Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Perpignan, centre du Grenache !

Chacun sait que, selon Dali, la Gare de Perpignan, près de laquelle j’habite, est le Centre du Monde. Depuis trois ans, c’est la ville entière qui pavoise en l’honneur d’un seigneur tout aussi dalinien, le Grenache. J’entends déjà le sifflet des moqueurs. Si je passe de plus en plus pour être un amateur endurci et monogame du cépage Carignan, il faut avouer que je l’ai bien cherché. Mais la réalité est toute autre : Mouvèdre, Cinsault, Terret, Lladoner, Macabeu, Grenache… font partie – aussi – de mes favoris. Et c’est justement ce dernier, le Grenache, blanc, gris et noir, qui m’a fait accepter l’invitation à trahir quelque peu mon Carignan pour venir aux Grenaches du Monde, manifestation organisée avec simplicité et maîtrise, je me dois le préciser, par le maître de cérémonie Yves Zier et l’appui actif du Comité Interprofessionnel des Vins du Roussillon.

Photo©MichelSmith

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Outre le fait que cela se passait chez moi, plusieurs raisons m’ont attiré vers ce concours. D’abord, de nombreux amis étaient de la fête, en premier lieu notre Marco (pas Polo, l’autre) qui est de (presque) tous les concours. Marlène Angelloz était là aussi qui anime avec fougue l’association Grenache avec son Grenache Day et ses G Nights de folie. Il y avait en plus Michel Blanc de Châteauneuf-du-Pape, Olivier Zavattin, éminent sommelier de Carcassonne et quelques journalistes ou blogueurs, dont l’inénarrable mais si délicate Ophélie Neiman, alias Miss GlouGlou. Bref, j’étais heureux d’être parmi eux et parmi d’autres encore que j’oublie.

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Le Belle Marlène, queen of Grenache. Photo©MichelSmith

Je ne vais pas m’étendre sur le concours en lui-même car vous savez que je ne prise guère la compétition, dans le vin ni ailleurs. Si ce n’est pour dire que notre table comptait, en plus de notre Belge Marc Vanhellemont, un Italien, deux Catalans et un Français au nom british, c’est-à-dire votre serviteur. Une table équitable vu qu’il m’a semblé que les hidalgos étaient venus en force. Comme à Vinitaly il y a quelques années, tout ce beau linge cherchait à m’expliquer les subtilités et à me démontrer l’efficacité des fiches de notations de l’OIV avec ses cases à cocher en fonction de tout un tas de paramètres pour beaucoup assez vagues et stupides… Mais je ne veux pas vous décourager avec mon avis sur le sujet. Finalement, j’en ai fait qu’à ma tête et j’ai été heureux de constater que mon vin favori, dans les rouges, un valeureux Montsant a été médaillé d’or. Pour info, il s’agit du Furvus 2011 du Domaine Vinyes Domènech à Capçanes en Catalogne. Problème à mes yeux de pinailleur pinardier patenté (les fameux trois P !), selon les fiches techniques sur le site du producteur, les millésimes précédents contenaient jusqu’à 40 % de Merlot ! Tandis que sur un site de vente de vins espagnols, le 2011 est présenté avec seulement 20 % de Merlot dans l’assemblage, ce qui est déjà pas mal, au tarif de 16 €. D’après le règlement du concours, les vins d’assemblages sont acceptés à condition que le Grenache soit majoritaire, ce qui signifie qu’avec un vin à 55 % Grenache, je pourrais concourir ! Pour un concours sur le Grenache, je trouve la farce un peu dure à avaler… Je pense que fixer une limite quant à la présence du Grenache au moins à 80 % me paraît urgentissime pour la crédibilité du concours, quitte à avoir moins d’échantillons à étaler. Et si cela ne tenait qu’à moi, je fixerais la barre à 95 % Grenache ! Cela rendrait l’exercice encore bien plus excitant à mes yeux…

Mon feutre remis au goût du jour. Photo©MichelSmith

Mon feutre remis au goût du jour pour la circonstance. Photo©MichelSmith

Voilà pourquoi ces concours, pour aussi sympathiques qu’ils soient, indépendamment de leur parfaite organisation, me font parfois doucement rigoler : on a l’impression qu’il faut un maximum d’inscriptions pour délivrer un maximum de médailles (plus de 70 médailles d’or pour le Grenache, c’est démesuré…) afin de contenter un maximum de personnes. Espérons que ces remarques, que je ne suis pas le seul à formuler, seront prises en compte lors de la prochaine édition qui se tiendra cette fois à Zaragoza, la grande capitale de l’Aragon. C’est Bernard Rieu, le président du CIVR organisateur qui l’a annoncé hier au quotidien L’Indépendant.

Non, Marco n'arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Non, Marco n’arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Franchement, le moment le plus riche dans cet événement qui a attiré une grosse majorité de vins espagnols et français, mais aussi italiens, se passe bien après le concours. Hélas, il faut attendre 20 h pour entrer dans le vif du sujet et dans le somptueux cadre de la Chapelle Saint-Dominique où, en présence de nombreux vignerons catalans et de quelques huiles locales, on peut goûter tous les lots ayant participé au concours classés par couleurs, par types et par pays, toujours avec ce même sérieux qui caractérise l’organisation telle la température des vins parfaitement maintenue. Une expérience formidable qui mériterait une ouverture plus précoce ne serait-ce que pour satisfaire la soif de découvertes qui anime bien des amateurs de vins attirés par cette manifestation. Quatre mini buffets ont permis de goûter une succession de petits plats amusants et parfois surprenants réalisés par le chef Franck Séguret dont la plupart se mariaient sans difficultés avec les vins doux naturels du Roussillon, comme mon préféré, le Maury 1988 Chabert de Barbera de la Cave Les Vignerons de Maury, vrai vin de légende sur lequel je vous dirai plus lors d’une prochaine chronique.

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Et de saluer au passage la toute nouvelle et jeune présidente du cru Maury, Aurélie Pereira ! Moi, je trouve que c’est chouette d’avoir une jeune vigneronne à la tête d’un cru. Alors bonne chance Aurélie !

Michel Smith 

PS J’apprends que Colette Faller, quelques mois après sa fille cadette Laurence, vient de partir vers d’autres cieux que ceux de la crête des Vosges. Le plus difficile dans ces cas-là tient dans un mot : continuité. Cela consiste à maintenir et à développer une entreprise – le Domaine Weinbach magistralement gérée jusque-là par ce trio féminin. Catherine et son fils Théo, seuls à la barre, vont devoir tenir le cap et le franchir pour aller vers une autre histoire. La suite va être aussi passionnante que les débuts de Colette après le décès de son mari. Et comme Théo porte le nom de son grand-père on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Je vais trinquer dès ce soir en souvenir d’une très lointaine visite. Bye bye, Colette ! MS


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Le vin peut-il se complaire à jamais dans l’ignorance ?

Il n’y a qu’à lire l’article de notre Hervé national d’hier pour s’en rendre compte : de nos jours, ce n’est plus aussi évident de parler du vin. Du moins, c’est ce que je ressens aussi. Moi-même je suis confronté presque chaque jour à cette expérience qui fait que je doute de plus en plus de la manière dont j’écris sur le sujet. Ça ne passe plus. En dehors de quelques amoureux et professionnels, mis à part les érudits qui viennent sur notre site pour débattre entre gens de bonne famille et de bonne compagnie, entre connaisseurs, est-ce que nous avons nous un réel public, une audience ? Perso, je suis convaincu que non. Combien, parmi ceux qui nous lisent, ont-ils encore la volonté profonde d’apprendre, de découvrir, de nous accompagner dans nos dégustations, de partager notre enthousiasme comme nos déconvenues ? Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de démissionner ni de pleurer sur notre sort. Le plaisir reste. Pourtant, à voir les rubriques vins réduites en peau de chagrin quand elles ne reproduisent pas carrément les dossiers de presse, à lire les revues spécialisées condamnées à la plus stricte confidentialité, quand ce n’est pas à la mendicité, il semble pour ma part que l’univers du vin se complait de plus en plus dans une forme de médiocrité ambiante et que l’on s’enfonce petit à petit dans l’ignorance.

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Partout les mêmes flacons, les mêmes facilités, les mêmes complaisances… Oui, je sais, vous allez penser que c’est très dur d’énoncer de telles choses. Le problème, c’est que je le pense vraiment : à moins d’être bling-bling, à moins de faire dans le consensuel, le vin intéresse de moins en moins le grand public.

Soif de découverte, soif d’apprendre, soif de goûter, soif de comparer, soir de comprendre ? Tu parles, soif de rien ! Ces mots ont-ils encore du sens dès lors que tout est accessible par la voie rapide comme l’est l’éclair d’Internet. Tout afflue à grande vitesse au point que l’on veut goûter la nouveauté sans tarder pour l’oublier aussitôt sans prendre la peine de savoir ce qu’il peut y avoir derrière. On ne nous laisse même plus le temps de questionner, de discuter, d’analyser, d’enquêter, de remettre en cause. Il faut tout obtenir et tout de suite. Le vin vient du Chili, il est rouge, il est bio, c’est un Merlot, il est cher ou pas, point final, avec ça, on aura tout dit ! Vrai, quoi, qui connaît encore sa géographie vineuse ? Qui sait comment la Bourgogne est foutue ? Qui connaît l’histoire de Bordeaux ? On se fiche de la région, de l’âge des vignes comme du procédé de vinification. Oubliés climats, terroirs, cultures, au diable le personnage qui est derrière la bouteille, à moins qu’il ne s’agisse d’un « people ». Le vin est cher ou abordable, la tablée semble ravie, la soirée s’annonce bien et c’est tout ce qui compte ! Non mais, vous n’allez pas en plus nous faire chier avec le passé de la propriété, la température, le juste mariage avec le plat et tout le tintouin ! Vade retro ! Dépité, j’ai constaté il y a peu que moi aussi je me sentais impuissant face à cette marée humaine si prompte à broyer du vin dans l’ignorance la plus totale, l’inculture crasse, la beuverie ordinaire.

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Envoyé spécial pour moi-même, comme d’habitude, j’étais l’autre jour dans la capitale du vin. Non pas dans les vignes de Vouvray ou de Beaune, ni même aux abords du Quai des Chartrons, mais dans les rues grouillantes de Londres, métropole polluante et bruyante composée de buildings à ne plus savoir qu’en faire et de millions de fourmis consuméristes qui ne pensent qu’à une chose : travailler pour gagner plein d’argent à dépenser au plus vite dans les boutiques qui foisonnent. Que de futiles prétentions ! Lâcher des billets à la moindre occasion comme, par exemple, se bourrer joyeusement la gueule entre collègues histoire de célébrer une victoire commerciale, un match de foot ou de rugby, le départ d’une collègue ou l’enterrement de vie de garçon d’un copain. Tout est bon pour se lâcher avec des vins dépourvus de personnalité, prendre un selfy de ces bacchanales modernes pour mieux repartir le lendemain et participer au rayonnement mondial de la perfide Albion. Plus que jamais l’Angleterre est mûre pour la gloire, elle a du succès et la manne qui va avec doit être remise en circulation au plus vite : d’où le pot-pourri incroyablement plus riche qu’ailleurs proposé à chaque coin de rue dans une métropole qui ne dort plus tant elle s’enivre de consommer veillée par des tours toujours plus audacieuses.

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Parmi ces futilités, la bouffe débridée et le pinard décomplexé occupent une place de choix. Dans les pubs, bien sûr, où le vin est confronté presque à égalité avec la bière, mais aussi dans les gares, les aérogares, les grandes surfaces et les petits commerces ouverts le dimanche, l’offre vins est pléthorique. Les hôtels, les restaurants, les bars débordent de formules soigneusement griffonnées sur des ardoises où, à partir de 10 personnes, par exemple, vous bénéficiez d’un plat (enfin, ce qui ressemble à un plat) et d’une bouteille de vin (on ne vous dit pas laquelle) pour une somme forfaitaire très avantageuse. Et pour une étrange raison que je ne m’explique pas, depuis un couple d’années c’est le Picpoul de Pinet qui a la cote parmi les blancs dans les pubs. Pourquoi lui et pas le Mâcon ou le Muscadet ? Pourquoi est-il devenu impossible de trouver un dry Sherry dans les mêmes pubs ? Partout, il y a une liste de vins consultable, pas forcément très longue, mais assez complète, avec toutes les couleurs, presque tous les genres, tous les pays, des noms sérieux et illustres côtoient des vins inconnus réservés à toutes les bourses. Le tout étant proposé dans la plus extrême des politesses et avec le sourire en plus, sans oublier le petit accent slave, ibère, rital ou frenchy qui va si bien avec. Oui, Londres reste la capitale mondiale du vin.

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En dehors de telles généralités trop grossièrement brossées, quel choix propose-t-on réellement au Londonien lambda pour ne pas dire moyen ? Hormis les quelques valeurs sûres que nous connaissons tous, je ne sais pas moi, un Michon en Vendée par ci ou un Bizeul en Roussillon par là, l’offre est tellement vaste que l’on pourrait la qualifier sans mal de « riche et globale ». Avec des vins où la nationalité apparaît plus importante que le reste, ce qui semble normal tant les rues de Londres sont occupées par les étrangers du monde entier. Londres joue à fond le cosmopolitisme. Avec des vins estampillés « Bordeaux » ou « Burgundy » surtout, côté Hexagone. Ou encore des vins décrétés « regional France » et dûment bouchés vis à des prix décents entre 8 et 12 £ (je vous laisse le soin de convertir) que l’on trouve en boutiques genre Oddbins ou Nicolas. Gigantesque fourre-tout où le Beaujolais est mêlé au Muscadet pour être mixé à la sauce Bergerac en passant par le Malbec, le Grenache ou le Pinot. Songez que le rayon Géorgie d’une boutique palatiale comme Hedonism, sise au cœur du très chic Mayfair, à un jet de bouchon de Champagne du Claridge’s et de la cave à cigares de Dunhill, est aussi vaste que celui de la Touraine, du Roussillon ou du Languedoc, régions qui de toute façon ne sont pas répertoriées comme telles car risquant de compromettre la donne. Dans ce nouveau « temple » du vin fondé cela va sans dire par un milliardaire Russe, « the crème de la crème », comme ils disent (le magasin, pas le Russe), l’espace Australie et Tasmanie s’offrant à mes yeux écarquillés propose des vins aussi chers que certains Rhône ou Bourgogne. Tout ce qui brille, tout ce qui évoque le fric et l’opulence – Champagne, Toscane, Piémont, Latour, Yquem, Montrachet… – , tout ce qui est d’un format démesuré, tout symbole de luxe et de débauche sonnante et trébuchante, est mis en avant sans aucun état d’âme. On est là pour faire du fric, oui ou merde ?

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Ici, la connaissance du vin importe peu. Hormis quelques exceptions, on vient dans cette boutique – je n’appelle pas ça « caviste » – non pas pour découvrir, mais pour briller en société, pour s’extasier, pour épater, frimer, en mettre plein la vue et repartir avec une caisse de Cheval Blanc 1947 ou un petit vin de Hongrie de derrière les fagots. Confiant, l’acheteur s’en remet à une armada des vendeurs plus compétents que jamais, tous jeunes et propres sur eux. Bien éduqués, ouverts, plus aimables et serviables les uns que les autres, d’un chic nonchalant, rompus à toute négociation commerciale, ils viennent de tous les pays. Très larges d’esprits, ils s’adaptent aux situations les plus extravagantes et sont capables de livrer à votre hôtel la bouteille la plus rare, la plus grosse, la plus introuvable. Si vous venez en tribu, ils s’occuperont de garer la Rolls et conduiront vos enfants dans une salle qui leur est réservée afin que vous puissiez faire vos emplettes en paix. Ils peuvent même vous faire goûter des vins (50 bouteilles en machines Enomatic) de Grange, de Sassicaia ou de Haut-Brion. Alors pourquoi vous inquiéter ? Laissez-vous faire. Les livraisons ? Pas de problèmes puisque la maison dispose de quelques « eco-friendly vans »…

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Normal que le vieux journaliste spécialisé en choses du vin se fasse tout petit à côté d’une telle démesure. Pourquoi s’évertuer à vouloir fouiller dans les campagnes savoyardes ou catalanes à la recherche de trésors cachés quand ils sont connus avant presque de naître par les trois-quarts de la planète qui, même si elle n’a pas les moyens de se les procurer, rêve de les posséder un jour ? À quoi cela sert-il de déguster 50 vins de Carmenère ou 100 Bordeaux Sup’ et de les commenter quand c’est de la Syrah que tout le monde réclame ? Le vin s’est globalisé. Sournoisement, il s’est uniformisé à la manière d’un parfum de marque pour mieux rassurer une clientèle qui ne souhaite prendre aucun risque et s’en remettre, question culture, qu’aux commentaires de quelques experts patentés qui eux mêmes ont savamment rationalisé leurs discours afin de plaire au plus grand nombre à la fois. Le vin d’aujourd’hui ressemble à cette clientèle : il est inculte. On n’achète plus un Minervois ou un Madiran par souci d’entretenir je ne sais quelle flamme sentimentale, on paie un rouge ou un blanc par tranches de portefeuille : moins de 5 €, 10 €, moins de 20 €, 1.000 €, etc. Le vin n’est plus qu’un vulgaire prix. Standardisé, il est le reflet de notre société qui consomme sans chercher à savoir, un monde qui se nourrit de clichés et de trophées. Le pire dans tout cela, c’est que même bouchonné le public trouvera au vin quelques qualités.

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Pour s’en remettre, il faudra attendre une ou deux générations. Attendre qu’une société s’écroule pour mieux se reconstruire sur de nouvelles bases. Le temps de reformer des générations d’amateurs rompus à l’érudition, à la curiosité. Le temps de redonner soif à un monde aveuglé par le paraître. Le temps de privilégier la connaissance face à l’ignorance. Quand je vous disais que j’étais un éternel optimiste…

Michel Smith


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Les tribulations de la famille Vanwijn : coins cachés en Rhône Nord (épisode 1)

Article paru dans In Vino Veritas n°168

Les aficionados des plus belles syrahs du monde sauteraient de joie à l’idée de passer leurs congés près de Tain l’Hermitage; c’est le cas du père Vanwijn, bien sûr. Mais ma soeur et moi, nous avons décidé de faire la gueule tout le trajet. On nous dira « pourquoi tant de haine? » C’est simple: qu’il y a-t-il à faire dans le nord du Rhône? Papa a beau raconter tout ce qu’il veut, on ne l’écoute plus. Même Djibou, notre chien, n’a plus quitté son panier. Mais c’est décidé, on part demain tôt dans la matinée.

Arrêt antidépresseur

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Arrivé en début d’après-midi à Tain l’Hermitage, la voiture s’arrête au bord de la N7. Plongez dans nos jeux, la musique hurlante, il faut nous secouer pour nous rappeler à la réalité. Pause chocolat, ça vous va ? Hurle papa. Eberlués, on contemple le tout nouveau bâtiment de la Cité du Chocolat de Valrhona. Il ressemble à une grosse boîte de pralines. Ma sœur reste tétanisée devant le mur végétal de la façade principale, la nature elle aime. Bon, on entre ? Et tout de go comme un ado, notre père nous inscrit à l’atelier dégustation, 2 heures de pur bonheur, manque plus que les lunettes roses pour se croire perdu sous les tropiques. Provisions faites à la boutique, on sort le sourire enfin retrouvé. Après une telle thérapie, on est prêt à réaffronter la vie. Papa ne s’y trompe pas et nous emmène dans une autre boutique, celle de la Maison Chapoutier. Les hauts verres scintillent et se remplissent de quelques Crus, il nous faut une Syrah qui va avec le chocolat. Le Cornas Les Arènes 2010 semble tout indiqué, d’ailleurs, il fera une bonne partie du repas de demain. Puissant, mais aussi gourmand, il se parfume de fruits noirs bien mûrs, il est suave et bien épicé, les tanins bien présents, de quoi bien agrémenter une côte à l’os puis de le confronter à d’autres tanins, ceux de quelques crus Valrhona. Le choc risque d’être à la fois impressionnant et délicieux.

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Valrhona pour qui ne connait pas est une chocolaterie créée à Tain l’Hermitage. Cette étape incontournable pour les gourmands s’est dotée depuis 2013 d’un espace dédié au chocolat et ouvert tous les jours.

Au milieu de l’avenue Paul Durand, l’artère qui mène à la gare de Tain, se trouve le Caveau M. Chapoutier.

Manger, puis dormir

Avant de rejoindre notre lieu de séjour perdu au milieu des vignes, on fait un saut à la Cave de Tain qui possède un intéressant caveau didactique. Quelques Saint Péray effervescents viennent compléter nos achats. Ils ne feront pas la semaine, frais, aux arômes de fruits blancs sur lit minéral, ils accompagneront nos mises en bouche de fin de journée. http://www.cavedetain.com

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Entretemps en route, c’est pas loin, pour le Mangevins, c’est dans la même avenue que le Caveau précédemment visité. Vincent Dollat et son épouse Feiko y officient. La cuisine, on peut appeler «fusion», comme la Fleur de Courgette et escargots en tempura qui possède certes un accent de chez mais avec une nuance nippone. Le Condrieu 2012 de Pierre Gaillard accepte l’exotisme, rafraîchit le gastéropode et nuance de violette la fleur de courgette.
En route pour notre logement. On occupe un gîte à Chanos-Curson perdu au milieu du vignoble, La Farella. La piscine nous fera un bien fou avant un repos bien mérité, mais pourquoi tu ne nous a rien dit papa ? J’ai tout expliqué, mais vous n’avez rien écouté. Ça vous a fait de belles surprises pour cette première journée. Il y en aura quelques autres, elles s’égraineront tout au long de notre séjour tant redouté. Bonne nuit.

Sport ou culture ?

Bien évidemment ma sœur voudrait enfourcher son vélo et parcourir les collines alentours. Moi, un petit saut au musée archéologique de Vienne me plairait plus. La décision est simple, si le temps n’est pas trop chaud et peu de vent, on fait du vélo, j’ai un bon contact explique mon père. Si le climat nous fait des caprices, direction le musée termine papa. Demain, on nous prévoit une température de cycliste…

Rendez-vous au Domaine Habrard à Gervans, pour parcourir l’appellation Crozes-Hermitage. Fabien Louis, notre guide, nous attend derrière ses vélos électriques, ma sœur a le sien.
Voilà un engin que je n’ai jamais essayé, paraît qu’avec cette modernité les côtes se montent les doigts dans le nez. Comme tout voyage oenotouristique et culturel pour son petit cour de géologie tout au long de la promenade, on démarre avec une dégustation des vins du domaine d’accueil. Laurent Habrard nous montre la différence entre les Marsanne expressives plantées sur lœss en Crozes et la puissance retenue du même cépage qui pousse aux Roucoules en Hermitage.

Les fourmis nous démangent, en route

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C’est le moment choisi pour présenter l’entité aux étrangers, nous et une poignée bigarrée d’Allemands et de Hollandais qui n’y ont jamais mis les pieds. Cépages, sols, style de vin sont décrits par Fabien Louis, également sommelier qui tient à Thain un bar à vins, Des Terrasses du Rhône http://www.ausommelier.com http://www.baladesviticoles.com
En route, c’est parti pour 500 m et premier arrêt, histoire d’admirer la portion la moins connue de l’appellation, les granits qui en occupent toute la partie nordique et qui se termine avec la colline de Thain, aire de l’Hermitage. Ça monte, ça descend, on s’arrête de temps en temps pour souffler, prendre quelques photos, admirer le travail des vignes.

L’ascension jusqu’à Larnage

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Au milieu des monticules granitiques gît une particularité géologique qui se mérite, vélo électrique ou pas, le miens ne devait pas être branché, et c’est au bout de plusieurs lacets qu’enfin on accède à ce terroir écrit en vert sur fond blanc. Le sol gris blanc très clair est assez impressionnant, composé de kaolin, une argile complètement altérée qui s’emploie dans la fabrication de la porcelaine. Un terrain assez rare et encore plus rarement planté de vignes. Il donne des vins droits, presque austères, tendus par l’acidité due à la forte teneur en silice. Les Domaines Belle et Rémizières y ont plusieurs parcelles, comme René Jean Dard et François Ribaud (Dard & Ribo) qui en font la mythique cuvée K. On y passera goûter tout ça.

Folle descente

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En rasant la colline de l’Hermitage, ce qui permet d’en admirer de près les enseignes hollywoodiennes…
Les granits nordiques nous laissent pour les anciennes terrasses du Rhône d’altitudes décalées, nous ce qu’on voit c’est que ça descend et on est bien content. Au décrochage entre ces deux espaces plans apparaissent quelques pentes argileuses du côté de Mercurol. C’est le terroir des Pends qui donnent des vins minéraux, argile tu m’entends, mais bien enrobés de chair, frais. Le Domaine des Entrefaux en tire un joli parti. Les Crozes Hermitage Les Pends blanc et rouge viendront remplir notre escarcelle.

Enfin les Châssis

Arrive la plaine des Châssis, celle qui abrite quelques domaines réputés comme Le Clos des Grives de Laurent Combier http://www.domaine-combier.com ou encore Alain Graillot avec aujourd’hui son fils Maxime qui tient la barre http://www.alaingraillot.com . Les vins y sont certes plus solaires, plus puissant, mais leur structure minérale leur apportent fraicheur et élégance.
La balade se termine autour d’un verre, celui de l’effort fourni, histoire de nous réhydraté, celui de l’amitié, histoire de trinquer aux belles appellations et au terroir dans les jambes.

Demain repos !

Ciao

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Marco


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Piémont vs Andalousie : le meilleur pour un Bélier !

Je pourrais étaler des noms sur une liste proprette, vous déballer des châteaux à tours de bras et autant de domaines à la queue leu-leu, vous mettre l’eau à la bouche, dresser un compte-rendu aussi savant que détaillé, vous faire partager du « name dropping » à foison façon aboyeur de l’Élysée ou de Buckingham, vous en mettre aussi plein les mirettes à faire se pâmer tous les pseudos connaisseurs soucieux d’étaler leur science. Je pourrais aussi en appeler à Dédé la Farine (à défaut de « la Sardine »), je veux dire Léon le Troksiste, ou Luky le Belge, sachant que depuis qu’il ne vient plus nous voir ça doit le démanger quelque part lui qui, en plus, est un vieux pote au Portugais (Hollandais) que je vais citer si tout va bien d’ici quelques lignes… Oui, je pourrais frimer. Mais voilà, je viens d’avoir 66 berges et, même si je me conduis encore comme un gamin, il y a des limites à ne pas dépasser.

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier... Photo©MichelSmith

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier… Photo©MichelSmith

Mais d’abord, quelques explications. J’étais à Pézenas en cette fin de semaine, d’une part pour y faire mes courses au marché du samedi, d’autre part pour honorer un gueuleton dominical manigancé par mon ami Bruno et toute une clique de copains complices dont le célèbre « showviniste » Olivier Lebaron, les facétieux Catherine et Daniel Leconte des Floris et le sémillant Philippe Richy du Domaine Stella Nova accompagné de sa fille Anne. Rassurez-vous, je ne vais pas vous conter dans le détail ce rassemblement de vieux(eilles) routards(es) du vin tous débraillés et hirsutes (ou avec ce qu’il restait de poils sur le caillou), ni vous hacher menu le détail du repas. Je suis pressé et vous l’êtes aussi très certainement. Sauf que ça se passait au sommet d’un hôtel particulier, celui de Lacoste, dont la façade nord est, en partie, occupée par la Société Générale. Mais bon, la cité dite « de Molière », dite aussi la « petite Versailles du Languedoc », dite encore « ville de Bobby Lapointe  », doit bien compter une cinquantaine d’hôtels classés dignes de ce nom, alors…

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Mon ami Bruno Stirnemann, gourmand et brillant orchestrateur des Accords de Bruno avait donc prévu comme à son habitude un monumental repas dont il a le secret, repas entrecoupé (entre chaque plat) de la brève présentation d’une vingtaine de vins de Bourgogne, de Bordeaux, mais aussi d’Espagne, de Hongrie, d’Italie, du Jura, du Roussillon ou de Languedoc. Parmi tous ces flacons, un vin m’est apparu bien au dessus du lot, très jeune et enjoué, frais et tranchant, copieux mais sans excès. Ce blanc 2010 n’est autre que le fruit d’un pur Palomino Fino, le cépage du Jerez, région qui recèle de nombreux trésors cachés. Ceux-ci sont le plus souvent mis à jour par les membres passionnés de l’Equipo Navazos qui, bien qu’intéressés par tous les vins espagnols, semblent avoir une prédilection pour l’Andalousie. Leur mission : détecter des pépites dans les caves du royaume, se les réserver, suivre leur élevage, puis leur mise en bouteilles, enfin leur commercialisation. Je vous avais déjà déterré quelques bouteilles ici même. Vous ne pourrez pas me dire que vous n’étiez pas au parfum. Il semblerait qu’en France ces vins soient en vente à la Maison du Whisky à Paris. Alors, cherchez-les et réservez-les !

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Cette fois-ci, les fadas de Equipo Navazos ont trouvé aussi cinglé et exigeant qu’eux puisqu’ils se sont associés au Portugais Dirk Niepoort, dont la famille venue de Hollande est installée à Porto depuis 4 générations. Il faut savoir que les Niepoort élèvent quelques uns des portos les plus purs et qu’ils sont ouverts à de multiples collaborations extérieures. C’est ce qui s’est passé ici avec ce blanc issu d’un des domaines historiques de Jerez-de-La-Frontera. Pressurage lent, fermentation à l’ancienne en vieux fûts de 600 litres (bota de chêne américain) sous l’action des levures indigènes, débourbage, élevage de 7 mois dans les mêmes fûts remplis aux 5/6 èmes sans aucun mûtage (ou fortification) pour encourager l’action des lies fines et le développement d’un léger voile, pas de fermentation malolactique… l’idée étant d’obtenir un beau vin aux arômes caractéristiques du terroir crayeux d’albarizas qui caractérise les meilleurs finos. Résultat, ne titrant que 12° et des poussières, on obtient un blanc frais mais délicatement sec, pas trop acide, quelque chose de simple mais suffisamment gras et solide pour affronter une charcuterie ou une huître, un vin qui évoque, en bien plus léger, un grand fino. Tiré à plus de 6.000 exemplaires, édité depuis le millésime 2009, ce vin est commercialisé autour de 15 € quand on le trouve en France ou en Espagne où les cavistes entament le 2011.

Photo©MichelSmith

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Comme Bruno connaît mes goûts pour les vins du Piémont, il avait prévu une autre petite rareté, pourtant tirée à 110.000 exemplaires, je veux parler de mon Moscato d’Asti légèrement frizzant de La Spinetta. Bien que cette bouteille soit contingentée, on la trouve plus facilement à Paris que dans le Midi. Soit, elle était servie sur mon gâteau d’anniversaire (au chocolat) alors que j’aurais préféré la boire à l’apéro, mais ce n’est pas grave car malgré ses 5 petits degrés d’alcool et ses 120 g de sucres résiduels, elle enchante toujours mon palais de ses bulles ultra fines. Et voilà de quels artifices mes bons amis de Pézenas usent lorsque je me pointe chez eux !

Michel Smith

 

 


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Chrétien Oberlin a bien mérité de l’Europe!

La route des Vins d’Alsace vient de fêter ses 60 ans. Il me semble donc tout indiqué de rappeler le nom et l’oeuvre d’un enfant du pays sans lequel la viticulture alsacienne ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui – et que serait une route des vins sans de beaux vignobles et de beaux vins à montrer?

En plus, à sa manière, son histoire plaide pour une autre Europe. Pas celle de Bruxelles ou de Strasbourg, qui nous semble si loin. Pas celle de la bureaucratie. Pas celle des douaniers. Pas celle des élections européennes où vous ne pouvez voter que pour vos propres nationaux (et bien souvent, paradoxalement, pour des gens qui ne croient pas à la construction européenne). Non, je veux parler de l’Europe des gens, celle de l’action, celle de l’amitié entre les peuples. Celle du vin. Parce que le vignoble n’est pas plus vert de l’autre côté de la frontière…

Tiens, saviez-vous que l’on peut faire du vin luxembourgeois avec des raisins français, en toute légalité?  Et du vin italien avec des raisins slovènes? Certains domaines sont coupés en deux par la frontière. Ce sont ces petites exceptions à la règle qui nous montrent à quel point, souvent, nos règles ne tiennent pas debout. L’Europe est pleine de bons vins qui ne demandent qu’à être découverts ou redécouverts.

Mais revenons à ce cher Oberlin…

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien Oberlin naît français en 1831. Il fait des études d’ingénieur et à ce titre, participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c’est à l’agriculture qu’il consacre l’essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

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Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L’Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l’occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants, notamment par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd’hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C’est à lui qu’on doit notamment le pinot blanc d’Alsace, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Lointaine héritière d’Oberlin, la jolie gamme du Domaine de la Ville de Colmar

Par ailleurs, Oberlin généralise les vignes palissées. C’était l’époque où on ne discutait pas l’avis des savants.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l’Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l’eau du bain allemand: c’est à l’ombre des casques à pointes, en effet, que renaît le vignoble alsacien. Que l’ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu’est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein » (Union des Vignerons de Ribeauvillé)…

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l’heure européenne, voila un bel exemple!

Hervé Lalau

PS. Les vignes de l’Institut du Vin de Colmar ont été reprises par la ville, qui a fondé une société d’économie mixte. Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz. Celui-ci vient de donner un solide coup de jeune à la gamme. L’unité reste indépendante au plan de la vinification comme des apports. Je vous recommande tout particulièrement son pinot blanc (qui a dit que ce cépage manquait de complexité!?), son muscat (un des plus jolis muscats secs qu’il m’a été donné de déguster cette année) et son pinot gris.


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5 jours et 5 pays (part 2/2)

La semaine dernière, je vous ai laissé au Portugal (en réalité c’était à Vinexpo, donc à Bordeaux), en disant tout le bien que je pense des quelques vins de l’Alentejo dégustés pendant ce salon. Hervé a justement objecté la nécessité d’irriguer comme étant un obstacle à un développement écologiquement correcte de ce vignoble qui est situé dans une régions chaude et sèche. Peut-être, mais passons maintenant à d’autres pays, dont certains n’ont aucun problème de manque d’eau.

Lundi 17 juin (suite et tous aux abris)

L’orage a menacé toute la journée, mais il allait éclater pendant ma soirée au Centre d’Art Contemporain de Bordeaux (voir article précédent), comme on peut le voir de ce ciel d’une couleur étonnante, au moment ou je partais.

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Mardi 18 juin : l’Autriche

De belles dégustations horizontales des vins de deux domaines phares de la région du Kamptal, au nord du Danube et à l’ouest de Vienne. Cette région, qui a le statut de D.A.C. (équivalent d’AOP), partage ses faveurs en matière de variétés entre le Grüner Veltliner et le Riesling, pour l’essentiel. Il est à noter que tous les vins que j’ai dégusté, y compris les plus hauts de gamme, sont fermés par des capsules à vis, voire par des bouchons en verre. Et pas une trace d’oxydoréduction à l’horizon ! Les autrichiens ont, semble-t-il, compris quelque chose que le plupart des français tardent trop à accepter : que le bouchon en liège n’est pas nécessairement la meilleure manière de conserver le vin dans un flacon en verre !

D’abord les vins de Schloss Gobelsburg. Grace en grande partie au travail de précision et d’exigence de Michael Moosbrugger, ce domaine fait partie aujourd’hui des meilleurs en Autriche à mon humble avis. Les vins ont toujours un fruité impeccable et sont d’une très grande précision, avec des niveaux de complexité qui suit la courbe ascendant de leurs ambitions, finissant avec des cuvées parcellaires, aussi bien pour les grüner veltliners que pour les rieslings.

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La gamme des grüner veltliners que j’ai dégustés. Il y en avait bien plus, mais je n’avais pas le temps de tout faire

Le grüner veltliner, qui représente tout de même quelque 30% du vignoble autrichien, est capable de très belles choses, et serait un peu le chardonnay de ce pays, tant il varie dans son expression en fonction du climat (meso-climat et aussi climat dans le sens parcellaire de la Bourgogne). Mais je situe les rieslings de Gobelsburg à un niveau au-dessus. L’entrée de gamme, appelé Gobelsburger est déjà exemplaire, mais l’ensemble des rieslings que j’ai dégusté possède un degré de finesse qu’on ne trouve pas très souvent en Alsace, tout en ayant une force que le situe à part des rieslings de la Moselle. Vous remarquerez sur la photo ci-dessous une carte de la région de Kamptal. Il est à noter que les vignerons du coin ont choisi la voie de la délimitation et du classement parcellaire, comme en Allemagne ou en Bourgogne (Erste Lage = Premier Cru). Mon préféré, le Heiligenstein, se situe à droite dans la photo (17/20). Les échantillons pris sur foudre sont signalé dans les photos par un autocollant « Fassprobe ».

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Ensuite une escale chez un des plus réputés des producteur autrichiens (et toujours un des meilleurs): Bründlmayer. J’aime bien l’homme aussi, pour sa modestie, son honnêteté et son elegance, et il parle aussi bien le français que l’anglais. A ma grande honte, mon allemand est plus que limité. Il faut que j’acquière d’autres langues. Là, de nouveau, une série de vins impeccables, avec le Grüner Veltliner Kaferberg 2011, et le même cépage de la parcelle nommé Lamm, en 2012, au sommet de cette série pour moi. Ls Riesling Heiligenstein 2012 ou  l’Alte Reben 2011 étaient au pinacle aussi.

Difficile d’enchaîner après des vins de cette qualité, alors j’ai pris un petit break avant de revenir en Autriche pour déguster les vins d’un jeune vigneron que je découvrais, Huber, qui se trouve dans la région de Treisenthal. En plus de ses bons grüners veltliners, il produit aussi une variété très rare, le Rotgipfler que j’ai trouvé intéressante pour ses notes fumées et sa légère touche d’amertume en finale. Pour finir, cap au sud et la région alpine du Steiermark (Styrie), ou j’ai dégusté les vins de Tement. Ce producteur avait, dans le passé, la main un peu lourde avec la barrique, mais j’ai été heureux de découvrir que cela a bien changé. Son Sauvignon Blanc Zeirigg 2011 est un modèle d’intensité, à la fois acéré, complexe et long.

Mercredi 19 juin : la Grèce

Un tour sur le petit stand de ce pays, histoire de montrer un minimum de solidarité pour un pays qui souffre tant en ce moment, et aussi de tenter de découvrir quelques vins, bien entendu. Il n’y aura pas de commentaires détaillés sur ces vins car je n’ai pas pris de notes, mais voici les vins de Grèce que j’ai particulièrement aimé à Vinexpo, et qui mériteraient le détour en toute circonstance.

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L’Assyrtiko est un grand cépage, mais il n’est le seul présent dans ce très bon blanc de Santorini, qui contient aussi un peu de l’aromatique Aïdani et peut-être aussi de l’Athiri. Finesse et fraîcheur étonnante.

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Même producteur, toujours sur l’île de Santorin, mais avec l’entré en jeu des cépages rouges : Mandilaria et Mavrotragano. Très bon tout cela !

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Un des avantages des salons est que vous économisez du temps et de l’argent en matière de voyages (je sais, les voyages forment la jeunesse, mais je ne suis plus tout jeune et je n’ai pas beaucoup de temps, alors…). Presque à l’autre bout de la Grèce par rapport aux Cyclades se trouve la Macédoine et cet autre producteur dont j’ai bien aimé les vins : Kir Yianni. Cette firme appartient à la famille Boutaris (pas la grande entreprise) et Stellios Boutaris m’a fait goûter une série d’excellents vins dont voici mes trois préférés. Les appellations sont Naoussa et Amydeon, et le cépage rouge dominant est le Xinomavro, qui a manifestement tout d’un grand.

Allez la Grèce !

Et l’Allemagne dans tout cela ?

J’ai fini par une dégustation de Rieslings Allemands et une présentation de leur système de classification des vins/parcelles au sein d’une association privée, qui, je crois, s’appelle VDP.  J’avoue ne pas avoir compris grande chose mais les vins était forts bons. A quoi cela sert-il, toute ces classifications ?

Je vais peut-être revenir sur ce sujet mais là je n’ai pas le temps. Et il y avait aussi des pinot noirs allemands, parfois très bons mais aussi très chers. Et des blancs de Croatie. Bref, une semaine bien remplie et ce n’était pas tout.

Le soleil revient (enfin, je crois) et je pars vers le Sud-Ouest avec une moto tout terrain sur la remorque…..bataille dans la boue ou plénitude dans les blés ?

David


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5 jours et 5 pays (part 1/2)

J’ai un peu voyagé la semaine dernière, mais pas autant que mon titre ne laisserait supposer. En réalité je n’ai visité que deux villes et deux pays différents : Barcelone et Bordeaux, mais le salon Vinexpo, qui se tient dans cette dernière ville, a l’énorme avantage de vous permettre de visiter, sur le plan œnologique, une multitude de pays sous un même toit. C’est un des ses principaux avantages selon moi. Et puisque ma semaine a été si riche en plaisirs gustatifs autour de ces deux déplacements, je vous la présenterai sous forme de chroniques journaliers. Les principaux pays concernés, outre l’Espagne, seront la Grèce,  le Portugal, l’Autriche et l’Allemagne. Cet article paraîtra en deux épisodes (patience pour la suite alors….).

Vendredi 15 : arrivé à Barcelone pour assister au Grand Prix Moto de Catalunya (le but principal de ce voyage d’un weekend)

Dîner dans une institution gastronomique de la ville, Los Caracoles, située dans une ruelle perpendiculaire au bas de las Ramblas. En y pénétrant par la façade très 19ème, on attend un peu au bar pour sa table, avec vue derrière sur la gigantesque cuisinière en fonte, autour duquel on doit ensuite frayer son chemin, entre flammes et cuisiniers transpirants, pour accéder à une labyrinthe de salles via escaliers et petites portes. Autant de clients espagnols (ou catalans, je ne sais plus comment dire) que d’estrangers. Bonne nourriture traditionnelle. Je n’ai pas mangé d’escargots, mais une bonne petite assiette de favas (petites fèves cuits avec du cochon) et du cabri rôti longuement et devenu très fondant. Excellente et assez chère carte de vins. Nous avons bu la superbe cuvée Torre Muga 2009 de la maison éponyme de Rioja, étonnante de fraîcheur et d’équilibre, et ce très beau vin (ci-dessous) de la zone autour de Ribero del Duero, d’un domaine que j’ai eu le plaisir de visiter il y a trois ans : Mauro

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Samedi 16 juin : journée d’essais sur le circuit

En allant courir autour du port le matin, j’était étonné de voir, vers 6h45, las Ramblas rempli de jeunes gens joyeux ou éméchés (et souvent les deux), la plupart sortant de boîtes de nuit ou autres lieux de fêtes. Je pensais me tromper d’heure, mais le soleil était bien là, au-dessus des bâtiments ! Je savais Barcelone ville de fête, mais à ce point….maintenant je comprends pourquoi ma fille s’y est tellement amusée pendant une phase de ses études.

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J’adore la moto et les courses de ces engins. Je sais que ce n’est pas très écologiquement correct. Tant pis ! J’ai un peu pratiqué ce sport mécanique dans ma jeunesse, et cela me tente encore (course de papys ?). L’impact du bruit et de la sensation de vitesse me coupe littéralement le souffle chaque fois que je remets les pieds sur un circuit. Une décharge d’adrénaline me met le cerveau en ébullition et j’ai des fourmis dans les poignées. Les pilotes Moto GP prennent 340 kms/heure dans la ligne droite de ce circuit avant de freiner à fond et d’imposer à leurs machines des angles d’environ 60% pour un virage à droite. Ce n’est pas bien raisonnable, mais c’est très impressionnant. Avec ma collègue Dominique, nous étions choyés et bien guidé par Bernard Laydis, propriétaire de Château Roc de Calon, qui produit de très bons vins à Montagne Saint Emilion (j’en ai déjà parlé, il me semble, car j’aime beaucoup leur équilibre, leur fruité gourmand, et leur excellent rapport qualité/prix), et son œnologue conseil Stéphane Toutoundji. Merci à eux pour ce beau weekend de détente. Roc de Calon est un des sponsors de l’équipe Tech3 Yamaha, le team privé le mieux placé au championnat MotoGP 2013. Nous avions accès au stands, au paddock et à pas mal de zones intéressantes du circuit. Les pilotes ne boivent pas du vin pendant les essais (ni la course). Moi je ne bois pas du Monster (un autre sponsor, bien plus visible). Un pilot du Team Tech 3, l’anglais Cal Crutchlow, a fait le deuxième temps aux essais et partira donc demain de la première ligne. Voici notre petite équipe devant la machine en question. Ils n’ont pas voulu me laisser essayer la bête. Mais pourquoi ?

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Dîner le soir dans un bar à vin moderne, à la carte de vins impressionnante (et moins cher que celle d’hier), mais à la nourriture et service plutôt banale. J’ai bu un bon Priorat blanc (carignan blanc peut-être), et expérimenté les bouchons de Barcelone dans un taxi conduit par un jeune homme indien qui connaissait manifestement assez mal la ville, ou bien nous prenait pour ce que nous étions : des touristes distraits.

Dimanche 16 juin : jour des courses et retour à Bordeaux par la route

Bouchon énorme pour entrer au circuit. Deux heures depuis le centre de Barcelone ! Pas étonnant, les pilotes espagnols étaient en pôle position pour les trois courses (Moto3, Moto2 et MotoGP). Et ils les ont tous gagnés ! Et notre pilote anglais ? Il est tombé au quatrième tour en essayant de suivre le rythme imposé par les trois pilotes espagnoles devant lui. Son co-équipier, un autre anglais, a fini sixième. Départ avant la fin de la course pour éviter la foule, puis 5 heures de route pour Bordeaux. Dîner sur les quais de Bordeaux (quelle splendeur, cette ville !) avec un ami australien. Nous avons bu un bon vin blanc assez simple mais parfaitement équilibré dont j’ai oublié le nom et le pays d’origine, mais il avait une capsule à vis, donc je ne pense pas qu’il était français.

Lundi 17 juin : Vinexpo, journée Portugal

Un peu de travail l’après midi mais du temps libre le matin pour attaquer quelques explorations gustatives. Pour le premier pays concerné, le Portugal, j’étais très impressionné par un vin rouge de l’Alentejo, appelé Herdade da Malhadinha Nova, fait avec de l’aragones (tempranillo), touriga national, syrah et alicante bouschet. Le millésime 2010 était raisonnablement puissant, mais très gourmand, plein d’un fruit somptueux juste encapsulé par des tanins fins et parfaitement intégrés. Grande longueur et une fraîcheur étonnante. Une note ? Allez pour un 18/20. Deux remarques : cette région semble être un terrain très fertile pour des expériences diverses  et donne une liberté bienvenue en matière d’assemblages. Elle héberge aussi la plus grand quantité de ce cépage tant décrié en France qui est l’Alicante Bouschet, que j’ai trouvé participant à pas mal d’assemblages avec bonheur. Un autre vin de l’Alentejo m’a bien plu dans cette dégustation collective : Quinta do Mouro, qui fait également appel à de l’alicante bouschet, en plus du cabernet sauvignon, du touriga national et de l’aragonès (note 15,5/20).

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Antonio Maçanita et une partie de sa gamme aussi éclectique qu’ excellente

Puis visite du stand de Quinta do Mouro pour déguster toute leur gamme, ainsi que celle d’un autre producteur, dont le domaine s’appelle Fita Preta. Ce dernier m’a particulièrement impressionné, même si je n’ai pas bien compris la grande diversité des étiquettes produites. Malgré son habillage clinquant, la gamme désigné Sexy est très bien faite et doit attirer du monde, y compris des « djuenes ». Antonio Maçanita est un jeune œnologue et producteur qui fait aussi des vins on ne peut plus « sérieux » (fait-il être tout le temps sérieux dans le vin ?) et inspiré de traditions très anciennes. Il a un peu fait le tour du monde vinicole avant de s’installer dans son pays d’origine et, à Fita Preta, produit un superbe vin blanc élaboré en amphore à partir d’un vignoble complanté de trois variétés autochtones. Appelé Branco Indigenas, le 2010 est d’une fraîcheur étonnante pour un vin du sud. Très légèrement tannique (ou est-ce minéral ?), complexe, un peu lacté et avec à peine une pointe d’oxydation bien maîtrisée. Rien d’une daube « naturelle » en tout cas. Tous les autres vins de Maçanita que j’ai dégusté sont très bons (notes entre 14 et 18/20) avec un coup de cœur pour le rouge Preta 2008, uniquement fait dans les meilleurs millésimes.

Le soir, dégustation dans le magnifique bâtiment qui héberge le Centre d’Art Contemporain de Bordeaux d’une partie des vins de l’association La Grappe (de Stéphane Derenoncourt). Coup de cœur massif pour le millésime 2010 à Bordeaux, et pas besoin d’aller chercher les vedettes pour se faire plaisir : Domaine de Courteillac, par exemple, ou Château L’Ile Fort sont des splendides Bordeaux Supérieur. Il y a avait aussi là  d’excellents champagnes de nos amis Les Artisans de Champagne, à qui la bande des 5 a rendu visite il y a plus d’un an Pour l’occasion ils avaient amené une belle série de magnums. J’étais ébloui par celui de Frédéric Savart, un 100% chardonnay appelé Dame de Coeur. Je crois que c’était le millésime 2007, mais en tout cas ce vin est une splendeur !

And so, to bed…..

(see you next week)

David

(qui signe aussi les photos, sauf celle de groupe derrière la moto)

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