Les 5 du Vin

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Choses diverses, dégustées et aimées

Dans cette période de départ en vacances, pour certains du moins, je voulais donner de la place à des vins que j’ai goûtés et aimés récemment, sans nécessairement avoir de la matière pour tout un article sur chacun d’entre eux.

Coïncidence ou signe de mes préférences actuelles ou de saison, ils sont tous blancs.

Yann AlexandreYann Alexandre et son épouse

Commençons par des bulles, de Champagne en l’occurrence.

J’ai découvert ce vin et son producteur lors d’une récente conférence de presse tenue à Paris par un groupe issus des Vignerons Indépendants de Champagne et à propos de leur démarche vers une agriculture plus éco-responsable (les cyniques vont dire « mieux vaut tard que jamais », mais moi j’applaudis). Le vigneron en question s’appelle Yann Alexandre et son domaine est basé à Courmas, au sud-ouest et proche de Reims dans la zone parfois appelée la Petite Montagne de Reims. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller le voir sur place, mais ce n’est que partie remise, tant j’ai trouvé le style des vins inspirant et le vigneron intéressant. Plutôt que de recopier des parties de son site web, qui est très claire et dénué de toute artifice, je vous invite à aller voir vous-même si cela vous intéresse. Sa production est très limitée, mais de la plus haute qualité.

http://www.champagneyannalexandre.fr/

Voici mes notes rapides sur les deux cuvées dégustées :

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Yann Alexandre, Roche Mère Brut Nature

Intense, au fruité élancé et  juteux, et à la texture légèrement crayeuse mais sans excès. C’est fin et très gourmand.

Yann Alexandre, Sous les Roses Blanc de Noirs

La dimension de ce vin est plus large et plus imposante que le précédent. Le fruité s’exprime d’une manière encore plus savoureuse et la longueur est magnifique.

J’ai adoré la pureté et la sapidité des saveurs de ces deux vins qui sont capables à la fois de donner un plaisir immédiat et d’en garder sous le pied pour révéler des couches de complexité. Attention, ces champagnes ne sont pas donnés car je les vois en vente chez des cavistes à des prix entre 35 et 50 euros, du moins pour les cuvées comme celles-ci. Mais on est dans le domaine du très très bon pour la région.

Les Anjou de la Grande Gauterie

Maintenant place à des vins plus abordables, cette fois-ci de la Loire et produits par un néo-vigneron américain, Daniel Henderson au Domaine de la Grande Gauterie.

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J’ai croisé Daniel à plusieurs reprises dans des dégustations à Paris et nous sommes tous les deux professeurs pour des écoles différentes qui proposent les formations WSET. Il a récemment investi dans un domaine  angevin et a élaboré toute une gamme de vins à partir du millésime 2015. Le domaine s’appelle Grande Gauterie et se situe à Saint-Lambert du Lattay. Je pense qu’il a eu de la chance de démarrer avec un millésime de cette qualité, mais j’ai trouvé que ses vins sont réussis à travers toute la gamme d’une dizaine de cuvées que j’ai dégusté (voir photo). Même le Cabernet d’Anjou, qui n’est pas un type de vin que j’apprécie généralement, était parfaitement fait et bien équilibré, tendrement fruité et gentiment doux. Rouges de Cabernet Franc et blancs secs de Chenin Blanc sont impeccables et les doux montent progressivement en intensité à travers les cuvées sans jamais perdre leur sens d’équilibre. Et, cerise sur le gâteau, les prix (public) sont très doux, allant de 5 à 6 euros pour les cuvées de base à 8 à 12 euros pour les cuvées plus spécifiques et limitées. J’ai noté aussi que ses tarifs sont bien étudiés pour laisser travailler les cavistes car les prix aux professionnels sont à la moitié des prix public. C’est assez rare chez des « petits » vignerons et mérite d’être souligné. Voilà un début remarquable et je lui souhaite pleine réussite.

Partons maintenant vers l’Est et hors de France…

Vendredi soir, après avoir oublié à midi de me rendre à une dégustation de vins du Jura (l’inconscient nous joue des tours, et plus souvent qu’on ne le pense !), je me suis rendu à une dégustation de vins allemands du Rheinhessen produits par deux jeunes femmes, Gesine Roll et Katharina Wechsler, sur leurs domaines respectifs. Bien que la situation évolue favorablement, il est effectivement trop rare de pouvoir déguster des vins allemands en France. Cette fois-ci, c’est l’excellent caviste parisien, Soif d’Ailleurs, dont j’ai déjà parlé ici, qui a aidé à équilibrer les choses.

image1Gesine Roll, à gauche, et Katharina Weschler avec tous les vins de la dégustation

Weingut K. Weschler, Westhoffen, Rheinhessen

D’abord les vins de Katharina, dont le site web est uniquement en allemand, ce qui me surprend car elle parle parfaitement français et anglais et a fait des études à Paris en sciences économiques avant de revenir vers le domaine familiale de Westhoffen, faire des études d’oenologie et commencer à vinifier en 2009. Auparavant son père vendait les raisins. Ses vins sont tous sous capsule à vis, heureusement.

http://www.weingut-wechsler.de/

K. Weschler Scheureube 2015

Je n’ai pas dégusté grand nombre de vins de cette variété intéressante qui est un croisement entre le Riesling et une vigne sauvage, produit en Allemagne début 20ème. C’est même surprenant qu’il n’ait pas eu plus de succès que le bien plus ordinaire Müller-Thurgau; il doit y avoir une histoire de rendement là-dessous.

Vin franchement, mais subtilement, aromatique, tranchant par une acidité puissante bien intégrée. Un fruité très agréable, de la longueur et un bel équilibre. J’en boirais volontiers à l’apéritif. (prix public 13 euros)

K. Weschler Riesling Westhoffen 2015

Le Riesling « de village » de ce producteur, selon une équivalence logique avec la Bourgogne.  C’est d’une délicieuse finesse, assez fruité au départ, puis rapidement plus crayeux. Il finit parfaitement sec. Sa très belle acidité (9,5 g) le pousse vers les longueurs. Un vin élancé et très salivant. (prix 16 euros).

K. Weschler Riesling Kirchspiel 2014

Issu d’un premier cru de la commune de Westhoffen, ce vin est hyper précis et d’une belle intensité. Encore très jeune et donc un peu austère, il semble aussi plus léger que le vin précédent, probablement à cause d’un fruité plus discret et d’un millésime plus compliqué. Je pense qu’il lui faudra une bonne année de plus pour trouver tout son potentiel. (prix 28 euros).

Weingut Weedenborn, Monzernheim, Rheinhessen 

Le domaine de 16 hectares de Gesine Roll est situé à courte distance de celui de Katharine Weschler et les deux femmes sont amies. A le différence de Katharina, Gesine aime le Sauvignon Blanc, sans négliger le Riesling. Autre particularité du domaine : la présence de terres rouges, qui donnent d’ailleurs leur nom à certaine cuvées. Encore une fois, le site web est uniquement en allemand :

http://www.weedenborn.de/

Weedenborn Terra Rossa Sauvignon Blanc 2015

J’ai d’abord trouvé les arômes de ce vin un peu trop violents, me rappelant quelques vins de l’Afrique du Sud.  Les choses s’améliorent bien en bouche avec plus de rondeur tout en restant vif et expressif.

Weedenborn Terra Rossa Riesling 2014

40% de ce vin a été élevé dans des grands récipients en bois. Un Riesling sec de grand style, intense, croquant et fin. J’aime aussi sa pointe d’amertume en finale. Très bonne longueur.

Neumeister (Styrie)

J’ai un peu discuté avec Gesine Roll de vins de Sauvignon Blanc d’autres pays et nous avons trouvé une référence en commun : les vins de Neumeister, à Straden en Styrie (Autriche). Elle échange même des bouteilles avec cet excellent producteur dont j’ai déjà parlé ici-même. Cela tombe bien car je voulais terminer cet article par un des meilleurs Sauvignons Blancs que j’ai dégusté de ma vie.

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http://www.neumeister.cc/

Et ce site est bilingue allemand-anglais.

Neumeister Stradener Sauvignon Blanc, Alte Reben 2012

Je ne trouve pas mes notes de dégustation pour ce vin, mais je l’ai dégusté à deux reprises : une première fois au domaine, et une deuxième sur le stand du producteur à Prowein. Chaque fois, il m’a tiré des larmes des yeux par sa beauté. Je ne peux pas en dire plus ! Il n’est pas bon marché (55 euros annoncé sur le site de vente directe du producteur), mais cela reste bien moins que des vins de Didier Dagueneau, par exemple. Il n’est produit que dans les très bons millésimes. J’ai appris récemment que ce producteur, comme d’autres de sa région, a souffert du gel en 2016 et ne récoltera pas grande chose cette année. Goûtez ce vin (et d’autres de chez lui) si vous en avez l’occasion.

David

 


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Boutenac en Corbières

L’appellation Corbières-Boutenac date maintenant d’une dizaine d’années. Les dossiers de presse et autres documents parlent du «Cru Boutenac». Je ne vois pas bien comment on peut attribuer le mot «cru» à toute une appellation, car ce terme est généralement réservé à une parcelle, voire à un domaine. Comme 26 producteurs (dont 3 caves coopératives) revendiquent cette appellation pour au moins une partie de leur production, on ne peut pas dire qu’il  partagent tous la même parcelle! Mais passons…

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Quelques généralités

La partie du vignoble ayant droit à cette appellation spécifique occupe une aire approximativement centrale dans la partie septentrionale de la plus vaste zone de l’appellation Corbières, la plus grande du Languedoc. Cela si situe donc entre Narbonne et Carcassonne, et juste au sud de Lezignan-Corbières. Dans l’aire en question, seules des parcelles spécifiques peuvent revendiquer la désignation Boutenac et elles ont été agréées par des géologues (c’est une manie en France !).  2.668 hectares ont ainsi été classés comme pouvant produire du Corbières-Boutenac, mais seulement 184 hectares en produisent pour le moment, et la récolte 2015 a donné 6.600 hectolitres. On peut dire qu’il s’agit d’une toute petite appellation en devenir et qui correspond à une volonté plus large de hiérarchiser l’offre dans cette énorme région du Languedoc.

IMG_7629La Montagne d’Alaric

Le Corbières-Boutenac ne peut être que rouge. De plus, les cépages autorisés (Carignan, Grenache, Mourvèdre et Syrah) doivent respecter certaines contraintes sur le plan de leurs proportions: au moins 70% pour l’ensemble des trois premiers, et entre 30% et 50% de Carignan. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Je n’entrerai pas plus sur les détails du cahier des charges, qui impose aussi, et c’est une bonne chose, un élevage d’au moins 15 mois après la récolte.

photo syndicat Cru Boutenac

La région est très belle, parfois spectaculaire. La vigne s’incruste dans des paysages souvent sauvages avec des excroissances rocheuses, des collines et des montagnes, des forêts et des maquis, et des petites rivières turbulentes qui serpentent dans les vallées entre des villages aux ruelles étroites. En tout cas le parti-pris des responsables de cette appellation, qui est présidé par Pierre Bories (Château Ollieux Romanis), de limiter la zone géographique et aussi de restreindre l’accès à des producteurs bien motivés par la possibilité de monter en gamme par rapport à l’appellation Corbières se trouve bien justifié par la qualité moyenne des vins que j’ai pu déguster.

Les vins dégustés

Ma dégustation d’une trentaine de vins de différents millésimes à précédée quelques visites dont je vous parlerai après car mon voyage s’inscrivait dans le cadre d’une opération qui s’intitule Camins de Boutenac et qui donne la possibilité à des randonneurs de découvrir une partie de l’appellation à pied, en faisant des haltes dans les domaines.

IMG_7610Mes vins préférés du dernier millésime, 2014

Maintenant, voici les vins dégustés : il y avait un de 2007, un de 2010, six de 2011, six de 2012, six de 2013 et douze de 2014. Je vais noter uniquement mes vins préférés de chaque série. Les prix indiqués sont soit le prix départ ttc fourni par le producteur, soit le prix le moins cher trouvé sur Wine Searcher.

Je passe sur les deux plus anciens, qui ne m’ont pas épatés. Les vins notés par la suite paraissent dans l’ordre de leur service, qui était aléatoire hormis la séparation des millésimes.

Château Saint Estève, Ganymède 2011 (prix 15,5 euros ttc)

Nez riche et chaleureux, sans excès. Plein en bouche avec des notes boisées qui entourent un bon fruit. Une bonne intensité pour ce vin harmonieux et long.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2011 (prix 15 euros ttc)

Il réussit la prouesse de conserver les qualités de fruit d’un vin bien plus jeune, donnant un caractère vibrant aussi bien au nez qu’en bouche. Les tannins restent fermes et l’ensemble est très dynamique.

Domaine La Bouysse, l’Indécent 2012 (prix 30 euros ttc)

Fait d’un tiers chacun de Mourvèdre, de Grenache et de Carignan, raisins triés sur table puis vinifiés en barriques ouverts avec pigeage quotidien pendant un mois, on comprends que la quantité de travail impliqué à provoqué le nom de cette cuvée. Le nez est vif et rappelle le sous-bois ainsi qu’un fruité éclatant et très juteux. C’est très gourmand, frais et bien équilibré, mais il porte bien l’accent rocailleux de pays (et du paysage). Son acidité naturelle lui donne un air juvénile. Je l’ai re-dégusté lors d’une soirée et le situe parmi les meilleurs de l’appellation. Il roule sur le palais comme l’orage autour des montagnes.

Domaine La Bouysse, Mazerac 2012 (prix 15 euros ttc)

Il y avait d’autres vins intercalés entre ces deux cuvées de la même propriété, donc cette suite est le fruit du hasard et de mon appréciation des deux vins en question. La robe est intense et très jeune. On y sent de l’ambition, mais l’élevage en futs qui a duré 12 mois lui a donné de la patine sans étouffer la très belle qualité de fruit. Fin et alerte, avec une belle longueur. Bravo à ce domaine qui a su produire deux excellents vins dont celui-ci, à moitié prix de l’autre, donne plus que la moitié du plaisir.

Château Aiguilloux, cuvée Anne-Georges 2012 (prix 15 euros ttc)

Belle régularité pour cette cuvée qui sort dans deux millésimes. Bien fruité, c’est un vin assez complet et juteux dont les tannins sont encore fermes. A attendre encore un an ou deux de préférence.

Ollieux Romanis, Alta Sia 2013 (prix 19 euros ttc)

Le Carignan atteint 45% de l’assemblage dans ce vin dont le fruité est succulent et mur, avec un fort accent de garrigue. Un vin de mi-corps, dont les tannins soutiennent l’ensemble sans le dominer. Vivant et très agréable.

Château de Caraguilhes, Echappée Belle 2014 (prix 24 euros)

Ici le Carignan atteint les 80% de l’assemblage, le reste étant du Mourvèdre. J’ai peut-être mal compris les règles (sévères) de l’appellation, mais c’est marqué sur la fiche ! Que de la cuve et de la bouteille pour l’élevage. Je passe sur la trace laissée par la macération carbonique (que je n’aime pas car il fait se ressembler tous les vins qui l’utilisent à outrance), pour me délecter du délicieux fruité de ce vin fringant et juteux, parfaitement équilibré.

Château de Villamajou, Grand Vin 2014 (prix 18 euros ttc)

Les bords de ce vin montrent un peu d’évolution, probablement due à son mode d’élevage qui a eu l’avantage de lui donner une très belle texture suave. Beau nez qui laisse parler des fruits noirs avec une bonne impression de fraîcheur. Vin ample, charnu et assez chaleureux autour d’une expression de fruits bien murs. Belle longueur.

Château Maylandie, Villa Ferrae 2014 (prix 12 euros ttc)

Le nez est intense et gourmand, même si l’effet de la macération carbonique me gêne un peu. La belle qualité de son fruit est son principal atout. Il n’a peut-être pas la complexité des meilleurs mais c’est un vin vibrant et alerte et son style direct et pur le rend très recommandable à boire dès maintenant. En plus son prix est dès plus accessibles.

Château Ollieux Romanis, Cuvée Or 2014 (Prix 21,50 ttc)

La robe est très dense mais le nez apparaît claire et net, avec une très belle expression de fruit. L’élevage reste encore présent, mais d’une manière raisonnable. Le palais évite tout surcharge aussi, avec une bonne intensité des saveurs fruités qui sont précises et parfaitement intégrées dans le corps du vin. Un vin maitrisé et élégant, de demie-garde.

Gérard Bertrand, La Forge 2014 (prix 50 euros ttc)

Le prix de cette cuvée remarquable n’est pas très raisonnable mais l’ambition y est affichée. J’ai pu, par le passé, constater qu’il peut très bien vieillir ayant dégusté il y a deux ans un remarquable 2001 de ma cave. Robe dense (on s’y attendrait !). Beaucoup de volume au nez et les signes d’un élevage bien maîtrisé qui laisse la clarté du fruit s’exprimer. Ce vin est gourmand, stylé, précis et harmonieux, avec un joli retour d’acidité en finale.

IMG_7613Robinet de cuve au Château La Voulte Gasparets

Château La Voulte Gasparets, Cuvée Romain Pauc 2014 (prix 20 euros ttc)

La robe a une intensité moyenne, mais c’est autre chose au nez qui est à la fois fin et assez puissant. Belle densité au palais avec un fruité gourmand bien présent. Je ne suis pas certain que les tannins sont à parfaite maturité mais ils ont bien été assagis par l’élevage. Vin assez complet, complexe et long.

Conclusion de la dégustation

12 vins sélectionnés (ceux ayant obtenu des scores entre 14,5 et 16/20) sur 32 échantillons représente un niveau très honorable. Dans l’ensemble les vins avaient un style assez homogène et un bon niveau moyen. On peut dire que le pari est en train d’être gagné par les fondateurs de cette jeune appellation. En particulier j’ai noté un meilleur équilibre que dans le passé pour les vins élevés sous bois, avec un dosage bien plus fin de l’apport de la barrique ou autre contenant.

IMG_7620Château de Luc, propriété de la famille Fabre, magnifique dans son jus 

Les visites

Visiter les sites viticoles peut être très intéressant et agréable, rencontrer les vignerons est généralement riche d’enseignements, mais visiter un nième chai à barrique, ou, pire, chaîne d’embouteillage n’est pas ma tasse de thé. Le programme était heureusement allégé ce côté-là. Nous avons visité le Château La Voulte Gasparets, au moment où des randonneurs sont arrivés pour une pause dégustation, puis, plus longuement, le Château de Luc, qui est une des propriétés de la famille Fabre et où écouter Louis Fabre parler d’histoire, de géographie, de vin ou de toute autre chose est absolument passionnant. J’y serais resté une journée entière et le lieu est magnifique.

IMG_7621Louis Fabre dans ses oeuvres

IMG_7638Une des nombreuses créations du vinaigrier Cyril Codina, à Lagrasse

Pour varier les plaisirs, nous avons aussi visité un musée étonnant dans la très belle petite ville de Lagrasse qui se situe juste en dehors de la zone de Boutenac. Ce musée un peu kitsch rassemble moult objets divers ayant trait au passé de la région et propose des projections « poly-sensorielles » qui évoquent des aspects du passé, comme le tram vapeur qui reliait Lézignan aux villages d’amont. Tout cela a été rassemblé et réalisé par un bonhomme remarquable, Cyril Codina, qui est aussi un vinaigrier hors pair. Je n’ai jamais vu autant de vinaigres différents, dont une bonne partie proviennent de ses 5,5 hectares de vignes.

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La fin du parcours a rendu honneur à un aspect essentiel du passé et de la structure sociale de cette région : les caves coopératives. La Cave des Demoiselles, à Saint Laurent-de-la-Caberisse fut officiellement fondée en 1914 mais ses débuts et le chantier de construction datent de l’année avant. Entre temps, la guerre avait déjà fait son sale ouvrage et le manque d’hommes valides a fait que ce sont les femmes qui ont terminé le chantier et lancé l’activité de la cave, d’où son nom.

Je retournerai avec plaisir dans cette belle région, et très certainement à deux roues car les routes sinueuses y sont très attrayantes et ma petite Ducati devrait bien s’y plaire, hormis les bosses assez nombreuses.

David (qui sera bientôt français, j’espère)

 

 

 

 

 

 

 

 

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VSIGP (4): Vin de France, ah la belle farce !

Volontairement provocateur, mon titre ? J’assume. Eh bien oui, quoi: pourquoi cacher l’origine d’un vin alors qu’il suffit de (bien) lire l’étiquette (ou la contre) dans ses détails les plus reclus pour tomber sur l’adresse quasi complète du vigneron metteur en bouteilles ? Pour peu que l’on ait quelques notions de géographie associées à une bonne connaissance de nos départements, et que l’on sache manipuler un instrument comme Google, on saura automatiquement la plupart du temps d’où vient le vin et l’on peut donc sans mal lui donner un semblant d’identité, voire même une origine réelle. Enfin, moi, c’est comme cela que je vois le problème Vin de France, si problème il y a.

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Dans l’exil de mon Midi, d’où j’exerce mes talents de dégustateur en herbe depuis pas mal d’années, les vignerons se servent de cette dénomination (non, ce n’est pas une appellation d’origine contrôlée ou protégée) pour deux raisons principales, même s’il y en a probablement d’autres comme ont su le souligner avec talent mes prédécesseurs qui se sont plus volontiers attardés sur les marques commerciales. Deux raisons donc. D’une part parce que ça permet à mes amis vignerons de faire ce qu’ils ont envie de faire, de s’éclater sans avoir – en dehors de l’État et de sa cohorte de fonctionnaires – de comptes à rendre à personne d’autre que le consommateur ; d’autre part parce que les initiateurs (viticulteurs) des IGP ou AOP qui sévissent sur leur territoire bien (ou pas trop mal) délimités sont trop cons ou trop absents pour avoir remarqué qu’un cépage, quand bien même fut-il local et de mauvaise réputation, pouvait avoir son mot à dire dans le territoire qui abrite les vignes. Qu’il pouvait aussi plaire à un certain public.

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Oui, je sais, je m’énerve inutilement. Et ce n’est pas bien à mon âge ! Vous savez que je ne pense pas une seconde ce que je couche sur écran. Tous les vignerons (ou viticulteurs) ne sont pas cons à ce point et j’en connais même qui, en coopérative, alimentent des cuvées Vin de France. Alors je vais enfoncer le clou de manière plus explicite. Pour aller plus encore dans le sens de la connerie ambiante, je vais vous sortir quelques vins de France, mais des vins bien chez moi, donc du Languedoc et du Roussillon réunis. Des vins qui, n’en déplaisent à certains, affichent leurs origines de manière discrète, mais des vins qui pourtant sentent bon leur pays.

Par ici, dans le Sud où l’on s’éclate en dehors des AOP, aucun problème pour  trouver un Vin de France : presque chaque vigneron digne de ce nom a le sien ! Par exemple, une appellation majeure est disponible près de chez moi, Côtes du Roussillon, idem à côté avec l’AOP Languedoc. Des ex Vin de Pays aussi comme les IGP Côtes Catalanes ou Pays d’Oc. Mais qu’à cela ne tienne, avec les mêmes cépages (ou presque) les vignerons autochtones ou expatriés qui ont quelque chose à démontrer préfèrent la liberté que leur offre la mention Vin de France. On peut rire, déconner ou faire dans le sérieux, mais beaucoup me disent qu’ils choisissent la facilité qu’offre cette mention. À l’instar de Stéphane Morin, ce vigneron nature découvert récemment pour alimenter ma défunte rubrique Carignan Story mais que vous pouvez retrouver ICI. Lui a choisi de ne vinifier qu’en Vin de France histoire de moins se compliquer la vie.

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Afin de jouer le jeu, je vous livre ci-dessous mes préférés de la catégorie Vin de France du moment. Il y en a des tonnes d’autres. Vous tombez bien, car je déménage ma cave dans laquelle je fais de belles trouvailles. C’est utile parfois de revoir après quelques années un vin que l’on a aimé. Rassurez-vous, je les ai goûtés récemment et je vous les restitue avec non seulement le nom du domaine, de sa cuvée, son prix de vente, son site internet (lorsqu’il y en a) et le pays d’où il vient. Ben oui, car si on la cherche bien, on trouve l’origine ! Pour certains, ça évitera d’avoir à lire l’étiquette !

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-Vin de Table de France (du Roussillon) 2005, Syrah, Domaine Sarda-Malet. 40 € le magnum départ cave. 

À l’époque, l’annonce du millésime étant interdite dans cette catégorie de vin devenue Vin de France, Jérôme Malet s’était contenté d’un mystérieux chiffre « 5 » pour informer les suiveurs de ce domaine qu’il mettait dans la confidence. Sans filtration ni collage, jovial au possible, chaleureux et exubérant, j’avais complètement oublié que ce vin était le fruit d’une syrah de sélection massale (prélevée si mes souvenirs sont bons chez Gérard Chave) choisie par Max, le père de Jérôme. Tellement joyeux qu’au départ je partais allégrement sur une parcelle de vaillants vieux grenaches comme le domaine en possède encore, du moins je l’espère. Un vin d’autant plus éblouissant si on prend la peine de le boire frais (15°) sur un petit gibier, par exemple. Hélas, il n’est plus vinifié par le domaine qui, sagement, a conservé quelques flacons en format magnum dans les millésimes 2004, 2005 et 2007. Téléphoner le matin au 04 68 56 47 60 pour avoir la chance d’en obtenir.

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-Vin de France (des Corbières) 2014, Grenache gris, Domaine des 2 Ânes. 17 € départ cave.

À quoi ça sert un Vin de France ? À montrer par exemple qu’un cépage méprisé lors de mes premiers passages dans la région à la fin des années 80 a vraiment quelque chose à dire et qu’il est capable de revivre en beauté, notamment non loin du littoral. Et puisque à l’époque l’appellation n’en avait rien à cirer – ah, si elle avait pu mettre du Sauvignon ! – il reste un espoir aujourd’hui de montrer les capacités de ce cépage en le vinifiant pour lui-même en Vin de France (des Corbières). Immensément puissant, certes, dense aussi, et pourtant tout en structure avec une élégance non feinte, c’est un blanc de grande table. Cherchez vite des queues de lotte poêlées et quelques câpres pour l’accompagner !

Etiquette L'Aramon

-Vin de France (des Terrasses du Larzac) 2015, Aramon, Domaine de La Croix Chaptal. 5,50 €, départ cave.

De par sa robe claire et sa facilité à s’écluser (un flacon bu à deux en moins de 15 minutes !), voilà un vin qui ferait une forte concurrence au rosé, tant il fait des merveilles dans le registre de l’accessibilité. Peu cher, léger et fruité, désaltérant qui plus est tout en étant capable de tenir sur une entrée de légumes crus et de pâté de tête, cela n’a rien de déshonorant même si pour certains cela frise l’incongruité. Alors, foncez sans attendre ! On trouve encore de ces petits vins de récré dans le Midi (ici, bien au nord de Montpellier), parfois même vinifiés à partir d’un cépage emblématique de l’histoire du Languedoc tel que le sieur Aramon ici présent. Jadis occupant 150.00 ha et capable de production de masse, aujourd’hui honni et considéré comme roupie de sansonnet, il revient de temps en temps par la grâce de Charles-Walter Pacaud, un vigneron sage et avisé qui, appelant ses vieilles vignes à la rescousse (vendangées à la main), a compris tout l’intérêt de ce jus qui se boit sans soif. Bravo et merci Charles !

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-Vin de France (du Minervois) 2011, Pinot Noir, Domaine Pierre Cros.  12 € départ cave.

Pierre Cros, prononcez « crosse », n’est pas du genre à écouter les injonctions des uns et des autres : Piquepoul, Alicante, Aramon, Carignan, Cinsault, il n’a gardé que les meilleurs pieds de son Minervois natal ajoutant une collection d’autres cépages plantés par curiosité et par amour. C’est le cas du Pinot noir (un peu plus d’un demi hectare) bu ici à température plutôt fraîche (15°) sur une pintade qui exprimait une sorte de gourmandise contenue avec des tannins souples et doucereux. Pour les curieux, il y a aussi du Merlot, du Nebbiolo et même du Touriga Nacional ! Plus en vente, c’était juste pour la forme. .. mais il reste du 2015 vinifié différemment et embouteillé en flûte alsacienne ! On a le droit de s’amuser, non ?

Michel Smith


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VSIGP (1): Vin de France, oui, mais avec quelle stratégie de marque?

Premier volet de notre semaine VSIGP – Vins sans Indication Géographique de Provenance, pour les intimes. On démarre avec le Vin de France, et c’est David qui s’y colle…

Une stratégie de marque digne de son nom implique tout le processus, de l’élaboration du produit jusqu’au réseaux de distribution. A mes yeux, une appellation, même prestigieuse, ne peut se substituer à une stratégie de marque individuelle, et tous les vins qui réussissent à vendre leurs vins bien au-delà du prix moyen de leur appellation en sont la preuve, depuis les vins du DRC jusqu’à la production d’un Marcel Lapierre, par exemple. S’il est vrai que beaucoup  de vins médiocres se reposent sur la marque « ombrelle » que constitue l’appellation, qu’elle soit AOP, IGP ou autre, ce n’est jamais le cas de ceux qui réussissent.

Cela ne veut pas dire que l’appellation ne sert à rien. Elle fournit un cadre, une espèce de garantie d’origine qui peut et doit aider le consommateur. Mais c’est le producteur qui est, in fine, responsable aussi bien de la qualité de ses vins que de la réussite de son marketing. Cette question va se poser avec d’autant plus d’acuité que le cadre en question sera large. C’est la cas de la désignation Vin de France, dans laquelle je disais il y a quelques semaines que je croyais en tant que cadre permettant la constitution d’entités de production capables de rivaliser avec celles du Nouveau Monde.  Mais il faut que les producteurs dans cette catégorie, qui autorise des assemblages très larges (à condition de rester en France) ainsi qu’une vaste choix de cépages, aient une bonne stratégie qui s’adapte à la catégorie et aux prix demandés dans les marchés visés.

Par le biais de la dégustation de 7 échantillons de cette catégorie, j’ai voulu tester l’aspect produit, n’ayant pas au moment d’écrire ni les prix de vente public, ni d’autres éléments du marketing-mix pour juger du reste, hormis les noms des cuvées et l’habillage des flacons. En revanche, pour la plupart des cuvées, les prix ex-cellars sont annoncée entre moins de 2,50 et 4 euros. On peut imaginer des prix de vente public au double des ces chiffres.

D’abord, les vins blancs :

Kiwi Cuvée Bin 086, Sauvignon Blanc 2015 

(producteur en Loire : Lacheteau) capsule à vis

Une attaque frontale du pays qui a le mieux réussit avec ce cépage : non seulement ils ont pris le nom donné au habitants de la Nouvelle Zélande, mais ils utilisent la terminologie courante pour désigner une cuvée de vin en Australie (Bin + un numéro de lot). C’est plus que culotté, cela frise la copie ! La capsule à vis convient parfaitement, en revanche, et le vin est très bien fait. C’est même facilement le meilleur de cette série de blancs : aromatique sans excès, touchant la gamme classique des asperges, citron et groseille à maquereau, mais sans tomber dans l’excès. Vibrant et alerte en bouche, assez pleine de texture et d’une longueur efficace. Un vin que je boirais avec plaisir.

Je serai curieux de connaître son prix, même si je ne suis pas convaincu par cette stratégie d’imitation que je vois mis en place.

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Daudet-Naudin, Chardonnay 2015

(producteur situé en Bourgogne) bouchon liège massif

Je pense que la capsule serait plus appropriée comme fermeture et aiderait à conserver plus de fraîcheur dans ce vin qui en a besoin. L’habillage est dans le registre classico-moderne, assez élégant. Le vin me semble plus sudiste qu’un Bourgogne, avec un boisé discret mais présent, un palais bien rond et presque chaleureux, une pointe d’amertume en finale et un profil un peu mou. Pas désagréable, mais peut mieux faire.

Patriarche Père et Fils, Viognier 2015

(producteur en Bourgogne) bouchon liège aggloméré

Le nez est séduisant à l’aune du registre habituel de ce cépage, mais le vin me semble mou en bouche et manque de précision. La sensation d’amertume en finale est assez caractéristique. Habillage classico-moderne.

Secret d’Automne, Viognier-Sauvignon 2015 (moelleux)

(producteur en Ardèche : Vignerons Ardéchois) pas vu le bouchon

Vin plaisant, sans histoires, aux saveurs agréables, tendres et fruitées. Peut convenir à certains marchés mais quelle tristesse, cet habillage ! Je ne décèle aucune stratégie particulière dans la présentation de ce vin qui est d’une banalité affligeante.

 

Les vins rouges

 

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Café du Midi, Merlot 2015

Je ne sais pas qui est le producteur ni où se trouve sa base, n’ayant pas l’étiquette définitive. Bouchon aggloméré.

L’étiquette doit être provisoire car il n’y a presque aucune mention légale dessus ! On joue clairement sur une image classique de la France (« Café », puis « Midi » et un dessin d’une terrasse de café).  Le nez est chaleureux et rond, de type prunes cuites. Même rondeur assez fruitée en bouche. Souple, simple et plaisant. Je ne vois pas trop ce que ce vin propose, outre son origine, face aux merlots entrée de gamme de Chili, par exemple, qui sont souvent meilleurs.

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La Villette, Cabernet Sauvignon 2015

Le producteur est basé en Bourgogne. Bouchon en liège aggloméré

On voit ici une volonté claire de construire une marque, avec des ingrédients visuels qui créent l’ image d’une France traditionnelle d’une autre époque. Ce n’est pas du modernisme, mais c’est bien fait. Ce vin est le meilleur des trois rouges que j’ai dégusté et confirme mon impression à la dégustation qui a suivi la conférence de presse il y a quelques semaines. Nez fin et précis, marqué par un boisé (probablement des copeaux) mais aussi très fruité (cassis). Il a aussi une bonne petite structure pour le tenir deux ou trois ans sans problème, et une excellente fraîcheur. Très agréable, ce vin vaut largement certains issus d’IGP ou d’AOP.

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Syrah (non millésimé), Vins Descombe

La producteur se trouve dans le département du Rhône. Bouchon synthétique.

L’approche visuelle et simple et moderne, avec le nom du cépage et une signature. Pas de millésime, donc assemblage verticale. Un peu de gaz au départ. Bon fruité, assez expressif. Acidité élevée et une pointe d’amertume en finale. Aurait besoin d’un peu plus de rondeur pour plaire au plus grand nombre. Correct, quand même.

 

Conclusion générale

Cette dégustation était bien trop restreinte pour pouvoir tirer de vraies conclusions, d’autant plus que je ne dispose pas d’éléments sur les options commerciales, y compris les volumes produits et les prix de vente. Il y avait deux bons vins dans le lot, et, sur ces mêmes vins, un parti pris (très différent) lisible à travers les habillages. Mais je trouve que le niveau de créativité est trop pauvre (sur la base de cette courte sélection, du moins) pour réellement aider les marques en question à faire leur trou et démontrer tout l’intérêt de cette catégorie. Peut-être est-il trop tôt pour voir émerger de véritable stratégies innovantes ?

Affaire à suivre, dans un an ou deux peut-être…..

 

David

(PS, je serai en route ce lundi pour deux journées de piste au circuit du Vigean avec l’engin ci-dessous. C’est bien rouge mais cela sera sans vins, forcément)

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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold


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Le jour où JPC est parti, je découvre la premiumisation !

Pas possible ! Ils l’on fait ! Ils ont osé !

Évidemment, ils ne pouvaient savoir.

Alors, comment leur en vouloir ? Et pourquoi les accabler ?

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Leur truc – car ce n’est autre qu’un vulgaire truc de marketing  que l’on doit apprendre dans les écoles de commerce -, leur dossier de presse qui n’en est pas un, est probablement parti quelques heures avant que l’on apprenne la triste nouvelle. Et si j’ai choisi d’en parler, ce n’est pas parce que j’en veux aux viticulteurs dont le travail consiste à s’occuper de leurs vignes, mais parce que les stratèges de leur agence de pub (ou de markétinge) font une fois de plus dans tout ce que je déteste. En outre, je reçois ça à travers la gueule le jour où j’apprends la mort d’un homme bon, un gueulard, un comique, mais un bon gars, un gentil, un généreux. Je sais, leur entreprise, plutôt leur démarche, est symbolique d’une époque. Époque où la com de mauvais goût, celle des années 80, continue de nous saouler avec du n’importe quoi revu à la sauce 2016 : du vin placé dans des cases, des icônes, des premiums (oui, avec un « s »), des authentiques, des incontournables, des étiquettes à la fois drôles, classiques, fleuries, bio, innovantes, j’en passe et des pires.

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Fallait juste que je vous le dise : le jour où Jean-Pierre est mort, cette communication d’arrière-boutique et de marchand de tapis, cette réclame même pas digne d’un Marcel Bleustein-Blanchet, cette pub d’un autre temps colle toujours à la peau des agences dites spécialisées. Faut dire que le pépère JPC que j’ai fréquenté peu de fois, mais que je respectais et que j’aimais pour son rôle fétiche de trublion de la bouffe, de la bonne bouffe, ce gars qui me faisait sourire à chacune de nos rencontres, faut dire qu’il en a fait des tonnes de son côté en s’alliant pour le pognon avec des gros tiroirs-caisses de la grande distribution. Mais voilà, je savais que le fric récolté était réemployé pour faire du bien autour de lui, et aussi pour faire travailler des jardiniers ou des artisans, alors je ne lui en voulais pas. D’ailleurs, comment en vouloir à un homme libre ?

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Oui, on peut dire qu’ils ont choisi le jour ! Je n’avais pourtant rien demandé. Le matin où j’apprends que ce gourmand-partageur-marchand-de-bonheur est parti rejoindre son pote Jean, le gars de Bourgueil, voilà que le colis débarque alors que je m’apprête à célébrer dignement le grand voyage. Un coffret du plus mauvais goût arrive à ma porte, imitation Gucci ou Vuitton, le skaï luisant en remplacement du cuir fin, un coffret renfermant deux premiums (toujours avec un « s ») prétentieux. Dedans, deux bouteilles et une bougie sensée reproduire durant ma dégustation les parfums qui embaument les chais de Buzet. Bref, tout pour me plaire… Certes, je ne sais plus quand au juste le grand pourfendeur de la malbouffe nous a quitté – ce devait être durant le week-end précédent dans sa grande maison proche de son marché favori, celui de Châteaudun – mais choisir ce jour où j’apprends la nouvelle, ils manquent pas d’air les gars de Buzet !

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J’ai ouvert le rouge par la suite pour le taster (du bout des lèvres) : c’est un vin de 2012 taillé dans la barrique, parfait pour arroser les marchés où l’on se soucie plus du bois que du vin. J’ai donc compris une fois goûté que le mot premium désignait une qualité de vin fortement boisé, ce qui pour moi revient à dire qu’il est imbuvable. Je sais, il ne s’agit là que de mon goût de vieux con. Reste que la montée en gamme à laquelle nous assistons, la conquête des parts de marché tous azimuts, le haut de gamme, le relèvement des prix, tout cela m’inquiète. La premiumisation est en mouvement et cela n’entraîne que la surenchère. De quoi faire travailler toute une nouvelle génération de communiquants.

Alors vive les vins premium !

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Et puis est venu un autre élément : la lecture d’un article usant dans son titre d’un nouveau mot hideux, la premiumisation. Non, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, mais Michel Chapoutier en personne, à moins que ce ne soit quelqu’un d’autre. Si vous voulez prendre une leçon de marketing, lisez donc l’article de Vitisphère. À mon sens, il en dit long sur ce que sera la segmentation du vin en France. Cette époque qui me révulse a commencé à semer ses graines bassement mercantiles au début du millénaire et si vous voulez mon avis, on n’est pas sorti de l’auberge !

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Heureusement, il me reste des vins de vignerons, des vins que l’on boit à la régalade, des vins de sourires et de baisers, des vins d’amitié. Comme ce Côtes du Frontonnais 2002, du Château de Plaisance, cuvée depuis devenue Fronton tout court. Un vin du Sud-Ouest (comme Buzet) que JPC n’aurait pas renié.

Michel Smith

PS À propos du camarade Jean-Pierre Coffe, je vous conseille de lire ce que Hervé Bizeul a ressenti en apprenant sa mort. C’est ici et je n’ai rien à ajouter.

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Connus ou moins connus, des rieslings splendides

Lors de mon récent passage sur le salon Prowein, pendant trois jours, j’ai pu prendre deux heures pour visiter, pour mon plaisir personnel, rapidement et en dilettante, les deux halles dédiées aux vins allemands; et y déguster quelques rieslings. Par ailleurs j’ai eu la chance de partager un dîner avec des collègues du monde du vin pendant lequel nous avons dégusté un des plus grands rieslings qu’il m’a été donné de rencontrer. Je vais raconter cela en trois étapes, mais d’abord,  quelques remarques plus générales sur ce grand cépage.

Il est curieux et profondément choquant que l’Alsace ait réussit à bloqueur, pour l’instant, les plantations de ce cultivar ailleurs en France. D’abord, il ne leur appartient pas: il est allemand et de toute façon, de quel droit peut-on jouer les petits protectionnistes avec une variété de vigne? J’ai aussi l’impression qu’il y a bien moins de diversité de styles dans les rieslings d’Alsace qu’en Allemagne. En partie parce que le climat est plus uniforme, probablement. Peut-être aussi parce qu’il n’a a que trois clones de riesling autorisés en Alsace, alors qu’il y en a plus de soixante en Allemagne… Affaire à suivre….

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Etape 1

D’abord une belle série de vins d’une finesse cristalline, aussi délicats que purs, issus de l’appellation Mosel et du Weingut Pauly. Le domaine est situé à Lieser, qui est un village voisin de Bernkastel dans la partie centrale de la Moselle allemande. Les vins sont importés en France par la société South World Wines. Axel Pauly est bâti comme un troisième ligne centre mais il élabore des vins qui sont tout sauf massifs ! Le domaine comporte 9 hectares de vignes, cultivés en agriculture raisonnée. Ses parcelles les plus célèbres s’appellent Lieserer Niederberg-Helden et Bernkastel-Kueser Kardinalsberg. Les vignobles sont orientés sud ou sud-ouest, sur des sols très drainants de schiste si typiques de la zone. La pente y est souvent très impressionnante ici et peut même atteindre les 80 degrés ! Axel Pauly est un adepte de rieslings secs mais pas forts en alcool. Ses rieslings sont aussi heureusement libres de ces arômes d’hydrocarbure que je n’aime pas du tout.

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Ma dégustation des vins d’Axel Pauly (c’est lui sur la photo)

Trinkfloss trocken 2015

Un vin équivalent à ce qu’on trouve en Alsace sous les désignations edelzwicker ou gentil. Il assemble pinot blanc, riesling et elbling (un très vieux cépage, maintenant tombé un peu en disgrâce) dans un style accessible, souple et au fruité tendre.

Purist Riesling Kabinett Trocken 2015

Le nez est fin, aérien et (je ne trouve pas un autre mot plus approprié et cela me navre bien) « minéral ». La qualité du fruit est splendide, aussi pure que ronde : je pense que les vendanges 2015 y sont pour quelque chose. C’est juteux et sans austérité ni trace d’hydrocarbure. Sa longueur est surprenante pour un vin à l’abord si facile. Un délice abordable (autour de 15 euros).

Tres Naris Riesling Trocken 2015

Le nez est plus aromatique, avec une touche herbacée proche de l’estragon. A la fois plus tendre et plus intense que le Purist, les saveurs profondes de fruits blancs se prolongent vers une finale délicate avec une touche crayeuse.

Weissburgunder 2015

On méconnaît les pinot blancs allemands qui ont pourtant des belles choses à nous montrer, comme ce vin tendrement expressif, au fruité gourmand qui se combine à une grande finesse de toucher.

Helden Riesling 2015

Issu d’une des meilleurs parcelles du domaine, ce vin à un nez intense, aux accents fumés et aillés qui évoque bien le sol schisteux (mais est-ce mon imagination car je sais que c’est ce type de sol ?). Dense et précis en bouche, c’est un style plus terrien et plus austère que les vins précédents, clairement capable d’une belle garde. Longueur impressionnante.

Drei Helden 2015

Fin et frais au départ, puis plus intense, voire légèrement tannique. Sera un très beau vin mais aura besoin d’un peu plus de temps.

haus_2016Le chai moderne de Pauly, qui est couvert par des ardoises (what else?)

Etape deux

Après cela, je suis parti un peu au hasard à la recherche d’un stand vide où je pouvais découvrir autre chose, issue d’une région viticole différente de l’Allemagne. C’est cela qui rend ce type de salon professionnel si agréable à mon goût: l’absence de foules, combiné à une très grande diversité de producteurs et donc la possibilité d’effectuer des explorations guidées par le principe de serendipity.  Le hasard ce jour-là m’a guidé vers le stand de Bassermann-Jordan, producteur en Pfalz (Palatinat). Ce domaine familial qui remonte au début du 18ème siècle comporte 49 hectares et plus de vingt parcelles dont un tiers sont dans les catégories supérieures : erste lage et grosse lage dans la classification VDP.  Car le domaine est membre de ce  groupe de 200 producteurs allemands (Verband Deutscher Prädikats- und Qualitätsweingüter), qui avait organisé à Paris, en 2015, une dégustation mémorable.

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Ma dégustation des vins de Dr von Bassermann-Jordan

Tous les vins sont issus du Riesling, mais je ne sais pas qui les importe en France. Probablement personne, malheureusement, mais on peut les commander via internet. NB. J’aime bien leurs étiquettes.

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Riesling Trocken 2015 

Entièrement sec et très fin, avec une finale légèrement tannique (vaut moins de 10 euros en Allemagne).

Forst, Riesling Trocken 2015

Vin de niveau « village » (Forst). Intense et un peu plus tourné vers la chaleur, mais toujours dans le style parfaitement sec. Son caractère juvénile tend encore vers l’austérité (14 euros).

Forster Ungeheur « Ziegler » (Erste Lage) 2015

Un échantillon tiré de cuve. Vin très fin et précis dans ses arômes. Long et crayeux, il va plus loin dans le style austère (17 euros)

Deidesheimer Kieslberg 2015

Un vin d’un autre style: plus tendre et fruité, il donne l’impression d’une plus grande maturité des raisins, certainement à cause de l’exposition du vignoble. (15 euros)

Pechstein, Grosse Gewachts 2014

Relativement chaleureux, rond et puissant, avec toujours ce fruité magnifique, aussi ciselé que persistant. Un vin long et vibrant. (35 euros)

Jesuitgarten, Grosse Gewachts 2014

Ce vin possède une finesse étonnante. Il semble moins puissant que le Pechstein, mais conserve l’intensité d’un fruit aussi délicat que précis et qui, pour moi, est la marque des meilleurs vins blancs de ce pays. Vin splendide. (39 euros)

Hehenorgen Spätlese, Grosse Gewachts 2014

Le sucre résiduel est très raisonnable mais naturellement présent dans ce vins magnifique, et le toucher est aussi délicat que dans les versions trocken. J’ai oublié d’en demander le prix.

Cette série de vins rappelle avec force l’importante influence du site viticole sur la nature d’un vin, et particulièrement dans le cas du Riesling

Etape 3

C’est lors d’un dîner avec des collègues, invité par Willi Klinger d’Austrian Wine, que j’ai pu déguster un des plus beaux rieslings dont j’ai le souvenir. Vous m’excuserez mais je n’ai pas pris de notes car je n’aime pas faire cela lors d’un repas de ce type. Croyez-moi, le vin était grandiose !


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Reichsgraf von Kesselstadt, Scharzhofberger Riesling 2006

Ce domaine historique, dans la famille Reh-Gartner depuis les années 1970, touche les trois rivières de la région Mosel: Mosel, Saar et Ruwer. Le site Scharzhofberg se trouve dans la partie Saar et représente un des sites les plus frais, mais aussi les plus célèbres de la zone. Dans ce grosse lage (grand cru) , Reichsgraf von Kesselstatt possède 6,6 hectares orientés au sud avec des pentes qui varient de 35% à 60%. Le sol est composite : lœss avec schistes grises et rouges. Le vins du domaine vins sont importés en France par Terres de Vins, à Momans dur Isère, en Suisse par Wyhuss am Rhy, à Bâle, et en Belgique par Swaffou, à Vortselaar.

Il m’est difficile, voire impossible, de décrire ce vin de mémoire, d’autant plus que ce fut aussi un moment de partage avec mes convives. J’ai le souvenir d’une intensité presque miellée dans un corps parfaitement sec. D’une longueur exquise et presque douloureuse par le plaisir qu’il procurait. D’une impression que le temps ne comptait pas, et que ce vin pouvait aussi bien avoir 5 ans que 10 ou 20. J’espère le rencontrer une autre fois dans ma vie.

David Cobbold

textes et photos (sauf le bâtiment)

 

PS. Sur le chemin du retour, en voiture avec mon ami Gaëtan Turner, nous avons fait escale pour dîner dans la jolie ville de Maastricht et voici ce que j’ai vu dans le vitrine d’une boutique:

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