Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Grande Garrigue 2015, un petit bonheur

On dit que le bonheur se reconnaît au bruit qu’il fait quand il s’en va…

Pour le vin, on s’en rend vraiment compte quand la bouteille est finie, mon verre reste vide. Il faut donc que nous fassions un travail sur nous-même pour apprécier et jouir de la félicité au bon moment. Pas facile !

L’être humain laisse souvent passer l’occasion d’être pleinement heureux en savourant l’instant. Mais trêve de philosophie, parlons de ce petit bonheur rhodanien!

Il tenait dans une bouteille de 75cl, c’était un 2015 de la Maison Alain Jaume, un Vacqueyras cuvée Grande Garrigue, reçu un matin d’hiver et bu un soir de printemps. Pas d’un coup, heureusement, il en restait un verre oublié au fond de la bouteille qui attendait seul, un peu déboussolé de ne pas avoir été bu. Mais son incompréhension s’est transformée en joie, celle de donner une dernière fois un instant de plaisir. Et de me permettre d’en rédiger le commentaire pour en partager l’impression qu’il me fit et vous faire, un peu, envie.

 

 

Grande Garrigue 2015 Vacqueyras Alain Jaume

Rubis aux nuances sanguines, il se love avec grâce au creux de l’orbe cristalline. Ses fragrances évoquent avec subtilité les épices et les fruits secs avant de prendre le chemin de la garrigue. Le serpolet et le romarin s’y maculent de fraise et de cerise, le cade et le ciste se colorent de figue noire et de prune sombre. Le fruit garde toute sa fraîcheur, son charnu en bouche. Il apporte du volume en bouche, sphère délicate aux contours moelleux qui semblent sucrés sans l’être. La fraîcheur doit beaucoup au minéral qui vient tendre sur sa portée cristalline toutes les notes parfumées. Équilibre subtil des accroches terriennes et des envolées aériennes reliées par le fil gracile des vivacités aux accents d’agrumes.

Le vin assemble Grenache noir, Syrah, vieux Cinsault et Mourvèdre qui poussent sur le plateau des Garrigues, du côté de Sarrians, non loin de Gigondas, là où les sols argileux mélangés de cailloutis calcaires sont peu profonds. Vinifiés en cuve, il macère 18 jours avec remontages quotidiens. Quant à l’élevage de 14 mois, il se fait majoritairement en cuve, le reste en pièces de 1 à 4 vins.

Il coûte 13,50€, pas trop cher pour un petit bonheur (mais le bonheur a-t-il un prix ?)

Ciao

Marco

 


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Le Pinot Noir de Gian-Battista, c’est top !

Ne vous y trompez pas, si son prénom évoque quelque Italien ou Tessinois, Gian-Battista vit, conduit la vigne et vinifie dans les Grisons.

J’ai toujours été séduit par ces Pinot Noir alémaniques qui mûrissent le long du Rhin, de l’ouest de Coire jusqu’à Schaffhouse. J’en ai encore dégusté quelques agréables cuvées lors de la présentation de la Mémoire des Vins Suisses* à Sierre en Valais, lors de son édition 2018. Ces Pinot sont en général frais, au fruité délicat, aux tanins certes un peu marqués mais qui leur donnent du caractère, une longueur épicée, du croquant…

Et parmi eux, il y avait cette année, un coup de cœur sans conteste qui n’était autre que l’incontournable Pinot de Gian-Battista ! Qui nous vient de Reichenau, village et château à quelques lieues de la ville de Coire (Chur en allemand), départ du vignoble des Grisons.

* La Mémoire des Vins Suisses est une association renommée réunissant l’élite des producteurs de vins suisses, ainsi que journalistes et experts du monde viti-vinicole. Elle propose une fois par an la dégustation de sa collection complète qui compte aujourd’hui 56 vins hauts de gamme de toute la Suisse, constituée de millésimes remontant à plus de dix ans. Le but de ces dégustations exceptionnelles est de faire connaître le potentiel de garde souvent méconnu et la noblesse des grands vins suisses.

Les Grisons (Graubünden)

Les 320 ha de l’appellation se répartissent en croissant de lune, de Reichenau au sud à Fläsch au nord, le long du Rhin, c’est le Churer Rheintal. C’est la dixième région viticole de Suisse en volume de production. Situé à une altitude moyenne de 600 m, les conditions climatiques y imposent leur rigueur et poussent le Pinot noir dans ses derniers retranchements. Celui-ci profite des meilleures expositions, mais cela ne suffit pas à garantir la maturité de ses raisins. Le Rhin et ses affluents jouent le rôle de médiateur et obtiennent une température moyenne suffisante au développement de la vigne. Sans oublier le fœhn.

À Reichenau

Les 6 ha de vignes de Gian-Battista von Tscharner enregistrent un retard d’environ trois semaines par rapport au reste du vignoble situé plus en aval du fleuve. « La vigne attend souvent le début du mois de septembre pour enfin voir les prémices de la véraison. Ici sans le foehn, les ceps n’auraient aucun avenir. » explique Johann-Baptista qui seconde son père depuis 2010.

Churer Blauburgunder Gian-Battista 2013 Graubünden AOC

La robe se pare d’un grenat améthyste bien sombre, la couleur du sang de la vigne, et comme déclare si bien Gian-Battista « mes vins sont très foncés, parce que mon âme est noire ». Le nez très épicé respire le poivre noir, le cèdre, le cuir, auxquels s’ajoute des impressions de fumé et de Cayenne qui viennent relever la cerise confite et la liqueur de framboise. Mais le fruit s’exprime mieux en bouche, il sourd de la trame tannique des plus serrées en un jus frais et savoureux. Fraise sombre, mûre et myrtille s’ajoutent à la corbeille. Le caractère capiteux du vin s’enrobe en finale de quelques délicatesses comme de la pâte d’amande et du pain d’épice qui le rendent un rien plus sage. Mais à peine, mais c’est ce que l’on aime, ce côté sauvage maîtrisé, mais pas trop.

Ce 100% Pinot noir est issu de deux petites parcelles vers Coire; celle de Lochert (1,2 ha) est à 630 m d’altitude; la deuxième, Waisenhaus (1,1 ha) à peine plus bas, à 600 m; les deux sont bien exposées au soleil. Leur sol se compose de calcaire et d’argiles sableuses sur schiste et de cône de déjection. La densité de plantation est de 4.00 pieds/ha plantés en 1974 et 1982. Quant à la vinification, la vendange égrappé, saignée à 7%, fermente non foulée et non levurée en cuve ouverte avec pigeages réguliers, malo en barriques et élevage de 30 mois en barriques dont 50% de neuves.

Pour l’avoir rencontré il y a belle lurette et l’avoir revu plusieurs fois ces dernières années, je puis affirmer que Gian-Battista von Tscharner, châtelain de Reichenau, malgré l’impression qu’il donne au premier regard, est quelqu’un qui possède beaucoup d’humour et un esprit acéré. D’ailleurs, j’ai souvent constaté que les bons vins ressemblent à leur géniteur. Il y a comme un mimétisme entre ‘la cuvée du domaine’ et le vigneron qui la crée.

Le Weinbau von Tscharner Schloss Reichenau fait aussi un excellent Completer, cépage blanc autochtone, dont je vous parlerai peut-être une autre fois.

www.reichenau.ch

Ciao 

 

Marco


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Dégustation ou méditation ?

Hier, dans les commentaires, David, en réponse au mien par rapport à l’un des vins cités par Marilou, avait écrit « Ouf Marco, c’est un vin cela ? »

Je peux comprendre l’incompréhension devant un texte aussi long pour ce qui n’est qu’un ‘simple’ vin. Quand je dis simple, c’est pour signifier que le vin n’est jamais qu’une boisson, pas une œuvre d’art, ni une déclaration philosophique, ni un paysage sublime. Quoique le vin …

Certes, on peut le décrire simplement, d’une façon technique ou imagée, comme nombre de dégustateurs le font.

Exemple : le Crémant de Limoux de l’excellent Jean-Louis Denois

Eclipse Crémant de Limoux J.L. Denois

Nous avons apprécié sa bulle fine, mais pas évanescente ; sa couleur soutenue, qui reflète bien son caractère vineux, au nez comme en bouche. C’est complexe, mais pas fouillis. Profond, multi-couches. Crémeux, mais pas mou. Un vrai grand vin de repas dont le souvenir n’est pas près de… s’éclipser.

C’est le commentaire de notre cher Hervé. Simple, immédiat, qui donne une bonne image du vin et avec en bonus un petit jeu de mot à la fin pour bien montrer que le vin et la dégustation supportent l’humour et la détente. C’est même requis… chut ! vous faites trop de bruit…

J’aurais pu écrire ceci

La bulle fine éclate et laisse planer des parfums d’agrumes, de fruits blancs et de fleurs délicates. La bouche nous étonne par sa densité, son charnu et ses épices, un trio gourmand soutenu par une belle fraîcheur. Un délice !

Cela reste simple

Le technique pourrait écrire ceci :

Eclipse est un « grand nouveau classique » dominé par la vinosité des Pinots Noir et Meunier et par l’élégance du Chardonnay, un travail sur les cœurs de cuvée et un élevage de 9 à 10 mois maximum. «Jamais vu… Unique dans le monde des Crémants en France !»

Méditation ou dégustation ?

Mais la dégustation peut également aller plus loin, être méditative. L’Eclipse, je l’avais dégustée à Millésime Bio. J’avais beaucoup aimé. Puis, j’en ai reçu une bouteille. L’occasion de la redéguster dans d’autres conditions qu’au salon. J’aime, quand j’en ai le temps, la disposition et le calme, faire une dégustation méditative, ce qui veut dire se mettre en phase avec le vin, trouver en soi la quiétude, celle qui ouvre tout grand les portes de notre armoire à arômes, entrouvrir tous les tiroirs, se laisser aller, se laisser emporter, bref voyager sur les sensations que nous apportent le vin. Le monde extérieur n’existe plus, on se retrouve dans une autre dimension, celle créée par la communion entre la boisson et notre imaginaire. On pourrait y flâner longtemps, mais le but c’est d’écrire et de pondre un pâle reflet des sensations éprouvées. C’est un exercice apaisant, qui nous fait envisager le vin autrement. Je ne le fais pas systématiquement, mais souvent. On y est vite ‘dedans’, c’est comme un rituel. Et ça donne ceci:

 Eclipse Crémant de Limoux J.L. Denois

Pâle comme un clair de lune, d’aigue marine nimbée, la robe s’enlumine de mille bulles d’opale nacrée, accrochées en chapelet, elles illuminent la gemme liquide. Parfumées d’aubépine, de fleur de sureau et d’oranger, les senteurs s’envolent à chaque remuée. Des fruits exotiques éclatent ensuite, maracuja, mangue, puis l’ananas nous guide jusqu’au pamplemousse rose, au citron vert. La fraîcheur d’agrumes avive la marmelade de poire qui s’étale langoureuse sur les brioches chaudes, une tisane de tilleul au miel d’acacia accompagne.

Changement d’attitude en bouche, l’effet d’une douche froide, après nous avoir aguiché, la prestigieuse effervescence affirme son caractère, fait d’austérité et de profondeur, l’élégante densité se mérite, on ne la cueille pas comme une fleur trop vite jetée, c’est avec toute l’attention requise qu’il faut l’aborder, l’investir, c’est alors gage de plaisir ! Elle se laisse conquérir pour mieux nous captiver par sa vivacité d’esprit et sa légèreté d’âme, mais aussi par son galbe onctueux et la promesse de lendemains toastés… On est accroc ! La ballerine nous a envoûté…

 L’aspect méditatif n’empêche pas d’être coquin ou humoristique. Tout dépend vers où le vin nous entraîne.

Dégustons avec envie et passion, alors ce que nous écrivons sera le reflet de notre tempérament.

 

Ciao

 

Marco

 


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Vin du XVIIe, rosé vermeil du Domaine Henry

Mon humeur est au rosé, n’en déplaise à ceux qui dénigrent cette tendre couleur. Du coup, après en avoir dégusté un bel et bon exemplaire lors du dernier Millésime Bio, j’ai envie de vous en parler aujourd’hui.  D’autant que ce Vin Vermeil est un condensé de saveurs et d’histoire…

Il plaisait aux princes comme aux peintres

 

Au Domaine Henry, à Saint-Georges d’Orques, on rend hommage à ces vins qui ont séduits et désaltérés aristocratie et bourgeoisie durant de nombreuses décennies. Leur rosé, bien en dehors des modes et tendances actuelles, nous fait vivre l’impossible. Il nous fait déguster un breuvage déjà abondamment représenté dans les natures mortes du 17siècle.

Vin Vermeil 2016 St-Georges d’Orques Coteaux du Languedoc Domaine Henry

 

Une robe d’un rose intense aux reflets carmin pourpre, parfumé comme une dentelle ancienne de violette et de rose, mais aussi de framboise et de cerise pour en annoncer la délicate gourmandise. La bouche nous fait un baiser raffiné, à peine effleuré, mais suffisant pour en apprécier la saveur recherchée. Légèrement poivrée, elle a le goût de la burlat qui éclate au premier coup de dent, celui du grain de grenade que l’on écrase du bout de la langue, de la fraise des bois qui inonde délicate le voile safrané. Sa texture est veloutée au toucher, comme enrobé de douceur et de fraîcheur, boutis piqué d’arabesque floraux, exquise envolée sensuelle.

Rien à dire, ce style à l’ancienne nous prend les sens, quand on veut bien y céder…

Ce rosé assemble 55% de Grenache de 100 ans complété de saignée de Syrah, de Mourvèdre, de Cinsault et de Carignan qui poussent sur des côteaux faits de calcaires jurassiques, de calcaires à chailles (rognons de silex) et de cailloutis du Villafranchien. Ajoutons-y quelques autres cépages anciens pour compléter le tableau de ce rosé de terroir, ce dernier étant intemporel ou presque.

 

Le vin vermeil

Extrait de La Comédie de Chansons de Jean de Rotrou

Acte deuxième Scène IV

Bannissons la bizarre humeur

Et le soin de nostre cœur,

Et qu’un bon vin vermeil

Soit nostre soleil.

Beuvons compagnons toute la nuiet

Au bruit

Des pots, des plats,

Sans estre las.

Jean de Rotrou, né Jean Rotrou, est un dramaturge et poète français, né le 21 août 1609 à Dreux et mort de la peste le 28 juin 1650 à Dreux

« Les Vins Vermeils sont à l’origine de la réputation du vignoble du Royaume de France jusqu’au 18esiècle, époque à laquelle ils faisaient les délices de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie. Bus dans l’année qui suivait la récolte, ils ont été détrônés par ceux qu’on appelait alors « les vins noirs », équivalent de nos rouges actuels. Le développement du commerce vers l’Europe du nord, et l’évolution de la marine marchande ont permis des échanges beaucoup plus lointains, plus longs. Les vins noirs, considérés auparavant comme vulgaires, ont beaucoup mieux résisté à la durée de ces voyages. Leur prix inférieur à ceux des raffinés mais fragiles Vins Vermeils a favorisé leur essor. L’avènement de la bouteille* de conservation en verre, capable de recevoir un bouchage efficace, et donc de conserver les vins, a accéléré le phénomène. Comme on pouvait enfin conserver les vins sur plusieurs années, on a produit alors des vins capables d’être conservé. Ainsi sont nés les vins de garde français dans le courant du 18ème siècle. Notre Vin Vermeil, en dehors de toute mode, est une sorte d’hommage aux vins à qui la France doit l’origine de son rayonnement œnologique. »

François Henry www.domainehenry.fr

Déguster du vin vermeil, c’est un peu plonger dans le passé. Et si on le fait en regardant une nature morte de l’époque, on a l’impression de s’y retrouver, d’entendre les bruits de la rue, les conversations dans les pièces voisines. Puis, en fermant les yeux, sentir les odeurs, ressentir la chaleur de l’âtre ou au contraire le froid de la nuit qui tombe.

*Vers le milieu du 17es, les Gallois optent pour les fours à charbon pour le travail du verre et créent dans la foulée des bouteilles bien plus résistantes que celles produites grâce à des fours à bois nettement moins puissants. De plus, ils ajoutent une bague au goulot qui permet de résister au bouchage de liège et donc à la conservation et au transport. Jusque-là, les bouteilles étaient réservées au transvasement du vin et à son service à table.

 

Dégustons ce nectar du passé qui aujourd’hui séduit autant nos papilles que celles des siècles passés…

Un verre de vin, une bonne image, un rien de concentration, un moment vécu ailleurs…

Ciao

Marco

 

 


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Tiens, voilà du boudin !

Faisons simple pour cette fin d’année et accordons un aliment goûteux à un vin de prestige. C’est un peu l’accord du noble et de la bergère, ou l’amant de lady Chatterley, c’est… bon comme ça !

Le vin

Priorat Roquers de Porrera 2012

Robe grenat foncé à l’éclat mat.

Nez encore marqué par l’élevage, mélange subtile de caramel et de vanille. Comme un sabord, le bois tient un moment, puis le fruit en jaillit et nous emporte la moitié du nez !

Bouche aux tanins fondus, au fruité onctueux, au minéral frais, aux arômes de garrigue chaude de soleil, avec un semblant de douceur aux accents de miel de thym, quelques fleurs séchées mélangées de sauge terminent l’envolée.

Le vin : assemblage de 40% de Carignan vieux de 100 ans, de 40% de Grenache âgés de 75 ans et de 20% de jeunes vignes de Syrah et Merlot (on reste dans les alliances extrêmes…). Tout ce petit monde pousse dans le schiste de la finca Mas d’en Caçador, un sol pourvoyeur de structure et de droiture. L’élevage dure 16 mois, partagé entre 50% de barriques neuves et 50% de barriques de deux et trois ans. C’est un vin très structuré, taillé pour la garde. Ce 2012 conserve encore beaucoup de fraîcheur et d’allant. Il commence à sortir de sa réserve, c’est pourquoi…

Le voilà qui arrive

Le boudin !

Du bon, du naturel, fait de sang, d’oignon, de sel et poivre, de chapelure, d’un rien de sucre et d’un soupçon de cannelle. Tout frais, tout chaud, au bon goût d’antan.

La rencontre : le vin nous fait partir en Espagne, le boudin devient un instant morcilla* puis retrouve sa Belgique natale. L’accord tout d’abord épicé, sang et tanins, devient sucré avec les oignons qui apparaissent et se mélangent au fruité du vin, l’onctuosité naît en bouche, c’est délicieux, on y mord à pleine dents, on boit un grand coup, c’est pantagruélique ! Quand la Garnaxa parle, le boudin fond… comme nous, de bonheur simple.

*morcilla, c’est boudin en espagnol

Un mot sur le domaine

Le Celler d’Encastell est un petit domaine situé en plein cœur de l’appellation catalane du Priorat, à Porrera. Il produit deux vins, le Marge qui veut dire muret en catalan et le Roquers de Porrera, son haut de gamme, plus deux autres en petites quantités. Ce sont Carme Figuerola et Raimon Castellví qui le créèrent, poussés par leur passion pour ce terroir particulier planté de très vieilles vignes.

www.roquers.com

Je souhaite à tous un excellent réveillon et vous dis au premier vendredi de 2018

Adéu

Marco


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De la poésie et du vin en Perse

Cette chronique apparaitra le jour de Noël. J’estime donc que vous serez probablement peu nombreux à le lire, mais je souhaite néanmoins, en ce jour qui est une fête religieuse pour des chrétiens, et une fête commerciale ou familiale pour beaucoup d’autres, qu’il est salutaire de lire les écrits d’auteurs qui ne pensaient pas avec les foules ; qui traçaient leur voie d’une manière libre sans obéir au diktats des bien pensants de leur époque.

En France, la tendance « tout sanitaire » tient lieu trop souvent d’une doxa qui souhaite mettre tout le monde au pas d’un puritanisme aussi absurde que tue-la-joie. Madame le Ministre de la Santé semble rêver du jour ou elle pourra interdire la production et la consommation de tout produit contenant de l’alcool. Dans les injonctions qui émanent de son ministère, sous la coupe du lobby mené par l’ANPAA, le vin est considéré comme une drogue dure. Il existe aussi des religions qui ont la même attitude, à commencer par l’islam.

Mais il faut se rappeler que tous les habitants de pays musulmans n’obéissent pas aux injonctions issues des interprétations rigoristes ou règles officielles. Par exemple, parmi les plus grands poètes ayant écrit sur le vin et ses effets figurent plusieurs auteurs issus de pays musulmans, dont le plus célèbre (mais pas le seul), fut Omar Khayyam. Omar Khayyam était un auteur et savant persan. Il est estimé qu’il naquit en 1048 à Nichapur en Perse et mourra en 1131. Ses poèmes sont principalement écrits en persan alors que ses traités scientifiques le sont en arabe.

J’ai décidé de vous faire profiter de quels versets de son esprit vagabond et sensuel, aussi résigné que plein d’espoir. La traduction, qui date du début du vingtième siècle, est de Charles Grolleau. Est-ce un hasard que son nom est aussi celui d’un cépage ?

XI

Aujourd’hui refleurit la saison de ma jeunesse ;

J’ai le désir de ce vin d’ou me vient toute joie.

Ne me blâme pas : même âpre il m’enchante ;

Il est âpre parce qu’il a le goût de ma vie.

 

XVI

Lève-toi, donne-moi du vin, est-ce le moment de vaines paroles ?

Ce soir, ta petite bouche suffit à tous mes désirs.

Donne-moi du vin, rose comme tes joues…

Mes vœux de repentir sont aussi compliqués que tes boucles.

 

XC

Bois de ce vin, c’est la vie éternelle ;

C’est ce qui reste en toi des juvéniles délices ; bois !

Il brûle comme le feu, mais les tristesses

Il les change en une eau vitale ; bois !

 

CXVI

Quand je serai terrassé sous les pieds du destin,

Et que l’espoir de vivre sera déraciné de mon cœur,

Veille à faire une coupe avec ma poussière :

Ainsi, rempli de vin, je revivrais, peut-être.

 

CXVII

Mon coeur ne sais plus distinguer entre l’appât et le piège ;

Un avis me pousse vers la mosquée, l’autre vers la coupe ;

Pourtant, le vin, l’aimée et moi,

Nous sommes mieux cuits dans une taverne que crus dans un monastère.

 

Joyeux Noël et buvez bien sans trop de modération

David

 


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BiB blanc huîtres, réflexions gourmandes à petit prix

Notre invitée du samedi nous fait part de ses réflexions à propos des ‘BiBuîtres’, soit, quel BIB de blanc sied aux huîtres

Comment j’ai découvert le goût des huîtres à cause du BIB.

C’est parti d’un commentaire posté sur le blogdubib.fr. Une question simple et récurrente dans cette période d’extras culinaires : Quel Bib conseillez-vous avec les huitres? J’ai bien pensé répondre sur la forme, puisque la boite peut servir aussi bien d’emballage au vin que de plateau aux huîtres. Trouvant l’idée intéressante mais inutile, j’ai poussé le professionnalisme jusqu’à faire une sélection de vins blancs conseillés avec les fruits de mer. Et j’ai acheté des huîtres. Pour garder le même esprit «pas cher» du BIB, j’ai choisi des huîtres locales, les moins chères du poissonnier, élevées à Leucate.

Entretemps j’ai appelé Marco, le spécialiste de l’analyse des papilles, pour avoir un conseil pour déguster les huîtres. Voici sa leçon:  «tu la respires, tu la mets en bouche et tu la mâches doucement pour permettre à tes papilles de bien les goûter». Alors voilà :

Au nez elle sent le vent de la mer, la fraîcheur des embruns, avec un effluve doux et minéral. Elle évoque une sorte de liberté sensuelle et animale. En bouche, les huîtres de Leucate sont bien salées, peu grasses à cette saison, elles sont tout de même moelleuses, comme beurrées. Elles sont charnues et savoureuses, un peu grillé-noisette avec des notes umami, rappelant une grillade au thym. Quand on peut garder le muscle, on apprécie un jeu de texture plus ferme et plus doux. La finale de beurre frais est suave, minérale et iodée.

Pour faire classique comme en famille, je les ai goûtées avec une tartine beurrée. Regrettable erreur, le beurre a pris le dessus sur le gras subtil de l’huître et a ridiculisé sa texture.

J’ai testé le filet de citron qui chatouille un peu la rondeur mais déplace l’équilibre en bouche et brouille les cartes avec le vin. Je n’ai pas testé le tour de poivre, ni le vinaigre échalotes et variantes, ni la sauce de soja, ni le Tabasco encore moins le Ketchup, probablement parce que j’ai des idées préconçues sur la question. Conclusion, les huîtres crues se mangent nues. Avec le vin, c’est moins évident mais quand même. Voici ma sélection par ordre de préférence :

1er : L’évidence

Cave de Florensac

Un Picpoul de Pinet AOC, donc 100% Piquepoul

Seul vin du millésime 2017, il gagne en peps sur les autres. Son nez est fruité, la poire et le citron vert dominent avec une pointe d’embruns et une fraîcheur minérale, plutôt graphite. La bouche est encore jeune avec une mémoire fermentaire mais la structure est là, un léger perlant à l’attaque, de la douceur au ventre et une finalité qui relève la tête et s’étire avec le citron.

L’huître s’accommode du perlant et s’empare de l’acidité, ça réveille ses saveurs grillées. Le sel de l’huître renforce le goût du vin. C’est rafraîchissant et comme nécessaire, l’un appelle l’autre avec bonheur. La vivacité du Picpoul persiste en finale, provoquant une légère salivation… qu’on confond volontiers avec l’envie d’y revenir. Le citron ajouté participe volontiers à la fête.

 

2ème : L’addictif

Domaine du Grand Poirier

Un Muscadet AOC, donc 100% Muscadet appelé aussi Melon de Bourgogne

Un nez plutôt gourmand et fruité, comme de la pomme au four, des notes de chèvrefeuille et une gelée de groseilles. La bouche est vive, avec une acidité tendre comme un jus de fruit dans une matière fondante et souple, avec une finale beurrée.

Le vin accompagne bien l’huitre sans la déranger, on apprécie le côté iodé de l’une et la fraîcheur de l’autre, c’est tellement évident et paisible que ça se mange sans faim, ça se boit sans soif, un truc de comptoir qui vous emmène direct au bord de mer. 2,6 €/L

 

3ème : Tendre et sérieux

Cave de Tain

La cuvée Première Note, une  IGP Collines Rhodaniennes, 100% Marsanne

Un nez de fruit blanc plutôt poire et herbes coupées. La bouche est tendre et savoureuse, du zeste de citron et de la sauge, une fraîcheur donnée par cette belle amertume qui se prolonge en finale.

L’huître est bien accompagnée dans les notes iodées. La touche mentholée ajoute de la fraîcheur à l’ensemble, c’est tendre. Le citron renforce l’amertume savoureuse du vin, on oublie un peu le goût discret de l’huître. La beurrée patine l’amertume du vin et fait ressortir le grillé noisette de l’huître. C’est plus cher mais c’est plus riche. 5€/L

4ème : Un jeu de contraste

Plaimont producteurs

La cuvée Florembelle, une IGP Côtes de Gascogne, assemblage classique de Colombard et Ugni blanc

Le nez est expressif avec un bel ensemble d’agrumes, un soupçon de fruit de la passion et des notes de fleurs séchées. La bouche est vive à l’attaque puis tendre et fruitée avec une acidité citronnée en finale.

L’huitre est dépassée par l’aromatique explosive du côtes de Gascogne. Il y a déjà bien assez d’agrume dans le vin pour ajouter le citron. On l’oublié. Par contre, la tartine beurrée se mêle bien à l’iode, ça papote et ça chatouille, ça flatte. A conseiller pour le Goûter. 3,58 €/L

5ème : Minéral

Cellier des Demoiselles

Un Corbières blanc, assemblage de Grenache, Maccabeu, Bourboulenc et Marsanne.

Un nez léger de pêche avec une touche citronnée, du fenouil et du bois vert. La bouche est fluide, on garde le fruit léger et une finale minérale.

L’huitre donne de l’ampleur au vin et lui fait de belles épaules arrondies avec une touche beurrée et mentholée qui allonge la finale. Le citron l’accentue, le pain beurré masque cette ouverture. C’est la version minérale mentholée de l’accord. 2,86€/L

En guise de conclusion on peut dire que le mariage régional est le plus réussi, huître de Leucate avec blanc d’à côté. Le Muscadet est bien convaincant aussi, peut-être influencé par la proximité de l’océan. Mais le plus grand plaisir vient de l’attention portée au goût, la curiosité des papilles qui provoque un vrai plaisir de tous les sens. C’est encore meilleur quand c’est partagé ! A Noêl offrez-vous une dégustation en famille. C’est un bon moyen de prouver qu’on s’aime ou qu’on se déteste, sans parler de politique.

 

A votre bon sens,

Nadine