Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Accords en duos surprenants, tout un menu…

L’art difficile des accords aime à la fois l’évidence et l’originalité.

J’en avais proposé un extrait, il y a quelques moments, voici le menu complet.
Et la démonstration, réalisée grâce aux préparations de l’excellent chef Laurent Folmer du restaurant Couvert Couvert www.couvertcouvert.be dans la banlieue louvinoise. Quant aux vins, ils nous viennent de douze coopératives viticoles qui ont choisi de communiquer ensemble sur l’excellence de quelques-unes de leurs cuvées. En voici les représentants

On mange

Les amuse-bouche

Mélange de saveurs et de textures, ils se déclinent en mini canapé à la betterave jaune, en tartelette au pois chiche, en maquereau juste saisi aux parfums orientaux, en gaufrettes fourrée de hareng, de quoi faire voyager nos papilles et les préparer à la première entrée.

Pour les accompagner, tout d’abord un Crémant de Limoux

 

Toques et Clochers édition limitée 2013 – Crémant de Limoux Brut Sieur D’Arques

La bulle fine éclate et laisse planer des parfums d’agrumes, de fruits blancs et de fleurs délicates. La bouche nous étonne par sa densité, son charnu et ses épices, un trio gourmand soutenu par une belle fraîcheur.

Assemblage de 70% de Chardonnay, 20% de Chenin et 10% de Mauzac. Il reste 36 mois sur lattes

La rencontre

Ce bel effervescent semble tout indiqué pour sublimer les produits de saisons aux saveurs multiples. Fraîcheur du vin et croquant des bouchées ravissent les papilles qui en demandent plus.

Et en voilà, grâce au rosé corse…

 

Prestige du Président 2016 – Corse rosé Union de Vignerons de l’Île de beauté

La robe pâle comme un pétale de rose respire la groseille et le ciste de Montpellier, mélange fruité floral qui incite à le déguster avec délicatesse. En bouche, il tient ses promesses et nous une corbeille de baies suaves et croquantes soulignées de poivre et de réglisse. Une fraîcheur iodée le rend encore plus convaincant.

100% Sciaccarellu, macération pelliculaire de 4 h

La rencontre

Le vin nous surprend, nous étonne ! Il rend la table volubile, magnifie les légumes, apporte un supplément de croquant aux croustillants, concentre son fruit pour rendre les agapes plus savoureuses encore.

Les entrées

Asperges de Malines, poulpe grillé, sarrasin, grenade, vinaigrette au dashi

 

Églantier Terre d’Ardèche Viognier 2016 IGP Ardèche Vignerons
Ardéchois

Blanc lumineux aux senteurs florales qui nous rappellent les fleurs d’amandier et d’oranger. La bouche ajoute quelques fruits blancs et jaunes comme la poire, le melon, la pêche de vigne, l’abricot, pour les premiers qui s’expriment. La bouche fraîche semble les porter comme autant de notes graciles qui flottent sur les papilles.

100% Viognier élevé pour moitié en cuve sur lies, l’autre moitié en barriques pendant 12 mois

 La rencontre

Frais, il tranche à vif le poulpe déjà par le couteau du chef malmené, lui apporte cette succulence iodée par la pêche de vigne révélée. Puis s’attaque aux asperges, les parfume de menthe et de jasmin, puis croque sans souffler le sarrasin rafraîchi d’un grain de grenade.

Memoria Vieilles Vignes 2013 Louis Tête – Beaujolais

Grenat aux reflets carmin, il nous demande quelques girations pour s’éveiller et proposer alors ses pâtes de fruits qui mélangent groseille, framboises et cerise aux plus sauvages mûre et myrtille. La bouche semble sage, ou peut-être endormie, comme pour le nez, il lui faut quelques encouragements pour nous bluffer autant par son fruit que par ses épices et sa fraîcheur.

100% Gamay macérés 9 jours, élevés en grande partie en cuve inox pendant 6 mois, une fraction en barriques  

La rencontre

Un Beaujolais au caractère bien trempé ne s’émeut guère d’une vinaigrette fusse-t-elle au dashi. Vivacité iodée bien contrôlée qui certes met autant en valeur la saveur du céphalopode que le fruit du vin, ses épices et la soie de ses tanins. Ces derniers, encouragés par la gens maritime, enrobent de leur soie les asperges, les épicent d’un sirop de framboise bien relevé.

 

Courgettes meunières, coques, citron, persil, pain frit à l’ail

Jubilation Le Pallet 2014 Muscadet Sèvre & Maine Les Vignerons du Pallet

Jaune doré, il nous caresse le nez d’une fleur d’églantier, puis d’aubépine, suave comme le miel, rafraîchi d’iode, il nous plaît d’emblée. En bouche, le discours change quelque peu et nous livre quelques fruits blancs comme la pomme acidulée et le carambole. Le tout baigné d’une fraîcheur citronnée avivé par une étincelle de silex frottés.

100% Melon de Bourgogne élevé 18 mois sur lies

La rencontre

Le relief minéral bien perceptible vient aguicher les courgettes mettant en évidence leur saveur légèrement torréfiée qui rappelle le curry. Puis le vin se mélange au jus de coque pour en exprimer le bouquet maritime. Les condiments rehaussés de citron embellissent et rafraîchissent les tournures confites du Muscadet et nous fait jubiler de plaisir.

Château Tour de Yon 2012 Saint-Emilion Grand Cru Union des Producteurs de Saint-Emilion

Grenat pourpre, il nous macule le nez de pâtes de fruits aux accents de groseilles, de cassis et de framboise, épicées de poivre noir et de cardamome. La bouche généreuse aux tanins fins offre son ampleur au développement aromatique. Quelques notes grillées et fumées viennent renforcer la complexité du vin.

Assemblage de 75% de Merlot et 25% de Cabernet Franc vendangés manuellement, macérés à froid. Le vin est élevé durant 16 mois en barriques.

La rencontre

Le vin s’engage à pas feutrés dans cet accord particulier. Tout doucement, il parle de son fruité délicat aux légumes, les flatte de quelques gelées épicées, les caresse de ses tanins soyeux, puis se rapproche du pain comme lui torréfié. Le coquillage attend un moment avant de céder aux avances de cardamome et cumin.

Le plat

Pintade fermière, artichauts barigoule, noisettes, roquette sauvage, jus de pintade à l’huile de noisettes

Légende 2014 Côtes de Provence Estandon

Robe pâle au rosé nuancé d’abricot, fruit que l’on retrouve dès le premier nez, puis viennent s’ajouter la fragrance iodée d’un embrun maritime et deux pétales de violette qui entérinent l’élégance du vin. La bouche, raffinée, distille la fraîcheur d’un fruit acidulé, safran et santal en renforcent la couleur, le minéral vient ensuite, puis tout recommence.

Assemblage de Grenache et de Rolle qui rassemble 5 cuvées dont une partie est vinifiée et élevée en barriques pendant 8 mois. Malo non faite. 

La rencontre

Le rosé aux atours confits parfumé d’Orient parfume le volatile de santal et de safran. Il évite l’écueil des artichauts contrebalançant leur bitter d’une suave gelée de rose. Roquette et noisette renforcent l’impression gourmande instillée par ce gentilhomme Provençal au caractère pondéré.

Ortas Prestige 2012 Rasteau Cave de Rasteau

Rubis violacé, le nez respire la pierre chaude qui s’évapore après une pluie d’orage, entraînant dans son sillage les effluves de la garrigue tout proche. La bouche croque le fruit relevé de thym, de sauge et de cade. C’est un vin charnu, volumineux, mais qui ne manque pas de grâce et de volupté.

Assemblage de 50% de Grenache, de 35% de Syrah et de 15% de Mourvèdre égrappés et dont 15% est élevé durant 1 an en barriques usagées

La rencontre

Le Rasteau entraîne tout de go la pintade en balade dans sa garrigue, la parfumant de thym, de sauge, la fumant d’un soupçon de cade. L’artichaut le chatouille un peu, mais il s’en accommode, préférant croquer la noisette et se rafraîchir d’une feuille de roquette.

Fromages (Cheddar, Pouligny Saint Pierre, Comté)

 

Confidences Brut Champagne Chassenay d’Arce

Or platiné à l’élégante bulle qui éclate de fruits secs et gagne en puissance, amande et noisette, rafraîchies de rhubarbe confite, épicées de poivre blanc. La fraîcheur se retrouve en bouche au dosage bien intégré, l’écorce de citron apporte une agréable amertume, renforce la savoureuse vivacité, une maille minérale tisse la structure, architecture volumique et croquante sur laquelle s’accroche une inattendue note florale.

La rencontre

Satisfaire trois partenaires dans la même assiette, voilà challenge qu’un Champagne aime relever… Le vin dégrossit les fromages, leur apporte ses amertumes racées de mandarine et de citron. Puis, il leur enlève leurs rondeurs pour leur donner une allure svelte avant d’épurer leurs arômes minéraux de sel iodé, de distiller leur fruité de confitures de mirabelle, d’abricot et de figue, de transmuter leur crème en chantilly vanillée.

Lieu-Dit Verdot 2012 Bordeaux Les Vignerons de Tutiac

Rubis cramoisi, il nous flatte d’emblée par quelques friandises fruitées, bonbons acidulés, pâtes de fruits épicées, biscuits aux pignons grillés. La bouche en fait le détail, cassis, mûre et burlat pour les baies, sablés pour le toasté et agrumes pour les friandises, le tout emballé dans la soie un peu rêche des tanins perceptibles.

100% Petit Verdot, macération pré-fermentaire à froid et fermentation en cuve pendant 30 jours, entonnage en barriques neuves pour un élevage de 18 mois

La rencontre

La cassis et la prunelle prodiguées généreusement par le vin viennent s’entortiller dans un tourbillon de fumée. Quel bouquet ! Les fromages ne s’y attendaient pas et l’acceptent avec délice. Leur pâte en fond de bonheur et se transforme en clafouti parfumé de mille fruits. Et si le vin y perd un peu de son charnu, il gagne en volume et densité. Le voici gourmand contemplant les fromages assoupis dans l’étoffe soyeuse de sa trame tannique.

Le dessert

Fraises et sorbet aux fleurs de sureaux

 

Astrolabe Vendanges Tardives 2012 Gaillac Les vignerons d’Ovalie

Doré cuivré à reflets verts, il charme l’œil avant de ravir le nez par ses agrumes et ses fruits blancs confits, son bouquet de fleurs sèches, son léger fumé qui embaume le thé poivré. La bouche séduit par sa texture onctueuse rafraîchie d’une délicate amertume au goût de réglisse et d’écorce de cédrat, un minéral de bon aloi vient ajouter sa tension. La longueur nous parle d’épices et de douceurs orientales.

Assemblage d’une majorité de Len de l’El (Loin de l’Œil) et de Muscadelle fermentés à basse température avec arrêt de fermentation par le froid. Élevage en fûts de quelques mois.

La rencontre

Douceur raffinée aux allures d’ananas rôti au miel, d’agrumes confits ombrés de poivre cubèbe, elle vient enrichir les fraises de parfums exotiques. Le floral du sorbet lui plaît, lui apporte une dimension supplémentaire, aérienne, presque évanescente.

Châteauneuf-du-Pape 2015 Le Cellier des Princes

Rubis sanguin, le nez légèrement fumé respire la garrigue peuplée de sauge et de cade, avant de s’abandonner au fruité gourmand des cassis et garriguettes. Le parfum presque entêtant du genêt renforce l’impression d’une balade buissonnière. La bouche suave et juteuse, aux tanins tout fins, croque la cerise et la prunelle, aime en laisser couler le jus sur les papilles comblées.

Assemblage de 90% de Grenache, 5% de Syrah et de Mourvèdre qui cuvent une vingtaine de jours et qui s’élèvent en cuve pendant 12 mois

La rencontre

Un accord à la fois puissant et gourmand où les partenaires se disputent l’hégémonie, la dominance sur l’autre. Nos papilles au début s’affolent, mais après quelques instants, tout s’assagit et c’est en harmonie que le trio nous chante fleurs et fruits, si intimement tressés qu’on ne sait plus à qui appartient quoi.

 

Ce fut un régal, rien que d’y penser, nous nous en léchons encore nos babines…

 

Ciao

 

 

Marco


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Un bouquin qui nous donne envie de rosé, mais pas que…

Ce n’est pas son premier livre sur les Côtes de Provence, mais celui-ci a quelque chose en plus. Peut-être est-ce dû à la maturité, (je n’ai pas dit surmaturité) de l’auteur, qui connaît la Provence mieux que sa poche. Il nous embarque dans une région que l’on croit bénie des dieux. Elle l’est, certes, même si de temps à autre, elle chamboule le touriste autant que l’autochtone par ses caprices climatiques.

Mais François Millo préfère parler de l’histoire tourmentée de la géologie que de faire peur aux voyageurs. Géologie qui rythme le vignoble provençal, donne un caractère particulier à chaque entité et se retrouve dans les vins comme dans le caractère des hommes. Une diversité illustrée par une multitude de photos, véritables cartes postales qui donnent envie d’y plonger et qui témoigne d’un autre talent de l’auteur, la photographie.

Le sommaire

La première partie, l’historique, se lit comme un roman, du moins pour qui aime l’histoire. Cette dernière remonte aux Phéniciens, qui, il y 2.600 ans fondèrent Nikaia et Antipolie, aujourd’hui Nice et Antibes – bien avant Phocée. Trop souvent, on commence tout de suite avec les Romains, comme s’ils avaient tout fait, évoquant à peine les Grecs. 

Et puis, François a ponctué la chronologie historique de petites anecdotes parfois croustillantes comme celle qui se passe au harem du palais du Shah Jamshid en Perse antique où une odalisque délaissée voulant mettre fin à ses jours boit le vin contenu dans une jarre marquée poison. Loin de mourir, elle retrouve grâce au breuvage (rosé?) la gaieté et la couche de Jamshid dans la foulée.

Cette première partie est ma préférée, pas pour les historiettes (quoique), mais pour le découpage intelligent qui allège la lecture, encore facilité par l’écriture certes précise, mais déliée.

Ensuite, on passe aux terroirs. C’est un peu plus technique, mais agréable à lire et comme dit précédemment, très bien illustré de la côte au pays intérieur. Avec ici de petits encadrés historiques, gastronomiques ou encore ludiques.

Le troisième chapitre, un degré de technicité en plus, nous parle de tout ce qui se passe dans le vignoble, depuis les cépages jusqu’à la vinification. Ça c’est top pour l’amateur à la recherche d’un meilleur éclairage sur comment se fait le vin de A à Z. Tout est bien expliqué et je dois dire que même pour les pros, cette partie nous donne de-ci delà quelques piqûres de rappel. Et puis, quand François parle du rosé pendant plusieurs pages, on entend les cigales. Ce qui est bien, parce que le chant des hémiptères qui bourdonne à nos oreilles occulte un peu le chauvinisme de l’auteur. Mais on lui pardonne, le discours est bien tourné.

À la fin : moments et rencontres, un ensemble de petits flashs sur la dégustation, les accords, la convivialité, … Peut-être un peu court; ou l’annonce d’un prochain ouvrage sur un ensemble de sujets par vraiment faciles à traiter…

Merci à François Millo, qui fut directeur du CIVP jusqu’en 2015, pour cette belle édition. À propos d’édition, le livre est sorti en juin de cette année aux éditions du Chêne, il compte 192 pages dont 155 illustrations qui vont de la vignette à la double page. Prix : 35€

Ciao

 

Marco


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Un blanc, un rosé et un rouge pour l’été

Trois cuvées venues de trois régions françaises éloignées. Rafraîchissantes, gourmandes et fruitées, elles se dégustent autant à l’apéro qu’au dîner.

Commençons par l’Atlantique, avec le Muscadet 2014 du Château de Cléray. Un vin qui a fait un peu de cave pour nous offrir structure et caractère. Je propose de le mettre en carafe une bonne heure avant de le servir, cela lui ouvre l’esprit et réjouit le nôtre.

Vallet 2014 Muscadet Sèvre et Maine Château de Cléray

Vert jaune, il offre un nez de tisane à la verveine et à l’écorce d’orange. Puis, il nous étonne par quelques notes iodées qui nous rappellent un bouquet d’algues sèches. La bouche s’avère onctueuse, souplesse inattendue, mais pourvue d’une fraîcheur intense sans être vive. Elle a le goût du citron, celui du cédrat, de la groseille à maquereau aussi. Un parfum de miel flotte au fond du palais et retrouve la verveine du nez. Enfin, quelques épices viennent compléter ce Muscadet au caractère inhabituel, mais assurément bien affirmé.

Vallet se trouve au cœur du vignoble nantais à 25 km au sud-est de Nantes. Le sol de la parcelle se compose de schistes déposés sur des granits. Cette sélection parcellaire voit sa maturité poussée au maximum. Le vin s’élève 18 mois sur lies. La Maison Sauvion, installée en Eolie, le pays du vent qui caresser les vignes de sa douce brise océanique. Acquis par Ernest Sauvion en 1935, le Château du Cléray-Sauvion est l’une des plus anciennes propriétés du vignoble de Sèvre et Maine. Elle s’étend sur 95 hectares, plantés principalement de Muscadet Sèvre & Maine, mais également Gros-Plant, Chardonnay et Sauvignon.  http://fr.sauvion.com

Sympa avec des huîtres un peu grasses mais bien iodées pour faire dans l’accord classique, mais il ne renie pas quelque poisson blanc de l’océan, ni une terrine de lapereau ou pour faire plus fort un grenadin de veau aux morilles, son caractère un peu maturé fonctionne à merveille avec les morilles.

 

Continuons par la Méditerranée et son arrière-pays provençal, pour y déguster le rosé du Château Pigoudet, cuvée Classic.

Classic 2016 Coteaux d’Aix Château Pigoudet

Rose pâle, un nez floral qui nous charme par ses parfums de fleurs d’amandier et de genêt, suivis de fragrances de melon Cavaillon et de grains de grenade. La bouche fraîche semble suave avec ses notes douces de gelées de fraise et de framboise, de miel de thym et de fleur d’oranger. Un développement aromatique qui lui confère à la fois élégance et caractère à l’esprit bien rafraîchi par des jus acidulés où les agrumes règnent, juste nuancés du croquant de la groseille blanche. Un rosé convivial.

Le Classic assemble 70% de Cinsault et 30% de Grenache qui poussent dans sol de colluvions calcaires à matrice argileuse. La parcelle est exposée plein sud, mais à 400 m d’altitude et protégée au nord par la barrière rocheuse de la montagne de Vautubière. La vendange se fait la nuit et est pressée dans la foulée. Les jus sont laissés sur bourbes à basse température, puis débourbé clair et fermentés. L’élevage se fait en cuve. Filtration légère à la mise.  Le domaine de 40 ha se situe sur la commune de Rians tout au nord-est des Coteaux d’Aix. www.pigoudet.com

Ici aussi la carafe s’impose pour en développer plus rapidement le fruit et il ne faut pas le servir trop frais. On peut taper dans les recettes provençales, pissaladière, petits farcis, mais aussi la bourride à laquelle il apporte son fruit tout en résistant à l’aïoli. S’il reste des artichauts crus ou chauds, il adopte. Pour changer un peu, un chèvre chaud (sans miel) sur lit de feuilles de chêne, la salade ne lui fait pas peur, ou une souris d’agneau que le rosé aime déglacer le confit.

 

Restons au Sud, mais en Languedoc, avec le Faugères Sur le Zinc du Domaine Les Serrals.

Sur le Zinc ! 2016 Faugères Domaine Les Serrals

Rouge croquant, Faugères plein de fruits, il séduit les papilles en moins de deux gorgées. Là, c’est fait, c’est adopté, on est fan. Mais avant d’y regoûter, le nez voudrait mieux l’analyser et montrer qu’avant la succulence des baies, des accents de garrigue peuplée de genêt, d’arbouse et de cade viennent le chatouiller. Puis quelques épices, du poivre, des graines de coriandre, de la réglisse, montrent que le plaisir peut être pourvu d’un brin de complexité. La bouche s’impatiente et veut après ce bref discourt savourer le charnu des groseilles, des fraises et des cassis dont le jus frais coule à satiété. Les tanins ? Ils y sont, et gratouillent agréablement la langue, histoire d’ajouter leur relief à la structure certes avant tout gourmande.

Le vin assemble 60% de Syrah qui fermentent grains entiers et 40% de Carignan de cuvaison courte. L’élevage se fait en cuve sur lies totales. Les 5 ha de vignes sont conduits en mode biologique et s’étendent sur les coteaux schisteux qui entourent Faugères. C’est avant tout Chloé Barthet, aidée par Frédéric Almazor, qui installée depuis janvier 2016 mène ce domaine des plus prometteurs. Une belle découverte.

www.serrals.com

Un rouge qui peut se boire comme un rosé, frais et croquant, les tanins en plus. Tanins et fruité qui le font apprécier sur un tartare de veau à l’italienne (câpres, roquette, parmesan, huile d’olive et pignons grillés), mais aussi sur des grillades et des légumes à la plancha. Ou comme ça, sans rien pour boire un coup entre copains.

Bel été à tous!

 

Ciao

 

Marco


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Luberon rouge: du bon et du moins bon

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On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

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Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

carte_vins

Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

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Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David


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Les Baux, quelques miettes en plus

Après l’article d’Hervé très complet et empli d’enthousiasme pour les vins de ce coin de Provence, voici quelques bribes supplémentaires, certes tout aussi enthousiastes. L’AOC Les Baux exploite enfin son potentiel. En une dizaine d’années, l’entité s’est bien homogénéisée, point de vue qualité. Après, si quelques dérives existent toujours, elles sont bien plus « buvables » qu’avant. Je parle ici de l’extraction et de l’élevage sous bois.

Il y a encore peu, il était bon d’avoir pareille cuvée à son tarif. Les temps ont changé comme les mentalités, autant celle des vignerons que des consommateurs et nous voici avec des Baux de belle tendance, aimant le fruit et l’élégance. Avec toutefois du caractère, celui de la Provence, terre bien plus souvent inhospitalière qu’il n’y paraît vu depuis nos brumes nordiques. Le Mistral peut en plus de nous décoiffer, nous frigorifier, voire nous glacer les os. À l’image, les vins des Baux possèdent cette fraîcheur naturelle due en partie à leur sol calcaire, chaud la journée, froid la nuit, mais aussi un ensemble d’orientation qui permet de jouer avec l’ensoleillement et une vendange à maturité juste.

img_3673Et puis, côté prix

Il est amusant de constater que le prix moyen de la bouteille est particulièrement bas par rapport à la tonne de touristes qui se déversent chaque année dans cet endroit privilégié. Tout y est cher, sauf le litre de bon vin qui y coûte moins cher que l‘huile d’olive, certes bonne mais particulièrement onéreuse. C’est du luxe ! Pas le vin qui s’affiche entre 8€ et 15€ pour les blancs et ajoute quelques euros pour les rouges, mis à part quelques cuvées « prestigieuses » qui franchissent le cap des 20€.

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Quelques coups de cœur en plus

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En plus de celles sélectionnées par Hervé, choix que je partage.

 Cuvée tradition 2013 Mas de Gourgonnier

Un vin juteux, tout en fruit, aux tanins fins comme l’organdi, certes un rien rêche pour lui renforcer le caractère, puis le poudrer de cacao. Au nez comme en bouche, on en retrouve la fève un rien torréfiée, ça nous fait ganache cassis groseille couverture chocolat noir, c’est à croquer. (7,20€)

L’Affectif 2011 Jean-André Charial  

En voyant la bouteille et en connaissant son géniteur, je me suis dit « ouh là là, bonjour le bois! ». Mais pas du tout, il lui reste certes cette texture ligneuse qui renforce sa trame, mais pas de «goût de bois», tout l’inverse, de l’élégance et un fruit bien dessiné qui s’applique en ample esquisses sur la soie tannique aux contours tissés d’épices.  (22€)

L’Affectif 2009 Jean-André Charial 

Grenat, un nez de pruneau, de figue sèche, épicé de sauge et de réglisse, on se dit, il va séché en bouche, pas du tout, la belle surprise c’est qu’il a absorbé son bois et qu’aujourd’hui, il se boit avec plaisir, plaisir dû à la fraîcheur et au caractère certes affirmé, mais qui s’ouvre généreux à qui sait lui parler. ( ?€)

Réserve du Mas 2014 Mas de la Dame

Un rouge affriolant au fruité des plus sympas. Aux tanins certes présents mais soyeux et enrobé de la chair des baies. Un rien de garrigue pour la note provençale et une longueur gourmande qui croque sous la dent. (9,10€)

La Stèle 2013 Mas de la Dame

 Grenat carminé, le nez bien toasté avec des notes de foin sec, on se dit imbuvable, que nenni les notes végétales se transforment en bouquet de thym et de romarin qui parfume les pâtes de fruits. Longueur et densité argue du potentiel de ce vin. (13,80€)

Roussanne 2013 IGP Alpilles Mas Sainte Berthe

 Nous avions dégusté le millésime 2015 un rien plus tôt dans la journée, le voici avec deux années de plus, la Roussanne s’est légèrement confite pour nous donner des airs de pêche au sirop, d’abricot qui baignent dans une texture suave heureusement tendue plus par l’impression minérale que par l’acidité. (13€)

Romanin rouge 2015 Château Romanin

D’une teinte vermillon, il séduit d’emblée par sa densité hyper fruitée, c’est comme je l’appelle, un « vin dangereux » dont la première gorgée appelle toutes les autres jusqu’à… y en a une deuxième ? Du fruit, du charme, une texture veloutée, de la fraîcheur, que demander de plus (9,80€)

Château Romanin 2009

Grenat, un nez de fruits secs qui rappelles les dattes, la figue noire, poudré de cacao et souligné de réglisse, encore la croûte de pain. Malgré ces quelques années passées et le millésime plutôt chaud, il garde fraîcheur et élégance. (25€)

Avec les infos d’Hervé ajoutées aux miennes, il y a de quoi faire son marché dans les Baux. On peut y ajouter l’huile très réputée de l’AOC Vallée des Baux de Provence, certes comme dit plus haut relativement chère, à l’image des huiles d’olive françaises, mais savoureuses et bien caractéristiques de chaque région.

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CastelaS fruité noir ou vert ?

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 CastelaS Fruité Noir Huile d’Olive Vierge AOP Vallée des Baux de Provence

Couleur : d’un vert mordoré.

Nez : chômé, c à d fermenté, aux accents de chair d’olive noire, de tapenade, voire de confiture d’olive avec des notes de cacao, champignon, truffe, sous-bois et d’artichaut cuit.

Bouche : elle retrouve les arômes sentis, ajoute la vanille, la noix, le fenugrec et le pruneau, envahissant le palais qu’elle tapisse de sa texture très crémeuse.

Ardence : très faible.

Cette huile est le jus de 4 variétés d’olives : Salonenque, Aglandau, Grossane et Verdale cueillies à pleine maturité et stockées avant d’être pressées.

Utilisation : à froid, elle aromatise très agréablement le carpaccio de bœuf, se marie avec grâce à l’ail dans les salades, est surprenante en mayonnaise ; en filet, elle s’attiédit et livre ses parfums sur les confits, les fricassées de champignons et la purée de pommes de terre.

À l’opposé

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CastelaS Huile d’Olive Vierge Extra, AOP Vallée des Baux de Provence

Couleur : jaune vert lumineux.

Nez : bien végétal comme il sied au fruité vert, elle décline les parfums herbacés de l’artichaut cru, d’herbe coupée, de feuilles de tomate froissées, y ajoutant amande et poivre.

Bouche : pareille que pour le nez, le vert s’exprime en premier, laissant les fruits secs et les épices venir ensuite compléter la ronde aromatique. Bien équilibrée, elle séduit le palais par son onctuosité et sa légère amertume racée d’écorce de pamplemousse.

Ardente : bien marquée sans être trop intense.

Comme la précédente, elle assemble Salonenque, Aglandau, Grossane et Verdale cueillies à maturité optimale et pressée dans la foulée, maximum 6 h après la récolte.

Utilisation : elle apporte sa complexité aux plats chauds de poissons et de légumes. La vinaigrette lui convient parfaitement et relève alors le goût des salades de carottes, de courgettes, de tomates, d’artichauts. Elle est particulièrement bien adaptée aux mariages avec les fromages de chèvre, du chèvre frais à l’affiné, simplement en condiment ou en marinade.

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Les huiles d’olive s’élaborent au sein du Moulin Castelas

Tout a commencé par un petit verger d’oliviers abandonné qui ne demandait qu’à renaître. « Nous avions tout à découvrir ! » explique Catherine Hugues. « Un enchaînement de circonstances heureuses et surtout l’envie d’apprendre nous ont conduit à établir le domaine oléicole du Castelas. Aujourd’hui, le domaine Castelas s’étend sur 45 ha d’oliviers exposés sur les versants ensoleillés des Alpilles et possède son propre moulin à huile d’olive » . www.castelas.com

Et avant de partir, passer aux Olivades à Saint Étienne du Grès

On y propose de superbes textiles et c’est aujourd’hui la seule société à perpétuer en Provence la tradition d’impression sur tissus. L’entreprise est née à Marseille en 1648.

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C’est par la Provence que sont arrivées les premières toiles peintes importées par la compagnie des Indes. Dans la deuxième moitié du 19es, devant le succès de ces tissus imprimés jusqu’alors inconnus des Européens, va se développer en Provence une fabrication locale. D’abord artisanale, elle va être interdite en 1686 par Louvois.
Pour échapper à cette prohibition, les fabricants vont se réfugier dans le Comtat Venaissin en Avignon, territoire papal non soumis à l’autorité royale. Tabac et Indiennes feront alors la fortune des contrebandiers tels que Mandrin et jusque dans la cour de France, il sera alors de bon ton de contrevenir aux interdits royaux.
En 1734, un concordat passé entre le pape et le roi met fin à cet âge d’or Avignonnais. Les fabriques ferment leurs portes et il faudra attendre plus de 60 ans pour que l’impression revienne dans la cité papale. C’est alors le début du renouveau qui donnera naissance à ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de tissus provençaux. En 1818, Léonard Quinche, un imprimeur sur tissu d’origine genevoise, s’associe avec deux Tarasconnais et crée une fabrique d’indiennes à St Etienne du Grès, petit village provençal situé aux pieds des Alpilles. Les textiles y sont imprimés à la planche, lavés et séchés sur le pré voisin… La société passe ensuite de mains en mains jusqu’en 1948, date à laquelle elle est reprise et transformée en Société Avignonnaise d’Impression sur Tissus (S.A.I.T) par Pierre Boudin. En 1977, avec l’aide de son épouse Paule, ce dernier crée Les Olivades, entreprise toujours contrôlée et animée par leurs enfants et petits-enfants qui se sont fixés pour but de perpétuer l’art ancestral d’impression sur étoffes dans le Sud de la France, tout en le faisant évoluer et en l’adaptant à la vie actuelle. Pas d’abeilles, ni de rameaux d’oliviers, ni brins de lavande sur les impressions, mais une grande variété de fleurs stylisées dans le plus style provençal (ancien ou bien plus actuel).

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www.olivades.fr

Ciao

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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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no comment !

Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold