Les 5 du Vin

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Tout un repas aux vins d’Alsace

Notre invité de cette semaine s’appelle Jehan Delbruyère, il tient un blog de critique gastronomique, Le Verre et l’Assiette. Nous l’avons rencontré tout récemment à l’occasion d’un déplacement pour le Comté. Pour illustrer son travail, voici un billet qu’il a consacré aux accords vins & mets. Ou plutôt, Alsace et mets…

Initialement, il s’agissait du repas de réveillon 2016, mais rien ne vous empêche de renouveler l’expérience pour la Pentecôte, ou même en dehors des fêtes carillonnées…

Il m’a été proposé un petit défi, qui me semble si simple mais si peu connu, qui consistait à imaginer ce que pourrait être tout un réveillon accompagné de vins d’Alsace. Cette région est à la fois très connue et peu comprise pour ce qui est de toute l’étendue de ses vins, qui valent à la fois par la différence de leurs cépages que par celle de leurs sols. Aussi, le jeu était bien plus d’expliquer le pourquoi que de trouver le comment. Aider à reproduire des accords. Conseiller sur les bons domaines.

APÉRO ET MISES EN BOUCHE

Le bonheur des réveillons est de prendre un très long apéritif, déballer les cadeaux, parler et bouger. On commence léger pour parfois terminer avec foie gras ou presque des entrées servies au salon. Le truc? ne pas prendre 4 bouteilles de la même bulle, mais varier les plaisirs !

Pour commencer, je parierais sur des Crémants Blanc de Blanc très peu dosés, qui titillent les papilles et ouvrent l’appétit. On les servira avec une petite langoustine, Saint-Jacques crues, ou avec un petit cracker. Il ne faut pas toujours chercher le plus, alors que l’important est la finesse.

  • Dopff au Moulin, Crémant Wild Brut : Un crémant non dosé à partir de Pinot Blanc et Auxerrois, qui sont très à propos dans cette cuvée fine, avec une bulle sympathique et sans défaut. J’aime beaucoup la netteté de ce vin, qui correspond exactement à ce que l’on attend d’un crémant de début de repas.

    Wild Brut de chez Dopff au Moulin

    Wild Brut de chez Dopff au Moulin

  • Vincent Stoeffler : Crémant Extra Brut Nature (bio) : Un crémant qui allie la finesse et une personnalité propre aux vins de chez Stoeffler. Des aromes à la fois fins et droits, mais aussi un peu de grillé, de mâche, qui termine toutefois avec une très belle acidité!

Avant de passer à table, ou même pendant le repas, nous avons souvent envie de petits mets un peu plus gras, forts en goûts et puissants. Que ce soit avec un oeuf basse température,  du foie gras ou de la truffe, les goûts puissants doivent alors rencontrer des Crémants plus puissants et au profil aromatique différent. Pour ceci, les Blancs de Noir (Crémant blanc issu de Pinot noir donc) peuvent être de bons compagnons !

  • Louis Sipp Crémant Blanc de Noirs (bio) : Arômes de fruits bien mûrs, vineux, avec du gras, il répond très bien aux petits plats qui ont un élément gras et puissant, en apportant la fraîcheur nécessaire en fin de bouche !
  • Domaine Ansen Crémant Blanc de Noirs :  Tout au nord de l’Alsace viticole, ce petit domaine produit de très beaux Blancs de Noirs. On sera sur un vin fruité mais un peu plus lâche que Sipp, plus en largeur. Très agréable dans son genre.

LES ENTRÉES POISSON, LÉGUMES, EN LÉGERETÉ

Les premières entrées sont souvent plus empreintes de finesse : un poisson blanc citronné ou fumé, peu de féculents, des produits plus bruts. Pour ces plats, je privilégierais des vins certes fins, mais racés, qui jouent sur ces arômes un peu citronnés/floraux, avec une trame acide présente sans être trop prenante.  Niveau cépage, privilégier des Rieslings (ou Sylvaner), pas trop âgés et de terroirs pas trop marneux-argileux.

  • Jean-Marc Bernhard Riesling Grand Cru Wineck-Schlossberg : Le citron dans toute sa complexité domine souvent dans ces vins, toujours fins mais faussement légers. Avec un beurre citronné ou autres petites choses du genre, l’accord sera juste parfait!
  • Jean-Pierre Rietsch : Sylvaner Grand Cru Zotzenberg (bio) : Jean-Pierre Rietsch est un des plus grands vignerons alsaciens. Rien que ça.  Le sylvaner sur Zotzenberg aura une fausse richesse aromatique mais une belle tension en bouche, avec des agrumes plus exotiques que le citron, et une salinité de très belle facture. Un vin audacieux et ambitieux !
  • Florian et Mathilde Beck-Hartweg : Riesling Grand Cru Frankstein (bio) : Les Frankstein de chez Florian et Mathilde ont différents stades, mais sont toujours délicieux et très fins sur les rieslings. Plus ils sont jeunes, plus on peut les mettre tôt dans le repas. Le plus floral des vins ici, je le verrais très bien sur une gambas sauvage ou un plat qui est fin, pas trop marqué par l’acidité.

PLUS CRÉMÉS, PLUS PUISSANTS, PLUS RISOTTOS , MAIS TOUJOURS POISSON!

Nous trouvons également des poissons plus crèmés ou des homards plus riches, aux arômes plus exotiques et puissants. Nous trouverons aussi les risottos, toujours délicieux mais qui réclament de la puissance. Si nous sommes encore dans le registre poissonnier (ou légumier), les accords devront se réfléchir différemment, avec des vins qui ont plus de puissance, une assise plus forte, afin de ne pas trancher avec le plat. Niveau cépage, on peut aller du riesling sur un terroir plus lourd jusqu’au Pinot gris mais travaillé assez finement, voire sur des Auxerrois de beaux producteurs!

  • Josmeyer Pinot Auxerrois H (bio): Ce vin est issu du grand cru Hengst, il montre tout ce qu’un Auxerrois peut donner. S’il a de la fraîcheur, ce vin a une réelle amplitude qui lui permet de supporter les fruits de mer plus « puissants » et les sauces un peu crémées et exotiques. On aura un bel arôme de fruits qui plaira tant aux novices qu’aux vieux grincheux pointus !

  • Agathe Bursin, Riesling GC Zinnkoepflé ‘bio): Agathe Bursin fait des vins magnifiques, mais qui doivent prendre le temps de se « faire », pour trouver leur équilibre. Après quelques années, la combinaison puissance/longueur/acidité devient juste magique sur des plats un peu crémé avec beaucoup de personnalité. Pour les belges, petits veinards, il reste un peu de 2011 chez HetH vins !
  • Antoine Kreydenweiss : Pinot Gris Lerchenberg (bio) : De prime abord un peu riche, le vin garde une tension qui en fera un bel accompagnant si tôt dans le repas. Il n’a pas la profondeur d’autres vins du domaine mais reste très plaisant malgré tout !
  • Dirler-Cadé : Gewurztraminer GC Saering : plus souvent vinifié en demi-sec (on ne peut pas aller au-delà du demi-sec si tôt!) le Saering donne souvent un bel équilibre entre exotisme (obligatoire dans l’assiette) et la buvabilité par l’amertume de fin de bouche. Attention encore avec les Gewurz, pas de doux en entrée !

 

LES VOLAILLES ET VIANDES BLANCHES

Bien sûr, la traditionnelle dinde a souvent droit de cité à Noël (mais soyons sérieux, sacrifier un animal pour en faire « ça », est-ce bien sérieux? autant manger du sable pour s’assécher la bouche), mais surtout les belles poulardes, poulets de Bressecailles, chapons ou beaux morceaux de veau font heureusement également partie de notre répertoire habituel. Fêtes obligent, les accompagnements sont souvent assez gras et puissants, avec entre autres du foie gras qui est encore bien présent, ce qui oblige à des accords qui jouent soit sur la puissance de blancs, soit sur un tanin assez léger de rouges de qualité. Oui, nous pouvons à la fois jouer sur les vins blancs et les vins rouges sur ces plats!

  • Paul Ginglinger : Pinot Gris GC Eichberg : Puissant, aux arômes qui tirent souvent vers l’épice fraîche, la poire mûre et le fruit sec, le vin se veut généralement opulent, parfois tiré par un peu de pourriture noble. Heureusement, tiré par une vraie structure, le vin est en fait un bon compagnon de viande légères rehaussées de touches grasses et légumes hivernaux de fête !
  • Florian et Mathilde Beck-Hartweg : Pinot Noir « F » (bio) : Un pinot noir atypique. A l’aveugle, on pourrait le confondre avec un blanc, par sa tension et des arômes de fruits qui lui sont propres. Néanmoins il a un tanin très fin mais présent, juste magnifique avec des poulets nobles. Evitons pour lui des sauces trop riches pour mieux se concentrer sur la viande, avec des sauces au vin blanc par exemple, ou aux fruits d’hiver et airelles.
  • Domaine Hering, Pinot Noir cuvée du Chat Noir (bio) : Un Pinot noir déjà de structure, mais avec un beau fruité frais très noble. Jeune, encore un peu marqué par les tanins mûrs néanmoins, il accepte déjà un peu plus la puissance avec un côté plus végétal (noble je le répète).
  • Domaine Schoffit : Pinot Gris : Encore un pinot gris, plus large peut-être, qui ira bien avec les plats qui sont largement marqués par le foie gras.

LES VIANDES ROUGES ET GIBIERS

Ô Surprise, les vins d’Alsace peuvent accompagner à merveille les viandes rouges et gibiers. Je resterai ici assez traditionnel en me « limitant » aux rouges, avec des Pinot noirs qui ont du corps, de la complexité aromatique et de la classe, sans boisé inutile ou autre maquillage sans intérêts. Toutefois, il est possible, avec des Pinots gris un peu sudistes, de faire également de magnifiques accords avec des recettes de gibiers comme le filet de marcassin, le chevreuil en civet ou le canard sauvage.

  • Bott Frères : Pinot Noir Eclipse : Nouvelle cuvée de Pinot Noir du domaine, plus en profondeur que leur « tradition », est d’un touché de bouche magnifique et d’une suavité très agréable. Sur des gibiers cuits assez finement, (plus des filets que des civets en sauce), il sera un compagnon de grande classe. Une très belle découverte que ce vin
  • Louis Sipp : Pinot Noir Grossberg (bio): Un Pinot Noir bourré de caractère. Trop fougueux dans sa jeunesse, après quelques années le comportement bourguignon de ce vin est de plus en plus évident, dans un style terrien raffiné que ne renieraient pas de bons Vosne-Romanée . Les gibiers puissants pourront ainsi trouver un beau compagnon, mais uniquement si le plat n’est pas bourru mais finement préparé, pour ne pas gâcher cet exceptionnel vin !
  • Laurent Barth : Pinot Noir M (bio) : Connu pour ses rouges de grande qualité, Laurent Barth offre encore ici un Pinot Noir de belle facture, très équilibré et profond. Encore une fois sur des gibiers travaillés avec finesse, et un peu d’audace (certains canards épicés seront bien accompagnés ici).

  • Marcel Deiss, Gruenspiel (bio) : Parce que j’ai envie de mettre un blanc, les vins de Marcel Deiss sont souvent assez charpentés. Issue de complantation, cette parcelle donne des vins avec de la puissance, même un peu de tanins et de la largeur en bouche et de la complexité. De préférence avec quelques années de bouteilles, cette cuvée sera une grande réussite pour remplacer un rouge sans perdre en accord !

DESSERTS ET MÉDITATION

Pour bien terminer le repas, rien de tel qu’un bon dessert. Ici encore, on a de quoi faire sur de multiples accords. Purement personnellement, je préfère terminer sur une note de fraîcheur plutôt que sur un sucre, mais ces derniers s’avèrent d’excellents choix aussi, ne nous trompons pas. Enfin, après le repas, pourquoi ne pas tremper les lèvres dans le divin, dans un vin de liqueur à l’équilibre pur que presque la seule Alsace peut offrir.

  • Bott Frères : Crémant rosé : Belles bulle, de la finesse et un peu de grillé, avec un peu de fruits à noyau, idéale pour les desserts qui allient fruits et pâte (tarte, biscuit etc.)
  • Agathe Bursin : Sylvaner Eminence : On pourrait presque faire un vin de repas de cette bouteille, et pourtant elle sera une excellente bouteille de dessert. L’équilibre entre le sucre et l’acidité/amertume est pour moi parfaite, et la palette d’utilisation est très large, entre les fruits à noyau et la bûche. Un vin grandiose à prix mesuré!

  • Zind-Humbrecht : Pinot Gris Clos Jebsal : Un domaine phare pour tous les vins qui ont un peu de résiduel, qui arrive à rendre tout magnifique d’équilibre. Le Clos Jebsal ne va pas dans les liqueurs puissantes mais a un goût assez pur, légèrement marqué par le botrytis, sans excès. Je vois bien ce genre de vin sur un dessert un peu vanillé
  • Julien Meyer : Gewurztraminer SGN: Puissance et classe. En plus de la performance d’arriver à faire un vin comme celui-ci sans sulfites ajoutés, le vin ne tire pas trop sur le sucre, malgré une toute grosse liqueur. De quoi méditer après le repas !


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Eloge du blanc (doux, sec, effervescent ou tranquille), au travers de 3 vins

img_7848Les trois bouteilles concernées, prises sur le mur d’une terrasse chez moi dans la brume matinale gasconne. Pas assez de pluie pour les cèpes, malheureusement.

Quand on voit qu’en France, il se vend aujourd’hui plus de rosé que de blanc, il y a de quoi se désespérer des goûts de «nos» compatriotes. Mais peu importent les modes: elles ne signifient rien d’important, ni de bien utile. Mais qu’est qui est utile, et qu’est-ce qui est futile, en matière de vin? Car voila bien un sujet où c’est notre bon plaisir qui compte.

D’une manière totalement futile, donc, mais en dehors des modes, je vais vous parler de trois blancs qui m’ont donné beaucoup de plaisir cette semaine.

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Champagne Pierre Trichet, l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs

D’abord les bulles, car on commence généralement par ce type de vin. Pierre Trichet est un vigneron dont la production m’a semblé briller de mille feux lors d’une dégustation organisé par les Champagnes de Vignerons en septembre 2015 à Paris. Du coup je suis allé le voir au tout début de cette année et j’ai rendu compte de cette visite ici. J’avais déjà acheté quelques bouteilles de ses vins que j’ai transporté dans ma cave en Gascogne et avant-hier, avec des amis, nous en avons bu un. Il s’agit de la cuvée l’Héritage, Brut Premier Cru Blanc de Blancs qui ne porte pas de millésime: grande plénitude des saveurs en bouche car le fruité est totalement intégré à l’acidité ; la bulle aussi, délicate et alerte, puis, dans un grand ressac, la longueur prolonge le plaisir de l’ensemble. Ce vin se vend autour de 25 euros dans le commerce et c’est une très belle affaire quand je compare ce vin à certains noms plus connus.

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Bourgogne Chardonnay 2014, Justin Girardin

De quoi s’agit-il ? D’un Bourgogne Blanc (qu’on dit bêtement « générique ») acheté au printemps dernier, chez l’excellent caviste Plaisirs du Vin à Agen. Je note au passage que ce producteur choisit de faire figurer, comme il se doit, le cépage Chardonnay sur son étiquette et je l’en félicite: je ne comprendrai jamais pourquoi les producteurs français rechignent la plupart du temps à donner cette information si élémentaire à leurs clients. Que les «bois bashers» sautent ce paragraphe car ce vin a clairement fricoté avec Quercus robur (ou était-ce Quercus petraea ?) ! Et c’est tant mieux car cette coucherie lui a aidé à forger un squelette athlétique, une jolie fermeté de texture et une allonge remarquable. Du coup ce vin flirte avec des Bourgognes bien plus huppés sans perdre l’âme de sa matière première. Quand la matière est de belle qualité, pourquoi refuser de lui donner une dimension supplémentaire que la barrique, bien choisie et utilisée, peut apporter ? Le nez, expressif sans être exubérant, oscille entre arômes de citron confit, de noyau de pêche, de pain grillé et de vanille. La bouche, dominé par l’acidité mais sans aucune agression, paraît presque austère mais joliment perchée entre saveurs de fruits blancs et d’autres de type végétal. L’ensemble se révèle totalement en association avec un comté fruité qui rehausse le fruité même du vin. J’ai du payer ce vin autour des 15 euros, mais je ne m’en souviens pas parfaitement. Pas volé en tout cas !

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Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave de Hunawihr.

Et pour finir, un grand vin doux, voire liquoreux (mais tellement délicat), apporté par un des convives, mon ami Florent Leclerq : un Riesling Sélection de Grains Nobles de 1989 de la Cave d’Hunawihr. Oui, les caves coopératives produisent de grands vins ! Robe soutenue d’un or qui tend vers l’ambre, nez riche et incroyable de complexité dans une gamme qui va de la confiture d’orange au pain d’épice en passant par toute une gamme de fruits secs et confits, puis une bouche qui réussit la prouesse d’associer une grande finesse de texture à des saveurs automnales somptueuses, le tout finissant longuement et toute en délicatesse grâce à l’acidité arrondie du riesling. J’ignore le prix de ce vin mais est-qu’on demande l’âge d’une dame ?

Un repas tout en blanc? Non, nous avons aussi bu un peu de rouge, mais là ce sont les blancs qui emportaient la mise à cette occasion, aisément. Est-ce que nous aurions pu éprouver autant de plaisir, et autant de diversité de styles en rosé ? Sûrement pas. Pourtant, le rosé se vend mieux. Allez comprendre !

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David

(Photo d’un fragment de mes calades)


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La déception fait partie de notre métier, malheureusement

On dit qu’il y a deux professions qui font rêver les non-professionnels, mais dont l’exercice est assez dur (sans de jeu de mots !), et qui n’en sont pas pour autant très bien payées: celle de journaliste du vin et celle d’acteur porno. Je n’ai aucune compétence particulière en ce qui concerne le second métier, mais passons.

En écho à l’excellent article de Marie-Louise Banyols, la semaine dernière, à propos des tribulations d’un acheteur en vin (d’une acheteuse, en l’occurrence), je vais vous faire part d’un phénomène que tous les journalistes du vin connaissent: la déception. La dégustation à l’aveugle est l’approche que je préfère quand cela est possible – elle a aussi le mérite de distancier un peu ce phénomène de déception. Mais cette déception se produit même hors des visites chez les producteurs, où nous dégustons en connaissant parfaitement l’origine et l’auteur d’un vin ou d’une série de vins. Dans ces situations, il faut être capable de garder la tête froide (c’est peut-être aussi ce qui nous lie aux acteurs porno) et faire abstraction de nos préjugés, positifs ou négatifs, envers tel ou tel producteur basé sur des bonnes ou mauvaises expériences passées.

Un exemple va illustrer cet article, et j’ai un peu mauvaise conscience d’en parler car, en général, j’aime beaucoup les vins de ce producteur qui, en plus, me fait l’honneur de m’envoyer une sélection de sa large gamme chaque année (je ne sais pas s’il va continuer). Je le remercie beaucoup pour cette attention, mais je dois dire que le dernier arrivage m’a beaucoup déçu, avec un seul vin sur les 6 dégustés que je recommanderai à un acheteur potentiel. Cela arrive, heureusement assez rarement, mais quand c’est le cas j’estime qu’il est aussi de notre devoir de le dire en donnant les raisons de son jugement négatif. Et, dans ce cas, je n’étais pas seul à avoir des jugements si peu positifs sur une petite série de vins car mon collègue Sébastien Durand-Viel a dégusté les vins avec moi et a eu des sensations semblables.

Domaine René Muré

(qui est indiscutablement un des grands noms d’Alsace)

Le millésime 2014 en Alsace

Ce producteur fait bien les choses et m’a envoyé, avec ses échantillons, un résumé des conditions météorologiques qui ont précédées les vendanges 2014, source des vins dégustés. Hiver doux et ensoleillé avec très peu de neige et une seule journée de gel ; printemps très précoce et premiers débourrements le 25 mars (un mois d’avance sur la date moyenne) ; floraison précoce aussi, fin mai, sous un temps caniculaire et sec qui provoque de la coulure sur certains cépages (muscat et pinot noir) ; les vendanges débutaient le 9 septembre pour les Crémants. Cette année était aussi marqué par l’apparition de la mouche drosophile suzukii qui perce les baies qui doivent ensuite être triées manuellement dans les vignes. Grosses pertes de récolte en conséquence. Fin de vendanges le 15 octobre.

 

Echelle sec/doux

Je note aussi avec satisfaction que les vins de René Muré ont tous adopté l’échelle graduée entre sec et moelleux sur la contre-étiquette, ce qui donne une idée au consommateur du taux de sucre résiduel dans chaque vin. J’aimerais tant que cela soit obligatoire en Alsace!

NB. L’échelle ci-dessus n’est pas totalement conforme à celle qu’on trouve sur les flacons de vins d’Alsace, mais cela donne l’idée

 

Les vins dégustés

 

Crémant d’Alsace, Grand Millésime 2011

Le nez semble réduit et le vin est ferme, limite dur au palais, avec beaucoup de matière qui semble presque métallique et une forte amertume. Je ne trouve pas ce vin désaltérant, ni très fin. Après un temps d’ouverture il s’est amélioré, mais sans jamais atteindre des sommets. A table, peut-être ?

Ce vin a été vieilli pendant 33 mois sur lattes, dégorgé en janvier 2015 et dosé en Extra-Brut. On n’indique pas les cépages sur le flacon mais le site du producteur nous informe bien: il s’agit de chardonnay et de riesling, les deux issus du Clos Saint Landelin et vinifiés en première fermentation en barriques.

Sylvaner Steinstuck 2014

Vin bouchonné, donc difficile à juger. La capsule à vis s’impose, en Alsace comme ailleurs !

Muscat Steinstuck 2014

Nez aromatique et agréable, typique de ce cépage. La texture en bouche semble un peu herbacée, en revanche, et l’amertume domine en finale. Peu de plaisir donc, à part par son l’aspect olfactif !

Clos Saint Landelin, Riesling, Grand Cru Vorbourg 2014

Je suis très amateur de ce cépage, en général, mais assez exigeant sur le style. En particulier, je rechigne devant des arômes ou saveurs qu’on qualifie souvent « pétrolés ». N’ayant jamais bu du pétrole,  je doute d’ailleurs de la pertinence de ce terme.

Le nez est assez intense et, oui, il a ce type d’arôme qui, je crois,  provient d’un lieu ou climat relativement chaud pour ce cépage. Effectivement, le Vorbourg est très bien exposé et dans le Sud de l’Alsace. Il y a davantage de complexité en bouche, mais la texture me semble herbacée, ce qui je lie aux arômes. L’acidité est puissante mais bien intégrée. Long en bouche, mais très austère pour le moment. Un vin à attendre, car il présente peu de plaisir en ce moment.

Clos Saint Landelin, Pinot Gris, Grand Cru Vorbourg 2014

Robe intense, or/paille. Nez expressif qui rappelle les fruits à noyau avec un peu d’herbes aromatiques. En bouche une forte impression d’amertume arrive assez vite donnant un aspect métallique au toucher. Bonne longueur. Vin puissant mais austère et peu agréable au palais.

Clos Saint Landelin, Muscat Vendanges Tardives, Grand Cru Vorbourg 2014

Voici le seul vin de cette série qui m’a réellement séduit et que je recommanderais à un acheteur potentiel. Le nez est très expressif et fin, évidemment typé par son cépage, mais avec une touche de complexité – genre pain d’épice. En bouche, c’est arrondi, moyennement riche car la richesse naturelle est modulée par une belle amertume. La finale est plus en délicatesse et en fraîcheur. Joli vin de dessert qui n’empâte nullement.

En guise de conclusion

Voilà, j’ai essayé d’être honnête envers mes sensations en dégustant les vins, à la bonne température et dans des bons verres, faut-il le préciser. Cela ne me fais pas plaisir de dire du mal de vins d’un producteur, à fortiori un producteur dont j’ai très souvent loué les qualités. Mais la déception fait partie de notre métier, et il faut toujours l’assumer.

 

David Cobbold


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40 ans de Crémant d’Alsace

La semaine dernière, le Crémant d’Alsace fêtait ses 40 ans. Mettons de côté la mention en elle-même. Bon nombre de buveurs ont l’impression qu’on a toujours fait des bulles en Alsace. Rien n’est plus faux, comme on va le voir.

Une histoire mouvementée

L’éclosion d’une production notable d’effervescents dans la région date de l’occupation allemande, entre 1870 et 1918. Essentiellement pour des raisons de taxes: l’Alsace annexée paie alors des droits de douane pour exporter vers la France, mais n’en paie plus pour les expéditions vers l’Allemagne, qui est un des plus gros marchés du Champagne. Le Champagne, quant à lui, est taxé pour entrer en Alsace; certaines maisons champenoises décident donc de vinifier des bulles en Alsace. De quoi éveiller l’intérêt des vignerons locaux – au moins les plus curieux. D’autant que les mousseux se vendent en bouteille, et plutôt cher, alors que la quasi totalité du vin alsacien est alors vendu en vrac, et plutôt mal.Hommage fond blanc

La cuvée « Hommage », de Dopff au Moulin, vient d’être lancée pour les 40 ans de l’appellation.

En 1900, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, le jeune Julien Dopff, fils de vigneron à Reichenweier (aujourd’hui Riquewihr) assiste à une démonstration pratique de méthode champenoise; passionné, il convainc son père de le laisser suivre un stage de deux ans à Epernay et d’adapter les techniques acquises en Alsace. C’est chose faite dès les années suivantes. C’est là naissance de ce qui s’appelle, faute de réglementation, le « Champagne Dopff » – la maison possède deux adresses, une à Reichenweier (für Deutschland), l’autre à Epernay (für Ausland). Qu’on n’y voit pas un quelconque engagement politique: à l’époque, l’Alsace n’est plus qu’un morceau du Reich comme un autre.

Le retour à la France, et l’effondrement du marché allemand, voit le départ des maisons champenoises; fidèle à la tradition familiale, Dopff «Au Moulin» continue cependant sa production; la maison de Riquewihr sera longtemps le seul porte-drapeau de l’effervescence alsacienne.

 Le renouveau se fera attendre jusqu’aux années 1970, sous l’impulsion d’une poignée de passionnés comme Dopff, mais aussi de Pierre Hussherr, alors directeur de la Cave d’Eguisheim (mieux connue aujourd’hui pour sa marque Wolfberger). Des contacts entre la coopérative alsacienne et sa consœur de Saint-Pourçain, qui, à l’époque, «champagnise» avec bonheur, aboutissent à des tests de prise de mousse de vins d’Alsace. Les essais sont plus que concluants, aussi l’idée germe de doter la région d’une véritable capacité de production d’effervescents de qualité.

Rapidement (les Alsaciens sont des gens déterminés), plusieurs caves s’équipent d’un outil adapté; des normes de production sévères sont instituées (aire délimitée, liste de cépages autorisés, limite de rendements, pressurage, refermentation en bouteille…). Mais pour bien identifier cette qualité, et différencier cette production des mousseux de cuves closes et autre pétillants, il convient d’abord de lui trouver un nom ! La mention «méthode champenoise» vient juste d’être interdite. Ce sera donc «Crémant», qualificatif ancien réservé à certaines cuvées de Champagne, justement. Un accord est trouvé avec les Champenois, et le 24 août 1976, l’A.O.C. Crémant d’Alsace est officialisée par décret.

Une pionnière

L’Alsace ouvre ainsi la voie aux autres régions d’effervescents de qualité;  aujourd‘hui, on compte huit AOC de Crémant en France: Crémant d’Alsace, Crémant de Loire, Crémant de Bourgogne, Crémant du Jura, Crémant de Limoux, Crémant de Die, Crémant de Bordeaux et le petit dernier, Crémant de Savoie (on y ajoutera, pour la bonne forme, le Crémant du Luxembourg et le Crémant de Wallonie). A chacun son style, sa personnalité. 

Son originalité, le Crémant d’Alsace la doit d’abord à ses terroirs : des Vosges au sillon rhénan, la géologie de la région est extrêmement variée, au point qu’on parle parfois de mosaïque alsacienne. Sans oublier des conditions climatiques favorables. Les Vosges protègent le vignoble alsacien des influences océaniques, de sorte que les précipitations y sont parmi les plus faibles de France (à peine 500 mm d’eau par an, en moyenne). La région bénéficie en outre d’étés chauds, d’automnes ensoleillés, qui contrastent avec des hivers plutôt rigoureux. La maturation lente et progressive des raisins qui en découle favorise l’apparition d’arômes d’une grande finesse.

Arthur Metz

Pinot Blanc et Pinot Noir: un excellent attelage

La belle palette de cépages à la disposition des élaborateurs alsaciens permet d’offrir une large gamme de produits. Ces cépages sont au nombre de 6: Pinot Blanc (le cépage le plus utilisé), Riesling, Pinot Gris, Chardonnay (autorisé en Alsace uniquement pour le Crémant), Pinot Noir et Auxerrois (qui n’est pas un pinot).

La prédominance du Pinot Blanc (avec ou sans Auxerrois) est un des éléments de différenciation du Crémant d’Alsace par rapport à ses homologues des autres régions bullifères (et je ne parle pas que du Grand Est); il apporte souvent des notes de raisin frais – curieusement assez rares dans le vin, et encore plus dans les effervescents. Compte tenu de la récolte plus précoce des raisins destinés au Crémant, il présente généralement une acidité plus élevée que dans les cuvées de vin tranquille. On a donc affaire à des bulles équilibrées, dont l’acidité est bien balancée par  la rondeur et le fruité. L’ajout de Riesling, même en quantités limitées, apporte une certaine nervosité sans oublier des notes d’agrumes. Le Pinot Noir, lui, donne plutôt une touche vineuse.

On trouve aussi sur le marché de jolis 100% chardonnays, qui misent pour la plupart sur la vivacité, ou bien sur l’élevage.

Effervescence… économique

Le Crémant d’Alsace a le vent en poupe. On compte aujourd’hui plus de 500 producteurs (tous n’assurant cependant pas eux-mêmes la prise de mousse), et cette AOC représente aujourd’hui près du tiers de la production régionale. Soit quelque 35 millions de cols. 

Prochain défi: la consolidation des marques, dont la notoriété n’est pas encore au niveau des grandes maisons de Champagne, ou même de certains Cavas;  le secteur compte cependant aujourd’hui quelques poids lourds comme Wolfberger (son Crémant d’Alsace Pinot Gris a le mérite de l’originalité) ou Arthur Metz (les cuvées 1904 et Pinot Blanc Pinot Noir sont mes préférées), sans oublier quelques marques « pointues », dont les belles cuvées ont de quoi faire rêver l’amateur (Dopff Au Moulin, bien sûr, mais aussi Muré ou Zusslin)…

40 ans après, le choix n’a jamais été aussi vaste, alors, hopla geiss, à vous de fouiner!

Muré

Alsace blason 1Hervé Lalau

 


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Un Alsacien à Strasbourg

Notre ami alsacien Jean-Michel Jaeger nous fait partager son amour pour « sa » belle capitale… et ses multiples ressources gastronomiques et vineuses… Incontournable Strasbourg! Une bonne idée de balade cette été, entre deux descentes de caves?

Les guides touristiques, aimablement distribués par l’Office du Tourisme, ne suffisent pas pour admirer la Cathédrale ou le quartier de la petite France. Il y faut un peu de connaissances, beaucoup de curiosité, de l’âme et une bonne pointe de cœur.

Ni le guide Pudlovsky, ni le Michelin ne suffisent à vous rendre gourmand. Il faut aussi l’envie, la curiosité et… du cœur au ventre.

Il faut un appétit semblable pour les choses de l’art et les intrigues des méandres culinaires. L’appétit est donc l’indispensable bagage du touriste digne de ce nom. Le tourisme, disait Giraudoux, « c’est conduire le visiteur à nos cathédrales par notre mayonnaise« . Tomi Ungerer, quant à lui, inviterait ce voyageur au stammtisch de la maison Kammerzell, autour d’une élégante et originale choucroute aux poissons.

Maison Kammerzell, 16 place de la cathédrale Strasbourg, +33 388 32 42 14

Kammerzell

La Maison Kammerzell

S’il faut apprendre les tripes avec Rabelais, l’aïoli avec Mistral, en parfait Strasbourgeois, laissez-moi vous évoquer quelques parfums, coins, attraits et arcanes de la capitale alsacienne…

Mes souvenirs les plus lointains me ramènent vers ma ville natale. Ses quartiers truculents, que j’arpentais chaque jour pour rejoindre mon collège – où j’eus un professeur de sciences qui nous initiait aux mystères de la fermentation en dissertant des mérites comparés du chou à choucroute et du cépage riesling (!) – ses nombreuses tentations gourmandes, les exemples de quelques hommes de l’art, ont forgés le sommelier amoureux de bonne chère que je suis.

Pour étayer et pimenter ce récit je suis né, en 1949, à quelques mètres au-dessus d’un trésor.  Car la Cave des Hospices de Strasbourg, créée en 1395 abrite sous une voûte séculaire une superbe galerie des foudres constituée de plus de cinquante pièces en chêne utilisées de nos jours par une trentaine de domaines viticoles associés, pour y élever chaque année des vins de cépage d’A.O.C. Alsace ou Alsace Grand Cru.

Cette magnifique cave voûtée de 1200 m² offre les conditions idéales pour que s’expriment pleinement la typicité et la personnalité de ces cuvées nettement améliorées grâce à cet élevage en foudres. Après de longs mois de soins attentifs et une dernière dégustation, la mise en bouteille est assurée in situ. Toutes les bouteilles bénéficient du même habillage, avec la même étiquette. La Croix des Hospitaliers, emblème de la Cave, s’y affirme. Ces étiquettes diffèrent seulement par le nom de la cuvée, le millésime et le nom de leur producteur, situé dans le bandeau jaune au bas de l’étiquette.

Hospices StrasbourgCave Historique des Hospices de Strasbourg

Car, j’y arrive, si cette cave abrite nombre de foudres emplit de vins récents, elle recèle un inestimable trésor. On y cache le plus vieux vin du Monde en tonneau. Un nectar de 1472. Nul n’a pu identifier le cépage d’origine. On ne déguste pas ! Et pour cause. « De toute façon l’amateur serait fort déçu car seuls les effluves sont agréables », explique Damien Steyer, biologiste. Le général Leclerc fut la dernière personnalité à déguster ce cru d’exception en 1944 lors de la libération de Strasbourg. Branle-bas, le 21 janvier 2015 la tonnellerie Radoux offrit un nouvel écrin pour recevoir les derniers 300 litres. Souhaitons-lui encore longue vie!

Cave Historique des Hospices de Strasbourg    1, Place de l’Hôpital, + 33 3 88 11 64 50

Curieux de palais, je ne fréquente que des endroits fréquentables

Au hasard de mes pérégrinations je me retrouve rue du Maroquin. Interpellé par une vitrine présentant d’évidence des articles d’épicerie fine mon regard est attiré par un flacon de la Distillerie Hepp à Uberach. Un whisky alsacien Single Malt Tharcis Hepp Finition fût de Vieille Prune (IGP). Cette cuvée « Tharcis », du nom de Monsieur Hepp père, résulte d’un distillat de malts de la brasserie alsacienne Météor, sublimé 5 années au minimum dans des futs de chêne initialement employés pour un long élevage d’eau de vie de quetsche. Le nez creux, fine mouche, mon cavage révèle un diamant non pas noir mais ambré à souhait. Cet authentique single malt, présente une palette aromatique complexe et profonde. L’affinage en fûts lui confère puissance, rondeur et structure. Superbe.

Tharcis

Bonne Mie,  25 Rue du Maroquin Strasbourg

Yannick Hepp, Distillerie Hepp 94 Rue de la Walck, 67350 Uberach

 

De bon matin. Mes pas me dirigent tout naturellement vers le Musée Alsacien. Il fut créé par trois amis dont mon arrière-grand-père, Pierre Bucher. Vous comprendrez qu’à chacun de mes séjours, je me replonge dans cette atmosphère unique d’arts et traditions populaires, présentant les témoignages de la vie alsacienne traditionnelle du XVIIᵉ au XXᵉ siècle : habitat, mobilier, objets du culte, artisanat, viticulture … Indispensable pour qui veut comprendre l’Alsace et ses citoyens.

Musée Alsacien 23-25 Quai Saint-Nicolas +33 3 68 98 51 52

Où le gourmet perce sous le glouton

Il est midi. Place Guntenberg, je me lance… aux Armes de Strasbourg… Salade de pot au feu fraîche et avenante, puis une imposante et croustillante bouchée à la reine servie avec des spaetzle, goûteuse, moelleuse et crémeuse à souhait, un réel plaisir, enfin tarte aux pommes de circonstance. Ouf ! Un heureux Auxerrois et une mirabelle odorante ont permis de faire glisser le tout. La maison propose un plat du jour.

Au fait, lors d’un second passage, j’ai pu apprécier la choucroute « Aux Armes de Strasbourg »; examen réussi, sans surprise ! Accueil charmant, personnel aux petits soins.                                                                                          .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Aux Armes de Strasbourg (Zuem Stadtwappe) 9, Place Gutenberg, +33 3.88.32.85.62

Venant de la cathédrale, je rentre dans la Rue des Orfèvres. On y trouve quelques orfèvres du goût.

Au 16, Frick-Lutz, charcutier. Jambon en croute, presskopf, tourte vosgienne. www.kirn-traiteur.fr

Au 15, le Saint-Sépulcre (Heilich Graab), winstub. Jarret sur chou, tarte à l’oignon, harengs à la crème.

Au 9, Naegel, pâtissier. Pâtés en croute, pains originaux, torche aux marrons.

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Au 3, Lohro, fromager affineur (MOF). Munster, barkass, et autres…

Au 1, Westermannboulanger. Pains spéciaux, streusel, kouglopf.

Mehr licht!

Pour finir en beauté ce petit tour des incontournables, un spectacle immanquable, inévitable, nécessaire: les illuminations de la Cathédrale Notre Dame

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Si vous manquez d’idée, cet été, du samedi 2 juillet au dimanche 18 septembre, tous les soirs, place du Château, la Cathédrale se pare de son grand spectacle de l’été :  « Lumière intemporelle ». Les divers tableaux de ce spectacle inédit, racontés en vidéo, lumière et son décrivent ce voyage temporel de la lumière, débuté au commencement du temps.

Un fil conducteur poétique, intime mais également grandiose et spectaculaire pour redécouvrir la façade sud de la Cathédrale mais aussi son environnement proche, la place du Château. Vivez une expérience immersive exposant le temps et la lumière dans leurs dimensions physique et spirituelle. Pendant le spectacle et entre chaque session, 690 bougies illumineront les bâtiments de la place, la Cathédrale et les arbres, les faisant ainsi baigner dans une ambiance dorée et authentique.

Du samedi 2 juillet au dimanche 18 septembre. Spectacle gratuit.

En juillet : 22h30 / 23h00 / 23h30 / 00h00. En août : 22h15 / 22h45 / 23h15 / 23h45                                                                                                                             En septembre : 21h15 / 21h45 / 22h15. Durée : 15 minutes, spectacle toutes les 30 minutes

 

Pour plus d’info: Office de Tourisme Strasbourg17 Place de la Cathédrale Strasbourg, +33 3 88 52 28 28

Bonnes visites, Strasbourg vous attend…

Jean-Michel Jaeger

 

 


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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold


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Un riesling ? Mais comment le savoir avec celui-là ?

Je poursuis la petite série épisodique que nous consacrons, les uns et les autres, au riesling, ce grand cépage que nous admirons tant.

Pour avancer sur ce chemin, l’autre jour, j’ouvre la porte de la cave d’appartement qui trône dans ma cuisine et j’attrape une bouteille ayant la forme appropriée. Je crois l’avoir reçu du Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, mais je n’en suis plus très sur. En tout cas l’objet se présente bien, avec une étiquette très élégante, beau papier et graphisme soigné. Puis je regarde le nom du producteur: Marcel Deiss. Très bonne réputation, vins de grande qualité, certes un peu chers et parfois imprévisibles au niveau des sucres résiduels non-mentionnés (ce producteur n’inclut pas d’échelle de sucre sur son contre-étiquette, comme d’autre bons producteurs le font), ce qui rend l’usage de ses vins un peu compliqués en cas d’improvisation. Puis je cherche le nom du cépage, mais en vain: il n’en porte pas (voir la photo). J’y vais quand même, car j’ai dégusté des grands rieslings de ce producteur et je suis de nature optimiste.

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Le vin était très bon. je l’ai dégusté, parfois seul, parfois accompagné, en trois séances différentes. Il avait l’intensité d’un grand riesling mais avec un arrondi plus tendre que d’habitude. Cela n’était pas uniquement dû, je crois, à un sucre résiduel qui devait tourner autour de 10 grammes. Je pensais en le dégustant que ce vin contenait aussi du pinot blanc et peut-être du sylvaner mais je n’en sais rien du tout car le producteur ne daigne mentionner aucun cépage sur un contre-étiquette qui, outre ce « détail », est plutôt loquace. Jugez pour vous-même, car je vous le reproduit en entier, après la photo :

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Domaine Marcel Deiss, Alsace, Langenburg 2012

« Vin aromatique, élégant et curieusement salé

Comme un mur vertigineux face au sud, structuré par des murets répartis sur toute l’altitude du coteau, murets qui peinent à retenir un granit gris, fatigué par l’érosion et presque moulu: ce terroir exprime la lutte de la roche et du climat, le travail opiniâtre de ceux qui remontent la terre, l’enracinement profond d’une vigne complexe, ou comment dans une bouteille cohabitent la salinité des granits, l’onctuosité solaire et l’accomplissement d’un travail de paysan toujours recommencé. »

Bon, c’est assez poétique, parfois factuel, parfois fantaisiste, tendance « la vérité est dans la terre » mais cela ne me dit rien sur l’encépagement de ce vignoble. Je vais donc sur le site web de Deiss et j’y trouve ceci :

« Terroir de Saint Hippolyte, en forte pente, aménagé de terrasses historiques, face au Sud et constitué de granite très dégradé, pauvre et maigre ; vigne complexe, réunissant les cépages les plus précoces et le Riesling dans une symphonie salée. »

Que déduire de tout cela, outre ma (très petite) satisfaction d’avoir identifié la présence du riesling ?

1). Que ce producteur aime le sel et en trouve partout, paraît-il. Personnellement le vin en question me paraissait tendre et très légèrement sucré, avec une bonne acidité qui ne se cachait qu’à moitié, mais pas du tout salé.

2). Qu’il n’est pas très cohérent dans sa communication car il mentionne un seul cépage, le riesling, dans un court texte sur son site web, mais aucun cépage dans un texte bien plus long sur le flacon lui-même.

3). Qu’il n’aime pas beaucoup parler de cépages, pourtant bien mis en avant dans la quasi-totalité des vins d’Alsace qui est son lieu de résidence et de travail. Il préfère broder de la poésie autour de la topographie et de la nature des sols. Pourquoi pas, mais est-ce suffisant ?

4). Qu’il aime des références historiques et (un peu, beaucoup ?) Barrèsiennes.

Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. D’abord  le vin est très bon. Il allie vivacité et tendresse dans un style élégant, fin et savoureux. C’est un vin qui a du style et du caractère. Je me moque un peu des descriptions de son lieu d’origine sur une contre-étiquette qui ferait mieux de donner des informations plus utiles au l’acheteur potentiel ; cépages, sucre résiduel etc. A la place, ce producteur verse dans le genre de snobisme obtus qui déclare, en substance (et ce n’est que ma version) que « la vérité est dans le terroir et si vous n’êtes pas capable de comprendre tout la complexité de cette affaire, vous n’avez qu’à passer votre chemin; nous n’allons certainement pas vous faciliter la tâche car nous sommes au-dessus de cela ».

Faut pas s’étonner alors que les vins tranquilles français perdent des parts de marché chaque année à l’export. Il ne savent pas bien se vendre, même quand ils sont bons ! Mais je ne nie nullement la qualité de ce vin ni de son emballage à la hauteur. Et, puisque j’aime le riesling et que je pense que d’autres partagent mon goût, pourquoi diable ne pas dire qu’il y en a ?

David Cobbold

PS. Au moment ou vous lirez ces lignes, je serai au salon Prowein ou j’espère déguster quelques autres beaux rieslings qui n’auront pas honte de déclarer leur identité.