Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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BiB blanc huîtres, réflexions gourmandes à petit prix

Notre invitée du samedi nous fait part de ses réflexions à propos des ‘BiBuîtres’, soit, quel BIB de blanc sied aux huîtres

Comment j’ai découvert le goût des huîtres à cause du BIB.

C’est parti d’un commentaire posté sur le blogdubib.fr. Une question simple et récurrente dans cette période d’extras culinaires : Quel Bib conseillez-vous avec les huitres? J’ai bien pensé répondre sur la forme, puisque la boite peut servir aussi bien d’emballage au vin que de plateau aux huîtres. Trouvant l’idée intéressante mais inutile, j’ai poussé le professionnalisme jusqu’à faire une sélection de vins blancs conseillés avec les fruits de mer. Et j’ai acheté des huîtres. Pour garder le même esprit «pas cher» du BIB, j’ai choisi des huîtres locales, les moins chères du poissonnier, élevées à Leucate.

Entretemps j’ai appelé Marco, le spécialiste de l’analyse des papilles, pour avoir un conseil pour déguster les huîtres. Voici sa leçon:  «tu la respires, tu la mets en bouche et tu la mâches doucement pour permettre à tes papilles de bien les goûter». Alors voilà :

Au nez elle sent le vent de la mer, la fraîcheur des embruns, avec un effluve doux et minéral. Elle évoque une sorte de liberté sensuelle et animale. En bouche, les huîtres de Leucate sont bien salées, peu grasses à cette saison, elles sont tout de même moelleuses, comme beurrées. Elles sont charnues et savoureuses, un peu grillé-noisette avec des notes umami, rappelant une grillade au thym. Quand on peut garder le muscle, on apprécie un jeu de texture plus ferme et plus doux. La finale de beurre frais est suave, minérale et iodée.

Pour faire classique comme en famille, je les ai goûtées avec une tartine beurrée. Regrettable erreur, le beurre a pris le dessus sur le gras subtil de l’huître et a ridiculisé sa texture.

J’ai testé le filet de citron qui chatouille un peu la rondeur mais déplace l’équilibre en bouche et brouille les cartes avec le vin. Je n’ai pas testé le tour de poivre, ni le vinaigre échalotes et variantes, ni la sauce de soja, ni le Tabasco encore moins le Ketchup, probablement parce que j’ai des idées préconçues sur la question. Conclusion, les huîtres crues se mangent nues. Avec le vin, c’est moins évident mais quand même. Voici ma sélection par ordre de préférence :

1er : L’évidence

Cave de Florensac

Un Picpoul de Pinet AOC, donc 100% Piquepoul

Seul vin du millésime 2017, il gagne en peps sur les autres. Son nez est fruité, la poire et le citron vert dominent avec une pointe d’embruns et une fraîcheur minérale, plutôt graphite. La bouche est encore jeune avec une mémoire fermentaire mais la structure est là, un léger perlant à l’attaque, de la douceur au ventre et une finalité qui relève la tête et s’étire avec le citron.

L’huître s’accommode du perlant et s’empare de l’acidité, ça réveille ses saveurs grillées. Le sel de l’huître renforce le goût du vin. C’est rafraîchissant et comme nécessaire, l’un appelle l’autre avec bonheur. La vivacité du Picpoul persiste en finale, provoquant une légère salivation… qu’on confond volontiers avec l’envie d’y revenir. Le citron ajouté participe volontiers à la fête.

 

2ème : L’addictif

Domaine du Grand Poirier

Un Muscadet AOC, donc 100% Muscadet appelé aussi Melon de Bourgogne

Un nez plutôt gourmand et fruité, comme de la pomme au four, des notes de chèvrefeuille et une gelée de groseilles. La bouche est vive, avec une acidité tendre comme un jus de fruit dans une matière fondante et souple, avec une finale beurrée.

Le vin accompagne bien l’huitre sans la déranger, on apprécie le côté iodé de l’une et la fraîcheur de l’autre, c’est tellement évident et paisible que ça se mange sans faim, ça se boit sans soif, un truc de comptoir qui vous emmène direct au bord de mer. 2,6 €/L

 

3ème : Tendre et sérieux

Cave de Tain

La cuvée Première Note, une  IGP Collines Rhodaniennes, 100% Marsanne

Un nez de fruit blanc plutôt poire et herbes coupées. La bouche est tendre et savoureuse, du zeste de citron et de la sauge, une fraîcheur donnée par cette belle amertume qui se prolonge en finale.

L’huître est bien accompagnée dans les notes iodées. La touche mentholée ajoute de la fraîcheur à l’ensemble, c’est tendre. Le citron renforce l’amertume savoureuse du vin, on oublie un peu le goût discret de l’huître. La beurrée patine l’amertume du vin et fait ressortir le grillé noisette de l’huître. C’est plus cher mais c’est plus riche. 5€/L

4ème : Un jeu de contraste

Plaimont producteurs

La cuvée Florembelle, une IGP Côtes de Gascogne, assemblage classique de Colombard et Ugni blanc

Le nez est expressif avec un bel ensemble d’agrumes, un soupçon de fruit de la passion et des notes de fleurs séchées. La bouche est vive à l’attaque puis tendre et fruitée avec une acidité citronnée en finale.

L’huitre est dépassée par l’aromatique explosive du côtes de Gascogne. Il y a déjà bien assez d’agrume dans le vin pour ajouter le citron. On l’oublié. Par contre, la tartine beurrée se mêle bien à l’iode, ça papote et ça chatouille, ça flatte. A conseiller pour le Goûter. 3,58 €/L

5ème : Minéral

Cellier des Demoiselles

Un Corbières blanc, assemblage de Grenache, Maccabeu, Bourboulenc et Marsanne.

Un nez léger de pêche avec une touche citronnée, du fenouil et du bois vert. La bouche est fluide, on garde le fruit léger et une finale minérale.

L’huitre donne de l’ampleur au vin et lui fait de belles épaules arrondies avec une touche beurrée et mentholée qui allonge la finale. Le citron l’accentue, le pain beurré masque cette ouverture. C’est la version minérale mentholée de l’accord. 2,86€/L

En guise de conclusion on peut dire que le mariage régional est le plus réussi, huître de Leucate avec blanc d’à côté. Le Muscadet est bien convaincant aussi, peut-être influencé par la proximité de l’océan. Mais le plus grand plaisir vient de l’attention portée au goût, la curiosité des papilles qui provoque un vrai plaisir de tous les sens. C’est encore meilleur quand c’est partagé ! A Noêl offrez-vous une dégustation en famille. C’est un bon moyen de prouver qu’on s’aime ou qu’on se déteste, sans parler de politique.

 

A votre bon sens,

Nadine

 

 

 


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Les Héros de la Vigne, sur France Bleu et dans Terre de Vins

Notre invitée de ce samedi est la journaliste culinaire Anne-Sophie Thérond. Celle-ci écrit notamment pour Terre de Vins. C’est justement dans le hors série que ce magazine vient de consacrer aux vins du Sud que l’on trouve son portrait de Gilles Moreau. Un animateur radio qui ose s’enthousiasmer pour les vignerons et les vigneronnes sur les ondes de France Bleu Hérault…

L’occasion de réaffirmer qu’il est tout à fait possible, dans une France qui n’est plus tout à fait celle de M. Evin, de parler du vin et des gens qui le font sans avoir l’air de s’en excuser.

Anne-Sophie Thérond (Photo (c) Richard Sprang

GILLES MOREAU, AMBASSADEUR DU LANGUEDOC

Sa voix vous éveille les papilles, vous balade en Languedoc, à la rencontre de ses vignerons. Gilles Moreau célèbre, depuis trois ans, Les Héros de la Vigne sur France Bleue Hérault. L’animateur-reporter est un enfant du pays. Il a passé ses étés d’enfance dans le château de Villerambert-Moureau, 100 hectares de vignes en Minervois. Il se souvient avec tendresse ses premières gorgées de vin du cru et de la cuvée sur Les Marbrerie Hautes du domaine familial.

Gilles Moreau

Curieux de nature, il a fait ses débuts sur les ondes à la grande époque des radios libres, en Cévennes. Accroché par ce média éphémère, il le choisit pour métier. Il part en Normandie pour une radio locale, puis entre dans la grande maison de Radio France, à Paris et Grenoble.  En manque de soleil, il rejoint France Bleu Hérault à Montpellier en 2001. Il touche à toutes les émissions et tous les horaires et réussit, en 2015, à glisser une perle rare dans le paysage radiophonique : une émission sur le terroir languedocien et ses vignerons.

Grands domaines et artisans-moutons à 5 pattes, il sillonne l’Hérault à leur rencontre, jusqu’à un endroit qu’ils ont choisi. «Et là, les vignerons, qui peuvent être fermés comme un bourgeon, s’ouvrent et se racontent».  Il garde 34000 histoires en mémoire, certaines l’ont marquées à tout jamais.

Roman Guibert, à Daumas-Gassac, à Aniane, orchestrant ses vendanges 2017, où l’on parle et chante dans toutes les langues. Benoît Brajou, le vigneron irréductible de Fons Salatis, à Saint Jean-de Fos, aux mains comme des ceps de vigne, et sa jument Bulle. L’aquarelliste Jo Lynch et l’ancien médecin André Suquet qui ont planté leur Villa Dondona, à Montpeyroux, de vermentino sur treille. Fabienne et Alain Bruguière dans leur Mas Thélème, aux cuvées nommées cuvées Exultet et Carpe Diem, à Lauret, dans un Pic-Saint-Loup dévasté par la grêle de 2016.

Dans les studios la radio à Montpellier, Gilles Moreau reçoit aussi autour d’une table ceux portent la parole des vignerons régionaux : cavistes, sommeliers, journaliste, spécialiste des réseaux sociaux… «Chacun, à sa manière, vient parler de ses préférences. Derrière chaque quille, il y une terroir, une histoire.». Au fil des années, il tient à l’inscrire dans la durée. «Malgré la grêle et le gel, nos vignerons se relèvent et continuent, mon boulot est de les suivre et de les raconter».  Aussi, il donne un simple conseil, celui d’aller les voir, d’oser toquer à leur porte. «Je rentre de chaque reportage plein de bonheur ! La vie est avant  tout chez eux, dans leur cave et leurs vignes.»  En chemin, on l’écoutera raconter ses Héros de la Vigne.

Anne-Sophie Thérond

https://www.francebleu.fr/emissions/vigneron-du-jour

Les héros de la vigne, 18h-18h30, jeudi, en replay le samedi 12h-12h30, et en podcast.


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Give Merlot and Chardonnay a second chance!

Our guest today comes from Ireland. John Wilson is the author of ‘101 Great Wines Under €10’ and edited four editions of ‘The Wine Guide’, Ireland’s best-selling wine book. He has contributed to various magazines, appeared on television, and has worked on local radio. He works as a consultant, and is wine correspondent for The Irish Times. Most of all, he likes a glass of decent wine, as we could see on our last press trip to Bologna. Even Merlot and Chardonnay… 

Fashion is a fickle business. In the not-too-distant past, a wine producer wondering what grape varieties to plant in a new vineyard would have gone straight for Chardonnay and Merlot.

These were, after all, the most sought-after wines around the world. Given that a vine takes three years to produce grapes and a decade to make decent wine, predicting future trends can be a dangerous business.

Nowadays, I suspect Pinot Grigio, Sauvignon Blanc, Pinot Noir and Malbec would be at the top of the list for any prospective producer.

But a decade or so ago, Merlot was everybody’s darling. It is widely planted in North and South America, and elsewhere, too, is relatively easy to grow and produces decent yields.

The wines are very attractive, too, medium-bodied with velvety soft, rounded plummy fruits and none of those drying tannins associated with Cabernet Sauvignon. Even better, Merlot doesn’t require lengthy ageing. All of the wines, even the very best, are drinkable from the start.

How the mighty have fallen. Merlot became a dirty word largely thanks to the 2004 movie Sideways, where Myles, the main protagonist says ‘If anyone orders Merlot, I’m leaving. I am not drinking any f***ing Merlot.’

Suddenly, everyone wanted Myles’s favourite, Pinot Noir, instead. Sales plummeted, particularly in the US. Yet we continued to drink Merlot, sometimes unwittingly, as most of the red wines of Bordeaux and the surrounding area will contain some Merlot in the blend.

In areas such as Pomerol, it makes up 100 per cent of the wine, including the most famous pure Merlot of all, Petrus.

As for Chardonnay, it may have reached tipping point when Bridget Jones began drinking large glasses to console herself after her latest disaster. Much of the Chardonnay produced back then was heavily and clumsily oaked, and often high in alcohol, too, when the world began looking for something lighter and fresher. Enter Pinot Grigio and Sauvignon Blanc.

This is unfair on Chardonnay, one of the greatest grapes of all, and these days made in a much more appealing style. In my experience, most consumers love Chardonnay – until they see the label. As with Merlot, the French have us drinking it unknowingly. Just about every bottle of white Burgundy, from Chablis to Meursault to Mâcon is 100 per cent Chardonnay.

These days most less expensive Chardonnays are unoaked and a degree or two lighter in alcohol. They make great food wines, but are also perfect on their own. A good Merlot is supple and fruity; a real crowd-pleaser, in other words.

So this weekend, spare a thought for two of fashion’s forgotten victims, and try out a bottle of Chardonnay or Merlot. You should be in for a pleasant surprise.

Aresti Bellavista Chardonnay Reserva 2016
Curico, Chile, 13%

A very well-made, medium-bodied wine bursting with peach fruits and fresh, zesty acidity. Perfect on its own or with salmon.

Lettre d’Aloise Chardonnay 2014
Coteaux Bourguignons, 13%

A delectable, elegant white Burgundy with floral aromas and free-flowing fresh green fruits.

Santa Rita Merlot 120 Reserva Especial
Central valley, Chile, 13.5%

Mellow, rounded ripe plum fruits with a dusting of spice. With or without food.

Atalon Merlot 2011
Pauline’s Cuvée, Napa Valley, 14.5%

Ripe, voluptuous dark fruits with roasted coffee and black olives. A big warm hug of a wine.

 

John Wilson

 

This article was first published in the Irish Times on September 23, 2017. 


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Réchauffement climatique et viticulture durable

Notre consoeur polonaise Agnieszka Kumor (RFI) a consacré un reportage très fouillé aux enjeux viticoles du changement climatique – et il ne s’agit pas que d’un problème de températures.

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-après:  http://www.rfi.fr/emission/20171109-france-vignes-changement-climatique-viticulture-durable-exportations-vignerons


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Cépages résistants: l’exemple suisse

En France, on s’interroge sur le potentiel des cépages résistants aux maladies, sur l’opportunité de les planter et de les homologuer en appellation. En Suisse, on ne se pose plus trop de questions: on en boit. Comme en témoigne l’article de notre invité de ce jour, notre confrère suisse Pierre Thomas.

Des «nouveaux cépages», la station de recherches de Changins (VD) en a «croisé» de nombreux, ces cinquante dernières années. Avec l’IRAC 2091, qui a pris le nom du chef des Helvètes, Divico, la Suisse détient la première variété de raisin au monde ne nécessitant aucun traitement phytosanitaire, apte à faire du (bon) vin.

La vérité d’un vin se trouve au fond du verre. Qu’on parle de vin «bio», de vin «nature» (sans ajout de SO2 ou «sulfites»), ou de «nouveau cépage», c’est là que tout se joue.

L’autre jour, au Domaine de Fischer, vénérable cave dominant La Côte vaudoise, un vin ouvrait une dégustation du cercle vertueux Arte Vitis. Ces quatorze vignerons, cooptés, forment l’élite du deuxième canton viticole de Suisse. Sur ma feuille de dégustation, j’ai noté : «Robe presque noire, beau nez de myrtille, attaque sur la pulpe de cerise noire ; mûr, rond, avec une touche de boisé, et un retour sur les fruits rouges croquants. Magnifique vin !».

Il s’agissait du Divico 2015 de Christian Dugon, un des meilleurs producteurs de vins rouges vaudois, dans les Côtes-de-l’Orbe, à Bofflens. De Genève (10 hectares recensés) au Tessin (1 ha), en passant par Vaud (4,3 ha), Neuchâtel (2,5 ha) et le Valais (1,6 ha), mais aussi dix autres cantons, le Divico, officiellement autorisé, se répand lentement, mais sûrement. Les vignerons acquis à la conduite de la vigne en biodynamie, les Vaudois Raoul Cruchon, Blaise Duboux, ou le Valaisan Didier Joris, mais aussi le vignoble de l’Etat de Genève, tous de renom, le vinifient déjà «in purezza», comme disent les Italiens, soit en monocépage. D’autres, en assemblage. Et seulement depuis deux ou trois ans…

Le Graal du viticulteur

Obtenir une variété qui ne nécessite pratiquement aucun traitement à la vigne est une forme de Graal. Le Divico est particulièrement adapté à la culture en bio. Au Domaine des Coccinelles, à Saint-Aubin, au bord du lac de Neuchâtel, le plus vaste, et un des plus anciens aussi, domaine certifié bio (label bourgeon) de Suisse, aménagé par son père il y a 25 ans, Pierre Lambert en a planté un peu. Il livre son raisin pour ses propres cuves, suivies par l’œnologue des Caves de la Béroche, où son premier Divico «pur» (le 2015) séjourne encore.

Est-ce le cépage miracle ? «Oui et non»répond le producteur neuchâtelois. «Il permet au vigneron une économie, de produits et de temps, mais il ne résout pas le problème du travail et du respect du sol.» «Il nous oblige à revoir complètement notre manière de cultiver», complète le Valaisan Didier Joris, qui en a planté à Chamoson. Ses grappes lâches ne craignent que les oiseaux, friands des raisins dès qu’ils sont mûrs — et le Divico est un des premiers gorgés de sucre même s’il se récolte plus tard, pour assouplir ses tanins — et la mouche Suzukii. Cet insecte qui «suce» le jus a fait son apparition massivement en Suisse romande et au Tessin en 2014. Mais l’été sec de 2017 l’a grandement freinée…

C’est le seul aléas, avec des problèmes parfois à la floraison, que le Divico connaisse. Il n’est sensible ni au mildiou, ni à l’oïdium, ni à la pourriture grise, trois «champignons» qui mettent en danger le raisin durant son cycle végétatif et nécessitent jusqu’à une dizaine de traitements phytosanitaires, avec des produits classiques ou admis en bio, sur les autres cépages.

Un arbre généalogique touffu

Cette résistance, il la doit à ses parents. Fruit du croisement par Changins du gamaret, raisin rouge obtenu par la même station de recherche en 1970 déjà, et du bronner, un raisin blanc allemand, il convoque, parmi ses ancêtres, presque tout ce qui porte le nom de «vitis» (vigne) sur la planète. Pas seulement la «vitis vinifera», apte à élaborer du vin en Europe, mais aussi des vignes sauvages américaines («vitis rupestris» et «lincecumii») et asiatiques («vitis amurensis»). Ces dernières lui assurent une résistance naturelle au mildiou et à l’oïdium, qu’a perdue «vitis vinifera».

Par ces croisements nombreux, le cépage obtenu par Changins est donc un «interspécifique» (abrégé PIWI en allemand). Que la législation de l’Union européenne a exclu des dénominations d’origine protégée, pour l’instant… En France, le Divico figure sur une liste de cépages résistants en attente d’homologation, mais n’a pas été retenu en avril dernier (au contraire du bronner). A jus clair, mais à peau épaisse, ce rouge à reflets noirs dans le verre, contient une quantité très importante de resvératrol et de ses dérivés. Ces substances sont celles qui permettent à des médecins de recommander la consommation, certes modérée, de vin rouge «bon pour la santé».

Et si, après être plus «sain» à la vigne et pour le corps, ce cépage est de surcroît excellent à déguster, que demander de plus ? Seul bémol : les consommateurs de vin se méfient de la nouveauté et accordent souvent leur préférence à des cépages mondialisés, du pinot noir (le cépage le plus planté en Suisse) au merlot, en passant par le cabernet sauvignon et la syrah, en rouge. Et en blanc, au chardonnay, au sauvignon et au chasselas, si suisse. Mais déjà pointe le «Divico blanc», qui n’a pas de nom, juste un numéro de code, le RAC 2060. Il donne «un vin aux arômes qui se situent entre le sauvignon et la petite arvine», confie Didier Joris. On se réjouit de le goûter !

Divico, késako ?

Drôle de nom pour un cépage ! Car le chef de guerre des Helvètes-Tigurins est une figure de la mythologie suisse aussi controversée que Guillaume Tell. Dans sa jeunesse (il serait né vers 130 avant JC), il s’en alla battre les Romains à Agen. A un âge avancé pour l’époque, en -58, il fut choisi pour représenter les Helvètes face aux Romains, qui défendaient alors Genève. Jules César lui-même l’écrit dans «De bello gallico». La rencontre tourna court et les Helvètes furent écrasés à Bibracte : Divico mourut sur les bords de la Saône. Non loin de là, un autre raisin rouge, tout à fait traditionnel, a gardé le nom de son adversaire romain : le César; celui-ci n’est cultivé que sur une dizaine d’hectares dans l’Yonne. Avec 22 hectares en Suisse, Divico tient déjà sa revanche !

Pierre Thomas

Paru dans le magazine encore! le 15 octobre 2017 (pdf à télécharger ici)


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Un chai de rêve

C’était une vieille bâtisse qui abritait les cuves et les machines tant bien que mal, en bougeant l’une pour caler l’autre. Une de ces caves construites au fil des ans où viennent s’ajouter les pièces avec les besoins.

Le changement a commencé le 14 janvier 2016 avec le déménagement du vin; un mois plus tard, les gros engins détruisent l’ancien bâtiment et creusent la place pour obtenir un niveau supplémentaire; encore un mois après, fin février, les travaux démarrent. On a désormais trois niveaux, le plus haut pourra accueillir la vendange, le plus bas la vinification et l’élevage; entre les deux, la mise en bouteille, le conditionnement et l’expédition. Avec, de-ci de-là, des lieux sympas pour le public et le bureau. Un rêve d’œnologue…

Et que ça brille!

La réception de la vendange ressemble à un grand laboratoire. Impression largement amplifiée par l’inox omniprésent et d’une qualité toute médicale. Toutes les canalisations sont empruntées au système laitier, section plus petite, plus malléable, plus fin et plus facile pour l’entretien. Le pressoir pneumatique avec froid intégré, offre un choix de programmes tout en finesse allant de la balançoire à l’embrassade. La pompe est assez large pour inviter le raisin à suivre aimablement son destin. C’est propre et réglé comme une horloge suisse.

Zéro phtalates

Ces fameuses molécules découvertes dans les plastiques migrent allègrement dans le vin (aussi bien que dans les biberons de lait). Elles sont le cauchemar des œnologues avertis mais la solution existe, certaines sociétés de matériel œnologique se sont spécialisées dans les produits garantis sans phtalate. Du sol au plafond, dans cette cave-ci, du revêtement des cuves époxy ou en résine, les manches et autre tuyau de transfert, tout est « garanti 0 phtalate ». Un grand progrès. Une sorte de luxe, aujourd’hui.

Chaque chose à sa place

Deux règles de conduite dans une bonne cave: l’hygiène et le rangement. Quand on voit un tableau de manches qui fait penser à un dessus d’établi, comme ici, ça fait rêver. Par terre, c’est si beau qu’on dirait une œuvre d’art.

A chaque raisin sa cuve

Réussir à maintenir le moût d’une même parcelle, d’un seul cépage, de la récolte jusqu’à la bouteille, nécessite un nombre impressionnant de cuves de contenance variée. Qu’à cela ne tienne, ici, on a conçu le chai des cuvées parcellaires avec des 10 hectos, des plus, des moins et des cuves à chapeau flottant pour les entredeux. Une véritable pouponnière de cuvées spéciales.

Le piano à froid

Un des secrets d’une grande cuvée (après le raisin et le terroir), c’est la maîtrise des températures. Surtout le froid pour le blanc, un peu aussi pour le rouge. Au début pour fixer le fruit. Puis pour calmer la fougue des levures en pleine effervescence. Laissez monter le thermomètre et le moût est séché en trois jours, mais tout ce qui est bon est brûlé avec les sucres. Dans les pays frais, il est souvent nécessaire de réchauffer le moût pour faciliter la fin de fermentation (oui oui, les levures sont frileuses). On installe donc un système de ceinture, de drapeau et autre radiateur indépendant pour chaque cuve et au milieu du chai….

Oeno-électronique

Une grande tablette avec tous les contenants et leur température, avec des ordres simples pour l’augmenter ou la diminuer à volonté. C’est bluffant. On n’a pas eu accès aux produits œnologiques pour vérifier l’excellence de la préparation des vendanges mais on imagine facilement que tout est mis en œuvre pour respecter le fruit et son terroir. Reste une étape importante, l’élevage.

Deux doigts de bois

Il y a les cuvées sans et celles avec. Les voilà alignés à la bordelaise avec une fontaine d’André Raboud pour compagnie, tous ces fûts de chêne qui donneront ce goût si particulier. Toute la technologie au service du fruit pur se trouve ici confiée au bras des tonneliers. Certaines cuvées s’en accommodent bien et même s’enrichissent quand d’autres se banalisent. Mais un grand chai sans barrique serait-il pris au sérieux?

De l’art

« Le vin, c’est pas du cochon, c’est de l’art », dit si bien Jean-Claude Dreyfus, nouvel investisseur du vin, acteur et poète à ses heures. L’art a donc légitimement sa place dans la beauté technique du chai. Sur les murs de béton brut, le peintre Pierre Zuffery expose ses toiles de noir vêtues. Les dégustateurs attendris par les gorgées non recrachées tentent de comprendre le sens des choses.

Générique

Le caveau appartient à la famille Besse. Le père, Gérald, est vigneron-entrepreneur-autodidacte; c’est le patron, qui « investit dans la cave ce qu’il gagne dans le vin ». Le fils, Jonathan, est ingénieur en génie mécanique – ça aide. La fille, Sarah, est ingénieur en génie œnologique et viticulture – ça aide aussi. Quant à leur mère, Patricia, elle aide en tout et partout.

C’est à Martigny-Croix, dans le Valais. Je dois ce rêve éveillé aux organisateurs du Mondial du Chasselas. Je les en remercie.

 

 NFA

 

 


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Amara riflessione settembrina

Notre invité de cette semaine n’est autre que Franco Ziliani (Le 1000 Bolle, Vino al Vino…), collègue et ami italien qui nous fait part de quelques réflexions douces-amères sur le métier de journaliste, musiques à l’appui. Dans la langue de Dante et de Verdi, comme il se doit…

Mi fa piacere scoprire che il mio articolo sull’onestà intellettuale del mio ex “nemico” Riccardo Cotarella pubblicato sabato stia piacendo. Telefonate, e-mail, messaggi via Whats’app in risposta al link all’articolo da me inviato ad una serie di persone, e tutti di consenso. Da parte dell’interessato, Mr. Merlot, che si è divertito ed è stato ovviamente gratificato dai miei complimenti, e poi da parte di un suo caro amico romano, a’ Frà che te serve, alias Franco Ricci, il re della sommelerie italiana. Da parte di lettori, produttori di vino, enologi, che, stranamente, mi manifestano il loro consenso privatamente, ma guardandosi bene dell’esibirsi con un pubblico commento al post sul mio blog.

Li capisco, prendere posizione, in questa Italia di farisei, cerchiobottisti e doppiogiochisti, di buonisti ipocriti politicamente corretti e per di più confessare di essere d’accordo con il pericoloso estremista, “quel pazzo squilibrato e psicopatico di Ziliani”, è rischioso e impopolare. A me, come spesso mi ha detto in camera caritatis qualche collega, tocca il lavoro sporco. Di cui talvolta anche loro si giovano. Ma non esponendosi, lasciando che sia io ad andare all’assalto, non avendo loro gli attributi e l’onestà intellettuale per farlo. Perché “tengo famiglia” e chi me lo fa fare? Come se io famiglia, invece, non la tenessi…

Non mi stupisco, sono abituato a queste cose. Io adoro scrivere così, in qualche modo con uno stile che evoca la definizione latina di “castigat ridendo mores”. Intendiamoci, non sono, non ne ho la stoffa e la grandezza, di un moralista di stampo latino, come il sommo Giovenale, e poiché ho ben presente il motto “chi è senza peccato scagli la prima pietra”, evito di presentarmi come moralista. Conoscendo i miei limiti, le mie contraddizioni, le mie ombre. Che sono quantomeno pari, se non superiori, alle luci…

Però, pur senza considerarmi un Montanelli o un Veronelli, e senza indulgere in presunzione, consapevole anche dei miei pregi (che pure ci sono, perdinci!, anche se tra mille difetti) e avendo la lucidità di capire che in giro, nel mio settore, non ce ne sono poi tanti più bravi di me, per l’esperienza maturata in oltre trent’anni di attività e di vita (magari sottratta alla famiglia: non sono stato né un grande marito né tanto meno un gran padre) per come degusto e per, eh diamine, so fare solo quello!, come scrivo. Con uno stile, lo riconoscono anche quelli cui sto “simpatico” come possono esserlo frammenti di vetro nelle mutande, personale, divertente e leggibile. Smart

Eh bravo Ziliani, direte voi, bravo perché hai superato il terribile anno 2016, bravo perché non so come sono riuscito a venire fuori dal cul de sac in cui mi ero ficcato ai primi di ottobre di due anni fa, con il pugno (non proprio un uppercut da k.o.) che avevo rifilato, nel pieno di una Giornata Champagne milanese, al “prezzemolino” (come l’avevo battezzato anni addietro) Andrea Gori. Bravo perché ho superato una campagna di linciaggio e un tentativo di farmi fuori, professionalmente, con alcune canaglie (coglioni grassi e/o barbuti, ma anche qualche donna, o piuttosto femmina, le donne vere sono altra cosa) che si sono particolarmente “distinte”, che avrebbe steso un bue. E invece, sunt ancamò chì

Bravo, penserete forse, perché tieni in vita due blog del vino, che pare siano (ancora) letti nonostante il tuo caratteraccio. Bravo perché hai ancora lettori che ti scrivono e credono in te, bravo perché nei hai inaugurato un terzo di blog (il Franco Ziliani blog), che in verità sarebbe un quarto, perché il terzo, Rosé Wine Blog, pioneristico, il tuo referente tecnico te l’ha chiuso quasi a tua insaputa…E lassuma pert

Bravo perché in tante vicende del mondo del vino (la moda dei vitigni internazionali e la riscoperta dei vitigni autoctoni, la difesa del Barolo e del Brunello di Montalcino veri contro i vari tentativi di imbastardimento, la denuncia dello strapotere degli enologi consulenti portatori di premi e creatori di monstra vinicoli, lo svelamento di pasticcetti e contraddizioni delle guide, la scoperta dei rosati (ecc. ecc, potrei andare avanti) hai avuto ragione… E non quella che si dà ai matti, ma quella che si deve riconoscere…a chi ha ragione…

“Ah che bravo, Ziliani, allora, con 33 anni di onorata carriera nel mondo dell’informazione sul vino sarai celebrato, pieno di soldi e riconoscimenti, pieno di lavoro, con le soddisfazioni che un giornalista della tua esperienza e capacità si merita…”.

Giunto a questo punto, bloccherei il mio ipotetico e fantomatico interlocutore perso a complimentarsi con me e gli direi a bruciapelo: amico, vieni giù dalle piante, torna nella realtà, esci dal tuo migliore dei mondi possibili e torna a sporcarti le scarpe di fango e di altro con il mondo di oggi!

E gli racconterei, cosa che faccio anche a voi, quattro residui lettori rimasti, che le cose non stanno così. E che se per ipotesi si ha la malsana idea di voler fare lo Ziliani (non penso di essere un eroe, penso che lo siano anche altri, tra i cronisti del vino, tra i giornalisti indipendenti, e che lo siano piuttosto gli imprenditori, i commercianti, i dipendenti pubblici, le coppie che decidono di avere figli, gli insegnanti seri e coscienziosi. Escludo i politici, faccio fatica a trovarne qualcuno che non sia un farabutto) si deve essere pronti a pagar pegno. E a mandar giù m…a.

Ad essere accusati di ogni nefandezza, ovviamente di essere provocatori, razzisti e fascisti (al che io rispondo: si vergognino piuttosto coloro che nel 2017 hanno la faccia di tolla di definirsi ancora comunisti), ad essere boicottati e, cosa che più conta, visto che sto parlando del mio stravagante mestiere di giornalista del vino che campa della sua scrittura, a trovarsi praticamente senza lavoro. Perché, a dire le cose come stanno, anche brutalmente, causa la crisi economica, i feroci tagli delle spese nel mondo dell’editoria, la riduzione delle entrate pubblicitarie, la concorrenza di Internet e della televisione, quelli come il sottoscritto si trovano praticamente disoccupati.

Certo, posso “menarmela” attestando che sono, dalla fondazione, “member of Editorial board” di una delle più prestigiose riviste di vino del mondo, The World of Fine Wine, che entro fine anno dovrei (il condizionale é d’obbligo) riprendere a collaborare, dopo anni, con Decanter, che vado a Londra spesso, a spese mie (e meno male che posso contare sulla squisita ospitalità della mia cara amica Giusy Andreacchio) per tasting e meetingprofessionali, non per cazzeggio, che ho buoni rapporti con tanti wine writer inglesi o di altri Paesi, e con grandi master of wine come NIcolas Belfrage o Jancis Robinson. Che ho al mio attivo, nel mio archivio professionale, una sfilza di collaborazioni che potrei farne un post, tanto sono numerose, eterogenee, e alcune prestigiose… Una su tutte, Il Giornale, quando direttore era “un certo” Indro Montanelli. Mica Severgnini o Travaglio…

E posso, se proprio voglio fare lo “sborone”, vantare di essere un “influential”, più di svariati wine blogger la cui esperienza è tutta da inventare. E che non sono dei fenomeni, degli incredibili talenti, salvo qualcuno. Mi piace citare Andrea Petrini, alias Percorsi di vino, e Giovanni Corazzol, che scrive, purtroppo poco, ma bene, in un blog che aborro.

Bloggers e neo wine bloggers che, a differenza di quel pirla del sottoscritto, hanno in breve tempo capito tutto, come funzionano le cose, cosa conviene e cosa non conviene scrivere, come non sia opportuno farsi nemici, non precludere marchette, magari chiamandole con nomi fantasiosi, o redazionali pubblicitari, e lavoretti che anche un cane si accorgerebbe che sono in clamoroso conflitto d’interessi (ci sono collaboratori di un noto blog del vino che sono in assoluto conflitto d’interessi, tutti lo sanno e nessuno dice nulla) e quindi sono entrati a far parte integrante della Cupola del vino. Come certe guide, come certe riviste, patinate e non, del tutto inutili.

Ma, alla fine, da tempo nessun giornale si sogna (le ultime sono state due riviste della RCS Rizzoli, Oggi cucina e Free, fino a che è arrivato il boss Urbano Cairo e ha eliminato una rivista e tutti i collaboratori) di offrirmi di collaborare.

Su un quotidiano, dove, accettando qualche compromesso, potrei scrivere, ho scoperto che tiene una rubrichetta stupida di interviste ai politici su quale sia il loro piatto preferito ed il rapporto con il vino, un tizio che ha fatto carriera in una rivista specializzata in marchette. Altri quotidiani non si interessano di vino o sono già occupati da rubrichisti (spesso redattori interni) attenti soprattutto a blandire i potenziali o già attuali inserzionisti pubblicitari. Le riviste di settore campicchiano e non sanno se usciranno ancora due mesi dopo, e quelle che resistono zoppicando, si guardano bene dal mettersi in casa un collaboratore rompicoglioni, polemico, non prono a seguire le indicazioni dell’ufficio pubblicità o di dare un occhio di riguardo al produttore (spesso mediocre) amico del capo redattore o del direttore.

E di cosa si campa, allora, se si vuole continuare a fare, come ho cercato di fare sempre in questi trent’anni, il cronista del vino indipendente e dalla parte del lettore? Una soluzione potrebbe essere rappresentata dall’avere una moglie, compagna, amante, ricca, che ti mantenga e ti consenta di coltivare il ghiribizzo dello scrivere di vino. E di rado divinamente, visto che svariati comunicatori del vino con la grammatica e la sintassi fanno a cazzotti…

Se non si ha questa fortuna, se la moglie, come accade con alcuni miei colleghi, non lavora, non fa il medico, la produttrice di vino, o altra attività che consenta di mantenere dignitosamente la famiglia, o non si proviene da famiglie agiata, sono ca..i amari.

E quindi, come unica alternativa all’arrendersi alle marchette, che svariati colleghi fanno, chi in maniera più sottile e segreta, chi in maniera scoperta (alcuni scrivono di vino e contemporaneamente fanno le p.r. per aziende: chissà come saranno indipendenti…), resta o lo svaligiare una banca (ma bisogna essere bravi, capaci e magari non farsi beccare) oppure intraprendere la carriera politica. Un mondo dove, e dirlo non è certo cedere al qualunquismo, magnano e rubano tutti

Ultima soluzione: cercare di collaborare con associazioni che organizzano serate e corsi sul vino o con consorzi vinicoli, che si occupano ormai non più di tutela, ma di promozione. Anche in questo caso, però, il gioco si fa difficile per quelli che non guardano in faccia a nessuno e non vogliono mettersi a 90 o fare lo zerbino di direttori, presidenti, capetti e capataz dall’EGO ipertrofico. Magari all’inizio apprezzano la tua professionalità, poi, se non ti assoggetti a blandirli, a dire che hanno ragione anche quando dicono o propongono cazzate, se non ti cali nella parte del servitore scemo e consenziente, se non ti arrendi all’evidenza di avere a che fare con personaggi fumosi, fafiuché e parolai, l’incanto svanisce e per rispetto di te stesso finisci per isolarti, per non umiliarti e non sacrificare dignità e orgoglio. O sono loro che spariscono o ti dicono che non si può andare avanti, che hai un pessimo carattere e rompi sempre le palle…

Che fare allora? Oggettivamente non ti restano che due soluzioni. Che entrambe sto perseguendo o tenendo in serissima considerazione.

Escludendo, avendo quasi 61 anni e non amando i cambiamenti radicali e non ipotizzando di andare a vivere in un’altra Nazione (la Germania di oggi, problemi linguistici a parte, non mi attrae, a Londra la Brexit impera, Madrid è bella, ma fa troppo caldo, resterebbe l’adorata Polonia, ma la lingua è impossibile, come pure quella ungherese…), c’è invece la possibilità di andare a far tesoro della mia professionalità (che pare esista) e della mia esperienza a Londra o à Paris.

Metropoli veramente europee, non come la presunta capitale d’Africa, pardon, d’Italia, ovvero Roma, dove non arriva più di tanto l’eco delle cazzate che qualche imbecille cronico dice su di me e dove non si fanno condizionare e ti mettono alla prova e sei hai idee valide, capacità, intelligenza, un pizzico di savoir faire puoi farcela.  E non dico che puoi andare a fare la spesa ogni giorno da Harrods o nella mia adorata rue des Martyrs à Paris, the perfect street secondo Elaine Sciolino, ma se ti sai organizzare puoi sbarcare tranquillamente il lunario. Perché di questo ormai, alla mia età e di questi tempi grami si tratta, non di arricchirti, macché, ma di arrivare a fine mese senza il fiatone.

Altrimenti, cosa che ho già preso in considerazione e non escludo affatto possa essere il mio approdo finale, che ha un ché di romantico, andare a vivere sotto un ponte. Mi mancheranno le mie cantine, i miei libri, la mia collezione di CD di musica classica, la comodità di un letto comodo e di un bagno, ma suvvia, ci si abitua a tutto se si vuole. Abbiamo sopportato anni e anni di governi Berlusconi e Prodi, altrettanti del nefando Renzi e del suo alter ego Gentiloni, alle porte, Islam a parte, c’è la terrificante incognita di un governo centrale grillino, si può sopportare anche una fin de partie beckettiana, no?

E con ogni probabilità, perché il francese mi piace mille volte più dell’inglese, la prima è la lingua dell’amore e dello Champagne, l’altra del business, e poi perché clochard suona meglio che homeless, il ponte che sceglierò sarà sotto la Seine, non under the Thames… E’ più bohémien, ça va sans dire

Franco Ziliani