Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Un Alsacien à Strasbourg

Notre ami alsacien Jean-Michel Jaeger nous fait partager son amour pour « sa » belle capitale… et ses multiples ressources gastronomiques et vineuses… Incontournable Strasbourg! Une bonne idée de balade cette été, entre deux descentes de caves?

Les guides touristiques, aimablement distribués par l’Office du Tourisme, ne suffisent pas pour admirer la Cathédrale ou le quartier de la petite France. Il y faut un peu de connaissances, beaucoup de curiosité, de l’âme et une bonne pointe de cœur.

Ni le guide Pudlovsky, ni le Michelin ne suffisent à vous rendre gourmand. Il faut aussi l’envie, la curiosité et… du cœur au ventre.

Il faut un appétit semblable pour les choses de l’art et les intrigues des méandres culinaires. L’appétit est donc l’indispensable bagage du touriste digne de ce nom. Le tourisme, disait Giraudoux, « c’est conduire le visiteur à nos cathédrales par notre mayonnaise« . Tomi Ungerer, quant à lui, inviterait ce voyageur au stammtisch de la maison Kammerzell, autour d’une élégante et originale choucroute aux poissons.

Maison Kammerzell, 16 place de la cathédrale Strasbourg, +33 388 32 42 14

Kammerzell

La Maison Kammerzell

S’il faut apprendre les tripes avec Rabelais, l’aïoli avec Mistral, en parfait Strasbourgeois, laissez-moi vous évoquer quelques parfums, coins, attraits et arcanes de la capitale alsacienne…

Mes souvenirs les plus lointains me ramènent vers ma ville natale. Ses quartiers truculents, que j’arpentais chaque jour pour rejoindre mon collège – où j’eus un professeur de sciences qui nous initiait aux mystères de la fermentation en dissertant des mérites comparés du chou à choucroute et du cépage riesling (!) – ses nombreuses tentations gourmandes, les exemples de quelques hommes de l’art, ont forgés le sommelier amoureux de bonne chère que je suis.

Pour étayer et pimenter ce récit je suis né, en 1949, à quelques mètres au-dessus d’un trésor.  Car la Cave des Hospices de Strasbourg, créée en 1395 abrite sous une voûte séculaire une superbe galerie des foudres constituée de plus de cinquante pièces en chêne utilisées de nos jours par une trentaine de domaines viticoles associés, pour y élever chaque année des vins de cépage d’A.O.C. Alsace ou Alsace Grand Cru.

Cette magnifique cave voûtée de 1200 m² offre les conditions idéales pour que s’expriment pleinement la typicité et la personnalité de ces cuvées nettement améliorées grâce à cet élevage en foudres. Après de longs mois de soins attentifs et une dernière dégustation, la mise en bouteille est assurée in situ. Toutes les bouteilles bénéficient du même habillage, avec la même étiquette. La Croix des Hospitaliers, emblème de la Cave, s’y affirme. Ces étiquettes diffèrent seulement par le nom de la cuvée, le millésime et le nom de leur producteur, situé dans le bandeau jaune au bas de l’étiquette.

Hospices StrasbourgCave Historique des Hospices de Strasbourg

Car, j’y arrive, si cette cave abrite nombre de foudres emplit de vins récents, elle recèle un inestimable trésor. On y cache le plus vieux vin du Monde en tonneau. Un nectar de 1472. Nul n’a pu identifier le cépage d’origine. On ne déguste pas ! Et pour cause. « De toute façon l’amateur serait fort déçu car seuls les effluves sont agréables », explique Damien Steyer, biologiste. Le général Leclerc fut la dernière personnalité à déguster ce cru d’exception en 1944 lors de la libération de Strasbourg. Branle-bas, le 21 janvier 2015 la tonnellerie Radoux offrit un nouvel écrin pour recevoir les derniers 300 litres. Souhaitons-lui encore longue vie!

Cave Historique des Hospices de Strasbourg    1, Place de l’Hôpital, + 33 3 88 11 64 50

Curieux de palais, je ne fréquente que des endroits fréquentables

Au hasard de mes pérégrinations je me retrouve rue du Maroquin. Interpellé par une vitrine présentant d’évidence des articles d’épicerie fine mon regard est attiré par un flacon de la Distillerie Hepp à Uberach. Un whisky alsacien Single Malt Tharcis Hepp Finition fût de Vieille Prune (IGP). Cette cuvée « Tharcis », du nom de Monsieur Hepp père, résulte d’un distillat de malts de la brasserie alsacienne Météor, sublimé 5 années au minimum dans des futs de chêne initialement employés pour un long élevage d’eau de vie de quetsche. Le nez creux, fine mouche, mon cavage révèle un diamant non pas noir mais ambré à souhait. Cet authentique single malt, présente une palette aromatique complexe et profonde. L’affinage en fûts lui confère puissance, rondeur et structure. Superbe.

Tharcis

Bonne Mie,  25 Rue du Maroquin Strasbourg

Yannick Hepp, Distillerie Hepp 94 Rue de la Walck, 67350 Uberach

 

De bon matin. Mes pas me dirigent tout naturellement vers le Musée Alsacien. Il fut créé par trois amis dont mon arrière-grand-père, Pierre Bucher. Vous comprendrez qu’à chacun de mes séjours, je me replonge dans cette atmosphère unique d’arts et traditions populaires, présentant les témoignages de la vie alsacienne traditionnelle du XVIIᵉ au XXᵉ siècle : habitat, mobilier, objets du culte, artisanat, viticulture … Indispensable pour qui veut comprendre l’Alsace et ses citoyens.

Musée Alsacien 23-25 Quai Saint-Nicolas +33 3 68 98 51 52

Où le gourmet perce sous le glouton

Il est midi. Place Guntenberg, je me lance… aux Armes de Strasbourg… Salade de pot au feu fraîche et avenante, puis une imposante et croustillante bouchée à la reine servie avec des spaetzle, goûteuse, moelleuse et crémeuse à souhait, un réel plaisir, enfin tarte aux pommes de circonstance. Ouf ! Un heureux Auxerrois et une mirabelle odorante ont permis de faire glisser le tout. La maison propose un plat du jour.

Au fait, lors d’un second passage, j’ai pu apprécier la choucroute « Aux Armes de Strasbourg »; examen réussi, sans surprise ! Accueil charmant, personnel aux petits soins.                                                                                          .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Aux Armes de Strasbourg (Zuem Stadtwappe) 9, Place Gutenberg, +33 3.88.32.85.62

Venant de la cathédrale, je rentre dans la Rue des Orfèvres. On y trouve quelques orfèvres du goût.

Au 16, Frick-Lutz, charcutier. Jambon en croute, presskopf, tourte vosgienne. www.kirn-traiteur.fr

Au 15, le Saint-Sépulcre (Heilich Graab), winstub. Jarret sur chou, tarte à l’oignon, harengs à la crème.

Au 9, Naegel, pâtissier. Pâtés en croute, pains originaux, torche aux marrons.

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Au 3, Lohro, fromager affineur (MOF). Munster, barkass, et autres…

Au 1, Westermannboulanger. Pains spéciaux, streusel, kouglopf.

Mehr licht!

Pour finir en beauté ce petit tour des incontournables, un spectacle immanquable, inévitable, nécessaire: les illuminations de la Cathédrale Notre Dame

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Si vous manquez d’idée, cet été, du samedi 2 juillet au dimanche 18 septembre, tous les soirs, place du Château, la Cathédrale se pare de son grand spectacle de l’été :  « Lumière intemporelle ». Les divers tableaux de ce spectacle inédit, racontés en vidéo, lumière et son décrivent ce voyage temporel de la lumière, débuté au commencement du temps.

Un fil conducteur poétique, intime mais également grandiose et spectaculaire pour redécouvrir la façade sud de la Cathédrale mais aussi son environnement proche, la place du Château. Vivez une expérience immersive exposant le temps et la lumière dans leurs dimensions physique et spirituelle. Pendant le spectacle et entre chaque session, 690 bougies illumineront les bâtiments de la place, la Cathédrale et les arbres, les faisant ainsi baigner dans une ambiance dorée et authentique.

Du samedi 2 juillet au dimanche 18 septembre. Spectacle gratuit.

En juillet : 22h30 / 23h00 / 23h30 / 00h00. En août : 22h15 / 22h45 / 23h15 / 23h45                                                                                                                             En septembre : 21h15 / 21h45 / 22h15. Durée : 15 minutes, spectacle toutes les 30 minutes

 

Pour plus d’info: Office de Tourisme Strasbourg17 Place de la Cathédrale Strasbourg, +33 3 88 52 28 28

Bonnes visites, Strasbourg vous attend…

Jean-Michel Jaeger

 

 


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La route des vins de Namibie

De retour d’Afrique, notre excellent confrère suisse Alexandre Truffer nous rapporte ce compte rendu de voyage à travers un pays viticole émergent – un de plus! 

Au Sud du continent africain, la vigne gagne chaque année de nouveaux territoires et colonise même les arides étendues entre les déserts du Namib et du Kalahari. Une route des vins relie ces optimistes qui bâtissent le vignoble namibien.

Paradis des photographes, les vastes étendues désertiques de la Namibie constituent un environnement favorable pour quelques espèces animales spécialisées dans la survie en milieu aride. L’oryx, une antilope aux longues cornes pointues, la taupe dorée, un petit mammifère aveugle qui creuse ses galeries dans le sable, ou le solifuge, un arachnide nocturne de grande taille, ont trouvé dans les dunes rouges de Sossuslvei et dans les blanches ondulations de la Côte des Squelettes un isolement protecteur. Les habitants – descendants d’indigènes repoussés dans ces confins inhospitaliers par la pression de tribus plus agressives, petits-enfants de colons germaniques venus tenter leur chance dans la Deutsche West Afrika ou membres de communautés métisses ayant fui les préjugés de l’Afrique du Sud coloniale – semblent toujours quelque peu incongrus dans ce cadre dominé par une nature omnipotente.

Sans les rivières de diamants disséminées dans cette terre peu généreuse, la Namibie n’aurait sans doute jamais intéressé les puissances coloniales – Allemagne et Afrique du Sud – qui développèrent les infrastructures du pays et amenèrent les premiers plants de vigne. Il est en général admis que les premières vignes de Namibie furent cultivées par des missionnaires catholiques dans la région de Klein Windhoek. L’année 1884 est avancée comme date de plantation des premières vignes du Collège Saint-Paul qui élaborera du vin pour une consommation locale jusqu’en 1978, date de la mort du dernier missionnaire-vigneron. Les puissances coloniales, chacune à leur tour – 1904 pour l’Allemagne et 1950 pour l’Afrique du Sud – initieront des programmes de plantation d’olive et de vigne. Ces incitations n’auront pas grand effet, d’autant plus que le gouvernement de Pretoria changera d’avis quelques décennies plus tard et finira par interdire la production de raisins sur le territoire de son protectorat namibien afin de protéger les producteurs sud-africains.

 

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D’un désert à l’autre

L’oenophile de passage en Namibie découvrira en une rapide recherche sur internet qu’il existe aujourd’hui une «Namibia’s Wine Route Between 2 Deserts». Il téléchargera une carte qui lui proposera de débuter son voyage à Neuras, dans les marges du désert du Namib, pour le terminer à Kombat, aux confins du Kalahari. Entre les deux se niche une troisième cave, près de la localité d’Omaruru. Ce que le document ne dit pas, c’est le parcours pour relier ces trois caves, qui élaborent en commun quelque dizaines de milliers de bouteilles, représentent un périple de près de 1200 kilomètres sur un mélange de routes asphaltées et de pistes de terre battue! Pas de doute, cette route des vins est à la fois la plus longue et la plus aventureuse du monde.

Il y a de fortes chances que notre oenophile courageux début son périple à Windhoek. Muni d’un GPS, d’une carte à l’ancienne en cas de défaillance du précédent, de vingt litres d’eau – le minimum pour survivre deux jours dans le désert – et ayant pratiqué le changement de pneus et la conduite sur sable (qui possède de paradoxales ressemblances avec la conduite sur neige), il sera rendra vite compte qu’il se trouve à quelque centaines de kilomètres du point de départ, ou d’arrivée, de cette Namibia’s Wine Route. Pour se donner du courage, notre voyageur devrait réserver sa soirée au Gathemann Restaurant. Il y croisera le consul honoraire de Suisse, Urs Gamma, qui outre ses devoirs diplomatiques dirige la meilleure table du pays. Désireux de mettre à l’honneur les spécialités du terroir namibien – asperges de la côte, truffes du Kalahari, glace au Maguni et chasse régionale -, cet expatrié qui a décidé de se mettre au fourneau il y a un quart de siècle propose une très intéressante sélection de vins. Sur sa carte se mêlent des domaines sud-africains en mains helvétiques (à l’image de Création Wine du neuchâtelois Jean-Claude Martin ou de Glenn Carlou, propriété de la famille bernoise Hess) et la plupart des vins produits par le vignoble namibien. De fait vu les faibles volumes produits par la poignée de caves namibienne, ce restaurant représente la meilleure chance de déguster un assemblage de Neuras ou une Syrah de Tonningii. Un carpaccio de Springbok aux asperges, un filet d’oryx et une farandole de dessert d’inspiration germanique plus tard, il est temps de partir à la découverte de la Namibia’s Wine Route. Première étape, les montagnes de Naukluft, en bordure du désert du Namib, à la recherche d’une oasis baptisée Neuras, ce qui signifie le «lieu de l’eau abandonnée» dans le dialecte local.

Bacchus protecteur de la faune

«Le vin est un moyen de financer la conservation de la faune», explique Ivan Philipson, le responsable de la Neuras Winery. Pour ce Namibien d’origine afrikaner qui, avec sa femme Ilze et ses trois enfants, a pris les rênes de ce domaine viticole il y a deux ans le vignoble, comme les chambres d’hôtes ou l’organisation de séjours payants pour des volontaires en quête d’aventure encadrée sont des moyens de financer une cause en laquelle il croit. «La Nankuse Fondation a pour objectif de trouver des modus vivendi entre les prédateurs – léopards, guépards, lycaons, caracals – et les habitants des zones rurales de la Namibie. Notre organisme recherchait un domaine à acheter dans la région de Neuras, car celle-ci, principalement consacrée à l’agriculture et à l’élevage extensifs, abrite encore un grand nombre de léopards. La Fondation a pu acquérir ce domaine 2012 et déjà les projets de recherches engagés par nos biologistes ont déjà permis de modifier les mentalités. Aujourd’hui, lorsqu’ils aperçoivent la trace d’un félin ou qu’un de leurs agneaux est tué, certains fermiers nous appellent plutôt que d’organiser une battue, explique Ivan Philipson qui précise: Comme nous ne touchons pas de subventions, il faut de l’argent pour financer tout cela et le vin de Neuras est l’un des pourvoyeurs de fonds de la fondation. Afin qu’il puisse remplir ce rôle, nous avons décidé de faire de nouvelles plantation, car le vignoble historique produit des raisins de faible qualité.» La cause de cette insuffisance: trop d’eau. Les ceps plantés à la fin des années 1990 par Allan Walkden-Davis, le précédent propriétaire, ont réussi à percer la couche sablonneuse qui sépare le sol d’une source souterraine. Résultat, les plants de Syrah ont les pieds dans l’eau et produisent des raisins aqueux qui se seront utilisés exclusivement pour la distillation d’un «brandy» maison. Toutefois, en 2012, un hectare et demi de cépages rouges (Syrah et Cabernet Franc en majorité) ont été plantés (loin de la source). Le premier millésime de ces jeunes vignes, 2015, sera mis sur le marché lors de la parution de cet article.

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Neuras

Kristall Kellerei: le hobby d’un maître distillateur

Deuxième étape de la Namibia’s Wine Route: Omaruru et la Kristall Kellerei. Direction Omaruru, au nord-ouest de Windhoek et à 450 kilomètres de Neuras. Ici, la commercialisation se fait essentiellement au domaine. Les tours organisés amènent pas loin de 5000 visiteurs, essentiellement allemands, dans la «Weinstube». Olga Kausch, en charge de secteur oenotouristique propose une visite des vignes et de la cave avant de déguster les deux vins du domaine, le Ruppet’s Parrot Colombard – à l’heure actuelle le seul blanc du pays – et un assemblage rouge, le Paradise Flycatcher qui marie les différents rouges – Tinta Baroca, Syrah, Cabernet Ruby, Malbec et Pinotage – plantés sur les quelques trois hectares du domaine. Le voyageur chanceux rencontrera peut-être Michael Weder, le propriétaire (depuis 2008) et winemaker. Toutefois, il est beaucoup plus probable que celui-ci soit en train de distiller de la figue du barbarie, du Devil’s Claw (une plante de la famille du sésame dont les tubercules sont transformés en gin), de la grenade ou des dattes à Naute Kristall Cellar and Destillery, le nouveau projet de Michael et Katrin Weder. Invités par le gouvernement à trouver un débouché pour le surplus de dattes cultivées près du barrage de Naute (500 kilomètres au sud de Windhoek), ce passionné vinifie encore les vins d’Omaruru, même si sa vraie vocation semble être les eaux-de-vie. Il est vrai que la qualité de ces dernières méritent le qualificatif d’excellent, ce que ne peuvent revendiquer les cuvées de la Kristall Kellerei. Michaël Weder reconnaît lui-même que: «le vignoble de Namibie est encore dans sa phase de rodage. Lorsque nous avons racheté la Kristall Kellerei à Helmut Kluge, qui avait planté les premières vignes de Colombard en 1990, j’étais avocat. J’ai ensuite fait des cours de caviste à l’université de Stellenbosch, mais je ne suis pas un professionnel du vin.» Les conditions de production du raisin en Namibie dans ce vignoble aride situé à 1200 mètres d’altitude donneraient d’ailleurs du fil à retordre à n’importe qui. «Il y a bien entendu la question de la sécheresse, mais aussi des oiseaux qui voient dans nos parchets une formidable source de nourriture, du matériel qui doit être importé du Cap, du manque de collègue à qui demander conseil en cas de problème. De plus, nous avons eu de gros problèmes de mortalité de la vigne à cause de l’esca. Pendant l’apartheid, de nombreux plants ont été importés illégalement en Afrique du Sud et nombre d’entre eux étaient contaminés par cette maladie. Aujourd’hui c’est un problème majeur, et nous, qui faisons venir nos greffons de la région du Cap avons aussi été touchés. C’est malgré tout une grande aventure, et le vignoble namibien possède un bel avenir. Tous nos vins se vendent et à un prix correct. Il y a un intérêt certain de la part du secteur touristique pour proposer dans les lodges ou les restaurants des crus namibiens. De plus le gouvernement soutien le développement de produits du terroir qui pourraient amener du travail aux populations rurales peu qualifiées.»

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Kristall Kellerei

Erongo Mountain Winery: le grand bond en avant

Cette volonté de travailler avec les communautés rurales est aussi mise en avant par Wolfgang Koll, d’Erongo Mountain Winery: «Essence of Namibia, notre liqueur à base de Devil’s Claws, permet de valoriser une plante indigène qui pousse dans des régions très pauvres. C’est une aide au développement plus efficace que de donner quelques bouteilles pour des ventes de charité». Cet ancien industriel du métal, qui s’est installé en Namibie après avoir vendu ses usines en Europe, a acquis un domaine près d’Omaruru sur lequel il planté quinze hectares de vignes et investi plusieurs millions de francs. Son ambition, produire de manière professionnelle et avec un certain volume (si nécessaire en achetant de la vendange auprès de vignerons namibiens ou sud-africains) du vin namibien de qualité qui soit référencé auprès des principaux acteurs touristiques du pays. Le premier millésime, 2014, vient d’être mis sur le marché et a déjà fait sa place sur la carte de plusieurs restaurants renommés du pays. La gamme actuelle se compose de trois vins, l’Etosha, un assemblage de Cabernet Sauvignon et de Syrah fruité et souple à classer dans la catégorie sapide et facile à boire. Plus complexes, les deux fiertés du domaine se nomment Krantzberg et Namibian Kiss. Le premier, de style bordelais, est élevé douze mois en fûts de chêne. Dense, expressif, mariant fruits noirs et notes d’élevage, offrant des tanins très souples ainsi qu’une belle persistance est l’image même du Bordeaux Blend de bonne qualité. Le second – puissant, généreux, exhalant la cerise noire et avoisinant la douzaine de grammes de sucre résiduel par litre – possède des allures d’Amarone.

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Enogo Mountain Winery

Futur radieux pour le vignoble namibien

La visite du vignoble namibien ne serait pas complète sans une mention de Tonningii Wynkelder, près d’Otavi. Plantés par le Docteur Bertus Boschoff dans les années 1990, ces vignes sont maintenant travaillées par son fils. Selon Urs Gamma, «ce domaine produit les meilleurs vins de Namibie. Les autres domaines ont été créés par des gens qui avaient de l’argent et qui appréciaient le vin. Là, il y a à la fois de la passion et, maintenant que la nouvelle génération a repris le flambeau, de l’expertise.» La Syrah 2013 du domaine s’est en effet révélé le plus élégant des vins namibiens que nous avons pu goûter lors de notre périple dans ce jeune vignoble en train de s’organiser pour élaborer une législation viticole, étape indispensable pour entrer dans le concert des vignobles reconnus au niveau international.

Alexandre TrufferTruffer

 

 

 

 

 

 

 


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Wine descriptions, according to Britt and Per

Britt et Per Karsson sont Suédois, mais ils vivent à Paris… quand ils ne courent pas la planète vin, soit pour écrire des guides de vin, soit parce qu’ils organisent eux-mêmes des voyages dans le vignoble, pour des oenophiles.

Ils en profitent bien sûr pour déguster – plutôt bien – et pour raconter ce qu’ils voient et ce qu’ils goûtent, sur leur propre support, BKWine Magazine. Aujourd’hui, ils nous parlent justement, non pas d’une dégustation, mais de la dégustation en général…

Wine descriptions…

How should a wine writer describe a wine so that everyone understands what he/she means? “Excellent” is of course a good word in this context which cannot easily be misunderstood. Possibly it is a bit short although sometimes it can actually be enough.

Some writers choose to write entire novels about each wine and cite characteristics, flavours and aromas endlessly. But too much does not help either.

You need to find the core of the wine. How to best describe the experience. For drinking a wine is all about an experience, a personal experience that you are going to pass on to others. Will the reader better understand a poetic description of the wine than a dry and factual? Can you describe a crispy dry champagne as « the feeling when wading in a mountain stream » and believe that people understand what you mean? Perhaps that is easier to understand than words like minerality, structure and soft tannins?

John_Wayne_-_1961

I remember when we made a visit to Angelo Gaja in Barbaresco a few years ago. He told us that when he is in the United States he often have to « explain » his wines. Americans are accustomed to heavy, powerful wines. They don’t always understand the more complex and elegant charm of a Barbaresco

Bellantonio-1960-Mastroianni

« I thought long about how to explain the difference between elegant wines and heavy, powerful wines » said Angelo. « I started doing comparisons with actors. The American wines, I said, are like John Wayne, friendly and accessible as an open book. Our wines on the other hand are like Marcello Mastroianni standing in a corner, looking a little grumpy. You have to have the desire to discover them, they require some effort… »

What works for you? What kind of wine descriptions give you the best information? Let us know!

Britt & Per Karlsson


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Andorre, nouvel Olympe viticole?

Notre invité suisse Alexandre Truffer (Vinum, Romanduvin) nous parle aujourd’hui d’un vignoble méconnu, presque disparu, et pourtant à nos portes: Andorre.

Au cœur des Pyrénées, quelques familles de passionnés choient des terrasses où Cornalin, Gewürztraminer et Syrah se côtoient à plus de 1000 mètres d’altitude. Bienvenue dans le plus discret pays viticole d’Europe: la principauté d’Andorre.

Andorra

 

En 1992, Michel Martzluff et Sergi Mas de l’Institut d’Etudes Andorranes rédigent «Pressoirs et vignes d’Andorre», dans lequel ils détaillent l’histoire morcelée de ce vignoble millénaire, constatent la présence de nombreuses reliques liées à la culture de Vitis Vitifera (noms de lieux, pierres taillées caractéristiques de pressoirs médiévaux) et recensent quelques treilles accrochées à des murs en pierres sèches. Les deux scientifiques considèrent alors la viticulture comme une activité agricole disparue. Pourtant, cela fait cinq ans qu’une famille de cultivateurs de tabac a planté de la vigne à plus de 1000 mètres d’altitude près de la maison familiale. «En 1987, nous avons décidé de mettre un terme à la monoculture du tabac, explique Joan Visa Tor. Un document trouvé dans les archives familiales faisait état d’une vigne achetée près d’une chapelle. Nous avons commencé à planter diverses variétés.» Après des années d’études du climat, du terrain et de la faisabilité du projet, ce pionnier plante un hectare de Gewürztraminer en 2004. Deux ans plus tard, il récolte sa première vendange et agrandit son vignoble d’un demi-hectare. «Situé au sud des Pyrénées, Andorre bénéficie d’un ensoleillement conséquent, mais son altitude moyenne ne nous permet pas de planter les variétés traditionnelles de la Catalogne ou du sud de la France. Pour obtenir des résultats intéressants, il fallait se tourner vers des cépages de régions plutôt froides que nous avons plantés dans des parcelles idéalement exposées», poursuit Joan Visa Tor. 

Casa Beal, le pionnier

En visitant le domaine Casa Beal, je suis d’abord frappé par les magnifiques terrasses sur lesquelles sont alignées des vignes tirées au cordeau. Soudain, une cavité ovale attire mon attention. Remplie de pieux et d’outils, elle est présentée par le maître des lieux comme «un abri bâti par les ouvriers». Une simple guérite, comme il en existe des dizaines en Valais ou à Lavaux? Peut-être, sauf que celles que j’ai vues jusqu’ici n’arborent pas de voûtes en berceau et ne se situent pas en plein milieu d’un mur en pierres sèches de cinq mètres de haut et de quarante mètres de long. Aucun doute, le vignoble d’Andorre a encore quelques secrets à dévoiler. Certains pourraient même s’éclaircir assez rapidement puisque plusieurs ceps centenaires disséminés dans les terrasses de la propriété sont en train de subir des analyses ADN. Ces survivants, qui donnent des raisins rouges, permettront-ils de découvrir des variétés autochtones? C’est ce qu’espère Joan Visa Tor, mais en attendant, le propriétaire de Casa Beal réfléchit au rouge qu’il veut planter dans un avenir assez proche. En effet, si la cave a été pionnière dans le petit vignoble d’Andorre en élaborant un premier vin blanc ou en remportant une grande récompense internationale (une grande médaille d’or à l’International Wine Guide 2014 pour le Cim de Cel 2012), son succès a rapidement engendré des vocations.

Casa Auvynia, les chercheurs vignerons

«A la base, notre projet devait rester au stade de l’expérimentation, nous ne pensions pas devenir une entreprise commerciale», explique Etienne Tor Armengol. En compagnie de sa sœur historienne, Cristina, de sa femme ingénieur agronome, Elena, et de l’œnologue Martí Margrinyà Poblet, celui-ci cultive 1,5 hectare de vignes qui donnent naissance à quelques trois milles bouteilles. «Lorsque nous avons commencé à réaliser nos premiers essais, nous savions grâce à Casa Beal qu’il était possible d’élaborer des blancs de qualité à Andorre, mais personne ne savait si on pouvait réussir un vin rouge qui tiennent la route», poursuit cet ingénieur forestier reconverti en vigneron. La cave s’est concentré sur des cépages classiques, peu caractéristiques des vignes de montagne, comme le Pinot Noir et la Syrah. La cave a aussi planté du blanc : Viognier, Pinot Gris et Alvarinho. Aujourd’hui, Casa Auvinya commercialise trois vins. A côté de l’Imagine, un assemblage blanc expressif où se marient les trois variétés du domaine, Casa Auvinya propose deux monocépages Evolució Syrah et Evolució Pinot Noir. Si le premier semble encore un peu chercher ses marques, le second, tout en finesse, joue dans un registre assez subtil. Cette cuvée née sur des pentes atteignant parfois 60% fait d’ailleurs la fierté de ses concepteurs qui le présentent régulièrement au Mondial des Pinots de Sierre.

CCA Auvinya

Cava Auvinya

Andorre, deuxième patrie du Cornalin

Quand on crée un vignoble dans un pays qui a perdu toute tradition viticole depuis siècle, il n’y pas ni poids de la tradition ou ni réglementation qui pèse sur le choix des cépages. A Borda Sabaté, Joan Albert Farré, a planté deux hectares de Riesling et récolté son premier millésime en 2009. Avec 4000 bouteilles commercialisé par an, son Escol, typé et expressif, peut revendiquer la place de premier vin andorran en volume. Deux ans plus tard, il récolte ses premiers raisins rouges qui donneront naissance au Torb, un assemblage de Cornalin, de Merlot et de Syrah. Joan Albert qui connaît bien la Suisse, a fait venir des greffons de cette variété montagnarde. «Le cépage n’est pas simple à cultiver et les rendements restent très faibles», reconnait l’œnologue-conseil du domaine, Alain Graillot. «De toutes façons, à Borda Sabaté, rien n’est simple», rigole cette sommité de Crozes Hermitage qui chapeaute des domaines en Europe et en Australie. Douze terrasses étagées entre 1100 et 1190 mètres d’altitude, un vignoble accessible par une route non goudronnée, un climat changeant qui peut donner des pluies torrentielles et l’ambition de créer des vins haut de gamme, sans oublier une volonté de travailler en bio: en effet l’équation demande un certain talent. «En 2010, les conditions météorologiques ne nous ont pas permis d’atteindre la qualité désirée, précise Joan Albert Farré, nous n’avons donc pas fait de vin».

Borda SAbate 2 été

Borda Sabaté

902: le premier effervescent d’Andorre

Celler Mas Berenguer est la quatrième cave du pays. Dans cette ferme familiale, la vigne a toujours fait partie des cultures vivrières. Pourtant ce n’est qu’en 2011 que Carles Verdaguer a commercialisé son premier millésime. Aidé de sa fille Davinia, il cultive un hectare de Chardonnay et 3000 mètres de Pinot Noir. Pour l’heure, le domaine ne produit qu’un seul vin : le Trancat de Rocafort, un Chardonnay – assaisonné de 2% de Sauvignon Blanc – qui passe cinq mois en fût de chêne. Pourtant, lors de notre visite, le producteur faisait aussi déguster une bouteille sans étiquette. «Il s’agit d’un Blanc de Blancs qui a passé 20 mois sur lattes», explique Carles Verdaguer qui ajoute «on le présente sur notre stand, mais il ne sera commercialisé que lorsqu’il aura été élevé pendant deux années complètes». Baptisé 902, l’année de l’arrivée de la famille sur les terres qu’elle cultive encore aujourd’hui, cet effervescent devrait être rejoint dans les deux ans par un rosé à base de Pinot Noir.

Un futur radieux

Même si l’on trouve des traces de viticulture à Andorre depuis le 10ème siècle, y planter de la vigne représente toujours un défi conséquent. Il y a l’altitude, ce qui implique des risques de gel ainsi que de maturation insuffisante en cas de météo défavorable. Il y a un la localisation des vignobles, des petites entités de vignes au cœur d’hectares de forêt, qui attire des gourmets ailés ou à quatre pattes. Les sangliers sont repoussés à coup de barrières électriques et de carabine, les oiseaux contrés par des filets, mais les prélèvements de la faune contribuent à abaisser des rendements déjà faibles. Ce qui explique les prix très onéreux des vins d’Andorre (25 euros au minimum départ cave). Par bonheur, la bonne santé économique de la petite nation, et l’intérêt des geeks du vin pour les raretés œnologiques garantissent un futur sans nuages pour le plus petit pays viticole du monde. Une fois que le temps des pionniers aura passé et que les vignes seront solidement implantées dans les coteaux andorrans, les vignerons de la coprincipauté pourront s’atteler à un autre défi: recréer le lien avec un passé viticole millénaire aussi peu connu qu’intriguant.

Quelques généralités sur Andorre

A la fin du 8e siècle, l’empereur Charlemagne crée la Marche hispanique, une vingtaine de comtés formant des états tampons entre le royaume franc et le califat de Cordoue. Parmi eux, les six paroisses d’Andorre forment une entité géographique et culturelle dont les frontières n’ont pas été modifiées depuis plus de douze siècles. Au 13e siècle, la suzeraineté d’Andorre est partagée entre deux seigneurs l’évêque d’Urgell, en Catalogne actuelle, et le Comte de Foix, en France, qui reçoivent le titre de coprince. En 1419, les Andorrans reçoivent de leurs seigneurs l’autorisation de créer le Consell de la Terra (Conseil de la Terre), une assemblée représentative considérée comme l’un des premiers parlements d’Europe. Celui-ci fonctionnera jusque dans les années 1980 avant d’être remplacé par un Conseil Général. Bien qu’Andorre se soit doté d’une constitution en 1993 qui lui a permis d’être reconnue au niveau international, la petite nation a conservé son système politique unique au monde. Cette principauté constitutionnelle dyarchique parlementaire unitaire reconnaît toujours la souveraineté des ses deux coprinces : le président français et l’évêque d’Urgell.

Dotée d’une superficie de 482 kilomètres carrés, la coprincipauté d’Andorre affiche une altitude moyenne de 1996 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le point culminant du pays est le Coma Pedrosa (2942 mètres), tandis que le point le bas, à la frontière avec l’Espagne, est à 838 mètres d’altitude. Le climat de la région est décrit comme de type « méditerranéen de montagne », qui se caractérise par des hivers froids, des étés relativement chauds et un fort ensoleillement (près de 300 jours de soleil par an). Températures et précipitations varient fortement en fonction de l’altitude et de l’orientation des vallées.

 

Avec ses sept hectares de vignoble et une production qui ne dépasse pas les 30.000 bouteilles, Andorre importe la grande majorité des crus qui sont consommés sur son territoire. Pour découvrir les vins d’altitude de la principauté, il faut se rendre sur place. Depuis deux ans, un salon des vins organisé par le gouvernement, la Trobada de Microproductors de Vi à lieu à Sant Julià de Lloria. Cette manifestation permet de déguster les vins des quatre caves andorranes ainsi que de découvrir une sélection très intéressante de producteurs des deux côtés des Pyrénées.

 

A.TRUFFERAlexandre Truffer

Ce reportage est paru dans l’édition de mars/avril 2015 de VINUM


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Les cépages ? Une jungle !

Notre invité de ce samedi, André Deyrieux (Winetourisminfrance) évoque la problématique des cépages dans une perspective didactique, et pour tout dire… oenotouristique.

Ce n’est pas un mystère, je m’intéresse passionnément à l‘oenotourisme. C’est-à-dire aux histoires que racontent les vignes et les vins, à la découverte de leurs patrimoines, de leur géo-histoire et de leur culture.

Et ce sont bien des patrimoines, enracinés dans la terre, à la recherche du ciel, que toutes les variétés de cette liane extraordinaire !

Tout me plaît de ces promenades que je fais en amateur, non en botaniste ou en ampélographe, dans ce monde merveilleux des cépages. On a bien de la chance d’avoir autant de richesse, et il est bien dommage de savoir que 20 cépages seulement font 90 % des vins…

Elles me fascinent, toutes les originalités de ces personnages de la grande scène des vignobles ! Ceux dont la peau épaisse fait les vins doux (Gewürztraminer, Muscat, Grenache, Petit Manseng…). Ceux dont la peau est fragile (Négret de Banhars) ; les tardifs adaptés au sud et les hâtifs adaptés au nord ; ceux qui nous parlent d’histoire (le Romain, le Maréchal Joffre) ; ceux riches en jus ; ceux aux petits grains ; ceux qui ont voyagé par les voies romaines ou les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ; ceux dont la pruine est plus riche en terroir, sans parler des cépages non greffés pré-phylloxériques…

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André Deyrieux  (Photo (c) H. Lalau 2015)

 

Ce qui est bien aussi, c’est que l’ampélographie est compliquée. Un vrai fouillis : tous se sont ingéniés à la rendre plus complexes à coups de comparaisons hâtives, d’étymologies poétiques, d’orthographes à géométrie variable (Mancin, Monsenc, Mencen…), de trajets hasardeux… sans parler du fait que naturellement bien des cépages connaissent déjà de nombreuses variantes.

L’analyse ADN n’est venue que récemment mettre un peu de clarté et beaucoup de vérité dans les parentés et les origines.

Je me délecte pourtant des mythes. Combien reviennent d’Orient, comme le Persan (qui en fait est originaire du lieu-dit Princens, en Maurienne), l’Altesse (qui ne vient pas de Chypre, mais de terrasses d’altitude), ou la Syrah qui ne vient pas de Shiraz, mais du nord des Côtes-du-Rhône !

Je m’amuse de leurs noms (Cacaboué, Ragoûtant…) et de leurs étymologies, parfois vraies, souvent inconnues.

Le Vaccarèse est bien originaire du Vaccarès, et le Raisin des Abymes (la Jacquère) rappelle bien l’écroulement du Granier près de Chambéry en 1248. Mais si le Pagadebiti est un cépage corse qui doit son nom à sa qualité de payer les dettes du vigneron, le Grolleau n’assure pas quant à lui la fortune de ses vignerons du Val-de-Loire… Et passons sur le fait que Le Beaujolais est aussi un cépage, de même que le Rosé du Var…

Et parmi tous ces cépages, je préfère les plus rares, les oubliés, les retrouvés, ceux qui ont failli disparaître, ceux qu’on ne connaît pas encore et qu’on devrait retrouver pour les sauvegarder.

Il faut parfois partir sauver le soldat cépage ! Son nom ? Mornen, Aubun, Dureza, Bia, Corbeau et bien d’autres…

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Biodiversité, fierté locale, adaptation aux changements climatiques, résistance aux nouvelles maladies de la vigne, passion pour l’histoire, renaissance de traditions, fierté locale, valorisation de territoires ruraux, maintien d’une riche palette de vins face à l’uniformisation du goût… les raisons d’aimer les cépages rares sont multiples.

C’est pourquoi, je suis heureux, non content d’avoir participé en 2011 (déjà !) à la création des Rencontres des Cépages Modestes (plutôt destinées aux professionnels), de contribuer à l’organisation du premier salon des vins de cépages rares à Paris, un vrai salon destiné à les faire connaître du grand public !

Ce sera les 19 et 20 mars 2016, cela s’appelle le Salon Rare, le salon des cépages rares au profit des victimes de maladies rares – et il aura lieu dans les salons de la Mairie du XVIe.

Pour plus de renseignements: Le Salon Rare

André Deyrieux


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Novembre, un mois pour se régaler !

Quelques mots en préambule à l’article qui suit.
C’est mon amie, la sommelière catalane Marie-Louise Banyols, qui en est l’auteur. Elle a déjà chez nous signé un excellent papier la semaine dernière que vous pouvez relire ici. Et si je m’immisce ainsi dans le texte de celle que j’appelle Marie-Lou, depuis 30 ans que nous nous connaissons, c’est pour vous préciser qu’elle interviendra désormais les dimanches (à partir du 29 novembre) dans ce blog qui nous est commun. Elle le fera donc en lieu et place de ma rubrique Carignan Story qui se saborde en quelque sorte et s’arrêtera à 301 numéros pour des raisons que je vous expliquerai demain.
En attendant, Marie-Lou, c’est à toi de jouer… et surtout de nous trouver un titre de rubrique. Amuse-toi bien, et fais profiter nos chers Lecteurs de tes nombreux savoirs et idées en matière de service du vin et de mariages solides/liquides…
Mais voilà que j’en fais trop. Chers Lecteurs, je vous laisse en bonne compagnie !                                                      Michel Smith

 

J’aime l’automne, c’est pour moi un des meilleurs moments de l’année, le plus propice pour se régaler des vins. Et tout spécialement le mois de novembre avec l’arrivée du Beaujolais Nouveau!

C’est vrai, que c’est le temps où les journées commencent à être plus froides et que le soir tombe chaque jour plus tôt, mais avec les premières pluies de l’automne, apparaissent les champignons, et même si le manque de temps ou mon inévitable paresse, ne m’incitent pas à participer à cette chasse, je ne laisse pas passer l’opportunité de déboucher quelques belles bouteilles qui accompagnent si bien les menus mycologiques.

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Quand je veux faire plaisir à mes amis, je leur prépare un savoureux risotto aux cèpes que j’accompagne d’un Amarone de La valpolicella, de préférence un Allegrini 2008, ou si je trouve un Dal Forno 2003 et c’est toute une symphonie d’arômes qui envahit la pièce ! Ou si je manque de temps, une bonne côte de bœuf ou un «Coq du Pendes» – c’est aussi l’époque, servi avec une poêlée de champignons des bois (girolles, trompettes des morts, chanterelles) avec un Saint-Julien un peu mûr, un 1982, 90, 95 ou 96 ça peut-être un Léoville las Cases, un Ducru-Beaucaillou ou encore un Branaire Ducru, eh, oui, j’aime les Saint-Julien, ou une épaule d’agneau croustillante et là, je choisis un Gran Reserva de la Ribera del Duero, un 2001 ou 2004 de préférence, les bons domaines ne manquent pas… Alión, Viña Pedrosa, ou Hacienda Monasterio Reserva especial 2010…

Parmi les plaisirs du mois de novembre, comment oublier la chasse (sanglier, cerf ou petit gibier –lapin, lièvre, faisan…), sans parler des volatiles les plus rares comme la caille ou la bécasse, l’ortolan, peut-être l’un des mets les plus recherchés à travers l’Europe. Pour vraiment profiter de tout cela, le plus compliqué est d’avoir des amis qui chassent et qui ramènent quelques belles pièces ! Quant aux vins, il ya de quoi choisir largement: Châteauneuf-du-Pape de Bonneau 1976, 2003 d’un, un gevrey chambertin de Rousseau 2008, une Côte-Rôtie, un Hermitage, un Rioja, Ribera… Sans aucun doute, le mois de novembre est le meilleur pour se régaler avec des GRANDS VINS (oui, en majuscules). Cette année, j’ai l’intention de déboucher enfin ce Vega Sicilia Único 1970 (année de naissance de mon fils) qui repose à la cave, pour accompagner des bécasses dorées et toasts de foie gras, que nous avons encore la chance de pouvoir trouver en Espagne.

Autre magnifique cadeau automnal, plus abordable celui-là, les châtaignes …les rues regorgent de vendeurs ambulants, dont le cornet bien chaud réchauffe souvent les doigts engourdis par le froid, je les apprécie aussi, préparées autour d’un bon feu de cheminée, elles excitent nos papilles avec leur délicieux arômes de grillés. Elles invitent à déboucher un bon vin doux, si on les mange en dessert, ou un rouge jeune si on les déguste seules, je préfère de la syrah jeune, mais je les aime aussi avec un Beaujolais Nouveau, malgré sa mauvaise réputation.

Je fais partie moi aussi de ceux qui critiquent la médiocrité de la plus grande partie des Beaujolais, les goûts de fraise, bonbon, banane bien sûr, vernis à ongles; mais ils sont devenus plus rares à l’heure actuelle. C’étaient des arômes très répandus dans les Beaujolais Nouveaux des années 1990/2000, ils étaient dûs à une levure, la 71B, rajoutée lors de la fermentation alcoolique. Elle n’est plus que rarement utilisée, vous pouvez trouver plein de bonnes bouteilles; évidemment, si vous allez les chercher dans un rayon de supermarché, vous risquez d’être déçus, allez plutôt chez votre caviste préféré amoureux des vins et du terroir, vous verrez alors, que bien choisis, vous ne resterez pas insensible à la fraîcheur spontanée et intense qu’offre la jeunesse de ces vins, ils sont agréables et joyeux ! Ou encore, passez la soirée dans un vrai bar à vins, ne soyez pas pédant, ne boudez pas cette occasion de faire la fête, et ne me rétorquez pas que vous n’aimez pas les fêtes programmées !

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Je ne vais pas non plus, vous faire croire que je suis une fan irréductible du Beaujolais Nouveau, mais, oui, je le bois avec joie, (pour ne pas en supporter les effets secondaires le jour suivant, il faut évidemment bien choisir le domaine), je ne boude pas le plaisir de me régaler de ce vin léger, quand le millésime s’y prête et qu’il est bien fait, il me séduit. Il sait être soyeux, docile, fruité avec ses arômes de fraises, framboises, ou groseilles, sans aucune agressivité.

Chaque année j’attends donc avec plaisir le troisième jeudi de novembre, pour réveiller ma fatigue, vivifier mes papilles, sourire à la tombée de la nuit, rafraichir les morsures de mon esprit en compagnie d’amis autour d’un verre de Beaujolais Nouveau. J’aime fêter chaque nouvelle récolte de ce vin “magique”, oui, je n’ai pas peur du mot, puis qu’il est capable de mobiliser le monde entier, pendant quelques semaines, parce qu’il incite à la convivialité, qu’il est multiculturel !

Il mérite donc que nous débouchions quelques bouteilles pour les partager entre amis.

Bien que qu’au moment où j’écris cette chronique, je ne l’ai pas encore gouté, mais, d’après ce que je peux en lire, « Ce sera bien une grande année pour le Beaujolais », la production est prévue en baisse de 25% par rapport à l’an dernier, mais l’état sanitaire a été très bon. Certes, c’est l’interprofession qui le dit, mais jusqu’à preuve du contraire, il faut la croire! (Nous aurons le temps de vérifier). Toujours selon des sources officielles, la vendange a permis de conserver toute sa fraîcheur. Sur les premières cuvées ayant terminé la fermentation alcoolique, on retrouve des arômes de fruits mûrs mais jamais cuits. En bouche, la richesse du millésime 2015 explose, tout en rondeur et en générosité mais sans jamais perdre l’équilibre”. Martine et Pierre-Marie CHERMETTE, Domaine du Vissoux, annoncent un millésime de garde. Equilibre – Opulence – Générosité. La qualité du millésime est exceptionnelle et peut être comparée à 2005 avec davantage de richesse, voire à la mythique année 1947 ! S’il en est ainsi, ça va être la fête !

Sans compter que c’est un vin parfait pour de multiples occasions, il s’adapte à bien des cuisines, à bien des moments. N’oubliez pas de le consommer à la bonne température 13º.

Quel plat pour accompagner le Beaujolais Nouveau ? Ils sont multiples. Il n’y a pas que l’incontournable charcuterie lyonnaise, les œufs pochés en meurette conviendront délicieusement, le tablier de sapeur, une spécialité lyonnaise concoctée avec des tripes, est une autre idée à succès, le gratin de queues d’écrevisses tout comme l’incontournable salade lyonnaise, à base de foie de volaille, de pied de mouton, d’œufs durs et de harengs; mais aussi, tout simplement, il sera idéal sur des fruits de mer, un tartare de poisson, des huîtres ou des sushis, des châtaignes grillées, un cochon de lait, un pot-au-feu de canard… Ne pas oublier qu’il peut accompagner, un fromage, un Comté qu’il faudra choisir jeune, mais l’idéal se trouverait plutôt du côté d’un fromage consistant, crémeux, mais pas trop complexe, à l’instar d’un Brillat-Savarin.

La fraîcheur du vin vient contrebalancer le côté gras de ces mets réconfortants.

Cette année encore, je vais devoir convaincre beaucoup de mes amis, qui font la grimace à la seule vue de la bouteille, ça me fait penser que, comme l’indépendantisme en Catalogne, c’est une cuvée qui divise : il faut choisir son camp ! Mais je saurai bousculer ceux qui se montrent si radicaux, qui refusent de le goûter par principe, par snobisme, ou parce que trop souvent déçus, pour qu’ils fassent l’effort de le goûter – il ne faut pas se montrer si partisan !

Marie-Louise Banyols

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