Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Armagnac: salut les copeaux!

Dans le projet de nouveau cahier des charges de l’AOC Armagnac, actuellement au stade de la procédure d’opposition, on peut trouver le paragraphe suivant, ajouté au chapitre Finition: « L’infusion de copeaux de bois constitue une méthode traditionnelle : l’essence de bois utilisée est conforme à celle des logements inscrite au cahier des charges et, le cas échéant, l’infusion est stabilisée par adjonction d’eau-de-vie de même dénomination que l’eau-de-vie de destination ».

On ne m’enlèvera pas de l’idée, pourtant, qu’il n’y a rien de « traditionnel » à devoir ajouter des copeaux à des alcools traditionnellement vieillis en fût; à moins bien sûr, qu’il ne s’agisse d’accélérer le processus, et partant, de faire passer des alcools jeunes pour plus vieux qu’ils ne le sont. Idem pour l’adjonction de caramel.

Le bien fondé de cette mention me paraît donc des plus douteux. Il me semblerait plus utile, pour la qualité du produit comme pour la protection du consommateur, d’exiger que les producteurs qui utilisent les copeaux et/ou le caramel soient tenus de l’indiquer sur l’étiquette.

Sinon, pour le caramel, il y a aussi ça…

Je suis un fervent défenseur de l’Armagnac, eau-de-vie historique et de terroir; mais je suis encore plus convaincu des vertus de la transparence, même pour les alcools bruns….

Plus d’info: ICI

Hervé Lalau


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Un chouette moment chez Laubade

Cela aurait pu se passer hier, il y a des Noëls rares qui se terminent aux aurores sans qu’on s’en rende compte… Cela commence comme n’importe quelle réjouissance. Les convives arrivent, ceux qui se connaissent se rassemblent et discutent ensemble, d’autres font le tour pour à tout le monde dire bonjour, d’autres encore timides répondent aux saluts, de loin, préférant rester dans leur coin.

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Au fond, les Pyrénées…

C’est un peu comme ça que cette soirée-là commença. Un petit tour de la propriété, histoire d’admirer le paysage, les Pyrénées en fond de décor, puis d’aller renifler à l’alambic, l’eau de feu en filet continu qui embaume la pièce et dont une goutte cristalline suffit à emporter notre palais.

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Clair comme l’eau qui sort de l’alambic

La surprise ou peut-être l’originalité, du moins pour nombre d’entre nous, le cocktail !
J’apprécie beaucoup un bon gin dans un grand verre empli de glaçons et arrosé d’une même proportion d’un bon tonic. De là à envisager ce dernier recouvrant une bonne proportion d’Armagnac…

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Photo (c) André Devald

Dubitatif, on fait tourner les glaçons, il faut temporiser, voir la tête des plus téméraires, quoique ce n’est pas toujours le reflet d’une bonne ou mauvaise qualité. Puis, encouragé par les « ah oui!», les « hum, j’aime beaucoup » « ça, je refais chez moi » « c’est génial » oubliant au passage les « c’est original » « ça fait longtemps que vous le faites » « ça devrait plaire à ma femme » et laissant au doute les « je n’y avais jamais pensé », on se lance, on y trempe ses lèvres après l’avoir humé quatre fois, principe inutile de précaution. Et là, la révélation, c’est que c’est bon, frais, aromatique, le tonic semble à la fois s’effacer pour laisser l’Armagnac s’exprimer avec grâce et subtilité, revenant de temps en temps comme pour nous remettre les papilles à zéro, histoire de jouir pleinement à nouveau du délicieux mélange. Vide, on s’en reprend encore un ou deux avant de passer à table.

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L’embarras du choix

Très convivial, le repas se passe agréablement, atmosphère détendue, jusqu’à l’arrivée, cette fois attendue, du chariot de vieux millésimes d’Armagnac. Quelques jeunots de vingt ans défilent avant de plonger dans le temps pour finir bien plus vieux que moi. Un régal, et cette fois plus question de mélange, ils se boivent purs ou très légèrement dilués. Femmes comme hommes se prêtent au jeu des millésimes, l’ambiance se réchauffe encore d’un cran, les Lesgourgues père et fils nous gâtent.

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Les belles années qui nous ont marqués, la douceur suave du 1966, le pointu du 1941, mais ce n’est qu’un souvenir, n’ayant rien noté dans un petit carnet, préférant siroter sans m’angoisser.

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C’était une chouette soirée, tout simplement.
C’était chez Laubade, le mois dernier.
Merci à Jean-Jacques Lesgourgues et à son fils Arnaud.

Plus d’info: www.chateaudelaubade.com

Ciao

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Marco


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Promesses de Gascogne

Le titre, c’est pour faire joli, car en Côtes de Gascogne, on n’en est plus aux promesses: on ne m’a pas attendu pour produire de belles choses – surtout en blanc – et on sait les vendre. Si marge de progression commerciale il y a, c’est plus avec les rouges  (la région a peut-être déniché son grand cépage emblématique avec le Manseng Noir) et surtout avec les blancs de Manseng, Petit ou Gros, qui m’ont littéralement bluffé, seuls ou en assemblage, lors de mon passage dans la région, la semaine dernière.

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Par une belle matinée d’octobre, au Château d’Arton (photo (c) H. Lalau 2015)

Quelques chiffres

Quelques chiffres, pour situer les choses. L’Indication Géographique de Provenance Côtes de Gascogne (c’est son petit nom), ce sont 13.000 ha centrés sur le Gers, avec quelques extensions dans les Landes et le Lot-et-Garonne; 1.100 producteurs, dont 900 coopérateurs, apportant leurs raisins à 6 caves coopératives, et 200 caves particulières, plus une dizaine de négociants.

En termes de production, ce sont quelque 90 millions de bouteilles dont 85% de blanc, 7% de rouge et 8% de rosé. En termes de commercialisation, c’est 70% de ventes à l’exportation, pour 30% en France (et seulement un tiers en GD française).

En résumé, il s’agit de la plus belle réussite commerciale du vin français de ces 20 dernières années. Une réussite d’autant plus spectaculaire que personne ne l’attendait; qu’elle s’est faite avec des cépages méconnus – le Colombard et l’Ugni, au départ; que la lutte est féroce, sur les marchés tiers, avec les blancs du ‘Nouveau Monde’ (Sauvignon de Nouvelle Zélande ou d’Afrique du Sud, Chardonnay du Chili…); et que dans le même temps, des AOC à forte notoriété, comme le Muscadet, ont beaucoup souffert à l’export.

Mais qu’est-ce qui explique ce succès?

L’audace. Et la nécessité.

Au fil 1970, les vignerons de Gascogne voient les ventes de leur produit phare, l’Armagnac, s’éroder. Certains décident de se tourner vers le vin. Les cépages qu’ils distillent ne sont pas tous adaptés pour le vin; la Folle Blanche est donc écartée, reste le Colombard, qui présente une belle palette aromatique, et l’Ugni Blanc, certes plus neutre, mais qui donne une certaine structure à l’assemblage. C’est sur cet attelage original que parient quelques précurseurs, parmi lesquels la famille Grassa, du domaine de Tariquet (oui, c’est un vrai château, mais les IGP n’ont pas droit au nom de château). Et le pari est audacieux: qui aurait osé miser, à l’époque, sur cette région, au point se se constituer, comme les Grassa, le plus gros vignoble privé de France  (1.200 hectares)? Des fous? Des visionnaires?

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Les vignes de Tariquet – enfin, quelques unes… (Photo (c) H. Lalau 2015)

Au fait, pour cette fois, épargnez moi le couplet sur le gros industriel du vin, qui produit de la merde et qui écrase les petits vignerons inspirés. J’ai dégusté 33 blancs de Gascogne à l’aveugle, lundi dernier, et le Classic 2014 de Tariquet est sorti parmi les trois meilleurs. Et ce n’est pas l’ami Michel qui me démentira.

Et puis, deux jours plus tard, j’ai rencontré un des deux fils Grassa, Armin. Rien à redire. Pas de diarrhée verbale, pas de discours expansionniste à caractère pathologique, même pas de « moi, je » à répétition – je connais à Cahors des propriétaires de domaines à l’ego beaucoup plus encombrant!

Et il n’y a pas que Tariquet qui impressionne, en Côtes de Gascogne. Que penser d’un domaine comme Guillaman (90 ha, un vigneron, une vigneronne et trois employés), qui produit (et vend, jusqu’au bout du monde!) quelque 650.000 bouteilles d’une seule cuvée, son Colombard-Ugni Les Pierres Blanches? En plus, là encore, c’est très bon!

Les autres exemples du dynamisme gascon ne manquent pas;  je pense à Arton (un superbe endroit: château pour l’Armagnac, domaine pour ses excellents Mansengs et rouges de Syrah-Cabernet); à Magnaut, aussi à l’aise avec le Tannat qu’avec le Manseng, avec les cuvées de plaisir qu’avec les vins plus structurés; à Cassagnoles (comment font-ils pour donner au Colombard cette dimension presque suave?)… et j’en oublie, bien sûr.

IMG_7544Le Château de Cassaigne (Photo (c) H. Lalau 2015)

Une sélection

Alors, pour ne pas trop en oublier, voici ma sélection… sans commentaires de vins. Je laisse à mon ami Marc, qui était également présent lors de ces deux jours en Gascogne, le soin de détailler ses impressions dans une chronique ultérieure (c’est quand il veut).

Juste quelques généralités, donc, pour aujourd’hui:

-Les meilleurs Colombard-Ugni (les cuvées de base, pour la plupart des domaines) sont non seulement vifs et aromatiques, mais aussi légers en alcool et pourtant, structurés – un paradoxe gascon!

-Les Sauvignons sauvignonnent. Les Chardonnays sont corrects, mais pas exceptionnels.

-Plus prometteurs me semblent les Mansengs (Gros et Petit), qui allient les notes de fruits très mûrs, le miel, le coing, la poire, une bonne acidité, et selon les choix du vigneron, une dose de sucre plus ou moins importante, mais toujours superbement intégrée, contre-balancée qu’elle est par l’acidité naturelle du cépage. On les connaissait  – et on les appréciait – à Pacherenc et en Jurançon; les versions Made in Côtes de Gascogne n’ont rien à leur envier. On en redemande!

Quant aux rouges, n’en déplaise aux chantres de l’AOP (Appel à l’Ordre et à la Prohibition?) qui aiment tant établir des listes de cépages limitatives, voire à préciser des pourcentages de cépages principaux, secondaires ou accessoires (il faut croire que ça fait vivre l’administration), il est heureux qu’ils soient souvent issus, ici, en IGP, d’assemblages originaux: en Côtes de Gascogne, on peut en effet assembler cépages atlantiques et méditerranéens, ce qui n’est pas courant.

Au carrefour de cette double influence climatique et humaine, la Gascogne a toutes les raisons de mélanger; d’une part, la grande famille des Carménets (Cabernets, Merlot, Carménère…) est tout aussi gasconne que bordelaise (en fait, elle est originaire du Béarn et du Pays basque). Celle des Cotoïdes (Côt-Malbec, Tannat, Manseng Noir, Prunelard…) est quercynoise… et gersoise. Quant à la Syrah, venant du Rhône, si on la considère comme un cépage « améliorateur » en Languedoc, pourquoi pas en Gascogne?

On attendra de voir ce que donne le Manseng Noir – je n’en ai dégusté qu’une cuvée signée Plaimont; très intéressante, certes, mais où ce cépage était minoritaire.

IMG_7510Cave canem! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Assemblages à dominante de Colombard

Domaine de Tariquet Classic 2014*** (contient aussi du Sauvignon), Domaine Guillaman 2014***, Domaine de Miselle*** (contient aussi du Gros Manseng), Domaine de Magnaut 2014***, Domaine du Rey 2014** (contient aussi du Sauvignon Gris), Domaine de L’Herré 2014**,  Villa Dria 2014**, Domaine de Ménard Cuvée Marine 2014**  (avec Sauvignon et Manseng), Domaine Chiroulet Terres Blanches 2014**, Domaine Saint Lannes 2014**.

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Oui, je confirme, j’aime le Tariquet Classic et les Dernières Grives aussi (Photo (c) H. Lalau 2015)

Assemblages à dominante de Manseng (ou Manseng 100%)

Domaine de Papolle Gros Manseng 2014*** (40 g de sucre); Domaine Chiroulet Vent d’Hiver 2011***, Domaine de Pellehaut Cuvée Eté Gascon 2011***, Domaine Saint Lannes 2014***, Domaine d’Arton Cuvée Victoire 2011*** (Gros et Petit Mansengs), Domaine Magnaut Cuvée Équilibre de Manseng 2014***, Domaine de Cassaigne 2013 (20% Colombard)**,  Domaine des Cassagnoles Gros Manseng Sélection 2014**, Malartic Vintus 2013 (Manseng Gros et Petit)**, Domaine Les Remparts Gouttes de Lune 2013**,  Domaine Picardon La Soleillerie 2014 (Gros et Petit Mansengs)**, Domaine de Maubet 2014**, Domaine de Séailles Orfeo 2014**.

Côtes de Gascogne Rouge

Domaine d’Arton Cuvée Réserve 2012*** et 2010***, Domaine Chiroulet Grande Réserve 2014***, Domaine de Saint Lannes 2004*** (oui, c’est bien 2004!), Domaine de Magnaut L’Esprit Passion Tannat 2011**,
(Merlot-Manseng Noir)**, Domaine de Cassaigne Grand Vin 2013**, Domaine d’Arton La Croix d’Arton 2013**, Les Hauts de Guillaman 2012**.

IMG_7487Qui a dit que la Gascogne n’était bonne qu’à faire des blancs de soif? Pas Chiroulet! (Photo (c) H. Lalau 2015)

Vingt ans après

Au fait, vous connaissez ma théorie sur les beaux paysages qui font les vignerons fiers, et donc les beaux vins; pour saugrenue qu’elle puisse paraître, elle se vérifie encore ici, avec les superbes ondulations de la Gascogne tantôt bossue, tantôt vallonnée, mais jamais monotone – les vins non plus. N’imaginez surtout pas un océan de vignes – ici, il y a de la place, alors les grands blocs de vignobles sont rares. Ce qui n’est pas plus mal pour le viticulteur, ne serait-ce que pour répartir les risques de grêle.

Au retour de ces quelques jours en Gascogne, je  me suis dit: mais pourquoi avoir attendu 20 ans pour venir déguster dans ce pays de cocagne?

La réponse est aussi bête que la segmentation des vins en France: c’est qu’il s’agit d’une IGP. D’un ancien Vin de Pays. Et les IGP sont rarement citées sur les cartes officielles. Même dans les guides, on les renvoie souvent aux dernières pages – genre, « si vous passez dans le coin… » On a quand même de la peine à croire que Tursan ou Buzet sont tellement plus intéressants…

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Ne cherchez pas les Côtes de Gascogne sur la carte des vins du Sud-Ouest de Hachette: pas d’AOP, pas de mention…

Une petite voix me dit que nous autres journaleux ne sommes pas chargés de la réglementation des vins;  que c’est le résultat qui compte; que des Vini da Tavola dament régulièrement le pion à des DOCG, en Italie; que des Grands Crus Classés, à Bordeaux, peuvent déchoir; que ma dernière dégustation de Clos de Vougeot a été pitoyable.

Bref, qu’on s’en fout, des sigles, pourvu qu’on ait du vin, du vrai! Si l’IGP veut dire plus de liberté pour faire des vins qui plaisent, je signe des deux mains. La qualité, ce n’est pas l’élitisme, l’art pour l’art, les querelles sur le sexe des cépages ou la prétendue tradition (qui ne remonte jamais qu’au phylloxéra, de toute façon…).

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Allez, parce que c’est vous, la voici, la carte (éditée par le Syndicat)…

Par ailleurs, je rappelle que l’aire des Côtes de Gascogne a été jugée assez qualitative pour abriter deux AOP (Floc de Gascogne et Armagnac). Et que les trois sous-zones qui la composent sont les trois crus de l’Armagnac: Bas Armagnac, Haut Armagnac et Ténarèze. Mais pas question de le mentionner sur l’étiquette d’un IGP, bien sûr…

Quoi qu’il en soit, vive les Gascons et leurs promesses tenues. Vive la Gascogne et vive les IGP!

IMG_7476Hervé Lalau

PS. Merci à Alain Desprats et Amandine Lalanne pour leur professionnalisme; et à tous les vignerons pour leur accueil sympathique, authentique et pas collet monté pour un sou – en un mot, gascon.