Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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État des lieux d’un vignoble en péril: Banyuls-Collioure

L’envie de m’arrêter ne serait-ce qu’un temps sur le terroir le plus spectaculaire de ma région d’adoption, cette même envie ajoutée à un séjour récent dans ce bout de France le plus méridional de l’Hexagone, ainsi qu’un papier tout aussi récent de notre Marco ici même, toutes ces circonstances confondues ont achevé de me convaincre.

Me convaincre de quoi au juste ? Qu’à moins d’une prise de conscience de nos édiles, d’une décision politique de prendre le problème à bras le corps, ce qui n’est pas avouons-le dans l’ADN de nos politiques, et d’un investissement colossal côté vignerons, suivi de mesures de protections radicales, le si beau vignoble de Banyuls (qui englobe celui de Collioure, Port-Vendres et Cerbère) n’en a plus pour très longtemps.

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Au delà de la beauté qu’offrent les paysages d’une montagne schisteuse dévalant dans la mer, hormis ces petits ports romantiques où il m’arrive de tremper mes gambettes poilues, de lire le journal ou de boire mon café, laissant de côté ces criques mouchoirs de poche s’ouvrant sur la Méditerranée, qu’est-ce qui m’autorise à être subitement aussi péremptoire (et pessimiste)? Après tout, la population locale et ses élus semblent se satisfaire de vivre dans des paysages de toute beauté et ils me paraissent jouir en pleine apathie de leur environnement immédiat, semblant se désintéresser d’un péril qu’ils ne voient pas venir, à moins qu’ils ne veulent le voir venir. Tout semble si bien aller : en hiver les retraités affluent de toute l’Europe, tandis que les projets immobiliers se multiplient et que les enseignes à grandes ou moyennes surfaces pullulent jusqu’aux fronts de mer. C’est beau la Catalogne française…

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Arrivé dans le Roussillon, en 1988, c’était vers ce vignoble spectaculaire que je m’étais tout naturellement tourné. En compagnie d’une troupe d’investisseurs très modestes (sommeliers, cavistes, vignerons, journalistes spécialisés) nous étions allés à Banyuls-sur-Mer, non pas avec en tête l’idée de faire du fric, mais déjà l’envie sincère de sauver de l’oubli quelques parcelles de précieuses terrasses de vignes de Grenache, des vignes que nous voyions sombrer dans l’oubli et que les gens du coin, hormis une poignée de vignerons, préféraient laisser à l’abandon. Il faut dire que nous mêmes, après trois millésimes d’un Terra Vinya élevé en pièces, avions fini par jeter l’éponge dix ans plus tard par manque d’ambition et parce que la vie nous appelait ailleurs. À l’époque, vers la fin des années 1980, la raison principale de ce délabrement du vignoble était aussi évidente qu’historique : la vente des vins doux naturels périclitait n’ayant, comme unique pilier, qu’un public survivant composé de quelques vieillards en mal de réconfort sucré. En gros, la nouvelle génération ne suivait pas et ne collait plus à l’image vieillissante et ringarde d’un produit d’une autre époque. Ainsi vont les modes, ainsi vont les vins.

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Pour des raisons culturelles, après des décennies d’un relatif confort, les vignerons – pour beaucoup petits propriétaires doubles actifs liés aux coopératives – avaient du mal à se recycler en producteurs de vins secs ou tranquilles, c’est-à-dire non mutés (non renforcés devrait-on dire) à l’alcool. Ajoutez à cela la difficulté de lancer sur le même territoire que Banyuls une appellation-bis comme Collioure qui, à l’époque, ne concernait que des rouges, les fautes de gestion des uns et des autres, les plans de communication en dents de scie pour plaire tantôt au négoce, tantôt à la coopération, les deux acteurs majeurs d’alors, ainsi que le sempiternel combat des conservateurs s’affrontant à un vent de modernisme pas assez convaincant à leurs yeux, du moins dans ses arguments financiers immédiats, et c’est ainsi que l’on obtenait une sorte de lie visqueuse entraînant un refus de bouger, une passivité se heurtant, en plus, à différentes ambitions politicardes locales. On avait l’impression que l’intelligence d’un seul homme, Michel Jomain, pouvait faire bouger les choses. Seul hic, le gars n’était pas du pays et en plus, il était fort marqué politiquement (ndlr: à gauche, en l’occurrence). L’homme a disparu en 2011.

Est-ce le manque d’enthousiasme, est-ce un problème de gestion ou de perspectives commerciales? Toujours est-il que depuis, le Groupement Interproducteurs Collioure Banyuls qui, un temps, représentait 80% des viticulteurs du cru, un mastodonte que les touristes connaissent sous le nom de Cellier des Templiers (aujourd’hui Terre des Templiers), a fini par mettre le genou à terre avant d’être placé sous sauvegarde par la Justice. Il dispose encore d’une année pour se redresser.

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Mais alors, quel est donc ce mal mystérieux qui menace ce petit territoire côtier au cœur duquel je me suis récemment isolé et promené durant deux semaines ? Le problème, c’est qu’il n’y a pas un mal, mais des maux… et non des moindres. Je vais tenter de les résumer ici, tout en précisant avant d’aller plus loin que cette splendide Côte Vermeille où se côtoient, je me répète, deux appellations, Banyuls et Collioure, est un pays à part avec ses codes, ses traditions, ses magouilles aussi, un état dans l’État.

Quelque peu isolé du reste de l’Hexagone, avec une seule route sinueuse pour le traverser et une ligne de chemin de fer menant à l’Espagne, ce petit pays a longtemps vécu de la pêche artisanale et de la viticulture… sans parler de la contrebande. Depuis 1974, une réserve maritime est sensée protéger plus de 6 km de côtes. Mais cela n’a pas empêché la construction de quelques horreurs de même que la réserve n’est pas parvenue à enrayer l’exploitation (le vol ?) d’un fameux gisement de corail rouge.

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Comme partout ailleurs, en quelques décennies, le monde autour a évolué : l’Espagne a rejoint l’Europe avec ses coûts de main d’œuvre plus compétitifs, la pêche a décliné faute de poissons et de marins, la vigne s’est arrachée faute de vignerons courageux et de buveurs, tandis qu’avec les années 2000, une route à quatre voies mettait Port-Vendres et Collioure à moins de 30 minutes de Perpignan et de l’autoroute, et que le tourisme prenait une place de plus en plus prépondérante avec son cortège d’agitations, d’appétits et de frénésies immobilières. Il faut bien avouer que, si l’on se met à la place des investisseurs, cette zone qui a attiré tous les peintres du siècle précédent reste un des derniers bastions à saisir avec vues garanties sur la Grande Bleue avec des prix bien plus accessibles que ceux de la Côte d’Azur, par exemple. Tout cela est très vite résumé, j’en conviens, et mon analyse ne doit pas être prise trop au sérieux dès lors que je ne sors pas d’une grande école et que je ne m’abrite derrière aucune commission d’experts comme nous en avons tant vu défiler ici.

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Dans ce tableau qui peut paraître sombre, je dois préciser qu’accompagnant le déclin des coopératives qui jadis monopolisaient la production, la viticulture semble connaître un certain renouveau. Des investisseurs vignerons parfois importants s’installent, des idées jaillissent en même temps que de jeunes et dynamiques aventuriers vignerons se font connaître, certains étant même issus du milieu de la coopération. Dans la même foulée, on voit poindre à l’horizon une multitude de projets touristiques autour du vin, projets de taille humaine ne manquant pas d’intérêt.

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Après cette présentation sommaire, je vais donc énoncer ici les maux visibles ou évidents qui menacent directement le vignoble et ses alentours, sans oublier les habitants – qu’ils soient vignerons, commerçants ou retraités, venus d’ici ou d’ailleurs. Pour s’en rendre compte, il suffit de se promener sur les routes et les chemins, et de bavarder avec les rares vignerons qui travaillent encore leurs propres vignes. À l’époque de la taille, par exemple.

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Le réchauffement. Même si le réchauffement climatique n’aura sans doute pas d’ incidence majeure sur le vignoble avant 20 à 30 ans, on en perçoit déjà les prémices, notamment des orages monstres, mettant en péril un vignoble qui n’est plus tenu avec autant de soins qu’autrefois (voir plus loin). Cela s’est déjà produit, mais c’était il y a plus de 30 ans, quand les vignes étaient encore entretenues avec une volonté de protection à long terme. Or, depuis les années 60, on peut dire que, graduellement, les terres sont peu ou très mal entretenues quand elles ne sont pas carrément abandonnées fautes de reprises en mains par un successeur réellement motivé et amoureux de sa vigne. Elles sont d’autant plus vulnérables à la modification du climat.

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Les abandons. Des parcelles de vignes meurent à petit feu faute de repreneurs. Beaucoup de propriétaires en fin de vie refusent de confier leurs vignes à un jeune, espérant peut-être qu’un citadin les rachète à bon prix pour en faire une sorte de terrain de loisirs pour y installer une caravane ou y construire – le plus souvent illégalement – une cabane qui deviendra peut-être villa. Avec ces vignes abandonnées, ce sont autant de vieux grenaches qui disparaissent de notre patrimoine. On a l’impression que seules les surfaces conséquentes et mécanisables, autour d’un hectare et plus, intéressent les repreneurs. D’ailleurs, ces derniers ne sont plus enclins à l’achat de vignes de coteaux : ils préfèrent acheter sur du plat ou de l’arrondi, délaissant les pentes. Ensuite, ils préfèrent tout raser au bull, y compris les murettes, niveler le plus possible afin de permettre aux tracteurs de rentrer dans de belles rangées de syrah, cépage qui, entre parenthèse, n’a pas grand-chose à faire dans ces contrées. C’est le rendement à court et moyen terme qui est privilégié au détriment du long terme et de la transmission familiale d’un vignoble en parfait état.

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Les incendies. Ils sont une vraie plaie, surtout en été. On est allé jusqu’à croire que pour réduire les risques, il suffisait de subventionner des vignes pare-feu sur les hauteurs des coteaux. L’idée, probablement trop coûteuse, a semble-t-il été abandonnée. De toutes les façons, elle n’a suscité que peu d’intérêt du côté des vignerons, lesquels ont déjà bien des soucis avec les sangliers qui pullulent et dévastent les terres. Reste que si l’on n’y prend garde, les chênes-liège, les oliviers sauvages, les figuiers, les micocouliers, les pins et autres essences typiques risquent fort de disparaître alors qu’elles servent souvent de cadres majestueux aux parcelles de vignes. Non entretenue, cette végétation forestière si fragile, une fois décimée, peut réapparaître, certes, mais elle est aussi le plus souvent remplacée par une garrigue dévorante et étouffante qui favorise également les départs de feux dans une région où les vents sont féroces.

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Les tremblements de terre.  Ils sont assez fréquents autour des Pyrénées. Reste que, sans faire de catastrophisme, les canaux, les rigoles et les murets édifiés patiemment et entretenus au fil des générations pour maintenir les terrasses, les casots aussi (ces petits abris qui servent à ranger les outils), les précieuses citernes renfermant l’eau qui sert aux traitements, les petites routes d’accès à flanc de montagne, tout cela pourrait disparaître un jour si le sous-sol décidait de se refaire une place. Et des pans entiers de vignes donnant sur la mer pourraient sombrer.

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Les murets. Petits ou grands, hauts ou courts, grâce aux plaques de schiste qui se détachent et se taillent relativement facilement, ils font partie ici du paysage façonné par l’homme depuis des siècles. Et sont devenus la composante essentielle, avec les peu de galls et autres agulles (canaux destinés à favoriser l’écoulement des eaux en cas d’orages), de ce vignoble architectural couvrant quelques 2000 ha de flancs de coteaux. Le gros problème avec de tels murets, c’est qu’ils sont fragiles et qu’il faut les entretenir. Sinon, pierre par pierre, au fil des ans, ils se dégradent de plus en plus entrainant avec eux la terrasse qu’ils sont censés soutenir, autrement dit des paquets de vignes. Comme rien n’est simple, seuls les ancêtres qui passaient des journées entières à la vigne, avaient acquis l’art de construire les murettes et de façonner ces étonnants caniveaux de géants qui permettaient l’évacuation des eaux tout en préservant la précieuse terre, en évitant qu’elle ne soit pas emportée. Dans les années 80, j’ai rencontré des vieux maçons de vigne qui étaient prêts à partager leurs petits secrets. Sauf qu’il y avait peu de volontaires pour les écouter. Avec eux disparaissent les techniques emmagasinées de génération en génération et c’est bien triste de voir le vignoble se défigurer faute d’entretien adéquat.

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Le tourisme. S’il n’est pas canalisé en urgence, le tourisme, aussi nécessaire qu’inévitable, va faire mal, très mal. Il risque de causer d’importants dégâts dans les vignes de Banyuls, de Cerbère, de Collioure et de Port-Vendres, sans oublier l’arrière-pays d’Argelès-sur-Mer. Sur les chemins semi-côtiers que j’ai fréquentés presque tous les jours, j’ai rencontré des promeneurs sages et respectueux des plantes et de l’espace, mais aussi quantité de sauvages venus s’exciter sur des terres synonymes de risques et d’aventures. En VTT, en patinette électrique (!), en moto trial, en 4 X 4, j’ai croisé des gens manquant réellement d’éducation, prenant possession du terrain privé (une vigne) comme si c’était un dû, dévalant les pentes sans se soucier du dommage qu’ils causaient au passage aux murets comme aux jeunes plants. Des saccageurs !

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– Les squatters. Pour l’instant, ils s’agglutinent en bord de mer car pour eux, seule la vue compte. Et dieu sait que la vue peut être grandiose dans le secteur ! On commence par acheter une vigne en perdition avec un casot tout simple que l’on agrandit au fur et à mesure dans le plus mauvais goût qui soit, tout en restant caché au sein de la végétation afin de ne pas trop se faire remarquer. J’ai ainsi vu en un site pourtant soit-disant hautement protégé de véritables pavillons sam’suffit avec arrivée d’eau et électricité fournis par la municipalité de Port-Vendres, sans oublier le parking gagné sur d’anciennes vignes afin que les copains puissent se garer. J’oubliais le chemin aménagé en béton jusqu’à la mer afin que le bateau puisse glisser gentiment dans l’eau. Pour l’espace vert, les vignes et la végétation ennuyeuse sont carrément anéantis au round-up ! Il semblerait que ces gens finissent enfin par payer des impôts locaux, mais combien sont-ils qui vivent encore cachés, parfois même dans de véritables taudis. Combien sont-ils encore à se barricader  de manière hideuse tout en fabriquant des plaies dans le décor ? Sur une douzaine de pseudo casots ainsi rencontrés en un seul circuit que j’estime à 5 km, seule une construction se présentait de manière honorable, en pierres du pays (schiste) et sans barrières, bien intégrée dans le paysage. Leur nombre ne cesse de croître et la terre – d’anciennes vignes – se vend de plus en plus cher.

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Voilà un aperçu sommaire de ce qui peut sournoisement menacer un vignoble, grignoter peu à peu une part non négligeable de son authenticité, de son image, de sa force. Celui dont je viens de vous parler, le terroir de Banyuls et de Collioure, s’il était connu depuis des siècles sur la carte de la Méditerranée, n’était guère satisfait de sa notoriété il y a 30 ans, notoriété qu’il trouvait insuffisante. Maintenant que les choses vont mieux, il serait temps que mes amis de la Côte Vermeille  prennent conscience de ce qui leur arrive. Car en matière de vignoble, il ne suffit pas de faire de bons vins. Il faut aussi être paysagiste, conservateur, protecteur, amoureux et farouche défenseur de son territoire. Le terroir qui fait notre vin est aussi un paysage. Ne l’oublions pas. Amen !

Michel Smith

(Photos©MichelSmith)


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The Bubble Battle of Waterloo 2015: news from the front

Cet article est publié en versions anglaise et française. Descendez pour lire la version française

This article is published in English and French versions. Just scroll down to get the French version

This battle of the bubbles took place at Waterloo on November 7th 2015, just over 200 years after the original and rather bloody version. So did the French (represented by 10 Champagnes) win this time, against strong opposition from English and German sparkling wine producers, together with a few outsiders from Belgium, Switzerland and Alsace ? Well, the short story is yes, but it was a closer thing than many might have supposed. Let’s go back and set the scene first, in case you haven’t followed the story so far.

Waterloo Bubble Battle

Earlier this year, seeing all the festivities being prepared in memory of the battle that saw the final defeat of Napoleon, and thinking about how all three countries involved  contributed to making sparkling Champagne the benchmark wine that it is, I thought that it might be both interesting and fun to match some contemporary English sparkling wines against a selection from Germany and France. And of course this had to be held somewhere on the battlefield of Waterloo. My colleagues Hervé Lalau and Marc Vanhellemont found the perfect place, a former farm called La Ferme du Mont St. Jean, which had served as a war hospital for British troops during the battle and which now harbours a brewery, a restaurant and a shop, plus a tasting room. As a minor coincidence one of my ancestors defended another farm, called Hougoumont, during the battle where he commanded the 2nd battalion of the Coldstream Guards.

IMG_7190The courtyard of Ferme du Mont Saint Jean, where we held the tasting

The main French contingent for our tasting was from Champagne, with a series of 10 wines, all but one of which came from producers that were in existence back in 1815. The one exception being the Napoleon brand, which obviously had to be present! The English Sparkling wine contingent was a bit smaller, as they only sent 7 wines, although, in their lighter style, these managed to defend their colours well, and sent two wines into the final along with seven others from France, Germany and Switzerland (see explanations for the latter one further on). The largest contingent came from Germany, with a total of 14 sekts and méthodes traditionnelles of different geographical origins and various grape varieties. We also tasted three wines from other regions and countries, and these were tasted in the same flight as the English sparklers to even up the numbers. Since the Belgians had fought on both sides, there had to be a Belgian wine there, and the Valais (Switzerland) also sent a representative as the Simplon region was attached to France at the time of the Battle of Waterloo. The final « joker » in the pack was a Crémant d’Alsace.

Whilst this selection process might seem a little arbitrary, it does have its rationale. In the case of Champagne, the basis for the selection was of course historical. For the English selection, the samples were sent in voluntarily, following a request to the English winegrower’s association. 12 of the 14 German wines we tasted had formed the top 12 in a recent German sparkling wine competition.  Having directly and individually requested samples from those Champagne houses founded before 1815, only three either refused to participate or did not answer my requests. Alongside the wines tasted below I have therefore listed those who refused to fight, and so are to be considered as deserters. What they were afraid of is quite hard to figure as this was a most pacific and friendly event that was conducted in a professional manner. Tant pis pour eux


IMG_7184The tasters at work. Studious but relaxed

The wines were tasted in three separate flights and then the best from each went into a final of 9 wines. The first flight involved the 7 English wines, together with the 3 « jokers » from other places (Belgium, Alsace and Switzerland). Next came the 14 German wines, and finally the 10 Champagnes. Eleven tasters (see list below) were involved and the results are the fruit of their average marks for each wine. All are very experienced wine professionals and came from 4 countries: Belgium, England, France and Germany. The wines were commented and noted (out of 20) individually. At the end of the 3 flights, the top 9 wines, selected according to average marks for each wine in the flights, were re-tasted and noted again in a final session.

Here are the wines that made it into the final, in the order of their markings:

1 Champagne Charles Heidsieck Brut Réserve (France)

2 Champagne Henriot Brut Souverain (France)

3 Bardong Chardonnay Brut 2006 (Germany)

4 Nyetimber Classic Cuvée 2010 (England)

5 Champagne Roederer Brut Premier (France)

6 (ex-aequo) Champagne Ruinart Blanc de Blancs (France) & Tsempéro (Valais, Switzerland)

8 Denbies Cubitt Reserve (England)

9 Von Buhl (Pfalz, Germany)

It should be noted that Charles Heidsieck was a clear winner, obtaining the highest average mark both in the heats and in the final. The other makings were very close, at least for the first 4 wines. Consistency of the markings was also very good overall between the same wines tasted in the heats and the final. The Champagne series (all this series of wines were the producer’s non-vintage cuvée) did obtain the highest average markings of the three series. They are also the most expensive of the wines tasted. One can of course attribute this superiority to their higher overall quality, but also, perhaps, to a more instantly recognizable style. This is especially pertinent in relationship to the series of German sparkling wines which came from very different grapes and techniques that included both sekts and méthodes traditionnelles, chardonnays, pinot noirs, rieslings and even a delicious but very different demi-sec Muskateller).

The Champagne deserters were:

Moët & Chandon, Perrier Jouët and Veuve Clicquot: shame on them !

The tasters were:

from England: Michael Edwards & David Cobbold

from Belgium: Marc Vanhellemont, Luc Meyermans & Hilde Jonkheere

from Germany: Klaus Hermann & Jorg Winkler

from France: Hervé Lalau, Olivier Borneuf, Xavier Leclerc & Christophe Macra MW

Next week I will discuss this tasting in more detail with some conclusions.

 

Version française

La Bataille des Bulles de Waterloo, 2015: nouvelles du front

Cette bataille des bulles a eu lieu sur le champ de la bataille de Waterloo, le 7 novembre 2015, un peu plus de 200 ans après la vrai et bien plus sanglante bataille. La question sur vos lèvres est probablement : « Est-ce que la France (en l’occurrence représentée par 10 champagnes) ont gagné cette fois-ci ? ». Eh bien, et malgré une solide opposition de 14 bulles allemandes, 7 anglaises et 3 autres en provenance de la Belgique, de la Suisse et de l’Alsace, la réponse est probablement oui, même si le match fut plus serré qu’on pouvait s’y attendre. Mais replaçons cela dans le contexte, si vous n’êtes pas déjà au courant.

Plus tôt cette année, devant l’armada des commémorations de la bataille de Waterloo (sauf en France, il est vrai !), et considérant que les trois pays les plus impliqués dans cette confrontation étaient aussi ceux qui ont fait la réussite du Champagne mousseux, j’ai trouvé intéressant et amusant de refaire la bataille d’une manière très amicale et totalement pacifique avec des vins à bulles issus des trois pays, France, Angleterre et Allemagne. Evidemment il fallait tenir cette dégustation sur le champ de la bataille et mes collègues Hervé et Marc ont déniché l’endroit idéal : la Ferme de Mont Saint Jean, qui fut un hôpital de guerre pour les troupes britanniques pendant la bataille, mais qui héberge de nos jours une brasserie, un restaurant, une boutique et une salle de dégustation. Il se trouve qu’un des mes ancêtres a défendu, pendant la bataille de 1815, une autre ferme, Hougoumont, non loin de là en tant que commandant du deuxième bataillon des Coldstream Guards.

L’essentiel des vins français venait de Champagne, et de maisons fondées avant 1815, à l’exception de la marque Napoléon, qui était indispensable pour l’occasion ! Les sparkling anglais étaient au nombre de sept, que nous avons complétés dans la série, pour égaliser les forces, par un vin belge (les belges ayant été très présents des deux côtés de la bataille), un vin suisse (les valaisans faisant partie de la France en 1815), et un alsacien (ils étaient aussi français et pas allemands à cette époque). Les logiques qui ont présidé à la sélection étaient variables. Pour les champagnes elle est historique. Pour les anglais j’ai fait appel à l’association des producteurs anglais et sept ont répondu présent. Pour les allemands, il s’agissait, pour l’essentiel, des 12 premiers vins d’un récent concours tenu en Allemagne pour les vin mousseux.

J’ai sollicité individuellement toutes les maisons de Champagne dont la date de fondation précède 1815. Une n’a pas répondu, et deux ont refusé. Leurs noms figurent ci-dessous sur une liste de « déserteurs ». Je ne sais pas trop de quoi ils ont peur ! Mais neuf ont relevé le défi et je les en remercie.

Nous avons dégusté les vins (à l’aveugle bien entendu) en trois séries, puis les meilleurs de chaque série ont été dégusté dans une sorte de finale. La première série était composé des sept vins anglais, plus les 3 « jokers », de Belgique, d’Alsace et de Suisse. Puis les 14 vins allemands et, enfin, les 10 champagnes. Onze dégustateurs professionnels et expérimentés de 4 pays différents, dont vous trouverez la liste ci-dessous, ont participé. Les vins ont été notés sur 20 et la présence en finale, comme les résultat de cette finale, correspondent à la notation moyenne de chaque vin sur les onze notes du jury.

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Le Grand Charles, vainqueur de la Bubble Battle of Waterloo 2015

Les vins finalistes, dans l’ordre de leur notation :

1er: Champagne Charles Heidsieck Brut Réserve (France)

2ème: Champagne Henriot Brut Souverain (France)

3ème: Bardong Chardonnay Brut (Allemagne)

4ème: Nyetimber Classic Cuvée 2010 (Angleterre)

5ème: Champagne Roederer Brut Premier (France)

6èmes ex-aequo: Champagne Ruinart Blanc de Blancs (France) & Tsempéro (Valais, Suisse)

8ème: Denbies Cubitt Reserve (Angleterre)

9ème: Von Buhl (Pfalz, Allemagne)

Charles Heidsieck l’emporte haut la main, avec la meilleure note, aussi bien en séries qu’en finale. Les autres notes ont été plus serrées, du moins pour les 3 vins suivants. Il y avait aussi une bonne cohérence des notes pour les vins dégustés deux fois.

La série des champagnes (il s’agissait des cuvées bruts non-millésimés des producteurs concernés) a obtenu la note moyenne la plus élevée des trois séries. Il est vrai que ces vins sont aussi les plus chers. On peut aussi attribuer à cette bonne notation à une qualité perçue plus élevée en moyenne, mais aussi à un style plus reconnaissable et familier à la plupart des dégustateurs. Cette remarque prend tout son poids lorsqu’on considère que les vins pétillants allemands dans étaient aussi bien des sekts que des méthodes traditionnelles, venaient de régions différentes et de cépages qui allaient des pinots et des chardonnays au muskateller (un délicieux demi-sec), en passant par le riesling.

Les « déserteurs » de Champagne :

Moët & Chandon, Perrier Jouet, Veuve Clicquot : honte à eux !

Les dégustateurs étaient :

pour l’Angleterre : Michael Edwards & David Cobbold

pour la Belgique:  Marc Vanhellemont, Luc Meyermans & Hilde Jonkheere

pour l’Allemagne : Klaus Hermann & Jorg Winkler

pour la France : Hervé Lalau, Olivier Borneuf, Xavier Leclerc & Christophe Macra MW

 

La semaine prochaine, j’explorerai cette dégustation avec un peu plus de détail et quelques conclusions

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Les vins du Liban (2)

Certains lecteurs parmi les spécialistes de la chose vinique trouveront sans doute cet article trop scolaire, pas assez personnel, ou je ne sais quoi. Tant pis ! On ne sait jamais qui va vous lire et je crois qu’il faut aussi donner de l’information pure, de temps en temps. Je suis confirmé dans ce choix par le nombre de fois que j’ai entendu des commentaires du genre « ah bon, alors on fait du vin au Liban? » Ce fut notamment le cas pendant les trois jours que j’ai passé le weekend dernier sur le stand des vins libanais au salon Megavino à Bruxelles qui est ouvert à tout le monde (voir mon billet de la semaine dernière, ici même).

Un peu d’histoire

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Cela vaut toujours la peine de s’intéresser à l’histoire d’un pays viticole, surtout quand elle est aussi longue et aussi complexe que celle de cette région du monde. Le Liban se trouve à la périphérique ouest de ce qu’on appelle le croissant fertile, cette zone qui nous a livré les premières signes de cultures pérennes : céréales d’abord, puis vignes, et aussi une bonne partie des premières grandes civilisations.

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Puis la position géographique du Liban, sur le bord oriental de la Méditerranée, lui a ouvert des voies maritimes qui ont facilité le commerce initié par les Phéniciens, d’abord avec l’Egypte ancienne puis avec la Grèce et tout autour de la Méditerranée. Nous savons en général que les Grecs et les Romains ont grandement contribué à propager la vigne et la culture du vin, mais les Phéniciens l’ont fait tout autant, et bien avant eux.

Les traces de ce commerce sont nombreux, entre autres dans un tombeau égyptien datant d’il y a plus de 3500 ans et qui contient des amphores de vin dont les étiquettes en bois signalent «vin noir du Mont Liban», ainsi qu’une date et le nom d’une personne, sans que nous sachons quel rôle il a joué. Nous avons là presque toutes les indications qui sont portées sur une étiquette moderne, moins les mentions sanitaires, le volume et le degré d’alcool ! Les ports de Tyr, de Sidon et de Byblos ont été actifs pendant plus de mille ans et le vin faisait partie des denrées exportées, comme témoignent des vaisseaux chargés d’amphores trouvés le long de cette côte. Le commerce a perduré, avec des hauts et des bas, jusqu’au moment de la conquête ottomane au 16ème siècle. Par la suite, les nombreux chrétiens de la région (orthodoxes, maronites ou catholiques), ont pu garder le droit de faire du vin pour les besoins du culte mais la production a fortement décliné.

Les premiers signes du renouveau de la période moderne datent du milieu du 19ème siècle et de la vinification à Ksara, entreprisr par des Jésuites, ce fut l’acte de naissance de Château Ksara. Un autre domaine qui existe toujours, le Domaine des Tourelles, fut fondé une vingtaine d’années plus tard. Château Musar, qui est un des domaines les plus connus à l’export avec ses vins atypiques dont une partie suit un très long élevage, à la manière d’un Vega Sicilia, fut fondé par Gaston Hochar en 1930. Le reste de l’histoire moderne du vin libanais est encore plus récente et a connu une rapide accélération lors des 15 dernières années.

La géographie viticole du pays

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(c) Quentin Sadler

La région qui domine largement le vignoble  libanais (elle représente plus de 70% de la surface en vignes) est la longue et haute vallée de le Békaa, dans sa partie centrale et occidentale, puis sur les collines autour de la ville de Zahlé. Mais, depuis quelques années, on assiste à des implantations plus diversifiées, comme à Batroun, au nord de Beyrouth et proche de Byblos, mais aussi autour du Mont Liban, au Chouf et à Jezzine, ainsi que des parties de la Békaa est, proche de la frontière avec le Syrie.

bacchus-cc-moogdroogLe temple de Bacchus, à Baalbeck, qui se trouve en territoire hezbollah.

Il faut rappeler que cette vallée de la Békaa, parfois appelé plaine de la Békaa, se trouve à l’intérieure du pays, abritée à l’Ouest par le mont Liban et ses extensions, et bordée à l’Est par la chaîne de montagnes appelé Anti-Liban. Elle mesure 120 kms de long et autour de 10 kms de large, recouvrant près d’un tiers du pays à une altitude moyenne de 900 mètres. Les vignes situées sur les contreforts peuvent ainsi monter jusqu’à 1500 mètres et parfois plus, en faisant un des vignobles les plus élevé du monde. Sa partie septentrionale, au nord de la ville de Baalbeck est semi-aride  et proche du désert. Le vignoble est donc concentré dans la partie centrale et sud de la Békaa, là ou les ressources hydriques sont suffisantes. La partie Sud est régulièrement appelé Békaa Occidentale car la vallée se situe sur un axe qui dérive vers le sud-ouest.

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Batroun est la deuxième région par la taille et comporte 9 producteurs, actuellement. Cette région fait face à la mer et son altitude est moins élevée, entre 400 et 600 mètres. Ce sont les vents maritimes qui jouent le rôle rafraîchissant que l’altitude procure dans la Békaa.

Les cépages

Les premières plantations de l’ère moderne, au 19ème siècle, ont favorisé les cépages méditerranéens : cinsault, carignan et grenache en tête, syrah plus tard. Pareil pour les blancs. Plus tard, au 20ème siècle, les variétés bordelaises ont pris le dessus, ainsi que le chardonnay. Ce n’est que récemment que des débuts d’une saine diversification sont devenus presque perceptible. On trouve, par exemple, du viognier et un peu d’albarino en blanc, comme du tempranillo en rouge. N’oublions pas les variétés locales blanches, particulièrement le merwah et l’obadieh, ce dernier étant à l’origine depuis peu de quelques cuvées mono-cépage intéressantes par leur faible taux d’alcool autour de 12%.

La production actuelle et les tendances

La production oscille entre 6 et 7 millions de bouteilles par an, à partie d’un vignoble estimé à environ 2,000 hectares. La production de l’alcool local, l’arak, occupe d’autres vignobles, et il y a également une production de raisins et de raisins secs. Environ la moitié de cette production de vin est exportée, essentiellement vers les USA, la Grande Bretagne et la France.

On compte aujourd’hui plus de 35 producteurs : Ksara, Kefraya et Musar étant les 3 plus importants pour le moment. L’expansion du nombre de producteurs est rapide car il n’y en avait qu’une petite dizaine à la fin du 20ème siècle. L’Union Viticole Libanais regroupe la majorité des ces producteurs et à fait adhérer le pays à l’OIV.

On assiste actuellement à deux tendances, visibles lorsqu’on déguste une large série de vins libanais. D’abord une diversification des zones de production, et, en parallèle, à une autre forme de diversification ayant un impact sur les styles des vins : la progression graduelle du nombre de cultivars utilisés en vinification. Ce dernier phénomène inclut aussi l’utilisation de quelques variétés locales et probablement très anciennes, comme l’obeideh ou le merwah, comme l’augmentation de parts de cépages minoritaires du bordelais, comme le cabernet franc, le malbec ou le petit verdot. On trouve aussi quelques métis modernes, comme l’arinaroa, un croisement entre cabernet sauvignon et tannat.

 

Mes coups de cœur au Liban, basé sur plusieurs dégustations

(vins rouges uniquement, mais je recommande aussi le Domiane Wardy et le Domaine de Baal en blanc).

Les plus accessibles (vins rouges)

Château Ksara, Le Prieuré

Domaine Wardy, Les Terroirs

Côteaux du Liban, Syrah

Château Musar, Cuvée rouge

Domaine des Tourelles

Ixsir, Altitudes

Château Quanafar, cuvée Paradis

Château Khoury, Symphonie

 

Un peu plus chers (rouges)

Côteaux de Botrys, cuvée de l’Ange

Domaine Wardy, Château des Cèdres

Ixsir, Grande Réserve

Château Saadé

Château Musar, Hochar Père et Fils

Château Quanafar

Côteaux de Botrys, Château des Anges

Karam, Syrah de Nicolas

Château Ka, Fleur de Ka

Domaine des Tourelles, Marquis de Beys

Château Marsyas

 

Encore plus chers

Château Belle Vue, Renaissance

Domaine de Baal

Chateau Musar

Château Sanctus (attention à la qualité des bouchons sur des millésimes anciens)

Massaya, Grande Réserve

Château St. Thomas, Merlot

Atibaia :  un seul vin produit, mais qui est au sommet des vins libanais selon moi

 

Ou espérer trouver ces vins en France (mais tous ne sont pas importés, malheureusement)

http://www.vinsduliban.fr/       (le plus grand choix)

http://www.cavisteduliban.fr/

http://www.libanus.com/

http://www.cdiscount.com/vin

 

David Cobbold


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Rugby World Cup (2): New World vs Old

Blog très officieux de la Coupe du Monde de Rugby (« et pourquoi pas? », comme aurait dit Charcot), les 5 du Vin s’intéressent cette semaine aux divers pays en lice et qui produisent du vin. Non qu’il y ait un lien systématique, mais constatons que 13 des 20 nations inscrites pratiquent plus ou moins assidûment les deux sports d’adresse que sont le vin et rugby.

Je poursuis donc la série entamée par notre ami David, avec un petit billet sur les vertus comparées du Nouveau Monde et de l’Ancien, qu’on oppose souvent, et pour le fruit de la treille, et pour l’Ovalie.

Définissons d’abord les termes. Quand on parle de vin, on assimile généralement l’Ancien Monde à l’Europe – le continent des traditions par excellence; c’est là qu’on trouve les appellations d’origine et c’est là qu’on trouve les terroirs les plus anciens, s’il faut en croire la communication dominante.

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Le Vieux et le Nouveau Monde du vin selon Wine Pair. On notera l’absence de l’Arménie et de la Géorgie, ou encore du Brésil, du l’Uruguay, du Mexique, de la Roumanie, de la Turquie, d’Israël, du Liban, des pays de l’ex-Yougoslavie et des pays du Maghreb – mais la présence de l’Alaska!).

Bien entendu, c’est en partie faux.

Au commencement était l’Asie

Intéressons-nous d’abord à l’ancienneté. Les historiens sont partagés sur le lieu exact d’apparition de la production de vin, mais pour l’instant, c’est l’Arménie qui tient la corde: des fouilles ont mis au jour à Aréni des vestiges de vinification datant de -6.100 avant JC. Et l’Arménie n’est pas en Europe, mais en Asie.

Par ailleurs, on buvait du vin en Géorgie, en Turquie, en Israël, au Liban, en Syrie et en Iran (entre autres), bien avant que Phéniciens et Grecs n’apportent la vigne en Europe. Enfin, on trouve des traces de vin en Chine (précisons: de vin de raisin)  depuis le règne de Cao Pi (200 après J.C.). 

Il nous faut aussi régler le cas de l’Afrique, dont la viticulture est très ancienne: le pourtour méditerranéen a été un des premiers grands foyers de diffusion de la vigne (notamment via Alexandrie et Carthage). Plus tard, Madère et les Canaries ont constitué d’autres plateformes importantes pour le vin dans sa conquête du monde. Nous sommes au 14ème siècle, l’Amérique n’a pas encore été officiellement découverte, mais l’on vinifie déjà à Funchal et à Ténérife. Deux siècles plus tard, un autre pays prend le relai –  c’est l’Afrique du Sud. Rappelons que la première production de vin dans la région du Cap remonte à 1659.

Le terroir, un monopole européen?

Mais abordons à présent ce qui fâche vraiment. La viticulture européenne peut-elle invoquer un quelconque monopole du terroir?

Là encore, la réponse est non. Le terroir, on le sait, n’est q’un potentiel, puisque ce sont les efforts de l’homme qui le révèlent. D’autre part, on peut attester de ces efforts, et donc de l’existence d’un terroir au sens européen du terme, dans plusieurs endroits du continent américain, et ce, depuis assez de temps pour établir une comparaison valable avec leurs équivalents européens.

Je pense notamment aux vignes entourant la cave historique d’Errazuriz, au Chili. Toujours dans ce pays, la renaissance des vieux carignans chers à Michel, ou encore du vieux cépage Pais dans le Secano (amené par les Espagnols dès le 16ème siècle), en font le laboratoire d’une nouvelle ancienne viticulture (non irriguée, en plus).

A l’inverse, bien des vignobles européens pratiquent aujourd’hui une viticulture industrielle, sans racines ni traditions, du type même de celle que l’on attribue habituellement à l’Australie ou à la Californie, par exemple.

La plupart des vignobles bulgares ou moldaves ont ainsi été replantés de cépages bordelais ou bourguignons, et pratiquent une viticulture certes moderne (voire à la pointe, parfois), mais qui repose sur une étude de la demande bien plus que du terroir. Ne soyons pas trop condescendants vis à vis de ces pays de l’Est, cependant: on trouve des vignobles équivalents en France, en Espagne ou en Italie. Personne n’a le monopole de la viticulture intensive, pas plus que personne n’a celle de la viticulture de terroir.

Pour en revenir au rugby, si l’on devait classer les nations par ordre d’arrivée dans le monde du vin, alors le vainqueur serait la Géorgie, où des traces de vinification remontent à -5000 avant JC, devant la Roumanie (-4000), l’Italie (-1500) et la France (-700). Viendraient ensuite, assez loin derrière, l’Argentine et l’Uruguay (1557), les Etats-Unis (1564), le Canada (1608) et l’Afrique du Sud (1659): puis, fermant la marche (toujours en termes d’antériorité), l’Australie (1820), la Nouvelle Zélande (1836) et le Japon (1875).

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Existe aussi en black… all-black! (plus d’info ICI)

 

Avant-derniers, les All Blacks? Et oui!

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de terroir au pays des kiwis. Juste que ce n’a pas été jusqu’ici leur principal axe de conquête du ballon dans la mêlée des nations du vin.

Hervé Lalau

 

 

 

 


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Pline, notre Ancien

Pline L’Ancien – les latinistes distingués s’en rappellent sans doute – est l’auteur de la première encyclopédie: L’Histoire Naturelle. Et même si ce n’était pas un vigneron dans l’âme, le vin tient une place importante dans son oeuvre et dans sa vie. Outre ses talents d’écrivain et de naturaliste, Pline fut ce qu’on appellerait aujourd’hui un grand commis de l’Etat; il est tour à tour procurateur (gouverneur) de la Narbonnaise et de l’Hispanie citérieure (la Tarragonaise).

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Or la viticulture était un secteur essentiel dans l’économie romaine, largement basée sur l’agriculture et le sel.
Au point qu’à de nombreuses reprises, Rome tente d’empêcher que l’on plante de la vigne ou des oliviers hors de son territoire, et freine considérablement l’importation de vin et d’huile.
A une époque où la conservation des aliments est malaisée, la transformation du raisin en vin est une production de premier plan. Toute grande propriété romaine classique a son vignoble. Il s’agit d’une culture de rapport, dont on consomme la production, mais surtout dont on vend le surplus, qu’on exporte, même, quand on est habile.
Pour un riche propriétaire, viticulture et oléiculture sont les mamelles de la réussite… On s’échange les bonnes adresses, on compare la qualité des terres, on partage les trucs du métier… ou pas , on tente de débaucher les experts et les chefs de culture, parfois à prix d’or… Dites, on se croirait maintenant!

Précis de géographie viticole romaine

Pline nous en apprend un peu plus sur les grands vins romains: le Caecubum (près de Gaète, tout au Sud du Latium), le Setia (aujourd’hui Sezze, également au Sud du Latium) et le Falernum, notamment. La Campanie semble avoir la cote, plus que la Toscane, par exemple.
Les mentions de régions viticoles ne se limitent pas à l’Italie: ainsi,  le Romain apprécie beaucoup les vins de Laletana (Catalogne actuelle). Par contre, Pline tient les vins d’Intergallias (le Languedoc actuel) en piètre estime.
Pline vante aussi certains vins grecs d’antique renommée, comme ceux de Corinthe, de Lesbos et de  Chios. De même que ceux de Chypre et de Smyrne. Sans oublier Carthage, dont l’agronome Magon a écrit un des traités de viticuture les plus connus de l’époque.
On le voit, la géographie viticole du monde romain est à la fois familière et déconcertante… Il faut dire qu’à l’époque, la vigne se limite au pourtour méditerranéen, ou peu s’en faut.

Héritage

2000 ans ont passé, et pourtant, certains usages particuliers subsistent.
Ainsi, Pline nous dit que le Caecubum poussait sur des arbres – des peupliers, pour être précis. Ce mode opératoire qualifié d’ «étrusque» est toujours pratiqué de nos jours dans la région de Caserte, quelques kilomètres plus au Sud. Une région tellement bénie des Dieux que les Romains la nommaient Campania Felix – le pays du bonheur. Et une région dont Pline nous dit que ses vins «sont ceux qui conviennent le mieux aux gens de qualité».
La Campanie est d’ailleurs la région qui semble avoir préservé le mieux les traditions latines. Notamment au plan des cépages (la Falanghina serait l’héritière du Falurnum, le Fiano descendrait de l’Apianum).
D’autres allusions surprennent: ainsi, Pline nous dit du Falernum que c’est le seul vin qui s’enflamme – un trait qui, selon lui, dénote, sinon une qualité, au moins une bonne concentration. Il en distingue de deux sortes: l’austerum (sec) et le dulce (doux).
Il professe des conceptions que ne réprouveraient pas les tenants de la biodynamie: ainsi, il est convaincu que les plantes voisines de la vigne influencent le goût du vin (l’ellébore, par exemple).
D’autres références nous font penser aux crus d’aujourd’hui. Ainsi, Pline divise le Mont Gaurus, grande zone viticole de l’époque, en trois sous zones, donnant chacune son nom à un vin : le Gauranum (la partie occidentale de la montagne), le Massicum (la partie orientale) et le Falernum proprement dit, sur son flanc nord… On se croirait à Croze-Hermitage…
Rien que pour le monde latin (car Pline fait preuve d’un certain chauvinisme romain); il dénombre 80 types de vins – crus ou déclinaisons.

Vin & santé

Plus original, l’historien latin vante aussi les différentes vertus médicinales des crus de son époque: ainsi, pour lui, le Setia aide à la digestion, tandis que les vins de Signia permettent d’arrêter le cours de ventre ; le Surrentinum et l’Albanum sont âpres, voire violents, au contraire du Falernum.
Plus généralement, le vin «entretient les forces, nourrit le sang et donne de la couleur». Quand il est pris avec modération, bien sûr, car pour Pline, qui n’est pas un gros buveur, «l’excès produit l’effet inverse».
A cette condition, « il est salutaire pour l’estomac, excite l’appétit, bannit la tristesse et l’inquiétude, ranime la chaleur, provoque les urines et procure le sommeil ».

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Vinification

Pline s’intéresse aux différents modes de vinification; il vante le vin de première goutte (protopum), qu’il oppose au vin de lie (dilution de lies dans de l’eau).  Mais la plupart du temps, il souligne que la conservation du vin nécessite force adjuvants.
Ces ajouts peuvent être répartis en deux catégories : les «améliorateurs», et les «conservateurs».
Dans la première catégorie, on rangera les sels de chaux (censés faire disparaître l’acidité naturelle trop forte de certains vins) et la résine (qui «rend les vins faibles plus forts». Ou encore le miel, qui adoucit le goût. Ou les fleurs séchées.

Dans la deuxième catégorie, on rangera l’eau de mer… Pline souligne à ce propos les avantages de certaines eaux par rapport à d’autres…
Un blanc comme le Signium, près de Rome, dont Pline note le caractère astringent, est un des rares auxquels on n’ajoute pas d’eau de mer.
Ne pas confondre les vins à l’eau de mer et les vins «amarinés»: Pline cite une coutume grecque qui consiste à immerger les amphores en mer, pour une meilleure conservation. Le vin qui en est issu s’appelle le Thethalassomenon.
D’autres adjuvants semblent carrément rebutants, comme le marbre pilé,  la cendre (qui donne au vin une saveur alcaline), la résine bitumineuse, la racine d’iris… Certaines pratiques s’apparenteraient presque à de l’empoisonnement : l’utilisation de contenants en plomb, par exemple (les Romains n’hésitent pas, pourtant à y faire bouillir le vin, et même à y rajouter du vert-de-gris).

Reste que ce type de tambouille, et l’aromatisation en général, sont des choses tout à fait admises à l’époque de Pline. Et puis, on mourait de bien d’autres choses, à son époque: guerres, révoltes d’esclaves, assassinats politiques, faites votre choix… Lui a eu une mort plus originale, sous les nuées de l’éruption du Vésuve, en 79 après JC, tout près de ses chères vignes du Falernum…

Ses connaissances en matière de vieillissement du vin semblent tout de même très incertaines: ainsi, il préconise de mettre le vin nouveau dans des contenants abritant un fond de vinaigre…
Dans bien des cas, il semble n’avoir qu’un savoir indirect, assez académique du vin. Son Histoire Naturelle reprend énormément de textes d’autres auteurs, qui parfois, se contredisent. Columelle, dont l’oncle a un domaine viticole en Ibérie, est plus pratique…
Il nous dit que le Massicum est un vin de garde; mais que l’Albanum devient de plus âpre à mesure qu’il vieillit; idem pour le Surrentinum. Mais l’assemblage se pratique déjà à l’époque: certains marchands de vins ajoutent du Falernum au Surrentinum pour l’adoucir.

Pline dénonce aussi les fraudes des marchands qui assemblent jeunes et vieux vins, ou qui font vieillir les vins à la fumée. Pour lui, chaque vin doit conserver sa saveur naturelle et être bu au moment où il paraît le plus agréable, « c’est à dire au milieu de son âge ».
Reste à définir ce terme : Pline, en effet, nous dit qu’on en buvait des Falerne de près de deux cents ans, précisant que ceux-ci «avaient acquis la consistance du miel».
Enfin, notre «confrère» latin n’hésite pas à se lancer dans la polémique du «c’était mieux avant» : il souligne que le Falerne, et notamment celui de la zone du Faustinus, avait acquis un haut degré qualité par les soins apportés à sa culture; mais que « cette qualité n’est plus ce qu’elle était, parce que l’on vise plus à la quantité qu’à la qualité ».
Rien de neuf sous le soleil !

Enfin, si, quand même: la plupart des Romains boivent le vin coupé d’eau, contrairement aux Gaulois, qu’ils considèrent comme barbares à cause de cette «fâcheuse habitude». En Gaule, d’ailleurs, au départ, le vin est un facteur de civilisation. Ne boivent que les chefs et les guerriers, qui substituent le vin au sang de l’ennemi. Le vin est une denrée de luxe tant que les Romains contrôlent son commerce, il faut attendre un siècle après Pline pour que la production locale permette d’étancher à moindre coût notre soif grandissante. Mais c’est une autre histoire…

Hervé Lalau

 

Vous pouvez retrouver cet article et les autres de la série Art & Vin sur le site d’In Vino Veritas


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Le vin de Napoléon

Il y a 200 ans, presque jour pour jour, le 20 mars 1815, Napoléon Bonaparte remontait sur le trône.

Trois semaines plus tôt, celui que la presse monarchiste appelait encore l’Ogre corse quittait l’Ile d’Elbe et débarquait à Golfe Juan. Phénomène amusant, au fil des jours et des ralliements, le ton changeait dans les journaux, l’usurpateur redevenant l’Empereur.

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20 mars 1815 , Rentrée de Napoléon aux Tuileries. Grav. sur bois d’après un dessin de Félix Philippoteaux

Paris fit même la fête à Napoléon.

Mais quelle était le vin préféré de Bonaparte? Un Champagne, en souvenir de ses jeunes années à Brienne?

Un Chianti, en souvenir de ses campagnes italiennes?

Ni l’un ni l’autre, mais le Chambertin, sans doute découvert à Auxonne par celui qui n’était encore qu’un petit Lieutenant d’artillerie, de 1788 à 1791.

Voila qui semble flatteur pour l’illustre cru de Bourgogne.

Sauf que Napoléon le coupait d’eau! Sa recette: 50/50.

Les prix du Chambertin étaient pourtant encore loin de ceux d’aujourd’hui…

Her


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Je suis Bardo

Un deuxième billet aujourd’hui, pas pour le plaisir, non, mais parce qu’il faut que ça sorte; même si ça ne sert à rien.

Je vous ai déjà fait part ici de mon faible pour les vins de Tunisie, et au delà, pour ce pays. Il se trouve que j’ai visité le musée du Bardo à Tunis, il y a quelques mois. J’ai pu y admirer les merveilleux témoignages de la culture de la Tunisie, au fil de son histoire – numide, carthaginoise, romaine, byzantine, islamique… et notamment de sa viticulture, qu’illustrent de merveilleuses mosaïques, dans certaines salles.

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Une des très belles mosaïques du Bardo (photo H. Lalau)

Aujourd’hui, j’apprends que des terroristes viennent d’assassiner des visiteurs au sein même du musée.

J’aurais pu faire partie des victimes. Comme n’importe quel touriste, comme n’importe quel badaud, amoureux des belles choses, curieux des cultures différentes, de la diversité.

Je suis d’autant plus révolté que je sais à quel point la Tunisie a besoin de stabilité. D’ouverture. De touristes aussi, puisque le tourisme est un des moteurs de l’économie de ce superbe pays que j’ai appris à aimer. La nouvelle ministre du tourisme, Salma Elloumi Rekik, ne ménage pas ses efforts pour y parvenir.

Alors, quel gâchis!

Aujourd’hui, comme j’ai été Charlie, je suis Bardo.

A mes amis Tunisiens, je veux juste dire: tenez bon!

Hervé 

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