Les 5 du Vin

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Le vin japonais

 

Une récente dégustation des vins japonais organisée par l’excellente caviste parisienne Soif d’Ailleurs ( http://soifdailleurs.com/) m’incite à vous parler aujourd’hui des vins du pays du soleil levant. Je vais revenir aux vins de cette dégustation à la fin de l’article, ainsi qu’à d’autres, dégustés lors d’une présentation de vins issus du cépage koshu à l’OIV il y a quelques temps. Mais d’abord quelques indications…

sweet wine in JapanLe marché du vin au Japon a bien évolué depuis ses débuts, au tournant du 19ème au 20ème siècle. L’influence du Portugal se faisait encore sentir dans ce charmant image où le « sweet wine » était à l’honneur.

Le Japon est un marché très important pour le vin qui, pour une partie, est aussi extrêmement connaisseur. Lors de voyages dans ce pays que j’aime beaucoup, j’ai trouvé, dans des boutiques spécialisées, certaines cuvées qu’on a du mal à dénicher en France et les questions après des conférences ou dégustations sont souvent très pointues. Mais sait-on assez qu’on produit aussi du vin au Japon ? Il semblerait que l’histoire de la production de vin au Japon a commencé par le fait de quelques jésuites qui y ont suivi les explorateurs portugais au 16ème siècle. Cette production était certainement destinée, avant tout, à la messe. De nos jours la viticulture dans cet archipel, dans lequel les montagnes occupent la majorité de la superficie, touche une zone allant de l’île de Kyushu, au sud, jusqu’à l’île de Hokkaïdo dans le nord. D’une manière générale au Japon, le climat de mousson, chaud, souvent couvert et humide en été, conjugue à peu près tout ce que la vigne déteste, d’où la présence d’hybrides qui, à défaut de donner toujours des vins passionnants, fournissent au moins des raisins sains et mûrs, consommés frais ou vinifiés..

Si la vigne couvre une superficie totale  de 30 000 hectares au Japon, la majeure partie est consacrée à la production de raisins de table. En matière de vin (ou de moût), la production japonaise totaliserait environ 370,000 hectolitres, ce qui serait à peu près l’équivalant à la somme des volumes produits en Corse, Savoie et Jura, ou bien au tiers du Beaujolais. Ce n’est pas une quantité négligeable mais j’avoue ne pas être très sûre de la fiabilité de mes sources et je pense qu’une partie de ce volume est destinée à la production de jus de raisin plutôt qu’à la vinification.

Koshu-Grapes-by-Genta_ghrGrappes de koshu. On voit bien la couleur rose des baies et le système traditionnel de conduite en pergola. (photo Genta)

Les régions viticoles les plus importants sont Yamanashi et Osaka, suivies de Yamagata et de Nagano. Parmi les cépages plantés, on trouve un certain nombre des variétés françaises les plus connues, mais aussi pas mal d’hybrides capables de résister à la forte humidité de l’archipel. Un seul cultivar de vitis vinifera semble être exclusif au Japon, bien que son origine se trouverait plutôt en Asie continentale, quelque part le long de la Route de la Soie. Il s’agit du koshu, qui serait arrivé de la Chine avec des moines bouddhistes. C’est une variété à la chaire blanche mais à la peau rose qui est cultivée essentiellement autour du Mont Fuji dans la région de Yamanashi. Ses raisins étaient surtout destiné à la table mais sont de plus en plus souvent vinifiés de nos jours. Les vignes de koshu sont traditionnellement très espacées (une centaine de pieds à l’hectare) et conduites en pergola, ce qui éloigne les grappes du sol et facilite la récolte. Mais cela fait beaucoup de grappes par pied de vigne (des centaines) et des expériences avec d’autres modes de conduite, plus favorables à la production de vins de qualité, sont en cours. Les grappes de koshu sont longues et la peau des baies épaisse, ce qui lui permet de résister à la pourriture consécutive aux fortes pluies pendant la saison de maturation. Les exploitations viticoles sont minuscules, 0,25 hectare en moyenne. Une poignée de producteurs possède de plus vastes domaines et achètent des raisins à des viticulteurs.

Lors du passage de l’association koshu of Japan en France en 2013, j’ai eu l’occasion de tester toute une série de vins de ce cépage fascinant, car très différent de tout ce qu’on peu trouver ailleurs.  Tous venaient de la région de Yamanashi, et la grande majorité du millésime 2011. La plupart des producteurs préfèrent un élevage court et en cuve mais quelques-uns s’essayent à un élevage en barriques. Tous les vins étaient secs avec des degrés d’alcool très raisonnables : entre 10,5% et 12% pour les vins dégustés. Les acidités variaient pas mal, selon les modes de vinification. Si on veut à tout prix faire des comparaisons, ces vins ressemblaient à quelque chose entre un riesling sec et un ugni blanc/trebbiano, en un peu plus parfumé. Le toucher est délicat, presque soyeux ; l’acidité bien présente et les parfums subtils mais pas expansifs. Les couleurs sont très pâles, sauf pour ceux ayant fréquenté du bois.

Alps Wine, Koshu 2011

Il m’a semblé plus pesant que les 11,5% annoncés, et je n’aurais pas deviné que le sucre résiduel se situait aussi bas que 1,1 gramme. Mais il est fin et vibrant, relativement intense parmi les vins de la série.

Grace Wine, Koshu Kayagatake 2011

Délicat et floral, très vif. Sensation de pureté dynamique.Très joli vin

Grace Wine, Koshu Private Reserve 2011

Aussi parfumé que son frère d’écurie mais plus structuré, un peu plus austère et avec une allonge supérieure. Le meilleur vin que j’ai dégusté dans cette série.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2011

Fin, délicat et précis.

Yamanashi Wine, Sol Locet Koshu 2010

Un des rares vins (un peu) âgés dans la dégustation. Il montrait davantage de complexité et une longueur supérieure aux autres.

Suntory Tomi No Oka Koshu 2010

Ce vin a eu un vieillissement (je crois partiel) en bois. Il paraissait plus mûr et rond que les autres, avec une acidité bien plus faible (5,6 g/l). Texture plus soyeuse aussi.

Si aucun de ces vins n’est disponible en France, on peut y trouver deux autres cuvées de koshu, produites par des bordelais en partenariat avec des producteurs locaux. Celle de Bernard Magrez, goûtée il y a deux ans, montrait une vraie délicatesse de parfums et de texture, avec une sensation de légèreté, d’élégance et de fraîcheur, hélas bien trop chère (autour de 30 euros). Plus abordable (18 euros), mais pas dégustée, celle de Denis Dubourdieu, disponible sur www.lespassionnesduvin.com.

japonais 1le koshu avec ou sans vinification en fûts. C’est selon ses goûts, mais j’ai préféré le vin à droite pour sa plus grande complexité (photo DC)

 

 Maintenant ma plus récente dégustation, à la cave Soif d’Ailleurs

Elle a eu lieu le 30 janvier 2015 et concernait les vins d’un seul domaine : Diamond Winery. Cette production est le fait d’un jeune vinificateur japonais (désolé mais j’ai négligé de noter son nom) qui a travaillé en temps en Bourgogne, chez Simon Bize. Il y avait deux cuvées de koshu (blancs), et trois d’une variété hybride rouge nommé Muscat Bailey A (une hybride entre Muscat d’Hambourg et Bailey, obtenu en 1927 au Japon) Le caviste en question liste deux de ces vins, un blanc et un rouge, et je crois savoir qu’il s’agit de mes deux vins préférés de cette dégustation (à vérifier).

Diamond Winery Chanter YA, Amarillo 2013

cépage koshu 100%, cuve inox

Robe très pâle, translucide. Nez délicat et parfumé, floral. Vibrant mais sans avoir une forte acidité. Longueur moyenne et sensation de pureté très agréable.

Diamond Winery Chanter YA, Koshu 2013

cépage koshu 100%, élevage en barriques bourguignonnes (pas neufs)

La robe est un peu plus intense, aux reflets verts. Nez très fin mais ayant davantage de puissance que le précédent. Le bois me semble bien intégré. Très belle vibration au palais avec, là encore, plus de puissance et de complexité que pour la version cuve. L’acidité me semble aussi plus élevée, mis l’ensemble reste très délicat. Un très joli vin.

Muscat Bailey ALes étiquettes de ce domaine répondent à une esthétique double : japonaise et européenne. Et le noms des cuvées incorporent des jeux de mots/lettres que je suis incapable de vous restituer. Mon vin préféré de cette série se trouve à droite. C’est un des meilleurs vins issus d’une variété hybride que j’ai dégusté. (photo DC)

Diamond Winery Chanter Y, Y-carré 2012

cépage muscat bailey A 100%, 24 mois d’élevage sous bois

Le robe est relativement légère, du type pinot noir. Le nez me fait penser un peu au jambon fumé avec un peu de caramel et d’épices douces. Mais le vin est parfaitement sec et plus structuré en bouche que je n’imaginais. Il a de la fraîcheur et un bon équilibre acidité/tanins, mais ne m’enchante guère.

Diamond Winery Chanter Y, Y-cube 2012

cépage muscat bailey A 100%, 18 mois d’élevage sous bois

Issu d’une autre parcelle et ayant reçu une macération de 5 semaines, ce vin à une robe bien plus dense, de ton carmin. Le nez est aussi radicalement différent et assez intense autour de fruits noirs (cassis), avec toujours ce caractère un peu épicé et fumé. En bouche c’est très séduisant, bien fruité et un peu poivré, vibrant avec un joli toucher. Je mettrais bien ce vin dans une dégustation à l’aveugle !

Diamond Winery Chanter Y, Vrille 2012

cépage muscat bailey A 100%, 18 mois d’élevage sous bois

Issu d’une récolte plus tardive de 12 jours par rapport au précédent (vers les 12/13 octobre). C’est plus rond et charmeur, mais donne aussi une impression de chaleur qui perturbe un peu, pour moi, son équilibre. Belle densité et longueur, mais je préfère le Y-cube.

 

Le voyage forme la jeunesse et tout ceci me donne envie de retourner au Japon….

 

David Cobbold


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Mes premiers émois vineux

Grâce à Hervé (ou par sa faute, c’est selon…) je vais vous infliger une petite séance proustienne, sans le style ni le talent bien sur. Cela va énerver au moins un lecteur, mais tant pis, on ne peut pas plaire à tout le monde, et je crois qu’il vaut mieux ne pas essayer.

Je ne me souviens pas de ma première dégustation de vin, mais, vu le métier de mon père (marchand de vin) et sa vision totalement hédoniste de la vie, je pense que je devais être très jeune. Au début, il me laissait juste sentir les nectars de sa cave, puis les mettre en carafe, les servir parfois et, de temps en temps tremper mes lèvres dans quelques-uns. Il a fallu attendre que je sois admis à la table à dîner des adultes, peut-être vers l’âge de 12 ans, pour commencer à boire un petit verre lors des grandes occasions. Souvent ce vin était coupé d’eau. A partir de 15/16 ans il n’y avait plus de restrictions, sauf celles qui commandaient la bonne conduite à table et en société. Et, du coup, je ne fus jamais tenté de m’enivrer comme certains de mes contemporains. D’ailleurs l’effet d’un excès d’alcool, car cela m’est arrivé plus tard, me provoquait de telles nausées que cet état me répugnait.

Mais le vrai sujet est le goût, et sa formation par les premières expériences qui m’ont révélés la magie du vin. Car il s’agit bien d’une forme de magie. Après tout, ce n’est qu’une boisson. Mais certaines formes de cette boisson ont la capacité de vous transporter, de vous séduire ou de vous interpeller par leurs effets sur vos sens, et aussi de vous fasciner par la poésie de leurs noms et de l’aura qui s’en dégage. Pour cela, je pense que cela aide beaucoup de recevoir une éducation et de vivre dans un environnement propice à cela, et j’ai eu la chance d’avoir eu les deux.

father on bike low defMon père en 1942. Il m’a bien transmis l’amour du vin. Ce que je ne savais pas, car je ne l’ai jamais vu sur une moto étant né juste après la guerre, est que, d’une manière inconsciente, il m’a aussi transmis la passion des deux roues motorisées !

Mon père était donc marchand de vin en Angleterre. A part la période militaire imposée par les circonstances, il a exercé cette profession toute sa vie dans la même boîte, où il a finit comme Managing Director. Justerini & Brooks est une des ces Wine Merchants londoniens établis au 18ème siècle et fonctionnant toujours, grâce, en bonne partie à la vente d’une whisky (J&B) que mon père avait aidé à lancer dans les années 1950 et 1960.

J&B shop La boutique de Justerini & Brooks, St. James’ Street, de nos jours. Pendant longtemps, leur boutique si situait dans New Bond Street, pas très loin.

Les premiers souvenir précis que j’ai de vins dégustés et aimés me viennent plutôt de dîners dans la maison de mes grand-parent maternels, ou je suis né et où nous passions toujours les fêtes de fin d’année et de Pâques. Les dîners y étaient très formels, et on se changeait pour l’occasion : dinner jackets pour les hommes et robes, parfois longues mais pas toujours, pour les femmes. Ils était aussi très bien arrosés. Non pas dans le sens d’une beuverie, mais par la variété et la qualité des vins servis. A l’apéritif il y avait le choix : cocktails (les adultes prenaient souvent un Bloody Mary), ou Sherry Fino ou Amontillado, ou Whisky & Soda. Pour les grandes occasions Champagne. J’avais droit au Champagne ou au Sherry, mais pas de spiritueux. Mon goût pour les Xérès et le Champagne viennent certainement, entre autres, de là.

Les premiers vins que j’ai vraiment adoré étaient des vins blancs allemands : rieslings de la Mosel ou du Reingau, ces dernières étant appelés collectivement « Hock » en Angleterre à cette époque, comme les bordeaux rouges étaient tous appelés « Claret ». Ce que j’aimais dans les meilleurs de ces vins était l’exquise précision de leur fruité et leur légèreté souvent, mais pas toujours, arrondi par une pointe de sucre résiduel. Je préférais d’ailleurs les Mosels aux Hocks, généralement plus raides et moins fruités.

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Ce vin, ou  plutôt quelques-uns de ses ancêtres, aurait provoqué mes premières grandes émotions gustatives dans le domaine du pinard.  

hochheimer-holle-riesling-kabinett-13Les « Hocks » prenaient leur nom familier en anglais de la ville de Hocheim dans le Rheingau. J’ai le souvenir de vins plus puissant et moins fruités que les Mosels, mais tout aussi capable de m’éveiller les sens

D’autres blancs, car on commençait toujours ces repas par un vin blanc, étaient assurés par la Bourgogne et Bordeaux (Graves), en alternance. J’aimais mieux les Bourgognes, mais je préférais les rieslings par-dessus tout.

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Pour les vins rouges, c’était ultra-classique : Bordeaux (Claret) ou Bourgogne. Pour Bordeaux, Latour ou Lafite avaient les préférences pour les grandes occasions, mais il y avait souvent les vins des Bartons (Langoa ou Léoville) ou bien Ducru Beaucaillou. En matière de Bourgogne rouge, je ne me souviens pas de producteurs spécifiques, mais c’était les noms des lieux qui m’enchantaient, comme pour les vins allemands, et j’essayais de les mémoriser et me les récitant avant de me coucher : Chambolle Musigny, Clos de Vougeot, Gevrey Chambertin, Vosne Romanée, tout cela avait valeur d’un monde magique, un peu mystérieux et hors de ma portée, sauf par le truchement des étiquettes que je voyais à côtes des carafes (ces vins étant toujours décantés).

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Je crois me souvenir que je préférais les bourgognes au clarets, pour leur délicatesse et leur fruité, sauf quand les bordeaux était très vieux et leurs tanins bien fondus, ce qui était souvent le cas d’ailleurs. Nous parlions des vins à table. Mon père n’était pas un raseur et ce ne fut pas une obsession, mais les vins était commentés succinctement, et pas que par lui, les femmes prenant largement part à la discussion brève : « pas mal, mais moins bons que le millésime x »; « ça, j’aime beaucoup, il me fait penser à …. »

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Les grand moment était l’arrivé du porto vintage, à la fin du repas, d’abord avec le fromage qui venait évidemment après le dessert (il y avait du sauternes ou un liquoreux allemand pour accompagner celui-ci), puis tout seul. A ce moment là les femmes nous quittaient pour aller au salon afin de ne pas être incommodées par la fumée des cigares. J’adorais ces portos ! Parfois on variait avec un vieux Colheita, mais le Vintage régnait. Il y avait aussi du Cognac. J’y goûtais parfois, passé l’âge de 17 ans.

Voilà. Tout cela est banal, personnel mais banal. je ne crois pas que cela a fixé mes goûts, car je bois de tout maintenant et, de toute façon, je n’ai pas les moyens de boire la plupart des vins cités ci-dessus. Par ailleurs la qualité des vins plus « modestes » est sans commune mesure avec ce qu’il était à l’époque. Il n’y a jamais eu autant de bons vins, heureusement pour nous. Quand je suis arrivé en France, j’étais ouvrier et je buvais du vin en litre avec des étoiles sur les flacon consigné. Le weekend on se payait du 12°, mais en semaine c’était du 10°5 ou du 11° . Cette période a duré 4 ou 5 ans. J’ai donc connu les deux extrêmes du monde viticole. Je suis heureux de me trouver maintenant au milieu. Le très haut de gamme ne me manque pas et je ne boirai plus du jaja.

David Cobbold


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La seconde bataille de Waterloo

A l’initiative de notre ami David Cobbold, Les 5 du Vin et le magazine In Vino Veritas organisent une dégustation d’un genre très particulier, conçue dans le cadre du Bicentenaire de la Bataille de Waterloo (juin 1815).

Non, il ne s’agit pas d’endosser de vieux uniformes, ni de s’écharper au nom de nos patries respectives. Mais se faire s’affronter, en une joute pétillante, 12 Champagnes, 12 Sekts allemands et 12 Sparkling Wines anglais. Et même, en joker, un effervescent belge. Car on l’oublie souvent, il y avait des Belges à Waterloo – et même, dans les deux camps!

Ce nouveau combat, où les seuls canons présents seront ceux que l’on boit, aura lieu, bien entendu, à Waterloo même.

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La bataille de Waterloo, par Andrieux

 

Le jury professionnel sera constitué de dégustateurs britanniques, français, allemands et belges. La dégustation se fera à l’aveugle, bien sûr.

Un premier travail, et non des moindres, consistera à sélectionner les 12 hérauts de chaque nation. Pas questions de présenter des seconds couteaux!

Nous vous tiendrons informés des développements de ce projet, à but non lucratif, mais éminemment culturel. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, producteurs, associations, autorités, particuliers.

D’ores et déjà, nous plaçons ce « Jugement de Waterloo » sous le haut patronage des mânes de Victor Hugo, auteur de la phrase suivante, prononcée lors du Congrès de la Paix de Paris, en 1849, et que l’on trouve sur la Colonne Hugo, sur le site même de la bataille: :

« Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées ».

Her Lalau

 


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A la santé de Ludwig!

Vous savez que j’aime le vin et la musique; et même, parfois, mélanger les deux.

Aussi, quand j’ai visité Mayer am Pfarrplatz, j’ai été doublement servi. Pensez, ce joli Heuriger d’Heiligenstadt a hébergé le grand Beethoven. Ce n’est sans doute pas le seul, d’ailleurs, car le compositeur, venu prendre… les eaux sur les conseils de son médecin, a épuisé pas mal de logeurs dans la bourgade. Il y a aussi pris les vins. Et vous savez quoi: on peut toujours les boire!  Bon, pas le même millésime, bien sûr; mais le même type de vin.

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Beethoven was here

En effet, ici, le vignoble est en grande partie complanté, et n’a guère changé depuis 1802 – même le phylloxéra n’a pas détourné les Viennois de leur vieux système, alias « Gemischter Satz » (qui possède d’ailleurs depuis peu sa propre DAC).

Alors buvons à la santé de Ludwig!

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Mayer am Pfarrplatz, le Heuriger

Vous avez dit “ Heuriger”?

Le Heuriger est une spécificité autrichienne datant de… Joseph II. Il donne le droit à un vigneron d’ouvrir une taverne où il pourra écouler sa propre production uniquement, et proposer une petite restauration.

A l’origine, n’y était servi que le vin de la dernière récolte, d’où son nom (heuer veut dire « cette année »)

On en trouve à Vienne (où une association les réunit, « Der Wiener Heurige »), mais aussi ailleurs dans le vignoble autrichien, et même dans le Sud de l’Allemagne.

On a assisté ces dernières années à une diminution du nombre de Heurigen à Vienne, ce qui, selon les exploitants eux-mêmes, est une bonne chose, car le niveau des vins et des prestations s’est amélioré. On peut parler de professionnalisation.

A en juger par celui de Mayer am Pfarrplatz, la tendance se vérifie; l’établissement combinant de vins très expressifs, et un établissement accueillant, apte à satisfaire l’habitué comme le touriste d’un jour en quête de « viennoiserie » (et je ne parle pas spécifiquement de la pâtisserie).

La maison propose deux gammes, Rotes Haus et Mayer am Pfarrplatz proprement dit.

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Mayer am Pfarrplatz, les vignes (Vienne au fond)

Nussberg et Schenkenberg

Nussberg (la colline aux noix) est un toponyme très courant en Autriche, je l’ai rencontré dans de nombreux vignobles. A Vienne, il s’agit d’une colline de quelque 330 m d’altitude, aux fortes pentes, et située, comme de juste, dans le village de Nussdorf, au Nord de la ville. Heilingenstadt et Nussdorf, qui sont voisins, sont aujourd’hui englobé dans le 19ème district de Vienne (Döbling). Par beau temps, on y jouit d’une vue imprenable sur la capitale autrichienne

Chez Mayer am Pfarrplatz, les vins issus de ces sols calcaires bénéficient en général d’un surcroit de concentration. L’ensoleillement est optimisé par l’exposition en coteau escarpé, les rendements sont assez faibles. Ce climat réputé convient très bien au riesling.

Le Schenkenberg (345m) est une autre colline, à l’Ouest du Nussberg, toujours sur le 19ème district. Le sous-sol superpose schistes et grès, la surface étant plutôt composée de graviers. Il convient bien au Grüner Veltliner.

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Une tradition toujours bien vivante, le vin de complantation

Et maintenant, ma sélection de vins dégustés sur place:

Gemischter Satz DAC Mayer am Pfarrplatz Nussberg 2013

Riesling, Grüner Veltliner et Rotgipfler Zierfandler, principalement, dans des proportions inconnues.

Pomme jaune, poire bien mûre, bouche bien concentrée, avec une texture presque crayeuse en filigrane; joli mariage de gras et d’épices (poivre, cannelle); salinité en finale.

Wiener Gemischter Satz DAC Rotes Haus 2013

Nez marqué par l’ananas, bouche enlevée, avec des notes de quinquina, belle ampleur (l’effet du passage sur lies?) et une finale élégante, florale.

Wiener Gemischter Satz DAC Nussberg Rotes Haus 2012

Le même que le précédent, ou presque, mais un an plus vieux et passé en barriques de 300 litres.

C’est très élégant, toujours fruité (coing, pomme mûre), mais plus rond, plus crémeux en bouche.

Grüner Veltliner Mayer am Pfarrplatz Schenkenberg 2013

Nez complexe alliant le poivre noir, la pomme granny et le tabac; bouche expressive, vive, mais pas mordante. La finale est assez longue, sur les fleurs blanches, la pêche de vigne. Un vrai vin de Heuriger, un vin qui donne soif.

Riesling Mayer am Pfarrplatz Nussberg 2013

Une parcelle dans la parcelle, uniquement plantée de Riesling.

Citron, abricot et cannelle au nez, avec de belles notes surmûries; la bouche est très droite, mais on perçoit du gras sous le tranchant de l’acidité; subtiles notes de pétrole en finale. Complexe, superbe. Solaire.

Plus d’info: Mayer am Pfarrplatz

 

Hervé Lalau


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Le vin arménien, par delà l’histoire

La semaine dernière se tenait à Bruxelles une dégustation de vins arméniens organisée à l’instigation de l’Ambassade d’Arménie en Belgique.

C’était pour moi le premier contact avec les vins de ce petit pays du Caucase, dont les recherches archéologiques les plus récentes nous apprennent que c’est là qu’ont été trouvées les traces les plus anciennes de vinification (à peu près 6.100 ans).

Noé

L’ivresse de Noé (Chroniques Mondiales de Nuremberg)

Entretemps, la patrie de Noé a connu pas mal de vicissitudes, de passage et d’invasions, pas toujours favorables au vin – la période ottomane, bien sûr, mais aussi la période soviétique, au cours de laquelle le pays était devenu un gros fournisseur du grand frère russe… mais surtout pour le brandy. Jusqu’aux années 1990, la viticulture locale fonctionnait majoritairement pour la production d’alcool.

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Clin d’oeil de l’histoire: la République socialiste soviétique d’Arménie avait mis une grappe de raisin sur ses armoiries

Avec la fin du communisme, est venue la baisse des importations russes. L’Arménie se tourne donc vers d’autres marchés – mais le processus est assez lent.

Sur la foi de ce que j’ai dégusté, tous les produits ne se prêtent pas encore à la conquête du consommateur occidental moderne.

Primo, quelques cuvées présentées souffraient de tares évidentes (piqure acétique, oxydation précoce, déviations);

Plus grave, à mon sens, la plupart des vins souffraient d’un manque de définition – sucre résiduel mal fondu pour une bonne partie des blancs, déséquilibre entre nez et bouche pour pas mal de rouges, impression de chaleur, de verdeur des tannins, alcool envahissant, rudesse. Je ne suis pas contre une certaine dose de rusticité, mais trop n’en faut!

Vous me trouvez dur? Je pense de mon devoir de faire savoir à nos amis arméniens que de gros efforts restent à faire. Personne n’attend les vins arméniens sur nos marchés. Si nous les achetons, ce ne sera pas pour leur origine, que nous ne connaissons pas, ni pour le glorieux passé, mais pour le contenu dans la bouteille, hic et nunc.

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Le vignoble arménien se situe surtout au Sud du pays (Armavir, Ararat, Vaïots Dzor et Siounik)

Bande d’amphorés!

Il y a avait heureusement des exceptions à ma déconvenue générale.

Les Areni de Takar, d’Ar Mas, de Maran (Cuvée Bagratouni) et de Zorah (cuvée Karasi), notamment, qui combinent des arômes de fruit mûr assez inhabituels (grenade, figue verte) et une belle fraîcheur – mention particulière pour la Karasi, très pur et d’une belle minéralité (serait-ce l’élevage en amphores?).

Ces exceptions démontrent qu’il y a une place pour l’Arménie sur l’échiquier mondial du vin; pas seulement en hommage pour son passé de précurseur, mais pour la touche originale apportée par ses multiples cépages autochtones, notamment l’Areni, par ses pratiques culturales et de vinification originales.

En effet, on a affaire à un vignoble de montagne (l’altitude moyenne du pays est de 1800m), où la vigne souffre à la fois de longs hivers très froids (au point qu’on l’enterre souvent en hiver) et de la chaleur de l’été. Les cépages locaux y sont les mieux adaptés, et c’est sans doute la chance de ce pays de les avoir conservés; le consommateur mondial est un peu saturé des grands cépages internationaux et est prêt à découvrir autre chose.

 

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Mon préféré

Cette « autre chose », l’Arménie peut la fournir – avec une autre originalité – qu’elle partage avec la Géorgie voisine: la vinification en amphores. A l’heure où des producteurs européens redécouvrent le vin orange, les Arméniens, eux, ne l’ont jamais vraiment délaissé.

Le défi, cependant, sera de polir ces joyaux un peu bruts, ce potentiel, pour mieux les faire briller.

Cela passe sans doute par une phase de sélection des meilleurs cépages à vin – tous ceux qui ont été utilisés pour les brandies et les vins mûtés ou pomegranates ne sont pas forcément les plus adaptés à des vins élégants; par une meilleure maîtrise de la matière première (inertage de la vendange, tables de tri…) et de l’outil – qu’on utilise des foudres, des barriques, des cuves inox, des cuves ciment ou des amphores, les règles de base de l’oenologie s’appliquent – propreté, contrôle des températures et des fermentations…

Un peu de « benchmarking », aussi. J’ai donné mon sentiment sur les vins dégustés – il serait utile d’avoir l’avis d’un panel complet de dégustateurs aguerris, sur les différents marchés potentiels.

Moyennant quoi on pourrait reparler des vins arméniens.

Hervé Lalau


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Vins de France – l’autre France

Le saviez-vous?  Il y a eu deux France dans l’histoire. Comme il y a eu deux Allemagne. Comme il y a encore deux Corée ou deux Mongolie.

Pour ce qui est de la France, cela remonte à loin. Aux Francs, pour être exact.

Un peu d’histoire

Il paraît que nous autres Français nous prenons tous pour des flèches. Pas étonnant, puisque que le mot Franc dérive du germanique frankos, javelot; et par extension « homme libre », car disposant d’une arme. Et il est vrai que les Francs étaient à la fois de bons guerriers et qui aimaient les grands espaces.

Les origines exactes de ce peuple sont toujours discutées; les Romains ne commencent à en parler vraiment que lorsqu’il arrive sur leur frontière, le limes. Ce que l’on sait, par contre, c’est qu’il a occupé successivement plusieurs zones en Europe; notamment celle à laquelle on se réfère en général: la France, ou Francia Occidentalis. Et puis, plus tardivement, à partir du 6ème siècle la Franconie, ou Francia Orientalis, conquise par des chefs francs sur les Burgondes, auxquels ils finirent par s’assimiler sur place (oui, ce sont ces Burgondes, autre peuple germanique, qui, ont donné leur nom à la Bourgogne).

Et la différence de langue entre « eux » et « nous », me direz-vous? Elle s’explique par le fait que les Francs de l’Ouest (plus ou moins nos ancêtres, mélangés aux Gallo-Romains) sont rentrés dans l’orbite latine, tandis que les Francs de l’Est ont gardé leur héritage germanique. Je schématise, bien sûr.

Concrètement, cette France Orientale correspond à la région de Würzburg, au Nord Est de la Bavière actuelle.

26648« Franckenlandt », alias Francia Orientalis

Que serait la France, même orientale, sans vin?

Et bien sûr, ces frères francs, ces Français oubliés, en quelque sorte, produisent du vin. C’est d’ailleurs pour ça que je vous en parle.

La Franconie moderne représente un peu plus de 6.000 ha de vignes et abrite des crus réputés; et notamment le Stein, que les Anglais ont longtemps assimilé à tous les vins de la région. De la même façon que les vins du Rhin étaient affublés du nom de Hock (d’après le cru Hochheim).

Autre particularité: la Bocksbeutel, la bouteille régionale, assez renflée, qui aurait inspiré celle de Mateus dans les années 1940.

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Laissez moi vous lire les vignes de la Main!

Reste que Stein (pierre, en allemand) est un nom de cru. Le plus fameux étant le Würzburger Stein. A savoir, 85 ha de vignes aux pentes impressionnantes plantées principalement de riesling rhénan et de silvaner. Ce dernier cépage est un cépage historique de la région – là encore, on peut trouver un rapport avec la France, puisqu’on dit que c’est un abbé de l’ordre de Citeaux – un Bourguignon au sens large, donc – qui l’aurait implanté ici. C’était en 1659.

Bien adapté à la région, manifestement, il  y donne des vifs et fruités à la fois, et qui présentent souvent des note de pierre à fusil, un je ne sais quoi de jovial. Plus si affinités, notamment après uelues années de garde (il y a de très belles caves à Würzburg).

C’est peut-être pour ça que les vins de Franconie m’ont toujours semblé les plus joyeux des vins allemands, les plus faciles gastronomiques, aussi.  Et ce qui ne gâte rien, il s ne sont pas trop chers (en comparaison d’autres régions allemandes).

Quelques adresses pour terminer, histoire de vous laisser vérifier par vous-même…

 Juliusspital,

Weingut Am Stein,

Winzerkeller Iphofen,

Burgerspital Würzburg…

Hans Wirsching

Et vive la France… orientale!

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Hervé Lalau


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Le Douro, ce n’est pas que le Porto

Nous autres Français avons depuis belle lurette annexé le Porto – c’est un des rares vins étrangers (muté, certes, mais vin tout de même) que nous consommons en quantité – apparemment sans maux de ventre ni problèmes existentiels au niveau du vécu national, préférence, exception culturelle, etc… Même Arnaud Montebourg doit bien en boire de temps en temps.

Certes, ce sont généralement les qualités les plus basses que nous importons – le simple Ruby. Et pas les marques les plus prestigieuses.

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Les hauteurs du Douro (Photo © H. Lalau)

A l’inverse, des noms comme Taylor’s, Ramos Pintos ou Barros (sans parler de quintas comme Vargellas ou Infantado) restent peu connus et peu diffusés en France. Si vous les connaissez, c’est que vous avez soit un oncle portugais, soit une nanny anglaise ou que le virus vous a pris (mieux vaut celui du rabelo que celui de l’Ebola)  – bref, vous considérez  le Porto comme un vin plutôt que comme un petit apéro sympa, et je vous en félicite.

Car vous avez raison.

Par ailleurs, la région a connu ces 30 dernières années une grande mutation – j’ai choisi ce mot à dessein, vous pensez bien.

Nombreux sont les producteurs qui ce sont mis à produire du vin « sec », non muté, à savoir de la DOC Douro. Une diversification qui correspond à la fois à un changement de réglementation, au début des années 90 (la fin du monopole des Port Lodges et de l’interdiction d’embouteiller hors des chais de Vilanova de Gaia) et au bon sens paysan (ne pas mettre tous ses vins dans la même barrique, ou le même oeuf). Elle prolonge aussi une vieille tradition: bon nombre de grandes propriétés de Porto produisaient, et de manière fort ancienne, du vin pour leur consommation personnelle, une réserve familiale.

Quelques unes, comme Ferreira, en vendaient – c’était la fameuse Barca Velha (sans doute le vin portugais le plus réputé à l’époque); ou encore Champalimaud, avec son Quinta do Cotto. J’ai eu la chance d’en déguster à la fin des années 80. Je ne suis plus très sûr de l’appellation qui figurait sur l’étiquette, à l’époque. Je crois que la DOC Douro est venue après.

Aujourd’hui, le Douro a pleinement conscience du potentiel de ses vins secs. Les Douro Boys (Niepoort, Quinta do Vallado, Quinta Vale Meia, Quinta do Crasto – tiens, ils sont 5 aussi!) ont été les grands catalyseurs de ce mouvement. Mais il en est d’autres.

Quinta do Pessegueiro 2011

Premier arrêt, assez haut dans le cours du fleuve, voici la Quinta do Peissegueiro. Nous sommes entre Pinhão et Tua, mais de l’autre côté du fleuve, sur la rive Sud. Avec comme voisins quelques noms prestigieux comme Quinta do Noval, Quinta do Ventezelo, Quinta Nova…

Roger Zannier, le propriétaire, a fait fortune dans les vêtements pour enfants (Z, Catimini, etc…). En visitant des fournisseurs portugais, il est tombé amoureux du Douro. Il y a trente ans, il a acheté ce domaine – à l’époque, ça n’intéressait pas autant de monde qu’aujourd’hui. Pendant les 25 premières années, accaparé par ses affaires, il en a confié l’exploitation à la Quinta do Noval. Et puis, il y a quelques années, il s’y est vraiment investi personnellement; constituant une nouvelle équipe autour de Marc Monrose (directeur général) et de João Nicolau de Almeida (oenologue) digne rejeton d’une grande famille du Porto.

Au nez, ce 2011 présente énormément de fruit noir, légèrement compoté; et de jolies notes d’épice (romarin, sauge, thym, un vrai bouquet garni); en bouche, on admire la belle structure, mais surtout la finesse; quelques notes mentholées donnent à la finale fraîcheur et profondeur. Je pense à un pur sang dompté, certes, mais qui n’aurait rien perdu de sa fougue. Chapeau à João: c’est un sans faute.  Gros potentiel de garde, mais déjà très plaisant aujourd’hui. Saurons-nous résister à la tentation?

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 Quinta Da Foz Douro 2009

Deuxième arrêt, au  confluent du Fleuve d’Or et du rio Pinhao.  Cette quinta historique, ancienne propriété de la famille Cálem, est aujourd’hui dans les mains d’un groupe angolais. Elle compte 7 ha de vignes en forte pente. J’y ai séjourné dans les années 80. Et j’y ai dégusté le vin – je ne pense pas qu’il était commercialisé, à l’époque. Aussi, ce fut une belle surprise, la semaine dernière, de pouvoir goûter le millésime 2009, ce qui s’appelle à présente très officiellement  DOC  Douro.

Ne me demandez pas de comparer. Je n’ai plus mes notes de l’époque, si tant est que j’en ai prises. Et puis c’était le soir, et puis j’étais venu pour le Porto. D’ailleurs, je ne sais plus le millésime.

Quoi qu »il en soit, ce 2009 nous offre une explosion de framboise et de mûres. Ces fruits prennent le relais en bouche, sans aucun temps mort. Le boisé sous-tend l’édifice mais ne domine pas (malgré 18 mois passés en barriques de chêne français). Les tannins sont très soyeux, la puissance (15°, tout de même) se fait presque oublier sous l’élégance. Quelques notes d’eucalyptus en finale.

L’assemblage comprend Touriga Nacional, Touriga Franca et Tinta Roriz (alias Tempranillo). Trois des cépages le plus utilisés dans le Porto. Aussi ne s’étonnera-t-on pas de retrouver un petit air de famille.

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Quinta da Basília do Todão 2008 Old Vines Premium 

Troisième et dernier arrêt, encore un peu plus bas dans l’aire d’appellation. Les vieilles vignes de cette quinta longent, non pas le Douro, mais son affluent le Ceira. Elles sont plantées en terrasses sur sols de schistes, exposées à l’Est et au Sud. Pas très loin de la Quinta do Crasto, également à Gouvinhas, pour ceux qui dépassent non seulement la Porte d’Orléans, mais même, parfois, Cerbère…

Ce vin aséfuit par son joli fruité noir (cerise) et sa complexité en bouche. Rien d’étonnant : il assemble pas moins de 25 cépages (dont 30% de Touriga Nacional).

Juteux, fumé, un poil animal, le vin ne manque ni de vivacité, ni de puissance, ni de gouleyant. Le boisé (14 mois de barrique de 400 litres, bois français uniquement) est bien fondu dans le vin. La finale, sur la prune et la menthe, allie la fraîcheur et l’alcool. Fruité, il a pourtant aussi un je ne sais quoi d’austère, de réservé. Bref, je l’aime pour tout et son contraire, je l’aime tout court.

 

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Hervé Lalau 

 

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