Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Tradition, le grand mythe vigneron

Notre confrère et ami suisse Alexandre Truffer (Vinum, Romanduvin) évoque aujourd’hui pour nous un concept abondamment exploité dans la communication vineuse…

Des sommets de Visperterminen aux vallées venteuses du littoral chilien, la quasi totalité des vignerons se revendiquent de la tradition. Mais quels sont les faits derrière ce terme fourre-tout du marketing viticole?

En dix ans passés à arpenter les vignobles de Suisse et d’ailleurs, j’ai souvent eu l’impression d’assister à un concours généralisé de «qui a la plus longue»? Je parle de tradition évidemment. «Deux millénaires ininterrompus», vous annonce fièrement le vigneron d’Europe occidentale, tandis que le producteur crétois vous conduit sur les ruines du pressoir de Vathypetro, vieux de 3600 ans. Et face aux domaines du Golan ou de la Bekaa qui revendiquent des origines bibliques, les Géorgiens exhibent des kvevris de 8000 ans. A ce moment de la conversation, un représentant du «Nouveau Monde» vient rappeler la faiblesse de ces vantardises puisque ces histoires pluri-millénaires concernent la vigne domestique, un végétal disparu des continents européen, africain et asiatique à la fin du 19e siècle. L’affaire se corse encore lorsque chacun vous explique en aparté qu’il est à la pointe de la (r)évolution qualitative qui caractérise sa région depuis quelques années. En résumé, pour s’inscrire dans la tradition millénaire, il semble qu’il faille faire l’inverse de papa et de grand-papa.

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Le pressoir de Vathypero, en Crète (photo (c) H. Lalau)

Au service d’une chimère

A la base du vin, il y a la vigne et à la base de la vigne, il y a une chimère. En génétique, ce terme désigne un organisme formé de deux (ou plus) populations de cellules génétiquement distinctes à l’image de la vigne moderne composée d’un porte-greffe, issu d’une vigne américaine résistante au phylloxéra, et d’un cépage européen, doté de qualités organoleptiques intéressantes. L’histoire commence au 16e siècle lorsque les colons de la côte est de l’Amérique du nord se mettent à faire du vin. Le nouveau continent abrite des vignes indigènes, mais celles-ci donnent naissance à des vins au goût douteux. Ils décident donc de planter des variétés amenées d’Europe, qui périssent systématiquement après quelques vendanges. Cette mortalité est due à un petit insecte parasite, le phylloxéra. Au fil du temps, les trajets en bateau entre l’Europe et l’Amérique deviennent plus rapides. Au début des années 1860, leur durée s’avère suffisamment courte pour permettre à cet hémiptère de survivre au voyage vers l’Europe. En 1863, il détruit des vignes à Roquemaure, dans le Gard. A la fin de la Première Guerre Mondiale, il a atteint la Mandchourie, l’Afrique du Sud et le Maghreb, ravageant tous les vignobles traversés dans l’intervalle.

Précisons qu’il ne s’agit pas ici de dégâts partiels comme pour la Suzukii, l’esca ou les attaques des mildiou et d’oïdium, mais d’une destruction totale des parcelles touchées. A l’heure actuelle, seul le Chili (protégé par son éloignement, le désert d’Atacama et les Andes), l’Australie du Sud ainsi que quelques parchets disséminés dans des régions peu accessibles (à l’image de Visperterminen, en Valais) ou très sablonneuses (le sable empêche l’insecte de creuser des galeries entre les plants) cultivent encore de la Vitis vinifera traditionnelle et non une chimère.

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Vignoble chilien Photo (c) H. Lalau

Problèmes de libre-circulation

Le phylloxéra n’est pas le seul ravageur de la vigne à avoir pris le bateau pour l’Europe. Les champignons à l’origine de l’oïdium (1845), du mildiou (1878) et du black rot (1885) ont tous fait le même voyage. L’apparition de ces maladies cryptogamiques de la vigne a bien entendu forcé les vignerons a s’adapter en aspergeant de fongicides leurs vignes. La Revue Agricole de juin 1897 indique que: «pour les vignes très sujettes à l’oïdium, […] un premier traitement avant les effeuilles est de rigueur. Puis, […] un ou plusieurs soufrages au moment opportun, suivant la marche de la maladie.» Le journaliste de cet hebdomadaire vaudois aurait été sans doute surpris de savoir qu’un peu plus d’un siècle plus tard, le nombre de traitements avait pris l’ascenseur. Une étude de 2010 du Ministère français de l’agriculture indiquait que chaque parcelle de vigne avait reçu en moyenne 16 traitements phytosanitaires dont 12 de fongicides, 2 d’insecticides et 2 d’herbicides. Ce document fait état de diversités importantes puisque la moyenne régionale monte à 20 en Champagne et descend à 11 en Provence. Et ce n’est pas la tendance bio ou biodynamique qui va inverser cette évolution à la hausse du nombre de traitements puisque les produits autorisés en bio sont en général des substances de contact, qui ne pénètrent pas dans la plante, sont lessivés en cas de pluie et doivent donc être plus souvent administrés en cas de météo capricieuse.

La ronde des cépages

On peut considérer que la tradition, définie comme un ensemble de coutumes et d’usages transmis depuis des générations, doit nécessairement intégrer des évolutions causées par des événements imprévus et brutaux tels que l’arrivée inattendue d’espèces invasives. Néanmoins, la majorité des changements dans la vigne est décidée par les vignerons pour des motifs économiques ou pratiques. Connue depuis l’Antiquité, la culture en hautains, ou hutins, consiste à utiliser les arbres comme tuteurs de la vigne. Elle permet de pratiquer la polyculture, lorsque les arbres concernés sont fruitiers, et, vu que les vignes se développent en hauteur, laisse la possibilité aux petits animaux d’élevage de pâturer sans s’attaquer aux jeunes pousses. A Lavaux par exemple, des actes de vente du 14e mentionnent «des vignes avec les arbres qui sont à l’intérieur de celles-ci». Toutefois, à partir de 1560 se développe la fabrication d’échalas, des pieux de bois secs utilisés comme tuteurs. Les arbres disparaissent alors du paysage tandis que la vigne devient une monoculture qui permet une densification des plantations et donc une augmentation des récoltes.
On entend parfois que la sélection de cépages et l’achat de plants chez des pépiniéristes est l’une des conséquences du phylloxéra. En fait, la production de barbues, ces jeunes plants prêts à être plantés, est beaucoup plus ancienne.

On trouve dès le début du 19e siècle des annonces dans les gazettes de Lausanne et Genève pour: «de belles barbues des espèces de vignes ci-après: de fendant vert de Lavaux, de fendant roux, de fendant gris, de rouge de la Dôle, de rouge Cortaillod, de Salvagnin, de rouge d’Orléans, de Meunier rouge très-hâtif, de Moreillon rouge le plus hâtif, de Ruchelin blanc, de Tokai, de Malvoisie, de Madère, de Chasselas rose, de dit de Fontainebleau, de dit musqué, de Muscat rouge et blanc, de plant du Rhin, de raisin tricolore et de rouge en naissant, de Teinturier…»

Cette publicité qui date d’avril 1830 montre que le vignoble vaudois ne se composait pas que de Chasselas. Toutes les régions helvétiques ont connu la même évolution. Ainsi, le Merlot, cépage phare du Tessin (85% du vignoble), n’a été introduit dans le canton qu’en 1906. Même constat en ce qui concerne la superficie des vignobles: en 1901, la Suisse comptait 30 112 hectares de vignes, et les plus importants cantons viticoles étaient: Vaud (6618 hectares), Tessin (6562 hectares), Zurich (4769 hectares), Valais (2605 hectares), Argovie (2080 hectares), Genève (1813 hectares) et Neuchâtel (1177 hectares). En 2015, les 14 792 du vignoble suisse se répartissaient bien différemment: Valais 4906, Vaud 3771, Genève 1410, Tessin 1097. Quant à Zurich et à Argovie, il n’abritent plus que 606 et 384 hectares de vignes.

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Vignoble valaisan (Photo (c) H. Lalau)

Investir pour maintenir

Si la vigne apparaît moins inerte que ce que l’on s’imagine, la vinification est elle aussi en constante métamorphose. Certains propagandistes du «naturel» diffusent allègrement un discours postulant que les additifs ne sont utilisés dans le vin que depuis un demi-siècle. Ils laissent entendre qu’avant, le vin se faisait tout seul, patiemment et presque sans intervention humaine. En fait, il n’en est rien. Les vins dit «nature» sont un pur produit de la viticulture du 21e siècle qui nécessite un équipement et des connaissances très poussées ainsi qu’une maîtrise absolue de la chaîne du froid. L’ajout de substances – plus ou moins efficaces et plus ou moins toxiques – dans le vin pour le stabiliser remonte sans doute aux premiers vignerons. De fait, la plus grande partie de la littérature relative à la vinification se compose de recettes pour soigner le vin. Absinthe, fenugrec, poix, eau salée, racine d’iris ou plomb font partie de la centaine d’ingrédients recensés chez les auteurs latins pour «réparer» le vin, car comme le précise Columelle «le vin de la meilleure qualité est celui qui peut se conserver longtemps sans avoir besoin de condiments, et qu’il n’y faut mettre aucune mixtion qui altérerait sa saveur naturelle». Avec le temps, les additifs évoluent, mais la créativité des (al)chimistes connaît peu de limites. Ainsi «l’auteur oenologue» L.-F. Dubief écrit en 1834 un Manuel qui explique comment faire une imitation d’un vin de Bourgogne, de Bordeaux ou du Roussillon à partir de n’importe quel moût.

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Une autre tradition: le  vin factice

En réalité, la définition moderne du vin comme un «produit exclusif de la fermentation alcoolique de raisin ou de moût de raisin» date de la loi (française) Griffe de 1889 adoptée pour juguler les tensions sociales causées par la concurrence des vins artificiels (mélange de raisins secs importés d’orient, alcool, eau et sucre). Une publicité valaisanne de 1910 laisse entendre que les vins artificiels n’ont pas disparu de sitôt puisque Albert Margot qui proposait à la vente des fournitures pour faire soi-même du vin de raisins secs (16 francs pour 200 litres) explique que 600 000 litres de cette boisson ont été bus en 1909… De fait, la démonstration pourrait se poursuivre dans tous les aspects du métier de vigneron ou de caviste. Elle indique que ces métiers ne consistent pas à répéter des gestes millénaires mais plutôt à constamment trouver des solutions pour répondre aux défis posés par les évolutions ou les caprices de la nature, de l’économie et des hommes.

La tradition en quelques dates
40 jours après le Déluge: Noé se saoûle et exile son fils qui l’a vu nu
6000 avant J.-C.: premières traces de vinification en Géorgie
1750 avant J.-C.: la fraude viticole est punie de mort dans le code d’Hammourabi
1580 avant J.-C.: construction du pressoir de Vathypetro en Crète
600 avant J.-C.: les Grecs fondent Massilia
117: expansion maximum de l’Empire romain où croît la vigne plantée par les vétérans
1494: les conquistadores plantent des vignes sur Hispaniola
1550: les jésuites implantent la vigne sur l’archipel du Japon
1659: des colons plantent des vignes dans la région du Cap
1788: des vignes du Cap sont importées sur le continent australien
1819: un missionnaire français plante les premières vignes de Nouvelle –Zélande
1863: arrivée du phylloxéra en Europe
1889: lois Griffe qui stipulent que le vin est «obtenu exclusivement par la fermentation alcoolique, totale, ou partielle, de raisins frais, foulés ou non, ou de moûts de raisins»
1935: interdiction de six cépages hybrides en France

 

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Reportage paru dans l’édition d’octobre/novembre 2016 de VINUM

 


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Les Bons Beaujolais de l’ami Johan

Notre invité, ce samedi, n’est autre que l’ami Johan De Groef (In Vino Veritas); cette fois, il partage avec nous quelques unes de ses dernières trouvailles en Beaujolais…

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Rentrons déguster avant l’averse!

Château des Moriers

Les 8ha75 de ce château – dont 8 sur Fleurie – sont majoritairement plantés de vieux Gamays, sur granit rose. Gilles Monrozier travaille selon la méthode traditionnelle de macération carbonique (partielle), qu’il conduit pendant une dizaine de jours. Les Moriers doivent leur nom au vignoble éponyme qui entoure le château.

Fleurie 2013, Les Moriers, Château des Moriers
Cette cuvée élevée en vieux foudres nous montre une robe carminée aux reflets violines. Nez exubérant de fruits rouges aux notes croquantes de rhubarbe et de violette. La bouche, raffinée, lardée, mais tendue, présente d’étonnantes notes de noix de muscade et de clou de girofle, le tout très bien fondu. La finale nous offre des sensations à la fois juteuses et bitter. Une vraie bombe fruitée. https://www.facebook.com/chateaudesmoriers/

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Domaine des Terres Dorées Jean-Paul Brun

C’est en 1979 que Jean-Paul Brun a repris le domaine familial des Terres Dorées (45ha, aujourd’hui), du nom de cette zone du Sud-Beaujolais, aux maisons si caractéristiques, avec leurs teintes mordorées. Il est devenu un des grands artisans et porte-drapeau de la renaissance du Beaujolais artisanal dans toute sa pureté de fruit. Il produit également des appellations communales.

Côte de Brouilly 2014, Terres Dorées
Ce Côte de Brouilly est issu de vignes de 50 ans sur granite, situées à 300m d’altitude et orientées Sud-Sud Ouest.
Pour ce cru, Brun a opté pour une vinification à la Bourguignonne, en futs de chêne, suivie par un élevage en cuves béton.
Robe d’un rouge lumineux aux reflets violets. Cerises et framboises fraîches au nez, avec une touche florale et épicée. La bouche est juteuse et pleine de sève, puissante et pourtant raffinée, la finale très fraîche ; le gamay comme on l’aime.
www.wijnen-dekok.com

img_2361Le soleil est revenu, le moral aussi

Domaine Thillardon

Les frères Thillardon ont fondé leur domaine en 2008 aux Brureaux, un hameau de Chénas. Ils exploitent aujourd’hui 12 ha dont la majorité des parcelles sont sur Chénas le plus petit cru du Beaujolais. Jeunes et dynamiques, ils ont opté pour les vins nature et non filtres. Nous avons apprécié toutes leurs 5 cuvées parcellaires de Chénas.

 Chénas 2014, Les Blémonts, Domaine Thillardon
Les Blémonts sont un lieu-dit de Chénas, aux sols argileux riches en manganèse.
Cette cuvée d’un rouge sang présente une grande richesse au nez (fruit rouge, cerises de Bâle). La bouche reste sur la cerise, mais plutôt la Montmorency, et ajoute les quetsches et quelques fruits des bois. Ses tannins très fins, soyeux, et sa finale interminable font de ce Chénas un vin d’une grande élégance  – on pense inévitablement à un Bourgogne. Un grand Bourgogne. http://paul-henrithillardon.blogspot.be/ http://www.bernarddoisy.be/
http://www.biobelvin.com/

Domaine des Arbins

Ce domaine familial de 13 hectares se situe à Vaux en Beaujolais, une jolie zone de collines. Cette cuvée est issue de Gamays de 50 ans sur sous-sol granitiques, avec vue sur la Saône et même, par temps clair, sur les Alpes.

 

Beaujolais Villages, Cuvée Alexandre 2014, Domaine des Arbins
Robe rouge sang. Nez généreux du fruit rouge, cerise, fraise et groseilles bien mûres. En bouche également, un plein panier de fruits frais et juteux. Les tannins sont souples, le bois bien fondu, et la minéralité sous-jacente fait de ce Beaujolais Villages un vin très raffiné ; un vin de plaisir, aussi qu’on verrait bien à table aux côtés d’une bonne charcuterie locale. www.domaine_des_arbins.com

arbinsFranck Lathulière, fier de son Beaujolais Villages – à juste titre

 

Johan De Groef

 


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Pourquoi il y a-t-il toujours autant de vins défectueux sur le marché?

Notre confrère et ami du Québec, Marc André Gagnon (Vin Québec), se penche sur le délicat problème des vins à défaut… et du peu d’écho qu’il semble avoir de la part de la critique viticole… Nonchalance? Complaisance? Et vous, qu’en pensez-vous?

Il y a des vins qui sentent le moisi, le carton, le linge salle, les sandales mouillées, l’écurie, la ferme, les légumes bouillis, le liège, la cave humide, les saucisses et même les égouts!

Et ça continue, ça ne semble pas s’améliorer, tout au contraire, on en trouve de plus en plus.

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T’as goûté mon Saint-Emilion 2006?

La preuve par l’exemple

Lors d’une dégustation récente de trois vins de trois millésimes, il y avait un vin défectueux dans chacune des séries!

On commence par trois vins de Saint-Emilion du domaine Château Fonbel des millésimes 2006, 2008 et 2009. Le premier présente des odeurs d’écurie et est très amer.

Puis on continue avec trois Saint-Julien du Château Léoville-Poyferré, les 1990, 1995 et 2000. Les deux premiers sont délicieux, le 2000 sent la cave humide, le liège et a un goût de petit vin. Donc attaqué par les TCA.

La troisième série nous emmène en Espagne avec le fameux Mas la Plana, des millésimes 2000, 2001 et 2006. À l’aveugle, la plupart des 16 dégustateurs présents ont pris le dernier pour le plus vieux. Il sent les légumes bouillis, la viande faisandée, il n’a plus de fruit en bouche. Il est visiblement oxydé. Son bouchon n’était donc pas étanche.

Ces neuf vins proviennent de la même cave.

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Du brocoli bouilli? Non, du Penedès.

Pourquoi un taux de défaut aussi élevé? Pourquoi un si pauvre contrôle de la qualité chez ces grands et gros producteurs?

Imaginez si on trouvait la même chose dans les laits, les yogourts, les confitures, ou autres produits! On en entendrait parler et les fournisseurs amélioreraient le contrôle de la qualité de leurs produits vendus.

Toutefois, dans le domaine du vin, c’est le silence, c’est l’angélisme, c’est l’omerta. On ne parle pas de cela, on ne mentionne pas les produits défectueux. Donc, il n’y a pas de correction, pas d’amélioration et il n’y en aura pas tant que cela est maintenu secret.

Il faudrait que les consommateurs se rebiffent, se plaignent. Ils ne peuvent pas compter sur les critiques de vin – il n’y en a pas; au contraire des critiques de restaurants, de livres, de cinéma…, les chroniqueurs vins ne font que louanger les vins.

Au Québec, la SAQ elle non plus ne fait rien, d’autant plus que peu de consommateurs font l’effort de retourner les mauvaises bouteilles.

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Et ça venait du bouchon?

La plupart des défauts des vins sont dus à des bouchons défectueux. Soit qu’ils contaminent le vin, soit qu’ils laissent passer trop d’air. Le liège est-il le pire ennemi du vin? Il y a aussi les bactéries et les levures de type brettanomyces.

Mais si on n’en parle pas, si on ne dénonce pas, il n’y aura jamais d’amélioration. Tout ce qu’on lit au sujet du vin, ce sont des louanges, alors quoi changer et pourquoi?

Consommateurs de vins, sommes-nous condamnés à être les dindons de la farce? À quand une association de défense des intérêts des consommateurs de vin?

Plan d’action

Que faut-il faire? Les chroniqueurs vin devraient mentionner à chaque foi un vin défectueux et le publier. Les blogueurs aussi.

Au Québec, les consommateurs devraient retourner systématiquement les vins défectueux à la SAQ, la Loi de protection du consommateur l’oblige à reprendre ses produits défectueux.

Ainsi, en travaillant tous ensemble, nous pourrions améliorer la distribution, la régularité et la constance des vins de qualité sur notre marché.

 

Marc André Gagnonimg_6047


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Les vins bulgares cherchent leur place à l’international

Sur RFI, notre consoeur et amie Agnieszka Kumor a consacré un intéressant reportage sur l’évolution de la viticulture bulgare.

« Nous traversons la vallée de Sungurlare, qui s’étend dans l’Est de la Bulgarie. 80 kilomètres nous séparent de Burgas, la fameuse station balnéaire de la côte de la Mer Noire. La région produit des vins depuis la nuit des temps, depuis la Thrace antique. Mais les communistes arrivés au pouvoir après la Deuxième Guerre mondiale en ont fait une région purement productiviste. Les vignes devaient produire beaucoup, notamment pour le marché de l’ancienne URSS. Et si les cépages n’étaient pas adaptés au terroir local, qu’à cela ne tienne, le système de planification centrale l’emportait sur la qualité du vin. Aujourd’hui, c’est vers toute autre chose que le pays se tourne… »

La suite ICI


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Un Alsacien à Strasbourg

Notre ami alsacien Jean-Michel Jaeger nous fait partager son amour pour « sa » belle capitale… et ses multiples ressources gastronomiques et vineuses… Incontournable Strasbourg! Une bonne idée de balade cette été, entre deux descentes de caves?

Les guides touristiques, aimablement distribués par l’Office du Tourisme, ne suffisent pas pour admirer la Cathédrale ou le quartier de la petite France. Il y faut un peu de connaissances, beaucoup de curiosité, de l’âme et une bonne pointe de cœur.

Ni le guide Pudlovsky, ni le Michelin ne suffisent à vous rendre gourmand. Il faut aussi l’envie, la curiosité et… du cœur au ventre.

Il faut un appétit semblable pour les choses de l’art et les intrigues des méandres culinaires. L’appétit est donc l’indispensable bagage du touriste digne de ce nom. Le tourisme, disait Giraudoux, « c’est conduire le visiteur à nos cathédrales par notre mayonnaise« . Tomi Ungerer, quant à lui, inviterait ce voyageur au stammtisch de la maison Kammerzell, autour d’une élégante et originale choucroute aux poissons.

Maison Kammerzell, 16 place de la cathédrale Strasbourg, +33 388 32 42 14

Kammerzell

La Maison Kammerzell

S’il faut apprendre les tripes avec Rabelais, l’aïoli avec Mistral, en parfait Strasbourgeois, laissez-moi vous évoquer quelques parfums, coins, attraits et arcanes de la capitale alsacienne…

Mes souvenirs les plus lointains me ramènent vers ma ville natale. Ses quartiers truculents, que j’arpentais chaque jour pour rejoindre mon collège – où j’eus un professeur de sciences qui nous initiait aux mystères de la fermentation en dissertant des mérites comparés du chou à choucroute et du cépage riesling (!) – ses nombreuses tentations gourmandes, les exemples de quelques hommes de l’art, ont forgés le sommelier amoureux de bonne chère que je suis.

Pour étayer et pimenter ce récit je suis né, en 1949, à quelques mètres au-dessus d’un trésor.  Car la Cave des Hospices de Strasbourg, créée en 1395 abrite sous une voûte séculaire une superbe galerie des foudres constituée de plus de cinquante pièces en chêne utilisées de nos jours par une trentaine de domaines viticoles associés, pour y élever chaque année des vins de cépage d’A.O.C. Alsace ou Alsace Grand Cru.

Cette magnifique cave voûtée de 1200 m² offre les conditions idéales pour que s’expriment pleinement la typicité et la personnalité de ces cuvées nettement améliorées grâce à cet élevage en foudres. Après de longs mois de soins attentifs et une dernière dégustation, la mise en bouteille est assurée in situ. Toutes les bouteilles bénéficient du même habillage, avec la même étiquette. La Croix des Hospitaliers, emblème de la Cave, s’y affirme. Ces étiquettes diffèrent seulement par le nom de la cuvée, le millésime et le nom de leur producteur, situé dans le bandeau jaune au bas de l’étiquette.

Hospices StrasbourgCave Historique des Hospices de Strasbourg

Car, j’y arrive, si cette cave abrite nombre de foudres emplit de vins récents, elle recèle un inestimable trésor. On y cache le plus vieux vin du Monde en tonneau. Un nectar de 1472. Nul n’a pu identifier le cépage d’origine. On ne déguste pas ! Et pour cause. « De toute façon l’amateur serait fort déçu car seuls les effluves sont agréables », explique Damien Steyer, biologiste. Le général Leclerc fut la dernière personnalité à déguster ce cru d’exception en 1944 lors de la libération de Strasbourg. Branle-bas, le 21 janvier 2015 la tonnellerie Radoux offrit un nouvel écrin pour recevoir les derniers 300 litres. Souhaitons-lui encore longue vie!

Cave Historique des Hospices de Strasbourg    1, Place de l’Hôpital, + 33 3 88 11 64 50

Curieux de palais, je ne fréquente que des endroits fréquentables

Au hasard de mes pérégrinations je me retrouve rue du Maroquin. Interpellé par une vitrine présentant d’évidence des articles d’épicerie fine mon regard est attiré par un flacon de la Distillerie Hepp à Uberach. Un whisky alsacien Single Malt Tharcis Hepp Finition fût de Vieille Prune (IGP). Cette cuvée « Tharcis », du nom de Monsieur Hepp père, résulte d’un distillat de malts de la brasserie alsacienne Météor, sublimé 5 années au minimum dans des futs de chêne initialement employés pour un long élevage d’eau de vie de quetsche. Le nez creux, fine mouche, mon cavage révèle un diamant non pas noir mais ambré à souhait. Cet authentique single malt, présente une palette aromatique complexe et profonde. L’affinage en fûts lui confère puissance, rondeur et structure. Superbe.

Tharcis

Bonne Mie,  25 Rue du Maroquin Strasbourg

Yannick Hepp, Distillerie Hepp 94 Rue de la Walck, 67350 Uberach

 

De bon matin. Mes pas me dirigent tout naturellement vers le Musée Alsacien. Il fut créé par trois amis dont mon arrière-grand-père, Pierre Bucher. Vous comprendrez qu’à chacun de mes séjours, je me replonge dans cette atmosphère unique d’arts et traditions populaires, présentant les témoignages de la vie alsacienne traditionnelle du XVIIᵉ au XXᵉ siècle : habitat, mobilier, objets du culte, artisanat, viticulture … Indispensable pour qui veut comprendre l’Alsace et ses citoyens.

Musée Alsacien 23-25 Quai Saint-Nicolas +33 3 68 98 51 52

Où le gourmet perce sous le glouton

Il est midi. Place Guntenberg, je me lance… aux Armes de Strasbourg… Salade de pot au feu fraîche et avenante, puis une imposante et croustillante bouchée à la reine servie avec des spaetzle, goûteuse, moelleuse et crémeuse à souhait, un réel plaisir, enfin tarte aux pommes de circonstance. Ouf ! Un heureux Auxerrois et une mirabelle odorante ont permis de faire glisser le tout. La maison propose un plat du jour.

Au fait, lors d’un second passage, j’ai pu apprécier la choucroute « Aux Armes de Strasbourg »; examen réussi, sans surprise ! Accueil charmant, personnel aux petits soins.                                                                                          .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Aux Armes de Strasbourg (Zuem Stadtwappe) 9, Place Gutenberg, +33 3.88.32.85.62

Venant de la cathédrale, je rentre dans la Rue des Orfèvres. On y trouve quelques orfèvres du goût.

Au 16, Frick-Lutz, charcutier. Jambon en croute, presskopf, tourte vosgienne. www.kirn-traiteur.fr

Au 15, le Saint-Sépulcre (Heilich Graab), winstub. Jarret sur chou, tarte à l’oignon, harengs à la crème.

Au 9, Naegel, pâtissier. Pâtés en croute, pains originaux, torche aux marrons.

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Au 3, Lohro, fromager affineur (MOF). Munster, barkass, et autres…

Au 1, Westermannboulanger. Pains spéciaux, streusel, kouglopf.

Mehr licht!

Pour finir en beauté ce petit tour des incontournables, un spectacle immanquable, inévitable, nécessaire: les illuminations de la Cathédrale Notre Dame

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Si vous manquez d’idée, cet été, du samedi 2 juillet au dimanche 18 septembre, tous les soirs, place du Château, la Cathédrale se pare de son grand spectacle de l’été :  « Lumière intemporelle ». Les divers tableaux de ce spectacle inédit, racontés en vidéo, lumière et son décrivent ce voyage temporel de la lumière, débuté au commencement du temps.

Un fil conducteur poétique, intime mais également grandiose et spectaculaire pour redécouvrir la façade sud de la Cathédrale mais aussi son environnement proche, la place du Château. Vivez une expérience immersive exposant le temps et la lumière dans leurs dimensions physique et spirituelle. Pendant le spectacle et entre chaque session, 690 bougies illumineront les bâtiments de la place, la Cathédrale et les arbres, les faisant ainsi baigner dans une ambiance dorée et authentique.

Du samedi 2 juillet au dimanche 18 septembre. Spectacle gratuit.

En juillet : 22h30 / 23h00 / 23h30 / 00h00. En août : 22h15 / 22h45 / 23h15 / 23h45                                                                                                                             En septembre : 21h15 / 21h45 / 22h15. Durée : 15 minutes, spectacle toutes les 30 minutes

 

Pour plus d’info: Office de Tourisme Strasbourg17 Place de la Cathédrale Strasbourg, +33 3 88 52 28 28

Bonnes visites, Strasbourg vous attend…

Jean-Michel Jaeger

 

 


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La route des vins de Namibie

De retour d’Afrique, notre excellent confrère suisse Alexandre Truffer nous rapporte ce compte rendu de voyage à travers un pays viticole émergent – un de plus! 

Au Sud du continent africain, la vigne gagne chaque année de nouveaux territoires et colonise même les arides étendues entre les déserts du Namib et du Kalahari. Une route des vins relie ces optimistes qui bâtissent le vignoble namibien.

Paradis des photographes, les vastes étendues désertiques de la Namibie constituent un environnement favorable pour quelques espèces animales spécialisées dans la survie en milieu aride. L’oryx, une antilope aux longues cornes pointues, la taupe dorée, un petit mammifère aveugle qui creuse ses galeries dans le sable, ou le solifuge, un arachnide nocturne de grande taille, ont trouvé dans les dunes rouges de Sossuslvei et dans les blanches ondulations de la Côte des Squelettes un isolement protecteur. Les habitants – descendants d’indigènes repoussés dans ces confins inhospitaliers par la pression de tribus plus agressives, petits-enfants de colons germaniques venus tenter leur chance dans la Deutsche West Afrika ou membres de communautés métisses ayant fui les préjugés de l’Afrique du Sud coloniale – semblent toujours quelque peu incongrus dans ce cadre dominé par une nature omnipotente.

Sans les rivières de diamants disséminées dans cette terre peu généreuse, la Namibie n’aurait sans doute jamais intéressé les puissances coloniales – Allemagne et Afrique du Sud – qui développèrent les infrastructures du pays et amenèrent les premiers plants de vigne. Il est en général admis que les premières vignes de Namibie furent cultivées par des missionnaires catholiques dans la région de Klein Windhoek. L’année 1884 est avancée comme date de plantation des premières vignes du Collège Saint-Paul qui élaborera du vin pour une consommation locale jusqu’en 1978, date de la mort du dernier missionnaire-vigneron. Les puissances coloniales, chacune à leur tour – 1904 pour l’Allemagne et 1950 pour l’Afrique du Sud – initieront des programmes de plantation d’olive et de vigne. Ces incitations n’auront pas grand effet, d’autant plus que le gouvernement de Pretoria changera d’avis quelques décennies plus tard et finira par interdire la production de raisins sur le territoire de son protectorat namibien afin de protéger les producteurs sud-africains.

 

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D’un désert à l’autre

L’oenophile de passage en Namibie découvrira en une rapide recherche sur internet qu’il existe aujourd’hui une «Namibia’s Wine Route Between 2 Deserts». Il téléchargera une carte qui lui proposera de débuter son voyage à Neuras, dans les marges du désert du Namib, pour le terminer à Kombat, aux confins du Kalahari. Entre les deux se niche une troisième cave, près de la localité d’Omaruru. Ce que le document ne dit pas, c’est le parcours pour relier ces trois caves, qui élaborent en commun quelque dizaines de milliers de bouteilles, représentent un périple de près de 1200 kilomètres sur un mélange de routes asphaltées et de pistes de terre battue! Pas de doute, cette route des vins est à la fois la plus longue et la plus aventureuse du monde.

Il y a de fortes chances que notre oenophile courageux début son périple à Windhoek. Muni d’un GPS, d’une carte à l’ancienne en cas de défaillance du précédent, de vingt litres d’eau – le minimum pour survivre deux jours dans le désert – et ayant pratiqué le changement de pneus et la conduite sur sable (qui possède de paradoxales ressemblances avec la conduite sur neige), il sera rendra vite compte qu’il se trouve à quelque centaines de kilomètres du point de départ, ou d’arrivée, de cette Namibia’s Wine Route. Pour se donner du courage, notre voyageur devrait réserver sa soirée au Gathemann Restaurant. Il y croisera le consul honoraire de Suisse, Urs Gamma, qui outre ses devoirs diplomatiques dirige la meilleure table du pays. Désireux de mettre à l’honneur les spécialités du terroir namibien – asperges de la côte, truffes du Kalahari, glace au Maguni et chasse régionale -, cet expatrié qui a décidé de se mettre au fourneau il y a un quart de siècle propose une très intéressante sélection de vins. Sur sa carte se mêlent des domaines sud-africains en mains helvétiques (à l’image de Création Wine du neuchâtelois Jean-Claude Martin ou de Glenn Carlou, propriété de la famille bernoise Hess) et la plupart des vins produits par le vignoble namibien. De fait vu les faibles volumes produits par la poignée de caves namibienne, ce restaurant représente la meilleure chance de déguster un assemblage de Neuras ou une Syrah de Tonningii. Un carpaccio de Springbok aux asperges, un filet d’oryx et une farandole de dessert d’inspiration germanique plus tard, il est temps de partir à la découverte de la Namibia’s Wine Route. Première étape, les montagnes de Naukluft, en bordure du désert du Namib, à la recherche d’une oasis baptisée Neuras, ce qui signifie le «lieu de l’eau abandonnée» dans le dialecte local.

Bacchus protecteur de la faune

«Le vin est un moyen de financer la conservation de la faune», explique Ivan Philipson, le responsable de la Neuras Winery. Pour ce Namibien d’origine afrikaner qui, avec sa femme Ilze et ses trois enfants, a pris les rênes de ce domaine viticole il y a deux ans le vignoble, comme les chambres d’hôtes ou l’organisation de séjours payants pour des volontaires en quête d’aventure encadrée sont des moyens de financer une cause en laquelle il croit. «La Nankuse Fondation a pour objectif de trouver des modus vivendi entre les prédateurs – léopards, guépards, lycaons, caracals – et les habitants des zones rurales de la Namibie. Notre organisme recherchait un domaine à acheter dans la région de Neuras, car celle-ci, principalement consacrée à l’agriculture et à l’élevage extensifs, abrite encore un grand nombre de léopards. La Fondation a pu acquérir ce domaine 2012 et déjà les projets de recherches engagés par nos biologistes ont déjà permis de modifier les mentalités. Aujourd’hui, lorsqu’ils aperçoivent la trace d’un félin ou qu’un de leurs agneaux est tué, certains fermiers nous appellent plutôt que d’organiser une battue, explique Ivan Philipson qui précise: Comme nous ne touchons pas de subventions, il faut de l’argent pour financer tout cela et le vin de Neuras est l’un des pourvoyeurs de fonds de la fondation. Afin qu’il puisse remplir ce rôle, nous avons décidé de faire de nouvelles plantation, car le vignoble historique produit des raisins de faible qualité.» La cause de cette insuffisance: trop d’eau. Les ceps plantés à la fin des années 1990 par Allan Walkden-Davis, le précédent propriétaire, ont réussi à percer la couche sablonneuse qui sépare le sol d’une source souterraine. Résultat, les plants de Syrah ont les pieds dans l’eau et produisent des raisins aqueux qui se seront utilisés exclusivement pour la distillation d’un «brandy» maison. Toutefois, en 2012, un hectare et demi de cépages rouges (Syrah et Cabernet Franc en majorité) ont été plantés (loin de la source). Le premier millésime de ces jeunes vignes, 2015, sera mis sur le marché lors de la parution de cet article.

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Kristall Kellerei: le hobby d’un maître distillateur

Deuxième étape de la Namibia’s Wine Route: Omaruru et la Kristall Kellerei. Direction Omaruru, au nord-ouest de Windhoek et à 450 kilomètres de Neuras. Ici, la commercialisation se fait essentiellement au domaine. Les tours organisés amènent pas loin de 5000 visiteurs, essentiellement allemands, dans la «Weinstube». Olga Kausch, en charge de secteur oenotouristique propose une visite des vignes et de la cave avant de déguster les deux vins du domaine, le Ruppet’s Parrot Colombard – à l’heure actuelle le seul blanc du pays – et un assemblage rouge, le Paradise Flycatcher qui marie les différents rouges – Tinta Baroca, Syrah, Cabernet Ruby, Malbec et Pinotage – plantés sur les quelques trois hectares du domaine. Le voyageur chanceux rencontrera peut-être Michael Weder, le propriétaire (depuis 2008) et winemaker. Toutefois, il est beaucoup plus probable que celui-ci soit en train de distiller de la figue du barbarie, du Devil’s Claw (une plante de la famille du sésame dont les tubercules sont transformés en gin), de la grenade ou des dattes à Naute Kristall Cellar and Destillery, le nouveau projet de Michael et Katrin Weder. Invités par le gouvernement à trouver un débouché pour le surplus de dattes cultivées près du barrage de Naute (500 kilomètres au sud de Windhoek), ce passionné vinifie encore les vins d’Omaruru, même si sa vraie vocation semble être les eaux-de-vie. Il est vrai que la qualité de ces dernières méritent le qualificatif d’excellent, ce que ne peuvent revendiquer les cuvées de la Kristall Kellerei. Michaël Weder reconnaît lui-même que: «le vignoble de Namibie est encore dans sa phase de rodage. Lorsque nous avons racheté la Kristall Kellerei à Helmut Kluge, qui avait planté les premières vignes de Colombard en 1990, j’étais avocat. J’ai ensuite fait des cours de caviste à l’université de Stellenbosch, mais je ne suis pas un professionnel du vin.» Les conditions de production du raisin en Namibie dans ce vignoble aride situé à 1200 mètres d’altitude donneraient d’ailleurs du fil à retordre à n’importe qui. «Il y a bien entendu la question de la sécheresse, mais aussi des oiseaux qui voient dans nos parchets une formidable source de nourriture, du matériel qui doit être importé du Cap, du manque de collègue à qui demander conseil en cas de problème. De plus, nous avons eu de gros problèmes de mortalité de la vigne à cause de l’esca. Pendant l’apartheid, de nombreux plants ont été importés illégalement en Afrique du Sud et nombre d’entre eux étaient contaminés par cette maladie. Aujourd’hui c’est un problème majeur, et nous, qui faisons venir nos greffons de la région du Cap avons aussi été touchés. C’est malgré tout une grande aventure, et le vignoble namibien possède un bel avenir. Tous nos vins se vendent et à un prix correct. Il y a un intérêt certain de la part du secteur touristique pour proposer dans les lodges ou les restaurants des crus namibiens. De plus le gouvernement soutien le développement de produits du terroir qui pourraient amener du travail aux populations rurales peu qualifiées.»

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Kristall Kellerei

Erongo Mountain Winery: le grand bond en avant

Cette volonté de travailler avec les communautés rurales est aussi mise en avant par Wolfgang Koll, d’Erongo Mountain Winery: «Essence of Namibia, notre liqueur à base de Devil’s Claws, permet de valoriser une plante indigène qui pousse dans des régions très pauvres. C’est une aide au développement plus efficace que de donner quelques bouteilles pour des ventes de charité». Cet ancien industriel du métal, qui s’est installé en Namibie après avoir vendu ses usines en Europe, a acquis un domaine près d’Omaruru sur lequel il planté quinze hectares de vignes et investi plusieurs millions de francs. Son ambition, produire de manière professionnelle et avec un certain volume (si nécessaire en achetant de la vendange auprès de vignerons namibiens ou sud-africains) du vin namibien de qualité qui soit référencé auprès des principaux acteurs touristiques du pays. Le premier millésime, 2014, vient d’être mis sur le marché et a déjà fait sa place sur la carte de plusieurs restaurants renommés du pays. La gamme actuelle se compose de trois vins, l’Etosha, un assemblage de Cabernet Sauvignon et de Syrah fruité et souple à classer dans la catégorie sapide et facile à boire. Plus complexes, les deux fiertés du domaine se nomment Krantzberg et Namibian Kiss. Le premier, de style bordelais, est élevé douze mois en fûts de chêne. Dense, expressif, mariant fruits noirs et notes d’élevage, offrant des tanins très souples ainsi qu’une belle persistance est l’image même du Bordeaux Blend de bonne qualité. Le second – puissant, généreux, exhalant la cerise noire et avoisinant la douzaine de grammes de sucre résiduel par litre – possède des allures d’Amarone.

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Enogo Mountain Winery

Futur radieux pour le vignoble namibien

La visite du vignoble namibien ne serait pas complète sans une mention de Tonningii Wynkelder, près d’Otavi. Plantés par le Docteur Bertus Boschoff dans les années 1990, ces vignes sont maintenant travaillées par son fils. Selon Urs Gamma, «ce domaine produit les meilleurs vins de Namibie. Les autres domaines ont été créés par des gens qui avaient de l’argent et qui appréciaient le vin. Là, il y a à la fois de la passion et, maintenant que la nouvelle génération a repris le flambeau, de l’expertise.» La Syrah 2013 du domaine s’est en effet révélé le plus élégant des vins namibiens que nous avons pu goûter lors de notre périple dans ce jeune vignoble en train de s’organiser pour élaborer une législation viticole, étape indispensable pour entrer dans le concert des vignobles reconnus au niveau international.

Alexandre TrufferTruffer