Les 5 du Vin

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La Géorgie: réflexions sur le poids et le rôle des traditions

Les querelles entre pays voisins sur l’origine précise des premières vinifications volontaires ne m’intéressent que très peu. Qu’est-ce que cela peut faire que les premiers vins aient vu le jour dans des pays que nous appelons aujourd’hui Géorgie, ou Arménie, ou bien autre chose encore, puisque les frontières n’existaient pas à cette époque vieille de quelque 8.000 ans. Peu de choses en effet. Dans cet article je vais plutôt me préoccuper des certains aspects de ce que nous appelons «traditions viticoles», car celles-ci sont régulièrement évoquées en Géorgie, pays que je viens de visiter pour la troisième fois en 12 mois afin d’y dispenser des formations.

Si les Géorgiens font appel assez souvent au mot tradition, et en différentes circonstances, ce n’est pas uniquement parce que ce petit pays de 3,5 millions d’habitants est ancien, ni parce qu’il est cerné par des voisins surpuissants qui se sont révélés régulièrement dangereux pour l’intégrité de leurs frontières, de leurs pratiques mais aussi de leurs vies Il est frappant pour un visiteur de constater à quel point les traditions culturelles de la Géorgie, dans lesquelles il faut inclure l’univers viticole, sont restées au cœur de l’identité de ce pays. Des signes de fierté dans ces traditions sont exprimés fortement et visiblement par la population, et ce malgré (ou à cause) des ravages occasionnées par 200 ans d’occupation russe, dont quarante sous le régime soviétique.

On peut proposer différentes définitions du terme « tradition » en matière viticole, selon son point de vue. Une version cynique consisterait à dire que la somme des traditions est égale à la somme des erreurs du passé. Une version passéiste tenue par ceux qui veulent tourner le dos à la science, par exemple, proposerait plutôt que seule la tradition est vraie et que le diable est dans la modernité. Je proposerais plutôt une vision intermédiaire que je dois à Jean Cocteau en la paraphrasant un peu : « la tradition est une chose vivante et celui qui la regarde en se retournant risque de se voir transformé en statue de sel ». En tout état de cause je crois qu’il est nécessaire de comprendre des choses du passé pour appréhender le présent, puis tenter d’anticiper le futur. En revanche, passer son temps à regarder dans le rétroviseur rend inéluctable une rencontre avec un mur ou autre obstacle bien plus solide que vous. Les adeptes du « Bréxit » ou, en France, du Front National, feraient bien de méditer cela ! L’espoir que le bon sens peut prévaloir pourrait sembler vain quand on regarde les excès et les outrances de la vie moderne, mais j’ai tendance à m’y fier quand-même, préférant la posture résumé par un « yes, we can » à celle d’un « no future ».

Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos qvevris. Qu’est-ce que c’est ? Un qvevri est un récipient en terre cuite dans lequel on vinifie en Géorgie depuis probablement 8.000 ans. En France et ailleurs, on persiste à désigner ces vaisseaux sous le terme erroné d’amphore, car une amphore comporte deux anses de part et d’autre de son col allongé et servait, chez les Grecs et les Romains, à transporter puis à servir le vin (en gros, ce mot, utilisé aussi en latin, est dérivé du grec amphi = autour de, et phoros = porter : penser à « amphithéâtre » par exemple). Si on veut à tout prix utiliser un terme latin pour désigner ce qui fut, probablement, une invention de la région du Caucase, le mot dolia s’impose ! Cette méthode de vinification continue de nos jours en Géorgie et fait partie intégrale de l’image du vin géorgien, même si la proportion des vins géorgiens actuels qui sont vinifiés de cette manière est très faible : moins de 2% probablement, mais les estimations varient car beaucoup de ces vins sont destinés à une consommation domestique qui échappe aux statistiques.

L’importance des images et symboles, auxquels j’ajouterai l’imaginaire pur, est bien plus puissante dans le vin qu’un esprit rationnel peut l’admettre facilement. Il n’y a qu’évoquer la Géorgie auprès de quelques geeks du vin pour que la conversation s’oriente immédiatement et presqu’exclusivement aux vins faits dans ces qvevris. Peu importe qu’il soient ultra-minoritaires, et probablement très limités dans leur potentiel de vente dans des marchés hors de Géorgie ; ils possèdent une valeur symbolique très forte et tiennent une place dans le discours hors de toute proportion avec leur poids économique réel.

Mais mon propos n’est ni de les dénigrer, ni de les louer per se. Je veux juste les mettre à leur place et relater mes quelques expériences avec cette catégorie de vins qui se situe bien à part du reste, non seulement par sa rareté, mais à cause du profil gustatif qui est issu d’une technique d’une autre époque.

Expliquons d’abord le processus, pour les lecteurs qui ne le connaissent pas. Dans cette partie du monde, les récipients en terre cuite sont enterrés, qui n’est pas souvent les cas ailleurs. Cela a dû servir à l’origine à cacher cette ressource précieuse des intrus, mais la technique a aussi perduré car le fait d’entourer les qvevris de terre ou de sable permet de maintenir une température relativement fraîche et stable. La capacité de ces vaisseaux varie entre 800 et 3.200 litres. De nos jours, la question d’égrapper les raisins, totalement ou partiellement, se pose; mais historiquement on avait peu recours à cette technique, pas plus qu’à des outils de maîtrise des températures de fermentation par apport extérieur. Aujourd’hui, on peut introduire des drapeaux de froid dans les qvevris dont l’ouverture est large d’environ 50 centimètres. Ce qui est singulier, c’est la présence des peaux des raisins foulés aussi bien pour les vins blancs que pour les rouges. Le foulage se pratiquait traditionnellement dans des longs bacs qui furent creusés dans des troncs d’arbre. Certains chais actuels utilisent plutôt des bacs en acier inoxydable, plus faciles à nettoyer.

Quelques vins dégustés (sauf exception, tous chez leurs producteurs en Géorgie)

Je n’ai visité qu’une petite partie d’une unique région, la Kakhétie, qui se situe à l’est et qui est, de loin, le plus importante zone viticole du pays. Environ 70% des vins géorgiens en sont issus, dont tous les vins de qvevris mentionnés ci-dessous.

Alaverdi blanc, vin de monastère (dégusté récemment à la Cité du Vin à Bordeaux)

Fait au monastère éponyme fondée au 11ème siècle, voire plus tôt, et que j’ai visité sans y avoir pu déguster un vin. Robe intense, de couleur jaune paille aux reflets verts. On est loin du syndrome des vins « orange » : terme utilisé parfois abusivement pour décrire la catégorie, car nul besoin de laisser s’oxyder moûts ou vins dans le processus.

Parfaitement sec et assez tannique pour un blanc, ce qui donne une impression d’ultra-sècheresse. Ce n’est pas très aromatique : je pense que le tannins et la mode de vinification ont tendance à « bloquer » les arômes de ce type de vin. L’équilibre est bonne, même si on peut être surpris par la sensation de dureté au palais dans un vin blanc lorsqu’on n’a pas l’habitude. Pas d’impression d’acidité volatile comme dans certains.

Schuchmann Winery

Propriété depuis 2006 d’un investisseur allemand tombé amoureux du pays et qui a reconstruit les bâtiments avec goût, en y intégrant un hôtel, un spa et un restaurant. Le domaine annonce 120 hectares de vignes mais il y a aussi, comme très souvent, des achats de raisins  en complément. 12 cépages ont été plantés, dont 8 sont géorgiens. Seules quelques variétés locales sont utilisés pour leurs vins de qvevri

Ici les raisins sont égrappés et passent environ 15 jours avec leurs peaux en qvevri puis sont transférés par pompe dans un autre qvevri qui est scellé hermétiquement (plaque en lauze, avec l’étanchéité assurée par un joint en argile) pendant six mois environ. On recouvre ensuite cette plaque par quelques centimètres de sable propre que l’on peut humecter pour aider dans le maintien de la température par exemple. Après l’ouverture, et si tout va bien (il y a parfois de mauvaises surprises !), le vin est transféré dans des barriques anciennes pendant 6 à 12 mois. Un vieillissement supplémentaire en bouteilles (6 à 12 mois de nouveau) est imposé avant la vente. L’ensemble du processus prend donc entre 18 et 30 mois. La marque Vinoterra est utilisée pour leurs vins faits en qvervri.

Vinoterra, cépage Mtsvane (blanc) 2014

La phase de macération en qvevris a duré 6 mois, puis 6 mois en barriques anciennes et 2 ans en bouteille.

La robe est orange, brillante et intense.  Le vin ne m’a pas semblé totalement sec. L’acidité est moyenne, mais l’impression est augmentée par une bonne dose de volatile. Un goût un peu chimique à cause de cela.

Vinoterra, cépage Kisi (blanc) 2014

Cette variété est assez rare (on m’a annoncé environ 50 hectares plantés dans le pays), mais les vins qui en sont issus (vinification en qvevri ou moderne) m’ont souvent bien plu. Le vin a passé 3 ans en bouteille après son cycle qvevri puis barrique.

Encore une robe d’un orange intense. Une impression de volatilité encore dans l’acidité, mais une texture bien plus raffinée que pour le vin précédent. Tannins et une touche d’amertume en finale. La meilleur des trois dégusté à ce domaine.

Vinoterra, cépage Saperavi (rouge) 2014

La Saperavi est le grand cépage rouge de la Kakhétie, que l’on trouve aussi ailleurs en Géorgie – et qu’on commence à planter ailleurs, comme en Australie.  Il a un peu le profil d’un Cabernet Sauvignon, avec encore plus de couleur, car le jus n’est pas blanc. Ce vin a passé 6 mois en qvevri, puis 12 moins en barrique, puis du temps que j’ignore en bouteille.

Le nez est étrange, avec des notes de levure qui dominent le fruit. Il y a du fruit noir au fond, mais aussi une impression de faible maturité et même de champignon (géosmine ?) avec des notes moisies. Un peu de sucre résiduel n’arrive pas à masquer une amertume prononcée. Franchement pas bon du tout !

Schumi Winery

Un domaine de 60 hectares qui existe depuis 15 ans. L’apparence est un peu vieillotte, avec un hangar en tôle qui abrite bureaux et lieu de production et des bâtiments épars en cours de réfection. Une collection ampélographique devant les bâtiments réunit 400 variétés de vignes, dont 300 géorgiens, et une misée d’objets, essentiellement céramiques, démontre la culture très ancienne (largement avant JC et tout cas) du vin dans la région. J’y ai dégusté deux vins issus de qvevris.

Kisi 2015

Robe d’un or pâle, ce qui prouve encore que le vin de qvevri n’est pas nécessairement orange. Cette fois-ci le nez est assez aromatique et aussi floral que fruité, ce qui mets à mal mon hypothèse précédente à ce propos ! En bouche c’est très sec, aux saveurs complexes de raisins secs et de fruits exotiques. la matière est fine et les tannins légers. Bonne longueur. De loin le meilleur vin de qvervri dégusté à présent.

Mukuzani 2013

Mukuzani est une appellation de la région de Kakheti qui emploi le cépage Saperavi.

Robe rubis intense. Le nez, d’intensité moyenne, m’a rappelé le jambon fumé. C’est assez fruité en bouche mais aussi très tannique. Les tannins dominent la fin de bouche. Rustique.

Un des chanteurs déguste le Kisi 2016 après l’ouverture du qvevri

GWS winery

Un des plus grands producteurs de la région et même du pays, mais dont les vins sont, depuis quelques années, sur une pente qualitative nettement ascendante sous le direction d’un français, Philippe Lespy.  Certains qui sortent en ce moment sur le marché sous leurs différentes marques font partie des meilleurs vins que j’ai dégusté en Georgie. Le même propriétaire possède aussi le Château Mukhrani, pas très loin de Tbilisi. GWS possède quelques 400 hectares de vignes en Kakheti (qui sont tous cultivées !) et vend sa production sous plusieurs marques : Old Tbilissi (entrées de gamme) Tamada (milieu de gamme) et une marque récente et plus moderne, Vismino.

Les vins de qvevris que j’ai dégusté ici sont en cours d’élevage donc je ne peux donner que les origines (cépage/parcelle/ appellation etc.) car ils ne sont pas encore en bouteille. Tous sont issus du millésime 2015 et dégustés en phase d’élevage, plus un blanc sorti du qvevri sous mes yeux et donc du millésime 2016. Ces vins passent, ou passeront, 5 à 6 moins en qvevris, puis 12 mois dans des barriques de plusieurs vins.

Saperavi, Tavkveri 2015

Arômes de violette, très parfumé. Encore un peu âpre à ce stade mais on décèle de la finesse dans les beaux tannins. Belle longueur et jolies amertumes.

Saperavi, Maghrani 2015

Cet autre lieu-dit est singulier car il comporte un lot de cépage rouge inséré dans un bloc essentiellement planté de blanc. Autrefois, pour un vin « traditionnel » tous aurait été vendange ensemble. Ici les rouges ont été séparés. Vin très intéressant par sa finesse, son joli fruité et sa longueur. On finit sur des notes amères qui semblent assez typique dans ce style de vinification.

Saperavi, Akura 2015

Nez intense et complexe autour de baies noires, d’épices et une touche de verdeur qui relève l’ensemble.

Kisi 2016 (blanc)

Ce qvevri était ouvert devant moi, avec une cérémonie de toute beauté rendu très spéciale grâce aux chants polyphoniques.

Peu d’arômes au début : il fallait beaucoup l’aérer pour le libérer se son prison enterre cuite et ce milieu réducteur. je comprends la nécessité de mettre ces vins en milieu oxydatif pendant un bout de temps avant la mise en bouteille. Ferme, avec une texture tannique et une acidité raisonnable. Des arômes mi-tendres commencent à s’apercevoir à l’aération (fruits blancs et estragon). Sa structure lui a permis de tenir tête à un chevreau rôti (je dirais plutôt cramé, car les géorgiens aiment leur viande très cuite !)

Un feu de hêtre réchauffe les corps dans le Marani (le bâtiment qui abrite les qvervris) chez GWS, tandis que les chants traditionnels réchauffent les coeurs

Conclusion

Je ne peux pas conclure cet article sans parler de la beauté exceptionnelle d’une autre tradition de ce pays : le chant polyphonique. On trouve cela aussi en France, au Pays Basque ou en Corse bien entendu. Les chanteurs géorgiens que j’ai eu le privilège d’entendre sont largement à la hauteur de tout ce que j’ai pu entendre de ces deux autres exemples de chant avec lesquels il partagent bien des choses : un mélange du sacré et du profane, des voix essentiellement masculines, un sens du cérémonial, et, surtout, la capacité de m’émouvoir aux larmes par la beauté des sons et des harmonies.

En ce qui concerne la tradition et le vin, je ne crois pas en la tradition per se. Autrement dit, il ne sert à rien de dire que c’est une pratique « traditionnelle » (ce qui, en général, ne veut rien dire de précis, d’ailleurs) sans démontrer que le résultat est non seulement singulier et intéressant, mais qu’il peut apporter du plaisir au consommateur. Les vins issus de qvevris sont comme tous les autres, dans le sens ou il y a des bons et des pas bons. Il ne faut pas qu’ils deviennent une sorte de fantasme fétichiste, bons pour bobos ou hipsters. Un mélange de techniques traditionnelles et modernes leur est clairement bénéfique. J’ai dégusté, dans un restaurant, un vin blanc de qvevri que l’on pourrait qualifier de « très traditionnel » mais assez ignoble, transporté dans un bidon en plastique et qui était servi pour une fête dans la salle voisine. C’est un exemple typique du vin que tout un chacun fait à la campagne en Géorgie avec son vignoble qui, d’après ce que j’ai vu, est souvent très mal entretenu. Pas buvable en tout cas !

Les vins de qvevris, comme les chants polyphoniques, sont une sorte de trésor national qu’il convient non seulement de conserver, mais aussi de faire évoluer. La Géorgie est un beau pays mais que j’aimerais voir un peu mieux respecté sur le plan de son environnement par certains de ces citoyens.

Les vins géorgiens prennent ce chemin du respect et de la modernisation, doucement et sûrement, et ils auront un avenir dans des marchés internationaux en dehors des pays de l’ancien bloc soviétique s’ils sont bien menés, individuellement et collectivement.

David

 

PS. Je n’ai pas encore le résultat du match de rugby qui opposait la Géorgie à la Russie dimanche à Tbilisi, mais on peut prévoir un score important en faveur de la Géorgie, fierté nationale oblige. Good game !


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Rivesaltes 1959, une année féconde

Quand on déguste un vin d’un âge certain, on a envie de se retrouver un peu dans l’ambiance de l’époque, de se faire un flashback, de connaître les évènements marquants et moins importants qui se sont déroulés cette année-là. Mais dégustons tout d’abord ce

Rivesaltes 1959 grande réserve de Dom Brial

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Sa couleur ambre fumé donne envie d’y plonger le nez. Ce dernier doit patienter un peu, le temps que le vin se réveille après autant d’années passées à attendre qu’on veuille bien le déguster. Il lui faut se préparer, se remémorer ses parfums et ses arômes, se secouer un peu pour remettre sa structure en place, puis sans remuer le verre on peut enfin le humer. Et on n’est pas déçu ! On croit sentir du caramel un rien brûlé par l’iode et le sel, il y en a certes, mais ne serait-ce pas plutôt de la pâte de coin teintée réglisse et de poivre de Sichuan ou encore du marc assombri de quelques gouttes de sauce soja, … De toute façon, il y a tout et encore plus, le nez évolutif nous livre à chaque respiration une note supplémentaire. Mais le pied, c’est en bouche. Les papilles s’attendent à une onctuosité sucrée, c’est l’acidité qui débarque en force, rafraîchissant d’une larme tout l’espace buccal, le léger piquant d’un piment renforce encore la vivacité, comme l’amertume au goût de quinquina. Curieux aussi, l’impression tannique qui donne une trame presque ligneuse au vin doux. Le biscuit nappé de confiture d’abricot aux pépites de citron vert, l’écorce d’orange confite, l’algue sèche, le bâton de réglisse, le poivre noir, le moka, le sel, le curcuma, … on pourrait continuer indéfiniment tellement ce vin qui en a vu naître bon nombre d’entre vous possède encore du répondant. Voilà un bien jeune papy, bien gaillard, ça fait plaisir à boire.

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Les parcelles occupent le versant sud du massif des Corbières au sol calcaire à matrice argileuse. L’assemblage comprend du Macabeu, du Grenache blanc et gris. Le mutage se fait après fermentation. L’élevage se fait en foudre pendant 50 ans en milieu oxydatif naturel. Il est encore en vente au prix de 99€.

www.dom-brial.com

Quels évènements ont accompagné la naissance de cet agréable ambré ?

Il y en a un paquet et par conséquent, bien plus que ceux cité ci-dessous. Pour ceux qui avaient déjà l’âge de comprendre ou plus, voici quelques évènements pour rafraîchir les mémoires. Pour ceux nés après, quelques noms leur évoqueront certes quelque chose, le reste rien…

1959

Fidèle prend le pouvoir à cuba, le Dalaï Lama se barre su Tibet, le général de Gaulle est proclamé président de la république qui proclamera dans la foulée l’autodétermination de l’Algérie

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Plus marrant, nés cette année-là, il y a Victoria Abril, de Patrick Bruel, de Vincent Lindon et d’autres…

Moins marrant, les décès, Boris Vian, Errol Flynn, de Buddy Holly et Gérard Philippe et les 423 victimes dues au barrage de Fréjus qui a cédé

Pour se distraire, on allait bien plus au cinéma pour voir La Mort au trousse, Certains l’aime chaud, Rio Bravo avec l’inébranlable John Wayne, Les Quatre cents coups

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Et puis on lisait de la BD grâce à la parution du premier numéro de Pilote et la naissance d’Astérix le fieffé Gaulois. Blake et Mortimer nous offre leur huitième album S.O.S. Météore

Lancement par les Soviétiques de la première sonde spatiale Luna 1 qui nous envoie les premières photos de la face cachée de la lune. Tandis que les Américains envient 2 singes dans l’espace.

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Côté « princesse » le prince Albert qui deviendra le roi Albert II épouse la Paola et le Shah d’Iran (si on s’en souvient) épouse Farah Diba, Hawaï devient le 50è état américain, la mini envahit les rues de Londres avant d’envahir le monde.

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Voilà une bribe de ce qui s’est passé en 1959

 

Allez ciao

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Marco

 


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Vins mutés (ou pas) (3): L’autre trésor des Templiers

Le Moyen-Age n’est pas une époque aussi sombre qu’on le croit: j’en veux pour preuve qu’on y organisait déjà un concours mondial des vins !

Malheureusement, les témoignages sont presque aussi rares que les bouteilles qui nous sont parvenues; pour nous faire une idée, il nous faut nous contenter d’un poème, celui d’Henri d’Andeli: La Bataille des Vins.

Je sais bien que certains commentaires de vins, encore aujourd’hui, tiennent au moins autant de la poésie que de l’argumentation sérieuse, mais avec le brave Henri, c’est assumé: pour lui, la rime était plus importante que les descripteurs aromatiques.

Si je vous parle aujourd’hui de ce texte, c’est qu’on y trouve mention du vin qui fait l’objet de ma chronique d’aujourd’hui, dans le cadre de notre semaine « vins mutés ».  Ou « vinés ». Ou simplement passerillés, à l’occasion. J’ai nommé le Commandaria, alias vin de Chypre.

Plus fort encore, ce vin, opposé aux meilleurs crus de France, d’Espagne et de Moselle, ne se contente pas de faire de la figuration: c’est lui qui gagne le titre de meilleur vin de la dégustation.

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Deux amateurs de Commandaria, Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion, se rencontrent sur la route de Chypre (photo d’archives)

Selon le poète, c’est à Philippe Auguste qu’il revient d’être l’arbitre des élégances vineuses (un peu comme si, de nos jours, notre ami Marc montait sur le trône de Belgique) ; et voici ce que d’Andeli nous dit :

«Li rois les bons vins corona

Et a chascun son non dona :

Vin de Cypre fist apostoile

Qui resplendist comme une estoile».

 

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Vous avez dit « Templiers »? Vu à Vienne (Isère), ville chargée d’histoire, la semaine dernière

(Photo (c) H. Lalau 2016)

Chypre ou Soissons?

Les historiens doutent que cette dégustation ait jamais eu lieu. Et moi, je doute qu’il y ait plus d’intérêt aujourd’hui à comparer un sauvignon sud-africain, un riesling alsacien et un albariño espagnol, qu’il y en avait à l’époque à comparer un Commandaria avec un vin de Soissons, de Saint Pourçain ou d’Argenteuil.

Ce qui est incontestable, par contre, c’est que Chypre, d’abord sous la coupe de princes francs, puis sous celle de Venise, a exporté de grandes quantités de ce vin; on en trouve mention en France et en Angleterre dès le 12ème siècle.

C’est sous la troisième croisade, semble-t-il, que le Commandaria acquiert ses lettres de noblesse; c’est alors que le roi anglais Richard Cœur de Lion, qui en avait fait servir lors de son mariage sur l’île, l’aurait affublé du surnom de «Roi des vins, vin des Rois». On peut supposer que le poème d’Henri d’Andeli, composé une vingtaine d’années après, n’a fait qu’entériner cette flatteuse réputation. Notons cependant que la même expression de Roi des Vins sera reprise plus tard pour le Tokay, ce qui ne prouve absolument rien, si ce n’est que les rois ont souvent eu le bec sucré.

Mais examinons donc de plus près ce phénomène chypriote.

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Le château de Kolossi (photo Choose your Cyprus)

Les vins de la Commanderie

Le Commandaria doit son nom aux Chevaliers du Temple, qui, à partir de la fin du 12ème siècle, avaient organisée l’île de Chypre en commanderies. Plus spécifiquement, il se réfère au Mont Troodos, une zone montagneuse au Nord de Limassol, que les chevaliers avaient conservée après avoir vendu le reste de l’île à Guy de Lusignan, roi déchu de Jérusalem. Ce sont les chevaliers eux-mêmes, lorsqu’ils commencent à vendre les vins produits dans cette enclave, qui leur donnent le nom de « vins de la Commanderie ».

Ceci en fait la plus ancienne dénomination de vin encore en usage de nos jours.

A noter que même sous la domination ottomane (de 1571 à 1878), les Chypriotes ont continué à produire du vin, malgré de fortes taxes. De telle sorte qu’après la libération de l’île par les Britanniques, le Commandaria a pu retrouver un certain engouement dans la bourgeoisie européenne – entre deux madeleines, Marcel Proust en était friand, paraît-il.

Depuis 2004, Commandaria est une appellation d’origine au sens européen du terme ; celle-ci reprend l’aire de production délimitée en 1993, qui englobe 14 villages, sur le versant Sud-Est du Troodos, Les vignobles, qui couvrent environ 2000 hectares, s’étagent entre 500 et 900 mètres d’altitude, sur des sols volcaniques, plutôt sableux, ou calcaires. Les vignes sont presque tous francs de pied. L’irrigation est interdite.

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La route du Commandaria, au Nord de Limassol  (photo Choose your Cyprus)

Les cépages utilisés sont au nombre de deux ; le Xynisteri, alias Hebron (un cépage blanc) et le Mavro, alias Kypreiko (un cépage rouge).

Muté… ou pas

Traditionnellement, le Commandaria n’était pas muté à l’alcool ; jusqu’au 19ème siècle, il semble qu’on se contente de laisser les raisins mûrir au soleil – le plus souvent, ceux-ci, une fois cueillis (pas forcément en surmaturité), sont laissés à sécher sur les toits des maisons. Un voyageur anglais de la fin du 19ème siècle, Samuel Baker, attribue cette habitude à la crainte qu’ont les vignerons de l’île de se faire voler les grappes s’ils les laissent sur les vignes.

Aujourd’hui, les deux systèmes cohabitent : muté ou non muté.

Selon la législation en vigueur, pour entrer dans la composition du Commandaria, les raisins de Xynisteri, doivent avoir atteint 212 g/litre de sucre, et ceux de Mavro, 258 g/litre au moment de la récolte. Ils sont ensuite laissés à sécher au soleil, généralement sur un lit de paille, entre 7 et 10 jours, pour atteindre de 390 à 450 g de sucre par litre.

Une fois pressés, les raisins sont mis à fermenter. Selon les cas, une fois les 10 degrés naturels dépassés, le producteur choisit (ou non) d’accroître le degré par l’ajout d’alcool, sous réserve que le résultat final n’excède pas les 20°.

La législation exige un vieillissement de deux ans minimum. Les Commandarias sont soit issus d’un seul millésime, soit du système de la manna (une sorte de solera, mais où au lieu d’utiliser plusieurs couches de petits fûts, on préfère remplir et vider chaque fût à raison d’un tiers à chaque fois). A noter que si les raisins proviennent bien des coteaux ensoleillés des flancs du Troodos, la plupart des vins sont élevés à Limassol, par un petit nombre d’opérateurs, négociants ou coopératives (un peu comme à Madère, la plupart des élaborateurs se trouvent à Funchal). Sans doute pour faciliter les expéditions.

Pour être complet: les Chypriotes, dont l’île été britannique pendant un peu plus d’un siècle (jusqu’en 1964) élaborent également un type de vin apte à étancher la soif de la Navy, et plus si affinités: du sherry (qui ne peut plus porter ce nom depuis que Chypre a rejoint l’Union européenne). Rien à voir avec le Commandaria – on parle maintenant de Cyprus Fino. Pour ceux que cela intéresse, voici un lien vers l’article que j’ai consacré à ce type de produit, ici même, il y a trois ans.

Mais revenons à notre Commandaria.Pour illustrer mon propos, j’ai choisi celui que j’ai dans ma cave et qui, par chance, est importé en France et en Suisse (par Lavinia). Vous n’y trouverez peut-être pas ce millésime, bien sûr, mais d’expérience, la qualité est assez régulière d’une année sur l’autre, au sein d’une même gamme.

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Photo (c) H. Lalau 1016

Etko Saint Nicholas Commandaria Sweet Wine Vintage 2000

La robe très sombre, aux reflets marrons, évoque le café. Un café que l’on retrouve au nez, mêlé de raisins secs, de noix et de poire tapée. En bouche, on part sur le caramel, le pain d’épice, la mandarine confite et l’abricot sec. La sucrosité est très importante, mais il reste assez d’acidité pour que se crée l’équilibre; ce n’est peut-être pas le plus aérien des VDN, mais quelle puissance ! Une belle finale fumée vient parachever la bouche. Si vous aimez les notes de torréfaction, ce vin vous plaira.

Pour ce vin assez rare dans nos contrées, la référence qui vient le plus facilement à l’esprit est le Madère, version Malmsey.

Ce Commandaria a bel et bien été muté, mais il ne titre que 15° d’alcool. Il est produit par la maison ETKO, un des plus vieux domaines viticoles de Chypre.

A servir frais, mais pas glacé (aux alentours de 8°), pour profiter des arômes sans que le vin soit dominé par l’alcool.

A noter que la maison ETKO (alias Olympus Wineries Ltd) propose également un Commandaria d’élevage extra long (« many years », dit la fiche technique) – le Centurion. Mais elle est aussi beaucoup plus chère.

Hervé Lalauunknown


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Islay distilleries rain OK

IMG_5337Caol Ila by the shore

Having spent a very long week on Islay it is now all too apparent why there are so many distilleries on the island. During our seven days it rained every day and this included at least 60 hours continuously. It is no surprise that Islay has over 400 days of rain annually – an astounding stat …. Also for at least 50% of our time on this watery destination it blew a gale.

All in all a profoundly depressing holiday week.

If it is depressing to spend a week in the rain can you imagine what it must be like to live on the island full time….

It is all too obvious that Islay’s appalling wet climate has long driven its inhabitants to strong drink. Hence the startling number of distilleries on Islay far more than the island’s population and land mass would imply.

There are now eight distilleries on Islay. This represents 7.5% of the whisky distilleries in Scotland. There are 106, apparently, currently in operation. According to the 2011 census the population of Islay is 3228 – just 0.06% of Scotland’s population of  5.3 million people. Equally the proportion of Islay’s land mass is just a small fraction of Scotland as a whole – 620.6 square kilometres against 80,077 square kilometres, so just 0.77%.

Of course the propensity for rain also provides a wonderfully plentiful supply of water for making whisky.

The number of distilleries on Islay may also provide a indication of climate change. Although eight would appear to be plenty to satisfy a population of 3228, there used to be many more distilleries on the island. An article on Islay’s « lost » Whisky Distilleries lists 13 that are now closed. In contrast only one new distillery – the Kilochoman Farm Distillery  – has opened in the last 124 years. It was founded in 2005. Thus it may be possible that Islay’s climate during the 19th century was even worse then than it is now. This improvement could have contributed to the demise of the 13 as the population gradually needed fewer drams survive the local climate.

IMG_5385Nigel talking about maturation – Caol Ila

Following my post last week – Islay partially distilled – Hervé asked about the role of terroir in whisky. I am an occasional consumer of whisky, mainly single malts, and make no claim to whisky expertise. We did just one distillery visit – Caol Ila, part of the Diageo group. Nigel, our Tour guide, did a good job pitching the Tour at a level that worked for those for whom this was a first distillery tour as well as those who had already been around a number of distilleries.

The basic Caol Ila tour is good value – £6 per person and you get to take away a whisky tasting glass, which retails at the distillery shop for £5 plus one malt from a choice of three to taste.

IMG_5188Lines of cut peats, Islay

Bearing in mind Hervé’s question last Tuesday about the role of terroir in whisky (Islay partially distilled) I was very interested when Nigel explained that due to the limitations of space here that much of the whisky produced at Caol Ila is shipped to mainland Scotland for maturation in a warehouse at Stirling. This would appear to rule out any substantial influence on the whisky’s flavour from the distillery’s very close proximity to the sea during its maturation.

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A maltings floor @Kilchoman

However, even though Caol Ila is a much more gently flavoured whisky, its shares the family Islay characteristics – salty, iodine, sea weed etc. – but far less in your face than a malt like Laphroaig. If a significant proportion of most of the Islay malts are aged on mainland Scotland, then, leaving aside the choice of cask, I assume that the flavour is set by choices and decisions made during the malting, fermentation and distillation processes along with the choice of water, barley with the use (or not) of peat during the malting as well as the shape of the stills playing a part.

If site doesn’t play a role, assuming a broadly similar climate, in cask maturation, I wonder whether it would be possible to reproduce the flavours of Islay malts miles away from this sodden island?

 

IMG_5388

NouveauOs


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Chardonnay week (3): Shabo bas !

Dans la famille Chardonnay, je demande l’Ukrainien. A moins que ce ne soit le Moldave? Ou le Suisse?

D’abord, un peu de géographie. Nous sommes au bord de la Mer Noire, non loin d’Odessa. En Ukraine, donc… Mais déjà s’imposent quelques références historiques. C’est qu’il en a vu passer, des peuples, ce petit bout d’Europe ! Tour à tour moldave, roumain, turc, russe, moldave et roumain à nouveau, puis soviétique, il échoit à l’Ukraine à la fin du communisme.

Principati1786A l’embouchure du Dniestr, sur la Mer Noire (carte italienne du 18ème siècle)

Du Léman au Liman

Mais entretemps, le vignoble a été développé par… des Suisses !

Par quel hasard? Dites plutôt par quel Tsar ! C’est en effet Alexandre 1er, dont le précepteur était vaudois, qui fait venir dans la région des familles de Vevey. Nous sommes en 1822.

Nos dignes Suisses quittent donc le Léman pour le Liman – c’est le nom de la région marécageuse qui borde l’embouchure du Dniestr. Par oukase impérial spécial, ils reçoivent des terres près de la ville d’Akkerman (aujourd’hui Bilhorod) et y développent la vigne; il semble que même sous la domination turque, les locaux aient toujours peu ou prou continué à produire du raisin, du moût cuit, et plus discrètement, du vin et de l’alcool.

DnisterLiman1927Shabo/Saba en 1927, encore sous la domination roumaine

La région, avec son climat continental modéré par la proximité de la Mer Noire, se prête bien à la viticulture. Mais les Robinsons suisses de Bessarabie (c’est un des noms de la contrée) apportent un savoir-faire inconnu dans la région. Le fils du fondateur de la colonie, Charles Tardent, écrira même un traité de viticulture, qui connaîtra un grand succès en Russie.

Malgré la menace du voisin ottoman, l’insécurité, et même la peste, les Suisses font souche; il faudra deux guerres mondiales pour mettre fin à l’aventure: en 1940, la plupart sont expulsés par l’Armée rouge; ceux qui restent sont déportés en 1944.

Ne subsistent que quelques carnotzets – les petites maisons où l’on donnait à goûter le vin, dans la plus pure tradition suisse.

L’aventure a continué, cependant, cahin-caha ; d’abord de manière collective, ou plutôt collectiviste, sous le régime soviétique. Beaucoup a été perdu.

Shabo

Shabo, Shabonnay

Il devait être écrit quelque part que ce terroir serait sauvé par des étrangers; en 2003, l’essentiel du vignoble (1.200 ha) est racheté par une famille géorgienne, les Ioukouridzé. De gros investissements sont consentis (près de 100 millions d’euros!); les vignes sont progressivement remises à niveau, ainsi que les installations techniques; un musée du vin voit même le jour à Shabo.

L’entreprise vend l’essentiel de ses vins en Ukraine même (à elle seule, l’entreprise représenterait plus du quart de la production du pays !), mais depuis quelques années, elle exporte vers les pays baltes, les Etats-Unis, la Chine, et depuis quelques mois, en Belgique. Alain Pardoms, l’acheteur vins de Delhaize, a flashé sur les vins de Shabo, et en propose deux cuvées.

J’ai particulièrement apprécié celle de blanc. La cuvée Réserve 2014. Non, ce n’est pas du Chasselas, comme en Vaud; ni même du Melon (le Shabo Melon!); mais du Chardonnay. Un Chardonnay qui ne se cache pas – les notes variétales abondent, à commencer par la pomme, l’acacia et quelques touches de miel ; mais c’est son équilibre en bouche qui séduit: la vivacité du cépage et la rondeur d’un élevage soigné.

Il est vrai que c’est Stéphane Derenoncourt qui conseille la maison.

Je ne sais pas si le monde à vraiment «besoin» d’un Chardonnay ukrainien. Mais toujours est-il que celui-ci est bon.

On dira ce qu’on veut des cépages internationaux et leur développement à tout crin, qui met en danger la diversité ampélographique; mais commercialement, ils ont leurs avantages; notamment celui d’inspirer confiance, de susciter plus facilement le premier achat; le consommateur un tant soit peu aventurier veut bien se payer le frisson de la découverte de terroirs méconnus, mais rarement avec des cépages totalement inconnus. C’est ainsi que le Bulgares, dans les années 1980, ont bâti leur succès à l’exportation sur le Chardonnay, le Merlot et le Cabernet, et non sur le Melnik ou le Mavrud local.

Il est de bon ton, aujourd’hui, de vanter les cépages oubliés (alors que c’était totalement ringard jusque dans les années 2000); en attendant que le phénomène dépasse les sphères d’initiés (ce que je souhaite), il faut vendre, et les cépages des Frantsouskii peuvent y aider.

Hervé Lalau


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Vino e musica

Fin juin, deux professeurs de musique, Marie Haag (violon)Thomas Deprez (flûte) et moi-même organisions un concert mariant musique baroque et vins d’Italie.

Les grands compositeurs racontent dans leur musique un peu de leur origine, de la société dans laquelle ils vivent, tout comme un bon vigneron transmute le sol, le climat dans son vin. En agriculture, on appelle ça le terroir; ce mot évoque d’abord un milieu physique et pourtant, il ne faut pas oublier l’élément humain; comme c’est le travail du vigneron qui permet d’exprimer les qualités du cru, c’est la personnalité, la sensibilité du musicien qui exprime, qui sublime l’air du temps dans la musique.

L’histoire fourmille d’anecdotes à propos du vin et de la musique; Beethoven avait sa guinguette attitrée à Heiligenstadt, près de Vienne; Wagner a composé un opéra chez M. Chandon, élaborateur de Champagne et organiste amateur. Les bulles de son vin ont d’ailleurs accompagné les succès et les échecs de Wagner tout au long de sa carrière; que ce soit pour fêter le succès ou pour faire passer le goût de l’échec.

Mais venons en programme de l’événement, qui tournait autour du baroque italien.

Quelques mots d’abord sur la méthode pour assortir vins et musique. Il n’y a pas qu’une seule façon de faire; on peut se baser sur l’histoire des musiciens, ou sur le morceau lui même; cette-fois, nous avions choisi de faire les deux. Les musiciens sont italiens; nous nous sommes demandés ce qu’ils auraient pu boire; mais aussi, quels vins pourraient faire écho aux sentiments évoqués par leur musique.

La construction peut sembler un peu artificielle, mais elle ne l’est pas tant que ça; d’ailleurs, bon nombre de mots courants dans le vocabulaire musical sont également utilisés dans  les commentaires de vins – vivacité, richesse, structure, harmonie, force, longueur… Notre but, très modeste, était donc de créer une expérience globale où le vin vienne s’appuyer sur la musique.

1742-Italy

Le patchwork de l’Italie du 18ème siècle

Notons qu’au  18ème siècle, époque de création des œuvres qui vont être jouées aujourd’hui, l’Italie telle que nous la connaissons n’existe pas encore; elle est constituée de nombreuses principautés, duchés, républiques et il faut un passeport pour passer de Venise à Rome et de Rome à Naples ou à Florence. Grosso modo, le Sud est espagnol, le Nord est autrichien et le centre est au Pape. Des alliances se nouent et se défont, les puissances étrangères pèsent sur les relations entre les différents Etats, influencent le mode de vie, la culture. C’est dans ce monde compliqué et passablement agité que sont nés les trois musiciens dont les œuvres ont été jouées: Bonporti, Vivaldi et Corelli.

Un amateur éclairé

Le premier musicien que nous avons entendu, Bonporti, est originaire de Trente, ville d’expression italienne, mais qui appartenait à l’époque à l’Evêché du Tyrol, et plus largement, à l’Empire Romain Germanique. Bonporti fera d’ailleurs une partie de ses études à Innsbruck.

Son occupation principale étant la prêtrise, il se considérait lui-même comme un compositeur amateur. Amateur éclairé, alors!

Bonporti

J’ai choisi de lui associer un des vins les plus en vogue de sa région d’origine, le Prosecco. Mais pas n’importe lequel : un DOCG Asolo – une des deux sous-zones du Prosecco Superiore.

Avant d’être une dénomination, Asolo est d’abord un charmant village de la province de Trévise, qui fait partie de l’association des plus beaux villages d’Italie. Le lieu est réputé depuis des siècles pour la finesse de ses dentelles.

Des dentelles que l’on retrouve dans la musique de Bonporti, à la fois aérienne et pleine d’esprit.

asolo

Et l’Asolo que nous vous proposons de déguster est lui aussi tout en dentelles ; il présente de jolies notes de pommes et de fleurs blanches. Il ne titre que 11° d’alcool, mais n’a rien de fuyant en bouche.

La zone viticole de collines argileuses dont il est issu est protégée des vents du Nord par les Préalpes de Trévise.

Anna Perenna n’est pas le nom de la productrice du vin, mais celui d’un ancien personnage de l’Antiquité – la sœur de la Reine Didon de Carthage. Il est produit par la maison Sartori, de Vérone, à partir du cépage Glera, anciennement appelé Prosecco. Ce n’est pas une méthode champenoise, mais une méthode Charmat, alias cuve close.

Importateur: Delhaize. Prix : 9,49 euros.

 

Les quatre saisons d’Antinori

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Beaucoup plus connu, le second musicien, Vivaldi, est né et a passé le plus clair de sa vie à Venise, où il fut ordonné prêtre, lui aussi.

Mais nous avons choisi de l’associer à une autre grande cité italienne: Florence. Et ce, pour plusieurs raisons; d’une part, Vivaldi a dédié une de ses oeuvres majeures, l’Estro Armonico, au Grand Duc de Toscane, doge de Florence. Une oeuvre dont Jean Sébastian Bach, qui l’admirait, a écrit plusieurs transcriptions pour clavier.

Autre raison de notre choix : Florence est la ville de la famille Antinori, dont nous avons choisi un vin, le Villa Antinori Chianti Riserva DOCG 2012.

C’est une maison dont Vivaldi aurait très bien pu savourer un des vins, quelle que soit la saison, car c’est la plus vieille maison de vin au monde.

Antinori

Mais il y a une dernière raison à ce choix : ce vin est à la fois joyeux, enlevé, et bien structuré. Comme un morceau de Vivaldi, toujours tellement bien construit qu’on se dit que tout s’enchaîne naturellement, de manière fluide et simple, tout en harmonie. Et pourtant, quel travail !

Ce 2012 assemble 90% de sangiovese – le cépage toscan par excellence – à 10% de cabernet-sauvignon. C’est un riserva, ce qui veut dire qu’il a été élevé au moins 27 mois avant d’être mis en marché. Dans le cas qui nous intéresse, il a passé plus d’un an et demi en foudres et en fûts de chêne hongrois et français.

Importateur: Deconinck. Prix: environ 23 euros.

 

by John Smith, after Hugh Howard, mezzotint, 1704

 

Opera Mia

Le troisième musicien, Corelli, est natif de Romagne, la région du Lambrusco – qui faisait alors partie des Etats Pontificaux. C’est d’ailleurs à Rome qu’il trouve ses principaux mécènes ; mais il séjourne aussi à Bologne, à Modène et à Naples, alors sous domination espagnole.

C’est dans cette dernière ville que furent retrouvés plusieurs manuscrits de sa main, qui ont permis de redécouvrir son œuvre.

Une oeuvre qui a inspiré Handel, Bach et Bonporti, entre autres. Au point que bons nombre de musicologues considèrent que « tous les chemins des grands compositeurs de concertos du 18ème mènent à Corelli ».

Son séjour à Naples n’a pas été très favorable à Corelli : ayant rencontré plusieurs violonistes virtuoses, il en aurait été dégoûté d’écrire.

Quoi qu’il en soit, cet épisode napolitain nous a lancés à la recherche d’un vin de la région qui pourrait correspondre à son oeuvre.

Nous l’avons trouvé dans un Taurasi, le grand rouge de Campanie – sans doute un des seuls rouges du Sud de la Botte digne de se mesurer, en raffinement et en longévité, avec les grands vins de Toscane ou du Piémont.

Ce vin présentait aussi un lien avec notre assistance belge, puisqu’il est produit par une œnologue native de Bruxelles, Milena Pepe, qui officie à la Tenuta Cavalier Pepe, face au joli village de San Angelo d’Asca, près d’Irpina.

Bien que sa situation soit sudiste, n’allez pas imaginer un vin très solaire, souple et marqué par l’alcool ; nous sommes sur les contreforts des Appennins, les hivers sont rudes, les vents aussi, les raisins sont lents à murir, particulièrement l’Aglianico, héritage de l’Oenotria– ainsi s’appelait en effet le sud de l’Italie, colonisé par les Grecs.

Ce 2009  a du fruit (cerise, marasquin), de la fraîcheur, de la mesure, de la classe et de la charpente ; là encore, il s’agit d’un vin construit, d’une oeuvre.

pepe

La cuvée porte d’ailleurs un nom très musical : Opera Mia. L’idée de Milena est de pouvoir offrir des Taurasi pouvant être consommés assez jeunes, comparativement à la plupart des autres vins de l’appellation, dont on se demande parfois s’il est possible de les apprécier du vivant des producteurs – notez que c’est le problème qu’on connu parfois certains compositeurs…

Importateur: Marcon Vini. Prix: 21 euros.

J’arrêterai là mes commentaires, car en musique comme en vin, le commentaire est secondaire. Le plus important, c’est que vous goûtiez et vous fassiez votre propre opinion.

Le plus beau, avec le vin, comme avec la musique, c’est que nous avons tous tous les outils nécessaires pour apprécier l’oeuvre : des oreilles, dans le cas de la musique ; un nez et une langue, pour le vin.

Il ne pas nécessaire d’avoir étudié la musique ou le vin pour pouvoir en écouter ou en goûter.

D’un autre côté, en savoir un peu plus sur l’origine, la technique employée, permet certainement de mieux comprendre ; de les re-situer dans leur contexte, voire de les marier, comme on peut le faire avec des mets.

Hervé Lalau


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Les concours de vins : une affaire très ancienne

Andeli

Les concours de vin se sont multipliés ces dernières années, au point de devenir peut-être trop nombreux pour être tous crédibles. Et la proportion de médailles accordées dans certains concours frise le ridicule. Je ne vais pas passer en revue les concours actuels dans cet article, mais plutôt vous parler du premier concours dont nous avons trace : La Bataille de Vins d’Henri d’Andeli, un trouvère normand, qui date du début du 13ème siècle. En réalité, il semblerait que ce concours n’ait jamais réellement existé car il s’agirait plutôt d’un « fabliou », c’est à dire d’une figure de style de la littérature du Moyen Age. Mais peu importe, car ce texte est savoureux. Pour information, il est disponible in extenso dans l’excellente recueil de Sophie Guermès intitulé « Le Vin et l’Encre (Mollat 1997).

Le Vin et l'Encre

Si vous avez déjà participé à des concours en tant que juré, vous savez bien qu’on ne peux pas aimer tous les vins, et aussi que les désaccords entre jurés autour d’un même vin sont monnaie courante. Mais il est rare que toute une catégorie de vins se trouve condamnée comme étant indigne et inférieure. C’est pourtant ce qui est arrivé à l’ensemble des vins rouges dans ce récit. Reflet des goûts de l’époque, probablement, ou bien était-ce du à l’absence de soufre et d’hygiène dans les chais ?

jaibiaunez

Si aujourd’hui dans les concours codifiés on se contente de cochez des cases pour signifier ses impressions sur la netteté, l’intensité, la longueur en bouche ou l’équilibre générale du vin, les commentaires étaient nettement moins encadrés et plus imagés alors : par exemple un compliment adressé à un vin qui a particulièrement plu, le jury soulignait qu’il était capable de vous perdre un oeil ! Je trouve que cela a une toute autre allure que le style de descriptions aromatiques, largement répandu par de nombreux sommeliers et que je qualifie de « tendance salade de fruits » : cela consiste évidemment à énumérer des longues listes d’arômes, plus ou moins probables et totalement absconses pour la plupart des mortels. Même si on ne souhaite à personne de perdre un oeil lors d’une dégustation, je crois que je préfère cet image à « minéralité tendue, notes de craie au soleil après la pluie avec un soupçon de fleur de vigne ».

De nos jours, les producteurs ou consultants qui sont mécontents des critiques les traitent de tous les noms, individuellement ou collectivement, mais à cette époque lointaine, la balance de pouvoir semble avoir été de l’autre côté car un des juges a même menacé de mort un vigneron à l’origine d’une vin qui a du sérieusement le déplaire ! Je peux être sévère parfois, mais je n’irai pas si loin. Le terme « Bataille » utilisé dans le titre de ce poème est donc bien plus approprié que celui de « concours ».

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Chaque concours doit avoir un patron qui fait régner l’ordre dans la salle. Dans ce cas il s’agissait du roi de France, Philippe Auguste. Et, pour être crédible, il doit aussi être international dans sa conception. Mais si on pense que le 13ème siècle ne jurait que par le local ou le franco-français, on se trompe lourdement. A une époque ou les moyens de transport étaient toute autre que de nos jours, La Bataille des Vins comparait 70 vins dont certains venaient de la Moselle germanique, d’Espagne, d’Italie ou de Chypre. Pour la France, c’est le nord du pays qui dominait nettement l’échantillonnage, même si on trouve, curieusement, un vin de Moissac. On sait que l’absence de moyens de transport et la difficulté de faire tenir les vins au delà d’un an explique largement cela.

Deux personnages tiennent la vedette dans ce concours : le roi de France déjà mentionné et aussi un prêtre anglais qui était apparemment ivre du matin au soir. N’oublions pas que la guerre de Cent Ans était en cours et qu’il ne fallait pas louper une occasion pour tourner l’ennemi (de la France) en dérision. Mais on aussi là une indication de l’ancrage religieux de la culture du vin en Europe.

Alors qui a gagné cette bataille ? Ce fut un vin de Chypre qui remporta la dégustation, suivi du vin d’Aquilée (aujourd’hui en Italie) : tous deux des vins sucrés ce qui est aussi bien un reflet des goûts de l’époque que de la capacité du sucre à bien conserver le vin à cette époque d’avant les bouteilles (et le soufre). C’est aussi la preuve que les français du 13ème siècle étaient bien moins chauvins qu’aujourd’hui. Je reviendrai prochainement sur ce sujet car, dans 15 jours environ, il y aura une dégustation pour commémorer la 40ème anniversaire de l’événement connue sous le nom de « Jugement de Paris » et qui a vu des vins de Californie battre des noms très connues en Bourgogne et à Bordeaux.

 

David