Les 5 du Vin

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Riesling : le retour

Il y a quelques semaines nous avons démarré, un peu timidement, une petite série d’articles, coups de coeur ou chroniques autour de ce grand cépage rhénan qu’est le riesling. Il est temps d’y revenir.

Je dois avouer que je suis un grand amoureux de cette variété, même si je n’aime pas toutes ses expressions aromatiques, et notamment la gamme qui sent les hydrocarbures (pétrole, si vous préférez, mais cela ne donne pas plus envie !). Par conséquence je vous parlerai peu de ces rieslings-là, même si, pour certains, cela passe pour un des marqueurs de « typicité » : néologisme débile qui ne signifie pas grande chose sauf, peut-être, le dénominateur commun le plus faible entre les vins d’une région ou cépage.

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Mais revenons à notre sujet du jour, qui est un vin du Domaine Gresser, dont la dizaine d’hectares est situé à Andlau. Je pense que la plupart des amateurs connaissent mieux le Domaine Kreydenweiss, sur cette même commune, et qui fait aussi des vins remarquables. Les Gresser sont pourtant ici depuis le 16ème siècle et Rémy Gresser fut le président du CIVA (l’organisme collectif des vins d’Alsace) pendant des années. Mais qui connaît ses vins ?

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Je viens de déguster son Riesling Grand Cru Kastelberg 2011 et c’est un vin formidable, qui allie, comme seul de riesling sait le faire, finesse et puissance des saveurs. Nous l’avons bu en compagnie d’un filet de veau aux champignons et il n’a eu aucun mal à tenir tête au plat, sans jamais le dominer. Il y avait dans ce vin de très lointains relents de la gamme cire/petrôle, mais rien pour me gêner. Surtout cette texture ferme, allongée, cette formidable intégration de l’acidité qui fait tant partie de la nature du cépage sans jamais sembler être plaqué sur la surface du vin. Un vin qui donne envie de finir la bouteille, tant sa complexité encourage une exploration poussée des ses subtilités.

Le site web de Gresser met en avant la géologie qui sous-tend ses parcelles. Je passe sur ce sujet auquel je ne comprends manifestement pas grande chose (demandez avis à Georges Truc), mais je vous montre la carte quand-même. On voit bien que l’Alsace est très complexe sur ce plan-là.

 

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Il y a autre chose que l’habillage de ce vin évoque pour moi: c’est la clarté exemplaire de la communication sur les éléments qui le composent. Il faut dire que ce n’est pas toujours le cas, en Alsace ou ailleurs. Surtout en Alsace peut-être, ou certains des grands noms vous laissent dans le brouillard total quant à la quantité de sucre résiduel que vous risquez de trouver dans le vin. Je vous montre ci-dessus (deuxième photo) la contre-étiquette de ce vin qui est exemplaire dans ce domaine. L’échelle de sucre y est bien présente, comme la nature du sol et d’autres mentions, obligatoires ou non. Et le tout est lisible !

Un exemple à suivre….

Et bon match (ou good game, c’est selon) !

David Cobbold

 


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Muscat, que ma joie demeure!

Ah, le muscat! D’aucuns vous disent que c’est facile, voir vulgaire – pensez, un cépage que tout le monde peut reconnaître! Et puis, c’est sucré, ça fait penser aux apéros chez Grand Mère…

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage…

Bon, avant de noyer le chien, merci d’attendre un peu ce qui suit.

Primo, un cépage aromatique est un cépage aromatique, ce n’est pas un élément à retenir contre lui. Je connais bien pire: les vins aromatisés, qui ne sont pas du vin.

Secundo, il y a de très beaux muscats en VDN, et pas seulement en Roussillon – essayez aussi Saint Jean de Minervois, Lunel, ou Beaumes de Venise. Ou Setúbal. Ou la Corse. A force de faire la fine bouche pour le sucre ceci, et l’arôme cela, ces vins vont finir par disparaître, et ça sera bien dommage.

Tertio, tous les muscats ne sont pas doux, il y en a aussi de secs, et des bons.

J’ai déjà eu l’occasion ici de vanter les mérites du Muscat de Kélibia – toujours sec. Mais plus près de nous, il y a aussi les muscats secs du Languedoc ou du Roussillon, ou encore, les muscats secs d’Alsace.

C’est de cette région que nous vient le vin choisi aujourd’hui, un Muscat d’Alsace de la maison Koehly, à Kintzheim. Un 2012, s’il vous plaît.

Koehly

Alors bien sûr qu’il est muscaté, bien sûr qu’il a ce goût de raisin si caractéristique (et tellement rare dans les autres cépages, à l’exception, sans doute, du Torrontès argentin).

Mais il est bien plus que ça; ce qui me frappe d’emblée, c’est son côté floral (tilleul), voire épicé (romarin). Et puis sa salinité. Ajoutez une bonne acidité, mais pas d’amertume exagérée (le défaut de beaucoup de muscats secs du Sud), et vous obtenez un produit friand, gourmand, délicieux, certes (comme si ça pouvait être un défaut!); mais aussi, pas mal de complexité – celle-ci, peut-être en partie due au fait qu’il s’agit d’un vin de 3 ans. On boit souvent les blancs trop jeunes, avant qu’ils aient eu le temps de fondre leur acidité, que tout se mette en place…

Bref, il n’y a pas de mal à se faire du bien, et ce concentré de soleil alsacien a réchauffé ma journée d’hiver. A 7,5 euros la quille, c’est bien moins cher qu’une semaine à Ténérife. Et c’est tout simplement délicieux.

Certes, le vin est un produit culturel – mais sans la joie de le boire, à trop l’intellectualiser, j’aurais peur d’écrire trop sec. C’est sans doute l’âge, mais j’ai plus de plaisir aujourd’hui à décrire un vin de soif qu’à démarrer une polémique; quitte à perdre en « likes ».

Bon, pour ceux qui préfèrent l’oxydo-masturbation, le sûr ou l’aigre, les vins chers et qui font mal, rien à redire: les coups et les douleurs, ça ne se discute pas!

Plus d’info: Koehly

 

Hervé Lalau


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Un petit coup d’Alsace

Un voyage en Alsace devrait toujours débuter par une choucroute dégustée en bonne compagnie à la nuit tombée. Un verre de bière pour nous rafraîchir les papilles avant d’entamer les agapes, un Riesling avec le chou et une bière pour bien digérer, voire d’autres si la soirée n’est pas trop avancée. Nous voilà bien dans l’ambiance pour arpenter caves et vignobles, dès le lendemain matin…

Chez Zind

La production d’Olivier Humbrecht n’échappe pas à la règle alsacienne de la multitude de cuvées. On pourrait presque toutes les commenter, en voici un petit choix.

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Un trio intéressant pour débuter, le Riesling Terroir d’Alsace 2013 qui écrit sur son étiquette «vin sec» ce qui, par les temps qui courent, est une mention pertinente. On ne compte plus les occasions où le Riesling qu’on croyait sec était presque moelleux et par conséquent pas du tout en accord avec un poisson de rivière cuisiné avec amour, par exemple.
Blanc vert, ce vin respire la verveine et la gentiane. La bouche bien fraîche se nourrit de fruits blancs teintés du jus de quelques agrumes. Un vin croquant aussi agréable à l’apéritif que sur ce poisson de rivière tendrement cuisiné… Olivier nous affirme que le taux de sucre y est toujours inférieur à 5g.
Suit le Riesling Heimbourg 2013 à la belle robe vert doré, le nez délicatement épicé de poivre rose et de mandarine, à l’aveugle on aurait pu le prendre pour un élégant Gewurztraminer. La grande fraîcheur buccale s’équilibre grâce à l’ampleur et à la texture presque onctueuse du vin. Il lui faut ça, parce que très vite nous viennent ces subtiles amertumes au goût de réglisse et de zeste d’agrume. Elles nous laissent le palais net, près pour le suivant.
Le Riesling Brand 2013 au doré vert lumineux, le nez expressif de vétiver et de pêche blanche, d’agrumes qu’on retrouve sous forme de zestes en bouche. Un vin droit contrairement à son homologue Brand 2012 qui lui confit les agrumes dans 12g de sucres résiduels, arbore une robe plus intense, un nez extraverti d’abricot sec, de poire au four, une bouche qui doit son équilibre à la très belle amertume qui vient contrebalancer l’impression sucrée.

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Je ne parlerai pas des Clos Windsbuhl et Rangen, on le fait tout le temps; plus attachants, les Pinot Gris Rotenberg 2013 et Heimbourg 2013. Le premier exposé à l’ouest et planté dans des calcaires se présente comme on un PG caractéristique, peu de bouquet, mais en bouche tout de go de l’ampleur, bien enrobé, avec toutefois une structure ferme et de la fraîcheur, ce qui le rend agréable. Le second exposé à l’ouest aussi, mais dégringolant d’un coteau en plein vent, planté dans des calcaires jaunes au sol peu profond, vendangé plus tardivement, est tout à l’opposé du premier. Le citron et la bergamote explosent au nez, la bouche offre la rugosité espiègle de la rhubarbe dont elle a le goût, supportée encore par des notes salines et une impression de calcaire humide.

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Chez Muré

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Rebelote, il y a 150.000 cuvées à déguster, en voici une poignée. Et lesquelles !  J’ai toujours beaucoup apprécié les Crémant Muré, comme l’excellent Grand Millésime 2011 à la bulle fine et nacrée qui reste 3 années sur lattes. Assemblage de Riesling et Chardonnay, il a le goût des liqueurs de fruits blancs bien poivrés, très vineux, il plaît autant comme ça qu’au repas.
En recherche de la reconnaissance, quelques Pinot Noir revendiquent le Grand Cru, un bel exemple avec le Pinot Noir 2013 Clos Saint Landelin au fruité croquant, les tanins bien fondus, les épices qui relèvent la cerise et la framboise, l’élevage qui ne se ressent pas, bref le tout bien fondu, très élégant et d’une saveur saline qui allonge presqu’infiniment la bouche.
Sylvaner Cuvée Oscar 2011 un cépage trop souvent négligé qui trouve ici une expression particulière qu’on peut qualifier de « très belle amertume », de celles qui vous rafraîchissent la bouche, vous donnent envie d’en boire pour aller chercher la complexité faite d’épices et de fruits blancs, une note de rhubarbe confite et l’impression tannique, un vin hors du commun des Sylvaner.
La transition vers le Muscat VT 2011 avec ses 50g de sucre n’est guère aisée. Quoique malgré son apparente douceur, il garde une certaine austérité qui lui forge un caractère singulier.

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Les agapes

Il n’y a pas que la choucroute et les bonnes tables foisonnent et donnent l’occasion de boire quelques camons. Comme ce filet de bœuf façon gravlax qui fonctionnait pas mal avec un Pinot Gris Grand Cru Kaefferkopf 2013 du Domaine Martin Schaetzel, une alliance dynamique où la salinité du vin rencontre la douceur sucrée de la viande.
Ou encore le filet de rascasse qui se fait booster par le Riesling Grand Cru Zinnkoepflé cuvée Marion 2012 du Domaine Haag. La vivacité du vin au goût de menthol anisé parfume avec délicatesse le poisson. Puis, lui donne des ailes qui le fait butiner tel un papillon quelques fleurs surgies de fusion.
Munster et Gewurztraminer, un classique, mais la belle alliance dépend certes de la qualité du fromage mais également de celle du vin. Ici, le 2013 du Domaine Stoeffler développe grâce à ses arômes floraux un accord des plus raffinés.

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Un repas concocté par l’équipe du Château Isenbourg à Rouffach.

 

 

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On ne quittera pas l’Alsace sans une tranche de foie gras d’oie mis en valeur par le Gewurztraminer Grand Cru Sonnenglanz 2010 du Domaine Bot-Geyl. Le souci du foie gras pour le vin, c’est le gras. Compliqué de s’en faire un copain. Alors, seule alternative, son annihilation par une fraîcheur suffisante, ce que ce Gewurz possède. De plus, ses épices relèvent le foie et la douceur due au 50g de sucres résiduels tempère la petite amertume classique des foies gras d’oie.

Il est temps de digérer

Ciao

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Marco


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Le bonjour d’Albert… Mann

Un petit commentaire de vin, sans prétention (le commentaire), pour égayer votre samedi…

Ce riesling d’Alsace me fait penser à un funambule.

Il présente juste ce qu’il faut de fruit mûr (cédrat confit) au nez et à l’attaque en bouche pour séduire sans tomber dans la vulgarité; en filigrane, l’acidité soutient et prolonge le plaisir de ce fruit, on balance un instant entre le sec et le gras. Il y a-t-il encore du sucre? Peu importent les données œnologiques, l’équilibre est superbe.

Et la longueur, sur le zeste de citron, le coing et la salinité, est extraordinaire. Le vrai dilemme: attendre encore ou en profiter dès à présent, dans la fougue de sa jeunesse? Je n’ai pas hésité longtemps: la bouteille était déjà vide!

NB. Capsule à vis – pour ceux qui douteraient encore que ce bouchage sied aux grands vins…

Hervé Lalau

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 Albert Mann, Wettolsheim


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Pinot, simple quille

Je l’avoue, je suis assez difficile en matière de pinot noir (c’est sans doute la marque de mon éducation bourguignonne). Et particulièrement en matière de pinot noir alsacien.

Je crains que ce cépage – le seul rouge de la région – n’y ait pas toujours bénéficié des soins apportés aux blancs. Qu’on l’ait trop souvent considéré comme un simple complément de gamme. C’est en tout cas le constat que j’ai pu faire, l’an dernier, lors du Mondial des Pinots, à Sierre. Vous me direz que les meilleurs alsaciens n’y sont peut-être pas; je vous répondrais que c’est dommage, mais on ne peut pas être partout à la fois. Par ailleurs, dernièrement, chez In Vino Veritas, lors d’une dégustation à thème, sur les 51 pinots noirs alsaciens présentés, seuls 7 ont été retenus (je n’y étais pas, on ne pourra donc pas dire que j’ai influencé le jury).

Tout ça pour vous expliquer que quand je débouche un pinot noir d’Alsace, je n’ai pas toujours une formidable attente. Aussi, quand j’en trouve un bon, je suis deux fois plus heureux. C’est le cas de cette cuvée de Dopff au Moulin, Le Rouge des Deux Cerfs 2014, qui me semble présenter tout ce que l’on peut attendre d’un bon pinot: un nez de pinot, d’abord, joyeux, fruité, cerise et fruits des bois, légèrement fumé; mais aussi une bouche gourmande – c’est souvent là qu’est l’os, une bouche étriquée peut anéantir les beaux espoirs qu’on met dans un pinot expressif.

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Photo (c) H. Lalau

 

Pas de déception de ce genre ici. Cette bouche est large, ample, assez souple, avec en finale, derrière les tannins très lisses et une pointe acidulée bien agréable, le retour du fruit des bois. Il vous laisse la plus belle impression qui soit: l’envie d’y revenir (OK, avec modération, mais d’y revenir quand même). Au fait, il titre 12,5°.

Et pour ne rien gâcher, il est plaisant à l’oeil, avec sa robe grenat.

Bref, du beau boulot, du beau pinot jeune comme je les aime. Comme quoi il n’y a pas que les Kiwis ou les Suisses à savoir en faire.  Si Gérard Jugnot cherche un bon rouge de plaisir, le voila.

Hervé Lalau

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Identifier un sol par le goût d’un vin: une illusion ?

Ce sujet est un peu un serpent de mer, je le sais. Mais puisque tant de personnes semblent le considérer comme une sorte d’acquis, voire une évidence, il me semble utile d’exprimer de nouveau mes doutes sur la pertinence d’un lien indéfectible entre la nature géologique d’un type de sol et le goût d’un vin. Je dis bien le goût ! Ce qui est en cause ici est la supposition que le lien entre un vin et la nature du sol qui est à son origine est une chose inéluctable, indiscutable et réellement identifiable lors d’une dégustation. Personnellement j’en doute fortement, et je ne crois pas être seul dans ce cas.

Mon dernier article sur ce blog a traité de très beaux vins blancs secs qui sont produits actuellement en Anjou. Un des arguments d’identification et de promotion de ces vins est le fait qu’ils sont (en grande partie du moins) produits sur des sols de schistes noirs. Pour juger de la pertinence de ce discours lancinant sur l’impact des sols, j’aurai bien voulu voir alignés des chenins secs produits sur schistes avec des vins du même cépage issus de sols calcaires (ou autres). Evidemment il aurait fallu qu’ils soient tous des mêmes producteurs et millésimes pour écarter quelques variables de plus. Mais cela ne s’est pas fait ainsi. En revanche, un article très intéressant sur des rieslings d’Alsace vient de paraître dans le dernier numéro de l’excellente revue The World of Fine Wine. Intitulé « Goût du Terroir, Alsace Riesling on the Rocks », cet article présente et décrit une dégustation comparative à l’aveugle dont le but était de tenter de séparer des rieslings venant de sols granitiques d’autres issus de sols calcaires.

calcaire-oolitique-roches-373x280Ceci est un sol de type calcaire. Et alors ?

 

Les échantillons étaient tous issus du millésime 2009 et l’organisateur a demandé que tous les vins soient secs, c’est à dire ayant moins de 6 grammes de sucre résiduel et un rapport sucre/acide égal au moins à 1 pour 1. Le fait que seulement 24 des 63 échantillons reçus contenaient réellement moins de 6 grammes de sucre me semble refléter la confusion qui règne actuellement en Alsace sur la notion de ce qui est sec et ce qui ne l’est pas, mais ceci est un autre débat. On peut aussi considérer que certains producteurs n’ont pas bien lu le brief de Tom Stevenson (l’organisateur de la dégustation) car il y avait dans le lot deux vins avec un peu moins de 20 grammes de sucre, un avec 25 grammes, et même un SGN ayant 97 grammes !

Il y avait trois dégustateurs, Marcel Orford-William, spécialiste des vins d’Alsace, Essi Avellan MW et Tom Stevenson, l’auteur et l’instigateur de l’article. En préambule, celui-ci présente d’une manière assez complète l’influence des sols, comme partie prenante du concept de terroir. Il affirme qu’il est possible de quantifier son rôle, en particulier grâce à sa gestion des ressources hydriques (drainage, aération, capillarité, pH, etc), mais aussi sa capacité à nourrir la vigne d’une manière équilibrée. Outre les ingrédients physico-chimiques d’un sol, Stevenson évoque, en détail, l’importance de la vie organique, y compris bactériologique, en dessous de sa surface. Vers la fin de son introduction, il mentionne aussi que les interactions sont si multiples et si complexes dans cette affaire que, si on ajoute des différences entre sites, rendements, vinification, etc., la chose devient vraiment trop complexe pour en tirer des conclusions simplistes. Les données de base de cette dégustation étant la volonté de différencier des vins issus de sols granitique et de sols calcaires, il poursuit en donnant quelques idées sur ce qui caractérise ces deux types de sols. Le granit donne un sol chaleureux et acide ; le calcaire un sol plus frais et alcalin. Le problème de la mixité des types de sols dans une parcelle donnée est aussi mentionné.

granite1Ceci est un sol granitique. Et alors (bis) ?

Mais quel effet ces différents types de sols sont-ils censés avoir sur les vins ? Selon le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, « les vins d’Alsace sur sols granitiques sont plus fins, plus linéaires, plus délicats et plus précis que ceux qui proviennent de sols calcaires ; ceux-ci sont plus larges et puissants, ayant souvent un taux d’alcool supérieur. Les vins granitiques donnent souvent une impression plus acide. » Stevenson dit qu’il n’a jamais trouvé que des Rieslings d’Alsace venant de sols calcaires semblait plus « larges » que ceux issus du granit, mais passons. Ce qui transparaît d’une manière purement factuelle de cette dégustation est que le taux de reconnaissance du type de sol obtenu par les trois dégustateurs fut de l’ordre de 55 % : autrement dit, à peu près le même qu’on pouvait obtenir par le hasard pur (une chance sur 2) ! L’auteur confesse qu’il manquait d’expérience dans cet exercice précis : l’identification de rieslings issus de ces deux types de sols. Mais les trois participants sont quand-même des grands spécialistes de la dégustation et deux, de l’Alsace en particulier. Je me permets donc de douter de la pertinence de cet insistance sur la nature des sols comment élément clef dans le profil gustatif d’un vin. Car, après tout, à quoi bon insister urbi et orbi sur l’importance du type de sol si personne (et surtout pas un consommateur lambda) n’est capable de trouver un quelconque caractère marquant liant un vin (même d’un mono-cépage) à un type de sol donné. Autant parler d’autre chose!

Par hasard, dans le même numéro de cette revue, je tombe aussi sur un article de Michel Bettane (qui n’est pas Anglais, et donc ne peut pas être accusé d’être un anglo-saxon inculte incapable de comprendre les subtilités des produits dits « du terroir » ) qui relate une autre dégustation à l’aveugle, cette fois-ci portant sur des vins rouges de Bourgogne et avec comme objectif secondaire de déterminer l’appellation  communale des vins parmi 40 échantillons de Côtes de Nuits Premier Cru. La plupart des idées reçues sur le vin, de Bourgogne en particulier, soutiennent qu’un Chambolle n’a rien à voir avec un Gevrey, et ainsi de suite. Bilan de cette dégustation? Les dégustateurs (pourtant des professionnels) ont réussi à correctement identifier la commune de 4 vins sur 40. Le pur hasard, une fois de plus, aurait probablement permis un meilleur résultat !

Nous sommes d’accord que le terroir influe, plus ou moins fortement selon les cas, sur la nature d’un vin; mais de là à lui conférer une sorte de déterminisme sur le goût de celui-ci, au-dessus de facteurs humains et techniques, me paraît une absurdité et que c’est, de toute façon, impossible à prouver. Remettons vite le terroir à sa place comme un des multiples ingrédients d’un vin, sans prédominance aucune. Le reste n’est au mieux qu’une illusion, au pire de la propagande.

David Cobbold

 


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Millésimes Alsace

Ils étaient une petite centaine de producteurs présent à cet évènement assez récent, une première pour moi qui ne suis guère coutumier de la région. Mais avide d’en apprendre un max et sans peur.

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Parenthèse sur la peur

La peur régit nombre d’amateurs, voire de dégustateurs, l’Alsace l’illustre bien. Propos bizarre certes, mais la peur de l’inconnu arrive même jusqu’au monde feutré du vin. Cela va de la peur d’acheter un une appellation peu, mal ou inconnue, des fois que ce serait mauvais, si tu n’essaies pas, jamais tu ne sauras.
Ou encore ne pas prendre un Riesling sur la truite au bleu, de peur qu’il y ait du sucre résiduel, ce qui peut être effectivement gênant.
Il y a pire dans le Jura, ouillé ou oxydatif cet Arbois blanc ?
Quant aux vieux millésimes, est-il encore bon, avec on va le boire ?
C’est vrai que tout ça est affreux, je me suis fait peur en l’écrivant.
Buvons plutôt un Sauvignon bien variétal, bien rassurant!

Retour en Alsace, terre aux mille cuvées.

Il y en a tellement des cuvées, chaque producteur en propose une douzaine, comment faire ?
Il faut choisir : ne rien déguster ou se lancer, se faire plaisir ou pas. C’est la vie.

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Colmar parc des expos

Grande salle, chaque vigneron derrière sa table, toutes les mêmes, toutes classées par ordre alphabétique, c’est pratique.
Tout déguster est impossible, il faut faire des choix, soyons téméraires, mais espérons que ce seront les bons.
Voici donc une petite douzaine de découvertes, impossible d’en faire plus, dommage.
Et faites dans un ordre aléatoire…
Et sans vraiment de commentaires, photos des vignerons et des vins.

Frick, c’est chic (facile)

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Domaine Léon Boesch

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Domaine Bott-Geyl

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Louis Sipp

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Domaine Valentin Zusslin

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André Ostertag

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Domaine Paul Kubler

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Domaine Hubert Metz

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Véronique et Thomas Muré Domaine du Clos St Landelin

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Josmeyer

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Domaine Paul Ginglinger

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Et pour les amateurs de Riesling bien sec, allez-y sans hésiter, toutes les cuvées dégustées chez les vignerons ci-dessus y répondaient

Un joli petit tour d’une partie de la belle production alsacienne, bien entendu il en manque. De plus, tous les domaines dégustés sont en bio, biodynamie, voire en sans soufre, de quoi se faire une petite peur, pas vrai?

Ciao

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Marko

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