Les 5 du Vin

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Gérard Bertrand et ses vins, 30 ans après

Je n’aime pas cette manie très française qui consiste à dénigrer toute réussite dans le domaine des affaires. Cela semble particulièrement virulent dans le petit monde du vin. En gros, pour ces esprits éclairés, tout ce qui est petit est beau et tout ce qui est grand est méchant. Il faut de la détermination pour réussir, mais pas seulement, et je trouve que c’est tout à fait méritoire.

Aujourd’hui, Gérard Bertrand est à la tête d’une entreprise viticole qui pèse 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, réalisé pour 50% en France et 50% à l’export. Elle comporte une douzaine de domaines qui totalisent 800 hectares dans le Languedoc et qui représentent les 30 pour cent haut de gamme de la production, le restant, majoritaire, étant issu du négoce. L’ensemble de cette production provient de la région Languedoc-Roussillon dont Bertrand est devenu, en 30 ans, un des producteurs emblématiques. Si cela fait grincer quelques dents de grincheux, je trouve que cela mérite déjà un coup de chapeau, sachant la relative modestie de ses débuts et l’image pas évidente des vins de cette région il y a 30 ans.

 

Villemajou, 1988

C’est en 1988 – il y a presque trente ans, donc – que commence véritablement l’histoire de Gérard dans le vin avec la sortie de son premier millésime du Corbières Château Villemajou, après la mort de son père. Mais la genèse du rapport entre Gérard Bertrand et le vin est plus ancienne. Son père Georges était courtier et négociant en vin et a participé à l’aventure de Val d’Orbieu. Il était aussi arbitre de rugby, ce qui n’est pas sans lien avec une autre passion de son fils, qui a été joueur de haut niveau, à Narbonne puis au Stade Français. Georges Bertrand achète le Domaine de Villemajou en 1970 et en fait la maison familiale. A partir de 1988, Gérard a progressivement développé cette petite affaire, aussi bien côté négoce que côté propriétés, avec l’acquisition successives de domaines dans tous les coins de la région. D’autres auraient pu être tentés d’associer le nom de régions plus prestigieuses à leur collection grandissante ; lui est resté fermement et fièrement ancré dans sa région natale. Et cette cohérence géographique dans la gamme de vins Gérard Bertrand, dont l’éventail de prix va de 3 à 200 euros (à la louche) est certainement un des facteurs de sa réussite.

A Villemajou sont donc successivement venus d’ajouter les domaines de L’Hospitalet (La Clape), Laville Bertrou (Minervois-La-Livinière), L’Aigle (Limoux) Cigalus (Vin de Pays d’Oc), Aigues Vives (Corbières Boutenac) La Sauvageonne (Terrasses du Larzac), La Soujeole (Malpère) et Clos d’Ora (Minervois-La-Livinière), ainsi que d’autres plus petits. La majorité des ces vignes sont conduites en biodynamie – une méthode que Gérard déclare vouloir étendre à tous ses vignobles d’ici 3 ans. Gérard Bertrand s’est converti à ce système que je trouve un peu ésotérique par certains aspects, même si d’autres relèvent du bon sens paysan (et je parlerai pas de son fondateur, Rudolf Steiner, plus que douteux par ses croyances). Après tout, si cela marche bien sur le plan de la production, pourquoi pas? Mais j’ai trouvé le livre de Gérard Bertrand sur le sujet aussi incompréhensible qu’indigeste.

Quoi qu’il en soit, une dégustation récente (pas celle sur la photo) d’une partie de la gamme Gérard Bertrand m’a permis de me faire une idée sur la qualité de sa production qui m’a semblé tenir bien la route à tous les étages. A une autre occasion, il y a quelques mois, j’ai sélectionné un de ses vins de négoce, de la série Naturae, pour un guide des meilleurs vins vendus en dessous de 10 euros. Car il n’y a pas que les vins des domaines qui sont bons !

Voici un compte rendu de ma dégustation au Domaine l’Hospitalet, le 23 septembre dernier.

Vins rosés

Ballerine, Crémant de Limoux rosé (prix inconnu)

J’ai trouvé ce vin un peu dur et manquant de fruit

Château de la Soujeole, Grand Vin 2016, AOP Malpère (25 euros)

Nez assez intense, notes de garrigue et de fumé. De la structure et de la longueur en font un bon rosé de table.

Château La Sauvageonne, La Villa 2016, AOP Coteaux du Languedoc (39 euros)

Style très pâle : on dirait un vin blanc ! Rond et chaleureux, avec du volume et du fruit. C’est puissant et long.

Vins blancs

Château de Villemajou, Grand Vin 2016, AOP Corbières (25 euros)

Beau nez, intense et rond, aux notes fumées. Bonne structure avec de l’acidité et de la longueur. Le fruité est un peu en retrait et la texture manque de suavité. Bon équilibre.

Château La Sauvageonne, Grand Vin 2016, AOP Coteaux du Languedoc (25 euros)

Nez puissant, limité un peu lourd, aux fruits tropicaux. Sauve et puissant en bouche, avec une impression d’alcool bien présent à peine régulé par son acidité. C’est plaisant mais il faut le boire assez vite.

Aigle Royal, Chardonnay 2016, AOP Limoux (45 euros)

Bonne intensité pour ce vin vibrant, au fruité précis et avec une bonne longueur.

Vins rouges

Aigle Royal, Pinot Noir 2016, AOP Limoux (45 euros)

Bon jus assez vibrant. La texture légèrement rugueuse a besoin de s’affiner en bouteille mais c’est très bon, bien fruité dans une registre assez puissant pour un pinot noir.

Château de la Soujeole, Grand Vin 2016, AOP Malpère (25 euros)

Bon vin honnête, juste un peu rustique par sa texture. C’est vivace, les tannins sont bien présents mais restent raisonnables. Du fruit et de la longueur.

Château La Sauvageonne, Grand Vin 2016, AOP Coteaux du Languedoc (25 euros)

Intense et puissant, vibrant et alerte. J’aurai aimé une texture plus suave peut-être. Bonne longueur.

Château de Villemajou, Grand Vin 2016, AOP Corbières Boutenac (25 euros)

Robe dense pour ce vin très frais, intense et élégant. Il réussit bien à allier finesse et puissance, même si la finale est un peu sèche.

Cigalus 2015, IGP Aude Hauterive (28 euros)

Le nez est rond et suave. Une belle acidité a tendance à renforcer la dureté de ses tanins qui semblent un peu sur-extraits. Jolies notes épicées dans ce vin qui a besoin d’un peu de temps en bouteille.

L’Hospitalitas 2015, AOP La Clape (45 euros)

Nez profond et parfumé, aux notes de fruits noirs et de garrigue. Des tannins sinueuses auront besoin de quelques années en bouteille mais ce vin est très bien constitué. Longueur et équilibre sont aussi bons et j’ai bien aimé le caractère juteux de son fruité.

Le Viala 2015, AOP Minervois La Livinière (45 euros)

Nez intense et profond avec une magnifique qualité de fruit (type fruit noirs, particulièrement des mûres). Les tannins sont bien intégrés dans le corps du vin, et la finale comporte une fine touche d’amertume, Belle texture, bon équilibre : un excellent vin et mon préféré de cette dégustation.

En conclusion

Avec cette dégustation, on a clairement affaire à une sélection des vins haut de gamme de Gerard Bertrand. Les prix le démontrent, et je pense d’ailleurs que plusieurs de ces vins sont un peu trop chers. Je ne parlerai même pas du prix délirant du Clos d’Ora (pas loin de 200 euros), vin excellent par ailleurs, mais qui ne figurait pas dans cette dégustation. Cela dit, il est aussi juste que des vins de bon niveau de toutes les régions s’affichent à des prix comparables à ceux de régions plus célèbres. La gamme très large comporte aussi des vins très corrects à des prix bien inférieurs. Chaque région doit avoir des portes drapeaux et Gérard Bertrand n’a pas peur de jouer ce rôle avec brio pour le Languedoc. Il faut l’en féliciter.

David Cobbold

 


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Un domaine exemplaire en Nouvelle Zélande : Hans Herzog

Il est assez rare que je me trouve confronté à une gamme de vins aussi singulière et aussi impressionnante que celle de Hans Herzog. Ces vins sont issus de la région de Marlborough, en Nouvelle-Zélande, et j’ai pu déguster cinq vins d’une gamme bien plus large grâce à l’excellent caviste parisien, le bien nommé Soif d’Ailleurs.

Les vins de Herzog,  qui sont maintenant nommés « Hans » sur les étiquettes, à cause d’un procès stupide intenté par un vignoble Californien contre l’usage de son patronyme, ne sont pas des vins que j’appellerais « classiques » pour cette région du monde. Néanmoins Herzog, qui est d’origine Suisse, a su tirer une sorte de quintessence des qualités de ce climat si particulier et si propice à une viticulture de qualité, sans jamais tomber dans le piège de la facilité commerciale, loin s’en faut. Je dois rajouter que ce ne sont pas des vins très accessibles ; d’abord par leurs quantités très limitées, mais aussi par des prix qui sont certes élevés (entre 30 et 50 euros la bouteille en France, selon le vin), sans être excessifs, vu leurs qualités remarquables.

Une brève présentation s’impose avant de parler des vins que j’ai dégustés. Hans Herzog et son épouse Thérèse ont quitté leur Suisse natale ou Hans vinifiait du côté de Zurich et où le couple avait aussi un restaurant réputé. D’ailleurs, ils ont recréé un bon restaurant sur leur domaine en Nouvelle-Zélande. L’objectif de cet exil volontaire était de trouver un climat idéal pour la production de vins fins, sans avoir à subir les contraintes étriquées des appellations contrôlées. Je pense que j’aurais fait comme eux si j’avais le choix, la compétence et les moyens.

Hans voulait la liberté totale de planter les cépages qu’il trouvait approprié au climat de son vignoble et qu’il avait envie d’essayer. Mais il voulait aussi obtenir des résultats à la hauteur de ses goûts pour des raisins mûrs mais parfaitement équilibrés par leur acidité naturelle, tout en vinifiant de la manière la moins interventionniste possible. Après de longues recherches, les Herzog ont opté pour Marlborough, au nord de l’île du Sud, qui bénéficie d’une moyenne de 2.500 heures d’ensoleillement sans jamais subir des températures trop élevées. De surcroît, l’écart entre températures nocturnes et diurnes est d’au moins 10 degrés Celsius. Le climat est sec pendant la période de croissance de la vigne et la phase de maturation, ce qui nécessite une irrigation modulée mais qui écarte la plupart des maladies. Les sols du côté de la Wairau River, où ils ont acheté en 1994, sont assez similaires à ceux du Médoc et donc très drainants.

Aujourd’hui, le domaine comporte 11,5 hectares sur lesquels plus de 20 cépages sont plantés. Le vignoble est compact, le chai proche du centre afin de réduire au maximum le temps de transport des raisins au moment des vendanges. Il est exploité en agriculture biologique avec des tendances biodynamiques, mais je n’ai pas senti une once de ce côté illuminé qui peut apparaître chez certains praticiens. Herzog a clairement les pieds sur terre, et non pas la tête dans les planètes !

Une liste des variétés plantées peut donner une idée de la diversité de la gamme dont malheureusement je n’ai pu en déguster qu’un petit fragment : Chardonnay, Sauvignon Blanc, Sémillon, Viognier, Pinot Gris, Gewürztraminer, Riesling, Marsanne, Rousanne, Grüner Veltliner, Verdelho, Arneis et Muscat Ottonel pour les blancs ; Pinot Noir, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Merlot, Nebbiolo, Barbera, Lagrein, Montepulciano, Tempranillo, Zweigelt, St. Laurent et Saperavi  pour le rouges. Tous ne sont pas produits dans des vins mono-cépages, ni tous les ans, j’imagine, mais quelle palette !

Les vins dégustés, dans l’ordre de la dégustation

(Je pense que j’aurai agi un peu autrement sur le plan de l’ordre, mais je le respecte ici).

Hans, Sauvignon Blanc 2013

Issu de vendanges manuels, avec une macération à froid pendant 3 ou 4 jours. Après pressurage douce, le jus est entonné en demi-muids de 500 litres de chêne français dont 25% sont neufs. Le vin passe 18 mois dans ces contenants. Il est assemblé en incorporant 15% de Sémillon. (prix : 39 euros)

La robe est très intense et le nez aussi : grande complexité avec une large gamme de fruits sans que cela soit très typé sauvignon selon les standards NZ (peu ou pas d’arômes marqué par des thiols). Magnifique texture, suave mais avec ce qu’il faut de grain fournie par une belle acidité parfaitement intégrée dans le corps du vin. Je pense qu’il s’agit d’un des meilleurs Sauvignon Blancs que j’ai dégusté récemment, avec le Alte Reben de Neumeister en Styrie (Autriche).

Hans Viognier 2014

Ce vin m’a surpris par son extrême délicatesse. Je ne suis pas un fanatique des vins de ce cépage d’une manière générale car je les trouve souvent lourds, manquants de vivacité et avec des arômes un peu vulgaires, trop envahissants (exception faite des meilleurs vins de Condrieu, bien entendu, et de quelques autres). Ce n’est pas le cas ici avec ce vin délicat, certes aromatique mais avec une jolie texture et une bonne dose de fraîcheur. Je l’aurai servi avant le Sauvignon.

Hans Pinot Gris 2015

Fermenté dans des cuves en inox, sauf pour 20% de l’assemblage finale qui a passé 15 mois dans des demi-muids.

On oublie parfois que le Pinot Gris est un Pinot Noir qui a légèrement muté, mais qui conservé une peau assez colorée. Ce vin avait une robe d’un ton rose/orangé, ce qui est naturel après une macération pré-fermentaire d’une paire de jours. Mais il n’était pas du tout oxydatif, et donc ne pouvant concourir dans ce segment à la mode des vins dits « orange ». Sa texture très légèrement tannique/ferme doit venir de cette phase de macération, mais le vin est autrement assez délicat et frais, sans trace de la lourdeur qui guette parfois des vins secs de ce cépage. Ce n’était pas mon vin préféré de cette dégustation et je l’aurai aussi servi avec le Sauvignon.

Hans Zweigelt 2013

Ce cépage d’origine autrichienne est un croisement volontaire entre le St. Laurent et le Blaufränkisch, réalisé par le nommé Zweigelt vers 1922. Parmi ses ancêtres, on trouve le Pinot et le Gouais Blanc (ce dernier est parfois qualifié de « Casanova des vignes » à cause de sa nombreuse progéniture, dont le Chardonnay). Ce vin a été élevé en barriques pendant 24 mois (prix : environ 45 euros)

Belle robe, et nez à la fois fin et puissant de fruits noirs avec un léger accent épicé. Très belle complexité en bouche et superbe texture qui le fait flotter sur la langue comme une caresse. J’ai beaucoup aimé son équilibre toute en finesse et la qualité de son fruit dont l’expression est limpide. Le bois est totalement assimilé et personne ne pourrait soupçonner ce mode d’élevage à part par la finesse du toucher de vin. Suave et frais à la fois, on ne sent pas du tout son alcool qui est annoncé à 14%.

Hans Spirit of Marlborough 2006

Un assemblage médocain, élevé pendant 24 mois en barrique (prix 35 euros)

Le nez semble très marqué par le constituant cabernet dans l’assemblage, avec des arômes complexes qui font penser d’abord à un crayon qu’on affûte, puis à de la cerise noire, puis à la prune et au pruneau qui arrivent ensuite par le Merlot. Les tanins de ce vin structuré sont croquants et assez sinueux et se combinent avec un fruité qui garde plein de fraîcheur pour me donner une sensation qui se situe à mi-chemin entre le bordelais et le Piemont. Cette austérité et une texture un peu granuleuse, malgré plus de 10 ans, serait mon seul reproche à ce vin plein de caractère.

 

Maintenant devinez quels sont les deux vins que j’ai acheté suite à cette belle dégustation, bien conduite par Thérèse Herzog, en présence de Hans qui n’aime pas beaucoup parler de ses vins, estimant qu’ils parlent assez par eux-mêmes… Et il a raison.

 

David

 

 


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Sauvage à poil, une étiquette aguicheuse

Mais encore ?

Au sein du flacon, le vin se révèle-t-il frais et savoureux ? Délicat et floral?

C’est un Beaujolais, on attend de lui qu’il soit frais !

Mais où est le poil ?

Dans notre monde glabre, le poil est considéré souvent comme bestial, pauvres humains…

Mais il peut répondre à la fantaisie ou l’extravagance de celle ou celui qui veut. À chacun ses phantasmes.

Voyons ce que ce Régnié peut nous offrir sous sa toison.

Vin Sauvage A Poil 2016 Régnié Château de la Terrière

Grenat cramoisi, il respire la pivoine, l’iris et la violette. Une envolée florale qui nous flatte les narines avant de nous séduire par ses effluves fruités de prunelle et de burlat, par sa note de benjoin. Du poivre noir et une taffe de fumée contribuent encore à l’explosion nasale. La bouche oscille entre fraîcheur et suavité. Les tanins semblent s’être totalement fondus dans la matière fruitée. Ils sont pourtant toujours là, mais discrets et gaufrés. Baies croquantes, pétales délicats, épices douces, font de ce vin un agréable Beaujolais qu’on ne se lasse pas de boire ou d’ausculter.

La vinif

Fait de Gamay issus d’une parcelle de 3 ha qui porte le nom glaçant du lieu-dit La Sibérie. Le sol s’y compose de granits roses décomposés en sables grossiers. La vinification traditionnelle en grappes entières avec une macération de 25 jours. De la vendange à la mise en bouteille aucun ajout de sulfite ne s’effectue. La conduite des vignes se fait en lutte raisonnée. Cette cuvée existe depuis le millésime 2009.

On ne l’a guère cadrée, on ne l’a pas habillée de sulfite, la voilà donc des plus Nature, sauvage et à poil.

Quant au Château

Situé à Cercié, il regarde la face nord du Mont Brouilly. Construit au 13es et remanié au 16 es, il est l’un des plus vieux domaines de la région. Il a été repris en 2003 par la famille Barbet qui en a restauré la cuverie et restructuré le vignoble. C’est aujourd’hui Grégory Barbet qui veille au développement du domaine viticole avec l’aide de l’œnologue Frédéric Maignet.

http://www.terroirs-et-talents.fr/domaines/chateau-de-la-terriere/

Quand on feuillette les albums des œnographilistes, les collectionneurs d’étiquettes de vin, il y a toujours une partie réservée, une sorte d’enfer comme dans les bibliothèques, un lieu privé, à l’accès limité. Ces pages montrent quelques représentations scabreuses ou quelques tournures équivoques, voire les deux ensembles ou plus… Mais le souci n’est pas l’habit, mais le contenu. Quand c’est bon, on est ravi de pouvoir aguicher nos co-dégustateurs avec notre trouvaille. Dans le cas contraire, nous sommes en général plus moralisateurs, avec le « c’est fait pour vendre ». Mais c’est toujours fait pour vendre, que l’étiquette soit classique ou frisant le porno. La différence vient de la motivation du vigneron qui désire vendre une piquette ou qui veut attirer l’attention sur son vin ou qui veut se démarquer de ses collègues ou qui … Il serait par conséquent intéressent lorsqu’on rencontre une telle bouteille à l’étiquette égrillarde avec le producteur derrière de lui demander « pourquoi avez-vous appelez votre cuvée Lèche-moi la Grappe ». Je compte le faire et je suis vraiment curieux des réponses et de ceux qui m’avoueront leurs vraies motivations.

 

Ciao  

Marco


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De beaux vins de Croatie et une petite interrogation sur le goût

Au détour d’un récent travail à Vienne (Autriche) j’ai pu déguster, lors d’un salon organisé par l’antenne locale de GaultMillau, une sélection très bien faite de vins de la Croatie, pays invité à ce salon dédié surtout à la cuisine mais qui incorporait aussi bon nombre de vignerons, à commencer par ceux d’Autriche bien entendu (magnifique Brut de Brundlmayer, dégusté pour la deuxième fois cette année et qui égale des grands champagnes). Les vins d’un des producteurs croates présents m’ont posé question, malgré ce qui semble être un certain engouement pour ces vins. Et cet engouement, en retour, me pose une autre question. Voyons cela d’abord par la dégustation, puis viendra le temps d’une interrogation autour du goût et ce qui peut l’influencer.

Les producteurs de la Croatie présents à ce salon venaient des trois principales régions viticoles du pays : l’Istrie, la Dalmatie et la Slavonie. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas bien le pays, la carte démontre que les deux premières régions sont côtières et la troisième est plus fraîche, pluvieux et continentale. Des deux régions côtières, l’Istrie est lié historiquement au nord-est de l’Italie et a un climat qui subit des influences variées venant aussi bien des Alpes que de l’Adriatique, tandis que la Dalmatie, plus au sud et qui comporte de très nombreuses îles mais aussi une partie continentale, à un climat nettement plus chaud et franchement méditerranéen. Des différences dans les encépagements sont le reflet des ces trois climats.

Pour la Slavonie d’abord, les représentants étaient au nombre de deux. Du très connu Krauthaker, j’ai bien aimé le Graševina (nom du cépage), fin, fruité et à la belle texture lisse. Un Sauvignon Blanc très correcte et un Chardonnay moins intéressant complétaient la gamme présentée., mais j’ai déjà dégusté d’excellent liquoreux de ce producteur. Le producteur Galić m’était inconnu auparavant mais trois des quatre vins présentés m’ont bien plu : Graševina, Sauvignon Blanc et un assemblage nommé Bijelo 9 (bijelo signifie blanc). Tous les vins mentionnés valent entre 10 et 15 euros, ce qui est raisonnable.

Les chais en Croatie peuvent être d’une parfaite modernité : ici celui de Kozlovic en Istrie

Istria avait le plus grand nombre de producteurs représentés : six. Du producteur Clai, je n’ai pas du tout aimé le Brut Nature et je pense qu’il fait trop chaud dans cette région pour produire de bonnes bulles. Mais leur Malvazija, dans un style un peu à part du à une longue macération, est une réussite par sa richesse et sa belle complexité aromatique avec cette fermeté finale aux beaux amers induit par cette technique de vinification. Cela ne plaira pas à tout le monde mais c’est bien fait dans ce genre.

Kozlović présentait ce qui fut pour moi le plus beau Malvazija 2016 entrée de gamme que j’ai dégusté ce jour, car il réussit à en capter la finesse aromatique ainsi qu’une belle rondeur et une texture suave, sans en perdre la fraîcheur. Très bon et seulement dans le 10 euros. Mais le clou de la gamme présentée était sans aucun doute la cuvée Santa Lucia Malvazija 2015 (environ 22 euros). C’est un vin glorieux, très raffiné, suave et long. J’aimerais bien le comparer un jour avec de très beaux blancs d’ailleurs. J’avais un peu plus de mal avec leur Teran 2016, qui combine une certaine rusticité par ses tanins avec une forte acidité qui ne fait que les durcir. Ce n’est pas un cépage très aimable il me semble, bien qu’ayant un fort potentiel dans des versions plus travaillées en élevage ou assemblé avec un cépage plus fruité. Cela fut prouvé par leur cuvée Santa Lucia Noir 2013, qui assemble Merlot, Cabernet Sauvignon et Teran, lui donnant à la fois de l’ampleur, du fruit et de la longueur, sans aucunement retirer l’impression de précision apportée par le Teran. Meneghetti a produit un Malvasia très décent en 2016, ainsi qu’un autre blanc appelé Kuća Glavić issu d’un autre sorte de Malvasia, appelé Dubrovaska, et qui est très aromatique dans la veine d’un Viognier. Vin fin et frais aussi. Mais leur meilleur blanc s’appelle simplement Meneghetti White 2015 et assemble Chardonnay et Pinot Blanc avec un élevage de 18 mois en demi-muids. Très fin, vibrant et presque austère. A l’aveugle on ne trouverait pas un climat aussi sudiste je pense. Très belle longueur aussi. Le version rouge, appelé Meneghetti Red 2016, aura besoin de quelques années de garde mais sa belle finale est prometteuse. Le producteur Matosević est l’auteur d’un très joli Malvazija 2016, ainsi qu’une version très intéressante (Robinia Malvazija 2014) vieillie en barriques d’acacia : je trouvais que cela lui donnait une texture légèrement huileuse et de jolies amertumes en finale. Un producteur que je découvrais à cette occasion est Coronica, et son Gran Malvazija 2015 (18 euros) était un des meilleurs blancs dégusté ce jour. Ses 12 mois passés en demi-muids de 600 litres lui a donné de l’ampleur sans nuire à l’expression du fruit. Acidité et amertume sont en harmonie. Un beau vin, ainsi que son Gran Teran 2013 (22 euros), patiné par un élevage bien dosé qui a calmé les tanins, donnant un ensemble aussi juteux que frais et précis. Je vais laisser le plus singulier des producteurs istriens (Roxanich) pour la fin car ses vins soulèvent d’autres questions.

Pour lire une étiquette de Stina (très belle graphiquement parlant), il faut tourner le flacon

Nous passons donc en Dalmatie, région qui possède aussi une belle gamme de cépages autochtones intéressants dont le Tribidrag, aussi connu en Californie sous le nom de Zinfandel et aux Pouilles sous le nom de Primitivo. Mais également, en rouge, le Plavać Mali, un descendant du Tribidrag, et les blancs Pošip et Gegić, par exemple. 4 producteurs furent représentés de cette région. Le vin le plus marqué par le climat chaud de l’Adriatique et par son site, qui est un vignoble très pentu qui plonge vers la mer, était certainement le Saints Hills Dingać 2013, un pur Plavać Mali (Dingać étant le nom du vignoble). Le nez est fin, pas dominé par son élevage, exprimant des notes intenses de cerises et de prune dans un bel élan chaleureux. Un vin puissant qui mériterait une attente (25 euros).  Un bon Plavać Mali Su Roko 2015 aussi, plus abordable à 15 euros. Stina, sur l’île de Brać, avait la gamme la plus convaincante parmi les exposants dalmatiens présents, même si j’ai dégusté de beaux vins chez d’autres. J’ai beaucoup aimé son vibrant Tribidrag 2015, aux arômes de garrigue et au fruité délicieux, mais les deux cuvées de Plavać Mali dégustées, ainsi que celle de Pošip, sont aussi bien réussies. Prix aussi entre 15 et 25 euros, selon la cuvée. Du producteur Boškinac, sir l’île de Novatja, j’ai beaucoup aimé la cuvé Ocu 2015, avec le cépage Gegić et issu d’une vendange tardive et d’une longue macération. Excellent vin qui allie intensité et finesse, mais un peu cher à 50 euros peut-être. Rizmann est un domaine plus récent qui se situe sur le continent et un peu en altitude. Cela, combiné à des sols très calcaires, donne un accent plus frais à ses vins. Son meilleur pour moi était la cuvée Nonno 2016, fait de 85% de Pošip et le reste en Chardonnay : long, ample et puissant mais dont les jolis amers donne un bon équilibre (prix raisonnable à 15 euros). C’est un producteur posé mais passionné et je pense que l’avenir lui sourira.

Petit retour vers l’Istrie pour des vins qui mérite un débat. Mladen Roxanich a une allure actuelle marquée par la mode hipster et ses vins semblent bien plaire à cette catégorie de personnes qui aiment tout ce qui est conforme à leur mode, et, en même temps, tout ce qui les situent à part des autres. C’est le propre, semble-t-il, des amateurs de vins dits « nature ». Avec son style très marqué par l’oxydation, par l’acidité volatile et par une extraction assez puissante due à de longues macérations, sans parler de vieillissements prolongés, ce ne sont évidemment pas des vins pour tous les palais. Quant aux prix, ils sont aussi relativement élevés. Mes avis sont quand-même partagés selon les cuvées, dont une m’a bien plu. D’abord il est intéressant de déguster des vins plus âgées, car Roxanich présentait des vins de 2008, 2009 et 2010. Mais, dans le cas de son Teran 2008, des tanins rustiques restent rustiques même après 9 ans ! Le vin de Roxanich que j’ai beaucoup aimé s’appelle Inès in White 2009. Il fait appel à sept cépages blancs différents issus d’une même parcelle et est vinifié dans des foudres avec 2 mois de macération sur les peaux. Sa couleur est bien ambrée et le nez puissant évoque le fruits confits, les fruit en alcool et la marmelade d’orange amer. Aidé par une forte volatilité, il dégage une formidable puissance et a beaucoup de complexité (25 euros environ). Je pense qu’on peut tenter le coup avec un curry ! Les autres vins sont un peu « too much » pour moi car les défauts prennent le pas sur les qualités. Je n’aime pas être agressé par un vin et là, c’est souvent un assaut frontal ! Du coup, je me pose des questions sur les palais de ceux qui adorent ces vins-là car un des vins de Roxanich fut élu meilleur vin du salon par le jury Gault Millau, et je ne crois pas que c’était celui que j’ai aimé.

David Cobbold


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La bise à Bize

Que faire en ce premier dimanche de Septembre ?

Si vous habitez le Sud ou si vous ne faites que le traverser, j’ai une halte rêvée pour vous. En gros, c’est entre Béziers et Carcassonne, à l’écart des autoroutes sans être perdu pour autant. Je vous propose de venir me faire la bise à Bize-Minervois, haut-lieu du vignoble languedocien pour deux saisons seulement, puisqu’on entre dans une sorte de Saint-Vincent tournante où, pour un cycle de deux ans, un village élu du Minervois est désigné pour accueillir les Tastes. Les Tastes en Minervois, puisque c’est le nom de la manifestation, est une sorte de festival autour du vin et de la gastronomie qui en est à sa 3 ème édition avec le ferme espoir de frôler le chiffre de presque dix mille visiteurs échelonnés en deux temps : le samedi soir pour festoyer et le dimanche, ce dimanche, pour prendre son plaisir en famille ou entre amis.

Attention, si vous me faîtes l’affront de me demander où se trouve le Minervois, je vous casse la gueule ! Ben oui, quoi. Vous êtes sur un site légendaire qui cause du vin et vous ne savez toujours pas que le Minervois et ses coteaux juste aux pieds de la Montagne Noire se trouvent dans le fameux triangle vineux qui va de Narbonne à Carcassonne avant le rejoindre Béziers, l’ex capitale pinardière devenue au fil des décennies pourvoyeuse de grands vins blancs, rosés et rouges ? Enfin, que ce triangle est traversé par le fameux Canal du Midi ?

Maintenant, pourquoi à votre avis je vous presse tant de vous rendre à Bize-Minervois ce dimanche, surtout, mais aussi ce samedi si vous le pouvez ? Pour plusieurs raisons, outre le fait que je serai de la partie, facilement reconnaissable par mon chapeau de paille plutôt authentique et élégant si on le compare aux imitations de panama et autre borsalino qui pullulent ces temps-ci. Plus sérieusement, je vous invite à venir découvrir un village qui sera non seulement investi dans la  promotion de ses productions locales (coopérative oléicole bien connue pour ses olives lucques, fromages de chèvre), mais aussi un village entièrement impliqué dans cette troisième édition.

Voulez-vous une liste de ce que vous y trouverez ou de ce que vous pourrez y faire ? Commencer par déguster, cela s’impose : une centaine de vignerons de l’appellation proposeront sur ces deux journées, dont une soirée, des vins sélectionnés en fonction des accords proposés par quatre chefs émérites de la région installés sur la placette, l’esplanade ou les ruelles de cette coquette bourgadee où 25 vignerons se relaieront à tour de rôle pour proposer la dégustation gratuite d’un de leurs vins estampillé Minervois. Et quoi d’autres, me direz-vous ? Un barista, spécialement venu de Toulouse, notre désormais capitale, sera là pour nous offrir ses cafés.

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le Domaine Luc Lapeyre sera bien représenté !

Bon, m’objecterez-vous, tout cela tournera autour du bio, inévitable de nos jours, du street food, du burger, de la world food et de toutes ces cochonneries dont on vous rebat les oreilles depuis des années afin de vous fourrer dans le crâne qu’il ne faut surtout pas devenir un has been. Vous n’aurez pas tort, et alors ? Quand je vous citerais quelques mini-plats proposés, maquereau à la flamme, farce fine de volaille sauce poulette, accra de crevettes, collier d’agneau confit, mozzarelle des Corbières (voisine d’en face), café au lait frappé en granité, baba au marc de muscat pour ne citer que ceux-là, je pense que vous viendrez volontiers me rejoindre. Sachant que cela ne vous coûtera que 15 € pour un un plateau équipé d’un vrai verre de dégustation et de quatre jetons pour cheminer dans un univers gourmand parsemé de vignerons qui vous attendent la bouteille à la main. Il y a également un espace pitchouns avec jeux et ateliers divers encadré par des professionnels diplômés, un repas aussi qui leur est préparé par le café du village, des promenades guidées et commentées dans les environs immédiats, des espaces soft drinks gratuits, des conférences… Un grand parking vous attend, ainsi que des dizaines d’agents de sécurité. Un site d’information sur le site du Minervois est consultable ici même.

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Profitez-en pour visiter non loin de là la belle cathédrale Saint-Nazaire de Béziers.

La raison pour laquelle je m’autorise à mettre en avant cette manifestation, c’est parce qu’elle est l’exemple de ce que devrait faire une appellation pour ne pas sombrer dans l’oubli. Avec ses nombreux bénévoles, sons sens festif et son organisation, elle fédère l’appellation tout en offrant au vigneron la possibilité de se faire connaître et de vendre son vin. C’est une bonne chose.

A demain donc, ou sinon à l’année prochaine, toujours à Bize !

Michel Smith

 

 

 

 


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Fitou, le grand retour

Ce cru du Languedoc avait envahi les rayons de nos supermarchés dans les années 90. Mais que la faute en revienne à la concurrence, à un manque de régularité, à une course à l’extraction ou au trop boisé, la mode s’est ternie et le Fitou s’est fait plus rare. Aujourd’hui, l’esprit du vignoble a totalement changé. Il s’est vraiment axé sur une production de qualité, en témoigne cette agréable cuvée de la Cave des Vignerons de Cascastel.

L’Âme Sœur 2015 Fitou Cascastel

Rubis sombre à l’aspect velouté, il respire le cassis et la figue noire fraîche, le cade et l’arbousier, l’ensemble saupoudré de cacao et de poivre. Quelques fruits rouges rafraîchis de menthe viennent compléter la corbeille. Quant à la bouche, ce qui surprend, c’est la finesse des tanins, certes présents, ils enrobent les baies d’une soie voluptueuse qui affermit de la texture du vin. Une soie fraîche qui met aussi en évidence les chairs juteuses et ajoute au plaisir de dégustation. D’autres épices, comme la cardamome et le cumin, aidées d’une subtile amertume au goût de réglisse, affermissent le caractère du Languedocien, sans toutefois nous priver de sa générosité.

Vinification : la cuvée assemble 40 % de Carignan, 30 % de Grenache et 30 % de Syrah issues de 6 parcelles différentes appartenant chacune à un vigneron différent. C’est un peu la cuvée phare des jeunes trentenaires de la cave.

Le Carignan et la Syrah sont vinifiés en macération carbonique avec une cuvaison d’environ 2 semaines, le Grenache égrappé en fermentation traditionnelle. Un délestage est fait en début de fermentation et le chapeau est régulièrement mouillé avec aération des jus pour un mariage plus intime et une meilleure extraction des polyphénols. La Syrah est élevée 9 mois en barriques neuves de 300 litres.

L’étiquette noir et blanc représente un cep et une main de vigneron. Elle raconte l’histoire de cette cuvée, la symbiose entre la vigne et les viticulteurs qui ne peut pousser que grâce à leur travail.

Une cuvée qui marque le renouveau de la cave et donne un indice du renouveau qui souffle sur le cru.

Mangeons avec

Cette cuvée fruitée, mais qui a son petit caractère, s’accorde autant avec des plats d’été comme les grillades, les côtes d’agneau aux herbes, les tartes aux légumes avec ou sans lardons, qu’avec les premières daubes – ou avant ça, les tomates farcies ou l’entrecôte de bœuf ou de veau aux cèpes.

 

Les Maîtres Vignerons de Cascastel

A une bonne vingtaine de kilomètres de la mer, mais déjà bien ancrée dans les Corbières, la Cave s’entoure de ses parcelles qui escaladent les coteaux jusqu’à 300 m d’altitude. La Cave regroupe la production de quatre villages, Cascastel, Fraïsse, St Jean de Barrou et Villesèque, mais reste relativement petite avec sa cinquantaine d’adhérents. C’est peut-être cela qui la rend dynamique, aimant se frotter aux productions d’autres caves durant les foires aux vins qu’elle affectionne tout particulièrement. Son atout, son environnement et son équipe, comme le souligne Marc Guinebault, le directeur commercial «à Cascastel, la coopérative a trouvé le meilleur des mondes : des vignerons impliqués, un outil performant et une équipe dynamique !».

La visiter, c’est s’en rendre compte. Mais ce qui frappe le plus, c’est le territoire préservé au sein duquel se trouvent les 330 ha de Fitou exploités par Cascastel.

 

Ciao

Marco


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Impromptu sur les bords du Lac de Bienne

La météo nous avait prédit un temps maussade et voilà qu’il faisait beau au pied de la chaîne du Jura, côté suisse. C’était au début printemps dernier. Après un peu de bateau, une dégustation inopinée nous a permis de déguster quelques cuvées issues des vignobles qui bordent le lac, Bielersee AOC. Cela se passait à la Vinothek Viniterra de Twann. Vous l’aurez compris, nous étions dans la partie bernoise du lac de Bienne (Bielersee en allemand). C’est une région bilingue où francophones et germanophones se côtoient, un peu comme chez moi, mais peut-être avec moins d’aléas, du moins, je crois. Le lac de Bienne constitue avec celui de Neuchâtel et celui de Morat, le Pays des Trois-Lacs ou Drei-Seen-Land réparti entre les cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel et Vaud. Le canton de Neuchâtel borde l’extrémité ouest du lac de Bienne. Voilà le décor planté, place à la dégustation.

Sur le lac de Bienne

Accoudé au comptoir de la vinothèque

 

Elle semblait totalement improvisée, cette dégustation, mais la bonne humeur, l’entrain, l’endroit et puis la qualité du choix des vins et la présence des vignerons ont rapidement infirmé cette première impression. Mais quoi de plus sympa que de déguster dans une atmosphère décontractée où tout est prévu sans que cela ne se ressente.

Clos de Rive 2015 Chasselas Bielersee AOC Andrey Weinbau à Ligerz

Robe blanche au léger jaune, des fruits blancs et jaunes maculent de leur chair quelques cailloux éclatés, impression de marmelades de mirabelle et de poire aux accents fumés. Belle fraîcheur en bouche avec du croquant que la trace de carbonique rend plus perceptible, plus pointue. Les parfums de rose blanche et d’aubépine se pavanent avant de laisser la guimauve et l’amande terminer l’élégant discours. www.andreywein.ch  Un vin délicat qui a renforcé notre bonne humeur.

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weingut Bielerhaus à Ligerz

La robe lumineuse, presque fluo au mélange de vert et de jaune, au nez de gelée de pissenlit et de poire croquante couchée sur un lit de foin. La bouche suave, fraîche, rappelle les tisanes de montagne accompagnées d’un carré de chocolat blanc. La texture fluide au liseré délicatement amer au goût de réglisse. Un chasselas particulier mais dont le caractère affirmé plaît. www.bielerhaus.ch

Chasselas 2015 Bielersee AOC Weinbau Schlössli à Twann

Transparence jaune aux nuances vertes qui évoque le citron et le melon poudrés de poivre noir et de muscade. La bouche offre un équilibre assez différent des deux premiers. Moins acide, il s’avère plus ample, plus large, parfumé d’angélique, de bigarreau et d’agrumes confits, style tutti frutti sans le sucre, mais avec une pointe saline. Un autre aspect du Chasselas bien plus nuancé qu’on le croit en général.

Fromentin 2015 Lac de Bienne AOC Domaine du Signolet à La Neuveville

Jaune blanc, nez de pêche blanche épinglée d’une étoile de carambole et coiffée d’une feuille de menthe poivrée. La bouche à la fois acidulée comme les jus mêlés d’une groseille à maquereau et d’un citron jaune et salée comme une goutte d’embrun. Après ce va-et-vient gustatif, le vin s’assagit et nous livre quelques subtiles nuances de mandarine, de noisette et de fougère. Sacré Savagnin alias Fromentin! www.lesignolet.ch

Blanc 2015 Bielersee AOC Anne-Claire Schott à Twann

Un vin particulier, la robe vert pâle, le nez respire l’asparagus et la rose ancienne, le silex, la fougère, un rien la rhubarbe. La bouche croque et nous fait craquer par cet oscillation subtile entre fraîcheur et amertume. Un duo qui vite se transforme en trio avec la suavité des fruits confits. Tout y est bien sec, mais avec de l’onctuosité. Il est à la fois tranchant et généreux, plein de caractère mais courtois. Et puis élégant, très élégant avec cet élan floral qui ne nous lâche pas. Le plus marrant, c’est que c’est un vin d’assemblage aux raisins cueillis le long des murets, là où le soleil le réchauffe le plus. Ces six cépages, Chasselas, Pinot Noir et Gris, Chardonnay, Sylvaner et Sauvignon ont été vinifié dans un œuf. www.schottweine.ch www.aromaderlandschaft.ch

Ce qui étonne aussi, c’est la grande fraîcheur de ces vins. Avant de rejoindre la vinothèque, un passage sur l’île Saint Pierre au milieu du lac de Bienne nous avait confronté à un équilibre tout différent.

Les Chasselas y étaient moins vifs, comme les autres cépages. Mais certes tout aussi agréables à déguster. L’explication la plus plausible, le sol. Sur l’île, la vigne pousse dans des sables de grès décomposés, donc un sol acide. Alors que sur la rive nord, autour de Twann, elle est plantée dans des calcaires, un sol basique. Ma courte expérience sur le sujet, selon laquelle un sol basique donne des vins plus acides et inversément un sol acide donne des vins moins acides, semble se vérifier, au moins quand la nature même du substrat n’offre qu’un seul type de roche; après, tout peut se nuancer.

Si vous passez par la Suisse, profitez-en pour y déguster quelques vins, ça en vaut la peine.

 

Widerluege!

 

 

 

Marko