Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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“Who is Marie-Louise Banyols? Qui suis-je?”

Suite à la demande d’un lecteur, il y a quelque temps, notre ami Hervé a suggéré à chacun des 5 du Vin de se présenter; j’ai un peu traîné, car je vous ai déjà parlé de moi à deux reprises et vous connaissez maintenant mon parcours jusqu’en 1977, date de naissance de ma fille.

Les années qui suivirent se déroulèrent tranquillement entre la brasserie Le Drink Hall et les vignobles. Quand mes parents prirent la retraite en 1986, mon mari et moi avons tenté une nouvelle aventure, celle d’ouvrir un restaurant à Perpignan : Le Relais Saint-Jean niché aux pieds de l’Eglise Saint-Jean, dont la porte ouvre sur la cathédrale. La carte des vins  que j’avais intitulée « Les vins que j’aime » faisait la part belle aux crus régionaux, avec plus de 400 références. Ce fût une expérience difficile, mais positive, non pas d’un point de vue financier, mais d’un point de vue professionnel : nous sommes rentrés de plein fouet et avec une totale inconscience dans la restauration dite « gastronomique » dans laquelle nos clients du Drink-Hall ne nous ont pas suivis. Nous sommes donc repartis « à zéro », comme on dit. Nos premiers moments de fierté furent les notes du Gault et Millau !

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Parallèlement, j’ai passé des concours, pour me rassurer sur mes compétences; en 1990 j’ai décroché le titre de meilleur sommelier du Languedoc-Roussillon et au participé à la finale de meilleur sommelier de France aux côtés de Beaumard et de Poussier.

L’expérience du Relais Saint-jean fut brève; en 1990, un de nos clients bouchonniers nous a proposé d’installer un restaurant dans une très belle villa des années 30 qu’il avait restaurée à Céret, et qu’il voulait faire vivre – de plus, il était gourmand. Nous voici donc,  fin mai 90,  installés à l’ombre de gigantesques platanes devant la Porte d’Espagne et la Place Pablo Picasso, où l’on dansait la sardane. Nous avons été séduits par le charme cette grande maison familiale à l’ambiance Belle Epoque catalane. L’aventure des Feuillants allait durer 10 ans, des années dont je garde de merveilleux souvenirs. A l’époque, je rêvais même de créer un Salon régional des vins…

En 1991, le Guide Michelin nous décerne la première étoile. J’ai commencé à faire partie du Comité de dégustation de la R.V.F où j’ai beaucoup appris aux côtés de Michel Bettane, Michel Dovaz, Pierre Casamayor, Bernard Burtschy, Thierry Desseauve… J’ai continué à participer à quelques dégustations et à écrire quelques articles, principalement sur l’Espagne, jusqu’en 2010.

 

Les Feuillants, à l’ombre des platanes

En 1997, récompense suprême : au travers de mon mari, Didier Banyols, Les Feuillants se voient attribuer deux étoiles au Michelin. Le plus grand moment de ma vie professionnelle, je ne l’oublierai jamais.

Pendant tout ce temps, je n’ai jamais abandonné le vin, sillonnant la France de vignoble en vignoble avec la R.V.F ou l’Association des sommeliers à laquelle je participais pleinement.En 1992, je reçois le titre de Maître Sommelier des mains de l’Union de la Sommellerie Française.

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Ma dernière expérience professionnelle dans le monde de la restauration se passa à Bordeaux avec l’ouverture du complexe “Les Sources de Caudalie”, Vinothérapie, Hôtel **** Luxe et restaurant gastronomique, que nous avons dirigé pendant 2 ans avec mon mari. Nous avons récupéré une * Michelin dès la première année.

En 2001, rien ne va plus, nous quittons Bordeaux et nous nous séparons.  J’ai alors voulu donner un tournant à ma vie professionnelle, et me consacrer entièrement au vin. C’est Jean-Luc Colombo, Star du Rhône Nord, qui m’en a donné l’opportunité en m’offrant la direction commerciale de son domaine. Un an à Cornas, chez un homme généreux et talentueux, oenologue épicurien et emblématique vigneron de Cornas, m’a apporté une très belle expérience. Mais, je voulais quitter la France, des problèmes personnels me poussaient vers cette solution et quand la possibilité de rentrer à LAVINIA s’est présentée, je ne l’ai pas laissée passer.

C’était en juillet 2001. J’ai ouvert le magasin LAVINIA Barcelona, que j’ai dirigé pendant 4 ans. Ce fut une autre expérience professionnelle intense et passionnante. Nouveau pays, nouveaux vignerons, nouveaux journalistes, nouvelle cuisine, tout est à recommencer. Je découvre une nouvelle culture du vin, une nouvelle approche; les débuts sont difficiles, très difficiles, je suis loin de ma famille, de mes amis, mais le travail est absorbant, je m’y consacre pleinement, j’ai tout fait pour m’adapter et j’y suis arrivée. J’ai adopté et aimé ce pays, je me suis accrochée et la nouvelle aventure du vignoble espagnol a commencé.

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Lavinia Barcelone

Puis après l’ouverture de LAVINIA Paris, j’ai peu à peu quitté LAVINIA Barcelona, pour devenir en 2005,  directrice de produits pour tout le Groupe LAVINIA (Espagne, France et Suisse), tâche que je partageais avec Marc Sibard. Je fus responsable de la sélection des vins, eaux de vie et accessoires pour tous les magasins du Groupe LAVINIA. A partir de 2010, j’ai cumulé cette fonction avec celle de Directrice de produits pour une autre société du Groupe : « VINS DU MONDE » spécialisée dans l’importation et la distribution des vins internationaux.

Dégustations, visites de vignobles européens, salons nationaux et internationaux, relation avec les Domaines, négociations, formation des équipes, ont fait partie de mon quotidien, c’était intense, pas de place pour une vie privée, mais j’ai aimé ces années où j’ai pu créer de véritables liens d’amitié avec beaucoup de vignerons.

En juin 2015, je pars non sans regret à la retraite, j’ai 67 ans, place aux jeunes! C’est alors que les Cinq m’ont proposé de les rejoindre. Je continue bien sûr à participer à de nombreuses dégustations, à fréquenter les salons de vins et à visiter les vignobles: il est pratiquement impossible d’abandonner le monde du vin.

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 

 


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Qui c’est, ce Lalau?

Il y a quelques jours, un de nos lecteurs m’a demandé si nous, les 5 du Vin, ne pourrions pas nous présenter de manière un peu plus détaillée. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et même si c’est un peu étrange de parler de soi à la troisième personne, j’ai donc décider de publier ce petit CV.

Hervé Lalau prétend qu’il a appris à lire sur les étiquettes de vins de Bourgogne (Pommard Les Suchots, Beaune Les Montrevenots…), sur la table familiale. C’est tellement beau que c’est presque vrai. Et ça prouve au moins une chose: que ses parents avaient bon goût.

Mais sa vocation de journaliste vineux, c’est bien plus tard qu’il l’embrassera. Ayant quitté la France pour la riante Belgique (ou plutôt, une de ses jolies jeunes filles), il se retrouve à 22 ans, jeune rédacteur d’un magazine belge consacré au grand commerce. Sa rédac’ chef lui dit: « Vous êtes Français, vous ferez la rubrique vins ». Il faut parfois peu de choses…

Alors, Hervé apprend sur le tas et sur le tard. Il gagne un concours de dégustation. Il s’accroche. Il fait des rencontres. Notamment Philippe Stuyck, qui vient de fonder le magazine In Vino Veritas. Hervé intègre le panel de dégustateurs de la revue, ce qui lui vaut d’assister à de très belles dégustations, et de tout style. Académique ou « brut de cuve ».

En 2007, il devient Rédacteur en Chef Adjoint d’In Vino Veritas. Il y retrouve Marc Vanhellemont, une vieille connaissance avec lequel il a écumé les vignobles… et les gondoles vins des supermarchés. Il commence également à publier des articles dans la rubrique vins du magazine médical Médisphère. Et à donner des conférences sur le vin et la dégustation.

La même année, parce que c’est un type pratique, il lance son blog Chroniques Vineuses: « Je n’arriverai jamais à publier tous les articles que j’ai l’occasion d’écrire dans les magazines pour lesquels je travaille ».

En 2010, il reçoit le Wine Blog Trophy pour son blog Chroniques Vineuses.

Dans la foulée, il co-fonde les 5 du Vin: « Parce qu’à 5, c’est 5 fois plus d’articles, d’info, de commentaires, de rigolade et d’engueulade. Tout ce que j’aime! ».  

Hervé Lalau


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Bubble Battle of Waterloo: le cas Napoléon

« Jamais 203 », comme on disait naguère chez Peugeot: je reviens à la dégustation du 7 novembre, la désormais fameuse Bubble Battle of Waterloo, pour vous parler du Champagne Napoléon, Cuvée Tradition. Un Champagne qui, fidèle à son nom, n’a pas fait que de la figuration. Et qui pourrait faire votre plaisir demain soir…

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Je lui ai donné 16/20 – ma deuxième meilleure note de la dégustation.

Je reprends mes notes: « Belle bulle fine. Nez d’agrumes, de prune et de beurre. Complexe en bouche, de la fraîcheur, mais aussi très vineux. Un superbe vin de repas. Plutôt typé Champagne ».

Oui, pour cette fois, j’ai reconnu l’origine.

Et ayant redégusté la semaine dernière la deuxième bouteille,  je confirme ma bonne opinion. Je mettrai à nouveau l’accent sur son ampleur, son côté très plein, très vineux.

Mais d’où vient ce Champagne aux si belles vertus?

Ben, de Vertus, justement (OK, c’est un peu facile).

D’une maison familiale, Ch &A Prieur, fondée en 1825, et dont la deuxième génération, en 1889, pour l’anniversaire de la Révolution française, a eu l’idée de donner à l’une de leur cuvées le nom de Napoléon. Le succès aidant, en 1907, la société dépose la marque « Champagne Napoléon ».

Cette marque, malgré plusieurs contestations, Prieur est parvenu à la conserver.

Est-ce le nom qui veut ça? Les Champagne Napoléon sont plus dans la puissance et la complexité que dans le diaphane – sans doute la marque du Pinot Noir qui compose environ 50% des cuvées, et notamment de la Cuvée Tradition, dégustée à Waterloo.

Quelques éléments complémentaires: les raisins sont issus de la Côte des Blancs et de la Montagne de Reims. Le vin est affiné 4 ans sur lattes. Il est dosé à 9g de sucre.

Hervé Lalau


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Je suis Bardo

Un deuxième billet aujourd’hui, pas pour le plaisir, non, mais parce qu’il faut que ça sorte; même si ça ne sert à rien.

Je vous ai déjà fait part ici de mon faible pour les vins de Tunisie, et au delà, pour ce pays. Il se trouve que j’ai visité le musée du Bardo à Tunis, il y a quelques mois. J’ai pu y admirer les merveilleux témoignages de la culture de la Tunisie, au fil de son histoire – numide, carthaginoise, romaine, byzantine, islamique… et notamment de sa viticulture, qu’illustrent de merveilleuses mosaïques, dans certaines salles.

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Une des très belles mosaïques du Bardo (photo H. Lalau)

Aujourd’hui, j’apprends que des terroristes viennent d’assassiner des visiteurs au sein même du musée.

J’aurais pu faire partie des victimes. Comme n’importe quel touriste, comme n’importe quel badaud, amoureux des belles choses, curieux des cultures différentes, de la diversité.

Je suis d’autant plus révolté que je sais à quel point la Tunisie a besoin de stabilité. D’ouverture. De touristes aussi, puisque le tourisme est un des moteurs de l’économie de ce superbe pays que j’ai appris à aimer. La nouvelle ministre du tourisme, Salma Elloumi Rekik, ne ménage pas ses efforts pour y parvenir.

Alors, quel gâchis!

Aujourd’hui, comme j’ai été Charlie, je suis Bardo.

A mes amis Tunisiens, je veux juste dire: tenez bon!

Hervé 


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Et le commercial, dans tout ça?

Les articles de presse ou les commentaires de vin sur les blogs font-ils vendre du vin?

Comme le dit très bien l’ami Luc Charlier, « ça dépend du vin ». Ca dépend aussi du media. De l’adéquation entre les deux.

Je serais surpris qu’un commentaire de vin dans L’Humanité puisse faire vendre beaucoup de Mouton-Rothschild. Mais qui sait?

Moi, en tout cas, j’ai très rarement l’aspect commercial à l’esprit quand je commente un vin.
C’est paradoxal, puisque sans vente, plus de vin. Mais j’essaie de faire abstraction de tout ce qui n’est pas le contenu de la bouteille.

Tout au plus me permettrai-je, une fois le vin dégusté, de m’enquérir de son prix et le cas échéant, d’insister sur son bon rapport qualité-prix. Je m’efforce en tout cas de ne jamais faire varier mon commentaire en fonction de la notoriété du vin, de sa disponibilité, ou même du volume produit.

Ce qui vous vaut le plaisir (?) de lire mes notes sur des trucs parfois difficiles à trouver, genre fino chypriote, rosé et muscat tunisiens, rouge crétois ou traminer slovène. Mais aussi, à l’occasion, des bulles de Loire ou d’Alsace produites en très grosses séries et vendues pour de très modiques sommes. Aucune coquetterie là-dedans. Juste le plaisir d’avoir découvert quelque chose et de le faire partager.
A l’inverse, je suis plutôt moins intéressé par les produits possédant déjà un grand statut. Parce que j’ai l’impression que je n’ai rien à apprendre à quiconque, que le service après-vente est déjà fait, et bien fait.

Aucun mépris de ma part. Ces vins-là peuvent être très bons.

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« Iconic »

Il y a quelques années, pour In Vino Veritas, j’avais lancé la rubrique Icones, ce qui m’a permis de passer en revue quelques « incontournables » – et même, de les déguster (car bien souvent, même chez les pros, on en parle plus qu’on en boit).

Le premier, je crois, c’était Haut-Brion. Si ma mémoire est bonne, il y a eu aussi Château Margaux, Beaucastel, Quinta de Noval. Et puis Klein Constantia. Grange, Tignanello, Egon Müller (grâce à Luc, d’ailleurs). Mon copain Gérard Devos a commenté Le Clos Sainte Hune, aussi. Marc (oui, notre Marc), Vega Sicilia.

J’ai bu de belles choses. C’était sympa. Surtout pour le côté historique: comment devient-on une icone? Pourquoi celui-là et pas un autre? Est-ce que c’est toujours du vin? Combien ça coûte? Est-ce que ça se garde? J’avais encore quelques idées (notamment pour la Bourgogne et puis l’Italie); mais ça ronronnait un peu; alors on a mis la rubrique en sommeil.

Et puis, je n’ai qu’une vie, mes journées sont déjà longues, je dois faire des choix.

« A quoi sert une chronique si elle est convenue,

Me disaient des Chiliens, les mains pleines d’invendus » (merci à Roda Gil).

Ma « mission », c’est moins Haut-Brion que le plaisir de la découverte partagée.

Alors je crois que je vais continuer à déguster à l’aveugle et à faire semblant que le prix et le statut n’ont pas d’importance. A ne pas déguster beaucoup d’icônes parce qu’on les voit rarement dans les dégustations organisées par leurs appellations; et qu’à 52 ans, non seulement je n’ai toujours pas de Rolex, mais je ne reçois toujours pas de Romanée Conti à déguster pour mes étrennes.

Quitte à gâcher mon beau talent, je crois que je vais me garder les vins trop abordables, méconnus, limite insignifiants.

Et vous savez quoi: le pire, c’est que ça me plaît!

Hervé Lalau


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Nostalgies vineuses

Voici venir les suites tardives d’une commande d’Hervé, ou plutôt d’un souhait, également pris très au sérieux par David, à qui,  je vais essayer d’emboîter le pas; ce pas en arrière conduisant vers mes souvenirs vineux, mes premiers troubles en la matière. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud, au départ, pour ce genre d’introspection, mais tout compte fait, pourquoi pas ? J’espère que Jim et Marc suivront dans la foulée…

Ça c'est moi, petiot !

Ça c’est moi, petiot ! Déjà un peu couillon…

Mon père à moi, Bill, un Anglais (je résume, car c’est plus compliqué que cela, du fait que j’ai connu deux pères et que les deux ne furent pas nés en Grande Bretagne), parfois un peu stricto-rigide de par son éducation, avait un rituel bien à lui lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bonne bouteille. Je me souviens que le Dimanche, le plus souvent à la campagne, en Normandie, il se faisait un devoir de chambrer son Bordeaux favori, le Château Mille Secousses, qu’il trouvait fort à son goût et qu’il achetait pour un bon prix chez Nicolas. Deux heures au moins avant le repas, il le plaçait sur le rebord de la cheminée en contact presque direct avec le foyer ce qui fait que j’étais obligé de sniffer du vin chaud que je faisais semblant de boire tant je le trouvais répugnant. Le nom du domaine m’intriguait au plus haut point (j’imaginais une histoire de cul…) et à mon grand regret, plus tard, je n’ai jamais retrouvé ce Bordeaux du secteur de Bourg-sur-Gironde lors d’une de mes nombreuses dégustations professionnelles. Pourtant, il existe toujours bel et bien, même s’il semble un peu mis en veilleuse par ses actuels propriétaires.

Ce même père ne détestait pas le Bourgogne ni le Beaujolais, mais ces vins étaient plus rares chez nous. Amoureux des fruits de mer et des huîtres (au vinaigre d’échalote, bien sûr ! Ah, ces English !), les vins blancs n’étaient pas exclus, bien entendu servis glacés au plus haut point. Muscadet et Entre Deux Mers étaient à l’honneur, Chablis quelques fois. En fait, Bill Sydney-Smith devait avoir un faible pour les vins de comptoirs, en plus d’un penchant particulier pour les vins trafiqués. Horreur, je l’ai même vu boire directement au goulot, tel un poivrot ! Sur la fin, je lui offrais parfois les Corbières les plus boisés en étant certain qu’il les trouverait bons. Oui, sur le vin, avec lui j’avais de grosses différences de goût et, de ce fait, nous étions souvent en conflit.

Ma Maman, Françoise Dujardin

Ma Maman, la belle Françoise Dujardin

Avec ma mère c’était tout autre. Elle, au moins, me semblait avoir plus de goût. Native de Chantilly, elle vécut sa jeunesse dans un village dont j’ai fréquenté un temps l’école et qui, je suppose, devait avoir quelques vignes par le passé puisqu’il s’appelait Vineuil, Vineuil-Saint-Firmin, pour être précis. Elle ne jurait que par le Champagne. En cela, elle tenait de mon arrière grand-mère, Adèle (pour moi, c’était Mémé), laquelle est morte après avoir réclamé dans un dernier sursaut de vie qu’on lui apporta une coupe de Pommery, le seul Champagne en vente dans l’épicerie du village. J’étais petit, mais bien présent à cette occasion où j’eus mon premier contact avec la mort et la mousse activée par les bulles. Peut-être est-ce pour cette raison que dès qu’un proche disparaît, un ami cher, je m’empresse de faire péter une bouteille…

Très jeune déjà, j’avais visité avec mon collège les caves de la Maison Pommery. J’étais fier de dire que c’était le Champagne préféré de ma Mémé. Maintenant, je le trouve sans intérêt. Lorsque ma Maman commença à gagner sa vie à Paris, elle se faisait régulièrement livrer des cartons d’un Champagne « de propriétaire », comme elle disait. Son nom m’échappe pour le moment et je ne vais pas perdre le temps en le recherchant car je serait capable de pleurer. Il venait de la Côte des Blancs et, sans être extraordinaire, il me plaisait bien, pour la simple raison qu’il faisait sourire ma mère. Peut-être parce que j’étais l’aîné, elle m’ordonnait d’ouvrir moi-même la bouteille, mission dont je m’acquittais non sans une grande fierté et avec beaucoup de cérémonial. Lorsque la bouteille gerbait ou que le bouchon explosait, je l’entends encore s’écrier : « Vite, vite, amenez vos flûtes ! » ce qui rajoutait encore plus d’effervescence dans le salon. Maman nous mettait du bonheur en tête…

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Les flûtes en verre soufflé de Biot.

Bien avant la mode, ma chère et jolie Maman, qui ne faisait jamais les choses à moitié, était folle du Champagne rosé. Nous le buvions en famille à la moindre occasion dans de drôles de flûtes épaisses en verre soufflé de Biot, souvenirs d’un bel été de vacances où nous étions sur la Côte d’Azur. Pour ma part, je trouvais ça un peu lourd et passablement tape à l’œil, mais ma mère les adorait, alors… Aujourd’hui je ne les recommanderai pas le moins du monde, d’autant que le verre coloré associé aux grosses bulles incrustées empêche de voir quoi que ce soit du vin, hormis la mousse et encore…. Comble de malheur, elle tenait à ce que je remplisse au ras ses flûtes ce qui m’obligeait à plus d’efforts, plus de concentration dans ma mission de versement. Jeunes adolescents, nous n’avions droit mes frères, ma soeur et moi qu’à une demie flûte, ce qui était suffisant pour nous griser tous plus ou moins. Comble de bonheur, ma mère adorait la crème de cassis, ce qui fait que j’étais devenu très tôt adepte du kir royal ! Lorsque le Champagne était un peu vert, elle doublait la dose de cassis ce qui n’était pas pour me déplaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car je n’ai pas de bon cassis sous la main. Il va sans dire que je trouvais toujours le moyen de me resservir en douce, voire de siffler dans le fond des verres des invités au moment de débarrasser. Tout était bon pour grappiller ! Et Maman m’engueulait vertement quand elle voyait que je titubais en allant me coucher.

Durant une courte période où j’étais en Angleterre, je n’ai plus bu le vin avec plaisir. J’étais devenu sauvage, enfin anglais quoi ! Trop doux ou trop sec, le Sherry n’était pas à mon goût, le Porto non plus, sans parler du Mateus rosé que je n’achetais que pour draguer les filles histoire de leur laisser la bouteille en souvenir afin qu’elles la transforment en lampe. Travaillant dans un pub, c’est la période où je fis la découverte des alcools blancs, vodka, gin, etc. Et de l’amertume des bières ! Les vins que nous buvions, faute de moyens, étaient franchement imbuvables. Quand je rentrais à Calais avec ma Fiat 500, je me jetais, quelque soit l’heure dans le premier bistrot venu, pour me payer un café-calva !

Du premier exemple, celui de mon père, j’ai gardé une phobie farouche des vins chauds ou glacés, tandis que du côté maternel, j’ai gardé une passion folle pour le vin de Champagne… servi dans une flûte fine, légère et transparente, cette fois ! Toutefois, mon grand regret, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au vin et que je ramenais à la table familiale mes premiers trésors achetés chez mon caviste Parisien (Lucien Legrand), c’était de constater que ces vins, comme le Touraine Primeur d’Henry Marionnet, les Côtes du Rhône du Domaine Bouche aujourd’hui reconverti en bio, ou même les vins de Guigal, n’avaient que peu d’effet sur mes commensaux. Dommage. Déjà, mes premiers vins du Sud, hormis ceux des Bouche, furent rosés. J’allais les cueillir jusqu’en Ardèche, à Saint-Remèze, sur la route des vacances.

Michel Smith


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Hervé, parlez-moi de votre enfance…

Un peu de psychologie de comptoir…

J’ai coutume de dire que j’ai appris mes lettres sur les étiquettes de Bourgogne, et c’est presque vrai. Mes parents étaient des grands admirateurs des Beaune, des Pommard, des Nuits Saint Georges, des Meursault, et j’ai grandi dans cette dévotion. Il y avait aussi parfois des Alsace à la maison. Et puis un peu de Moulin à Vent. Mais des grands Bordeaux, guère. Et pourtant, à l’époque, ils étaient encore payables.

sigmund-freud

Hervé, parlez-moi de votre enfance…

Même si, à cet âge, je ne faisais guère que tremper mes lèvres dans les verres, je suis sûr que cette initiation précoce a eu son importance.

Bien sûr,  par la suite, j’ai appris à connaître et à respecter d’autres crus sur la planète vin; mais il me reste un respect particulier pour la Bourgogne, sa complexité, ses climats. Suchots, Montrevenots, Rugiens… tous ces noms, c’était autant de prénoms  pour « le » vin de la famille.

Quand je dis « respect », c’est plus dans l’esprit que dans les actes d’achat; car faute de retrouver les qualités des vins que je humais à la fin des années 60 dans leurs successeurs, ceux des années 80 et 90, j’ai un temps « décroché » du Bourgogne – au moins du Bourgogne rouge. J’y reviens doucement. J’ai l’impression de lire à vue, de réapprendre la Bourgogne. Il y a parfois des couacs – une dégustation de Clos de Vougeot désespérants de médiocrité, récemment. Mais je ne vais pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Au fond de la boîte de Côte d’Or – pardon, de Pandore, il me reste l’espoir.

Plus fondamentalement, ma manière d’aborder les vins a certainement été marquée par cet apprentissage précoce. Les souvenirs des jolis pinots de mon enfance m’incitent à demander d’un vin rouge qu’il soit flatteur, voire complexe au nez. Quitte à pardonner un petit manque de matière par la suite.

Car je suis « nasal » avant d’être « buccal ».

Bon, je vous ai dévoilé mes petits secrets. Peut-être mes complices des 5 du Vin voudront-ils bien me dévoiler les leurs?

David buvait-il la bière familiale?

Marc est-il tombé dans la gueuze quand il était petit?

Jim était-il Muscadet ou Moscatel?

Michel était-il Carignan ou Edelberry?

Quel a été leur déclic vin?

La suite à la prochaine séance, Docteur Sigmund.

Hervé LalauHerve-Aupilhac-2