Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Quelques cuvées insolites de pinot noir (et autres) (volet 1)

Un ami ayant visité l’Abbaye de Poblet nous a ramené quelques bouteilles de Conca de Barberà et a organisé une dégustation. Comme c’est souvent l’usage, chacun des invités, tous des professionnels, avait apporté sa dernière découverte. Du coup, le thème initial, qui était le pinot noir, s’est élargi de manière fort intéressante. Rien n’a été dégusté à l’aveugle, mais comme la plupart d’entre nous n’avaient jamais entendu parler des vins présentés, le risque d’a priori n’existait pas ou peu.

Nous avons commencé par les vins de la Conca de Barberà, qui est une région méridionale de la Catalogne, dont les vignes couvrent une superficie de 5.888ha. L’appellation englobe plusieurs municipalités de la province de Tarragone, où le climat est marqué par une grande différence de température entre le jour et la nuit.  Les cépages rouges autorisés sont nombreux : Cabernet franc, Cabernet sauvignon, Grenache  Noir, Monastrell, Merlot, Pinot noir, Syrah, Trepat, Ull de llebre (alias Tempranillo), Samsó (une vieille variété de Carignan).

Il en est de même pour les blancs : Moscatel de Alejandria, Macabeu, Chardonnay, Grenache blanc, Chenin, Muscat à petits grain, Parellada, Sauvignon blanc.

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C’est une appellation peu connue, même en Espagne, et pourtant de grands vins de Torres sont issus de cette zone, comme Milmanda et Grans Muralles, ce qui aurait dû la faire connaitre; mais c’est encore un exemple où la marque est plus forte que l’appellation et la masque . Je pense pourtant qu’avec le changement climatique, elle n’a pas fini de faire parler d’elle.

Les premiers vins dégustés venaient de l’Abbaye de Poblet, ils sont nés grâce à la volonté des moines et à leur intérêt de reprendre la tradition viticole cistercienne dans leur monastère. Une tradition qui remonte au XIe siècle, qui a commencé en Bourgogne et qui a toujours été associée au seul cépage Pinot noir. Une variété insolite dans ce pays. Dans les années 1980, le Groupe Codorniu a convaincu la communauté monastique de prendre en charge l’exploitation de son vignoble, 9 hectares inclus dans les murs du monastère de Poblet. Dans le même temps, a eu lieu une profonde rénovation du bâtiment, construit en 1870. Au printemps de 2002, la première bouteille d’Abadia de Poblet était présentée au marché.

Poblet réunit une série de conditions géologiques et climatiques qui le convertissent en un terroir extraordinaire pour la viticulture : des  sols pierreux profonds, un climat anormalement frais dans le contexte régional, une altitude de plus de 500 m- une l’orientation optimale de ses vignes, en plus de l’influence estivale de la brise marine. Ces circonstances particulièrement favorables pour le Pinot Noir, assurent une maturation lente du raisin et dans les meilleures conditions. Mais, il n’y a pas que du pinot noir à l’Abadia, comme on va le voir.

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ABADIA DE POBLET

  1. Conca de Barberà Intramurs de Poblet Blanc 2015

Ce 100% Chardonnay nous a tous «bluffés», on ne s’attendait pas à une telle bouteille, un vin aux notes florales, herbacées et citriques, frais, mordant, équilibré et gourmand, le tout pour 7€. Une vraie réussite.

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2. Conca de  Barberà Intramurs de Poblet Negre 2015

Pas de Pinot noir, mais du Tempranillo, du Merlot et du Cabernet sauvignon; ce vin n’a pas réveillé un grand intérêt; certes, il est fruité, mais la bouche est très décevante, très courte et manquant de gras.  7 € aussi, mais je ne le recommande pas

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  1. Conca de Barberà Abadia de Poblet 2012

Celui-ci est un pinot noir 100% issu des 9ha de vignobles plantés à l’intérieur des murs du monastère, les vignes, situées à une altitude de 600m, sont orientées au Nord

Le vin  a été élevé 12 mois en fut de chêne français.

Vol:14,0%

Encore un vin insatisfaisant, d’autant que j’avais en mémoire ceux que je vendais à Barcelone (j’ai oublié le millésime), et que je recommandais beaucoup.

La robe n’est pas très profonde, normal pour un Pinot, mais l’intensité du nez est faible, plutôt évolué, on a des airs de pinot bien sûr, mais en bouche, si le fruit est très mûr, la matière est légère, la finale âpre et sèche. Les moines méritent mieux ! Dommage.

PVP 12,95€

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  1. Conca de Barberà Les Masies de Poblet 2012

Le haut de gamme, toujours en Pinot noir, et la désillusion n’en fut que plus grande. Il a été élevé 15 mois en barriques de chêne français dont 20% neuves et 80% d’un an. Le nez n’était pas net, notes d’écurie, la bouche était très maigre et la finale sèche. Même son petit air de Pinot n’est pas arrivé à le sauver. Vol: 14,5%

Du coup son prix de 24€ est cher.

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5 .Bodegas Escoda Sanhuja Conca de Barberà La Llopetera 2013

Joan-Ramon Escoda est la star de la Conca de Barberà, c’est quelqu’un de sincère, de franc, et c’est comme ça qu’il veut ses vins. Il travaille ses 13 ha de Vignobles en biodynamie.  Il fait son propre compost avec du fumier de moutons et de chevaux percherons qu’il a dans sa propriété.  Il a été un des premiers à travailler sans soufre tant à la vinification comme à l’embouteillage! Il est d’ailleurs membre de l’association des vins naturels. Ce qui compte beaucoup à ses yeux, c’est le millésime, il insiste beaucoup là-dessus.

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Joan Ramon Escoda

La bouteille qui avait été amenée est une de celle que j’apprécie beaucoup : La Llopetera

C’est un 100% pinot noir, issu d’une seule parcelle, à 600m d’altitude qui donne son nom au vin. Les raisins sont égrappés, la fermentation avec des levures indigènes, se fait dans des cuves en acier inoxydable. C’est un vin qui n’a  presque pas vu le bois,  élevage de 6 mois en barriques françaises car qui veut traduire la pureté du fruit. Il est ensuite mis en bouteille sans subir aucune filtration, ni stabilisation, ni clarification.

Nous n’avons pas eu de chance avec cette bouteille, elle s’est très mal goutée : le nez «puait», la bouche était complètement dissociée, maigre et avec une acidité très dérangeante. Je n’ai pas compris, elle ne ressemblait en rien à la Llopetera que je connais.

Bon, ça arrive assez souvent avec les vins nature.

Vol: 13,5%

Pvp: 20,95 €

 

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Je terminerai cette série de pinots noirs, par la dernière création d’Hervé Bizeul:

  1. Clos des Fées « aimer, rêver, prier, se taire… » 2015

Il s’agit d’une jeune vigne de pinot noir (1,83ha) de 3 ans, plantée en cordon, sur argile calcaire, à Tautavel, dans les Pyrénées Orientales. Hervé a choisi une sélection massale de pinot fin. Je n’ai pas parlé de ce vin avec lui, et comme il est en Chine, je n’ai pu obtenir davantage d’informations, mais le nom à lui seul est tout un programme : « aimer, rêver, prier, se taire… »

Qu’a-t-il voulu pprouver en plantant du pinot noir à Tautavel?  Ou plus simplement sa curiosité de voir comment se comportait un tel cépage dans cette zone l’a-elle motivé? Qui a-t-il volu provoquer? Lui-même sans doute.  A quoi a-t-il pensé en choisissant un nom si long et si émouvant, qui interpelle et donne à réfléchir? Il faut s’appeler Hervé  Bizeul pour oser une telle étiquette, ça  ne manque pas de prétention et réclame une cuvée à la hauteur. Si la bouteille est le reflet de ce que nous annonce l’étiquette alors, nous sommes devant un grand vin.

Nous allons laisser un peu de temps aux vignes pour le prouver, pour l’instant, il y a beaucoup d’espoir. Le vin ressemble à Hervé, il plait beaucoup aux uns et déplait aux autres. Moi j’ai aimé sa matière mure, sa texture, son goût de fruit mûr, de cerise, j’ai admiré sa persistance en bouche, son côté quelque peu prétentieux, son boisé fin qu’on perçoit comme une touche de parfum en fin de bouche (12 mois en pièces bourguignonnes François Frères de 1 vin). Vous allez me demander s’il « pinote »; est-ce vraiment important ? N’oublions pas la jeunesse de la vigne.  Soyons patients  et rêvons à son futur; pour l’instant, apprécions-le tel qu’il est, franc, atypique, généreux, audacieux, aimons-le parce que c’est un joli projet, un peu fou, taisons-nous, oublions les commentaires et faisons-nous plaisir en silence, ça nous évitera de dire des bêtises à propos d’une bouteille en devenir. Et à défaut d’être capable d’aimer, fermez les yeux et laissez-vous séduire.  C’est que j’ai fait.

IL n’y en aura pas pour tout le monde:  la production totale est de 1.600 bouteilles.

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En guise de conclusion :

Grande déception en ce qui concerne les quelques Pinots noirs de la Conca de Barberà, notre groupe et moi-même les avons très mal goutés, pourtant la critique nationale et les guides les notent très bien. Si vous les avez dégustés, se serait intéressant de connaître vos opinions.

La semaine prochaine d’autres cuvées insolites, françaises celles-là.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

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Une verticale sur 10 ans de trois domaines médocains

CA Grand Crus, filiale du Crédit Agricole, possède un certain nombre de domaines viticoles, surtout à Bordeaux. Si cette entité a récemment vendu le Château Rayne Vigneau à Sauternes, il lui reste, dans le Bordelais, les châteaux Grand Puy Ducasse à Pauillac, Meyney à Saint Estèphe, La Tour du Mons à Margaux et Blaignan dans le Médoc, ainsi que le Clos Saint Vincent à St. Emilion, puis, en Bourgogne, le Château de Santenay: soit près de 350 hectares de vignes en tout. Cela en fait, non pas un géant de la viticulture, mais un des « institutionnels » ayant une véritable politique de vin. La Directrice Technique des domaines est Anne Le Naour et le Directeur Général Thierry Budin.

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J’ai eu la chance de pouvoir participer, la semaine dernière, à une très intéressante dégustation verticale, parfaitement organisée, qui présentait 10 millésimes de trois de ces propriétés : Meyney, Grand Puy Ducasse et La Tour de Mons. La période couverte par cette dégustation allait de 2006 à 2015, ce dernier étant représenté par des échantillons en cours d’élevage. Cet article sera un compte-rendu de ma dégustation avec quelques mots de présentation des domaines et une conclusion.

Les prix des vins

Voilà un sujet qu’il ne faut jamais éluder lorsqu’il s’agit de vins en général, et de grands vins de Bordeaux en particulier, tant cette catégorie a été soumise à des effets spéculatifs déraisonnables ces dernières décennies. Une bonne nouvelle en ce qui concerne ces trois vins : les prix restent raisonnables pour le secteur. Pour les millésimes que j’ai dégusté, les prix de Château Meyney (Saint-Estèphe) vont de 25 à 40 euros selon le millésime, le plus cher étant le 2010 qui est devenu difficile à trouver en France. Le magnifique 2006, par exemple, ne vaut que 30 euros, ce que je pense être une excellente affaire; ce vin est du niveau d’un cru classé mais à des prix autrement plus abordables. Pour Grand Puy Ducasse, cru classé de Pauillac, la fourchette est de 35 à 50 euros, et pour La Tour de Mons, cru bourgeois de Margaux, elle se situe entre 15 et 25 euros. Vu ces prix et la dégustation que j’ai faite, Meyney en particulier représente une très bonne affaire en ce moment.

Les vins chateau-meyney-saint-estephe

Château Meyney

Je commencerai par Meyney car ce fut mon vin préféré des trois pour l’ensemble des millésimes dégustés. Le Château Meyney est l’une des plus anciennes propriétés du Médoc. En 1662, les propriétaires en étaient les Pères Feuillants, artisans des premières plantations. Aujourd’hui, le vignoble de 51 hectares d’un seul tenant s’étend sur des croupes qui dominent la Gironde. Outre les graves qui composent le sol, on observe ici, comme à Petrus, une veine d’argile bleue en sous-sol, à environ 2,6 m de profondeur sur quelques 3 m d’épaisseur. CA Grands Crus a racheté la propriété en 2004 et Hubert de Boüard en est l’œnologue conseil.

Je sais bien que les notes ne sont pas une panacée mais elle me semblent très utiles pour juger de la qualité relative d’un vin dans un contexte donné et, dans ce cas, tous ces vins sont comparables car venant de la même région et utilisant les mêmes cépages. Ma note moyenne pour les 10 millésimes dégustés de Meyney était de 16,9/20, ce qui est très élevé, surtout compte tenu du fait que deux millésimes dits « faibles » (2007 et 2013) faisaient partie de la série.

Château Meyney 2006

Nez resplendissant, très expressif et d’une intensité de fruit assez exceptionnel pour un vin de 10 ans. Cela se confirme en bouche, donnant un vin riche, raisonnablement charnu et éclatant de vie. Très beau vin d’une grande finesse et qui donne un plaisir immédiat maintenant. (18,5/20)

Château Meyney 2007

Le nez est assez torréfié et les tanins semblent denses pour un millésime relativement léger. Du coup ils tendent à assécher un peu le palais en fin de bouche. Mais pas de trace de saveurs végétales. (15/20)

Château Meyney 2008

Ce millésime fait partie de ceux qui se trouvent, et depuis un moment, en phase austère, voire fermée – et ce vin ne fait pas exception à la règle. jugeons-le plutôt sur sa belle charpente et sa longueur prometteuse. Certainement à attendre encore un bout de temps. (16/20)

Château Meyney 2009

A côté d’autres vins de la région dans ce millésime un peu atypique par son exubérance, celui-ci se la joue droit et fin. Il contient néanmoins une belle richesse de matière qui donne une texture charnue et une grande longueur. (17/20)

Château Meyney 2010

Comme bon nombre de vins de ce très grand millésime, celui-ci est en train de se fermer. Mais on sent une très belle fraîcheur qui s’accompagne de beaucoup d’intensité dans les saveurs. La longueur impressionnante annonce un très grand classique. (18,5/20)

Château Meyney 2011

La structure est ferme et ce vin semble aussi dans une phase austère. Bonne précision dans les saveurs, même si cela semble un peu mâché pour l’instant. (15,5/20)

Château Meyney 2012

Une vrai réussite que ce vin fin, précis et long en bouche. J’ai beaucoup aimé son équilibre quasi-parfait entre tanins et fruit. (17/20)

Château Meyney 2013

Un bien joli vin dans un millésime difficile. Précis et fruité, assez soupe et agréable dès maintenant. (16/20)

Château Meyney 2014

Encore une fois la qualité du fruit ressort. La matière a clairement plus de potentiel que pour le 2013, et, logiquement, l’extraction est plus importante. Du coup le fruité exalté est souligné par une belle structure et prolongé par une excellente longueur. (17,5/20)

Château Meyney 2015

Encore plus d’intensité que le 2014. Il faudra attendre la mise en bouteille définitive mais ce vin est très prometteur, complet et long. (18,5/20 : note provisoire)

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Château Grand Puy Ducasse

Les 40 hectares du vignoble de ce Grand Cru Classé sont répartis sur trois grandes parcelles dans l’aire de Pauillac. On doit cette configuration originale à son fondateur, Pierre Ducasse, qui a rassemblé sous un même nom ce vignoble au XVIIIème siècle. Fait unique parmi les crus classés de cette appellation, les bâtiments, dont la belle maison 18ème, se trouvent dans la ville de Pauillac et regardent l’estuaire à travers la rue qui longe les quais (voir photo). Il appartient à CA Grands Crus depuis 2004 et Hubert de Boüard en est l’œnologue conseil, comme à Meyney.

Château Grand Puy Ducasse 2006

J’ai été gêné par une pointe d’amertume en finale ainsi que par un profil sec et anguleux de ce vin. Ce n’est pas un mauvais vin, mais il est loin de la qualité de Meyney dans ce millésime. (15/20)

Château Grand Puy Ducasse 2007

Joli fruité et un vin assez complet qui me semble bien réussi dans ce millésime. (15,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2008

A toute l’austérité qui est si typique de ce millésime; A attendre impérativement car peu de plaisir pour l’instant. (14,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2009

Le profile atypique est chaleureux de l’année l’aide beaucoup par rapport aux trois millésimes précédents. Long et intense, bien fruité, mais avec juste une pointe d’alcool en finale et une petite touche d’amertume dans les tanins. (16/20)

Château Grand Puy Ducasse 2010

Vin aussi intense que complet. Très belle équilibre entre fruité, acidité et structure tannique. Aussi beau que long. Facilement le meilleur millésime de ce château dans cette série. (17,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2011

Très bon aussi, dans un millésime qui n’a guère attiré des louanges pourtant. J’aime aussi son équilibre qui repose en partie sur un refus de trop extraire. (16/20)

Château Grand Puy Ducasse 2012

Le bois domine trop le nez pour le moment, et la matière me semble anguleuse avec une finale très sèche. Préférez le 2011 ! (14/20)

Château Grand Puy Ducasse 2013

Bien plus harmonieux au nez que le 2013. Vin juteux et frais, donnant encore une réussite dans un millésime pas évident. (15,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2014

Le fond est puissant mais il embarque avec lui un très joli fruité et des tanins murs. Très bon équilibre. (16,5/20)

Château Grand Puy Ducasse 2015

On sent davantage de densité qu’avec les autres millésimes sauf le 2010. Mais il est austère pour l’instant et les tanins finissent un peu sec. A voir plus tard (pas noté car je suis incapable de le juger à ce stade).

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Château La Tour de Mons

Les 48 hectares du vignoble de ce Cru Bourgeois sont répartis dans la partie Nord de l’Appellation Margaux, sur les bords de la Garonne. Le vignoble est planté ainsi: 56% merlot, 38% cabernet sauvignon, 6% petit verdot. Le domaine est administré par CA Grands Crus depuis 2012 seulement, donc seuls les 4 derniers millésimes dégustés ont été réalisés sous sa responsabilité. L’œnologue conseil est Eric Boissenot.

Château La Tour de Mons 2006

Un joli nez fumé et un palais intense mais trop austère. Finit sèchement. (13,5/20)

Château La Tour de Mons 2007

Plus souple, ce qui donne un vin agréable qui exprime un fruité arrondi dans ce millésime peu côté (14/20)

Château La Tour de Mons 2008

Plus complet que le 2006, mais il garde le profil austère typique de l’année. (14/20)

Château La Tour de Mons 2009

Le richesse de ce millésime lui fait du bien. Il n’abandonne pas son carapace austère mais il a plus de fruit et une belle longueur. (14,5/20)

Château La Tour de Mons 2010

Le nez est fin et les arômes sont empreints d’élégance. Si la structure reste ferme à ce stade, l’équilibre est là. Un bon vin. (15/20)

Château La Tour de Mons 2011

Je découvre un peu ce millésime dont on parle si peu et je trouve encore un très joli vin avec un fruité joyeux, de la finesse et une belle structure qui joue les prolongations. (15,5/20)

Château La Tour de Mons 2012

Peut-être est-il en phase de fermeture mais ce millésime me parait serré et assez austère, bien que les saveurs aient une bonne précision et que les tannins soient fins. (15/20 ?)

Château La Tour de Mons 2013

Vin plus claire, dont l’extraction a été allégée à juste titre. C’est une réussite dans ce millésime. (14/20)

Château La Tour de Mons 2014

Un très joli vin, avec un beau fruité et des tanins raisonnables, donc en phase avec la matière. (15/20)

Château La Tour de Mons 2015

Le potentiel est bien là, avec de l’intensité, beaucoup de fraîcheur et une bonne longueur. (16/20)

 

Conclusion

Trois domaines manifestement très bien gérés et dont les progrès, en matière de précision et de finesse, m’ont semblé évident sur les derniers millésimes.

Cerise sur le gâteau : les prix sont très abordables pour leurs catégories respectives.

 

David


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Magie noire

Cette modeste bouteille – du moins modeste par la taille – m’a été offerte il y a bien longtemps par le dénommé Hervé Bizeul. Quand ? À dire vrai, je ne sais plus. Si ce n’est que je crois bien que c’était peu avant son installation en Roussillon. Avec son ami Jérémy Gaïk, alors directeur du Mas Amiel, bien avant l’arrivée d’Olivier Decelle, l’actuel propriétaire de ce domaine légendaire, en bon ancien sommelier fan de vins doux naturels, Hervé s’était fendu d’une cuvée dédiée à la magie du chocolat. Je pense que le Salon du Chocolat à Paris fut, à l’époque, l’événement fondateur de cette cuvée aujourd’hui rangée dans les oubliettes de l’histoire du vin.  Le grenache noir et le schiste au service du chocolat, voilà ce qui, à mon humble avis, excite le plus l’esprit et les papilles du dégustateur forcément « averti » qui, comme chacun sait en vaut deux.

wp_20161103_010Ah, l’éternel imbroglio des mariages ! Pourquoi diable un Maury tiré d’une cuve parmi d’autres devient un super champion lorsqu’il affronte le chocolat, le vrai, le tannique et fort en gueule ? Est-ce le grenache, le schiste, le soleil, la maturité, l’âge des vignes ? Fichte, je n’en sais rien et d’ailleurs peu importe puisque les trois quarts du temps la rencontre entre les deux protagonistes procure éclats et merveilles de sensations. Pragmatique, mais aussi un tantinet rêveur, tout en étant un rien perfectionniste Hervé Bizeul avait-il imaginé ce vin en songeant peut-être au graal du mariage parfait ? Nul ne le sait. Pourtant, force est de constater que, comme à son habitude, le bougre avait raison. Et j’ai pu le remarquer par la suite, à l’époque, quand le vin était aussi jeune que noir, cette union franche et massive marchait formidablement bien.

L’expérimentation me paraissait novatrice, même si tout dégustateur bien informé savait déjà que Maury, Rivesaltes et Banyuls étaient de ces breuvages capables de prouesses sur le chocolat, y compris dans la rencontre avec des formules-uns fort cacaotées que l’on dénichait déjà chez Valrhona à Tain-L’Hermitage ou chez le sorcier en la matière, Robert Linxe à Paris, un homme depuis décédé. Bref, j’avais goûté et apprécié ce Maury dans le style vintage et j’en avais même fait écho dans je ne sais plus quelle revue. Par ailleurs, le flacon était tellement beau et moderne dans son étiquette remplie de mots évocateurs (tout le monde le fait aujourd’hui…) que je m’étais promis de le déguster de nouveau un jour. En attendant, il trônerait en bonne place dans un petit recoin du décor ma cave, pour le simple plaisir des yeux.

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Jusqu’à ce soir où, pour accompagner un dessert surprise créé par mon épouse, Brigitte : des rondelles de banane, une crème fraîche légèrement fouettée, des canneberges en quantité, des brisures d’un chocolat fourré aux zestes d’orange confite et d’un autre très noir (85 % de cacao) tous deux signés Michel Cluizel à Paris, j’ai craqué. Aujourd’hui, toujours noir de robe, à peine tuilé, nez épicé, mon Maury a conservé la puissance nécessaire, un aspect brut de décoffrage proche d’une sensation de rusticité, ce qu’il faut de suavité et d’onctuosité, l’étonnante saveur cacao bien ancrée dans le palais, le fumé, les épices, le moka, le fruité confit (raisins secs, cerise) et les tannins qui frétillent d’impatience à l’idée d’affronter un tablette ou un gâteau le plus chocolaté possible. De plus, sans parler de la longueur, une agréable et légère amertume vient renforcer la sensation de fraîcheur en bouche. On lui donnerait des forêts de cacaotiers sans confession tant il est taillé pour le job. Bref, du grand, du beau, du pur qui suggère aussi la dégustation d’un beau havane.

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Je l’ai déjà dit ici, l’AOP Maury – pour le moment excitée par sa production de rouges « secs », un peu comme à Rasteau d’ailleurs -, regorge de ces cuvées presque basiques dans leur conception, des « vintages » si peu en contact avec le bois qui trop souvent, faute de préparation et de réflexion, vient détruire tout le travail d’une belle vendange. Les prix de ces vins de méditation sont encore abordables et si l’on prend la peine de les attendre à l’abri de toute lumière, bouteille debout si possible afin d’éviter de désastreux goûts liégeux (il suffira tous les 3 ou 4 mois de retourner le flacon pour que le vin humecte le bouchon), on pourra s’attendre au bout de dix ans au moins à un long et dépaysant voyage oriental en dégustant quelque chose d’unique et de magique, un vin original que les vilains étrangers ne nous piqueront pas comme cela a pu se faire avec le Porto ou le Jerez. Mais gare aussi chocolat, capable à la fois de prouesses gustatives et de désastres ! À l’approche des fêtes, il convient de bien le choisir et de refuser tout achat de grandes marques à prix sacrifiés ou non.

Quant au vin, à défaut de l’acheter au Mas Amiel, un endroit hors du temps à 30 minutes de Perpignan où l’on trouve un délicieux Vintage Réserve 2015 (autour de 20 €) ainsi qu’une collection de vins doux « oxydatifs » qui ont aussi leurs mots à dire sur des desserts cacaotés, je vous soumets ce petit calcul d’épicier : sachant qu’un flacon de Maury « Grenat » 2015 s’achète 8 € à la cave coopérative fondée en 1910, que l’on ajoute à une tablette de Valrhona « Abinao«  (85% cacao) à 3,95 €, on débourse 11,95 € pour une dégustation à quatre personnes ! Bien sûr, pour corser la chose on pourrait dépenser plus en ajoutant par exemple quelques chocolats de crus de Valrhona. Force de reconnaître que se farcir une belle dégustation pour moins de 12 € c’est plutôt rare ! Et c’est plus utile pour le goût que se coltiner une primaire électorale lors d’un beau dimanche automnal.

Michel Smith

Hervé Bizeul, pour ceux qui l’auraient oublié, est le fondateur et l’animateur du mythique Clos des Fées dans le Roussillon.

-Pour les nostalgiques : Black Magic Woman de Carlos Santana. Ça marche bien aussi sur un Maury

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Ces vins qui ne sont pas un cadeau

Autres temps, autres mœurs. Rien de prétentieux de ma part en affirmant ce qui suit, mais lorsque j’étais « banquable », c’est-à-dire au zénith de mon activité professionnelle dans les années 80/90, il m’arrivait de recevoir ce qu’alors j’appelais des « colis vignerons » en provenance le plus souvent du producteur en personne. N’ayant ni le temps, ni les moyens de les renvoyer à leurs expéditeurs, ce qui eut été normal dans un élan logique de pure déontologie, ces bouteilles qui pouvaient au pire s’apparenter à des « cadeaux intéressés », au mieux à un légitime devoir d’information (ou de propagande ?) de la part du vigneron désireux de convaincre le journaliste de la qualité de ses vins, avaient trois destinations : soit elles étaient débouchées au cours d’amicales beuveries, soit elles étaient offertes à de courageux livreurs, soit en guise de mesures exceptionnelles, elles étaient enfouies en cave afin de constater leurs évolutions dix ans au moins après réception.

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Le très volubile et facétieux Michel Chapoutier, que j’avais connu à ses débuts au garde à vous à la gauche du bureau empire de son père, Max, m’a gratifié pendant plusieurs années d’une caisse de six flacons livrée généralement au moment des fêtes. Très intelligemment, les vins envoyés variaient d’une année à l’autre, passant d’un fringant viognier de l’Ardèche à un Côtes du Roussillon de belle facture, sans oublier un flacon un peu plus « noble » de Côte-Rôtie, de Châteauneuf-du-Pape ou d’ailleurs. Candide, mais intéressé par la démarche, je jouais le jeu en ouvrant certains de ces flacons au gré de mes intérêts et de ma curiosité journalistiques. Tout en prenant soin de mettre de côté les crus qui me paraissaient les plus aptes à la garde histoire de vérifier le plus tard possible si la réputation de tel ou tel vin était justifiée.

L’autre dimanche, je suis tombé sur l’une de ces prestigieuses bouteilles perdues dans des cartons en attendant une cave décente. Il s’agissait justement d’un Hermitage (ou Ermitage) « Le Méal » 2005 de la Maison Chapoutier. Afin de corser ma dégustation, je me suis livré à un petit jeu classique consistant à comparer l’illustre vin dans des verres autrichiens à la hauteur, l’un Riedel, l’autre Zalto : le premier a fait ressortir des tannins et un boisé pas spécialement élégants, tandis que le second tempérait, arrondissait et enjolivait quelque peu ce rouge qui, vous vous en doutez, n’est pas donné puisque le millésime 2013 du même Méal est proposé sur le site du négociant à près de 300 € départ cave !

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Quoiqu’il en soit, dans les deux cas, j’ai pu constater que par manque de finesse, d’âme, de hauteur et de longueur, ce Méal de pure syrah, pourtant vinifié et élevé dans une très estimée maison de Tain, n’était pas vraiment digne de ce que j’attends d’une appellation-phare de la Vallée du Rhône. D’autant plus que Le Méal est un cru qui, s’il y avait un classement à la bourguignonne, se retrouverait certainement catalogué parmi les « grands ».

Vous voulez savoir la suite ? Eh bien, autres temps, autres mœurs, ce vin bodybuildé par le bois ou (et) l’excès d’élevage, manquant de sincérité, de sève et de profondeur, on se l’est enfilé quand-même car, ô miracle, il n’avait pas l’once d’un goût de bouchon !

Reste la morale de cette histoire qui conduit au but inverse recherché par le négociant, vigneron vivificateur et éleveur. Car si j’avais demain un papier à écrire sur l’Hermitage, je ne suis pas sûr que je penserais immédiatement à Chapoutier. Autre réflexion : on dit souvent que les producteurs envoient aux journalistes des mises « arrangées », voire « magnifiées ». Si c’était le cas, ce que je ne crois pas car Michel Chapoutier n’est pas du genre à se livrer à ce petit jeu-là, surtout dans le cas de ce vin qui « hermitageait » jadis bien des vins déficients de Bourgogne et de Bordeaux, dixit la légende, point n’était besoin de céder aux sirènes de l’élevage poussé dans sa caricature. Enfin, c’est un avis que je partage avec d’autres. N’est-ce pas Vincent ?

Michel Smith

PS. La photo du vignoble Chapoutier est signée Daniel Wilk et elle a été prise sur le site de la ville de Tain-L’Hermitage.

 


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Banyuls : lyrisme et complexité dans les décrets d’une appellation, puis une dégustation, quand même.

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Je commence par la partie lyrique (tout est relatif) qui me parait aussi inattendue que sympathique dans un décret officiel d’une appellation qui est, pour le reste, d’une complexité byzantine : je vais y revenir. Je cite la partie du décret (modification du 24/11/2011 de la version initiale datant de 1936, ce qui en fait une des premières AOC historiques en France) relatif au territoire de l’appellation Banyuls.

« Le vignoble le plus méridional de France est implanté, prés de la frontière avec l’Espagne, dans un site très accidenté, sur des coteaux pentus où l’altitude passe très rapidement de 917 mètres au Pic de Sailfort, à 0 mètre en bord de mer. La zone géographique s’étend sur le territoire de 4 communes de la région du département des Pyrénées-Orientales baptisée « Côte Vermeille » et qui sont autant de ports : Banyuls-sur-Mer, Collioure, Cerbère et, Port-Vendres. Autour de ces ports, elle est limitée : – à l’est, par la Mer Méditerranée ; – au sud, par les crêtes pyrénéennes, constituant la frontière avec l’Espagne ; – au nord, par le piémont des Albères et la plaine du Roussillon ; – à l’ouest, par les sommets pyrénéens. La surrection des Pyrénées a créé un paysage très tourmenté, compartimenté en une multitude d’alvéoles, de petits amphithéâtres et de belvédères qui surplombent la mer. Le substratum géologique est homogène, constitué essentiellement de bancs de schistes bruns du Cambrien. Structurées verticalement, ces roches très fissurées, sont à l’origine de sols pauvres disposant de faibles capacités de rétention en eau et présentant, selon la situation topographique, une certaine variabilité en épaisseur. Les parcelles délimitées pour la récolte des raisins sont cultivées en terrasses, jusqu’à 400 mètres d’altitude, très localement dans les bas de vallées constituées par les rubans alluviaux, caillouteux et filtrants des cours d’eau comme la Baillaury, le Cosprons, le Douy ou le Ravaner qui drainent la zone géographique.

La zone géographique bénéficie d’un très fort ensoleillement annuel supérieur à 2600 heures et d’un climat méditerranéen, doux en hiver, chaud et sec l’été. La température moyenne annuelle est de 15°C. Elle varie cependant avec l’altitude. Le régime thermique est marqué par des écarts de température annuels de faible amplitude mais connaît des écarts quotidiens souvent importants. La pluviométrie annuelle moyenne, inférieure à 650 millimètres, varie également selon le gradient altitudinal. Elle se caractérise par un régime trop souvent violent et irrégulier, alternant longues périodes de sécheresse estivale et courts paroxysmes pluvieux au printemps et à l’automne. Ces derniers peuvent être à l’origine de phénomène d’érosion et de ravinement des sols qui ont imposé la culture en terrasses. La particularité climatique reste cependant le vent qui souffle près de 200 jours par an : – la « Tramontane », vent dominant de nord-ouest (130 jours par an), violent et desséchant ; bénéfique pour assainir l’atmosphère des maladies cryptogamiques, elle s’avère souvent destructrice par ses effets mécaniques sur les jeunes rameaux de vignes au printemps ; elle est aussi responsable de la propagation des incendies en été ; – Le vent marin, de direction est/sud-est, favorise les entrées maritimes fraîches et humides qui viennent tempérer les ardeurs solaires estivales. Sous ce climat d’excès, la vigne compose le paysage, alternant avec de maigres espaces boisés de chênes lièges ou verts, d’oliviers, d’arbustes méditerranéens et des landes consécutives au passage répétés des incendies. Ce paysage a été façonné par la persévérance de générations d’agriculteurs qui ont su, au fil des générations, optimiser l’occupation des coteaux et des piedmonts tout en préservant une couverture végétale protectrice sur les reliefs. Pour retenir le sol et épierrer les terrains, ils ont édifié d’innombrables murets de pierres sèches, créant ainsi les terrasses caractéristiques de ce territoire. »

Pas mal !

Pour le reste, décortiquer ces décrets, car celui de Banyuls est doublé par un autre pour Banyuls Grand Cru, est une tache assez ardue. Je vais tenter de simplifier les choses un peu (et si possible sans trahir l’essentiel) : manière d’expliquer les différents types et mentions des vins de cette appellation à la topographie si remarquable.

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Les types de vins de Banyuls

Les vins de l’appellation Collioure, dont j’ai parlé la semaine dernière, sont des vins secs qui ont leur propre appellation, même si les deux aires de production sont identiques, tandis que tous les Banyuls sont des vins mutés.  On appelle ce type « vin doux naturel » en France mais ce terme, qui a une explication historique, me semble mensonger dans sa forme car l’action de muter un vin ou un moût par l’adjonction d’alcool n’a rien de naturelle.

Ensuite il y a deux appellations : Banyuls et Banyuls Grand Cru. Cela me semble un peu inutile car on aurait pu considérer « Grand Cru » comme une mention facultative avec ses propres caractéristiques, comme « Rimage » ou « Hors d’Age », mais passons, c’est ainsi.

Pour la seule appellation Banyuls il existe pas moins de cinq sous-catégories, chacune avec son cahier de charges: Ambré, Blanc, Rosé, Rimage et Traditionnel.  Deux de ces types (Ambré et Traditionnel) peuvent aussi porter les mentions supplémentaires « Hors d’Age » ou « Rancio », à condition de respecter d’autres cahiers de charges. Ces deux mentions sont aussi accessibles aux vins de l’appellation Banyuls Grands Cru, qui doivent être rouges et faits avec au moins 75% de Grenache Noir.

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Les cépages

Parlant de cépages, la liste globale de variétés autorisées est assez longue mais avec des subdivisions et de obligations de variété(s) dominantes très compliqués et qui varient selon le type. On entre pleinement dans l’aspect byzantin de cette appellation. Banyuls Ambré et Banyuls Blanc doivent émaner de quatre cépages dites « principaux » : Grenache Blanc, Grenache Gris, Maccabeu et Tourbat. Sont aussi admis pas plus de 20% des deux muscats (Petits Grains et Alexandrie) et pas plus de 10% d’un ensemble de quatre autres variétés (Marsanne, Roussanne, Vermentino et Carignan Blanc). Les Banyuls Rimage sont des vins rouges avec le Grenache Noir pour principal composant, mais ils peuvent contenir jusqu’à 10% d’une série d’autres variétés accessoires (Carignan, Cinsaut, Counoise, Grenache Gris, Mourvèdre et Syrah). Le Banyuls Traditionnel doit se constituer d’au moins 50% des deux variétés principales : Grenache Gris et Grenache Noir. Il ne peut aussi contenir plus de 10% de ces cépages accessoires : Carignan, Cinsault, Counoise, Mourvèdre et Syrah. Je ne sais pas qui fait les additions à l’INAO mais 50 et 10 ne feront jamais 100. Passons…..

Règles de production diverses

Je ne m’étendrai pas sur les règles très complexes quant aux densités de plantation, écartement des pieds, taille, limite de manquants, etc.

Les degrés d’alcool des vins finis ne peuvent pas être inférieurs à 15%, ni les sucres résiduels (que eux sont naturels, d’ou le terme dans la catégorie) inférieurs à 45 gr/litre.

On règlemente même l’intensité colorante, catégorie par catégorie, et sans autorisation d’ajustement de celle-ci par des adjuvants.

Règles de mutage

Là cela se corse encore !

Pour les catégories Ambré, Blanc et Rosé, il fait séparer peaux des jus avant le début de fermentation.

Pour le Rimage, le mutage se fait exclusivement sur grains, ce qui veut dire sur le marc en cours de fermentation avant séparation du liquide des solides.

Pour le Traditionnel, le mutage a aussi lieu pendant la macération.

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Elevage

A chaque catégorie sa règle, encore une fois.

Les Banyuls Blancs et les Banyuls Rimage sont élevés en milieu réducteur et doivent être mis en bouteille entre le moi de mai suivant le récolte et le 30 juin de la deuxième année.

Les Ambrés et Traditionnels sont élevés en milieu oxydatif jusqu’au moins le 1er mars de la troisième année.

Les Hors d’Age (mention facultative) constituent une autre sous-catégorie réductive mais ne peuvent être mis en bouteille avant le 1er septembre de leur 5ème année

Enfin les Rancio (autre mention facultative), sont ceux qui auront acquis un goût de…rancio ! On ne dit pas qui décide de cette acquisition !

Tout le monde à suivi ou je dois recommencer ?

Je ne vais pas refaire tout cela pour l’appellation Banyuls Grand Cru dont je n’ai pas vraiment saisi la distinction hormis le fait que les vins doivent être faits avec au moins 75% de Grenache Noir, totalement égrappé, muté sur moût et vieilli au moins 5 ans.

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Mais l’essentiel est quand même dans le verre, et là on trouve de vrais merveilles !

J’ai dégusté, le 7 octobre, des vins issus de trois catégories de Banyuls : Rimage, Traditionnel et Grand Cru.

Ma sélection de Banyuls Rimage (18 vins dégustés)

Parcé Frères 2015 (Grenache Noir 100%, cuve, mise mars 2016)

Prix public : 14 euros

Robe pourpre, intense. Beaucoup d’intensité au palais et des tannins fins pour soutenir cette belle matière. Bon équilibre avec le sucre, donc mutage bien dosé. Une bonne affaire.

Domaine du Traginer 2015 (Grenache Noir 90%, Carignan 10%, macération 21 jours après mutage, ouillée et mise 8 mois après vendange)

Prix public : 16 euros

Très juteux avec des notes discrètes qui semblent indiquer un passage en bois. Très belle intensité et excellente longueur. Beau vin soigné.

Terre des Templiers, Premium 2015 (Grenache Noir 100%, macération 20 jours après mutage, 10 mois en fûts de chêne neufs et d’un vin, travail des lies)

Prix public : 39 euros

On change de gamme de prix avec ce vin dont le nez m’a laisse un peu perplexe, mais qui révèle un fruité magnifique en bouche, bien soutenue par une impressionnante structure tannique. Aussi complexe que long, c’est clairement un vin qui peut se conserver des années en cave.

Coume del Mas, Quintessence 2014 (Grenache Noir 100%, 12 mois en barriques)

Prix public 26 euros (50cl)

Le boisage est marqué par un nez fumé. Très juteux mais dans un style un peu plus évolué qui évoque la prune et le pruneau. Les tannins dominent encore un peu ce beau vin qui mérite un peu de garde.

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Domaine de la Casa Blanca, Roudoulère 2014 (Grenache Noir 100%, élevage en fûts de 400 et 600 litres)

Prix public : 15 euros

Les nez intense allie arômes de prune, de pruneau et de cerise. Une petite dose oxydative apporte un peu de souplesse supplémentaire à un bel ensemble. On sent un peu l’alcool mais c’est un beau vin à un prix très raisonnable.

Terre des Templiers, Rimage Mise Tardive 2014 (Grenache Noir 100%, macération 20 jours, 10 mois en barriques avec ouillage)

Prix public : 25,50 euros

La robe est effectivement plus claire que les autres vins de cette série, illustrant l’effet d’une mise retardée, suivant l’approche d’un Porto LBV. Mais il ne s’agit nullement d’un vin plus léger : intense, juteux et tannique, tous les ingrédients d’un excellent rouge muté sont là. Très bon.

Domaine Madeloc, Cirera 2013 (Grenache Noir 100%, cuve inox avec pré-fermentation à froid, levures indigènes, puis cuves tronconiques en bois pendant 18 mois)

Prix public : 19,00 euros

Très intense et riche, et le vieillissement plus étendu que la moyenne n’a pas fait baissé cette belle intensité. Cela vaudrait la peine d’attendre encore quelques années de très beau vin au prix très raisonnable pour cette qualité.

 

Ma sélection de Banyuls Traditionnel (8 vins dégustés) : pas grande chose à rejeter dans cette très belle série car j’en ai retenu 6 !

Clos Castell, Traditionnel (Grenache 95%, Carignan 5%, macération pre-fermentaire, élevage en bois neuf et oxydatif)

Prix public : 18 euros

Robe intense. Nez splendide e cacao et de café. Aussi complexe en bouche avec un bel arrondi des saveurs, ce qui n’empêche pas une très belle tenue aussi. Un de mes vins préférés de cette série et un prix très raisonnable.

Domaine du Mas Blanc (Grenache Noir 100%, Vinif traditionnelle avec pigeage, élevage en foudres de chêne)

Prix public : 31,50

Robe brune, oxydation prononcée. Bien évolué aussi au nez avec des arômes de figues sèches. Salivant et long en bouche, ce vin d’un  style très traditionnel est parfaitement réussi. C’est aussi le plus cher de la série.

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Domaine Madeloc, Robert Pagès (Grenache Noir 90%, Grenache Gris 10%, Cuve inox, mutage sur jus, levures indigènes, en foudre pendant 5 ans et I an en bonbonnes en verre avant assemblage)

Prix public : 18 euros

Vin de belle intensité, juteux et encore fruité (de type pruneaux, donc fruits cuits). C’est aussi long que frais. Très bonne affaire.

Domaine Tambour, Hors d’Age (Foulé et éraflé, muté sur grains, macération 21 jours puis 40 mois en fûts de chêne au soleil, un seul ouillage par an, puis 14 mois en barrique à l’intérieur)

Prix public : 25,50 euros

Les bords sont pâles, et ce vin me fait un peu penser à un Xérès Palo Cortado, en moins sec. C’est beau, dans un style plus austère que les autres, avec un travail très intéressant sur l’oxydation. On sent un peu l’alcool en finale.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Ardente (Grenache Noir 80%, Grenache Gris 10%, Grenache Blanc 10%, muté sur grains, macération 21 jours, puis entre 15 et 20 ans et fûts.

Prix public : 18 euros (50cl)

Le caractère fruité a évidemment évolué vers du fruit sec et cuit (pruneaux par exemple) mais ce vin reste succulent. Finit relativement sec, pas d’une grande longueur mais très bien équilibré.

Domaine Vial Magneres, Al Tragou (Grenache Noir 95%, Carignan 5%, mutage sur moût, vieilli au moins 20 ans en demi-muids, mise en 2012)

Prix public : 49 euros

Un des mes vins préférés de cette très belle série. Robe entre orange et brun. Beau style oxydatif, intense et puissant autour d’une masse de fruits secs. Impression presque sec en finale, en partie par l’alcool qui ressort à ce moment-là. Grand vin dans son type.

 

 Banyuls Grand Cru (8 vins dégustés) : et 6 vins retenus, c’est dire le niveau qualitatif des ces vins !

Terres des Templiers, La Serra (Grenache Noir 90%, Grenache Gris 10% ; mutage sur grains, macération 4 jours, maturation en foudres pendant 6 ans minimum)

Prix public : 20 euros

Nez intense aux arômes de chocolat et de café. Grande finesse en bouche. Un vin qui allie finesse avec force. C’est long, frais et stylé. Prix très abordable aussi.

Domaine du Traginer (Grenache Noir 80%, Grenache Gris 10%, Carignan 10% ; mutage sur grains, macération 21 jours, puis 6 and en fûts de chêne. Ni collage, ni filtration)

Prix public : 22 euros

Plus marqué par l’oxydation que le précédent, aux notes prononcées de cuir et de tabac. La magnifique fraîcheur de ce vin peut sembler paradoxale, mais c’est une réalité qui donne tout le raffinement à la texture. Long et chaleureux.

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Domaine Vial Magnères, André Magnéres ( Grenache Noir 100% ; mutage sur grains, 15 jours de macération, vieilli en vieux foudres pendant 10 ans)

Prix public : 32 euros

Arômes bien torréfiés, puis de chocolat noir. Une superbe densité de matière au palais. Grande longueur et grand vin !

Terre des Templiers, Amiral François Vilarem (Grenache Noir 100%, mutage sur grains et macéré 20 jours puis 30 mois en barriques et affinage en bouteilles pendant au moins 6 ans en cave souterraine)

Prix public : 32 euros

Robe très sombre, nez de pruneau confit. Semble plus aérien que d’autres par un surcroit de fraîcheur, mais aussi juteux et avec une présence tannique notable. Un style tout en élégance.

L’Etoile, Cuvée Réservée (Grenache Noir 100%, mutage sur grains, macération 3 semaines, élevage oxydatif pendant 20 ans et vieux foudres)

Prix Public : 40 euros

La robe est bien évoluée mais reste très dense. Intense au nez, avec des notes fumées et de fruits confits. La douceur est importante dans ce vin complexe, long et très séduisant.

Clos Saint Sébastien, Le Coeur (Grenache Noir 90%, Grenache Gris 10%, mutage sur grains, macération 3 semaines, 25 ans en fûts)

Prix public : 85 euros

Le nez est plus discret que d’autres vins de cette série. En bouche c’est long et succulent, très caramel et sirop de figues. C’est très bon dans un style plus doux que la plupart. Le prix peut probablement se justifier mais il semble relativement élevé. En tout cas on peut trouver au moins aussi bon pour bien mois cher.

 

Petite conclusion

J’adore ces vins, mêle si les appellations sont trop complexes. Il n’y avait pas de mauvais vins dans ces séries, j’ai juste eu a sélectionner mes préférés. Il sont trop méconnus partout, voire bêtement méprisés en France, mais il représentent souvent des rapports qualité/plaisir/prix exceptionnels.

A l’heure ou vous lirez peut-être ces lignes, je serai en Australie. Je vous parlerai peut-être de la grande tradition des vins mutés de ce pays des antipodes une autre fois

David

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Bordeaux est-il supérieur en rapport prix/qualité ?

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Je ne vous parle évidemment pas des crus classés et consorts, souvent hors d’atteinte pour le commun des mortels depuis bon nombre d’années. Je vais plutôt évoquer les bons vins très abordables qui se vendent en ce moment sous l’appellation Bordeaux Supérieur. Les appellations de base du Bordelais, dites génériques, constituent 55% du vignoble girondin mais on en parle si peu quand on compare cela avec la couverture presse donnée à d’autres appellations moins significatives sur l’échiquier des vins français. Snobisme inversé, Bordeaux bashing, ras-le-bol des prix trop chers des « classés », ou simple ignorance ? Je ne le sais pas. Peut-être un peu de tout cela.

En tout cas, je trouve que les bons vins de l’appellation Bordeaux Supérieur font partie des meilleurs rapports qualité/prix parmi les vins rouges de France, aujourd’hui. Ils méritent amplement qu’on s’intéresse à eux car ils n’ont jamais été aussi nombreux à être bien faits. Quelques excès d’un passé récent, du genre boisage qui écrase tout, sont en bonne voie de disparition, même s’il en reste des traces. Je suis d’avis que la mention « supérieur » est à laisser tomber de la désignation de cette appellation, car peu de gens comprennent ce qui est impliqué par ce terme. Après, faut-il établir une hiérarchie théorique parmi les quelques 300 millions de bouteilles qui sont produits chaque année sous les deux appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur ? J’en doute.

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Chaque année, l’appellation effectue, en interne, une sélection de 25 ou 26 vins du dernier millésime mis en marché des Bordeaux Supérieur rouges (il existe aussi des blancs sous cette désignation, mais je n’en ai jamais vu), puis cette série est soumise à la presse afin que nous désignons six vins qui vont jouer le rôle d’ambassadeurs pour l’appellation pendant un an, étant mis en avant lors de diverses manifestations. La semaine dernière j’ai donc participé, comme presque tous les ans, à cette dégustation à l’aveugle et voici mes vins favoris. J’ajouterai en fin d’article la liste des vins que l’ensemble de mes collègues à élu. Le millésime présenté était 2014 et l’opération s’appelle Talents de Bordeaux.

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Château Féret Lambert 2014

J’ai souvent sélectionné ce vin par le passé, et donc sa régularité est remarquable.

Le boisé est fin et bien intégré au nez. Les saveurs fruitées sont délicates et précises. Il sera encore meilleur dans 6 mois car la finale est encore un poil sèche.

Prix 11 euros

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Château Moutte Blanc 2014

Un beau nez qui révèle une assimilation réussite entre fruit et structure. Cela est confirmé en bouche. Elevage parfaitement dosé qui cadre bien une matière généreuse.

Prix 10,20 euros

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Château Lamothe-Vincent, Héritage 2014

Manifestement un vin dominé par le merlot (la fiche révèle qu’il s’agit de 80% de ce cépage). Souple, charnu et chaleureux. Un bon vin très agréable.

Prix 8,20 euros

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Château l’Insoumise, Prestige 2014

Robe dense. Nez droit, très classique, avec un boisé bien intégré. Un très bon vin qui a de la puissance par sa matière mure, mais qui reste bien bordelais.

Prix 8 euros (une des meilleures affaires de la série à mon avis)

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Château Leroy-Beauval 2014

Je ne connaissais pas ce château auparavant. Fait avec 90% de merlot et 10% de cabernet franc, son nez est classique et il y a une belle précision des saveurs, accompagné par une bonne structure. Un très joli vin.

Prix 12 euros

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Château Lacombe Cadiot 2014

Autre château que je découvrais, et qui est fait, je crois, par l’équipe d’un excellent cru bourgeois : Haut Breton Larigaudière. Le nez est très franc et semble marqué par du cabernet (en réalité 60% merlot, 30% cabernet sauvignon et 10% petit verdot). Un bon fruité émerge après un début marqué par de la réduction.  Ensuite, c’est tendre, plein et assez élégant en bouche. Une vrai délice, aussi complexe que long.

Prix : 6,90 euros, ce qui en fait surement la meilleure affaire de cette série

 

La liste des Talents de Bordeaux 2014, élue par l’ensemble des dégustateurs.

On voit que je suis en accord parfait avec la moitié de cette liste. Je constate que mes collègues doivent aimer le boisé fort plus que moi car j’ai reproché un élevage un peu trop intrusif dans les cas de deux vins de cette sélection, et des tannins asséchants sur un autre.

Château Lajarre, Eléonore

Château Pierrail

Château Tuilerie du Puy, cuvée Grand Chêne

Château Moutte Blanc

Chaâteau l’Insoumise, Prestige

Château Lacombe Cadiot

En tout cas une belle série de vins avec des réussites pour ceux qui ont su attendre la maturité des raisins en évitant d’extraire trop fortement. Je pense que le marché devrait s’intéresser à ces Bordeaux 2014.

 

David Cobbold  bdx-sup


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La déception fait partie de notre métier, malheureusement

On dit qu’il y a deux professions qui font rêver les non-professionnels, mais dont l’exercice est assez dur (sans de jeu de mots !), et qui n’en sont pas pour autant très bien payées: celle de journaliste du vin et celle d’acteur porno. Je n’ai aucune compétence particulière en ce qui concerne le second métier, mais passons.

En écho à l’excellent article de Marie-Louise Banyols, la semaine dernière, à propos des tribulations d’un acheteur en vin (d’une acheteuse, en l’occurrence), je vais vous faire part d’un phénomène que tous les journalistes du vin connaissent: la déception. La dégustation à l’aveugle est l’approche que je préfère quand cela est possible – elle a aussi le mérite de distancier un peu ce phénomène de déception. Mais cette déception se produit même hors des visites chez les producteurs, où nous dégustons en connaissant parfaitement l’origine et l’auteur d’un vin ou d’une série de vins. Dans ces situations, il faut être capable de garder la tête froide (c’est peut-être aussi ce qui nous lie aux acteurs porno) et faire abstraction de nos préjugés, positifs ou négatifs, envers tel ou tel producteur basé sur des bonnes ou mauvaises expériences passées.

Un exemple va illustrer cet article, et j’ai un peu mauvaise conscience d’en parler car, en général, j’aime beaucoup les vins de ce producteur qui, en plus, me fait l’honneur de m’envoyer une sélection de sa large gamme chaque année (je ne sais pas s’il va continuer). Je le remercie beaucoup pour cette attention, mais je dois dire que le dernier arrivage m’a beaucoup déçu, avec un seul vin sur les 6 dégustés que je recommanderai à un acheteur potentiel. Cela arrive, heureusement assez rarement, mais quand c’est le cas j’estime qu’il est aussi de notre devoir de le dire en donnant les raisons de son jugement négatif. Et, dans ce cas, je n’étais pas seul à avoir des jugements si peu positifs sur une petite série de vins car mon collègue Sébastien Durand-Viel a dégusté les vins avec moi et a eu des sensations semblables.

Domaine René Muré

(qui est indiscutablement un des grands noms d’Alsace)

Le millésime 2014 en Alsace

Ce producteur fait bien les choses et m’a envoyé, avec ses échantillons, un résumé des conditions météorologiques qui ont précédées les vendanges 2014, source des vins dégustés. Hiver doux et ensoleillé avec très peu de neige et une seule journée de gel ; printemps très précoce et premiers débourrements le 25 mars (un mois d’avance sur la date moyenne) ; floraison précoce aussi, fin mai, sous un temps caniculaire et sec qui provoque de la coulure sur certains cépages (muscat et pinot noir) ; les vendanges débutaient le 9 septembre pour les Crémants. Cette année était aussi marqué par l’apparition de la mouche drosophile suzukii qui perce les baies qui doivent ensuite être triées manuellement dans les vignes. Grosses pertes de récolte en conséquence. Fin de vendanges le 15 octobre.

 

Echelle sec/doux

Je note aussi avec satisfaction que les vins de René Muré ont tous adopté l’échelle graduée entre sec et moelleux sur la contre-étiquette, ce qui donne une idée au consommateur du taux de sucre résiduel dans chaque vin. J’aimerais tant que cela soit obligatoire en Alsace!

NB. L’échelle ci-dessus n’est pas totalement conforme à celle qu’on trouve sur les flacons de vins d’Alsace, mais cela donne l’idée

 

Les vins dégustés

 

Crémant d’Alsace, Grand Millésime 2011

Le nez semble réduit et le vin est ferme, limite dur au palais, avec beaucoup de matière qui semble presque métallique et une forte amertume. Je ne trouve pas ce vin désaltérant, ni très fin. Après un temps d’ouverture il s’est amélioré, mais sans jamais atteindre des sommets. A table, peut-être ?

Ce vin a été vieilli pendant 33 mois sur lattes, dégorgé en janvier 2015 et dosé en Extra-Brut. On n’indique pas les cépages sur le flacon mais le site du producteur nous informe bien: il s’agit de chardonnay et de riesling, les deux issus du Clos Saint Landelin et vinifiés en première fermentation en barriques.

Sylvaner Steinstuck 2014

Vin bouchonné, donc difficile à juger. La capsule à vis s’impose, en Alsace comme ailleurs !

Muscat Steinstuck 2014

Nez aromatique et agréable, typique de ce cépage. La texture en bouche semble un peu herbacée, en revanche, et l’amertume domine en finale. Peu de plaisir donc, à part par son l’aspect olfactif !

Clos Saint Landelin, Riesling, Grand Cru Vorbourg 2014

Je suis très amateur de ce cépage, en général, mais assez exigeant sur le style. En particulier, je rechigne devant des arômes ou saveurs qu’on qualifie souvent « pétrolés ». N’ayant jamais bu du pétrole,  je doute d’ailleurs de la pertinence de ce terme.

Le nez est assez intense et, oui, il a ce type d’arôme qui, je crois,  provient d’un lieu ou climat relativement chaud pour ce cépage. Effectivement, le Vorbourg est très bien exposé et dans le Sud de l’Alsace. Il y a davantage de complexité en bouche, mais la texture me semble herbacée, ce qui je lie aux arômes. L’acidité est puissante mais bien intégrée. Long en bouche, mais très austère pour le moment. Un vin à attendre, car il présente peu de plaisir en ce moment.

Clos Saint Landelin, Pinot Gris, Grand Cru Vorbourg 2014

Robe intense, or/paille. Nez expressif qui rappelle les fruits à noyau avec un peu d’herbes aromatiques. En bouche une forte impression d’amertume arrive assez vite donnant un aspect métallique au toucher. Bonne longueur. Vin puissant mais austère et peu agréable au palais.

Clos Saint Landelin, Muscat Vendanges Tardives, Grand Cru Vorbourg 2014

Voici le seul vin de cette série qui m’a réellement séduit et que je recommanderais à un acheteur potentiel. Le nez est très expressif et fin, évidemment typé par son cépage, mais avec une touche de complexité – genre pain d’épice. En bouche, c’est arrondi, moyennement riche car la richesse naturelle est modulée par une belle amertume. La finale est plus en délicatesse et en fraîcheur. Joli vin de dessert qui n’empâte nullement.

En guise de conclusion

Voilà, j’ai essayé d’être honnête envers mes sensations en dégustant les vins, à la bonne température et dans des bons verres, faut-il le préciser. Cela ne me fais pas plaisir de dire du mal de vins d’un producteur, à fortiori un producteur dont j’ai très souvent loué les qualités. Mais la déception fait partie de notre métier, et il faut toujours l’assumer.

 

David Cobbold