Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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La Styrie, une terre promise pour le sauvignon blanc ? (2/3)

Vous m’excuserez une petite allusion biblique dans mon titre. Bien qu’étant totalement athée, je fais juste un clin d’oeil aux élucubrations poilues de mon ami Olivier, publiées samedi dernier sur ce blog. Maintenant retour à la Styrie…

photo vineyards

La première partie de cet article, qui date de la semaine dernière, aura, je l’espère,  jeté les bases d’un portrait de groupe sous forme de cadre, situant à la fois le contexte et un certain nombre de paramètres de ce que j’estime être un cas exemplaire de réussite collective dans le domaine du vin. Résumons brièvement les éléments. Une région  européenne  autrefois pauvre et peu connue, loin des axes fluviales et maritimes, dont le climat n’est pas le plus aisé pour le viticulture, à la topographie tourmentée et qui est plantée, historiquement, d’une combinaison entre cépages locaux ayant peu de renommée et quelques variétés dites internationales à forte renommée. La topographie et le climat comme contraintes, auxquelles il faut rajouter, de nos jours, une main d’œuvre devenue aussi chère que dans l’Europe occidentale, le tout se conjuguant pour créer un prix de revient assez élevé pour celui qui veut produire des vins de qualité.Nous avons vu que la région en question s’appelle Steiermark/Styrie et qu’elle n’est que la troisième région de production d’Autriche, déjà un tout petit pays vinicole à l’échelle mondiale.

shares of Austrian wine regions

styria-map

 

Pour les lecteurs de ce blog qui ne sont que peu familiers avec les vins de l’Autriche, l’ensemble du vignoble de Styrie représente l’équivalant en surface des vignobles de Savoie et de Jura combinés. Ce n’est pas rien, mais cela ne représente que 40% des vignobles détenus par le géant chilien Concha y Toro, par exemple. Je n’ai pas choisi ces exemples par hasard. Les climats de Savoie et de Jura ne sont pas trop éloignées de celui de la Styrie, car ils se trouvent à deux bouts opposés de la chaîne alpine et se situent sensiblement  la même latitude. La comparaison avec Concha y Toro est là pour signifier qu’une région si petite, avec des conditions d’exploitation et un morcellement des domaines tels qui existent, n’a strictement aucun intérêt à se battre sur les marché de masse du monde. Autrement dit, tout analyse intelligente de la situation de la Styrie ne peut qu’aboutir à la conclusion qu’il est vital de viser des marchés de niches avec des vins de haute qualité, qui seront vendus à des prix largement supérieurs à la moyenne. Comme nous l’avons vu dans l’article précédente, c’est clairement la stratégie adoptée par l’association de 10 domaines styriens qui se sont regroupés volontairement dans l’association STK (Steirische Terroir und Klassik Weingüter / Styrian Terroir and Classic Wine Estates).

Dans cet article je vais raconter mes visites à quelques uns de ces domaines avec des commentaires sur leurs vins. La semaine prochaine je vous amènerai chez les autres.

la nourriture (1)La nourriture à beau être simple et venir du domaine, ou de chez les voisins, elle est présentée d’une manière raffinée par la famille Gross

Ma première visite a eu lieu au Weingut Gross dans le secteur du Sudsteiermark. Comme bon nombre des domaines dans le secteur, et comme plusieurs dans ce club, l’essentiel de l’activité de la famille Gross dans le vin débute au tournant du 20ème siècle avec, à la base, une activité agricole mixte dont une partie de la production trouvait une débouché via ce qui est appelé localement un Buschenshank, ce qui est à peu près l’équivalent styrien des Heurige viennois, c’est à dire une sorte d’auberge familiale ou il était permis de vendre ses vins accompagnés des nourritures simples produits sur le domaine. Cette tradition, ainsi qu’un atmosphère aussi familiale qu’accueillant, est maintenue de nos jours chez les Gross avec une bonne touche de modernité. C’est ce trait-là qui m’a plu avant tout lors de mes visites : la capacité des vignerons visités à se renouveler et à se moderniser sans perdre de vue là d’où ils viennent.  Si c’est Alois Gross qui a mis l’affaire sur les rails de la modernité, il a su, progressivement, passer la main à la jeune génération. Mickael m’a reçu avec gentillesse et simplicité dans la maison familiale qui héberge un lieu de réception en bois clair, décoré de tableaux modernes et ayant regard sur la parcelle spectaculaire du Ratscher Nussberg (la parcelle nommé Nussberg se trouve sur la commune de Ratsch). Le noyer planté devant la baie vitré protège la terrasse des moustique en été, et fournit de l’ombre. Une assiette de produits de la ferme, rouleaux de jambons et  de viandes séchés avec sauce au raifort, portions de légumes et posé sur la table. Le domaine viticole comporte aujourd’hui 50 hectares en Autrice, et une autre propriété de 6 hectares en Slovénie, avec une réserve de 14 hectares non encore plantés dans ce dernier cas. Bien entendu, les gammes sont séparées. La production concerne plusieurs cépages : Welschriesling (Grasevina), Muscat Blanc, Pinot Blanc, Pinot Gris, Morillon (Chardonnay), Sauvignon Blanc et Gewürztraminer.

les vins Gross

Les vins dégustés chez Gross le furent et deux fois, la première à découverte à la propriété, la seconde à l’aveugle dans le dégustation de l’ensemble des producteurs. C’est un des producteurs les plus réguliers parmi les 10 que j’ai visité. Excellents vins issus de leurs erste lage et grosse lage. Comme quasiment tous ces collègues, Gross a heureusement abandonné le bouchon liège et utilise la capsule à vis pour tous ces vins. D’autres, comme Tement, préfèrent le bouchon en verre, mais le bouchon liège disparaît progressivement en Autriche et c’est tant mieux. Tous ont adapté la préparation de leurs vins en conséquence, entre autres en utilisant moins de soufre et en les élevant plus longtemps. Je n’ai rencontré quasiment aucun vin souffrant de réduction.

étiquette Jakobi

Jakobi Savignon Blanc 2014

8,90 euros

Ce bon vin simple et directe par ses flaveurs, issu de jeunes vignes, possède une très belle étiquette qui raconte l’histoire de ce millésime sous forme d’un calendrier à la mode almanach. L’étiquette change donc en détail chaque millésime. Une jolie idée bien réalisée.

 

Stieirische Klassik Saivignon Blanc 2014

11,90 euros

Vin d’assemblage ayant plus de gras et de matière que le précédent et qui relève du premier niveau de la charte qualitative STK.

J’ai dégusté ce vin une second fois, à l’aveugle mais dans le millésime 2013. Nez vif, assez expressif dans un registre légèrement herbacé. Texture fine et saveurs nettes et salivantes (noté 14/20).

 

Ratsch Sauvignon Blanc 2013

13,50 euros

Vin d’appellation village. Nez tendre, odeurs de poire. Bien plus ample, à la texture lisse, avec du volume et un peu de gras. Fermenté dans des grands récipients en chêne. Fin mais manque un peu de précision et de longueur par rapport aux meilleurs de cette catégorie (noté 13,5/20)

 

Sultz Sauvignon Blanc, Erste Lage STK 2013

19,90 euros

Issu de la parcelle la plus chaude du secteur, qui est classé en premier cru (ertse lage) par le STK. Le vin est effectivement plus chaleureux et expressif, issu de raisins manifestement bien murs mais sans aucune sensation de surpoids. Belle intensité du fruit, de la fraîcheur et une très bonne longueur. Une des meilleurs de sa catégorie (note 15/20)

 

J’ai aussi dégusté leur vin de Slovénie

Colles Sauvignon Blanc 2013

17,90 euros

Vin splendide, clairement d’un vignoble plus frais par son austérité. Belle intensité de type sancerrois. Aura besoin d’un peu de temps

Colles Sauvignon Blanc 2012 (dégusté à l’aveugle)

Dans ce millésime le boisé dominait trop les saveurs à mon goût. Je me demandais même s’il n’y avait pas une trace de bouchon.

 

Ratcher Nussberg Sauvignon Blanc, Grosse Lage 2013 (échantillon du fût)

33 euros

Le haut de gamme de la maison, issus du grand cru situé devant les bâtiments. Très intense avec du gras mais sans aucune impression de lourdeur.

Ratcher Nussberg Sauvignon Blanc, Grosse Lage 2012

Nez discret mais très belle matière à la texture sublime. C’est juteux, frais et parfaitement équilibré. Vin somptueux, long et complexe. Il fut un des meilleurs de la série des Grosse Lage dans ma dégustation à l’aveugle (noté 16,5/20)

 Michael GrossMichael Gross explique ses vins avec simplicité et élégance. C’est à leur image. Le photographe a manifestement eu du mal à manger proprement en revanche.

IMG_6583

A quelques kilomètres de là, sur la colline voisine, le domaine de Wolfgang Maitz est de taille plus modeste que celui de Gross, avec ses 15 hectares. Son restaurant, intégré au winery, est plus ambitieux en revanche et a une des meilleures réputations du coin. Les bâtiments s’entoure d’une dizaine d’hectares, avec des expositions variables, puis il y a aussi 5 hectares sur la commune de Ratch, dont une parcelle sur le erste lage Sultz. Hochstermetzberg est le nom de sa parcelle ayant le statut de grosse lage. Sa gamme de cépages est aussi étendue mais avec un peu de rouge (Grauburgunder et Zweigelt), et aussi du Riesling. Par exemple, son Gelber Muskateller 2014, vinifié en sec, est une pure délice, vendu pour 9 euros.

IMG_6585En Styrie, comme dans beaucoup de régions, on fait grand cas de la nature des sols.

Sauvignon Blanc Steirische Klassik 2013

10,50 euros

Un des meilleurs vins de sa catégorie que j’ai dégusté. Il a de la richesse et une pointe de verdeur, mais sans agression aucune. La texture est fine et presque crémeuse et l’acidité est aussi fine que l’ensemble est persistante (noté 14,5/20)

Sauvignon Blanc Hochstermetzberg grosse lage 2012

26 euros

C’est un vin splendide, aromatique dans un registre très fin, avec des touches de fruits exotiques assez singulières, des notes d’estragon et d’agrumes. Cette même exubérance se trouve en bouche, situant ce vin un peu plus proche de certains exemples du Nouveau Monde que la plupart de ses collègues. Mais l’ensemble est parfaitement équilibré, frais et très long (noté 16,5/20)

IMG_6589Maitz produit aussi une belle gamme de grappa

La suite la semaine prochaine…

David Cobbold


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A Hawk in a Pub and Bob Campbell reflects

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A goshawk at the Three Stags Head: December 2011

A goshawk at the Three Stags Head: December 2011

We spent last weekend with friends in Derbyshire. After a coolish start Saturday turned out to be a perfect early March day. Made all the more beautiful by being in England’s stunning Peak District. We went for a walk along part of the Monsal Trail, which uses the old railway line that once ran from London St Pancas to Glasgow St Enoch Station. The Thames-Clyde Express used this route – the third and last to be constructed rail route from London to Scotland.

 

Cressbrook Tunnel

Cressbrook Tunnel

 

The Wye Valley path of the Monsal Trail

The Wye Valley path of the Monsal Trail

The River Wye

The River Wye

The Three Stags Head

The Three Stags Head

After our walk we repaired to the Three Stags Head in Wardlow, Derbyshire where back in December 2011 we had our famous encounter with a white goshawk. Again we were in luck. It was almost as though the keeper of these birds of prey was awaiting our arrival as just as we parked across the road from the pub, he came out of the Three Stags Head, took out a red tailed hawk from a safe in his car and followed us back into the Three Stags Head.

Keeper, pint, red tailed hawk and over-exposed image of Geoff Fuller, mine host, with his head permanently and properly  buried in his copy of The Times

Keeper, pint, red tailed hawk and over-exposed image of Geoff Fuller,
mine host, with his head permanently and properly buried in his copy of The Times

The hawk catching up on the day's news

The hawk catching up on the day’s news

Unfortunately The Three Stags Inn is not doing food at the moment – on our last visit we enjoyed excellent partridge. Pat Fuller explained that they had been unable to get a proper chef and as she was now running the café across the road – making cakes etc. – she hasn’t time to do the cooking for the pub. Hopefully they will find a new chef soon. We tried the Brimstone and Deception from the Abbeydale Brewery in Sheffield.

Then on the barman’s recommendation we moved onto the Packhorse Inn at Little Longstone, where the five of us shared a couple of excellent platters.

Packhorse Inn at Little Longstone

Packhorse Inn at Little Longstone

 ***

Bob Campbell MW's excellent Reflections through a wine glass

Bob Campbell MW’s excellent Reflections through a wine glass

I’m enjoying Bob Campbell MW’s excellent monograph entitled Reflections through a wine glass (IWFS – International Wine & Food Society). New Zealander Bob was born in 1947 and as is so often the case for people born in this great vintage he talks a lot of sense. His 60-page monograph covers terroir, blends, the screwcap revolution, the merits of matching wine and food, dealing with old wines, hints on cellaring and the MW programme.

Bob is very much in favour of screwcaps, although he recognises that we have yet to find the perfect closure. It is hardly surprising that he is in favour of screwcaps as the bottle of 1947 Cheval Blanc that he had carefully kept for years turned out to be corked when he finally opened it! 

Percée 2015 058

    


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Vin en boîte…

On a connu les cubis et leurs aléas gustatifs,

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remplacés aujourd’hui par les fontaines à vins, communément appelés BIB qui est une marque déposée, et qui se positionnent de plus en plus comme une alternative qualitative et pratique de la bouteille. De là à imaginer un concours, il n’y avait qu’un pas. Votre serviteur y participera…

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Notre consœur et copine Nadine nous fait part de sa motivation

Le meilleur des vins…

Il y a le vin dont on est fier, celui qui ne sera pas forcément bu mais présenté affiché comme une preuve de bon goût. Un goût de richesse ou de notoriété, un goût surfait qui repose sur l’assurance professionnelle de quelques dégustateurs de référence.
Il y a le goût Parker et celui de la RVF ou encore les coups de cœur du Guide Hachette, les lauréats du Guide Hubert et les étoiles du Bettane&Desseauve. Il y a aussi une petite partie du vin qui inspire la bande des 5duvin. Ces vins-là sont plus ou moins excellents, on ne doute pas de leur qualité. Ce sont les vins élus.

…en boite

A l’autre bout de la chaine, il y a les vins modestes. Ceux dont on ne parle pas, ceux qui n’ont pas de médaille et pas de guide, pas même de référence ni de repère. C’est à peine si on ose dire qu’on en achète comme s’ils ne valorisaient pas ses amateurs. Un vin quotidien, un vin sympa, un vin de copains, un vin accessible, toujours disponible, un bon ami. Ce vin-là a choisi son contenant. Qu’il soit grand et complexe ou léger et facile, il ne casse pas, il ne brille pas, il est d’emblée modeste et plus généreux que la bouteille. Il se vend par trois, cinq ou dix litres. Faudrait pas en manquer. C’est un vin simple, on n’en parle pas mais on en boit. Le rosé qui entre dans le frigo comme un distributeur maison a fait un carton tout l’été. Ce serait aussi simple de le mettre en bouteille et au frais mais sa présence parfaitement adaptée au frigo, donne une impression d’abondance. Il a réinventé l’apéro au vin. Toujours prêt à boire.

Toujours prêt

Le prêt à boire est sa définition. Les vignerons qui ont compris cette condition sont les rois du marché. Le vin doit être à bonne maturité, quelques mois pour les rosés et les blancs mais pouvant avoir plus de deux ans pour certains rouges qui nécessitent un élevage plus long. Il doit être conditionné au bon moment, ce n’est pas un vin de collectionneur. Il n’est pas goûté en primeur, il n’ira pas remplir les salles d’enchères. Son temps de conservation est limité. Comme un fruit, comme un produit laitier.

Pour un temps

Comme eux, sa date limite de consommation (DLC) ou encore sa date limite d’utilisation optimale (DLUO) est généralement courte mais elle dépend de la qualité du vin et de son conditionnement. Elle n’est pas inscrite sur l’emballage, de même qu’on n’imagine pas mettre une DLC sur un grand Cru en bouteille. L’étiquetage pourrait évoluer mais il sera toujours difficile de généraliser sur l’aptitude de conservation d’un de ces vins modestes.

De plus en plus

Le marché du vin en BIB et autres outres à vin (quel vilain mot) progresse tranquillement depuis une dizaine d’années. Que ce soit dans les ventes de vin en GMS (cf. Le contexte) ou bien à l’export. Ce n’est pas le prix seul qui explique cette progression mais plutôt une meilleure adaptation à une consommation décomplexée du vin.

De mieux en mieux

L’offre des vins en BIB est de plus en plus large et faire un choix devient difficile. Les producteurs communiquent peu ou mal sur ce contenant. Le carton permet une belle surface de marketing qui est rarement exploitée. Certains, comme Listel, exposent une photo de leur bouteille comme seule image. D’autres le transforment en objet d’art comme le Château Puech Haut (BIB’Art). Les vignerons d’Aquitaine le détournent avec ses fameux French Fuel et leur slogan « en France on n’a pas de pétrole mais on a du vin ». La plupart se satisfait du carton générique proposé par le fournisseur avec une image désuète de raisin, de vignes et de corbeille de fruits.

Trop de choix

La variété de vins en BIB ne connaît pas de limite, il était temps de s’intéresser à leur qualité et de proposer une sélection de goût. Une dégustation réalisée par des amateurs et des professionnels qui jugeraient la qualité du vin. Un concours international et sa médaille du meilleur des vins en BIB. Une sorte de « Bu et approuvé », comme un conseil amical, « on a goûté pour vous et on vous le recommande ».

La sélection

Le concours est international parce que le BIB est international et le marché français du vin en BIB progresse fortement à l’export. Le plus souvent moins cher que le vin en bouteille, il est apprécié par les amateurs de vin au quotidien pouvant s’offrir ainsi un verre de vin sans mettre en péril le reste d’une bouteille.
Le nom, Wine in Box, affiche sa singularité et revendique sa différence.
La récompense : Best Wine in Box, se comprend dans toutes les langues en jouant sur la polysémie du mot BEST qui s’applique aussi bien au bon qu’au beau.

http://www.best-wine-in-box.com/wine-in-box-51-en-savoir-plus.html

Nadine Fanjus-Adenis

 

Je suis curieux de voir la disposition sur les tables de dégustation des cubes, parallélépipèdes, cylindres et autres polyèdres sortis de l’imagination des créateurs.

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Il nous faudra pratiquer différemment, tout est à innover. Cela promet quelques interrogations pratiques et quelques fous rires. Je vous raconterai.

Ciao

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Marco


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Pic Saint Loup Bonne Pioche sur 4 millésimes

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Voilà bientôt six ans que Pierre Clavel s’est trouvé quelques arpents de Pic Saint Loup, la terre promise des appellations languedociennes (c’est un peu comme ça qu’on le ressent, tout le monde voudrait y être…).

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Il était là ce lopin, délaissé au flan de la colline de la commune de St Jean de Cuculles, 14 hectares de vignes exposées sud/sud-est, entouré par une garrigue sauvage, mais combien odorante. Un sol ingrat d’éboulis calcaires et de galets attendaient depuis belle lurette le premier coup de pioche. Il fallait remettre la terre en culture, la dorloter, lui parler. Pierre a su donner un regain inespéré à ce coin perdu. Produire un superbe raisin pour qu’Estelle soit fière, comme Arsule l’était du blé magnifique cultivé par Panturle (cf. Giono, Regain).
Et comme côté vinif, Pierre n’est pas un perdreau de l’année, nous nous sommes dits qu’une petite verticale de quatre millésimes nous montrerait la maestria du bonhomme.

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On commence à l’envers

Bonne Pioche 2012 Pic Saint Loup
Rubis pourpre, il nous offre un nez friand de fruits rouge épicés de poivre et de bergamote, du fruit noir ensuite souligné de réglisse et d’anis. La bouche primesautière se tend de tanins agréablement soyeux mais néanmoins bien présents. Juteux, il livre le fruité senti, y ajoute la délicatesse florale d’un réséda, d’un pétale d’iris, puis nous laisse en mémoire gustative la subtilité d’une dentelle minérale maculée de baies et brodée d’épices.

Bonne Pioche 2011 Pic Saint Loup
Rubis carminé à l’aspect velouté. Le nez plutôt franc impose son fruit rouge sans sourciller, cerise, framboise et arbouse nimbées d’une atmosphère de garrigue. La bouche s’offre gourmande, finement ourlée de tanins des plus soyeux. Son sourire est un fruit mûr que l’on a envie de croquer tout de go, sans réfléchir. Un trait épicé raffermit la lippe succulente. La finale, à l’image d’un baiser fruité, nous comble d’aise et nous encourage à récidiver.

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Bonne Pioche 2010 Pic Saint Loup
Grenat cramoisi, il arbore un nez de fruits noirs très épicé de poivre, de réglisse, d’encre de seiche, d’humus, d’aiguilles de pin avec un accent de garrigue important. La bouche est ferme, dense, elle a de l’ampleur ou du moins, elle en donne l’image. Le vin, en effet, garde une certaine réserve et nous confie tout bas une ouverture fabuleusement fruitée épicée d’ici quatre ou cinq années. Toutefois, entretemps, Bonne Pioche nous montre qu’elle en est une et nous emballe l’onctuosité de son fruit dans une soie tannique des plus raffinées.

Bonne Pioche 2009 Pic Saint Loup
Grenat carminé au ton assez clair. Le nez un rien animal évoque le cuir et l’humus avant de révéler son fruit, mélange de confitures de baies rouges et noires bien relevées de poivre, de thym et de cumin. La bouche puissante envahit sans vergogne l’espace palatin et y distribue ses impulsions fruitées et épicées, installe sa trame tannique certes soyeuse, brodée de minéral et parfumé de pétales d’iris, ce qui raffermit l’ensemble. La fraîcheur reste heureusement de mise et donne une impulsion fluide agréable. On l’apprécie cependant mieux en compagnie d’un repas qui présente autant de caractère que lui.

RX3A5788 - chemin du pic st loup

Côté technique
Bonne Pioche assemble 65 % de Syrah 20% de Mourvèdre et 15 % de Grenache égrappés à 100%, foulés et vinifiés séparément en cuves béton, macération de 4 à 5 semaines. L’élevage se fait en foudres de 14 hl pendant 14 mois. Le vin n’est ni collé, ni filtré à la mise.

Contact: www.vins-clavel.fr

Cette verticale a paru également dans le FDJ mag In Vino Veritas http://www.invinoveritas.be

Ciao

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Marco


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Nostalgies vineuses

Voici venir les suites tardives d’une commande d’Hervé, ou plutôt d’un souhait, également pris très au sérieux par David, à qui,  je vais essayer d’emboîter le pas; ce pas en arrière conduisant vers mes souvenirs vineux, mes premiers troubles en la matière. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud, au départ, pour ce genre d’introspection, mais tout compte fait, pourquoi pas ? J’espère que Jim et Marc suivront dans la foulée…

Ça c'est moi, petiot !

Ça c’est moi, petiot ! Déjà un peu couillon…

Mon père à moi, Bill, un Anglais (je résume, car c’est plus compliqué que cela, du fait que j’ai connu deux pères et que les deux ne furent pas nés en Grande Bretagne), parfois un peu stricto-rigide de par son éducation, avait un rituel bien à lui lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bonne bouteille. Je me souviens que le Dimanche, le plus souvent à la campagne, en Normandie, il se faisait un devoir de chambrer son Bordeaux favori, le Château Mille Secousses, qu’il trouvait fort à son goût et qu’il achetait pour un bon prix chez Nicolas. Deux heures au moins avant le repas, il le plaçait sur le rebord de la cheminée en contact presque direct avec le foyer ce qui fait que j’étais obligé de sniffer du vin chaud que je faisais semblant de boire tant je le trouvais répugnant. Le nom du domaine m’intriguait au plus haut point (j’imaginais une histoire de cul…) et à mon grand regret, plus tard, je n’ai jamais retrouvé ce Bordeaux du secteur de Bourg-sur-Gironde lors d’une de mes nombreuses dégustations professionnelles. Pourtant, il existe toujours bel et bien, même s’il semble un peu mis en veilleuse par ses actuels propriétaires.

Ce même père ne détestait pas le Bourgogne ni le Beaujolais, mais ces vins étaient plus rares chez nous. Amoureux des fruits de mer et des huîtres (au vinaigre d’échalote, bien sûr ! Ah, ces English !), les vins blancs n’étaient pas exclus, bien entendu servis glacés au plus haut point. Muscadet et Entre Deux Mers étaient à l’honneur, Chablis quelques fois. En fait, Bill Sydney-Smith devait avoir un faible pour les vins de comptoirs, en plus d’un penchant particulier pour les vins trafiqués. Horreur, je l’ai même vu boire directement au goulot, tel un poivrot ! Sur la fin, je lui offrais parfois les Corbières les plus boisés en étant certain qu’il les trouverait bons. Oui, sur le vin, avec lui j’avais de grosses différences de goût et, de ce fait, nous étions souvent en conflit.

Ma Maman, Françoise Dujardin

Ma Maman, la belle Françoise Dujardin

Avec ma mère c’était tout autre. Elle, au moins, me semblait avoir plus de goût. Native de Chantilly, elle vécut sa jeunesse dans un village dont j’ai fréquenté un temps l’école et qui, je suppose, devait avoir quelques vignes par le passé puisqu’il s’appelait Vineuil, Vineuil-Saint-Firmin, pour être précis. Elle ne jurait que par le Champagne. En cela, elle tenait de mon arrière grand-mère, Adèle (pour moi, c’était Mémé), laquelle est morte après avoir réclamé dans un dernier sursaut de vie qu’on lui apporta une coupe de Pommery, le seul Champagne en vente dans l’épicerie du village. J’étais petit, mais bien présent à cette occasion où j’eus mon premier contact avec la mort et la mousse activée par les bulles. Peut-être est-ce pour cette raison que dès qu’un proche disparaît, un ami cher, je m’empresse de faire péter une bouteille…

Très jeune déjà, j’avais visité avec mon collège les caves de la Maison Pommery. J’étais fier de dire que c’était le Champagne préféré de ma Mémé. Maintenant, je le trouve sans intérêt. Lorsque ma Maman commença à gagner sa vie à Paris, elle se faisait régulièrement livrer des cartons d’un Champagne « de propriétaire », comme elle disait. Son nom m’échappe pour le moment et je ne vais pas perdre le temps en le recherchant car je serait capable de pleurer. Il venait de la Côte des Blancs et, sans être extraordinaire, il me plaisait bien, pour la simple raison qu’il faisait sourire ma mère. Peut-être parce que j’étais l’aîné, elle m’ordonnait d’ouvrir moi-même la bouteille, mission dont je m’acquittais non sans une grande fierté et avec beaucoup de cérémonial. Lorsque la bouteille gerbait ou que le bouchon explosait, je l’entends encore s’écrier : « Vite, vite, amenez vos flûtes ! » ce qui rajoutait encore plus d’effervescence dans le salon. Maman nous mettait du bonheur en tête…

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Les flûtes en verre soufflé de Biot.

Bien avant la mode, ma chère et jolie Maman, qui ne faisait jamais les choses à moitié, était folle du Champagne rosé. Nous le buvions en famille à la moindre occasion dans de drôles de flûtes épaisses en verre soufflé de Biot, souvenirs d’un bel été de vacances où nous étions sur la Côte d’Azur. Pour ma part, je trouvais ça un peu lourd et passablement tape à l’œil, mais ma mère les adorait, alors… Aujourd’hui je ne les recommanderai pas le moins du monde, d’autant que le verre coloré associé aux grosses bulles incrustées empêche de voir quoi que ce soit du vin, hormis la mousse et encore…. Comble de malheur, elle tenait à ce que je remplisse au ras ses flûtes ce qui m’obligeait à plus d’efforts, plus de concentration dans ma mission de versement. Jeunes adolescents, nous n’avions droit mes frères, ma soeur et moi qu’à une demie flûte, ce qui était suffisant pour nous griser tous plus ou moins. Comble de bonheur, ma mère adorait la crème de cassis, ce qui fait que j’étais devenu très tôt adepte du kir royal ! Lorsque le Champagne était un peu vert, elle doublait la dose de cassis ce qui n’était pas pour me déplaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car je n’ai pas de bon cassis sous la main. Il va sans dire que je trouvais toujours le moyen de me resservir en douce, voire de siffler dans le fond des verres des invités au moment de débarrasser. Tout était bon pour grappiller ! Et Maman m’engueulait vertement quand elle voyait que je titubais en allant me coucher.

Durant une courte période où j’étais en Angleterre, je n’ai plus bu le vin avec plaisir. J’étais devenu sauvage, enfin anglais quoi ! Trop doux ou trop sec, le Sherry n’était pas à mon goût, le Porto non plus, sans parler du Mateus rosé que je n’achetais que pour draguer les filles histoire de leur laisser la bouteille en souvenir afin qu’elles la transforment en lampe. Travaillant dans un pub, c’est la période où je fis la découverte des alcools blancs, vodka, gin, etc. Et de l’amertume des bières ! Les vins que nous buvions, faute de moyens, étaient franchement imbuvables. Quand je rentrais à Calais avec ma Fiat 500, je me jetais, quelque soit l’heure dans le premier bistrot venu, pour me payer un café-calva !

Du premier exemple, celui de mon père, j’ai gardé une phobie farouche des vins chauds ou glacés, tandis que du côté maternel, j’ai gardé une passion folle pour le vin de Champagne… servi dans une flûte fine, légère et transparente, cette fois ! Toutefois, mon grand regret, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au vin et que je ramenais à la table familiale mes premiers trésors achetés chez mon caviste Parisien (Lucien Legrand), c’était de constater que ces vins, comme le Touraine Primeur d’Henry Marionnet, les Côtes du Rhône du Domaine Bouche aujourd’hui reconverti en bio, ou même les vins de Guigal, n’avaient que peu d’effet sur mes commensaux. Dommage. Déjà, mes premiers vins du Sud, hormis ceux des Bouche, furent rosés. J’allais les cueillir jusqu’en Ardèche, à Saint-Remèze, sur la route des vacances.

Michel Smith


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Salon des Vins de Loire 2015 sauvé par les bios…

Un peu comme dans une grande surface, on a planqué, comme la bidoche, la Levée de la Loire tout au bout du salon. Ce qui n’est pas bête ! Les aficionados organiques se sont vus obliger de passer devant les « rayons conventionnels » et bios, y en a parsemés dans les allées, pour rejoindre l’espace visé.
Ce qui est encore moins bête, c’est qu’ainsi l’offre s’est vue démultipliée.
En fait, ce qu’il faudrait, c’est que tous les « off » rejoignent les « in » pour faire de vrais gros salons où chacun pourra y trouver son bonheur sans devoir faire des kilomètres ou jouer à pile ou face le salon qu’il va visiter.

Percée 2015 085

Le truc sympa

Ce qui doit en horrifier certains, à moi me plaît. À l’image des salons bios, l’espace de la Levée de la Loire offrait une disposition simple et sans fioriture. Pas de tapis, chacun la même table et un contact direct avec le producteur.
Et à remarquer, jusqu’à l’an dernier ce même espace était occupé par un restaurant qui parfumait les allées proches d’un fumet de poisson qui empoisonnait chaque midi les dégustations. Le Salon des Vins de Loire est donc doublement gagnant, il a sauvé ses fesses et a assaini l’atmosphère du fond.
Ça n’a pas plu à tout le monde, il est vrai que ce monde-là était un peu étroit d’esprit…

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Une poignée de coups de cœur

Je me suis arrêté des deux côtés, on peut dire ça, on était scanné à l’entrée de La Levée, recensement pour fichage éventuel ou tout simplement estimation de l’intérêt porté.

Presque à l’entrée, Chaume 1er cru Domaine Cady 2013

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Un début en douceur, une robe doré cuivré, un nez miellé aux accents d’agrumes confits, du safran, de l’iode, bien encourageant tout ça.
Belle fraîcheur buccale, ce qui est indispensable dans ce genre de vin. Petite amertume au goût de gentiane qui renforce la pointe vive du moelleux, une tension minérale enrobée par une texture onctueuse. Agréable.
130 g de sucre pour une acidité de 5,5 g, les Chenin poussent dans des schistes.

 

Du côté obscur de la Levée, Authentique Franc de Pied 2013 Domaine Delesvaux

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Doré vert, il respire le miel de sapin. En bouche, il offre une acidité bien trempée qui booste les arômes de fleurs sèches et de feuilles mortes ce qui peut paraître curieux mais cette variation aromatique installe une atmosphère automnale particulière au sein de l’espace palatin. La forêt semble y pousser avec dans la foulée une multitude d’épices et de condiments de l’aneth à la cardamome e, passant par le poivre blanc et le cumin. Le fruit vient après et croque la poire et la pomme à cidre affermis de jus d’agrumes qui nous tinter les papilles. Ça décoiffe.

Du même côté, tant qu’on y est, Rochette 2012 Chinon blanc Domaine des Chesnaies de Béatrice et Pascal Lambert

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Le Chinon blanc est relativement rare, il doit représenter plus ou moins 3% de la production chinonaise. Ceux, parce qu’il en a plusieurs, de Pascal sont assez remarquables.
Doré pâle, il hume la menthe poivrée parfumée d’un rien de vanille et de guimauve. La bouche croquante séduit d’emblée par ses arabesques d’agrumes qui s’inscrivent dans la gelée de groseille blanche, un ensemble à la fois suave et frais qui nappe l’assise minérale aux impressions salées.
Les Chenins poussent dans des cailloutis calcaires.

Retour de l’autre côté du scan, on y passe en entrant et en sortant, La Romana 2013 Bourgueil Domaine des Ouches

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Un vin particulier vinifié en bac ouvert de 4 hl, pigé à la main, macéré pendant 15 jours et élevé en amphores de 150 litres pendant 1 an.
Robe rubis cramoisi, nez de petites prunelles légèrement musquée et teintée de cassis, à l’aveugle on dirait plus volontiers Pinot Noir que Cabernet Franc. Bouche très arrondie avec une tension superbe avec un chapelet de notes fruitées tout aussi superbe, cerise, cassis, airelle, myrtille soulignés d’un liseré de réglisse. Très élégant.

Pour une future expérience, Valençay au carré Domaine Minchin

 

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Au carré pour le blanc et le rouge qui sera au cube quand j’y ajouterai le fromage éponyme.
Le blanc, le Claux de Delorme 2014 délicatement doré est floral à souhait, fougère et aubépine sont loin du Sauvignon variétal qui m’insupporte, l’écorce de citron vient après avec un fifrelin de bourgeon de cassis pour ne pas trop dépayser les fans du cépage. La bouche tendue avec de l’onctuosité charme définitivement les papilles.

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Le rouge le Claux Delorme  de 2013 rubis pourpre avoue un fruit sombre et gracieux qui se retrouve en bouche. Cette dernière à peine tannique souligne les cerise, prunelle, framboise et mûre de cumin et de poivre aidé d’une splendide fraîcheur.
Le Claux assemble 40% de Gamay et de Côt complétés de Cabernet Franc et Pinot noir.

Retour tout au fond, Coëf 2013 Saint Nicolas de Bourgueil de Nicolas David

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Grenat carminé, le nez débute avec une charge d’épices non négligeable puis passe aux fruits rouges et noirs de la groseille à la mûre et au sureau. La bouche joliment tendue propose des tanins déjà incroyablement fondu dans la masse fruitée, mais suffisamment présent pour offrir de la texture. Puis le vin nous entraine dans un monde de saveur délicate, un peu comme Alice qui change de monde, nous pénétrons derrière le miroir aromatique d’un vin élevé en dolium, mélange de raisins secs et de raisins frais, d’écorces d’agrumes et de gelées de fruits, d’épices orientales, de fleurs sèches, très séquentiel, il nous fait plonger au plus profond de son sein. Les Cabernet macèrent 90 jours.

 

On se quitte avec des similitudes bizarres…

Ciao

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Marco

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