Les 5 du Vin

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Cabardès ou la progression d’une appellation

Les appellations de vin en France sont très nombreuses : bien trop nombreuses à mon avis, mais cela est un autre sujet que j’aborderai peut-être un autre jour. Pour avoir voix au chapitre, que cela soit en France ou, surtout, face à une concurrence mondiale, toutes ces appellations elles n’ont pas d’autres solution que de hausser leur niveau de jeu. C’est un peu comme le XV de France !

Je pourrais prendre plusieurs exemples de réussites, mais aussi d’échecs dans ce domaine. Je vais en prendre un seul et il s’agit d’une réussite dont la preuve m’a été fournie par une dégustation à l’aveugle organisée récemment à Paris pour des professionnels du vin et par les responsables de cette appellation présidée par Miren de Lorgeril.

Il s’agit de Cabardès. Bon sang, mais Cabardès, où est-ce? Et combien de divisions ? êtes-vous peut-être en train de vous dire.

Situation géographique : c’est une des appellations les plus occidentales du Languedoc, sur la ligne de partage entre deux grandes zones climatiques : atlantique et méditerranéenne.  Seule l’appellation Limoux est située un peu plus à l’ouest. La ville voisine du Cabardès est Carcassonne, célèbre pour sa magnifique cité médiévale; la Montagne Noire n’est pas très loin. Un des résultats de cette situation est que l’encépagement autorisé associe cépages atlantiques et méditerranéens, ce qui fournit une palette intéressante pour les vignerons.

Combien de divisions ? Pas beaucoup, car l’appellation ne compte que 450 hectares que se partagent 28 producteurs dont 3 caves coopératives. Mais cette petite appellation a des atouts que je vais essayer de vous démontrer. : elle exporte 50% de sa production et le prix moyen d’une bouteille de Cabardès chez un caviste en France tourne autour de 10 euros seulement. Les vins sont rouges à 85% car la vague du rosé n’en pas encore submergé cette appellation, heureusement !

Alors cette dégustation ? Bien organisé par le Syndicat de l’AOP Cabardès avec le concours d’un spécialiste et de la dégustation et de la statistique, Bernard Burtschy, elle s’intitulait « Les Remarquables 2017 ». On nous proposait de déguster à l’aveugle 22 vins rouges, issus de différents millésimes et choisis par les producteurs eux même pour représenter l’appellation au plus haut niveau possible. L’idée étant de créer de l’émulation en interne, et de montrer, à l’externe, que cette appellation peut produire de très beaux vins. Pour cela la sélection s’est faite avec des cuvées plutôt haut de gamme pour l’appellation, avec des prix qui allaient, pour la quasi-totalité, de 10 à 25 euros. Un seul vin dépassait ce dernier prix.

Et alors ?

Une réussite selon moi. Evidemment tous les dégustateurs n’était pas d’accord sur les meilleurs vins mais on sait bien à quel point la dégustation est une exercice subjective dans lequel entrent bon nombre de paramètres comme, par exemple, son propre goût, son humeur ou forme physique du jour, mais aussi parfois l’ordre de service des vins ou leur température. Collectivement, les membres du jury ont élu ces quatre vins comme « Les Remarquables 2017 »

Domaine de Cabrol – Vent d’Est 2015 (15/20 pour moi)

Château Jouclary – Guilhaume de Jouclary 2015 (14,5/20 pour moi)

Château de Pennautier – L’Esprit de Pennautier 2014 (16/20 pour moi)

Maison Ventenac – Mas Ventenac 2010 (14,5/20 pour moi)

Quelques observations et rajouts à ce constat global. Premièrement j’ai été très agréablement surpris par la qualité de l’ensemble des vins présenté à cette dégustation. Honnêtement, je ne situais pas la qualité de Cabardès à ce niveau-là, comme quoi il faut toujours éviter les préjugés ! Selon moi, le caractère de ces vins était bien plus méditerranéen qu’océanique, car ces cuvées m’ont semblé assez chaleureuses et rondes dans l’ensemble, et certaines avaient aussi une bonne structure de garde. Aucune ne souffrait de tanins verts, en tout cas, même s’il y avait quelques vins un peu faibles.

Je dois dire que je suis assez d’accord avec le résultat donné par l’ensemble des juges : j’ai bien noté les quatre vins en question, même si j’aurais envie de rajouter quelques autres qui m’ont fait très bonne impression et que j’ai parfois préféré comme :

Château Rayssac, cuvée l’Essentiel 2013 (16,5/20)

Domaine de Cabrol, La Dérive 2013 (16,5/20)

Domaine de Cazaban, Coup des C 2013 (15/20)

Maison Lorgeril, Montpeyre 2012 (15/20)

Château Saltis, comme autrefois 2005 (16/20)

Maison Ventenac, Grande Réserve de Georges 2014 (15,5/20)

En résumé, il s’agit d’une bonne opération qui devrait fonctionner aussi bien en interne (et tout cas on peut l’espérer) pour créer de l’émulation qu’en externe pour remonter l’image globale de l’appellation. Dans le détail, deux producteurs m’ont particulièrement impressionnés par la qualité des deux vins qu’ils avaient soumis à nos jugements : Pennautier/Lorgeril et Cabrol.

David Cobbold

 


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Porto Vintage 2015

J’étais très heureux, la semaine dernière, de pouvoir me rendre à l’événement annuel organisé à Paris par l’Instituto dos Vinhos do Douro e do Porto ; d’autant plus que cette année, au lieu d’organiser cela autour d’un dîner, toujours trop long et trop chargé en accords finalement difficiles et fatigants, ils ont eu la bonne idée de présenter une dégustation assise du millésime 2015 en portos vintage et portos single quintas vintage (une explication de la différence suivra), ainsi que quelques raretés parfois surprenantes issus d’autres catégories de grands vins de porto.

Il ne faut pas oublier que la France, si elle est le plus important client à l’export pour les vins de porto, est aussi un des plus ignorants des qualités supérieures de ces vins mutés.

En gros, nous achetons des quantités considérables des portos ordinaires et pas assez des grands vins : la faute probablement à l’image du porto de base, jeune ruby ou tawny, comme l’apéritif type des retraités de ce pays.

Les chiffres des exportations publiés par l’Institut sont éloquents : pour les neuf premiers mois de cette année, la France tient bien sa place de premier pays en volume avec près d’un million et demi de caisses de porto importées, mais dont seulement 9% sont des qualités supérieures.Le Royaume Uni et les Etats-Unis, respectivement en 5ème et 6ème place sur le plan du volume, privilégient bien davantage les portos de qualité, qui représentent respectivement 53% et 57% de leurs importations.

Cela s’explique en partie par le poids de l’histoire. Le porto est, depuis ses origines, essentiellement un vin développé par et pour le marché britannique et les termes « vintage« , « late bottled vintage« , « tawny » ou « ruby » utilisées pour décrire différentes catégories de ce vin, ainsi que le nombre d’acteurs d’origine britanniques dans le vignoble et le négoce de porto (Taylors, Croft, Cockburn, Sandeman, Graham, Dow, Warre, Smith Woodhouse, Gould Campbell, Churchill, etc) sont des indicateurs assez claires sur ce point. Mais est-ce suffisant ?

En tout cas je crois que l’habitude française de boire le porto à l’apéritif constitue un frein puissant au développement d’une connaissance des grands vins de cette appellation, une des plus anciennes du monde. Cette habitude a même quelque chose de choquant pour un anglais un peu traditionaliste : j’ai le souvenir de feu mon beau-père (le mari de ma mère) refusant de servir ma compagne qui avait eu l’outrecuidance de demander une verre de porto à l’apéro !

Les Portos Vintage sont, comme leur nom indique, des vins issus d’une seule année. Il font partie de la grande catégorie des portos ruby, c’est à dire de couleur rouge. Pour préserver ce ton et la saveurs fruité qui vont avec, ces vins sont mis en bouteille assez jeunes. Mais des portos millésimés existent dans l’autre grande catégorie, celle des tawnies. Le mot « tawny » signifie couleur fauve ou ambré en anglais. Un Porto Tawny millésimé s’appelle Colheita, qui est le terme portugais pour vendange (vintage en anglais). Ces vins sont élevés longtemps sous bois et mis en bouteille après une période généralement longue, souvent au delà de 20 ans. Les tawnies de catégorie supérieure sont rarement des colheitas, mais peuvent en revanche avoir un compte d’âge moyen (10 ans, 20 ans, 30 ans) Tout est clair ? Mais ce n’est pas fini !

Dans la catégorie Vintage, il y a les Vintage et les Single Quinta Vintage (je vais passer sur les Late Bottled Vintage, car cela va devenir lassant à la fin). Quelle différence ? Comme en Champagne, chaque producteur est libre de déclarer un vin issu d’un seul millésime comme un vintage. Mais, à la différence de la Champagne, ces vins doivent toujours être contrôlés et approuvés par analyse et une dégustation à l’aveugle conduite par des spécialistes à l’Institut des Vins de Porto.

Les maisons de portos ne déclarent un vintage que dans une année qu’ils considèrent comme exceptionnelle et capable d’une très longue garde. Il s’agit de vins issus d’assemblages entre différentes parcelles et donc de différentes quintas (domaines). Mais les vins de certaines quintas peuvent être d’une belle qualité sans que cela soit le cas partout dans la vallée du Douro. Ils sont donc déclarés comme des Single Quinta Vintage et portent évidemment le nom de la quinta en question.

Le millésime 2015 est clairement dans une sorte de position intermédiaire : la plupart des grandes maisons n’ont pas déclaré de Vintages, mais ils ont souvent déclarés des Single Quinta Vintages. Les autres ont fait comme ils pensaient bien de faire. En résumé, c’est un bon millésime, mais probablement pas un grand millésime comme 2011 par exemple.

Ma dégustation de ces 16 vintage et single quinta 2015

NB. Je vais commenter tous les vins, et pas seulement ceux que j’ai aimé ! L’ordre est celui des la dégustation.

Quinta do Infantado 2015

Une belle quinta que j’avais visité l’an dernier et qui ne produit que des vins de son propre domaine (portos et vins du douro), ainsi qu’une excellente huile d’olive. Ce fut un des très bons vins de cette dégustation pour moi, mais dans un style particulier qui est issu d’une recherche d’une relative légèreté dans un vin de ce type. Le nez est riche et complexe avec des notes classiques de pruneau, de fumé et de ciste. Le toucher est fin et une belle sensation de fraîcheur accompagne le vin jusqu’à le fin (bonne longueur) ou on perçoit à peine une note plus chaleureuse. Les tanins sont parfaitement intégrés dans ce vin au style très accessible et qui finit presque sec. Le producteur a ensuite confirmé que le sucre résiduel y est bien inférieur à la moyenne. (16,5/20)

Quinta Santa Eufemia 2015

Je ne connaissais pas ce producteur auparavant. Il se situe dans la partie ouest de l’aire de l’appellation, près de Regua. Ce vin est plus chaleureux et classique que le précédent, mais le nez est moins expressif, entre notes fumées et florales. Les tanins sont encore bien présents et il lui manque un peu de fraîcheur. Niveau correct mais pas exceptionnel. (14/20)

Croft, Quinta da Roeda 2015

Nez à la fois fruité et bien complexe. En bouche, ce fruité juteux se confirme dans un style classique, bien équilibré et long. (15/20)

Quevedo 2015

Encore une marque que je découvrais à cette occasion. Le style est très fruité mais un peu simple, bonbon, sucré et souple. C’est plaisant, mais pas à garder – et pas au niveau de beaucoup d’autres. (13/20)

Ramos Pinto 2015

Une des maisons qui a décidé de déclarer un vrai Vintage cette année. Un très beau nez plein d’herbes sauvages et d’aromates sur un fond fermement fruité mais toute en élégance. Très bel équilibre en bouche, avec un beau style qui s’étire en longueur et une finale ferme qui laisse augurer une bonne garde. (16,5/20)

Sandeman, Quinta do Seixo 2015

Nez encore bien marqué par son élevage avec des notes de fumé, puis de goudron. Vin dans un style puissant et tannique, d’une bonne longueur mais manquant de finesse. (14,5/20)

Taylor’s, Quinta do Vargellas 2015

Le nez est assez fermé au début mais s’ouvre ensuite sur des sensations denses, d’une très belle ampleur. Ce côté intense et luxuriant se révèle réellement en bouche, autour d’une belle trame tannique. Ce vin aussi vibrant que structuré et complet, complexe et long. Un très beau classique de cette magnifique quinta. (17,5/20)

Fonseca Guimaraens 2015

Si Taylor’s ni Fonseca n’ont déclaré de Vintage en 2015, Fonseca a déclaré une sorte de second vin pour lequel la marque Guimaraens est utilisé. Le premier flacon avait un problème de TCA dû au liège. Le deuxième avait un nez fin, très frais, avec des odeurs de garrigue et de fruits noirs. En bouche on découvre un jus magnifique, aussi affiné que structuré dont la qualité du fruit est éclatante. Aussi long que fin, c’est un grand vin absolument délicieux. (18/20)

Cruz 2015

Nez très fumé aux arômes un peu lourds de goudron. En bouche, un contraste, car le vin apparaît presque délicat mais simple et sans structure. (12/20)

Rozes, Quinta do Grifo 2015

Peu expressif au nez. En bouche, chaleureux et brûlé, manquant de fruit. Simple. (12/20).

Burmester, Quinta do Arnozelo 2015

Un jolu vin bien fruité avec une structure fine mais présente. De la fraîcheur et du caractère avec une finale un peu trop sucrée à mon goût et un peu chaleureuse aussi. ‘(14,5/20)

Cruz, Dalva 2015

Une belle qualité de fruit et une structure fine. Il finit un peu court mais c’est un vin plaisant et bien équilibré à part une sensation un peu asséchante en finale (14/20)

Quinta do Ventozelo 2015

Le nez est fin et frais, avec un fruité séduisant. Son caractère très juteux en bouche n’est pas au détriment de la finesse. L’ensemble n’est pas très long mais il a beaucoup d’élégance et un bon équilibre. (15/20)

Quinta das Carvalhas 2015

Le nez est assez terreux et manque de fruit. Les tanins sont présents mais discrets et ke finale est marqué par l’alcool (12/20)

Niepoort 2015

Un vin aussi juteux que fin. Une très belle dynamique en bouche avec une arrivée de fraîcheur après la première sensation de fruit mûr. Finit bien équilibré, avec juste une légère sensation de chaleur. (15/20)

Vista Alegre 2015

Nez de fumé et de ciste. Très chaleureux en bouche et manquant de substance. L’alcool domine trop. (12/20)

Plus tard, lors d’une autre dégustation, j’ai parlé avec la lauréate de l’édition 2017 du concours Master of Port, Julia Scavo, que j’avais aperçue lors de cette dégustation. Nous avons échangé nos avis et les noms de nos vins préférés – et ils étaient identiques. 

David


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Bulles : une (petite et modeste) revue de détail

J’y vais tous les ans vu que ça a lieu chaque année au même endroit, à la même période et toujours selon le même principe : invités à un mois de Noël par Jean-Pierre Rudelle, le patron du Comptoir des Crus à Perpignan, les représentants des maisons de Champagne viennent avec armes et bagages faire goûter aux amateurs deux (parfois trois) de leurs cuvées, vins que l’on retrouve en vente pour ce jour-là à un prix «d’ami ».

Simple comme bonjour, cette initiative est aussi l’occasion pour moi de faire une petite révision champenoise. Et si j’en profite pour revoir mes avis sur des marques qui me sont familières, grandes ou petites, je m’attache aussi à découvrir de nouveaux noms comme le champagne Charpentier (acheté 16 € l’an dernier) qui a fait le bonheur de ma cave durant l’année écoulée.

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Idée de décor ! Photo : BrigitteClément

Je vous en parlais en 2013 et déjà j’étais enthousiaste à l’idée que cette journée devienne une sorte de rituel. Il suffit de s’offrir un verre (10 € remboursés en cas d’achat) et de se promener au gré des barriques (renversées debout) transformées en comptoir de présentation et de dégustation. On peut même s’amuser à faire cela en accéléré. En se pointant par exemple dès l’ouverture, vers onze heures du matin. Le tour complet prend environ une heure trente avec une quinzaine d’arrêts et un temps plus ou moins long passé à discuter avec les représentants en fonction de l’intérêt de leurs vins ou (et) de leur connaissance du terrain. Bref, cela représente un apéritif studieux, juste avant d’aller déjeuner la faim au ventre quelque part en ville.

Version 2

Le champagne expliqué aux clients… Photo : BrigitteClément

Un exemple à suivre

Tous les cavistes (ou presque tous) devraient pouvoir organiser une telle journée et il me semble qu’ils sont de pus en plus nombreux à le faire dans d’autres grandes villes. Pour rendre la chose encore plus palpitante, il y a des habituées parmi les maisons qui font se déplacer une de leurs « commerciaux ». Cela permet de faire des comparaisons avec les vins voisins, de noter des changements de goûts ou de chef de cave. Puis chaque année quelques nouvelles marques en remplacent d’autres avec, parfois une ou deux cuvées d’exception, histoire de briller – ou de frimer – plus encore aux yeux des amateurs. L’avantage, c’est que ça tourne. Cette année, point de Pol Roger, de Krug, Jacquesson, Drappier ou Veuve Clicquot, guère plus de grosses pointures comme Moët et Chandon, peu de petits récoltants-manipulants et aucune coopérative de taille, à l’instar de celle de Mailly présente lors de je ne sais plus quelle édition.

Voici donc les bulles les plus marquantes de ma tournée 2017.

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Quelques remarques préalables : pas d’ordre précis dans cette revue et toujours pas de notes chiffrées, je préfère la (ma) description, brève et parfois sommaire. Peu de description sur le ressenti au nez car dans ce genre de dégustation on est un peu pressé par le public et il faut aller droit au but : la bouche. Sachant que cette dégustation ne se faisait pas à l’aveugle, la seule chose que j’avais devant les yeux, en dehors du vin, était la marque du champagne, le nom de la maison si vous préférez. Pour ne pas être trop influencé, je refusais toute explication sur la composition de la cuvée et sur son prix de vente dont je n’ai eu connaissance qu’à la fin. Parlons-en du prix : dans ce qui suit, je vous donne le tarif consenti pour ce jour-là et le prix normal en boutique pour les jours à venir. Et quid du verre ? Sincèrement, j’ai oublié de noter ce détail (le nom de la verrerie) qui a pourtant son importance. Tout ce que je sais, c’est que j’ai décliné la flûte que l’on me tendait et que, grâce à mon pote caviste, j’ai pu bénéficier d’un beau verre assez large afin que je puisse considérer le champagne comme ce qu’il est : un vin à part entière et non une simple boisson à bulles.

-Deutz. Avec cette maison d’Aÿ la dégustation démarre toujours bien : j’ai l’impression d’être chez moi, de cultiver mon jardin. Tout commence avec un Brut Classic à majorité pinot noir qui m’enchante toujours tout bêtement parce qu’il « nettoie bien la bouche », qu’il la « prépare » à affronter la suite. Je ne sais pas pourquoi je mets tous ces mots entre guillemets, mais je les trouve adaptés à cette sensation de belle acidité, de fruits blancs et de longueur honorable (35,10 € au lieu de 39 €). Le blanc de blancs 2011 qui suit est encore plus engageant : crémeux dès le nez, il l’est ensuite en bouche. Matière riche, amplitude, fraîcheur et longueur, tout y est ! (62,10 € au lieu de 69 €). Au passage, j’attends avec impatience la nouvelle cuvée William Deutz 1990 de pur pinot-noir que je viens de mettre en cave pour quelques mois.

-Charles Heidsieck. Pas de problème non plus avec cette maison qui assure dans la régularité depuis pas mal d’années. Brut Réserve à la mousse frénétique, enthousiasme et fraîcheur en bouche, sans oublier l’équilibre, le tout avec une jolie finale (35,10€ au lieu de 39 €). Le Rosé Réserve assure lui aussi d’emblée une très belle prestation : droiture, netteté, franchise (48,60 € au lieu de 54 €).

-Le Gallais. Dans la vallée de la Marne, à Boursault, la maison produit une Cuvée des Cèdres (brut nature) : nez assez fin, bouche directe et expressive sur un équilibre bien dessiné (31,50 € au lieu de 35 €). La Cuvée du Manoir, par laquelle j’aurais dû commencer, donne un vin d’apéritif, plus marqué par l’acidité d’une pomme granny-smith (26,10 € au lieu de 29 €).

-Grier. Pas une marque champenoise, mais une maison sud africaine qui passe là-bas pour être le pionnier du mousseux de qualité. Installée depuis quelques années au fond de la vallée de l’Agly, dans les Pyrénées-Orientales, la famille Grier progresse indéniablement dans ses assemblages de macabeu, carignan blanc, grenache gris et autres vieux cépages locaux associés au chardonnay du coin (25%). Nez fin légèrement épicé, bouche pleine, riche, structurée et longue (11,70 € au lieu de 13 €). Deux vins sud-africains pour suivre : le brut Villiera Tradition (chardonnay pour moitié, reste pinot noir et meunier), 18 mois sur lies, croustillant, long et frais jusqu’en finale (11,70 € au lieu de 13 €) ; l’autre, le Monro brut, particulièrement droit en bouche, très long et marqué par une belle acidité (22,50 € au lieu de 25 €). D’excellents rapports qualité-prix et mon choix pour cette année.

-Bollinger. Une seule cuvée à goûter, celle qui fait figure de BSA, le Spécial Cuvée. Densité et matière en bouche, richesse et longueur sans emphase, c’est un classique auquel j’adhère volontiers (44,10 € au lieu de 49 €).

-Lallier. Difficile de passer après Bollinger, mais ce Brut Nature, aussi puissant que sérieux en bouche est joliment structuré et doté d’une belle longueur (31,50 € au lieu de 35 €). Le Grande Réserve, m’est paru moins bavard bien qu’il se distingue par sa richesse et sa longueur (26,10 € au lieu de 29 €).

-Ruinart. Un très chardonnay R de Ruinart dense, vif, animé, mais crémeux, fin et équilibré. Il me semble noter un changement dans le rajeunissement de cette cuvée que je goûte pour la première fois avec un plaisir intense (41,40 € au lieu de 46 €) alors qu’auparavant je n’étais guère attiré. Le Blanc de blancs quant à lui est très frais, assez craquant, aussi soigné en longueur qu’en équilibre (62,10 € au lieu de 69 €). Le rosé était trop glacé pour être sérieusement annoté, si ce n’est que je l’ai trouvé d’une richesse assez éclatante (62,10 € au lieu de 69 €).

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-Henri Giraud. En progression, me semble-t-il, par rapport aux années précédentes, cette maison d’Epernay m’a bluffé avec son Esprit Nature bien sec, pinot noir et meunier, lumineux en bouche, marqué par une belle acidité (35,10 € au lieu de 39 €). Le Blanc de craie est un pur chardonnay (si j’ai bien compris) qui fait beaucoup d’effet : hauteur, puissance, netteté, équilibre, longueur (44,10 € au lieu de 49 €).

-Jean-Noël Haton. Vignerons indépendants de Damery, les Haton proposent un Brut Classic blanc de noirs d’une belle franchise idéale pour l’apéritif accompagné de crustacés (20,60 € au lieu de 22,90 €). Une autre cuvée Extra retient l’attention pour sa largesse, son amplitude, sa fraîcheur et ses notes poivrées (32,40 € au lieu de 36 €).

-Besserat-Bellefon. Toujours un faible pour cette maison qui se maintient à un bon niveau qualitatif. Une cuvée Grande Tradition au joli nez grillé, simple mais bien ficelée en bouche avec ce qu’il faut de fruits blancs et une finale sur la fraîcheur (21,60 € au lieu de 24 €). En brut, la Cuvée des Moines (déclinée en plusieurs cuvées, y compris rosé) se remarque par sa droiture, son amplitude, sa fraîcheur et son fruité persistant jusqu’en finale (28,80 € au lieu de 32 €). On notera enfin un magnifique Grand Cru Blanc de blancs toujours marqué par une large amplitude, beaucoup de noblesse côté matière et une grande élégance générale (40,50 € au lieu de 45 €).

-Philipponnat. Remarquable cuvée Royale Réserve (non dosé) pour cette maison de Mareuil-sur-Aÿ plus connue pour son fameux Clos des Goisses absent de cette dégustation. Le nez ne manque pas de distinction, tandis qu’en bouche on ressent la vinosité du pinot noir allié à la complexité d’une part non négligeable de vins de réserve. Amplitude, fermeté et longueur pour un vin digne d’une belle entrée en matière lors d’un repas entre amoureux du vin (35,10 € au lieu de 39 €).

-Marie Sara. Marque d’une maison auboise donnant naissance à une agréable cuvée de brut à la fois simple et souple, aux notes crémées et à la longueur honorable pour une dominante meunier (21,60 € au lieu de 24 €). Une autre cuvée Extra Brut (non dosée), typée pinot noir, se révèle plus épicée avec des notes grillées (32,40 € au lieu de 36 €).

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-Laurent Perrier. L’Ultra Brut, que l’on ne présente plus, se distingue une fois de plus par sa complexité et sa longueur en bouche sur des notes pierreuses et fumées (43,20 € au lieu de 48 €), tandis que le brut (normal) La Cuvée, toujours aussi régulier, est tout simplement magnifique d’amplitude et d’expressivité, sans parler de son infinie longueur (35,10 € au lieu de 39 €). J’ai aussi retenu la même cuvée en rosé pour son imposante matière, sa densité et sa longueur en bouche (71,10 € au lieu de 79 €).

-Taittinger. Un Brut Prestige assez fin et complexe au nez, serré et dense en bouche (35,10 € au lieu de 39 €). La cuvée Grands Crus offre une trame toujours imposante et serrée sur des notes de fleurs des champs et une finale harmonieuse (47,70 € au lieu de 53 €).

-Charpentier. Une maison typique de la vallée de la Marne avec un Brut Tradition simple de par sa conception architecturale, aux trois quarts pinot noir, surtout marqué par des bulles très fines et de jolies notes fruitées (17 € au lieu de 18,90 €). Le rosé, assemblage pinot noir et chardonnay, nous promène sur de fines notes de fruits rouges dans une ambiance un peu plus vineuse (23,30 € au lieu de 25,90 €).

-Gosset. Le brut Excellence (majorité de pinot noir avec 40 % de chardonnay), très croustillant en bouche, offre de l’éclat, beaucoup de luminosité et de longueur (35,10 € au lieu de 39 €).

                                                                                                         Michel Smith

 


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Faut-il commenter un mauvais vin?

Nous avons déjà abordé ce sujet, mais voici qu’il revient dans l’actualité à la faveur d’un débat au Québec, dont notre collègue et ami Marc-André Gagnon (Vinquébec), s’est fait l’écho.

Je vous laisse découvrir les différents arguments des protagonistes, ICI

Quant à moi – et je n’engage aucun des autres membres de cette coopérative d’écriture en le disant, je commente rarement des vins qui ne me plaisent pas. Ma principale raison étant que j’ai déjà du mal à trouver de la place pour publier les notes sur tous ceux qui me plaisent.

Les exceptions à cette règle plus pragmatique que déontologique, je le concède, sont les cas de vins à défauts – des cas où le commentaire devient vraiment didactique.

Reste le problème de savoir où mettre la barre entre le vrai défaut et la simple « non-qualité ». Ce n’est pas toujours si évident. Il faut pouvoir justifier.Ne pas prendre sa subjectivité pour une généralité, non plus.

Quand je relis la chronique d’Antonin Iommi-Amunategui, ICI, qui confond allégrement vin et politique, Dieudonné et Nicolas, le faux vigneron Pierre Chanau et le vrai domaine familial de Tariquet (dont la qualité des vins n’a rien à voir avec le nombre d’hectares, Antonin, et que nous apprends-tu sur eux?), je me dis que les lecteurs de l’Obs valent mieux que ça; ils n’ont pas mérité qu’on les matraque de critiques d’opinion biaisées. Le valeureux peuple de gauche est aussi bien capable que la droite décomplexée de juger des vins par lui-même. L’informer, oui, le formater, non.

Marc-André, lui, établit une comparaison, assez juste, avec les critiques de cinéma. Je ferai cependant remarquer que dans bien des cas, les critiques cinématographiques sont totalement en porte-à-faux par rapport au spectateur moyen; qu’ils encensent des films prétendument « à message » et qu’ils snobent les films « grand public ».

A l’inverse, dans les magazines de vin, il est rare que des vins vraiment « grand public » soient commentés – je n’ai pas souvenir d’y avoir jamais vu, comme ici, de dégustation comparative de Vin de France, par exemple. Est-ce que ce serait déchoir?

C’est pourquoi je trouve le débat des plus intéressants, et je ne peux que me réjouir que nos amis québécois l’aient ranimé.

Hervé Lalau


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Muscadet et huîtres : un accord classique qui ne marche pas !

Les accords « classiques » ont la vie dure et longue. Parfois ils fonctionnent assez bien, mais, dans d’autres cas, j’ai du mal a comprendre leur justification gustative. C’est le cas de la combinaison hyper-classique du muscadet avec des huîtres. Le muscadet est un vin blanc assez délicat, voire discret et, pour les meilleurs, peu acide. L’huître, avec certes des variations saisonnières et selon l’origine, a un goût parfois bien marqué par le sel, souvent par l’iode, et qui contient pas mal de cette saveur que les japonais ont nommé umami. L’umami, aujourd’hui reconnu par des scientifiques comme un cinquième goût, est autant une texture qu’une saveur et dont la présence de glutamate est un ingrédient essentiel. Il agit aussi comme un exhausser de goût et, dans le cas de l’huître, cet effet est amplifié par la présence du sel. Je pense que cette combinaison est la source de mon problème avec l’accord huîtres/muscadet. En tout cas, le résultat pour mon palais, et que le goût de l’huître domine systématiquement celui du muscadet, qui disparaît presque totalement. Parfois aussi cette combinaison produit un goût métallique assez déplaisant.

J’ai souvent été déçu par un effet d’écrasement du vin par certains plats, et ceci me semble particulièrement vrai avec cet accord qui, pourtant, est constamment reproduit dans des livres ou articles. J’avoue y avoir cédé parfois par facilité. Pourquoi insister alors sur un tel accord ? Une proximité des régions de production des deux produits peut engendrer ce type de solution de facilité. Bretagne pour les huîtres et Muscadet pour le vin blanc est un cas évident. D’autres cas similaires fonctionnent mieux pourtant, comme Sancerre et fromage de chèvre, ou Gewurztraminer et Munster. Mais la proximité géographiques des produits n’est pas une preuve d’un bon accord.

Très récemment, à l’occasion d’une présentation des excellents vins de Muscadet de Jérémie Huchet et Jérémie Mourat, j’ai pu de nouveau expérimenter cet accord, ou plutôt ce désaccord, et avec des très beaux vins de Muscadet. Cette dégustation avait lieu à Paris et les accords avaient été préparés par l’excellent professionnel qui est Olivier Poussier, avec des huîtres de grande qualité et de différentes provenances, assortis à des muscadets issus des crus communaux, sujet dont mes collègues ont déjà parlé sur ce même site. Les vins provenaient de millésimes qui s’étalaient entre 2016 et 2002, renforçant clairement mon avis déjà acquis que ces vins ont une bonne capacité de garde et que les meilleurs y gagnent en complexité. Les vins présentés ayant beaucoup de qualités, je vais vous les présenter avant de revenir sur le sujet des accords, ou plutôt le problème des accords tels qu’ils étaient proposés à cette occasion.

Muscadet Sèvre et Maine, Clos les Montys 2016

Seul vin de la série à ne pas être issu d’un des crus communaux, son nez fin et délicat est plutôt floral. La bouche est directe, simple, relativement vive et très agréable. Une bonne mise en bouche pour la suite.

Muscadet Sèvre et Maine, Monnières Saint Fiacre 2014

Ce vin était encore en cours d’élevage au moment de la dégustation. Le nez avait donc un caractère de réduction qui me faisait penser à de la cacahuète. Assez intense, ciselé et directe. pas encore très complexe.

Muscadet Sèvre et Maine, Clisson 2014

Pas très aromatique au nez, mais cela semble être un constant pour les muscadets qui, pour moi, se révèlent surtout en bouche. Dans ce cas on découvre une belle suavité, qui est à la fois tendre et complexe, au cœur intense et avec une très belle longueur. Un très beau vin.

Muscadet Sèvre et Maine, Goulaine 2013

Plus « large » dans ses saveurs avec aussi une belle intensité et beaucoup de longueur. Le fond est assez ferme avec une touche  un peu métallique. Du coup le fruit peine à enrober cela et le vin paraît assez austère. En anglais on dirait « steeely » (vous remarquerez mes efforts pour éviter le mot valise de « minéral » !)

Muscadet Sèvre et Maine, Château-Thébaud 2012

Nez plus complexe avec des notes fumées. Relativement riche et savoureux en bouche. Précis et vif avec une excellente longueur.

Muscadet Sèvre et Maine, Gorges 2012

Ce nez m’a semble plus parfumé que les autres, avec un léger fruité de fruits blancs et un accent océanique. Le fond est solide et, dans ce cas, le fruit s’y intègre très bien sans être écrasé. Une combinaison très intéressante entre tendresse et austérité. Très joli vin.

Muscadet Sèvre et Maine, Château-Thébaud 2002

Ce vin était servi à table, juste après la dégustation. Il m’a semblé bien plus riche et puissant que tous les autres, peut-être en partie parce qu’il n’y avait pas d’huîtres pour interférer. En tout cas l’évolution dans le temps lui a été bénéfique, le faisant gagner en puissance aromatique et en complexité. Très beau vin.

Pour plus d’informations sur ces excellents vins, voici l’adresse de leur site dédié : http://www.lesbetescurieuses.fr

 

Les huîtres et la difficulté de ces accords

Les huîtres étaient de très belle qualité, là n’est pas le problème. Il y avait des spéciales de claire d’Oléron et du Bassin d’Arcachon, des spéciales de Bouzigues, des Princesses de Kermancy de La Trinté sur Mer, des Prat ar Coum d’Yvon Madec et des plates de Cadoret. Chaque huître était proposé avec un Muscadet en particulier. J’ai essayé les accords tels qu’ils étaient présentés, puis j’ai fait des croisements pour voir si cela marchait mieux. Sans grand succès.

J’ai trouvé que le meilleur accord était avec le muscadet le plus jeune et le plus simple : le premier vin dans ma liste ci-dessus, à condition de prendre une huître pas trop puissante. La saveur riche et la texture grasse de l’huître plate écrasait tous les vins, et, à moindre degré, toutes les autres huîtres s’avéraient trop puissantes pour tous les vins. Pour trouver un bon accord avec l’huître ne faudrait-il pas essayer plutôt des vins ayant des saveurs plus perçantes, à l’acidité plus prononcée ? Ou introduire un peu de sucre dans l’équation avec un demi-sec, afin de contrer l’effet de l’umami qui agit presque exactement comme le sucre dans les accords. Ou simplement accepter stoïquement la défaite et prendre plaisir avec son huître avant de boire un coup ? Vos idées et expériences seront le bienvenu ici…..

David


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Moi aussi j’étais à La Livinière et j’ai reçu un Bôjô Nouvô

À La Livinière, le vent du Nord, plus froid et plus fort que la Tramontane, tentait d’arracher les dernières feuilles aux vignes. Nous, nous étions ballotés comme les nuages gris et bas par les bourrasques. Un temps à rester au coin du feu à refaire le monde autour d’un verre. À la place, nous avons fait une verticale au Clos des Roques. Les Gastou voulaient nous démontrer que leur Mal Pas – le lieu-dit où nous prenions le vent – avant avait une réelle capacité à vieillir. Étonnante fraîcheur du 2003, millésime qui d’habitude ne survit que par son excès d’alcool et de tanins. A conseiller, également, le 2005, le 2010 et le 2015.

Le lendemain, le vent ne s’était pas calmé, mais les grisailles et l’humidité avaient fait place au soleil. Un soleil froid certes, mais quelle belle lumière! Elle faisait chatoyer le rouge des vignes de Carignans qui se détachait du camaïeu ocre pâle des Syrah et des Grenache. Une autre verticale au Domaine Faîteau, la cuvée Gaston de 2006 à 2015, nous a montré l’évolution qualitative des vins, comme la veille au Clos des Roques, d’ailleurs. On se dit que les 2015 seront meilleurs dans 10 ans que les 2005 aujourd’hui.

Déjeuner au Clos Centeilles avec les vins dégustés à l’apéro La Closerie de Félines 2014 Domaine Charpentier, le Mourel rouge 2015 de Jean-Luc Dressayre, L’Aldénien 2016 du Domaine Rouanet-Montcélèbre, La Cantilène 2015 du Château Sainte Eumalie et bien entendu, le Clos Centeilles 2012; rien à jeter, du fruit, de la structure ou de la gourmandise, c’est selon.

Nous partons ensuite pour le Château Maris – un peu extravagant, mais très sympa, où j’ai beaucoup aimé La Touge 2015 et pour terminer L’Oustal Blanc et sa Prima Donna 2014 succulente.

J’y ajoute quelques vins dégustés d’entrée, au hasard des dégustations et lors des dîners : le Château Cesseras 2014, le Domaine de la Borie Blanche 2014, Le Viala 2015 de Gérard Bertrand, la cuvée Sòmi 2015 du Domaine de la Senche, Le Champ du Lièvre 2014, La Féline 2015 de Borie de Maurel, Line et Laetitia du Domaine Piccinini, le Domaine de la Siranière 2013, le Domaine Lignières-Lathenay 2015.

Comme Hervé, je peux dire que cette fois-ci, j’ai beaucoup aimé les vins dans leur ensemble, bien plus qu’il y a deux ans lors d’un bref passage sur place pour déguster les Livinages.

 

Le Bôjô nouvô qu’il est bô!

 

C’est celui de Dominique Piron, d’un violacé profond, rubicond (le Beaujolais, pas Dominique), au nez à la fois floral et fruité, des résédas, des roses anciennes, de la violette et de l’iris, des mûres mélangées de griottes et de framboises. Parfums que l’on retrouve en bouche et qui maculent de leurs jus généreux l’étoffe tannique aux grains fins qu’on dirait un boutis d’organdi. Il était bien bon, mais très décevant… quant à la quantité! 75cl, c’est bien trop peu pour étancher notre soif gourmande.

« Vais déboucher kek chose, ça m’a donné soif », comme disait le regretté Jean.

Ciao

Marco

 


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Pourtant, d’habitude, les pinots noirs de Loire, bof…

Mais à l’image des blancs, le mois dernier, les Sancerre rouges dégustés cette semaine se sont avérés des plus agréables. Du fruit, de la matière, une bonne longueur, de la structure, bref, un véritable plaisir de dégustation. Alors qu’en les versant (dans le verre), on se croyait au pays des Clairets, tant la robe manquait d’intensité colorante. Mais le dégustateur avisé sait que l’habit ne fait pas le moine, enfin, pas toujours.

Voici ma sélection.

 

 

Anthocyane 2015 Sancerre Domaine Bernard Fleuriet & fils

Grenat aux reflets améthyste, au nez maculé de confitures de frais, groseille et cerise rafraîchies d’éclats de citron confit, piquées d’un clou de girofle et bien poivrées. La bouche, construite et structurée, se tapisse de tanins soyeux à la texture suave. La longueur nous parle des épices, réglisse, poivre et cumin, qui poudrent les fruits.

Issue des plus vieilles vignes plantées sur des grands terroirs à rouges, cette cuvée est macérée durant 30 jours et élevée en barriques dont 1/3 de neuves pendant 12 mois.

www.fleuriet-sancerre.com

à Nicolas 2015 Sancerre Domaine Pascal et Nicolas Reverdy

Grenat foncé, il nous fait d’emblée envie avec ses senteurs gourmandes de clafouti à la prune sombre, sa marmelade de fraise et sa compote de cerise noire à la cannelle. La matière dense de la bouche offre son architecture aux lignes droites bien plantées dans l’assise minérale. La structure cristalline habillée de fruits et d’épices, de tanins serrés bien juteux, se révèle sapide et riche de plaisir.

Les Pinot noir plantées en 2001 poussent dans un sol calcaire. Cuvaison de 4 semaines en cuves en bois et élevage de 12 mois en barriques et demi-muids.

Côte de Champtin 2015 Sancerre Domaine Roger Champault

Grenat cramoisi, le nez torréfié parle de noisette et de moka, avant de nous dire un mot sur les pâtes de fruits très épicées. En bouche, la cerise s’impose, entière, noyau en tête. Les tanins prennent le relais et décorent le palais de leur crêpe de Chine au relief un rien rugueux, mais plaisant car coloré de griotte, de fraise, de groseille, soulignés de cannelle. Certes équilibré, l’harmonie lui manque encore, mais son joli potentiel ne laisse aucun sur sa gourmandise à venir.

Les vignes ont 50 ans et poussent dans les Terres Blanches. Les raisins égrappés macèrent à froid pendant 48 heures. La fermentation alcoolique dure une douzaine de jours entre 25 et 30°C. La fermentation malolactique se fait en fût de 600 l. Une fois soutiré, l’élevage se poursuit en fût pendant 12 mois.

http://rogerchampault.fr www.facebook.com/domainerogerchampault/

 

Génération Dix-Neuf 2014 Sancerre Domaine Alphonse Mellot

Grenat sombre, le nez semble bien fermé, il faut agiter le vin pour lui extraire quelques senteurs prometteuses de rose et de jasmin, de baies rouges et noires. La bouche n’est guère plus prolixe, mais avoue tout de même quelques indices fruités aux goûts de cassis, de fraise noire et cerise épicés de poivre et de cardamome.

Vous l’avez compris, ce 2014 est au début de sa vie et ne refuse pas quelques années de cave pour retrouver la lumière et être plus enclin à nous ravir.

La Cuvée Génération est issue de vignes de 62 ans plantées à 10.000 pieds/ha sur la parcelles de 1 ha de Chambratte et Paradis, un sol de caillottes, des marnes de Saint-Doulchard, déposées sur un sous-sol calcaire du Kimméridgiens supérieurs. Après une macération à froid de 8 à 12 jours, les fermentations démarrent, agrémentés de pigeages et de remontages très légers, mais quotidien.

Les températures de fermentation ne dépassent pas 28°C. La durée de cuvaison est en moyenne de 4 semaines. Les jus de presse sont incorporés aux jus de goutte ou vinifiés séparément. Après débourbage, l’ensemble des jus est mis directement en fûts pour effectuer la fermentation malolactique. L’élevage en fûts neufs dure 14 mois. Production : 2 800 bouteilles.

www.mellot.com

Et pour terminer, un Sancerre qui ne fait pas son âge et qui démontre que les calcaires sont aussi propices que les granits pour l’élaboration de Pinot noir aptes à bien vieillir.

Vieilles Vignes 2010 Sancerre Jean-Max Roger

Grenat encore bien vif, au nez qui nous enchante par la fraîcheur de ses fruits, fraise, groseille, framboise, teintés de laurier et de sauge. La bouche offre ce petit relief rêche qui aide à accrocher la nourriture et nos papilles. Puis viennent les arômes annonceurs de l’âge, le sous-bois et le cuir, rougis de burlat et noircis de prunelle. La longueur, importante, révèle le fruité évanescent qui se transforme en gelées délicates. Mais l’ensemble garde une fraîcheur étonnante.

Les vignes de 40 ans, plantées à 7.000 pieds/ha, poussent dans des Caillottes. Après une macération à froid de quelques jours, suit la fermentation de 10 à 12 jours avec remontages réguliers. Élevage en barriques de 300 litres pour l’ensemble de la cuvée pendant 15 à 18 mois. www.jean-max-roger.fr

Ciao

 

Marco