Les 5 du Vin

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Réflexions sur les vins de Centre Loire

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Un trop bref séjour récent à Sancerre pour animer une table ronde organisée par le CNAOC et portant sur des sujets de fond (le réchauffement climatique, les maladies de la vigne et la réduction des intrants, avec leurs conséquences sur l’encépagement et d’autres règles des appellations) m’a donné l’occasion de demander aux responsables de cette région de m’organiser une dégustation de quelques vins du Centre Loire. Le préavis que j’ai pu donner étant court, je les remercie d’avoir su bien organiser cette dégustation qui a réuni 68 échantillons de l’ensemble des appellations de la région. Je rajoute que cette inter-profession, bien conduite par Benoit Roumet, a l’intelligence de produire un dossier de presse factuel et riche, entièrement libre du bla-bla polluant qui sévit trop souvent dans ce genre de document.

300px-008_Sancerre_sur_sa_butteSancerre  vers cette époque : en tout cas cela ressemblait à ça vendredi dernier (photo Henri Moreau)

Voici les appellations de la région Centre Loire, par ordre alphabétique : Châteaumeillant (90 hectares : vins rouges et rosés de gamay ou pinot noir), Coteaux du Giennois (200 hectares : blancs de sauvignon ; rouges et rosés de pinot noir et gamay), Menetou Salon (550 hectares : blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir), Pouilly Fumé (1.320 hectares: blancs de sauvignon), Quincy (280 hectares: blancs de sauvignon), Reuilly (235 hectares: blancs de sauvignon, rouges et rosés de pinot noir, ainsi que «gris» de pinot gris), et enfin la plus grande et la plus connue, Sancerre (près de 3.000 hectares: blancs de sauvignon; rouges et rosés de pinot noir). Je sais bien que techniquement, les 30 hectares de Pouilly-sur-Loire en font partie aussi, mais il semble que le marché et les producteurs ont décidé d’un commun accord de laisser le chasselas aux Suisses ou aux Savoyards et il n’y avait aucun échantillon de cette appellation en voie (probable) de disparition.

carte Loire

La partie orientale du Val de Loire, là où le fleuve amorce son virage vers l’ouest, touche presque à la Bourgogne, ce qu’on voit à peu près sur la plus petite carte

Premier constat: cette région représente sur le plan géographique un point de rencontre entre vallée de la Loire et Bourgogne. Cela se confirme à la fois par son climat, plus nettement continental que les parties en aval sur la Loire, mais aussi par l’encépagement qui emprunte le gamay et pinot noir (et aussi, un tout petit peu, le pinot gris) à la Bourgogne, et le sauvignon blanc à la Loire. Rappelons que ce même sauvignon blanc existe aussi en Bourgogne, pas si loin de là, dans l’appellation Saint Bris, près de Chablis. Le cépage ne reconnaît pas les frontières que quelques imbéciles tentent de lui imposer par pur esprit de protectionnisme !

SANCERRE photo Bookinejpg autre image, plus estivale, du vignoble sancerrois où pentes et orientations varient pas mal (photo Bookine)

Deuxième constat: ces sept appellations connaissent des fortunes assez diverses, comme le reflètent leur tailles relatives. Sancerre mène clairement la danse régionale, avec plus du double de la surface de sa suivante, Pouilly Fumé. Si, historiquement, la proximité avec le fleuve a pu expliquer certains écarts de fortune, je pense qu’aujourd’hui, c’est surtout la facilité avec laquelle on prononce les mots qui joue un rôle prépondérant, sans parler de la qualité perçue des vins (vrai ou faux: j’ai bien dit «perçue»). Si on regarde les pourcentages des ventes réalisées à l’exportation, appellation par appellation il est clair que la taille et l’antériorité de l’appellation jouent un rôle, comme l’indique ce tableau :

 

appellation date création Superficie/ha % export
Sancerre 1936 3000 57%
Pouilly Fumé 1937 1320 53%
Menetou Salon 1959 550 13%
Quincy 1936 300 14%
Reuilly 1937 235 15%
Giennois 1998 200 17%
Châteaumeillant 2010 90 2%

 

Les deux plus grosses appellations sont, et de loin, celles qui exportent le plus. Menetou-Salon, qui les suit de loin, a un nom plus difficile à prononcer et une date de création plus récente. Je ne m’explique pas bien pourquoi Quincy est resté si petite et peu connue, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui entrent en compte.

logo centre Loire

Maintenant, parlons de cette dégustation, qui donnera lieu à d’autres commentaires plus ou moins généraux. Je remercie les vignerons ayant accepté d’envoyer des échantillons avec si peu de préavis. Même si ce type de dégustation ne permet pas de donner une vision complète, et encore moins d’établir une quelconque hiérarchie dans la qualité, vu le nombre de vins représentant chaque appellation et chaque couleur (j’en donne les chiffres ci-dessous), avec 68 vins dégustés, je m’autoriserai quand même à faire quelques observations et à souligner mes vins préférés.

Les vins étaient jeunes, et parfois trop jeunes. Je m’explique: ils devaient tous être en vente actuellement: la majorité provenait des millésimes 2012 et 2013, mais avec pas mal de 2014 aussi, dont une forte proportion de Sancerre et de Quincy. La plupart de ces blancs de 2014 méritaient au moins 6 mois de plus d’élevage. La pression des marchés explique probablement une telle précipitation à mettre en vente des vins trop jeunes, car encore fermés et manquant d’affinage dans leurs textures comme dans leurs saveurs. Les millésimes 2012 et 2014 (avec un jugement de potentiel pour ce dernier à cause de sa jeunesse) m’ont parus au-dessus du 2013, dont la météo à rendu l’exercice difficile, je crois.

 

Les vins dégustés

Vins rouges : 1 Châteaumeillant, 1 Coteaux du Giennois, 3 Menetou-Salon, 5 Sancerre

Vins rosés : 2 Reuilly, 1 Menetou-Salon, 2 Sancerre (et un vin de table dont je parlerai)

Vins blancs : 4 Coteaux du Giennois, 4 Reuilly, 14 Quincy, 4 Menetou-Salon, 8 Pouilly-Fumé, 17 Sancerre

 

Mes vins préférés

Vins rouges

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, Première Cuvée 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Les Cris 2012

Sancerre, M et E Roblin, Origine 2013

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, La Bourgeoise 2012

Vins rosés

Reuilly, Jean Tatin, Demoiselle Tatin 2014

Menetou-Salon, Domaine Ermitage, 2014

Vins blancs

Quincy, Jean Tatin, Succellus 2013

Quincy, Domaine Portier, Quincyte 2013

Quincy, Domaine de la Commanderie, Siam 2013

Quincy, Domaine Villalain, Grandes Vignes 2014

Menetou-Salon, Domaine Pellé, Le Carroir 2013

Menetou-Salon, Domaine Jean Teiller, Mademoiselle T 2013

Pouilly-Fumé, Château de Tracy, HD 2012

Pouilly-Fumé, Domaine Landrat Guyollot, Gemme de Feu 2012

Pouilly-Fumé, Serge Dagueneau et Fille, Tradition 2014

Sancerre, Domaine Laporte, Le Grand Rochoy 2012

Sancerre, Vincent Grall, 2014

Sancerre, Jean Reverdy et fils, La Reine Blanche 2014

 

Remarques sur ces résultats

D’abord le caveat habituel sur une dégustation, même à l’aveugle comme ici: ce n’est jamais qu’une photo instantanée, et qui ne montre qu’un fragment du paysage, vu la représentativité relative de cet échantillonnage. Seule une minorité des producteurs avaient proposé des échantillons. Mais on peut aussi constater que des producteurs dont j’ai déjà très bien dégusté des vins sont au rendez-vous. Je pense à Jean Tatin et au Domaine Portier à Reuilly et Quincy ; aux Domaines Pellé et Jean Teillier à Menetou-Salon ; au Château de Tracy à Pouilly et à Henri Bourgeois, au Domaine Laporte et à Vincent Grall à Sancerre.

Deux vins à part

J’ai mentionné un vin (rosé) produit sous la désignation « vin de table ». Il s’agit d’un cépage récemment sauvé de disparition et qui a été autorisé en plantation à titre expérimental, je crois (ou bien au titre de la sauvegarde de la bio-diversité, je ne sais plus !). Ce cultivar s’appelle le genouillet et le Domaine Villalain, de Quincy et de Reilly, a envoyé un échantillon de son millésime 2014. Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’un des ses ancêtres est le gouais blanc, cette variété à la multiple descendance mais dont les vins peuvent aisément ressembler à de l’acide de batterie. Ce n’était pas franchement le cas pour ce vin, aux odeurs inhabituelles de paille et de sciure, avec une belle vivacité mais peu de fruit. Une curiosité, du moins pour l’instant.

Le pinot gris peut produire , sous l’appellation Reuilly, des vins qualifiés de rosés, mais dits « gris de gris » et en réalité blancs à peine tachés. J’ai beaucoup aimé celui de Jean Tatin, même si je le considère plutôt comme un blanc. Le nez est très aromatique et la texture suave. Equilibre et longueur sont excellents, avec juste une pointe de tannicité à la fin qui trahit un travail de macération, peut-être.

Les défauts de certains vins

Un vin bouchonné, quelques vins trop soufrés et un bon nombre de blancs mis en bouteille trop jeunes. En mettant ces vins blancs sur le marché si rapidement, on a tendance à les simplifier. Et, du moins dans le cas des Sancerre, il n’y a pas d’excuse du côté de la rentabilité. Après, il y a des questions de style. En ce qui concerne les vins de sauvignon blanc, je n’aime pas les odeurs agressives de buis ou, pire, de pipi de chat. Je crois que les deux proviennent d’une forte présence de molécules de la famille des thiols. On rencontre cela plus facilement lorsque les raisins ne sont pas assez mûrs. Peut-être aussi quand l’élevage n’a pas encore calmé ce type d’odeur primaire (un avis d’expert serait le bienvenue sur ce sujet technique).

J’ai aussi l’impression que Sancerre vit un peu sur sa renommée. Cela semble être les cas si on regarde la proportion de vins que j’ai appréciés par rapport au nombre d’échantillons dégustés (même si ça n’est pas très fiable statistiquement)…

Je n’ai pas les prix de ces vins, mais le rapport qualité/prix d’un Menetou-Salon, par exemple, est sans doute plus favorable en moyenne, que celui d’un Sancerre.

David Cobbold


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Voyage en Styrie (3/3)

Après une interlude pour évoquer les gros méfaits du bouchon en liège massif, je retourne avec plaisir sur mes pas en Styrie, cette partie sud-est de l’Autriche qui produit (c’est mon avis et je le partage, selon le titre d’un bouquin d’André Santini !) parmi les plus beaux sauvignons blancs du monde. Le style n’est ni celui de la Nouvelle Zélande, hyper aromatique et parfois un peu stéréotypé dans cette moule thiolée, ni celui, plus retreint et parfois un brin sévère, du Centre Loire. Une texture suave et une certaine séduction aromatique sont bien là, mais on est plus proche des meilleurs sancerres et pouilly-fumés que des modèles extrêmes du Nouveau Monde qu’adore notre Marco. Après, comme toujours, c’est chaque vigneron qui forge son style, car le climat, c’est à dire le terroir, est globalement identique sur toute la région, à quelques nuances près. L’exposition des parcelles, en revanche, peut jouer un rôle essentiel en modifiant le méso-climat.

Erwin_Sabathi_Pössnitzberg Cette vue sur la Grosslage Possniztberg d’Erwin Sabathi illustre bien la topographie et disposition ondulante sud-est/sud/sud-ouest des meilleurs vignobles de Styrie (photo Sabathi)

Le lien avec mon sujet de la semaine dernière est le fait que 9 des producteurs sur les 10 que j’ai visité en deux jours et demie n’utilisent plus du tout le liège pour fermer leurs flacons : c’est soit la capsule à vis, soit le vinoloc (bouchon en verre). No bullshit with bloody corks pourrait être leur slogan, et ils vont au bout en mettant toute leur gamme, y compris les grands crus, sous capsule ou sous bouchon en verre.  Seul ombre à ce tableau,  Neumeister, au demeurent un des bons producteurs de ma tournée, avait un vin bouchonné dans la série des 66 sauvignons que j’ai dégusté à l’aveugle ! J’espère qu’il ne restera pas longtemps attaché au liège car Christoph Neumeister me semble être un garçon très pragmatique et ouvert.

Après Gross et Wolfgang Maitz (mon deuxième article d’il y a deux semaines), je me suis rendu chez Hannes Sabathi (à ne pas confondre avec Erwin Sabathi, à voir plus loin). Sa plus grande parcelle, nommée Kranachberg, est maintenant plantée à 80% de sauvignon blanc, signe de l’engagement progressif des producteurs du coin envers ce cultivar. Les deux meilleurs vins de sauvignon blanc dégustés chez lui furent le Kranachberg 2013 (en échantillon avant mise), fermenté et élevé en foudres de 1500 litres, à l’acidité vive mais vibrante et avec une concentration impressionnante ; puis son Kranachberg Reserve 2006, encore austère mais très fin et long.

SattlerWilli Sattler devant chez lui (photo DC)

Sattlerhof est probablement, avec Tement, le producteur styrien le mieux connu en dehors de son pays natal. En tout cas j’ai rencontré ses vins dans plusieurs marchés. Il partage la parcelle Kranachberg avec Hannes Sabathi. Willi Sattler conduit sur les routes tortueuses autour du village de Gamlitz à une vitesse de rallyman tout en expliquant les nuances de son domaine. Il soutient que le sauvignon blanc est une variété au caractère de caméléon (et je suis d’accord avec cela). Les vignobles très pentus nécessitent entre 500 et 600 heurs de travail par an et, en raison de ces pentes, les vendanges coûtent environ 1,70 euros par kilo de raisin. J’ai trouvé la plupart de ses vins jeunes de sauvignon assez austères, peut-être un peu réduits. Mais son erste lage (premier cru) Sernauberg 2013 et le grosse lage Kranachberg 2010 sont des vins splendides, spécialement ce dernier qui est d’une grande complexité et possèdent des odeurs et saveurs de fruits exotiques d’une grande gourmandise. Curieux de connaître d’autres aspects de la production de ce domaine de référence j’ai aussi dégusté un magnifique chardonnay (on l’appelle morillon ici), le Pfarrweingarten 2007, qui ne fut mise en bouteille qu’en 2011 : finesse et grande ampleur, avec une très belle texture et une longueur admirable. Puis, pour finir, un Weissburgunder (Pinot Blanc) de la même parcelle et aussi du millésime 2007. ce vin a séjourné 7 ans en barriques dont 30% de barriques neuves mais il ne sent nullement le bois. Très long et un peu salin, délicat au toucher et vibrant par son acidité bien intégré. Des vins admirables !

Kranachberg_1Le Kranachberg, parcelle classé grosse lage, exploité en partie par Sattler (photo Sattlerhof)

Dans un autre secteur, le Weingut Lachner Tinnacher, d’origine ancienne à juger par les beaux bâtiments classiques, qui ont été modernisés intérieurement avec soin et goût comme partout ici, est maintenant dirigé par la fille de la famille, Katharina, diplômé en oenologie. Elle a converti son vignoble en bio et produit des vins intéressants, précis et élégants, assez tactiles mais avec, pour certains vins, une pointe herbacé et d’amertume qui m’a un peu gêné : de bons vins mais pas encore au sommet pour la région à mon avis. Ce sont des vins qui auront probablement besoin d’un peu de temps. Cela dit, je sent que ce domaine serait sur une pente ascendante, car son vin « de base » dans l’hiérarchie STK, le Steierische Klassik 2013 a obtenu ma meilleur note (15/20) dans sa série lors de la dégustation à l’aveugle, grâce à son nez ample et tendre, sa jolie texture soyeuse et ses saveurs gourmandes de fruits à noyau finissantes sur une belle longueur vibrante. ses vins sont importés en France par Valade et Tansandine.

Katherina TinnacherKatharina Tinnacher vinifie maintenant les vins de son domaine familial (photo DC)

Erwin Sabathi est un autre fou du volant, et vit manifestement à 100 à l’heure. Il travaille en famille avec ses frères, et ils ont construit un winery exemplaire de modernité et d’efficacité en face de la maison familiale. C’est un des points qui m’a impressionné dans cette région : la capacité d’innover en vin comme en architecture, tout en gardant une continuité avec le fil de cette région. Les vins d’Erwin Sabathi sont parmi les meilleurs que j’ai dégusté lors de ce voyage. Sur place j’ai commencé par une magnifique série de vins de chardonnay/morillon : Pössnitzberg 2013 et Pössnitzberg Alte Reben (vielles vignes) 2013, suivi par le même vin en 2012. Des vins intenses mais fins, ayant beaucoup d’ampleur sans sembler gras. Des vins qu’on pourra garder 5 ans si on est patient mais délicieux maintenant. On n’est pas loin du niveau des meilleurs bourgognes blancs avec de tels vins, mais ils restent bien plus abordables ! La série de sauvignon blancs dégusté chez lui ou, plus tard, dans la grande dégustation anonyme, sont d’une régularité et d’une qualité exemplaire. Je pense en avoir dégusté une demi-douzaine en tout, entre les villages, les premiers et grands crus, les cuvées de vielles vignes et les autres, dans trois millésimes successives. Mes notes pour tous ces vins vont de 14,5/20 à 16,5/20, avec aucune fausse note. Un chef d’orchestre remarquable avec des musiciens de qualité.

Cette première journée fut dense, avec 6 visites qui se sont bien enchaînées après un vol très matinal de Paris à Graz, via Vienne. Les lendemain sera un peu plus relax, avec deux visites le matin puis la grande dégustation à l’aveugle l’après-midi. Les choses sont bien organisées en Autriche !

PolzLes générations se succèdent chez Polz, mais les vins grandissent, gagnant en finesse et en longueur. Christoph Polz en fait la démonstration (photo DC)

Ma première visite du lendemain fut chez Erich & Walter Polz, dont le domaine jouxte celui des Tement. Encore un jeune fils qui a pris la relève de ce domaine qui totalise maintenant 70 hectares. Le fait que le vignoble Polz n’avait de 4 hectares il y a 25 ans symbolise la réussite aussi rapide que récente de la viticulture de qualité dans cette région. Les meilleurs parcelles s’appellent Grassenitzberg (erste lage) et Hochgrassnitzberg (grosslage). Le sauvignon blanc est le plus planté des cépages chez Polz, couvrant 50% des surfaces. J’ai commencé par déguster d’autres vins, dont un très bon méthode traditionnelle rosé fait à partir de zweigelt et de pinot noir du millésime 2010. Ce vin délicieux, très faiblement dosé mais issu de raisins murs, a une excellent qualité de fruit et une très bonne équilibre. Il se vend sur place au prix d’un bon champagne de vigneron, c’est à dire 17 euros la bouteille et la qualité est comparable. J’ai aussi dégusté une série de 3 chardonnays/morillons. Pour ces vins, comme pour d’autres, la tendance chez Polz est d’aller vers des récipients vinaires de 500 litres, en gardant une proportion de barriques aussi, mais l’approche est pragmatique, jamais systématique, sauf pour la fermeture des bouteilles, car 100% de la production est sous capsule à vis depuis 2007, et, selon Polz, c’est sa clientèle qui a décidé (une petit leçon ici pour nos chers français rétrogrades !).  La parcelle Obegg dans le millésime 2011 a produit un vin au nez magnifique, puissant avec beaucoup de fond et de complexité. En bouche on ressent un peu de chaleur et sa texture légèrement crayeuse le destine à accompagner de la nourriture plutôt qu’à être bu seul, du moins pour l’instant. Le Morillon 2007 de la même parcelle montre plus de présence de bois. C’est riche et intense, et on sent l’évolution stylistique vers plus de finesse opéré par la jeune garde en comparaison avec ce vin élaboré par son père. Le Morillon Grassnitzberg 2012 n’a utilisé que de grands récipients. C’est plus fin et précis, aux saveurs succulentes. Les parfums d’estragon et de tilleul dansent sur le palais autour d’un centre plus ferme. Finale très délicate et style admirable.

IMG_6619La pureté des vins chez Polz trouve un écho dans le décor de la devanture de leur salle de dégustation qui laisse passer la lumière à travers des piles de bouteilles blanches (photo DC)

Quant aux sauvignons blancs de Polz, j’a dégusté sur place un échantillon avant mise du grosse lage Hochgrassnitzberg 2013, avant toute filtration. 50% du volume provient d’un pressurage de grappes entières, tandis que le reste à subit une macération préfermentaire de 6 à 8 heures. Des levures locales ont opéré la fermentation dans des foudres de 1500 litres. Ni bâtonnage, ni sulfitage, ni soutirage n’a eu lieu pendant les 12 mois d’élevage de ce vin qui sera mis en bouteille en avril après filtration. Ce vin a une très belle texture, un nez puissant et un fruité en parfait équilibre avec le reste. Juteux, fin et long, c’est un vin admirable. Le prix ? Environ 25 euros. Un des tout meilleurs vins de sauvignon que j’ai dégusté mors de ce voyage a suivi. Le 2012 « Jubilee Edition » (son nom n’est pas définitif) a été élaboré pour célébrer le centenaire du domaine Polz. Il provient du grand cru Hochgrassnitzberg et d’une vigne en terrasses. La fermentation fut très lente puis le vin a passé 28 mois dans des tonneaux de 500 litres, sans intervention. La qualité du fuit est exceptionnel et l’équilibre m’a semblé idéal pour un sauvignon blanc. Plein de fraîcheur, séduisant et complexe. Une pure délice ! J’ignore le prix de ce vin mais c’est très bon.

Dégusté à l’aveugle parmi la longue série de sauvignons blancs des 10 membres se l’association STK le Steirische Klassik 2013 de Polz était un des meilleurs de cette catégorie pour moi, dans un style raffiné, au bon fruit tendre et gourmand. Idem pour son vin de village 2019, curieusement nommé Spielfeld 84/88 ; avec son nez attrayant, son l’acidité modérée et à sa belle matière expressive sans aucun excès. Le erste lage Therese 2013 était encore parmi les meilleurs de sa catégorie avec un nez splendide qui mêle odeurs subtiles, aussi bien de fruits que de plantes aromatiques. Ce morceau de bonheur se poursuit avec une matière de belle densité, très savoureuse et salivante. La cuvée Czamilla, dans la même catégorie, était un cran en dessous. Enfin deux vins de Polz de la catégorie grosse lage m’ont fait très forte impression: le Hochgrassnitzberg 2012 (16,5/20) et le même vin en 2010 (17/20). Ces deux vins se placent parmi les meilleurs de leurs groupes respectifs. Oui, je recommande fortement les vins de ce domaine. Ils sont admirables de finesse et de subtilité de toucher !

Tement brothersComme si souvent lors de ce voyage, la jeune génération semble prend la relève partout en Styrie, comme ici chez Tement (photo Tement)

Tement est certainement le domaine phare de la région et de ce groupe. J’avais rencontré leurs vins pour la première fois il y a une douzaine d’années en France, lors de la préparation du premier guide qui a existé sur les vins importé en France (Le Guide Fleurus des Vins d’Ailleurs, publié en 2003). Ils m’avaient bien impressionnés à cette époque mais ils ont fait de beaux progrès depuis sur le chemin de la finesse, comme d’autres de leurs collègues. L’ensemble de ce domaine donne une impression de beauté et de maîtrise tranquille. Manfred Tement, toujours bien présent, donne de plus en plus de champ à la jeune génération, dont son fils Armin. Le domaine comporte 80 hectares en Autriche plus 20 de plus en Slovénie (vinifiés dans un chai à part). En effet, la frontière passe juste en dessous des bâtiments construits ou restaurés avec un goût impeccable. Tout (restaurant, maisons, chai, boutique et chambres d’hôte) est chauffé avec du bois récolté sur le domaine dont les parcelles ont des noms comme Grassnitzberg, Sernau ou Zieregg.

 Manfred TementManfred Tement dans sa salle de dégustation (photo DC)

Le sauvignon blanc entrée de gamme s’appelle Tomato Green (millésime 2014) et il est le seul fermé avec une capsule à vis, les autres ayant des vinolocs. Ce vin est vif est directe, léger et frais : un bon vin de soif. Puis le Steirische Klassik 2014 qui résulte d’un assemblage de parcelles en premier cru et d’autres au niveau village. Il a de la profondeur et de la complexité et une excellente longueur pour sa catégorie. J’ai aussi bien aimé un échantillon pas encore embouteillé de son domaine en Slovénie, appelle Ciringa Foslin Berge 2014 : très vif et salivant, avec une belle sensation de pureté et d’intensité. Prometteur. J’ai moins aimé son vin du niveau village, le Berghausener 2013, qui m’a semblé un peu réduit et manquant de fruit et d’harmonie. Je l’avais aussi dégusté à l’aveugle plus tard et je le trouvais un peu crayeux de texture et marqué par son élevage. Le Grassnitzberg erste lage 2013 qui m’a semblé un peu dissocié à ce stade. Les vins de grosse lage (grands crus) chez Tement passent leur premiers 12 mois d’élevage sans soutirage ni sulfitage, puis sont soutirés et légèrement sulfités avant la mise. Le Sernau 2013 a un très beau nez, bien expressif avec une excellente qualité de fruit. La texture est tendre, très fine et le vin développe en ampleur sans perdre de sa finesse. J’ai aussi dégusté le Sernau 2012 (à l’aveugle) a le caractère beurré et suave du nez ressortait, puis beaucoup de longueur en bouche et juste une petite impression de chaleur. Le Zieregg 2013 donne des odeurs plus pointues et épicées. En bouche c’est aussi plus dense en concentré, avec un épi-centre d’une belle intensité. Alliant grande finesse et une certaine puissance, il mérite une garde de quelques années je pense. Grand vin. Dans la dégustation à l’aveugle c’était au tour du Zieregg 2012 qui partage avec son voisin d’écurie un beau caractère crémeux. C’est un vin splendide, fin et vibrant aussi. Quant à la capacité de garde des sauvignon blancs de Tement, j’ai dégusté aussi le Zieregg 2007 et elle est pleinement avérée : encore un excellent vin !

IMG_6669Ce site du vignoble Neumeister, qui s’appelle, je crois, Saziani, domine l’église qui en est encore propriétaire (photo DC)

Ma dernière matinée était consacré aux visites des deux derniers domaines de l’association STK, qui se trouvent à l’est des autres, dans la sous-région appellée Südoststeirmark ou on trouve, dans certains secteurs, des sols d’origine volcanique. Le domaine Neumeister se trouve aux abords du village perché de Straden, dominé par le clocher de son église. D’ailleurs la meilleure parcelle des Neumeister appartient toujours à l’église : il est leur est loué sur un bail de 50 ans. Christoph Neumeister, qui cultive ses 30 hectares selon une approche que je qualifierai de « bio pragmatique » m’a amené en haut de la colline qui fait face à l’église, de manière à constater les différences d’exposition des vignes qui tournent autour de cette colline pointue, sauf évidemment sur les parties orientées vers le nord.

IMG_6646L’intérieur du chai/magasin/salle de dégustation de Neumeister est comme un tableau constructiviste : bois, acier, verre et béton alternent pour produire de la beauté formelle (photo DC)

Le chai du Weingut Neumeister est très moderne et d’une grande beauté esthétique. Je suis béat d’admiration devant le soin apporté à l’architecture, externe comme interne, dans cette région, du moins pour les domaines que j’ai visité. C’est aussi créatif que respectueux des matériaux et cela rehausse l’expérience du visiteur d’une manière remarquable. Ce visiteur, qui a peut-être fait un long chemin pour y parvenir, est très bien soigné ici car le domaine inclut un restaurant, géré par les parents de Christoph, et dont la cuisine a obtenu 3 toques et 17/20 au guide GaultMillau. Il s’appelle Saziani (c’est le nom d’une de leurs meilleurs parcelles de vigne) et, pour compléter l’expérience, il y a aussi sept chambres /appartements à loueur sur place dans le bien nommé Schlafgut Saziani. Je n’ai pas testé mais, si ces deux établissements sont au niveau des vins et du winery, cela doit être une très belle expérience !

Quid de ses vins du cépage sauvignon blanc alors ? On peut dire que le bilan est globalement très positif, mais sans tomber dans une langue de bois néo-stalinien ! Le erste lage Klausen Sauvignon Blanc 2013 est un vin délicat, au toucher fin, vendu au prix de 18 euros. Dégusté deux fois, dont une fois à l’aveugle ou il faisait partie des meilleurs de sa série. Ensuite, sur place, on m’a fait déguster une série de trois millésimes issus de vielles vignes. En l’occurrence ces vignes étaient plantées en 1937, 1951 et 1967 : donc ils ont entre 48 et 78 ans. Ce vignoble est en location et Christophe ne sait pas quel porte-greffes ont été utilisés, mais les baies sont toutes petites et les acidités se situent autour de 6,2/6,3. Ces vins ont passé 30 moins en barriques avant la mise en bouteilles. Il s’agit de vignobles ayant le statut « village » sur l’échelle du STK. Le Stradener Alte Reben 2011 a une intensité incroyable qui s’expriment toute en finesse. Il m’a semblé même légèrement tannique et d’une grande complexité. Se très grande fraîceur/acidité est totalement intégré dans le corps du vin. Magnifique ! Le millésime 2012 du même vin est plus puissant et expressif au nez, mais partage cette grande finesse de texture. C’est vibrant, long et élancé. A l’aveugle je le rapprocherais d’un riesling ou d’un chenin blanc de très belle qualité. Le 2013, qui n’est pas encore en bouteille, est également très beau. La texture me semble plus suave et ronde. Toujours intense mais d’un grand raffinement et longueur. Le prix de ces vins d’exception se situe autour des 50 euros. C’est beaucoup, mais c’est bien moins cher que les vins d’un Didier Dagueneau, par exemple, et c’est du même niveau.

Pendant le dégustation à l’aveugle, d’autres vins de Neumeister ont également fait très bonne figure, mis à part un (le grosse lage Moarfeitl 2012) qui était bien bouchonné. Je pense que ce seul membre de l’association STK qui utilise encore le liège devrait réfléchir à ce problème récurrent qui entache la qualité de ses vins. Son Steierische Klassik 2013, seul vin de sa gamme à utiliser la capsule à vis, était un des meilleurs de sa série, au nez chaleureux mais discret en fruit (poire), puis en bouche une belle intensité et longueur et une texture légèrement crayeuse. J’ai déjà parlé du erste lage Klausen 2013, comme du Stradener Alter Reben 2011, assimilable à un grand cru. Deux vins au top !

Schloss KappensteinL’entrée au Schloss Kapfenstein, centre du domaine Winkler-Hermaden, devenu un hotel-restaurant qui vous permettra un voyage dans le temps avec vue sur le présent (photo DC)

Ma dernière visite a incorporé une escale dans l’histoire de cette région, avec le domaine Winkler-Hermaden dont le symbole et couronnement physique est un château historique, devenu un remarquable hôtel et restaurant, ce Schloss Kapfenstein qui pointe ses murs blancs au sommet d’une colline escarpée à l’extrémité sud-est du pays, proche à la fois de l’Hongrie et et la Slovénie. L’attraction touristique constitué par le château/hotel et telle que 50% des ventes se font à la propriété.

détail Winkler (1)

Propriété familiale depuis 1898. Les vins sont maintenant vinifiés par Christoph, un jeune homme qui termine ses études de micro-biologie et qui est plein d’idées pour l’avenir du domaine. Certifié bio depuis 2012, le domaine et ses 40 hectares de vignes se divise en deux parties, dont une, autour de Klöch, produit surtout des traminers sur des sols volcaniques. En tout 13 variétés sont cultivés, dont pas mal de cépages rouges. J’ai dégusté un très beau pinot gris, le Ried Schlosskogel Grauburgunder 2013, joliment parfumé, délicieusement fruité et plein d’élégance. Un style admirable qui n’a aucune lourdeur. Puis trois gerwurztraminers, une des spécialités de la maison.  Le Gewurztraminer Klücher Oldberg 2013  est délicatement parfumé par des odeurs qui évoquent certaines roses anciennes. Belle acidité qui équilibre, plus ou moins, le sucre résiduel. Il y avait aussi un Gewurztraminer « orange » qui suit la mode qui sévit en Slovénie et ailleurs pour cette approche. C’est un vin étrange, tannique et à la finale dure, qui ne m’a procuré aucun plaisir. Un vin pour masochistes peut-être ?  Enfin un Traminer Kirchleiten 2008 très convaincante dont j’ai beaucoup aimé la belle matière suave, l’élagance du toucher et la longueur succulente. Il paraît que ce vin est analytiquement sec (4,2 gr/litre) mais cela ne semble pas le cas. En tout cas un équilibre parfaitement réussi. Je fus moins convaincu par leur Pinot Noir Winzerkogel 2012, un peu austère. Un autre rouge, peut-être plus intéressant et original, est Olivin Blauersweigelt 2011, à la texture certes  un peu rugueuse mais au bel caractère affirmé. Un vin issu de la méthode traditionelle et du pinot noir (dosage brut) m’a beaucoup plu en revanche, comme un étonnant Strowein fait avec du Merlot. Les sauvignons blancs de ce domaine, lors de la dégustation du groupe conduite à l’aveugle, m’ont tous semblé un cran ou deux en dessous des meilleurs, à l’exception du grosse lage Kirchleiten 2007, très parfumé, riche et épicé, aux très belles saveurs qui donnent beaucoup de plaisir.

dégustation Styrie

Ma petite conclusion à tout cela, je l’ai déjà formulée dans les précédents articles. Pour résumer, cette région est non seulement belle, elle est accueillante et ses meilleurs vignerons, représentés ici, travaillent intelligemment à la fois individuellement et collectivement. Ils produisent des vins exemplaires en respectant la nature et le consommateur. Allez voir par vous-mêmes !

David Cobbold

 

 


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Nostalgies vineuses

Voici venir les suites tardives d’une commande d’Hervé, ou plutôt d’un souhait, également pris très au sérieux par David, à qui,  je vais essayer d’emboîter le pas; ce pas en arrière conduisant vers mes souvenirs vineux, mes premiers troubles en la matière. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud, au départ, pour ce genre d’introspection, mais tout compte fait, pourquoi pas ? J’espère que Jim et Marc suivront dans la foulée…

Ça c'est moi, petiot !

Ça c’est moi, petiot ! Déjà un peu couillon…

Mon père à moi, Bill, un Anglais (je résume, car c’est plus compliqué que cela, du fait que j’ai connu deux pères et que les deux ne furent pas nés en Grande Bretagne), parfois un peu stricto-rigide de par son éducation, avait un rituel bien à lui lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bonne bouteille. Je me souviens que le Dimanche, le plus souvent à la campagne, en Normandie, il se faisait un devoir de chambrer son Bordeaux favori, le Château Mille Secousses, qu’il trouvait fort à son goût et qu’il achetait pour un bon prix chez Nicolas. Deux heures au moins avant le repas, il le plaçait sur le rebord de la cheminée en contact presque direct avec le foyer ce qui fait que j’étais obligé de sniffer du vin chaud que je faisais semblant de boire tant je le trouvais répugnant. Le nom du domaine m’intriguait au plus haut point (j’imaginais une histoire de cul…) et à mon grand regret, plus tard, je n’ai jamais retrouvé ce Bordeaux du secteur de Bourg-sur-Gironde lors d’une de mes nombreuses dégustations professionnelles. Pourtant, il existe toujours bel et bien, même s’il semble un peu mis en veilleuse par ses actuels propriétaires.

Ce même père ne détestait pas le Bourgogne ni le Beaujolais, mais ces vins étaient plus rares chez nous. Amoureux des fruits de mer et des huîtres (au vinaigre d’échalote, bien sûr ! Ah, ces English !), les vins blancs n’étaient pas exclus, bien entendu servis glacés au plus haut point. Muscadet et Entre Deux Mers étaient à l’honneur, Chablis quelques fois. En fait, Bill Sydney-Smith devait avoir un faible pour les vins de comptoirs, en plus d’un penchant particulier pour les vins trafiqués. Horreur, je l’ai même vu boire directement au goulot, tel un poivrot ! Sur la fin, je lui offrais parfois les Corbières les plus boisés en étant certain qu’il les trouverait bons. Oui, sur le vin, avec lui j’avais de grosses différences de goût et, de ce fait, nous étions souvent en conflit.

Ma Maman, Françoise Dujardin

Ma Maman, la belle Françoise Dujardin

Avec ma mère c’était tout autre. Elle, au moins, me semblait avoir plus de goût. Native de Chantilly, elle vécut sa jeunesse dans un village dont j’ai fréquenté un temps l’école et qui, je suppose, devait avoir quelques vignes par le passé puisqu’il s’appelait Vineuil, Vineuil-Saint-Firmin, pour être précis. Elle ne jurait que par le Champagne. En cela, elle tenait de mon arrière grand-mère, Adèle (pour moi, c’était Mémé), laquelle est morte après avoir réclamé dans un dernier sursaut de vie qu’on lui apporta une coupe de Pommery, le seul Champagne en vente dans l’épicerie du village. J’étais petit, mais bien présent à cette occasion où j’eus mon premier contact avec la mort et la mousse activée par les bulles. Peut-être est-ce pour cette raison que dès qu’un proche disparaît, un ami cher, je m’empresse de faire péter une bouteille…

Très jeune déjà, j’avais visité avec mon collège les caves de la Maison Pommery. J’étais fier de dire que c’était le Champagne préféré de ma Mémé. Maintenant, je le trouve sans intérêt. Lorsque ma Maman commença à gagner sa vie à Paris, elle se faisait régulièrement livrer des cartons d’un Champagne « de propriétaire », comme elle disait. Son nom m’échappe pour le moment et je ne vais pas perdre le temps en le recherchant car je serait capable de pleurer. Il venait de la Côte des Blancs et, sans être extraordinaire, il me plaisait bien, pour la simple raison qu’il faisait sourire ma mère. Peut-être parce que j’étais l’aîné, elle m’ordonnait d’ouvrir moi-même la bouteille, mission dont je m’acquittais non sans une grande fierté et avec beaucoup de cérémonial. Lorsque la bouteille gerbait ou que le bouchon explosait, je l’entends encore s’écrier : « Vite, vite, amenez vos flûtes ! » ce qui rajoutait encore plus d’effervescence dans le salon. Maman nous mettait du bonheur en tête…

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Les flûtes en verre soufflé de Biot.

Bien avant la mode, ma chère et jolie Maman, qui ne faisait jamais les choses à moitié, était folle du Champagne rosé. Nous le buvions en famille à la moindre occasion dans de drôles de flûtes épaisses en verre soufflé de Biot, souvenirs d’un bel été de vacances où nous étions sur la Côte d’Azur. Pour ma part, je trouvais ça un peu lourd et passablement tape à l’œil, mais ma mère les adorait, alors… Aujourd’hui je ne les recommanderai pas le moins du monde, d’autant que le verre coloré associé aux grosses bulles incrustées empêche de voir quoi que ce soit du vin, hormis la mousse et encore…. Comble de malheur, elle tenait à ce que je remplisse au ras ses flûtes ce qui m’obligeait à plus d’efforts, plus de concentration dans ma mission de versement. Jeunes adolescents, nous n’avions droit mes frères, ma soeur et moi qu’à une demie flûte, ce qui était suffisant pour nous griser tous plus ou moins. Comble de bonheur, ma mère adorait la crème de cassis, ce qui fait que j’étais devenu très tôt adepte du kir royal ! Lorsque le Champagne était un peu vert, elle doublait la dose de cassis ce qui n’était pas pour me déplaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car je n’ai pas de bon cassis sous la main. Il va sans dire que je trouvais toujours le moyen de me resservir en douce, voire de siffler dans le fond des verres des invités au moment de débarrasser. Tout était bon pour grappiller ! Et Maman m’engueulait vertement quand elle voyait que je titubais en allant me coucher.

Durant une courte période où j’étais en Angleterre, je n’ai plus bu le vin avec plaisir. J’étais devenu sauvage, enfin anglais quoi ! Trop doux ou trop sec, le Sherry n’était pas à mon goût, le Porto non plus, sans parler du Mateus rosé que je n’achetais que pour draguer les filles histoire de leur laisser la bouteille en souvenir afin qu’elles la transforment en lampe. Travaillant dans un pub, c’est la période où je fis la découverte des alcools blancs, vodka, gin, etc. Et de l’amertume des bières ! Les vins que nous buvions, faute de moyens, étaient franchement imbuvables. Quand je rentrais à Calais avec ma Fiat 500, je me jetais, quelque soit l’heure dans le premier bistrot venu, pour me payer un café-calva !

Du premier exemple, celui de mon père, j’ai gardé une phobie farouche des vins chauds ou glacés, tandis que du côté maternel, j’ai gardé une passion folle pour le vin de Champagne… servi dans une flûte fine, légère et transparente, cette fois ! Toutefois, mon grand regret, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au vin et que je ramenais à la table familiale mes premiers trésors achetés chez mon caviste Parisien (Lucien Legrand), c’était de constater que ces vins, comme le Touraine Primeur d’Henry Marionnet, les Côtes du Rhône du Domaine Bouche aujourd’hui reconverti en bio, ou même les vins de Guigal, n’avaient que peu d’effet sur mes commensaux. Dommage. Déjà, mes premiers vins du Sud, hormis ceux des Bouche, furent rosés. J’allais les cueillir jusqu’en Ardèche, à Saint-Remèze, sur la route des vacances.

Michel Smith


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Bulles de Loire (1): fines et raisonnables

 IMG_4851Trois des quatre au travail pour cette dégustation. Jim prenait la photo. Hervé réfléchissait à sa prochaine blague. Marc peaufinait ses notes. David s’occupait du service. Un vrai petit ménage à 4 ! (photo Jim Budd)

Il y a quinze jours, 4 membres de ce blog collectif se sont retrouvés à Angers, à l’occasion du Salon des Vins de Loire. L’occasion fut trop belle pour ne pas tenter notre troisième expérience d’une dégustation partagée, après Champagne (2012) et Bourgeuil /St. Nicolas de Bourgueil (2013). Evidemment cela allait concerner une ou plusieurs appellations ligériennes, et nous avons opté pour deux appellations de vins effervescents, vu l’engouement actuel des marchés pour ce type de vin. Il s’agit de Crémant de Loire et de Saumur Brut, qui utilisent tous les deux la méthode dite « traditionnelle », ce qui signifie une seconde fermentation d’un vin tranquille en bouteille afin de générer pression et un peu plus d’alcool. Les règles précises de ces deux appellations diffèrent un peu, comme le démontre le tableau ci-dessous, mais en gros elles sont très proches.

Crémant de Loire

cépages autorisés (avec quelques règles quant aux proportions) : chenin blanc, chardonnay, cabernet franc, cabernet sauvignon, grolleau noir, grolleau gris, pineau d’aunis, pinot noir

aire de production : 1600 hectares

production moyenne : 97,000 hectolitres

rendement : 74/80 hl/ha

rendement au pressoir : 100 litres pour 150 kg

vieillissement sur lattes : 12 mois minimum

reflet-chateau-saumurLes appellations de Saumur, tranquilles ou effervescentes, profitent de l’image du château éponyme, mais sait-on bien à l’étranger que ces vins viennent de la région Loire ?

Saumur Brut

cépages autorisés (avec quelques règles quant aux proportions): chenin blanc, chardonnay, sauvignon blanc, cabernet franc, cabernet sauvignon, pineau d’aunis.

aire de production : 1400 hectares

production moyenne : 90.000 hectolitres

rendement : 67/76 hl/ha

vieillissement sur lattes : 9 mois minimum

 IMG_4844Tous ces vins, ainsi que la production effervescente de Vouvray et Monlouis, portent parfois la désignation suggestive (mais non réglementée je crois) de « Fines Bulles de Loire ». (photo Jim Budd).

La production de ce type de vin en Val de Loire remonte au moins au 19ème siècle, particulièrement à Saumur, qui garde une appellation spécifique de nos jours. Les autres bulles produites dans la région le sont, en général, sous l’appellation de Crémant de Loire, qui a une base géographique plus étendue, c’est à dire Saumur, Anjou et Touraine. Mais on trouve aussi des vins mousseux faisant partie de deux appellations de vins blancs de la région tourangelle : Montlouis et Vouvray. Ailleurs dans les régions de la Loire, quelques producteurs élaborent aussi des vins à bulles, mais sans appellation contrôlée. Ils ont généralement comme désignation « vin mousseux de France ».

IMG_4853Rien n’échappe à l’oeil de Moscou….ou est-ce de Lalau ? (photo Jim Budd)

L’aire d’appellation Saumur concerne 1,400 hectares au sud de la Loire sur les coteaux  calcaires qui entourent la ville de Saumur. Une gamme assez large de cépages est autorisée : chenin blanc, chardonnay et sauvignon blanc pour les blancs, puis cabernet sauvignon, cabernet franc et pineau d’aunis pour les rouges. Si la présence de cépages rouges surprend, je rappelle que les techniques de pressurage et la nature des baies permettent l’obtention d’un jus blanc à partir d’un raisin dont la peau est noire ou rouge. Après tout,  2/3 du vignoble champenois est planté en cépages rouges.

L’aire du Crémant de Loire est un peu plus grande : 1,600 hectares, et pour des sols plus variables. Les cépages blancs ne sont que deux : chardonnay et chenin blanc, tandis que sont autorisés 6 variétés plus ou moins rouges : cabernet franc, cabernet sauvignon, pinot noir, menu pineau et grolleau (gris et noir).

IMG_4848Marc cherche, et va sans doute trouver, une large gamme d’arômes dans son verre de bulles ligériennes (photo Jim Budd)

L’appétit croissant des marchés pour les vins pétillants à bien profité récemment à ces deux appellations, mais il semblerait que cela soit davantage le cas pour les Crémants de Loire, qui ont l’avantage d’inclure le nom de leur région dans leur désignation. Entre 2006 et 2013, les ventes de Crémant de Loire ont doublées, pour dépasser légèrement 13 millions de bouteilles en 2013. Si ceci est à relativiser à côté du géant champenois et ses presque 300 millions de flacons, le Crémant de Loire tient une bonne place parmi les autres Crémants de France (Alsace, Bourgogne, Jura etc).Deux tiers sont exportés et ces exportations ont augmenté de 24% entre 2012 et 2013. C’est le premier exportateur parmi les Crémants de France, avec 26% des volumes exportés. Cela tient à une place de leader sur le très important marché allemand, même si Bourgogne et Alsace le battent ailleurs. Les bulles de Loire (Crémant de Loire et Saumur ensemble) sont aussi leader sur le marché britannique. Les bulles de Vouvray ou de Montlouis se vendent essentiellement sur le marché français.

IMG_4846 Les vins qui m’ont fait sourire étaient assez nombreux dans cette dégustation  (photo Jim Budd)

Notre dégustation

Nous avons demandé une seule cuvée, non-millésimé, de chaque producteur qui souhaitait proposer un échantillon. La dégustation a eu lieu le matin du lundi 2 février, dans les locaux d’InterLoire à Angers. Les vins étaient servis à l’aveugle et ordonnés ainsi : 11 crémants de Loire à dominante chardonnay, puis 30 Crémants de Loire à dominante chenin, et enfin 11 Saumurs bruts à dominante chenin.

Les vins que j’ai aimés et leurs prix (les vins en caractères gras sont mes préférés)

1). Crémant de Loire (à dominante chardonnay)

Renou Frères et Fils (6,40 euros), Domaine de Varinelles (7,80 euros)

2). Crémant de Loire (à dominante chenin blanc)

Château Pierre Bise (9,50 euros), Domaine des Bessons (7,60 euros), Domaine Lavigne 7 euros), Domaine de l’Eté (6,80 euros), Domaine de la Bergerie (8 euros), Domaine Pierre Chauvin (13 euros), Château du Fresne (7 euros), Château de Parnay (8,50 euros), Domaine du Bois Mozé (11,50 euros), Langlois Château (12,50 euros), Château du Cléray (12 euros).

2). Saumur Brut (à dominante chenin)

Domaine de Sanzay (7,90 euros), Domaine Matignon (7 euros), Vignerons de Saumur, cuvée Robert et Marcel (5,80 euros), Ackermann cuvée Jean Baptiste Ackerman (6,50 euros), Domaine Leduc Frouin (6,50 euros), Domaine de la Perruche, La Grande Cuvée(8 euros), Château de Montguéret, Tête de Cuvée(13,30 euros)

 

Conclusion 

On le voit bien, ces bulles-là sont très accessibles en prix (environ la moitié, au plus, des vins de Champagne) et il y avait beaucoup de bons vins dans une série d’une cinquantaine d’échantillons. On peut parfois leur reprocher une certaine neutralité, mais, dans l’ensemble, ils sont bien faits et valent très largement leur prix. S’ils n’ont pas souvent la finesse d’un bon Champagne, l’adage suivant reste valable : mieux vaut un bon Crémant (de Loire) qu’un mauvais Champagne.

 

David Cobbold 

 

 

 


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Perpignan, centre du Grenache !

Chacun sait que, selon Dali, la Gare de Perpignan, près de laquelle j’habite, est le Centre du Monde. Depuis trois ans, c’est la ville entière qui pavoise en l’honneur d’un seigneur tout aussi dalinien, le Grenache. J’entends déjà le sifflet des moqueurs. Si je passe de plus en plus pour être un amateur endurci et monogame du cépage Carignan, il faut avouer que je l’ai bien cherché. Mais la réalité est toute autre : Mouvèdre, Cinsault, Terret, Lladoner, Macabeu, Grenache… font partie – aussi – de mes favoris. Et c’est justement ce dernier, le Grenache, blanc, gris et noir, qui m’a fait accepter l’invitation à trahir quelque peu mon Carignan pour venir aux Grenaches du Monde, manifestation organisée avec simplicité et maîtrise, je me dois le préciser, par le maître de cérémonie Yves Zier et l’appui actif du Comité Interprofessionnel des Vins du Roussillon.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Outre le fait que cela se passait chez moi, plusieurs raisons m’ont attiré vers ce concours. D’abord, de nombreux amis étaient de la fête, en premier lieu notre Marco (pas Polo, l’autre) qui est de (presque) tous les concours. Marlène Angelloz était là aussi qui anime avec fougue l’association Grenache avec son Grenache Day et ses G Nights de folie. Il y avait en plus Michel Blanc de Châteauneuf-du-Pape, Olivier Zavattin, éminent sommelier de Carcassonne et quelques journalistes ou blogueurs, dont l’inénarrable mais si délicate Ophélie Neiman, alias Miss GlouGlou. Bref, j’étais heureux d’être parmi eux et parmi d’autres encore que j’oublie.

Photo©MichelSmith

Le Belle Marlène, queen of Grenache. Photo©MichelSmith

Je ne vais pas m’étendre sur le concours en lui-même car vous savez que je ne prise guère la compétition, dans le vin ni ailleurs. Si ce n’est pour dire que notre table comptait, en plus de notre Belge Marc Vanhellemont, un Italien, deux Catalans et un Français au nom british, c’est-à-dire votre serviteur. Une table équitable vu qu’il m’a semblé que les hidalgos étaient venus en force. Comme à Vinitaly il y a quelques années, tout ce beau linge cherchait à m’expliquer les subtilités et à me démontrer l’efficacité des fiches de notations de l’OIV avec ses cases à cocher en fonction de tout un tas de paramètres pour beaucoup assez vagues et stupides… Mais je ne veux pas vous décourager avec mon avis sur le sujet. Finalement, j’en ai fait qu’à ma tête et j’ai été heureux de constater que mon vin favori, dans les rouges, un valeureux Montsant a été médaillé d’or. Pour info, il s’agit du Furvus 2011 du Domaine Vinyes Domènech à Capçanes en Catalogne. Problème à mes yeux de pinailleur pinardier patenté (les fameux trois P !), selon les fiches techniques sur le site du producteur, les millésimes précédents contenaient jusqu’à 40 % de Merlot ! Tandis que sur un site de vente de vins espagnols, le 2011 est présenté avec seulement 20 % de Merlot dans l’assemblage, ce qui est déjà pas mal, au tarif de 16 €. D’après le règlement du concours, les vins d’assemblages sont acceptés à condition que le Grenache soit majoritaire, ce qui signifie qu’avec un vin à 55 % Grenache, je pourrais concourir ! Pour un concours sur le Grenache, je trouve la farce un peu dure à avaler… Je pense que fixer une limite quant à la présence du Grenache au moins à 80 % me paraît urgentissime pour la crédibilité du concours, quitte à avoir moins d’échantillons à étaler. Et si cela ne tenait qu’à moi, je fixerais la barre à 95 % Grenache ! Cela rendrait l’exercice encore bien plus excitant à mes yeux…

Mon feutre remis au goût du jour. Photo©MichelSmith

Mon feutre remis au goût du jour pour la circonstance. Photo©MichelSmith

Voilà pourquoi ces concours, pour aussi sympathiques qu’ils soient, indépendamment de leur parfaite organisation, me font parfois doucement rigoler : on a l’impression qu’il faut un maximum d’inscriptions pour délivrer un maximum de médailles (plus de 70 médailles d’or pour le Grenache, c’est démesuré…) afin de contenter un maximum de personnes. Espérons que ces remarques, que je ne suis pas le seul à formuler, seront prises en compte lors de la prochaine édition qui se tiendra cette fois à Zaragoza, la grande capitale de l’Aragon. C’est Bernard Rieu, le président du CIVR organisateur qui l’a annoncé hier au quotidien L’Indépendant.

Non, Marco n'arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Non, Marco n’arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Franchement, le moment le plus riche dans cet événement qui a attiré une grosse majorité de vins espagnols et français, mais aussi italiens, se passe bien après le concours. Hélas, il faut attendre 20 h pour entrer dans le vif du sujet et dans le somptueux cadre de la Chapelle Saint-Dominique où, en présence de nombreux vignerons catalans et de quelques huiles locales, on peut goûter tous les lots ayant participé au concours classés par couleurs, par types et par pays, toujours avec ce même sérieux qui caractérise l’organisation telle la température des vins parfaitement maintenue. Une expérience formidable qui mériterait une ouverture plus précoce ne serait-ce que pour satisfaire la soif de découvertes qui anime bien des amateurs de vins attirés par cette manifestation. Quatre mini buffets ont permis de goûter une succession de petits plats amusants et parfois surprenants réalisés par le chef Franck Séguret dont la plupart se mariaient sans difficultés avec les vins doux naturels du Roussillon, comme mon préféré, le Maury 1988 Chabert de Barbera de la Cave Les Vignerons de Maury, vrai vin de légende sur lequel je vous dirai plus lors d’une prochaine chronique.

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Et de saluer au passage la toute nouvelle et jeune présidente du cru Maury, Aurélie Pereira ! Moi, je trouve que c’est chouette d’avoir une jeune vigneronne à la tête d’un cru. Alors bonne chance Aurélie !

Michel Smith 

PS J’apprends que Colette Faller, quelques mois après sa fille cadette Laurence, vient de partir vers d’autres cieux que ceux de la crête des Vosges. Le plus difficile dans ces cas-là tient dans un mot : continuité. Cela consiste à maintenir et à développer une entreprise – le Domaine Weinbach magistralement gérée jusque-là par ce trio féminin. Catherine et son fils Théo, seuls à la barre, vont devoir tenir le cap et le franchir pour aller vers une autre histoire. La suite va être aussi passionnante que les débuts de Colette après le décès de son mari. Et comme Théo porte le nom de son grand-père on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Je vais trinquer dès ce soir en souvenir d’une très lointaine visite. Bye bye, Colette ! MS


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Bandol Rouges et Blancs, gloire aux Vieux !

Puisque j’ai l’honneur de signer ici le premier papier de l’année, j’en profite au nom de toute l’équipe pour vous souhaiter un 2015 plein de rebondissements, de joies et de bonnes bouteilles. Longue et douce vie aussi à mes camarades de blog !

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Pour ma part, je démarre dans l’enthousiasme de mes retrouvailles avec Bandol. Après le coup des (vieux) rosés de noël dernier, voici venir le second volet de mon dernier voyage à Bandol consacré aux (vieux) blancs, mais surtout et avant tout aux (vieux) rouges. En parlant de « vieux », je suis d’accord avec vous : le terme « mûrissement » conviendrait mieux que ce soit pour les rosés, les blancs ou les rouges tant ces vins sont capables de s’arrondir, de s’épanouir au fil des années de garde, de gagner en complexité comme je l’ai déjà dit. Personnellement, je n’ai pas peur de vieillir. Tout au plus ai-je une certaine appréhension quant au maintien de ma lucidité. Lorsque j’entends que l’on me traite de vieux, cela me fait sourire et parfois rugir. En revanche, lorsque je vais en Afrique où, pour un temps encore, les vieux sont respectés quand ils ne sont pas pris pour modèles, cela me rend optimiste. Cette vision d’une jeunesse déclinante, certes, mais étalée sur le long terme s’applique au vin comme à tout produit vivant jusqu’à ce moment incertain où le vieux vin s’éteint tout comme le vieil homme glisse vers l’au-delà. Au vin comme à l’humain, il convient de se construire pour mieux partir. Mourir debout en quelque sorte, finir en beau vieillard, partir en beauté. C’est fou ce que l’on peut dire comme conneries lorsque l’on aborde ce sujet ! Va falloir que je consulte. Une chose est sûre : les vins trop faibles en matière, moins bien lotis sur le plan de l’acidité et des tannins, quand bien même sont-ils porteurs de l’AOP, ne sont à mon sens que rarement aptes à tenir plus de dix ans. Que ce soit pour le Médoc, le Madiran, le Pommard ou Châteauneuf-du-Pape, la décennie est pour moi un repère, un cap, un point de référence, un benchmark comme disent les anglais. À ce stade, on peut émettre un jugement, se positionner sur un vin, tirer quelque conclusion. Soit il va se casser la gueule (s’il n’est pas déjà en train de passer à trépas…), soit il en a encore pour dix ans, voire plus !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

C’est ce qui se passe pour les rouges de Bandol. Or, à cause de la prédominance du Mourvèdre dans l’appellation, grâce à la belle structure tannique que ce cépage espagnol (Monastrell du côté de Valence et Mataro en Catalogne) est capable d’offrir, les Vignerons du coin ont toujours insisté sur le fait que leurs vins étaient configurés pour « vieillir », sous-entendu pour durer dans le temps. Cette affirmation est-elle plausible ?  C’est ce que nous allons vérifier avec la dégustation de 2004 que j’avais proposé à l’Association des Vignerons de Bando dans le cadre de leur invitation début Décembre pour leur annuelle Fête du Millésime. Mon choix était logique dès lors que la fête, doublée d’un concours, a pour objectif depuis toujours, de mettre en avant et de récompenser les vins dits « de longue garde ».

Trois douelles pour les Longues Gardes... Photo©MichelSmith

Trois douelles pour trois « Longues Gardes »… Photo©MichelSmith

Mais pas si vite ! Nous allons voir que c’est aussi pour cette raison – sélectionner des vins de « longue garde » – que j’étais invité comme juré parmi d’autres confrères à noter des échantillons de 2014 en essayant de déceler (32 prétendants répartis à l’aveugle et à parfaite température sur plusieurs tables) ceux qui pouvaient avoir une réelle aptitude à la garde. Quitte à me répéter, selon mon expérience, pour faire ses preuves, un vin rouge qui se dit « grand » et qui se veut « de garde », doit être capable de tenir au moins dix ans sans que l’on puisse détecter l’ombre d’un signe de vieillissement. Bien sûr, pour en être convaincu, il faudrait pouvoir déguster 10 ans après ceux de vins ayant reçu 10 ans auparavant le trophée (une simple douelle) du « Bandol de longue garde ». Quels étaient mes critères personnels pour juger ? Simplement la densité de la matière, la structure acide, la finesse des tannins et la longueur. Rien que ça ! Sans vouloir me hausser du col, je ne suis pas sûr que tous les participants s’étaient fixés de telles objectifs.

De mon côté, j’ai appris deux jours plus tard que sur les 8 échantillons passés par mes augustes papilles, j’avais attribué ma meilleure note à La Vivonne 2014 pour son élégance (dès le nez), son attaque en bouche sur le fruit du raisin frais bien mûr, son harmonie et ses magnifiques tannins. Pour info, j’ai fort bien noté en second La Bégude, puis Lafran-Veyrolles. Résultat final des courses, ce sont La Vivonne (rachetée en 2010), Salettes et Souviou qui remportent chacun le titre et le trophée 2014 de « longue garde ». J’en suis fort aise et cela prouve que j’ai encore du pif ! Je me demande simplement si je pourrais les déguster de nouveau dans 10 ans, juste pour vérifier…

Les trois vainqueurs des Longues Gardes 2014. Photo©MichelSmith

Un des vainqueurs des Longues Gardes 2014. Photo©MichelSmith

En attendant, revenons à ma dégustation perso de la veille. Petit rappel : il faut au moins 50 % de Mourvèdre et 18 mois d’élevage sous bois pour prétendre devenir Bandol. Pour ceux qui ne suivent pas, se souvenir qu’à la demande de la puissance invitante de me laisser choisir un thème de dégustation, j’avais expressément demandé à l’Association des Vignerons de Bandol de me présenter à l’aveugle ce qui pouvait rester de leurs vins millésimés 2004. Encore une fois, mon vœu fut exhaussé de manière plus que satisfaisante puisque je me suis retrouvé la veille du concours des « Longues gardes » en présence de 24 échantillons du millésime choisi, ce qui n’est pas si mal pour un dégustateur modeste mais par trop méconnu (blague). Faut bien que je me congratule d’une manière ou d’une autre… Pour info, en 2004, les vainqueurs des « Longues gardes » d’alors furent La Frégate, Pibarnon et La Tour du Bon. On verra plus loin que deux d’entre eux, selon moi, n’ont pas tenu toutes leurs promesses… Il faut croire que cette année-là au moins une table de jurés était experte puisque ma meilleure note de la dégustation des 2004 fut attribuée à La Tour du Bon 2004 au nez épicé, viandeux et gibier, sur une bouche expressive d’où jaillissaient de belles notes de fruits rouges (framboise) sur fond de finesse et vent de fraîcheur. L’harmonie est le maître mot qui prévaut pour définir ce vin long en bouche à la finale très posée. Une vraie « longue garde », que ce Tour du Bon. Noté par moi 4 étoiles (19/20), il peut à mon avis tenir encore une bonne décennie, peut-être même deux.

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Jai failli accorder une quatrième étoile à La Bastide Blanche 2004 : robe noire, nez discret et fin, copieux, riche et puissant en bouche, doté de tannins frais et non violents. Long bien sûr, ce vin a un potentiel de vie encore au beau fixe puisqu’à mon avis il peut tenir 20 ans de plus dans une bonne cave. Ensuite, une série non négligeable de 6 domaines obtinrent l’excellente note de 3 étoiles, correspondant à un 17 ou 18 (sur 20) dans l’équivalence des notations chiffrées que je ne pratique pas. Notez-les bien, ces 2004 : il s’agit de La Rouvière, au nez finement torréfié, complexe et très long en bouche en dépit d’une finale un peu austère ; de La Noblesse, robe solide, joli nez de sous-bois légèrement fumé, très cassis bien mûr en bouche, belle matière équilibrée et finale juteuse ; de Terrebrune, aux fines notes de tabac, franc d’attaque, sur le fruit, frais et très long en bouche ; de Gagueloup, fin et presque aérien au nez, épais, dense, riche en matière, posé sur un lit de réglisse et de cuir, nécessitant encore une garde de 5 à 6 ans pour s’épanouir ; de La Suffrene, magnifique de robe, bouche vive plus portée sur le Grenache (peut-être le Carignan aussi ?) avec ses touches d’orange sanguine, savoureux en bouche sur une finale un peu sucrée ; de La Bégude, robe solide, nez fin de tabac, cave à cigare et truffe, dense, sérieux et long en bouche, avec des tannins assez marqués mais qui heureusement se fondent dans une finale où la fraîcheur se fait ressentir.

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Cinq autres rouges 2004, méritent un mention spéciales pour leurs deux étoiles. Dans l’ordre de préférences : Sorin, avec son nez de violette (Syrah ?), de fourrure et de tabac, sa matière riche et opulente qui à mon avis peut le mener au-delà de l’horizon 2020 ; Tempier (cuvée Classique) pour sa droiture, ses notes d’olive noire et de maquis, ses tannins serrés et son grand potentiel ; Pradeaux pour son nez de vieille église non dénué de finesse, sa bouche droite paraissant un peu étriquée, ses tannins bien présents et frais, sa finale sur le cassis ; Sainte-Anne, robe un peu moins soutenue que les autres, assurément frais en bouche mais manquant un peu de complexité ; Guilhem Tournier, dont le vin, en dépit de son état presque avancé (l’aspect de la robe, surtout) est prêt à boire sur une matière juteuse et de petits tannins grillés. Cela va paraître injuste à certains, mais il me semble de mon devoir de citer ceux qui m’ont plus ou moins déçu. C’est le cas de La Roque, dans sa cuvée « Grande Réserve » pour son aspect souple et lourdingue ; de La Laidière pour son nez sur la verdeur, sa minceur en bouche et ce désastreux creux en guise de finale ; de Castell-Reynouard pour sa bouche assez quelconque et ses tannins trop acerbes ; du Galantin, pourtant avenant au nez et réglisse en bouche, mais creux et légèrement ancré sur l’amertume ; de Pibarnon qui bien qu’ample et savoureux me paraît un peu trop prêt à boire sur des notes légèrement cacaotées ; de Vannières, pourtant jeune de robe, mais tellement dur et affreusement boisé en bouche ; de L’Olivette (au si beau rosé !), à cause de ses tannins sucrés et de son manque d’équilibre au palais ; de Val d’Arenc pourtant dense de robe, droit et solide en bouche, mais manquant de personnalité, d’entrain, de charme (à mon avis, j’ai été trop sévère) ; de La Frégate (sacré « Longue garde » 2004), pourtant bien solide de robe, pour son nez un peu trop iodé, son boisé un trop présent et son manque d’accroche ; de La Bastide Blanche (bis), cuvée « Estagnol«  (voir plus haut le commentaire sur une autre cuvée du même domaine dans le peloton de tête), très puissant en bouche mais sans grand chose derrière ; de Gros Noré, enfin, noté une étoile pour son nez paraissant complexe mais manquant singulièrement de finesse, sa timide pointe chocolatée et fruitée en bouche, mais exempt de ressort, d’épaisseur et de longueur.

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Pour finir, un coup d’œil rapide sur les « vieux » blancs qui ne représentent que 2 à 4 % de l’appellation. Dans les assemblages, la proportion de Clairette joue à mon avis un rôle majeur dans l’aptitude qu’ils ont à « vieillir ». Mais il faut compter aussi sur le Bourboulenc, l’Ugni blanc et parfois le Sauvignon. En réalité, c’est par eux que j’ai commencé, juste avant mes sensationnels rosés de la semaine dernière. Quatre blancs furent notés sans mal presque au plus haut, 3 étoiles et quelques fragments en plus pour certains. Là, le millésime était libre. Commençons par le plus vieux du quatuor, le Souviou 2002, un vin équilibré, à la blondeur éclatante. Lumineux en bouche, il se boit encore sur une fraîcheur surprenante. Est-ce à cause de la Clairette et du Bourboulenc qui occupent les trois quarts de l’encépagement, à moins que cela ne soit dû à une multitude de cépages mystérieux et anciens ou à cause d’un sous-sol de marnes bleues du Santonien ? Toujours est-il que Pibarnon fait figure de roi du blanc à Bandol (avis personnel) et il n’a pas failli à sa réputation. Avec son fringant 2004, je n’ai pas été étonné de le classer à égalité avec Souviou : joli gras, densité, fraîcheur alerte, longueur, c’est un blanc d’avenir, magnifique de chair, aussi lumineux que le précédent et presque plus tenace et persistant en bouche. À l’inverse, La Bastide Blanche 2004, robe bien jaune, rondeur généreuse, petite matière et notes de fleurs d’orangers, se laissait boire plus volontiers grâce surtout à une finale de toute beauté. Terrebrune 2007, commençait à s’impatienter dans sa belle robe de bal, une belle franchise en bouche, beaucoup de longueur et d’élégance. Ces derniers vins peuvent encore attendre un peu, mais à quoi bon puisqu’ils nous charment déjà tant et tant…

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Quelques mots des autres blancs, un peu moins bien notés : Tempier semblait desséché par un millésime chaud (2009) et lourd qui faisait ressortir une forme d’amertume gênante ; La Tour du Bon 1996 (le plus vieux du lot) offrait bien une robe jeune et un nez d’agrume, mais l’édifice était simple et trop strict ; Robe dorée, Val d’Arenc 2008 s’en sortait mieux avec un nez finement beurré, sur un côté franc et sec lui assurant un peu d’avenir. Fermé, engoncé et peu amène, le 2003 de Sainte-Anne se goûtait très mal, tout comme La Rouvière 2002. Sainte-Anne et Pibarnon avaient glissé un deuxième millésime, ce qui n’était pas interdit dans mes règles. Le 2009 de Pibarnon, robe paillée et joli nez, très dense en matière, se révélait un peu dur en finale. Eut-il fallu le carafer ? Sainte-Anne 1999, reluisant dans sa robe d’or, un peu cireux au départ, se montrait enthousiaste par la suite avec de bienveillantes notes de prune, de pêche et de poire. Long en bouche, on sentait qu’il était quand même temps de le boire ne serait-ce que pour profiter de son fruit.

Après le travail, le fête en musique sur report...Photo©MichelSmith

Après le travail, le fête en musique sur report…Photo©MichelSmith

Pour en finir – provisoirement – avec Bandol, vous en connaissez beaucoup, vous, des appellations où l’on a du vrai plaisir dans les trois couleurs dix ans après ? Moi, non.

Michel Smith

 


4 Commentaires

Toscana quattro : altri buoni vini e buoni indirizzi…

Ne croyez pas que je cherche un tant soit peu à  me justifier, mais cette longue série, peut-être pénible pour certains, de quatre articles sur la Toscane, à la recherche du Sangiovese, touche à sa fin. Certes, j’aurais pu aller plus loin, vous en mettre encore plein la vue, en raconter beaucoup plus, être plus exhaustif, plus savant, rassembler des écrits antérieurs, mais à quoi bon… Vous l’avez remarqué, je reste un journaliste besogneux, désordonné, manquant de style, de méthode et de syntaxe. L’Italie, ma grande sœur, la Toscane en particulier, y est pour quelque chose : ce trait d’union béni entre le Nord et le Sud est parfait pour étancher mes soifs de vins et de curiosités dans la nonchalance la plus totale. Une fois de plus, bien qu’accompagné d’amis délicieux – je les remercie encore -, ce fut pour moi un parfait voyage en solitaire. Une dernière fois, je vais tenter de vous propulser là-bas en vous proposant quelques pistes… en trois étapes. Notez, cela me paraît important…

Firenze. Photo©MichelSmith

Firenze. Photo©MichelSmith

Tout d’abord, en guise d’antipasti, pour ceux qui me suivent depuis le début sans broncher, voici d’autres vins de Sangiovese goûtés lors de nos belles tablées…

Castell’in VillaChianti Classico 2009 – Un pur Sangiovese un peu évolué au nez, sur les fruits cuits en bouche (prune, cerise), facile et prêt à boire (21 €).

San Giusto a RentennanoChianti Classico Riserva La Baroncole 2009 – Robe très foncée, nez assez boisé pour ce Sangiovese agrémenté d’un très faible pourcentage de Canaiolo. A près plus de 16 mois en barriques de chêne Français Il me paraît encore un peu austère et peut attendre plus de deux ans au moins.

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Caparsa, Chianti Classico Riserva Caparsino 2009 – L’inverse du précédent, soit un rouge non filtré, tendre, frais, subtil, au joli fondu conduisant à une finale en douceur (autour de 20 €)… On le boirait sans retenue sur de l’agneau. Voir également les commentaires du premier article lors d’une précédente visite en Toscane.

Campi Nuovi, Montecucco Sangiovese 2011 – Une belle pièce de 7 ha en biodynamie (affiliée à Renaissance des Appellations) et en relative altitude à 20 km au sud de Montalcino avec fermentations (levures indigènes) puis élevage d’un an en foudre de chênes de 70 hl. On a un vin chaleureux, rond, puissant, prenant (14,5° affichés), qui ne manque pas non plus de vivacité. L’attendre encore un peu et prévoir un lièvre.

Il Paradiso di Manfredi, Rosso di Montalcino 2010Florio Guerini continue d’émerveiller son monde avec un Sangiovese de toute beauté, sans aucun excès de lourdeur. Notes de fenouil et de pinède au nez, une sérieuse densité en bouche qui n’empêche ni le fruit ni la fraîcheur de s’exprimer avec des touches de goudron de bois et une belle persistance. Une saveur toute particulière et un domaine à ne pas oublier si j’en juge par ce beau papier que lui a consacré Patrick Böttcher dans son blog Vins Libres.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

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PietrosoRosso di Montalcino 2012– Que du Sangiovese vendangé à la main généralement début octobre sur la propriété sise en bordure de Montalcino. Fermentations en cuves inox (levures indigènes), élevage en cave souterraine (foudres et demi-muids) sur une année, c’est un vin souple, non filtré, un peu simple au départ, mais qui s’avère assez tannique pour affronter une viande saignante.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPian dell’Orino, Rosso di Montalcino 2011 – Voisine directe de celle des Biondi Santi, la propriété compte 4 vignes de Sangiovese Grosso totalisant 6 ha cultivés en bio. Notes de fraise confite, de l’épaisseur et de la puissance (14,5°), il y a de l’élégance et de la longueur en bouche en dépit d’une certaine lourdeur. Il faudrait l’attendre, laisser le vin se « fondre » un peu plus…OLYMPUS DIGITAL CAMERA

San PolinoBrunello di Montalcino 2008 – Belle, mais minuscule propriété (2,5 ha) en biodynamie (Luigi Fabbro adhère à Renaissance des Appellations) dédiée au Sangiovese avec pas mal de vieux millésimes en stock. Vinifié en foudres (Slovénie) et barriques, c’est la finesse qui l’emporte au nez comme en bouche. Souple, l’alcool se fait moins ressentir, mais le vin s’ouvre tout de même sur une densité assez massive ponctuée de tannins élégants. Lui offrir une belle viande.

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En allant chez Biondi Santi… Photo©MichelSmith

Ensuite, histoire de ne pas mourir idiot, quelques remarques intéressantes et utiles faîtes par mes Lecteurs épris de Sangiovese. Notez-les sur votre feuille de route pour un prochain voyage car, en matière de Sangiovese, ils en connaissent un rayon !

-D’Antonella, sur Facebook :

Pour le Sanviogese, que nous adorons tout comme vous, son absence de la Costa Toscana s’explique par son inadaptation au climat côtier, fort différent de celui le Toscane intérieure. Leonardo Salustri – vous avez goûté ces vins (voir ici) – est un spécialiste reconnu de ce cépage et a collaboré avec l’université de Sienne pour des études sur le Sangiovese. Il définit les conditions qu’il faut pour faire un bon Sangiovese : une distance minimale de la mer car le cépage n’aime pas l’air salin, un terrain bien drainé (en pente donc), une belle amplitude de température jour/nuit (ici un minimum d’altitude et plutôt loin de la mer).

‪Où nous sommes – je schématise – le Sangiovese brûle avant de mûrir et il reste alors deux solutions: soit en faire un vin très simple, soit l’assembler. En particulier à Bolgheri, il n’y a pas de conditions favorables à ce cépage. Le Macchiole, qui ont testé au moins une trentaine de cépages, vous le diront bien : les seuls exemples intéressants sont sur des terrains en altitude (250 m) protégés de l’air marin et bien drainés. Vous pourriez goûter une prochaine fois ceux de I Mandorli à Suvereto en haut d’une colline qu’on nomme « il Belvedere », de Fuori Mondo à Campiglia Maritima, là aussi en altitude, où celui de l’Azienda Caiarossa à Riparbella. Il se trouve que les 3 domaines sont biodynamiques. C’est un français qui vinifie à Caiarossa, Dominique Génot ; un belge Paul Morandini Olivier qui est propriétaire de Fuori Mondo et un vrai italien (quand même!), Massimo Pasquetti, qui conduit I Mandorli.

J’ajoute qu’une visite s’impose absolument pour approfondir votre connaissance du Sangiovese chez Salustri, là aussi domaine biologique, qui en outre de faire des superbes Sangiovese (4 vins différents), fait une huile d’olive (primée par Slow Food) et de la charcuterie de Cinta Senese bio absolument divine!

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-De Paul Morandini Olivier (cité quelques lignes plus haut) sur Facebook :

J’ai l’impression que l’encépagement de Sangiovese à Bolgheri ne dépasserait pas les 10 %… Mais c’est la morphologie même du Sangiovese qui en fait un cépage compliqué à cultiver… L’air chaud et humide de la mer ne lui permet pas d’arriver aux bonnes maturités en général. Des sols pauvres, à une certaine altitude et protégé de ce vent humide sont indispensables pour magnifier ce cépage roi ici en Toscane

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-De Nicolas, ces précisions sur notre blog, puis par mail :

Pour ce qui est de la Maremma vous êtes un peu dur, car il y a plusieurs appellations qui favorisent le Sangiovese, comme la nouvelle appellation Montecucco Sangiovese DOCG (qui a été initiée par Salustri et qui n’existait pas encore en 2008 d’où la DOC seulement) et aussi Morellino di Scansano, qui n’est ni plus ni moins que l’équivalent du Chianti plus au nord, avec un minimum de 85% de Sangiovese obligatoire. Et il existe beaucoup de Morellino di Scansano et quelques-uns d’admirables, dont le domaine Villa Patrizia qui produit un Riserva pur Sangiovese nommé Valentane de toute beauté.

Pour revenir à Salustri, dommage que vous n’ayez pas dégusté le Grotte Rosse 2010 car il est remarquable de puissance et avec beaucoup plus de fraîcheur que le 2008. Ce domaine fait face à Montalcino (à l’époque ils livraient le raisin pour les Brunello…), dans un endroit sauvage mais magique, à deux pas de Colle Massari, un domaine en vogue et à qui ils ont mis les pieds à l’étrier. Leurs Sangiovese possède une expression tout à fait originale grâce à une situation particulièrement avantageuse, sur une colline fortement ventée.

Je ne suis guère surpris, malgré que nous soyons d’une génération d’écart, que le Sangiovese nous fascine tant. Quel cépage grandiose ! Malheureusement souvent sous estimé, mais en même temps ça ne fait qu’accroître le désir de le découvrir !  Moins surpris que vous ayez trouvé un certain nombre de Chianti Classico en pur Sangiovese. Certes, vous n’avez pas rencontré Roberto Bianchi de Val delle Corti et son incroyable Chianti, plus précisément sa Riserva, probablement un des plus beaux à l’heure actuelle, et produit que les années qui le méritent. Mais je vous assure que l’on trouve une multitude de purs Sangiovese de qualité dans toute la Toscane, et à des prix plus doux que dans le Classico ! Comme je vous l’ai précisé en commentaire, il y a deux appellations qui méritent de s’y attarder : Montecucco Sangiovese et Morellino di Scansano. Sans parler de toutes les autres appellations Chianti. Voici les producteurs de 100 % Sangiovese que je vous recommande vivement et ailleurs qu’en Chianti :

Salustri : goûtez le reste de la gamme, c’est magnifique ! Marco est un vigneron talentueux, réfléchi et inquiet comme les meilleurs. Son Grotte Rosse 2010 est un des plus grands Sangiovese qu’il m’ait été permis de goûter, même s’il est encore si jeune… Il faudra s’accrocher pour trouver un Brunello de ce niveau sur ce millésime.

Podere Il Poggio : un autre Montecucco, réalisé par Silvia Spinelli, une vigneronne d’une rare et intelligente humilité, et qui est d’une finesse exemplaire; à tester aussi son 100% Pugnitello, un vieux cépage remis au goût du jour

Villa Patrizia : un merveilleux domaine familial en bio, avec un Montecucco nommé Istrico avec un rapport qualité-prix exemplaire et le Valentane, un Morellino di Scansano pur, puissant, juste!

Montemercurio : un très prometteur domaine sur l’appellation Nobile di Montepulciano, avec son Messagero élevé 2 ans en foudre puis une année en bouteille comme le consortium l’exige, un vin à la fois fin et très puissant, mais d’une puissance intrinsèque et non fabriquée.

Et il y en a tant d’autres! Cependant il faut dissocier les producteurs qui assemblent leur Sangiovese avec du Merlot. Ils dénaturent le Sangiovese et les éloignent de ceux qui l’assemblent avec du Canaiolo ou du Ciliegiolo, des cépages qui l’épousent. D’ailleurs le Ciliegiolo, un des deux parents naturels du Sangiovese, est de plus en plus travaillé « in purezza », et peut offrir des résultats étonants, comme ceux du fascinant domaine de Sassotondo, près de Pitigliano.

Pour compléter, il faudrait aussi lire un ouvrage de référence et très esthétique et voir les vidéos qui vont avec.

 

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Merci donc à ces lecteurs amoureux comme moi de la Toscane. Pour conclure, je vous livre quelques bonnes adresses qui sont autant de coups de cœur, parfois un peu clichés il est vrai, passés ou présents.

-Pour vous loger, n’oubliez pas de chercher sur la toile les chambres d’hôtes à la ferme classées en Italie sous la rubrique agriturismo. Il y en a un peu partout, chez les vignerons ou oléiculteurs surtout, à l’instar de Poggetto Masino, du côté de Suvereto où chaque chambre décorée avec goût bénéficie de sa treille et de sa terrasse.

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-Pour boire un coup, discuter et croquer quelques spécialités faîtes sur le vif, Florence dispose d’un remarquable bar à vins (avec terrasse) à deux pas du Ponte Vecchio, Le Volpi e l’Uva, où le Sangiovese et d’autres cépages comme le Carignan sont à l’honneur servis au verre ou à la bouteille en toute convivialité !

-Pour manger au bord de l’eau, non loin de Bolgheri, ne pas manquer la visite chez Luciano Zazzeri, dans sa désormais mythique Pineta, sorte de luxueuse baracca posée sur la plage au large de Marina di Bibbona, sur la côte Etrusque. Depuis des années on y goûte les meilleurs produits de la pêche locale sans savoir exactement ce que le patron aura de nouveau à proposer ce jour-là. J’ai le lointain souvenir de tagliatelle au corail d’oursins et de galinette (rien à voir avec la poule du même nom, car c’est un poisson) aux tomates concassées. Côté vins, la carte de Champagne est quasi unique, celle des Toscans aussi avec, pour chaque référence, la proportion de Sangiovese (ou autre cépage) indiquée. L’endroit est devenu un peu chic et cher, mais en faisant attention on peut passer un moment inoubliable.

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-Pour une cuisine toscane mer et montagne, essayez Il Frantoio à Montescudaio, village situé à 10 km de Cecina : carpaccio de poulpe, spaghetti à l’encre de seiche, lapin farci, tripes, artichauts frits… Belle carte des vins. On peut aussi se restaurer agréablement au restaurant de Castello di Ama où l’huile et les vins du domaine sont mis à contribution.

-Encore plus perdu, simple, économique et chaleureux ? Allez donc vous percher dans la salle de la trattoria Da Nada  entre Sienne et Grossetto pour une cuisine familiale faîte avec amour et servie avec gentillesse dans l’étonnant village rocheux de Roccatederihi !

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-Pour les carnivores, à Panzano in Chianti, cet amusant et très populaire restaurant de viandes (bœuf surtout) où l’on mange à la bonne franquette face au show du patron, à condition de ne pas oublier sa bouteille de vin (on en vend partout dans le village) car celui qui vous est servi en pichet n’est vraiment pas génial. Les touristes adorent…

-Pour les inconditionnels de la charcuterie, il faut parcourir dans la cohue touristique l’incroyable magasin de la maison Falorni à Greve in Chianti où l’on peut aussi profiter sous les arcades d’un petit bistro à vins et goûter quelques produits de la maison posés sur des planchettes.

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-Pour les amateurs d’huile d’olive, je recommande le moulin du domaine Il Cavallino à Bibbona en Toscane maritime. Dirigée par Romina Salvadori, l’azienda produit une des huiles délicatement fruitée les plus réputées de Toscane que j’achète pour ma part en bidon de 5 litres à un prix beaucoup plus intéressant que celui pratiqué dans les grandes propriétés viticoles.  Se dépêcher, car la récolte 2014 n’a pas été généreuse en quantité !

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-Pour un confortable dîner bourgeois en ville, en plein cœur de Sienne, je vous recommande cette sorte de brasserie de bon goût, l’Osteria le Logge, à la cuisine traditionnelle teintée de modernisme et à la cave bien fournie en Sangiovese. Service jeune, enthousiaste, attentionné. Réserver de préférence dans la grande salle du rez-de-chaussée, une ancienne pharmacie, où les fioles et vases d’apothicaires sont remplacés par de grandes bouteilles de vins.

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Buon viaggio !

Michel Smith

 

 

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