Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith


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VSIGP (1): Vin de France, oui, mais avec quelle stratégie de marque?

Premier volet de notre semaine VSIGP – Vins sans Indication Géographique de Provenance, pour les intimes. On démarre avec le Vin de France, et c’est David qui s’y colle…

Une stratégie de marque digne de son nom implique tout le processus, de l’élaboration du produit jusqu’au réseaux de distribution. A mes yeux, une appellation, même prestigieuse, ne peut se substituer à une stratégie de marque individuelle, et tous les vins qui réussissent à vendre leurs vins bien au-delà du prix moyen de leur appellation en sont la preuve, depuis les vins du DRC jusqu’à la production d’un Marcel Lapierre, par exemple. S’il est vrai que beaucoup  de vins médiocres se reposent sur la marque « ombrelle » que constitue l’appellation, qu’elle soit AOP, IGP ou autre, ce n’est jamais le cas de ceux qui réussissent.

Cela ne veut pas dire que l’appellation ne sert à rien. Elle fournit un cadre, une espèce de garantie d’origine qui peut et doit aider le consommateur. Mais c’est le producteur qui est, in fine, responsable aussi bien de la qualité de ses vins que de la réussite de son marketing. Cette question va se poser avec d’autant plus d’acuité que le cadre en question sera large. C’est la cas de la désignation Vin de France, dans laquelle je disais il y a quelques semaines que je croyais en tant que cadre permettant la constitution d’entités de production capables de rivaliser avec celles du Nouveau Monde.  Mais il faut que les producteurs dans cette catégorie, qui autorise des assemblages très larges (à condition de rester en France) ainsi qu’une vaste choix de cépages, aient une bonne stratégie qui s’adapte à la catégorie et aux prix demandés dans les marchés visés.

Par le biais de la dégustation de 7 échantillons de cette catégorie, j’ai voulu tester l’aspect produit, n’ayant pas au moment d’écrire ni les prix de vente public, ni d’autres éléments du marketing-mix pour juger du reste, hormis les noms des cuvées et l’habillage des flacons. En revanche, pour la plupart des cuvées, les prix ex-cellars sont annoncée entre moins de 2,50 et 4 euros. On peut imaginer des prix de vente public au double des ces chiffres.

D’abord, les vins blancs :

Kiwi Cuvée Bin 086, Sauvignon Blanc 2015 

(producteur en Loire : Lacheteau) capsule à vis

Une attaque frontale du pays qui a le mieux réussit avec ce cépage : non seulement ils ont pris le nom donné au habitants de la Nouvelle Zélande, mais ils utilisent la terminologie courante pour désigner une cuvée de vin en Australie (Bin + un numéro de lot). C’est plus que culotté, cela frise la copie ! La capsule à vis convient parfaitement, en revanche, et le vin est très bien fait. C’est même facilement le meilleur de cette série de blancs : aromatique sans excès, touchant la gamme classique des asperges, citron et groseille à maquereau, mais sans tomber dans l’excès. Vibrant et alerte en bouche, assez pleine de texture et d’une longueur efficace. Un vin que je boirais avec plaisir.

Je serai curieux de connaître son prix, même si je ne suis pas convaincu par cette stratégie d’imitation que je vois mis en place.

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Daudet-Naudin, Chardonnay 2015

(producteur situé en Bourgogne) bouchon liège massif

Je pense que la capsule serait plus appropriée comme fermeture et aiderait à conserver plus de fraîcheur dans ce vin qui en a besoin. L’habillage est dans le registre classico-moderne, assez élégant. Le vin me semble plus sudiste qu’un Bourgogne, avec un boisé discret mais présent, un palais bien rond et presque chaleureux, une pointe d’amertume en finale et un profil un peu mou. Pas désagréable, mais peut mieux faire.

Patriarche Père et Fils, Viognier 2015

(producteur en Bourgogne) bouchon liège aggloméré

Le nez est séduisant à l’aune du registre habituel de ce cépage, mais le vin me semble mou en bouche et manque de précision. La sensation d’amertume en finale est assez caractéristique. Habillage classico-moderne.

Secret d’Automne, Viognier-Sauvignon 2015 (moelleux)

(producteur en Ardèche : Vignerons Ardéchois) pas vu le bouchon

Vin plaisant, sans histoires, aux saveurs agréables, tendres et fruitées. Peut convenir à certains marchés mais quelle tristesse, cet habillage ! Je ne décèle aucune stratégie particulière dans la présentation de ce vin qui est d’une banalité affligeante.

 

Les vins rouges

 

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Café du Midi, Merlot 2015

Je ne sais pas qui est le producteur ni où se trouve sa base, n’ayant pas l’étiquette définitive. Bouchon aggloméré.

L’étiquette doit être provisoire car il n’y a presque aucune mention légale dessus ! On joue clairement sur une image classique de la France (« Café », puis « Midi » et un dessin d’une terrasse de café).  Le nez est chaleureux et rond, de type prunes cuites. Même rondeur assez fruitée en bouche. Souple, simple et plaisant. Je ne vois pas trop ce que ce vin propose, outre son origine, face aux merlots entrée de gamme de Chili, par exemple, qui sont souvent meilleurs.

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La Villette, Cabernet Sauvignon 2015

Le producteur est basé en Bourgogne. Bouchon en liège aggloméré

On voit ici une volonté claire de construire une marque, avec des ingrédients visuels qui créent l’ image d’une France traditionnelle d’une autre époque. Ce n’est pas du modernisme, mais c’est bien fait. Ce vin est le meilleur des trois rouges que j’ai dégusté et confirme mon impression à la dégustation qui a suivi la conférence de presse il y a quelques semaines. Nez fin et précis, marqué par un boisé (probablement des copeaux) mais aussi très fruité (cassis). Il a aussi une bonne petite structure pour le tenir deux ou trois ans sans problème, et une excellente fraîcheur. Très agréable, ce vin vaut largement certains issus d’IGP ou d’AOP.

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Syrah (non millésimé), Vins Descombe

La producteur se trouve dans le département du Rhône. Bouchon synthétique.

L’approche visuelle et simple et moderne, avec le nom du cépage et une signature. Pas de millésime, donc assemblage verticale. Un peu de gaz au départ. Bon fruité, assez expressif. Acidité élevée et une pointe d’amertume en finale. Aurait besoin d’un peu plus de rondeur pour plaire au plus grand nombre. Correct, quand même.

 

Conclusion générale

Cette dégustation était bien trop restreinte pour pouvoir tirer de vraies conclusions, d’autant plus que je ne dispose pas d’éléments sur les options commerciales, y compris les volumes produits et les prix de vente. Il y avait deux bons vins dans le lot, et, sur ces mêmes vins, un parti pris (très différent) lisible à travers les habillages. Mais je trouve que le niveau de créativité est trop pauvre (sur la base de cette courte sélection, du moins) pour réellement aider les marques en question à faire leur trou et démontrer tout l’intérêt de cette catégorie. Peut-être est-il trop tôt pour voir émerger de véritable stratégies innovantes ?

Affaire à suivre, dans un an ou deux peut-être…..

 

David

(PS, je serai en route ce lundi pour deux journées de piste au circuit du Vigean avec l’engin ci-dessous. C’est bien rouge mais cela sera sans vins, forcément)

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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold


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Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

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Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

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Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

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Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

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J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

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Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

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Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

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Connus ou moins connus, des rieslings splendides

Lors de mon récent passage sur le salon Prowein, pendant trois jours, j’ai pu prendre deux heures pour visiter, pour mon plaisir personnel, rapidement et en dilettante, les deux halles dédiées aux vins allemands; et y déguster quelques rieslings. Par ailleurs j’ai eu la chance de partager un dîner avec des collègues du monde du vin pendant lequel nous avons dégusté un des plus grands rieslings qu’il m’a été donné de rencontrer. Je vais raconter cela en trois étapes, mais d’abord,  quelques remarques plus générales sur ce grand cépage.

Il est curieux et profondément choquant que l’Alsace ait réussit à bloqueur, pour l’instant, les plantations de ce cultivar ailleurs en France. D’abord, il ne leur appartient pas: il est allemand et de toute façon, de quel droit peut-on jouer les petits protectionnistes avec une variété de vigne? J’ai aussi l’impression qu’il y a bien moins de diversité de styles dans les rieslings d’Alsace qu’en Allemagne. En partie parce que le climat est plus uniforme, probablement. Peut-être aussi parce qu’il n’a a que trois clones de riesling autorisés en Alsace, alors qu’il y en a plus de soixante en Allemagne… Affaire à suivre….

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Etape 1

D’abord une belle série de vins d’une finesse cristalline, aussi délicats que purs, issus de l’appellation Mosel et du Weingut Pauly. Le domaine est situé à Lieser, qui est un village voisin de Bernkastel dans la partie centrale de la Moselle allemande. Les vins sont importés en France par la société South World Wines. Axel Pauly est bâti comme un troisième ligne centre mais il élabore des vins qui sont tout sauf massifs ! Le domaine comporte 9 hectares de vignes, cultivés en agriculture raisonnée. Ses parcelles les plus célèbres s’appellent Lieserer Niederberg-Helden et Bernkastel-Kueser Kardinalsberg. Les vignobles sont orientés sud ou sud-ouest, sur des sols très drainants de schiste si typiques de la zone. La pente y est souvent très impressionnante ici et peut même atteindre les 80 degrés ! Axel Pauly est un adepte de rieslings secs mais pas forts en alcool. Ses rieslings sont aussi heureusement libres de ces arômes d’hydrocarbure que je n’aime pas du tout.

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Ma dégustation des vins d’Axel Pauly (c’est lui sur la photo)

Trinkfloss trocken 2015

Un vin équivalent à ce qu’on trouve en Alsace sous les désignations edelzwicker ou gentil. Il assemble pinot blanc, riesling et elbling (un très vieux cépage, maintenant tombé un peu en disgrâce) dans un style accessible, souple et au fruité tendre.

Purist Riesling Kabinett Trocken 2015

Le nez est fin, aérien et (je ne trouve pas un autre mot plus approprié et cela me navre bien) « minéral ». La qualité du fruit est splendide, aussi pure que ronde : je pense que les vendanges 2015 y sont pour quelque chose. C’est juteux et sans austérité ni trace d’hydrocarbure. Sa longueur est surprenante pour un vin à l’abord si facile. Un délice abordable (autour de 15 euros).

Tres Naris Riesling Trocken 2015

Le nez est plus aromatique, avec une touche herbacée proche de l’estragon. A la fois plus tendre et plus intense que le Purist, les saveurs profondes de fruits blancs se prolongent vers une finale délicate avec une touche crayeuse.

Weissburgunder 2015

On méconnaît les pinot blancs allemands qui ont pourtant des belles choses à nous montrer, comme ce vin tendrement expressif, au fruité gourmand qui se combine à une grande finesse de toucher.

Helden Riesling 2015

Issu d’une des meilleurs parcelles du domaine, ce vin à un nez intense, aux accents fumés et aillés qui évoque bien le sol schisteux (mais est-ce mon imagination car je sais que c’est ce type de sol ?). Dense et précis en bouche, c’est un style plus terrien et plus austère que les vins précédents, clairement capable d’une belle garde. Longueur impressionnante.

Drei Helden 2015

Fin et frais au départ, puis plus intense, voire légèrement tannique. Sera un très beau vin mais aura besoin d’un peu plus de temps.

haus_2016Le chai moderne de Pauly, qui est couvert par des ardoises (what else?)

Etape deux

Après cela, je suis parti un peu au hasard à la recherche d’un stand vide où je pouvais découvrir autre chose, issue d’une région viticole différente de l’Allemagne. C’est cela qui rend ce type de salon professionnel si agréable à mon goût: l’absence de foules, combiné à une très grande diversité de producteurs et donc la possibilité d’effectuer des explorations guidées par le principe de serendipity.  Le hasard ce jour-là m’a guidé vers le stand de Bassermann-Jordan, producteur en Pfalz (Palatinat). Ce domaine familial qui remonte au début du 18ème siècle comporte 49 hectares et plus de vingt parcelles dont un tiers sont dans les catégories supérieures : erste lage et grosse lage dans la classification VDP.  Car le domaine est membre de ce  groupe de 200 producteurs allemands (Verband Deutscher Prädikats- und Qualitätsweingüter), qui avait organisé à Paris, en 2015, une dégustation mémorable.

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Ma dégustation des vins de Dr von Bassermann-Jordan

Tous les vins sont issus du Riesling, mais je ne sais pas qui les importe en France. Probablement personne, malheureusement, mais on peut les commander via internet. NB. J’aime bien leurs étiquettes.

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Riesling Trocken 2015 

Entièrement sec et très fin, avec une finale légèrement tannique (vaut moins de 10 euros en Allemagne).

Forst, Riesling Trocken 2015

Vin de niveau « village » (Forst). Intense et un peu plus tourné vers la chaleur, mais toujours dans le style parfaitement sec. Son caractère juvénile tend encore vers l’austérité (14 euros).

Forster Ungeheur « Ziegler » (Erste Lage) 2015

Un échantillon tiré de cuve. Vin très fin et précis dans ses arômes. Long et crayeux, il va plus loin dans le style austère (17 euros)

Deidesheimer Kieslberg 2015

Un vin d’un autre style: plus tendre et fruité, il donne l’impression d’une plus grande maturité des raisins, certainement à cause de l’exposition du vignoble. (15 euros)

Pechstein, Grosse Gewachts 2014

Relativement chaleureux, rond et puissant, avec toujours ce fruité magnifique, aussi ciselé que persistant. Un vin long et vibrant. (35 euros)

Jesuitgarten, Grosse Gewachts 2014

Ce vin possède une finesse étonnante. Il semble moins puissant que le Pechstein, mais conserve l’intensité d’un fruit aussi délicat que précis et qui, pour moi, est la marque des meilleurs vins blancs de ce pays. Vin splendide. (39 euros)

Hehenorgen Spätlese, Grosse Gewachts 2014

Le sucre résiduel est très raisonnable mais naturellement présent dans ce vins magnifique, et le toucher est aussi délicat que dans les versions trocken. J’ai oublié d’en demander le prix.

Cette série de vins rappelle avec force l’importante influence du site viticole sur la nature d’un vin, et particulièrement dans le cas du Riesling

Etape 3

C’est lors d’un dîner avec des collègues, invité par Willi Klinger d’Austrian Wine, que j’ai pu déguster un des plus beaux rieslings dont j’ai le souvenir. Vous m’excuserez mais je n’ai pas pris de notes car je n’aime pas faire cela lors d’un repas de ce type. Croyez-moi, le vin était grandiose !


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Reichsgraf von Kesselstadt, Scharzhofberger Riesling 2006

Ce domaine historique, dans la famille Reh-Gartner depuis les années 1970, touche les trois rivières de la région Mosel: Mosel, Saar et Ruwer. Le site Scharzhofberg se trouve dans la partie Saar et représente un des sites les plus frais, mais aussi les plus célèbres de la zone. Dans ce grosse lage (grand cru) , Reichsgraf von Kesselstatt possède 6,6 hectares orientés au sud avec des pentes qui varient de 35% à 60%. Le sol est composite : lœss avec schistes grises et rouges. Le vins du domaine vins sont importés en France par Terres de Vins, à Momans dur Isère, en Suisse par Wyhuss am Rhy, à Bâle, et en Belgique par Swaffou, à Vortselaar.

Il m’est difficile, voire impossible, de décrire ce vin de mémoire, d’autant plus que ce fut aussi un moment de partage avec mes convives. J’ai le souvenir d’une intensité presque miellée dans un corps parfaitement sec. D’une longueur exquise et presque douloureuse par le plaisir qu’il procurait. D’une impression que le temps ne comptait pas, et que ce vin pouvait aussi bien avoir 5 ans que 10 ou 20. J’espère le rencontrer une autre fois dans ma vie.

David Cobbold

textes et photos (sauf le bâtiment)

 

PS. Sur le chemin du retour, en voiture avec mon ami Gaëtan Turner, nous avons fait escale pour dîner dans la jolie ville de Maastricht et voici ce que j’ai vu dans le vitrine d’une boutique:

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Riesling d’Alsace, la paix (2 ème fournée)

Je suis maintenant sur un autre riesling, un 2005, un autre genre bien que lui aussi de Vendanges Tardives. Je suis dans l’interprétation bien dosée, précise et sage des dames Faller. Le vin a été vinifié par Laurence, aujourd’hui partie rejoindre le paradis des vignerons, à partir d’une vigne d’une autre terre, d’une autre vigne, celle du Schlossberg, celle d’un autre Grand Cru. La blondeur n’est plus vraiment vénitienne car elle est moins soutenue. Outre de très légers reflets gris-vert, on a un vin plus lumineux, plus ensoleillé, plus jaune, plus blond quoi. Ici, on est sur la douceur fruitée, notes d’angélique et de poire confites, de fleur de tilleul par la même occasion. La douceur est présente tout du long, un peu trop penseront certains chichiteux. Pour ma part, je la trouve certes aguichante, mais belle et pas du tout ennuyeuse. Encore une fois on doit cette beauté singulière à la grâce et la fraîcheur acidulée qui l’habille. Revue quatre jours plus tard, alors que le flacon était à moitié vidé, cette grâce particulière semblait revivre avec un surcroît d’intensité.

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Ce 2005 me revient en bouche avec limpidité. Il s’étale en gras et fraîcheur, avec une saveur d’une insondable diversité (tilleul, mangue, ananas, miel, truffe, clémentine, cédrat confit, écorce de citron…), une richesse démultipliée, plus prononcée et bien plus persistante qu’au début de l’ouverture. La finale est d’une telle infinie longueur qu’elle me fait renoncer au comptage des caudalies vers lequel il m’arrive de glisser. Et c’est sans parler de l’étendue de fraîcheur qui tapisse le palais un bon moment après avoir avalé le vin. Cela me fait penser à un vaste horizon de montagnes qui pourraient bien ressembler à la Route des Crêtes vosgiennes. Une fois de plus, j’ai débouché un monument, un modèle du genre riesling.

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Plus vieux ? Voyons un 2004, par exemple. Prenons un des plus grands noms : le Clos Saint Urbain (vous saurez tout ici, en allant jusqu’au bout) en plein cœur du très volcanique Rangen, celui de Thann qui fut tant admiré par Michel de Montaigne. En ce temps-là, pas au temps de Montaigne, bien sûr, mais au temps béni où je me rendais souvent Alsace, l’immense Léonard Humbrecht était encore aux côtés de son fils Olivier comme il l’est probablement toujours, mais de manière plus discrète. Peu importe d’ailleurs, car la discrétion est ici affaire de famille : on a beau être grand par la taille, par la qualité du travail et les soins que l’on apporte à la vigne, ce sont des valeurs dont on ne se vante pas. Comme d’autres l’ont écrit avant moi, c’est en buvant son vin que l’on voit le vigneron.

Robe jaune jonquille, la finesse du nez ne demande qu’à répondre aux sollicitations de ma main qui ne cesse de faire tournoyer le liquide. À chaque mouvement de mon poignet, le vin exhale, tantôt crémeux, tantôt floral, une pointe de rose fanée par ci, un nuage de lilas mauves et d’iris par là. Indéniable finesse au nez, bouquet intense, on sent une fois de plus venir la truffe blanche qui va pouvoir accompagner un risotto aux petits pois.

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J’ai vraiment eu du pif en mettant ce vin de côté, car je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup encore en vente. En effet, il fallait parier à l’époque sur la structure et la puissance du riesling associé à la roche du Rangen pour se dire que cela en vaudrait la peine plus de dix ans après. Pour une fois que je m’envoie des fleurs… En bouche un aspect prégnant, une présence inouïe et persistante, une volonté incontrôlable de vouloir marquer le palais, une manière noble de s’imposer. Vingt quatre heures après, un peu plus de caractère salin, semble-t-il, plus herbacé aussi, avec la force qui s’en suit, le riesling n’est pas prêt de s’effacer. Les effluves floraux se sont presque tous volatilisés mais l’impression de finesse est encore là. Et la fraîcheur reste en bouche telle une veilleuse qui vous enjoint de fermer les paupières sans pour autant s’endormir. Un rêve éveillé. Hélas, je n’ai plus de foie gras mi-cuit au naturel à me mettre sous la dent… encore moins de risotto.

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Évidemment, après une telle pointure, il va falloir être très clément envers le vin qui suit, juste dans la foulée. Une teinte de bronze assez prononcée, un nez de fruits confits (pruneau, ananas, pomme…), un tantinet oxydé, assez concentré et mou en bouche, au premier abord, ce 2004 du Rosenberg, celui de Wettolsheim, est un beau piège de dégustation aveugle pour la bonne raison qu’il est déroutant, complètement inattendu. Ses parents, Geneviève et François (ce dernier aujourd’hui disparu) Barnès, sont des biodynamistes convaincus, comme la plupart des vignerons qui m’ont interpellé en Alsace ces trente dernières années. Le vin qui, tout compte fait peut paraître un peu brumeux au départ, se dévoile peu à peu et s’ouvre sur la fraîcheur. Étrangement, il nous fait d’abord penser à un Jerez avec quelques touches de noisette fraîche en bouche, mais comme j’ai horreur de ces comparaisons, je n’insiste pas…

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À l’aération forcée, il évolue toujours dans son sens initial, voguant sur l’oxydatif, allant de plus en plus vers la ténacité, la longueur et une finale plutôt sèche et feuillue d’un fort bel effet ma foi. Il me fait penser à un écrivain classique d’un autre siècle ruminant son histoire, penché sur une table éclairée par une chandelle. Ma compagne, elle, n’a guère apprécié ce style, ce qui fait que j’ai bu ce riesling très spécial à moi tout seul comme à chaque fois que j’ouvre une bouteille de fino d’ailleurs. À l’instar du précédant, il affiche bien ses 14° d’alcool et c’est à température cave que je l’apprécie le mieux (entre 13 et 15°) sur un fromage à pâte dure, vieux cantal ou beaufort. Je serais aussi curieux de voir ce qu’il donnerait sur un vieux parmesan, mais voilà, je n’en ai pas sous la main. Mon fromager non plus !

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Je sais que les dégustations sont toujours matière à caution, que ça ne passionne pas le gros de nos chers Lecteurs, que les mots utilisés pour décrire un vin ne plaisent pas à tout le monde, et qu’en outre la naïveté que j’aie qui consiste à aborder un vin comme s’il s’agissait d’un personnage important, ne sied guère. Mais voilà, vous n’y couperez pas ! Afin de rattraper mon retard sur le sujet du dieu Riesling, vous aurez droit Jeudi prochain à une troisième et dernière fournée. Tant pis pour vous !

Michel Smith

 

 

 

 

 

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Riesling, la paix d’Alsace (épisode 1er)

Allez, un peu de franchise ne nuit point : je ne connais pas autre cépage que le riesling qui, lorsqu’il est vinifié avec soin et sensibilité cela s’entend, laisse une telle impression de paix, de sérénité intérieure. C’est à peu de choses près la même ambiance que j’obtiens parfois lorsque je prépare mon thé vert Sencha Fukuyu bio afin qu’il me réchauffe le corps et l’esprit. Oui, en cela le riesling est bienfaisant. Et c’est encore plus le cas me semble-t-il avec le riesling vu par mes amis alsaciens. Il faut dire que c’est surtout dans cette province, patiemment découverte – un long et bénéfique apprentissage -, que j’ai appris à connaître les subtilités du cépage rhénan. J’aurais pu m’y intéresser en regardant au-delà des frontières et me laisser encore plus impressionner ? Probablement oui, sauf que le sort en a voulu autrement : l’Alsace est pour moi la terre bénie du seigneur Riesling.

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Cela faisait longtemps que, à l’instar de mes collègues de blog, je devais porter ma contribution à la passion que nous partageons tous pour le riesling. Alors, voilà quelques impressions sur des flacons récemment ouverts. Je vous assure néanmoins que j’aurais pu consulter tous mes carnets depuis les années 80 et vous sortir un livre entier tant ce cépage a su tenir une place prépondérante dans ma vie de chineur de vignobles. N’étant pas un savant érudit, je sais pertinemment qu’un tel ouvrage ne pourrait satisfaire que mon ego tout en me remémorant de délicieux souvenirs de gastronomie alsacienne et la présence de visages aujourd’hui disparus. Alors, voilà, je commence sagement et sans prétention par ma plus récente expérience. Et une pensée pour Richard Auther que j’ai perdu de vue depuis qu’il a quitté le vignoble provençal auquel il était attaché, le Domaine de La Courtade.

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Une bouteille, une seule, un cas unique dans ma cave que ce flacon de riesling millésimé 2000 ! Je le répète, pas même de deuxième bouteille à me mettre sous la main, sous le gosier devrais-je dire. Hélas ! Vous savez bien que je n’ai pas le talent de mes confrères journalistes pinardiers  et encore moins peut-être les bons mots, les mots d’esprit qu’il faut, les mots de commentateur-décortiqueur (aïe ! encore un mot qui n’est pas dans le dico !), les mots qui claquent, qui interpellent, les mots justes qui font mouche. Laissons tout cela aux experts, aux spécialistes, et buvons sagement, tel que nous l’entendons, tel que nous recevons les choses. Ce que je viens de faire un soir de blues où j’ai redécouvert ce vin enchanteur, ce vin parfaitement pacifiste, et même bouddhiste (n’ayons pas peu des mots !), de celui qui vous fait dire en votre for intérieur que tout va bien, que le calme est revenu, qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, qu’il convient de s’apaiser, de se laisser aller.

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C’est Richard qui, il y a plus de 20 ans, m’a fait connaître le vignoble familial qu’il surveillait de très loin. Autant le dire de suite, le vin en question se boit sans retenue, donc il est bon. Mais je ne vais pas m’arrêter là. Et tandis que je regarde dans un vieux débat télévisé le beau visage de Clémentine Autain, débat ponctué de la tonalité de sa voix claire et limpide, j’éprouve une envie folle de décrire ce vin. Alors, sans sombrer dans la facilité du cliché (la digestibilité, la sapidité, la buvabilité, la minéralité, la désidérabilité…), d’un liquide jaune bouton d’or teinté de soleil, je constate, tout en le sirotant, comme une évidence propre à bien des rieslings : c’est fou ce que ce vin déjà « vieux » peut être fougueux et alerte ! Ce ne sera qu’au terme de trois jours de vidange, que le jus concèdera à s’oxyder quelque peu et perdra par la suite, petit à petit, de son élan, de sa magnitude tout en restant pourtant ancré dans sa profondeur. Tel un pur sang que l’on aurait mis au repos dans son enclos pour une retraite bien méritée.

Et puis il y a autre chose. Je ne peux détacher mon regard de l’étiquette que je trouve assez proche du style du vin : une simplicité et un dépouillement affichés, tout juste agrémentée d’une cigogne dessinée également sur le liège qui protège le vin depuis sa mise en bouteille. J’ai toujours félicité Richard pour la justesse de son étiquette exempte de fioritures. Oui, il faut parfois illustrer le vin ! Ici quelque chose symbolisant l’Alsace et la prédominance de ses grands crus. L’appellation, justement, ne l’oublions pas : Alsace Grand Cru Winzenberg juste au dessus du clocher de Blienschwiller, un sol granitique à deux micas. Quant au millésime 2000, il est quelque part mythique… Je ne sais ce qu’est devenu le Domaine Auther dont je ne trouve aucune trace sur la toile. Revendu ? Amis alsaciens, à vos claviers…

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Un après-midi de chien. Dehors, il vente et par intermittence il pleut. On a la désagréable impression que la maison tremble, bref, il fait un temps à ne pas mettre chats et chiens dehors. Tandis que les parfums de l’osso buco de Brigitte achèvent de me réchauffer le corps et d’exciter mon esprit, je me dis qu’il n’y a qu’un blanc qui puisse suivre le plat avec honneur. Je n’ai qu’à plonger mon bras au hasard de ma collection de rieslings pour tomber pile sur le 1997 de Marc Kreydenweiss. Bonne ou mauvaise pioche, je ne peux m’empêcher un moment d’hésitation avant l’ouverture. D’autant que je remarque, presque cachée, la mention Vendanges Tardives. On ne va tout de même pas boire ça sur un osso buco ? Puis je me dis que peu importe, qu’après tout un grand riesling est toujours capable de prouesses inattendues. En outre, il s’agit du superbe millésime 1997 ! Plus question de l’oublier : en vieux conservateur égoïste que je suis devenu avec l’âge, cette bouteille sera ouverte sur le champ ! J’avoue que j’ai déjà hâte de revisiter l’atmosphère médiévale du village des Kreydenweiss, mais j’ai en tête cette lancinante question d’amoureux transi : que peut donc bien donner ce vin dans ce millésime mythique sur les fortes pentes de ce très vosgien grand cru d’Andlau, le Wiebelsberg (12 ha, bénéficiant en moyenne de 1.637 heures d’ensoleillement par an), dans sa version riesling choisie qui plus est en VT chez un vigneron fort, déjà à l’époque, d’une bonne expérience de la biodynamie ?

Blondeur presque vénitienne, est-ce sol de grès sableux qui en serait la cause ? Mais dès l’attaque, on sent une forme de rondeur inattendue très rapidement contrée par des notes éclatantes de fraîcheur mêlée à la douceur d’un miel de pâturages et de fruits blancs en compote, de pomme caramélisée aussi. La longueur est certes au rendez-vous, mais sans excès. Aucune impression de sucre, ou alors très peu, une légère sensation tannique proche de la peau fripée du raisin et cet incomparable sensation d’un bon « nettoyage » de bouche qui fait de ce vin, après l’osso buco, un parfait compagnon de cigare. C’est ainsi que j’ai achevé la bouteille : en compagnie de mon dernier Siglo IV Cohiba acheté au temps où je gagnais assez d’argent pour me l’offrir (à l’unité, je précise !), à temps pour entamer un long match gustatif qui se déroulera tout en finesse. Le vin m’accompagnera pendant quatre ou cinq jours par la suite, sans cesser de frapper ma curiosité.

Je pourrais m’arrêter là, m’en tenir à ces deux exemples. Et je ne manque pas de munitions. Alors, la suite au prochain numéro, comme on dit dans les feuilletons…

Michel Smith

Photos ©MichelSmith

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