Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Tourisme : l’exemple de l’abbaye des vignes

Il y a des choses en vieillissant qui m’horripilent, tels ces trois mots à la base ou cette autre expression qui fait fureur Quelle tuerie !, ou bien encore l’adverbe clairement placé au début de chaque phrase. Comme pour ça fout les poils en parlant d’un concert émouvant. À cela, j’ajouterai volontiers un dernier ça me fout les boules pour rejeter ces quelques tics qui s’incrustent peu à peu de manière insidieuse dans le langage courant. Ce n’est pas nouveau, je sais. Je me souviens que du temps du twist à Saint-Tropez, pour draguer une poulette on lui lançait un martial tu me bottes histoire de l’emballer ! Faut-il accepter la fréquence de ces évolutions de langage qui nous bassinent d’un jour à l’autre ? Faut-il remercier Internet de nous enrichir ainsi de mots inutiles ? Bien sûr, tout cela n’est pas dramatique si l’on accepte le fait que notre langue est belle, mais vivante. Il n’empêche que j’ai du mal à m’y faire, tant il y a de mots comme ça, des barbarismes, qui ne passent pas. Comme œnotourisme, imaginé par des lumières technocrates pour remplacer des expressions plus simples et moins savantes telles que tourisme viticole ou vacances dans le vignoble, mais qui au moins signifient quelque chose au commun des mortels. Et pourquoi pas gastrotourisme pendant qu’on y est puisqu’on a déjà cyclotourisme ? Mon copain André Deyrieux en fait un bon usage, lui, de ce mot œnotourisme. En son nom, il a même réussi l’exploit de me faire déplacer jusqu’à Sète (voir mes articles des jeudis précédents) pour me convaincre du bien fondé de ce mot.

Photo©MichelSmith

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Alors certes, grâce à Thau Agglo, on a vu des coquillages, l’eau limpide d’un étang, des barques de conchyliculteurs, d’autres d’ostréiculteurs, des villas sam’suffit, des dunes blondes, des légumes paysans, des poissons, des bouteilles et des vignes, mais on a surtout visité là-bas – revisité pour ce qui me concerne – un des plus beaux exemples de tourisme viticole dont le Languedoc peut s’enorgueillir : l’abbaye de Valmagne. Fondée en 1138, elle fut vite rattachée à l’ordre de Citeaux pour prospérer et se développer avec la construction d’une église romane aux dimensions et hauteurs d’une cathédrale forteresse doublée d’un cloître plus récent (restauré au XVIIème siècle) étonnement bien conservés. Dans l’église où la messe est encore parfois célébrée, le vin a sa place logé qu’il est en de grands foudres sous les ogives. Cet ensemble est d’autant plus inattendu et saisissant qu’il se dresse avec majesté au milieu d’un décor champêtre de cyprès, de champs de blés et de vignes. Je me dois de confesser que j’ai pris plaisir à flâner, hélas peu de temps, dans le conservatoire des cépages où le Carignan a sa place en même temps que le Monastrel, ainsi que dans le jardin médiéval et le potager de cette abbaye qui organise toutes sortes de manifestations nocturnes et culturelles où le vin a sa place, le tout à quelques lieues des horreurs du Cap d’Agde.

Photo©MichelSmith

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Achetée en 1938 par le comte de Turenne, la propriété aurait pu céder aux sirènes des investisseurs de tout poil, mais elle a toujours gardé sa vocation viticole. Arrive le moment où il faut souligner la modestie de la famille qui s’investit et veille sans relâche sur ce trésor patrimonial du Languedoc. À la suite de ses parents, Philippe d’Allaines, que j’ai connu il y a plus de 30 ans quand il venait défendre son vin et tenter de le vendre à Paris, est un vigneron bâtisseur exemplaire. Il aime se présenter comme étant le cellérier de Valmagne en souvenir d’un truculent frère Nonenque qui a laissé un tel souvenir qu’on lui a consacré une réjouissante cuvée. Philippe est aidé de son épouse, Laurence, l’aubergiste de Valmagne qui utilise dans sa cuisine une grande part des fleurs et légumes du jardin.

Photo©MichelSmith

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Depuis l’époque de ma première venue à Valmagne, au tout début 1990, les sols du cloître et de l’église ont été joliment refaits afin de mieux recevoir le public. Les arcs-boutants qui maintiennent les murs de l’église ont été consolidés et, outre les visites guidées et les séances de dégustations, avec beaucoup d’intelligence et d’astuces, la famille d’Allaines développe les initiatives pour animer les lieux. Dernière en date, la bière de l’abbaye élaborée dans une brasserie artisanale voisine, à partir de quatre qualités d’orge, d’avoine, de froment et, pour la partie aromatique, du houblon français et des fleurs de sureau. Avant d’aborder les travaux pratiques, afin de connaître les grandes lignes de l’histoire de Valmagne et de sa vocation viticole, je vous propose de visionner ce petit reportage réalisé dans la bonne humeur.

Photo©MichelSmith

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Cette nouvelle visite – la troisième ou quatrième, à vrai dire depuis que je suis voisin du Languedoc – a été pour moi l’occasion d’une rapide dégustation de bouteilles ouvertes quelques heures auparavant par Philippe d’Allaines. Trois millésimes anciens de la cuvée de Turenne étaient présentés, sur des vignes (Mourvèdre et Syrah, principalement plantés en 1982) cultivées en biologie depuis 15 ans, comme sur l’ensemble du domaine (soit une soixantaine d’hectares), et dont une partie des vins séjourne un an en barriques. J’étais resté sur le souvenir d’un magistral 2003 goûté en 2008 à l’occasion d’un reportage sur les Grès de Montpellier (déjà !) dont cette cuvée est devenue l’un des fleurons. Ce 2003 était chaleureux, giboyeux, truffé, solide, serré et dense avec une finale persistante sur fond de menthe sauvage et de garrigue. À l’époque, le vin coûtait 11 € départ cave. Pas encore Grès de Montpellier, mais simple Coteaux du Languedoc, élevée en cuve ciment, la version 1988 se goûtait encore fort bien en dépit d’un incident sur un premier flacon trop pâle de robe et au bord de l’usure.

Photo©MichelSmith

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Le 1989 se montrait beaucoup plus volubile et alerte : robe foncée, terre chaude au nez, il se faisait ample, riche en matière et très long en bouche. Avec le 1998, les notes de truffe noire s’affirmaient plus encore en rétro-olfaction avec de la densité, de l’amplitude et beaucoup de noblesse. Pour moi, il était l’égal de ce 2003 qui m’avait tant impressionné. Quelques années après mon dernier passage, je trouve que les prix sont restés sages puisque le 2012 de la cuvée Comte de Turenne actuellement en vente, mais non goûté, coûte 14 € départ cave. Quoiqu’il en soit, même en famille avec les enfants, ne manquez pas la visite cet été de cette chère Abbaye des Vignes !

Michel Smith

Photo©MichelSmith

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Les 3/5 du Vin@Millésime Bio

Marco – watching the professionals

Marco – watching the professionals

The colour – bio green – and the angle of the pen is crucial to the proper assessment of wine. Here you see perfect co-ordination!

The colour – bio green – and the angle of the pen is crucial to the proper assessment of wine. Here you see perfect co-ordination!

Flawless!

Flawless!

It is possible that a few of our readers consider that being part of Les 5 du Vin is somehow glamorous. I have to tell you there is not much glamour in having to leave a Côtes du Rhone evening at Le Petit Jardin Montpellier early to return to an Ibis hotel room to compose my Tuesday post. I left Marco Vanhellemont and Michel Smith enjoying an in-depth look at some organic Rhônes.

Yesterday was the start of VInisud, so it was good that 60% of Les 5 were able to meet up. It has become a truism that Millésime Bio has been a great success. 800 exhibitors all with the same sized table with lots of buyers in the aisles speaking a considerable range of languages plus a good number of journalists from France, Belgium, Holland and Germany etc along with a few from the USA.

MilésimeBio attracts a number of UK buyers but strangely very few journalists/ writers from the UK are here. Yesterday morning I spotted Andrew Jefford, now resident in Montpellier, and later Paul Strang, who is looking for a publisher for his new book on Languedoc. Along with myself, this appears to be the sum total of the UK press that has got out to the largest organic wine show in the world.

An early sight of Michel in the distance already discovering a new Carignan.

An early sight of Michel in the distance already discovering a new Carignan.

Michel with Philippe  d'Allaines of Abbaye de Valmagne.

Michel with Philippe d’Allaines of Abbaye de Valmagne.

Not sure whether Michel is off to the Mad Hatter's tea party but the bottle – LE SECRET DE FRÈRE NONENQUE from Valmagne is excellent value @6€!

Not sure whether Michel is off to the Mad Hatter’s tea party but the bottle – LE SECRET DE FRÈRE NONENQUE from Valmagne is excellent value @6€!

JBGlassess