Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Riesling : le retour

Il y a quelques semaines nous avons démarré, un peu timidement, une petite série d’articles, coups de coeur ou chroniques autour de ce grand cépage rhénan qu’est le riesling. Il est temps d’y revenir.

Je dois avouer que je suis un grand amoureux de cette variété, même si je n’aime pas toutes ses expressions aromatiques, et notamment la gamme qui sent les hydrocarbures (pétrole, si vous préférez, mais cela ne donne pas plus envie !). Par conséquence je vous parlerai peu de ces rieslings-là, même si, pour certains, cela passe pour un des marqueurs de « typicité » : néologisme débile qui ne signifie pas grande chose sauf, peut-être, le dénominateur commun le plus faible entre les vins d’une région ou cépage.

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Mais revenons à notre sujet du jour, qui est un vin du Domaine Gresser, dont la dizaine d’hectares est situé à Andlau. Je pense que la plupart des amateurs connaissent mieux le Domaine Kreydenweiss, sur cette même commune, et qui fait aussi des vins remarquables. Les Gresser sont pourtant ici depuis le 16ème siècle et Rémy Gresser fut le président du CIVA (l’organisme collectif des vins d’Alsace) pendant des années. Mais qui connaît ses vins ?

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Je viens de déguster son Riesling Grand Cru Kastelberg 2011 et c’est un vin formidable, qui allie, comme seul de riesling sait le faire, finesse et puissance des saveurs. Nous l’avons bu en compagnie d’un filet de veau aux champignons et il n’a eu aucun mal à tenir tête au plat, sans jamais le dominer. Il y avait dans ce vin de très lointains relents de la gamme cire/petrôle, mais rien pour me gêner. Surtout cette texture ferme, allongée, cette formidable intégration de l’acidité qui fait tant partie de la nature du cépage sans jamais sembler être plaqué sur la surface du vin. Un vin qui donne envie de finir la bouteille, tant sa complexité encourage une exploration poussée des ses subtilités.

Le site web de Gresser met en avant la géologie qui sous-tend ses parcelles. Je passe sur ce sujet auquel je ne comprends manifestement pas grande chose (demandez avis à Georges Truc), mais je vous montre la carte quand-même. On voit bien que l’Alsace est très complexe sur ce plan-là.

 

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Il y a autre chose que l’habillage de ce vin évoque pour moi: c’est la clarté exemplaire de la communication sur les éléments qui le composent. Il faut dire que ce n’est pas toujours le cas, en Alsace ou ailleurs. Surtout en Alsace peut-être, ou certains des grands noms vous laissent dans le brouillard total quant à la quantité de sucre résiduel que vous risquez de trouver dans le vin. Je vous montre ci-dessus (deuxième photo) la contre-étiquette de ce vin qui est exemplaire dans ce domaine. L’échelle de sucre y est bien présente, comme la nature du sol et d’autres mentions, obligatoires ou non. Et le tout est lisible !

Un exemple à suivre….

Et bon match (ou good game, c’est selon) !

David Cobbold

 

pharebleu


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Millésime Bio 2016 (2ème volet) : Au top !

Après des années de bons et loyaux services où durant trois jours pleins (bien plus en comptant les autres salons) je risquais ma santé en m’adonnant à toutes les dégustations possibles et (in)imaginables, y compris les plus exécrables, ceci dans le seul but de découvrir des vins bios qui aujourd’hui connaissent la gloire, j’ai quand même consenti à consacrer une petite journée au Salon Millésimes Bio version 2016 qui attirait pléthore d’exposants rendant aujourd’hui l’efficacité de la visite de plus en plus aléatoire ainsi que le souligne ce court billet pêché dans Vitisphère. Je le déplore et pour ma part, cela fait quelques années que j’agite le chiffon rouge. N’ignorant pas que mon ressenti professionnel ne touche personne d’autre que moi-même, je m’autoriserai toutefois en fin d’article à suggérer quelques pistes forcément naïves qui permettraient peut-être de pimenter un peu plus l’intérêt d’un tel salon tout en ravivant la flamme organique.

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Toujours est-il qu’après mes rouspétances de l’an dernier à pareille époque, je me suis lancé dans la quête désespérée de salons dits off où, je dois l’avouer, les choses ne sont pas toujours faîtes pour que l’on puisse déguster au mieux. J’avais déjà donné (Verchant, Roots 66, Les Affranchis, etc) mais il faut croire que j’étais en manque. Cohues, bousculades, personnages suffisants en mal de grands discours sur le commerce du vin ou les bienfaits des vins sans intrants, seaux débordants de crachats, odeurs pestilentielles mélangeant parfums bradés et tabacs de contrebande, force est de constater une fois de plus que la plupart des gens qui viennent se frotter et se bousculer dans ce genre d’événements au rabais lancés à grands coups de buzz sur les réseaux sociaux, sont là non pour travailler, c’est-à-dire goûter chaque vin et prendre des notes, mais pour se battre et tenter d’arracher quelques goutes d’un précieux liquide-miroir-aux-alouettes dispensé par la main d’un gars qui se dit vigneron parce qu’il a plongé un jour dans la mode du sans soufre. Voilà, c’est dit. Certes, le vigneron paie moins cher qu’une exposition sur 3 jours au salon officiel – Millésime Bio, en l’occurrence -, mais que gagne-t-il au final hormis le plaisir que l’on éprouve (peut-être) à déboucher une trentaine de bouteilles pour des boit-sans-soifs que l’on sert à la chaîne et qui vous promettent au passage monts et merveilles ? La satisfaction d’attirer cent ou deux cent personnes dans des conditions parfois rocambolesques ?

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Bien sûr, face à ce tableau bien noir et forcément exagéré, il y avait des exceptions. Quelques rares moments de grâce, de paix et d’organisation qui suffisent à vous dire que vous ne vous êtes pas déplacés pour rien. À l’image des Outsiders de Louise Hurren ou du Salon Biotop lancé depuis quelques années déjà par Isabelle Jomain, laquelle a eu l’idée d’attirer les amateurs au sommet d’un phare-château-d’eau édifié dans la très hideuse (ou très kitch, selon les goûts) station balnéaire de Palavas-les-Flots, à quelques kilomètres à peine de l’aéroport et du centre des expositions de Montpellier où se tenait Millésime Bio. Justement, j’y suis allé.

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Photo©MichelSmith

Autant le dire tout de suite, sur la cinquantaine de domaines occupant le restaurant du Phare de la Méditerranée, je n’ai pu en goûter que quelques uns, ce qui prouve bien que ce n’est pas en une journée que l’on peut sérieusement faire le tour d’un salon de ce type. Je reprends donc pour vous mes notes les plus significatives en commençant, une fois n’est pas de coutume, par le Bordelais. J’ai renoué en effet avec le Côtes de Bourg du Château Falfas que je n’avais pas goûté depuis 10 ans au moins et si je n’ai pas été séduit par les cuvées Les Demoiselles, j’ai néanmoins aimé le rouge 2011 du château qui, fort de ses quatre cépages, était en plein épanouissement, à la fois complexe, au bord de l’évolution et relativement facile d’approche. Idem, en dépit des tannins marqués, avec le Château Gombaude-Guillot 2011 Clos Plince. Mais le plus beau sans conteste était le Pomerol 2008 en magnum de ce même domaine, un vin dense et fier.

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Photo©Brigitte Clément

Dans le Sud, j’ai aimé le très syrah rosé 2014 du Domaine Les Arabesques à Montner (Roussillon) déclaré en Vin de France que j’ai trouvé vif et élancé. Chez le sieur Padié (Jean-Phi pour les intimes), j’ai vécu une fois de plus la joie immense que procure son Calice 2015 également estampillé Vin de France, un rouge libre et sans complexe entièrement dédié au carignan de Calce. Joie aussi, exprimée non sans détermination au travers de toutes les cuvées du Domaine Rousselin, à Lesquerde. À commencer par un rouge Roc’n Rousselin (du nom des propriétaires), grenache, merlot, macabeu, qui se boit presque sans retenue. Tout comme leur Rendez-vous, une syrah bien en verve, dense, large, souriante. Sans oublier leur Côtes-du-Roussillon-Villages Lesquerde 2014 Les Orientales donnant un rouge envoûtant.

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Laurence Rousselin (Photo©Brigitte Clément)

Trop brève incursion en Touraine, au stand de mes amis Coralie et Damien Delécheneau du Domaine La Grange Tiphaine. À commencer par leur Bécarre, un Amboise de pur cabernet franc qui se lampe comme l’on respire ! Et sans oublier la Clef de Sol (cabernet-franc et côt) 2014 assez ferme en bouche mais dotée d’une belle longueur. Quant au Nouveau Nez, c’est un pet’nat pur et fin qui met une fois de plus Montlouis à l’honneur ! Toujours dans la Loire, quel plaisir de retrouver mes amis du Domaine de Veilloux, Michel et Arnaud Quenioux avec leur Cheverny blanc 2014 Les Veilleurs, toujours aussi vif et incisif, dense et salin. Leur Argilo blanc 2011 est un des plus beaux du secteur et il laisse ressortir de jolies notes évoquant le noyau de pêche et d’autres fruits blancs. Sans oublier le romorantin 2014 qui regorge de finesse et de notes fumées.

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Photo©Brigitte Clément

Les vins de Provence étaient en nombre, mais dans la cohue, je n’ai pu m’approcher que de ceux de l’ami Peter Fischer du Château Revelette. Deux surprises de taille : l’ugni blanc 2015 Pur et le rosé 2014 tout en carignan ! En passant, coup d’oeil vers le Beaujolais. Je me suis régalé du Petit Poquelin du Domaine des Côtes de la Molière, gamay 2015 étiqueté Vin de France. Mais leurs crus Moulin à Vent, Fleurie et Morgon ne m’ont guère enthousiasmé en 2015 bien que le fruité me semblait apparent sur les deux derniers. Un soupçon de déception aussi en Champagne, chez les Fleury, outre une excellente cuvée de pur pinot noir et un brut nature Cuvée de l’Europe (15 % de chardonnay) toujours aussi droit et prenant.

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Photo©MichelSmith

Restons donc dans les bulles avec une fascinante et très catalane maison familiale, Alta Alella Privat. Les Pujol-Busquets, qui vivent dans leurs vignes à portée de vue de la Méditerranée, au cœur de la discrète D.O. Alella, sont parmi les rares (les seuls ?) à produire du Cava au nord de Barcelone. J’ai bien aimé l’éclat fruité de leur brut nature AA Privat 2013 (xarel-lo, macabeu, parellada), leur Bruant 2014, un pur xarel-lo vinifié sans surlfites à la fois vineux et crémeux, ainsi que leur Laietà Gran Reserva, un brut nature 2012 affichant 36 mois de vieillissement sur lattes et présenté dans un très joli flacon, réplique de ce qui se faisait jadis lorsque les blancs du coin étaient envoyés à la cour d’Espagne. Cette dernière cuvée, xarel-lo pour l’essentiel, mais avec un peu de chardonnay et de pinot noir, se goûtait avec beaucoup de sève et de longueur.

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Photo©Brigitte Clément

Voilà pour la partie dégustation. Maintenant, revenons sur l’épineuse question du salon Millésime Bio. Pas question de remettre en cause ici le succès déclaré de cet événement. Mais, compte tenu de la multiplicité des manifestations annexes qui viennent se greffer au salon officiel, nous sommes en droit de nous poser des questions sur son avenir. Un questionnement qui rejoint ici même celui de notre ami Jim Budd à propos du Salon des Vins de Loire.

Morceler et communiquer juste, ne serait-ce que pour avancer mieux ?

Attention, je prends bien soin, n’étant ni expert ni donneur de leçons, de faire de mon intertitre un questionnement. Mais le problème a été tant de fois abordé ici comme ailleurs, par moi comme par d’autres, qu’il me paraît utile pour une fois de faire quelques suggestions aux organisateurs du salon Millésime Bio. L’une serait, par exemple, de diviser le salon en trois parties correspondantes à trois halls d’expositions bien distincts. Le hall principal, celui par lequel les visiteurs entrent, serait consacré aux novices, c’est-à-dire aux vignerons récemment concernés par la bio, ceux qui auraient entre trois et dix années d’expériences en prenant en compte la date de leur certification officielle. Le hall suivant pourrait être affecté aux anciens, aux domaines ayant plus de dix années de pratique de l’agriculture biologique. Un dernier hall pourrait être réservé à ceux des vignerons qui pensent aller plus loin que la simple revendication AB, je pense aux biodynamistes par exemple, ou aux tenants bio du sans soufre ajouté.

Je sais le reproche que l’on ne manquera pas de me faire : cette partition risque de semer la zizanie dans le monde du bio. Mais après 40 ans d’observation, je constate 1) qu’il faut du temps pour être vraiment dans l’esprit bio et que la terre comme la plante ont aussi besoin de ce temps d’adaptation ; 2) que la biodynamie est véritablement un exercice à part, un courant qui, par moment et, selon les cas, s’éloigne vraiment de la simple culture bio ; 3) que les jeunes (ou les nouveaux) qui démarrent en bio n’ont pas toujours réalisé les efforts à fournir, mais qu’ils ont en revanche une besoin d’aide médiatique pour se faire connaître puisqu’ils viennent après leurs aînés qui, certes ont essuyé les plâtres bien avant eux, mais qui ont en revanche bénéficié à fond de la curiosité des médias face à ce qui, à l’époque, apparaissait alors comme étant une tendance novatrice dans le monde viticole. Pour le reste, Millésime Bio doit garder son esprit d’origine qui fait que l’on peut voisiner un grand nom de Bourgogne alors que l’on vient de Croatie ou de Cahors, et que l’année d’après, la place qui vous sera attribuée ne sera pas la même que celle d’avant.

Sur le plan de la communication, il me paraît essentiel d’accorder plus d’impact à l’événement, de lui donner plus d’éclat (mais sans esbroufe), que ce soit avec ou sans l’aide de la région Languedoc/Roussilon, de la mairie de Montpellier et de Sud de France. Plutôt que d’offrir le transport et une nuit d’hôtel à des prescripteurs que l’on invite en masse en misant sur une large participation d’ensemble, sans trop savoir d’où viennent les invités ni ce qu’ils font réellement, il me paraîtrait plus judicieux de sélectionner chaque année au sein de la presse en général (blogueurs, journalistes étrangers ou nationaux) une dizaine d’entre eux (voire plus) pour une semaine tous frais payés afin de les faire participer – un peu à l’instar de Vinitaly – à des jurys de dégustation ou à des projets de visites dans des appellations régionales, projets impliquant bien entendu la publication d’articles. Évidemment, ce groupe de journalistes changerait d’année en année et cela n’empêcherait nullement par ailleurs d’accueillir dignement d’autres prescripteurs, comme ceux de la presse régionale par exemple, ni de réinviter des journalistes ayant bénéficié quelques années avant des avantages précités.

Autre aspect régulièrement mis de côté : la quantité de vins présentés. Certains abusent et débarquent sur le salon avec une dizaine, parfois plus, d’échantillons de vins, dont beaucoup souvent imbuvables en cours d’élevage, tirés de la cuve ou de la barrique. Ainsi, il arrive que l’on passe près d’une heure sur un domaine en passant du blanc très sec au jus de raisin muté, sans oublier les rosés, les pétillants et les vins rouges. Certes, je sais que c’est un salon d’affaires et qu’il vaut mieux, pour un vigneron ou un négociant, avoir le maximum de bouteilles pour avoir une chance de décrocher le marché miraculeux, mais enfin… Je pense qu’en limitant la présentation à 5 ou 6 vins par exposant on arriverait à plus de fluidité et de variété d’échantillons à goûter dans la journée.

Enfin, il est grand temps – et il me semble que c’est le cas, même si je n’ai pas lu les statuts – que les organisateurs de Millésime Bio refusent clairement l’inscription de domaines qui participent par ailleurs à une manifestation off. Grand temps aussi que les dits organisateurs mettent sur pieds une grande table ronde à laquelle serait conviée les représentants du salon officiel et ceux des dégustations off afin d’avoir une discussion sur l’éventualité d’un regroupement au sein de l’enceinte du centre des expositions de Montpellier. Grand temps enfin que les journalistes et acheteurs invités par Millésime Bio signent l’engagement de ne pas participer aux autres salons organisés en parallèle durant cette période dans et autour de Montpellier.

Michel Smith


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Le Québec blanc

Pardon de vous faire ainsi entrer de force dans ma vie privée, mais je séjourne présentement au Québec. Et lorsque ma compagne québécoise n’est pas vissée sur son cellulaire ou en train de me préparer de bons petits plats, elle magasine allègrement bravant neige et verglas. C’est lors d’une de ses sorties que, dans le froid polaire, je l’ai suivie pour un shopping vineux d’entre les fêtes, tout en me disant qu’il serait intéressant d’en profiter pour tester l’un des vins de son pays. Car on a beau être positionné entre le Labrador et les Etats-Unis, dans la neige et la glace, il ne faut jamais oublier que le Québec compte autour de 130 domaines viticoles, dont 74 font partie de l’Association des Vignerons du Québec. D’ailleurs, pour commencer, je vous invite à visiter le lien de cette association qui est aussi à l’origine d’une Route des vins très inattendue sous ces climats, route qui fait la joie des cyclotouristes en été. Notez au passage que les vignerons adhérents émettent tous le voeu de n’utiliser dans leurs vins que des raisins (très majoritairement blancs) en provenance du Québec et non d’une province voisine, l’Ontario pour ne pas la nommer.

Photo©MichelSmith

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M’étant mis en quête d’un bon Champagne, j’ai donc profité d’une visite dans le magasin SAQ « sélection » du Centropolis de Laval, en périphérie de Montréal pour me glisser vers le rayonnage dédié aux vins du Québec. Ici, comme dans chaque autre province du Canada où une société de l’état gère le monopole sur les alcools, la Société des Alcools du Québec monopolise le commerce des vins qu’elle diffuse au travers de différents magasins (SAQ Express, Classique, Sélection, Signature, Dépôt) répartis dans la Belle Province. Autant de bannières comme on dit ici adaptées pour un type de clientèle et de consommation, sans compter l’inévitable vente par Internet. Cette étatisation de facto rend, il faut bien le dire, la consommation du vin un peu terne car, s’il est assez large, le choix des œnologues et acheteurs fonctionnaires n’est jamais aussi varié qu’un amateur digne de ce nom serait en droit d’attendre. En fonction des boutiques, des bannières, il est même carrément tristounet.

Pour autant, il existe bel et bien des importateurs privés qui comblent une partie du vide en permettant aux amateurs de se procurer un vin plus original non retenu par la SAQ. Mais ces sociétés n’ont pas le droit de diffuser des vins qui seraient déjà inscrits au catalogue officiel, bien que la SAQ, en grand seigneur, leur accorde de plus en plus la possibilité de mettre en avant dans ses propres boutiques des vins introduits par les sociétés privées au Québec en achetant leurs vins et en allant même jusqu’à mentionner leur nom sur le flacon tel que le montre cette photo.

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Des vins d’agences privées en vente exclusive à la SAQ. Photo©MichelSmith

Mais ça se complique. Imaginez que ma Brigitte, en bonne amoureuse du vin français qu’elle est, repère chez l’agence Smith un délicieux Côtes du Marmandais, elle peut en commander un carton à la-dite agence qui lui dira – telle est la règle – d’aller en prendre livraison à la SAQ de son quartier et de payer la facture à la SAQ. Et encore plus compliqué : l’agence en question lui adressera de son côté une facture dite de frais d’agence de l’ordre de quelques dollars par bouteille vendue. Cela peut se monter à une cinquantaine de dollars canadiens pour un carton de douze ! Bien entendu le grand public non averti ne connaît pas ces subtilités procédurières qui imposent en plus à l’amateur averti à n’acheter que par cartons de 6 ou de 12. On le voit, bien boire au Québec peut ressembler à un magistral jeu de piste, un vrai casse-tête parfois.

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Incomparable ! Photo©MichelSmith

Après avoir déniché mon Drappier Brut Nature à 47,75 $Ca la bouteille, un prix finalement assez proche que ce que nous le payerions en France, je me suis arrêté à la zone Origine Québec réservée aux vins locaux. Par manque de connaissance, sans trop m’attarder devant chacune des nombreuses bouteilles en exposition, j’ai saisi l’une d’elle un peu au hasard, un blanc pas trop lourd en alcool (11,5°) provenant d’un vignoble pionnier assez connu, celui de l’Orpailleur, au sud-est de Montréal, à Dunham, dans une région, celle des Cantons de l’Est qui, à première vue, me paraît être également assez cidricole. Créé en 1982 par deux français associés à deux québécois, largement ouvert aux visites (restaurant, musée, visites guidées), le domaine produit autour de 165.000 bouteilles chaque année ce qui n’est pas si mal, avec entre autres spécialités un inévitable vin de glace et un effervescent.

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Le blanc choisi m’a coûté 16,25 $Ca, soit un peu plus d’un dollar en plus du prix indiqué sur le site de l’Orpailleur, ce qui ferait un peu moins de 12 € chez nous. Comme annoncé de manière bien visible sur l’étiquette, il est composé à parts égales de raisins de cépages hybrides Vidal et Seyval. On pourrait presque dire que c’est un vin historique, car il fut le premier vinifié et commercialisé en 1985, soit trois ans après la plantation du vignoble. Oh, ce n’est pas un vin bien compliqué: robe blonde, nez bien affirmé de poire et pamplemousse, je le trouve assez lisse en bouche, lustrée et sans charme particulier, légèrement poivré en finale sur un fond d’agrumes et une longueur somme toute honnête. Je ne dis pas que j’en rachèterai une bouteille, mais si je n’avais que ce vin-là à consommer dans ma cabane au Canada, j’en ferais un vin d’apéro à boire sans trop réfléchir sur un croque-monsieur, des gougères ou des pizzas. Rien de plus. Heureusement, caché dans le frigo de Brigitte se trouvait une bouteille de Cauhapé, un Jurançon sec acheté lui aussi à un prix très raisonnable.

Michel Smith

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Où va le vin?

En ce tout début d’année, il est pertinent de se poser une question fondamentale: où va le vin ?
Certes, nous pourrions envisager un débat philosophique, joindre quelques grands penseurs à nos débats, imaginer une certaine mystique autour du sujet, faire des recherches historiques…
Mais chacun ne doit-il pas trouver la réponse au fond de lui-même, après quelques instants d’introspection ou de méditation?
L’imagination n’est-elle pas plus importante, comme le disait (presque) Albert Einstein?
Je me suis penché sur le sujet, prenant parfois le risque de trébucher, voire de chuter. Mais il me fallait une réponse concrète, l’imagination m’entraînait trop loin, vers ces horizons qui parfois s’avèrent funeste pour la raison. Raison de plus pour demeurer pragmatique et procéder par petites touches. C’est ce que j’ai fait. À chaque déplacement, quand l’occasion se présentait, je prenais un cliché des possibilités.
Il fallait bien entendu envisager tous types de vins, des basiques aux hauts de gamme, des rustiques aux sophistiqués, des collectifs aux particuliers, des techniques aux paysans, des technos au natures, des étrangers aux bien français, …
Voici un aperçu de mes longues recherches.

Beaujolais 3 salons (3)Des basiques aux hauts de gamme

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Laurent Combier juillet 2013 030Des rustiques aux sophistiqués

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Millésime bio 2013                                                                                                                                                             des collectifs aux particuliers

Crozes balade 197

Concours Bruxelles 2012 149Des techniques aux paysans

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IMG_1506Des technos aux « nature »

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25344_379760889339_8254203_nDes étrangers (qui trient sélectif) aux bien français

Beaujolais escapade 332

Si le vin part au caniveau, que cela ne nous empêche pas d’en rêver, d’en déguster, d’en boire, et profitons-en pour tous ensemble à l’an 2016 trinquer à l’an neuf.
Que 2016 vous soit à tous des plus profitables, des plus jouissifs, des plus ce que vous voulez.
Bonne et heureuse nouvelle année!

Ciao

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Marco

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London : itinéraire d’un finoïste convaincu

C’est bien connu : il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et puisque j’aime bien me remettre en cause, revenir sur mes à-priori, dire oui un jour, non le lendemain, pour pimenter mon presque biannuel voyage à Londres, voyage entrepris afin de mieux me faire connaître auprès de mon espiègle et charmante petite-fille, Astrid, j’ai décidé de m’attaquer à l’épineux et néanmoins capital problème qui consiste à bien grignoter tout en buvant au minimum un bon verre de fino par jour dans une ville tentaculaire où les restaurants pullulent. Pourquoi une telle obsession, me direz-vous ? Tout simplement parce que lorsque je vivais à Londres dans ma prime jeunesse, le sherry, mot désignant dans leur ensemble les vins de Jerez, était très prisé dans les pubs où on le servait sous la forme de sweet, medium dry, ou dry sherry. À des dames principalement…

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Gloomy London, on a Sunday evening. Photo©MichelSmith

Bref, à l’époque, entre 1965 et 1970, ces vins andalous me semblaient archi populaires alors que personnellement je ne pouvais les avaler préférant de loin la bière et la vodka-orange ! Souvenez-vous, lors d’une précédente expédition trans-manche où je m’épanchais déjà sur le vin à Londres, j’avais l’impression que les sherries n’étaient plus du tout en vogue dans cette ville. Je dois avouer que ce sentiment est sèchement balayé au retour de ce tout dernier voyage à cheval sur le week-end dernier. Lors de cette longue fin de semaine, Londres m’est subitement apparue comme étant de nouveau sherry friendly.

WP_20151207_026Comme soudainement hispanisée, la capitale anglaise serait sous l’emprise d’une sorte de fino mania qui ne peut que m’enchanter et me séduire. Pour vous le prouver, je vais vous décrire quelques unes de mes étapes récentes dans cette mégapole toujours aussi bruyante, frénétique, friquée et démesurée où tout est fait pour encourager la consommation des vins en général à toute heure de la journée alors qu’à mon époque, comme on dit, les pubs n’ouvraient qu’à certaines heures précises et contraignantes.

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First stop at La Vinoteca. Photo©MichelSmith

Première étape au sortir de la cohue du tube de la gare de King’s Cross dans une sorte de vaste eating place toute neuve dédiée au vin, où l’accueil est chaleureux et prévenant. Au bar Vinoteca, le plus connu d’une chaîne londonienne composée de 5 établissements, lorsque l’amateur questionne le serveur sur l’offre fino disponible, il vous propose une Manzanilla en petite bouteille (37,5 cl), La Sanluqueña, un vin très original, profond et ample en bouche quoiqu’un brin rustique sur les bords. Première bonne impression, d’autant que la carte, consultable en ligne, ou offerte sur place sous forme de brochure, donne plein d’autres idées pour commander du vin à emporter. On peut s’offrir le verre (4,25 £ pour 10 cl) en compagnie de jambon de Teruel et de chorizo (11 £ l’assiette), une adresse où je reviendrai volontiers !

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Deuxième étape, cette fois-ci plus familière puisqu’en plein Borough Market, à l’Applebee’s qui reste de loin mon restaurant favori tant on sait y servir le poisson presque à la perfection – fraîcheur et cuisson – dans une ambiance décontractée. Sur le gros calamar frit au sel et au poivre (9,95 £), ou sur le duo de sashimi (12,50 £), le Jerez fino del puerto de Guiterez Colosia (17 £ la petite bouteille de 37,5 cl) s’impose sans l’ombre d’un doute tant il est frais, vif et mordant. On en abuse volontiers ce qui incite à programmer une promenade sur les bords de la Tamise où les joggers s’en donnent à cœur joie.

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Photo©MichelSmith

Ma dernière étape sera dans un des nombreux bars repérés pour l’occasion dans une sélection – une de plus – regroupant les dix meilleures adresses de Londres pour les fervents du fino. C’est ainsi que je me suis laissé attirer au Barrafina, un authentique et moderne bar (3 établissements dans le centre de Londres) qui semble jouer sur la qualité des tapas. Dans son antenne la plus réputée, à Frith Street, en plein cœur de Soho, j’y ai savouré un surprenant verre de 10 cl de Fino Perdido (6 £) de Sanchez Romate recommandé par le serveur espagnol qui m’a fait l’honneur de me faire sentir une bonne rasade de vin dans un large verre afin d’aller dans le sens de sa proposition.

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Un vin riche en couleur (bronze) et en goût, gras au palais, un peu moins vif que les Manzanillas La Guita ou La Gitana également présentes, si mes souvenirs sont bons, sur une carte où les Jerez sont proposés au nombre de six. Très style en rama diront certains, j’avais entre les mains ce genre de fino que l’on a volontairement laissé vieillir quelques années de plus dans l’espoir de frôler le style amontillado. Ce perdido s’accordait merveilleusement bien avec cet esprit de vin de fin de déjeuner dans lequel j’étais juste après mon repas sans alcool dans un fameux restaurant du China town tout proche.

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Photo©MichelSmith

Pour info, si vous êtes encore plus finophile que je le suis, Gus, le barman du Vinoteca, m’a chaudement recommandé un bar voisin de King’s Cross, le Pepito, bar que je ne manquerai pas de squatter la prochaine fois. La carte de vins de Jerez qu’il propose, sans oublier les flights qui permettent de comparer plusieurs styles à la fois et les appétissantes tapas variadas qui vont avec, me font déjà saliver. Serais-je en train de renouer mon histoire d’amour avec Londres ? Vous le saurez peut-être en lisant mes prochaines aventures !

Michel Smith

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Côte de Nuits Villages, des bourgognes plus abordables

Tout amateur de vin qui se respecte sait que certains vins de Bourgogne sont des merveilles de finesse et de subtilité. De tels vins sont capables de m’émouvoir aux larmes. Ainsi que de trop nombreux amateurs à travers le monde. Je dis trop, non pas pour dénigrer les bons vins de Bourgogne, ni leurs amateurs, mais à cause de leur trop grande rareté, de la pénurie frustrante que cela engendre, et donc des prix qui les rendent hors de portée pour le commun des mortels. Chasser les bons bourgognes est trop souvent un sport réservé à une élite fortunée, certes oenophile, mais parfois aussi un peu snob. Le « name-dropping » est un corollaire malheureux de cette condition, comme dans d’autres régions d’ailleurs.

Voyons les bases de cette affaire. Deux cépages mythiques, pinot noir et chardonnay, puis un discours axé sur la spécificité de chacun des climats, ces parcelles nommées qui ornent souvent les étiquettes en plus des noms de villages en sont deux des piliers; ajoutez-y un climat semi-continental parfois à la limite et qui ne fait que rarement des cadeaux. La combinaison entre une surface globale réduite (27.000 hectares environ, dont seulement 12% classé en premiers ou grands crus), une multiplicité de petites appellations généralement divisées entre de nombreux propriétaires et ce climat qui donne souvent le hoquet aux rendements, tout cela engendre une pénurie presque structurelle.

Hautes-Côtes-de-Nuits

Il faut dire aussi, sur le plan humain, qu’il y a en Bourgogne un nombre significatif de vignerons/vinificateurs qui travaillent avec un sens admirable d’abnégation et d’honnêteté. Et que tout n’est pas toujours rose pour eux, car le coût du terrain viticole, qui a pris un ascenseur rapide ces dernières années, rend très difficile une rentabilité à court terme pour des jeunes qui reprennent une affaire, comme pour quelqu’un de l’extérieur qui voudrait s’y installer et qui rencontre d’autres obstacles.

Cela dit, et malgré une situation économique globalement bien plus favorable pour le producteur bourguignon que pour ses collègues d’ailleurs, l’amateur qui ne sait pas choisir son vin de Bourgogne est trop souvent déçu par des vins maigres ou durs, sans un fruit raisonnablement mûr, aux tanins plus rustiques que puissants, avec des acidités décapantes, tout cela parfois plus ou moins masqué par un boisé si mal dosé que le vin en est écrasé. Une histoire pluriséculaire et un discours lénifiant sur la «magie du terroir» ne suffisent pas à rattraper un handicap prix qui place les mauvais bourgognes (et il y en a trop) sur ma liste des plus mauvais rapports qualité/prix au monde. Mais quand c’est bon, on est presque tenté d’oublier tout cela, bien qu’un tel mépris du consommateur (ou est-ce de l’ignorance?) soit entièrement condamnable.

La Bourgogne en automneLe « mystère » du terroir serait-il essentiellement climatologique ? Une vue du vignoble du Clos des Langres à l’automne (photo David Cobbold)

Pour l’amateur de pinot noir en Bourgogne, la zone mythique est indiscutablement la Côte de Nuits, qui s’étend de Fixin au nord à Corgoloin au sud. La majeure partie de cette zone est subdivisée en une série de villages dont les noms sonnent comme un appel à l’imprudence à toute personne qui s’intéresse à la chose vinique. Gevrey-Chambertin, Morey St. Denis, Chambolle Musigny, Vosne Romanée, Nuits St. Georges sont des noms qui font monter les prix et les ambitions. Mais quelques villages inclus dans cette zone, dont les surfaces se situent de part et d’autre de la D974 (ex N74), n’ont pas choisi au moment de la création des AOC d’avoir leur nom sur une étiquette. Ils sont donc regroupés sous la bannière commune de Côte de Nuits Villages. Il s’agit de Fixin et Brochon, au nord de la Côte de Nuits juste en dessous de Marsannay, et de Prémeaux-Prissey, Comblanchien et Corgoloin au sud, après Nuits St. Georges. Le cas de Fixin est un peu à part car ce village bénéficie aussi d’une appellation spécifique avec la présence de quelques premiers crus sur son aire. Tout cela ne pèse pas très lourd en termes de taille, car la surface de cette appellation, géographiquement divisée, est de 170 hectares seulement. Le vin rouge en constitue la production largement majoritaire, à hauteur de 95%.

L’absence de nom de village célèbre, et encore plus de Grand Cru, constitue a priori un avantage pour le consommateur à la recherche de bourgognes rouges plus abordables que la moyenne. Une récente dégustation d’une soixantaine de vins de cette appellation m’a donné l’occasion de tester cette hypothèse, puis quelques visites à des vignerons dont j’ai apprécié particulièrement les vins m’a fourni un aperçu de leur approches en me permettant de creuser un peu plus dans leurs gammes qui, comme presque toujours en Bourgogne, s’étendent bien au delà d’une seule appellation.

Clos de Langres

La dégustation avait lieu, à l’aveugle, le 12 novembre au Clos de Langres, qui appartient du Domaine d’Ardhuy

J’ai dégusté en compagnie de mon collègue Sébastien Durand-Viel. Nous avons commencé par quelques blancs, des millésimes 2014 (7 vins), 2013 (11 vins) et 2012 (1 vin). Puis une longue série de 47 rouges, la majorité venant des millésimes 2014 et 2013.

Mes vins blancs préférés en Côtes de Nuits Villages

Desertaux-Ferrand 2014

Vif et intense, aux arômes herbacés agréables, puis beurré et épicé. Belle finesse de texture, vin long et frais mais l’ensemble est tendre et déjà fondu.

Ambroise 2014

Semble prometteur avec une belle matière mais difficile à juger à ce stade car trouble et avec une forte présence de CO2 (échantillon tiré de cuve)

Fournerol 2012

Nez intense et bien équilibré. Bon fruit. Vin harmonieux ayant une belle allonge.

 

Mes vins rouges préférés en Côtes de Nuits Villages

Dupaquier 2014

Un très joli fruité aux contours précis autour de la cerise amère. Un vin séduisant qui, dans son profil, m’a fait penser à un bon cru du Beaujolais par sa combinaison particulière entre fruit et structure.

Chauvenot-Chopin 2014

Vin plus sombre en couleur et plus charnu dans sa matière que la plupart. La grande maturité du fruit y est pour quelque chose. Très bon, car équilibré.

Ambroise 2014

Un très beau nez qui donne tout l’éclat que j’aime au pinot noir. Ce vin est aussi long que charnu. Un des meilleurs de toute la série. (16 euros).

Philippe Livera 2013

Robe relativement intense. Bon fruit et matière en harmonie. Je me disais en le dégustant qu’il serait une bonne affaire autour de 10 euros, mais nous sommes en Bourgogne et cela vaudrait probalement un bon 5 euros de plus !

Naudin-Ferrand 2013

Une vraie gourmandise de pinot noir au nez, d’une très belle pureté. Au palais, le niveau d’acidité du vin m’a un peu dérangé, mais c’est fin et d’une grande élégance.

Dubois 2013

Le nez est assez intense. Au palais, bonne structure, un fruité mûr et une impression d’honnêteté et de clarté.

Petitot 2013

Robe de moyenne intensité, nez de fraises et cerises. Vin frais et délicat, avec une pointe d’amertume pas déplaisante en finale.

Desertaux Ferrand 2013

Le nez est important, en partie par la place prise par l’élevage, encore très présent. Mais le jus est fin et l’ensemble a du style.

Dufouleur Frères 2013

Robe sombre. Le nez de ce vin montre aussi un peu trop son élevage sous bois, mais la qualité du fruit est là, la longueur bonne et l’ensemble est plaisant.

D’Ardhuy 2013

Ce vin vise clairement un style de garde moyenne, car il sera sûrement meilleur dans deux ou trois ans. Un peu raide pour le moment, campé sur une bonne structure où tannins et acidités sont bien en évidence, mais entouré d’une très bonne qualité de fruit.

Desertaux-Ferrand 2012

Le nez est richement expressif. Très beau vin, aux tannins significatifs mais très bien intégrés. Aussi un vin à garder quelques années.

IMG_7209Le beau chai à barriques moderne construit par Bertrand Ambroise (photo David Cobbold)

A la suite de cette dégustation, nous avons pu visiter les domaines dont nous avions, Sébastien et moi, particulièrement apprécié les vins. Nous n’étions pas d’accord sur tous les vins (heureusement), mais nous étions d’accord sur les vins d’Ambroise, d’Ardhuy, de Dubois, et de Naudin-Ferrand. Sébastien a aussi tenu à visiter Chevalier (basé à Ladoix) et le Domaine de l’Arlot. J’aurai bien voulu visiter Desertaux Ferrand, dont j’ai sorti plusieurs vins, mais le temps manquait.

Cette semaine, je vous parlerai d’un de ces domaines. Le deux autres attendront tranquillement la semaine prochaine.

Maison Ambroise

La désignation de «maison» vient de la structure de cette affaire familiale qui comporte une petite part de négoce (3% du volume des ventes). Ce domaine mérite amplement d’être mieux connue en France. S’il ne l’est pas, c’est sans doute parce que 90% de la production de ses 22 hectares sont exportés. Son activité a démarré en 1987 quand Bertrand Ambroise, venu de son Paris natal, a épousé une fille du pays et a décidé de s’occuper sérieusement du vignoble familial, qu’il a ensuite agrandi, notamment avec des parcelles à Saint Romain et au Clos Vougeot. Son fils et sa fille travaillent maintenant avec lui sur le domaine où tout est cultivé en bio. Son approche fait aussi la part belle à de l’expérimentation, avec une grande ouverture d’esprit. Il est un des rares en Bourgogne (avec Daniel Rion à Nuits et Girardin à Meursault, notamment) à fermer ses bouteilles par capsule à vis, du moins pour une partie de la gamme, et ce depuis 10 ans déjà. Il utilise de plus en plus de grands contenants en bois pour ses fermentations et élevages : 400 et 600 litres ou même des foudres. Il a aussi expérimenté l’osmose inverse.

IMG_7211Des bons vins de Bourgogne pas chers existent, comme ces coteaux bourguignons de la Maison Ambroise qui sont vendus entre 6 et 7 euros au domaine (capsule à vis à droite), bouteilles posées sur de très belles dalles de pierre locale rose. Je crois qu’il s’agit de la carrière de Prémeaux.

 

Les vins de Maison Ambroise

J’ai beaucoup aimé les deux vins blancs entrée de gamme. Le premier est un Coteaux Bourguignons plein de fruit et de fraîcheur et essentiellement élevé en cuve. Le second est un Bourgogne blanc issu d’un coteau calcaire: il est plus vif et salivant, avec une belle netteté. En rouge, le Hautes Côtes de Nuits est délicieusement fruité et le Côte de Nuits Villages a confirmé la bonne impression que j’avais de lui à l’aveugle la veille. Ces vins méritent le détour.

 

David Cobbold

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6 Commentaires

Bojo be good !

Si je vous disais qu’il a le goût du revenez-y, la robe presque noire d’une Juliette Gréco des années 50, la note juste et fruitée du brave gamay peu ou pas chaptalisé, la bouche vive et éclatante d’une amoureuse, au point que si j’avais une moustache, elle se friserait de plaisir, la complicité d’une simple rencontre, que sais-je encore, vous me répondriez quoi ?

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Alors, puisque l’on parle du Beaujolais Nouveau, et que c’est bien son jour aujourd’hui (et peut-être aussi demain, et après-demain…), sachez au passage qu’il n’a pas que des amis dans ce monde de bruts où le manant dégaine son flingue. Lisez, par exemple, ce qu’écrit un de nos commentateurs préférés sur son blog. Se servir du Beaujolais pour en arriver à parler d’Onfray, fallait le faire ! Chez moi, à Perpignan, ce soir on ne boira pas que du Dubœuf, c’est promis mon cher Léon.

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Car contrairement à ce que pensent la plupart des gens à l’esprit biaisé par la pensée unique, le Beaujolais Nouveau touche aussi les petits vignerons dont beaucoup sont dotés d’un grand talent. De même que le vin nouveau ne concerne pas que le Beaujolais puisque l’Italie et l’Espagne, pour ne citer que ces pays, s’y mettent comme d’autres fabriquent la bière de Noël. Et puis, ce n’est pas qu’une boisson franchouillarde, puisqu’elle arrose aussi un public de bon-vivants hors de nos frontières, parfois même au bout du monde, jusqu’à Yellowstone dans les Territoires du nord-ouest canadien, par exemple.

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Résultat, des Côtes du Roussillon à la Touraine en passant par les Côtes du Rhône et le Gaillac, il y aura quantité de vins nouveaux à découvrir et de marrons chauds à grignoter à compter d’aujourd’hui. Et de cette chaleur, nous en avons grandement besoin. D’ailleurs, pour contrebalancer les avis souvent péremptoires lancés par les mauvais coucheurs de service, je vous invite à lire un autre son de cloche ici, sur ce blog, dès les premières heures de ce samedi matin : celui de notre gaillarde sommelière-en-chef Marie-Louise Banyols.

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Et puisque j’ai été sensible pour ma part à la tentative – de récupération, n’ont pas manqué de maugréer certains empêcheurs de boire en terrasse – lancée mardi dernier par des professionnels de la limonade pour inciter le peuple à faire le plein de joie plutôt que de rester scotché sur les chaînes d’infos, je vous repasse cette image que j’ai contribué pour ma part avec des milliers d’autres à populariser sur Facebook. Y’aura plus qu’à changer la date !

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Enfin, je n’ai ni chute intelligente, ni pensée philosophique, ni conclusion littéraire à fournir à ce billet qui, pour une fois, sera court. Si ce n’est que j’ai pour cela une bonne raison, celle d’avoir un putain de mal au crâne ! Détrompez-vous, ce n’est pas la faute au Beaujolais, mais c’est à cause de l’actualité. C’est la première fois de ma vie de reporter où j’éprouve une sorte de nausée. Heureusement qu’il nous reste le vin ! Alors, mon cher Beaujolais, de Londres à Singapour, de Perpignan au Boulevard Voltaire et aux abords du Bataclan, j’espère que tu vas te battre pour nous remonter le moral. Et surtout, you better be good !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)

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