Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


2 Commentaires

A Trouillas, le « meunier » ne dort pas!

Au Domaine de La Meunerie, Stéphane Batlle a produit son premier millésime en 2014. Et voilà qu’à la faveur d’une dégustation de nouveautés d‘In Vino Veritas, notre panel  sélectionne ses trois cuvées de rouge! Trois 2015. Voilà qui méritait bien un portrait…

Enfant du pays, Stéphane Batlle s’est installé à Trouillas, au cœur des Aspres, parce qu’il savait pouvoir y faire de belles choses. Son parcours (lycée agricole, stages en Bourgogne et dans diverses régions de production) ne l’a jamais emmené très loin de la viticulture, mais avec ce domaine, il avait la possibilité de voler de ses propres ailes. Cela ne s’est pas fait en un jour ; ses 17 ha, il les a achetés petit à petit, en suivant notamment une belle veine d’argile rouge ferreux qui est une des spécificités de la commune.

L1017929

A la Bourguignonne

6 ans d’efforts plus tard, il se retrouve à la tête d’un bon nombre de cépages – Carignan, Grenache Gris, Mourvèdre, Syrah, Grenache Noir… et d’un beau patchwork de parcelles; dont une de vignes centenaires.

Cela ne le gêne guère, car c’est sa philosophie que de travailler « à la bourguignonne », au plus près de ses vignes, de les soigner aux petits oignons, et de les vinifier à la carte, avec pour chacune, sa recette, fruit de son expérience ou de son goût pour l’expérimentation.

Son slogan, c’est «l’empreinte du temps».

On jugera du bien-fondé de la démarche avec nos trois coups de cœur…

 Carignan

IGP Côtes Catalanes Carignan 2015

Il n’est pas si facile de faire un vin dit facile – je veux dire, séduisant, enjôleur, d’un plaisir immédiat. Ce 100% Carignan a subit une macération préfermentaire à froid (8°C, il faut avoir une bonne capacité frigo) et 3 semaines de cuvaison.

Caruso

Côtes du Roussillon Caruso 2015

Pour cette cuvée robuste, il fallait un nom qui ait du coffre : ce fut Caruso. Une polyphonie où l’on reconnaîtra les voix du Grenache Noir, de la Syrah, du Mourvèdre et du Carignan, qui apportent qui leur fruit, rouge, qui leur fruit noir, un peu de laurier, et même du fumé. Le vin n’a vu que la cuve, pourtant.

Réminiscence

Côtes du Roussillon Réminiscence 2015

Deux cépages seulement pour cette cuvée : syrah et mourvèdre.

Floral, gourmand, puissant mais frais – si c’est minéral, c’est sans doute ferreux. Le panel a également apprécié les très beaux tannins et les subtiles notes de moka.

Réminiscence de quoi, au fait ? De plein de beaux accords gastronomiques à venir – on pense à du sanglier, par exemple…

Et aussi…

Stéphane propose également deux cuvées de blancs (un 100% Grenache Gris, L’Argenta Brillo, et un assemblage chardonnay grenache gris, l’Impromptu Blanc).

Les deux se présentaient malheureusement dans une phase délicate (notes de levure de bière). Mais un peu d’aération et/ou de patience devraient permettre d’en venir à bout, car rien ne permet de penser que le vigneron soit moins attentif à ses blancs qu’à ses rouges…

Domaine de la Meunerie, 32 avenue du Canigou F-66300 Trouillas

Tél : +33 6 15 31 70 19

contact@domaine-meunerie.fr

http://www.domaine-meunerie.fr/

 

Hervé Lalau


2 Commentaires

RAW and other adventures

IMG_4277Laurent Herlin (AC Bourgueil) – a discreet supporter of Cabernet Franc
Still cheerful despite losing his entire 2016 crop to frost.
Laurent and other growers in Bourgueil and Saint-Nicolas-de-Bourgueil
are looking to buy grapes this year from Languedoc so that
they will have some wine to sell. 

IMG_4256
Laurent as baseball star 

Jim is on his way to Scotland overnight on the Caledonian Sleeper due to arrive in the Cairngorms early on Tuesday morning when some text and more photos will be added to this post.

A few hours later: the overnight journey to the Highlands of Scotland is a leisurely and stately affair. You leave London Euston at 21.15 and reach Newtonmore, deep in the Highlands and 540 miles (870 kilometres) north of London, around 7.10 the following morning. That assumes that the train is on-time – it is not unusual for the sleeper to be several hours late. The sleeper spends plenty of time dawdling along or stopped. To underline how leisurely this journey is – it takes 2 hours 36 minutes to travel the 690 kilometres from Paris to Avignon.

It is a very long train when it leaves London. Once it reaches Edinburgh it divides into three – one portion heads to Aberdeen, one to Inverness and the third portion to Fort William.

Boarding the train about 30 minutes before it was due to leave we settled down for something to eat while enjoying several drams of Old Pulteney – the single malt from Wick.

Old_Pulteney_Single_Malt_Scotch_Whisky_(2)_bannerOld Pulteney and Wick Harbour 

Before departing for Scotland I spent time at 2016 RAW London:

IMG_4252Vincent Caillé and Christelle Guibert
Vine Revival

IMG_1400
The 2015 terre de gneiss, Muscadet en cuve bêton ovoide 
is particularly good with concentration and lovely purity and precision 

IMG_4299
Peter Hahn, Le Clos de la Meslerie, Vouvray
Almost every year a different style – love the balance of the 2014

IMG_4262
Wendy Paillé: Le Soula in Roussillon

IMG_4301
Jérôme Bretaudeau, Domaine de Bellevue, Muscadet Sèvre-et-Maine
Fred Niger in shadows 

IMG_4302
Reverse positions: Fred Niger
with Jérôme Bretaudeau, Domaine de Bellevue in the shadows 

IMG_4297
Thomas Carsin, Domaine de l’Elu

IMG_1398
2013 ephata, Anjou Blanc
Very impressive, pure Chenin Blanc,
which spends 8 months in amphore and 8 in cuve
2012 was first vintage 

IMG_4266
The Green Man – Fabio Bartolomei 

IMG_4225
Isabelle Legeron – boss of RAW 


1 commentaire

A candidate to succeed Parker (?) and other recent portraits

IMG_0908A candidate for the most influential taster in the world?

Robert Parker will be 69 this March, so retirement for the world’s most influential taster begins to loom. Already he has started to cut back, so who will take his place?  The boxer, here, pictured at Pierre et Bertrand Couly’s winery on the outskirts of Chinon could be a long shot – bringing a fresh and canny perspective on tasting.

Caroline et Antoine FaCaroline and Antoine Foucault, Domaine du Collier, Saumur 
AmélieNeauaAmélie Neau, Domaine de Nerleux (Saumur) 
IMG_9714Wine ballet by Fred Niger van Herck, Domaine de l’Ecu (Muscadet)

IMG_9713Guy Bossard, Domaine de l’Ecu (Muscadet), doesn’t seem very impressed

IMG_0413
Colourful Spanish picker in Saint-Nicolas-de-Bourgueil
– supporter of Barcelona

IMG_0664Emmanuel Ogereau, Domaine Ogereau, Anjou 
picking up the reins at home after spells in Buzet, New Zealand and Oregon

IMG_9891Paul  Fouassier, Domaine Fouassier, Sancerre

IMG_9931.jpgEnd of harvest drinks in Chavignol

IMG_9918
Matthieu Delaporte, Domaine Vincent Delaporte, Sancerre
at the top of the Cul de Beaujeu, Chavignol
One of the ACs young rising stars 

IMG_9956Pierre Masson, Domaine Masson-Blondelet (Pouilly-Fumé)

IMG_5599Hamilton Reis, head winemaker,
@Cortes de Cima, Alentejo, Portugal 

IMG_5604
The CEO of Cortes de Cima on an inspection tour 

IMG_1052Gérard Boulay – his Sancerres may be equalled
by a few but does anyone make better?
Not in my book!

Jim-when?

Photo©MichelSmith


5 Commentaires

Clos des Calades, pépite du Gard ?

Déjà, avant de m’enliser dans des travers quelque peu machistes (que voulez-vous, je suis d’une autre époque…), je vais m’embarquer sur un terrain artistique, ou plutôt décoratif. Celui des calades, ces œuvres caillouteuses que l’on peut admirer aux parterres des hôtels particuliers, des fontaines, des ruelles, des parvis, des quais ou des monuments dans l’univers enchanteur du pourtour méditerranéen. J’en ai vu de belles et de moins belles en Avignon, à Montpellier, Gérone, ou chez moi à Perpignan, jusqu’en Italie, en Andalousie, au Maroc… Je sais qu’il y en a bien au-delà de nos frontières et je recommande à ce propos cet ouvrage, ici même. Allez savoir pourquoi, mais ces pavages souvent si subtils de précision, parfois naïfs, me transportent dans un monde imaginaire où je vois des dizaines d’artisans à la tâche avec leurs marteaux, leurs cailloux posés sur le sable et leurs dessins faits d’arabesques en tous genres qu’il faut suivre avec précision jusqu’à réaliser un chef d’œuvre au beau milieu d’un jardin princier au cœur d’une Séville comme inondée de soleil. Que de clichés évocateurs pour un simple mot !

Photo©MichelSmith

Une calade… Photo©MichelSmith

Ensuite, aussi lumineuse qu’une calade au soleil, il y a une personne attachante. Ce pourrait être un gars, un de plus, mais là il s’agit d’une fille, Laurence Escavi, une de ces nombreuses femmes indépendantes venues d’ailleurs bien décidées qu’elles sont de se laisser embarquer dans les émois que peuvent provoquer les vignes du Sud, par exemple. C’est le cas de Laurence qui, après avoir rencontré des vignerons aussi captivants et décidés tels que Jo Landron (Muscadet) ou Thierry Michon (Vendée), deux de mes idoles ligériennes, s’est fixée à Langlade au bout de je ne sais quel chemin de vie. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Langlade est une bourgade viticole proche de Nîmes avec pour seul décor la garrigue pierreuse. De fil en aiguille, Laurence s’est installée il y a peu dans un domaine à sa mesure, c’est-à-dire pas trop grand, à taille humaine comme on dit, le Clos des Calades, lui-même jouxtant un autre domaine déjà célèbre, le Roc d’Anglade. Le tout dans la partie gardoise de l’appellation Coteaux du Languedoc, ou Languedoc tout court.

Photo DR

Laurence, chez elle. Photo DR

Au passage, il se pourrait fort qu’un jour cette enclave réclame une sorte d’autonomie en même temps qu’un cru à part entière. Mais c’est un autre sujet. Laurence en est à son deuxième millésime en bouteilles et je trouve que sa réussite est assez rare pour être soulignée. Il est vrai qu’elle commence à avoir pas mal d’expérience depuis le temps qu’elle se consacre au Languedoc, mais enfin cette belle facture que j’ai trouvée dans ses vins me prouve une fois de plus que vous les filles, quoiqu’on dise, ont un petit don en plus, un quelque chose qui relève du sens de l’organisation, de la volonté, du courage, de l’amour du travail bien fait et de la suite dans les idées. Mais comme je sais que l’on va soit me reprocher une misogynie déplacée en disant cela, soit une tendance un peu trop évidente à ne complimenter que les vigneronnes, ce qui est faux évidemment, je vais de ce pas en venir aux trois échantillons que Laurence m’a fait parvenir il y a peu, trois bouteilles qui, au passage, sont habillées de bien belle façon. Jugez-en vous-même.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Laurence m’ayant prévenue qu’elle ne cherchait rien d’autre que mon avis le plus franc et le plus sincère, j’ai dégusté ses trois rouges selon mon ordre à moi, un matin, sans lire les fiches techniques, sans connaître le tarif, à la température que je désirais, c’est-à-dire autour de 15°. Bien m’en a pris car, au final, si j’avais à les noter, j’aurais du mal à les départager. Le premier venu était Terrienne, un joli nom pour un 2014 soutenu de robe, mais sans excès, doté d’un formidable nez aérien de garrigue rehaussé d’un petit fruit noir. La bouche était souple, large, assez facile, armée de tannins doux et grillés sur fond de thym frais. J’ai appris par la suite que cette cuvée que l’on peut qualifier de confidentielle ne dépassait pas 300 bouteilles et que Laurence l’avait visiblement vinifiée pour le plaisir. Levures indigènes, très peu de soufre (1 g à la vendange), grappes entières pour 30 %, débourbage 48 h au froid (comme la plupart de ses rouges), cuvaison de 18 jours, léger pigeage, pas de filtration, le vin est composé d’un seul cépage, un mourvèdre prévu pour une autre cuvée à venir dans la dégustation. Son prix va faire hurler, mais tant pis : 22 €.

Photo DR

Photo DR

Deuxième cuvée goûté : Les Strates (13 €) 2014. De l’élégance au nez bien qu’un peu difficile au début. Une certaine fermeté en bouche, du fond, de la densité et des tannins tendres avec finale sur le fruit. L’ensemble ne manque pas d’élégance et ce vin me semble prêt à boire d’ici 5 ans au plus. Pas de collage, pas de filtration, pas de bois, syrah en majorité, mais 35 % au moins de mourvèdre et un peu de grenache. La troisième cuvée, Paciènça (17 €), Patience en occitan, un 2013, avait un nez très fin mais sur la réserve. En bouche, on avait beaucoup de retenue et une matière riche. Un vin qu’il faut attendre, avec beaucoup de longueur, de l’équilibre, un joli fond de fruit et de fraîcheur. Issu d’une parcelle particulière, mis en bouteilles en juin 2014, il a sensiblement le même encépagement sauf qu’une partie (50 %) a été élevée en demi-muids.

ƒTIQUETTE-DEF-CLOS-37B88A

Que dire de plus ? Tout simplement que cette propriété de 5 ha, si j’ai bien noté, est un petit bijou en devenir qu’il faudra suivre de près car je suis convaincu que la présence du mourvèdre, sans compter le climat et la composition du sol (eh oui, le fameux terroir !), sans oublier non plus la ferveur de Laurence, vont contribuer au succès de ce vignoble de garrigue. Bon, à part ça, je peux me tromper et vous n’êtes pas obligé de me croire…

Michel Smith


10 Commentaires

Gérard Bertrand, le livre et une nouvelle pyramide

On peut avancer sans trop se tromper que cette année 2015 sera l’année Gérard Bertrand. Rien de plus normal quand on sait que l’homme d’affaires – il préfère sans doute qu’on le qualifie de vigneron languedocien, ce qu’il est aussi, il est vrai, depuis sa naissance – a probablement lui-même programmé l’événement de longue-date en concertation avec les stratèges qui l’entourent, un peu à la manière de certains présidents de la République qui consultent les cartomanciennes avant de s’engager vers un nouveau cap. Après tout, l’homme a 50 ans, âge propice aux questions existentielles. Il possède une douzaine de propriétés, a tâté du sport à un niveau élevé, monté une marque de négoce qui fait briller son nom dans une centaine de pays et rend jaloux tous ses concurrents. Il a créé un festival de jazz à l’orée des vignes, ouvert un hôtel-restaurant et, pour couronner le tout, il vient de publier et de signer un livre autobiographique dans lequel il raconte son histoire d’amour avec le vin un peu comme une rock-star déroulant son errance entre sexe, drogue et rock n’roll. Sauf que chez Gérard Bertrand, les droits d’auteurs sont reversés à une ONG qui défend la planète. Sa route est tracée droite. Sa vie aussi qui se résume entre Corbières, amour paternel, rugby, amitié, vin, jazz et fidélité. Ce à quoi on pourrait rajouter quelques ingrédients tels que l’ambition, le succès, les projets, les achèvements et, au grand étonnement de beaucoup, la biodynamie qui, à terme, sera en application sur la totalité de ses domaines, soit autour de 600 hectares.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Rassurez-vous, pas question pour moi de me lancer ici dans la critique du style ou le résumé détaillé d’une lecture approfondie du livre de notre Gégé régional. Primo, parce que moi, ce mec qui bouillonne d’enthousiasme, je l’aime bien ; deuxio, parce que ce serait trop long ; tertio parce que l’ouvrage est en vente dans toutes les bonnes librairies (Éditions de La Martinière). Sachez cependant que pour certains, ce livre à la couverture style affiche électorale ne vaut pas un pet de lapin de garrigue (oui, j’ai bien rajouté de garrigue), tandis que d’autres le soupçonnent d’être pompeusement bâclé par un nègre. Je ne suis pas de cet avis car j’ai la prétention de connaître un peu le personnage. Je sais qu’il est fier de sa réussite, de son pays, de ses racines, de ses Corbières, de sa jeunesse et de son éducation rugbystique, bref je reconnais bien là, en le lisant, le fond de sa pensée sur le vin. Et quand il a quelque chose à dire, il le dit, souvent même avec fermeté dans le ton comme j’ai pu en être le témoin. À l’approche de la cinquantaine, je le vois parfaitement entre deux changements d’avion comme à son bureau, en train de rédiger ce qu’il a envie de dire, faisant le bilan d’une vie déjà plus que remplie. Ce grand type entre deux âges, toujours soigneusement sapé, hâlé et coiffé d’un casque bouclé d’argent et d’ébène, même en shorts et tongs, a la niaque et les attributs des gagnants du vignoble que l’on met en couverture des magazines chics. Mais il la tête dure des paysans des Corbières et ses pieds ont labouré plus d’une vigne dès qu’il fut en âge d’aller à l’école. Après avoir assuré au domaine familial (Villemajou) pendant des années dans l’ombre de son père, Georges, également courtier en vins et arbitre de rugby, ayant vécu les riches heures d’un sport noble et amateur où tous les coups étaient permis, il me laisse l’impression d’un homme qui vit sans cesse en vue de la préparation d’un nouveau match international à l’enjeu capital : il accepte certainement de perdre, mais se jette corps et âme dans la partie avec l’envie de faire gagner son équipe dans le sang et la sueur. Jusqu’à l’inévitable troisième mi-temps où le vin doit couler à flots.

Gérard Bertrand, en 2010, ouvrant le Festival de Jazz à L'Hospitalet. Photo©MichelSmith

Gérard Bertrand, en 2010, ouvrant le Festival de Jazz à L’Hospitalet. Photo©MichelSmith

Cela étant dit, une chose m’a intrigué dans son ouvrage et j’aimerais vous la soumettre. Sans avoir à porter de jugements, notamment sur l’aspect sacré, cosmique, voire religieux ressenti plus loin au fil de la lecture, ce qui m’a frappé se trouve au beau milieu du livre et cela ressemble plus, à mes yeux, à une nouvelle approche, une idée commerciale (marketing, si vous préférez ce mot qui m’horripile) du vin dont il serait l’instigateur. Je vais tenter de résumer ce qui, à mon avis, illustre son succès et son savoir-faire, en ajoutant quelques extraits de la pensée de Gérard Bertrand. Tout d’abord, il présente deux triangles, deux pyramides. La première est classique et déjà vue. La seconde est plus inhabituelle à mes yeux et elle symbolise une démarche de plus en plus tendance sur laquelle il faudrait se pencher, même si elle ne me satisfait pas pleinement. Une idée new age peut-être, pour l’instant encore un peu floue, me semble-t-il, mais une idée qui mérite pourtant que l’on s’y attarde. Du moins je le pense.

La pyramide

La pyramide « classique » et conquérante, à l’américaine…

Suite à une première pyramide, Gérard Bertrand écrit ceci : « Après une mûre réflexion et de nombreux voyages, je pense qu’il est temps d’organiser aujourd’hui la hiérarchisation des vins de manière différente, car la clef d’entrée par le prix n’est plus le premier critère de choix pour les consommateurs. Il y a vingt ans, le prix d’un vin de bonne qualité était au maximum dix fois inférieur à celui d’une bouteille d’exception. Ce rapport a explosé et est passé de un à cent aujourd’hui, avec l’intérêt grandissant pour les grands crus, dont la cote dépend souvent des notes décernées par les journalistes. On remarque aussi l’apparition d’un phénomène nouveau, lié à la spéculation et à la production limitée de cuvées parcellaires, insuffisante pour alimenter une demande soutenue. Cependant, la crise financière et l’effet lié au changement du mode de gouvernance en Chine créent quelques turbulences, ralentissant la demande, malgré les réservoirs de croissance, représentés par le Brésil, le Nigéria, la Colombie et l’Inde en particulier. La seconde voie, plus originale, consiste à classer les vins en lien direct, non plus avec le marché, mais avec ceux qui les boivent. Ceux-ci sont en train, petit à petit, de prendre le pouvoir et de s’affranchir partiellement des règles du marché. Les amoureux du vin savent qu’avec leur téléphone portable, et en dix secondes, ils peuvent se relier à tous les vignerons. La planète est devenue un jardin où, de son fauteuil, en sirotant un bon verre de rosé, le consommateur peut commander pratiquement tout ce dont il a envie. Bien sûr, les problèmes liés à la logistique et aux réglementations douanières sont aujourd’hui des limites au libre-échange, mais il n’en demeure pas moins que le consommateur est en train de s’affirmer. Certains parmi eux sont aussi devenus des conseilleurs sur la blogosphère. Je crois pour ma part à une nouvelle organisation moins mercantile, davantage liée aux besoins des consommateurs, et répartie en quatre catégories : 

La

La « nouvelle » pyramide, selon Gérard Bertrand

Il existe de plus en plus de consommateurs curieux de découvrir de nouveaux territoires et favorables à la perception et à l’éveil des sens. Les hommes et les femmes ne doivent plus subir le diktat des étiquettes mais au contraire se forger eux-mêmes leurs critères, résultant de leurs envies. De nos jours on ne consomme plus le vin comme un aliment. Ce type de comportement s’est éteint avec l’arrêt des travaux physiques pénibles, qui étaient monnaie courante à une époque où le vin était un carburant nécessaire dans la ration calorique quotidienne. L’évolution des techniques de vinification, la cueillette à maturité et d’autres améliorations qualitatives de la viticulture actuelle permettent d’éliminer presque totalement les mauvaises bouteilles. »

Avec son épouse et coach, Ingrid. Photo©MichelSmith

Avec son épouse et coach, Ingrid. Photo©MichelSmith

S’en suit une déclinaison des critères pris à partir de la base au sommet de la « nouvelle » pyramide, lignes dont je vous fais grâce mais que vous trouverez dans son ouvrage précédant de nombreuses pages consacrées à la biodynamie et à la mécanique quantique… Ces observations faîtes par un gars qui parcourt le monde pour vendre du vin estampillé Sud de France paraîtront à certains vieux routiers d’une banalité et d’une naïveté déconcertantes. Mais Gérard a le mérite de se livrer avec sincérité, ce qui est plutôt rare dans le monde du vin. C’est ce qui donne parfois, et ce sera pour moi la critique majeure, l’impression de feuilleter une super brochure (même s’il y a peu d’illustrations) avec ou sans langue de bois, brochure qui se lit d’une traite en un voyage en train entre Paris et Perpignan, par exemple. Mais après tout, si je dis ça, c’est que j’aurais bien aimé être celui qui recueille ses souvenirs et ses observations. En bon  prétentieux que je suis, j’aurais aimé lui faire sortir tout ce qu’il a dans les tripes. Ce livre-là, plus vrai je l’espère, se fera un jour avec un autre vigneron. Notre beau pays n’en manque pas.

Michel Smith


6 Commentaires

François Villard, fantasque ou …

???????????????????????????????

 

François, un personnage !

Mais le connaît-on vraiment ? Voilà bien longtemps que rencontre après rencontre, on se dit que derrière l’extraverti se cache une personnalité profonde, une âme attachante…
Aidé de mon complice Johan, j’ai eu l’opportunité de creuser quelque peu le personnage…

Voici comment le décrit Johan, cela ne manque pas de sel, mais correspond bien au caractère enjoué de François:

Françis Villard (2)

Aujourd’hui, quelque 12 années et 7 Découvertes en Vallée du Rhône plus tard, la chance nous a souri à nouveau. Elle a permis de rencontrer le plus extraverti, le plus hyperactif du trio Yves Cuilleron, Pierre Gaillard et François Villard. Le frétillant vigneron s’est arrêté un moment, s’est même assis, le temps de regarder en arrière et nous conter, flashback imagé, ses impétueuses péripéties vinicoles. Une bouteille de Grand Vallon 2011 en illustration, un choix certes pas sans significations…

Françis Villard (9)

Né en 1962, il est un Tigre du calendrier chinois. Mais contrairement au fauve, François aime être parmi les gens et se veut un papa attentionné, la naissance d’un enfant le transporte sur un petit nuage…
Toutefois, désireux de vivre, téméraire et rebelle, à l’opposé de son ainé studieux devenu fonctionnaire, François se sentait à l’étroit à l’école. Il devait pourtant assurer son devenir, avoir une petite maison, un coin de jardin, un poste sûr. Un emploi d’aide cuisinier à l’hôpital de Vienne aurait pu faire l’affaire. Mais, malgré les résistances de sa famille et de sa belle-famille, la passion de François pour le vin (semée par son grand-père) grandit jusqu’au non-retour. Et devient un élan irrésistible en 1985. Il entame alors une formation d’abord autodidacte, il connaît par coeur La Route des Vins de France d’Hubrecht Duijker. On le retrouve ensuite en sommellerie à Tain l’Hermitage, suivi d’une formation agronomique à Davayé et de stages chez Alain Paret et Yves Cuilleron. Le peu épargné chaque mois, il le consacre à l’achat de vin, un carton par appellation est son but ultime…, histoire de déguster la France entière. Et pour le reste, devenir papa avec les naissances d’Alexandra et Aurélie et rêver sans arrêt d’un grand terroir.

???????????????????????????????

En 1991, un garage de Chavanay voit sa première vinification, une récolte de Viognier qu’il ne vendra jamais. Le vigneron était né. Conquérant, il posait ses premiers jalons en terre promise. Terroir après terroir, chaque parcelle est explorée : Poncins, Le Grand Vallon et les Terrasses du Palat à Condrieu, Saint Joseph, Côte Rôtie et Saint Péray, tout est ausculté. Variations de blancs, enchaînements des rouges et expériences rosé, soit vingt-deux cuvées en autant d’années. C’est tout sauf de l’inertie. Et en chaque circonstance, la curiosité le mène, déguster avec franchise et honnêteté, explorer continuellement, ensemble avec d’autres. Si l’alcool rend solitaire, le vin rassemble.

Et si François Villard a atteint une certaine stature, il gagne chaque année en profondeur. Comme le vin, il est aussi exigeant. Exigence clairvoyante qui l’a libéré de la technique. Tout en restant créatif et enjoué comment pourrait-on lui résister.

La cuvée choisie par François reflète sa personnalité.

Le Grand Vallon 2011 Condrieu François Villard

???????????????????????????????

Il brille par la couleur, doré intense, étincelle, fait éclater de mille feux le cristal du verre. Le nez flatte, parle d’épices, de fleurs, aimerait se voir exubérant, exhibant richesses, montrant ses trésors, prodiguant comme un ultime roi mage ses fastueuses offrandes. En bouche, volubile, il parle de ses utopies de fruits concentrés, nous fait voir ses rêves de puissance aromatique, évoque ses envies de parfums redondants. Mais derrière cette chimère se cache une profondeur d’âme insoupçonnée si l’on ne prend pas garde à la deuxième gorgée. La garder en bouche longuement pour en toucher le minéral discret nimbé d’une onctuosité délicate. La troisième gorgée nous compose un air floral, suite de notes poétiques rythmées par la salinité, cadencées par la fraîcheur. Tout semble en place, sage, quiet, on s’en contenterait. Mais peine perdue, l’étincelle de la passion boute, silex amer, le feu aux pulsions, électrise le Grand Vallon pour affûter ses perceptions. On croit un instant au retour des mirages d’entrée, mais au contraire, la suite aromatique apparaît raffinée, pleine d’esprit, jonglant avec subtilité avec les nuances fruitées, florales, épicées et minérales, tissant en un clin d’œil une trame sans cesse défaite et renouvelée, se repliant sur elle-même pour mieux se rouvrir. Elle nous caresse comme un être cher, puis disparaît à tâtons, nous laissant bien imprimé dans nos mémoires cet instant de bonheur parfumé.
La cuvée Le Grand Vallon vient d’une parcelle appelée Grand Val et située sur les hauteurs de Saint Pierre de Bœuf. Les Viognier, exposés Est à Sud-Est, ont une vingtaine d’années et poussent dans des granits à quartz recouverts par endroit de lœss. La récolte pressée directement et non levurée fermente en barriques bourguignonnes. L’élevage de 11 mois se poursuit dans le même logement dont 30% de fûts neufs et bâtonné régulièrement pendant 6 mois.

 

François Villard http://www.domainevillard.com

Françis Villard (13)

Ciao

 

fesses
Marco (qui s’est fait bien aider par Johan De Groef)

et les fesses ne sont pas celles de François, mais celles promises à nos lectrices


12 Commentaires

Résister à la GD et promouvoir le vin avec intelligence et humour

Nous constatons tous l’effrayante domination de la dite « Grande Distribution » (alias temples déshumanisés de la consommation) dans le domaine du vin. 70% ou 80% en France probablement et pareil en Grande Bretagne. Seule l’Italie semble échapper à cette tendance à la concentration, grâce à la fois à l’absence de centralisation de ce pays et au dynamisme des enotecas. Je rajouterai aussi que les producteurs de vin en Italie sont plus intelligents, commercialement, que la plupart de leurs homologues français en ne pratiquant pas la vente aux particuliers au même prix que la vente aux cavistes !

Alors comment survivent les cavistes en France ? Pas si mal, à en croire la dynamique Fédération Nationale des Cavistes Indépendants. Le seul problème de ce réseau informel dont les magasins sont souvent tenus par des vrais passionnés est une absence de formation structurée de leur personnel, ou chacun y va un peu de ses idées et préjugés, quitte parfois à raconter un peu n’importe quoi aux clients.

Parmi les petites chaînes qualitatives de cavistes, je suis frappé depuis un moment par le dynamisme et intelligence de l’enseigne Repaire de Bacchus. Ma récente dégustation des vins que cette chaîne va proposer pour les Foires aux Vins m’a convaincu de la qualité et de l’originalité de leur sélection. Oh, ce ne sont pas les prix « ras des paquerettes » souvent pratiqués par la GD. Non, ils ont d’autres arguments : des vins de caractère, parfaitement faits, souvent originaux, parfois venus d’ailleurs,  et en tout cas très bien choisis. Mais, en dégustant ces vins-là dont je vous parlerai peut-être en septembre, mon œil fut attiré par une série singulière de photos accrochées aux murs de la petite salle.

Il s’agit d’une quarantaine de producteurs, essentiellement français, qui fournissent le Repaire de Bacchus et qui ont tous accepté de de faire prendre en photo comme pour une garde à vue. Certains sont criants de vérité et je me suis amusé à identifier le voleur de scooters (Alphonse Mellot) le tueur en série (Pierre Lurton) le chef de clan sicilien (Jean-Pierre Perrin), l’escroc récidiviste (Bruno Lafon), le voleur à main armée (Charles Hours), ou bien la tueuse politique (Carole Bouquet), et ainsi de suite….jugez par vous-même !

 

P27_Alphonse Mellot_Photo_96x39

 

P21_Pierre Lurton_Photo_96x39

P30_Jean Pierre Perrin_Photo_96x39

P18_Bruno Lafon_Photo_96x39

P15_Charles Hours_Photo_96x39P02_Carole Bouquet_Photo_96x39

 

Je trouve cette série de photos, en noir en blanc comme il se doit, formidable, autant que l’esprit de cette opération promotionnelle qui met un visage derrière les étiquettes avec beaucoup d’humour et une belle idée fédératrice.

Il y en a plein d’autres dont, bien entendu, notre Gégé national, plus vrai que nature en gangster effrayant. Mais aussi des choses plus surprenantes et à contre-emploi, comme Hubert de Billy (Champagne Pol Roger) dont le motif  de garde à vue, précisé ainsi dans la petite brochure qui recense tout ce beau monde : « collabore étroitement avec les Anglais en étant le Champagne le plus prisé sur cette petite île au nord de Calais. Garde à Vue ! »

Chapeau bas aux concepteurs de cette très jolie opération promotionnelle, ainsi à tous les producteurs que se sont prêtés à l’exercice de style.

 David Cobbold

 

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 16 104 autres abonnés