Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Un blanc, un rosé et un rouge pour l’été

Trois cuvées venues de trois régions françaises éloignées. Rafraîchissantes, gourmandes et fruitées, elles se dégustent autant à l’apéro qu’au dîner.

Commençons par l’Atlantique, avec le Muscadet 2014 du Château de Cléray. Un vin qui a fait un peu de cave pour nous offrir structure et caractère. Je propose de le mettre en carafe une bonne heure avant de le servir, cela lui ouvre l’esprit et réjouit le nôtre.

Vallet 2014 Muscadet Sèvre et Maine Château de Cléray

Vert jaune, il offre un nez de tisane à la verveine et à l’écorce d’orange. Puis, il nous étonne par quelques notes iodées qui nous rappellent un bouquet d’algues sèches. La bouche s’avère onctueuse, souplesse inattendue, mais pourvue d’une fraîcheur intense sans être vive. Elle a le goût du citron, celui du cédrat, de la groseille à maquereau aussi. Un parfum de miel flotte au fond du palais et retrouve la verveine du nez. Enfin, quelques épices viennent compléter ce Muscadet au caractère inhabituel, mais assurément bien affirmé.

Vallet se trouve au cœur du vignoble nantais à 25 km au sud-est de Nantes. Le sol de la parcelle se compose de schistes déposés sur des granits. Cette sélection parcellaire voit sa maturité poussée au maximum. Le vin s’élève 18 mois sur lies. La Maison Sauvion, installée en Eolie, le pays du vent qui caresser les vignes de sa douce brise océanique. Acquis par Ernest Sauvion en 1935, le Château du Cléray-Sauvion est l’une des plus anciennes propriétés du vignoble de Sèvre et Maine. Elle s’étend sur 95 hectares, plantés principalement de Muscadet Sèvre & Maine, mais également Gros-Plant, Chardonnay et Sauvignon.  http://fr.sauvion.com

Sympa avec des huîtres un peu grasses mais bien iodées pour faire dans l’accord classique, mais il ne renie pas quelque poisson blanc de l’océan, ni une terrine de lapereau ou pour faire plus fort un grenadin de veau aux morilles, son caractère un peu maturé fonctionne à merveille avec les morilles.

 

Continuons par la Méditerranée et son arrière-pays provençal, pour y déguster le rosé du Château Pigoudet, cuvée Classic.

Classic 2016 Coteaux d’Aix Château Pigoudet

Rose pâle, un nez floral qui nous charme par ses parfums de fleurs d’amandier et de genêt, suivis de fragrances de melon Cavaillon et de grains de grenade. La bouche fraîche semble suave avec ses notes douces de gelées de fraise et de framboise, de miel de thym et de fleur d’oranger. Un développement aromatique qui lui confère à la fois élégance et caractère à l’esprit bien rafraîchi par des jus acidulés où les agrumes règnent, juste nuancés du croquant de la groseille blanche. Un rosé convivial.

Le Classic assemble 70% de Cinsault et 30% de Grenache qui poussent dans sol de colluvions calcaires à matrice argileuse. La parcelle est exposée plein sud, mais à 400 m d’altitude et protégée au nord par la barrière rocheuse de la montagne de Vautubière. La vendange se fait la nuit et est pressée dans la foulée. Les jus sont laissés sur bourbes à basse température, puis débourbé clair et fermentés. L’élevage se fait en cuve. Filtration légère à la mise.  Le domaine de 40 ha se situe sur la commune de Rians tout au nord-est des Coteaux d’Aix. www.pigoudet.com

Ici aussi la carafe s’impose pour en développer plus rapidement le fruit et il ne faut pas le servir trop frais. On peut taper dans les recettes provençales, pissaladière, petits farcis, mais aussi la bourride à laquelle il apporte son fruit tout en résistant à l’aïoli. S’il reste des artichauts crus ou chauds, il adopte. Pour changer un peu, un chèvre chaud (sans miel) sur lit de feuilles de chêne, la salade ne lui fait pas peur, ou une souris d’agneau que le rosé aime déglacer le confit.

 

Restons au Sud, mais en Languedoc, avec le Faugères Sur le Zinc du Domaine Les Serrals.

Sur le Zinc ! 2016 Faugères Domaine Les Serrals

Rouge croquant, Faugères plein de fruits, il séduit les papilles en moins de deux gorgées. Là, c’est fait, c’est adopté, on est fan. Mais avant d’y regoûter, le nez voudrait mieux l’analyser et montrer qu’avant la succulence des baies, des accents de garrigue peuplée de genêt, d’arbouse et de cade viennent le chatouiller. Puis quelques épices, du poivre, des graines de coriandre, de la réglisse, montrent que le plaisir peut être pourvu d’un brin de complexité. La bouche s’impatiente et veut après ce bref discourt savourer le charnu des groseilles, des fraises et des cassis dont le jus frais coule à satiété. Les tanins ? Ils y sont, et gratouillent agréablement la langue, histoire d’ajouter leur relief à la structure certes avant tout gourmande.

Le vin assemble 60% de Syrah qui fermentent grains entiers et 40% de Carignan de cuvaison courte. L’élevage se fait en cuve sur lies totales. Les 5 ha de vignes sont conduits en mode biologique et s’étendent sur les coteaux schisteux qui entourent Faugères. C’est avant tout Chloé Barthet, aidée par Frédéric Almazor, qui installée depuis janvier 2016 mène ce domaine des plus prometteurs. Une belle découverte.

www.serrals.com

Un rouge qui peut se boire comme un rosé, frais et croquant, les tanins en plus. Tanins et fruité qui le font apprécier sur un tartare de veau à l’italienne (câpres, roquette, parmesan, huile d’olive et pignons grillés), mais aussi sur des grillades et des légumes à la plancha. Ou comme ça, sans rien pour boire un coup entre copains.

Bel été à tous!

 

Ciao

 

Marco


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Luberon rouge: du bon et du moins bon

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On dit parfois qu’à la différence des trains, les vins dont on doit parler sont ceux qui arrivent à l’heure: autrement dit, ceux qui nous donnent entière satisfaction. Et en général, j’ai tendance à adopter ce principe en passant sous une voile pudique les vins qui ne me plaisent pas pour différentes raisons. J’ai tourné ma récente dégustation de vins rouges de l’appellation Luberon (ex Côtes de Luberon) plusieurs fois dans mon esprit avant de me résoudre à en faire le sujet d’un article car j’étais un peu déçu par cette série: pas de véritable coup de cœur parmi les 13 vins que j’ai dégusté, mais quand-même une demi-douzaine de bons vins. Est-ce suffisant ? Certains diront oui, mais je suis peut-être trop exigeant. Après tout, quand j’ai commencé à travailler dans le vin, il y a plus de 30 ans, seulement 10% des vins d’une appellation me semblaient être acceptables ou mieux que cela. Aujourd’hui on est plus près de 50 ou de 60%. C’est un sacré progrès et il faut en être conscient et aussi reconnaissant aux producteurs pour leur efforts. Et, si je peux me permettre un bref item pro-domo, on peut également remercier l’ensemble des prescripteurs, journalistes ou pas, pour leurs niveaux d’exigence qui ont aussi poussé les producteurs à relever leur niveau de jeu.

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Avant de voir le cas de cette dégustation en détail et de tenter de donner les raisons de ma (petite) déception, voici quelques faits sur cette appellation situé à l’extrémité sud des appelations du Rhône et la beauté physique, très provençale, de ces paysages fait partie, très certainement, de sa capacité à séduire.

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Le vignoble du Luberon AOC couvre quelques 3,300 hectares et s’inscrit entièrement à l’intérieur du Parc naturel régional éponyme, touchant 36 communes. Il produit actuellement, selon les chiffres d’Inter Rhône, 53% de vin rosé, 27% de rouge et 21% de blanc. Si la montée de la part de vin rosé suit la triste tendance nationale, la part des blancs dans un vignoble sudiste me semble intéressante et souligne peut-être une aptitude climatique de cette zone. Effectivement, une rapide étude des températures moyennes, maximales et minimales pendant la phase végétative de la vigne indique que le température moyenne entre avril et septembre est de 17,6°C, tandis que l’amplitude thermique moyenne pour les 3 mois de juin, juillet et août est proche de 14 degrés. Les altitudes varient entre 200 et 500 mètres. Je ne sais pas si ces facteurs climatologiques sont inhabituels dans la zone sud, mais cela semble fournir un terrain favorable aux vins blancs dont une bonne partie est commercialisée sous l’étiquette La Vieille Ferme de la famille Perrin. Mais je n’arrive pas à m’expliquer, en tout cas par des facteurs liés au climat, le fait que beaucoup des vins rouges que j’ai dégusté manquaient de fraîcheur et avaient parfois des tanins amers.

Les cépages autorisés en rouge sont :  syrahgrenache noir, mourvèdrecarignan et cinsault, mais on autorise aussi, en cépages secondaires, picpoul noircounoise noiregamay et pinot noir

Ma dégustation en générale

Il s’agissait d’un envoi fait par l’appellation et qui s’est constitué uniquement de vins rouges. Les vins étaient de différents millésimes, entre 2011 et 2015.

Difficile dans ce cas de comparer réellement les productions de chaque domaine, mais l’idée était d’avoir une idée globale de ce qu’on peut trouver dans le commerce sous le nom Luberon.

Beaucoup de ces vins semblait rechercher un peu trop d’extraction et, du coup, ont produit des tanins un peu sévères et, parfois, des amertumes excessifs. Des acidités m’ont semblé aussi un peu déficientes dans certains vins. Bon nombre sont en agriculture biologique, mais sans que cela ait un lien évident avec la qualité des vins. Il y avait aussi une tendance vers la bouteille très lourde dans les cuvées les plus chères. Je pense que cela devrait passer de mode.

Sur le plan positif, la qualité du fruit et de la maturité est excellente dans l’ensemble des vins. On serait étonné à moins dans un climat sudiste, mais quand-même.

Le Lubéron est une région à la mode sur le plan touristique, et cela se reflète aussi dans les prix de ces vins, qui, sans être déraisonnables (sauf pour un vin), n’est pas non plus très bas, avec un prix moyen autour de 12 euros.

Les meilleurs de la série

Château La Verrerie, Grand Deffand 2013

Syrah 95%, 5% Grenache

(prix 35 euros)

Ce vin, issu d’une parcelle spécifique, a la robe dense et le nez mur et puissant qui évoque des fruits noirs, la terre et les feuilles mortes. En bouche il est structuré autour de tanins fermes qui assèchent un peu la finale. C’est un bon jus assez intense, dans un style qui frise un peu trop la violence à mon goût. Aura besoin de quelques années en cave. Vin ambitieux, certes, mais prix élevé pour cette qualité.

 

Les Terres de Mas Lauris 2015

Grenache 60%, Syrah 40%

(prix 9 euros)

Joli fruité de type fruit noir. Des tanins bien présents et une amertume agréable donnent un vin de caractère, un peu raide pour l’instant. A attendre deux ou trois ans. Prix très raisonnable : on constate, entre ce vin et le précédent, que l’écart de prix entre deux vins de cette appellation peut être conséquent sans que le plaisir gustatif ne suit le même écart !

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Domaine des Peyre, Le Méridional 2014

Grenache Noir 50%, Syrah 35%, Carignan 15%

(prix 12,50 euros)

La robe rubis est plus claire que la plupart des vins de cette série. J’ai aimé le côté accessible et souple de ce vin qui a soigneusement évité tout excès en matière d’extraction. Un fruité fin, assez discret mais avec une bonne persistance. Il a de l’intensité en bouche avec des saveurs précises et des tanins fermes mais bien intégrés. Bonne longueur.

 

La Cavale 2014, Vignobles Paul Dubrule

Grenache, Syrah, Carignan

(prix 20 euros)

Robe d’un rubis de moyenne intensité. Nez fin, équilibré entre fruité discret et notes boisés qui tendent vers le sous-bois. Ce raffinement d’ensemble se confirme en bouche par un toucher fin, une relative allégresse, des tanins discrets et un fruité suffisant. Joli vin.

 

Château Val Joanis, Les Griottes 2015

90% syrah, 10% Grenache

(Prix 13/14 euros)

Issu d’un vignoble situés à près de 500 mètres d’altitude, ce vin a une robe rubis sombre aux bords pourpres. Nez intense qui mêle fruits aux épices. Ce fruité semble acidulé et vif en bouche, dans une structure souple, fine et peu tannique. La fiche technique annonce un élevage en barriques dont 30% sont neuves, mais ce bois est totalement intégré et je ne l’ai pas remarqué (toujours déguster avant le lire une fiche technique !). Très agréable par sa fraîcheur et la qualité de son fruité.

 

Marennon, Versant Nord

Syrah 80% Grenache 20%

Prix : 8,50 euros

J’ai perdu mes notes sur ce vin mais je me souviens de l’avoir trouvé bien équilibré entre fruité et structure. Il représente aussi un excellent rapport qualité/prix.

 

Les moins bien ou mal aimés

 

Fontenille 2014

Grenache 70% Syrah 30%

(prix inconnu)

Robe intense, pourpre. Nez intense et complexe, aux fruits noirs mais avec un accent animal qui me fait craindre une contamination de type brettanomyces. Belle qualité de fruits et structure en adéquation. La finale est ferme mais assez équilibré. A l’aération le côté animal semble se renforcer, et ma crainte aussi.

 

Château Clapier, cuvée Soprano 2014

Syrah 55% Grenache 25% Pinot Noir 20%

(Prix 13 euros)

Nez réduit, puis des arômes peu nets, à l’expression fruité brouillonne. Amertume et raideur en finale.

 

Château La Dorgonne 2011

Syrah 95% Grenache 5%

(Prix 13 euros)

Semble fatigué, oxydé et manquant de fruit mais conservant encore un boisé excessif.

Le bio n’est pas une panacée !

 

Château Les Eydins, cuvées des Consuls 2011

Grenache 70% Carignan 20% Syrah 10%

(Prix 14 euros)

Etiquette horrible, arômes médicinaux et tannins secs. Mais c’est bio alors certains vont adorer !

 

Bastide du Claux, Le Claux 2014

Syrah 65% Grenache 25% Mourvèdre 10%

(Prix 14 euros)

Dur et asséchant, à la finale amère. Bouteille d’une lourdeur inutile.

 

Domaine Théric, Les Luberonnes, Le Puy des Arts 2011

Grenache 60% Syrah 40%

(Prix 12 euros)

Robe évoluée, aux bords pâles. Une amertume sensible en bouche qui masque le fruit. Vin solide mais trop rustique et à la finale dure.

 

Domaine Le Novi, Amo Roujo

Grenache 85%, Syrah/Cinsault/Marselan 15%

(Prix introuvable)

Bouteille lourde et présentation soignée mais j’ai trouvé ce vin trop extrait et alcooleux. Il peut plaire à certains palais par sa puissance. Et c’est du bio.

 

David


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Les Baux, quelques miettes en plus

Après l’article d’Hervé très complet et empli d’enthousiasme pour les vins de ce coin de Provence, voici quelques bribes supplémentaires, certes tout aussi enthousiastes. L’AOC Les Baux exploite enfin son potentiel. En une dizaine d’années, l’entité s’est bien homogénéisée, point de vue qualité. Après, si quelques dérives existent toujours, elles sont bien plus « buvables » qu’avant. Je parle ici de l’extraction et de l’élevage sous bois.

Il y a encore peu, il était bon d’avoir pareille cuvée à son tarif. Les temps ont changé comme les mentalités, autant celle des vignerons que des consommateurs et nous voici avec des Baux de belle tendance, aimant le fruit et l’élégance. Avec toutefois du caractère, celui de la Provence, terre bien plus souvent inhospitalière qu’il n’y paraît vu depuis nos brumes nordiques. Le Mistral peut en plus de nous décoiffer, nous frigorifier, voire nous glacer les os. À l’image, les vins des Baux possèdent cette fraîcheur naturelle due en partie à leur sol calcaire, chaud la journée, froid la nuit, mais aussi un ensemble d’orientation qui permet de jouer avec l’ensoleillement et une vendange à maturité juste.

img_3673Et puis, côté prix

Il est amusant de constater que le prix moyen de la bouteille est particulièrement bas par rapport à la tonne de touristes qui se déversent chaque année dans cet endroit privilégié. Tout y est cher, sauf le litre de bon vin qui y coûte moins cher que l‘huile d’olive, certes bonne mais particulièrement onéreuse. C’est du luxe ! Pas le vin qui s’affiche entre 8€ et 15€ pour les blancs et ajoute quelques euros pour les rouges, mis à part quelques cuvées « prestigieuses » qui franchissent le cap des 20€.

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Quelques coups de cœur en plus

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En plus de celles sélectionnées par Hervé, choix que je partage.

 Cuvée tradition 2013 Mas de Gourgonnier

Un vin juteux, tout en fruit, aux tanins fins comme l’organdi, certes un rien rêche pour lui renforcer le caractère, puis le poudrer de cacao. Au nez comme en bouche, on en retrouve la fève un rien torréfiée, ça nous fait ganache cassis groseille couverture chocolat noir, c’est à croquer. (7,20€)

L’Affectif 2011 Jean-André Charial  

En voyant la bouteille et en connaissant son géniteur, je me suis dit « ouh là là, bonjour le bois! ». Mais pas du tout, il lui reste certes cette texture ligneuse qui renforce sa trame, mais pas de «goût de bois», tout l’inverse, de l’élégance et un fruit bien dessiné qui s’applique en ample esquisses sur la soie tannique aux contours tissés d’épices.  (22€)

L’Affectif 2009 Jean-André Charial 

Grenat, un nez de pruneau, de figue sèche, épicé de sauge et de réglisse, on se dit, il va séché en bouche, pas du tout, la belle surprise c’est qu’il a absorbé son bois et qu’aujourd’hui, il se boit avec plaisir, plaisir dû à la fraîcheur et au caractère certes affirmé, mais qui s’ouvre généreux à qui sait lui parler. ( ?€)

Réserve du Mas 2014 Mas de la Dame

Un rouge affriolant au fruité des plus sympas. Aux tanins certes présents mais soyeux et enrobé de la chair des baies. Un rien de garrigue pour la note provençale et une longueur gourmande qui croque sous la dent. (9,10€)

La Stèle 2013 Mas de la Dame

 Grenat carminé, le nez bien toasté avec des notes de foin sec, on se dit imbuvable, que nenni les notes végétales se transforment en bouquet de thym et de romarin qui parfume les pâtes de fruits. Longueur et densité argue du potentiel de ce vin. (13,80€)

Roussanne 2013 IGP Alpilles Mas Sainte Berthe

 Nous avions dégusté le millésime 2015 un rien plus tôt dans la journée, le voici avec deux années de plus, la Roussanne s’est légèrement confite pour nous donner des airs de pêche au sirop, d’abricot qui baignent dans une texture suave heureusement tendue plus par l’impression minérale que par l’acidité. (13€)

Romanin rouge 2015 Château Romanin

D’une teinte vermillon, il séduit d’emblée par sa densité hyper fruitée, c’est comme je l’appelle, un « vin dangereux » dont la première gorgée appelle toutes les autres jusqu’à… y en a une deuxième ? Du fruit, du charme, une texture veloutée, de la fraîcheur, que demander de plus (9,80€)

Château Romanin 2009

Grenat, un nez de fruits secs qui rappelles les dattes, la figue noire, poudré de cacao et souligné de réglisse, encore la croûte de pain. Malgré ces quelques années passées et le millésime plutôt chaud, il garde fraîcheur et élégance. (25€)

Avec les infos d’Hervé ajoutées aux miennes, il y a de quoi faire son marché dans les Baux. On peut y ajouter l’huile très réputée de l’AOC Vallée des Baux de Provence, certes comme dit plus haut relativement chère, à l’image des huiles d’olive françaises, mais savoureuses et bien caractéristiques de chaque région.

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CastelaS fruité noir ou vert ?

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 CastelaS Fruité Noir Huile d’Olive Vierge AOP Vallée des Baux de Provence

Couleur : d’un vert mordoré.

Nez : chômé, c à d fermenté, aux accents de chair d’olive noire, de tapenade, voire de confiture d’olive avec des notes de cacao, champignon, truffe, sous-bois et d’artichaut cuit.

Bouche : elle retrouve les arômes sentis, ajoute la vanille, la noix, le fenugrec et le pruneau, envahissant le palais qu’elle tapisse de sa texture très crémeuse.

Ardence : très faible.

Cette huile est le jus de 4 variétés d’olives : Salonenque, Aglandau, Grossane et Verdale cueillies à pleine maturité et stockées avant d’être pressées.

Utilisation : à froid, elle aromatise très agréablement le carpaccio de bœuf, se marie avec grâce à l’ail dans les salades, est surprenante en mayonnaise ; en filet, elle s’attiédit et livre ses parfums sur les confits, les fricassées de champignons et la purée de pommes de terre.

À l’opposé

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CastelaS Huile d’Olive Vierge Extra, AOP Vallée des Baux de Provence

Couleur : jaune vert lumineux.

Nez : bien végétal comme il sied au fruité vert, elle décline les parfums herbacés de l’artichaut cru, d’herbe coupée, de feuilles de tomate froissées, y ajoutant amande et poivre.

Bouche : pareille que pour le nez, le vert s’exprime en premier, laissant les fruits secs et les épices venir ensuite compléter la ronde aromatique. Bien équilibrée, elle séduit le palais par son onctuosité et sa légère amertume racée d’écorce de pamplemousse.

Ardente : bien marquée sans être trop intense.

Comme la précédente, elle assemble Salonenque, Aglandau, Grossane et Verdale cueillies à maturité optimale et pressée dans la foulée, maximum 6 h après la récolte.

Utilisation : elle apporte sa complexité aux plats chauds de poissons et de légumes. La vinaigrette lui convient parfaitement et relève alors le goût des salades de carottes, de courgettes, de tomates, d’artichauts. Elle est particulièrement bien adaptée aux mariages avec les fromages de chèvre, du chèvre frais à l’affiné, simplement en condiment ou en marinade.

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Les huiles d’olive s’élaborent au sein du Moulin Castelas

Tout a commencé par un petit verger d’oliviers abandonné qui ne demandait qu’à renaître. « Nous avions tout à découvrir ! » explique Catherine Hugues. « Un enchaînement de circonstances heureuses et surtout l’envie d’apprendre nous ont conduit à établir le domaine oléicole du Castelas. Aujourd’hui, le domaine Castelas s’étend sur 45 ha d’oliviers exposés sur les versants ensoleillés des Alpilles et possède son propre moulin à huile d’olive » . www.castelas.com

Et avant de partir, passer aux Olivades à Saint Étienne du Grès

On y propose de superbes textiles et c’est aujourd’hui la seule société à perpétuer en Provence la tradition d’impression sur tissus. L’entreprise est née à Marseille en 1648.

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C’est par la Provence que sont arrivées les premières toiles peintes importées par la compagnie des Indes. Dans la deuxième moitié du 19es, devant le succès de ces tissus imprimés jusqu’alors inconnus des Européens, va se développer en Provence une fabrication locale. D’abord artisanale, elle va être interdite en 1686 par Louvois.
Pour échapper à cette prohibition, les fabricants vont se réfugier dans le Comtat Venaissin en Avignon, territoire papal non soumis à l’autorité royale. Tabac et Indiennes feront alors la fortune des contrebandiers tels que Mandrin et jusque dans la cour de France, il sera alors de bon ton de contrevenir aux interdits royaux.
En 1734, un concordat passé entre le pape et le roi met fin à cet âge d’or Avignonnais. Les fabriques ferment leurs portes et il faudra attendre plus de 60 ans pour que l’impression revienne dans la cité papale. C’est alors le début du renouveau qui donnera naissance à ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de tissus provençaux. En 1818, Léonard Quinche, un imprimeur sur tissu d’origine genevoise, s’associe avec deux Tarasconnais et crée une fabrique d’indiennes à St Etienne du Grès, petit village provençal situé aux pieds des Alpilles. Les textiles y sont imprimés à la planche, lavés et séchés sur le pré voisin… La société passe ensuite de mains en mains jusqu’en 1948, date à laquelle elle est reprise et transformée en Société Avignonnaise d’Impression sur Tissus (S.A.I.T) par Pierre Boudin. En 1977, avec l’aide de son épouse Paule, ce dernier crée Les Olivades, entreprise toujours contrôlée et animée par leurs enfants et petits-enfants qui se sont fixés pour but de perpétuer l’art ancestral d’impression sur étoffes dans le Sud de la France, tout en le faisant évoluer et en l’adaptant à la vie actuelle. Pas d’abeilles, ni de rameaux d’oliviers, ni brins de lavande sur les impressions, mais une grande variété de fleurs stylisées dans le plus style provençal (ancien ou bien plus actuel).

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www.olivades.fr

Ciao

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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold


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Rosé futé, rosé affûté, rosé d’après l’été.

Balayons d’ores et déjà les préjudices, les commentaires acerbes, les mesquines jalousies de voisinages du genre « moi, contrairement, à d’autres, je fais du vrai rosé et sans coupage, monsieur ! ». Renvoyons dans leurs cordes respectives les experts qui vous assènent qu’il n’y a rien de nouveau dans votre nouvel article, et les avis « pros » qui considèrent que le rosé n’est pas un vrai vin, ou ceux qui déplorent que ce type de vin soit un envahisseur sur le marché. Insistons de nouveau pour affirmer que dans la déferlante rose qui inonde le marché cet été, il pourrait bien se glisser quelques grands rosés de terroir, que ce soit en Sancerre (Vincent Pinard) ou en Provence (Roselyne Gavoty), pour ne citer que deux classiques redécouverts récemment dans mes visites de caves. Terroir ? Oui mes seigneurs, car il n’y a pas que le fruit qui compte dans un rosé.

Un coin de Bandol, l'hiver dernier. Photo©MichelSmith

Un coin de Bandol, l’hiver dernier. Photo©MichelSmith

Cette trame, cette structure, cette indéniable morsure saline ou minérale, cette persistance infinie, fut-ce du Cinsault ou du Pinot, tout cela contribue de plus en plus à ranger le rosé dans la case des vins capables de tenir, de se garder au-delà de cinq ans, de se bonifier et de se boire même en hiver.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Et c’est justement là que je voulais en venir. Suite à un article sur Decanter, je suis les aventures de mon ami vigneron, Éric de Saint-Victor, visiblement bien entouré dans ses vignes et sa cave de Pibarnon. Oui, je sais, vous allez me faire le truc du grand tralala, me chanter l’air par trop habituel du  « encore un grand domaine, un vin cher, un vin de luxe, un vin de fric, un château hyper connu ». Pauvres arguments qui ne mènent à rien. Vous allez aussi probablement supposer que je suis le chargé des relations publiques d’une appellation qui a marqué mes débuts, celle de Bandol, la reine du rosé (au passage, je suis sûr qu’eux mêmes vont me reprocher de les cantonner dans cette seule spécialité !), thème d’un de mes papiers de l’hiver dernier que je vous invite à relire d’où il ressortait d’excellents rosés de millésimes passés de La Tour du Bon, Pradeaux, La Bégude, Souviou, Sainte-Anne, L’Olivette, Les Salettes, Tempier… j’en passe et des meilleurs.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le rosé conçu pour être bu toute l’année par Éric et sa jeune équipe, n’est pas qu’une simple idée lancée en l’air de cuvée haut de gamme à tirage limité et encore moins une énième cuvée marketing de rosé chic à la Brad Pitt ou à la Sacha Lichine. Il se veut, à mon avis, l’égal de son grand rouge ou de son grand blanc. Mais, comme il me l’a laissé entendre, Éric de Saint-Victor voudrait surtout créer un mouvement entre vignerons du cru qui le souhaitent dans le but d’inscrire le rosé dans l’expression de Bandol, au travers d’initiatives qui permettraient de repositionner ces vins dans cette couleur, de les inscrire comme étant spécifiquement Rosé de Bandol. Pour ce premier 2014, résultat d’une pressée directe sur un pur Mourvèdre, contrairement à sa cuvée classique qui est le fruit d’un doublé (pressurage et saignée) sur le Mourvèdre accompagné de Cinsault à 35 %, le vin a été vinifié et élevé 6 mois en un foudre autrichien Stokinger et en jarres de grès de marque Clayver fabriquées en Italie et déjà utilisées par des vignerons aussi variés que Benoît Tarlant, Philippe Viret et Bonny Doon.

Éric de Saint-Victor Photo©MichelSmith

Éric de Saint-Victor Photo©MichelSmith

Et alors, comment est-il ce rosé ? J’avoue humblement que je n’ai pas encore goûté le vin de cette cuvée Nuances tirée à 3.500 exemplaires et commercialisée autour de 24 € départ cave. Je prévois d’en ouvrir un exemplaire d’ici Noël (l’idée première d’Éric était de concevoir un rosé d’automne) ou même après, avant d’aller goûter sur place l’édition 2015 fin avril 2016 au moment de sa mise. Mais cela ne m’empêche pas de trouver l’initiative vraiment originale car elle permet de sortir de l’imagerie un peu stupide et simpliste qui entoure le rosé : le vin qui serait soit bêtement aromatisé – et dieu sait que ça marche en grande distribution -, soit un vin de plage à différents niveaux, celui réservé aux bidochons qui défilent devant les yachts à Saint-Tropez ou à Cannes, soit un rosé blinbling vendu en jéroboam à de grandes fortunes russes ou chinoises dans les boîtes de nuit huppées de la planète. Maintenant que le rosé connaît un énorme succès, il serait temps de le repositionner et de le concevoir comme un vin à part entière capable d’accompagner les mets les plus fins.

Mais bon, ça fait plus de 20 ans que je prêche ainsi… Et je ne suis pas le seul. Suffit de lire tous les bons articles écrits sur le rosé par le club des 5 pour s’en rendre compte.

Michel Smith


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Marseille capitale !

Activez vos réseaux sociaux favoris, et vous constaterez que tout le monde s’enflamme, tout le monde défend son pré-carré, parfois avec force véhémence. Jusqu’aux blogs du vin pionniers ! Rien de nouveau, me direz-vous.

Ça fuse, ça dégomme, ça pétitionne de toutes parts. Par exemple, dire non à la Grèce est devenu banal. Dire pis que pende de la burka aussi. Oui au nouveau pont sur la Baïse, ça c’est tendance. Tout comme Sauvons le Petit Train Jaune ! Ou encore clouer au pilori de la ringardise l’horrible critique qui met en doute les valeurs du vin dit naturel. Je vous en supplie, signez ici pour qu’on ne détruise pas le marché de Saint-Eutrope-de-Born ! Paraphez là pour que l’on ne ferme pas l’école des Beaux Arts de Perpignan ! Enregistrez-vous pour sauver le clocher branlant de Trifouilly-les-Oies ! De grâce, sauvez le soldat Carignan du déshonneur ! Défendez le liège contre l’horrible capsule ! Touchez pas au grisbi et encore moins aux sulfites ! Ras le bol des profiteurs négociants ! Halte aux bulles dans le Sauternes ! Votez pour inscrire les pissotières de Vaux-de-Beaujolais au Patrimoine de l’Humanité ! Interdisez les fumeurs de cigares sur les bancs publics ! Faîtes taire Michel Onfray, Houellebecq, Lévy et consorts ! À bas les catholicistes et les islamistes ! Sauvez les vignes et foies gras du Périgord ! Excluez Zemmour et Finkielkraut ! Et puis surtout, mort aux vaches !

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Du coup, avec les beaux jours, comme beaucoup d’entre nous, j’en ai un peu soupé du net, de la toile, de ses incantations, de ses pétitions, de toutes ses ficelles tordues, de ses outrances et de ses outrecuidances ! Je dis ça, mais je suis le premier à y aller. Et si j’avais un ultime sursaut revendicatif, je lancerais volontiers un cri vibrant, un de ces slogans dont j’ai le secret pour une ville que je porte en amour : Marseille capitale !

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Bon, elle l’est déjà, me direz-vous. Capitale discutable du foot (après Paris, certes), capitale peu contestée de la Provence-Côte d’Azur, de la pétanque, du pastis, de la bouillabaisse, des santons, des embouteillages, des ramassages de poubelles, de tant et tant d’autres clichés. Et tandis que la capitale du sud de la France se boboïse à mort, sans se séparer de son charme, je lancerais volontiers l’idée que Marseille pourrait bien devenir un jour Capitale du Vin. Pourquoi pas ?

Déjà, dans mes jeunes années de reporter ringard, j’avais repéré ce Vin de Marseille que l’on voit au début – en réalité originaire de la commune voisine de Cassis si je ne m’abuse – qui, à défaut d’être bon, m’offrait une étiquette carte postale du meilleur goût.

Du quartier Saint Victor au Vieux Port... Photo©MichelSmith

Du quartier Saint Victor au Vieux Port… Photo©MichelSmith

Dès les années 80, pourtant, je poussais très malhabilement, je le confesse, les politiciens languedociens, qu’ils soient de Carcassonne, de Narbonne, de Perpignan, de Béziers, de Nîmes ou de Montpellier, à choisir l’une de leurs villes pour en faire une capitale du vin puisque c’est par le Sud que le vin est arrivé avant de monter à Paris et même au-delà plus après. En accueillant deux grands salons internationaux, Montpellier, où l’on enseigne aussi le vin depuis le Moyen-âge, l’a compris très vite : son illustre maire d’alors, aussi grande gueule que visionnaire, a vu que le vin pouvait être le navire amiral d’une politique commerciale dynamique et ambitieuse, ainsi qu’un enjeu touristique. Pour autant, lorsque l’on suit la Méditerranée par la côte en regardant vers l’est, il est clair que c’est l’antique Massilia qui mérite vraiment le titre de Capitale du vin. Fondée à grand renfort d’amphores et de vins par les Phocéens plusieurs siècles avant que l’on ne parle de Jésus Christ, suivis par les Romains, il y a fort à parier que le vin, en même temps que l’huile et les céréales, furent les premiers éléments conduisant à la prospérité du port. C’est pourquoi je me suis volontiers déplacé à Marseille lorsque l’on m’a proposé d’y venir célébrer le vin en une belle nuit étoilée.

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L’opération était manigancée par Inter Vins Sud-Est, un organisme interprofessionnel pas encore très au point (l’actualité la plus récente sur leur site remonte au Festival de Cannes 2013 !) dont je n’avais que peu entendu parlé jusqu’à présent. L’organisme en question qui souhaite s’implanter dans Marseille et qui sait, un jour, y planter de la vigne, regroupe plusieurs dénominations du Sud : l’IGP Méditerranée, au premier chef, puis les IGP Bouches du Rhône, Alpilles, Vaucluse, Drôme, Collines Rhodaniennes, Coteaux de l’Ardèche, Coteaux des Baronnies. C’est donc plus par curiosité, que je me suis rendu à cette étrange invitation qui, dans un raccourci classique du marketinge à la française, avait pour intitulé Les heureux pop-ups des vins méditerranéens...

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Il est vrai qu’à un moment je me suis demandé ce que j’étais venu faire dans cette galère au milieu de jeunes blogueurs ou autres communicants avec des invités locaux que je ne connaissais ni d’Ève ni des dents comme disait un de mes potes de Paris. Mais après avoir rencontré quelques vieilles connaissances, après avoir sympathisé avec d’autres, j’ai vite compris que j’étais bien tombé. D’où cette rubrique douce et aimable pour une fois.

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Merci aux petites mains qui ont fleuri les tables et les nappes, prévu des tonnes de glaces pour maintenir les vins au frais en ce début d’été, merci au DJ d’avoir passé un disque de Ray Charles, un autre de James Brown, merci à la jolie fille de la cave de Marrenon de nous avons servi son Merlot rosé (IGP Méditerrannée) à moins de 4 € (Carrefour, Auchan), merci à la maison Boissy & Delaygue pour ce joli Marselan rouge (IGP Méditerranée) à moins de 7 € (cavistes), merci au Château Romanin pour son délicieux rouge Syrah, Grenache, Mourvèdre 2014 (IGP Alpilles) à moins de 10 € départ cave, merci aussi à Georges-Édouard de nous avoir ouvert un de ses lofts à deux pas du Vieux Port et à une enjambée de la fête !

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Mais la véritable fée de cette soirée bénie passée dans le quartier Saint Victor, aux pieds de la Bonne Mère, fut la Varoise Patricia qui ne cessait de faire goûter ses fromages de la Crau et les tomates de son potager, sans oublier d’autres pats provençaux ou d’inspirations turques ou maghrébines reflétant ainsi la formidable mosaïque de cultures qu’est Marseille.

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Patricia à l’œuvre dans son resto-jardin. Photo©MichelSmith

La plupart des vins cités plus haut s’accordaient sans mal à cette cuisine mise en place par la discrète Patricia et sa bande de jeunes qu’elle ne cessait de diriger de sa voix douce en les appelant « mes chéris ». Les beaux jours, les repas se prennent dans ce jardin un peu fou qui constitue le point fort de ce restaurant nommé La Passerelle vers lequel je reviendrais à la première occasion. Alors voilà, grâce à Louise, Patricia et bien d’autres joyeuses personnes encore, grâce aux vins méditerranéens, je n’ai qu’une envie : militer pour que Marseille devienne un jour la Capitale des Vins du Sud !

Michel Smith

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