Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le Muscat, ça n’est pas fait pour vieillir !

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On veut nous faire croire tant de choses et souvent, on se laisse berner, candides que nous sommes!

Mais là c’en est trop: car quoi, le Muscat, ça n’est pas fait pour vieillir ! Même qu’il faut le boire à Noël, comme le proposent si pertinemment certains Roussillonnais.

Mais même chez eux, il y a des retors, surtout parmi les vigneronnes dont nous nous gaussons, il est vrai, notamment quand elles nous font déguster un Muscat de Rivesaltes aussi vieux que mon fils, né en 1995. N’importe quoi !

Rien qu’à la teinte cuivrée qui altère le joli doré qu’on trouve dans les Muscats de 6 mois, on sait avant d’y porter le nez que le breuvage est à moitié niqué. Mais bon, j’ai pris sur moi et je l’ai dégusté, professionnellement, dans des conditions NTP (des conditions normales de température et de pression), constatez mon abnégation.

Voici le résultat.

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Muscat de Rivesaltes 1995 Domaine Vaquer

Doré cuivré, il nous offre généreusement des raisins secs macérés dans le sirop d’orgeat, des gelées de pomme et de poire constellées de de zestes de cédrat confit, de la liqueur d’orange parfumée de sauge et de thym, de la pâte de pistache à la verveine, un gâteau de noix et d’amande comme on en trouve à Saint Jacques. La bouche suit la même esbroufe, comme si on allait succomber à tant de raffinement. La note sucrée s’avère délicate et délicieusement épicée de curcuma et de cardamome. On retrouve bien les goûts des agrumes, orange amère, kumquat et mandarine, histoire de changer légèrement de registre pour se démarquer du nez et nous montrer l’infinie variété qui se révèle de gorgée en gorgée. Le tout en élégance, on dira, normal, c’est le vin d’une vigneronne d’origine bourguignonne de surcroit, je rêve. Puis, vient cette impression d’iode qui apporte une saveur salée aux sirops de pêche et d’abricot, sans oublier l’amer à peine marqué qui rappelle un léger vermouth. Enfin, la fluidité fait couler le vin comme un jus frais sans empâter le palais. Avalé, il s’éteint tout doucement, comme il nous a au début envahi, sans impétuosité, mais avec amabilité.

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La coupable (photo bibi)

Bon, on a abusé personne. Après ce supplice, il me faudra quatre bières pour oublier que j’ai failli laisser tomber mes a prioris.

www.domaine-vaquer.com

P.S. j’avais enduré, il y a quelques temps, une verticale de Muscat de Baumes de Venise, des vins de dix à 30 ans, on nous prend vraiment pour des billes, mais j’avais adoré…

Ciao

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Marco


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Rivesaltes 1959, une année féconde

Quand on déguste un vin d’un âge certain, on a envie de se retrouver un peu dans l’ambiance de l’époque, de se faire un flashback, de connaître les évènements marquants et moins importants qui se sont déroulés cette année-là. Mais dégustons tout d’abord ce

Rivesaltes 1959 grande réserve de Dom Brial

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Sa couleur ambre fumé donne envie d’y plonger le nez. Ce dernier doit patienter un peu, le temps que le vin se réveille après autant d’années passées à attendre qu’on veuille bien le déguster. Il lui faut se préparer, se remémorer ses parfums et ses arômes, se secouer un peu pour remettre sa structure en place, puis sans remuer le verre on peut enfin le humer. Et on n’est pas déçu ! On croit sentir du caramel un rien brûlé par l’iode et le sel, il y en a certes, mais ne serait-ce pas plutôt de la pâte de coin teintée réglisse et de poivre de Sichuan ou encore du marc assombri de quelques gouttes de sauce soja, … De toute façon, il y a tout et encore plus, le nez évolutif nous livre à chaque respiration une note supplémentaire. Mais le pied, c’est en bouche. Les papilles s’attendent à une onctuosité sucrée, c’est l’acidité qui débarque en force, rafraîchissant d’une larme tout l’espace buccal, le léger piquant d’un piment renforce encore la vivacité, comme l’amertume au goût de quinquina. Curieux aussi, l’impression tannique qui donne une trame presque ligneuse au vin doux. Le biscuit nappé de confiture d’abricot aux pépites de citron vert, l’écorce d’orange confite, l’algue sèche, le bâton de réglisse, le poivre noir, le moka, le sel, le curcuma, … on pourrait continuer indéfiniment tellement ce vin qui en a vu naître bon nombre d’entre vous possède encore du répondant. Voilà un bien jeune papy, bien gaillard, ça fait plaisir à boire.

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Les parcelles occupent le versant sud du massif des Corbières au sol calcaire à matrice argileuse. L’assemblage comprend du Macabeu, du Grenache blanc et gris. Le mutage se fait après fermentation. L’élevage se fait en foudre pendant 50 ans en milieu oxydatif naturel. Il est encore en vente au prix de 99€.

www.dom-brial.com

Quels évènements ont accompagné la naissance de cet agréable ambré ?

Il y en a un paquet et par conséquent, bien plus que ceux cité ci-dessous. Pour ceux qui avaient déjà l’âge de comprendre ou plus, voici quelques évènements pour rafraîchir les mémoires. Pour ceux nés après, quelques noms leur évoqueront certes quelque chose, le reste rien…

1959

Fidèle prend le pouvoir à cuba, le Dalaï Lama se barre su Tibet, le général de Gaulle est proclamé président de la république qui proclamera dans la foulée l’autodétermination de l’Algérie

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Plus marrant, nés cette année-là, il y a Victoria Abril, de Patrick Bruel, de Vincent Lindon et d’autres…

Moins marrant, les décès, Boris Vian, Errol Flynn, de Buddy Holly et Gérard Philippe et les 423 victimes dues au barrage de Fréjus qui a cédé

Pour se distraire, on allait bien plus au cinéma pour voir La Mort au trousse, Certains l’aime chaud, Rio Bravo avec l’inébranlable John Wayne, Les Quatre cents coups

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Et puis on lisait de la BD grâce à la parution du premier numéro de Pilote et la naissance d’Astérix le fieffé Gaulois. Blake et Mortimer nous offre leur huitième album S.O.S. Météore

Lancement par les Soviétiques de la première sonde spatiale Luna 1 qui nous envoie les premières photos de la face cachée de la lune. Tandis que les Américains envient 2 singes dans l’espace.

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Côté « princesse » le prince Albert qui deviendra le roi Albert II épouse la Paola et le Shah d’Iran (si on s’en souvient) épouse Farah Diba, Hawaï devient le 50è état américain, la mini envahit les rues de Londres avant d’envahir le monde.

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Voilà une bribe de ce qui s’est passé en 1959

 

Allez ciao

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Marco

 


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Magie noire

Cette modeste bouteille – du moins modeste par la taille – m’a été offerte il y a bien longtemps par le dénommé Hervé Bizeul. Quand ? À dire vrai, je ne sais plus. Si ce n’est que je crois bien que c’était peu avant son installation en Roussillon. Avec son ami Jérémy Gaïk, alors directeur du Mas Amiel, bien avant l’arrivée d’Olivier Decelle, l’actuel propriétaire de ce domaine légendaire, en bon ancien sommelier fan de vins doux naturels, Hervé s’était fendu d’une cuvée dédiée à la magie du chocolat. Je pense que le Salon du Chocolat à Paris fut, à l’époque, l’événement fondateur de cette cuvée aujourd’hui rangée dans les oubliettes de l’histoire du vin.  Le grenache noir et le schiste au service du chocolat, voilà ce qui, à mon humble avis, excite le plus l’esprit et les papilles du dégustateur forcément « averti » qui, comme chacun sait en vaut deux.

wp_20161103_010Ah, l’éternel imbroglio des mariages ! Pourquoi diable un Maury tiré d’une cuve parmi d’autres devient un super champion lorsqu’il affronte le chocolat, le vrai, le tannique et fort en gueule ? Est-ce le grenache, le schiste, le soleil, la maturité, l’âge des vignes ? Fichte, je n’en sais rien et d’ailleurs peu importe puisque les trois quarts du temps la rencontre entre les deux protagonistes procure éclats et merveilles de sensations. Pragmatique, mais aussi un tantinet rêveur, tout en étant un rien perfectionniste Hervé Bizeul avait-il imaginé ce vin en songeant peut-être au graal du mariage parfait ? Nul ne le sait. Pourtant, force est de constater que, comme à son habitude, le bougre avait raison. Et j’ai pu le remarquer par la suite, à l’époque, quand le vin était aussi jeune que noir, cette union franche et massive marchait formidablement bien.

L’expérimentation me paraissait novatrice, même si tout dégustateur bien informé savait déjà que Maury, Rivesaltes et Banyuls étaient de ces breuvages capables de prouesses sur le chocolat, y compris dans la rencontre avec des formules-uns fort cacaotées que l’on dénichait déjà chez Valrhona à Tain-L’Hermitage ou chez le sorcier en la matière, Robert Linxe à Paris, un homme depuis décédé. Bref, j’avais goûté et apprécié ce Maury dans le style vintage et j’en avais même fait écho dans je ne sais plus quelle revue. Par ailleurs, le flacon était tellement beau et moderne dans son étiquette remplie de mots évocateurs (tout le monde le fait aujourd’hui…) que je m’étais promis de le déguster de nouveau un jour. En attendant, il trônerait en bonne place dans un petit recoin du décor ma cave, pour le simple plaisir des yeux.

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Jusqu’à ce soir où, pour accompagner un dessert surprise créé par mon épouse, Brigitte : des rondelles de banane, une crème fraîche légèrement fouettée, des canneberges en quantité, des brisures d’un chocolat fourré aux zestes d’orange confite et d’un autre très noir (85 % de cacao) tous deux signés Michel Cluizel à Paris, j’ai craqué. Aujourd’hui, toujours noir de robe, à peine tuilé, nez épicé, mon Maury a conservé la puissance nécessaire, un aspect brut de décoffrage proche d’une sensation de rusticité, ce qu’il faut de suavité et d’onctuosité, l’étonnante saveur cacao bien ancrée dans le palais, le fumé, les épices, le moka, le fruité confit (raisins secs, cerise) et les tannins qui frétillent d’impatience à l’idée d’affronter un tablette ou un gâteau le plus chocolaté possible. De plus, sans parler de la longueur, une agréable et légère amertume vient renforcer la sensation de fraîcheur en bouche. On lui donnerait des forêts de cacaotiers sans confession tant il est taillé pour le job. Bref, du grand, du beau, du pur qui suggère aussi la dégustation d’un beau havane.

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Je l’ai déjà dit ici, l’AOP Maury – pour le moment excitée par sa production de rouges « secs », un peu comme à Rasteau d’ailleurs -, regorge de ces cuvées presque basiques dans leur conception, des « vintages » si peu en contact avec le bois qui trop souvent, faute de préparation et de réflexion, vient détruire tout le travail d’une belle vendange. Les prix de ces vins de méditation sont encore abordables et si l’on prend la peine de les attendre à l’abri de toute lumière, bouteille debout si possible afin d’éviter de désastreux goûts liégeux (il suffira tous les 3 ou 4 mois de retourner le flacon pour que le vin humecte le bouchon), on pourra s’attendre au bout de dix ans au moins à un long et dépaysant voyage oriental en dégustant quelque chose d’unique et de magique, un vin original que les vilains étrangers ne nous piqueront pas comme cela a pu se faire avec le Porto ou le Jerez. Mais gare aussi chocolat, capable à la fois de prouesses gustatives et de désastres ! À l’approche des fêtes, il convient de bien le choisir et de refuser tout achat de grandes marques à prix sacrifiés ou non.

Quant au vin, à défaut de l’acheter au Mas Amiel, un endroit hors du temps à 30 minutes de Perpignan où l’on trouve un délicieux Vintage Réserve 2015 (autour de 20 €) ainsi qu’une collection de vins doux « oxydatifs » qui ont aussi leurs mots à dire sur des desserts cacaotés, je vous soumets ce petit calcul d’épicier : sachant qu’un flacon de Maury « Grenat » 2015 s’achète 8 € à la cave coopérative fondée en 1910, que l’on ajoute à une tablette de Valrhona « Abinao«  (85% cacao) à 3,95 €, on débourse 11,95 € pour une dégustation à quatre personnes ! Bien sûr, pour corser la chose on pourrait dépenser plus en ajoutant par exemple quelques chocolats de crus de Valrhona. Force de reconnaître que se farcir une belle dégustation pour moins de 12 € c’est plutôt rare ! Et c’est plus utile pour le goût que se coltiner une primaire électorale lors d’un beau dimanche automnal.

Michel Smith

Hervé Bizeul, pour ceux qui l’auraient oublié, est le fondateur et l’animateur du mythique Clos des Fées dans le Roussillon.

-Pour les nostalgiques : Black Magic Woman de Carlos Santana. Ça marche bien aussi sur un Maury

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Vins mutés (ou pas) (5): VDN et mariages crémeux

Cinquième et dernier volet de notre série sur les vins mutés, vinés ou passerillés, avec les beaux mariages de l’ami Marc.

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Pas de technique ou à peine, David nous en parlé il y a peu, mais de la gourmandise avec des accords trop rarement faits chez les professionnels et encore plus rarement faits chez les particuliers. Les VDN sont pour moi la panacée quant à l’alliance avec le plateau de fromages, tout fonctionne ou quasi. Le seul tort des vins doux c’est qu’ils sont doux, que tout le monde n’aime pas spécialement le sucre et qu’ils ne sont pas à la mode. À part cela, ils appartiennent à un monde aussi vaste que les vins secs, quoique nombre de consommateurs croient qu’ils se ressemblent et ne font guère de différence entre toutes les variantes qui existent. Pourtant…

Accords inattendus

Il est des mariages imprévus, que l’on croit avant même la noce achevée voués à l’échec le plus cuisant. L’accord ou plus précisément les accords entre fromage de terroirs et d’affinages différents et un éventail représentatif de Vins Doux Naturels abondent dans ce sens. Certains en rient, d’autres crient au sacrilège, rien qu’à l’évocation de telles unions. Ont-ils essayé, se sont-ils donnés la peine d’y songer ? Troquons la routine du rouge corsé contre un plaisir surprenant, hédonisme insolite certes, mais combien réconfortant…

Fromages et VDN

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À l’heure des journées qui raccourcissent, des températures qui chutent, associer Vins Doux et fromages nous est salutaire et nous permet d’affronter la grisaille ambiante. Onctuosité du fromage et suavité du vin s’épousent avec une grâce mêlée de puissance. En partenaires avertis des choses de la vie, rien ne les effraient et c’est avec enthousiasme qu’ils échangent expériences et richesses acquises.

Le premier, le fromage, s’ouvre sur ses tonalités lactées, ses envolées fruitées, sa profondeur minérale.

Le second, le VDN, parle de la maturité de son fruit, des épices qui le soulignent, de ses accents torréfiés et biscuités qui parfois le font penser venir d’un orient imaginaire.

Ce sont des accords magiques, envoûtants qui ne laissent personne indifférent.

Ouvrez la bouche, ça commence

Muscat de Rivesaltes Tradition 1993 VDN Domaine Gardiès et Salers Tradition

(tradition écrit des deux côtés de la meule, faites attention !)

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Le vin

Couleur café au disque bistre léger, nez de raisins secs, Muscat comme il se doit, auxquels s’ajoutent des Smyrne et des Corinthe, de la mandarine et du kumquat confits, des accents de garrigue où se reconnaissent serpolet, cade et sauge, avec une séquence de tabac blond

Bouche fraîche et délicate qui laisse longtemps son souvenir. Une structure très éthérée, il est certes paré d’une oxydation ménagée mais elle ne se goûte pas. Évanescence des sucres, légèreté absolue des arômes, force tranquille d’un vin qui oublie son ego pour sans concession léguer ses richesses à qui l’écoute.

L’échange

Voilà un Salers qui semble encore avoir du lait sous le nez. Le vin, vieux sage, a pour lui l’expérience des années. Ces gamins, il ne faut pas les perturber, c’est avec pédagogie et tact qu’il se laisse aborder.

-«Vous semblez bien transparent Monsieur, c’est l’âge qui vous a fait perdre couleurs et présence ?» se moque le fromage.

-«Bien sûr, petit, laisse-moi te donner le bras, supporte un temps le poids de mes années, mon fardeau» supplie le vin doux.

D’un coup voilà le gamin plus gracieux, habillé comme un Arlequin où chaque partie d’habit brille d’une note aromatique différente. Les fleurs se sont écloses, les fruits se sont confits, le lait est devenu crème légère au goût délicat de noisette, le pain s’est transformé en brioche à la croûte épicée.

Tout en subtilité, sans avoir l’air d’y toucher, l’ancien, dénommé Muscat a sublimé le fromage.

Les accords du Morbier et du Rivesaltes ambré

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Fermes isolées et rudes contrées ont, en leur temps, enfantées le Morbier. La traite incomplète du matin se voilait de la noire suie du cul du chaudron, fine cendre protectrice qui gardait le maigrelet des affres de la journée. Le caillé du soir venait récompenser l’attente patiente. Le fromage enfin complet s’enorgueillissait de sa jolie raie.

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Le Rivesaltes ambré est élaboré à partir de raisins blancs (Rivesaltes tuilé = 50% de raisins rouges min.). Il s’élève 24 mois en milieu oxydatif. Ce type d’élevage le rapproche des Jerez ou des Madères et lui confère des arômes de fruits secs, d’épices douces, de tabac, …noyés dans une douceur agréable.

Celui des Verdaguer associe 95% de Macabeu de 5% de Grenaches gris et blanc

Rivesaltes ambré du Domaine Rancy 4 ans d’âge, vieux bronze, au nez fringant de cerise confite, de tabac blond, de liqueur de prunelle, de sirop de fraise mélangés d’un trait de caramel salé. La bouche, suave, garde une fraîcheur importante. Vivacité modérée qui lui permet le contact direct, le corps à corps avec le paysan franc comtois. L’échange se fait en trois mouvements, compréhension de deux mondes, de deux personnages, coup de foudre organoleptique. Plus rien n’existe, que le binôme sucré salé, le duo épicé fruité. Une impression de plénitude envahit rapidement nos papilles émerveillées par ce plaisir gourmand vécu avec tant de simplicité.

VDN et bouchée apéro

 Et si les VDN accompagnent volontiers un plateau, ils s’offrent facilement au jeu du verre gourmand.

Deux VDN, Maury Grenat (Cave des Vignerons) et Rivesaltes Ambré (Dom Bernat d’Oms), et toast anchois, Comté, poivron

Le Maury Grenat

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Robe grenat, de la cerise noire au nez nuancée de gelée de myrtille et de mûre, avec des notes de poivre noir, de vanille et de moka, un rien de biscuit beurré au fond du nez. La bouche délicate et gourmande offre sa suavité presque érotique de cerise au marasquin poudrée d’un rien d’iris et de poivre cubèbe avec une ombre de cannelle. Les tanins contiennent les baies juteuses dans leur soie fraîche, un rien sauvage où l’amertume délicate tresse le cordon qui en referme la bourse d’où s’échappe une fragrance de pêche de vigne. www.vigneronsdemaury.com

Le Rivesaltes Ambré

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Le type ambré, c’est-à-dire à base de raisins blancs, ici du Grenache blanc et Macabeu, offre tout de go son goût suave de caramel au beurre doux, d’oranges confites et de Corinthe, de noix sèches et d’amandes pilées, de thé léger et de tabac blond, avec un gras onctueux, une fraîcheur suffisante, un caractère capiteux bien fondu dans l’aimable douceur.  www.terroirs-romans.com

Accords :

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L’anchois enrichit le trio d’un trésor iodé, riche d’embruns à la salinité délicate. Quant au poivron, il joue les seconds rôles, tantôt doux, tantôt fruité. Le Comté aime leur montrer son caractère affirmé, sa force, mais aussi sa générosité. C’est une alliance particulière, nord sud. Serait-ce pour en catimini abuser les vins doux…

Le fruit intense et les tanins bien présents du Maury entrent en conflit ouvert tant avec le Comté qu’avec l’anchois. Sel et douceur s’entrechoquent, rien ne va. Puis d’un coup, les rivalités disparaissent. Le Catalan s’est laissé piéger par l’avalanche de goûts forts. Il en reconnait la moitié et apprécie, par anchois interposé, les épices, le bitter racé, le bouquet fumé lacé de cuir, du Comté qui ne sont pas si éloignés de son univers méditerranéen.

Le goût fort du comté, mais aussi de l’anchois, s’adoucit dès la première gorgée de Rivesaltes. C’est alors échanges de miel de sapin, de poires au sirop, puis encore de sucre qui se caramélise et de fruits secs qui se pralinent, d’amertumes fines qui jouent des airs d’agrumes.

 

Un petit coup de Rasteau doux pour terminer

Rasteau doux 2014 Domaine de Beaurenard

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Robe noire aux reflets pourpres ; les compotes de fruits noirs, cassis, cerises et mûres, explosent au nez, viennent ensuite quelques baies rouges, framboise et groseille, qui exhalent leur parfum comme si on venait de les écraser, les épices, cumin, cannelle et poivre, se mêlent aux plantes de garrigues, thym et genévrier ; la bouche donne l’impression de croquer un chocolat noir bourré à craquer d’une ganache très fruitée, la fraîcheur ne manque pas, les tannins ajoutent du croquant, le minéral apporte son architecture, douceur équilibrée, attention ! C’est gourmand, c’est suave, à friser rapidement l’addiction.

Un Rasteau… tardif

Le domaine familial situé à Châteauneuf-du-Pape appartient aux Coulon depuis sept générations, mais il remonte presque à la nuit des temps, un acte notarié signale son existence en 1695. Quant à Rasteau, c’est de l’histoire récente ! En 1980 la famille Coulon prend possession de 25 ha en Rasteau. Ce n’est pourtant qu’en 1998 que le premier Rasteau VDN naît. Il leur a fallu du temps pour bien comprendre toutes les réactions du terroir. Autant les Rasteau secs se sont conçus assez rapidement, autant repousser la maturité des Grenache à l’extrême demanda sa succession de millésime pour enfin atteindre l’équilibre voulu.

Les raisins se ramassent à la main, très mûrs, pour engranger un maximum de sucre, mais non flétris, pour garder toute la saveur du fruit. Le moût qui affiche plus de 260 g de sucre par litre est muté sur grain et laissé en macération pour garantir la profondeur de la couleur. Tannique bien évidement, le vin loge en barriques non neuves pendant 2 années et est mis non filtré en bouteille, ce qui explique le petit dépôt.

Les rendements avoisinent les 10 hl/ha. Les vignes sont plantées sur une ancienne terrasse de l’Ouvèze riche en galets roulés enchâssés dans leur matrice argileuse.

Et le fromage dans tout ça ?

 Il faut l’essayer avec un Munster au lait cru bien entendu, avec ou sans carvi, c’est top, voire une tuerie gourmande. C’est vrai qu’on peut en « crever » tellement c’est bon. Je ne vous en dis pas plus, à vous de l’essayer.

http://www.beaurenard.fr

 

Ciao

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Marco

 

 

 


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Vins mutés (ou pas) (3): L’autre trésor des Templiers

Le Moyen-Age n’est pas une époque aussi sombre qu’on le croit: j’en veux pour preuve qu’on y organisait déjà un concours mondial des vins !

Malheureusement, les témoignages sont presque aussi rares que les bouteilles qui nous sont parvenues; pour nous faire une idée, il nous faut nous contenter d’un poème, celui d’Henri d’Andeli: La Bataille des Vins.

Je sais bien que certains commentaires de vins, encore aujourd’hui, tiennent au moins autant de la poésie que de l’argumentation sérieuse, mais avec le brave Henri, c’est assumé: pour lui, la rime était plus importante que les descripteurs aromatiques.

Si je vous parle aujourd’hui de ce texte, c’est qu’on y trouve mention du vin qui fait l’objet de ma chronique d’aujourd’hui, dans le cadre de notre semaine « vins mutés ».  Ou « vinés ». Ou simplement passerillés, à l’occasion. J’ai nommé le Commandaria, alias vin de Chypre.

Plus fort encore, ce vin, opposé aux meilleurs crus de France, d’Espagne et de Moselle, ne se contente pas de faire de la figuration: c’est lui qui gagne le titre de meilleur vin de la dégustation.

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Deux amateurs de Commandaria, Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion, se rencontrent sur la route de Chypre (photo d’archives)

Selon le poète, c’est à Philippe Auguste qu’il revient d’être l’arbitre des élégances vineuses (un peu comme si, de nos jours, notre ami Marc montait sur le trône de Belgique) ; et voici ce que d’Andeli nous dit :

«Li rois les bons vins corona

Et a chascun son non dona :

Vin de Cypre fist apostoile

Qui resplendist comme une estoile».

 

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Vous avez dit « Templiers »? Vu à Vienne (Isère), ville chargée d’histoire, la semaine dernière

(Photo (c) H. Lalau 2016)

Chypre ou Soissons?

Les historiens doutent que cette dégustation ait jamais eu lieu. Et moi, je doute qu’il y ait plus d’intérêt aujourd’hui à comparer un sauvignon sud-africain, un riesling alsacien et un albariño espagnol, qu’il y en avait à l’époque à comparer un Commandaria avec un vin de Soissons, de Saint Pourçain ou d’Argenteuil.

Ce qui est incontestable, par contre, c’est que Chypre, d’abord sous la coupe de princes francs, puis sous celle de Venise, a exporté de grandes quantités de ce vin; on en trouve mention en France et en Angleterre dès le 12ème siècle.

C’est sous la troisième croisade, semble-t-il, que le Commandaria acquiert ses lettres de noblesse; c’est alors que le roi anglais Richard Cœur de Lion, qui en avait fait servir lors de son mariage sur l’île, l’aurait affublé du surnom de «Roi des vins, vin des Rois». On peut supposer que le poème d’Henri d’Andeli, composé une vingtaine d’années après, n’a fait qu’entériner cette flatteuse réputation. Notons cependant que la même expression de Roi des Vins sera reprise plus tard pour le Tokay, ce qui ne prouve absolument rien, si ce n’est que les rois ont souvent eu le bec sucré.

Mais examinons donc de plus près ce phénomène chypriote.

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Le château de Kolossi (photo Choose your Cyprus)

Les vins de la Commanderie

Le Commandaria doit son nom aux Chevaliers du Temple, qui, à partir de la fin du 12ème siècle, avaient organisée l’île de Chypre en commanderies. Plus spécifiquement, il se réfère au Mont Troodos, une zone montagneuse au Nord de Limassol, que les chevaliers avaient conservée après avoir vendu le reste de l’île à Guy de Lusignan, roi déchu de Jérusalem. Ce sont les chevaliers eux-mêmes, lorsqu’ils commencent à vendre les vins produits dans cette enclave, qui leur donnent le nom de « vins de la Commanderie ».

Ceci en fait la plus ancienne dénomination de vin encore en usage de nos jours.

A noter que même sous la domination ottomane (de 1571 à 1878), les Chypriotes ont continué à produire du vin, malgré de fortes taxes. De telle sorte qu’après la libération de l’île par les Britanniques, le Commandaria a pu retrouver un certain engouement dans la bourgeoisie européenne – entre deux madeleines, Marcel Proust en était friand, paraît-il.

Depuis 2004, Commandaria est une appellation d’origine au sens européen du terme ; celle-ci reprend l’aire de production délimitée en 1993, qui englobe 14 villages, sur le versant Sud-Est du Troodos, Les vignobles, qui couvrent environ 2000 hectares, s’étagent entre 500 et 900 mètres d’altitude, sur des sols volcaniques, plutôt sableux, ou calcaires. Les vignes sont presque tous francs de pied. L’irrigation est interdite.

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La route du Commandaria, au Nord de Limassol  (photo Choose your Cyprus)

Les cépages utilisés sont au nombre de deux ; le Xynisteri, alias Hebron (un cépage blanc) et le Mavro, alias Kypreiko (un cépage rouge).

Muté… ou pas

Traditionnellement, le Commandaria n’était pas muté à l’alcool ; jusqu’au 19ème siècle, il semble qu’on se contente de laisser les raisins mûrir au soleil – le plus souvent, ceux-ci, une fois cueillis (pas forcément en surmaturité), sont laissés à sécher sur les toits des maisons. Un voyageur anglais de la fin du 19ème siècle, Samuel Baker, attribue cette habitude à la crainte qu’ont les vignerons de l’île de se faire voler les grappes s’ils les laissent sur les vignes.

Aujourd’hui, les deux systèmes cohabitent : muté ou non muté.

Selon la législation en vigueur, pour entrer dans la composition du Commandaria, les raisins de Xynisteri, doivent avoir atteint 212 g/litre de sucre, et ceux de Mavro, 258 g/litre au moment de la récolte. Ils sont ensuite laissés à sécher au soleil, généralement sur un lit de paille, entre 7 et 10 jours, pour atteindre de 390 à 450 g de sucre par litre.

Une fois pressés, les raisins sont mis à fermenter. Selon les cas, une fois les 10 degrés naturels dépassés, le producteur choisit (ou non) d’accroître le degré par l’ajout d’alcool, sous réserve que le résultat final n’excède pas les 20°.

La législation exige un vieillissement de deux ans minimum. Les Commandarias sont soit issus d’un seul millésime, soit du système de la manna (une sorte de solera, mais où au lieu d’utiliser plusieurs couches de petits fûts, on préfère remplir et vider chaque fût à raison d’un tiers à chaque fois). A noter que si les raisins proviennent bien des coteaux ensoleillés des flancs du Troodos, la plupart des vins sont élevés à Limassol, par un petit nombre d’opérateurs, négociants ou coopératives (un peu comme à Madère, la plupart des élaborateurs se trouvent à Funchal). Sans doute pour faciliter les expéditions.

Pour être complet: les Chypriotes, dont l’île été britannique pendant un peu plus d’un siècle (jusqu’en 1964) élaborent également un type de vin apte à étancher la soif de la Navy, et plus si affinités: du sherry (qui ne peut plus porter ce nom depuis que Chypre a rejoint l’Union européenne). Rien à voir avec le Commandaria – on parle maintenant de Cyprus Fino. Pour ceux que cela intéresse, voici un lien vers l’article que j’ai consacré à ce type de produit, ici même, il y a trois ans.

Mais revenons à notre Commandaria.Pour illustrer mon propos, j’ai choisi celui que j’ai dans ma cave et qui, par chance, est importé en France et en Suisse (par Lavinia). Vous n’y trouverez peut-être pas ce millésime, bien sûr, mais d’expérience, la qualité est assez régulière d’une année sur l’autre, au sein d’une même gamme.

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Photo (c) H. Lalau 1016

Etko Saint Nicholas Commandaria Sweet Wine Vintage 2000

La robe très sombre, aux reflets marrons, évoque le café. Un café que l’on retrouve au nez, mêlé de raisins secs, de noix et de poire tapée. En bouche, on part sur le caramel, le pain d’épice, la mandarine confite et l’abricot sec. La sucrosité est très importante, mais il reste assez d’acidité pour que se crée l’équilibre; ce n’est peut-être pas le plus aérien des VDN, mais quelle puissance ! Une belle finale fumée vient parachever la bouche. Si vous aimez les notes de torréfaction, ce vin vous plaira.

Pour ce vin assez rare dans nos contrées, la référence qui vient le plus facilement à l’esprit est le Madère, version Malmsey.

Ce Commandaria a bel et bien été muté, mais il ne titre que 15° d’alcool. Il est produit par la maison ETKO, un des plus vieux domaines viticoles de Chypre.

A servir frais, mais pas glacé (aux alentours de 8°), pour profiter des arômes sans que le vin soit dominé par l’alcool.

A noter que la maison ETKO (alias Olympus Wineries Ltd) propose également un Commandaria d’élevage extra long (« many years », dit la fiche technique) – le Centurion. Mais elle est aussi beaucoup plus chère.

Hervé Lalauunknown


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Vins mutés (ou pas) (1) : La tradition du Xérès est-elle en perdition?

Tout au long de cette semaine, Les 5 du Vin vous proposent une série sur les vins mutés, vinés, fortifiés (ou parfois simplement passerillés)  placée sous le signe de la diversité des origines et des styles (celui des vins comme celui des goûts des auteurs). C’est notre ami David qui s’y colle le premier, avec sa majesté le Jerez…

 img_7872Un des bars de mon pèlerinage si agréable mais aussi un peu frustrant

En défendant ces vins extraordinaires qui sont les Jérez/Xérès/Sherry (je vais parler dans cet article surtout des secs) j’ai parfois l’impression d’être le défenseur d’une cause perdue. Il est possible que Michel Smith pense sur les mêmes lignes, lui qui connaît ces vins-là bien mieux que moi. Il nous le dira peut-être. En tout cas, un très récent voyage en Andalousie m’a permis de constater l’absence presque totale de ces vins, à part quelques Manzanillas, sur les cartes de vins.

De surcroît et j’étais presque la seule personne à en demander et à en boire dans ces bars ou salles de restaurant remplies, essentiellement, de locaux. Tout récemment, sur ce blog, j’ai écrit sur deux autres régions ayant également une longue tradition des vins mutés et ayant, je pense, un peu de mal à les vendre de nos jours: Banyuls et la Barossa Valley en Australie.

Les vins de flor de Xérès constituent une sous-catégorie à part parmi les vins mutés car ce mutage intervient à la fin de la fermentation : les Xérès sont donc, pour la plupart, parfaitement secs. Je ne rentrerai pas ici dans les détails d’élaboration des différents types de Xérès, car non seulement l’affaire est complexe, mais ce n’est pas le but de mon article qui relève plutôt du mini-reportage anecdotique.

img_7873Je sais que ce n’est pas le sujet, mais la morcilla de cette charcuterie est une vraie splendeur, bien relevée et presque sans gras

Au moment d’écrire ces lignes, je me trouve dans la province d’Andalousie, dans le Sierra Nevada non loin de Granada. Le but de mon voyage n’est pas professionnel : je suis venu voir des amis qui y vivent et marcher un peu dans la montagne et dans les villes aux alentours avec eux. Un dernier bain de mer de l’année (et tout cas pour moi) fut aussi au programme.

Après nos marches, il faisait bon s’arrêter dans un bar pour boire une bière suivie, dans mon cas du moins, par un verre de Xérès. Les bouteilles de Manzanilla, et plus rarement aussi de Fino, sont là, au frais, mais je constate en général que je suis le seul dans le bar à en demander : bière, café ou coca-cola y règnent, presque exclusivement, et je n’y vois que rarement un verre de vin. Je sais que la consommation de vin est en baisse dramatique en Espagne, bien plus encore qu’en France. Je crois même que les Espagnols consomment moins de vin par habitant de nos jours que les Britanniques ! Mais là, j’en ai l’illustration devant mes yeux, d’une manière quotidienne, et ce n’est pas la première fois que je le vis. Dans les bars à tapas de Grenade, un vendredi soir, les choses se passent autrement car il y a une consommation plus importante de vin. Mais la bière tient toujours une part importante. En revanche, le Xérès (ou son cousin de la région de Cordoba, le Montilla-Moriles) est presque totalement absent. D’ailleurs si vous demandez un vin de Jerez, on vous regarde avec de grands yeux. Manzanilla semble être le principal type de Jerez connu par ici.

img_7876J’aimerais tant qu’un tel panneau soit posé à l’entrée de chaque bar et restaurant. On peut toujours rêver !

Voici quelques vins dégustés lors de ce périple. Ils ne sont pas le fruit d’une recherche poussée auprès de bars-à-vins à la mode des grandes villes, mais plutôt le reflet de la réalité dans les bars modestes des villages, tout aussi modestes, et de quelques villes de cette région de montagnes.  Il faut aussi faire attention en commandant une manzanilla dans un bar non-spécialisé, car une fois, on m’a apporté une tisane à la camomille, le même mot désignant les deux substances !

img_7890A Quentar, un peintre en bâtiment tente de rivaliser avec le ciel, sans totalement y arriver

Au Bar Perico (qui signifie perroquet) à Quentar : une Manzanilla Fina ???? (j’ai oublié de noter son nom et ma photo ne m’éclaire pas trop). Vin frais, fin et directe, goût d’amande amère, légèrement salin. Mais les autres consommateurs boivent de la bière ou du coca

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Bar l’Auténtico à Güejar-Sierra, la Manzanilla La Guita. Davantage de fruit mais le même degré de finesse. Délicieuse salinité aussi.

Puis un grand classique: le Palomino Fino Tio Pepe. Plus de force et de longueur que la Manzanilla. Ce vin très largement diffusé dans le monde est d’une régularité exemplaire.

 

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Sur la route vers Jaén et Ubeda, dans un relais routier : la Manzanilla Muyfina, de Barbadillo. Correcte, sans plus.

 

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A Ubeda, dans un bar a tapas, la Manzanilla Papirusa, de Lustau. Peut-être le meilleur jusqu’à présent, alliant la finesse à une certaine force. Belle longueur.

 

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A Grenade, dans un bar à tapas, à côté de l’arrêt des autobus, la Manzanilla Solear de Barbadillo. Excellent, de la complexité et une bonne longueur, très savoureux.

 

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Puis, pour (presque) finir, un autre produit de Barbadillo, acheté dans un petit magasin de bord de mer, dans un village situé au nord d’Almeria et appelé Rodalquilar : Manzanilla Solear en Rama, Suca de Primavera 2016. Très iodé et puissant au nez, bien plus riche en bouche, saveurs d’amande amère et d’herbes. Là on commence à causer sérieusement car celui-ci a beaucoup de répondant  (prix pour une demi-bouteille : 7,50 euros). J’ai oublié de préciser que ce type de vin se consomme jeune et frais, et le fait d’avoir un millésime dans ce cas (il était le seul d’ailleurs), aide à nous situer l’âge du vin.

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Selon ce que j’entends de mes amis, les gens de Cordoue et des environs considèrent que les vins de Montilla Moriles sont supérieurs à ceux de Xérès. Querelle de clocher sans doute. En tout cas, dans la même boutique, j’étais tenté d’acheter une bouteille d’un Palo Cortado 100% Pedro Ximenez, vieilli 5 ans en barriques de chêne américain, le Palo Cortado Cruz Condé, DO Montilla Moriles; et j’ai cédé, bien entendu : robe brune aux reflets verdâtres, le nez n’est pas très expressif mais en bouche, on trouve cette fascinante combinaison entre concentration par l’oxydation, qui donne une  belle complexité aromatique des saveurs grillées et rôties, puis une finale presque sans trace perceptible de sucre, à part un lointain écho de miel de foret. Il est même assez austère. Un vin pour une méditation automnale en regardant la lumière baisser sur la Sierra Nevada.

img_7892Avant hier soir, les première neiges de l’année sont tombées sur les cimes de la Sierra Nevada. Les olives attendant leur récolte….

David (texte et photos)


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Banyuls : lyrisme et complexité dans les décrets d’une appellation, puis une dégustation, quand même.

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Je commence par la partie lyrique (tout est relatif) qui me parait aussi inattendue que sympathique dans un décret officiel d’une appellation qui est, pour le reste, d’une complexité byzantine : je vais y revenir. Je cite la partie du décret (modification du 24/11/2011 de la version initiale datant de 1936, ce qui en fait une des premières AOC historiques en France) relatif au territoire de l’appellation Banyuls.

« Le vignoble le plus méridional de France est implanté, prés de la frontière avec l’Espagne, dans un site très accidenté, sur des coteaux pentus où l’altitude passe très rapidement de 917 mètres au Pic de Sailfort, à 0 mètre en bord de mer. La zone géographique s’étend sur le territoire de 4 communes de la région du département des Pyrénées-Orientales baptisée « Côte Vermeille » et qui sont autant de ports : Banyuls-sur-Mer, Collioure, Cerbère et, Port-Vendres. Autour de ces ports, elle est limitée : – à l’est, par la Mer Méditerranée ; – au sud, par les crêtes pyrénéennes, constituant la frontière avec l’Espagne ; – au nord, par le piémont des Albères et la plaine du Roussillon ; – à l’ouest, par les sommets pyrénéens. La surrection des Pyrénées a créé un paysage très tourmenté, compartimenté en une multitude d’alvéoles, de petits amphithéâtres et de belvédères qui surplombent la mer. Le substratum géologique est homogène, constitué essentiellement de bancs de schistes bruns du Cambrien. Structurées verticalement, ces roches très fissurées, sont à l’origine de sols pauvres disposant de faibles capacités de rétention en eau et présentant, selon la situation topographique, une certaine variabilité en épaisseur. Les parcelles délimitées pour la récolte des raisins sont cultivées en terrasses, jusqu’à 400 mètres d’altitude, très localement dans les bas de vallées constituées par les rubans alluviaux, caillouteux et filtrants des cours d’eau comme la Baillaury, le Cosprons, le Douy ou le Ravaner qui drainent la zone géographique.

La zone géographique bénéficie d’un très fort ensoleillement annuel supérieur à 2600 heures et d’un climat méditerranéen, doux en hiver, chaud et sec l’été. La température moyenne annuelle est de 15°C. Elle varie cependant avec l’altitude. Le régime thermique est marqué par des écarts de température annuels de faible amplitude mais connaît des écarts quotidiens souvent importants. La pluviométrie annuelle moyenne, inférieure à 650 millimètres, varie également selon le gradient altitudinal. Elle se caractérise par un régime trop souvent violent et irrégulier, alternant longues périodes de sécheresse estivale et courts paroxysmes pluvieux au printemps et à l’automne. Ces derniers peuvent être à l’origine de phénomène d’érosion et de ravinement des sols qui ont imposé la culture en terrasses. La particularité climatique reste cependant le vent qui souffle près de 200 jours par an : – la « Tramontane », vent dominant de nord-ouest (130 jours par an), violent et desséchant ; bénéfique pour assainir l’atmosphère des maladies cryptogamiques, elle s’avère souvent destructrice par ses effets mécaniques sur les jeunes rameaux de vignes au printemps ; elle est aussi responsable de la propagation des incendies en été ; – Le vent marin, de direction est/sud-est, favorise les entrées maritimes fraîches et humides qui viennent tempérer les ardeurs solaires estivales. Sous ce climat d’excès, la vigne compose le paysage, alternant avec de maigres espaces boisés de chênes lièges ou verts, d’oliviers, d’arbustes méditerranéens et des landes consécutives au passage répétés des incendies. Ce paysage a été façonné par la persévérance de générations d’agriculteurs qui ont su, au fil des générations, optimiser l’occupation des coteaux et des piedmonts tout en préservant une couverture végétale protectrice sur les reliefs. Pour retenir le sol et épierrer les terrains, ils ont édifié d’innombrables murets de pierres sèches, créant ainsi les terrasses caractéristiques de ce territoire. »

Pas mal !

Pour le reste, décortiquer ces décrets, car celui de Banyuls est doublé par un autre pour Banyuls Grand Cru, est une tache assez ardue. Je vais tenter de simplifier les choses un peu (et si possible sans trahir l’essentiel) : manière d’expliquer les différents types et mentions des vins de cette appellation à la topographie si remarquable.

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Les types de vins de Banyuls

Les vins de l’appellation Collioure, dont j’ai parlé la semaine dernière, sont des vins secs qui ont leur propre appellation, même si les deux aires de production sont identiques, tandis que tous les Banyuls sont des vins mutés.  On appelle ce type « vin doux naturel » en France mais ce terme, qui a une explication historique, me semble mensonger dans sa forme car l’action de muter un vin ou un moût par l’adjonction d’alcool n’a rien de naturelle.

Ensuite il y a deux appellations : Banyuls et Banyuls Grand Cru. Cela me semble un peu inutile car on aurait pu considérer « Grand Cru » comme une mention facultative avec ses propres caractéristiques, comme « Rimage » ou « Hors d’Age », mais passons, c’est ainsi.

Pour la seule appellation Banyuls il existe pas moins de cinq sous-catégories, chacune avec son cahier de charges: Ambré, Blanc, Rosé, Rimage et Traditionnel.  Deux de ces types (Ambré et Traditionnel) peuvent aussi porter les mentions supplémentaires « Hors d’Age » ou « Rancio », à condition de respecter d’autres cahiers de charges. Ces deux mentions sont aussi accessibles aux vins de l’appellation Banyuls Grands Cru, qui doivent être rouges et faits avec au moins 75% de Grenache Noir.

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Les cépages

Parlant de cépages, la liste globale de variétés autorisées est assez longue mais avec des subdivisions et de obligations de variété(s) dominantes très compliqués et qui varient selon le type. On entre pleinement dans l’aspect byzantin de cette appellation. Banyuls Ambré et Banyuls Blanc doivent émaner de quatre cépages dites « principaux » : Grenache Blanc, Grenache Gris, Maccabeu et Tourbat. Sont aussi admis pas plus de 20% des deux muscats (Petits Grains et Alexandrie) et pas plus de 10% d’un ensemble de quatre autres variétés (Marsanne, Roussanne, Vermentino et Carignan Blanc). Les Banyuls Rimage sont des vins rouges avec le Grenache Noir pour principal composant, mais ils peuvent contenir jusqu’à 10% d’une série d’autres variétés accessoires (Carignan, Cinsaut, Counoise, Grenache Gris, Mourvèdre et Syrah). Le Banyuls Traditionnel doit se constituer d’au moins 50% des deux variétés principales : Grenache Gris et Grenache Noir. Il ne peut aussi contenir plus de 10% de ces cépages accessoires : Carignan, Cinsault, Counoise, Mourvèdre et Syrah. Je ne sais pas qui fait les additions à l’INAO mais 50 et 10 ne feront jamais 100. Passons…..

Règles de production diverses

Je ne m’étendrai pas sur les règles très complexes quant aux densités de plantation, écartement des pieds, taille, limite de manquants, etc.

Les degrés d’alcool des vins finis ne peuvent pas être inférieurs à 15%, ni les sucres résiduels (que eux sont naturels, d’ou le terme dans la catégorie) inférieurs à 45 gr/litre.

On règlemente même l’intensité colorante, catégorie par catégorie, et sans autorisation d’ajustement de celle-ci par des adjuvants.

Règles de mutage

Là cela se corse encore !

Pour les catégories Ambré, Blanc et Rosé, il fait séparer peaux des jus avant le début de fermentation.

Pour le Rimage, le mutage se fait exclusivement sur grains, ce qui veut dire sur le marc en cours de fermentation avant séparation du liquide des solides.

Pour le Traditionnel, le mutage a aussi lieu pendant la macération.

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Elevage

A chaque catégorie sa règle, encore une fois.

Les Banyuls Blancs et les Banyuls Rimage sont élevés en milieu réducteur et doivent être mis en bouteille entre le moi de mai suivant le récolte et le 30 juin de la deuxième année.

Les Ambrés et Traditionnels sont élevés en milieu oxydatif jusqu’au moins le 1er mars de la troisième année.

Les Hors d’Age (mention facultative) constituent une autre sous-catégorie réductive mais ne peuvent être mis en bouteille avant le 1er septembre de leur 5ème année

Enfin les Rancio (autre mention facultative), sont ceux qui auront acquis un goût de…rancio ! On ne dit pas qui décide de cette acquisition !

Tout le monde à suivi ou je dois recommencer ?

Je ne vais pas refaire tout cela pour l’appellation Banyuls Grand Cru dont je n’ai pas vraiment saisi la distinction hormis le fait que les vins doivent être faits avec au moins 75% de Grenache Noir, totalement égrappé, muté sur moût et vieilli au moins 5 ans.

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Mais l’essentiel est quand même dans le verre, et là on trouve de vrais merveilles !

J’ai dégusté, le 7 octobre, des vins issus de trois catégories de Banyuls : Rimage, Traditionnel et Grand Cru.

Ma sélection de Banyuls Rimage (18 vins dégustés)

Parcé Frères 2015 (Grenache Noir 100%, cuve, mise mars 2016)

Prix public : 14 euros

Robe pourpre, intense. Beaucoup d’intensité au palais et des tannins fins pour soutenir cette belle matière. Bon équilibre avec le sucre, donc mutage bien dosé. Une bonne affaire.

Domaine du Traginer 2015 (Grenache Noir 90%, Carignan 10%, macération 21 jours après mutage, ouillée et mise 8 mois après vendange)

Prix public : 16 euros

Très juteux avec des notes discrètes qui semblent indiquer un passage en bois. Très belle intensité et excellente longueur. Beau vin soigné.

Terre des Templiers, Premium 2015 (Grenache Noir 100%, macération 20 jours après mutage, 10 mois en fûts de chêne neufs et d’un vin, travail des lies)

Prix public : 39 euros

On change de gamme de prix avec ce vin dont le nez m’a laisse un peu perplexe, mais qui révèle un fruité magnifique en bouche, bien soutenue par une impressionnante structure tannique. Aussi complexe que long, c’est clairement un vin qui peut se conserver des années en cave.

Coume del Mas, Quintessence 2014 (Grenache Noir 100%, 12 mois en barriques)

Prix public 26 euros (50cl)

Le boisage est marqué par un nez fumé. Très juteux mais dans un style un peu plus évolué qui évoque la prune et le pruneau. Les tannins dominent encore un peu ce beau vin qui mérite un peu de garde.

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Domaine de la Casa Blanca, Roudoulère 2014 (Grenache Noir 100%, élevage en fûts de 400 et 600 litres)

Prix public : 15 euros

Les nez intense allie arômes de prune, de pruneau et de cerise. Une petite dose oxydative apporte un peu de souplesse supplémentaire à un bel ensemble. On sent un peu l’alcool mais c’est un beau vin à un prix très raisonnable.

Terre des Templiers, Rimage Mise Tardive 2014 (Grenache Noir 100%, macération 20 jours, 10 mois en barriques avec ouillage)

Prix public : 25,50 euros

La robe est effectivement plus claire que les autres vins de cette série, illustrant l’effet d’une mise retardée, suivant l’approche d’un Porto LBV. Mais il ne s’agit nullement d’un vin plus léger : intense, juteux et tannique, tous les ingrédients d’un excellent rouge muté sont là. Très bon.

Domaine Madeloc, Cirera 2013 (Grenache Noir 100%, cuve inox avec pré-fermentation à froid, levures indigènes, puis cuves tronconiques en bois pendant 18 mois)

Prix public : 19,00 euros

Très intense et riche, et le vieillissement plus étendu que la moyenne n’a pas fait baissé cette belle intensité. Cela vaudrait la peine d’attendre encore quelques années de très beau vin au prix très raisonnable pour cette qualité.

 

Ma sélection de Banyuls Traditionnel (8 vins dégustés) : pas grande chose à rejeter dans cette très belle série car j’en ai retenu 6 !

Clos Castell, Traditionnel (Grenache 95%, Carignan 5%, macération pre-fermentaire, élevage en bois neuf et oxydatif)

Prix public : 18 euros

Robe intense. Nez splendide e cacao et de café. Aussi complexe en bouche avec un bel arrondi des saveurs, ce qui n’empêche pas une très belle tenue aussi. Un de mes vins préférés de cette série et un prix très raisonnable.

Domaine du Mas Blanc (Grenache Noir 100%, Vinif traditionnelle avec pigeage, élevage en foudres de chêne)

Prix public : 31,50

Robe brune, oxydation prononcée. Bien évolué aussi au nez avec des arômes de figues sèches. Salivant et long en bouche, ce vin d’un  style très traditionnel est parfaitement réussi. C’est aussi le plus cher de la série.

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Domaine Madeloc, Robert Pagès (Grenache Noir 90%, Grenache Gris 10%, Cuve inox, mutage sur jus, levures indigènes, en foudre pendant 5 ans et I an en bonbonnes en verre avant assemblage)

Prix public : 18 euros

Vin de belle intensité, juteux et encore fruité (de type pruneaux, donc fruits cuits). C’est aussi long que frais. Très bonne affaire.

Domaine Tambour, Hors d’Age (Foulé et éraflé, muté sur grains, macération 21 jours puis 40 mois en fûts de chêne au soleil, un seul ouillage par an, puis 14 mois en barrique à l’intérieur)

Prix public : 25,50 euros

Les bords sont pâles, et ce vin me fait un peu penser à un Xérès Palo Cortado, en moins sec. C’est beau, dans un style plus austère que les autres, avec un travail très intéressant sur l’oxydation. On sent un peu l’alcool en finale.

Clos Saint Sébastien, Inspiration Ardente (Grenache Noir 80%, Grenache Gris 10%, Grenache Blanc 10%, muté sur grains, macération 21 jours, puis entre 15 et 20 ans et fûts.

Prix public : 18 euros (50cl)

Le caractère fruité a évidemment évolué vers du fruit sec et cuit (pruneaux par exemple) mais ce vin reste succulent. Finit relativement sec, pas d’une grande longueur mais très bien équilibré.

Domaine Vial Magneres, Al Tragou (Grenache Noir 95%, Carignan 5%, mutage sur moût, vieilli au moins 20 ans en demi-muids, mise en 2012)

Prix public : 49 euros

Un des mes vins préférés de cette très belle série. Robe entre orange et brun. Beau style oxydatif, intense et puissant autour d’une masse de fruits secs. Impression presque sec en finale, en partie par l’alcool qui ressort à ce moment-là. Grand vin dans son type.

 

 Banyuls Grand Cru (8 vins dégustés) : et 6 vins retenus, c’est dire le niveau qualitatif des ces vins !

Terres des Templiers, La Serra (Grenache Noir 90%, Grenache Gris 10% ; mutage sur grains, macération 4 jours, maturation en foudres pendant 6 ans minimum)

Prix public : 20 euros

Nez intense aux arômes de chocolat et de café. Grande finesse en bouche. Un vin qui allie finesse avec force. C’est long, frais et stylé. Prix très abordable aussi.

Domaine du Traginer (Grenache Noir 80%, Grenache Gris 10%, Carignan 10% ; mutage sur grains, macération 21 jours, puis 6 and en fûts de chêne. Ni collage, ni filtration)

Prix public : 22 euros

Plus marqué par l’oxydation que le précédent, aux notes prononcées de cuir et de tabac. La magnifique fraîcheur de ce vin peut sembler paradoxale, mais c’est une réalité qui donne tout le raffinement à la texture. Long et chaleureux.

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Domaine Vial Magnères, André Magnéres ( Grenache Noir 100% ; mutage sur grains, 15 jours de macération, vieilli en vieux foudres pendant 10 ans)

Prix public : 32 euros

Arômes bien torréfiés, puis de chocolat noir. Une superbe densité de matière au palais. Grande longueur et grand vin !

Terre des Templiers, Amiral François Vilarem (Grenache Noir 100%, mutage sur grains et macéré 20 jours puis 30 mois en barriques et affinage en bouteilles pendant au moins 6 ans en cave souterraine)

Prix public : 32 euros

Robe très sombre, nez de pruneau confit. Semble plus aérien que d’autres par un surcroit de fraîcheur, mais aussi juteux et avec une présence tannique notable. Un style tout en élégance.

L’Etoile, Cuvée Réservée (Grenache Noir 100%, mutage sur grains, macération 3 semaines, élevage oxydatif pendant 20 ans et vieux foudres)

Prix Public : 40 euros

La robe est bien évoluée mais reste très dense. Intense au nez, avec des notes fumées et de fruits confits. La douceur est importante dans ce vin complexe, long et très séduisant.

Clos Saint Sébastien, Le Coeur (Grenache Noir 90%, Grenache Gris 10%, mutage sur grains, macération 3 semaines, 25 ans en fûts)

Prix public : 85 euros

Le nez est plus discret que d’autres vins de cette série. En bouche c’est long et succulent, très caramel et sirop de figues. C’est très bon dans un style plus doux que la plupart. Le prix peut probablement se justifier mais il semble relativement élevé. En tout cas on peut trouver au moins aussi bon pour bien mois cher.

 

Petite conclusion

J’adore ces vins, mêle si les appellations sont trop complexes. Il n’y avait pas de mauvais vins dans ces séries, j’ai juste eu a sélectionner mes préférés. Il sont trop méconnus partout, voire bêtement méprisés en France, mais il représentent souvent des rapports qualité/plaisir/prix exceptionnels.

A l’heure ou vous lirez peut-être ces lignes, je serai en Australie. Je vous parlerai peut-être de la grande tradition des vins mutés de ce pays des antipodes une autre fois

David