Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Pour qui voter en France si l’on aime le vin ?

Ce blog s’écarte généralement des sujets politiques, mais l’échéance qui nous attend en France est proche et j’estime que je dois en dire quelques mots.

Le sujet a été effleuré par Hervé il y a quelques semaines, sur un ton humoristique; celui-ci déclarant, non pas son adhésion au programme de Jean-Luc Mélenchon, le grand démagogue de gauche, mais laissant entendre que c’était le candidat qui s’intéressait le plus au vin. Je demande à voir !

A ce sujet, je viens de lire un article éclairant dans le supplément Science et Médecine du journal Le Monde, daté du 12 avril (mercredi de la semaine dernière). Cet article est le compte-rendu des réponses à une série de questions posées à l’ensemble des 11 candidats sur des sujets de santé publique (au fait, quelle farce d’avoir 11 candidats censés être crédibles pour gouverner un pays !)

Nous savons que ce vaste sujet est presque totalement entre les mains des « anti-tout », de ceux qui entendent nous protéger contre qui tout est potentiellement dangereux pour la longue vie pacifique et tranquille d’un être humain, y compris le fait de respirer;  car il est statistiquement prouvé que chaque personne qui respire meurt. Parmi les figures de proue de cet « airbag-lobby » se trouvent le tristement célèbre Professeur Got et une autre prosélyte de l’abstémisme, Catherine Hill.

Le dernier crédo des abstèmes

Demain, on rase gratis… mais on ne boit plus?

Les « experts » de notre santé publique ont donc posé leurs 20 questions à tous les candidats, en leur donnant un point pour une « bonne » réponse, et zéro pour une « mauvaise » ou une réponse jugée ambiguë à leurs yeux perspicaces. Quatre des candidats n’ont pas voulu répondre ou n’ont pu être joints: MM. Asselineau, Dupont-Aignan, Lasalle et Poutou. Les 7 autres ont joué le jeu. Les questions concernaient les domaines suivants : l’alcool, le tabac, l’alimentation, l’insécurité routière et, je cite, « certains agissements de l’industrie du médicament ». Même si on peut approuver le fond de la démarche, on voit bien aussi à quel point elle est biaisée. Si cela vous intéresse, vous pouvez lire les questions et les réponses des 7 candidats sur le site Securite-sanitaire.org

Alors quoi? Qui a gagné à ce jeu débile de qui gagne perd (ou qui joue perd)? Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a obtenu le score formidable de 5/5 sur les questions alcool, et de 16/20 au total. Que cela signifie-t-il? Qu’il est habile et qu’il dit à son auditoire ce qu’ils ont envie d’entendre? Certainement, vu qu’aux vignerons, il dit son amour du vin; et aux prohibitionnistes, qu’il ne faut pas en boire. Qu’il est « populiste » au sens profond du terme? Certainement aussi. Qu’il est cynique et avide de pouvoir? Je le crains, malheureusement, surtout pour les gens qui vont voter pour lui.

Car Monsieur Mélenchon déclare tout bonnement qu’il souhaite qu’on impose d’imprimer sur tout les flacons de vins et autres boissons alcoolisées la mention « l’alcool est dangereux pour la santé »; qu’il n’est pas sensible à la notion d’une consommation modérée; qu’il souhaite taxer toutes les boisson alcooliques (vins compris) en fonction de leur degré d’alcool, etc, etc. Il est, in fine, le seul candidat à obtenir l’approbation de l’ANPAA.

Pour la petite histoire, dans ce piège à cons tendu par les prohibitionnistes, les plus nuancés semblent être les candidats Fillon, Le Pen et Macron.

Mon vote, si j’en avais un (car je n’ai pas encore obtenu ma naturalisation et j’attends le résultat de cette élection pour relancer ma demande), n’irait qu’à un seul des quatre candidats cités, et pas seulement pour des raisons liées au vin.

Mélenchon nous promet dans tous les domaines que « demain, on rase gratis ». Super, mais on n’est plus des enfants ni des naïfs!

Fillon n’est pas assez honnête et son programme, s’il était appliqué, mettrait la France dans la rue.

Celui de Le Pen est inacceptable sur plein de plans et aussi délirant que celui de Mélenchon. Il reste qui ?

David Cobbold


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Au moins, nos enfants sauront !

En ce moment, j’entends dire, je lis et je vois quantité de reproches et de textes furibards suite à l’inqualifiable déclaration du Directeur de l’ANPAA, rapportée lors d’un entretien au Wine Spectator, article que je vous livre ici dans sa version d’origine et non traduite, sous la signature de Suzanne Mustacich. Yes ! Il faut travailler son Anglais. Tout comme le sieur Pousson sur son blog, passablement irrité, notre Hervé national s’est fendu d’un texte beaucoup plus court, ironique et frappé au coin du bon sens comme à son habitude, dans son propre blog il y a quelques jours en y dénonçant le plus justement du monde ce climat hystérico-dictatorial-hygiéniste qui règne en France, surtout dans la sphère du vin.

J’avoue que j’en perds mon Latin en même temps que mon Grec, mon Provençal et mon Catalan aussi. Dire que je suis abasourdi serait un euphémisme. Que ce débat m’ennui et qu’il me laisse coi serait loin de la vérité. Je n’ai pas étudié le Droit, mais nous faire croire que Patrick Elineau, le Directeur de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie serait en mesure de nous interdire la parole du vin relève de la plus pure élucubration car, quand bien même le type aurait les moyens de menacer nos libertés fondamentales en faisant caviarder dans les blogs et autres réseaux sociaux nos débordements vineux, je pense qu’il n’arriverait pas à ses fins. On joue à se faire peur, comme des enfants dans une cour de récré. Dans ce cas, que répondre face à la connerie humaine ? Que faire ? Quels arguments publier ? Que dire de mon côté pour apporter une pierre à ce concert de critiques auquel j’adhère bien entendu plus que j’en ai l’air ? Rester coi dans mon coin, comme je le dis un peu plus haut ? Oui, j’émets des doutes sur la réelle efficacité et la portée de ces protestations tous azimuts. Pousser des cris d’orfraies, monter au créneau, foutre le bordel, franchement, à quoi cela sert-il ?

Pourtant, il m’est venu une idée juste avant de m’enfoncer dans mon sommeil l’autre soir. La meilleure initiative ne serait-elle pas de faire appel à nos enfants ? Non pour aller manifester devant les fenêtres de l’organisme financé par nos impôts, ce serait irresponsable et trop facile. Qui sait, nos chers chérubins pourraient être agressés en chemin par des pédophiles et sollicités par des trafiquants de drogue. Ils pourraient aussi être lacrimo-gazés par nos chers CRS qui pourtant n’ont plus envie de se faire traiter de SS. Non, il y a plus simple, plus efficace : l’éducation in situ. En les menant le plus souvent possible dans nos vignes, par exemple. En leur faisant expliquer la taille par un ami vigneron. En leur faisant sniffer le vin que l’on sert à la table et en leur demandant d’y trouver des effluves familières. En leur offrant le spectacle joyeux de la vendange à la main et de la grillade qui suit où une ribambelle de mômes s’égosillent tandis que les parents discutent sur les qualités de tel ou tel millésime. Les enfants, eux, ils adorent ça cueillir le raisin, fureter dans les vignes à la recherche des coccinelles, goûter les grains juteux et sucrés. Tout cela en attendant peut-être l’âge mûr où leurs parents leur feront goûter de plein gré un dé à coudre de Chinon, de Morgon ou de Mâcon. Et jusque dans les grandes villes où il y a encore tant de clos à visiter et des passionnés pour cultiver cette liane antique fondatrice de notre société.

Joseph et Amandine Parcé élèvent leurs enfants dans le vin. Normal, ils sont vignerons ! Photo©MichelSmith

Joseph et Amandine Parcé élèvent leurs enfants dans le vin… Normal, ils sont vignerons ! Photo©MichelSmith

Alors, par pure curiosité (malsaine ?), je me suis amusé à consulter ma bible électronique, mon cher Google, en y inscrivant ces quatre mots en guise de thèmes de recherche : « Les vendanges des enfants ». Résultat, plus de 9.000 articles émanant surtout de la PQR (presse quotidienne régionale), la plupart du temps. Midi Libre, Sud Ouest, La Dépêche, L’Est Républicain, La Charente Libre, Le Bien Public, n’en jetez plus ! Même L’Express, Le Journal du Jura, Le Petit Bleu du Lot-et-Garonne et L’Observateur de Beauvais s’y sont mis. Chez moi, dans l’Indépendant, ces temps-ci les enfants des écoles sont dans les vignes, le plus souvent conduits par leurs professeurs (responsables), accompagnés par des parents (responsables) et des vignerons (responsables) dont certains éditent des cuvées spéciales ornées de dessins d’enfants et destinées aux parents qui ne manqueront pas, comme le firent les miens, jadis, d’en faire goûter quelques goutes au moment du débouchage le Dimanche matin avant d’attaquer le gigot.

« Tiens, mon poussin, trempe ton doigt dans ce Chambertin et passe moi ton verre de grenadine que j’en fasse autant ! » Cela vous choque ? Ou préférez-vous les laisser boire du Coca Cola ? Pour ma part, il n’y a pas de lézard : ce sont nos enfants qui assureront la continuité du vin. Alors, aidons-les !

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Maintenant, si je me place ne serait-ce que le temps d’un mini paragraphe du côté des abstinents et des intégristes hygiénistes, j’ai un peu honte car j’ai bien l’impression que c’est chez moi, à Banyuls-sur-Mer, à deux pas de mes vignes d’alors, du temps où j’étais un buveur illégal, que tout a commencé. C’était un sombre jour d’Octobre de 1998 quand Monique Sapéras, la dynamique institutrice du village, elle même fille de vigneron, eut l’idée d’organiser « la vendange des enfants » le jour de la Fête des Vendanges dans un lopin de vignes cédées par la mairie. Quelle honte ! Un vrai scandale par les temps qui courent. Même la télé nationale, aux mains bien sûr des gauchistes, s’était déplacée, comme en témoignent ces images où l’on voit quelques papys tenter de soudoyer la jeunesse du pays. Quelle bande de pédophiles ! Et alcolos de surcroît !

Retour à la réalité, de Lombez à Roquelaure, d’Agen à Banyuls-sur-Mer, de Montoire-sur-le-Loir à Marseille, de Montfort-en-Chalosse à Avize, de Marsannay-la-Côte à Pamproux, de Lons-le-Saunier à Pommard, de Decazeville à Lédignan et dans toutes les régions où la vigne s’est faite insidieusement une place depuis des siècles, voire des millénaires, les enfants ont été de la fête du vin cette année. Comble de la provocation et de l’horreur, il arrive que nombre de nos chers chérubins viennent des classes maternelles pour cueillir du raisin et côtoyer les pinardiers ! Vous rendez-vous compte ? Mais, que fait la police,  je vous le demande ? Et pendant ce temps-là, que font nos braves hygiénistes pour dénoncer haut et fort de telles pratiques indignes de notre pays qui mettent en danger la santé de nos enfants ? Car quand bien même on leur fait boire du jus de raisin bio à ces mioches dont on abuse, intoxiqués qu’ils sont ils ne manqueront jamais de revenir à coup sûr dans les caves dès qu’ils auront un peu de poil au menton !

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes parents boivent et les enfants trinquent, quelle honte ! Photo©MichelSmith

Tenez, à Paris aussi, où l’on fêtait la quatre vingtième édition de la fête des vendanges, à Montmartre pour être plus précis, en cet autre repaire de gredins soudards, on s’y met ! Regardez cette vidéo propagandiste (honteuse ?) où en compagnie des édiles parisiens et du chanteur Henri Dès (*) ce sont les enfants qui ouvrent la séance sous la pluie par de belles chansons d’amour, le tout suivi d’un bal popu. Mon dieu quelle horreur !

Alors, vous allez me dire qu’utiliser les enfants pour faire passer un message politique c’est scandaleux ! Peut-être, sauf qu’il ne s’agit pas de politique, mais d’une simple défense de notre civilisation, un fait sociétal, un rappel historique à nos origines. En effet, que deviendront nos enfants plus tard s’ils perdent l’habitude de boire un verre de vin (ou de bière, ou de cidre) de temps en temps, entre amis, histoire de célébrer un événement ou simplement pour le besoin de se réchauffer afin de mieux supporter les aléas de la vie, de mieux échanger, de mieux rire aussi… sur la connerie humaine, par exemple. Oui, que deviendront nos enfants si on les prive du vin ?

Michel Smith (Dangereux propagandiste, avec d’autres, du plaisir de boire en société)

  • (*) Comme un fait exprès, le dernier titre d’Henri Dès s’intitule « Casse pieds ». Il semble particulièrement destiné à ce cher directeur de l’ANPAAPatrick Elineau, qui me casse aussi les couilles. Paraît que les enfants adorent. Pour ceux qui n’auraient pu se brancher sur le lien conduisant au site du Wine Spectator mentionné au début de l’article, voici l’essentiel de ses propos scandaleux concernant la publicité du vin sur Internet et les discussions sur le vin en ligne (blogs et gazouillis inclus) :

« Speaking about the difficulty of policing the Internet, Elineau cited the Chinese government’s censorship of dissidents and Australia’s censorship of pornography and pedophilia as examples of ways the French could shut down discussion of wine in mediums such as Twitter and blogs. « When you see what happens with pro-Nazi websites, you see that there are ways of reacting ».

Et puisqu’en matière de vin, pour Mr Elineau, «le fin du fin c’est de ne jamais y toucher» (voir au centre de cette chronique de Jacques Berthomeau), rappelons lui cet élément de la propagande nazi : « Notre Führer, Adolf Hitler, ne boit aucun alcool et ne fume pas… Sa performance au travail est incroyable ! » (Auf der Wacht, 1937 : 18).