Les 5 du Vin

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Vega Sicilia : l’étoile brillante et ses satellites

Il y a un mois j’ai eu le privilège de participer à une dégustation et présentation de l’ensemble des vins produits par la société Tempos, propriété de la famille Alvarez. Ces noms ne vous diront peut-être rien, mais sachez qu’il s’agit des propriétaires du célèbre Bodega Vega Sicilia dans le région du Ribera del Duero en Espagne. Et pas seulement, car ils possèdent aussi Alion, également à Ribera, ainsi que Pintia à Toro et Macan à Rioja. En dehors de l’Espagne, on trouve aussi dans leur giron Oremus, à Tokaj en Hongrie.

La famille Alvarez a acheté la BodegaVega Sicilia en 1982. Le reste a été acquis ou a été développé ex-nihilo (ou presque) par la suite, petit à petit. Le site web du groupe, qui se trouve incrusté dans celui de son domaine phare, parle de deux axes fondamentaux dans sa stratégie de développement : « la consistance de la qualité du produit comme élément de garantie dans les différents crus, et le dévouement au client comme élément référentiel dans son activité quotidienne. » Sa stratégie de développement a suivi « une règle de croissance basée sur l’implantation de nouvelles caves dans des zones d’élaboration avec un potentiel qualitatif et différentiateur suffisant. Le chiffre de 300 000 l/cave environ a été considéré comme le point d’équilibre idéal entre la qualité et le volume de produit ; bien qu’il existe des cas comme celui de Vega Sicilia, où sont élaborés trois vins différents ; et d’autres comme Alión ou Pintia, où un seul vin par cave est élaboré. De cette manière, l’augmentation de volume produit dans chaque cave individuellement a été évitée. »  

La commercialisation des vins de Vega Sicilia a toujours été particulière, avec la nécessité de s’inscrire sur une liste, puis d’attendre que l’on veuille bien vous assigner un lot de vin. Le site Tempos Vega Sicilia explique la procédure ainsi : « au niveau commercial, les vins sont vendus dans un total de 88 pays et à un nombre approximatif de 4 500 clients du monde entier, tant particuliers que professionnels. La possibilité d’acheter directement au groupe est soumise, en premier lieu, à l’admission comme client, sur demande écrite préalable ; et en deuxième lieu, à l’assignation d’un coupon personnalité variable en fonction des caractéristiques de chaque cru. »

En réalité, les choses sont un peu plus simples pour le client de ses vins, du moins ici en France, car ils sont importés par la société Vins du Monde et sont disponibles, en quantités limitées, à des prix que je mentionne dans mes notes de dégustation. Vous verrez que la plupart se ne sont pas des vins pour tout le monde, ne serait-ce que par leur prix, mais certains sont franchement admirables, réservés certes à une élite d’amateurs ayant les moyens nécessaires.

Nous avons commencé cette dégustation par un vin blanc sec :

Oremus Dry Mandolas 2015, Tokaj

cépage : Furmint 100%

prix : 20 euros

J’ai beaucoup aimé ce vin pour sa manière de combiner finesse de texture et vivacité. C’est aussi suave que salivant en bouche et a une très belle longueur. Les arômes, directes et nets, s’articulent autour de notes de pomme verte et de citron. L’équilibre penche sur le versant de la vivacité. Vin très vibrant.

(note 16/20)

Macan Clasico 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 45 euros

Ce domaine est situé dans la partie Alavesa (basque) de la Riojà. Il s’agit  d’une copropriété avec Benjamin de Rothschild, fondée en 2000 et dont le premier millésime fut le 2009.

Nez très parfumé, à tendance florale. Texture élégante et raffinée qui ne masque pas une belle puissance de matière, avec des tannins mi-fermes et une sensation chaleureuse en finale.

(note 15/20)

 

Macan Seleccion 2013, Riojà

cépage : tempranillo

prix : 80 euros

Nez plus sombre, avec des accents terriens sur fond de fruits noirs. Beaucoup d’intensité et bel équilibre. Cette cuvée est à la fois plus « taiseux » et plus tannique que la version « clasico ». Il semble aujourd’hui assez austère mais il a de la réserve.

(note 16/20)

 

Pintia 2012, Toro

cépage : tinta de toro (tempranillo)

prix : 57 euros

Ce vin est tout en muscles et en nerfs. Il est intensément tannique, ce qui rend la finale sèche et l’ensemble peu plaisant. Le fruité est presque totalement dominé et la chaleur de l’alcool est aussi bien présente. Peu agréable donc, et un vin qui ne me semble pas au niveau des autres vins de cette série.

(note 13,5/20)

Alion 2013, Ribera del Duero

cépage : tinto fino (tempranillo)

prix : 80 euros

Le deuxième domaine de ce propriétaire dans la région Ribera del Duero, avec un vignoble de 130 hectares, mais aussi des apports du domaine Vega Sicilia de même propriétaire. La vision exigeante et clairement à long terme du propriétaire est démontré par le fait que les vignes ne rentrent pas dans les vins d’Alion avant d’avoir atteint au moins 10 ans.

Nez expressif et aussi riche que fin. C’est probablement l’acidité qui apporte une partie de cette impression de fraîcheur. Bien mieux équilibré et agréable que le Toro, avec une belle longueur et bien plus de fruit. Ce vin reste très jeune, avec des tannins pas encore fondus, mais il est vibrant et a beaucoup d’élan.

(note 16,5/20)

Valbuena 2012, Ribera del Duero

cépages : tinto fino (tempranillo) 100% (dans d’autres millésime on trouve parfois un peu de merlot, mais il avait coulé en 2012)

prix : 130 euros

Le domaine de Vega Sicilia couvre près de 1,000 hectares et inclut 210 hectares de vignes, ce qui lui permets la production de plusieurs vins, dont celui-ci. L’élavage se fait en barriques neuves à 70%, dont 20% sont nord américains et le reste français. L’élevage dure 15 mois.

Nez profond et complexe, d’une très belle intensité. Les sensations olfactives sont veloutées, et les arômes sont essentiellement de fruite noirs avec un léger accent fumé. En bouche, les sensations sont aussi intense que vibrantes. Ce vin est dynamique, alerte et intensément fruité. Les saveurs sont pointues et il y a une impression de chaleurs, mais les tannins sont bien maitrisés et intégrés.

(note : 17,5/20)

 

Vega Sicilia Unico

(ce vin ne porte pas de millésime, traditionellement)

cépages : tinto fino (tempranillo) et cabernet sauvignon

prix : 250 euros

Le vieillissement prolongé de ce vin, d’abord en barriques, puis en bouteilles a produit une robé un peu plus évoluée que pour les vins précédents. Le nez l’est encore plus. Il est d’une grande complexité avec des couches et des couches qui se dévoilent progressivement à l’aération. C’est bien la texture qui marque le plus sa différence, polie et patinée qu’elle semble en bouche. La vivacité est aussi impressionnante. C’est subtil et sophistiqué, avec une grande longueur. Un très grand vin.

(note 19/20)

 J’ai du partir avant la dégustation du Tokay Oremus 3 puttonyos

en résumé

Une très belle dégustation. Je n’ai pas les moyens d’acheter la plupart des vins ici, mais j’avoue avoir été très séduit, sauf par le Toro dont je ne comprends pas bien l’intérêt dans cette gamme.

David


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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !


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Vins doux vieux, un must dédaigné

Le consommateur est tellement habitué à déguster à l’apéro son Porto basique, que quand on lui parle des vins doux exceptionnels du Sud de la France, il vous répond par un petit sourire d’incompréhension. Il y a peu, dans les locaux de Probably The Best Wine Magazine of the World – and certainly the most modest (en anglais ça fait mieux, encore une connerie), nous avons dégusté une large série de VDN roussillonnais. Quelle extase ! Rien à jeter, et par conséquent les sélectionnés représentaient le top de ce qu’on peut encore trouver sur place. Comme le trio présenté ci-dessous, les millésimes 1992, 1959 et 1948 du Domaine de Rancy à Latour de France. Quand l’ensemble des coups de cœur paraîtront dans le morceau de toile d’In Vino Veritas, je vous donnerai le lien.

Rancy 1992 Rivesaltes Ambré Domaine de Rancy

Une robe d’un ambre brun moyen, rien d’extraordinaire pour un VDN de 25 ans jusqu’au moment où on y plonge le nez. Là, d’un coup, le voilà assiégé par la puissance aromatique du vin, et c’est un perdu qu’il lui faut faire le tri parmi autant de senteurs. Les fruits secs y semblent hégémoniques, noix sèche, noix de pécan, arachide grillée, mais trempée dans un ristretto  bien tassé, lui-même poudré de fève de cacao un rien brûlée et pillée. Ce n’est pas tout, la fève évolue vers le chocolat, y mêle un peu de caramel et de l’écorce d’orange. Le souci avec ce genre de breuvage, c’est qu’à chaque respiration, de nouvelles senteurs éclosent. Passons à la bouche. Là les papilles hésitent à dire sucré ou acide, les deux ensembles, ce qui les chamboule un peu. Il y a du sel aussi qui rafraîchit l’onctuosité. Et de l’amertume, les quatre saveurs s’y retrouvent, apportant chacune leur nuance, gentiane et réglisse, iode, cassonade sirop d’érable, quant à l’acidité, il est difficile d’y apposer un goût, peut-être citron confit ou jus d’orange sanguine. la longueur s’épice de curcuma et de poivre blanc et reprend toutes les notes aromatiques à l’envers.

Ce breuvage des dieux est fait à 95% de Macabeu et 5% de Grenache qui poussent dans des schistes et des calcaires. Les vignes ont une cinquantaine d’années. Pressurage direct, pas de levurage et fermentation lente de 10 à 15 jours avant mutage. Élevage sur lies fines en cuves béton et puis élevage en fûts de chêne centenaires pendant 22 ans – Mise en bouteille en juin 2014. Il titre 17,62% d’alcool pour 129 de sucres résiduels.

Rancy 1959 Rivesaltes Ambré Domaine de Rancy

Ambre foncé au disque légèrement verdâtre, signe du rancio. Il est plus discret au nez, prenant son temps pour nous offrir un curieux mélange de sirop de reinette et de suc de viande, voire de sauce soja. Il y a aussi cette impression maritime d’algues sèches et de mare saline. Puis des épices, du fenugrec et de la graine de coriandre qui viennent rivaliser d’intensité avec la fève de cacao torréfiée. En bouche, la fraîcheur semble encore plus importante que dans 1992. On la dira vive, histoire de dépoussiérer le palais pour y installer ses arômes de noisette concassée, d’amande caramélisée et de grain de café dont l’amertume relance la vivacité. Après, tout semble s’assagir pour nous parler de pâtes de fruits, des agrumes essentiellement, mais aussi de la poire et de la pomme bien concentrées. Vivacité et amertume nous suivent jusqu’à la dernière gorgée et nous laissent le palais frais, prêt à y revenir et à finir les 50 cl de la bouteille.

Même assemblage et même vinification, mais bien évidemment un élevage plus long, 49 ans en barriques et mise en juin 2008.

Rancy 1948 Rivesaltes Ambré Domaine de Rancy

 

Ambre rouge bordé du vert (qui ranciote déjà à l’œil). Au nez, ça sent le brûlé, le brûlé noble, cela va sans dire. Il nous rappelle les grains de café en fin de torréfaction quand dans l’air se combinent grillé, moka, impression lactique et terre chaude. De cette terre surgissent des notes de champignons secs aux accents de morille et de cèpe sur lit de feuilles mortes. Mais il y a aussi des fruits confits, comme une cassate particulière où la glace pralinée se constelle d’abricot, de zestes d’orange et de mandarine, de rhubarbe. Cette dernière se retrouve en bouche, confite comme la branche d’angélique qui toutes deux tournent dans la douceur vive d’un sirop de café au citron, c’est des plus explosifs, surtout que l’acidité semble encore plus marquée. Puis, comme précédemment, les impressions deviennent plus sages, plus tempérées, pour nous faire goûter la subtilité du safran, de la fève tonka et de la feuille de coriandre. Mais cela ne dure qu’un temps, les explosions aromatiques reprennent pour nous faire dire: vive le monde merveilleux des Vins Doux Naturels!

Ce Rivesaltes a été mis en bouteille en mars 2012.

Quant au prix, 1992 : 25€, 1959 : 140€ et 1948 : 190€, ce qui est des plus honnêtes, voire bon marché.   http://www.domaine-rancy.com

Ce trio fabuleux ne vous persuadera pas de la grande qualité des vins du domaine des Verdaguer, vous l’êtes déjà. Mais, je réitère mon message à ceux qui ont dans leur entourage des inconditionnels du mauvais Porto, tentez les VDN. Leurs gammes chromatiques et aromatiques vous enchanteront, pour un prix guère plus élevé.

Je me rebois un petit coup de Rivesaltes,

Allez ciao

 

 

Marco

 

 

 


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Comment fonctionne un bon concours de vins? L’exemple du Concours Mondial de Sauvignon

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Toutes les photos sont de Pierre Jarrige qui couvrait l’évènement

 

Je sais bien que la plupart des professionnels du vin connaissent assez bien le fonctionnement des concours de vins pour y avoir participé avec plus ou moins d’assiduité ou de régularité. Mais nous n’écrivons pas ce blog uniquement pour les gens du métier. C’est pourquoi je pensais qu’il était intéressant de vous montrer un reportage et présentation d’un des concours (et un sérieux, bien entendu) auquel j’assiste en tant que membre du jury depuis quelques années.

Le Concours Mondial du Sauvignon est organisé chaque année depuis sept ans par les mêmes équipes que le Concours Mondial de Bruxelles. Comme son nom l’indique, il est dédié aux vins d’un seul cépage, ou du même cépage majoritaire (à 51% minimum) dans le cas d’assemblages. Les règles sont claires et de bon sens, mais leur application nécessite une bonne dose de rigueur. Je vais en exposer les principales :

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Dégustateurs professionnels uniquement

Dégustation assise et à l’aveugle, évidemment

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Pas plus de 40 vins servis à chaque jury dans chaque séance qui dure une matinée (entre 3 heures à trois heures trente). Nous en avions 35 ou 36 par matinée lors de cette édition.

Vins servis dans des séries comparables, ce qui veut dire que les mono-cépages sont séparés des assemblages, les boisés des non-boisés, les régions ou pays d’origine sont regroupés, et les millésimes aussi à l’intérieur des critères de tri déjà annoncés.

Les jurys ne savent que le ou les millésimes des vins de chaque série, ainsi que le fait qu’il s’agit de mono-cépages ou d’assemblages et de vins boisés ou non-boisés. Mais les origines ne sont pas révélées avant la fin des séances et la sortie définitive de la salle de dégustation pour éviter tout biais.

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Les feuilles de dégustation sont collectées après chaque série.

Bons verres, bonne luminosité, température parfaite et service au rythme des jurys sous le contrôle d’un responsable de sous-jury, dont les membres sont au nombre de 5 ou 6.

Enfin, et c’est important, il n’y a aucune pression pour accorder un quota de médailles, chacun notant les vins selon son jugement sur une feuille calibrée et c’est un ordinateur qui compulse les résultats.

Pour les « special awards », c’est un jury composé des chefs de chaque table qui re-jugent, toujours à l’aveugle, les finalistes de chaque catégorie. Là, il y a souvent des discussions car les styles peuvent différer. Il y avait en tout près de soixante jurés, venus de beaucoup de pays différents.

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Cette édition du Concours Mondial de Sauvignon s’est tenue à Bordeaux, comme tous les deux ans, car non seulement Bordeaux produit plus de Sauvignon Blanc que toute autre région, mais l’appellation Bordeaux est à l’origine de ce concours devenu véritablement international. Je rajouterai que c’est aussi à Bordeaux, sous la direction du regretté Denis Dubourdieu, que la plupart des recherches sur les caractéristiques de ce cépage a été conduits. Les autres années, le concours voyage dans un autre pays ou région producteur de Sauvignon Blanc. Ainsi nous avons pu visiter, lors des éditions antérieures, la Loire, le Frioul (Italie) et la Rueda (Espagne). L’année prochaine cela sera au tour de la Styrie, en Autriche. L’avantage énorme de ce principe d’itinérance est de permettre aux journalistes et autres professionnels d’élargir horizons et connaissances, et, pour les régions concernées, de faire connaître leurs paysages, vignoble, producteurs et styles.

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Les échantillons en provenance d’une vingtaine de pays étaient au nombre de 870 cette année : chiffre légèrement inférieur à celui de l’édition 2016 à cause d’une récolte très déficitaire dans différents pays, et notamment en vallée de Loire et en Autriche, pour ne citer que ces deux exemples.

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Je ne vais pas vous révéler les résultats de ce concours, d’autant plus qu’il me sont totalement inconnus à l’heure ou j’écris cet article. Ils seront divulgués lors du salon Prowein, et seront disponibles par la suite sur le site du concours, mais je vais m’autoriser quelques observations d’ordre général qui ne peuvent évidemment concerner que les 6 séries de vins que j’ai dégusté avec mon jury.

1). Peu de vins ayant des défauts majeurs : quels excès de sulfites, deux vins un peu prématurément oxydés, et aucune bouteille bouchonnée. Il faut dire que, pour ce dernier problème, environ 25% des flacons que j’ai vu était fermé par des capsules à vis.

2). La qualité moyenne (je sais que cette expression ne veut pas dire grande chose) des vins que j’ai dégusté m’a semblé au-dessus de ce que j’ai pu goûter lors des éditions précédentes. Effet d’un beau millésime 2016 dans certaines régions? Peut-être. Effet de progrès de d’émulation? Peut-être aussi. En tout cas, du moins dans les séries qui ont été servies à notre jury, je n’avais nullement l’impression que ce concours est utilisé par certains producteurs pour essayer de «larguer» des invendus en espérant qu’une quelconque loi des moyennes leur fasse obtenir une médaille !

3). Par exemple j’ai eu deux séries de vins de Touraine, tous du millésime 2016, et les vins m’ont semblé bien plus fins, plus suaves en texture, et plus aboutis que lors des éditions précédentes.

4). Je note aussi une tendance, pas partout mais qui va quand-même croissant, à éviter les excès d’arômes de type thiols. Je pense que ce type de Sauvignon finit par fatiguer et nous avons bien plus de finesse en générale qu’il y a quelques temps.

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Conclusion

Je maintiens que ce type de concours sert bien la cause des vins qui y figurent, et peut largement aider à faire connaître la catégorie (le cépage et les appellations qui le produisent) dans son ensemble, et pas uniquement les lauréats de chaque édition.

Il permet aussi aux membres de jury d’affiner leurs approches de la dégustation en cherchant les nuances et les qualités (et pas seulement les défauts) d’un vin dans un registre de type bien défini. Nous ne comparons que ce qui est comparable !

Les rencontres avec producteurs et collègues issus de différents horizons sont aussi très enrichissantes.

Et il y a sûrement plus, mais je m’arrêterai là !

David

 

 

 


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Comment choisir un vin d’IGP Pays d’Oc ?

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Les chiffres donnent presque le tournis : plus de 700 millions de bouteilles produits par an, près de 20% des exportations de vins français, 60% de tous les vins IGP de France, une superficie qui couvre 4 départements ainsi qu’un bout d’un cinquième (Hérault, Aude, Gard, Pyrénées-Orientales plus 6 communes de la Lozère) et une très grande diversité de cépages autorisée (57 à ce jour, je crois, mais peut-être plus). Il y a donc un choix énorme et une très grande diversité dans les styles. Se pose alors la question de comment choisir son vin dans cette vaste région de production française.

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L’axe cépage, mais pas seulement

La possibilité d’indiquer le cépage principal ou exclusif sur l’étiquette est surement une des clefs de la réussite de cette catégorie de vin dans les marchés à l’export, là ou c’est le cépage qui fournit une idée du style d’un vin, en tout cas bien plus qu’un nom d’appellation souvent obscure et à l’identité parfois fluctuante. Mais le Pays d’Oc ne se cantonne pas dans ce choix unique : des cuvées bi-cépage, multi-cépage voire sans mention du cépage sur l’étiquette faciale abondent aussi. Dans ce dernier cas, c’est la marque et le discours dessus qui prennent le rôle principale, limitant généralement de telles cuvées à des marchés de niche, mais leur permettant aussi d’échapper à la concurrence imposée par un prix moyen relativement faible, dicté par une concurrence mondiale dans le cas des cépages les plus connus.

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Le climat méditerranéen

Le point commun entre tous les vins de cette zone étendue est le climat méditerranéen, même si des influences locales engendrent des méso-climats variables : proximité maritime ou son contraire, vents, orientations et altitudes. Cela assure une certaine régularité d’ensoleillement et une maturité du raisin qui en découle, bien que cela est à nuancer selon la localité. Le terroir, c’est surtout le climat local, même si le sol a son rôle à joueur aussi.

Les hommes et leur travail

C’est ici que se creuse les différences entre des vins d’une même région. La climat et le cépage fournissent un cadre dans lequel l’homme fait ses choix, exerce sa discrimination et utilise ses méthodes en fonction de ses capacités économiques et du type de vin visé. Deux vins issus de la même zone et du même cépage peuvent être très différents selon les choix de l’homme.

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Tout cela ne rend pas facile le choix du consommateur, ni du prescripteur d’ailleurs. C’est certainement une des motivations principales d’une sélection qui est opérée chaque année, depuis 2007, parmi les vins de cette vaste Indication Géographique et qui s’intitule « Trophée Collection Pays d’Oc IGP ». Chaque année, un jury international de professionnels sélectionne une vingtaine de cuvées qui porteront le titre de « Pépites ». L’édition 2016 avait lieu à Nîmes au mois de juin dernier. Je n’y étais pas mais j’ai demandé et reçu l’ensemble des vins sélectionnés: 8 blancs et 12 rouges.

Cette collection comporte des choses originales sur le plan des cépages et des assemblages, et c’est là assurément un des atouts de la catégorie IGP que de donner un bien plus grand espace de créativité aux producteurs que les AOP. Je me suis aussi intéressé à quelques aspects qui ont leur importance pour le consommateur : la présentation, comprenant l’étiquette et ses mentions, mais aussi le bouchage et le prix de vente. Curieusement, seulement trois vins (un rouge et deux blancs) étaient fermés avec une capsule à vis. La fourchette de prix est assez large, allant de 5 à 21 euros la bouteille. J’ai trouvé les rouges globalement plus intéressants que les blancs. Ils sont plus chers aussi, mais le rapport qualité/prix est généralement correct.

Voici donc mes impressions plus en détail:

Les vins rouges (dans l’ordre ascendant de leur prix public)

 

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Vignerons Foncalieu, Le Versant Syrah 2015 (prix public : 6 euros)

Le vin rouge le moins cher de le série. Présentation très soignée et « classe » pour un vin de ce prix. Information complète sur l’étiquette faciale.

Intense aussi bien au nez qu’en bouche. Le fruité est dense autour de tannins de moyenne intensité. Ce vin semble encore très jeune et aura besoin d’un an de plus en bouteille. Excellent rapport qualité/prix.

Domaine de La Baume, La Jeunesse Syrah 2015 (prix public : 6,50 euros)

Très accessible par son prix, ce vin dit tout sur son étiquette très classique. Bouchon en matière synthétique.

Le nez souffre de réduction au début puis laisse se développer des arômes de fruits noirs frais. Sa jeunesse se manifeste par une certaine raideur en bouche. C’est peu complexe mais franc et d’une qualité correcte pour son prix.

 

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Villa Blanche, Calmel & Joseph, Marselan 2014 (prix public : 7 euros)

Le seul vin rouge de cette série fermé par une capsule à vis, et aussi un des moins chers, ce qui n’est pas, pour moi, une association bien logique. Présentation moderne avec une touche de classicisme. Le cépage est une introduction relativement récente, issue d’un croisement entre Grenache et Cabernet Sauvignon.

Robe dense, nez sombre et terreux avec des traces de boisé. Ce boisé a bien arrondi les angles en bouche et donne une note un peu sucrée en finale. Vin expressif, relativement intense et qui donne du plaisir dans un style accessible.

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Valensac, Entre Nous, Petit Verdot 2014 (prix public 7,50 euros)

Le cépage n’apparaît pas sur l’étiquette faciale dont le graphisme est moderne. Peut-être que la rareté de ce cépage explique cela? Bouchon synthétique.

Nez assez intense avec un caractère intéressant qui se situe sur le versant animal et sous-bois avec un fond de fruits sauvages. Vin juteux dont le fruit est bien mur. De la matière et de la fraîcheur. Bon vin à un bon prix.

Domaine du Grand Chemin, cuvée JMF 2014 (prix public : 9,20)

Ce vin cache son jeu d’assemblage sur une contre-étiquette. Dommage car il est très singulier, associant Cabernet Sauvignon et Pinot Noir. Curieusement, la fiche produit fournie avec les vins substitue Cinsault au Cabernet, mais aussi bien la contre-étiquette que le site du producteur disent le contraire. Habillage sobre, classique et élégant.

La partie Cabernet domine au nez, mais le vin gagne en allégresse en bouche avec un aspect fluide qui est bien agréable et qui permet au fruité du Pinot Noir de prendre son envol. Bel équilibre d’ensemble dans un vin très gourmand. Prix raisonnable pour cette qualité.

 

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Domaine Condamine Bertrand, Elixir 2014 (prix public : 12 euros ttc)

Bonne présentation, assez sobre; moderne. Les cépages apparaissent sur la contre-étiquette : Syrah, Grenache et Cabernet Sauvignon.

Le nez est marqué par la Syrah, avec des notes de fruits rouges et noirs, ainsi que des épices. En bouche le vin est très juteux, axé autour des fruits noirs avec une jolie sensation de vivacité. Une pointe d’amertume relève la finale. Bon vin.

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Domaine d’Aigues Belles, Cuvée Nicole 2013 (prix public : 12,80 euros)

Belle étiquette, dépouillée, presque minimaliste mais très élégante. Indication des cépages sur la contre-étiquette : Syrah, Cabernet-Sauvignon, Merlot.

Nez fin marqué par le Cabernet Sauvignon. Le boisé est assez perceptible mais il rajoute un degré de complexité intéressant en allongeant aussi les saveurs. Très belle matière pour ce vin qui a du caractère et de la classe pour un prix raisonnable.

Alma Cersius, Terra Patres 2012 (prix public : 15 euros)

Un vin pour les latinistes (combien de divisions ?). La bouteille est terriblement lourde et la contre-étiquette très difficile à lire à cause d’un fond gris. On y décèle péniblement un assemblage entre Syrah, Merlot et Cabernet Sauvignon.

Nez fin avec un joli boisé. La densité sur le palais est un peu épaisse, ce qui signe une certaine ambition mais, avec 4 ans depuis la date de vendange, cela me semble un peu « too much » et la finale est asséchante.

Domaine de Brau, Pinot Noir 2015 (prix public : entre 15 et 20 euros)

La cépage apparait en très grand sur l’étiquette, ce qui est rare, voire unique dans cette série. On capitalise certainement sur le réussite actuelle de ce cépage. L’habillage est moderne dans un style sobre et élégant.

Le vin met en avant sa qualité de fruit, de type cerise amer avec un peu de pruneau. Aussi bien doté en fruit en bouche avec une touche d’amertume en finale qui donne du relief à l’ensemble. Vin très plaisant, un peu cher peut-être.

Mas de Salagou, Cinérite 2013 (prix public : 20 euros)

Même la contre-étiquette ne fournit aucune information au consommateur quant à la composition de ce vin. La fiche produit indique Syrah/Merlot/Carignan, mais le producteur doit estimer que cette information n’est pas utile, alors qu’il inclut un long discours peu factuel. Etiquette un peu vieillotte. Prix assez élevé.

Nez discret de petits fruits rouges avec une touche de fumée. En bouche, texture fine, fruité discret et tannins présents mais peu massifs. Bonne persistance et bon vin.

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Domaine Gayda, Chemin de Moscou 2013 (prix public : 21 euros)

Etiquette moderne, dépouillée et créative par son graphisme. Le nom intrigue, aussi. La contre-étiquette nous informe sur la composition de ce vin : Syrah, Grenache et Cinsault. Prix élevé mais justifié.

Le nez déjà modifie la dimension de ce vin quant à sa complexité par rapport aux autres de la série : puissant, mûr mais équilibré dans l’ensemble, au nez comme en bouche, avec une excellente intégration des tannins. La finale démontre aussi une finesse intéressante. Très bon vin.

 

Les vins blancs (dans l’ordre ascendant de leur prix public)

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Les Costières de Pomerols, Beauvignac Chardonnay 2015 (prix public : 5 euros)

Etiquette classique mais claire, avec le cépage sur une bande à part. Le prix  le plus bas de la série. Le flacon que j’ai reçu n’avait pas de capsule à vis. Pourquoi ? Ah oui, les Français n’aiment pas cela, paraît-il.

Bon vin très bien fait avec un joli fruité qui s’exprime avec gourmandise et fraîcheur. Une bonne affaire pour un vin difficile à critiquer tant il est facile d’accès dans tous les sens du terme !

Domaine La Provenquière, Sémillon Vermentino (prix public : 5,70 euros)

Capsule à vis et assemblage original pour ce vin au prix modeste, presenté avec une étiquette claire et informative.

Joli vin assez parfumé et correctement équilibré. Une légère pointe d’amertume vers le milieu et la fin de bouche donne du relief à l’ensemble et rajoute de la longueur. Très bien à ce prix.

Domaine Mas de Madame, Muscat Sec 2015 (prix public : 7 euros)

Bonne idée d’inclure un Muscat sec dans la sélection. Présentation sobre et élégante, mais il ne faudrait pas mettre cette bouteille claire à la lumière sous peine de voir le vin s’altérer définitivement.

Bien typé muscat au nez. Texture suave en bouche, avec des saveurs de rose et de lychee persistantes. Un vin agréable à petite dose, par son caractère très aromatique.

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Les Hauts de Janiel, Grenache Viognier 2015 (prix public : 8 euros)

Un vin de l’écurie François Lurton qui est le seul de cette série à être obturé par une capsule à vis. Jolie étiquette faciale qui donne toute l’information.

La partie Grenache semble dominer ce vin dont la fraîcheur surprend, vu les cépages. Belle qualité de fruit. Vin très agréable.

Domaines Paul Mas, Mas des Tannes Réserve 2015 (prix public : 11,50 euros)

Le cépage (Grenache blanc) n’apparaît même pas sur l’étiquette. En a-t-on honte ?

Ce vin m’a déçu car il semble pesant, avec une finale liégeuse. Peut-être un problème de bouchon. Mettez des capsules à vis !

Mas La Chevalière, Peyroli, Chardonnay 2013 (prix public : 13,50)

Domaine fondé par Laroche et maintenant dans le large giron d’Advini. Etiquette classique qui indique l’essentiel, bouchon liège.

Assez puissant et gras, le vin est juste tenu en équilibre autour d’une matière mûre mais ferme. Un bon vin commercial, bien fait mais sans éclat et qui vaut plus que le double du Bauvignac.

Collines du Bourdic, Le Prestige 2015 (prix public : entre 8 et 15 euros !)

La fourchette indiquée pour le prix sur la fiche produit me semble très large ! La cépage (Chardonnay) n’apparaît que sur la contre-étiquette.

C’est très parfumé et très boisé dans un registre noix de coco (bois US ?). Cela semble acidifié et il y a aussi de l’amertume présente dans la courte finale. Ce vin ne mérite pas de faire partie de cette sélection, à mon avis.

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Domaine Gayda, Figure Libre, Chenin Blanc 2014 (prix public : 16 euros)

Comme pour son rouge, ce domaine vise clairement un autre marché que celui de masse avec ce vin qui est encore une fois le plus cher de la série. Cette fois-ci on trouve le cépage (une variété peu habituelle dans la région) sur l’étiquette faciale qui joue aussi la créativité par son graphisme.

Peu expressif au nez mais donnant une impression de finesse, ce vin me plait par sa texture suave, son équilibre et sa longueur en bouche. C’est le vin le plus raffiné de la série, mais aussi le plus cher.

 

Maintenant, à vous de choisir…

 

David

PS. Petite victoire du XV de la rose avant-hier soir contre une équipe de France qui méritait de gagner sur l’ensemble de son match, sauf la fin. Mais un match de rugby dure 80 minutes et les anglais on su être patients et appuyer quand les erreurs commençaient à coûter plus cher.

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Vin orange comme le soleil juste avant le couchant

La couleur orange, c’est la couleur du dynamisme, c’est une couleur chaude, et qui, bizarrement, n’est attestée que depuis le 16es, avant on l’assimilait au rouge ou au jaune. Si le fruit, l’orange, apparaît déjà dans un poème du 11es, l’agrume a mis du temps pour transposer son nom dans le langage. Peut-être était-ce sa relation avec le roux des sorcières… Un terme qui nous vient du sanscrit नारङ्ग et qui se prononce nāraṅga, apporté par les Arabes qui le disent narandj qui donna naranja en castillan, orange chez nous.

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Et voilà qu’aujourd’hui, il se fait des vins orange (adjectif invariable). J’en ai déjà dégusté une tripotée avec bonheur et malheur, bref, comme pour les autres couleurs. Son originalité, la longue macération des grains entiers qui fait prendre aux raisins blancs des couleurs et en perdre aux raisins rouges. La Cuvée Pointilliste Orange 2016 m’a agréablement surpris, la voici.

Le Pointilliste Orange 2016 Grand Guilhem

La robe se teinte de rose orangé à la manière d’un soleil d’hiver juste avant l’heure du couché, quand l’écarlate commence à rougeoyer. Transparence doré cuivré, nette et pure, qui engage le nez à y plonger. Du fruit illico, de l’abricot sec, un zeste d’agrume confit, de la mangue, saupoudré de curcuma et de sauge, le tout relevé d’iode. Ça en promet à la bouche. Pas déçue, la voilà émue par la texture onctueuse du vin taquinée par une fraîcheur surprenante. De cette trame légèrement tannique jaillissent une multitude de fruits confits bien poivrés. Tout y est léger, aérien, singulier. Difficile de le rapprocher d’un blanc ou d’un rosé, ou encore d’un oxydatif, il emprunte aux trois quelques éléments et y ajoute les siens, comme la caresse tannique, l’onctuosité fraîche, un juteux délicat.

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Je le vois facilement à table avec des oursins, des pâtes à la langouste, du rouget ou encore des artichauts en barigoule, un poulet aux olives, pour les premiers qui me viennent à l’esprit.

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Côté vinification, les raisins sont récoltés, égrappés et mis à macérer pendant 4 mois dans une jarre en terre cuite. Gilles Contrepois, le vigneron, enfonce régulièrement le chapeau de marc et ouille de temps en temps. Le plus étonnant, les Macabeo (avec un seul c) qui ont tendance à facilement s’oxyder n’en présente qu’une trace qui va bien au vin, cela lui apporte un supplément à la fois de fraîcheur et de gras.

Pour qui veut en connaître le prix : 29€.

J’avais eu un coup de cœur pour son Fitou l’an dernier, bio et presque sans soufre, c à d, droit et fruité. Et pour qui n’ose la couleur du Red Leicester,

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Angels 2014 Fitou du Domaine Grand Guilhem

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Sa pourpre sombre annonce la noblesse de son maintien, nez délicat mais néanmoins expressif de marmelade de fruits noir délicatement poivrés, une structure ferme, bien équilibrée aux tanins serrés mais croquant de jus affolant les papilles. Et puis, il y a cette fraîcheur, peut-être maritime, rappelant les embruns et avivant les impressions de garrigues et de chair de myrtille. La cuvée est sans soufre ajouté. Elle assemble 90% de Carignan et 10% de Grenache plantés en 1982. Élevé en barriques.

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www.grandguilhem.fr

Ciao

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Marco

 

 


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold