Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


9 Commentaires

Je suis Bardo

Un deuxième billet aujourd’hui, pas pour le plaisir, non, mais parce qu’il faut que ça sorte; même si ça ne sert à rien.

Je vous ai déjà fait part ici de mon faible pour les vins de Tunisie, et au delà, pour ce pays. Il se trouve que j’ai visité le musée du Bardo à Tunis, il y a quelques mois. J’ai pu y admirer les merveilleux témoignages de la culture de la Tunisie, au fil de son histoire – numide, carthaginoise, romaine, byzantine, islamique… et notamment de sa viticulture, qu’illustrent de merveilleuses mosaïques, dans certaines salles.

L1060364

Une des très belles mosaïques du Bardo (photo H. Lalau)

Aujourd’hui, j’apprends que des terroristes viennent d’assassiner des visiteurs au sein même du musée.

J’aurais pu faire partie des victimes. Comme n’importe quel touriste, comme n’importe quel badaud, amoureux des belles choses, curieux des cultures différentes, de la diversité.

Je suis d’autant plus révolté que je sais à quel point la Tunisie a besoin de stabilité. D’ouverture. De touristes aussi, puisque le tourisme est un des moteurs de l’économie de ce superbe pays que j’ai appris à aimer. La nouvelle ministre du tourisme, Salma Elloumi Rekik, ne ménage pas ses efforts pour y parvenir.

Alors, quel gâchis!

Aujourd’hui, comme j’ai été Charlie, je suis Bardo.

A mes amis Tunisiens, je veux juste dire: tenez bon!

Hervé 


6 Commentaires

Et le commercial, dans tout ça?

Les articles de presse ou les commentaires de vin sur les blogs font-ils vendre du vin?

Comme le dit très bien l’ami Luc Charlier, « ça dépend du vin ». Ca dépend aussi du media. De l’adéquation entre les deux.

Je serais surpris qu’un commentaire de vin dans L’Humanité puisse faire vendre beaucoup de Mouton-Rothschild. Mais qui sait?

Moi, en tout cas, j’ai très rarement l’aspect commercial à l’esprit quand je commente un vin.
C’est paradoxal, puisque sans vente, plus de vin. Mais j’essaie de faire abstraction de tout ce qui n’est pas le contenu de la bouteille.

Tout au plus me permettrai-je, une fois le vin dégusté, de m’enquérir de son prix et le cas échéant, d’insister sur son bon rapport qualité-prix. Je m’efforce en tout cas de ne jamais faire varier mon commentaire en fonction de la notoriété du vin, de sa disponibilité, ou même du volume produit.

Ce qui vous vaut le plaisir (?) de lire mes notes sur des trucs parfois difficiles à trouver, genre fino chypriote, rosé et muscat tunisiens, rouge crétois ou traminer slovène. Mais aussi, à l’occasion, des bulles de Loire ou d’Alsace produites en très grosses séries et vendues pour de très modiques sommes. Aucune coquetterie là-dedans. Juste le plaisir d’avoir découvert quelque chose et de le faire partager.
A l’inverse, je suis plutôt moins intéressé par les produits possédant déjà un grand statut. Parce que j’ai l’impression que je n’ai rien à apprendre à quiconque, que le service après-vente est déjà fait, et bien fait.

Aucun mépris de ma part. Ces vins-là peuvent être très bons.

icone

« Iconic »

Il y a quelques années, pour In Vino Veritas, j’avais lancé la rubrique Icones, ce qui m’a permis de passer en revue quelques « incontournables » – et même, de les déguster (car bien souvent, même chez les pros, on en parle plus qu’on en boit).

Le premier, je crois, c’était Haut-Brion. Si ma mémoire est bonne, il y a eu aussi Château Margaux, Beaucastel, Quinta de Noval. Et puis Klein Constantia. Grange, Tignanello, Egon Müller (grâce à Luc, d’ailleurs). Mon copain Gérard Devos a commenté Le Clos Sainte Hune, aussi. Marc (oui, notre Marc), Vega Sicilia.

J’ai bu de belles choses. C’était sympa. Surtout pour le côté historique: comment devient-on une icone? Pourquoi celui-là et pas un autre? Est-ce que c’est toujours du vin? Combien ça coûte? Est-ce que ça se garde? J’avais encore quelques idées (notamment pour la Bourgogne et puis l’Italie); mais ça ronronnait un peu; alors on a mis la rubrique en sommeil.

Et puis, je n’ai qu’une vie, mes journées sont déjà longues, je dois faire des choix.

« A quoi sert une chronique si elle est convenue,

Me disaient des Chiliens, les mains pleines d’invendus » (merci à Roda Gil).

Ma « mission », c’est moins Haut-Brion que le plaisir de la découverte partagée.

Alors je crois que je vais continuer à déguster à l’aveugle et à faire semblant que le prix et le statut n’ont pas d’importance. A ne pas déguster beaucoup d’icônes parce qu’on les voit rarement dans les dégustations organisées par leurs appellations; et qu’à 52 ans, non seulement je n’ai toujours pas de Rolex, mais je ne reçois toujours pas de Romanée Conti à déguster pour mes étrennes.

Quitte à gâcher mon beau talent, je crois que je vais me garder les vins trop abordables, méconnus, limite insignifiants.

Et vous savez quoi: le pire, c’est que ça me plaît!

Hervé Lalau


10 Commentaires

Nostalgies vineuses

Voici venir les suites tardives d’une commande d’Hervé, ou plutôt d’un souhait, également pris très au sérieux par David, à qui,  je vais essayer d’emboîter le pas; ce pas en arrière conduisant vers mes souvenirs vineux, mes premiers troubles en la matière. Je dois avouer que je n’étais pas très chaud, au départ, pour ce genre d’introspection, mais tout compte fait, pourquoi pas ? J’espère que Jim et Marc suivront dans la foulée…

Ça c'est moi, petiot !

Ça c’est moi, petiot ! Déjà un peu couillon…

Mon père à moi, Bill, un Anglais (je résume, car c’est plus compliqué que cela, du fait que j’ai connu deux pères et que les deux ne furent pas nés en Grande Bretagne), parfois un peu stricto-rigide de par son éducation, avait un rituel bien à lui lorsqu’il s’agissait d’ouvrir une bonne bouteille. Je me souviens que le Dimanche, le plus souvent à la campagne, en Normandie, il se faisait un devoir de chambrer son Bordeaux favori, le Château Mille Secousses, qu’il trouvait fort à son goût et qu’il achetait pour un bon prix chez Nicolas. Deux heures au moins avant le repas, il le plaçait sur le rebord de la cheminée en contact presque direct avec le foyer ce qui fait que j’étais obligé de sniffer du vin chaud que je faisais semblant de boire tant je le trouvais répugnant. Le nom du domaine m’intriguait au plus haut point (j’imaginais une histoire de cul…) et à mon grand regret, plus tard, je n’ai jamais retrouvé ce Bordeaux du secteur de Bourg-sur-Gironde lors d’une de mes nombreuses dégustations professionnelles. Pourtant, il existe toujours bel et bien, même s’il semble un peu mis en veilleuse par ses actuels propriétaires.

Ce même père ne détestait pas le Bourgogne ni le Beaujolais, mais ces vins étaient plus rares chez nous. Amoureux des fruits de mer et des huîtres (au vinaigre d’échalote, bien sûr ! Ah, ces English !), les vins blancs n’étaient pas exclus, bien entendu servis glacés au plus haut point. Muscadet et Entre Deux Mers étaient à l’honneur, Chablis quelques fois. En fait, Bill Sydney-Smith devait avoir un faible pour les vins de comptoirs, en plus d’un penchant particulier pour les vins trafiqués. Horreur, je l’ai même vu boire directement au goulot, tel un poivrot ! Sur la fin, je lui offrais parfois les Corbières les plus boisés en étant certain qu’il les trouverait bons. Oui, sur le vin, avec lui j’avais de grosses différences de goût et, de ce fait, nous étions souvent en conflit.

Ma Maman, Françoise Dujardin

Ma Maman, la belle Françoise Dujardin

Avec ma mère c’était tout autre. Elle, au moins, me semblait avoir plus de goût. Native de Chantilly, elle vécut sa jeunesse dans un village dont j’ai fréquenté un temps l’école et qui, je suppose, devait avoir quelques vignes par le passé puisqu’il s’appelait Vineuil, Vineuil-Saint-Firmin, pour être précis. Elle ne jurait que par le Champagne. En cela, elle tenait de mon arrière grand-mère, Adèle (pour moi, c’était Mémé), laquelle est morte après avoir réclamé dans un dernier sursaut de vie qu’on lui apporta une coupe de Pommery, le seul Champagne en vente dans l’épicerie du village. J’étais petit, mais bien présent à cette occasion où j’eus mon premier contact avec la mort et la mousse activée par les bulles. Peut-être est-ce pour cette raison que dès qu’un proche disparaît, un ami cher, je m’empresse de faire péter une bouteille…

Très jeune déjà, j’avais visité avec mon collège les caves de la Maison Pommery. J’étais fier de dire que c’était le Champagne préféré de ma Mémé. Maintenant, je le trouve sans intérêt. Lorsque ma Maman commença à gagner sa vie à Paris, elle se faisait régulièrement livrer des cartons d’un Champagne « de propriétaire », comme elle disait. Son nom m’échappe pour le moment et je ne vais pas perdre le temps en le recherchant car je serait capable de pleurer. Il venait de la Côte des Blancs et, sans être extraordinaire, il me plaisait bien, pour la simple raison qu’il faisait sourire ma mère. Peut-être parce que j’étais l’aîné, elle m’ordonnait d’ouvrir moi-même la bouteille, mission dont je m’acquittais non sans une grande fierté et avec beaucoup de cérémonial. Lorsque la bouteille gerbait ou que le bouchon explosait, je l’entends encore s’écrier : « Vite, vite, amenez vos flûtes ! » ce qui rajoutait encore plus d’effervescence dans le salon. Maman nous mettait du bonheur en tête…

A045

Les flûtes en verre soufflé de Biot.

Bien avant la mode, ma chère et jolie Maman, qui ne faisait jamais les choses à moitié, était folle du Champagne rosé. Nous le buvions en famille à la moindre occasion dans de drôles de flûtes épaisses en verre soufflé de Biot, souvenirs d’un bel été de vacances où nous étions sur la Côte d’Azur. Pour ma part, je trouvais ça un peu lourd et passablement tape à l’œil, mais ma mère les adorait, alors… Aujourd’hui je ne les recommanderai pas le moins du monde, d’autant que le verre coloré associé aux grosses bulles incrustées empêche de voir quoi que ce soit du vin, hormis la mousse et encore…. Comble de malheur, elle tenait à ce que je remplisse au ras ses flûtes ce qui m’obligeait à plus d’efforts, plus de concentration dans ma mission de versement. Jeunes adolescents, nous n’avions droit mes frères, ma soeur et moi qu’à une demie flûte, ce qui était suffisant pour nous griser tous plus ou moins. Comble de bonheur, ma mère adorait la crème de cassis, ce qui fait que j’étais devenu très tôt adepte du kir royal ! Lorsque le Champagne était un peu vert, elle doublait la dose de cassis ce qui n’était pas pour me déplaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car je n’ai pas de bon cassis sous la main. Il va sans dire que je trouvais toujours le moyen de me resservir en douce, voire de siffler dans le fond des verres des invités au moment de débarrasser. Tout était bon pour grappiller ! Et Maman m’engueulait vertement quand elle voyait que je titubais en allant me coucher.

Durant une courte période où j’étais en Angleterre, je n’ai plus bu le vin avec plaisir. J’étais devenu sauvage, enfin anglais quoi ! Trop doux ou trop sec, le Sherry n’était pas à mon goût, le Porto non plus, sans parler du Mateus rosé que je n’achetais que pour draguer les filles histoire de leur laisser la bouteille en souvenir afin qu’elles la transforment en lampe. Travaillant dans un pub, c’est la période où je fis la découverte des alcools blancs, vodka, gin, etc. Et de l’amertume des bières ! Les vins que nous buvions, faute de moyens, étaient franchement imbuvables. Quand je rentrais à Calais avec ma Fiat 500, je me jetais, quelque soit l’heure dans le premier bistrot venu, pour me payer un café-calva !

Du premier exemple, celui de mon père, j’ai gardé une phobie farouche des vins chauds ou glacés, tandis que du côté maternel, j’ai gardé une passion folle pour le vin de Champagne… servi dans une flûte fine, légère et transparente, cette fois ! Toutefois, mon grand regret, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au vin et que je ramenais à la table familiale mes premiers trésors achetés chez mon caviste Parisien (Lucien Legrand), c’était de constater que ces vins, comme le Touraine Primeur d’Henry Marionnet, les Côtes du Rhône du Domaine Bouche aujourd’hui reconverti en bio, ou même les vins de Guigal, n’avaient que peu d’effet sur mes commensaux. Dommage. Déjà, mes premiers vins du Sud, hormis ceux des Bouche, furent rosés. J’allais les cueillir jusqu’en Ardèche, à Saint-Remèze, sur la route des vacances.

Michel Smith


13 Commentaires

Hervé, parlez-moi de votre enfance…

Un peu de psychologie de comptoir…

J’ai coutume de dire que j’ai appris mes lettres sur les étiquettes de Bourgogne, et c’est presque vrai. Mes parents étaient des grands admirateurs des Beaune, des Pommard, des Nuits Saint Georges, des Meursault, et j’ai grandi dans cette dévotion. Il y avait aussi parfois des Alsace à la maison. Et puis un peu de Moulin à Vent. Mais des grands Bordeaux, guère. Et pourtant, à l’époque, ils étaient encore payables.

sigmund-freud

Hervé, parlez-moi de votre enfance…

Même si, à cet âge, je ne faisais guère que tremper mes lèvres dans les verres, je suis sûr que cette initiation précoce a eu son importance.

Bien sûr,  par la suite, j’ai appris à connaître et à respecter d’autres crus sur la planète vin; mais il me reste un respect particulier pour la Bourgogne, sa complexité, ses climats. Suchots, Montrevenots, Rugiens… tous ces noms, c’était autant de prénoms  pour « le » vin de la famille.

Quand je dis « respect », c’est plus dans l’esprit que dans les actes d’achat; car faute de retrouver les qualités des vins que je humais à la fin des années 60 dans leurs successeurs, ceux des années 80 et 90, j’ai un temps « décroché » du Bourgogne – au moins du Bourgogne rouge. J’y reviens doucement. J’ai l’impression de lire à vue, de réapprendre la Bourgogne. Il y a parfois des couacs – une dégustation de Clos de Vougeot désespérants de médiocrité, récemment. Mais je ne vais pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Au fond de la boîte de Côte d’Or – pardon, de Pandore, il me reste l’espoir.

Plus fondamentalement, ma manière d’aborder les vins a certainement été marquée par cet apprentissage précoce. Les souvenirs des jolis pinots de mon enfance m’incitent à demander d’un vin rouge qu’il soit flatteur, voire complexe au nez. Quitte à pardonner un petit manque de matière par la suite.

Car je suis « nasal » avant d’être « buccal ».

Bon, je vous ai dévoilé mes petits secrets. Peut-être mes complices des 5 du Vin voudront-ils bien me dévoiler les leurs?

David buvait-il la bière familiale?

Marc est-il tombé dans la gueuze quand il était petit?

Jim était-il Muscadet ou Moscatel?

Michel était-il Carignan ou Edelberry?

Quel a été leur déclic vin?

La suite à la prochaine séance, Docteur Sigmund.

Hervé LalauHerve-Aupilhac-2


15 Commentaires

La seconde bataille de Waterloo

A l’initiative de notre ami David Cobbold, Les 5 du Vin et le magazine In Vino Veritas organisent une dégustation d’un genre très particulier, conçue dans le cadre du Bicentenaire de la Bataille de Waterloo (juin 1815).

Non, il ne s’agit pas d’endosser de vieux uniformes, ni de s’écharper au nom de nos patries respectives. Mais se faire s’affronter, en une joute pétillante, 12 Champagnes, 12 Sekts allemands et 12 Sparkling Wines anglais. Et même, en joker, un effervescent belge. Car on l’oublie souvent, il y avait des Belges à Waterloo – et même, dans les deux camps!

Ce nouveau combat, où les seuls canons présents seront ceux que l’on boit, aura lieu, bien entendu, à Waterloo même.

ben34_clement_001f

La bataille de Waterloo, par Andrieux

 

Le jury professionnel sera constitué de dégustateurs britanniques, français, allemands et belges. La dégustation se fera à l’aveugle, bien sûr.

Un premier travail, et non des moindres, consistera à sélectionner les 12 hérauts de chaque nation. Pas questions de présenter des seconds couteaux!

Nous vous tiendrons informés des développements de ce projet, à but non lucratif, mais éminemment culturel. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, producteurs, associations, autorités, particuliers.

D’ores et déjà, nous plaçons ce « Jugement de Waterloo » sous le haut patronage des mânes de Victor Hugo, auteur de la phrase suivante, prononcée lors du Congrès de la Paix de Paris, en 1849, et que l’on trouve sur la Colonne Hugo, sur le site même de la bataille: :

« Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées ».

Her Lalau

 


7 Commentaires

Quatre ans après (Manso de Velasco)

Début mai 2011, j’étais au Chili. Le 11, je dégustais la gamme de Torres Chile, à Cúrico.

Mon coup de coeur du jour avait pour nom Manso de Velasco 2007 – un cabernet sauvignon de vieilles vignes, d’année chaude et d’élevage long.

torres, manso_de_velasco,a_sense, negre, 75cl, suro, cabernet_sauvignon

Voici ce que j’écrivais:

Cassis, épices, pas compoté mais fruité frais. Bonne structure, bouche fraîche, tannins structurés, tabac, cuir; puissant, mais élégant pour ses 14pc alc. Juteux. Bon potentiel 16/20

La semaine dernière, chez In Vino Veritas, j’ai redégusté ce même vin, du même millésime. A l’aveugle.

Quelle déception! Je n’ai retrouvé ni côté juteux, ni élégance, mais plutôt un vin aux tannins secs, une sensation de chaleur. Une astringence désagréable. Quant au potentiel… Si la marque d’un grand vin (surtout d’inspiration bordelaise comme ce cabernet sauvignon) est de bien vieillir, alors cette cuvée n’est pas le meilleur exemple.

Quand j’ai vu l’étiquette, après la dégustation, j’ai voulu redéguster. C’était pareil.

Mes amis et collègues d’IVV étaient sur la même longueur d’ondes. Ce vin ne méritait pas d’être sélectionné.

Alors, que s’est-il passé?

L1030398

Miguel Torres Chile (Photo (c) H. Lalau 2011)

Ai-je été trop enthousiaste en 2011? Faut-il se méfier des dégustations sur place, dans un contexte trop favorable?

Le vin a-t-il mal vieilli? Est-il dans une mauvaise passe? Devrai-je le redéguster encore dans quelques années?

Je me sens un peu désemparé. Si le but d’un commentaire de vin est de faciliter le choix du consommateur, alors il vaut mieux, bien sûr, ne lui conseiller que ce dont on est sûr. Dans le cas qui nous intéresse, un lecteur qui aurait acheté ce vin haut de gamme sur la foi de mon commentaire de l’époque, et qui, comme moi, l’aurait ouvert hier, aurait de quoi être déçu.

Déçu du vin, mais aussi de moi.

Bien sûr, la dégustation n’est pas une science exacte. Mais mon principe de base étant que la vie est trop courte pour boire des vins surfaits ou inintéressants (et surtout, pour vous les recommander!), me voici pris à mon propre jeu.

Comprenez moi bien: même si j’ai pris pour règle générale de ne pas vous embêter avec des commentaires de vins sans vice ni vertu, voire de vin à défaut (sauf s’il y a un intérêt pédagogique), je ne suis pas là non plus pour caresser le producteur dans le sens du poil.

L1030410

Quand Lalau déçu, lui parfois l’air ainsi (Photo (c) H. Lalau 2011)

Mon premier public, c’est le consommateur final, celui qui achète la bouteille, celui qui sort ses petits sous de son portemonnaie. C’est à lui que je dois ma part de vérité.

D’aucuns, parmi mes collègues, trouvent que je suis un peu trop coulant, trop gentil; c’est leur droit. Moi, je les trouve parfois trop durs. J’aime à penser que je n’ai pas que des puristes dans mon lectorat. J’entends rendre service au buveur honnête.

Voila pourquoi je vous parle de ce Chilien. Mais aussi de moi. De mes doutes.

Hervé Lalau

PS. Pour finir sur une note plus positive, le Cordillera Reserva Privada, du même Torres Chile, me plaît tout autant qu’en 2011 (le Carignan y est majoritaire, ce qui fera plaisir à mon ami Michel Smith). Idem pour le Santa Digna País mousseux – même si je suppose qu’il s’agit d’un nouveau millésime.


Poster un commentaire

Picolar avant l’grèfe à Bruselja

Toute ressemblance avec un titre utilisé récemment par mon ami Marc est totalement volontaire… Mon catalan, à moi, est d’opérette – je ne parle que l’espagnol.

Amis Français, peut-être l’ignorez-vous, obnubilés que vous êtes par la ligne bleue des Vosges ou celle de la cravate pas droite de votre président, mais nous, en Belgique, dans ce poste avancé de la Francophonie quel vos médias ne s’intéressent guère que pour parler des méfaits de la Commission de Bruxelles, nous avons un nouveau gouvernement fédéral.

Le nouveau Premier Ministre s’appelle Charles Michel, il est Francophone, et de droite. D’ailleurs, tout le gouvernement est de droite, ce qui ne s’est jamais vu de mémoire d’homme, la Belgique étant le pays du compromis par excellence, et la Wallonie aussi socialisse que la Flandre est plate.

Bref, ce gouvernement promet du sang et des larmes, et notamment un saut dans l’indexation automatique des salaires, un report de l’âge de la retraite (sauf pour les indépendants comme moi qui n’ont pas les moyens de la prendre), des travaux d’intérêt général pour les chômeurs en fin de droits…

Voila qui promet de belles empoignades avec les syndicats. D’aucuns parient déjà sur des grèves généralisées.

En attendant, tant que le Thalys roule, et tant que les tonneaux dans les cafés, je vous suggère de venir ici boire une bonne bière. Qu’elle soit flamande, comme la Westmalle ou wallonne, comme l’Orval, ou encore bruxelloise, comme la Cantillon, je vous souhaite large soif.

IMG_4856

Quant à moi, l’immigré fransquillon, je préfère un bon coup de rouge. J’ai choisi un Cornas de chez Courbis, la cuvée La Sabarotte 2012.

J’aime son fruité noir très frais, ses épices, son velouté, sa structure, son bois superbement fondu – du neuf, pourtant. A comparer avec le 2010, que j’avais déjà bien apprécié, je trouve que le niveau est encore monté. De deux choses l’une, ou Dominique et Laurent Courbis ont encore progressé en deux ans, ou bien c’est moi qui suis dans de meilleures dispositions. J’ai même préféré, cette année, cette cuvée au Saint Joseph Les Royes, que j’avais pourtant placé au pinacle de ma dégustation, à l’époque. Ce n’est sans doute qu’une question de temps, il sera intéressant de revoir ces deux vins dans quatre ou cinq ans… juste pour voir si je suis encore plutôt granite ou plutôt calcaire. Plutôt dur ou plutôt doux. Libéral ou consensuel. Actuel ou potentiel.

En écrivant ces lignes, je sirote mon fond de verre. J’essaie en vin – je veux dire, en vain, d’y lire un avenir incertain. La bouteille est presque vide.

Encore une que les rouches n’auront pas!

Hervé Lalau

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 13 159 autres abonnés