Les 5 du Vin

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La bise à Bize

Que faire en ce premier dimanche de Septembre ?

Si vous habitez le Sud ou si vous ne faites que le traverser, j’ai une halte rêvée pour vous. En gros, c’est entre Béziers et Carcassonne, à l’écart des autoroutes sans être perdu pour autant. Je vous propose de venir me faire la bise à Bize-Minervois, haut-lieu du vignoble languedocien pour deux saisons seulement, puisqu’on entre dans une sorte de Saint-Vincent tournante où, pour un cycle de deux ans, un village élu du Minervois est désigné pour accueillir les Tastes. Les Tastes en Minervois, puisque c’est le nom de la manifestation, est une sorte de festival autour du vin et de la gastronomie qui en est à sa 3 ème édition avec le ferme espoir de frôler le chiffre de presque dix mille visiteurs échelonnés en deux temps : le samedi soir pour festoyer et le dimanche, ce dimanche, pour prendre son plaisir en famille ou entre amis.

Attention, si vous me faîtes l’affront de me demander où se trouve le Minervois, je vous casse la gueule ! Ben oui, quoi. Vous êtes sur un site légendaire qui cause du vin et vous ne savez toujours pas que le Minervois et ses coteaux juste aux pieds de la Montagne Noire se trouvent dans le fameux triangle vineux qui va de Narbonne à Carcassonne avant le rejoindre Béziers, l’ex capitale pinardière devenue au fil des décennies pourvoyeuse de grands vins blancs, rosés et rouges ? Enfin, que ce triangle est traversé par le fameux Canal du Midi ?

Maintenant, pourquoi à votre avis je vous presse tant de vous rendre à Bize-Minervois ce dimanche, surtout, mais aussi ce samedi si vous le pouvez ? Pour plusieurs raisons, outre le fait que je serai de la partie, facilement reconnaissable par mon chapeau de paille plutôt authentique et élégant si on le compare aux imitations de panama et autre borsalino qui pullulent ces temps-ci. Plus sérieusement, je vous invite à venir découvrir un village qui sera non seulement investi dans la  promotion de ses productions locales (coopérative oléicole bien connue pour ses olives lucques, fromages de chèvre), mais aussi un village entièrement impliqué dans cette troisième édition.

Voulez-vous une liste de ce que vous y trouverez ou de ce que vous pourrez y faire ? Commencer par déguster, cela s’impose : une centaine de vignerons de l’appellation proposeront sur ces deux journées, dont une soirée, des vins sélectionnés en fonction des accords proposés par quatre chefs émérites de la région installés sur la placette, l’esplanade ou les ruelles de cette coquette bourgadee où 25 vignerons se relaieront à tour de rôle pour proposer la dégustation gratuite d’un de leurs vins estampillé Minervois. Et quoi d’autres, me direz-vous ? Un barista, spécialement venu de Toulouse, notre désormais capitale, sera là pour nous offrir ses cafés.

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le Domaine Luc Lapeyre sera bien représenté !

Bon, m’objecterez-vous, tout cela tournera autour du bio, inévitable de nos jours, du street food, du burger, de la world food et de toutes ces cochonneries dont on vous rebat les oreilles depuis des années afin de vous fourrer dans le crâne qu’il ne faut surtout pas devenir un has been. Vous n’aurez pas tort, et alors ? Quand je vous citerais quelques mini-plats proposés, maquereau à la flamme, farce fine de volaille sauce poulette, accra de crevettes, collier d’agneau confit, mozzarelle des Corbières (voisine d’en face), café au lait frappé en granité, baba au marc de muscat pour ne citer que ceux-là, je pense que vous viendrez volontiers me rejoindre. Sachant que cela ne vous coûtera que 15 € pour un un plateau équipé d’un vrai verre de dégustation et de quatre jetons pour cheminer dans un univers gourmand parsemé de vignerons qui vous attendent la bouteille à la main. Il y a également un espace pitchouns avec jeux et ateliers divers encadré par des professionnels diplômés, un repas aussi qui leur est préparé par le café du village, des promenades guidées et commentées dans les environs immédiats, des espaces soft drinks gratuits, des conférences… Un grand parking vous attend, ainsi que des dizaines d’agents de sécurité. Un site d’information sur le site du Minervois est consultable ici même.

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Profitez-en pour visiter non loin de là la belle cathédrale Saint-Nazaire de Béziers.

La raison pour laquelle je m’autorise à mettre en avant cette manifestation, c’est parce qu’elle est l’exemple de ce que devrait faire une appellation pour ne pas sombrer dans l’oubli. Avec ses nombreux bénévoles, sons sens festif et son organisation, elle fédère l’appellation tout en offrant au vigneron la possibilité de se faire connaître et de vendre son vin. C’est une bonne chose.

A demain donc, ou sinon à l’année prochaine, toujours à Bize !

Michel Smith

 

 

 

 


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La Cité du Vin à Bordeaux

Dans certains cercles snobinards du vin, le « Bordeaux bashing » est à la mode. Cela est aussi stupide que n’importe quelle mode. Quand je pense à tous les cavistes et restaurants à Paris qui ne veulent même pas entendre parler d’un vin de Bordeaux, je mesure la profondeur des ces préjugés idiots. Bordeaux a aussi beaucoup souffert, selon le secteur, des récentes gelées et mérite à ce titre toute notre sympathie en ce moment, car ce ne sont pas que les fortunés qui ont été touchés.

Dans les vins de Bordeaux, une des choses qui m’impressionnent, plus encore que les crus classés et consorts qui sont souvent des monuments de finesse et de longévité, est la largueur de la fourchette des prix pratiqués. Il est quasiment impossible de trouver un vin buvable en Côte d’Or à moins de 10 euros, alors que Bordeaux abonde d’excellents vins dans cette zone de prix.

Mais il y a aussi la ville de Bordeaux et sa somptueuse architecture, son urbanisme civilisé et accueillant pour le piéton, et, d’une manière générale, son dynamisme actuel. Le touriste ne s’y trompe pas en faisant du capitale de la Gironde sa destination française préférée après Paris.

J’ai visité récemment et à trois reprises la Cité du Vin à Bordeaux, passant chaque fois entre deux et trois heures très agréables dans ce lieu étonnant et globalement très réussi. Là aussi, le succès est au rendez-vous car la fréquentation semble tenir les ambitions annoncés, de l’ordre de 450.000 visiteurs par an. Fin 2016, sept mois après l’ouverture, le chiffre avait déjà atteint 216.000 visiteurs payants et je crois qu’il a maintenant dépassé les 340.000. Son nom complet est « Fondation pour la Culture et les Civilisations du vin », ce qui dit pas mal de choses de l’ambition du projet.

L’aspect extérieur de ce grand bâtiment étonne, comme d’ailleurs l’intérieur. C’est un parti-pris architectural osé, que tout le monde n’aimera pas (des noms à tendance scatologique circulent, mais peu importe), mais la chose fonctionne très bien à l’intérieur pour le visiteur, à quelques détails près.

On peut visiter librement tout le rez-de chaussée qui inclut, outre des lieux fonctionnels, une vaste librairie et boutique vendant objets liés au vin, un magasin rempli de vins du monde entier et un bistrot à vin servant au moins 24 vins au verre. Des expositions temporaires et des salles de conférences et de dégustation, ainsi qu’une bibliothèque, se trouvent au premier étage, et la vaste exposition permanente, très didactique et souvent créative dans son approche, se trouve au deuxième étage. Certes, un professionnel du vin n’apprendra peut-être pas grand chose (qui sait ?), mais ce n’est pas lui la cible. Car cette exposition, qui dépend beaucoup d’un système audio-visuel sophistiqué (et parfois fragile) pour chaque section, vise clairement le grand public, et c’est tant mieux. L’espace est vaste, ce qui vous permet de revenir sur vos pas facilement pour voir une présentation qui était occupé par d’autres lors de votre premier passage. Il y a une section importante sur les vins de Bordeaux et leur histoire, ce qui est normal vu l’emplacement, mais l’impression générale est d’une ouverture vers le monde du vin dans son ensemble.

Le ticket d’entrée est de 20 euros, ce qui n’est pas donné; mais l’expo est assez vaste et diversifiée et vous y passerez facilement 2 heures sans voir s’écouler le temps au dessus du flux de la Garonne. En prime, on vous offre un verre d’un de 12 vins du monde entier (la sélection change tout le temps) dans un bel espace au huitième étage, avec une vue imprenable sur toute la région. Si vous avez faim, il y a un bon restaurant au 7ème, ou bien retournez au bistrot au rez-de-chaussée.

Des critiques? Quelques unes, quand même. La partie historique à un côté kitsch qui lasse un peu avec, entre autres, une sorte de mise en scène dans lequel l’inévitable Pierre Arditi fait son numéro et certaines présentations sentent un peu trop le sponsoring. Mais on passe vite à autre chose et il y a de quoi. Sur un plan pratique, la circulation entre les étages n’est pas toujours d’une grande limpidité, vu la configuration du bâtiment et la séparation des ascenseurs et deux blocs en fonction des étages.

Mais j’encourage tout le monde à faire un tour à la Cité du Vin, à Bordeaux, à la prochaine occasion. Le tram passe à côté et s’arrête devant. Sinon, la marche le long des quais jusqu’au Pont Chaban est un pur bonheur.

Pour plus de détails, y compris sur un programme riche en conférences intéressantes, voici le lien :

http://www.laciteduvin.com/fr

David Cobbold


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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…

 

 


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À Barcelone, pour une piquouse au Jerez…

Marie-Louise Banyols nous a bien fait comprendre ces derniers temps l’importance que prenait le vermut dans les lieux où le vin est à l’honneur en Espagne, certes, en Catalogne et à Barcelone en particulier. Personnellement, je n’ai jamais été emballé par ces vins « arrangés » et mes amis savent à quel point mon goût est nettement plus porté vers la spontanéité et la fraîcheur du Fino, ce vin sec si moderne et si profondément andalou qu’il me file une claque en bouche, requinque mon cerveau et me donne l’irrésistible envie de revivre, de parler, de rire et de croquer langostinos, calamares, almejas, anchoas, olivas, almendras, tortillas, jamones ibéricos… que sais-je encore dans le vaste répertoire des gourmandises que l’on trouve dans tous les bons bars de Jerez de la Frontera, Sevilla, Cordoba, ou San Lucar de Barramedia, chez Bigote par exemple, ou même à Puerto de Santa Maria pas très loin de Cadiz.

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À Barcelona, comme en d’autres villes de Catalogne que je fréquente en voisin depuis 30 ans, les vins de Jerez, Manzanilla et Montilla-Moriles inclus, n’ont jamais été totalement absents du paysage vineux. Bien que le choix ait été limité, j’ai toujours pu m’en procurer sans trop de difficultés. Pourtant, je n’ai jamais senti une réelle frénésie autour de ces vins et j’ai plutôt essuyé quelques revers : mauvais service mêlé à un choix plutôt limité, à un désastreux manque de connaissance et à une attitude frisant la racisme anti-andalou. Or, les courants d’air passant plutôt bien dans les artères rectilignes de la grande catalane où les modes changent désormais aussi vite qu’à Londres ou Paris, il se pourrait bien que dans un jour très proche le Jerez et sa foison de vins spéciaux fassent des ravages du côté des ramblas. Déjà, il y a deux ans, j’avais découvert sur le tard un filon de taille (une trentaine de références) lors d’une halte avec mon copain Bruno à Palafrugell, chez Grau, un grand magasin dédié aux vins, liqueurs et alcools qui a déclenché chez moi une série d’articles pas mal controversés ici même. Si vous êtes curieux, vous retrouverez les trois papiers sous le titre El Rey Fino.

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Lors de mes finoseries habituelles, j’avais aussi commis un ou deux articles sur Monvinic, un bar chic où officie l’une des meilleures sommelières d’Espagne, la poitevine Isabelle Brunet. Lors d’un séjour à Londres idem, où les bars à finos semblent gagner du terrain. Et à Paris ? Que dalle… du moins à ma connaissance. Voilà donc que depuis quelques années on constate que les branchés du vin s’ouvrent timidement mais sûrement au Jerez et que des explorateurs fous de caves andalouses, tels ceux de l’Equipo Navazos dénichent de vraies pépites qu’ils mettent en bouteilles afin de nous faire partager leur passion.

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Je vais commencer – il était temps ! – par le commencement : ma rencontre avec le premier lieu vanté par Vincent. Il vient d’ouvrir à deux pas de la trépidante Diagonal, à hauteur d’un gigantesque rond-point qu’est la Plaça Francesc Macia. Il s’agit d’une cave à l’allure et au nom modestes, El Petit Celler, précédée d’un bar assez discret et sans prétention comme il y en a tant dans cette ville, un lieu idéal pour servir de refuge à quelques employés du quartier venus discuter d’une affaire entre deux coups de fil et une pause cigarette. Vous verrez, on y arrive facilement en remontant le trottoir de droite de la courte mais assez large carrer Beethoven.

WP_20160406_012Après un vrai Illy caffe servi ristretto dans les règles de l’art et bu à la va-vite au bout du comptoir, faîtes comme moi en filant droit vers le fond de la boutique. C’est là que vous attendent quelques 260 références andalouses qui font de cette petite cave probablement la plus grande au monde, en tout cas la plus fournie en fioles de Jerez et autres Montilla-Moriles. On reste coi face à la variété et à la rareté des vins qui sont exposées. Et pas que dans le créneau du fino ! Toujours avec en bouche le parfum de la douce amertume rôtie de mon café du matin (il est presque midi, mais il faut se mettre au rythme local…), tout en réclamant l’aide du patron, Sebastià Lozano, je mets la main sur une petite bouteille d’une marque qui m’était inconnue et dont le prix ne dépassait pas 20 euros. Je demande à l’avoir en terrasse dans un seau à glace. Une telle exigence ne choque nullement Sebastià qui ajoutera à ma demande une petite assiette de morceaux de jambon ibérico.

Accompagnant notre dégustation de quelques bouffées d’un excellent cigarillo cubain (il n’était pas l’heure du gros cigare), un petit Partagas, ma compagne et moi étions aux anges lorsque jaillit de la rue l’ombre (amincie) de notre ami Vincent. Ni une ni deux, sur le ton triomphal du « Goûtez-moi ça, vous allez voir que c’est autre chose ! », voilà qu’il nous fait servir un autre flacon, sa découverte du moment. Fier tel un hidalgo d’opérette, aussi à l’aise qu’un paysan gascon, il nous sert son trésor, son vin d’amour tout droit sorti d’une bouteille aux allures de fiole antique. Le vin est gras de matière, mais il est pourtant aussi solide que le mur d’enceinte de l’Alcazar de Jerez. Il file bien droit en bouche, imprimant dès le départ le style aiguisé et distingué d’un jeune cavalier en habit sorti tout droit de l’école équestre de la ville pour parader devant les belles qui se pressent sur le chemin des festivités de la Feria del Caballo.

Un équilibre fait d’élégance, de perfection, de finesse… bref, un fino parfaitement bien éduqué, pour employer un terme de spécialiste. Le nom de ce rarissime fino ? Urium. Il s’agit d’un fino issu de raisins biologiques élevés en solera sous la fleur et mis en bouteilles en rama, c’est-à-dire « tel quel », ou « tout cru », sans filtration, comme l’explique in english l’excellent blog Sherry Notes.

Au cœur de la vieille cité de Jerez, dirigée par un collectionneur de soleras Alonso Ruiz et sa fille, Rocio, la Bodega Urium est l’une des dernières petites maisons familiales jerezanas qui s’accroche à ses vieux murs et cultive son indépendance avec autant de sérieux qu’elle met de soin à élever ses vins. Et sous cette même signature, l’amateur trouvera une gamme de V.O.R.S. (Very Old Rare Sherry ou encore Vinum Optimum Rare Signatum) déclinée en Amontillado , Palo Cortado, Oloroso et Pedro Ximénez, garantissant des vins de plus de 30 ans !

Fier de sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Heureux de sa trouvaille, Vincent sombre  un instant en pleine méditation.

Nous étions déjà bien gais en cette fin de matinée, grisés que nous étions par la fraîcheur et la qualité de la flor peut-être, alors que notre journée Jerez ne faisait que commencer. Il était temps de se laisser cueillir par un taxi jaune et noir pour notre prochaine étape encore plus folle que celle d’avant. Si vous êtes comme moi accro au fino, suivez-nous Jeudi prochain pour une mémorable virée à deux pas des fameuses Ramblas.

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!Adiós y hasta pronto¡

Michel Smith

©photos MichelSmith

PS Cet article est dédié à l’ami Étienne Hugel qui aurait pu nous accompagner dans cette virée …


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Apportez votre vin !

Cela se passe dans un premier temps au cœur du quartier de la Petite Italie, à Montréal, où ma Brigitte m’a pris par la main dans la neige fondante l’autre jour afin de me faire découvrir « le » lieu où l’on trouve à coup sûr un vrai caffe qui soit parfaitement à mon goût. Ce fut fait de manière magistrale dans ce temple ritale qu’est le Caffe Italia où le ristretto assez amère est fait avec expertise. Assurément pas le meilleur du monde, mais bon quand même. Brigitte prit ensuite la décision de me familiariser avec une habitude devenue au fil des ans très québécoise et qui consiste à arriver au restaurant avec son propre vin sous le bras. Le concept est en réalité inspiré semble-t-il par une initiative nord-américaine connue sous les noms de BYOW (Bring Your Own Wine) ou de BYOB (Bring Your Own Bottle) comme en atteste cette liste dressée par New York magazine. Londres aussi serait de la partie. Quelle ville à commencé la première, cela importe peu. Ce qui compte, c’est l’idée que je trouve personnellement géniale.

Photo©MichelSmith

L’Italia àMontréal. Photo©MichelSmith

Ici aussi, au Québec, les restaurants AVV (Apportez votre vin) ne manquent pas. La pratique existe depuis les années 80 pour le plus grand bonheur des restaurateurs qui adhèrent de leur plein gré à cette philosophie d’accueil et qui ne trouvent dans cette pratique que des avantages. Dans le sens de la convivialité d’abord, puis de la simplification dans la gestion de leur entreprise puisqu’ils n’ont plus à se soucier d’entretenir une cave. En échange, cela permet au client de consommer le vin qu’il aime sans avoir à subir le supplice d’un choix le plus souvent cornélien à cause d’une carte de vins elle-même le plus souvent décevante car trop courte ou trop mal construite quand elle n’est pas tout bonnement trop ruineuse.

La Madura entre en scène. Photo©MichelSmith

La Madura entre en scène. Photo©MichelSmith

Donc, après ma dose de caféine, je fus entraîné illico dans un magasin de la SAQ (voir mon article de jeudi dernier) où nous nous sommes procurés un flacon d’un Saint-Chinian La Madura 2012 parfaitement à point acheté pour une somme raisonnable, autour de 20 $Can. Et c’est armé de cette bouteille que nous fîmes route, toujours dans le même quartier, vers une très familiale pizzeria Napoletana nichée à l’angle de la rue Dante et de l’avenue de Gaspé avec assez de place pour garer notre auto entre deux monticules de neige fraîchement déblayée. En dehors du fait que c’est la plus vieille pizzeria de la ville, l’endroit n’a rien d’extraordinaire. Mais, comme partout ailleurs au Québec, on y est bien reçu ce qui fait que le restaurant ne désemplit pas. C’est aussi l’un des restaurants les plus appréciés des adeptes de la formule Apportez votre vin, une tendance très répandue au Canada comme je l’ai laissé entendre plus haut, mais aussi une sorte d’association dont la mission au Québec est quelque peu différente de sa sœur anglo-saxonne en ce sens qu’elle impose au restaurateur qu’il ait un « permis d’alcool » et qu’il procure à ses clients la verrerie nécessaire sans exiger en retour un « droit de bouchon » comme cela se fait couramment ailleurs et jusque dans quelques restaurants chez nous. Dans ce cas précis, je dois avouer que nous n’avons pas été soignés question verrerie, mais bon, l’expérience méritait d’être tentée et le serveur ouvrit notre bouteille sans sourciller comme il le fit à d’autres tables.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Pour en avoir le cœur net et apprécier pleinement la formule AVV, je l’ai testée avec des amis nouvellement montréalais, des amateurs de vins retrouvés dans un autre établissement de la ville. C’était dimanche dernier, pour le brunch, au restaurant O’Thym, boulevard de Maisonneuve, en plein quartier gay pas loin de de la très commerçante rue Sainte Catherine. Là, non seulement ce qui nous était servi était bon et proposé à un prix extrêmement honnête, mais de charmantes hôtesses remplissaient leur rôle avec efficacité et sourire. Comme d’autres clients autour de nous, nous avions amené des bulles histoire de fêter nos retrouvailles. Sans même avoir à le demander, un élégant seau à glace coiffé d’une serviette blanche nous fut servi, ainsi que des flûtes. Pour les vins suivants, chaque bouteille était ouverte par une serveuse qui en profitait pour changer nos verres.

Isabelle et Alain, deux amis retrouvés et venus avec leur vin. Photo©MichelSmith

Isabelle et Alain, avec leur vin. Photo©MichelSmith

Pour ceux que ça intéresse, O’Thym n’est pas le seul établissement AVV à obtenir l’adhésion de la clientèle. Dans le même esprit de convivialité et de service efficace sans être guindé et sans avoir à payer de droits de bouchon, ma compagne m’a assuré avoir fait d’excellents repas dans d’autres restaurants AVV de Montréal, au Quartier Général, par exemple, à l’État Major et À l’Os. Les adresses ne manquent pas et vous pouvez en trouver d’autres ici. Pour ceux qui visiteraient la ville de Québec, je suis même tombé sur un site « pages jaunes » répertoriant les restaurants Apportez Votre Vin. Dès lors, je me suis mis à rêver : pourquoi diable un tel système ne fonctionnerait-t-il pas chez nous ?

Le saumon boucané de O'Thym. Photo©MichelSmith

Le saumon boucané de O’Thym. Photo©MichelSmith

Bonne question ! Car ces expériences québécoises me confortent dans une idée qui fait de plus en plus son chemin chez moi : je connais en effet plus d’un restaurant en France, pays de la gastronomie et du vin, dont la carte des liquides est médiocre pour ne pas dire inexistante et le service du vin plus que répréhensible. Nos restaurateurs, du moins une bonne partie d’entre eux, seraient bien avisés de s’inspirer de cette formule. D’autant qu’il est hélas devenu courant chez nous de voir dans les mêmes restaurants des tablées entières où le vin a disparu de la circulation. Outre les raisons hygiénistes, c’est aussi parce que le vin est trop cher. Cette situation est due le plus souvent à une méconnaissance totale des choses du vin, voire à un désintérêt manifeste pour le vin de la part des patrons de bistrots ou des restaurateurs qui se veulent pourtant au sommet de la modernité. Ces gens-là n’ont rien compris et leur attitude est rétrograde. Il est temps que les esprits bougent.

Notre Puch est entré sans que j'ai besoin de supplier le chef de m'en acheter. Photo©MichelSmith

Notre Puch est entré sans que j’ai besoin de supplier le chef de m’en acheter ! Photo©MichelSmith

Compte tenu de leur manque désespérant d’enthousiasme – de leur talent en berne aussi -, nos restaurateurs pourraient aisément s’inspirer du Québec et se débarrasser de la charge que représente pour eux l’entretien d’une carte des vins décente et digne de ce nom. On peut parier qu’ils bénéficieraient ainsi d’un regain d’intérêt de la part de la clientèle et participeraient, plutôt que de céder à la sinistrose ambiante et d’en vouloir sempiternellement à nos dirigeants, au renouveau de la restauration française.

O'Thym à 11 h 30, à l'heure du brunch. Photo©Mi

O’Thym, à l’heure du brunch. Photo©MichelSmith

Ainsi, nos chers restaurateurs adeptes de culbutes sur le dos du vin pourraient consacrer plus de temps et d’argent à l’accueil, au service ainsi qu’à la cuisine, ceci pour le plus grand bonheur de leurs clients. À moins qu’ils ne tiennent à s’encroûter dans leur traintrain quotidien en débitant du vin médiocre acheté sans passion aucune dans l’unique but d’améliorer leurs sacro-saintes marges. En ce cas, qu’ils ne se plaignent pas de voir se perdurer cette fameuse crise qui se manifeste par la désertion notoire d’une clientèle de moins en moins attirée par l’idée de fréquenter un restaurant. Si une telle désaffection perdure, le gros des restaurateurs de France et de Navarre en sera largement responsable. Au lieu de se morfondre et d’accuser tel ou tel ministre, ils devraient se concentrer sur la refonte de leurs pratiques et regagner enfin la confiance des consommateurs. Alors oui, l’idée du AVV devrait en inspirer plus d’un !

Michel Smith

 


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London : itinéraire d’un finoïste convaincu

C’est bien connu : il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et puisque j’aime bien me remettre en cause, revenir sur mes à-priori, dire oui un jour, non le lendemain, pour pimenter mon presque biannuel voyage à Londres, voyage entrepris afin de mieux me faire connaître auprès de mon espiègle et charmante petite-fille, Astrid, j’ai décidé de m’attaquer à l’épineux et néanmoins capital problème qui consiste à bien grignoter tout en buvant au minimum un bon verre de fino par jour dans une ville tentaculaire où les restaurants pullulent. Pourquoi une telle obsession, me direz-vous ? Tout simplement parce que lorsque je vivais à Londres dans ma prime jeunesse, le sherry, mot désignant dans leur ensemble les vins de Jerez, était très prisé dans les pubs où on le servait sous la forme de sweet, medium dry, ou dry sherry. À des dames principalement…

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Gloomy London, on a Sunday evening. Photo©MichelSmith

Bref, à l’époque, entre 1965 et 1970, ces vins andalous me semblaient archi populaires alors que personnellement je ne pouvais les avaler préférant de loin la bière et la vodka-orange ! Souvenez-vous, lors d’une précédente expédition trans-manche où je m’épanchais déjà sur le vin à Londres, j’avais l’impression que les sherries n’étaient plus du tout en vogue dans cette ville. Je dois avouer que ce sentiment est sèchement balayé au retour de ce tout dernier voyage à cheval sur le week-end dernier. Lors de cette longue fin de semaine, Londres m’est subitement apparue comme étant de nouveau sherry friendly.

WP_20151207_026Comme soudainement hispanisée, la capitale anglaise serait sous l’emprise d’une sorte de fino mania qui ne peut que m’enchanter et me séduire. Pour vous le prouver, je vais vous décrire quelques unes de mes étapes récentes dans cette mégapole toujours aussi bruyante, frénétique, friquée et démesurée où tout est fait pour encourager la consommation des vins en général à toute heure de la journée alors qu’à mon époque, comme on dit, les pubs n’ouvraient qu’à certaines heures précises et contraignantes.

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First stop at La Vinoteca. Photo©MichelSmith

Première étape au sortir de la cohue du tube de la gare de King’s Cross dans une sorte de vaste eating place toute neuve dédiée au vin, où l’accueil est chaleureux et prévenant. Au bar Vinoteca, le plus connu d’une chaîne londonienne composée de 5 établissements, lorsque l’amateur questionne le serveur sur l’offre fino disponible, il vous propose une Manzanilla en petite bouteille (37,5 cl), La Sanluqueña, un vin très original, profond et ample en bouche quoiqu’un brin rustique sur les bords. Première bonne impression, d’autant que la carte, consultable en ligne, ou offerte sur place sous forme de brochure, donne plein d’autres idées pour commander du vin à emporter. On peut s’offrir le verre (4,25 £ pour 10 cl) en compagnie de jambon de Teruel et de chorizo (11 £ l’assiette), une adresse où je reviendrai volontiers !

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Deuxième étape, cette fois-ci plus familière puisqu’en plein Borough Market, à l’Applebee’s qui reste de loin mon restaurant favori tant on sait y servir le poisson presque à la perfection – fraîcheur et cuisson – dans une ambiance décontractée. Sur le gros calamar frit au sel et au poivre (9,95 £), ou sur le duo de sashimi (12,50 £), le Jerez fino del puerto de Guiterez Colosia (17 £ la petite bouteille de 37,5 cl) s’impose sans l’ombre d’un doute tant il est frais, vif et mordant. On en abuse volontiers ce qui incite à programmer une promenade sur les bords de la Tamise où les joggers s’en donnent à cœur joie.

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Photo©MichelSmith

Ma dernière étape sera dans un des nombreux bars repérés pour l’occasion dans une sélection – une de plus – regroupant les dix meilleures adresses de Londres pour les fervents du fino. C’est ainsi que je me suis laissé attirer au Barrafina, un authentique et moderne bar (3 établissements dans le centre de Londres) qui semble jouer sur la qualité des tapas. Dans son antenne la plus réputée, à Frith Street, en plein cœur de Soho, j’y ai savouré un surprenant verre de 10 cl de Fino Perdido (6 £) de Sanchez Romate recommandé par le serveur espagnol qui m’a fait l’honneur de me faire sentir une bonne rasade de vin dans un large verre afin d’aller dans le sens de sa proposition.

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Un vin riche en couleur (bronze) et en goût, gras au palais, un peu moins vif que les Manzanillas La Guita ou La Gitana également présentes, si mes souvenirs sont bons, sur une carte où les Jerez sont proposés au nombre de six. Très style en rama diront certains, j’avais entre les mains ce genre de fino que l’on a volontairement laissé vieillir quelques années de plus dans l’espoir de frôler le style amontillado. Ce perdido s’accordait merveilleusement bien avec cet esprit de vin de fin de déjeuner dans lequel j’étais juste après mon repas sans alcool dans un fameux restaurant du China town tout proche.

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Photo©MichelSmith

Pour info, si vous êtes encore plus finophile que je le suis, Gus, le barman du Vinoteca, m’a chaudement recommandé un bar voisin de King’s Cross, le Pepito, bar que je ne manquerai pas de squatter la prochaine fois. La carte de vins de Jerez qu’il propose, sans oublier les flights qui permettent de comparer plusieurs styles à la fois et les appétissantes tapas variadas qui vont avec, me font déjà saliver. Serais-je en train de renouer mon histoire d’amour avec Londres ? Vous le saurez peut-être en lisant mes prochaines aventures !

Michel Smith

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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

vignoble Carnuntum

 

Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

zweigelt Grappes de Zweigelt

Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold