Juan Carlos Sancha: une parcelle de vignes récemment achetée, âgée de 90 ans. Sa passion: faire revivre les variétés minoritaires, comme la maturana tinta ou le tempranillo blanco, menacées d’extinction. «Mon souhait serait de revenir à la viticulture de nos grands-parents, mais avec des techniques d’élaboration d’aujourd’hui», dit ce viticulteur. «Avec toute ma science, je suis incapable de faire des raisins de même qualité que ceux de mon grand-père. Et pourtant, il n’a jamais commercialisé ses vins, il les destinait à sa consommation personnelle. Alors que mes vins sont sur les tables des restaurants aux Etats-Unis, en Australie ou au Japon». C’est ça, peut-être, le défi de la mondialisation.

Aux côtés de Juan Carlos Sancha et David Sampedro Gil, il y a aussi Diego Pinilla, Eduardo Eguren, Maria José Lopez de Heredia, et quelques autres. Certains se sont mis à l’agriculture biologique ou à la biodynamie. Ce qu’ils cherchent, c’est apporter leur contribution au patrimoine reçu des anciens pour le transmettre aux nouvelles générations. Retenez leurs noms !

Agnieszka Kumor

Retrouvez cet article, video à l’appui, sur le site de RFI


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La taille, ça compte!

Aujourd’hui, notre invité suisse Alexandre Truffer (Romanduvin, Vinum…) nous parle du réveil de la vigne, et en particulier de la taille.

Entre les vendanges et l’arrivée des premiers bourgeons, la vigne s’endort. Le producteur, de son côté, prépare les récoltes futures. Coup de projecteur sur quelques-uns des enjeux liés à la moins connue des saisons, celle qui précède et accompagne le réveil de Vitis Vinifera.

Une fois les vendanges terminées, la vigne va perdre ses feuilles avant d’entrer en dormance. Durant cette période qui dure jusqu’aux premiers beaux jours du printemps, la sève quitte les parties supérieures de la plante. «Les pleurs sont les premières manifestations du réveil de la vigne», explique Jean-Laurent Spring, chercheur à l’Agroscope de Changins. «Cette montée de liquide provoquée par les racines va saturer tout le réseau conducteur de la vigne. Elle expulse les petites bulles d’air, les embolies, qui se sont formées durant l’hiver. Ce qui va en quelque sorte mettre le cep sous tension et permettre son démarrage», poursuit le scientifique qui rappelle que cette purge reste spécifique à la vigne et à quelques autres végétaux. « Composés d’eau et de manières organiques, les pleurs constituent un phénomène très variable. Leur précocité, comme leur importance, sont conditionnées par la température de l’air et des sols, ainsi que par la composition et l’état hydrique de ces derniers. Cette première manifestation de l’entrée en végétation de la plante précède le gonflement des bourgeons et le débourrement.»

Pleurs

 Pleurs de la vigne en Muscadet (Photo Liann Wé)

Un siècle d’observations

Le débourrement est le moment où le bourgeon, qui contient les embryons de feuilles et de grappe, brise son enveloppe protectrice constituée pendant l’hiver. Observé avec attention par les professionnels, il constitue le premier jalon important de l’année viticole. Depuis 1925, les collaborateurs de la Station fédérale de recherche de Caudoz, à Pully, notent scrupuleusement les dates de débourrement, du début de la floraison, de la fin de la floraison, du début de la véraison (moment où les baies changent de couleur), des vendanges et enregistrent également les teneurs en sucre des moûts au 20 septembre. Ces observations sont réalisées sur des vignes témoins de Chasselas suivies avec attention au cours de ces nonante ans d’étude. Elles offrent une vision précise des évolutions du climat sur l’arc lémanique que Jean-Laurent Spring a compilées dans une étude intitulée «Climat et phénologie de la vigne». Première constatation, la moyenne des nonante dernières années (le 13 avril) semble plus une ligne de démarcation entre années précoces et millésimes tardifs, qu’une date habituelle du débourrement. Ainsi 2013 avait dix jours de retard et 2014 une semaine d’avance sur cette moyenne. En ce qui concerne les extrêmes, on oscille entre fin mars comme 1990, 1994 et 1948 et début mai: 1956 et 1986.

Si l’on prend en compte toute l’année viticole et pas uniquement le débourrement, l’étude montre assez clairement l’existence de quatre périodes distinctes. Entre 1925 et 1939, les années tardives sont la règle. De 1940 à 1953, un basculement s’opère. Floraisons et véraisons deviennent très précoces et gagnent près de trois semaines sur les valeurs médianes de la période précédente. Après 1954, la tendance se retourne une nouvelle fois et débutent trois décennies d’années plus fraîches. De 1985 à 2012, les valeurs se rapprochent de la période chaude de 1940 à 1953. Comme l’explique Jean-Laurent Spring: «ces cycles montrent que la Suisse est dans une zone de transition entre des régions méditerranéennes qui deviendront plus chaudes et surtout plus sèches et l’Europe centrale qui devrait voir ses précipitations augmenter. Pour l’heure, les fluctuations à court terme semblent avoir autant d’influence que la tendance générale.»

 

Le pépiniériste, chasseur de tendances

Nul professionnel de la vigne n’a autant besoin d’anticiper les évolutions du vignoble que le pépiniériste. Philippe Rosset plante chaque année quelques 250’000 greffes. «Pour savoir quels cépages planter et en quelles proportions, je dois deviner la mode des années à venir. Une greffe que je plante maintenant va être acheté dans une année par un producteur. Il faut attendre quatre ans pour une première vendange et l’espérance de vie d’une vigne tourne autour des quarante ou cinquante ans. Il faut donc savoir quel type de vin sera demandé à moyenne et à longue échéance. Aujourd’hui, on ne greffe quasiment plus de Gamaret ou de Garanoir, car il s’en est beaucoup planté la décennie précédente et tout le monde a ce qu’il lui faut. Par contre, le Gamay et le Pinot Noir reviennent en force», précise ce pépiniériste, l’un des plus importants du canton de Vaud, qui dédie 1,7 hectares de terre agricole à cette activité spécifique.

Pour comprendre l’importance de ce métier souvent mal connu, il faut revenir quelque peu en arrière. Jusqu’à la fin du 19e siècle, planter une vigne n’avait rien de compliqué. Il suffisait de mettre en terre un sarment que l’on incisait superficiellement afin de favoriser le développement de nouvelles racines. Tout change, dans les années 1860, suite à l’apparition du phylloxéra sur le sol européen. Cet insecte importé d’Amérique est mortel pour la vigne européenne. En quelques décennies, ce fléau qui détruit près de 99% du vignoble, contamine tout le continent, puis presque toutes les autres régions viticoles. En 1886, il atteint Founex et se dissémine dans le canton de Vaud. Il n’existe qu’une méthode efficace contre ce parasite: greffer les cépages européens sur des pieds américains qui sont résistants à l’insecte mais dont les raisins n’ont pas d’intérêt gustatif. Pour remplacer les 6600 hectares de vignes que compte à l’époque le canton, apparaît un nouveau métier: celui de pépiniériste. Parmi eux, l’arrière-grand-père de Philippe Rosset qui a débuté cette activité en 1901.

Pour qu’un vigneron puisse planter une nouvelle vigne au début du printemps, de nombreuses étapes ont été nécessaires. «Le porte-greffe est issu d’une vigne américaine qui pousse à ras du sol. On va d’abord la tailler, puis on enlève tous les rameaux secondaires (rebiots et fourchettes) pour garder des bois d’au moins 7 mm de diamètre qui soient le plus droit possible. Ces porte-greffes seront alors éborgnés (opération qui consiste à enlever les bourgeons), car ils sont là uniquement pour leurs racines, puis découpés à la longueur désirée, explique Philippe Rosset. De son côté, le greffon est obtenu en prélevant des sarments sur des vignes traditionnelles. Porte-greffes et greffons sont ensuite plongés dans de l’eau, puis dans une solution désinfectante avant d’être stockés dans des chambres froides à trois degrés où est maintenu un taux élevé d’humidité. Ils y patientent jusqu’au greffage qui débute entre le 15 et 20 mars et dure trois bonnes semaines. Débute ensuite la stratification: les plants sont chauffés à 30° pendant quinze jours afin que se développe un cal autour de la greffe. Lorsqu’il est bien formé, les plants sont prêts à être mis en terre, en pépinière.»

Tailler pour protéger

Bien que domestiquée, la vigne reste une liane qui met toute son énergie à faire grandir ses sarments. Pour obtenir des baies sucrées indispensable à l’élaboration de la plus noble des boissons, le vigneron doit limiter par la taille, l’ébourgeonnage, l’effeuillage et le cisaillage, la production de végétation. Bien que la taille soit aussi ancienne que la culture de la vigne, Prométerre organise depuis 2011 des cours de perfectionnement de cet art ancestral. «Tailler c’est domestiquer la vigne pour pouvoir la cultiver. Cette étape essentielle permet la gestion de la charge et de la vigueur», explique David Marchand. Ce conseiller viticole rappelle que les techniques les plus utilisées en Suisse sont la taille Guyot simple et le cordon de Royat (qui permettent une mécanisation des parcelles) ainsi que le gobelet (non mécanisable et qui implique de désherber la parcelle).

 

Lixion_EvolutionPhoto Pellenc

«Les nouvelles techniques de taille ont été développées pour limiter les maladies du bois, telles que l’Esca», précise David Marchand. Cette maladie endémique, causée par l’action de divers champignons, a toujours existé, mais elle a connu un fort développement ces dernières années. 2012 a hélas battu tous les records. Ainsi, dans le canton de Vaud, une parcelle témoin de 1200 pieds de Pinot Noir a été observée depuis 2007. Si les quatre premières années, les pertes oscillaient entre 1% et 3%, en 2012 près d’un dixième des ceps a succombé à ce fléau. Au final, en six ans, plus de 20% des ceps ont dû être remplacés. Naturellement présents sur les plants sains et se propageant par voie aériennes, les vecteurs de l’Esca ne peuvent être combattues avec efficacité par des produits phytosanitaires ou des mesures prophylactiques. «De plus en plus, on pense que les champignons ne sont pas la cause du dépérissement, mais qu’ils amplifient un dessèchement du cep qui a pour origine une taille inadéquate», précise ce professionnel qui anime plusieurs ateliers intitulés «Tailler et ébourgeonner la vigne selon la méthode Simonit & Sirch pour limiter les dépérissements ».

«En taillant, on crée un cône de desséchement qui va nécroser une partie du bois. Celui-ci atteint en général une fois et demie le diamètre de la pousse qu’on a coupée. Ainsi plus la taille est rase, plus la plaie est profonde et plus elle entrave le passage de la sève », précise David Marchand. «Les techniques de taille des années 1900 ont été simplifiées, entre autres à cause de la mécanisation, ce qui a amené à l’oubli de certains principes importants. Par exemple, faire les plaies de taille sur la partie supérieure afin de ne pas faire barrage à la circulation de ce fluide vital pour la plante. En Suisse, cette règle a toujours été appliquée, par contre, on a tendance à ne préserver qu’un seul flux de sève. En outre, les tailles traditionnelles ont tendance à être trop rases, le vigneron veut être trop propre, trop «esthétique», et ne laisse pas de chicots assez conséquents. Et ce d’autant plus depuis que l’on utilise des sécateurs électriques qui coupent sans difficultés de grosses sections de bois. Lorsque l’on fait une coupe longitudinale d’un cep taillé selon la méthode helvétique traditionnelle, on voit bien qu’une partie importante du sarment est constitué de bois mort. Ce qui n’est pas le cas si l’on suit les principes de la méthode Simonit & Sirch. Développée il y a une dizaine d’année par des professionnels italiens, elle reprend et synthétise ces techniques anciennes dans le but de prolonger la vie des vignes.»

Pour l’heure, les données chiffrées sur l’impact du style de taille sont encore lacunaires, car les problèmes de dépérissement apparaissent une fois que la vigne atteint une quinzaine d’années. Pourtant, les résultats obtenus par les professionnels italiens dans leurs vignes de démonstration sont qualifiées «d’impressionnants» par David Marchand qui conclut que: «malgré un travail un peu plus conséquent, la taille non traumatisante permet de limiter fortement les perte dues au dépérissement, ce qui favorise le vieillissement des vignes, garant de qualité. Ces nouvelles techniques sont non seulement rentables d’un point de vue économique, mais bénéfiques pour le consommateur. »

 

Le gel: un ennemi rare mais mortel

On distingue deux types de gel. Le plus courant, appelé gel de printemps, apparaît lorsque le thermomètre descend en dessous de -1° C. Dès que la température arrive à ce niveau, les bourgeons et les rameaux peuvent souffrir. L’importance des dégâts ne dépend pas que de la température, mais varie en fonction de l’humidité, du cépage ou encore du type de taille. Des moyens de lutte, comme l’aspersion d’eau, l’utilisation de braseros ou le brassage par des ventilateurs des couches d’air froid proches du sol avec l’air plus chaud situé au-dessus du vignoble existent, mais restent peu utilisés à cause des investissements importants qu’ils nécessitent. S’il détruit les bourgeons et certains rameaux, le gel de printemps ne cause pas en général de dommage irréversible au plant de vigne à l’inverse du gel d’hiver. Celui-ci, caractérisé par des températures beaucoup plus basses (dès -15° C) tue régulièrement la souche.

Bien que rare dans le Canton de Vaud, le gel d’hiver n’est pas inconnu et provoque des dégâts considérables. Ainsi le «grand gel de 1956» a détruit les trois-quarts du vignoble vaudois. Le phénomène a été amplifié par le fait que le mois de janvier s’était révélé particulièrement printanier. Le 31 du mois, la Gazette de Lausanne dressait même une liste des hivers sans neige au cours des âges relevant «qu’en 1288 on cueillait des violettes à Noël, qu’en 1725 l’automne se termina en mars ou qu’en 1939, 1948 et 1953 l’hiver n’apparut guère.» Deux jours plus tard, des courants polaires s’abattent sur toute l’Europe. On mesure -19° à Toulouse, -10° aux Baléares et 0° à Tanger, au bord de la Méditerranée. Après plusieurs semaines de froid intense, on estime que 20’000 des 25.000 hectares de blé et de colza du canton sont annihilées. En ce qui concerne le vignoble, on compte plus de 1.775.000 ceps détruits.

 

Plus d’info: http://www.prometerre.ch/viticulture et La taille italienne en Valais 

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Une trainée devenue disciple des Vins Naturels

Notre invité du jour s’appelle Olivier Borneuf. Il est consultant, membre de l’Académie du Vin de Paris et blogueur en vins. Il nous parle de poils et rédemption. En vérité, je vous le dis…

Les vins barbus

1er raccourci: j’observe un retour en force du poil chez les vignerons – les vigneronnes ? – qui produisent des vins biologiques, biodynamiques, naturels ou SAINS. A priori, leurs vins sont tous différents  mais ont tous en commun de refuser l’utilisation systématique de produits phytosanitaires; ils continuent d’alimenter les débats et sont parfois même accusés – à tort ou à raison – de communautarisme voire de sectarisme. Il en faut peu pour entendre bientôt le mot de religion (le mot religiosité étant plus juste). C’est là qu’entre en scène Marie-Madeleine dont l’histoire fastidieuse est utile pour comprendre le titre: «Une trainée devenue disciple des Vins Naturels » La voici.

Marie-Madeleine de Titien

Marie Madeleine par Le Titien

La version de Frère Jacques est la plus croustillante. Commençons par elle. Marie est issue d’une famille très riche de trois enfants. Lorsque le moment vient de récupérer sa part du gâteau, Marie hérite de Magdalon. On l’appelle alors Madeleine, et comme elle est belle et riche, elle passe sont temps à coucher à droite et à gauche (2ème raccourci: toutes les femmes belles et riches ne sont pas des libertines).

Un jour, elle croise Jésus. Miracle ! Elle a honte, elle pleure, elle renonce à tous ses plaisirs en lui lavant les pieds et en les essuyant avec ses beaux cheveux, tout en continuant à pleurer. Jésus la pardonne, la voilà sauvée… Mais cette Marie devenue Madeleine n’est pas Marie-Madeleine ! La vraie, selon Luc, c’est Marie de Magdala, une hystérique aux sept démons exorcisée par Jésus en personne… Que dire alors de cette autre femme, cette belle catin que Luc rencontre juste avant, chez Simon, à Naïn ? Voilà qu’il la trouve, elle aussi, en train de pleurer et laver les pieds de Jésus en plein déjeuner ! Elle aussi finit repentie.

En réalité, personne ne sait qui est vraiment Marie-Madeleine (Marie de Magdalon, Marie de Magdala, la catin ?), parce que Marie-Madeleine est une invention avec, pour chaque histoire, ce point commun : une âme souillée puis sauvée par le divin. Reste donc à savoir pourquoi Marie-Madeleine a été inventée.

Celui qui nous l’explique est Daniel Arasse. Pour lui, Marie-Madeleine est une figure composite. Elle est la troisième femme d’une Trinité femelle qui s’adresse au femmes, les deux autres étant Marie (la pure, la vierge) et Ève (tentatrice et maudite mère de toutes les femmes*). C’est dans ce triangle, disons sémiotique, que Marie-Madeleine prend tout son sens : elle est la salope repentie. Celle que les femmes, toutes filles d’Ève, donc souillées, peuvent espérer devenir un jour à défaut d’être Marie. En effet, Marie-Madeleine c’est un peu Ève, la première pècheresse (Marie-Madeleine était une prostituée); mais aussi un peu Marie Sainte-Mère de Dieu (Jésus se présente quand même en premier à Marie-Madeleine après sa résurrection). Grâce à Marie-Madeleine, les femmes entrevoient enfin le dessein de leur destinée… Bref.

Mes vins barbus dans tout ça ? Eh bien ça me rappelle étrangement l’histoire de Marie-Madeleine… Je m’explique.

Naturellement né

Un vin né tout seul, sans l’aide de la vigneronne ni du vigneron, un vin naturellement né, donc, est un mystère. Un mystère identique à celui de l’Immaculée Conception. Un vin naturellement né, c’est comme la naissance de Marie: un dogme.

Que deviennent alors nos vins artisanaux, ceux souillés par l’intervention humaine ? Ils sont maudits et n’ont qu’un seul salut : devenir purs, purs comme Marie, purs comme le vin naturellement né. Mais cela est impossible, le vin naturel (3ème raccourci, volontaire celui-ci. Vin naturel et vin naturellement né partagent le même credo) est un vin sui generis, de composition divine, que nos vigneronnes et vignerons ne produiront jamais.

Poussons l’analogie jusqu’au bout: les vins barbus font partie de cette trinité VIN (trois lettres !) en ce qu’ils représentent à la fois Marie et Marie-Madeleine. Nos vins artisanaux en revanche sont les enfants d’Ève, des vins souillés, maudits ! Pour autant, oublier l’origine artisanale du vin c’est risquer de s’enfermer dans le dogme d’une foi religieuse où Dame Nature est le Dieu tout puissant qui n’a jamais fait de vin ! A contrario, oublier que le vin a une origine naturelle c’est profaner le sanctuaire dans lequel et grâce auquel nous vivons tous sans exception : la nature.

Les vins barbus ont la vertu de nous montrer le chemin de la repentance pour tous les péchés de synthèse (4ème raccourci. Pas de commentaire) que nos vigneron(ne)s ont commis. Encore faut-il que les ermites sortent de leur grotte et accueillent le profane, car celui-ci a besoin d’aide pour briser ses certitudes.

Il est temps qu’anachorètes et techniciens collaborent autour d’un projet commun de Civilisation du Vin, en s’affranchissant des dogmes qui annihilent les idées créatrices des premiers et en combattant les déterminismes des seconds qui asservissent la science au marché. Je crois en cette réconciliation, Marie-Madeleine y est arrivée, pourquoi pas nous.

Olivier Borneuf

*Les Anglais ont la délicatesse de le rappeler chaque mois, c’est « the curse of Eve ». Chez nous, on disait plutôt: « les Anglais ont débarqué ».

 


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Agnieszka nous parle du Beaujolais

Notre consoeur polonaise Agnieszka Kumor – une habituée de nos samedis – a consacré cette semaine une chronique sur RFI au Beaujolais. Actualité oblige. Elle nous permet de la reproduire ici.

Le troisième jeudi de novembre rime avec l’arrivée du Beaujolais nouveau. Ce vin primeur, apprécié jusqu’au Japon, représente aujourd’hui un tiers de la production totale de ce vignoble, qui malgré le ralentissement de l’économie mondiale a su garder ses parts de marché à l’exportation. Les vignerons du Beaujolais se réjouissent. Après deux millésimes en berne, la production du vin primeur devrait avoisiner cette année les 200 000 hectolitres, sur un total de 750 000 hectolitres de vin qui devrait être produit dans ce vignoble.

«Le Beaujolais nouveau a toujours son marché. Et cela reste un marché fort», rappelle Jean Bourjade, directeur général de l’Inter Beaujolais. En effet, 57 % de la production de ce vin nouveau restent en France, mais les 43 % restants sont expédiés dans 110 pays. Avec un tel pourcentage de son produit phare présent à l’international, la région est un des leaders du vignoble français à l’exportation.

Changement d’image

Il y a plusieurs raisons à cette réussite. Depuis quinze ans, la qualité de ce vin primeur n’a cessé d’augmenter.

Pourtant, il a fallu une forte prise de conscience pour réussir à changer l’image du vignoble, dont la réputation avait été ternie par un vin facile, de mauvaise qualité et produit abondamment. La chute brutale des exportations au début des années 2000 a changé la donne. C’est tout le modèle économique de la région basé sur la quantité qui était à revoir. Il y a quatre ans, l’Interprofession a décidé de réguler le marché. Les producteurs n’ont désormais plus le droit de commercialiser plus de la moitié de leur production sous forme de vin nouveau. Il s’agit de mettre en vente des volumes beaucoup moins importants que par le passé. L’objectif est de maintenir une valorisation du produit et se prémunir de la baisse des prix. Parallèlement, on a réduit fortement le rendement par hectare et perfectionné les techniques de vinification.

Résultat : aujourd’hui, seul un tiers de la production totale du vignoble est consacré à ce vin primeur, décliné en Beaujolais et Beaujolais-Villages nouveau. Les deux tiers restants sont mis en avant en tant que vins de garde, qui peuvent se boire dans les deux à trois ans. Les dix crus de Beaujolais, soit le haut de gamme produit sur des zones géographiques délimitées, gagnent de nouveaux consommateurs.

Maintenir les parts de marché

Les producteurs se sont, par ailleurs, regroupés pour vendre et promouvoir ensemble leurs vins. Grâce à un travail acharné, ils ont su garder leurs marchés stratégiques, que sont principalement le Japon, les Etats-Unis et l’Allemagne. Ceci malgré une ambiance globalement morose. A lui seul, le Japon attire plus de la moitié du Beaujolais nouveau exporté dans le monde. L’année dernière, 7 millions de bouteilles ont été vendues sur le marché japonais, qui pourrait toutefois souffrir de la récession et de la hausse de la taxe à la consommation. En revanche, les ventes sur le marché américain pourraient se stabiliser cette année, le Beaujolais nouveau accompagnant traditionnellement les plats de la fête de Thanksgiving. Parmi les marchés qui montent, la Russie pourrait faire défaut, si l’embargo russe sur les produits agricoles européens se poursuit. Mais les producteurs misent déjà sur les nouveaux marchés que pourraient devenir la Chine, le Brésil ou la Corée du Sud, devenue un vrai fan de Beaujolais !

Agnieszka Kumor


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Linc on triangles, bubbles and Russian dolls

Notre invité australien Lincoln Siliakus (Vino Solex) revient sur un événement récent auquel deux des 5 (Marc et Hervé) ont également assisté.

Every time I go to the Languedoc, there is talk of appellation reform. Villages get promoted, new appellations are created, and there’s constant talk about new categories within the existing ones… Enter Jean-Philippe Granier, the enthusiastic and ebullient “technical director” for the AOC Languedoc, and himself a winemaker. If he’s not in the throes of actually having an idea, he’s chatting about one he’s just had. And he invited a small group of journalists to the area recently to chew the cud about eight historical appellations that he believes warrant greater recognition, the details of which I’ll cover in another blog.

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An enthusiastic Jean-Philippe Granier

This story is to ask the basic question – what’s going on here? In other words, what is all this AOC shuffling in the Languedoc telling us about people: their “culture”, beliefs, habits and images? Intellectualism warning – if elitism is a French fetish, so is complication. This could get messy. And from now on I’ll use the new European AOP (Appellation Origine Protégée) designation. The C in AOC stands for “Contrôlée », another French fixation.

Anyway, the French themselves think of their country as a hexagon. In fact, they often use that word to describe the “mainland” of France as opposed to its islands such as Corsica and its territories such as Guiana.

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But, psychologically, France is more like this.

triangle

 

The entire country, it seems, is graded: from schools to restaurants, churches, towns; just about everything has one or more stars or labels. It’s a profoundly elitist culture, in which excellence (but not wealth) is flaunted.

And Australia might look more like this, as it is a country of brands of different sizes and colours that are being pumped up or pricked, all floating around in a free market (well, with a bit of mateship and corruption thrown in, of course) and a wine’s value is its cost.

Bubbles

To return to that triangle. At the moment, the winemakers are looking at one which looks like this. It’s inspired by that drawing of Jean-Philippe’s, although I still don’t really understand it. They are being somewhat hopeful at this stage as the system does not (yet) contain the highest category there.

Triangle

The idea is to get to the top and then to fight off the upstarts. Or to create an even higher category. The folk out at Châteauneuf-du-Pape must be thinking about this seriously, as a new cru comes along in the Côtes du Rhône just about every year, and they must be looking at ways to step over the crowd of newbies.

In passing, we need to understand that this triangle is based on an assumption; a subliminal code if you like. France is a ground-up culture, where your sense of identity comes from the territoire (there you have it, it’s the new buzzword over here) into which you were born, your place. The French farmer belongs to the earth, not vice versa as in Australia. The land is not just an asset, but something to pass on to the next generation. Hence the assumption that the identity, quality and value of a wine derive inherently from the place in which it is grown. It’s obvious, Monsieur. And, yes, it is.

Back to our triangle. Normally, if you don’t meet the rules of a category, you can drop down to the level below, so the system could also be thought of like this.

Russian dools

This depends on all sorts of factors, the most important apparently being the availability of that lower category when your current one was created. I warned you that this is a mess! So, if you were not in the AOP Languedoc when that was created but your appellation now finds itself at the Cru level above it, you cannot drop to anywhere in this triangle. You’d have to sell your stuff as an IGP or Vin de France, which is below the triangle. Indeed, only 10% of the Languedoc’s wine is at the AOP grade.

This appellation frenzy is terrific of course – it allows winemakers to hold innumerable meetings during which the qualities of the product are re-assessed in practice. It justifies a plethora of working committees, and facilitates the inflow of public funds. It maintains an army of officials, keeps geologists busy, and justifies journalist visits.

All good.

Except for the poor consumers, that is, who have no idea about what they are drinking.

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Siliakus 

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Comme un goût de perce-oreilles…

Grand retour de notre ami suisse Alexandre Truffer (rédacteur en chef de l’édition francophone du magazine Vinum), qui nous parle aujourd’hui de petites bêtes aux grands effets.

Certains auxiliaires de la vigne, comme les perce-oreilles ou les coccinelles, se cachent dans les grappes à la vendange et peuvent être pressés avec le raisin. A partir d’une certaine concentration, ces insectes donnent des faux goûts au vin comme l’a démontré Patrik Kehrli, entomologiste à la Station fédérale de Changins.

 

perce oreille creative commons

Intitulée «Impact des perce-oreilles et de leurs excréments sur les arômes et le goût des vins de Chasselas et de Pinot Noir», l’étude réalisée par l’Agroscope et la Ecole d’Ingénieurs de Changins peut faire sourire. Lorsqu’on demande à Patrick Kehrli pourquoi il a fait comparer à son panel de dégustation des vins comprenant diverses concentrations de perce-oreilles écrasés, il répond que tout a commencé à cause des coccinelles.

«En 2001, la coccinelle asiatique – utilisée dans les serres du nord de l’Europe comme auxiliaire contre les pucerons depuis des décennies – s’est échappée de Belgique et a commencé à coloniser tout le continent. Or, des études au Canada et aux Etats-Unis avaient montré que des vins présentaient des défauts liés à la présence de reste de coccinelles asiatiques dans les moûts», déclare l’entomologiste avant de préciser: «Tout d’abord, un vin pressé avec une récolte qui affiche un ratio de quatre coccinelles, qu’elles soit asiatiques ou indigènes, par kilo de raisin révèle d’indéniables défauts à la dégustation. Ensuite, ce ratio n’est jamais atteint dans le vignoble suisse. Les coccinelles se nourrissent de pucerons et non de raisin, les vignes saines ne sont donc pas une source de nourriture pour elles.» Bien entendu une question s’impose: «Pourquoi a-t-on trouvé des restes de coccinelles dans les vins américains?» «Il existe plusieurs théories», avance le biologiste. «La plus vraisemblable postule que les vignes américaines sont souvent entourées de champs de soja ou de blé. Lorsqu’on les moissonne, les coccinelles n’ont d’autre option que de se réfugier dans les vignes et de se nourrir avec des raisins blessés. En Suisse, le vignoble est suffisamment morcelé et entouré de zones de forêts ou de prairie pour que les coccinelles ne constituent pas un problème.»

Un bénéficiaire de la production intégrée

Revenons à «Forficula auricularia», le perce-oreille commun! «Le forficule existe naturellement en Suisse», explique Patrik Kehrli «il est considéré comme un auxiliaire dans la plupart des cultures, car il mange des nuisibles comme le ver de la grappe ou les psylles du poirier. Le problème en ce qui concerne la vigne est que cet animal nocturne se cache dans les grappes pendant la journée. Lors des vendanges, ils sont donc ramassés avec le raisin comme on peut facilement le voir au fond des caissettes à vendanges. Comme les populations de perce-oreilles ont considérablement augmenté ces dernières années dans les vignobles européens, les vignerons nous ont demandé de vérifier, comme pour les coccinelles, l’impact qu’il pouvaient avoir dans la vinification.»

Les premiers scientifiques à se poser des questions sur l’impact des perce-oreilles sur le vin ont été des Allemands, car certaines vignes germaniques ont vu se développer des populations de forficules envahissantes. «Il y a toujours eu des cas des parcelles abritant de fortes densité de perce-oreilles, mais le développement général de ces populations a sans doute été favorisé par la généralisation de l’enherbement, voire par des modifications de comportement dans l’utilisation des pesticide» explique l’entomologiste de Changins. Selon les recherches effectuées par la station fédérale dans des vignes enherbées et travaillées en production intégrée, le nombre de perce-oreilles oscillait entre une par grappe et une toute les cent grappes durant la haute saison (entre le 20 août et le 7 septembre) avant de redescendre significativement à la mi-septembre. Néanmoins, dans de rares cas, on peut trouver des populations dix fois plus denses, susceptibles elles de poser problème.

Une question de quantité

Un travail de diplôme réalisé par Jocelyne Karp de l’Ecole d’Ingénieurs de Changins, sous la direction de Jean-Philippe Burdet (EIC) ainsi que Christian Linder et Patrik Kehrli (Agroscope), a visé à comparer un vin de Pinot Noir non-contaminé avec des échantillons vinifiés avec des concentrations de cinq, dix ou vingt perce-oreilles par kilo de raisin. Les auteurs de l’étude ont aussi comparé un Chasselas témoin avec des équivalents où avaient été inoculé des perce-oreilles (5 individus vivants par kilo de raisin), des excréments de perce-oreille (0,6 grammes par kilo de raisin) et une combinaison insectes et déjections.

Au niveau des analyses chimiques, pas ou peu de différence. Au niveau gustatif, les résultats sont plus parlants. Si le Chasselas assaisonné aux forficules ne présente qu’une légère déviation olfactive avec le témoin non-contaminé, l’échantillon auquel ont été ajouté des excréments montrait des différences profondes en termes de couleur, d’arômes et de perception générale. Ce dernier était jugé, moins floral, moins fruité, moisi et de faible qualité générale. En ce qui concerne le Pinot Noir, le seuil de tolérance se situait au-dessus de cinq et en-dessous de dix individus par kilo, car les vins contenant un ratio de dix à vingt insectes par kilo de raisin étaient jugés, entre autres, animaux, réductifs, végétaux et amers.

Les insectes sont nos amis

En conclusion, les auxiliaires de la vigne peuvent parfois poser des problèmes à la cave, mais uniquement lorsque les parcelles sont colonisées par des populations anormalement élevées. Chargé de rédiger avec Christian Linder un livre sur les ravageurs de la vigne par l’Agroscope, Patrik Kehrli admet qu’ils ont hésité à enlever «Forficula auricularia» de la liste des alliés du vignerons pour la mettre dans celle des nuisibles: «après réflexion, nous avons estimé que dans plus de 99% des cas, les perce-oreilles constituent une aide plutôt qu’un problème pour le vigneron.» Et les coccinelles? «Asiatiques ou indigènes, ce sont des auxiliaires du cultivateur. De manière générale, le vignoble suisse n’a pas de problème avec les insectes. Le phylloxéra est maîtrisé par le greffage, le ver de la grappe par la confusion sexuelle et les acariens par la lutte intégrée au moyen de typhlodromes. Le seul souci, c’est que les insectes vivant dans le vignoble peuvent se transformer en vecteur de véritables ennemis de la vigne: les virus et les bactéries.»

Pour en savoir plus :

Kehrli P., Karp J., Burdet J.-P., Deneulin P., Danthe E., Lorenzini F.und Linder C.: Impact of processed earwigs and their faeces on the aroma and taste of Chasselas» and «Pinot Noir» wines. 2012

Jocelyne Karp : Dynamique des populations des perce-oreilles (Forficula auricularia L.) en viticulture et influence sur les qualités organoleptiques des vins.2011

 Alexandre Truffer

 


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L’ami Jaeger vous conseille

Les 5 du Vin accueillent un vieux complice (au moins pour Marc et Hervé); le Meilleur Sommelier d’Alsace 1977-78, devenu formateur, puis acheteur vin en Belgique; aujourd’hui jeune retraité, le voici chroniqueur en vin. Ou plutôt conteur. Conteur Jaeger, Jean-Michel, de son prénom…

Jean-Michel est doté d’un joli brin de plume.  En ce samedi d’été, il nous propose quatre rosés (ni alsaciens, ni belges); quatre coups de coeur, quatre conseils d’ami.

 

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Jean-Michel Jaeger (Photo © H. Lalau)

 

LE DEVOY  DOMAINE ANDRE AUBERT  GRIGNAN-LES-ADHEMAR ROSE 2013

L’instant magique. Avant lequel tout est noir, gris, ou morose dans le meilleur des cas. Puis tout s’éclaire. L’œil est capté par une vivacité de teinte fuchsia, l’amorce d’un sourire paraît : oui il a du nez, et du meilleur, au caractère d’agrume, d’aubépine, auréolé de touches de cuberdon. La bouche attaque en fraîcheur sur une belle matière. La tension soutient un caractère charmeur et long finissant sur quelques notes d’amertume du pamplemousse rose. Le rappel fruité et la persistance riche destinent cette découverte à un beau moment d’été en terrasse avec quelques légumes grillés.

MAS SAINT LOUIS  COSTIERES DE NÎMES 2013 CHÂTEAU SAINT LOUIS LA PERDRIX

Non loin de la Camargue, à la droite du fleuve, à la jonction entre Languedoc et Provence s’étendent les Costières de Nîmes. Galets roulés sur argile rouge permettent aux cépages syrah et grenache d’exprimer, après une courte extraction, un vin minéral et sapide. Agrumes et fruits blancs habillent une bouche légère. Une sucrosité subtile point, vite effacée par une vivacité balancée, élégante, de fruits de la passion. Viennent ensuite quelques notes de biscuit comme en rappel… Tenue, longueur et vinosité en font le breuvage idéal pour des petits farcis provençaux ou une salade d’encornets.

REFLETS DES SEPT FONTAINES  CHATEAUMEILLANT 2012 NAIRAUD-SUBERVILLE

Le fond de l’air est frais ce matin dans le beau vignoble de Châteaumeillant sur les premières marches du Massif Central. Sept ruisseaux et rivières y entrelacent d’agréables collines douces et attirantes. Ici gamay, pinot noir et pinot gris donne ce beau vin gris. On est surpris par de belles premières notes de fenouil et de thym au nez. La bouche longue, riche et complexe confirme dans un premier temps puis se pare de caramel et d’épices. Elégant et équilibré, il se plaira auprès d’un vitello tonato ou la volaille rôtie du dimanche farcie d’herbes fraîches. Il fait beau ce midi, le fond de verre est frais.

ARBOIS  POULSARD 2010 JACQUES TISSOT

L’ornière est comme les rails du tram, elle est confortable, rassurante, mais elle nous mène où elle veut. Goûtons au plaisir de la transgression. Car il y a transgression… Question : est-ce un rosé ? En effet interpellé par une couleur orangée, aux teintes du corail, le vin tend vers un rouge léger. Mais fi du débat. Le nez au caractère baroque dévoile des touches de fruits rouges et d’humus. Le Jura dans toute sa profondeur s’ouvre à vous dans ce beau vin robuste et caractériel. Accord facile avec charcuteries ou terrines, savoureux avec une andouillette juste rôtie, lumineux avec le chocolat blanc.

Jean-Michel Jaeger

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