Les 5 du Vin

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Nostalgies vineuses

Voici venir les suites tardives d’une commande d’Hervé, ou plutôt d’un souhait, également pris très au sérieux par David, à qui,  je vais essayer d’emboîter le pas; ce pas en arrière conduisant vers mes souvenirs vineux, mes premiers troubles en la matière. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud, au départ, pour ce genre d’introspection, mais tout compte fait, pourquoi pas ? J’espère que Jim et Marc suivront dans la foulée…

Ça c'est moi, petiot !

Ça c’est moi, petiot ! Déjà un peu couillon…

Mon père à moi, Bill, un Anglais (je résume, car c’est plus compliqué que cela, du fait que j’ai connu deux pères et que les deux ne furent pas nés en Grande Bretagne), parfois un peu stricto-rigide de par son éducation, avait un rituel bien à lui lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bonne bouteille. Je me souviens que le Dimanche, le plus souvent à la campagne, en Normandie, il se faisait un devoir de chambrer son Bordeaux favori, le Château Mille Secousses, qu’il trouvait fort à son goût et qu’il achetait pour un bon prix chez Nicolas. Deux heures au moins avant le repas, il le plaçait sur le rebord de la cheminée en contact presque direct avec le foyer ce qui fait que j’étais obligé de sniffer du vin chaud que je faisais semblant de boire tant je le trouvais répugnant. Le nom du domaine m’intriguait au plus haut point (j’imaginais une histoire de cul…) et à mon grand regret, plus tard, je n’ai jamais retrouvé ce Bordeaux du secteur de Bourg-sur-Gironde lors d’une de mes nombreuses dégustations professionnelles. Pourtant, il existe toujours bel et bien, même s’il semble un peu mis en veilleuse par ses actuels propriétaires.

Ce même père ne détestait pas le Bourgogne ni le Beaujolais, mais ces vins étaient plus rares chez nous. Amoureux des fruits de mer et des huîtres (au vinaigre d’échalote, bien sûr ! Ah, ces English !), les vins blancs n’étaient pas exclus, bien entendu servis glacés au plus haut point. Muscadet et Entre Deux Mers étaient à l’honneur, Chablis quelques fois. En fait, Bill Sydney-Smith devait avoir un faible pour les vins de comptoirs, en plus d’un penchant particulier pour les vins trafiqués. Horreur, je l’ai même vu boire directement au goulot, tel un poivrot ! Sur la fin, je lui offrais parfois les Corbières les plus boisés en étant certain qu’il les trouverait bons. Oui, sur le vin, avec lui j’avais de grosses différences de goût et, de ce fait, nous étions souvent en conflit.

Ma Maman, Françoise Dujardin

Ma Maman, la belle Françoise Dujardin

Avec ma mère c’était tout autre. Elle, au moins, me semblait avoir plus de goût. Native de Chantilly, elle vécut sa jeunesse dans un village dont j’ai fréquenté un temps l’école et qui, je suppose, devait avoir quelques vignes par le passé puisqu’il s’appelait Vineuil, Vineuil-Saint-Firmin, pour être précis. Elle ne jurait que par le Champagne. En cela, elle tenait de mon arrière grand-mère, Adèle (pour moi, c’était Mémé), laquelle est morte après avoir réclamé dans un dernier sursaut de vie qu’on lui apporta une coupe de Pommery, le seul Champagne en vente dans l’épicerie du village. J’étais petit, mais bien présent à cette occasion où j’eus mon premier contact avec la mort et la mousse activée par les bulles. Peut-être est-ce pour cette raison que dès qu’un proche disparaît, un ami cher, je m’empresse de faire péter une bouteille…

Très jeune déjà, j’avais visité avec mon collège les caves de la Maison Pommery. J’étais fier de dire que c’était le Champagne préféré de ma Mémé. Maintenant, je le trouve sans intérêt. Lorsque ma Maman commença à gagner sa vie à Paris, elle se faisait régulièrement livrer des cartons d’un Champagne « de propriétaire », comme elle disait. Son nom m’échappe pour le moment et je ne vais pas perdre le temps en le recherchant car je serait capable de pleurer. Il venait de la Côte des Blancs et, sans être extraordinaire, il me plaisait bien, pour la simple raison qu’il faisait sourire ma mère. Peut-être parce que j’étais l’aîné, elle m’ordonnait d’ouvrir moi-même la bouteille, mission dont je m’acquittais non sans une grande fierté et avec beaucoup de cérémonial. Lorsque la bouteille gerbait ou que le bouchon explosait, je l’entends encore s’écrier : « Vite, vite, amenez vos flûtes ! » ce qui rajoutait encore plus d’effervescence dans le salon. Maman nous mettait du bonheur en tête…

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Les flûtes en verre soufflé de Biot.

Bien avant la mode, ma chère et jolie Maman, qui ne faisait jamais les choses à moitié, était folle du Champagne rosé. Nous le buvions en famille à la moindre occasion dans de drôles de flûtes épaisses en verre soufflé de Biot, souvenirs d’un bel été de vacances où nous étions sur la Côte d’Azur. Pour ma part, je trouvais ça un peu lourd et passablement tape à l’œil, mais ma mère les adorait, alors… Aujourd’hui je ne les recommanderai pas le moins du monde, d’autant que le verre coloré associé aux grosses bulles incrustées empêche de voir quoi que ce soit du vin, hormis la mousse et encore…. Comble de malheur, elle tenait à ce que je remplisse au ras ses flûtes ce qui m’obligeait à plus d’efforts, plus de concentration dans ma mission de versement. Jeunes adolescents, nous n’avions droit mes frères, ma soeur et moi qu’à une demie flûte, ce qui était suffisant pour nous griser tous plus ou moins. Comble de bonheur, ma mère adorait la crème de cassis, ce qui fait que j’étais devenu très tôt adepte du kir royal ! Lorsque le Champagne était un peu vert, elle doublait la dose de cassis ce qui n’était pas pour me déplaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car je n’ai pas de bon cassis sous la main. Il va sans dire que je trouvais toujours le moyen de me resservir en douce, voire de siffler dans le fond des verres des invités au moment de débarrasser. Tout était bon pour grappiller ! Et Maman m’engueulait vertement quand elle voyait que je titubais en allant me coucher.

Durant une courte période où j’étais en Angleterre, je n’ai plus bu le vin avec plaisir. J’étais devenu sauvage, enfin anglais quoi ! Trop doux ou trop sec, le Sherry n’était pas à mon goût, le Porto non plus, sans parler du Mateus rosé que je n’achetais que pour draguer les filles histoire de leur laisser la bouteille en souvenir afin qu’elles la transforment en lampe. Travaillant dans un pub, c’est la période où je fis la découverte des alcools blancs, vodka, gin, etc. Et de l’amertume des bières ! Les vins que nous buvions, faute de moyens, étaient franchement imbuvables. Quand je rentrais à Calais avec ma Fiat 500, je me jetais, quelque soit l’heure dans le premier bistrot venu, pour me payer un café-calva !

Du premier exemple, celui de mon père, j’ai gardé une phobie farouche des vins chauds ou glacés, tandis que du côté maternel, j’ai gardé une passion folle pour le vin de Champagne… servi dans une flûte fine, légère et transparente, cette fois ! Toutefois, mon grand regret, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au vin et que je ramenais à la table familiale mes premiers trésors achetés chez mon caviste Parisien (Lucien Legrand), c’était de constater que ces vins, comme le Touraine Primeur d’Henry Marionnet, les Côtes du Rhône du Domaine Bouche aujourd’hui reconverti en bio, ou même les vins de Guigal, n’avaient que peu d’effet sur mes commensaux. Dommage. Déjà, mes premiers vins du Sud, hormis ceux des Bouche, furent rosés. J’allais les cueillir jusqu’en Ardèche, à Saint-Remèze, sur la route des vacances.

Michel Smith


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Bulles de Loire (1): fines et raisonnables

 IMG_4851Trois des quatre au travail pour cette dégustation. Jim prenait la photo. Hervé réfléchissait à sa prochaine blague. Marc peaufinait ses notes. David s’occupait du service. Un vrai petit ménage à 4 ! (photo Jim Budd)

Il y a quinze jours, 4 membres de ce blog collectif se sont retrouvés à Angers, à l’occasion du Salon des Vins de Loire. L’occasion fut trop belle pour ne pas tenter notre troisième expérience d’une dégustation partagée, après Champagne (2012) et Bourgeuil /St. Nicolas de Bourgueil (2013). Evidemment cela allait concerner une ou plusieurs appellations ligériennes, et nous avons opté pour deux appellations de vins effervescents, vu l’engouement actuel des marchés pour ce type de vin. Il s’agit de Crémant de Loire et de Saumur Brut, qui utilisent tous les deux la méthode dite « traditionnelle », ce qui signifie une seconde fermentation d’un vin tranquille en bouteille afin de générer pression et un peu plus d’alcool. Les règles précises de ces deux appellations diffèrent un peu, comme le démontre le tableau ci-dessous, mais en gros elles sont très proches.

Crémant de Loire

cépages autorisés (avec quelques règles quant aux proportions) : chenin blanc, chardonnay, cabernet franc, cabernet sauvignon, grolleau noir, grolleau gris, pineau d’aunis, pinot noir

aire de production : 1600 hectares

production moyenne : 97,000 hectolitres

rendement : 74/80 hl/ha

rendement au pressoir : 100 litres pour 150 kg

vieillissement sur lattes : 12 mois minimum

reflet-chateau-saumurLes appellations de Saumur, tranquilles ou effervescentes, profitent de l’image du château éponyme, mais sait-on bien à l’étranger que ces vins viennent de la région Loire ?

Saumur Brut

cépages autorisés (avec quelques règles quant aux proportions): chenin blanc, chardonnay, sauvignon blanc, cabernet franc, cabernet sauvignon, pineau d’aunis.

aire de production : 1400 hectares

production moyenne : 90.000 hectolitres

rendement : 67/76 hl/ha

vieillissement sur lattes : 9 mois minimum

 IMG_4844Tous ces vins, ainsi que la production effervescente de Vouvray et Monlouis, portent parfois la désignation suggestive (mais non réglementée je crois) de « Fines Bulles de Loire ». (photo Jim Budd).

La production de ce type de vin en Val de Loire remonte au moins au 19ème siècle, particulièrement à Saumur, qui garde une appellation spécifique de nos jours. Les autres bulles produites dans la région le sont, en général, sous l’appellation de Crémant de Loire, qui a une base géographique plus étendue, c’est à dire Saumur, Anjou et Touraine. Mais on trouve aussi des vins mousseux faisant partie de deux appellations de vins blancs de la région tourangelle : Montlouis et Vouvray. Ailleurs dans les régions de la Loire, quelques producteurs élaborent aussi des vins à bulles, mais sans appellation contrôlée. Ils ont généralement comme désignation « vin mousseux de France ».

IMG_4853Rien n’échappe à l’oeil de Moscou….ou est-ce de Lalau ? (photo Jim Budd)

L’aire d’appellation Saumur concerne 1,400 hectares au sud de la Loire sur les coteaux  calcaires qui entourent la ville de Saumur. Une gamme assez large de cépages est autorisée : chenin blanc, chardonnay et sauvignon blanc pour les blancs, puis cabernet sauvignon, cabernet franc et pineau d’aunis pour les rouges. Si la présence de cépages rouges surprend, je rappelle que les techniques de pressurage et la nature des baies permettent l’obtention d’un jus blanc à partir d’un raisin dont la peau est noire ou rouge. Après tout,  2/3 du vignoble champenois est planté en cépages rouges.

L’aire du Crémant de Loire est un peu plus grande : 1,600 hectares, et pour des sols plus variables. Les cépages blancs ne sont que deux : chardonnay et chenin blanc, tandis que sont autorisés 6 variétés plus ou moins rouges : cabernet franc, cabernet sauvignon, pinot noir, menu pineau et grolleau (gris et noir).

IMG_4848Marc cherche, et va sans doute trouver, une large gamme d’arômes dans son verre de bulles ligériennes (photo Jim Budd)

L’appétit croissant des marchés pour les vins pétillants à bien profité récemment à ces deux appellations, mais il semblerait que cela soit davantage le cas pour les Crémants de Loire, qui ont l’avantage d’inclure le nom de leur région dans leur désignation. Entre 2006 et 2013, les ventes de Crémant de Loire ont doublées, pour dépasser légèrement 13 millions de bouteilles en 2013. Si ceci est à relativiser à côté du géant champenois et ses presque 300 millions de flacons, le Crémant de Loire tient une bonne place parmi les autres Crémants de France (Alsace, Bourgogne, Jura etc).Deux tiers sont exportés et ces exportations ont augmenté de 24% entre 2012 et 2013. C’est le premier exportateur parmi les Crémants de France, avec 26% des volumes exportés. Cela tient à une place de leader sur le très important marché allemand, même si Bourgogne et Alsace le battent ailleurs. Les bulles de Loire (Crémant de Loire et Saumur ensemble) sont aussi leader sur le marché britannique. Les bulles de Vouvray ou de Montlouis se vendent essentiellement sur le marché français.

IMG_4846 Les vins qui m’ont fait sourire étaient assez nombreux dans cette dégustation  (photo Jim Budd)

Notre dégustation

Nous avons demandé une seule cuvée, non-millésimé, de chaque producteur qui souhaitait proposer un échantillon. La dégustation a eu lieu le matin du lundi 2 février, dans les locaux d’InterLoire à Angers. Les vins étaient servis à l’aveugle et ordonnés ainsi : 11 crémants de Loire à dominante chardonnay, puis 30 Crémants de Loire à dominante chenin, et enfin 11 Saumurs bruts à dominante chenin.

Les vins que j’ai aimés et leurs prix (les vins en caractères gras sont mes préférés)

1). Crémant de Loire (à dominante chardonnay)

Renou Frères et Fils (6,40 euros), Domaine de Varinelles (7,80 euros)

2). Crémant de Loire (à dominante chenin blanc)

Château Pierre Bise (9,50 euros), Domaine des Bessons (7,60 euros), Domaine Lavigne 7 euros), Domaine de l’Eté (6,80 euros), Domaine de la Bergerie (8 euros), Domaine Pierre Chauvin (13 euros), Château du Fresne (7 euros), Château de Parnay (8,50 euros), Domaine du Bois Mozé (11,50 euros), Langlois Château (12,50 euros), Château du Cléray (12 euros).

2). Saumur Brut (à dominante chenin)

Domaine de Sanzay (7,90 euros), Domaine Matignon (7 euros), Vignerons de Saumur, cuvée Robert et Marcel (5,80 euros), Ackermann cuvée Jean Baptiste Ackerman (6,50 euros), Domaine Leduc Frouin (6,50 euros), Domaine de la Perruche, La Grande Cuvée(8 euros), Château de Montguéret, Tête de Cuvée(13,30 euros)

 

Conclusion 

On le voit bien, ces bulles-là sont très accessibles en prix (environ la moitié, au plus, des vins de Champagne) et il y avait beaucoup de bons vins dans une série d’une cinquantaine d’échantillons. On peut parfois leur reprocher une certaine neutralité, mais, dans l’ensemble, ils sont bien faits et valent très largement leur prix. S’ils n’ont pas souvent la finesse d’un bon Champagne, l’adage suivant reste valable : mieux vaut un bon Crémant (de Loire) qu’un mauvais Champagne.

 

David Cobbold 

 

 

 


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Perpignan, centre du Grenache !

Chacun sait que, selon Dali, la Gare de Perpignan, près de laquelle j’habite, est le Centre du Monde. Depuis trois ans, c’est la ville entière qui pavoise en l’honneur d’un seigneur tout aussi dalinien, le Grenache. J’entends déjà le sifflet des moqueurs. Si je passe de plus en plus pour être un amateur endurci et monogame du cépage Carignan, il faut avouer que je l’ai bien cherché. Mais la réalité est toute autre : Mouvèdre, Cinsault, Terret, Lladoner, Macabeu, Grenache… font partie – aussi – de mes favoris. Et c’est justement ce dernier, le Grenache, blanc, gris et noir, qui m’a fait accepter l’invitation à trahir quelque peu mon Carignan pour venir aux Grenaches du Monde, manifestation organisée avec simplicité et maîtrise, je me dois le préciser, par le maître de cérémonie Yves Zier et l’appui actif du Comité Interprofessionnel des Vins du Roussillon.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Outre le fait que cela se passait chez moi, plusieurs raisons m’ont attiré vers ce concours. D’abord, de nombreux amis étaient de la fête, en premier lieu notre Marco (pas Polo, l’autre) qui est de (presque) tous les concours. Marlène Angelloz était là aussi qui anime avec fougue l’association Grenache avec son Grenache Day et ses G Nights de folie. Il y avait en plus Michel Blanc de Châteauneuf-du-Pape, Olivier Zavattin, éminent sommelier de Carcassonne et quelques journalistes ou blogueurs, dont l’inénarrable mais si délicate Ophélie Neiman, alias Miss GlouGlou. Bref, j’étais heureux d’être parmi eux et parmi d’autres encore que j’oublie.

Photo©MichelSmith

Le Belle Marlène, queen of Grenache. Photo©MichelSmith

Je ne vais pas m’étendre sur le concours en lui-même car vous savez que je ne prise guère la compétition, dans le vin ni ailleurs. Si ce n’est pour dire que notre table comptait, en plus de notre Belge Marc Vanhellemont, un Italien, deux Catalans et un Français au nom british, c’est-à-dire votre serviteur. Une table équitable vu qu’il m’a semblé que les hidalgos étaient venus en force. Comme à Vinitaly il y a quelques années, tout ce beau linge cherchait à m’expliquer les subtilités et à me démontrer l’efficacité des fiches de notations de l’OIV avec ses cases à cocher en fonction de tout un tas de paramètres pour beaucoup assez vagues et stupides… Mais je ne veux pas vous décourager avec mon avis sur le sujet. Finalement, j’en ai fait qu’à ma tête et j’ai été heureux de constater que mon vin favori, dans les rouges, un valeureux Montsant a été médaillé d’or. Pour info, il s’agit du Furvus 2011 du Domaine Vinyes Domènech à Capçanes en Catalogne. Problème à mes yeux de pinailleur pinardier patenté (les fameux trois P !), selon les fiches techniques sur le site du producteur, les millésimes précédents contenaient jusqu’à 40 % de Merlot ! Tandis que sur un site de vente de vins espagnols, le 2011 est présenté avec seulement 20 % de Merlot dans l’assemblage, ce qui est déjà pas mal, au tarif de 16 €. D’après le règlement du concours, les vins d’assemblages sont acceptés à condition que le Grenache soit majoritaire, ce qui signifie qu’avec un vin à 55 % Grenache, je pourrais concourir ! Pour un concours sur le Grenache, je trouve la farce un peu dure à avaler… Je pense que fixer une limite quant à la présence du Grenache au moins à 80 % me paraît urgentissime pour la crédibilité du concours, quitte à avoir moins d’échantillons à étaler. Et si cela ne tenait qu’à moi, je fixerais la barre à 95 % Grenache ! Cela rendrait l’exercice encore bien plus excitant à mes yeux…

Mon feutre remis au goût du jour. Photo©MichelSmith

Mon feutre remis au goût du jour pour la circonstance. Photo©MichelSmith

Voilà pourquoi ces concours, pour aussi sympathiques qu’ils soient, indépendamment de leur parfaite organisation, me font parfois doucement rigoler : on a l’impression qu’il faut un maximum d’inscriptions pour délivrer un maximum de médailles (plus de 70 médailles d’or pour le Grenache, c’est démesuré…) afin de contenter un maximum de personnes. Espérons que ces remarques, que je ne suis pas le seul à formuler, seront prises en compte lors de la prochaine édition qui se tiendra cette fois à Zaragoza, la grande capitale de l’Aragon. C’est Bernard Rieu, le président du CIVR organisateur qui l’a annoncé hier au quotidien L’Indépendant.

Non, Marco n'arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Non, Marco n’arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Franchement, le moment le plus riche dans cet événement qui a attiré une grosse majorité de vins espagnols et français, mais aussi italiens, se passe bien après le concours. Hélas, il faut attendre 20 h pour entrer dans le vif du sujet et dans le somptueux cadre de la Chapelle Saint-Dominique où, en présence de nombreux vignerons catalans et de quelques huiles locales, on peut goûter tous les lots ayant participé au concours classés par couleurs, par types et par pays, toujours avec ce même sérieux qui caractérise l’organisation telle la température des vins parfaitement maintenue. Une expérience formidable qui mériterait une ouverture plus précoce ne serait-ce que pour satisfaire la soif de découvertes qui anime bien des amateurs de vins attirés par cette manifestation. Quatre mini buffets ont permis de goûter une succession de petits plats amusants et parfois surprenants réalisés par le chef Franck Séguret dont la plupart se mariaient sans difficultés avec les vins doux naturels du Roussillon, comme mon préféré, le Maury 1988 Chabert de Barbera de la Cave Les Vignerons de Maury, vrai vin de légende sur lequel je vous dirai plus lors d’une prochaine chronique.

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Et de saluer au passage la toute nouvelle et jeune présidente du cru Maury, Aurélie Pereira ! Moi, je trouve que c’est chouette d’avoir une jeune vigneronne à la tête d’un cru. Alors bonne chance Aurélie !

Michel Smith 

PS J’apprends que Colette Faller, quelques mois après sa fille cadette Laurence, vient de partir vers d’autres cieux que ceux de la crête des Vosges. Le plus difficile dans ces cas-là tient dans un mot : continuité. Cela consiste à maintenir et à développer une entreprise – le Domaine Weinbach magistralement gérée jusque-là par ce trio féminin. Catherine et son fils Théo, seuls à la barre, vont devoir tenir le cap et le franchir pour aller vers une autre histoire. La suite va être aussi passionnante que les débuts de Colette après le décès de son mari. Et comme Théo porte le nom de son grand-père on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Je vais trinquer dès ce soir en souvenir d’une très lointaine visite. Bye bye, Colette ! MS


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Bandol Rouges et Blancs, gloire aux Vieux !

Puisque j’ai l’honneur de signer ici le premier papier de l’année, j’en profite au nom de toute l’équipe pour vous souhaiter un 2015 plein de rebondissements, de joies et de bonnes bouteilles. Longue et douce vie aussi à mes camarades de blog !

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Pour ma part, je démarre dans l’enthousiasme de mes retrouvailles avec Bandol. Après le coup des (vieux) rosés de noël dernier, voici venir le second volet de mon dernier voyage à Bandol consacré aux (vieux) blancs, mais surtout et avant tout aux (vieux) rouges. En parlant de « vieux », je suis d’accord avec vous : le terme « mûrissement » conviendrait mieux que ce soit pour les rosés, les blancs ou les rouges tant ces vins sont capables de s’arrondir, de s’épanouir au fil des années de garde, de gagner en complexité comme je l’ai déjà dit. Personnellement, je n’ai pas peur de vieillir. Tout au plus ai-je une certaine appréhension quant au maintien de ma lucidité. Lorsque j’entends que l’on me traite de vieux, cela me fait sourire et parfois rugir. En revanche, lorsque je vais en Afrique où, pour un temps encore, les vieux sont respectés quand ils ne sont pas pris pour modèles, cela me rend optimiste. Cette vision d’une jeunesse déclinante, certes, mais étalée sur le long terme s’applique au vin comme à tout produit vivant jusqu’à ce moment incertain où le vieux vin s’éteint tout comme le vieil homme glisse vers l’au-delà. Au vin comme à l’humain, il convient de se construire pour mieux partir. Mourir debout en quelque sorte, finir en beau vieillard, partir en beauté. C’est fou ce que l’on peut dire comme conneries lorsque l’on aborde ce sujet ! Va falloir que je consulte. Une chose est sûre : les vins trop faibles en matière, moins bien lotis sur le plan de l’acidité et des tannins, quand bien même sont-ils porteurs de l’AOP, ne sont à mon sens que rarement aptes à tenir plus de dix ans. Que ce soit pour le Médoc, le Madiran, le Pommard ou Châteauneuf-du-Pape, la décennie est pour moi un repère, un cap, un point de référence, un benchmark comme disent les anglais. À ce stade, on peut émettre un jugement, se positionner sur un vin, tirer quelque conclusion. Soit il va se casser la gueule (s’il n’est pas déjà en train de passer à trépas…), soit il en a encore pour dix ans, voire plus !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est ce qui se passe pour les rouges de Bandol. Or, à cause de la prédominance du Mourvèdre dans l’appellation, grâce à la belle structure tannique que ce cépage espagnol (Monastrell du côté de Valence et Mataro en Catalogne) est capable d’offrir, les Vignerons du coin ont toujours insisté sur le fait que leurs vins étaient configurés pour « vieillir », sous-entendu pour durer dans le temps. Cette affirmation est-elle plausible ?  C’est ce que nous allons vérifier avec la dégustation de 2004 que j’avais proposé à l’Association des Vignerons de Bando dans le cadre de leur invitation début Décembre pour leur annuelle Fête du Millésime. Mon choix était logique dès lors que la fête, doublée d’un concours, a pour objectif depuis toujours, de mettre en avant et de récompenser les vins dits « de longue garde ».

Trois douelles pour les Longues Gardes... Photo©MichelSmith

Trois douelles pour trois « Longues Gardes »… Photo©MichelSmith

Mais pas si vite ! Nous allons voir que c’est aussi pour cette raison – sélectionner des vins de « longue garde » – que j’étais invité comme juré parmi d’autres confrères à noter des échantillons de 2014 en essayant de déceler (32 prétendants répartis à l’aveugle et à parfaite température sur plusieurs tables) ceux qui pouvaient avoir une réelle aptitude à la garde. Quitte à me répéter, selon mon expérience, pour faire ses preuves, un vin rouge qui se dit « grand » et qui se veut « de garde », doit être capable de tenir au moins dix ans sans que l’on puisse détecter l’ombre d’un signe de vieillissement. Bien sûr, pour en être convaincu, il faudrait pouvoir déguster 10 ans après ceux de vins ayant reçu 10 ans auparavant le trophée (une simple douelle) du « Bandol de longue garde ». Quels étaient mes critères personnels pour juger ? Simplement la densité de la matière, la structure acide, la finesse des tannins et la longueur. Rien que ça ! Sans vouloir me hausser du col, je ne suis pas sûr que tous les participants s’étaient fixés de telles objectifs.

De mon côté, j’ai appris deux jours plus tard que sur les 8 échantillons passés par mes augustes papilles, j’avais attribué ma meilleure note à La Vivonne 2014 pour son élégance (dès le nez), son attaque en bouche sur le fruit du raisin frais bien mûr, son harmonie et ses magnifiques tannins. Pour info, j’ai fort bien noté en second La Bégude, puis Lafran-Veyrolles. Résultat final des courses, ce sont La Vivonne (rachetée en 2010), Salettes et Souviou qui remportent chacun le titre et le trophée 2014 de « longue garde ». J’en suis fort aise et cela prouve que j’ai encore du pif ! Je me demande simplement si je pourrais les déguster de nouveau dans 10 ans, juste pour vérifier…

Les trois vainqueurs des Longues Gardes 2014. Photo©MichelSmith

Un des vainqueurs des Longues Gardes 2014. Photo©MichelSmith

En attendant, revenons à ma dégustation perso de la veille. Petit rappel : il faut au moins 50 % de Mourvèdre et 18 mois d’élevage sous bois pour prétendre devenir Bandol. Pour ceux qui ne suivent pas, se souvenir qu’à la demande de la puissance invitante de me laisser choisir un thème de dégustation, j’avais expressément demandé à l’Association des Vignerons de Bandol de me présenter à l’aveugle ce qui pouvait rester de leurs vins millésimés 2004. Encore une fois, mon vœu fut exhaussé de manière plus que satisfaisante puisque je me suis retrouvé la veille du concours des « Longues gardes » en présence de 24 échantillons du millésime choisi, ce qui n’est pas si mal pour un dégustateur modeste mais par trop méconnu (blague). Faut bien que je me congratule d’une manière ou d’une autre… Pour info, en 2004, les vainqueurs des « Longues gardes » d’alors furent La Frégate, Pibarnon et La Tour du Bon. On verra plus loin que deux d’entre eux, selon moi, n’ont pas tenu toutes leurs promesses… Il faut croire que cette année-là au moins une table de jurés était experte puisque ma meilleure note de la dégustation des 2004 fut attribuée à La Tour du Bon 2004 au nez épicé, viandeux et gibier, sur une bouche expressive d’où jaillissaient de belles notes de fruits rouges (framboise) sur fond de finesse et vent de fraîcheur. L’harmonie est le maître mot qui prévaut pour définir ce vin long en bouche à la finale très posée. Une vraie « longue garde », que ce Tour du Bon. Noté par moi 4 étoiles (19/20), il peut à mon avis tenir encore une bonne décennie, peut-être même deux.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Jai failli accorder une quatrième étoile à La Bastide Blanche 2004 : robe noire, nez discret et fin, copieux, riche et puissant en bouche, doté de tannins frais et non violents. Long bien sûr, ce vin a un potentiel de vie encore au beau fixe puisqu’à mon avis il peut tenir 20 ans de plus dans une bonne cave. Ensuite, une série non négligeable de 6 domaines obtinrent l’excellente note de 3 étoiles, correspondant à un 17 ou 18 (sur 20) dans l’équivalence des notations chiffrées que je ne pratique pas. Notez-les bien, ces 2004 : il s’agit de La Rouvière, au nez finement torréfié, complexe et très long en bouche en dépit d’une finale un peu austère ; de La Noblesse, robe solide, joli nez de sous-bois légèrement fumé, très cassis bien mûr en bouche, belle matière équilibrée et finale juteuse ; de Terrebrune, aux fines notes de tabac, franc d’attaque, sur le fruit, frais et très long en bouche ; de Gagueloup, fin et presque aérien au nez, épais, dense, riche en matière, posé sur un lit de réglisse et de cuir, nécessitant encore une garde de 5 à 6 ans pour s’épanouir ; de La Suffrene, magnifique de robe, bouche vive plus portée sur le Grenache (peut-être le Carignan aussi ?) avec ses touches d’orange sanguine, savoureux en bouche sur une finale un peu sucrée ; de La Bégude, robe solide, nez fin de tabac, cave à cigare et truffe, dense, sérieux et long en bouche, avec des tannins assez marqués mais qui heureusement se fondent dans une finale où la fraîcheur se fait ressentir.

Photo©MichelSmith

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Cinq autres rouges 2004, méritent un mention spéciales pour leurs deux étoiles. Dans l’ordre de préférences : Sorin, avec son nez de violette (Syrah ?), de fourrure et de tabac, sa matière riche et opulente qui à mon avis peut le mener au-delà de l’horizon 2020 ; Tempier (cuvée Classique) pour sa droiture, ses notes d’olive noire et de maquis, ses tannins serrés et son grand potentiel ; Pradeaux pour son nez de vieille église non dénué de finesse, sa bouche droite paraissant un peu étriquée, ses tannins bien présents et frais, sa finale sur le cassis ; Sainte-Anne, robe un peu moins soutenue que les autres, assurément frais en bouche mais manquant un peu de complexité ; Guilhem Tournier, dont le vin, en dépit de son état presque avancé (l’aspect de la robe, surtout) est prêt à boire sur une matière juteuse et de petits tannins grillés. Cela va paraître injuste à certains, mais il me semble de mon devoir de citer ceux qui m’ont plus ou moins déçu. C’est le cas de La Roque, dans sa cuvée « Grande Réserve » pour son aspect souple et lourdingue ; de La Laidière pour son nez sur la verdeur, sa minceur en bouche et ce désastreux creux en guise de finale ; de Castell-Reynouard pour sa bouche assez quelconque et ses tannins trop acerbes ; du Galantin, pourtant avenant au nez et réglisse en bouche, mais creux et légèrement ancré sur l’amertume ; de Pibarnon qui bien qu’ample et savoureux me paraît un peu trop prêt à boire sur des notes légèrement cacaotées ; de Vannières, pourtant jeune de robe, mais tellement dur et affreusement boisé en bouche ; de L’Olivette (au si beau rosé !), à cause de ses tannins sucrés et de son manque d’équilibre au palais ; de Val d’Arenc pourtant dense de robe, droit et solide en bouche, mais manquant de personnalité, d’entrain, de charme (à mon avis, j’ai été trop sévère) ; de La Frégate (sacré « Longue garde » 2004), pourtant bien solide de robe, pour son nez un peu trop iodé, son boisé un trop présent et son manque d’accroche ; de La Bastide Blanche (bis), cuvée « Estagnol«  (voir plus haut le commentaire sur une autre cuvée du même domaine dans le peloton de tête), très puissant en bouche mais sans grand chose derrière ; de Gros Noré, enfin, noté une étoile pour son nez paraissant complexe mais manquant singulièrement de finesse, sa timide pointe chocolatée et fruitée en bouche, mais exempt de ressort, d’épaisseur et de longueur.

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Pour finir, un coup d’œil rapide sur les « vieux » blancs qui ne représentent que 2 à 4 % de l’appellation. Dans les assemblages, la proportion de Clairette joue à mon avis un rôle majeur dans l’aptitude qu’ils ont à « vieillir ». Mais il faut compter aussi sur le Bourboulenc, l’Ugni blanc et parfois le Sauvignon. En réalité, c’est par eux que j’ai commencé, juste avant mes sensationnels rosés de la semaine dernière. Quatre blancs furent notés sans mal presque au plus haut, 3 étoiles et quelques fragments en plus pour certains. Là, le millésime était libre. Commençons par le plus vieux du quatuor, le Souviou 2002, un vin équilibré, à la blondeur éclatante. Lumineux en bouche, il se boit encore sur une fraîcheur surprenante. Est-ce à cause de la Clairette et du Bourboulenc qui occupent les trois quarts de l’encépagement, à moins que cela ne soit dû à une multitude de cépages mystérieux et anciens ou à cause d’un sous-sol de marnes bleues du Santonien ? Toujours est-il que Pibarnon fait figure de roi du blanc à Bandol (avis personnel) et il n’a pas failli à sa réputation. Avec son fringant 2004, je n’ai pas été étonné de le classer à égalité avec Souviou : joli gras, densité, fraîcheur alerte, longueur, c’est un blanc d’avenir, magnifique de chair, aussi lumineux que le précédent et presque plus tenace et persistant en bouche. À l’inverse, La Bastide Blanche 2004, robe bien jaune, rondeur généreuse, petite matière et notes de fleurs d’orangers, se laissait boire plus volontiers grâce surtout à une finale de toute beauté. Terrebrune 2007, commençait à s’impatienter dans sa belle robe de bal, une belle franchise en bouche, beaucoup de longueur et d’élégance. Ces derniers vins peuvent encore attendre un peu, mais à quoi bon puisqu’ils nous charment déjà tant et tant…

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Quelques mots des autres blancs, un peu moins bien notés : Tempier semblait desséché par un millésime chaud (2009) et lourd qui faisait ressortir une forme d’amertume gênante ; La Tour du Bon 1996 (le plus vieux du lot) offrait bien une robe jeune et un nez d’agrume, mais l’édifice était simple et trop strict ; Robe dorée, Val d’Arenc 2008 s’en sortait mieux avec un nez finement beurré, sur un côté franc et sec lui assurant un peu d’avenir. Fermé, engoncé et peu amène, le 2003 de Sainte-Anne se goûtait très mal, tout comme La Rouvière 2002. Sainte-Anne et Pibarnon avaient glissé un deuxième millésime, ce qui n’était pas interdit dans mes règles. Le 2009 de Pibarnon, robe paillée et joli nez, très dense en matière, se révélait un peu dur en finale. Eut-il fallu le carafer ? Sainte-Anne 1999, reluisant dans sa robe d’or, un peu cireux au départ, se montrait enthousiaste par la suite avec de bienveillantes notes de prune, de pêche et de poire. Long en bouche, on sentait qu’il était quand même temps de le boire ne serait-ce que pour profiter de son fruit.

Après le travail, le fête en musique sur report...Photo©MichelSmith

Après le travail, le fête en musique sur report…Photo©MichelSmith

Pour en finir – provisoirement – avec Bandol, vous en connaissez beaucoup, vous, des appellations où l’on a du vrai plaisir dans les trois couleurs dix ans après ? Moi, non.

Michel Smith

 


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Toscana quattro : altri buoni vini e buoni indirizzi…

Ne croyez pas que je cherche un tant soit peu à  me justifier, mais cette longue série, peut-être pénible pour certains, de quatre articles sur la Toscane, à la recherche du Sangiovese, touche à sa fin. Certes, j’aurais pu aller plus loin, vous en mettre encore plein la vue, en raconter beaucoup plus, être plus exhaustif, plus savant, rassembler des écrits antérieurs, mais à quoi bon… Vous l’avez remarqué, je reste un journaliste besogneux, désordonné, manquant de style, de méthode et de syntaxe. L’Italie, ma grande sœur, la Toscane en particulier, y est pour quelque chose : ce trait d’union béni entre le Nord et le Sud est parfait pour étancher mes soifs de vins et de curiosités dans la nonchalance la plus totale. Une fois de plus, bien qu’accompagné d’amis délicieux – je les remercie encore -, ce fut pour moi un parfait voyage en solitaire. Une dernière fois, je vais tenter de vous propulser là-bas en vous proposant quelques pistes… en trois étapes. Notez, cela me paraît important…

Firenze. Photo©MichelSmith

Firenze. Photo©MichelSmith

Tout d’abord, en guise d’antipasti, pour ceux qui me suivent depuis le début sans broncher, voici d’autres vins de Sangiovese goûtés lors de nos belles tablées…

-Castell’in VillaChianti Classico 2009 – Un pur Sangiovese un peu évolué au nez, sur les fruits cuits en bouche (prune, cerise), facile et prêt à boire (21 €).

-San Giusto a RentennanoChianti Classico Riserva La Baroncole 2009 – Robe très foncée, nez assez boisé pour ce Sangiovese agrémenté d’un très faible pourcentage de Canaiolo. A près plus de 16 mois en barriques de chêne Français Il me paraît encore un peu austère et peut attendre plus de deux ans au moins.

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-Caparsa, Chianti Classico Riserva Caparsino 2009 – L’inverse du précédent, soit un rouge non filtré, tendre, frais, subtil, au joli fondu conduisant à une finale en douceur (autour de 20 €)… On le boirait sans retenue sur de l’agneau. Voir également les commentaires du premier article lors d’une précédente visite en Toscane.

-Campi Nuovi, Montecucco Sangiovese 2011 – Une belle pièce de 7 ha en biodynamie (affiliée à Renaissance des Appellations) et en relative altitude à 20 km au sud de Montalcino avec fermentations (levures indigènes) puis élevage d’un an en foudre de chênes de 70 hl. On a un vin chaleureux, rond, puissant, prenant (14,5° affichés), qui ne manque pas non plus de vivacité. L’attendre encore un peu et prévoir un lièvre.

-Il Paradiso di Manfredi, Rosso di Montalcino 2010Florio Guerini continue d’émerveiller son monde avec un Sangiovese de toute beauté, sans aucun excès de lourdeur. Notes de fenouil et de pinède au nez, une sérieuse densité en bouche qui n’empêche ni le fruit ni la fraîcheur de s’exprimer avec des touches de goudron de bois et une belle persistance. Une saveur toute particulière et un domaine à ne pas oublier si j’en juge par ce beau papier que lui a consacré Patrick Böttcher dans son blog Vins Libres.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

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-PietrosoRosso di Montalcino 2012- Que du Sangiovese vendangé à la main généralement début octobre sur la propriété sise en bordure de Montalcino. Fermentations en cuves inox (levures indigènes), élevage en cave souterraine (foudres et demi-muids) sur une année, c’est un vin souple, non filtré, un peu simple au départ, mais qui s’avère assez tannique pour affronter une viande saignante.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA-Pian dell’Orino, Rosso di Montalcino 2011 – Voisine directe de celle des Biondi Santi, la propriété compte 4 vignes de Sangiovese Grosso totalisant 6 ha cultivés en bio. Notes de fraise confite, de l’épaisseur et de la puissance (14,5°), il y a de l’élégance et de la longueur en bouche en dépit d’une certaine lourdeur. Il faudrait l’attendre, laisser le vin se « fondre » un peu plus…OLYMPUS DIGITAL CAMERA

-San PolinoBrunello di Montalcino 2008 – Belle, mais minuscule propriété (2,5 ha) en biodynamie (Luigi Fabbro adhère à Renaissance des Appellations) dédiée au Sangiovese avec pas mal de vieux millésimes en stock. Vinifié en foudres (Slovénie) et barriques, c’est la finesse qui l’emporte au nez comme en bouche. Souple, l’alcool se fait moins ressentir, mais le vin s’ouvre tout de même sur une densité assez massive ponctuée de tannins élégants. Lui offrir une belle viande.

Photo©MichelSmith

En allant chez Biondi Santi… Photo©MichelSmith

Ensuite, histoire de ne pas mourir idiot, quelques remarques intéressantes et utiles faîtes par mes Lecteurs épris de Sangiovese. Notez-les sur votre feuille de route pour un prochain voyage car, en matière de Sangiovese, ils en connaissent un rayon !

-D’Antonella, sur Facebook :

Pour le Sanviogese, que nous adorons tout comme vous, son absence de la Costa Toscana s’explique par son inadaptation au climat côtier, fort différent de celui le Toscane intérieure. Leonardo Salustri – vous avez goûté ces vins (voir ici) – est un spécialiste reconnu de ce cépage et a collaboré avec l’université de Sienne pour des études sur le Sangiovese. Il définit les conditions qu’il faut pour faire un bon Sangiovese : une distance minimale de la mer car le cépage n’aime pas l’air salin, un terrain bien drainé (en pente donc), une belle amplitude de température jour/nuit (ici un minimum d’altitude et plutôt loin de la mer).

‪Où nous sommes – je schématise – le Sangiovese brûle avant de mûrir et il reste alors deux solutions: soit en faire un vin très simple, soit l’assembler. En particulier à Bolgheri, il n’y a pas de conditions favorables à ce cépage. Le Macchiole, qui ont testé au moins une trentaine de cépages, vous le diront bien : les seuls exemples intéressants sont sur des terrains en altitude (250 m) protégés de l’air marin et bien drainés. Vous pourriez goûter une prochaine fois ceux de I Mandorli à Suvereto en haut d’une colline qu’on nomme « il Belvedere », de Fuori Mondo à Campiglia Maritima, là aussi en altitude, où celui de l’Azienda Caiarossa à Riparbella. Il se trouve que les 3 domaines sont biodynamiques. C’est un français qui vinifie à Caiarossa, Dominique Génot ; un belge Paul Morandini Olivier qui est propriétaire de Fuori Mondo et un vrai italien (quand même!), Massimo Pasquetti, qui conduit I Mandorli.

J’ajoute qu’une visite s’impose absolument pour approfondir votre connaissance du Sangiovese chez Salustri, là aussi domaine biologique, qui en outre de faire des superbes Sangiovese (4 vins différents), fait une huile d’olive (primée par Slow Food) et de la charcuterie de Cinta Senese bio absolument divine!

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-De Paul Morandini Olivier (cité quelques lignes plus haut) sur Facebook :

J’ai l’impression que l’encépagement de Sangiovese à Bolgheri ne dépasserait pas les 10 %… Mais c’est la morphologie même du Sangiovese qui en fait un cépage compliqué à cultiver… L’air chaud et humide de la mer ne lui permet pas d’arriver aux bonnes maturités en général. Des sols pauvres, à une certaine altitude et protégé de ce vent humide sont indispensables pour magnifier ce cépage roi ici en Toscane

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-De Nicolas, ces précisions sur notre blog, puis par mail :

Pour ce qui est de la Maremma vous êtes un peu dur, car il y a plusieurs appellations qui favorisent le Sangiovese, comme la nouvelle appellation Montecucco Sangiovese DOCG (qui a été initiée par Salustri et qui n’existait pas encore en 2008 d’où la DOC seulement) et aussi Morellino di Scansano, qui n’est ni plus ni moins que l’équivalent du Chianti plus au nord, avec un minimum de 85% de Sangiovese obligatoire. Et il existe beaucoup de Morellino di Scansano et quelques-uns d’admirables, dont le domaine Villa Patrizia qui produit un Riserva pur Sangiovese nommé Valentane de toute beauté.

Pour revenir à Salustri, dommage que vous n’ayez pas dégusté le Grotte Rosse 2010 car il est remarquable de puissance et avec beaucoup plus de fraîcheur que le 2008. Ce domaine fait face à Montalcino (à l’époque ils livraient le raisin pour les Brunello…), dans un endroit sauvage mais magique, à deux pas de Colle Massari, un domaine en vogue et à qui ils ont mis les pieds à l’étrier. Leurs Sangiovese possède une expression tout à fait originale grâce à une situation particulièrement avantageuse, sur une colline fortement ventée.

Je ne suis guère surpris, malgré que nous soyons d’une génération d’écart, que le Sangiovese nous fascine tant. Quel cépage grandiose ! Malheureusement souvent sous estimé, mais en même temps ça ne fait qu’accroître le désir de le découvrir !  Moins surpris que vous ayez trouvé un certain nombre de Chianti Classico en pur Sangiovese. Certes, vous n’avez pas rencontré Roberto Bianchi de Val delle Corti et son incroyable Chianti, plus précisément sa Riserva, probablement un des plus beaux à l’heure actuelle, et produit que les années qui le méritent. Mais je vous assure que l’on trouve une multitude de purs Sangiovese de qualité dans toute la Toscane, et à des prix plus doux que dans le Classico ! Comme je vous l’ai précisé en commentaire, il y a deux appellations qui méritent de s’y attarder : Montecucco Sangiovese et Morellino di Scansano. Sans parler de toutes les autres appellations Chianti. Voici les producteurs de 100 % Sangiovese que je vous recommande vivement et ailleurs qu’en Chianti :

-Salustri : goûtez le reste de la gamme, c’est magnifique ! Marco est un vigneron talentueux, réfléchi et inquiet comme les meilleurs. Son Grotte Rosse 2010 est un des plus grands Sangiovese qu’il m’ait été permis de goûter, même s’il est encore si jeune… Il faudra s’accrocher pour trouver un Brunello de ce niveau sur ce millésime.

-Podere Il Poggio : un autre Montecucco, réalisé par Silvia Spinelli, une vigneronne d’une rare et intelligente humilité, et qui est d’une finesse exemplaire; à tester aussi son 100% Pugnitello, un vieux cépage remis au goût du jour

-Villa Patrizia : un merveilleux domaine familial en bio, avec un Montecucco nommé Istrico avec un rapport qualité-prix exemplaire et le Valentane, un Morellino di Scansano pur, puissant, juste!

-Montemercurio : un très prometteur domaine sur l’appellation Nobile di Montepulciano, avec son Messagero élevé 2 ans en foudre puis une année en bouteille comme le consortium l’exige, un vin à la fois fin et très puissant, mais d’une puissance intrinsèque et non fabriquée.

Et il y en a tant d’autres! Cependant il faut dissocier les producteurs qui assemblent leur Sangiovese avec du Merlot. Ils dénaturent le Sangiovese et les éloignent de ceux qui l’assemblent avec du Canaiolo ou du Ciliegiolo, des cépages qui l’épousent. D’ailleurs le Ciliegiolo, un des deux parents naturels du Sangiovese, est de plus en plus travaillé « in purezza », et peut offrir des résultats étonants, comme ceux du fascinant domaine de Sassotondo, près de Pitigliano.

Pour compléter, il faudrait aussi lire un ouvrage de référence et très esthétique et voir les vidéos qui vont avec.

 

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Merci donc à ces lecteurs amoureux comme moi de la Toscane. Pour conclure, je vous livre quelques bonnes adresses qui sont autant de coups de cœur, parfois un peu clichés il est vrai, passés ou présents.

-Pour vous loger, n’oubliez pas de chercher sur la toile les chambres d’hôtes à la ferme classées en Italie sous la rubrique agriturismo. Il y en a un peu partout, chez les vignerons ou oléiculteurs surtout, à l’instar de Poggetto Masino, du côté de Suvereto où chaque chambre décorée avec goût bénéficie de sa treille et de sa terrasse.

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-Pour boire un coup, discuter et croquer quelques spécialités faîtes sur le vif, Florence dispose d’un remarquable bar à vins (avec terrasse) à deux pas du Ponte Vecchio, Le Volpi e l’Uva, où le Sangiovese et d’autres cépages comme le Carignan sont à l’honneur servis au verre ou à la bouteille en toute convivialité !

-Pour manger au bord de l’eau, non loin de Bolgheri, ne pas manquer la visite chez Luciano Zazzeri, dans sa désormais mythique Pineta, sorte de luxueuse baracca posée sur la plage au large de Marina di Bibbona, sur la côte Etrusque. Depuis des années on y goûte les meilleurs produits de la pêche locale sans savoir exactement ce que le patron aura de nouveau à proposer ce jour-là. J’ai le lointain souvenir de tagliatelle au corail d’oursins et de galinette (rien à voir avec la poule du même nom, car c’est un poisson) aux tomates concassées. Côté vins, la carte de Champagne est quasi unique, celle des Toscans aussi avec, pour chaque référence, la proportion de Sangiovese (ou autre cépage) indiquée. L’endroit est devenu un peu chic et cher, mais en faisant attention on peut passer un moment inoubliable.

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-Pour une cuisine toscane mer et montagne, essayez Il Frantoio à Montescudaio, village situé à 10 km de Cecina : carpaccio de poulpe, spaghetti à l’encre de seiche, lapin farci, tripes, artichauts frits… Belle carte des vins. On peut aussi se restaurer agréablement au restaurant de Castello di Ama où l’huile et les vins du domaine sont mis à contribution.

-Encore plus perdu, simple, économique et chaleureux ? Allez donc vous percher dans la salle de la trattoria Da Nada  entre Sienne et Grossetto pour une cuisine familiale faîte avec amour et servie avec gentillesse dans l’étonnant village rocheux de Roccatederihi !

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-Pour les carnivores, à Panzano in Chianti, cet amusant et très populaire restaurant de viandes (bœuf surtout) où l’on mange à la bonne franquette face au show du patron, à condition de ne pas oublier sa bouteille de vin (on en vend partout dans le village) car celui qui vous est servi en pichet n’est vraiment pas génial. Les touristes adorent…

-Pour les inconditionnels de la charcuterie, il faut parcourir dans la cohue touristique l’incroyable magasin de la maison Falorni à Greve in Chianti où l’on peut aussi profiter sous les arcades d’un petit bistro à vins et goûter quelques produits de la maison posés sur des planchettes.

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-Pour les amateurs d’huile d’olive, je recommande le moulin du domaine Il Cavallino à Bibbona en Toscane maritime. Dirigée par Romina Salvadori, l’azienda produit une des huiles délicatement fruitée les plus réputées de Toscane que j’achète pour ma part en bidon de 5 litres à un prix beaucoup plus intéressant que celui pratiqué dans les grandes propriétés viticoles.  Se dépêcher, car la récolte 2014 n’a pas été généreuse en quantité !

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-Pour un confortable dîner bourgeois en ville, en plein cœur de Sienne, je vous recommande cette sorte de brasserie de bon goût, l’Osteria le Logge, à la cuisine traditionnelle teintée de modernisme et à la cave bien fournie en Sangiovese. Service jeune, enthousiaste, attentionné. Réserver de préférence dans la grande salle du rez-de-chaussée, une ancienne pharmacie, où les fioles et vases d’apothicaires sont remplacés par de grandes bouteilles de vins.

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Buon viaggio !

Michel Smith

 

 


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Le vin arménien, par delà l’histoire

La semaine dernière se tenait à Bruxelles une dégustation de vins arméniens organisée à l’instigation de l’Ambassade d’Arménie en Belgique.

C’était pour moi le premier contact avec les vins de ce petit pays du Caucase, dont les recherches archéologiques les plus récentes nous apprennent que c’est là qu’ont été trouvées les traces les plus anciennes de vinification (à peu près 6.100 ans).

Noé

L’ivresse de Noé (Chroniques Mondiales de Nuremberg)

Entretemps, la patrie de Noé a connu pas mal de vicissitudes, de passage et d’invasions, pas toujours favorables au vin – la période ottomane, bien sûr, mais aussi la période soviétique, au cours de laquelle le pays était devenu un gros fournisseur du grand frère russe… mais surtout pour le brandy. Jusqu’aux années 1990, la viticulture locale fonctionnait majoritairement pour la production d’alcool.

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Clin d’oeil de l’histoire: la République socialiste soviétique d’Arménie avait mis une grappe de raisin sur ses armoiries

Avec la fin du communisme, est venue la baisse des importations russes. L’Arménie se tourne donc vers d’autres marchés – mais le processus est assez lent.

Sur la foi de ce que j’ai dégusté, tous les produits ne se prêtent pas encore à la conquête du consommateur occidental moderne.

Primo, quelques cuvées présentées souffraient de tares évidentes (piqure acétique, oxydation précoce, déviations);

Plus grave, à mon sens, la plupart des vins souffraient d’un manque de définition – sucre résiduel mal fondu pour une bonne partie des blancs, déséquilibre entre nez et bouche pour pas mal de rouges, impression de chaleur, de verdeur des tannins, alcool envahissant, rudesse. Je ne suis pas contre une certaine dose de rusticité, mais trop n’en faut!

Vous me trouvez dur? Je pense de mon devoir de faire savoir à nos amis arméniens que de gros efforts restent à faire. Personne n’attend les vins arméniens sur nos marchés. Si nous les achetons, ce ne sera pas pour leur origine, que nous ne connaissons pas, ni pour le glorieux passé, mais pour le contenu dans la bouteille, hic et nunc.

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Le vignoble arménien se situe surtout au Sud du pays (Armavir, Ararat, Vaïots Dzor et Siounik)

Bande d’amphorés!

Il y a avait heureusement des exceptions à ma déconvenue générale.

Les Areni de Takar, d’Ar Mas, de Maran (Cuvée Bagratouni) et de Zorah (cuvée Karasi), notamment, qui combinent des arômes de fruit mûr assez inhabituels (grenade, figue verte) et une belle fraîcheur – mention particulière pour la Karasi, très pur et d’une belle minéralité (serait-ce l’élevage en amphores?).

Ces exceptions démontrent qu’il y a une place pour l’Arménie sur l’échiquier mondial du vin; pas seulement en hommage pour son passé de précurseur, mais pour la touche originale apportée par ses multiples cépages autochtones, notamment l’Areni, par ses pratiques culturales et de vinification originales.

En effet, on a affaire à un vignoble de montagne (l’altitude moyenne du pays est de 1800m), où la vigne souffre à la fois de longs hivers très froids (au point qu’on l’enterre souvent en hiver) et de la chaleur de l’été. Les cépages locaux y sont les mieux adaptés, et c’est sans doute la chance de ce pays de les avoir conservés; le consommateur mondial est un peu saturé des grands cépages internationaux et est prêt à découvrir autre chose.

 

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Mon préféré

Cette « autre chose », l’Arménie peut la fournir – avec une autre originalité – qu’elle partage avec la Géorgie voisine: la vinification en amphores. A l’heure où des producteurs européens redécouvrent le vin orange, les Arméniens, eux, ne l’ont jamais vraiment délaissé.

Le défi, cependant, sera de polir ces joyaux un peu bruts, ce potentiel, pour mieux les faire briller.

Cela passe sans doute par une phase de sélection des meilleurs cépages à vin – tous ceux qui ont été utilisés pour les brandies et les vins mûtés ou pomegranates ne sont pas forcément les plus adaptés à des vins élégants; par une meilleure maîtrise de la matière première (inertage de la vendange, tables de tri…) et de l’outil – qu’on utilise des foudres, des barriques, des cuves inox, des cuves ciment ou des amphores, les règles de base de l’oenologie s’appliquent – propreté, contrôle des températures et des fermentations…

Un peu de « benchmarking », aussi. J’ai donné mon sentiment sur les vins dégustés – il serait utile d’avoir l’avis d’un panel complet de dégustateurs aguerris, sur les différents marchés potentiels.

Moyennant quoi on pourrait reparler des vins arméniens.

Hervé Lalau


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Terrasses du Larzac

Ecrire sur quoi pour lundi ? C’est la question que je me pose presque chaque semaine (il y a des semaines ou la réponse s’impose et donc cette question ne se pose pas).

Depuis deux mois, il y a embarras du choix d’un sujet, tant les dégustations, colloques, rencontres avec des vignerons et autres sources possibles se bousculent dans le calendrier du journaliste/dégustateur vivant à Paris. Et cela, sans parler des nos propres initiatives d’aller vers le vignoble de tel ou tel pays ou région.  Cela en devient même gênant à Paris, tant les attaché(e)s de presse semblent se donner le mot pour se faire concurrence tous les lundis et faire du chiffre dans les dégustations. Nous avons atteint de sommités du surcharge récemment, avec jusqu’à 5 manifestations un seul lundi. Pourquoi un tel acharnement à rendre impossible la vie d’un professionnel qui aimerait tant rendre justice, à sa manière, à tout le monde ? Il y a des jours ou j’envie Michel Smith dans sa Catalogne d’adoption !

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Cette semaine, j’ai pris la décision de parler d’une appellation du Languedoc, région que je dois visiter environ une fois par an, mais dont je déguste bien plus souvent des vins. Il s’agit de l’appellation Terrasses du Larzac. Le vignoble à l’air spectaculaire, en tout cas.

Voici le texte que je trouve sur la pages d’accueil du site de cette appellation que je crois être récente :

Situé au nord-ouest de Montpellier, le vignoble des Terrasses du Larzac est marqué par la fraîcheur qui descend du plateau montagneux du Larzac, avec pour repère symbolique le Mont Baudile culminant à plus de 850m. Cette situation géographique particulière, avec des amplitudes thermiques jour/nuit pouvant atteindre plus de 20 degrés en été, favorise une maturation lente et progressive des raisins bénéfique pour la complexité aromatique et la fraîcheur des vins. 

Pour révéler toute la grandeur de ce terroir, les vignerons des Terrasses du Larzac jouent sur la gamme des 5 cépages languedociens (grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, carignan) afin d’exprimer au mieux la personnalité de chaque type de sol (argilo-calcaire, ruffes, galets, etc.), sachant qu’ici le terroir prime le cépage. Enfin, par un minutieux travail d’assemblage (3 cépages au minimum) et un élevage d’au moins 12 mois, nous donnons une signature unique à nos vins d’appellation.

En dehors du bla-bla habituel sur le terroir qui primerait sur tout (et que l’on peut trouver à l’identique partout ailleurs), on trouve dans ce texte quelques éléments factuels. L’usage de plusieurs cépages en assemblage et le rôle de l’altitude pour fournir une amplitude thermique importante au vignoble. Je pense que ce dernier ingrédient est le plus important dans une région chaude, quelle que soit les règles, souvent peu logiques, qui imposent les cépages autorisées dans telle ou telle appellation. A propos de cépages, et en dépit de ce qui est dit dans le texte ci-dessus, j’ai noté que seulement deux des vins que j’ai dégusté et commenté ci-dessous contiennent du cinsault, et jamais pour plus de 8% de l’assemblage. J’ai aussi noté dans les fiches produites lors de la dégustation que les rendements y semblent très faibles, car tous les producteurs présents affichent des rendements de 25 hl/ha. J’imagine que cela est due à la topographie et la sécheresse estivale, et peut-être aussi l’espacement des vignes.

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Les vins que j’ai pu déguster de cette jeune appellation m’ont favorablement impressionnés. Leur fourchette de prix, qui va, en gros, de 1 à 3, commence à refléter la réputation de certains vignerons qui vendent leurs cuvées à 30 euros, mais aussi, probablement, la qualité des vins (et du prix de revient) des moins connus des producteurs présents, car il n’y avait aucun vin à moins de 11 euros. J’imagine bien que les conditions de production, et particulièrement les rendements, imposent un certain niveau de prix, mais il faut constater que nous ne sommes ni dans une appellation très accessible, ni dans une appellation élito-spéculative. Si des lecteurs veulent utiliser nos avis dans ce blog pour guider leurs achats, qu’ils notent que les vins que j’ai préférés ne sont pas nécessairement les plus chers. Autrement dit, même en dégustant à découvert, je ne me suis pas laissé entièrement aspirer par les noms et les prix. Je dirai donc que, comme toujours, le prix du vin dans ce cas reflète davantage des facteurs de marché (la renommée et les ventes passées du producteur) que la qualité intrinsèque du vin.

Ma dégustation des vins des Terrasses du Larzac

Mas des Brousses 2012

syrah, mourvèdre, grenache (15,50 euros)

Nez frais qui mêle un bon fruit mûr à des notes épicées. En bouche c’est délicieux, relativement tendre, avec une structure légère et un équilibre parfait. C’est alerte et gourmand, très réussi et d’un bon rapport qualité/prix (15/20)

Mas Cal Demoura, Les Combariolles 2012

syrah, mourvèdre, carignan, grenache (23 euros)

Nez frais qui évoque le sous-bois et la garrigue. Bon fruit en bouche mais un peu moins d’ampleur de de charme que le précédent (14/20)

Domaine de la Réserve d’O, cuvée Hissez O 2008

syrah, grenache, cinsault (19 euros)

Intense et fin, avec une très belle matière et beaucoup de fond. Les années supplémentaires de vieillissement par rapport aux autres vins de la série lui ont certainement fait du bien. (15/20)

Mas des Chimères, Nuit Grave 2012

syrah, mourvèdre, grenache (11 euros)

Plus austère de profil et simple dans son volume, ce vin a un joli équilibre entre fruit et tanins. (14/20)

Le Clos des Serres, La Blaca 2012

syrah, grenache, carignan (14,50 euros)

Les nez m’a semblé animal, probablement par un effet de réduction. Ce vin est également serré, voire un peu sévère en bouche et aura besoin d’un ou deux ans de plus en bouteille ou d’une bonne aération. (13/20)

Mas Haut Buis, Costa Caoude 2012

grenache, carignan, syrah (22 euros)

Un très beau nez, expressif. En bouche, une impression de profondeur et de velouté chaleureux qui doit certainement quelque chose à la part de grenache (45%). Belle longueur. (15/20)

Mas Julien 2011

carignan, mourvèdre, syrah, grenache (29 euros)

Un nez superbe, aussi complexe que bien fruité. Charnu en bouche, avec des tanins veloutés. Long et très beau. Un vin de classe, un peu cher mais qui peut valoir son prix pour des amateurs (15,5/20)

Domaine de Montcalmes 2011

syrah, grenache, mourvèdre (22 euros)

Nez intense. Même intensité en bouche mais encore un peu fermé. Belle fraîcheur. L’ensemble aura besoin d’un peu plus de temps. (14,5/20)

Domaine du Pas de l’Escalette, Le Grand Pas 2012

grenache, carignan, syrah

Le nez ne m’a pas semblé net, car très animal. Cela se confirme en bouche, avec une texture et une finale asséchante et crayeuse. Je soupçonne une présence de bretts. Le propriétaire m’a assuré du contraire mais je n’ai pas aimé ce vin.

Domaine de la Réserve d’O 2010 (en magnum)

syrah, grenache, cinsault (30 euros le magnum)

Un peu à part dans cette série, car issu d’un millésime plus ancien et, de surcroît, servi en magnum. Un très beau nez, exaltant par ses parfums. La bouche confirme avec une très belle qualité de fruit qui entoure des tanins encore présents mais raffinés et une très belle fraîcheur. (16/20)

A noter qu’on produit ici aussi des blancs assez fins (par rapport à la plupart des blancs de la région), mais qui ne peuvent se vendre que sous la désignation IGP. Les prix sont malheureusement du même niveau que les rouges, donc un peu chers quand on les compare à d’autres blancs de qualité équivalente d’ailleurs, car, pour 25 euros la bouteille j’estime qu’on peut trouver de meilleurs vins vins blanc en Bourgogne, en Alsace ou en Loire, par exemple.

David

 

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