Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


7 Commentaires

La planète Grenache s’est retrouvée en Sardaigne à l’occasion du Concours Grenaches du Monde 2017

20170210_160838

C’était déjà la cinquième édition de ce concours né à Perpignan,  dont le succès incontestable confirme  l’engouement  du monde viticole pour ce cépage. On pouvait lire dans l’Indépendant, le quotidien de Perpignan : «  Le grenache, plus qu’un cépage, une marque mondiale en plein essor », et oui, c’est un peu ça, qui l’eut cru?  Je me rappelle qu’il n’y a pas si longtemps , dans les années 70 quand même, combien le Roussillon le rejetait  et n’avait qu’une idée:planter des cépages améliorateurs ! Beaucoup de vieilles vignes ont été hélas, arrachées, heureusement, le grenache représente encore plus de 200 000 hectares de vignoble répartis dans le monde. En France, il reste l’un des cépages les plus cultivés avec près de 100 000 hectares dont 8366 en Roussillon. C’est en Espagne qu’il est le plus présent, mais il est également très introduit en Italie et plus particulièrement en Sardaigne(7500 ha) où il est appelé Cannonau. C’est d’ailleurs pourquoi cette année, le concours a été délocalisé à Alghero, dans ce coin de Sardaigne à l’accent catalan ! L’agence pour le développement en agriculture LAORE au nom de la Région Sardaigne l’a accueilli en partenariat avec le CIVR (Comité Interprofessionnel des vins du Roussillon).

20170210_154359

ALGHERO

Nous étions une centaine de jurés, acheteurs, cavistes, journalistes, œnologues, sommeliers, venus de 10 pays, nous avons dégusté quelques 700 échantillons (dont 350 pour l’Espagne), en provenance de 8 Terres de Grenache et, toutes les catégories de vins présentant au moins 60% de grenache pouvaient tenter leur chance (tranquilles, effervescents, doux naturels, fortifiés).

img_2419bd

Plusieurs raisons ont motivé ma participation à ce concours: la plus importante J’AIME le GRENACHE et son langage, je trouve qu’il parle TERROIR, il me parle de mon terroir, le Roussillon,   et, je suis persuadée qu’il a un très fort potentiel; autre raison avouable: l’occasion de découvrir les vignobles sardes et d’approfondir les appellations de Nuoro et Jerzu que je connais mal, et enfin, je savais que j’allais retrouver de nombreux amis ! Il ne faut pas penser pour autant que ce soit une pure partie de plaisir ou un séjour style club Med, rien de tout ça et, d’ailleurs, il vaut mieux y arriver en forme, car si le programme est réellement intéressant, il est aussi épuisant !

Au menu du jeudi, la visite du vignoble de Nuoro, nous étions basés à Alghero, à 340kms aller/retour en bus, donc départ 7h30 du matin, hélas sous une pluie battante ce qui a ralenti notre allure et gaché notre balade dans les vignes. Arrivés sur place, on n’y voyait pas à un mètre, les plus téméraires ont quand même tenté une échappée dans les vignes, les autres se sont entassés dans une typique cabane de bergers « Su pinnettu » ,  autour d’un verre de vin et d’une excellent saucisson.

Plusieurs vignerons de la zone nous attendaient au restaurant à Dorgali, tandis que l’après-midi était consacré à la visite du Musée Ethnographique de Nuoro, où nous avons eu droit à des chants Polyphoniques sardes de toute beauté,  et dans la foulée, à  une dégustation de vins Cannonau des producteurs du centre Sardaigne. Après un somptueux buffet de fromages et charcuteries sardes, et quelques verres de vins nous avons repris la route pour Alghero. Journée très riche, et découverte   de vins intéressants, mais pas vraiment de coups de coeur, il faut dire que la fatigue n’aide pas la dégustation; à noter qu’ils ont aussi des vins natures. Ci-dessous, quelques vins retenus.

Arrivée 22h, halte bière au bar de l’hôtel…Dodo.

Vendredi, c’était le jour du concours, démarrage 8h. Le déjeuner a été suivi de conférences techniques plus ou moins passionnantes. Une heure de battement, et, à 20h nous voilà repartis pour la soirée « Alghero accueille les Grenaches du Monde » avec là aussi, exposition et dégustation de vins Cannonau des producteurs du nord Sardaigne, et de toute la Péninsule et une sélection de vins des Grenaches du concours GdM 2016, avec dîner buffet très appétissant et goûteux.

Je dois dire que j’ai été impressionnée par la qualité de l’organisation, pour ceux qui aimons le grenache, il y avait de quoi gouter, et fait remarquable, les vins étaient à la bonne température, certes ça manquait de chaises, mais bon, ça n’a pas semblé gêner Marco…

Déjà samedi, il nous fallait rejoindre  Cagliari, encore un départ à 7h30, car nous étions attendu à  Barumini pour une Visite du site nuragique, « Su Nuraxi de Barumini », patrimoine de la Sardaigne,  cest le site le plus important, le plus complet et le mieux préservé de l’île pour les Nuraghes, de l’architecture préhistorique; avec,  en suivant, comme il se doit, une  dégustation de vins Cannonau, cette fois-ci, des producteurs du sud de la Sardaigne. Le déjeuner buffet était très réussi : des plats traditionnels de la cuisine sarde.

 

Agricola SOI et – Kelly McAuliffe : un célèbre sommelier américain basé à Avignon

Elisabeth de Meurville semble avoir trouvé son bonheur!

 

Deux heures de liberté nous ont permis de visiter Cagliari et de souffler avant la « Nuit des Grenaches » dans l’Ex Manifattura Tabacchi (ancienne usine à tabacs). De nombreux vignerons étaient présents, les catalans du sud, s’étaient déplacés en masse, ce qui peut se comprendre puisqu’en 2018, la 6e édition de ce concours se déroulera en Catalogne, dans la région viticole de Terra Alta. Au cours de cette soirée, on pouvait gouter si on était courageux tous les vins du concours en attendant l’annonce des vins médaillés. Ces médailles, véritables labels de qualité mondialement reconnus, doivent aider les consommateurs à distinguer les meilleurs vins issus de grenaches.

 

José  Peñin, véritable gouro espagnol, ne prend que très rarement le temps de se relaxer, il faisait partie des courageux!…

Je manque d’être toujours surprise par le nombre de médailles attribuées, mais c’est pareil dans tous les concours, 213 vins ont été médaillés: 104 ont obtenu une médaille d’or (dont 54 sont allées à l’Espagne), 87 une médaille d’argent et 22 une médaille de bronze. L’Espagne se classe au premier rang des pays récompensés avec 108 médailles devant la France et l’Italie (51 pour chacun) ; en même temps ça parait logique, c’est le pays qui a envoyé le plus grand nombre d’échantillons(322), l’Afrique du Sud, l’Australie et la Macédoine sont repartis avec une médaille chacun. J’ai regretté la faible participation du Rhône, quand au Roussillon, il s’est particulièrement distingué puisque sur les 86 échantillons présentés, 35 d’entre eux sont repartis médaillés, des vins doux essentiellement, dont 20 médailles d’or et 15 médailles d’argent.

Ci-dessous. quelques vins médaillés que j’ai aimés et dont j’avais les photos.

HORTOS 2011, CANTINA SOCIALE DORGALI, IGT ISCIA DEI NURAGHI

 

ROSATO 2016, CANTINA ARU DI ARU MARIO CANNONAU DI SARDEGNA

                     LE SABBIE 2013 MELONI VINI CANNONAU DI SARDEGNA

 

ABÉLARD 2010, DOMAINE DE LA VERRIÈRE VENTOUX ROUGE, 

                            LA CULOTTE DE VELOURS 2015, MAURY SEC ROUGE

20170211_202849

BANCAL DEL BOSC 2015, VINYES DOMENECH, MONTSANT BLANC

IL y manque  pas mal de vins frannçais et espagnols, la Terra Alta s’est particulièrement distinguée, notamment le Celler Edetaria avec 2 médailles d’or pour ses blancs SELECCIO 2014 et LA TERRENAL 2014, je vous ai déjà parlé de ce domaine. Davantage de détails sur le palmarès:  http://www.grenachesdumonde.com/media/palmares_gdm_alghero_2017.pdf 

Je suis revenue  la tête et les papilles pleines de cannonau et de grenache, plus que jamais convaincue qu’il s’agit d’un cépage de qualité qui a de réels débouchés. J’ai pris encore plus conscience de la diversité des vins qu’il offre, en fonction du pays dans lequel il pousse, il développe des caractéristiques sensiblement différentes,  diversité de vins mais aussi de territoires et de cultures : une vraie richesse ! Le cépage sarde Cannonau en est un magnifique exemple: le CANNONAU DI SARDEGNA, peut être obtenu sur l’ensemble de l’île, mais on distingue trois sous-appellations :

Jerzu, pour les vins provenant de Jerzu et Careddu dans la province de Nuoro

Capo Ferrato, pour les vins provenant de Castadias, Muravera, San Viti, Villaputzu et Villasimius (province de Cagliari)

Oliena, pour les vins provenant d’Oliena et Orgoloso dans la province de Nuoro.

Il m’est difficile en si peu de temps et autant de vins, d’en retirer une impression générale, mais je garde la mémoire de vins  au caractère fort et vigoureux, plutôt floraux , et riches en fruits, d’une certaine épaisseur, chauds et robustes avec des tanins évidents. Les rosés sont souples et les vins portant la mention riserva doivent avoir reposé dans les caves du producteur deux ans au moins.  J’ai beaucoup aimé les LIQUOROSO, qui m’ont rappelé les grands vins de Méditation. En même temps, ils accompagnent parfaitement les typiques plats de l’île comme le cochon de lait à la braise et «porchetta» ou encore le pecorino sarde à la saveur intense ,et, plus généralement, tous fromages  de brebis affinés, à pâte dure et piquante .

Les domaines les plus présents et semblent-il les plus reconnus sont:  Il Nuraghe, Cantina Soc. della Trexenta, Sella & Mosca, domaines Soletta, Argiolas, Cantina Josto Puddu, Cantina Soc. Dorgali, Contini, Gabbas, j’en oublie surement, et l’un des plus fameux producteurs est la coppérative de Jerzu :  Cantina Sociale di Jerzu.
.

Il est indéniable qu’il existe un véritable engouement pour le Grenache sur le marché, il est de plus en plus recherché et aimé et par les vignerons et par les consommateurs. Les Espagnols l’ont, bien et vite compris ! Certainement grâce à ce concours, la prise de conscience de son importance est réelle. Il fédère un mouvement de passionnés du grenache qui parlent un même langage, celui du Terroir. Merci à Fabrice Rieu président du CIVR  et des Grenaches du Monde qui a permis à ce concours de naitre à Perpignan, et de s’exporter, il faut continuer à le promouvoir et à le soutenir car il est le porte parole du label « Grenache ».

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

20170210_120802

Ça  n’était pas la Galère non plus!


2 Commentaires

LE VIN DE MES AMIS (volet 2)

lvdma

Le Vin de mes Amis, un petit salon de producteurs de vins vivants sélectionnés par Charlotte Sénat (domaine Jean Baptiste Sénat en Minervois), réservé aux  professionnels, mais ouvert aux amateurs. Depuis 2004, Charlotte réunit un groupe d’amis vignerons ayant une même philosophie de travail, plus de 80 exposants cette année, et un millier de participants. Le droit d’entrée est de 10 euros, le verre Italesse est offert, ainsi qu’un accès au buffet, qui vaut le détour. Ça n’est pas tout à fait le même style que les Affranchis, le lieu d’abord, beaucoup plus chic, puisqu’il se tient au Domaine de Verchant à Castelnau le Lez, l’assistance ensuite, elle y est beaucoup plus nombreuse, c’est le plus fréquenté des OFF, les vignerons enfin, un peu moins natures, et un peu plus « Stars »,  il est souvent difficile de les rencontrer ailleurs. Bravo à Charlotte, pour la sélection et la qualité générale de sa manifestation ; et quand j’entends les visiteurs se plaindre parce qu’il y a la queue au buffet, franchement, je trouve ça déplacé ! C’est certainement le seul salon où l’on peut se restaurer  aussi bien et à ce prix. Que les grincheux laissent leur place ! S’il est vrai qu’il y a parfois un peu trop de monde et qu’il faut jouer des coudes pour déguster, l’ambiance détendue, l’atmosphère très conviviale fait qu’on n’y prête que peu d’attention. Ici non plus, je n’ai pas pu faire le tour de tous les vignerons présents, mais comme je suis restée diner le soir, j’ai quand même eu accès à un maximum de vins. Comme chaque année, ils étaient tous là nos amis vignerons, les prestigieux comme les nouveaux

Dans les  découvertes :

  • Emmanuel et Bérénice Ruppert, Champagne Ruppert Leroy.

Bénédicte Ruppert et son mari Emmanuel Leroy ont hérité d’un vignoble Bio de 4 ha, situé dans l’Aube, plus précisément à Essoyes. Ils l’ont converti à la biodynamie et proposent 6 cuvées, Fosse-Grely Brut Nature, assemblage 50% Pinot Noir, 50% Chardonnay (40€), Papillon Brut Nature pur pinot noir, Les Cognaux Blanc de Noirs Brut Nature (44€), et Martin-Fontaine Blanc de Blancs Brut Nature(48€) qui portent le nom de parcelles, un Rosé Saignée des Cognaux Brut Nature(49€) saignée de pinot noir, et enfin la Cuvée 11, 12, 13… assemblage de Chardonnay et Pinot Noir de toutes leurs parcelles, cuvée perpétuelle des millésimes 11,12,13 et 14.

Des champagnes Nature, puisque sans addition ou presque de SO2, du pressoir à l’embouteillage. Leur philosophie : une cuvée par année en séparant les parcelles ; à l’heure actuelles sont disponibles les cuvées de la récolte 2014. J’en ai gardé une impression générale de champagnes friands, très fruités marqués par une belle vinosité, la bouche est aérienne, fringante, la bulle est crémeuse, la longueur tient,  jolie découverte, mais ils ont déjà plus de demande que de bouteilles disponibles.

  •  Champagnes Clandestin, présenté par Bertrand et Hélène Gautherot et Benoit Doussot 

Ils sont partie prenante dans ce champagne, en association avec Benoit Doussot, futur gendre de la famille, selon ce que j’ai cru comprendre. L’entreprise CHAMPAGNE CLANDESTIN a été créée en janvier 2017, donc tout récemment.  J’ai gouté une cuvée  parcellaire, récemment dégorgée, « Les Semblables » qui réunit les raisins de vignes de plusieurs producteurs de la région avec le même terroir, la même exposition… Des raisins « semblables » donc pour une cuvée très prometteuse. A suivre de très près. Elle sera 30%moins chère que la cuvée Fidèle.

20170130_162709

J’en ai profité pour gouter Textures 2014, la nouvelle cuvée de Vouette & Sorbée: 100 % Pinot blanc, elle a été élevée 3 mois en futs et 7 mois en amphore géorgienne enterrée, impressionnante ! De la finesse avec beaucoup de fraicheur et de caractère. PVP 65€

champagne-vouette-et-sorbee-textures

  • Sylvain Pataille, Marsannay.

On parle beaucoup de lui, il est presque devenu incontournable à Marsannay, il conduit ses 14 hectares  en agriculture biologique certifiée, et il propose plusieurs marsannays. J’ai gouté le soir à table la cuvée Clos du Roy 2008, je l’ai trouvée remarquable, d’une grande finesse, droite, savoureuse et d’une très belle pureté aromatique. Très beau vin.

20170130_224912

  • Patricia Brongo et Jeanine Moraza, bodega Moraza, 

Nous voici dans la Rioja Alta, à San Vicente de la Sonsierra, 18 ha en Bio sur différentes parcelles, je n’ai pas gouté leur blanc 4 Caminos de Viura, mais les cuvées de Grenache non boisée et de Tempranillo, j’ai préféré le Grenache. Je n’ai pas vraiment été convaincue par ces vins, il faudra que je les goute à nouveau avant de porter un jugement définitif.

  •  Bières Alarik,

Une brasserie artisanale bio située au cœur du Languedoc, entre Montagne Noire et Méditerranée. Jean-Olivier Rieusset Bonfill et Sébastien Alary ont ouvert leur brasserie en avril 2016, ils proposent : une blonde bio 5%, légère et fruitée ; une ambrée bio 5,5% ronde avec une pointe d’amertume ; une blanche bio 4,5%,   une brune bio 7,5%, une double bio 7%, je n’ai pas gouté ces trois dernières, trop de bousculade. Elles sont toutes élaborées avec de l’eau, du malt, des houblons biologiques et de la levure : c’est tout. Bonne impression générale.

20170130_165706

Parmi les habitués, je n’ai pas manqué de faire une halte :

  • Chez Jacquesson

Des coups de cœur permanent  pour ces champagnes très complexes, fins, tendus et vifs.   Tandis que Jean-Hervé me faisait découvrir la 739, l’assemblage comprend 57% de chardonnay, 21% de pinot noir et 22% de pinot meunier. Les vins de réserve comptent pour 31%. Dans un style vineux tout en finesse et en élégance, racé, structuré, frais, d’un très grand équilibre. En prime, beaucoup de personnalité, je suis une inconditionnelle !

  • Chez Michèle Aubéry et Maxime Laurent,

Je m’y suis délectée, symbole des vins nature, Michèle  et son fils offrent des vins francs, droits et éclatants de fraicheur.

  • Mention spéciale  pour Thomas Pico et ses chablis, pour Olivier Rivière et ses Rioja, pour les Roussillonnais Benoit et Sébastien Danjou Banessy, pour les Sancerre de Vacheron, les Macon de  Philippe et Cécile Valette , à eux seuls, ils valent le déplacement .

Thomas dont 15 hectares qui ont été grêlés entre 75% et 100%, le reste entre 0 et 30%, une année 2016 sinistrée et pourtant il ne se résigne pas. Il faut le soutenir pour qu’il puisse continuer à nous fournir des chablis purs, séveux, vivifiants,  différents de la plupart de  ceux que l’on trouve sur le marché.

Olivier Rivière, présentait ses Rioja. Depuis le début, j’ai aimé son style, je sentais qu’il allait nous étonner,  ça se confirme millésime après millésime, son  Blanc Jequitiba 2015, maccabeu et grenache m’a enthousiasmé. Toutes les cuvées de rouge sont très réussies : très fruitées, racées, gourmandes, fraiches, si peu sur l’élevage, elles n’ont rien à voir avec les Rioja traditionnels.

20170130_211516

Quant aux frères Danjou, installés à Espira de l’Agly, leurs vignes sont plantées sur des  terroirs exceptionnels (schistes noirs, argiles purs et sols argilo calcaires), travaillées selon les principes de la biodynamie et vinifiées de manière parcellaire ; ça donne des vins éclatants , profonds et complexes.Que du bohneur!

20170130_153830

Les rouges au fruité éclatant comme les blancs purs et élégants, tendus et vifs, du domaine Vacheron étaient superbes. Leurs Sancerre sont devenus des incontournables de l’appellation. Chez les Valette, je voulais gouter la cuvée ET POURTANT en Vin de France, que je ne connais pas encore mais je suis arrivée trop tard: il n’en restait plus. Victimes de leur succès, mais  ça ne les a pas  empêchés de m’offrir  un accueil chaleureux

  • Enfin, je n’ai pas  résisté  au plaisir de m’arrêter  chez nos amis de la Loire, et d’ailleurs .L’Esprit de Loire régnait  chez Catherine et Pierre  Breton,  chez Bertrand et Lise Jousset,  chez Thierry Michon, tandis que chez mon « vieil ami » Vincent Cantié nous  avons refait le monde; j’ai terminé mon tour de salle chez Charlotte et Jean-Baptiste Sénat,  et chez Robert Plageoles  oú, j’ai replongé le nez dans mon  verre pour la dernière étape de la journée.

20170130_165400

Sans oublier tous les jeunes qui assurent la relève avec brio, comme chez Arena, même si leurs vins de Patrimonio sont sublimes, ils ne nous font pas oublier les parents.

Bien sur j’aurais voulu  pouvoir tout gouter, mais on sait bien que c’est impossible,  j’étais même loin du compte,alors, je me suis promis que l’an prochain, je m’organiserai mieux, je n’irai pas voir toujours les mêmes.

A la fin de la journée, les vignerons s’étaient relachés, l’ambiance était décontractée, amicale, on  s’est retrouvé autour d’un verre pour l’apéritif, quel véritable plaisir que de pouvoir échanger des impressions avec eux.  Pendant le dîner qui a suivi, les  vins circulaient de table en table, à un rythme très soutenu, trop à mon gré, j’ai regretté de ne pouvoir les gouter tous, mais j’ai mes limites et je préfère les respecter, de cette façon, je respecte aussi les vins. L’ambiance était à la Fête, encore un moment privilégié,  je n’ai pas eu l’impression d’avoir fait une course à la dégustation comme les autres années et, en plus, je n’aurais pas besoin de faire des choix . Que du bonheur!
Une journée bien remplie, j’avais la tête pleine de vins, je ne remarquais plus tellement ils étaient aboutis que la plupart d’entre eux étaient  à contre-courant des grands classiques. 

Beaucoup de grands vins, oublions les autres.

Hasta pronto,

MarieLouise Banyols

 


2 Commentaires

2004 se boit bien, ça fait plaisir !

Voilà un millésime bien mal placé entre le torride 2003 et le costaud 2005. Les deux encensés par la presse ont totalement escamoté le pauvre 2004 qui il est vrai se dégustait assez mal à l’époque de sa sortie. Il semblait modeste après l’extraordinaire 2003 qui, dans sa prime jeunesse, faisait illusion et offrait son volume fruité. Amplitude aromatique qui masquait ses gros défauts, un déséquilibre en alcool et une charge tannique épouvantable. Ce cher Bob avait beaucoup apprécié, pendant et après, du coup nos amis d’outre-Atlantique ne juraient que par ce millésime qui commençait à bien nous fatiguer – marre de se faire sécher la gueule! Je me rappelle, en 2004, avoir dégusté en véritable stakhanoviste pas moins de 80 Gigondas 2003 en primeur, j’ai mis une heure pour retrouver l’usage fluide de la parole, la langue bien empâtée par la floculation des tanins.

Et 2004, à ses débuts, s’inscrivait dans la suite tannique du précédent millésime, les tanins étaient souvent séchants, mais sans offrir vraiment du fruit. Nous ne lui accordions que peu d’avenir, le trouvant assez terne. Tout s’est assez vite arrangé. Trois millésimes plus loin, ces tanins désagréables commençaient à bien se fondre, la fraîcheur qui s’y dissimulait apparaissait au grand jour et nous faisait toucher du bout de la langue la rondeur fruitée balbutiante. Quand j’écris ’nous’, ce n’est pas un pluriel de majesté, mais rassemble quelques confrères et quelques producteurs, voire quelques œnologues, qui tentons de ne pas avoir un jugement définitif et catégorique. Il nous arrive de redéguster des 2003, mais à part quelques flacons surprenants, nous sommes en général déçus.

Il fallait absolument garder les 2004 en mémoire, les laisser encore se reposer en attendant leur apogée. S’en parler quand l’un ou l’autre en avait ouvert une bouteille ou participé à une verticale où le millésime était présent. Et puis le temps fait oublier les choses, il y avait déjà tant d’autres millésimes à déguster… C’est la rencontre avec un ou deux producteurs de Châteauneuf et la verticale faite à Cairanne qui m’a remis en mémoire ce millésime oublié. Du coup, profitant d’un souper (dîner) chez moi, j’ai ouvert trois 2004 qui dormaient bien au frais dans ma cave. Les imaginant superbes sur la souris d’agneau parfumée de romarin et d’un soupçon de réduction de VDN, juste caramélisée. Ils répondirent à mon attente et comblèrent les convives autant que moi. Servis à l’aveugle, personne ne trouva ou n’osa suggérer qu’il s’agissait de 2004.

Les voici (du troisième, servi en premier, j’en parlerai en dernier)

 

img_4420

Cuvée de Printemps 2004 Vins des Bouche du Rhône Domaine de la Brillane

(Elle s’appelle aujourd’hui Le B, cuvée de Printemps)

Grenat au ton légèrement brique, ce vin propose d’emblée de la fraise confite, des griottes au marasquin, du pruneau saupoudré de poivre noir qui trempe dans la tapenade, s’ajoute encore une touche d’iode. La bouche suave a oublié la rigueur des tanins, ces derniers se sont fondus et se sont maculés de suc de viande. Un jus langoureux coule frais et fruité rappelant les fruits sentis convertis en gelée épicées.

Assemblage de Carignan, Counoise, Grenache et Cabernet Sauvignon

www.labrillane.com

Bien sympa avec l’agneau, la cuvée lui apporte fraîcheur et éclat fruité, ce qui allège le plat, en renforce la saveur, va chercher les arômes de romarin, en souligne la légère amertume, se combine avec le jus de viande.

 

img_4419

Boisrenard 2004 Châteauneuf-du-Pape

(C’est la cuvée haut de gamme du Domine Beaurenard)

Grenat sombre, il s’épice le nez de senteurs de garrigue où se reconnaissent thym, sauge et romarin, ombrés de poivre, soulignés de réglisse. La bouche des plus onctueuse s’habille toutefois d’une trame tannique encore perceptible, cela renforce son caractère. La fraîcheur se diffuse dans le volume fruité, pâtes de fruits rouges et noirs, un rien passés comme une liqueur de vieux garçon, cela lui ajoute un charme presque irrésistible. La finale renforce l’impression épicée.

Assemblage de 70% de Grenache, 10% de Syrah, de Mourvèdre et de Cinsault

www.beaurenard.fr

La souris, il l’enrobe, la flatte de mille épices, la poudre de cacao qui sort d’on ne sait où, la comble de fruits pochés, la fait craquer comme nous, un instant ébahit, la fourchette suspendue, les papilles en alerte.

 

Le troisième 2004

En entrée, j’avais composé une assiette difficile à accorder, une sardine à l’huile soulignée d’un zeste d’orange confit, accompagnée d’un petit artichaut cuit vapeur sauce vinaigrée, une noisette de tapenade et une fine lamelle de poivron rouge style piquillos pour apporter couleur et fragrance supplémentaires. Pas facile, avant que je ne pense à ce qui fonctionne hyper bien avec les artichauts, un rosé. Mais, il fallait aussi emballer la sardine, la vinaigrette et le reste, pas simple, avant que je ne mette la main sur le graal, un rosé 2004. Les bons rosés se gardent fort bien…

img_4418

Les Béatines 2004 Coteaux d’Aix en Provence Domaine des Béates

(La cuvée existe toujours)

Saumon doré aux reflets cuivrés, il nous offre une myriade de fruits confits, mangue et abricot séchés, orange marinée à la sauge, poire tapée au poivre de Sichuan mélangé de Cayenne. La bouche est étonnante de fraîcheur avec le gras onctueux des confits, ce qui donne d’emblée un confort buccal des plus agréables. Cette quasi vivacité met en exergue les arômes de fruits secs, agrumes et charnus confondus, piqués d’amandes effilées. La longueur conserve son acidité et nous donne envie d’y revenir.

Assemblage de 75% de Grenache et 25% de Syrah.

www.domaine-des-beates.com

Quelle merveille avec l’artichaut, son amertume se mue en un délicieux dessert à l’amande, quant à la vinaigrette, le rosé la déstructure pour en isoler les parfums d’huile d’olive, la note citronnée (vinaigrette au citron), le piquant de la moutarde. Vient ensuite la sardine dont la bouchée parfumée d’orange et de poivron semble enthousiasmer le rosé qui devient volubile, développe les notes iodées respectives, ajoute ses épices, compare l’intensité des agrumes, croque le sucré amer de l’orange, trouve en lui de la gelée de rose jusqu’ici dissimulée, rend la sardine à la fois suave et juteuse. Enfin, la tapenade apporte son sel, son goût d’olive noir délicat et nous fait mélanger tous les ingrédients en une seule bouchée pour avec une gorgée de rosé faire exploser le palais en mille saveurs.

Sympa, les 2004! En tout cas, côté Sud…

 

 

Ciao

 img_4417

Marco  


6 Commentaires

Le Tannat de Philippe Courrian

En rangeant ma cave la semaine dernière, je suis tombée sur une bouteille non pas oubliée, mais trop bien rangée : le Tannat de Philippe Courrian, un 2012, et j’ai pensé que le moment était venu de la boire. En même temps que la bouteille, j’ai remonté une « flopée » de souvenirs liés à Philippe et Véronique Courrian que j’allais m’empresser de partager avec mon compagnon. N’étant pas du monde du vin, mais très amateur, il est   toujours demandeur de mieux le connaître.

D’abord lui dépeindre Philippe, personnage incontournable du Médoc, vigneron passionné, mais aussi féru d’histoire, très grand amoureux de la nature, ce qui l’a sans doute conduit dans les Corbières. Je ne me souviens pas comment je l’ai connu, ni quand, mais ça fait bien longtemps et sans être intimes, nous nous apprécions beaucoup, il venait aux Feuillants, je suis allée dans sa « campagne habitée » comme il la nomme. C’est cette même campagne qu’il appelle le Château Cascadais, la première appellation lui sied bien mieux, l’endroit, une vallée idyllique  près de Saint- Laurent de la Cabrerisse, dans un environnement parsemé de superbes cascades (d’où le nom Cascadais), évoque le Paradis ! Des vignes, un champ d’oliviers, un ancien moulin et une maison, c’est là qu’il habite Philippe, il a redonné vie à ce terroir des Corbières très ensoleillé. Il y cultive un petit jardin potager et quand même 35ha de vignes, plantées de carignan, cinsault et syrah qui produisent des vins qui figurent parmi les meilleurs rapports qualité/prix de France. Notre ami Michel Smith à qui j’ai emprunté la photo, vous en a déjà parlé   #Carignan Story # 239 : Au fond de ma vallée…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Philippe Courrian, Photo Michel Smith

Ça n’a pas suffit à Philippe qui au grand étonnement de tous,  a eu envie d’y implanter du tannat, lieu inattendu pour trouver ce cépage, c’était en 2001, presque 1ha.

Qu’est ce que c’est le tannat  me demande mon ami? Question normale, il n’est pas présent en Espagne, je lui explique que c’est un cépage dont le berceau le plus connu se trouve dans le Sud-ouest, notamment dans l’appellation Madiran, ce qui ne l’avance guère, il va même jusqu’à me faire remarquer que je ne lui ai jamais fait gouter de Madiran, à ma grande honte, je dois reconnaitre que c’est fort possible. Alors, du tannat dans les Corbières, ça ne le perturbe pas vraiment, il n’a pas d’à priori, c’est le grand avantage des profanes.

J’imagine que c’est son côté atlantique qui a conduit Philippe à enraciner du tannat dans ce climat méditerranéen, c’était un pari audacieux qu’il a gagné, le vin est magnifique, même si commercialement parlant j’ai l’impression que les acheteurs ne sont pas  toujours au rendez-vous. Je peux comprendre  leur hésitation, il n’est pas dû à la qualité du vin, la plupart n’ont surement pas pris le temps de le gouter ! Mais  d’une part, le nom de la cuvée est provocateur: le tannat, ça n’est pas un cépage  très populaire, il ne fait pas souvent l’unanimité et  si vraiment on a besoin d’un tannat on ira le chercher dans le Sud-ouest, où il s’appelle Madiran, c’est plus noble…et moins agressif;  d’autre part, il est concurrencé par la gourmandise et le prix des Corbières du domaine, en effet si ces derniers sont un cadeau, le tannat vendu aux alentours de 22€ peu paraitre un peu cher. J’en parlais avec Véronique Courrian, sa fille,  qui me confirmait le peu d’intérêt de la part des cavistes, et à contrario l’engouement de la restauration, Alain Dutournier entre autres le met en avant, du coup c’est une belle porte d’entrée pour les particuliers. Depuis qu’il est présent dans la restauration, il se vend bien, 2012 est terminé, c’est 2013 qui va rentrer en scène. C’est quand même paradoxal cette manière de fonctionner des acheteurs, ils sont toujours entrain de se plaindre de la globalisation des vins, mais quand on leur propose justement un vin singulier, la peur de ne pas le vendre les paralyse. Nous voulons bien des vins différents mais à condition qu’ils fassent soient commerciaux… Un tannat des Corbières, ça ne le fait pas !

12108944-1011555462240061-1930892627447793723-n

 Le vin : le 2012

C’est un vin de pays des Coteaux de la Cabrerisse, 100% TANNAT, vieilli 16 mois  en barriques 100% neuves, il a été conçu pour une longue garde. La production est d’environ 2000 bouteilles, il est à le vente depuis 2 ans, les millésimes  14 et 15 ne sont pas encore sur le marché, Véronique les laisse murir tranquillement.

Gouté en janvier 2017, ce tannat s’exprime bravement !

Nous ne l’avons pas mis en carafe, je ne l’ai pas cru nécessaire, mais nous avons pris le temps de le laisser respirer.

Encore une attrayante couleur noire dense, beaucoup de fruits noirs au nez ; en bouche, il dévoile une structure harmonieuse, il n’est absolument pas marqué par le bois, le cassis, la myrtille et la mure dominent, les tannins sont très fondus, il ne manque pas de volume, mais c’est sa grande souplesse assortie d’une  réelle onctuosité  qui nous a surpris ainsi que sa bonne persistance en bouche. Bon niveau d’acidité.

Nous avons aimé avant tout sa corpulente suavité, et la part de mystère qu’il garde, révélant une personnalité propre. Tannat ou pas tannat, peu importe c’est un vin atypique, c’est indéniable, sous des apparences trompeuses de douceur, le vin dévoile quand même héroïquement  son origine en montrant sa puissance et sa virilité.

Le vin en 3 mots : Tendre, corpulent, délicieux ! Résultat une bouteille qui ne demande qu’à être ouverte pour notre plus grand plaisir.

 

PVP : 21,50€  au domaine.

http://www.tourhautcaussan.com/

Tél : +33 556 090 077

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

le_tannat_coffret


2 Commentaires

Un Truc à voir ce soir à la télé

A voir ce soir sur France 3, à 21h: Des Racines & des Ailes au fil du Rhône.

Notre ami géologue Georges Truc est dans l’hélico… On verra les Dentelles de Montmirail, Châteauneuf-du-Pape, Vacqueyras, Rasteau, Cairainne, Condrieu et les Coteaux de Seyssuel, notamment.

Des racines et des ailes : série TV télé-loisirs

des-racines-et-des-ailes-11941-29459

Hervé


3 Commentaires

Tourteau catalan des Rois et Anis del Mono

Le gâteau des Rois, se mange aussi bien en France qu’en Espagne, mais dans ma Catalogne natale, tout comme en Catalunya, ce n’est pas une galette que l’on trouve dans les boulangeries pour l’Epiphanie mais un « tourteau des rois (el tortell de Reis) ». C’est une délicieuse pâte à brioche ronde,  très parfumée, recouverte de sucre et de fruits confits, et avec de la crème d’amande à l’intérieur.

2017-01-09-photo-00000069

Pour coller à la douceur du touteau, il faut un vin sucré, le mariage le plus facile si l’on veut rester local se fera avec un Muscat de Rivesaltes, même si un Maury ou un Banyuls ambré pourraient aussi convenir.  Mais, comme je passe une partie de mon temps à Badalona (à 10kms de Barcelone), où nous avons la chance d’avoir une excellente boulangerie/pâtisserie  (Forn Beltran),  je me suis dit que c’était l’occasion de gouter avec le tortell,  l’Anis del Mono.  Pourquoi, l’Anis del Mono? Tout simplement, parcequ’il se trouve que l’unique distillerie de cette marque populaire d’anis se situe à Badalona, c’est une icône de la ville,  un bel édifice de la fin du XIXe siècle,  devant lequel je passe tous les jours à l’occasion de ma promenade sur le front de mer.

anis-del-mono-badalona

L’Histoire

La fabrique Anis del Mono  a été fondée à Badalona en 1870 par les deux frères Bosch, à noter qu’ il existait déjà, quand elle a été inaugurée,  de nombreuses distilleries dans la ville, plus de 28, une sacrée bataille ! Mais, ils ne redoutaient  pas la concurrence, ils étaient riches et faisaient du négoce avec les Amériques : tabac, cacao…chose courante à l’époque…Ils connurent le succès.

Anis del  Mono à Badalona est un joyau moderniste qui a été préservé pour sa valeur artistique et patrimoniale ; toute la production continue de sortir de là, environ 5 millions de litres par an ! En 1975, la distillerie est passée aux mains du Groupe Osborne, son système de production, est resté artisanal, le même que celui utilisé il y a plus de 130 ans.

Le marché est surtout international, l’anis del Mono s’exporte vers 50 pays, pour compenser la baisse du marché national. Mais, le groupe essaie de se recentrer sur le marché intérieur avec sa campagne : « Volvamos al Mono » (Retournons au MONO). Aujourd’hui la distillerie est le leader indiscutable dans le secteur des anisés.

Cette liqueur a marqué mon enfance, c’était avec un « moscatell », une des rares bouteilles présente dans le buffet de ma tante, elle la sortait régulièrement pour en offrir un petit verre accompagné de biscuits, au facteur à l’occasion de sa tournée hebdomadaire.  Je me souviens aussi que les hommes  demandaient au Bar du village, un « carajillo »à l’anis. Le nom de carajillo vient de la guerre de Cuba, quand les soldats ajoutaient du Ron à leur café pour se donner du courage (corajillo disait-on) par déformation c’est devenu carajillo. Il peut se faire avec du brandy, mais dans les milieux ouvriers on le faisait à l’anis, à l’heure actuelle il revient à la mode mais avec le brandy de Jerez, c’est plus chic!

images

Je dois dire que même au cours de ma vie professionnelle, je n’ai pas eu l’occasion de retrouver l’Anis del Mono. Considéré comme un pur produit de supermarché, il n’était pas de bon ton d’en avoir dans nos magasins. Pourtant, Marc Sibard, lui en proposait aux Caves Augé à Paris !Le retrouver si tard, me rend un peu nostalgique, ça me ramène dans les  années 50/60, toujours en Espagne, près de Gerona, cette fois-ci!

Le 7 Juillet, 2012 on inaugurait sur la promenade de Badalona, une statue en l’honneur de l’Anis del Mono: un singe de 200 kilos, sculpté en bronze, qui connait un vrai succès :il est photographié à longueur de journée !

estatua-mono-de-anis-del-mono-badalona

La bouteille

L’un des emblèmes d’Anis del Mono est sa bouteille : elle est très particulière ! Lors d’un voyage à Paris, Vicente Bosch alors qu’il cherchait un cadeau pour sa femme, avait admiré place Vendôme une bouteille de parfum qui l’a inspiré et, il a voulu l’imiter.

2017-01-09-photo-00000068

L’Etiquette

L’étiquette de la bouteille contient aussi quelques curiosités qui en font un symbole de l’identité, comme la faute d’orthographe sur le mot « destillación », qui s’écrit destilación, en espagnol, et qui a été maintenue. Mais peut-être le plus significatif est le visage du singe lui-même, il n’a pas une tête de singe,  il présente des caractéristiques humanoïdes ! Il existe plusieurs légendes qui tentent d’expliquer ce détail. L’une d’elle soutient tient qu’il y avait un singe à l’usine. La famille Bosch avait des biens et des affaires en Amérique, l’un de ses navires aurait  apporté un singe, qui a finalement été installé dans la distillerie. Il est devenu très illustre et les gens venaient  pour  le voir jouer. Cela a rendu la société  populaire et elle fut  connue comme « l’anis du singe ».Une autre théorie dit que Vincent Bosch, notaire et célèbre homme d’affaires, a profité du débat suscité par les théories de Darwin, pour annoncer leur marque comme la plus évoluée. Sur l’étiquette, un primate humanoïde tient un parchemin proclamant: « C’est le meilleur, moi, je ne mens pas ».Il y a aussi l’opinion selon laquelle le visage du primate humanoïde, est le même que celui de Charles Darwin. Certains croient que les frères Bosch étaient contre la théorie de l’évolution de Darwin et qu’ils ont voulu le caricaturer…

untitled

La « Fabrication »

L’Anis del Mono est une liqueur qui se compose d’alcool et d’un mélange de différentes herbes et anis. Les ingrédients sont très simples: eau déminéralisée chimiquement pure, alcool, sirop de sucre raffiné et filtré, et  herbes (anisées). L’anis del Mono ne contient que de la « matalauva »(de la graine d’anis) de première qualité,  et d’autres plantes comme la badiane, le fenouil rigoureusement sélectionnée à partir de laquelle on extrait l’huile essentielle qui fournit le bouquet si caractéristique du produit. Le procédé de distillation a lieu dans des alambics de cuivre, datant du XIXe siècle. Deux variétés d’anis, sec (étiquette verte) et doux (label rouge) sont fabriquées.

anis-del-mono-1000x667

Le mariage avec le tourteau des Rois

J’ai toujours entendu dire dans ma famille que, l’Anís del Mono, en plus d’être délicieux, avait des propriétés digestives. Il se buvait dans des très petits verres à température du placard où il était rangé après le repas, ou encore, on en versait quelques gouttes dans le café le matin les jours de grand froid. Par conservatisme, j’ai voulu le gouter à température ambiante, mais finalement, nous l’avons dégusté glacé, il est bien meilleur ! Je n’avais pas de petit verre, de « chupito », j’ai donc choisi celui qui m’a paru le plus approprié, mais pas idéal.

Ça n’est pas le meilleur accord que j’ai connu avec le gâteau, mais pas mal quand même, déjà la couleur transparente s’harmonise bien avec la blancheur du sucre, le nez est suave. Le gout de la liqueur est puissant (35º),  mais la bouche  douce et rafraichissante, contraste avec le moelleux et la légèreté de la brioche. Evidemment, le sucre domine, accompagné des parfums comme la fleur d’oranger et l’amande amère. Le gout d’anis s’accorde bien avec les fruits confits, l’ensemble produit une agréable saveur sucrée équilibrée par l’amende amère.

C’est assez improbable comme mariage, cette liqueur étant totalement oubliée, mais  depuis quelque temps déjà,  à force de passer devant en allant marcher, et de sentir ces odeurs d’anis quand la distillation a lieu,  je m’étais promis de « plonger » dedans. Voilà, c’est fait. La bouteille est au frigo, il ne faudra pas compter sur le facteur pour la terminer !

2017-01-09-photo-00000071

ANIS DEL MONO anís dulce botella 70 cl: 7,80 €, allez-y essayez, l’expérience ne vous ruinera pas.

 

Hasta Pronto,

 MarieLouise Banyols