Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Les “tourments” de l’acheteur professionnel

Pour changer un peu des dégustations, je vais vous parler de la “vie tourmentée” d’un sélectionneur professionnel, métier que j’ai exercé pendant 15 ans.

Sans vouloir idéaliser l’entreprise à laquelle j’ai appartenu, je dois dire que j’ai eu beaucoup de chance, de travailler pour un groupe comme LAVINIA.Sa gamme est une représentation assez complète du monde vinicole, national et international. Cela m’a donné l’opportunité de gouter des vins venant d’un horizon très large et par la même de mener une étude assez poussée des références disponibles sur le marché, ce qui me permettait d’optimiser mes choix au moment de la sélection.

Bien évidemment cela exigeait une connaissance poussée des vignobles et représentait une implication totale dans l’actualité viticole. Je pense que la majorité des amateurs, des clients et des domaines ignorent les difficultés et les responsabilités qu’impliquent le travail de sélectionner un “bon” vin pour l’incorporer dans une gamme, l’objectif étant  qu’il ait du succès, c’est-à-dire qu’il se vende ! Ne jamais oublier que j’étais payée pour ça.

Il faut avant tout, même si cela apparait comme une évidence aller chercher les vins, et cela exige, une actualisation permanente des connaissances, via la lecture des différentes revues professionnelles et autres blogs ou newsletters, mais surtout, il faut le plus souvent possible parcourir le maximum de vignobles, et être présents dans les nombreux Salons professionnels officiels et « off ». J’ajouterai qu’un bon relationnel n’est pas négligeable.

Il faut bien sur gouter chaque jour de nombreux vins, de manière à se former un palais, “la culture du vin est ce qu’il nous reste après avoir beaucoup craché ». Il est évident qu’on ne peut pas rester assis derrière un ordinateur et se contenter d’attendre que les échantillons arrivent !

Pour comprendre les raisons de la qualité d’un vin, il n’y a pas d’autre secret que d’en connaitre les auteurs, aller à la rencontre des viticulteurs, observer comment ils respectent l’équilibre entre les vignes et la nature, les écouter, parler avec eux, passer un moment dans leurs caves ou si ça n’est pas toujours possible, participer à un maximum de manifestations, gouter leurs vins millésime après millésime; il est en effet très important de suivre l’évolution d’un domaine, ça permet de mieux comprendre les vins et de se projeter dans un avenir pour bâtir une politique commerciale.

L’offre du Monde du vin est tellement vaste, les styles de vins proposés sont tellement différents qu’il n’est pas pensable prétendre tout couvrir ! Essayer d’être au courant de tout, d’être à jour, de faire face à cet excès de références, représente un effort colossal et permanent, et se serait mentir que de prétendre que nous y arrivons. Là encore, nous avons nos sources.

Et ce, sans parler des tendances et des modes qui existent aussi dans notre petit monde, et auxquelles nous ne pouvons pas, même si nous le voulons, tourner le dos ou les ignorer.

Le meilleur exemple actuel est celui des vins dits NATURES, ou le succès d’une zone comme Gredos en Espagne avec son cépage Roi : le Grenache ou encore le Jura en France.

Nous devons bien sur inclure des nouveautés dans nos sélections, mais ça n’est pas toujours suffisant, il faut en outre qu’elles apportent une différence pour que le consommateur final s’y attarde et que in fine, il les achète. Il est certain que nous sommes enclin à donner une opportunité aux jeunes domaines innovants, aux nouveautés,  et, souvent, sans le vouloir, nous nous éloignons de notre marché ; il faut toujours veiller à conserver un certain équilibre et garder à l’esprit les gouts de nos clients qui ne sont pas toujours ceux qui nous conviennent. Il existe un  décalage entre notre propre ressenti et celui du marché. Le risque est grand de déraper, et même si nous sommes là pour “éduquer” ou guider les palais, il faut respecter les habitudes des acheteurs et nous devons aussi rester attentifs à leur faciliter les vins avec lesquels ils se sentent les plus commodes. L’exemple type est celui du vin boisé, alors que nous nous les rejetons depuis un certain temps déjà, force est de constater que beaucoup de nos clients continuent à rechercher ce style de vins.

Je ne puis nier que j’avais tendance à préférer sélectionner des vins Bio, des vins élaborés par des viticulteurs impliqués dans leur terroir, des vins avec une histoire, des domaines de petite taille. Se sont ces vins qui finalement m’apportaient une différenciation dans la gamme. Mais, d’une part tous les vins Bio ne méritent pas d’être sélectionnés, et d’autre part, de nombreux vins traditionnels présentent un intérêt réel qui font qu’on ne peut pas les écarter d’une gamme. Il est évident que la qualité d’un vin demeurait le paramètre principal et décisif au moment de l’évaluation du vin, mais pas seulement, sa personnalité et son prix étaient aussi des facteurs déterminants… je ne serai pas tout à fait sincère si je n’y rajoutais pas la relation avec le vigneron. Le facteur humain est loin d’être négligeable et c’est tant mieux ! J’avoue qu’il m’a souvent influencé, reste après à faire passer le message auprès des sommeliers qui vendent les vins et ça n’est pas le plus facile. En réalité, se sont eux qu’il faut convaincre, car se sont eux qui sont en contact avec le client.

Dans le travail de sélection, une des principales difficultés que je rencontrais était la gestion des échantillons, nous en recevions, une dizaine par jour ! Parfois, il s’agissait de bouteilles que j’avais moi-même demandées, suite à des recommandations d’autres vignerons ou après lecture de commentaires, mais la majorité des échantillons qui arrivaient étaient envoyés par les domaines sans même nous consulter. Et, pour le sélectionneur, c’est un vrai problème, vous n’imaginez pas l’anxiété que ça me provoquait quand les bouteilles commençaient à s’accumuler. C’est difficile de trouver le temps nécessaire pour les gouter toutes dans un délai raisonnable, surtout que je passais les ¾ de mon temps à voyager. Bien entendu, les bouteilles n’arrivaient pas seules, elles étaient suivies d’un long mail de présentation du domaine, incluant fiches techniques, photos, récompenses, coupures de presse ect, ect….Sans compter qu’une semaine au mieux, après avoir, envoyer les échantillons, les vignerons commençaient à m’appeler ou à m’envoyer des mails pour connaitre le résultat de la dégustation. Les choses empiraient quand au bout d’un mois, ils n’y avait toujours pas de réponse, ils ne comprenaient pas que nous n’ayons pas encore pu les gouter. J’avais beau leur expliquer que nous goutions par odre d’arrivée et que nous nous ne pouvions consacrer 100% de notre temps à la dégustation d’échantillons, rien n’y faisait, ils me mettaient une pression continue ….Je le vivais vraiment très mal, car je comprenais leur impatience, mais j’avais mes limites. Certes je m’appuyais sur un Comité de dégustation, mais je tenais à faire une présélection, non pas que je n’avais pas confiance à mes collègues, mais je craignais toujours de « rater »,  un vin, « important », de passer à côté, et donc la seule solution que j’avais était de les gouter tous, évidemment j’accumulais les retards.

Quand un vin m’intéressait, je demandais alors une autre bouteille, pour qu’elle soit analysée par le Comité de dégustation. Avec ce système, la procédure de référencement prenait un certain temps. Je me faisais un point d’honneur à répondre à tous les vignerons, même si parfois mes réponses n’étaient pas toujours appréciées ou comprises.

Une autre difficulté que j’ai rencontrée au cours de mes recherches a été au fil des ans, la qualité sans cesse croissante des vins et ce dans toutes les régions : ça n’a pas facilité la sélection.

Pour cette raison, d’autres facteurs que celui de la qualité sont rentrés en jeu et en même temps le doute s’est installé. Beaucoup de vignerons pensent  la qualité d’un vin en fait un élément suffisant pour qu’il soit retenu, selon eux, si le vin a été bien noté, nous devons donc l’avoir, mais, il nous est totalement impossible de référencer tous les vins qui sont bons. Comme ils sont loin des réalités du marché ! Si j’avais le temps, jécrirai un petit manuel à l’usage de certains vignerons pour leur expliquer, en toute modestie, ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire à un acheteur, comment établir une vraie politique de prix, ou encore comment gérer leurs échantillons…

Ce qui est certain c’est que ni le prix, ni l’âge, ni le fait d’appartenir à une appellation déterminée ne sont la garantie qu’un vin ait la qualité que nous recherchons. Un vin bien fait, sans défaut ne nous intéresse pas, pas plus qu’un vin qui a remporté une médaille à un concours, sa personnalité est primordiale, il ne suffit pas qu’un vin soit bon d’un point de vue technique, il faut aussi qu’il ait suffisamment de caractère, c’est ce qui lui permettra d’enrichir une gamme.

Bien entendu, la part de subjectivité est grande, mais comment y échapper ?

Quant au prix, il faut bien sur, que sa relation avec la qualité soit la plus juste possible. Enfin, la présentation a son importance aussi, car c’est elle qui finalement différencie le vin aux yeux des clients, dans les rayons du moins. Cette dernière donnée est aussi très subjective.

Etant donné que la capacité des magasins est limitée et que tous les casiers sont déjà occupés, si nous voulons rentrer une nouvelle étiquette, nous sommes obligés d’en retirer une autre. Nous dégagerons celle qui n’a pas eu le succès escompté, celle qui n’a pas de rotation selon le langage mercantile. Et ça n’est pas si facile, personnellement, j’avais beaucoup de mal à sortir un vin qui m’avait paru idéal au moment de la sélection, et sur lequel j’avais beaucoup misé: c’est un crève-cœur, le constat d’un échec, une mauvaise nouvelle à annoncer au vigneron!

Finalement, nous devons reconnaitre nos erreurs, car malgré toute la passion et tout le professionnalisme que nous mettons dans la sélection d’un vin, c’est le consommateur et lui seul qui rend le verdict final. C’est seulement lui qui décide si un vin est bon ou non! Les premières bouteilles sont toujours faciles à vendre si le sommelier est convaincu, mais ce qui décide du sort d’un vin, c’est sa rotation.

Et le succès n’est pas toujours là où nous l’attendons.

A ce jour, je n’ai plus à me préoccuper des autres, je goute ou j’achète le vin pour moi et mes proches et selon mon propre gout, m’arrive-t-il encore de douter ??? Je ne vous le dirai pas, car ça n’a plus d’importance, même si parfois je partage mes notes de dégustation avec vous.

Hasta pronto,

 MarieLouise Banyols

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Monvinic Store (2), rouges d’ailleurs

Suite et fin des notes de dégustation chez Monvinic.

La qualité des rouges de la dégustation n’était pas homogène – j’ai nettement préféré la sélection de blancs (voir mon billet de jeudi dernier);  mes commentaires, bien entendu, n’engagent que moi.

 

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El Mozo Wines Rioja El Cosmonauta y el Viaje en el Tiempo “Clarete” 2015 Magnum

Bodegas Compañon Arrieta

El Mozo Wines est un petit projet familial engagé par Gorka Mauléon et Itaxo Compañon, ils ont récupéré 9 ha de vieilles vignes, 18 parcelles en tout, toutes situées à Lanciego (Rioja Alavesa). Ils y développent une viticulture traditionnelle et organique et s’enorgueillissent de vinifications les plus naturelles possibles. J’avais déjà rencontré Gorka Mauléon et dégusté ses vins lors des rencontres de la viticulture organisées par Telmo Rodriguez, et déjà, je n’avais pas été convaincue.

Voulant reproduire le vin que buvait leur grand-père, ils vinifient tous les raisins ensemble, blancs et rouges, et entiers, avec macération semi-carbonique. Ils n’utilisent aucun additif, et il n’y a pas d’ajout de soufre.

Pour cette cuvée, ils ont sélectionné une parcelle, «Monte Viñaspre»,  plantée par leur grand-père Teodoro dans les années 40. Elle est située à 612m d’altitude au Nord-Est de Lanciego, elle est toute petite, 3500m2, et, comme cela se pratiquait avant, elle est complantée : on y retrouve du tempranillo, du grenache, de la viura, de la malvoisie et du torrontes. Presque la moitié de la parcelle est plantée de cépages blancs.

Le but étant de récupérer le traditionnel « clarete » qui se buvait  au quotidien, un vin frais qui rappelle la mémoire du grand-père. Je ne sais pas si les deux complices ont déjà gouté des vins du temps de leur grand-père, mais moi oui, et je peux témoigner qu’ils étaient troubles, de couleur claire et plus proches du vinaigre que d’une expression de terroir, mais on aimait ça car le palais s’y était habitué.

La vinification est certes aussi artisanale que possible, et est censée exprimer la vigne; mais là, j’avoue que je ne l’ai pas retrouvée!

La robe est trouble, d’un rouge clair; il y a beaucoup de co2;  la bouche m’est apparu assez insipide, sans grand intérêt. Ceci dit, le vin a été très apprécié par d’autres dégustateurs et ce domaine jouit même d’une bonne presse. On ne peut qu’adhérer à leur démarche et l’encourager, même si pour ma part, je n’y retrouve aucune expression de terroir. Il faut cependant reconnaitre beaucoup de passion et d’énergie chez ces jeunes, ils croient fermes en ce qu’ils font et rien que pour ça, il faut les suivre, je suis certaine que les vins finiront par exprimer le terroir.

En outre la production étant limitée à 212 magnums, le prix de 60,50€ par magnum me paraît élevé, je ne dis pas qu’il ne soit pas justifié, mais…

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Marlborough SPINNING TOP PINOT NOIR PALOOSA 2014 NEW-ZEALAND

Les vins de Spinning Top sont élaborés par Patrick Moore, à partir de raisins issus des vignobles de la Waihopai valley, des Upton Downs, de l’Awatere valley et de la Wairau valley. Les vins prétendent «représenter le caractère unique des sites où poussent les raisins, avec la complexité provenant des forces de la nature et d’assemblages judicieux».

Je ne connais pas ce domaine, je ne fais donc que transcrire ce qu’en a expliqué Delia. Ce vin a reçu un accueil mitigé : il a été très apprécié par de jeunes sommeliers qui l’ont trouvé « vrai et dynamique« , pour ma part je suis plus réservée, il ne m’a pas impressionnée, et d’autres dégustateurs étaient de mon avis.

Il n’utilise que des levures autochtones, très peu de soufre, et un élevage de 9 mois en barriques.

Couleur rouge rubis, modérément profonde, le nez est très variétal, il présente des arômes très fruités de cerises, de prunes fraiches et de mûres, mêlés à des nuances herbacées, et épicées. Après quelque temps dans le verre, apparaissent des touches balsamiques. Le corps est très moyen, le palais est juteux et offre les mêmes notes de fruits que le nez, les tanins sont doux et fondus, la finale est réglissée et marquée par une acidité fraîche.

Un style de vins classique de Marlborough, au caractère très variétal, facile à boire, je l’ai quand même trouvé court et sans beaucoup de complexité.

Vol.: 13.2%

PVP: 16,20€

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FERDINANDO PRINCIPIANO DOSSET VINO ROSSO MONFORTE D’ALBA 2015

Ferdinando Principiano fait partie de la nouvelle génération de jeunes vignerons des Langhe, dans le Piémont. La propriété familiale est située à Monforte d’Alba a été crée en 1950 par Americo, le père de Ferdinando, elle couvre 10ha ; Boscareto, Le Coste, Pian Romualdo et Santa Anna en sont les parcelles clés et produisent environ 35.000 bouteilles par an de Dolcetto, de Barbera et de Nebbiolo. Ferdinando a repris le domaine en 1993, il accorde beaucoup d’importance à la préservation et l’amélioration du vignoble dans le respect complet de la nature, depuis 2004, il travaille en biodynamie. Pas de pesticides dans le vignoble et pas de soufre dans la cave!

Dosset, 100%, c’est le nom local pour Dolcetto d’Alba,  fermentation à partir des levures indigènes sans ajouts de soufre avec des petits degrés d’alcool. La production annuelle et de 4000 bouteilles

Une éclatante couleur rouge cerise. Au nez, il m’impressionne fortement : des notes de violette et de cerise avec un soupçon de terre. Je pense immédiatement : «quel beau vin!». La bouche, est fraîche et propre, légère avec une touche légèrement épicée. Les tanins sont équilibrés et la finale persistante et réglissée. Très joli vin, qui glisse mais qui a du corps, plein de fruits, très étonnant, il ne titre que 11º, jamais rien gouté de pareil: un coup de cœur !

PVP: 16,65€

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Barbadillo Vino de la Tierra de Cadiz Nude Tintilla de Rota 2015

 Une nouveauté chez Barbadillo.

Il s’agit d’un vin sans élevage, jeune fermenté et élevé en cuve.

Le propos d’Armando Guerra, l’œnologue, était de faire découvrir aux amateurs une Tintilla presque à l’état pur, en intervenant le moins possible tant au moment de la vinification qu’au moment de l’élevage. Il a été mis en bouteille sans filtration.

Armando Guerra définit “nude” comme la “Tintilla punk”, un vin de soif, frais et fruité.

Sa robe est noire, profonde avec des reflets violets, et n’annonce pas un vin de soif. Le nez est très expressif, dominé par des fruits, un peu rustique quand même. La bouche est contre toute attente, agréable fraiche, tannique juteuse. C’est un style qui rappelle plus les vins de macération carbonique de la Rioja ou du Beaujolais que les autres Tintillas de la zone.

J’ai bien aimé ce vin sans prétention.

Vol : 14,5º

Production : 2000 bouteilles

PVP : 13,40€

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MUXAGAT DOURO TINTA BARROCA 2014

Mateus Nicolau de Almeida peut se vanter d’un sacré pedigree.  Son grand-père, Fernando Nicolau de Almeida, a créé Barca Velha et qui a aidé António Ramos Pinto Rosas (grand oncle de Mateus), à fonder  Quinta de Ervamoira.

Mateus a étudié la vinification à Bordeaux avant de retourner dans le Douro. Plutôt que de travailler pour son père à Ramos Pinto, il a voulu faire son propre vin qui pourrait refléter sa tradition familiale, mais aussi ce qu’il avait appris en France et dans les autres pays où il avait été .Se décrivant comme un« Douro Vigneron « , il a créé avec Eduardo Lopes son propre domaine dans le Douro Supérieur, où il produit des vins de superbe qualité et ce, bien sûr, sans chimie à la vigne et sans intrants au chai hormis du soufre en quantité très raisonnable… Le projet Muxagat Vinhos a débuté en 2003, dans le petit village de Muxagata, dès l’année suivante, l’entreprise a déménagé à Meda. Ainsi, Muxagat est un petit domaine, planté en terrasse et situé dans la vallée du Douro Supérieur,

Il est localisé à 10 km au sud de la rivière et à seulement 20 km de la frontière espagnole.

Cette cuvée, (Muxugat signifie chat et hibou en portugais) est issue de vignes de tinta barroca, situées entre 250 et 600 mètres d’altitude.

Les faibles rendements et l’altitude sont la clé cet étonnant Tinta Barroca. Les raisins sont égrappés et foulés. Ils sont ensuite fermentés dans des cuves en béton où le vin est vieilli pendant 8 mois, dans des barriques de chêne autrichien.

La couleur de la robe est lumineuse, le nez est assez puissant, plein de fruits rouges avec des notes florales, la bouche est dense, fruitée et épicée, les tannins sont fins et chocolatés. Un vin un peu sauvage avec une vraie personnalité!

Vol : 13 %

PVP : 12,40€ Très bon rapport qualité/prix

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DONKEY AND GOAT EL DORADO FIVE THIRTEEN RED WINE BLEND 2012

Five Thirteen Red Wine Blend est un vin d’assemblage de style rhodanien.

Donkey & Goat Winery est un domaine californien exploité par un couple, Jared & Tracey Brandt, à Berkeley, une propriété urbaine donc. Ils travaillent avec une poignée de producteurs dont les vignes sont situées dans la Sierra Nevada, Mendocino et Napa. Ils arpentent les rangs de vigne et dégustent leurs raisins avant de décider quand ils sont prêts à cueillir. Dans la cave, rien n’est enlevé et rien n’est ajouté, sauf un minimum de soufre – aussi peu que possible; et ils utilisent des levures naturelles. Les vins sont mis en bouteille sans stabilisation, ni filtration. «Nous faisons des vins naturels, un terme qui couvre à la fois le vignoble et la cave.»

Five Thirteen est ainsi appelé parce qu’elle est calquée sur Châteauneuf -du -Pape et est composée de cinq des 13 cépages autorisés : 45% Grenache + 20 % Syrah + 19% Mourvèdre + 10 % Counoise + 6 % Cinsault. La robe n’est pas très profonde, le nez pas très complexe, mais agréable, un de mes voisins a dit : «nariz chula», la bouche est fruitée, c’est un peu court, à ranger plutôt dans la catégorie des vins de soif, bien qu’un peu cher dans ce registre, mais c’est la Californie.

VOL: 14%

PVP: 32, 70€

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Afrique du Sud, Elemental Bob Cosmic Flower My Red 2013

C’est un nouveau domaine pour moi, Delia n’avait pas l’air de le connaître plus que ça, alors voici le peu d’information que j’ai trouvé. Sur le nom : « J’ai étudié l’agriculture et mon frère m’a appelé Bob l’agriculteur. Ses enfants également m’appellent Bob. Quand j’ai fait mon premier vin, je l’ai appelé Elemental Wines. Bob l’Agriculteur et Elemental Wines ont fusionné pour donner Elemental Bob… Mes vins sont toujours uniques, intéressants et éveille les sens. Je suis un vigneron/artisan/papa indépendant.J’ai commencé Elemental Bob en 2004, tout en étudiant la vinification à l’Elsenberg College… »

La cuvée est composée de 33.3% Merlot / 33.3% Cabernet Franc / 33.3% Cabernet Sauvignon, les raisins sont vendangés manuellement, il utilise des levures indigènes et le vin passe 11 mois en barriques. Il n’est ni filtré, ni collé.

La production est de 954 bouteilles !

Le nez n’est pas très attirant, je dirai même qu’il pue, mais à l’aération, apparaissent des notes de poivrons verts, d’eucalyptus, le corps est moyen, l’acidité est faible, et c’est un peu court. Pas du tout emballée par ce vin qui, en plus, coûte 37,10€ la bouteille.

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En guise de conclusion :

Ce qui relie ces vins entre eux, c’est la non intervention dans le vignoble et à la cave. Tous ces vignerons travaillent en biodynamie, sans soufre ou très peu, animés qu’ils sont par une recherche presque désespérée de produire un vin le plus naturel possible! Le résultat n’est pas toujours probant, comme quoi, parfois un peu d’intervention de la part du vigneron est la bienvenue. Autre paramètre commun, la faible production de chaque cuvée, il est clair que ces vins ne peuvent se produire en volumes importants, le marché ne les absorberait pas, ils s’adressent à un public acquis, convaincu d’avance et prêts à payer un certain prix pour boire leur vérité !

J’ai apprécié dans cette dégustation la présence de vins espagnols. j’ai retenu l’Italien, le Portugais et la Tintilla.

Bravo à Delia pour ses sélections, importer des vins naturels du Nouveau Monde représente non seulement une recherche importante, mais aussi  une logistique et des couts de transports très importants quand il s’agit de faibles volumes. Il ne faut donc pas trop s’étonner par la suite du prix des vins.

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 Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols


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In praise of older wines : Barbaresco Asili Riserva 1996 de Bruno Giacosa

 

Barbaresco GiacosajpgLa bouteille en question. La vigne à droite est un Muscat d’Hambourg, dont je mange les raisins rouges que l’oïdium et les guêpes veulent bien me laisser.

De temps en temps je sors de ma cave une bouteille un peu plus plus ancienne que la plupart de celles que je déguste d’habitude – une habitude qui est fondée davantage sur les besoins du métier que sur mes préférences gustatives car j’aime les vieux vins. Il m’est arrivé aussi, mais très rarement, de faire des folies et passer outre ma consigne générale qui consiste à ne jamais acheter un vin à plus de 50 euros le flacon. L’exemple de ce jour est parlant, dans les deux sens.

Je ne sais plus combien j’ai payé pour 6 (ou était-ce 12?) bouteilles et 6 magnums de ce Barbaresco Riserva 1996 de Bruno Giacosa (Azienda Falletto), mais c’était certainement bien plus que 50 euros le flacon. Le producteur est très réputé. Il fait partie des «traditionnalistes» de l’aire en question, c’est à dire qu’il fait appel à des botti et non pas à des barriques pour l’élevage de ses vins rouges. Je lui avais rendu visite une première fois en 1996, justement. Le chai, comme la maison, se situe dans le village de Nieve. L’homme est très réservé, presque taciturne, tandis que sa fille Bruna est expansive et chaleureuse. J’étais impressionné dès le début par ses vins, mais ils peuvent être fermes, et même limite durs dans leur jeunesse. Pour mon premier livre sur le vin, j’avais écrit un chapitre sur lui, et un autre, en guise de contre-point, sur une autre grande figure de la région : Angelo Gaja. On peut difficilement imaginer un contraste plus marqué entre deux personnages et les deux styles de vins qui leur ressemblent, bien qu’issus de la même région.

Alors, ce flacon? Il était sublime de finesse, de rondeur, de patine envoutante de vingt années qui ont eu leur effet sur le rude mais droit nebbiolo. La couleur n’est pas intense : grenat un peu bruni aux bords. Les arômes sont la promesse d’un plaisir raffiné en bouche, complexes et sauves, indéfinissables mais d’une clarté parfaite. Cela se confirme en bouche avec une sensation qui a perdu toute la fougue de la jeunesse mais qui a acquis une infinie tendresse, presque une douceur. Les tannins sont totalement fondus dans le fruit qui a acquis une finesse presque joyeuse. Je ne sais pas si mes convives l’ont apprécié. Ils l’ont bu, c’est déjà ça. Moi, j’étais dans une sorte de nirvana gustatif, sans mots, seulement le bonheur. Oui, cela vaut la peine d’attendre, parfois, et peut-être plus souvent qu’on ne le pense.

David


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Longévité incroyable d’un vin sans soufre, Hommage de Cazes

C’est tout à fait par hasard que je m’en suis rendu compte. J’avais récupéré cette bouteille ouverte lors d’un salon dédié aux vins du Roussillon à Bruxelles. Comme j’en avais quelques autres, l’Hommage, je l’ai mise à côté de trois bouteilles de VDN ouvertes aussi. Ça se conserve sans souci ces petites douceurs délicates. Bref, j’ai totalement oublié l’Hommage. Mon cerveau l’a rangé dans ce coin de salle à manger avec les vins doux, donc pas d’angoisse.

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Le temps passe

Et s’étant remis au beau (le temps), la pluie de melons remplaçant averses et grêlons, je décide d’en acheter. Et pour satisfaire au sempiternel jambon, melon, porto, je me suis dit pourquoi pas un bon VDN du Roussillon. J’avais là du MA de 10, 20 et 30 ans toujours bien fringants, mais certes un rien costaud avec le San Daniele à la finesse transparente, au goût délicat, au gras savoureux. Quant au melon, joker. Donc changeons de « VDN » et tentons le coup avec cette bouteille qui traine avec les autres et dont la forme un peu travaillée (histoire de m’enfumer un peu plus) ne déclenche pas illico « mais c’est un vin sec, bon sang ! ». Je sers et avec la saveur sucrée du melon en bouche, je ne me rends même pas tout de suite compte, les conversations aidant, que c’est un Côtes du Roussillon et pas un Rivesaltes comme le Domaine Cazes sait si bien les faire.

Après la surprise, le choc

Il me faut un certain moment pour réaliser que ce que je venais d’avaler était un vin sec. Puis, un deuxième temps, pour comprendre qu’il n’est pas mauvais avec ce prosciutto de l’est italien. Interloqué, je le déguste à nouveau, et me rends compte qu’il n’avait pas de trace d’oxydation, offrait encore du fruit, n’était pas plat, il lui restait de la dynamique, peut-être justement parce c’est un vin issu de la conduite en biodynamie. Voilà un cocktail de paramètres qui me font rire. Quand je pense  à toutes les précautions que les producteurs de vins sans soufre demandent à leurs clients, là on était dans un cas de figure simple, le « n’importe quoi », c’est dire ma joie. Celle d’avoir la preuve qu’un vin « sans soufre en biodynamie » ne partait pas en couille dès l’ouverture et qu’il pouvait résister au temps, puisque ouvert depuis belle lurette, il restait buvable, donc en cave, sa longévité serait des plus importantes.

Le salon Roussillon s’est tenu le 23/05/2013 à Bruxelles, le calcul est vite fait, j’ai servi ce vin samedi dernier, c’est-à-dire le 23/07/2016, ça fait pile deux mois, et je la redéguste aujourd’hui, le 28/07/2016, la veille de mon poste pour vous en faire un commentaire.

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Hommage 2015 Côtes du Roussillon de Cazes

Robe pourpre violacée, nez de marmelade de fruits noirs teintées de vanille et de poivre, l’accent thym et sauge de la garrigue, un petit rien de volatile, le floral des fleurs sèches brûlées d’iode. Bouche suave, encore vive, les tanins semblent confits dans les gelées de fruits, les épices senties sont bien là. Il lui reste du répondant, de la dynamique. La longueur parle d’épices, de garrigue et d’un fruit qui là commence à s’étioler.

Bref, à l’aveugle, on ne devine jamais qu’il est ouvert depuis deux mois et conserver dans des conditions irraisonnables.

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La cuvée Hommage assemble  50% de Syrah, 40% de Grenache et 10% de Mourvèdre qui poussent dans un sol de colluvions calcaire mélangés d’éclats de schiste et de galets siliceux. La vendange est totalement égrappée avant l’encuvage. Fermentation alcoolique à 25°C la plus souple possible. Macération de 10 jours. Élevage de 3 mois en cuves avant filtration et mise en bouteille vers la fin de l’hiver. Titre alcoolique : 13,5°

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Comme quoi, le vin nous surprendra toujours.

Et il est facile de taper bien lourdement sur les vins sans soufre, les accuser de tous les maux. Pour moi, ils sont comme les autres vins, je me fiche pas mal qu’ils contiennent un peu plus ou un peu moins de soufre, l’essentiel, c’est ce qu’ils proposent dans le verre, le reste n’est que billevesées.

 

Ciao

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Marco

 


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Résurrection des cépages rares en Espagne

Dernièrement nous assistons en Espagne à une vague de résurrection de cépages rares. Fredi Torres, vigneron espagnol né en Galice, mais élevé en Suisse sur les bords du Lac Léman, (son domaine  situé à Gratallops, est composé de différentes parcelles sur les appellations Priorat et Montsant) nous en a présenté quelques spécimens à Trilla, lors de la fête des vieux cépages.

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Vino Etico Bodegas Gratias Tardana blanco 2015

La Tardana ou Planta Nova est un cépage autochtone de la région de Valence, qui comme son nom l’indique se vendange plus tardivement, en novembre.

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Gratias est un domaine familial situé en Manchuela,  dont la démarche est la récupération de vieilles vignes de cépages autochtones, bobal, tardana y pintailla et l’élaboration de vins éthiques. C’est-à-dire « des vins , dont le  prix de vente est honnête, où le prix payé pour le raisin permet au vigneron de vivre dignement , où les gens impliqués dans le projet sont fiers de leur travail , où le processus de production se développe de manière durable, où le principal objectif est de produire des vins à boire, où les gens sont importants car ils sont ceux qui rendent possible le miracle de vin , où le vin  est vrai » … Je vous ai déjà parlé dans un précédent article de leur rosé que j’avais bien aimé.

www.gratiaswines.com

Tardana Gratias 2015 est un vin frais dans une région solaire, travaillé en cuve inox, on ne sent pas trop l’alcool, la production est très faible, un millier de bouteilles. La robe est jaune paille, la gamme aromatique n’est pas très complexe, elle offre surtout des fruits blancs, pommes et poires accompagnés de quelques touches florales. La bouche est intéressante, onctueuse, légère et suave on y retrouve les fruits blancs et quelques notes citriques qui amènent une belle acidité finale. Un peu court cependant. Frais et facile à boire, peut séduire tous les palais, c’est un bon vin.

Je n’ai pas réussi à trouver de prix de vente, mais c’est en dessous de 10€-

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Arroba by …gratias

Vu que le cépage a presque disparu, on ne trouve pas de parcelles monovariétales, les pieds de vigne sont mélangés parmi d’autres cépages dans les parcelles appelées ‘parcelas mezcla’. Les raisins sont donc issus de différents terroirs, toujours de vignes en gobelets. Son nom est du au fait que les raisins présentent des touches de pourpre sur leur peau rose.

Pour quoi @: certains appellent le raisin de ce vin pintaillo et d’autres pintailla… d’oú pintaill@, en outre, une « arroba » est une unité de mesure très utilisée dans la zone pour le vin, 16,2 litres de vin concrètement.

La Pintailla est un cépage qui a un contenu très faible d’anthocyanes, et des profils  de flavonols presque semblables à ceux des raisins blancs.

Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est un vin singulier, il peut vous convaincre ou non, mais par pure curiosité et respect pour notre patrimoine, ça vaut la peine de le gouter.

La couleur n’est pas très intense, légèrement cerise, le nez est agréable avec ses notes de fraise et sa légère touche épicée, la bouche offre un corps léger, mais assez savoureux, le plus intéressant réside dans sa finale subtilement saline.

Facile à boire, assez gourmand.

Vol 13,5º

Le prix annoncé est d’environ 15€

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Mentrida Arrayán Albillo Real 2015, un blanc d’ albillo

Je vous ai déjà parlé de l’albillo blanc, (à propos d’un blanc de Madrid Picarana 2014 des Bodegas Marañones). Celui que présentait Fredi venait de la DO Mentrida, qui est aussi dans la région de Madrid. Une brillante couleur jaune doré, un nez délicat de fleurs blanches et de fenouil, une bouche grasse, ronde et assez persistante. Le nez est un peu toasté, le bois a besoin de s’intégrer davantage, mais il y a beaucoup de finesse dans ce vin, j’aime bien les notes citriques et d’herbes des champs qui agrémentent la finale-

PVP 12,50€

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La Forcalla de Antonia 2014 de Bodegas Rafael Cambra DO Valencia

100% Forcallà, un cépage autochtone de la région de Valence qui a pratiquement disparu à ce jour et que Rafael Cambra essaie de récupérer. Fredi nous raconte que le triangle formé par les villages de Fontanars del Aforins, Moixent et Font de la Figuera est appelé la Toscana Valenciana, tellement le paysage est idyllique, avec ses grandes maisons bourgeoises, et ses sols adaptés à la vigne. (750m d’altitude et vignes en gobelets).

Personnellement, c’est la première fois que j’ai l’occasion de gouter ce cépage. Le vin est issu d’une seule parcelle de 1 ha sauvée de l’arrachage. On estime qu’il ne reste que 200hectares de ce cépage dans le monde entier.

La robe couleur cerise est d’intensité moyenne, un peut matte. Au nez, des notes de fruits rouges frais, sur fond balsamique, mentholé. La bouche est fruitée, fraîche, les tanins sont subtils et la finale est marquée par une acidité vibrante.

Vol 14º

La production se limite à 600 bouteilles pour un PVP de 10€

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SERIE ADRIANA OCHOA – 8A MIL GRACIAS

La série de vins 8A est une série spéciale, elle représente un hommage à toute une famille de vignerons.

Adriana explique “L’emblème de mon grand-père était le symbole 8A, mon père m’a appris à apprécier les cépages, et moi, j’essaie de transmettre dans mes vins notre philosophie et mon amour pour cette terre”. Elle voulait élaborer un 100% Graciano, à l’encontre de la tradition qui réservait ce cépage aux assemblages et, en faire un vin moderne. Le graciano est un cépage que l’on rencontre principalement en Rioja, et qui jusqu’à maintenant là-bas aussi était utilisé en assemblage. De plus en plus, on voit apparaître sur le marché des graciano 100%, personnellement, ils ne font pas partie de mes Rioja favoris, c’est un cépage que je préfère en assemblage. Son acidité est très élevée, il faut vraiment savoir le travailler.

Cet exemple de la Navarre m’a interpellée ; d’abord, par sa surprenante couleur profonde et violette, le nez a besoin d’aération, mais une fois que le vin a respiré, apparaissent des notes de fruits noirs, de groseille et de poivre blanc associées à des touches de cannelle et de cacao. L’amabilité de la bouche m’a étonnée, les tannins sont suaves et agréables, j’aime la note finale de thym et de romarin. Un vin qui incite à finir la bouteille, je n’y ai trouvé aucune rusticité.

Il faut absolument le décanter, pais pour 10€ c’est une bien jolie bouteille.

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En Conclusion,

Je dirais que tous les cépages autochtones ne méritent pas d’être récupérés, et que le fait qu’ils soient en voie de disparition ne les transforme pas en trésors de guerre. Cependant, les vins de cépages rares ont une identité propre, et c’est pour ça qu’il faut les défendre. C’est une bonne chose qu’il y ait des vignerons pour les récupérer, ils préservent ainsi notre patrimoine et les prix pratiqués doivent nous inciter à nous montrer curieux et à  les encourager à les sauver. L’Italie, le Portugal et la Géorgie en regorgent, ils offrent une belle typicité, l’Espagne en est riche aussi, la Galice en offre de très beaux exemples. Lutter pour la biodiversité dans les vignobles du monde  me parait incontournable et indispensable, cela peut aussi constituer un facteur d’innovation et de croissance pour les petites et moyennes entreprises viticoles, je pense qu’il y a un attrait des marchés pour ce type de vins.

Donc, oui, défendons ces vins autant que nous le pouvons!

 

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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Deux Rhône de France, Jaume et Trapadis …

Pour en trois mots indiquer l’origine et le type des vins, Rhône de France semble le mieux indiqué, du moins dans cette petite rubrique, loin de moi l’idée d’une quelconque suggestion aux instances officielles qui savent.

Rhône de France, tout simplement parce que les deux vins évoqués sont deux cuvées très récentes élaborées dans le sud de la Vallée et qui m’ont plus dès la première gorgée.

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La première, un rouge friand fait que de Syrah, au fruité généreux, rien à voir avec les Syrah du nord, c’est pas le but.

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L’autre plus particulière et peu usitée à Rasteau, un naturellement doux blanc, rien à voir avec un Doré, c’est vraiment pas le but.

 

SY-RAH Family Vin de France 2015 Vignobles Alain Jaume

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Christophe Jaume, son géniteur, m’avait prévenu, l’étiquette peut choquer les âmes sensibles. Voir autant de rats sur une étiquette frise le cauchemar éveillé, j’ai mis un certain temps à la prendre en main… trop mignons, j’avais trop peur de les écraser.

Pourpre violacé, il explose de fruits, ceux dessinés sur l’étiquette (pour une fois que ça correspond…), myrtille et cassis ne font pas dans la dentelle mais dans l’abondance, soulignées de poivre et de réglisse, une fragrance de violette, la bouche s’attend à mille délices.  Elle n’est pas déçue et les papilles affolées n’arrivent plus à se contrôler, tant la gourmandise est au rendez-vous. Fraîcheur acidulée au goût délicat de citron, tanins légèrement hérissés qui étoffent la structure, fluidité au juteux généreux bien épicé, forment un trio efficace pour nous apporter une jouissance gustative spontanée. Un vin de plaisir pur, mais qui ne manque ni de fond, ni de longueur, ni de densité. Bref, une bouteille « dangereuse » qui se vide allègrement (j’ai mis des guillemets à dangereuse pour ceusses qui…).   

Revenons à l’étiquette qui fait partie du concept, elle nous rappelle les magasins de bonbons et leurs boîtes décorées de personnages imaginaires, petite madeleine délicatement parfumée qui encourage nos sens à nous rappeler les plaisirs de notre enfance.

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http://vignobles-alain-jaume.com/

Les Ponchonnières (blanc) 2014 vendange de novembre Vin de France Domaine du Trapadis

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Le tout premier millésime dégusté des Ponchonnières était le 2003, en version rouge ce naturellement doux offrait paradoxalement vu le millésime, une fraîcheur à tomber tellement elle apportait une succulence inaccoutumée. À chaque rencontre avec Helen Durand, le concepteur, j’en profitais pour déguster les millésimes suivants, en général, chaque fois différents, mais toujours aussi inattendus et succulents. Mais voilà qu’Helen a décidé d’en faire en blanc, bonne initiative, et puis indubitablement bien meilleur que les affreux Doré qui font encore long feu.

La robe jaune aux reflets vert doré se parfume illico de poire au sirop, de pêche jaune et de Corinthe, une note d’anis et de réglisse accentue les perceptions fruitées. On s’attend à une bouche intense, sucrée, pas du tout, ici tout n’est que raffinement, touche subtile, douceur fraîche à la texture onctueuse. Tout commence par les arômes floraux de guimauve et de rose blanche qui se distillent doucement. Suivent les fruits en gelées de poire, de raisin et de groseille blanche macérées dans un rien de liqueur d’amande. Fleurs et fruits se poudrent d’épices, épices qui en soulignent la saveur. Poivre, cumin, mélisse et légère réglisse s’en donnent à cœur joie et prolongent notre allégresse devant autant de délicatesse.

Par contre, je ne connais pas l’assemblage, je demanderai à Helen quand on se verra.

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https://fr-fr.facebook.com/DomaineduTrapadis/

Sympa tout ça !

 

Ciao

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Marco

 


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LA FÊTE DES VIEUX CÉPAGES 2016 A TRILLA

Tous les étés depuis 2012, le 3ème samedi de juillet, Trilla accueille la Fête des vieux cépages. Carignan, œillade, ribeyrenc, terret, etc. sont présentés par une vingtaine de vignerons passionnants aux amateurs et aux touristes.13718516_10155572453303504_6924257760962056984_nMichel Smith vous en a déjà parlé l’an dernier, c’est un fidèle ; pour ma part c’est la première année que je peux y participer, j’avais promis à notre ami André Dominé que je ferai mon possible pour y être. J’avoue que la chaleur de dimanche dernier m’a fait hésiter, mais la curiosité et la parole donnée l’ont emporté. Je n’ai pas été déçue. L’ambiance était très bon enfant, décontractée, je n’y ai vu que des amateurs, des touristes, pas de professionnels, c’est réconfortant de voir qu’ils ont le vin et les vieux cépages comme centre d’intérêt pendant leurs vacances.

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Le temps de me repérer, de dire bonjour aux uns et aux autres, et il était midi, grand temps d’attaquer la dégustation, voici un aperçu de ce que j’ai vu et bu :

  • Mas Mudigliza, Dimitri Glipa m’a fait gouter 2 vins,

  • Caudalouis 2015, un joli blanc de grenache gris et macabeu, la bouche est grasse, offre des saveurs anisées et une bonne longueur, ça commençait bien.PVP: 17€
  • Carminé 2013 Côtes du Roussillon Rouge : 80 % Grenache, Syrah, Carignan Noir, sa robe très foncée annonce une belle tannicité qui se confirme en bouche, sa maturité, la fraicheur de la finale et sa touche épicée en font un vin très séduisant ; je retiens la bonne expression du grenache.PVP:14€IMG_1676J’ai décidé ensuite d’aller écouter la conférence de Pierre Torres dont le sujet m’a interpellé : « Quel avenir pour les VDN ?» Vers un nouvel âge d’Or pour les VDN ? Même si personne n’y croit vraiment, la réponse qu’allait donner Pierre à cette question m’intriguait vraiment.
  • Le but étant de démontrer que ces vins ont une longue tradition de consommation, Pierre nous a fait remonter « à l’antiquité où les vins devaient avoir le gout de rancio, en passant par le Moyen-Age période durant laquelle on buvait du vin doux pas forcément muté, mais sucré, on y ajoutait du miel ou de la myrrhe, ce qui signifie que le gout sucré était déjà dans les mœurs. Au XVIII et XIX siècles les VDN commencent à avoir une réalité d’exportation et de notoriété, et enfin une reconnaissance légale avec les Lois Arago, Pams et Brousse. Les VDN vécurent les Trente Glorieuses de 1945 à 1975, dans les années 1970, la production atteignait 700000hl, portée par les marchés apéritifs et le négoce local, mais les marques connues comme Vabé ou Bartissol ne faisaient pas connaitre les VDN. A partir de 1980 commence une dégringolade, les causes sont multiples :

-Disparition d’une tranche d’âge

-Changement de mode au niveau de l’apéritif

-Notoriété de marques sans prestige

– Une appellation peu connue, confuse et mal choisie

– Un négoce peu concerné et des vignerons peu exigeants

Le vignoble des VDN selon Pierre Torres ne retrouvera jamais une période aussi faste. Pourtant, il est convaincu qu’une si belle histoire remontant à 2000 ans, ne peut pas se terminer. Les VDN ont des atouts d’exception : une histoire, un patrimoine, des paysages viticoles, une naturalité, un élevage magique.Il faut absolument mettre en avant l’élevage, donner un véritable statut d’éleveur au vigneron

L’avenir et la notoriété passe l’élevage et le développement de l’oenotourisme : la magie de l’élevage, ce qui impliquerait que les domaines aient des caves indépendantes pour élever ces vins, comme par exemple les Celliers des Templiers.

Les Vieux Millésimes sont des vins d’exception qui se valorisent très bien. Ils doivent accompagner obligatoirement les étiquettes, le terme « hors d’âge » étant trop vague, il faut copier les Portos et de servir des tranches d’âge, 10,20, 30 ans… et surtout il faudrait trouver un nom pour fédérer les VDN d’exception ayant au moins 10 ans d’âge, et pourquoi pas le mot « RANCIO ».  Enfin, il est essentiel de se tourner vers une consommation élitiste notamment en gastronomie. Pourquoi ne pas lancer le café gourmand catalan ?

IMG_1678Voilà le message de Pierre Torres, j’espère ne pas avoir trahi ses propos : si j’ai bien compris, la renaissance des VDN passe par :

  • la sauvegarde du coté exceptionnel du vignoble,
  • une véritable politique d’élevage,
  • une consommation pour des moments élitistes.
  • Un Café gourmand Catalan, proposé par la restauration haut de gammeJe ne sais pas si sera suffisant, mais saluons l’idée et essayons de persuader les restaurateurs de mettre à la fin de leur menu le café gourmand catalan.Je vous laisse y penser.Après un déjeuner très amical, j’ai continué la dégustation par le
    • Domaine Bénastra

      dont c’est le premier millésime, début 2015 Joseph et Wendy Paillé, ont abandonné la Loire (Domaine Pithon-Paillé) pour s’installer dans le Roussillon, Joseph présentait 2 vins :IMG_1680

    • La petite Soeur 2015, lladoner pelut, carignan, grenache et syrah, un vin simple, rond, harmonieux et gourmand. 13º et 15000 bouteilles pour un PVP de 9€
    • Blanc 2015, un vin de macabeu, grenache blanc, vermentino et chardonnay, en IGP Côtes catalanes. Je regrette que le nez soit légèrement marqué par le bois, mais la bouche reste fraiche. PVP 14€   Domaine à suivre, laissons leur le temps de s’installer.
      • Domaine Bertrand-Bergé à Fitou, j’ai gouté :

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      Les Mégalithes 2014. Issu de vieux carignans, le vin est riche, puissant et harmonieux.PVP 12,50€

      La cuvée Ancestrale 2013, Carignan, Syrah, Grenache noir et Mourvèdre, intense, profond- PVP 14€

      La Cuvée Jean Sirven 2012,  45% Carignan, 45% Syrah et 10% Grenache, très dense, fruité, épicé, sèveux et élégant. Texture remarquable. PVP 37€

    • Domaine Laguerre,

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      Je n’ai gouté que les rouges, les blancs sont exceptionnels, je vous en ai déjà parlé, donc je n’y reviens pas.

        • Le Passage 2015, 80 % Carignan/ 10 % Syrah / 10% Grenache, un vin facile à boire, souple, friand et droit 13 % vol. PVP : 13€
        • Eos 2015, 80% Grenache Noir – 20% Syrah, 8 mois de barriques, un peu moins léger que le précédent, mais, il reste souple, franc et vibrant.
        • Domaine Gardiès, à Espira de l’Agly
          • Les Vignes de mon père  Carignan blanc 2014,  cette cuvée change chaque année son encépagement et la production en est très faible 600 bouteilles pour un prix de 30€. Elles sont en règle générale achetées par la restauration. Le vin est très intéressant avec une jolie profondeur et une acidité bienvenue.
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      • Les Vignes de mon père Malvoisie 2014, un vin plus solaire mais aussi avec une belle fraicheur, il faudra l’attendre davantage que le précédent. /700 boutelles pour le même prix.
      • Les vignes de mon père Teulière 2015 (nom de la parcelle) un 100% carignan, rouge cette fois-ci, bien fait sans extraction, suave, juteux et très frais, ça m’a paru une bien jolie bouteille.
      • Domaine Les Clos Perdus à Peyrac-de Mer ,

        dans les Corbières, mais aussi avec des vignes à Maury, Montner, à cheval sur le Languedoc-Roussillon. Le nom Les Clos Perdus correspond aux choix des parcelles de vieilles vignes isolées sur les collines, délaissées des vignerons car trop difficiles à cultiver, sur des coteaux, et absolument pas mécanisables. Beaucoup de cuvées, aucune ne laisse indifférent, toutes très intenses et savoureuses.

      • L’Année Blanc 2015, l’assemblage est composé à 65% de macabeu, à 30% de grenache gris et à 5% de muscat provenant de cinq parcelles différentes, aux alentours de Montner, de Maury et du Mas de las Fredas. La cuvée “L’Année” représente les caractéristiques d’un millésime donné plutôt que les spécificités d’un terroir. Subtil, élégant, et présent.
      • L’extrême blanc 2015, IGP Côtes Catalanes, une cuvée issue de vieilles vignes plantées en 1898, sur 1 ha de marnes schisteuses dans la vallée de l’Agly. L’assemblage est composé à 70% de grenache gris, à 20% de grenache blanc et à 5% de grenache noir. 1200 bouteilles. La couleur est jaune paille foncé, le nez est intense avec une pointe de volatile qui n’est pas désagréable, en bouche, c’est gras, riche, la matière est soutenue par une superbe fraicheur. La finale quant à elle, est vraiment longue et salivante. PVP 33€
      • Le Rosé 2015, l’assemblage est composé à 95% de mourvèdre et à 5% de grenache, l’élevage se fait en barrique. Je l’ai beaucoup aimé, pour sa couleur, son intensité. Coup de cœur de la journée PVP 13€
      • Mire la Mer 2013 Corbières, l’assemblage est composé à 65% de mourvèdre, à 30% de carignan et à 5% de grenache, un vin ample et riche ouvert aux délicieuses notes de garrigue. 3000 bouteilles PVP 22€
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      • L’Extrême Rouge 2011, IGP côtes catalanes, l’assemblage est composé à 70% de lladoner pelut et à 30% de syrah. Un vin sérieux, concentré, serré qui ne demande qu’à s’exprimer. PVP : 23€
      • Vignoble Réveille France Crispeels,

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        photo Michel Smith

        8,6 ha de vignes en culture BIO, situées sur les terroirs frais de la Haute Vallée de l’Agly. J’avoue que je ne connaissais pas ce domaine et j’ai trouvé cette femme très convaincante. Impossible d’oublier les étiquettes, assez atypiques, mais pleines d’informations

      • Ce Franc Tireur 2014, un 100%vieux carignan, IGP Côtes Catalanes, m’a bien plu, assez rond, souple, gouteux et gourmand, le tout pour 11€ la bouteille.
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      • Elan 2014 est un Côtes du Roussillon, un assemblage de carignan syrah et grenache, j’ai aimé la belle maturité de ce vin à la fois ciselé et frais. PVP 22€
      • White Spirit 2015 IGP Côtes Catalanes, un 100% macabeu, beaucoup de finesse et d’élégance dans cette cuvée.IMG_1692
      • Domaine de Cambis, 12 hectares de Saint-Chinian, à Berlou.

      • Le chant des Griots 2015 Vin de France, Viognier (60%), Rousanne (40%), offre une jolie complexité aromatique PVP : 7€
      • La Vie en Rose 2015, un Saint-Chinian fait à partir de vieux cinsaults et de syrah. C’est un rosé élégant, frais et gourmand. PVP : 7€
      • Les Jardins suspendus 2014, AOP Saint-Chinian Rouge, Grenache (60%), Syrah (40%), un vin floral,fruité ample et frais pour un PVP de 10€
      • Rock de Carignane 2014, vignes de Carignan ont plus de 80 ans et la plus vieille vient d’atteindre les 110 ans, fruité, épicé, intense et soyeux pour un PVP de 13,50€
      • Carnet de voyage 2013, AOP Saint-Chinian rouge, Syrah (70%), Grenache (20%),  Carignan (10%), les meilleures vignes de l’exploitation. C’est la grande cuvée du domaine, je l’ai trouvé un peu trop marquée par le bois, c’est dommage. PVP 16€IMG_1698

      Enfin, j’ai gardé pour la fin:

       

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      Le Fameux Carignan Corner de notre ami Michel Smith

       

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      Nos amis de Come Majou, photo Michel Smith

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      Copain comme Cochon de Joseph Parcé

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      Et, mes CHERS RANCIOS….

      La semaine prochaine, je vous parlerai de la conférence de Freddi Torres sur les cépages rares d’Espagne.

       

    • Hasta Pronto,
    • MarieLouise Banyols 
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