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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

vignoble Carnuntum

 

Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

zweigelt Grappes de Zweigelt

Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold

 

 

 


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Quand efficacité rime avec qualité : l’exemple autrichien

J’ai exprimé récemment sur ce blog, lors d’une série d’articles sur la région autrichienne de Styrie, tout le bien que je pense d’une partie des vins de ce pays. Je reviens d’un autre voyage dans ce pays, qui fut concentré sur la région de Burgenland. Ce voyage m’a permis d’apprécier, une fois de plus, la remarquable intelligence, la qualité organisationnelle et la compétence générale de l’organisme chargé du marketing et de la communication de l’ensemble des vins d’Autriche. Je dois dire que je ne connais aucune autre inter-profession ni agence de communication ayant une charge si large qui arrive à la hauteur de l’Austrian Wine Marketing Board (AWMB). Il faut dire qu’ils ont des moyens, mais il n’y a pas que cela….

 IMG_6837l’entrée d’une ferme viticole en Burgenland

 

Nous, journalistes traitant du vin, sommes régulièrement sollicités pour tant d’événements liés à notre métier que nous pouvons effectuer des comparaisons autant entre les organisateurs qu’entre les vins qui nous avons à déguster. Nos jugements sont forcément variables et nous avons tous, je pense, nos préférences parmi les inter-professions ou agences qui ont la charge de nous informer et d’organiser visites, conférences, salons, dégustations, etc., afin de faire connaître et mieux comprendre les vins des producteurs, régions ou pays concernés. Ces préférences sont basées sur nos expériences, mais aussi sur nos sensibilités individuelles, tant de telles opérations sont soumises à la loi du maillon le plus fiable.  Oui, car un détail négligé, un document mal rédigé ou une information qui manque peuvent facilement gâcher toute ou partie d’une impression chez quelqu’un un peu exigeant ou ayant un minimum d’expérience dans la filière vin. Et je ne parle pas là de notre confort personnel lors d’un voyage, bien que cela peut aider à mettre dans de bonnes dispositions pour recevoir les informations disponibles. Personnellement je me moque pas mal des grands repas dans des restaurants chics, surtout s’ils durent des heures : ce n’est pas mon truc. Les hôtels de luxe, je m’en moque aussi. D’autres peuvent y être sensibles. En revanche, l’absence d’une connexion wifi efficace dans un hôtel peut m’agacer.

 IMG_6845Portugal ? Non, c’est en Autriche, au même lieu que la photo précédente

 

Qu’est ce qui assoit, selon moi, le très haut niveau de compétence de l’AWMB que j’ai cité en exemple en introduction et qui est le sujet principale cet article ? Si les vins d’Autriche ne représentent que 1% de la production mondiale, ce pays est quand-même riche et bien organisé. Cela aide! Il a aussi une âme artistique affirmée avec une culture riche. Et les autrichiens ont un sens d’humour, comme le prouve Willi Klinger, qui dirige cet organisation et qui dit « nous sommes très forts en Autriche, car nous avons réussi à faire croire à pas mal de monde que Beethoven était autrichien et que Hitler était allemand « . Mais tout cela ne suffit pas à garantir la réussite d’un voyage de presse. On dit que le diable réside dans le détail. Si je regarde les détails du voyage auquel j’ai participé il y a une semaine, il y a avait non seulement un programme très alléchant, intelligemment conçu et avec de nombreuses options pour les 165 participants, mais un soin extraordinaire apporté dans les détails, que cela soit dans le domaine de la logistique ou de l’information. Et le tout mis en musique avec une gentillesse et une réactivité de la part des équipes en charge qui force le respect.

 IMG_6851un bâtiment de chai avec une belle charpente « bateau » sur la frontière avec l’Hongrie

 

Vous avez bien lu : il y avait 165 journalistes ou autre professionnels du vin dans ce voyage, et ils venaient de très nombreux pays différents. Accueilli à l’aéroport par une voiture et conduit à un hôtel à Vienne (qui détient, il me semble, la seule appellation contrôlée de vin de tous les capitaux européens), je découvre une série de documents dans un sac dédié. Rien d’exceptionnel vous me direz.

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Mais voyons ces documents. Très peu de bla-bla : Une lettre d’accueil qui explique l’intendance et qui donne un numéro de « hotline » dédié 24h/24 ; un plan de Vienne avec l’implantation des hôtels et lieux concernés et, des tickets de transports en commun pour se rendre au dîner/dégustation de départ, ainsi qu’à celui de la fin, ou bien se balader dans le capital ; un dossier de presse très complet sur les vins d’Autriche  ; des dossiers sur différents sujets d’actualité avec des statistiques à jour ; et une série de carnets de dégustation qui correspondaient aux options de voyages que j’avais pris. Tous les dossiers, et d’autres informations, se trouvaient aussi sur une clé USB. Il y avait aussi une étiquette très solide pour ma valise et le programme détaillé. Pour illustrer l’attention au détail, un mot sur les carnets de dégustation, dont ci-dessous un exemplaire (c’est le grand cahier pour la dégustation finale dont je vous parlerai aussi).

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Chacun avait une reliure en spirale, ce qui facilite grandement la manipulation des pages, et une place sur la couverture pour y inscrire mon nom (il m’arrive d’égarer mon carnet et de perdre ainsi mes notes). Chaque carnet à thème comprenait une récapitulation de l’ensemble du programme et des cartes des vignobles concernés. Les vins à déguster y étaient tous listés dans l’ordre des différentes dégustations, ainsi que les vins servis lors des repas, le tout regroupé sous des en-têtes qui permettait de vérifier qu’on était sur la bonne page et dans la bonne série. Pour chaque vin, outre un espace pour ses notes, il y avait un numéro de référence, le nom du producteur et de la cuvée, le cépage, le millésime, le % alcool, le grammage en sucre résiduel et la zone de prix (moins de 10 euros, 10/20, plus de 20….). Les menus de chaque repas y figuraient aussi, ainsi qu’en annexe, les adresses de tous les producteurs dont on pouvait déguster les vins et un rappel des principaux statistiques de l’Autriche et de la région visitée, plus un commentaire sur les conditions de chaque millésime récent.

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avant la dégustation (photo DC)

Quant au voyage lui-même, qui a duré en tout 3 journées pleines plus la soirée d’accueil, il était riche, instructif et parfaitement organisé. On pouvait, à chaque étape, parler avec quelques vignerons présents. Il y avait aussi des visites de lieux culturels, comme, dans le cas du circuit que j’avais pris, le musée archéologique de la ville romaine de Carnutum ou du palais Esterharzy, et chaque fois une dégustation organisé dans le lieu en question. Bien sur il y avait quelques heures de bus, mais les distances n’y sont pas énormes et les routes impeccables. J’ai beau chercher, je ne trouve pas de défaut à ce voyage. Avoir une connexion wifi dans les bus serait un plus, une sorte de cerise sur le gâteau.

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la dégustation des 100 grüner veltliner (photo DC)

Les deux derniers événements ont formés une sorte d’apothéose. De retour à Vienne vers une heure de l’après-midi de mardi, nous attendait, au Palais Niederösterreich au cœur de Vienne, un très bon déjeuner/buffet avec des produits simples mais de qualité, puis, au rythme de chacun, car on pouvait enter et sortir quand on voulait, une grandiose dégustation (assise) de 100 vins du cépage roi d’Autriche, le blanc grüner veltliner. Imaginez une immense salle de l’ère des Habsbourg, remplie de longues tables à 6 places avec leurs chaises posées en rang d’école de part et d’autre d’une allée centrale. A chaque place correspondait un numéro et on disposait d’une pile de cartes sur lesquelles on inscrivait son numéro de place et le numéro de la série (flight) de vins qu’on souhaitait déguster. On tendait la carte en l’air et quelqu’un venait vite le récupérer. Une ou deux minutes après, un serveur arrivait avec les vins dans un sac à compartiments, numérotés et, bien entendu, à température.  On pouvait déguster, si on le voulait, jusqu’à 24 de ces séries qui comportaient entre 3 et 6 vins. J’ai eu le courage d’en déguster 16 issus des différents groupes, car les séries étaient ordonnés en 4 groupes stylistiques : « jeunes et élégants », « vins de réserve, puissants », « grüner à maturité » (millésimes plus anciens) ; « innovant et sauvage » (en gros, ces trucs qui correspondent plus ou moins aux vins dits « nature »).

 BeethovenWilli Klinger déguisé (remarquablement) en Beethoven. Roll over Ludwig !

 

Pour la dernière soirée, une belle fête  dans les jardins (avec possibilité de repli dans les salles du palais) du Palais Schönburg, avec plein d’autres vins, des tapas de qualité, de la musique de l’époque du bâtiment pour commencer, mais qui a évolué ensuite vers des choses plus modernes. Nous sommes 200 ans après le Congrès de Vienne, ou Talleyrand a exercé ses talents d’une manière remarquable pour sauver le France du désastre provoqué par le petit corse. Du coup l’équipe des organisateurs s’est déguisé en tenues de cette époque et Willi Klinger à trouvé les temps de me trouver un déguisement en Duke of Wellington. Quelle promotion !

 

Quelles leçons peut-on tirer de tout cela ? L’équipe de AWMB est dédiée, importante et bien formée. Elle gère toute la communication collective sur les vins d’Autriche, aussi bien les opérations à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Elle a un effectif permanent de 22 personnes, plus une filiale de 8 personnes qui s’occupe d’aspects logistiques, comme l’expéditions d’échantillons (concours, salons, opération à l’étranger), voyages, hôtels etc. Les personnes avec lesquels j’ai eu à faire sont tous bien formés (WSET 2 minimum, et souvent 3) et parlent au moins deux ou trois langues. Elles sont disponibles et aimables et comprennent les préoccupations et contraintes de nos métiers. Elles aiment le vin et savent travailler bien en équipe. Voilà quelques ingrédients. Si vous n’avez pas la possibilité d’y aller un jour, visitez au moins ce site : http://www.austrianwine.com/ ou rendez-vous sur le stand autrichien à Vinexpo.

Quant aux vins que j’ai dégusté, rouges et blancs, je vous en parlerai les deux semaines prochaines.

David Cobbold

texte et photos, sauf la dernière, car un Duke ne porte pas d’appareil photo, n’est-ce pas ? Duke of Ellington ?


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Perpignan, centre du Grenache !

Chacun sait que, selon Dali, la Gare de Perpignan, près de laquelle j’habite, est le Centre du Monde. Depuis trois ans, c’est la ville entière qui pavoise en l’honneur d’un seigneur tout aussi dalinien, le Grenache. J’entends déjà le sifflet des moqueurs. Si je passe de plus en plus pour être un amateur endurci et monogame du cépage Carignan, il faut avouer que je l’ai bien cherché. Mais la réalité est toute autre : Mouvèdre, Cinsault, Terret, Lladoner, Macabeu, Grenache… font partie – aussi – de mes favoris. Et c’est justement ce dernier, le Grenache, blanc, gris et noir, qui m’a fait accepter l’invitation à trahir quelque peu mon Carignan pour venir aux Grenaches du Monde, manifestation organisée avec simplicité et maîtrise, je me dois le préciser, par le maître de cérémonie Yves Zier et l’appui actif du Comité Interprofessionnel des Vins du Roussillon.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Outre le fait que cela se passait chez moi, plusieurs raisons m’ont attiré vers ce concours. D’abord, de nombreux amis étaient de la fête, en premier lieu notre Marco (pas Polo, l’autre) qui est de (presque) tous les concours. Marlène Angelloz était là aussi qui anime avec fougue l’association Grenache avec son Grenache Day et ses G Nights de folie. Il y avait en plus Michel Blanc de Châteauneuf-du-Pape, Olivier Zavattin, éminent sommelier de Carcassonne et quelques journalistes ou blogueurs, dont l’inénarrable mais si délicate Ophélie Neiman, alias Miss GlouGlou. Bref, j’étais heureux d’être parmi eux et parmi d’autres encore que j’oublie.

Photo©MichelSmith

Le Belle Marlène, queen of Grenache. Photo©MichelSmith

Je ne vais pas m’étendre sur le concours en lui-même car vous savez que je ne prise guère la compétition, dans le vin ni ailleurs. Si ce n’est pour dire que notre table comptait, en plus de notre Belge Marc Vanhellemont, un Italien, deux Catalans et un Français au nom british, c’est-à-dire votre serviteur. Une table équitable vu qu’il m’a semblé que les hidalgos étaient venus en force. Comme à Vinitaly il y a quelques années, tout ce beau linge cherchait à m’expliquer les subtilités et à me démontrer l’efficacité des fiches de notations de l’OIV avec ses cases à cocher en fonction de tout un tas de paramètres pour beaucoup assez vagues et stupides… Mais je ne veux pas vous décourager avec mon avis sur le sujet. Finalement, j’en ai fait qu’à ma tête et j’ai été heureux de constater que mon vin favori, dans les rouges, un valeureux Montsant a été médaillé d’or. Pour info, il s’agit du Furvus 2011 du Domaine Vinyes Domènech à Capçanes en Catalogne. Problème à mes yeux de pinailleur pinardier patenté (les fameux trois P !), selon les fiches techniques sur le site du producteur, les millésimes précédents contenaient jusqu’à 40 % de Merlot ! Tandis que sur un site de vente de vins espagnols, le 2011 est présenté avec seulement 20 % de Merlot dans l’assemblage, ce qui est déjà pas mal, au tarif de 16 €. D’après le règlement du concours, les vins d’assemblages sont acceptés à condition que le Grenache soit majoritaire, ce qui signifie qu’avec un vin à 55 % Grenache, je pourrais concourir ! Pour un concours sur le Grenache, je trouve la farce un peu dure à avaler… Je pense que fixer une limite quant à la présence du Grenache au moins à 80 % me paraît urgentissime pour la crédibilité du concours, quitte à avoir moins d’échantillons à étaler. Et si cela ne tenait qu’à moi, je fixerais la barre à 95 % Grenache ! Cela rendrait l’exercice encore bien plus excitant à mes yeux…

Mon feutre remis au goût du jour. Photo©MichelSmith

Mon feutre remis au goût du jour pour la circonstance. Photo©MichelSmith

Voilà pourquoi ces concours, pour aussi sympathiques qu’ils soient, indépendamment de leur parfaite organisation, me font parfois doucement rigoler : on a l’impression qu’il faut un maximum d’inscriptions pour délivrer un maximum de médailles (plus de 70 médailles d’or pour le Grenache, c’est démesuré…) afin de contenter un maximum de personnes. Espérons que ces remarques, que je ne suis pas le seul à formuler, seront prises en compte lors de la prochaine édition qui se tiendra cette fois à Zaragoza, la grande capitale de l’Aragon. C’est Bernard Rieu, le président du CIVR organisateur qui l’a annoncé hier au quotidien L’Indépendant.

Non, Marco n'arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Non, Marco n’arrivera pas à soudoyer Yves Zier ! Photo©MichelSmith

Franchement, le moment le plus riche dans cet événement qui a attiré une grosse majorité de vins espagnols et français, mais aussi italiens, se passe bien après le concours. Hélas, il faut attendre 20 h pour entrer dans le vif du sujet et dans le somptueux cadre de la Chapelle Saint-Dominique où, en présence de nombreux vignerons catalans et de quelques huiles locales, on peut goûter tous les lots ayant participé au concours classés par couleurs, par types et par pays, toujours avec ce même sérieux qui caractérise l’organisation telle la température des vins parfaitement maintenue. Une expérience formidable qui mériterait une ouverture plus précoce ne serait-ce que pour satisfaire la soif de découvertes qui anime bien des amateurs de vins attirés par cette manifestation. Quatre mini buffets ont permis de goûter une succession de petits plats amusants et parfois surprenants réalisés par le chef Franck Séguret dont la plupart se mariaient sans difficultés avec les vins doux naturels du Roussillon, comme mon préféré, le Maury 1988 Chabert de Barbera de la Cave Les Vignerons de Maury, vrai vin de légende sur lequel je vous dirai plus lors d’une prochaine chronique.

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Aurélie Pereira, Présidente du cru Maury : le Grenache est son domaine ! Photo©MichelSmith

Et de saluer au passage la toute nouvelle et jeune présidente du cru Maury, Aurélie Pereira ! Moi, je trouve que c’est chouette d’avoir une jeune vigneronne à la tête d’un cru. Alors bonne chance Aurélie !

Michel Smith 

PS J’apprends que Colette Faller, quelques mois après sa fille cadette Laurence, vient de partir vers d’autres cieux que ceux de la crête des Vosges. Le plus difficile dans ces cas-là tient dans un mot : continuité. Cela consiste à maintenir et à développer une entreprise – le Domaine Weinbach magistralement gérée jusque-là par ce trio féminin. Catherine et son fils Théo, seuls à la barre, vont devoir tenir le cap et le franchir pour aller vers une autre histoire. La suite va être aussi passionnante que les débuts de Colette après le décès de son mari. Et comme Théo porte le nom de son grand-père on ne peut que lui souhaiter bonne chance ! Je vais trinquer dès ce soir en souvenir d’une très lointaine visite. Bye bye, Colette ! MS


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Le vin peut-il se complaire à jamais dans l’ignorance ?

Il n’y a qu’à lire l’article de notre Hervé national d’hier pour s’en rendre compte : de nos jours, ce n’est plus aussi évident de parler du vin. Du moins, c’est ce que je ressens aussi. Moi-même je suis confronté presque chaque jour à cette expérience qui fait que je doute de plus en plus de la manière dont j’écris sur le sujet. Ça ne passe plus. En dehors de quelques amoureux et professionnels, mis à part les érudits qui viennent sur notre site pour débattre entre gens de bonne famille et de bonne compagnie, entre connaisseurs, est-ce que nous avons nous un réel public, une audience ? Perso, je suis convaincu que non. Combien, parmi ceux qui nous lisent, ont-ils encore la volonté profonde d’apprendre, de découvrir, de nous accompagner dans nos dégustations, de partager notre enthousiasme comme nos déconvenues ? Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de démissionner ni de pleurer sur notre sort. Le plaisir reste. Pourtant, à voir les rubriques vins réduites en peau de chagrin quand elles ne reproduisent pas carrément les dossiers de presse, à lire les revues spécialisées condamnées à la plus stricte confidentialité, quand ce n’est pas à la mendicité, il semble pour ma part que l’univers du vin se complait de plus en plus dans une forme de médiocrité ambiante et que l’on s’enfonce petit à petit dans l’ignorance.

Photo©MichelSmith

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Partout les mêmes flacons, les mêmes facilités, les mêmes complaisances… Oui, je sais, vous allez penser que c’est très dur d’énoncer de telles choses. Le problème, c’est que je le pense vraiment : à moins d’être bling-bling, à moins de faire dans le consensuel, le vin intéresse de moins en moins le grand public.

Soif de découverte, soif d’apprendre, soif de goûter, soif de comparer, soir de comprendre ? Tu parles, soif de rien ! Ces mots ont-ils encore du sens dès lors que tout est accessible par la voie rapide comme l’est l’éclair d’Internet. Tout afflue à grande vitesse au point que l’on veut goûter la nouveauté sans tarder pour l’oublier aussitôt sans prendre la peine de savoir ce qu’il peut y avoir derrière. On ne nous laisse même plus le temps de questionner, de discuter, d’analyser, d’enquêter, de remettre en cause. Il faut tout obtenir et tout de suite. Le vin vient du Chili, il est rouge, il est bio, c’est un Merlot, il est cher ou pas, point final, avec ça, on aura tout dit ! Vrai, quoi, qui connaît encore sa géographie vineuse ? Qui sait comment la Bourgogne est foutue ? Qui connaît l’histoire de Bordeaux ? On se fiche de la région, de l’âge des vignes comme du procédé de vinification. Oubliés climats, terroirs, cultures, au diable le personnage qui est derrière la bouteille, à moins qu’il ne s’agisse d’un « people ». Le vin est cher ou abordable, la tablée semble ravie, la soirée s’annonce bien et c’est tout ce qui compte ! Non mais, vous n’allez pas en plus nous faire chier avec le passé de la propriété, la température, le juste mariage avec le plat et tout le tintouin ! Vade retro ! Dépité, j’ai constaté il y a peu que moi aussi je me sentais impuissant face à cette marée humaine si prompte à broyer du vin dans l’ignorance la plus totale, l’inculture crasse, la beuverie ordinaire.

Photo©MichelSmith

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Envoyé spécial pour moi-même, comme d’habitude, j’étais l’autre jour dans la capitale du vin. Non pas dans les vignes de Vouvray ou de Beaune, ni même aux abords du Quai des Chartrons, mais dans les rues grouillantes de Londres, métropole polluante et bruyante composée de buildings à ne plus savoir qu’en faire et de millions de fourmis consuméristes qui ne pensent qu’à une chose : travailler pour gagner plein d’argent à dépenser au plus vite dans les boutiques qui foisonnent. Que de futiles prétentions ! Lâcher des billets à la moindre occasion comme, par exemple, se bourrer joyeusement la gueule entre collègues histoire de célébrer une victoire commerciale, un match de foot ou de rugby, le départ d’une collègue ou l’enterrement de vie de garçon d’un copain. Tout est bon pour se lâcher avec des vins dépourvus de personnalité, prendre un selfy de ces bacchanales modernes pour mieux repartir le lendemain et participer au rayonnement mondial de la perfide Albion. Plus que jamais l’Angleterre est mûre pour la gloire, elle a du succès et la manne qui va avec doit être remise en circulation au plus vite : d’où le pot-pourri incroyablement plus riche qu’ailleurs proposé à chaque coin de rue dans une métropole qui ne dort plus tant elle s’enivre de consommer veillée par des tours toujours plus audacieuses.

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Parmi ces futilités, la bouffe débridée et le pinard décomplexé occupent une place de choix. Dans les pubs, bien sûr, où le vin est confronté presque à égalité avec la bière, mais aussi dans les gares, les aérogares, les grandes surfaces et les petits commerces ouverts le dimanche, l’offre vins est pléthorique. Les hôtels, les restaurants, les bars débordent de formules soigneusement griffonnées sur des ardoises où, à partir de 10 personnes, par exemple, vous bénéficiez d’un plat (enfin, ce qui ressemble à un plat) et d’une bouteille de vin (on ne vous dit pas laquelle) pour une somme forfaitaire très avantageuse. Et pour une étrange raison que je ne m’explique pas, depuis un couple d’années c’est le Picpoul de Pinet qui a la cote parmi les blancs dans les pubs. Pourquoi lui et pas le Mâcon ou le Muscadet ? Pourquoi est-il devenu impossible de trouver un dry Sherry dans les mêmes pubs ? Partout, il y a une liste de vins consultable, pas forcément très longue, mais assez complète, avec toutes les couleurs, presque tous les genres, tous les pays, des noms sérieux et illustres côtoient des vins inconnus réservés à toutes les bourses. Le tout étant proposé dans la plus extrême des politesses et avec le sourire en plus, sans oublier le petit accent slave, ibère, rital ou frenchy qui va si bien avec. Oui, Londres reste la capitale mondiale du vin.

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En dehors de telles généralités trop grossièrement brossées, quel choix propose-t-on réellement au Londonien lambda pour ne pas dire moyen ? Hormis les quelques valeurs sûres que nous connaissons tous, je ne sais pas moi, un Michon en Vendée par ci ou un Bizeul en Roussillon par là, l’offre est tellement vaste que l’on pourrait la qualifier sans mal de « riche et globale ». Avec des vins où la nationalité apparaît plus importante que le reste, ce qui semble normal tant les rues de Londres sont occupées par les étrangers du monde entier. Londres joue à fond le cosmopolitisme. Avec des vins estampillés « Bordeaux » ou « Burgundy » surtout, côté Hexagone. Ou encore des vins décrétés « regional France » et dûment bouchés vis à des prix décents entre 8 et 12 £ (je vous laisse le soin de convertir) que l’on trouve en boutiques genre Oddbins ou Nicolas. Gigantesque fourre-tout où le Beaujolais est mêlé au Muscadet pour être mixé à la sauce Bergerac en passant par le Malbec, le Grenache ou le Pinot. Songez que le rayon Géorgie d’une boutique palatiale comme Hedonism, sise au cœur du très chic Mayfair, à un jet de bouchon de Champagne du Claridge’s et de la cave à cigares de Dunhill, est aussi vaste que celui de la Touraine, du Roussillon ou du Languedoc, régions qui de toute façon ne sont pas répertoriées comme telles car risquant de compromettre la donne. Dans ce nouveau « temple » du vin fondé cela va sans dire par un milliardaire Russe, « the crème de la crème », comme ils disent (le magasin, pas le Russe), l’espace Australie et Tasmanie s’offrant à mes yeux écarquillés propose des vins aussi chers que certains Rhône ou Bourgogne. Tout ce qui brille, tout ce qui évoque le fric et l’opulence – Champagne, Toscane, Piémont, Latour, Yquem, Montrachet… – , tout ce qui est d’un format démesuré, tout symbole de luxe et de débauche sonnante et trébuchante, est mis en avant sans aucun état d’âme. On est là pour faire du fric, oui ou merde ?

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Ici, la connaissance du vin importe peu. Hormis quelques exceptions, on vient dans cette boutique – je n’appelle pas ça « caviste » – non pas pour découvrir, mais pour briller en société, pour s’extasier, pour épater, frimer, en mettre plein la vue et repartir avec une caisse de Cheval Blanc 1947 ou un petit vin de Hongrie de derrière les fagots. Confiant, l’acheteur s’en remet à une armada des vendeurs plus compétents que jamais, tous jeunes et propres sur eux. Bien éduqués, ouverts, plus aimables et serviables les uns que les autres, d’un chic nonchalant, rompus à toute négociation commerciale, ils viennent de tous les pays. Très larges d’esprits, ils s’adaptent aux situations les plus extravagantes et sont capables de livrer à votre hôtel la bouteille la plus rare, la plus grosse, la plus introuvable. Si vous venez en tribu, ils s’occuperont de garer la Rolls et conduiront vos enfants dans une salle qui leur est réservée afin que vous puissiez faire vos emplettes en paix. Ils peuvent même vous faire goûter des vins (50 bouteilles en machines Enomatic) de Grange, de Sassicaia ou de Haut-Brion. Alors pourquoi vous inquiéter ? Laissez-vous faire. Les livraisons ? Pas de problèmes puisque la maison dispose de quelques « eco-friendly vans »…

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Normal que le vieux journaliste spécialisé en choses du vin se fasse tout petit à côté d’une telle démesure. Pourquoi s’évertuer à vouloir fouiller dans les campagnes savoyardes ou catalanes à la recherche de trésors cachés quand ils sont connus avant presque de naître par les trois-quarts de la planète qui, même si elle n’a pas les moyens de se les procurer, rêve de les posséder un jour ? À quoi cela sert-il de déguster 50 vins de Carmenère ou 100 Bordeaux Sup’ et de les commenter quand c’est de la Syrah que tout le monde réclame ? Le vin s’est globalisé. Sournoisement, il s’est uniformisé à la manière d’un parfum de marque pour mieux rassurer une clientèle qui ne souhaite prendre aucun risque et s’en remettre, question culture, qu’aux commentaires de quelques experts patentés qui eux mêmes ont savamment rationalisé leurs discours afin de plaire au plus grand nombre à la fois. Le vin d’aujourd’hui ressemble à cette clientèle : il est inculte. On n’achète plus un Minervois ou un Madiran par souci d’entretenir je ne sais quelle flamme sentimentale, on paie un rouge ou un blanc par tranches de portefeuille : moins de 5 €, 10 €, moins de 20 €, 1.000 €, etc. Le vin n’est plus qu’un vulgaire prix. Standardisé, il est le reflet de notre société qui consomme sans chercher à savoir, un monde qui se nourrit de clichés et de trophées. Le pire dans tout cela, c’est que même bouchonné le public trouvera au vin quelques qualités.

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Pour s’en remettre, il faudra attendre une ou deux générations. Attendre qu’une société s’écroule pour mieux se reconstruire sur de nouvelles bases. Le temps de reformer des générations d’amateurs rompus à l’érudition, à la curiosité. Le temps de redonner soif à un monde aveuglé par le paraître. Le temps de privilégier la connaissance face à l’ignorance. Quand je vous disais que j’étais un éternel optimiste…

Michel Smith


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Les tribulations de la famille Vanwijn : coins cachés en Rhône Nord (épisode 1)

Article paru dans In Vino Veritas n°168

Les aficionados des plus belles syrahs du monde sauteraient de joie à l’idée de passer leurs congés près de Tain l’Hermitage; c’est le cas du père Vanwijn, bien sûr. Mais ma soeur et moi, nous avons décidé de faire la gueule tout le trajet. On nous dira « pourquoi tant de haine? » C’est simple: qu’il y a-t-il à faire dans le nord du Rhône? Papa a beau raconter tout ce qu’il veut, on ne l’écoute plus. Même Djibou, notre chien, n’a plus quitté son panier. Mais c’est décidé, on part demain tôt dans la matinée.

Arrêt antidépresseur

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Arrivé en début d’après-midi à Tain l’Hermitage, la voiture s’arrête au bord de la N7. Plongez dans nos jeux, la musique hurlante, il faut nous secouer pour nous rappeler à la réalité. Pause chocolat, ça vous va ? Hurle papa. Eberlués, on contemple le tout nouveau bâtiment de la Cité du Chocolat de Valrhona. Il ressemble à une grosse boîte de pralines. Ma sœur reste tétanisée devant le mur végétal de la façade principale, la nature elle aime. Bon, on entre ? Et tout de go comme un ado, notre père nous inscrit à l’atelier dégustation, 2 heures de pur bonheur, manque plus que les lunettes roses pour se croire perdu sous les tropiques. Provisions faites à la boutique, on sort le sourire enfin retrouvé. Après une telle thérapie, on est prêt à réaffronter la vie. Papa ne s’y trompe pas et nous emmène dans une autre boutique, celle de la Maison Chapoutier. Les hauts verres scintillent et se remplissent de quelques Crus, il nous faut une Syrah qui va avec le chocolat. Le Cornas Les Arènes 2010 semble tout indiqué, d’ailleurs, il fera une bonne partie du repas de demain. Puissant, mais aussi gourmand, il se parfume de fruits noirs bien mûrs, il est suave et bien épicé, les tanins bien présents, de quoi bien agrémenter une côte à l’os puis de le confronter à d’autres tanins, ceux de quelques crus Valrhona. Le choc risque d’être à la fois impressionnant et délicieux.

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Valrhona pour qui ne connait pas est une chocolaterie créée à Tain l’Hermitage. Cette étape incontournable pour les gourmands s’est dotée depuis 2013 d’un espace dédié au chocolat et ouvert tous les jours.

Au milieu de l’avenue Paul Durand, l’artère qui mène à la gare de Tain, se trouve le Caveau M. Chapoutier.

Manger, puis dormir

Avant de rejoindre notre lieu de séjour perdu au milieu des vignes, on fait un saut à la Cave de Tain qui possède un intéressant caveau didactique. Quelques Saint Péray effervescents viennent compléter nos achats. Ils ne feront pas la semaine, frais, aux arômes de fruits blancs sur lit minéral, ils accompagneront nos mises en bouche de fin de journée. http://www.cavedetain.com

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Entretemps en route, c’est pas loin, pour le Mangevins, c’est dans la même avenue que le Caveau précédemment visité. Vincent Dollat et son épouse Feiko y officient. La cuisine, on peut appeler «fusion», comme la Fleur de Courgette et escargots en tempura qui possède certes un accent de chez mais avec une nuance nippone. Le Condrieu 2012 de Pierre Gaillard accepte l’exotisme, rafraîchit le gastéropode et nuance de violette la fleur de courgette.
En route pour notre logement. On occupe un gîte à Chanos-Curson perdu au milieu du vignoble, La Farella. La piscine nous fera un bien fou avant un repos bien mérité, mais pourquoi tu ne nous a rien dit papa ? J’ai tout expliqué, mais vous n’avez rien écouté. Ça vous a fait de belles surprises pour cette première journée. Il y en aura quelques autres, elles s’égraineront tout au long de notre séjour tant redouté. Bonne nuit.

Sport ou culture ?

Bien évidemment ma sœur voudrait enfourcher son vélo et parcourir les collines alentours. Moi, un petit saut au musée archéologique de Vienne me plairait plus. La décision est simple, si le temps n’est pas trop chaud et peu de vent, on fait du vélo, j’ai un bon contact explique mon père. Si le climat nous fait des caprices, direction le musée termine papa. Demain, on nous prévoit une température de cycliste…

Rendez-vous au Domaine Habrard à Gervans, pour parcourir l’appellation Crozes-Hermitage. Fabien Louis, notre guide, nous attend derrière ses vélos électriques, ma sœur a le sien.
Voilà un engin que je n’ai jamais essayé, paraît qu’avec cette modernité les côtes se montent les doigts dans le nez. Comme tout voyage oenotouristique et culturel pour son petit cour de géologie tout au long de la promenade, on démarre avec une dégustation des vins du domaine d’accueil. Laurent Habrard nous montre la différence entre les Marsanne expressives plantées sur lœss en Crozes et la puissance retenue du même cépage qui pousse aux Roucoules en Hermitage.

Les fourmis nous démangent, en route

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C’est le moment choisi pour présenter l’entité aux étrangers, nous et une poignée bigarrée d’Allemands et de Hollandais qui n’y ont jamais mis les pieds. Cépages, sols, style de vin sont décrits par Fabien Louis, également sommelier qui tient à Thain un bar à vins, Des Terrasses du Rhône http://www.ausommelier.com http://www.baladesviticoles.com
En route, c’est parti pour 500 m et premier arrêt, histoire d’admirer la portion la moins connue de l’appellation, les granits qui en occupent toute la partie nordique et qui se termine avec la colline de Thain, aire de l’Hermitage. Ça monte, ça descend, on s’arrête de temps en temps pour souffler, prendre quelques photos, admirer le travail des vignes.

L’ascension jusqu’à Larnage

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Au milieu des monticules granitiques gît une particularité géologique qui se mérite, vélo électrique ou pas, le miens ne devait pas être branché, et c’est au bout de plusieurs lacets qu’enfin on accède à ce terroir écrit en vert sur fond blanc. Le sol gris blanc très clair est assez impressionnant, composé de kaolin, une argile complètement altérée qui s’emploie dans la fabrication de la porcelaine. Un terrain assez rare et encore plus rarement planté de vignes. Il donne des vins droits, presque austères, tendus par l’acidité due à la forte teneur en silice. Les Domaines Belle et Rémizières y ont plusieurs parcelles, comme René Jean Dard et François Ribaud (Dard & Ribo) qui en font la mythique cuvée K. On y passera goûter tout ça.

Folle descente

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En rasant la colline de l’Hermitage, ce qui permet d’en admirer de près les enseignes hollywoodiennes…
Les granits nordiques nous laissent pour les anciennes terrasses du Rhône d’altitudes décalées, nous ce qu’on voit c’est que ça descend et on est bien content. Au décrochage entre ces deux espaces plans apparaissent quelques pentes argileuses du côté de Mercurol. C’est le terroir des Pends qui donnent des vins minéraux, argile tu m’entends, mais bien enrobés de chair, frais. Le Domaine des Entrefaux en tire un joli parti. Les Crozes Hermitage Les Pends blanc et rouge viendront remplir notre escarcelle.

Enfin les Châssis

Arrive la plaine des Châssis, celle qui abrite quelques domaines réputés comme Le Clos des Grives de Laurent Combier http://www.domaine-combier.com ou encore Alain Graillot avec aujourd’hui son fils Maxime qui tient la barre http://www.alaingraillot.com . Les vins y sont certes plus solaires, plus puissant, mais leur structure minérale leur apportent fraicheur et élégance.
La balade se termine autour d’un verre, celui de l’effort fourni, histoire de nous réhydraté, celui de l’amitié, histoire de trinquer aux belles appellations et au terroir dans les jambes.

Demain repos !

Ciao

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Marco


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Piémont vs Andalousie : le meilleur pour un Bélier !

Je pourrais étaler des noms sur une liste proprette, vous déballer des châteaux à tours de bras et autant de domaines à la queue leu-leu, vous mettre l’eau à la bouche, dresser un compte-rendu aussi savant que détaillé, vous faire partager du « name dropping » à foison façon aboyeur de l’Élysée ou de Buckingham, vous en mettre aussi plein les mirettes à faire se pâmer tous les pseudos connaisseurs soucieux d’étaler leur science. Je pourrais aussi en appeler à Dédé la Farine (à défaut de « la Sardine »), je veux dire Léon le Troksiste, ou Luky le Belge, sachant que depuis qu’il ne vient plus nous voir ça doit le démanger quelque part lui qui, en plus, est un vieux pote au Portugais (Hollandais) que je vais citer si tout va bien d’ici quelques lignes… Oui, je pourrais frimer. Mais voilà, je viens d’avoir 66 berges et, même si je me conduis encore comme un gamin, il y a des limites à ne pas dépasser.

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier... Photo©MichelSmith

Sur le marché de Pézenas, samedi dernier… Photo©MichelSmith

Mais d’abord, quelques explications. J’étais à Pézenas en cette fin de semaine, d’une part pour y faire mes courses au marché du samedi, d’autre part pour honorer un gueuleton dominical manigancé par mon ami Bruno et toute une clique de copains complices dont le célèbre « showviniste » Olivier Lebaron, les facétieux Catherine et Daniel Leconte des Floris et le sémillant Philippe Richy du Domaine Stella Nova accompagné de sa fille Anne. Rassurez-vous, je ne vais pas vous conter dans le détail ce rassemblement de vieux(eilles) routards(es) du vin tous débraillés et hirsutes (ou avec ce qu’il restait de poils sur le caillou), ni vous hacher menu le détail du repas. Je suis pressé et vous l’êtes aussi très certainement. Sauf que ça se passait au sommet d’un hôtel particulier, celui de Lacoste, dont la façade nord est, en partie, occupée par la Société Générale. Mais bon, la cité dite « de Molière », dite aussi la « petite Versailles du Languedoc », dite encore « ville de Bobby Lapointe  », doit bien compter une cinquantaine d’hôtels classés dignes de ce nom, alors…

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Nathalie et Olivier Lebaron. Photo©MichelSmith

Mon ami Bruno Stirnemann, gourmand et brillant orchestrateur des Accords de Bruno avait donc prévu comme à son habitude un monumental repas dont il a le secret, repas entrecoupé (entre chaque plat) de la brève présentation d’une vingtaine de vins de Bourgogne, de Bordeaux, mais aussi d’Espagne, de Hongrie, d’Italie, du Jura, du Roussillon ou de Languedoc. Parmi tous ces flacons, un vin m’est apparu bien au dessus du lot, très jeune et enjoué, frais et tranchant, copieux mais sans excès. Ce blanc 2010 n’est autre que le fruit d’un pur Palomino Fino, le cépage du Jerez, région qui recèle de nombreux trésors cachés. Ceux-ci sont le plus souvent mis à jour par les membres passionnés de l’Equipo Navazos qui, bien qu’intéressés par tous les vins espagnols, semblent avoir une prédilection pour l’Andalousie. Leur mission : détecter des pépites dans les caves du royaume, se les réserver, suivre leur élevage, puis leur mise en bouteilles, enfin leur commercialisation. Je vous avais déjà déterré quelques bouteilles ici même. Vous ne pourrez pas me dire que vous n’étiez pas au parfum. Il semblerait qu’en France ces vins soient en vente à la Maison du Whisky à Paris. Alors, cherchez-les et réservez-les !

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Un blanc extra ! Photo©MichelSmith

Cette fois-ci, les fadas de Equipo Navazos ont trouvé aussi cinglé et exigeant qu’eux puisqu’ils se sont associés au Portugais Dirk Niepoort, dont la famille venue de Hollande est installée à Porto depuis 4 générations. Il faut savoir que les Niepoort élèvent quelques uns des portos les plus purs et qu’ils sont ouverts à de multiples collaborations extérieures. C’est ce qui s’est passé ici avec ce blanc issu d’un des domaines historiques de Jerez-de-La-Frontera. Pressurage lent, fermentation à l’ancienne en vieux fûts de 600 litres (bota de chêne américain) sous l’action des levures indigènes, débourbage, élevage de 7 mois dans les mêmes fûts remplis aux 5/6 èmes sans aucun mûtage (ou fortification) pour encourager l’action des lies fines et le développement d’un léger voile, pas de fermentation malolactique… l’idée étant d’obtenir un beau vin aux arômes caractéristiques du terroir crayeux d’albarizas qui caractérise les meilleurs finos. Résultat, ne titrant que 12° et des poussières, on obtient un blanc frais mais délicatement sec, pas trop acide, quelque chose de simple mais suffisamment gras et solide pour affronter une charcuterie ou une huître, un vin qui évoque, en bien plus léger, un grand fino. Tiré à plus de 6.000 exemplaires, édité depuis le millésime 2009, ce vin est commercialisé autour de 15 € quand on le trouve en France ou en Espagne où les cavistes entament le 2011.

Photo©MichelSmith

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Comme Bruno connaît mes goûts pour les vins du Piémont, il avait prévu une autre petite rareté, pourtant tirée à 110.000 exemplaires, je veux parler de mon Moscato d’Asti légèrement frizzant de La Spinetta. Bien que cette bouteille soit contingentée, on la trouve plus facilement à Paris que dans le Midi. Soit, elle était servie sur mon gâteau d’anniversaire (au chocolat) alors que j’aurais préféré la boire à l’apéro, mais ce n’est pas grave car malgré ses 5 petits degrés d’alcool et ses 120 g de sucres résiduels, elle enchante toujours mon palais de ses bulles ultra fines. Et voilà de quels artifices mes bons amis de Pézenas usent lorsque je me pointe chez eux !

Michel Smith

 

 


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Chrétien Oberlin a bien mérité de l’Europe!

La route des Vins d’Alsace vient de fêter ses 60 ans. Il me semble donc tout indiqué de rappeler le nom et l’oeuvre d’un enfant du pays sans lequel la viticulture alsacienne ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui – et que serait une route des vins sans de beaux vignobles et de beaux vins à montrer?

En plus, à sa manière, son histoire plaide pour une autre Europe. Pas celle de Bruxelles ou de Strasbourg, qui nous semble si loin. Pas celle de la bureaucratie. Pas celle des douaniers. Pas celle des élections européennes où vous ne pouvez voter que pour vos propres nationaux (et bien souvent, paradoxalement, pour des gens qui ne croient pas à la construction européenne). Non, je veux parler de l’Europe des gens, celle de l’action, celle de l’amitié entre les peuples. Celle du vin. Parce que le vignoble n’est pas plus vert de l’autre côté de la frontière…

Tiens, saviez-vous que l’on peut faire du vin luxembourgeois avec des raisins français, en toute légalité?  Et du vin italien avec des raisins slovènes? Certains domaines sont coupés en deux par la frontière. Ce sont ces petites exceptions à la règle qui nous montrent à quel point, souvent, nos règles ne tiennent pas debout. L’Europe est pleine de bons vins qui ne demandent qu’à être découverts ou redécouverts.

Mais revenons à ce cher Oberlin…

Enfant de Beblenheim, fils de viticulteur, Chrétien Oberlin naît français en 1831. Il fait des études d’ingénieur et à ce titre, participe à la construction de la ligne de chemin de fer Sélestat-Sainte Marie aux Mines.

Mais c’est à l’agriculture qu’il consacre l’essentiel de sa vie, et notamment à la vigne.

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Chrétien/Christian Oberlin (Image: Oenophil)

1875. L’Alsace-Lorraine est allemande. Mais quelque soit la nationalité de l’occupant, comme toute l’Europe viticole, la région est atteinte par le phylloxéra. Oberlin est un des premiers à s’intéresser scientifiquement au phénomène.

En 1881, il édite un mémoire à Colmar, présentant des solutions à la question phylloxérique.

Ayant remarqué que les vignes sauvages ne sont pas affectées, il sélectionne des plants résistants, notamment par hybridation. Il contribue grandement à sauver le vignoble alsacien en généralisant la greffe sur plants américains. On lui doit aussi l’Oberlin, un croisement entre riparia et gamay, toujours autorisé aujourd’hui dans l’Est de la France… et qu’on retrouve jusqu’au Paraguay!

Puis, en 1897, il fonde l’Institut du Vin d’Alsace, à Colmar. Infatigable chercheur, il sélectionne les plants utilisés aujourd’hui en Alsace, à partir d’un nombre beaucoup plus grand. C’est à lui qu’on doit notamment le pinot blanc d’Alsace, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

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Lointaine héritière d’Oberlin, la jolie gamme du Domaine de la Ville de Colmar

Par ailleurs, Oberlin généralise les vignes palissées. C’était l’époque où on ne discutait pas l’avis des savants.

Le tout, sous administration allemande. Oberlin meurt en 1916 et ne verra donc jamais le retour de l’Alsace à la France.

Ne jetons donc pas le bébé alsacien avec l’eau du bain allemand: c’est à l’ombre des casques à pointes, en effet, que renaît le vignoble alsacien. Que l’ampélographie connaît une des ses plus fastes périodes. Et qu’est fondée (en 1895) la première coopérative viticole de France, la “Rappoltsweiler Winzerverein » (Union des Vignerons de Ribeauvillé)…

Bilingue, Oberlin a servi les deux pays, mais il a surtout bien mérité de la viticulture.

A l’heure européenne, voila un bel exemple!

Hervé Lalau

PS. Les vignes de l’Institut du Vin de Colmar ont été reprises par la ville, qui a fondé une société d’économie mixte. Le plus gros des parts de cette société a été racheté en 2011 par Arthur Metz. Celui-ci vient de donner un solide coup de jeune à la gamme. L’unité reste indépendante au plan de la vinification comme des apports. Je vous recommande tout particulièrement son pinot blanc (qui a dit que ce cépage manquait de complexité!?), son muscat (un des plus jolis muscats secs qu’il m’a été donné de déguster cette année) et son pinot gris.

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