Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Appellations oubliées

Le début de ce siècle a vu un retour en grâce des vieux cépages oubliés.

Mais qu’en est-il des appellations oubliées, de celles dont on sait à peine qu’elles existent au-delà d’un cercle local ou d’initiés ?

Pourquoi et comment en sont-elles arrivées là ? Et que peut-on faire pour elles ?

Les trois lettres magiques

Le sujet mériterait un livre, mais pas sûr qu’un éditeur consentirait à y investir de l’argent.

Pourtant, le thème est intéressant. Qu’est-ce qui explique que certaines dénominations, pourtant dotées du même « sésame » que leurs prestigieuses sœurs de Saint-Emilion, de Clos-de-Vougeot, de Champagne, de Châteauneuf-du-Pape – je parle des trois lettres magiques d‘A-O-C, soient tombées dans l’oubli ?

Il n’y a pas qu’une seule explication, et c’est d’ailleurs tout l’intérêt de la question.

Mon ami David Cobbold, avec qui j’ai évoqué l’idée de ce papier, m’a répondu que pour lui, la moitié des appellations françaises mériteraient d’être supprimées. Peut-être va-t-il un peu loin. Même si, c’est vrai, on pourrait commencer par les appellations régionales, qui, en vertu de la règle du lien au terroir, devraient être des IGP. Mais c’est une autre histoire. Les appellations régionales sont peut-être usurpées, mais elles ne souffrent pas d’un manque de notoriété : leurs volumes de production, même totalement hétérogène, leur assurent au moins une bonne présence dans le commerce – et notamment en grande distribution.

Autre point sur lequel je rejoindrai mon collègue des 5 du Vin : non seulement la France regorge d’AOC viticoles (368, à ce jour), mais elle continue à en créer, à complexifier son offre. Veut-on désorienter encore un peu plus le client déjà perdu face à cette profusion?

Mais ce n’est pas mon sujet. Ce qui m’intéresse, ce sont justement les appellations qu’on ne trouve quasiment jamais chez Lidl ou chez Leclerc, sauf peut-être dans leur région d’origine, comme alibi d’ancrage local.

Vous voulez des noms ? En voici : Tursan. Rosette. Saussignac. Estaing. Coteaux Champenois. Saint-Sardos. Moselle. Coteaux de Pierrevert. Châteaumeillant. Coteaux du Loir, Crépy… et la liste n’a rien d’exhaustif.

Bien que je parle à des oenophiles, je pense qu’il y a certains de ces noms dont vous n’avez jamais entendu parler. Je serais même curieux de savoir si vous pourriez tous les placer sur une carte muette. Il faut dire que certaines de ces appellations fantomatiques ne comptent pas plus de 6 metteurs en marché!

Si j’avais pu en faire un livre, j’aurais détaillé, pour chacune, les raisons qui font qu’elles sont si peu connues. Mais là, vu qu’il s’agit d’un site gratuit, je vais aller au plus pressé; j’en choisirai trois, à titre d’exemple.

Coteaux champenois

On a toujours fait de bons vins en Champagne, et ce, bien avant qu’on ne commence à les champagniser. La plus vieille maison de Champagne encore en activité, Gosset, est née en 1584, soit près de 100 ans avant l’apparition des Champagnes mousseux. Mais la notoriété du Champagne à bulles a complètement éclipsé celle de son grand frère placide, qui, sans devenir le pariah de la famille, est tout de même largement laissé pour compte dans la communication régionale.

A noter que ces vins portaient jadis le joli nom de «Vin Nature de Champagne», ce qui, à part le fait qu’il s’agirait aujourd’hui d’une sorte d’oxymore involontaire, serait tout de même plus porteur que Coteaux champenois!

Quoi qu’il en soit, la production totale ne dépasse guère les 600 hl par an. Contre plus de 2,4 millions d’hectos pour l’appellation Champagne, avec laquelle les Coteaux champenois partagent pourtant la même aire de production…

80.000 malheureuses bouteilles. Moins de deux millilitres par Français et par an.

Même pas de quoi avoir envie d’en parler. Small is beautiful, d’accord! Mais too small is invisible.

Et pourtant, il y a deux ans, au détour d’une visite chez Bollinger, j’ai pu déguster un Coteaux Champenois qui m’a tellement bluffé par son fruit, et même son côté solaire, que j’ai remis en question pas mal de mes a priori sur le potentiel de ce cépage au pays des crayères, en vin tranquille, s’entend. C’était La Côte aux Enfants 2009.

Une explication qui en vaut une autre : il s’en produit si peu, du Coteaux Champenois, qu’on le chouchoute ; le vigneron se prend au jeu, il excelle, il vous gâte. Ce n’est pas parce qu’une appellation a moins de notoriété qu’elle produit forcément de moins bons vins.

Rosette

Voila une appellation qui cumule les handicaps. D’abord, personne ou presque ne sait où elle se trouve. Réponse: dans le Bergeracois. Mais en plus, il s’agit d’une appellation de vin liquoreux – un type de vin qui n’a malheureusement pas les faveurs du public, ces temps-ci. En outre, elle voisine avec d’autres AOC de liquoreux beaucoup plus connues (et plus productives) comme Monbazillac ou Bergerac.

Et pour couronner le tout, ses vignes sont menacées par l’urbanisation de la ville de Bergerac !

Les chiffres sont édifiants : Rosette ne compte guère plus de 10 hectares en exploitation, une dizaine de vignerons, pour une production de l’ordre de 400 hectolitres.

A peine de quoi étancher la soif des amis de Mme Buzyn. En ce qui me concerne, je n’en ai jamais bu.

Pour moi, Rosette (AOC depuis 1946) aurait mieux fait de revendiquer le statut de Premier Cru au sein d’une appellation plus importante. A ce degré d’émiettement, un terroir finit par disparaître aux yeux des consommateurs.

Mais c’est toute la hiérarchisation du Bergeracois qui est à revoir : Bergerac, Côtes-de-Bergerac, Montravel, Haut-Montravel, Côtes-de-Montravel… qui, même parmi les oenophiles, peut se retrouver dans ce dédale (et je ne vous parle même pas des niveaux de sucre)?

Vous savez où placer Saussignac, Rosette et les trois Montravel sur la carte? Bravo!

Tursan

Contrairement aux deux AOC précédentes, Tursan n’est pas une  appellation très ancienne; elle n’a obtenu l’AOC qu’en 2011, après 53 années de purgatoire en VDQS, et au moment où cette dernière dénomination devait disparaître pour des raisons d’harmonisation européenne.

Ce n’est pas non plus une appellation de poche, puisque son aire couvre plus de 5.000 ha (dont à peine 500 en exploitation, cependant). Sa production (de l’ordre de 20.000 hl) est également plus importante. Mais quant à sa notoriété…

Là encore, la question qui tue : où est donc Tursan ? Réponse de Gascon: à cheval sur les Landes et le Gers.

Je ne peux m’empêcher de me dire que la commercialisation serait plus facile sous le nom de Côtes-de-Gascogne, quitte à revendiquer un nom de village. Mais au fait, pourquoi les IGP n’ont-ils pas le droit à des crus, ou au moins à des villages ?

Ne croyez pas que j’ai une dent contre Tursan – je n’en ai jamais bu non plus. Jamais eu l’occasion. En 30 ans de métier. Peut-être que j’aurais dû le demander. Mais j’ai déjà du mal à assurer le suivi des appellations que je connais…

Et puis, ce n’est qu’un exemple. J’aurais pu prendre celui de Saint-Sardos, un peu plus à l’Est. Dénominateur commun entre ces deux AOC, outre leur bel accent gascon: dans les deux, c’est une coopérative qui assure la quasi-totalité de la production. Mais malgré leur force au sein de «leurs» appellations respectives, elles n’ont pas la puissance commerciale suffisante pour développer leurs « marques ».

Et maintenant, trouvez Tursan, Marcillac, Estaing et Béarn-Bellocq…

Une question de moyens

Oui, une AOC est une marque. Une marque d’un genre très particulier, puisqu’elle est partagée par plusieurs producteurs qui ne produisent pas forcément la même qualité de vin ; mais une marque tout de même. Et une marque, n’importe quel marketteer vous le dira, ça s’entretient. Ca coûte.

Mais comment voulez-vous entretenir une marque sans moyens ? Avec pour seul viatique de maigres cotisations basées sur une faible production, et tout en sachant que vous n’avez pas assez de vin pour élargir votre territoire de vente ? C’est un cercle vicieux.

Quant à attirer de nouveaux producteurs pour augmenter le potentiel de production…

Deux écueils (au moins): la réticence des vignerons déjà installés et le peu d’intérêt des candidats potentiels – qui aurait envie de monter sur un bateau qui menace de couler ?

Si tous les gars du monde…

Déplorer, dénoncer, regretter, c’est bien; mais trouver des solutions, c’est mieux.

Face au manque d’image et à la faiblesse des moyens, il y a bien une solution radicale : la dissolution. Au sein d’un ensemble plus grand. Comme l’ont fait les Vins du Thouarsais, par exemple, qui se sont fondus dans l’AOC Anjou. Il faut dire qu’il ne restait plus beaucoup de producteurs.

Mais ce n’est pas toujours possible. Soit parce qu’il n’y a pas d’appellation de repli. Soit parce que les producteurs voient «leur» AOC comme un droit acquis. Soit, encore, à cause de l’ego des dirigeants de l’ODG.

Plus important, ce n’est pas toujours souhaitable; car il y a l’aspect patrimonial. Malgré leur petite taille, certaines de ces appellations peuvent encore avoir quelque chose à nous raconter d’une histoire, d’un cépage, d’un coteau, d’une tradition particulière. Je pense à l’AOC Clairette du Languedoc, par exemple; mais aussi à Marcillac et son mansois, à Crépy et son Chasselas… ou à Pouilly-sur-Loire.

Mais vu qu’elles sont très minoritaires au sein de leurs régions respectives (il n’est pas évident que chaque euro investi pour les vins de Savoie profite réellement à Crépy, ou encore qu’une publicité pour les vins du Centre-Loire ait un effet sur les ventes de Châteaumeillant), la meilleure idée ne serait-elle pas pour elles de se regrouper sous une bannière commune : celle des appellations oubliées ? De faire pot commun, pour, par exemple, organiser ensemble un événement, chaque année, au sein d’une appellation différente, mais qui accueillerait l’ensemble des «oubliées». Il y a bien des collectives de domaines familiaux ; des collectives de coopératives. Pourquoi pas une collective d’appellations modestes?

Il faudrait juste penser plus large, mettre au premier plan ce qui rassemble –  le côté «village gaulois résistant à la massification» –  plutôt que le côté Clochemerle. Venant d’horizons différents, ces appellations n’ont pas à craindre de se concurrencer, elles ont tout à gagner à se regrouper pour communiquer.

Je ne suis mandaté par personne, mais j’aimerais bien les y aider. Pour autant qu’elles nous prouvent qu’elles sont nécessaires, et qu’elles ont envie de vivre.

Hervé Lalau


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INAO : ah, le beau bouc émissaire !

On sort vos parcelles de l’appellation ? C’est la faute à l’INAO. On les rentre dans l’appellation ? C’est la faute à l’INAO. Votre appellation est trop laxiste ? C’est la faute à l’INAO. Votre appellation est trop rigide ? C’est la faute à L’INAO. Quel beau bouc émissaire !

# dénonce ton bouc

Pourtant, les demandes de modifications de décrets viennent presque toujours des vignerons eux-mêmes – ou plutôt, de leurs représentants.

Certes, il y a des lenteurs à l’INAO, en province comme à Paris ; des blocages; des arbitrages étranges, notamment au niveau national. En quoi le statut d’une appellation de Bordeaux ou de Loire regarde-t-elle un cru du Rhône, de Bourgogne ou d’Alsace? En quoi les bulles de l’IGP Pays d’Oc regardent-elles les Crémants? En rien. Et pourtant, j’ai parfois l’impression que les différentes régions ou acteurs de la viticulture française jouent à «je te tiens par la barbichette». Et que la réalité de terrain, le fameux terroir, cède le pas devant les enjeux politiques ou commerciaux.

Mais à y regarder de plus près, ce ne sont moins les ingénieurs, les agronomes, les géologues ou les juristes de l’INAO qui sont à blâmer, que les satrapes de la viticulture, les petites ou grandes féodalités de la France du vin.

Toute organisation humaine est faillible et perfectible, et l’INAO n’échappe pas à la règle.

Mais son péché le plus criant, pour moi, est la nullité de sa communication. J’ai écrit nullité, non par méchanceté, mais par réalisme : l’INAO se tait dans toutes les langues.

En 30 ans de carrière, je n’ai JAMAIS reçu un communiqué de sa part.

Une appellation se crée ou se modifie ? C’est l’appellation elle-même qui nous le dit.

Et si mécontentement il y a vis-à-vis d’un « fait de jeu », comme on dit dans le football, ce sont les joueurs qui parlent, jamais l’arbitre. Même en cas de recours devant les tribunaux ou le Conseil d’Etat – silence radio. Une forme d’obsession juridique? Un nouvel exemple de dérive du politiquement correct?

 

On croirait une réunion du Comité Vins…

Pas besoin d’AOC…

Il y a bien sûr des gens pour vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain – je ne fais pas spécifiquement référence à Alexandre Bain, dont les résultats du recours contre Pouilly et l’INAO font peser une grosse incertitude sur la capacité future des appellations à faire respecter leurs règles. Non, je fais référence à tous ceux qui s’appuient sur les erreurs ou l’inertie de l’INAO – réelles et supposées – pour réclamer que l’on fasse table rase du système des appellations contrôlées.

De ces contestataires, il y a en a de plusieurs sortes ;  il y a d’abord ceux qui, quasi-philosophiquement, considèrent que la qualité se fait à la vigne et au chai, que c’est chaque vigneron qui décide, plus que l’origine. Ceux-là ont beau jeu de faire remarquer que sous une même appellation se côtoient la médiocrité et l’excellence. Ceux-là prennent parfois en exemple le modèle des pays du Nouveau Monde – en oubliant que ces pays se dotent tous d’appellations. Que l’AOC ne garantit qu’une origine et un cahier des charges, pas un résultat. Ceux-là oublient aussi que le libéralisme à tout crin aboutit toujours au pouvoir de l’argent, que là où l’on n’invoque pas le terroir, on invoque les marques privées, et qu’une marque, ça demande beaucoup d’argent. Voyez un peu la structure de la viticulture en Afrique du Sud, au Chili, en Australie : en majorité, de grosses marques qui exportent, et de petits producteurs de raisin qui survivent dans leur ombre.

Dans cette catégorie, on trouve pas mal d’Anglo-Saxons, incidemment. Ces gens éminemment pragmatiques rechignent devant un système complexe, et très latin dans son approche qui se veut rationaliste.

… ou l’AOC pour tous!

Et puis il y a ceux qui se verraient bien utiliser les mentions des AOC, mais sans devoir respecter trop de règles. Leur slogan, c’est un peu «L’AOC pour tous». Pour ceux qui chaptalisent, pour ceux qui « rectifient », pour ceux qui irriguent, pour ceux préfèrent utiliser des cépages à la mode plutôt que ceux de leur région, pour ceux qui veulent de plus gros rendements…

Ils oublient qu’il existe des solutions hors de l’appellation, qu’elles s’appellent IGP ou vin de France. Non, en fait, ils ne l’oublient pas : c’est juste qu’ils veulent le beurre et l’argent du beurre : la flexibilité et la mention.

Les deux catégories de contestataires se retrouvent dans la dénonciation de l’INAO, d’un système prétendument académique et sclérosé (mais qui bouge plus qu’on le dit, pourtant, si l’on en juge par la mise en place de nouvelles appellations). Même la mission de l’INAO et son périmètre ont changé avec le temps, puisqu’il est censé s’occuper aussi des signes de qualité.

Contradictions

Moi-même, qui n’appartiens à aucune de ces deux factions, car je ne suis ni philosophe du libéralisme, ni producteur, j’ai souvent pesté contre les contradictions du système des AOC et ses règles étranges.

Un exemple parmi cent: les pourcentages de cépages autorisés dans telle ou telle AOC, qui font parfois ressembler l’assemblage d’une cuvée au raffinage du cosmogol de première pression.

Au moment d’écrire ces lignes, je viens de terminer un verre de Corbières-Boutenac qui me prouve par l’exemple que le Carignan n’est pas ce pelé, ce galeux que les « experts » auraient voulu faire disparaître (Michel, si tu me lis, à ta santé!). Dans certains cas, c’est même un cépage améliorateur!

Il y a aussi les limites bizarres des appellations, qui s’affranchissent souvent largement de la géologie. Les petits arrangements et les grandes surfaces.

Les changements de cap: un jour, on vante les traditions immuables; et un autre, on autorise des techniques pour lesquelles on n’a pas beaucoup de recul, ou qui gomment totalement l’effet millésime. L’osmose inverse. La cryo-extraction…

Il y a également le fait que même quand l’année est mauvaise, l’AOC est toujours due. Ou encore, le fait qu’il peut y avoir des promotions en AOC, mais jamais de descente.

Mais si je m’étais trompé de cible? Est-ce la faute de l’arbitre quand chaque joueur voudrait jouer avec ses propres règles, ou pas de règles du tout ? Faut-il lui ôter tout pouvoir, ou au contraire les accroître ?

L’appellation, en théorie, est le bien commun de ceux qui la produisent, régi par des règles qui leur sont propres, et librement consenties. Tout devrait donc théoriquement se régler à la base, dans l’ODG. Sauf que la démocratie y est souvent biaisée. Et que donner tout le pouvoir à la base, pour séduisant que cela puisse paraître, reviendrait à accepter des AOC à géométrie totalement variable – c’est déjà le cas, me direz-vous, vu que cohabitent sous la même mention « AOC » d’énormes appellations régionales et des petites appellations communales, par exemple.

Mais cela pourrait sans doute encore être pire, quand on voit les projets que proposent de temps à autre telle ou telle appellation (je pense aux « premiers crus » de l’AOC Bordeaux-Bordeaux Supérieur, par exemple, ou aux demandes de modifications dans l’encépagement du Muscadet).

Dans ces cas-là, on ne dit pas «aux chiottes l’arbitre», on est content qu’il soit là.

Reste que le système manque diablement de transparence.

Le consommateur qui accepte de payer plus cher une bouteille d’AOC a le droit de savoir pourquoi, comment, et par qui sont pris les règles qui la régissent. Il est le grand oublié d’une organisation qui semble ne reposer sur les desiderata de la production, alors que les mentions, labels et autres signes de qualités gérés par l’INAO sont autant de critères d’achat pour le consommateur. Idéalement.

L’INAO, quand il arbitre dans tel ou tel sens, devrait avoir à rendre des comptes – nous dire comment était composé le jury (ne serait-ce que pour couper court aux soupçons de conflits d’intérêts), qui a voté pour et qui a voté contre, quelles étaient les autres propositions… On devrait pouvoir suivre le cheminement d’un projet, et pas seulement lire sur Légifrance le texte soumis pour la procédure d’opposition.

On aimerait aussi comprendre pourquoi l’INAO se bouge pour faire interdire la mention humoristique « Bord’eaux inférieur », mais  n’a pas fait appel dans l’affaire Bain.

Plus généralement, l’INAO devrait publier une doctrine claire, un schéma directeur qui nous permette de comprendre ses décisions, au-delà des cas particuliers. Il ne suffit pas d’invoquer le fameux lien au terroir, qui ne tient pas la route, à moins de donner au mot terroir une acception plus élastique qu’une balle de squash; parler « d’interactions entre un milieu physique et biologiques, et un ensemble de facteurs humains » ne vaut guère mieux: la formule est tellement vague qu’elle ne décrit plus rien. Seule peut-être l’OIV, dans sa « définition » du mot terroir, a réussi à faire plus flou!

En résumé : si vous voulez être crédibles, Mesdames et Messieurs de l’INAO, ne vous enfermez pas dans votre tour d’ivoire, ne vous retranchez pas derrière le secret des délibérations alors que celles-ci nous concernent tous, comme buveurs et utilisateurs des mentions. Communiquez. Assumez. Expliquez. Convainquez-nous de votre indépendance et de votre utilité.

PS. Un grand merci à mon amie Anne Serres pour le vin qui a servi de point de départ à cette dissertation – le Grand vin du Château de Villemajou, millésime 2014. Bon vent à toi, Anne, dans tes nouveaux défis! Et à la santé de l’INAO!

Hervé Lalau


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IGP Pays d’Oc, complément d’information (2, les rouges)

Suite et fin de mon petit voyage dans la Collection 2016 des Vins de Pays d’Oc.

Cette fois-ci, place aux rouges.

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Domaine de la Baume Syrah 2015 Cuvée La Jeunesse

Rarement cuvée aura aussi bien porté son nom, car cette syrah a l’énergie, l’espièglerie de la jeunesse. Un fruit rouge et noir légèrement acidulé, croquant, une bouche structurée, épicée, mais sans austérité. Son côté enjôleur ne doit pas vous induire en erreur ; ce vin a de la substance. C’est là un des «Secrets du Sud» (le slogan du domaine): sous les jolies formes, chercher – et trouver- le fond.

Le Domaine de la Baume se situe à Servian, entre Béziers et Pézenas, ; il compte 176 hectares. Depuis 2003, il fait partie du groupe Grands Chais de France.

6,5 euros.

http://www.domaine-labaume.com/

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Domaine du Grand Chemin Cuvée JMF 2014

Le Domaine du Grand Chemin se situe à Savignargues, au pied des Cévennes. La Cuvée JMF (pour Jean-Marie Floutier, je suppose) est une des cuvées de prestige du domaine; elle assemble deux cépages qui sont rarement complices ailleurs: le Pinot Noir et Cabernet-Sauvignon.

Cet mariage de la carpe bourguignonne et du lapin bordelais est plutôt étonnant. Je manque de repères ; au nez, un soupçon de cerise et de fraise peut faire penser au pinot, et en bouche, la structure, au cabernet – mais c’est tellement plus facile quand on connaît la composition ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce qui me plaît dans ce vin, mais plutôt sa texture fine et veloutée, ses tannins suaves, ses notes de cuir et de café, et sa finale délicatement fumée.

9,20 euros.

http://www.domaine-du-grand-chemin.com/

Calmel & Joseph Villa Blanche Marselan 2014

Si l’expression « vin de plaisir » s’applique à un vin, c’est bien à celui-ci!

Le Marselan (qui doit son nom à son lieu de naissance, l’INRA de Marseillan), est un croisement de Grenache et de Cabernet-Sauvignon, obtenu en 1961.

Dans les meilleurs cas, il allie les qualités des deux cépages, la souplesse, le fruité et la structure. C’est le cas de celui-ci, qui non content de nous enjôler le nez avec sa corbeille de prunes, de figues et de cassis gorgés de soleil, achève de nous séduire en bouche, avec un cocktail diabolique de tannins lisses, d’épices douces et de puissance retenue. Une poigne de phéromones dans un gant de velours. Et pour un prix d’ami.

7 euros. Capsule à vis (quelle bonne idée!)

http://www.calmel-joseph.com

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Alma Cersius Terra Patres 2012

Non, il n’y a pas que des vins jeunes dans cette Collection 2016, comme en témoigne ce 2012, hommage qui nous envoie, non pas ad patres, mais en terre languedocienne. Car c’est bien de terroir qu’il s’agit, n’en déplaise à la réglementation qui réserve le mot aux appellations ; un vin aussi fondu, aussi complexe, aussi velouté n’est pas que l’expression de ses cépages (syrah et cabernet-sauvignon, essentiellement), mais celle d’un magnifique coin de garrigue, à Cers, près de Béziers, où est installée cette coopérative. Aussi, au nez, cher Nino, on dirait le Sud, le thym, le laurier ; on enchaîne avec de la cerise et de la figue; que l’on retrouve en bouche, encore plus juteuses. J’ai repensé à un vin déjà présenté ici, voici quelques mois: la Cuvée Nicole, du Domaine d’Aigues Belles.

15 euros.

http://www.almacersius.com/

En résumé

Pour tous ces vins (et notamment le dernier), on a envie de dire «A bon vin, point d’enseigne». Pas besoin de «grand cru» sur l’étiquette. Ni même d’AOP. Ce n’est pas parce qu’on est IGP qu’on fait des vins hors sol, et hors producteur. En définitive, la seule mention qui vaille, oenophiles payeurs, c’est vous qui l’attribuez.

Hervé Lalau

 


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Linc on triangles, bubbles and Russian dolls

Notre invité australien Lincoln Siliakus (Vino Solex) revient sur un événement récent auquel deux des 5 (Marc et Hervé) ont également assisté.

Every time I go to the Languedoc, there is talk of appellation reform. Villages get promoted, new appellations are created, and there’s constant talk about new categories within the existing ones… Enter Jean-Philippe Granier, the enthusiastic and ebullient “technical director” for the AOC Languedoc, and himself a winemaker. If he’s not in the throes of actually having an idea, he’s chatting about one he’s just had. And he invited a small group of journalists to the area recently to chew the cud about eight historical appellations that he believes warrant greater recognition, the details of which I’ll cover in another blog.

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An enthusiastic Jean-Philippe Granier

This story is to ask the basic question – what’s going on here? In other words, what is all this AOC shuffling in the Languedoc telling us about people: their “culture”, beliefs, habits and images? Intellectualism warning – if elitism is a French fetish, so is complication. This could get messy. And from now on I’ll use the new European AOP (Appellation Origine Protégée) designation. The C in AOC stands for “Contrôlée », another French fixation.

Anyway, the French themselves think of their country as a hexagon. In fact, they often use that word to describe the “mainland” of France as opposed to its islands such as Corsica and its territories such as Guiana.

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But, psychologically, France is more like this.

triangle

 

The entire country, it seems, is graded: from schools to restaurants, churches, towns; just about everything has one or more stars or labels. It’s a profoundly elitist culture, in which excellence (but not wealth) is flaunted.

And Australia might look more like this, as it is a country of brands of different sizes and colours that are being pumped up or pricked, all floating around in a free market (well, with a bit of mateship and corruption thrown in, of course) and a wine’s value is its cost.

Bubbles

To return to that triangle. At the moment, the winemakers are looking at one which looks like this. It’s inspired by that drawing of Jean-Philippe’s, although I still don’t really understand it. They are being somewhat hopeful at this stage as the system does not (yet) contain the highest category there.

Triangle

The idea is to get to the top and then to fight off the upstarts. Or to create an even higher category. The folk out at Châteauneuf-du-Pape must be thinking about this seriously, as a new cru comes along in the Côtes du Rhône just about every year, and they must be looking at ways to step over the crowd of newbies.

In passing, we need to understand that this triangle is based on an assumption; a subliminal code if you like. France is a ground-up culture, where your sense of identity comes from the territoire (there you have it, it’s the new buzzword over here) into which you were born, your place. The French farmer belongs to the earth, not vice versa as in Australia. The land is not just an asset, but something to pass on to the next generation. Hence the assumption that the identity, quality and value of a wine derive inherently from the place in which it is grown. It’s obvious, Monsieur. And, yes, it is.

Back to our triangle. Normally, if you don’t meet the rules of a category, you can drop down to the level below, so the system could also be thought of like this.

Russian dools

This depends on all sorts of factors, the most important apparently being the availability of that lower category when your current one was created. I warned you that this is a mess! So, if you were not in the AOP Languedoc when that was created but your appellation now finds itself at the Cru level above it, you cannot drop to anywhere in this triangle. You’d have to sell your stuff as an IGP or Vin de France, which is below the triangle. Indeed, only 10% of the Languedoc’s wine is at the AOP grade.

This appellation frenzy is terrific of course – it allows winemakers to hold innumerable meetings during which the qualities of the product are re-assessed in practice. It justifies a plethora of working committees, and facilitates the inflow of public funds. It maintains an army of officials, keeps geologists busy, and justifies journalist visits.

All good.

Except for the poor consumers, that is, who have no idea about what they are drinking.

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Siliakus 

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Diviser par deux le nombre de régions françaises? Chiche!

Je suis très favorable à la réforme territoriale envisagée par M. Valls.

Diviser par deux le nombre de régions françaises? Chiche!

Et si on n’y arrive pas par la négociation, ou parce que tel président de région n’a pas envie de remettre son tablier, il faudra que le Parlement tranche (sur Mer).

CarteBalladur

Et si ça ne marche toujours pas? Alors vendons des régions!

La France a besoin d’argent. Pourquoi ne pas vendre le Nord-Pas de Calais à la Wallonie (avec le double avantage qu’en cas d’indépendance de la Flandre, elle constituerait alors une entité viable)?

Vendons aussi PACA à la Floride. Même taux de retraités élevé, même présence de bandes organisées, même culture d’entreprise. Je propose juste de garder le Vaucluse parce que quand même, vendre Châteauneuf, Gigondas et le Luberon aux Ricains, c’est non!

Vendons le Calvados au 12ème arrondissement de Paris. Fiscalement, ce sera avantageux pour les gens du Marais qui ont une villa à Deauville ou Cabourg.

Vendons la Loire Atlantique aux Atlantes, comme ça, on n’aura plus à se poser la question de la Bretagne à 4 ou 5 départements et du chef lieu de région.

Ne gardons que les régions de grands crus. Avec, éventuellement, des corridors de transit pour les assemblages.

Divisons aussi le nombre d’AOC par deux. Inspirons nous du modèle d’Air Parif. Ne seraient utilisables en année paire que les AOC dont les départements ont un numéro pair, et en année impaire que les AOC des départements à numéro impair.

Vive la France, une et fermentescible ! Liberté, égalité, buvabilité.

Hervé Lalau


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A qui appartiennent les AOC?

Imaginez que vous soyez un syndicat d’appellation… et que vous ne soyez pas satisfait des services de l’organisme qui chapeaute les appellations, à savoir l’INAO.

Que pouvez-vous faire? Prendre votre marque sous le bras et quitter le système des AOC?

Pas si simple.

Juridiquement, à qui appartient le nom?  A l’ensemble des producteurs? A l’INAO? Aux buveurs? A la République? Ou à personne?

C’est le dilemme auquel sont confrontés les producteurs de l’Union Viticole Sancerroise.

Plus que déçus de la décision de l’INAO de fermer son bureau de Sancerre (les Sancerrois en seront quittes pour se rendre à Tours), et trouvant leurs cotisations trop élevées, les producteurs membres de l’UVS se demandent s’il ne serait pas plus habile de déposer Sancerre comme marque ou comme label, et de la gérer eux-mêmes.

Un peu comme les Crus Bourgeois, qui, depuis ces dernières années, sont moins une mention qu’une sorte de club.

La différence, c’est que le nom de Sancerre est protégé par la loi; paradoxalement, même contre ses propres producteurs. Extrait du site de l’INAO: « L’identité d’un produit AOC ou IGP repose sur un nom géographique dont le respect doit être assuré en France, en Europe et partout ailleurs à l’étranger. La protection du nom revient à protéger tout l’édifice des dénominations géographiques dont les composantes sont de nature tant sociale et culturelle qu’économique. Le droit des appellations d’origine est reconnu en tant qu’élément de la propriété intellectuelle au plan européen, au même titre que le droit des marques et brevets. »

Bien sûr, si les valeureux Berrichons arrivaient à leurs fins, ce serait ouvrir la boîte de Pandore. Pas sûr que le système y survive, tant il y aurait de candidats à la sortie…

Mais je ne m’inquiète pas trop pour l’INAO ni pour le système. Le jeu subtile de pouvoirs en son sein lui confère une grande force d’inertie. Tout le monde se tient par la barbichette.

Au pire, l’INAO (dont je ne nie pas les réalisations) pourrait être préservé au titre des monuments historiques. Un peu comme ce phare que la mer a fui, en Vendée, depuis la construction des digues du Marais poitevin.

Power to the people

Une autre question me tarabuste, par contre: qu’en pensent les consommateurs? Le buveur lambda comme l’oenophile.

L’AOC est-elle toujours une référence pour eux? Font-ils confiance à la mention? Le système les rassure-t-il ou bien sont-ils devenus méfiants? Ou bien encore, Marion, s’en tamponnent-ils le Cotillard?

Et si la querelle sancerroise était plus qu’une simple histoire d’initiés, de professionnels, d’assujettis, de retour sur cotisations? Et si c’était le grand public qui tranchait? Pourquoi ne lui demande jamais son avis, à ce « cochon de buveur »…

Les appellations ont censées donner au consommateur la garantie d’une authenticité. Mais il n’a jamais son mot à dire. Est-ce que trop d’AOC tuent l’AOC? Devrait-on en supprimer? Devrait-on en relever les exigences? En revenir à ce fameux lien au terroir?

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Est-ce que trop d’AOC tuent l’AOC? 

A toutes ces questions, bien sûr, je réponds oui. Mais moi, avec ce blog, j’ai la chance de pouvoir exprimer cette opinion. Ou plutôt, je la prends. Le consommateur, lui, n’a pas la parole; il vote avec son porte-monnaie. Et ces dernières années, AOC ou pas, il l’ouvre de moins en moins.

Pourtant, je ne me fais guère d’illusion: ma « croisade » ne sert strictement à rien.

Le système n’est pas (ou plus) au service des consommateurs, il est au service des producteurs et de leurs mandataires. Et pas forcément des meilleurs producteurs. Aujourd’hui, la plupart des AOC ne cherchent qu’à obtenir le plus petit dénominateur commun entre des conceptions opposées. Comment concilier la productivité, le marché, l’image, d’un côté; et la passion, le patrimoine, le contenu, de l’autre?

Expliquer, d’accord – mais est-ce crédible?

C’est peu de dire que le système des AOC français est compliqué – non seulement il atomise le vignoble, mais en plus, il fait se côtoyer sous la même mention, avec la même garantie d’authenticité, des petites entités à connotation terroir et de très grands ensembles régionaux. Château Grillet et L’Etoile, d’un côté; Champagne, Bordeaux ou Bourgogne, de l’autre.

Je ne rechignerais pas à en expliquer les subtilités – n’est-ce pas le rôle du journaliste que d’expliquer, que de vulgariser? – si je pouvais adhérer à la démonstration. C’est loin d’être toujours le cas.

Je ne suis pas fan de la simplicité pour la simplicité, pour la facilité; je ne crois pas qu’on doive tout niveler pour se mettre au niveau du néophyte, et gommer au passage les vraies différences – sols, climats, traditions.  Mais je ne peux pas non plus cautionner les amalgames, les passe-droits, les rentes de situation, les incongruités sans nombre.

Pourquoi la Champagne peut-elle assembler blanc et rouge pour faire du rosé quand c’est interdit partout ailleurs? Pourquoi il y a-t-il deux crus à Saint-Chinian, qui, au lieu de suivre la géologie, suivent les contours des bassins de production des deux coopératives locales? Pourquoi l’AOC Fitou est-elle coupée en deux?

Pourquoi Pomerol et Maury exigent-ils que leurs vins soient vinifiés dans des caves situées sur la commune ou le finage? Pourquoi l’Alsace exige-t-elle l’embouteillage dans la région de production? Pourquoi Sauternes peut-il congeler ses raisins, et pas Quarts de Chaume?

Pourquoi ne peut-on mettre plus de 10% de Carignan dans une cuvée de Pic Saint Loup, alors qu’on peut y faire un 100% Grenache ou un 100% Syrah?

Comment la Bourgogne, si fière de ses climats, de ses terroirs-confettis, a-t-elle pu créer il y a deux ans les Coteaux Bourguignons, dont l’aire s’étend sur 3 départements?

Le passage à l’AOP, avec la refonte des cahiers des charges, était l’occasion rêvée de mettre de l’ordre dans tout ce fatras, mais rien ou presque n’a été fait en ce sens.

Je suis convaincu que l’image des AOC en général souffre de tous ces petits arrangements avec la réalité. Je le regrette d’autant plus que je crois dans le concept de base, celui qui a  sous tendu la création des AOC, dans les années 1930 – la préservation du patrimoine commun. Une chose pour laquelle les marques, au sens strict, ne sont pas conçues.

Et ne me dites pas qu’une AOC est une marque – elle fait de son mieux, mais elle n’en a ni la cohérence, ni la force de frappe, faute d’unité dans sa gestion.

Une bouteille de Jacob’s Creek Chardonnay 2012, où qu’on l’achète, c’est toujours le même vin.

Une bouteille de Meursault 2012, non.

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Compliquée, la Bourgogne?

C’est bien pour cela que Sancerre se pose des questions.

C’est bien pour ça aussi qu’Yquem va enlever Sauternes de son étiquette principale.

Sauternes a peut-être besoin d’Yquem, mais Yquem n’a jamais eu besoin de Sauternes. Yquem était déjà une marque forte bien avant que Sauternes n’existe comme AOC.

Notre bien commun

Et vous, vous en pensez quoi?  Quel pourcentage de vins portant l’AOC Corbières, Tursan, Bordeaux Supérieur, Alsace, Bourgogne… (je ne les cite qu’à titre d’exemple, c’est valable pour toutes les AOC) vous semble mériter cette distinction? Quel pourcentage présente une réelle identité terroir? Quel pourcentage présente seulement un intérêt?

Vos réponses m’intéressent. Bien plus que les responsables des AOC, sans doute. Il est vrai que je ne produis rien. Que je n’ai rien à vendre.

L’idée que je me fais de mon activité de journaliste, c’est l’information du lecteur, pas la défense d’un secteur, aussi passionnant soit-il.

Voila pourquoi, avec tout le respect que je dois à ceux qui se battent pour que vivent « leurs » AOC, je me dois de leur dire: ce bien commun, c’est aussi le nôtre; et quand, faute de rigueur dans les règles de production, vous laissez écouler sur le marché des produits qui ne méritent pas la mention, vous nous grugez tout autant que vous vous mentez à vous-mêmes.

Quand vous chaptalisez, quand vous enrichissez vos mouts pour produire plus, quand vous osmosez, quand vous thermovinifiez, quand vous utilisez des levures à vocation aromatique, pensez-vous aux buveurs qui sont censés acheter votre terroir dans la bouteille, et pas du Béghin-Say, du parfum de labo ou de la technologie?

Rendez-nous nos AOC!

Hervé Lalau