Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Out to play @Rocpool, Inverness


View from the Rocpool restaurant, which is just by the River Ness,
so if Nessie ever ventured downtown diners would get a good view

 

On Friday I got out to play for the first time since I injured myself through slipping on black ice on 2nd January. We took the train from Kingussie to Inverness to meet up with Diane and John, who we met in an international hotel in Beijing last year, for an indulgent Friday lunch at the Rocpool restaurant

2016 Grüner Veltliner, Domane Wachau, Austria

The great advantage of having the restaurant’s wine list on-line is that you can choose at least the first bottle in advance, so we were able to order a bottle of the Domane Wachau 2016 Grüner Veltliner even before we sat down. The GV (sensibly closed with a screwcap) was very crisp, clean and citric making it a good apéritif.

This was my first visit to Rocpool for a number of years and I was definitely impressed with the food, wine list and the quality of service. Both the food and wine list are typically Modern British eclectic with influences from many different cuisines. We opted for the set lunch – two courses for £16.95. It was little surprise, however, that after our two courses we went for either a dessert or cheese. 

Our starters:

 Fritto Misto of king prawn and baby calamari with
marinated plum tomatoes, fresh lemon, chilli &

crispy capers

  

Carpaccio of beetroot with Highland blue cheese & 

roasted hazelnuts with fresh mint and aged balsamic  

      Salad of parma ham & shaved Williams pear with 

pecorino cheese, broad beans, lemon & mint 

Once we had finished the Grüner Veltliner we moved onto some red with an impressive – soft and spicy – 2015 Primitivo Salento, Critèra from Schola Sarmenti – as our initial choice.

Main courses: 

Pan fried breast of chicken with wild mushroom risotto,
black pudding, rocket & shaved parmesan

Pan fried fillet of sea bream with oriental stir fry
of baby pak choi, steamed jasmine rice & crispy fried
shallots with cashew nuts, sesame & basil

2nd red: 

2011 Colline Teramane, Montepulciano d’Abruzzo,
Fantini Farnese

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The 2011 Colline Teramane, Montepulciano d’Abruzzo Fantini Farnese is obviously from further north with greater acidity and also more structured than the Primitivo. 

Affogato – vanilla ice cream with a shot of 
expresso & liqueur of your choice

Triple chocolate praline tart with salted caramel ice cream

Instead of a dessert I opted for a selection of cheese from Rory Stone (Highland Fine Cheeses). All were made from ewe’s milk. 

The wine list
The wine list is well chosen and fairly typical of the wine selection in the UK today and very different from a list in much of France, Spain or Italy, where local wines play a very dominant role. Instead at Rocpool the selection comes from all round the world. For instance, the whites on the main list come from seven countries – Italy, South Africa, Chile, France, Spain, Austria and New Zealand. For the reds it is nine countries: Italy, France, Chile, Spain, Australia, Portugal, New Zealand, Argentina and South Africa.  Prices on the main list range from £17.95-£59.95 for the whites and £17.95-£79. As you can see an eclectic mix with no one country really dominant. 

 

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Côtes du Rhône, inspirations florales et plats de légumes

Un menu qui semble être taillé sur mesure pour Hervé, notre inconditionnel carnivore…

 

Cela se passait la semaine dernière dans un resto végétarien (pas végétalien) de Bruxelles, chez Hortense & Humus (tout un programme). Un endroit relativement petit et certes mignon, dont l’entrée était occupée par une création végétale du fleuriste Thierry Boutemy, histoire de nous mettre tout de suite dans l’ambiance printanière. Un têtu rayon de soleil éclairait de son spot revigorant l’œuvre bucolique et il nous était demander de humer branches, fleurs et folles racines aux effluves réchauffés par l’astre. Voilà un exercice que je faisais petit, sans verre à la main, dans la boutique de mon grand-père fleuriste. J’allais mettre mon nez juvénile dans chaque fleur (pas d’extrapolation grivoise svp), ça forme la mémoire olfactive, c’est un bon exercice.

Retour chez Hortense  

Pour les dégustateurs qui ont un peu de mal à trouver dans leur mémoire à quoi correspond ce qu’ils sentent, le duo formé par Thierry Boutemy et Vicky Corbeels (Wine Lady of the Year 2015 – une spécialité belge) s’est prêté au jeu. Voici, un verre de Côtes du Rhône à la main, leurs commentaires…

Haut-Coustias blanc 2014 Côtes du Rhône Villages Cairanne Domaine de l’Oratoire Saint-Martin

Vicky : « Un vin produit en biodynamie, avec un nez velouté de pêche sèche et puis en bouche une belle ampleur, ce qui n’empêche pas ce vin d’être extrêmement droit et sec. Je retrouve des amandes mélangées avec du beurre, comme de la frangipane : pas de l’amande verte, mais bien de l’amande cuisinée comme en pâtisserie. »

Thierry : « Je sens que c’est un vin plus complexe qui embrasse le palais. A nouveau, il me porte dans des souvenirs d’enfance, dans des notes de bois frais, quand on gratte un arbre avec les ongles, qu’on enlève l’écorce et que l’on sent l’odeur de la sève, une odeur très fraiche qui a aussi parfois une odeur d’amande. »

Côtes du Rhône rouge 2014 Maison Lavau

Vicky : « J’ai au nez des fruits confits et du poivre noir, mais en bouche la fraîcheur fruitée et l’acidité de la cerise. Un vin parfait pour l’apéro avec des charcuteries. Après aération, c’est le raisin noir séché qui ressort. Une robe qui atteste d’une certaine évolution alors que c’est un vin encore assez jeune ».

Thierry : « Là, je vois des fleurs et à nouveau de la prune, l’odeur, ça représente le printemps, les fleurs de cerisiers, tout ce qui fleurit au printemps, à la fin du cycle de la fleur. D’un point de vue botanique, le cerisier, la prune, le pruneau, c’est la même famille, celle des ‘prunus’. Et l’écorce du prunus lorsqu’on la coupe, elle sent l’amande, cette fraicheur d’amande… »

Après à table

 Place aux légumes, suite logique de ces premiers bouquets printaniers. Sachant qu’il est toujours assez compliqué d’accorder vins et plats de légumes.

L’entrée : Rouleaux de printemps aux pommes, chou rouge, mayonnaise de colza & radis + Côtes du Rhône blanc 2015 Domaine Roche Audran

 

Pour le vin, il respire la fleur d’amandier, la rosée qui s’envole des genêts aux premiers rayons de soleil, le fenouil fraîchement poussé et la note d’agrume du citron confit. La bouche onctueuse ne manque pas de fraîcheur, ce qui est de bon augure pour le mariage végétal. En effet, le plat, plutôt bien acidulé, pourrait déstructurer totalement le vin, mais l’acidité de ce dernier agit comme une solution tampon et en neutralise la vivacité. Par contre, il faut aimer l’amertume développée par les légumes au contact du vin. Une recette printanière qui rafraîchit le palais.

Assemblage de 60% de Grenache, 25% de Viognier et 15% de Clairette

Le plat : Chou frisé et oignon, jeune blettes, graines grillées et jaune d’œuf + Côtes du Rhône Villages Rousset les Vignes 2012 Domaine la Banate

La Banate, un domaine que j’aime beaucoup, j’y suis allé, belle rencontre.

À quelques encablures de la Montagne de La Lance gît le Domaine de La Banate, sis sur la commune de Rousset-les-Vignes. Jean t’Kint y produit une cuvée de rouge faite de 80% de Grenache et 20% de syrah issue des vieilles vignes qui entourent la cave. Élevé en cuve pendant 10 mois, puis encore affiné en bouteille pendant 2 ans, ce Côtes du Rhône Villages Rousset-les-Vigne 2012 dégusté en 2016 offre toujours autant de plaisir aujourd’hui. La robe claire, le nez fruité et épicé avec des accents de garrigue, la bouche aérienne mais bien accrochée à la terre qui l’a vu naître. Un vin élégant, délicat, mais pas sans caractère.

Alors ça sur que des légumes, aïe aïe, très compliqué, du moins dans mes aprioris. Dont il ne faut jamais trop tenir compte, souvent, ils se trompent comme ici. Pareil côté amertume du plat, faut croire que les jeunes poussent n’ont pas encore eu le temps de s’assagir, mais le vin, malgré son caractère aérien, ne se laisse pas faire et met au pas les velléités des blettes et des graines grillées, défrise le chou (facile) et s’entend même avec le jaune d’œuf qui lie cette histoire végétale.

Le dessert : Betterave blanche cuite en croûte de café, crème de chocolat blanc, miso & yaourt de brebis + Côtes du Rhône blanc 2011 Domaine Trapadis

 

Doré intense, le nez respire l’encaustique, la cire d’abeille, avant de retrouver le fruit un moment caché par cette légère oxydation ménagée. On hume alors de la poire confite, de l’abricot sec, des pêches jaunes au sirop et des gelées d’agrumes, du coing. La bouche saline se dit qu’elle sera étonnante, voire détonante, avec le dessert et cela se confirme. La betterave se transforme en clafouti nappé de chocolat parsemé de zestes confits, le café souligne d’un trait à l’amertume délicate les épices du vin non remarquées avant. L’ensemble procure une sensation de satiété des plus agréables.

 

Assemblage de 90% de Grenache et 10% de Clairette

Un repas sympa, comme quoi, faut pas systématiquement une tranche de rosbif à tous les repas.

Je laisse le mot de la fin à l’artiste floral

« Ma vision d’ensemble, pour cette installation, c’est celle de la région à cette saison précise. Alors qu’on est au début du printemps et pour rester en résonnance avec le cycle végétatif de la vigne, je vois du végétal et du bois avec de la sève qui monte, des arbres et des fleurs d’arbres, des arbres en fleurs et des fleurs qui donnent des fruits, pas des fleurs des champs… Beaucoup de fleurs d’amandier, de pêcher, de cerise, de prunus, le tout en connexion avec la garrigue et une végétation assez sèche…» Thierry Boutemy

Ciao

 

 

Marco

 

 

 


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Two fine dinners – Sticky Mango (London); The Harrow, Little Bedwyn

 Sticky Mango at 33 Coin Street, London SE1 9NR 


Chef Peter Lloyd

Nuno Rosa, head waiter at Sticky Mango 

(above and below)

 

 

The long established RSJ Restaurant now has an offspring – Sticky Mango, serving Asian street food. Sticky Mango has colonised and transformed the RSJ’s Yellow Room and the basement, while the RSJ Restaurant continues as before upstairs. Sticky Mango is a partnership between Nigel Wilkinson and Chef Peter Lloyd. Sticky Mango opened in October. 

On Wednesday evening (16.11.16) we ate there for the first time and were very impressed. Knowing Peter I expected the meal to be very good but we were really impressed by the quality and inventiveness of the food – just delicious.     

Sticky Mango, 33 Coin Street, London, SE1 9NR. Tel: 020-7803 9733 info@stickymango.co.uk Entrance on Stamford Street.

 

 The RSJ’s basement area transformed

(above and below)


Spicy banana blossom salad, bean sprouts,
Asian pear, crispy shallots, mint 

 G’s black shrimp, sun-dried pineapple, Jicama and pea shoots

 


Tempura soft shell crab
Singapore chilli sauce, fried steam buns


Jasmine rice
 

2015 Saumur Rouge, Domaine des Hauts de Sanziers
which worked very well with the spicy flavours
softening the tannins, which were evident 

when tasted before the food arrived 

•••

Great treat on Friday evening – dinner with good friends at The Harrow, Little Bedwyn. We chose the Set 6 Course Tasting Menu. Having taken the precaution of ordering our wines in advance we were served the Wiston Estate Sugrue-Pierre « The Trouble with Dreams » English sparkler very soon after our arrival in the busy restaurant. Made from 55% Chardonnay, 40% Pinot Noir and 5% Pinot Meunier, this is a lovely fresh sparkling wine with mineral acidity in the finish.

 Langoustine bisque with grilled sourdough

 

 Citrus cured salmon & Torbay crab with Exmoor caviar salt

(this dish was especially good)

 Cornish line caught turbot with Dorset clams & leeks

2004 Bin 7, Riesling, Clare Valley

Leasingham 

Looking through The Harrow’s wine list the 2004 Leasingham Riesling stood out. An Australian Riesling with 12 years bottle age and furthermore at a very reasonable price. I had no idea when I emailed Roger and Sue with my choice that I was ordering their last bottle of this wine. The screwcapped Leasingham certainly met expectations from the lovely evocative nose and flavour of lightly evolved Riesling – some lemon and lime, floral notes and peachy. Overall it was the purity of fruit and the wine’s vibrantly fresh finish that was memorable. 

Back in 1999 tasting a Yalumba screwcapped Riesling from the mid 1970s was an epiphany. This 2004 is further confirmation that Riesling – Oztralian certainly – ages brilliantly under screwcap.    

 

 

 Northumberland roe venison,
black pudding (
Charles Macleod from Stornaway), parsnip and morels

(above and below)

1996 Chinon, Domaine de la Noblaie 

Roger kindly invited to bring our own bottles along, so I chose to take one – this 1996 Chinon from Domaine de la Noblaie. It showed brightly with enticingly spicy aromas and generous soft fruit and a long balanced finish. Furthermore it turned out that the 96 Chinon and the venison were made for each other. 

The 1996 was made by François Billard, whose main job as the time was teaching oenology at the Lycée Viticole at Montreil-Bellay. It wasn’t until 2003 that his son Jérôme returned to the domaine after his studies and after working in various parts of the world to take over.

 

Selection of five English cheeses
– we shared this between the five of us 
 

 Boiled egg & soldier 

– very inventive pre-dessert

Orchestrated chocolate while 

including a cherry parfait  

The Harrow is highly recommended. Both the food and the wine list are wonderful. The service is very efficient, while being friendly and relaxed. A delight! 

ChevereJm

 

JIM


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Le hasard fait bien les choses, parfois (la surprise venue des Canaries)

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Lors de mes pérégrinations récentes dans des bars d’une partie de l’Andalousie, à la recherche des Manzanilla et des Jérèz (voir mon article de lundi dernier), j’ai bu, dans un bar à tapas à Granada (La Tana, ci-dessus et très recommandé), un vin rouge qui m’a beaucoup plu.

Il avait un goût que je n’avais jamais rencontré auparavant. Il est difficile de le décrire rétrospectivement, mais il avait une texture assez suave sans être parfaitement lisse, des tanins fins mais assez peu marqués, une acidité suffisante mais relativement faible, un fruité raffiné de bonne intensité, une corpulence moyenne et une très bonne longueur. Il avait aussi quelque chose de légèrement terreux mais pas dans un sens péjoratif.

Dit comme cela, je me rend compte que c’est d’une banalité affligeante et qu’une telle description ne vous donnera aucune notion du goût de ce vin. N’ayant pas pris des notes, je suis incapable de faire mieux maintenant, mais ce vin m’a paru singulier, en tout cas différent de tout ce que j’ai pu déguster avant. Je me demande, en outre, si l’on est capable de décrire les sensations et émotions qui peuvent déclencher un vin au moment de sa dégustation. Les longues liste d’arômes que je vois dénommés parfois me semblent relever d’un fantasme issu des Précieuses Ridicules. Mais mes propres descriptions, généralement bien plus étriquées, ne valent pas mieux !

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Ayant beaucoup aimé ce vin, j’ai demandé à voir le flacon, car le barman de cet excellent bar à tapas, qui était archi-bondé un vendredi soir, m’avait simplement demandé si je voulais mon verre de rouge plutôt suave ou plutôt puissant, ce que je trouve bien plus pertinent que de nommer une appellation ou un producteur.

En regardant l’étiquette je constate que le vin venait des Canaries et, en faisant des recherches, j’apprends que son cépage est le Palomino Negro, aussi connu sous les noms de Listan Negro ou de Listan Prieto. Le Palomino Blanco est la variété de base de la plupart des Jérèz, mais je ne connaissais pas sa variante foncée. Il paraît qu’il est largement planté aux Iles Canaries, avec plus de 5.000 hectares. Il ne s’agit donc pas d’un cépage rare. De plus, les analyses génétiques lui ont trouvé une identité commune, malgré quelques différences due à sa reproduction par semis de grains plutôt que par bouturage, avec le cépage connue sous le nom de Misión, très largement planté en Amérique du Sud et en Amérique Latine, y compris jusqu’en Californie, autrefois.

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N’ayant pas encore eu le plaisir de visiter les Iles Canaries, ma source d’information sur le vin vient du web, et particulièrement du site très bien fait du producteur de ce vin que j’ai tant aimé. Bodegas Viñátigo puise ses racines dans une parcelle de vignes centenaires située près du village de La Guancha, sur la partie nord de Tenerife. Aujourd’hui le domaine possède huit parcelles différentes, dispersées dans des localités variées de Tenerife, mais vinifie également des raisins achetés auprès de vignerons sous contrat avec des objectifs qualitatifs. Le projet de Viñátigo est de rénover la vinification locale tout en préservant l’héritage des variétés locales. Outre le Listan Negro, ils produisent des vins à partir de Gual, Marmajuelo, Vijariego, Tintilla, Baboso, Malvasia et d’autres, parfois réintroduit par eux-mêmes.

Le vin de Viñatigo que j’ai dégusté ce soir-là ne vaut que 10 euros en Espagne et j’en aurais bu la bouteille entière avec plaisir. Je ne crois pas qu’on puisse le trouver en France, mais il est bien diffusé aux USA, parfois au double de ce prix. J’espère pouvoir m’organiser un voyage aux Canaries prochainement et rendre visite à ce producteur.

David

PS. Peut-être que Marie-Louise pourra nous éclairer davantage sur ce producteur et ses vins ? 


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Pourquoi le vin semble-t-il mieux traité à Londres qu’à Paris ?

Autant vous le dire de suite : je n’ai pas de réponse à cette question. Mais je viens de constater, un peu au hasard d’une récente pérégrination dans la capitale britannique, que cela semble bien être le cas. Je sais bien que mes trois exemples peuvent être considérés comme anecdotiques à l’échelle d’une ville aussi vaste que Londres, mais deux d’entre eux ont été choisis vraiment par hasard, comme le ferait un touriste moyen à Londres (que je suis devenu dans une ville que je ne reconnais qu’à peine après plus de 40 ans d’absence). Et je me demande si, au hasard de ses ballades à Paris pour voir et faire autre chose que de visiter des lieux du vin, un touriste étranger tomberait aussi bien que je l’ai fait à Londres.

La première étape fut choisie à l’occasion d’un rendez-vous d’affaires avec un client, et par ce client. Le 67 Pall Mall (http://www.67pallmall.co.uk/club.html) abrite un club dont le vin est la raison d’être et je n’en connais pas l’équivalent à Paris. Les 600 membres (et il y a une liste d’attente, paraît-il) règlent une cotisation annuelle de 1000 livres (500 si vous êtes un professionnel du vin) qui leur permets d’entrer dans ce club situé dans un des quartiers les plus chics de la ville, y loger une partie de leurs vins, en choisir aussi sur une liste longue comme un jour sans vin, manger très bien ou organiser des dégustation ou des rendez-vous d’affaires ou d’amis. La nourriture est excellente et les prix plutôt raisonnables pour le quartier. Il y a des salles privées et deux petites salles à manger. Le service est parfait.

Seconde étape : en allant voir une exposition au Tate Modern (Georgia O’Keefe, plutôt décevante dans l’ensemble à part les gravures et les dessins), je m’y dirigeais à pied depuis la gare de Waterloo quand j’ai remarqué dans une rue à droite un restaurant intitulé RSJ où j’avais mangé il y a des années avec un des mes cousins. J’en avais gardé un excellent souvenir et j’ai décidé d’y retourner pour déjeuner après avoir vu l’expo. Ce qui fut fait. Peu de monde à 13 heures un mardi, mais une cuisine de haute qualité, précise et avec des produits frais préparés sans chichis mais avec grand soin. Et une liste de vins de Loire énorme et exemplaire (Jim doit bien connaître). Là encore je ne sais pas si Paris a son équivalent. J’ai pris une bouteille de Saumur blanc de Frédéric Mabileau (à qui j’avais donné son premier stage dans le vin en dehors de son domaine familial à St. Nicolas, dans les années 1980). Un chenin blanc somptueux, aussi intense et succulent que vif et précis. RSJ, pour les profanes, ne signifie pas les initiales du propriétaire, mais Rolled Steel Joist, autrement dit une IPM, poutrelle métallique qui a du être insérée dans ce vieux bâtiment pendant sa conversion en restaurant.

Et voici ce qu’en dit la magazine Time Out si vous voulez une opinion plus avisée (je ne suis pas critique gastronomique !) http://www.timeout.com/london/restaurants/rsj

Troisième et dernière étape : Grain Store à Kings Cross (http://www.grainstore.com). Je logeais dans un hôtel miteux mais pas trop cher (tout est relatif à Londres en matière d’hôtels) à côté de la gare de St. Pancras pour prendre un Eurostar très tôt le lendemain. Pour aller manger un morceau et boire aussi, je me suis promené dans le quartier si bien réhabilité qui borde les deux gares (St. Pancras et Kings Cross) au nord, du côté de Camden. Plein de possibilités en matière de bars, de pubs, de restaurants, tous assez fréquentés par un public essentiellement jeune et cosmopolite. Par choix un peu hasardeux (décor, relative tranquilité) j’entre dans un d’eux, intitulé Grain Store. Je suis bien tombé. 12 vins rouges, 8 vins blancs, un rosé (largement assez) ; trois bulles, deux Sherries y sont servis au verre. Et très bien choisis aussi ! J’ai dégusté un superbe Godello 2015 de Benito Santos (Galice, Espagne) et un très bon Riesling 2014 de Peter Laueur (Saar, Allemagne). 4 des blancs et 3 des rouges étaient français, autrement le choix était très éclectique quant aux origines comme des cépages. Les prix au verre allaient de 4 à 15 livres (un Condrieu pour ce dernier). Lieu très agréable avec cuisine ouverte, décor industriel remanié avec goût, service souriant et bien informé, nourriture excellente sous forme de tapas intelligentes et créatives, mais on peut aussi faire un repas classique. Est-ce qu’on trouve cela à Paris ? Je ne le crois pas, malheureusement.

Je vous ai déjà parlé de la différence entre les gares de St. Pancras et de Paris Nord sur le plan des vins et de la nourriture. Elle est encore plus accablante pour la France !

Je vais devenir Français, en tout cas, j’en ai fait la demande, mais force est de constater qu’en France on traite le vin assez mal en comparaison avec ce qui semble se passer outre-Manche où le service se fait avec le sourire, en tout cas là ou je me suis rendu. Une autre chose m’a frappé : si j’en juge par leurs accents, très peu des personnels de service dans tous ces établissements étaient anglais. Qu’en sera-t-il lorsque le stupide « Brexit » sera consommé ?

David


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Eating well in Scotland: Islay & Highlands

 The Harbour Inn, Bowmore

I have posted in previous summers on how eating out in Scotland has improved enormously over the past 20 years or so. The quality of Scottish ingredients is now celebrated whether is fish and shellfish, meat or game. Little wonder that the Highlands of Scotland are now attracting discerning visitors from many European countries.

Here are reports of four meals we have enjoyed while in Scotland over the past few weeks: two on Islay – The Harbour Inn and The Bridgend Hotel – and two in Newtonmore – The Letterbox and The Evening Flower.

The Harbour Inn, Bowmore, Islay 

One of the views from the restaurant 

On a Sunday evening we had a very enjoyable meal in The Harbour Inn, Bowmore. We ate in the section that looks out over the harbour and the bay. CRM and I shared a tasty slate of antipasto and there was plenty there for two as a starter. CRM and her mum then chose the pan fried hake – a generous filet that was perfectly cooked. You could tell without tasting that the fish was just right as the milky flakes glistened.

I went for the chargrilled squid and rabbit confit paella, which was a flavoursome and interesting variation on a traditional paella.

Without studying the wine list in detail we went for a 2015 Muscadet Sèvre-et-Maine, Vieilles Vignes sur lie from Château du Poyet in La Chapelle Heulin and which belongs to the Bonneau family. It had some attractive weight from the 2015 vintage but good refreshing acidity without being sharp. Drinking well now it would be no problem keeping this for another five years or more.

Happy to recommend The Harbour Inn – we would certainly go back.        


Antipasto – cooked and cru ham, salami, chicken, Kalamata olives and celeriac  


2015 Muscadet Sèvre-et-Maine,
Vieilles Vignes, Château du Poyet 


Pan fried hake with mash potato, wilted spinach etc.

Paella of chargrilled squid and rabbit confit 
•••

 

The Bridgend Hotel, Bridgend, Islay

The Bridgend Hotel, Bridgend, Islay

The weather on Islay is truly execrable. Fortunately, there are some good places to eat. On a Wednesday evening we tried the Bridgend Hotel and were very favourably impressed starting with the warm welcome. We were settled in Strath Lounge for pre-dinner drinks and a look at the menu featuring locally sourced ingredients 

The dining room is attractively airy and the public areas of the hotel are well appointed as are doubtless the bedrooms. 

We were very happy with our menu choices. Only the wine list could do with improvement – no vintages, a rather limited choice and it would be good to see some more interesting wines included. The list plays safe. It would be nice to see more ambition to match the quality of the food. In contrast they have a comprehensive list of local whiskies.

Starters:   

 Langoustine salad with garlic mayonnaise 

Warm langoustine tails with herb butter

2014 38 Parcelles, Ventoux, Famile Quiot
Carignan, Cinsault, Grenache Noir, Syrah
– attractive soft, spicy fruit, quite light colour

Grilled lemon sole with asparagus and fennel

Lamb cutlet and loin with pea mash, new potatoes 

Medallions of venison with beetroot,
parsnip crisps, potato croquettes
– the venison was nicely pink just as I had ordered 

Sliced pear, almond tart with honey ice cream 

Chocolate crème brulée with roasted marshmallows

The Letterbox, Newtonmore

The Letterbox, Main Street, Newtonmore 

Last week we had a very good return visit to The Letterbox Restaurant in Newtonmore. The restaurant opened in 2010.  

It was encouraging to see that it was busy. We started with a glass of South African Chenin Blanc while we considered our choices. Three of us opted for the two course evening menu – starter and main course – for £16.95.  

First courses: 

I chose the tasty mackerel paté, while the others went for the chicken mousse – also tasty, well made and generous portions.       

Mackerel paté with a salad and oak cakes 

Apricot, asparagus and chicken mousse 

Main courses: 

Our three choices of main courses 

 

 

 Plaice fillets in a cream sauce with samphire,
carrots and new potatoes
– off the a la carte specials menu

A rich and very good venison stew with haggis dumplings

Meat balls with tagliatelle: another rich and copious dish

 2014 Fleurie, Cru du Beaujolais, Patrick Chodot,
Fleurie from a good vintage
which partnered even the rich dishes well

Profiteroles with a cream filling

Créme Brulée with apricot and vanilla

We have had several meals at The Letterbox and have always been impressed, so am happy to recommend this restaurant. I do wonder, however, at the wide range of dishes offered in a restaurant that has space for a maximum of just over 30 covers. On the set dinner menu there are five choices of starter and main course. The à la carte menu has a big choice and then there is a specials board with five starters and five mains. It is difficult to see how this makes economic sense. 

The Evening Flower

 

On Saturday evening we celebrated the eve of my birthday at The Evening Flower – the café in Newtonmore that is The Wild Flour during the day. The Evening Flower runs on Friday and Saturday and is really excellent with the great advantage that you can bring your own wine, beer etc.

We were a party of 16 – family and friends. Our wine choices were not fancy but instead assured value. Freixenet Cordon Negro Cava as the celebratory apéro.    

 

First courses: 

Excellent seared Orkney king scallops,
asparagus, garlic butter & capers 

Seared wood pigeon breast, Stornaway black pudding,
raspberry & balsamic dressing, pine nuts

Goats’ cheese, toasted walnuts, red onion marmalade

   2014 Muscadet Sèvre et Maine sur lie,
Domaine de la Tourmaline, Gadais Père et fils


Mains:

Lamb cutlets, creamy rosemary mash, mint & balsamic sauce

Sage, apricot & garlic pork chop,
apple & fennel seed sauce, new potatoes

Ribeye steak, roast tomato, flat mushroom, new potaoes

pea shoots, red wine & caramelised onion gravy

2015 Combe aux Jacques, Beaujolais Villages

Louis Jadot – delicious and enough concentration
and structure for the beef

Desserts:   

 

Chocolate and walnut torte

Vanilla crème brulée with strawberries 

Celebratory chocolate brownie with candles
and a scoop of chocolate ice cream 

Not sure that he asked permission but was happy to share my birthday with Usain Bolt…..

NouveauOs

 


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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…