Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…

 

 

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À Barcelone, pour une piquouse au Jerez…

Marie-Louise Banyols nous a bien fait comprendre ces derniers temps l’importance que prenait le vermut dans les lieux où le vin est à l’honneur en Espagne, certes, en Catalogne et à Barcelone en particulier. Personnellement, je n’ai jamais été emballé par ces vins « arrangés » et mes amis savent à quel point mon goût est nettement plus porté vers la spontanéité et la fraîcheur du Fino, ce vin sec si moderne et si profondément andalou qu’il me file une claque en bouche, requinque mon cerveau et me donne l’irrésistible envie de revivre, de parler, de rire et de croquer langostinos, calamares, almejas, anchoas, olivas, almendras, tortillas, jamones ibéricos… que sais-je encore dans le vaste répertoire des gourmandises que l’on trouve dans tous les bons bars de Jerez de la Frontera, Sevilla, Cordoba, ou San Lucar de Barramedia, chez Bigote par exemple, ou même à Puerto de Santa Maria pas très loin de Cadiz.

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À Barcelona, comme en d’autres villes de Catalogne que je fréquente en voisin depuis 30 ans, les vins de Jerez, Manzanilla et Montilla-Moriles inclus, n’ont jamais été totalement absents du paysage vineux. Bien que le choix ait été limité, j’ai toujours pu m’en procurer sans trop de difficultés. Pourtant, je n’ai jamais senti une réelle frénésie autour de ces vins et j’ai plutôt essuyé quelques revers : mauvais service mêlé à un choix plutôt limité, à un désastreux manque de connaissance et à une attitude frisant la racisme anti-andalou. Or, les courants d’air passant plutôt bien dans les artères rectilignes de la grande catalane où les modes changent désormais aussi vite qu’à Londres ou Paris, il se pourrait bien que dans un jour très proche le Jerez et sa foison de vins spéciaux fassent des ravages du côté des ramblas. Déjà, il y a deux ans, j’avais découvert sur le tard un filon de taille (une trentaine de références) lors d’une halte avec mon copain Bruno à Palafrugell, chez Grau, un grand magasin dédié aux vins, liqueurs et alcools qui a déclenché chez moi une série d’articles pas mal controversés ici même. Si vous êtes curieux, vous retrouverez les trois papiers sous le titre El Rey Fino.

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Lors de mes finoseries habituelles, j’avais aussi commis un ou deux articles sur Monvinic, un bar chic où officie l’une des meilleures sommelières d’Espagne, la poitevine Isabelle Brunet. Lors d’un séjour à Londres idem, où les bars à finos semblent gagner du terrain. Et à Paris ? Que dalle… du moins à ma connaissance. Voilà donc que depuis quelques années on constate que les branchés du vin s’ouvrent timidement mais sûrement au Jerez et que des explorateurs fous de caves andalouses, tels ceux de l’Equipo Navazos dénichent de vraies pépites qu’ils mettent en bouteilles afin de nous faire partager leur passion.

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Je vais commencer – il était temps ! – par le commencement : ma rencontre avec le premier lieu vanté par Vincent. Il vient d’ouvrir à deux pas de la trépidante Diagonal, à hauteur d’un gigantesque rond-point qu’est la Plaça Francesc Macia. Il s’agit d’une cave à l’allure et au nom modestes, El Petit Celler, précédée d’un bar assez discret et sans prétention comme il y en a tant dans cette ville, un lieu idéal pour servir de refuge à quelques employés du quartier venus discuter d’une affaire entre deux coups de fil et une pause cigarette. Vous verrez, on y arrive facilement en remontant le trottoir de droite de la courte mais assez large carrer Beethoven.

WP_20160406_012Après un vrai Illy caffe servi ristretto dans les règles de l’art et bu à la va-vite au bout du comptoir, faîtes comme moi en filant droit vers le fond de la boutique. C’est là que vous attendent quelques 260 références andalouses qui font de cette petite cave probablement la plus grande au monde, en tout cas la plus fournie en fioles de Jerez et autres Montilla-Moriles. On reste coi face à la variété et à la rareté des vins qui sont exposées. Et pas que dans le créneau du fino ! Toujours avec en bouche le parfum de la douce amertume rôtie de mon café du matin (il est presque midi, mais il faut se mettre au rythme local…), tout en réclamant l’aide du patron, Sebastià Lozano, je mets la main sur une petite bouteille d’une marque qui m’était inconnue et dont le prix ne dépassait pas 20 euros. Je demande à l’avoir en terrasse dans un seau à glace. Une telle exigence ne choque nullement Sebastià qui ajoutera à ma demande une petite assiette de morceaux de jambon ibérico.

Accompagnant notre dégustation de quelques bouffées d’un excellent cigarillo cubain (il n’était pas l’heure du gros cigare), un petit Partagas, ma compagne et moi étions aux anges lorsque jaillit de la rue l’ombre (amincie) de notre ami Vincent. Ni une ni deux, sur le ton triomphal du « Goûtez-moi ça, vous allez voir que c’est autre chose ! », voilà qu’il nous fait servir un autre flacon, sa découverte du moment. Fier tel un hidalgo d’opérette, aussi à l’aise qu’un paysan gascon, il nous sert son trésor, son vin d’amour tout droit sorti d’une bouteille aux allures de fiole antique. Le vin est gras de matière, mais il est pourtant aussi solide que le mur d’enceinte de l’Alcazar de Jerez. Il file bien droit en bouche, imprimant dès le départ le style aiguisé et distingué d’un jeune cavalier en habit sorti tout droit de l’école équestre de la ville pour parader devant les belles qui se pressent sur le chemin des festivités de la Feria del Caballo.

Un équilibre fait d’élégance, de perfection, de finesse… bref, un fino parfaitement bien éduqué, pour employer un terme de spécialiste. Le nom de ce rarissime fino ? Urium. Il s’agit d’un fino issu de raisins biologiques élevés en solera sous la fleur et mis en bouteilles en rama, c’est-à-dire « tel quel », ou « tout cru », sans filtration, comme l’explique in english l’excellent blog Sherry Notes.

Au cœur de la vieille cité de Jerez, dirigée par un collectionneur de soleras Alonso Ruiz et sa fille, Rocio, la Bodega Urium est l’une des dernières petites maisons familiales jerezanas qui s’accroche à ses vieux murs et cultive son indépendance avec autant de sérieux qu’elle met de soin à élever ses vins. Et sous cette même signature, l’amateur trouvera une gamme de V.O.R.S. (Very Old Rare Sherry ou encore Vinum Optimum Rare Signatum) déclinée en Amontillado , Palo Cortado, Oloroso et Pedro Ximénez, garantissant des vins de plus de 30 ans !

Fier de sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Heureux de sa trouvaille, Vincent sombre  un instant en pleine méditation.

Nous étions déjà bien gais en cette fin de matinée, grisés que nous étions par la fraîcheur et la qualité de la flor peut-être, alors que notre journée Jerez ne faisait que commencer. Il était temps de se laisser cueillir par un taxi jaune et noir pour notre prochaine étape encore plus folle que celle d’avant. Si vous êtes comme moi accro au fino, suivez-nous Jeudi prochain pour une mémorable virée à deux pas des fameuses Ramblas.

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!Adiós y hasta pronto¡

Michel Smith

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PS Cet article est dédié à l’ami Étienne Hugel qui aurait pu nous accompagner dans cette virée …

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Apportez votre vin !

Cela se passe dans un premier temps au cœur du quartier de la Petite Italie, à Montréal, où ma Brigitte m’a pris par la main dans la neige fondante l’autre jour afin de me faire découvrir « le » lieu où l’on trouve à coup sûr un vrai caffe qui soit parfaitement à mon goût. Ce fut fait de manière magistrale dans ce temple ritale qu’est le Caffe Italia où le ristretto assez amère est fait avec expertise. Assurément pas le meilleur du monde, mais bon quand même. Brigitte prit ensuite la décision de me familiariser avec une habitude devenue au fil des ans très québécoise et qui consiste à arriver au restaurant avec son propre vin sous le bras. Le concept est en réalité inspiré semble-t-il par une initiative nord-américaine connue sous les noms de BYOW (Bring Your Own Wine) ou de BYOB (Bring Your Own Bottle) comme en atteste cette liste dressée par New York magazine. Londres aussi serait de la partie. Quelle ville à commencé la première, cela importe peu. Ce qui compte, c’est l’idée que je trouve personnellement géniale.

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L’Italia àMontréal. Photo©MichelSmith

Ici aussi, au Québec, les restaurants AVV (Apportez votre vin) ne manquent pas. La pratique existe depuis les années 80 pour le plus grand bonheur des restaurateurs qui adhèrent de leur plein gré à cette philosophie d’accueil et qui ne trouvent dans cette pratique que des avantages. Dans le sens de la convivialité d’abord, puis de la simplification dans la gestion de leur entreprise puisqu’ils n’ont plus à se soucier d’entretenir une cave. En échange, cela permet au client de consommer le vin qu’il aime sans avoir à subir le supplice d’un choix le plus souvent cornélien à cause d’une carte de vins elle-même le plus souvent décevante car trop courte ou trop mal construite quand elle n’est pas tout bonnement trop ruineuse.

La Madura entre en scène. Photo©MichelSmith

La Madura entre en scène. Photo©MichelSmith

Donc, après ma dose de caféine, je fus entraîné illico dans un magasin de la SAQ (voir mon article de jeudi dernier) où nous nous sommes procurés un flacon d’un Saint-Chinian La Madura 2012 parfaitement à point acheté pour une somme raisonnable, autour de 20 $Can. Et c’est armé de cette bouteille que nous fîmes route, toujours dans le même quartier, vers une très familiale pizzeria Napoletana nichée à l’angle de la rue Dante et de l’avenue de Gaspé avec assez de place pour garer notre auto entre deux monticules de neige fraîchement déblayée. En dehors du fait que c’est la plus vieille pizzeria de la ville, l’endroit n’a rien d’extraordinaire. Mais, comme partout ailleurs au Québec, on y est bien reçu ce qui fait que le restaurant ne désemplit pas. C’est aussi l’un des restaurants les plus appréciés des adeptes de la formule Apportez votre vin, une tendance très répandue au Canada comme je l’ai laissé entendre plus haut, mais aussi une sorte d’association dont la mission au Québec est quelque peu différente de sa sœur anglo-saxonne en ce sens qu’elle impose au restaurateur qu’il ait un « permis d’alcool » et qu’il procure à ses clients la verrerie nécessaire sans exiger en retour un « droit de bouchon » comme cela se fait couramment ailleurs et jusque dans quelques restaurants chez nous. Dans ce cas précis, je dois avouer que nous n’avons pas été soignés question verrerie, mais bon, l’expérience méritait d’être tentée et le serveur ouvrit notre bouteille sans sourciller comme il le fit à d’autres tables.

Photo©MichelSmith

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Pour en avoir le cœur net et apprécier pleinement la formule AVV, je l’ai testée avec des amis nouvellement montréalais, des amateurs de vins retrouvés dans un autre établissement de la ville. C’était dimanche dernier, pour le brunch, au restaurant O’Thym, boulevard de Maisonneuve, en plein quartier gay pas loin de de la très commerçante rue Sainte Catherine. Là, non seulement ce qui nous était servi était bon et proposé à un prix extrêmement honnête, mais de charmantes hôtesses remplissaient leur rôle avec efficacité et sourire. Comme d’autres clients autour de nous, nous avions amené des bulles histoire de fêter nos retrouvailles. Sans même avoir à le demander, un élégant seau à glace coiffé d’une serviette blanche nous fut servi, ainsi que des flûtes. Pour les vins suivants, chaque bouteille était ouverte par une serveuse qui en profitait pour changer nos verres.

Isabelle et Alain, deux amis retrouvés et venus avec leur vin. Photo©MichelSmith

Isabelle et Alain, avec leur vin. Photo©MichelSmith

Pour ceux que ça intéresse, O’Thym n’est pas le seul établissement AVV à obtenir l’adhésion de la clientèle. Dans le même esprit de convivialité et de service efficace sans être guindé et sans avoir à payer de droits de bouchon, ma compagne m’a assuré avoir fait d’excellents repas dans d’autres restaurants AVV de Montréal, au Quartier Général, par exemple, à l’État Major et À l’Os. Les adresses ne manquent pas et vous pouvez en trouver d’autres ici. Pour ceux qui visiteraient la ville de Québec, je suis même tombé sur un site « pages jaunes » répertoriant les restaurants Apportez Votre Vin. Dès lors, je me suis mis à rêver : pourquoi diable un tel système ne fonctionnerait-t-il pas chez nous ?

Le saumon boucané de O'Thym. Photo©MichelSmith

Le saumon boucané de O’Thym. Photo©MichelSmith

Bonne question ! Car ces expériences québécoises me confortent dans une idée qui fait de plus en plus son chemin chez moi : je connais en effet plus d’un restaurant en France, pays de la gastronomie et du vin, dont la carte des liquides est médiocre pour ne pas dire inexistante et le service du vin plus que répréhensible. Nos restaurateurs, du moins une bonne partie d’entre eux, seraient bien avisés de s’inspirer de cette formule. D’autant qu’il est hélas devenu courant chez nous de voir dans les mêmes restaurants des tablées entières où le vin a disparu de la circulation. Outre les raisons hygiénistes, c’est aussi parce que le vin est trop cher. Cette situation est due le plus souvent à une méconnaissance totale des choses du vin, voire à un désintérêt manifeste pour le vin de la part des patrons de bistrots ou des restaurateurs qui se veulent pourtant au sommet de la modernité. Ces gens-là n’ont rien compris et leur attitude est rétrograde. Il est temps que les esprits bougent.

Notre Puch est entré sans que j'ai besoin de supplier le chef de m'en acheter. Photo©MichelSmith

Notre Puch est entré sans que j’ai besoin de supplier le chef de m’en acheter ! Photo©MichelSmith

Compte tenu de leur manque désespérant d’enthousiasme – de leur talent en berne aussi -, nos restaurateurs pourraient aisément s’inspirer du Québec et se débarrasser de la charge que représente pour eux l’entretien d’une carte des vins décente et digne de ce nom. On peut parier qu’ils bénéficieraient ainsi d’un regain d’intérêt de la part de la clientèle et participeraient, plutôt que de céder à la sinistrose ambiante et d’en vouloir sempiternellement à nos dirigeants, au renouveau de la restauration française.

O'Thym à 11 h 30, à l'heure du brunch. Photo©Mi

O’Thym, à l’heure du brunch. Photo©MichelSmith

Ainsi, nos chers restaurateurs adeptes de culbutes sur le dos du vin pourraient consacrer plus de temps et d’argent à l’accueil, au service ainsi qu’à la cuisine, ceci pour le plus grand bonheur de leurs clients. À moins qu’ils ne tiennent à s’encroûter dans leur traintrain quotidien en débitant du vin médiocre acheté sans passion aucune dans l’unique but d’améliorer leurs sacro-saintes marges. En ce cas, qu’ils ne se plaignent pas de voir se perdurer cette fameuse crise qui se manifeste par la désertion notoire d’une clientèle de moins en moins attirée par l’idée de fréquenter un restaurant. Si une telle désaffection perdure, le gros des restaurateurs de France et de Navarre en sera largement responsable. Au lieu de se morfondre et d’accuser tel ou tel ministre, ils devraient se concentrer sur la refonte de leurs pratiques et regagner enfin la confiance des consommateurs. Alors oui, l’idée du AVV devrait en inspirer plus d’un !

Michel Smith

 

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London : itinéraire d’un finoïste convaincu

C’est bien connu : il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et puisque j’aime bien me remettre en cause, revenir sur mes à-priori, dire oui un jour, non le lendemain, pour pimenter mon presque biannuel voyage à Londres, voyage entrepris afin de mieux me faire connaître auprès de mon espiègle et charmante petite-fille, Astrid, j’ai décidé de m’attaquer à l’épineux et néanmoins capital problème qui consiste à bien grignoter tout en buvant au minimum un bon verre de fino par jour dans une ville tentaculaire où les restaurants pullulent. Pourquoi une telle obsession, me direz-vous ? Tout simplement parce que lorsque je vivais à Londres dans ma prime jeunesse, le sherry, mot désignant dans leur ensemble les vins de Jerez, était très prisé dans les pubs où on le servait sous la forme de sweet, medium dry, ou dry sherry. À des dames principalement…

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Gloomy London, on a Sunday evening. Photo©MichelSmith

Bref, à l’époque, entre 1965 et 1970, ces vins andalous me semblaient archi populaires alors que personnellement je ne pouvais les avaler préférant de loin la bière et la vodka-orange ! Souvenez-vous, lors d’une précédente expédition trans-manche où je m’épanchais déjà sur le vin à Londres, j’avais l’impression que les sherries n’étaient plus du tout en vogue dans cette ville. Je dois avouer que ce sentiment est sèchement balayé au retour de ce tout dernier voyage à cheval sur le week-end dernier. Lors de cette longue fin de semaine, Londres m’est subitement apparue comme étant de nouveau sherry friendly.

WP_20151207_026Comme soudainement hispanisée, la capitale anglaise serait sous l’emprise d’une sorte de fino mania qui ne peut que m’enchanter et me séduire. Pour vous le prouver, je vais vous décrire quelques unes de mes étapes récentes dans cette mégapole toujours aussi bruyante, frénétique, friquée et démesurée où tout est fait pour encourager la consommation des vins en général à toute heure de la journée alors qu’à mon époque, comme on dit, les pubs n’ouvraient qu’à certaines heures précises et contraignantes.

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First stop at La Vinoteca. Photo©MichelSmith

Première étape au sortir de la cohue du tube de la gare de King’s Cross dans une sorte de vaste eating place toute neuve dédiée au vin, où l’accueil est chaleureux et prévenant. Au bar Vinoteca, le plus connu d’une chaîne londonienne composée de 5 établissements, lorsque l’amateur questionne le serveur sur l’offre fino disponible, il vous propose une Manzanilla en petite bouteille (37,5 cl), La Sanluqueña, un vin très original, profond et ample en bouche quoiqu’un brin rustique sur les bords. Première bonne impression, d’autant que la carte, consultable en ligne, ou offerte sur place sous forme de brochure, donne plein d’autres idées pour commander du vin à emporter. On peut s’offrir le verre (4,25 £ pour 10 cl) en compagnie de jambon de Teruel et de chorizo (11 £ l’assiette), une adresse où je reviendrai volontiers !

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Deuxième étape, cette fois-ci plus familière puisqu’en plein Borough Market, à l’Applebee’s qui reste de loin mon restaurant favori tant on sait y servir le poisson presque à la perfection – fraîcheur et cuisson – dans une ambiance décontractée. Sur le gros calamar frit au sel et au poivre (9,95 £), ou sur le duo de sashimi (12,50 £), le Jerez fino del puerto de Guiterez Colosia (17 £ la petite bouteille de 37,5 cl) s’impose sans l’ombre d’un doute tant il est frais, vif et mordant. On en abuse volontiers ce qui incite à programmer une promenade sur les bords de la Tamise où les joggers s’en donnent à cœur joie.

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Photo©MichelSmith

Ma dernière étape sera dans un des nombreux bars repérés pour l’occasion dans une sélection – une de plus – regroupant les dix meilleures adresses de Londres pour les fervents du fino. C’est ainsi que je me suis laissé attirer au Barrafina, un authentique et moderne bar (3 établissements dans le centre de Londres) qui semble jouer sur la qualité des tapas. Dans son antenne la plus réputée, à Frith Street, en plein cœur de Soho, j’y ai savouré un surprenant verre de 10 cl de Fino Perdido (6 £) de Sanchez Romate recommandé par le serveur espagnol qui m’a fait l’honneur de me faire sentir une bonne rasade de vin dans un large verre afin d’aller dans le sens de sa proposition.

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Un vin riche en couleur (bronze) et en goût, gras au palais, un peu moins vif que les Manzanillas La Guita ou La Gitana également présentes, si mes souvenirs sont bons, sur une carte où les Jerez sont proposés au nombre de six. Très style en rama diront certains, j’avais entre les mains ce genre de fino que l’on a volontairement laissé vieillir quelques années de plus dans l’espoir de frôler le style amontillado. Ce perdido s’accordait merveilleusement bien avec cet esprit de vin de fin de déjeuner dans lequel j’étais juste après mon repas sans alcool dans un fameux restaurant du China town tout proche.

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Photo©MichelSmith

Pour info, si vous êtes encore plus finophile que je le suis, Gus, le barman du Vinoteca, m’a chaudement recommandé un bar voisin de King’s Cross, le Pepito, bar que je ne manquerai pas de squatter la prochaine fois. La carte de vins de Jerez qu’il propose, sans oublier les flights qui permettent de comparer plusieurs styles à la fois et les appétissantes tapas variadas qui vont avec, me font déjà saliver. Serais-je en train de renouer mon histoire d’amour avec Londres ? Vous le saurez peut-être en lisant mes prochaines aventures !

Michel Smith

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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

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Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

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Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold

 

 

 


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Quand efficacité rime avec qualité : l’exemple autrichien

J’ai exprimé récemment sur ce blog, lors d’une série d’articles sur la région autrichienne de Styrie, tout le bien que je pense d’une partie des vins de ce pays. Je reviens d’un autre voyage dans ce pays, qui fut concentré sur la région de Burgenland. Ce voyage m’a permis d’apprécier, une fois de plus, la remarquable intelligence, la qualité organisationnelle et la compétence générale de l’organisme chargé du marketing et de la communication de l’ensemble des vins d’Autriche. Je dois dire que je ne connais aucune autre inter-profession ni agence de communication ayant une charge si large qui arrive à la hauteur de l’Austrian Wine Marketing Board (AWMB). Il faut dire qu’ils ont des moyens, mais il n’y a pas que cela….

 IMG_6837l’entrée d’une ferme viticole en Burgenland

 

Nous, journalistes traitant du vin, sommes régulièrement sollicités pour tant d’événements liés à notre métier que nous pouvons effectuer des comparaisons autant entre les organisateurs qu’entre les vins qui nous avons à déguster. Nos jugements sont forcément variables et nous avons tous, je pense, nos préférences parmi les inter-professions ou agences qui ont la charge de nous informer et d’organiser visites, conférences, salons, dégustations, etc., afin de faire connaître et mieux comprendre les vins des producteurs, régions ou pays concernés. Ces préférences sont basées sur nos expériences, mais aussi sur nos sensibilités individuelles, tant de telles opérations sont soumises à la loi du maillon le plus fiable.  Oui, car un détail négligé, un document mal rédigé ou une information qui manque peuvent facilement gâcher toute ou partie d’une impression chez quelqu’un un peu exigeant ou ayant un minimum d’expérience dans la filière vin. Et je ne parle pas là de notre confort personnel lors d’un voyage, bien que cela peut aider à mettre dans de bonnes dispositions pour recevoir les informations disponibles. Personnellement je me moque pas mal des grands repas dans des restaurants chics, surtout s’ils durent des heures : ce n’est pas mon truc. Les hôtels de luxe, je m’en moque aussi. D’autres peuvent y être sensibles. En revanche, l’absence d’une connexion wifi efficace dans un hôtel peut m’agacer.

 IMG_6845Portugal ? Non, c’est en Autriche, au même lieu que la photo précédente

 

Qu’est ce qui assoit, selon moi, le très haut niveau de compétence de l’AWMB que j’ai cité en exemple en introduction et qui est le sujet principale cet article ? Si les vins d’Autriche ne représentent que 1% de la production mondiale, ce pays est quand-même riche et bien organisé. Cela aide! Il a aussi une âme artistique affirmée avec une culture riche. Et les autrichiens ont un sens d’humour, comme le prouve Willi Klinger, qui dirige cet organisation et qui dit « nous sommes très forts en Autriche, car nous avons réussi à faire croire à pas mal de monde que Beethoven était autrichien et que Hitler était allemand « . Mais tout cela ne suffit pas à garantir la réussite d’un voyage de presse. On dit que le diable réside dans le détail. Si je regarde les détails du voyage auquel j’ai participé il y a une semaine, il y a avait non seulement un programme très alléchant, intelligemment conçu et avec de nombreuses options pour les 165 participants, mais un soin extraordinaire apporté dans les détails, que cela soit dans le domaine de la logistique ou de l’information. Et le tout mis en musique avec une gentillesse et une réactivité de la part des équipes en charge qui force le respect.

 IMG_6851un bâtiment de chai avec une belle charpente « bateau » sur la frontière avec l’Hongrie

 

Vous avez bien lu : il y avait 165 journalistes ou autre professionnels du vin dans ce voyage, et ils venaient de très nombreux pays différents. Accueilli à l’aéroport par une voiture et conduit à un hôtel à Vienne (qui détient, il me semble, la seule appellation contrôlée de vin de tous les capitaux européens), je découvre une série de documents dans un sac dédié. Rien d’exceptionnel vous me direz.

IMG_6856

Mais voyons ces documents. Très peu de bla-bla : Une lettre d’accueil qui explique l’intendance et qui donne un numéro de « hotline » dédié 24h/24 ; un plan de Vienne avec l’implantation des hôtels et lieux concernés et, des tickets de transports en commun pour se rendre au dîner/dégustation de départ, ainsi qu’à celui de la fin, ou bien se balader dans le capital ; un dossier de presse très complet sur les vins d’Autriche  ; des dossiers sur différents sujets d’actualité avec des statistiques à jour ; et une série de carnets de dégustation qui correspondaient aux options de voyages que j’avais pris. Tous les dossiers, et d’autres informations, se trouvaient aussi sur une clé USB. Il y avait aussi une étiquette très solide pour ma valise et le programme détaillé. Pour illustrer l’attention au détail, un mot sur les carnets de dégustation, dont ci-dessous un exemplaire (c’est le grand cahier pour la dégustation finale dont je vous parlerai aussi).

IMG_6858

Chacun avait une reliure en spirale, ce qui facilite grandement la manipulation des pages, et une place sur la couverture pour y inscrire mon nom (il m’arrive d’égarer mon carnet et de perdre ainsi mes notes). Chaque carnet à thème comprenait une récapitulation de l’ensemble du programme et des cartes des vignobles concernés. Les vins à déguster y étaient tous listés dans l’ordre des différentes dégustations, ainsi que les vins servis lors des repas, le tout regroupé sous des en-têtes qui permettait de vérifier qu’on était sur la bonne page et dans la bonne série. Pour chaque vin, outre un espace pour ses notes, il y avait un numéro de référence, le nom du producteur et de la cuvée, le cépage, le millésime, le % alcool, le grammage en sucre résiduel et la zone de prix (moins de 10 euros, 10/20, plus de 20….). Les menus de chaque repas y figuraient aussi, ainsi qu’en annexe, les adresses de tous les producteurs dont on pouvait déguster les vins et un rappel des principaux statistiques de l’Autriche et de la région visitée, plus un commentaire sur les conditions de chaque millésime récent.

Created with Nokia Smart Cam

avant la dégustation (photo DC)

Quant au voyage lui-même, qui a duré en tout 3 journées pleines plus la soirée d’accueil, il était riche, instructif et parfaitement organisé. On pouvait, à chaque étape, parler avec quelques vignerons présents. Il y avait aussi des visites de lieux culturels, comme, dans le cas du circuit que j’avais pris, le musée archéologique de la ville romaine de Carnutum ou du palais Esterharzy, et chaque fois une dégustation organisé dans le lieu en question. Bien sur il y avait quelques heures de bus, mais les distances n’y sont pas énormes et les routes impeccables. J’ai beau chercher, je ne trouve pas de défaut à ce voyage. Avoir une connexion wifi dans les bus serait un plus, une sorte de cerise sur le gâteau.

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la dégustation des 100 grüner veltliner (photo DC)

Les deux derniers événements ont formés une sorte d’apothéose. De retour à Vienne vers une heure de l’après-midi de mardi, nous attendait, au Palais Niederösterreich au cœur de Vienne, un très bon déjeuner/buffet avec des produits simples mais de qualité, puis, au rythme de chacun, car on pouvait enter et sortir quand on voulait, une grandiose dégustation (assise) de 100 vins du cépage roi d’Autriche, le blanc grüner veltliner. Imaginez une immense salle de l’ère des Habsbourg, remplie de longues tables à 6 places avec leurs chaises posées en rang d’école de part et d’autre d’une allée centrale. A chaque place correspondait un numéro et on disposait d’une pile de cartes sur lesquelles on inscrivait son numéro de place et le numéro de la série (flight) de vins qu’on souhaitait déguster. On tendait la carte en l’air et quelqu’un venait vite le récupérer. Une ou deux minutes après, un serveur arrivait avec les vins dans un sac à compartiments, numérotés et, bien entendu, à température.  On pouvait déguster, si on le voulait, jusqu’à 24 de ces séries qui comportaient entre 3 et 6 vins. J’ai eu le courage d’en déguster 16 issus des différents groupes, car les séries étaient ordonnés en 4 groupes stylistiques : « jeunes et élégants », « vins de réserve, puissants », « grüner à maturité » (millésimes plus anciens) ; « innovant et sauvage » (en gros, ces trucs qui correspondent plus ou moins aux vins dits « nature »).

 BeethovenWilli Klinger déguisé (remarquablement) en Beethoven. Roll over Ludwig !

 

Pour la dernière soirée, une belle fête  dans les jardins (avec possibilité de repli dans les salles du palais) du Palais Schönburg, avec plein d’autres vins, des tapas de qualité, de la musique de l’époque du bâtiment pour commencer, mais qui a évolué ensuite vers des choses plus modernes. Nous sommes 200 ans après le Congrès de Vienne, ou Talleyrand a exercé ses talents d’une manière remarquable pour sauver le France du désastre provoqué par le petit corse. Du coup l’équipe des organisateurs s’est déguisé en tenues de cette époque et Willi Klinger à trouvé les temps de me trouver un déguisement en Duke of Wellington. Quelle promotion !

 

Quelles leçons peut-on tirer de tout cela ? L’équipe de AWMB est dédiée, importante et bien formée. Elle gère toute la communication collective sur les vins d’Autriche, aussi bien les opérations à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Elle a un effectif permanent de 22 personnes, plus une filiale de 8 personnes qui s’occupe d’aspects logistiques, comme l’expéditions d’échantillons (concours, salons, opération à l’étranger), voyages, hôtels etc. Les personnes avec lesquels j’ai eu à faire sont tous bien formés (WSET 2 minimum, et souvent 3) et parlent au moins deux ou trois langues. Elles sont disponibles et aimables et comprennent les préoccupations et contraintes de nos métiers. Elles aiment le vin et savent travailler bien en équipe. Voilà quelques ingrédients. Si vous n’avez pas la possibilité d’y aller un jour, visitez au moins ce site : http://www.austrianwine.com/ ou rendez-vous sur le stand autrichien à Vinexpo.

Quant aux vins que j’ai dégusté, rouges et blancs, je vous en parlerai les deux semaines prochaines.

David Cobbold

texte et photos, sauf la dernière, car un Duke ne porte pas d’appareil photo, n’est-ce pas ? Duke of Ellington ?


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Perpignan, centre du Grenache !

Chacun sait que, selon Dali, la Gare de Perpignan, près de laquelle j’habite, est le Centre du Monde. Depuis trois ans, c’est la ville entière qui pavoise en l’honneur d’un seigneur tout aussi dalinien, le Grenache. J’entends déjà le sifflet des moqueurs. Si je passe de plus en plus pour être un amateur endurci et monogame du cépage Carignan, il faut avouer que je l’ai bien cherché. Mais la réalité est toute autre : Mouvèdre, Cinsault, Terret, Lladoner, Macabeu, Grenache… font partie – aussi – de mes favoris. Et c’est justement ce dernier, le Grenache, blanc, gris et noir, qui m’a fait accepter l’invitation à trahir quelque peu mon Carignan pour venir aux Grenaches du Monde, manifestation organisée avec simplicité et maîtrise, je me dois le préciser, par le maître de cérémonie Yves Zier et l’appui actif du Comité Interprofessionnel des Vins du Roussillon.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Outre le fait que cela se passait chez moi, plusieurs raisons m’ont attiré vers ce concours. D’abord, de nombreux amis étaient de la fête, en premier lieu notre Marco (pas Polo, l’autre) qui est de (presque) tous les concours. Marlène Angelloz était là aussi qui anime avec fougue l’association Grenache avec son Grenache Day et ses G Nights de folie. Il y avait en plus Michel Blanc de Châteauneuf-du-Pape, Olivier Zavattin, éminent sommelier de Carcassonne et quelques journalistes ou blogueurs, dont l’inénarrable mais si délicate Ophélie Neiman, alias Miss GlouGlou. Bref, j’étais heureux d’être parmi eux et parmi d’autres encore que j’oublie.

Photo©MichelSmith

Le Belle Marlène, queen of Grenache. Photo©MichelSmith

Je ne vais pas m’étendre sur le concours en lui-même car vous savez que je ne prise guère la compétition, dans le vin ni ailleurs. Si ce n’est pour dire que notre table comptait, en plus de notre Bruxellois Marc Vanhellemont, un Italien, deux Catalans et un Français au nom british, c’est-à-dire votre serviteur. Une table équitable vu qu’il m’a semblé que les hidalgos étaient venus en force. Comme à Vinitaly il y a quelques années, tout ce beau linge cherchait à m’expliquer les subtilités et à me démontrer l’efficacité des fiches de notations de l’OIV avec ses cases à cocher en fonction de tout un tas de paramètres pour beaucoup assez vagues et stupides… Mais je ne veux pas vous décourager avec mon avis sur le sujet. Finalement, j’en ai fait qu’à ma tête et j’ai été heureux de constater que mon vin favori, dans les rouges, un valeureux Montsant a été médaillé d’or. Pour info, il s’agit du Furvus 2011 du Domaine Vinyes Domènech à Capçanes en Catalogne. Problème à mes yeux de pinailleur pinardier patenté (les fameux trois P !), selon les fiches techniques sur le site du producteur, les millésimes précédents contenaient jusqu’à 40 % de Merlot ! Tandis que sur un site de vente de vins espagnols, le 2011 est présenté avec seulement 20 % de Merlot dans l’assemblage, ce qui est déjà pas mal, au tarif de 16 €. D’après le règlement du concours, les vins d’assemblages sont acceptés à condition que le Grenache soit majoritaire, ce qui signifie qu’avec un vin à 55 % Grenache, je pourrais concourir ! Pour un concours sur le Grenache, je trouve la farce un peu dure à avaler… Je pense que fixer une limite quant à la présence du Grenache au moins à 80 % me paraît urgentissime pour la crédibilité du concours, quitte à avoir moins d’échantillons à étaler. Et si cela ne tenait qu’à moi, je fixerais la barre à 95 % Grenache ! Cela rendrait l’exercice encore bien plus excitant à mes yeux…

Mon feutre remis au goût du jour. Photo©MichelSmith

Mon feutre remis au goût du jour pour la circonstance. Photo©MichelSmith

Voilà pourquoi ces concours, pour aussi sympathiques qu’ils soient, indépendamment de leur parfaite organisation, me font parfois doucement rigoler : on a l’impression qu’il faut un maximum d’inscriptions pour délivrer un maximum de médailles (plus de 70 médailles d’or pour le Grenache, c’est démesuré…) afin de contenter un maximum de personnes. Espérons que ces remarques, que je ne suis pas le seul à formuler, seront prises en compte lors de la prochaine édition qui se tiendra cette fois à Zaragoza, la grande capitale de l’Aragon. C’est Bernard Rieu, le président du CIVR organisateur qui l’a annoncé hier au quotidien L’Indépendant.

Non, Marco n'arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Non, Marco n’arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Franchement, le moment le plus riche dans cet événement qui a attiré une grosse majorité de vins espagnols et français, mais aussi italiens, se passe bien après le concours. Hélas, il faut attendre 20 h pour entrer dans le vif du sujet et dans le somptueux cadre de la Chapelle Saint-Dominique où, en présence de nombreux vignerons catalans et de quelques huiles locales, on peut goûter tous les lots ayant participé au concours classés par couleurs, par types et par pays, toujours avec ce même sérieux qui caractérise l’organisation telle la température des vins parfaitement maintenue. Une expérience formidable qui mériterait une ouverture plus précoce ne serait-ce que pour satisfaire la soif de découvertes qui anime bien des amateurs de vins attirés par cette manifestation. Quatre mini buffets ont permis de goûter une succession de petits plats amusants et parfois surprenants réalisés par le chef Franck Séguret dont la plupart se mariaient sans difficultés avec les vins doux naturels du Roussillon, comme mon préféré, le Maury 1988 Chabert de Barbera de la Cave Les Vignerons de Maury, vrai vin de légende sur lequel je vous dirai plus lors d’une prochaine chronique.

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Et de saluer au passage la toute nouvelle et jeune présidente du cru Maury, Aurélie Pereira ! Moi, je trouve que c’est chouette d’avoir une jeune vigneronne à la tête d’un cru. Alors bonne chance Aurélie !

Michel Smith 

PS J’apprends que Colette Faller, quelques mois après sa fille cadette Laurence, vient de partir vers d’autres cieux que ceux de la crête des Vosges. Le plus difficile dans ces cas-là tient dans un mot : continuité. Cela consiste à maintenir et à développer une entreprise – le Domaine Weinbach magistralement gérée jusque-là par ce trio féminin. Catherine et son fils Théo, seuls à la barre, vont devoir tenir le cap et le franchir pour aller vers une autre histoire. La suite va être aussi passionnante que les débuts de Colette après le décès de son mari. Et comme Théo porte le nom de son grand-père on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Je vais trinquer dès ce soir en souvenir d’une très lointaine visite. Bye bye, Colette ! MS

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