Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Hervé, parlez-moi de votre enfance…

Un peu de psychologie de comptoir…

J’ai coutume de dire que j’ai appris mes lettres sur les étiquettes de Bourgogne, et c’est presque vrai. Mes parents étaient des grands admirateurs des Beaune, des Pommard, des Nuits Saint Georges, des Meursault, et j’ai grandi dans cette dévotion. Il y avait aussi parfois des Alsace à la maison. Et puis un peu de Moulin à Vent. Mais des grands Bordeaux, guère. Et pourtant, à l’époque, ils étaient encore payables.

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Hervé, parlez-moi de votre enfance…

Même si, à cet âge, je ne faisais guère que tremper mes lèvres dans les verres, je suis sûr que cette initiation précoce a eu son importance.

Bien sûr,  par la suite, j’ai appris à connaître et à respecter d’autres crus sur la planète vin; mais il me reste un respect particulier pour la Bourgogne, sa complexité, ses climats. Suchots, Montrevenots, Rugiens… tous ces noms, c’était autant de prénoms  pour « le » vin de la famille.

Quand je dis « respect », c’est plus dans l’esprit que dans les actes d’achat; car faute de retrouver les qualités des vins que je humais à la fin des années 60 dans leurs successeurs, ceux des années 80 et 90, j’ai un temps « décroché » du Bourgogne – au moins du Bourgogne rouge. J’y reviens doucement. J’ai l’impression de lire à vue, de réapprendre la Bourgogne. Il y a parfois des couacs – une dégustation de Clos de Vougeot désespérants de médiocrité, récemment. Mais je ne vais pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Au fond de la boîte de Côte d’Or – pardon, de Pandore, il me reste l’espoir.

Plus fondamentalement, ma manière d’aborder les vins a certainement été marquée par cet apprentissage précoce. Les souvenirs des jolis pinots de mon enfance m’incitent à demander d’un vin rouge qu’il soit flatteur, voire complexe au nez. Quitte à pardonner un petit manque de matière par la suite.

Car je suis « nasal » avant d’être « buccal ».

Bon, je vous ai dévoilé mes petits secrets. Peut-être mes complices des 5 du Vin voudront-ils bien me dévoiler les leurs?

David buvait-il la bière familiale?

Marc est-il tombé dans la gueuze quand il était petit?

Jim était-il Muscadet ou Moscatel?

Michel était-il Carignan ou Edelberry?

Quel a été leur déclic vin?

La suite à la prochaine séance, Docteur Sigmund.

Hervé LalauHerve-Aupilhac-2


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La seconde bataille de Waterloo

A l’initiative de notre ami David Cobbold, Les 5 du Vin et le magazine In Vino Veritas organisent une dégustation d’un genre très particulier, conçue dans le cadre du Bicentenaire de la Bataille de Waterloo (juin 1815).

Non, il ne s’agit pas d’endosser de vieux uniformes, ni de s’écharper au nom de nos patries respectives. Mais se faire s’affronter, en une joute pétillante, 12 Champagnes, 12 Sekts allemands et 12 Sparkling Wines anglais. Et même, en joker, un effervescent belge. Car on l’oublie souvent, il y avait des Belges à Waterloo – et même, dans les deux camps!

Ce nouveau combat, où les seuls canons présents seront ceux que l’on boit, aura lieu, bien entendu, à Waterloo même.

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La bataille de Waterloo, par Andrieux

 

Le jury professionnel sera constitué de dégustateurs britanniques, français, allemands et belges. La dégustation se fera à l’aveugle, bien sûr.

Un premier travail, et non des moindres, consistera à sélectionner les 12 hérauts de chaque nation. Pas questions de présenter des seconds couteaux!

Nous vous tiendrons informés des développements de ce projet, à but non lucratif, mais éminemment culturel. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, producteurs, associations, autorités, particuliers.

D’ores et déjà, nous plaçons ce « Jugement de Waterloo » sous le haut patronage des mânes de Victor Hugo, auteur de la phrase suivante, prononcée lors du Congrès de la Paix de Paris, en 1849, et que l’on trouve sur la Colonne Hugo, sur le site même de la bataille: :

« Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées ».

Her Lalau

 


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Quatre ans après (Manso de Velasco)

Début mai 2011, j’étais au Chili. Le 11, je dégustais la gamme de Torres Chile, à Cúrico.

Mon coup de coeur du jour avait pour nom Manso de Velasco 2007 – un cabernet sauvignon de vieilles vignes, d’année chaude et d’élevage long.

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Voici ce que j’écrivais:

Cassis, épices, pas compoté mais fruité frais. Bonne structure, bouche fraîche, tannins structurés, tabac, cuir; puissant, mais élégant pour ses 14pc alc. Juteux. Bon potentiel 16/20

La semaine dernière, chez In Vino Veritas, j’ai redégusté ce même vin, du même millésime. A l’aveugle.

Quelle déception! Je n’ai retrouvé ni côté juteux, ni élégance, mais plutôt un vin aux tannins secs, une sensation de chaleur. Une astringence désagréable. Quant au potentiel… Si la marque d’un grand vin (surtout d’inspiration bordelaise comme ce cabernet sauvignon) est de bien vieillir, alors cette cuvée n’est pas le meilleur exemple.

Quand j’ai vu l’étiquette, après la dégustation, j’ai voulu redéguster. C’était pareil.

Mes amis et collègues d’IVV étaient sur la même longueur d’ondes. Ce vin ne méritait pas d’être sélectionné.

Alors, que s’est-il passé?

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Miguel Torres Chile (Photo (c) H. Lalau 2011)

Ai-je été trop enthousiaste en 2011? Faut-il se méfier des dégustations sur place, dans un contexte trop favorable?

Le vin a-t-il mal vieilli? Est-il dans une mauvaise passe? Devrai-je le redéguster encore dans quelques années?

Je me sens un peu désemparé. Si le but d’un commentaire de vin est de faciliter le choix du consommateur, alors il vaut mieux, bien sûr, ne lui conseiller que ce dont on est sûr. Dans le cas qui nous intéresse, un lecteur qui aurait acheté ce vin haut de gamme sur la foi de mon commentaire de l’époque, et qui, comme moi, l’aurait ouvert hier, aurait de quoi être déçu.

Déçu du vin, mais aussi de moi.

Bien sûr, la dégustation n’est pas une science exacte. Mais mon principe de base étant que la vie est trop courte pour boire des vins surfaits ou inintéressants (et surtout, pour vous les recommander!), me voici pris à mon propre jeu.

Comprenez moi bien: même si j’ai pris pour règle générale de ne pas vous embêter avec des commentaires de vins sans vice ni vertu, voire de vin à défaut (sauf s’il y a un intérêt pédagogique), je ne suis pas là non plus pour caresser le producteur dans le sens du poil.

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Quand Lalau déçu, lui parfois l’air ainsi (Photo (c) H. Lalau 2011)

Mon premier public, c’est le consommateur final, celui qui achète la bouteille, celui qui sort ses petits sous de son portemonnaie. C’est à lui que je dois ma part de vérité.

D’aucuns, parmi mes collègues, trouvent que je suis un peu trop coulant, trop gentil; c’est leur droit. Moi, je les trouve parfois trop durs. J’aime à penser que je n’ai pas que des puristes dans mon lectorat. J’entends rendre service au buveur honnête.

Voila pourquoi je vous parle de ce Chilien. Mais aussi de moi. De mes doutes.

Hervé Lalau

PS. Pour finir sur une note plus positive, le Cordillera Reserva Privada, du même Torres Chile, me plaît tout autant qu’en 2011 (le Carignan y est majoritaire, ce qui fera plaisir à mon ami Michel Smith). Idem pour le Santa Digna País mousseux – même si je suppose qu’il s’agit d’un nouveau millésime.


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Picolar avant l’grèfe à Bruselja

Toute ressemblance avec un titre utilisé récemment par mon ami Marc est totalement volontaire… Mon catalan, à moi, est d’opérette – je ne parle que l’espagnol.

Amis Français, peut-être l’ignorez-vous, obnubilés que vous êtes par la ligne bleue des Vosges ou celle de la cravate pas droite de votre président, mais nous, en Belgique, dans ce poste avancé de la Francophonie quel vos médias ne s’intéressent guère que pour parler des méfaits de la Commission de Bruxelles, nous avons un nouveau gouvernement fédéral.

Le nouveau Premier Ministre s’appelle Charles Michel, il est Francophone, et de droite. D’ailleurs, tout le gouvernement est de droite, ce qui ne s’est jamais vu de mémoire d’homme, la Belgique étant le pays du compromis par excellence, et la Wallonie aussi socialisse que la Flandre est plate.

Bref, ce gouvernement promet du sang et des larmes, et notamment un saut dans l’indexation automatique des salaires, un report de l’âge de la retraite (sauf pour les indépendants comme moi qui n’ont pas les moyens de la prendre), des travaux d’intérêt général pour les chômeurs en fin de droits…

Voila qui promet de belles empoignades avec les syndicats. D’aucuns parient déjà sur des grèves généralisées.

En attendant, tant que le Thalys roule, et tant que les tonneaux dans les cafés, je vous suggère de venir ici boire une bonne bière. Qu’elle soit flamande, comme la Westmalle ou wallonne, comme l’Orval, ou encore bruxelloise, comme la Cantillon, je vous souhaite large soif.

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Quant à moi, l’immigré fransquillon, je préfère un bon coup de rouge. J’ai choisi un Cornas de chez Courbis, la cuvée La Sabarotte 2012.

J’aime son fruité noir très frais, ses épices, son velouté, sa structure, son bois superbement fondu – du neuf, pourtant. A comparer avec le 2010, que j’avais déjà bien apprécié, je trouve que le niveau est encore monté. De deux choses l’une, ou Dominique et Laurent Courbis ont encore progressé en deux ans, ou bien c’est moi qui suis dans de meilleures dispositions. J’ai même préféré, cette année, cette cuvée au Saint Joseph Les Royes, que j’avais pourtant placé au pinacle de ma dégustation, à l’époque. Ce n’est sans doute qu’une question de temps, il sera intéressant de revoir ces deux vins dans quatre ou cinq ans… juste pour voir si je suis encore plutôt granite ou plutôt calcaire. Plutôt dur ou plutôt doux. Libéral ou consensuel. Actuel ou potentiel.

En écrivant ces lignes, je sirote mon fond de verre. J’essaie en vin – je veux dire, en vain, d’y lire un avenir incertain. La bouteille est presque vide.

Encore une que les rouches n’auront pas!

Hervé Lalau


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Si j’étais un Chinon…

J’ai parcouru avec intérêt la liste publiée par l’ami Jim, qui reprend les notes de Pierre Couly à propos des millésimes de Chinon depuis… 1889.

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J’ai noté avec intérêt la note relative à mon année de naissance, 1962.

J’y lis: « Plaisant, sans grosse charpente ».

C’est tout moi, ça!

J’aurais horreur d’être « petit et maigre », comme 1951; mais encore plus d’être « peu aimable », comme 1967…

Et comme je suis réaliste, je ne me prends pas pour « très beau », comme 1976.

Tout au plus aurais-je aimé être comme un 1988, « vif, fringant et charmeur »…

Hervé Lalau

 


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Et chez moi, comment qu’c’est’y que j’déguste???

N’en doutons pas une seconde, c’est le genre de thème qui va passionner les foules. Terre de Vins va se précipiter dessus et Decanter va en faire une « alerte » ! Après le « Comment déguster ? » de la semaine dernière, voici venir à la demande générale d’une personne (qui suit notre blog avec acuité !) le tant attendu « Comment déguste-t-il à la maison ? » ! Comme si j’étais un MW, un Bettane ou un Parker… Bon, vous le savez, même si je ne suis pas un saint, je laisse volontiers à d’autres le côté bling bling, les reportages où l’on se met en situation face à la ligne de Romanée Conti, sous le pont de Porto, les pauses à l’entrée de la Route des Vins, à Marlenheim, ou devant le muret de Petrus. C’est Nadine qui m’a inspiré cet article, suite à de précédentes remarques faîtes ici-même par votre serviteur, donc je m’incline. Et j’obtempère…

Ma salle privée de dégustations... Pour le moment, c'est le foutoir ! Photo©MichelSmith

Ma salle privée de dégustations… Pour le moment, c’est le foutoir ! Photo©MichelSmith

Toutefois, en préambule, je vous demande de bien lire (ou relire) les premières lignes de mon article de jeudi dernier. J’y expliquais notamment qu’ayant pris de la bouteille, je ne voyais plus l’utilité de grandes séances de dégustation qui étaient mon lot quasi hebdomadaire à une époque de ma vie. Eh oui, je ne suis donc plus grand chose depuis que je n’ai plus – ou si peu – de parutions visibles dans la presse, hormis une ou deux exceptions. En d’autres termes, la manière dont je goûte chez moi en 2014 n’a plus rien à voir avec celle que je pratiquais, toujours chez moi, en 2004. Et en conséquence, si l’on attache la moindre importance à ma petite personne, il est capital de savoir que je déguste désormais beaucoup moins chez moi qu’avant. Depuis plus de 5 ans, pour des raisons de santé surtout, mais aussi par lassitude face au désastre qui pèse sur la Presse française, spécialisée ou pas, j’ai pris ma retraite et, hormis de rares collaborations, je m’adonne aux blogueries diverses et variées. J’écris plus, parfois mieux – toute modestie mise à part, me sentant plus libre et n’ayant plus forcément la même approche qu’avant. Fort heureusement aussi, je suis moins sollicité par les attaché(e)s de presse, ce qui fait que j’ai moins d’échantillons à sniffer sur ma table de dégustation.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour mon plus grand plaisir, j’ai l’impression de redevenir un «Monsieur Toutlemonde» : je goûte dans l’espoir de boire et d’écrire, dans les deux cas pour le plaisir, alors qu’avant je goûtais pour travailler et communiquer. Mes heures de gloire, si j’ose dire, remontent aux années 80/90/2000 et, compte tenu du nombre de collaborations régulières que j’avais (Le Chasseur Français, Saveurs, Cuisine & Vins de France, entre autres), il était impératif, pour certains articles du moins, de me faire une opinion globale d’une appellation afin de faire mon choix de bonnes adresses tout en prenant le pouls d’un cru, d’une région. En outre, hormis les échantillons réclamés aux vignerons ou aux organismes qui les représentaient, je recevais quantité de bouteilles envoyées par les attaché(e)s de presse avides d’articles. Mon bureau d’alors ressemblait à un centre de tri postal avec des piles de cartons à ouvrir, une autre pile de cartons déjà ouverts à transférer (par mes soins) à la déchetterie et, toujours dans un souci écologique, des piles de cartons remplis de bouteilles vides destinées elles aussi à la déchetterie.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Au point que j’en ai eu marre de ce manège qui me prenait du temps et que j’ai eu l’idée de proposer à mon caviste, Jean-Pierre Rudelle, d’utiliser sa salle de dégustation et de lui laisser réutiliser les vins entamés pour ses cours de dégustation du soir. Le côté pratique résidait dans la livraison : pas d’étages à monter, un diable à disposition, bonne maîtrise du froid, climatisation, facilités d’accès pour un camion livreur… Mais, même si j’étais parfois aidé par des stagiaires, je continuais à me farcir le gros du boulot : déballage, récupération et classement des fiches techniques, établissement d’un ordre de dégustation, débouchage des flacons, rangement des cartons vides, je vous en passe et des meilleurs. Au point que j’étais devenu une sorte de stakhanoviste de la dégustation.

"Mon" verre de dégustation... Jamais lavé, toujours rincé ! Photo©MichelSmith

« Mon » verre de dégustation… Jamais lavé, toujours rincé ! Photo©MichelSmith

Pour m’encourager face à la tâche parfois immense qui m’attendait, pour un coup de mains éventuel ou pour donner un coup de pouce à un vigneron ou un stagiaire intéressé par les choses du vin, que ce soit chez moi ou dans la salle prêtée aimablement par Jean-Pierre Rudelle et son orchestre, au Comptoir des Crus, à Perpignan, je mettais un point d’honneur à rassembler une à trois personnes autour de moi. Des personnes plus jeunes que moi pour lesquelles il était entendu qu’elles acceptaient «mes» règles, «mon» rythme de travail, ainsi que «ma» température de service. Les règles en question étaient les mêmes que celles énoncées pour une dégustation «pro, à l’aveugle» dans mon article de jeudi dernier avec un ordre de présentation effectué par moi la veille ou l’avant-veille sachant que je voyais sur l’étiquette le nom du domaine avant de le rendre «aveugle». Mais vu que j’ai une mémoire de moineau, cela n’avait que peu d’importance. Par dessus tout, j’estimais que j’étais, dans le monde du vin, une sorte de privilégié et que si, par exemple, je dégustais 70 à 80 grandes cuvées de Champagne,  je me devais d’en faire profiter ceux qui, selon moi, en avaient besoin ou pouvaient tout simplement en tirer quelque chose. Garder cette somme de travail pour moi tout seul me paraissait impossible.

"Ma" salle de dégustation... Photo©MichelSmith

« Ma » salle de dégustation… Un bijou ! Photo©MichelSmith

Honnêtement, ce système a bien fonctionné. Les bouteilles étaient à ma température et placées selon un ordre qui pouvait changer d’une dégustation à l’autre : généralement des vins les plus jeunes aux vins les plus vieux sans hiérarchie précise, faisant confiance au hasard et à mon intuition. Quels que fussent les avis de mes congénères, je gardais le plus souvent le mien comme référence, tout bêtement parce que j’aime bien avoir une opinion et la défendre. Mais si un invité pointait le doigt sur quelque chose qui lui apparaissait comme un défaut, je revenais sur l’échantillon sans attendre. Après, une fois la dégustation terminée, c’était à la bonne franquette. Les échantillons étaient abondamment commentés parfois, quand ils n’étaient pas purement et simplement écartés pour des raisons diverses allant du goût de liège au goût de moisi. Pour ma part, je notais avec mon système rudimentaire d’étoiles (de un à cinq) qui me suit depuis mes débuts, et je mettais systématiquement à part les flacons qui, selon moi, méritaient au-delà de 5 étoiles. In fine, nous dévoilions les bouteilles dans l’ordre afin de ne pas perdre le fil et on les vidait sur une cuisine simple que je préparais, tandis que les vins les plus détestables filaient directement à l’évier une fois que nous étions bien fixés sur leur sort. Les convives pouvaient repartir avec leurs vins favoris tandis que, ayant rebouché quelques intrigants flacons, je me payais une sieste bien méritée, laissant le rangement pour le lendemain et la porte ouverte à de nouvelles dégustations de bouteilles entamées à revoir sur plusieurs jours.

Cela étant dit, je consacre maintenant beaucoup moins de temps à la dégustation : moitié moins par rapport à ce que je dégustais auparavant, pendant et après mes reportages. Je passe aujourd’hui plus de temps à la dégustation des vins mes amis, dans les salons ou les bars à vins. Je reste cependant à l’écoute et je goûte encore régulièrement chez moi quelques vins mis à la dégustation sur la table que je me suis fait construire spécialement par un ami bricoleur et décorateur, Michel Wattebled pour ne pas le nommer, il y a vingt ans. Une table blanche, à ma hauteur, au milieu de la pièce climatisée la plus ensoleillée de mon appartement, à portée de vue de mon armoire à vins climatisée elle aussi. Est-ce que je goûte différemment ? Mes réflexes sont toujours là : recherche de la finesse avant tout. Je dois dire, cependant, pour conclure, que j’ai laissé tomber la dégustation à l’aveugle, sauf si elle m’est imposée dans une circonstance particulière que j’accepte souvent bien volontiers. Je goûte désormais à l’instinct, avec mon cœur et mes tripes, tout en appliquant le même système de prises de notes et d’étoiles. Et je dois dire que je ne m’en porte pas plus mal. Voilà Nadine, tu sais tout… ou presque.

Michel Smith

 

 


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Trois des 5 vous saluent bien

Non, il ne s’agit pas de trois nouveaux pensionnaires du zoo de Vincennes, ni de la Prison de la Santé, mais bien de trois des 5 du Vin descendus à Carcassonne pour Millésimes en Languedoc.

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Merci à notre collègue québécois Marc-André Gagnon pour cet instantané digne de l’identité judiciaire. Qu’on se rassure, ces 3-là ne sont plus derrière les barreaux.

Ils sont libres. Libres de dire du bien des vins qu’ils aiment, du mal de ceux qu’ils n’aiment pas, libres de se chamailler sur la politique viticole ou autre, sur le sens du mot terroir, du mot brett, du mot bio, du mot extraction, du mot nature… Libres de trinquer quand même.

Et ils vous saluent bien!

Hervé Lalau

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