Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Le BOB du BIB suite

Second étage de l’exposition temporaire d’art du BIB avec le thème des métaphores. Déjà bien connu sur les étiquettes du vin, souvent efficace, parfois usé voire abscon, il a l’avantage, pour une petite surface, d’utiliser l’image plutôt que le discours. Ce devrait être le thème préféré de l’habillage des BIB mais il semblerait que les professionnels souffrent souvent du syndrome de la boîte blanche.

Mais qu’est-ce qu’on pourrait  bien raconter sur une si grande surface?

Le BOB générique, vendu sans marque et que le producteur s’approprie en apposant son étiquette. Facile et pas cher. L’image doit convenir à tous les terroirs et tous les caractères. La nature morte est le thème favori des illustrations. Ce n’est pas toujours évident d’y trouver la référence aux grand peintres flamands, mais avec beaucoup d’imagination….

Le vin par l’image, ou comment représenter à l’extérieur ce qu’on peut trouver à l’intérieur.

Il y a la définition selon Google. Si vous tapez vin + image vous aurez le vin en mouvement dans un verre. Le liquide semble toujours prêt à s’échapper. C’est vrai qu’à plat, ça fait flaque, ou lac, ou tâche. Cette image ne doit pas coûter bien cher à l’emploi parce qu’elle est récurrente sur tous les supports.

 

La vigne pour le vin, à l’origine la plante, comme on trouve aussi l’olivier pour l’huile d’olive, l’orange pour son jus et la poule pour l’oeuf (autant de produits mis en BIB). Là aussi, il y a des génériques à faire fuir. Mais il y a quelques recherches de sens, le vieux cep accompagné du repas entre amis vignerons, image conviviale du vin.

L’origine aussi avec la belle feuille verte à côté du pigeonnier d’origine. Le lieu existe, ça s’appelle le terroir.

Le terroir justement. Un argument fort pour les appellations et pas si facile à mettre en scène. Je ne résiste pas à l’envie de montrer une image déjà bien ancienne créée pour la communication de la cave de Rasteau et qu’on retrouve sur leur BIB

La tradition, le geste ancestral, les vendanges manuelles, la main de paysan, la transmission, magnifiquement illustré ici par Plaimont, mais c’est la même image que pour leur cuvée en bouteille.

Le bio est un thème inspirant et plein de clichés.

En tête des ventes : Le carton à la manière carton. Brut, nature, sans artifice, sans additifs, bio quoi.

Plus pédagogique, la photo macro d’insectes (les bêtes à bonDieu qui remplacent les insecticides ou celles qui leur survivent)

ou leur représentation bucolique, avec cet air de légèreté naturelle qui peut être souligné par le nom de la cuvée

La Com de la honte

Pour finir un lot de BOB qui explique que « bien que ce soit du carton, c’est la même chose qu’en bouteille ». Ce qui est rarissime dans la réalité.

 

à suivre?

Nadine

 


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Le BOB du BIB. Propos estival sur l’habillage du Bag-in-Box ®

Notre excellente et pertinente consœur Nadine propose de nous parler des faces cachées du BIB, un support de communication pas toujours bien exploité…

Le BOB* (Box-on-Bag), est l’attribut marketing du vin en boite. Il présente une large surface de communication, permet toutes les audaces, reçoit aussi bien les photos que le graphisme, le verbe comme les pictogrammes. On peut y présenter le domaine et son terroir, le profil et les passions du vigneron, le choix de la cuvée, la biodiversité de son lieu d’origine, les attractions touristiques et tout ce qui fait le fameux story-telling du vin cher à nos amis du marketing. On peut tout imaginer, on pourrait tout oser, tenter le romantisme ou la provocation, le classicisme ou l’art contemporain. Que nenni, la boîte de l’outre à vin reçoit rarement les honneurs de l’imagination.

Pourquoi tant d’indifférence devant cette opportunité de lieu d’expression ? En guise d’exposition temporaire d’art du BIB, voici ma sélection. Tous les vins de ces boites sont commentés sur http://www.blog-du-bib.fr/

De l’art classique avec  la collection « Villages de Caractères », label donné aux plus beaux villages d’Ardèche et repris par les Vignerons Ardéchois pour promouvoir leur gamme de cépages. C’est le peintre Robert Sgarra qui a réalisé 7 oeuvres pour 7 de ces villages. http://www.blog-du-bib.fr/degustation/viognier-de-caractere/

 

De l’art conceptuel

Osé le bidon de Fuel! Le BOB est totalement métamorphosé. Besoin d’explications? Ceux qui connaissent le slogan « En France on a pas de pétrole mais on a des idées » on fait la moitié du chemin. http://www.blog-du-bib.fr/degustation/french-fuel/

 

Minimaliste illustration pour la cuvée des dames. Là aussi toutes la surface du BOB est occupée. Le choix du trait rouge comme les lèvres ou la passion, un fond blanc comme la toile de peintre, une inscription en 3D, le rosé de provence se fait son cinéma.  http://www.blog-du-bib.fr/degustation/cotes-de-provence-rose/

 

 

Rubicubistique, cette version est inamovible

 

Le chic noir

avec de belles photos, la vigne comme si vous y étiez, avec le discours qui va avec http://www.blog-du-bib.fr/degustation/grenache-rouge/

Ou juste informatif, guère plus que les mentions de l’étiquette réparties sur la plus grande surface http://www.blog-du-bib.fr/degustation/rose-cevennes/

 

La marque stylée

Catégorie avec pas mal d’exemples surtout dans la Grande distribution et souvent plagiés, comme Système U (plagié par les vins d’Espagne). Plus stylé avec BiboVino, producteur distributeur exclusivement en BIB qui a choisi le violet parme par porter les couleurs de la collection « Les vins vrais »  ou Sopardis avec sa marque « de Verre en Verre » maintenant plagiée par Carrefour.

 

 

La blague

de l’humour plus ou moins réussi (comme le BOB du titre, pardon!), sans commentaire

 

A suivre la grande catégorie des métaphores

La non moins importante version carton de la bouteille

Les natures

Les bavards

Les essais graphiques

Nadine

 


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12 images du vin que vous ne verrez pas en France

Pour démarrer l’année, je vous propose un petit tour du monde en images publicitaires (ou autre) du monde de vin mais que vous ne verrez pas en France, du moins en 2017. Merci qui ? Merci Messieurs EeeVin et Cahuzac! Car ce dernier honnête homme fut le rapporteur de la loi qui porte le nom du premier. Cela sera mon calendrier 2017, en cadeau (mais vous pouvez toujours m’envoyer vos dons).

Janvier

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Février

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Mars

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Avril

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Mai

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Juin

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Juillet

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Août

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Septembre

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Octobre

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Novembre

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Decembre

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Et avec tout ça, très bonne année à toutes et à tous

David


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Que veut dire le mot « minéral » appliqué à un vin ?

Ce billet a été, en partie, généré par ma rencontre récente (voir mon article de lundi dernier) avec ce concept de « minéralité » lors d’une dégustation de vins de Gigondas.

Voici la définition du terme « minéral » donné par Vikidia, le dictionnaire destiné aux 8-13 ans (ce qui correspond assez bien à mon niveau en matière scientifique !):

« Un minéral est une substance qui n’est pas vivante et peut être formée naturellement ou synthétisée artificiellement. Il se définit par sa composition chimique et l’organisation de ses atomes. Les minéraux sont généralement solides dans les conditions normales de température et de pression. »

Il est difficile, voire impossible, de décrire le goût d’un vin par des mots, mais nous tentons constamment de le faire, car il le faut bien. Dans nos tentatives de transposer des sensations physiques, aussi bien olfactives que tactiles et gustatives, en mots, nous recourrons tout le temps à des analogies, approximations et métaphores qui ne sont que rarement satisfaisants.  Surtout ils ne fonctionnent pas pour tout le monde. De plus ces analogies et les mots qui les accompagnent subissent l’influence des modes et on sait bien que la mode est forcément passagère.

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Autrefois on parlait d’un vin puissant comme « ayant de la cuisse », par exemple. Plus personne n’utilise ce genre d’expression de nos jours. Mais il a été remplacé par d’autres qui, probablement, auront aussi une durée de vie limitée. Je pense par exemple au mot « minéral » que j’entends de plus en plus et, ce qui est plus étrange, appliqué à toutes sortes de vins. Un vin décrit comme étant « minéral » révèle en réalité un raccourci pour « ayant un goût qui semble relever du domaine minéral ». Le problème avec les raccourcis est que, souvent, ils induisent d’autres notions que celles qu’ils sont censés décrire. Il y a des minéraux dans tous les vins, mais pas plus dans certains que dans d’autres. Donc il n’y a pas des vins plus « minéraux » que d’autres, au sens stricte du terme. De toute façon, ces minéraux sont soit sans aucun goût, soit présents dans des quantités qui ne les rendent pas perceptibles par un palais humain.

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Alors d’où vient cette idée de décrire certains vins comme étant « minéraux » ? Je vous propose deux types d’explications.

La première est une volonté de communiquer qui relève du marketing du vin. Décrire le goût d’un vin comme étant « minéral » induit, du moins dans l’intention de celui qui tient ce discours, l’idée qu’il a un lien directe avec la terre, et particulièrement avec la roche qui se trouve sous la terre de surface. Cette projection relève largement de l’ordre du fantasme car la plupart des minéraux qui constituent les roches ne sont pas solubles dans de l’eau et donc ne peuvent en aucun cas être transmis à la vigne, à supposer même que leurs molécules arrivent à passer dans le système racinaire de la plante, remonter jusqu’au fruit et survivre à une double transformation biochimique: celle du mûrissement du raisin et celle, plus radicale, de la fermentation du jus. Les minéraux dans un vin proviennent essentiellement de l’humus dans le sol de surface et non pas de la roche en dessous. Cela n’a donc aucun sens d’insister sur le substrat géologique pour expliquer les différences entre les productions d’une parcelle et une autre. Mieux vaut analyser la vie microbienne du sol et décrire les méso-climats, altitudes ou autres facteurs liés à la topographie, sans parler des méthodes de culture ni de la matière végétale.

Par ailleurs, les parts de certains minéraux qu’on peut trouver dans un vin sont infiniment petites. Seuls le potassium et le calcium s’approchent du mille parts par million, ce qui les rendent totalement indétectables par le palais humain.
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Mais ce terme « minéral » a clairement une connotation positive pour certaines personnes (pas pour toutes, car tout le monde n’est pas nécessairement séduit par l’idée de bouffer des clous ou de lécher une plaquette d’acier !). De plus il a tendance, dans les discours que je lis et que j’entends, à être associé à des vins artisanaux plus qu’à des vins produits à plus grande échelle. On tombe aussi, une fois de plus, dans le syndrome du « small is beautiful » et le marketing de niche, pour initiés seulement. Qui n’a pas assisté au type de commentaire suivant, par un sommelier ou journaliste disant d’un air entendu « belle minéralité tendue ». Personnellement cela suscite l’image d’un fil de fer tendu entre deux piquets dans une vigne mais ne me donne pas très envie du boire le vin en question.

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Maintenant glissons vers les sensations qui peuvent sous-tendre l’emploi de ce terme. Là j’avoue que, de temps en temps, je suis tenté de l’employer moi-même, en général quand je ne sais pas comment décrire autrement une sensation. C’est un mot ombrelle qui comble un vide dans nos capacités d’analyse et de description. En tant que tel il peut avoir son utilité quand il nous manque des descripteurs plus précis. Souvent il est associé à d’autres mots/concepts, comme « frais », « pure », « élégant », voire « austère ». Dans ces cas, il s’agit essentiellement de vins dont l’acidité est bien perceptible, voir dominante sur d’autres sensations. Dans certains cas il peut y avoir aussi une sensation crayeuse, très légèrement granuleuse comme lorsqu’on lèche un caillou. Dans ce cas, il s’agit d’une sensation tactile plus que gustative. Dans d’autres cas l’impression associée est un peu saline aussi, mais le point commun reste l’acidité et une certaine absence de saveurs fruités qui masquent cette vivacité due à l’acidité.

j-m-bourgeoisJean-Marie Bourgeois, qui produit d’excellents Sauvignons Blancs aussi bien à Sancerre qu’à Marlborough en Nouvelle Zélande

Une comparaison entre un Sauvignon Blanc de Sancerre et un autre de Nouvelle Zélande illustrera bien ce phénomène : le deuxième étant généralement bien plus fruité que le premier, mais tout aussi acide. Mais on dira que le Sancerre est plus « minéral » car on ne trouve pas d’autres mots pour le décrire, tandis que le vin néo-zélandais abonde de saveurs fruitées. Une autre comparaison intéressant peut se faire entre deux chardonnays, un de Chablis et un autre de Meursault, par exemple. Je parierai que l’incidence de descripteurs utilisant le mot « minéral » seront plus nombreux avec le premier qu’avec le deuxième, simplement parce que le Chablis est plus acide et moins fruité. Je n’irai pas jusqu’à dire que vin « minéral » est un vin sans goût, mais c’est souvent un vin dont les saveurs fruités sont limitées, en tout cas pas très expressifs, et le vin est tout sauf gras en bouche.

Certains experts fournissent des explications pour une impression de « minéralité » du côté de la vinification. Par exemple, il arrive que la réduction, ou la présence de soufre ou de terpènes, donnent une impression un peu dur dans un vin qui est ainsi qualifié de « minéral ». Et cela peut arriver pour des vins de toutes les couleurs. On voit donc ce terme surgir un peu partout, mais sans qu’il y ait nécessairement un lien avec le sens premier du mot.

Deux chercheurs en Espagne (Palacios et Molina) ont analysé la composition chimique des vins dans lesquels les dégustateurs éprouvaient des sensations de « minéralité », puis ils ont soumis ces vins à une double dégustation : à l’aveugle puis à découverte, en modifiant l’ordre de service. Ils ont découvert que ces dégustateurs pouvaient facilement être influencés par leur connaissance de l’origine de tel ou tel vin lorsque son identité était révélé. Dans cette expérience, le poids de descripteurs tels que « minéral », « cailloux », « pierre-à-fusil », « schiste », etc., augmentait fortement quand les personnes dégustaient les mêmes vins à découvert qu’ils avaient dégusté auparavant à l’aveugle. Le lien entre l’impression et le savoir donne bien des idées.

La description d’un vin est une chose difficile et nous manquons d’outils dans notre langage pour le faire correctement. On sait très bien identifier une saveur sucré ou salé, mais le terme « minéral » a presque autant d’interprétations qu’usagers. Il se prête aussi facilement à des associations : par exemple on peut faire croire à quelqu’un qui a visité le vignoble de la Mosel en Allemagne qu’un Riesling qui en est issu a le goût de ses sols en schiste, ou, pour un visiteur de Chablis à l’influence de ses sols de craie. Peut-être bien. Mais c’est un fait que ses deux vins sont issus de climats frais et de cépages qui produisent, dans ces sites, des raisins à forte acidité. Donc « minéral » ou « minéralité » appliqué à un vin sont certes des termes évocateurs et romantiques pour certains et clairement des outils de marketing devenus courants dans la communication, mais ils n’ont aucune définition précise et peuvent même rebuter des consommateurs qui pensant qu’un vin est surtout fait de raisins ! Et répétition n’est pas valeur, même si cela plait à certains.

 

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David Cobbold


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Jean-Roger Groult, le Magicien d’Auge

Magicien, oui, il faut bien l’être un peu pour transmuter ses pommes normandes en un alcool qui tutoie les étoiles du genre, Cognac, Armagnac, Rhum ou Malt Whisky, qu’elles soient issues du raisin, de la canne ou de l’orge… et sans rien perdre de son identité.

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Au pays de la pomme (Photo (c) H. Lalau 2016)

Cette semaine, vous l’avez compris, je vous emmène dans le Pays d’Auge. La Mecque de la pomme. Et plus précisément, au fief des Groult, La Hurvanière, à Saint-Cyr du Ronceray.

Huit générations de Groult se sont succédées sur le domaine. Au départ, l’exploitation était en polyculture – élevage, céréales et vergers. Puis, en 1860, les Groult commencent à y distiller des cidres. De quoi ancrer la famille dans le Calvados – la région et le produit. De quoi aussi bloquer toute velléité de changement. Sauf qu’en bon Normand, le propriétaire actuel, Jean-Roger Groult,  a les pieds dans son verger et le regard vers le large.

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Bienvenue chez Groult! (Photo (c) H. Lalau 2016)

Au commencement était le verger

C’est Jean-Pierre Groult, son père, qui a centré l’exploitation sur la production d’eau de vie. Aujourd’hui, elle compte 23 ha de pommiers, dont 16 de haute tige, répartis entre une trentaine de variétés, avec une forte proportion de pommes amères-douces. Un beau terroir, argile sur matrice calcaire, bien arrosé (nous sommes en Normandie).

La récolte moyenne est de l’ordre de 600 tonnes de pommes; sachant qu’une tonne de pommes permet de produire environ 700 litres de cidre, et qu’il faut 10 litres de cidre pour faire un litre de Calvados, calculez vous-mêmes le potentiel de production. Jean-Roger utilise à la fois ses propres pommes et celles de quelques voisins, dans un rayon de quelques kilomètres. Il ne fait pas de négoce.groult1

Ca sent la Normandie… (Photo (c) H. Lalau 2016)

C’est que le volume n’est pas sa principale préoccupation; il utilise d’ailleurs des alambics de petite capacité (400 litres), et a pérennise la chauffe au bois; d’où une distillation plus lente; le distillateur y gagne en précision dans ses coupes (le moment où il décide de séparer les têtes du coeur de chauffe, puis les queues). Moment magique où il recueille la quintessence de l’eau de vie.

Jean-Roger perpétue aussi le goût familial pour des Calvados sans artifice; il se refuse à employer du caramel pour les colorer, par exemple, préférant les affiner en barriques à forte chauffe. Pour lui, d’ailleurs, « la couleur n’a pas grand chose à voir avec la qualité ».

Autre point important, pour Jean-Roger: il réduit le degré d’alcool par paliers (l’eau de vie sort aux alentours de 70°, et est commercialisée entre 40 et 42°) afin que l’eau et l’alcool se fondent plus harmonieusement.

Enfin, il laisse le temps faire son oeuvre. La plus jeune eau de vie de sa cuvée Vénérable, par exemple, a au moins 18 ans; quant à la plus vieille, allez savoir…  « Ici, on travaille pour les futures générations », nous confie-t-il; « nos stocks représentent plus de 20 ans de production ».

 

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Jean-Roger dans son verger (Photo (c) H. Lalau 2016)

Wizard of Auge

Cet attachement aux traditions n’empêche pas Jean-Roger de s’adonner à quelques expérimentations. D’une part, il a lancé un cidre de table – jusqu’à peu, le cidre ne servait qu’à la distillation. De l’autre, il a relancé la production de Calvados millésimés, affinés en barriques (le premier est un 2008). Enfin, il s’essaie à la production de Calvados avec des  « finishs » particuliers (des cuvées qui passent quelques mois d’affinage final dans des barriques de Jurançon, de Whisky breton ou de Xérès)…

En outre, il vient de rajeunir tous les habillages de sa gamme; les nouvelles étiquettes arborent fièrement la tête du sanglier, en référence à la Hurvanière.

Et maintenant, passons à la dégustation!

 

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La gamme de Groult sous son nouvel habillage (Photo (c) H. Lalau 2016)

 

Cidre Roger Groult Les Grisettes 2014

Commençons par le cidre. Pas de surprise, il y a de la pomme au nez. Mais pas que. De belles notes fumées, aussi, presques résineuses, et puis en bouche, du fruité, des nuances acidulées, et pour couronner le tout, un belle amertume. Un cidre de repas, qu’on verrait bien sur du poisson fumé, ou une viande blanche. Encore jeune.

Eau de vie de Cidre Roger Groult Cœur de Chauffe

Avant de pouvoir s’appeler Calvados (ce qui nécessite un minimum de deux ans de vieillissement en fût, le produit ne peut porter que la mention « eau de vie de cidre »; quant au nom de Coeur de Chauffe, il fait référence à la partie noble du distillat, une fois ôtées têtes et queues de distillation.

Sans trop de référence sur ce type de produit, j’ai dégusté l’esprit et les synapses ouverts… et je lui ai trouvé, pas tant des parfums de pomme que de rhum agricole; si un produit peut marier deux concepts aussi opposés que « brut » et « finesse », c’est sans doute celui-là.

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Le joli nuancier des Calvados de Groult (Photo (c) H. Lalau 2016)

Calvados Pays d’Auge Roger Groult 3 ans d’Age

La preuve que la valeur n’attend pas le nombre des années – si vous cherchez de l’élégance, une certaine exubérance dans les arômes de fruits (autant de poire, de coing et d’agrumes que de pomme, curieusement), et une bouche droite, sans trop de chaleur, ce Calvados est fait pour vous.

Calvados Pays d’Auge Roger Groult 12 ans d’Age

Un mot pour résumer cette cuvée: équilibre. Ni trop fort ni trop doucereux, ni trop fade, ni trop envahissant au nez. Le bon compromis, sans doute, pour celui qui ne veut pas choisir entre jeune ou vieux. Je l’ai préféré au 8 ans d’âge, que j’ai trouvé un peu plus « facile ». Mais est-ce un défaut? On peut en discuter un verre à la main…

Calvados Pays d’Auge Roger Groult Cuvée Doyen d’Age

Après toutes ces années passées dans le noir du fût, après tous ces hivers, ces étés, c’est un peu comme si ce Calvados avait hâte de faire sortir ses arômes; les voila qui déboulent au nez – la pomme des premiers jours est de retour, en version Tatin, légèrement brunie. Mais ce que j’aime le plus, dans cette cuvée, ce sont ses épices. Une pincée de cannelle; sans oublier une touche de racine de gentiane.

Et puis, ce qui ne gâte rien, avec cette cuvée, c’est un peu d’histoire que l’on boit; certaines des eaux de vie présentes dans cette bouteille ont vu Napoléon III; d’autres, Clémenceau; d’autres encore, la bataille du Bocage.

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Le Doyen d’Age dans sa maison de bois (Photo (c) H. Lalau 2016)

Les expérimentations de Jean-Roger

Le principe de l’expérimentation, c’est de ne pas savoir à l’avance ce que cela va donner. Affiner, « finir » un Calvados dans un fût ayant contenu un autre alcool, ou un vin, un peu à la manière de certains whiskys, voila qui n’est pas courant. Difficile de prévoir comment un alcool issu de la pomme va absorber les arômes laissés dans le bois par une autre boisson alcoolisée. C’est la qu’intervient à nouveau la patte du maître distillateur, sinon la baguette du sorcier. Il faut trouver la bonne formule, le bon « mix ». Quelle eau de vie pour quelle barrique? Quel temps d’affinage?

Pas de problème en ce qui concerne la cuvée « Jurançon Finish » – notons que Jean-Roger a fait appel à son collègue Henri Ramonteu, du Domaine Cauhapé, également membre du club Vignobles & Signatures.  A l’aveugle, j’ai perçu, non pas l’acidité des Mansengs, mais quelques notes d’ananas et de banane verte. La bouche, elle, est bien fondue, harmonieuse, aérienne et subtile à la fois.

Pas de soucis non plus pour le  » Whisky Finish » (les barriques proviennent de la distillerie bretonne de Warenghem/Armorik), que j’ai trouvé épicé, iodé mais onctueux, presque beurré en bouche.

Ma première impression du « Sherry Finish » a été moins favorable: j’ai trouvé le bois un peu asséchant; un deuxième dégustation, après un peu d’aération, m’a fait quelque peu réviser mon jugement: le bois s’était un peu estompé, pour laisser la place à quelques notes de miel et d’agrumes. A revoir.

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Atom Heart of Pays d’Auge (Photo (c) H. Lalau 2016)

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Ce très vieux millésime date du grand-père de Jean-Roger; il n’a rien d’éteint, bien au contraire. Au nez, je l’ai d’abord trouvé un peu rustique (peut-être Roger coupait-il un peu moins de têtes?); toujours est-il que l’alcool est assez dominant au premier nez; mais en bouche, tout est très bien fondu, complexe (épices douces, rhubarbe) et surtout très long et sans chaleur excessive. A croire que la magie, chez les Groult, c’est comme chez les Potter, ça tient de famille.

Hervé Lalagroult4u

 


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Tristesse de la pâleur (ou éloge de la couleur)

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La course à la pâleur dans les vins rosés fait rapidement son chemin depuis quelques années, et, selon moi, provoque des ravages. Chaque fois, ou presque, que je déguste un des ces machins pâlots, sans saveur particulière (sauf un peu de bonbon anglais, parfois) mais avec sa dose d’alcool réglementaire qui dépend, en gros, du binôme cépage/climat, j’en suis de plus en plus convaincu. A contrario, chaque fois, ou presque, que je déguste un rosé ayant une robe soutenue, à mi-chemin entre blanc et rouge, je ressent davantage de saveurs, de tenue en bouche et (c’est l’essentiel il me semble) du plaisir. Je sais bien que ceci est un peu caricatural, mais ce constat est quand-même basé sur un grand nombre d’expériences et sur un tout petit peu d’analyse. En tout cas, comme disait le maire de la commune voisine « c’est mon avis et je le partage ».

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Tout cela n’est pas le seul fait de la Provence, même si la dictature par l’absence de couleur dans les vins rosés est très largement inspirée par la réussite de ces vins passe partout, et qui plaisent, apparemment, à « tout le monde »: donc à personne. Je ne suis pas contre la réussite commerciale, bien au contraire (salut Luc !). Ce qui m’horripile dans cette affaire est la banalisation d’un style, et le comportement « moutonnesque » de la plupart des autres régions, à commencer par le Languedoc-Roussillon ou le Bordelais : régions qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient beaucoup de vrais vins rosés avec de la couleur, du goût et tout et tout, et pas essentiellement des faux blancs. Mais la Provence a fait du rejet de la couleur un système de jugement de la qualité. J’en veux pour preuve le fait que la quasi-totalité des appellations de cette région refusent d’agréer des vins rosés qui dépassent une certaine intensité de ton, et cette barre est placée bien bas ! Même Bandol, grand fief des rouges de caractère et de garde (merci au Mourvèdre), a été un moment gagné par ce diktat de la pâleur pour ses vins rosés devenu, malheureusement, le type de vin majoritaire de cette appellation. Je crois que les choses sont en train, doucement, de s’inverser dans cette appellation qui doit absolument garder ses différences avec l’océan des rosés pâles qui l’entoure, mais le constat est bien triste. Et si j’étais producteur en Provence, je me garderais bien de mettre tous mes œufs dans le même panier (rose). La mode est volatile par définition.

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Dans cette période où la communication à outrance sur tout ce qui est supposé être « naturel et donc bon » (quelle foutaise, aussi!), est-ce qu’on parle des techniques utilisées pour retirer de la couleur des moûts ou des vins quand Dame Nature, qui n’est ni bonne ni mauvaise et qui se fiche pas mal de tout cela, fournit les conditions qui augmentent températures et couleur dans la peau des baies ? Bine sûr que non. Et pourtant, c’est bien une intervention technique, une de celles-là mêmes qui sont tant décriées par les tenants d’une interférence minimale de l’homme et ses outils dans le vinification (autre sujet qui pourrait déclencher un article bientôt). Je vois dans tout cela soit un paradoxe, soit une méconnaissance des faits.

Pour évoquer une autre région, gagnée elle aussi par la même mode absurde, la dégustation au cours de la semaine passée de deux Champagnes rosés qui vont à contre-courant de cette triste tendance m’a conforté dans mon opinion. La dernière version du Ruinart Rosé est un vrai vin rosé, bien coloré, très expressif en fruit, et avec assez de structure pour tenir sur autre chose que des chips. Pareil pour le Nicolas Feuillatte  Rosé 2006, Cuvée 225, qui est aussi savoureux que frais, long en bouche et parfaitement défini dans son profil. Voilà deux exemples de ce qui peut être un vrai Champagne rosé, c’est à dire autre chose qu’un blanc à peine teinté, ce qui est le cas, par exemple, de la dernière livraison du Veuve Clicquot Rosé (la version 2008 de ce vin m’a bien déçu, contrairement au blanc du même millésime).

Osons un petit écart sur le chemin glissant mais passionnant du marketing, car c’est bien sur ce terrain que s’est bâti le réussite des rosés de Provence, et, par extension, de la catégorie toute entière. Quel est donc l’intérêt de faire un vin rosé qui n’est qu’une petite variation sur la même chose en blanc ? Question rhétorique bien entendue. Mais tentons d’y répondre : dans l’imaginaire, le pâleur donne une impression de légèreté. La transparence est aérienne, et non pas terrienne et, j’ose rajouter, elle induit la notion de « pureté » dans les têtes d’une partie de la population de plus en plus obsédée par ce concept touchant à l’alimentaire. Même si c’est surtout inconscient, je crois bien que cela joue. Cette légèreté ressentie, dans le domaine du vin, convient aussi à une consommation par temps chaud et c’est bien cela qui a donné un aspect très saisonnier à la vente des vins rosés, même si des producteurs ayant misé à fond sur ce type de produit luttent pour en étendre les périodes de consommation.

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Je pose, à la fin, une autre question rhétorique.  La mode (nécessairement stupide selon moi) doit-elle tout emporter, même dans le domaine du vin ? Bien sûr que non, nous sommes d’accord, mais elle a des influences bien plus importantes que celles que nous admettons généralement, et ces influences ont des socles plus profonds que ceux que nous sommes prêts à reconnaître facilement. Ce n’est pas une raison suffisante pour y céder. Il faut juste ouvrir ses sens et son cerveau.

 

David Cobbold


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Plaimont, toujours Plaimont…

Je reprends le flambeau sur la pointe des pieds, comme promis, un dimanche matin quand l’aube ne blanchit pas encore tout à fait la campagne.

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En bon opportuniste, j’en profite pour revenir à Saint-Mont, sur le parvis de la cave coopérative de Plaimont, édifice magistral s’il en est (pur jus années 50/60), tant en terme de production que vu sous l’angle commercial, comme l’a si bien relevé David lequel, en deux parties (voir plus bas), nous a tout dit sur les qualités de ce groupe, qualités qui se marient à un état d’esprit « naturel » et non feint de ses adhérents, un fighting spirit gascon en diable plus optimiste que jamais, une entraide, des initiatives bien orchestrées, bien ciblées, une grande modestie aussi. Sans vouloir faire mon intéressant, j’avais exploré le sujet lors d’une virée jazzistique à Marciac qui remonte à quelques années, article que vous retrouverez ici-même.

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Joël Boueilh, le président, à l’oeuvre lors du Festival de Marciac

Or, il se trouve que j’étais, début août, de nouveau dans le Gers, convié par le groupe à venir profiter du JIM (Jazz In Marciac, pas notre Jim à nous !), festival que les viticulteurs de Plaimont encouragèrent dès ses débuts et qui va l’an prochain célébrer son quarantième anniversaire. Pour reprendre une vieille d’habitude, j’en ai profité pour rencontrer le jeune président de Plaimont, Joël Boueilh et réclamer une dégustation en bonne et due forme en compagnie de l’incomparable André Dubosc toujours coiffé de son béret.

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Participaient à la dégustation (de gauche à droite) : Diane Caillard (ex-relations publiques), Noémie Cassou-Lalanne (communication), André Dubosc (« mémoire » de Plairont, pour une fois sans béret) et Christine Cabri (oenologue).

Bien entendu, lorsque l’on sait que Plaimont c’est, en gros, 40 millions de bouteilles par an, dont 8 millions rien que pour le blanc « Colombelle » que je bois presque sans retenue lorsque je suis là-bas, en Gascogne, je connais quelques esprits soit disant libres qui ne manqueront pas de me dire que je fricote avec les gros metteurs en marché, les pisseurs de vignes, les faiseurs de fric. Comble de l’horreur, Plaimont est sur le point de mettre sur pieds un audacieux projet associant vin et vacances au sein de la grande abbaye de Saint-Mont qui leur appartient. Alors oui, je suis vendu au diable ! Et comme le souligne justement David dans ses articles (voir ICI et ICI aussi), les vins de Plaimont sont tellement bons que je ne me priverai pas d’en parler de nouveau en vous livrant mes notes de dégustation. Par chance, comme j’ai horreur des doublons, la plupart des vins ne furent pas goûtés par David ce qui me permet de ne pas le copier ! Et puis, j’ai ajouté quelques rosés et blancs moelleux, sans oublier le seigneur Madiran.

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Commençons donc par les blancs secs.

Côtes de Gascogne 2015, Colombelle « L’Original ». Ce best-seller a débuté en 1976, puis fut lancé officiellement en 1998 après un voyage technique en Allemagne. C’est du Colombard, avec aussi 20 % d’Ugni blanc, pour un vin techno en diable mais furieusement dans l’air du temps. Du gras, pas mal de longueur, un fruité judicieusement mêlé à l’amertume fraîche, moi j’aime, même sur les huîtres ! 5 € (cavistes).

Côtes de Gascogne 2015 « Caprice ». Un petit nouveau qui adopte l’élevage sur lies et tourne autour de 200.000 exemplaires. Le nez est fin et délicat, la bouche nettement plus souple que le premier blanc, légèrement épicée, mais un peu courte à mon goût. 6 €.

Côtes de Gascogne, Domaine de Cassaigne (secteur de Condom). Une seule mise récente pour ce blanc salin au nez, doté d’une certaine fermeté en bouche, mais assez simple dans sa configuration. Gros Manseng avec 30 % de Colombard. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Les Vignes Retrouvées ». Je me souviens de l’enthousiasme provoqué par la dégustation à Paris du premier millésime, en 2001, je crois. Ce joyau blanc de l’appellation (depuis 2010 après avoir été VDQS en 1981), élevé sur lies en cuves de 150 hl, tient toujours ses promesses. Richesse, gras, épaisseur, longueur, c’est un vin que je réserve pour une belle fricassée d’anguilles. Gros Manseng en majorité, comme souvent ici, mais avec 20% de Petit Courbu et 10% d’Arrufiac. Le même, en 2007, a gardé toute sa longueur même s’il me semble un peu fatigué sur le plan aromatique. 7,50 €.

Saint-Mont 2014 « Cirque Nord ». Fermenté en cuves avant un élevage de 10 mois en barriques d’un, deux ou trois vins, on a dès l’attaque pas mal de rondeur, de volume, avec une très agréable finale sur la fraîcheur. Du beau travail sur le Gros Manseng qui représente 90% de l’encépagement complété par le Petit Courbu. 35 €.

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Quelques rosés assurent la liaison

Saint-Mont 2015 « Nature Secrète ». Un bio de coteaux, tiré à 7.000 exemplaires. Simple et facile avec une petite touche de fruit poivré, sans plus.

Saint-Mont 2015 « Le Rosé d’Enfer ». Le contraire du précédent : droit, vif, c’est à l’apéritif qu’il faut le boire. Même sur des magrets fumés !

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Des rouges, c’est inévitable

Côtes de Gascogne 2015 « Moonseng » (secteur de Condom). Merlot et Manseng noir (40%) pour 12.000 bouteilles, ce dernier cépage est replanté à raison de 10 ha dont 4 en production sur des sols argilo-calcaires. Cela donne un vin très intéressant, doté d’un beau volume, d’une certaine profondeur et de tannins légèrement sucrés. Agréable maintenant et d’ici 4 ans. 7 €.

Saint-Mont 2014 « Béret Noir ». Un de mes favoris sur le confit, la cuvée existe depuis 2009 et met en scène le Tannat (70%) complété par le Cabernet Sauvignon et le Pinenc avec un élevage (cuve uniquement) particulièrement soigné. Très joli nez, forte personnalité en bouche, amplitude et tannins assez marqués mais supportables. On peut commencer à le boire sans trop se presser. 7 €.

Saint-Mont 2012, Château du Bascou. Robe profonde, joliment boisé au nez avec un surplus de cuir et de fourrure pour un vin assez étriqué, très bordelais dans le style, long, puissant et chaleureux. Même encépagement que le précédent à partir de Tannat planté en 2001 à 8.000 pieds/hectare. 12 € (GMS).

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Saint-Mont 2014 « La Madeleine » (secteur de Marciac). Nez fin, discret, réservé pour cette cuvée issue d’une parcelle plantée en 1891. C’est le troisième millésime de cette bouteille haut de gamme (plus de 35 €) à la fois ferme, dense, bien structuré, plein d’ardeur aux tannins cachés, comme enfouis. Leur heure viendra probablement avant la fin de la décennie. Le mieux noté des rouges.

Saint-Mont 2015 « Vignes Pré-phylloxériques » (secteur de Saint-Mont). Premier millésime de cette cuvée : 2011. Il s’agit d’un très vieux Tannat sur un sol de sable fauve dorloté par son propriétaire qui a redressé les vignes avec amour. Magnifique nez sur le fruit rouge sauvage mais bien mûr. Bouche puissante, chaleureuse, intense, mais étonnement tendre avec de superbes tannins souples et poivrés. Compter au moins 65 € départ cave, sachant qu’il n’y a que 1.500 bouteilles de ce vin.

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La vieille garde trinque à la nouvelle génération : André Dubosc (béret) et Loïc Dubourdieu, de la Cave Coopérative de Crouseilles.

Quelques Madiran en passant

Et quelques mots aussi. À force de goûter de bons Saint-Mont rouges, tous à base de Tannat, on est tenté de faire le rapprochement avec Madiran dont l’aire est voisine. Or, dans le giron de Plaimont, il ne faut pas oublier la cave de Crouseilles, la béarnaise, souvent citée dans les guides pour la régularité de ses vins de Madiran et leur accessibilité. Je pensais récemment que l’appellation Madiran était quelque peu endormie, comme en veilleuse. Serait-ce parce que les journalistes sont encore nombreux à ignorer ce coin du Sud-Ouest assez excentré et peu porté – pour l’instant – sur la communication à grande échelle ? Toujours est-il qu’en dehors des classiques (Berthoumieu, Brumont, Capmartin, Labranche-Laffont, Laplace, Barréjat, Crampilh, Sergent, Viella, etc), les jeunes de la cave de Crouseilles, fortement encouragés par l’équipe de Plaimont, sont en train de bouger, à l’image de Loïc Dubourdieu, le maître de chais (et œnologue) qui est venu me présenter quelques nouvelles cuvées mises en route depuis 2012 avec une demi-douzaine de viticulteurs passionnés et volontaires. De ce travail il résulte une série sensée montrer le meilleur de chacun des principaux terroirs de Madiran, le tout sous le nom générique de « Marie Maria » reprenant ainsi l’origine même du nom de Madiran, village connu jadis sous le nom de Maridan, du latin « Maria dona ». Le but évident est de rajeunir l’image que l’on a encore des vins d’ici, lourds, excessifs que ce soit en alcool ou en tannins. Hélas, cette gamme est pour l’instant réservée aux cavistes et à la restauration… Mais en allant sur place, je suis sûr que l’on peut se procurer la plupart des échantillons goûtés au prix que j’indique.

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Madiran 2012 « Novel ». Assemblage des trois « terroirs » qui suivent (nappe de Maucor, argilo-calcaire et argiles graveleuses), voilà une cuvée au nez abouti et aux tannins grillés avec une belle sensation de fermeté, une bonne longueur et une finale bien conduite. Tannat, bien sûr, mais aussi Cabernets, Franc et Sauvignon. 9 € départ.

Madiran 2013 « Veine ». De la précision dès l’attaque, fraîcheur, densité, tannins présents mais discrets et longueur rassurante. Par la suite un échantillon plus récent m’a été adresse, un 2014 tout aussi beau que le 2013, mais avec un peu plus de souplesse et de très agréables notes de fruits rouges chocolatés et toastés. On a des tannins tendres, bien épicés et poivrés. Tannat et Cabernet Sauvignon. 12 €.

Madiran 2014 « Argilo ». D’abord un échantillon prêt à la mise superbe de robe aux tannins bien fermes mais pas dérangeants et aux jolies notes boisées accompagnées d’une belle longueur. Le même vin reçu et goûté plus tard, après la mise : solide, épais, bien en chair, sur le fruit et généreusement épicé, il regorge de tannins laissant une légère amertume en finale. À garder au moins 5 ans. 12 €.

Madiran 2014 « Grèvière ». Un échantillon récemment mis en bouteilles et goûté (deux fois, avec 24 heures d’intervalle) chez moi : robe profonde, nez fin, boisé/épicé sans fausses notes, bouche juteuse et pleine, faisant ressortir des tannins fermes mais joliment fruités (coing) sur des notes corsées et très laurier en finale. Commence à bien se goûter après une mise en carafe, mais il serait préférable d’attendre au moins 3 ans que le vin se fonde un peu. 12 €.

Madiran 2001 « Bonificat ». Comme au début, il s’agit de l’assemblage des trois terroirs cités plus haut, mais avec un élevage plus poussé. Robe noire, très joli nez sur la finesse accentué par des notes de cerise noire et des touches boisées. Belle matière et tannins souples en bouche, le vin commence à être prêt à boire. Un pur Tannat, 25 €.

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Et des douceurs pour conclure

Pacherenc du Vic-Bilh 2014 « Novel ». Un sec tout en rondeur avec une jolie bouche faisant penser à une promenade forestière. Gros Manseng avec 20% de Petit Courbu, le tout élevé moitié cuve, moitié barriques (1 à 2 vins). 9 € départ.

Pacherenc du Vic-Bilh 2013 « Lutz ». Superbe douceur avec un nez très ensoleillé et des touches assez boisées en bouche où l’on devine aussi une pointe de truffe blanche. Un vin long et charnu que j’aime à l’apéritif sur de petits toasts de foie gras mi cuit. Les trois terroirs sont présents, mais c’est le Petit Manseng, associé au Gros Manseng, qui remplace de Petit Courbu. 13 €.

Pacherenc du Vic-Bilh 2012 « Bonificat L’Hivernal ». Magnifiquement soutenu par une belle structure, c’est un foisonnement d’arômes (caramel doux, fruits confits, agrumes, etc) que l’on a en bouche dans ce vin issu de raisins passerillés sur souches. Avec une sacrée belle longueur. Sur un Tatin de pêches ou de beaux fromages persillés. Les trois terroirs sont dans cet assemblage Petit Manseng et Gros Manseng. 32 €.

 

Michel Smith

(Photos : Brigitte Clément & Michel Smith)

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Le vignoble de l’abbaye de Saint-Mont