Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Les vins sans IG sont-ils forcément moins bons?

La réponse est non, si j’en juge par l’affaire Raphael Michel, négociant rhodanien auquel il est reproché d’avoir commercialisé, entre octobre 2013 et mars 2017, des IGP et des vins sans IG sous les appellations d’origine contrôlée Côtes-du-Rhône, Côtes-du-Rhône-Villages et Châteauneuf-du-Pape (excusez du peu!).

Près de quatre ans se seraient donc écoulés, sans qu’aucun client de l’entreprise, distributeur, grossiste ou restaurateur, ne se rende compte de la supercherie (sans parler du consommateur final)!

De deux choses l’une, ou bien les vins IGP et sans IG utilisés étaient de qualité au moins équivalente à celle des appellations citées – ce qui remet en question la hiérarchie des vins en France (un thème déjà abordé ICI); ou bien les responsables des achats censés faire la différence… ne l’ont pas faite.

Ou bien encore, cette affaire va faire pschitt.

L’instruction est en cours, l’entreprise nie toute fraude, on suivra donc avec intérêt ses développements…

Hervé Lalau


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Une histoire de tomate, mais pas que…

Mon premier boulot après l’armée, ce fut à Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse, au sein d’une coopérative agricole: Le Cabanon, spécialisée dans la conserve de tomate. C’était en 1985.

Ce n’est que bien plus tard que je me suis intéressé au vin, au travers du journalisme.

Ceci, pour vous expliquer que mon attention ait été attirée sur l’article du Figaro consacré au livre de Jean-Baptiste Malet, L’Empire de l’Or Rouge, et dont le point de départ est justement… Le Cabanon.

L’Empire de l’Or Rouge, chez Fayard

Mais à lire cet article, je me dis que la tomate est loin d’être un cas isolé; j’ai pensé au jambon serrano issu de porcs hongrois ou hollandais; aux fraises andalouses plus gorgées de pesticides que de goût; aux huiles d’olives grecques rebaptisées italiennes, aux conserves françaises de haricots chinois… et au vin, bien sûr.

Nous pestons souvent ici – moi le premier – contre les règlements souvent abscons qui régissent notre production de vin, contre tout ce qui peut décourager l’initiative dans la viticulture française. Je n’ai pas changé d’avis. Mais je me demande pourtant si, en évitant que le vin ne soit une simple commodité, une matière première comme les autres, cet encadrement ne permet pas d’éviter certaines dérives comme celles auxquelles on assiste dans la tomate. Et si le contrôle de l’origine était quand même une protection pour le consommateur?

Votre avis?

Hervé Lalau


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IGP Pays d’Oc, complément d’information (2, les rouges)

Suite et fin de mon petit voyage dans la Collection 2016 des Vins de Pays d’Oc.

Cette fois-ci, place aux rouges.

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Domaine de la Baume Syrah 2015 Cuvée La Jeunesse

Rarement cuvée aura aussi bien porté son nom, car cette syrah a l’énergie, l’espièglerie de la jeunesse. Un fruit rouge et noir légèrement acidulé, croquant, une bouche structurée, épicée, mais sans austérité. Son côté enjôleur ne doit pas vous induire en erreur ; ce vin a de la substance. C’est là un des «Secrets du Sud» (le slogan du domaine): sous les jolies formes, chercher – et trouver- le fond.

Le Domaine de la Baume se situe à Servian, entre Béziers et Pézenas, ; il compte 176 hectares. Depuis 2003, il fait partie du groupe Grands Chais de France.

6,5 euros.

http://www.domaine-labaume.com/

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Domaine du Grand Chemin Cuvée JMF 2014

Le Domaine du Grand Chemin se situe à Savignargues, au pied des Cévennes. La Cuvée JMF (pour Jean-Marie Floutier, je suppose) est une des cuvées de prestige du domaine; elle assemble deux cépages qui sont rarement complices ailleurs: le Pinot Noir et Cabernet-Sauvignon.

Cet mariage de la carpe bourguignonne et du lapin bordelais est plutôt étonnant. Je manque de repères ; au nez, un soupçon de cerise et de fraise peut faire penser au pinot, et en bouche, la structure, au cabernet – mais c’est tellement plus facile quand on connaît la composition ! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas ce qui me plaît dans ce vin, mais plutôt sa texture fine et veloutée, ses tannins suaves, ses notes de cuir et de café, et sa finale délicatement fumée.

9,20 euros.

http://www.domaine-du-grand-chemin.com/

Calmel & Joseph Villa Blanche Marselan 2014

Si l’expression « vin de plaisir » s’applique à un vin, c’est bien à celui-ci!

Le Marselan (qui doit son nom à son lieu de naissance, l’INRA de Marseillan), est un croisement de Grenache et de Cabernet-Sauvignon, obtenu en 1961.

Dans les meilleurs cas, il allie les qualités des deux cépages, la souplesse, le fruité et la structure. C’est le cas de celui-ci, qui non content de nous enjôler le nez avec sa corbeille de prunes, de figues et de cassis gorgés de soleil, achève de nous séduire en bouche, avec un cocktail diabolique de tannins lisses, d’épices douces et de puissance retenue. Une poigne de phéromones dans un gant de velours. Et pour un prix d’ami.

7 euros. Capsule à vis (quelle bonne idée!)

http://www.calmel-joseph.com

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Alma Cersius Terra Patres 2012

Non, il n’y a pas que des vins jeunes dans cette Collection 2016, comme en témoigne ce 2012, hommage qui nous envoie, non pas ad patres, mais en terre languedocienne. Car c’est bien de terroir qu’il s’agit, n’en déplaise à la réglementation qui réserve le mot aux appellations ; un vin aussi fondu, aussi complexe, aussi velouté n’est pas que l’expression de ses cépages (syrah et cabernet-sauvignon, essentiellement), mais celle d’un magnifique coin de garrigue, à Cers, près de Béziers, où est installée cette coopérative. Aussi, au nez, cher Nino, on dirait le Sud, le thym, le laurier ; on enchaîne avec de la cerise et de la figue; que l’on retrouve en bouche, encore plus juteuses. J’ai repensé à un vin déjà présenté ici, voici quelques mois: la Cuvée Nicole, du Domaine d’Aigues Belles.

15 euros.

http://www.almacersius.com/

En résumé

Pour tous ces vins (et notamment le dernier), on a envie de dire «A bon vin, point d’enseigne». Pas besoin de «grand cru» sur l’étiquette. Ni même d’AOP. Ce n’est pas parce qu’on est IGP qu’on fait des vins hors sol, et hors producteur. En définitive, la seule mention qui vaille, oenophiles payeurs, c’est vous qui l’attribuez.

Hervé Lalau

 


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IGP Pays d’Oc: complément d’information (1, les blancs)

Il y a quelques mois, à la faveur d’un périple qui m’a emmené de Carcassonne à Uzès, je vous parlais des IGP Pays d’Oc, sur le vu (et le bu) de quelques domaines visités entre Carcassonne et Nîmes. Entre temps, le palmarès 2016 de la Collection Pays d’Oc  (le « best of » annuel de la dénomination) est sorti.

J’y retrouve quelques uns de vins de producteurs que j’avais présentés ; mais aussi d’autres, que je viens de me faire un plaisir de déguster, histoire de vous proposer ma sélection… de la sélection.

N’y voyez aucune vanité de ma part – le jury qui s’est réuni pour établir cette collection a toute ma sympathie, c’est juste que sur ce blog – le blog étant par définition un journal de bord, un témoignage personnel, je me sens obligé de vous faire part de mes coups de cœur, et non de ceux des autres, aussi justifés soient-ils. Le blog n’est-il pas l’endroit où l’on s’engage, quitte à se tromper, parfois, pourvu que ce soit de bonne foi ?

Quoi qu’il en soit, voici mes préférés. Cette semaine, on commence avec les blancs.

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Mas de Madame Muscat Sec 2015

Le Muscat Sec est un art difficile, on a tôt fait de tomber dans le terpénique-ta-cuvée, avec, certes, des arômes exubérants, mais une finale rêche et amère.

De l’amertume, dans ce vin, il y en a, mais c’est plutôt bienvenu.

Le raisin mûr du nez laisse place, en bouche, à des notes plus florales, plus épicées, aussi; c’est ample, mais sec.

Le Mas de Madame se situe près de Frontignan, au pied du massif de la Gardiole. La propriété, aux mains de la famille Sourina (père agronome, fils œnologue), comprend 56 ha, dont 46 de vignes.

Mas de Madame

Domaine La Provenquière Sémillon Vermentino 2015

Un des intérêts de l’IGP Oc, et pas des moindres, c’est d’avoir une liste de cépages beaucoup plus fournie que n’importe quelle appellation ; et donc, de pouvoir faire des assemblages originaux ; C’est bien la première fois que je déguste un Vermentino-Sémillon – un attelage intéressant mais rare (sans doute peut on en dénicher en Côtes de Provence).

Faute de repères, j’ai eu un peu de mal à trouver mes marques : ce vin ne choisit pas vraiment encore l’opulence et la vivacité, il vous donne les deux. Les notes florales, la bonne acidité et la pointe de quinquina en finale me font penser au Vermentino, mais ses agrumes confits et son gras assez confortable m’évoquent plutôt le sémillon. Il semble que le Vermentino soit majoritaire dans l’assemblage ; toujours est-il que le mariage est très réussi.

Le domaine (et château) de la Provenquière se trouve à Caspestang, près de Béziers. Il compte 145 hectares. Fondé au 15ème siècle, il est la propriété de la famille Robert depuis 1954.

Domaine La Provenquière

 

provenquiere

Les Hauts de Janeil Grenache Viognier 2015

Voici encore un attelage original, qu’on aura du mal à trouver en appellation ; et pourtant, cela fonctionne. Très floral au nez (fleurs de tilleul, camomille, et même une pointe de jasmin), en bouche il passe au chutney de mangue aux épices, et à l’ananas.

Un vin très franc, très direct, sans fioritures. Jolie finale saline.

Les Hauts de Janeil est un vin de la galaxie François Lurton, vigneron bordelais qui vinifie aux quatre coins de la planète, du Chili en Argentine en passant par le Douro, la Castille… et le Roussillon. Et plus précisément, à Tautavel, où se niche le Mas Janeil (40 ha), et où l’on produit aussi bien des cuvées d’IGP Oc que des Côtes de Roussillon Villages.

Mas Janeil

Beauvignac Chardonnay 2015

Je connaissais surtout la coopérative des Costières de Pomérols et sa marque Beauvignac pour son Picpoul de Pinet; il faut croire que le Chardonnay ne se déplaît pas aux bords de l’étang de Thau, car cette cuvée m’a littéralement scotché. L’appellation de référence dans la région, pour ce cépage, c’est Limoux; je n’en suis pas toujours très fan, car bon nombre de vins du cru sont victimes d’un élevage excessivement marqué, et donnent trop dans le grillé à mon goût. Mais là, c’est une tout autre histoire: un Chardonnay bien Chardonnay, avec ses notes de camomille de miel et de fleurs blanches (j’ai pensé un moment à un beau Mâcon), avec un je ne sais quoi d’épicé et de fumé en bouche; une belle opulence, mais encore assez de vivacité pour ne pas tomber dans la mollesse. La finale est bien grasse. Car oui, et c’est là une des bizarreries du langage du vin, d’un vin sec, on peut dire qu’il est gras.

Beauvignac

Mas des Tannes Blanc 2015

Dans la famille Grenache, je voudrais le blanc. Peut-être pas le plus aromatique des cépages blancs du Sud, ni le plus vif, mais par contre, quels beaux épices, quel gras, quelle ampleur! En tout cas, dans celui-ci, au Mas des Tannes, à Montagnac. Est-ce la proximité de la garrigue et des pinèdes qui lui donne ce côté sauvage et corsé, et ces notes de romarin ? Est-ce celle de l’Etang de Thau qui explique ses notes salines? Un peu de tout cela, sans doute, sans oublier un très bel élevage, dont la trace boisée s’estompera sans doute avec un peu de temps. Car ce vin a beau être déjà très plaisant aujourd’hui, j’aimerais bien le redéguster dans un ou deux ans, histoire de vous montrer qu’IGP ne veut pas forcément dire vin à boire vite sur les arômes de la jeunesse… En tout cas, pas chez Jean-Claude Mas.

Mas des Tannes

tannes

 

En guise de conclusion (provisoire)

Que ce soit à partir de cépages locaux, ou de cépages internationaux, ou encore avec des assemblages originaux,  les blanc d’Oc surprennent.

Au vu des vins de cette sélection, la mode d’un boisé facile et outrancier régresse.

De plus, les bi-cépages introduisent une nouvelle complexité – ce n’est pas faire injure au Pays d’Oc que de dire qu’il a bâti son succès sur les mono-cépages.

Or, à mon humble avis, ces assemblages (à la palette potentiellement très riche, vu le nombre de variétés autorisées) assurent non seulement une plus grande diversité des vins, mais aussi plus de possibilités de différenciation. On trouve maintenant sous cette dénomination des vins qu’on ne trouverait nulle part ailleurs en France; et qui, pourtant, ont bel et bien l’accent sudiste qu’on peut attendre de produits de l’arc méditerranéen. Et une véritable profondeur. On trouve aujourd’hui sous l’IGP de véritables vins d’auteur, des vins signés, des vins propres à réjouir l’oenophile, et à remplir sa cave, pour peu qu’il soit ouvert d’esprit.

La preuve (comme avec les Côtes de Gascogne) qu’il y a une vie au-delà des AOP.

Hervé Lalau amwinmus


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Linc on triangles, bubbles and Russian dolls

Notre invité australien Lincoln Siliakus (Vino Solex) revient sur un événement récent auquel deux des 5 (Marc et Hervé) ont également assisté.

Every time I go to the Languedoc, there is talk of appellation reform. Villages get promoted, new appellations are created, and there’s constant talk about new categories within the existing ones… Enter Jean-Philippe Granier, the enthusiastic and ebullient “technical director” for the AOC Languedoc, and himself a winemaker. If he’s not in the throes of actually having an idea, he’s chatting about one he’s just had. And he invited a small group of journalists to the area recently to chew the cud about eight historical appellations that he believes warrant greater recognition, the details of which I’ll cover in another blog.

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An enthusiastic Jean-Philippe Granier

This story is to ask the basic question – what’s going on here? In other words, what is all this AOC shuffling in the Languedoc telling us about people: their “culture”, beliefs, habits and images? Intellectualism warning – if elitism is a French fetish, so is complication. This could get messy. And from now on I’ll use the new European AOP (Appellation Origine Protégée) designation. The C in AOC stands for “Contrôlée », another French fixation.

Anyway, the French themselves think of their country as a hexagon. In fact, they often use that word to describe the “mainland” of France as opposed to its islands such as Corsica and its territories such as Guiana.

hexa

But, psychologically, France is more like this.

triangle

 

The entire country, it seems, is graded: from schools to restaurants, churches, towns; just about everything has one or more stars or labels. It’s a profoundly elitist culture, in which excellence (but not wealth) is flaunted.

And Australia might look more like this, as it is a country of brands of different sizes and colours that are being pumped up or pricked, all floating around in a free market (well, with a bit of mateship and corruption thrown in, of course) and a wine’s value is its cost.

Bubbles

To return to that triangle. At the moment, the winemakers are looking at one which looks like this. It’s inspired by that drawing of Jean-Philippe’s, although I still don’t really understand it. They are being somewhat hopeful at this stage as the system does not (yet) contain the highest category there.

Triangle

The idea is to get to the top and then to fight off the upstarts. Or to create an even higher category. The folk out at Châteauneuf-du-Pape must be thinking about this seriously, as a new cru comes along in the Côtes du Rhône just about every year, and they must be looking at ways to step over the crowd of newbies.

In passing, we need to understand that this triangle is based on an assumption; a subliminal code if you like. France is a ground-up culture, where your sense of identity comes from the territoire (there you have it, it’s the new buzzword over here) into which you were born, your place. The French farmer belongs to the earth, not vice versa as in Australia. The land is not just an asset, but something to pass on to the next generation. Hence the assumption that the identity, quality and value of a wine derive inherently from the place in which it is grown. It’s obvious, Monsieur. And, yes, it is.

Back to our triangle. Normally, if you don’t meet the rules of a category, you can drop down to the level below, so the system could also be thought of like this.

Russian dools

This depends on all sorts of factors, the most important apparently being the availability of that lower category when your current one was created. I warned you that this is a mess! So, if you were not in the AOP Languedoc when that was created but your appellation now finds itself at the Cru level above it, you cannot drop to anywhere in this triangle. You’d have to sell your stuff as an IGP or Vin de France, which is below the triangle. Indeed, only 10% of the Languedoc’s wine is at the AOP grade.

This appellation frenzy is terrific of course – it allows winemakers to hold innumerable meetings during which the qualities of the product are re-assessed in practice. It justifies a plethora of working committees, and facilitates the inflow of public funds. It maintains an army of officials, keeps geologists busy, and justifies journalist visits.

All good.

Except for the poor consumers, that is, who have no idea about what they are drinking.

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Siliakus 

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