Les 5 du Vin

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22 rouges du Roussillon à la conquête du marché belge

Ce jeudi, à Bruxelles, se tenait une dégustation de 22 vins rouges (secs) du Roussillon ; avec comme dénominateur commun, le fait qu’ils ne sont pas encore importés en Belgique, ou seulement très localement. Le Bureau d’Information des Vins du Roussillon avait justement organisé cette session pour les présenter à des importateurs potentiels. Certains des professionnels présents semblent déjà avoir trouvé chaussure à leur pied – quant aux absents, comme toujours, ils ont eu tort…

Les importateurs belges au travail (Photo (c) H. Lalau 2017

A noter que toutes les AOC de rouges secs de la région étaient représentées – Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon Villages avec ou sans mention de commune, Maury sec et Collioure, ainsi que l’IGP Côtes Catalanes.

Voici mes préférés (et ils sont nombreux):

Dom Brial Côtes du Roussillon Cuvée Crest Petit 2013

Domaine Vaquer Côtes du Roussillon Les Aspres Cuvée Epsilon 2014

Domaine Madeloc Collioure Cuvée Serral 2014

Domaine Piétri-Géraud Collioure Cuvée Sine Nomine 2015

Vignobles du Terrassous Cuvée Villare Juliani 2015

Mas Cristine Côtes du Roussillon 2015

Domaine Piquemal Terres Grillées 2015

Château Moléon Côtes du Roussillon Villages Caramany 2015

Domaine des Schistes Côtes du Roussillon Villages Tautavel La Coumeille 2015

La Coume du Roy Carignan IGP Côtes Catalanes 2016

Quelques flacons parmi ceux présentés à Bruxelles (Photo (c) H. Lalau 2017

 

Plus qu’encourageant

Au-delà de ce palmarès personnel, plutôt flatteur (10 vins retenus sur 22, c’est plus qu’honorable), je soulignerai la bonne qualité d’ensemble des vins proposés, et ce, sur tous les millésimes – l’échantillon comprenait une majorité de 2015 et de 2016 – deux beaux millésimes, mais aussi des 2014, des 2013 et un 2012, qui n’a d’ailleurs pas démérité.

Deux (grandes) satisfactions : primo, le nombre de cuvées alcooleuses, sèches, trop extraites et/ou trop boisées est en nette diminution; secundo, on trouve déjà de très beaux vins à tout petit prix (6 euros pour le Château Moléon, par exemple, c’est un vrai prix d’ami).

Une surprise: la forte présence des Collioure dans ma sélection, et plus globalement, parmi les vins que j’ai le plus appréciés. Non que cette appellation m’ait jamais déplu, mais ce jeudi-là, tous les Collioure présentés (ils étaient quatre) m’ont vraiment séduit – il était d’autant plus difficile pour moi de les départager.

Une remarque: il est encore nécessaire d’expliquer qu’il y a des Maury Secs. Pour certains importateurs belges, Maury égal VDN. Un point c’est tout. A leur décharge, bon nombre de consommateurs le pensent aussi – c’est que la petite notoriété de cette appellation s’est d’abord faite sur le doux. Il faudra encore travailler pour dissiper cette confusion.

Un (petit) regret, enfin: deux cuvées étaient bouchonnées. Regrettablement, totalement et irrémédiablement. Cela peut paraître anecdotique, mais deux sur 22, c’est énorme. Au risque de me répéter, nos amis Roussillonnais ont-ils pensé à la capsule à vis ?

Hervé Lalau

 


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Visa pour… deux vins de domaine de la Casenove !

Visa pour l’Image est le plus grand festival international de photojournalisme qui réunit chaque année en septembre à Perpignan des milliers de visiteurs autour d’une même passion, la photographie. J’en profite pour  y associer les vins d’Etienne Montès, car il a été photoreporter,  chasseur d’images de la célèbre agence Gamma et ses photos ont fait le tour de la planète. Ça lui colle toujours à la peau, pourtant ça fait maintenant 37 ans qu’il a rejoint la propriété familiale, le domaine de La Casenove. Depuis, il n’a cessé de progresser dans un style sincère qui convient à son terroir qu’il connait si bien. J’ai dû connaitre Etienne Montès dans les années 90, et Frédérique son épouse, bien avant, elle venait manger au Drink-Hall, c’était une fidèle. J’ai commencé à vendre leurs vins quand nous étions aux Feuillants;  Etienne, c’est quelqu’un qui aime manger et cuisine, il fréquentait donc régulièrement notre table, et nous allions assez souvent nous détendre au domaine, où  il  nous régalait de sa cuisine catalane dans laquelle, il excelle et bien sur de ses vins qui l’accompagnent merveilleusement. La propriété se trouve au Sud de Perpignan, à Trouillas. C’est vrai que j’ai un faible pour ce coin des Aspres, je crois vous l’avoir déjà dit, c’est si beau avec le Canigou au loin, les vignes qui s’étirent sur les coteaux, tout près de la Méditerranée. D’accord la tramontane y souffle de temps en temps, mais en échange elle nous apporte un bleu du ciel intense, et un soleil qui donne à ces pierres de ce vieux Mas, une très belle luminosité. L’atmosphère qui règne dans cette ancienne propriété viticole, dans la même famille depuis plus de 400 ans, est assez unique: les bâtiments patinés, les grands arbres, les glycines, les grands chais sont chargés de senteurs antiques, on s’y sent bien, on y respire la paix, même si je ne suis pas certaine que le quotidien y soit aussi idyllique! Le domaine de 50 hectares  offre un paysage unique, il est d’un seul tenant, pourtant les variations de sols et sous-sols y sont nombreuses et amènent Etienne à effectuer de nombreuses sélections parcellaires.

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Nous sommes devenus amis, et, je ne vous apprendrai rien si je vous dis combien il est difficile de parler des vins des amis. Pourtant nous sommes amenés à le faire assez souvent, et, pour être tout à fait franche avec vous, j’ignore quelle part l’affectif occupe dans nos commentaires. Cette parenthèse mise à part, je n’avais pas gouté leurs vins depuis bien longtemps, l’autre soir ils sont venus manger à la maison et m’ont apporté 2 bouteilles qu’ils ont laissées discrètement dans la cuisine. Je les ai débouchées dimanche, si je vous en parle c’est que je les ai fort appréciées, sinon je n’aurais rien dit. J’ai retrouvé des vins sincères, authentiques, lui non plus ne cherche pas à être tendance, mais il a su à transmettre à ses vins l’empreinte des lieux tout en ayant réussi à leur insuffler un petit air de modernité.

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La Colomina Rouge 2016 (IGP Côtes Catalanes)

La Colomina 2016, du nom d’une parcelle du domaine, est issue de 50% de carignan, 25% de syrah, 20% Grenache Noir, et 5% Mourvèdre cultivés sur des sols essentiellement argileux dans un climat méditerranéen.

Quelle belle surprise cette cuvée, c’est un pur vin de plaisir. La robe d’un rouge profond et velouté, annonce une belle matière. Le nez est épanoui, ouvert, fruit noir dominant, baies sauvages, garrigues- Gourmande et gorgée de fruits, la bouche offre une très belle matière, encore un peu sauvage, mais tellement digeste ! Après aération, le fruit reste très gourmand et s’enrichit de notes d’olives noires et d’épices. Un vin assez puissant mais déjà prêt à déguster grâce à la rondeur de ses tanins. La très bonne acidité du millésime amène la vivacité et la fraîcheur. Une bonne longueur, tout en fraicheur qui appelle irrémédiablement d’autres verres ! Je l’ai aimé parce qu’il ressemble aux paysages de la Casenove, il y a du vent, du soleil et du vrai. Il peut être bu dès maintenant, car il est particulièrement gouleyant, mais il évoluera bien.

Il est à noter qu’il a été élevé 2 ans en cuve après des vendanges manuelles en comportes, un égrappage complet, et des arrosages fréquents de tout le chapeau. La macération courte de 15 jours donne des tannins peu agressifs. 10,50 € TTC la Bouteille

Cuvée Commandant François Jaubert 2010, IGP Côtes Catalanes 

Une pure syrah portant le nom d’un aïeul du maître des lieux : un marin, arrière-grand-oncle d’Etienne, qui construisit le domaine. Elle a été élevée 24 mois en barriques bordelaises. La cuvée Fr Jaubert n’est pas produite systématiquement et les raisins viennent toujours de la même vigne de Syrah qui pousse sur des sols d’argile et terrasse de galets. Il fit partie des premiers grands vins du Roussillon, je me rappelle encore du succès du 1998, mais, je me souviens aussi avoir « pesté » contre l’étiquette que j’accusais de freiner les ventes. Mais Etienne s’y accrochait et ne voulait rien entendre. Maintenant qu’il l’a changée, qu’il a modernisé la présentation, je me demande s’il n’ avait pas raison. Certes, elle était désuète, mais elle faisait partie du vin et lui donnait une personnalité unique. Non pas, qu’il en ait moins aujourd’hui, je pense qu’au contraie, cette version a plus de « classe », c’est juste un regret de voir disparaitre le commandant et la belle signature de La casenove. Donc, pardon Etienne, je regrette d’avoir tant insisté. Les acheteurs ne devraient jamais se mêler de l’image des vins, même si évidemment nous sommes convaincus, que « nous, nous connaissons bien le marché ». Même sa composition a changé, il est passé d’un assemblage de 35% de syrah, 10% de mourvèdre, 30% de grenache et 25% carignan à un 100% syrah. Sans doute l’admiration d’Etienne pour les Syrahs du Rhône, mais plus sûrement le désir, de la mise en avant d’une parcelle dont il est particulièrement fier.

A gauche l’ancienne étiquette, à droite dans la ligne de la nouvelle image du Domaine. Vues ensemble, la dernière version est finalement mieux quand même!

Cette cuvée Fr. Jaubert (le commandant est passé à la trappe), je l’ai aimé avec sa robe très dense, et sombre, presque noire, son nez intense de fruits noirs et rouges avec des touches de poivre blanc, remarquable pour sa fraicheur et sa pureté. La bouche se montre franche et précise. Élégante enveloppée par les fruits noirs, les épices douces et quelques notes de réglisse. C’est puissant, structuré, mais ça reste très savoureux, c’est mûr, les tanins sont fondus. Je retiens la fraicheur finale et l’équilibre, le vin se montre gourmand, séducteur et charnu, sans lourdeur et racé. Une très belle syrah du Sud!

28,00 € TTC la Bouteille

Il ne me reste plus qu’à aller redécouvrir le reste de sa gamme, et surtout ses VDN.

Etienne et Frédérique Montès
66300 Trouillas
Tél : 04 68 21 66 33
contact@domainelacasenove.com

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 


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A Trouillas, le « meunier » ne dort pas!

Au Domaine de La Meunerie, Stéphane Batlle a produit son premier millésime en 2014. Et voilà qu’à la faveur d’une dégustation de nouveautés d‘In Vino Veritas, notre panel  sélectionne ses trois cuvées de rouge! Trois 2015. Voilà qui méritait bien un portrait…

Enfant du pays, Stéphane Batlle s’est installé à Trouillas, au cœur des Aspres, parce qu’il savait pouvoir y faire de belles choses. Son parcours (lycée agricole, stages en Bourgogne et dans diverses régions de production) ne l’a jamais emmené très loin de la viticulture, mais avec ce domaine, il avait la possibilité de voler de ses propres ailes. Cela ne s’est pas fait en un jour ; ses 17 ha, il les a achetés petit à petit, en suivant notamment une belle veine d’argile rouge ferreux qui est une des spécificités de la commune.

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A la Bourguignonne

6 ans d’efforts plus tard, il se retrouve à la tête d’un bon nombre de cépages – Carignan, Grenache Gris, Mourvèdre, Syrah, Grenache Noir… et d’un beau patchwork de parcelles; dont une de vignes centenaires.

Cela ne le gêne guère, car c’est sa philosophie que de travailler « à la bourguignonne », au plus près de ses vignes, de les soigner aux petits oignons, et de les vinifier à la carte, avec pour chacune, sa recette, fruit de son expérience ou de son goût pour l’expérimentation.

Son slogan, c’est «l’empreinte du temps».

On jugera du bien-fondé de la démarche avec nos trois coups de cœur…

 Carignan

IGP Côtes Catalanes Carignan 2015

Il n’est pas si facile de faire un vin dit facile – je veux dire, séduisant, enjôleur, d’un plaisir immédiat. Ce 100% Carignan a subit une macération préfermentaire à froid (8°C, il faut avoir une bonne capacité frigo) et 3 semaines de cuvaison.

Caruso

Côtes du Roussillon Caruso 2015

Pour cette cuvée robuste, il fallait un nom qui ait du coffre : ce fut Caruso. Une polyphonie où l’on reconnaîtra les voix du Grenache Noir, de la Syrah, du Mourvèdre et du Carignan, qui apportent qui leur fruit, rouge, qui leur fruit noir, un peu de laurier, et même du fumé. Le vin n’a vu que la cuve, pourtant.

Réminiscence

Côtes du Roussillon Réminiscence 2015

Deux cépages seulement pour cette cuvée : syrah et mourvèdre.

Floral, gourmand, puissant mais frais – si c’est minéral, c’est sans doute ferreux. Le panel a également apprécié les très beaux tannins et les subtiles notes de moka.

Réminiscence de quoi, au fait ? De plein de beaux accords gastronomiques à venir – on pense à du sanglier, par exemple…

Et aussi…

Stéphane propose également deux cuvées de blancs (un 100% Grenache Gris, L’Argenta Brillo, et un assemblage chardonnay grenache gris, l’Impromptu Blanc).

Les deux se présentaient malheureusement dans une phase délicate (notes de levure de bière). Mais un peu d’aération et/ou de patience devraient permettre d’en venir à bout, car rien ne permet de penser que le vigneron soit moins attentif à ses blancs qu’à ses rouges…

Domaine de la Meunerie, 32 avenue du Canigou F-66300 Trouillas

Tél : +33 6 15 31 70 19

contact@domaine-meunerie.fr

http://www.domaine-meunerie.fr/

 

Hervé Lalau


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#Carignan Story # 275 : Retour sur trois, dont le plus grand !

Sans même me relire – promis, juré – pour voir ce que je pouvais écrire auparavant sur ces vins, je me suis amusé, grâce à une série de circonstances bienveillantes, à revoir quelques vins déjà décrits mais dans un millésime passé. À tout seigneur, tout honneur, j’ai d’abord mis la main sur « mon » Carignan du Puch, celui que nous réalisons à six individus pas toujours d’accord sur la méthode à suivre, mais faisant confiance finalement à l’un de nos associés que je ne citerai pas afin de ne pas le mettre mal à l’aise, un gars brillant qui a une grande expertise en matière de biodynamie, méthode de culture que nous ne revendiquons pas tout simplement parce nous ne la pratiquons pas vraiment. Et si nous le faisions, nous n’aurions pas de toute façon les moyens financiers nécessaires, sur un hectare, pour payer la certification.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Notre étiquette est Puch, un nom bien à nous pour désigner le sommet, pech en occitan, puig en catalan. Il faut dire que le Serrat d’El Puig est le nom du lieu-dit où se trouve notre vigne. Notre IGP est Côtes Catalanes. Notre « pays » est Tresserre, village de l’Aspres, entre l’Espagne et Perpignan. Pour nous amuser et pour casser les codes, nous changeons de couleur d’habillage chaque année avec, de préférence, un petit texte de présentation de plus en plus court, à mon grand regret vous vous en doutez. 2010, étiquette verte, est notre second millésime et sa robe paraît quelque peu évoluée, sachant que l’échantillon n’a pas connu d’autre cave que mon bureau parfois très chaud en été. Le nez n’est pas évident, tandis qu’une fois installé en bouche le vin a gardé son caractère acide, une franche et belle acidité sur une matière équilibrée et un fruité tendre aux notes confites. Pour moi, c’est un vin facile qu’il est grand temps de le boire – et nous avons vidé la bouteille sans mal avec des amis ce midi -, même si je sais qu’il peut tenir encore sans que je puisse me persuader de l’intérêt de le faire. Seule réserve : suis-je vraiment objectif pour en parler ? Pas vraiment, alors passons…

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

Le plus grand Carignan du monde ? Photo©MichelSmith

La dégustation n’étant pas à l’aveugle, je me réjouis par avance de venir à bout (facilement) du bouchon de verre qui coiffe ou décoiffe la haute bouteille de La Loute 2011, un Vin de France, enfanté sur les terres arides et sauvages des basses Fenouillèdes, là aussi à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, dans ce que l’on peut qualifier l’arrière-pays. L’échantillon a été conservé (debout, c’est l’avantage) moins longtemps que le 2010 précédent, mais à l’abri de la lumière dans une pièce non climatisée. On change de registre car on a visiblement un vrai grand millésime estampillé de surcroît Cuvée du Jubilé. Le nez fonctionne à plein régime sur le registre de la garrigue, avec amplitude et finesse. La bouche est majestueuse, qui s’affirme sans hésitation. Le vin donne envie de s’incliner, de se recueillir, de s’isoler. Gelée de petits fruits noirs et rouges parfaitement murs en bouche, notes de ciste, laurier, thym, fenouil, matière fondue, tendre, pleine de sève, langoureuse, laissant apparaître des touches fumées, pierreuses, grillées. Grande longueur avec une pointe de fraîcheur délicatement parfumée (pinède) faisant de la finale un moment de contemplation, de ravissement, de bonheur. Tel un magistral Porto, c’est presque un vin religieux à boire seul dans un fauteuil en fermant les yeux et les oreilles pour se focaliser sur la musique du vent et les bruits de la nature. Je sais, ça doit vous fait marrer cette image, mais je vous assure avec force que c’est réellement ce que je ressens. Ou alors, choisissez un autre fond sonore, je ne sais pas moi, Mahler, par exemple !

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On peut difficilement faire mieux dans le registre du Carignan ! Pour info, il affiche une degré de 14,5°, contre 12,5° pour le vin précédent et le même degré d’alcool pour le troisième. Une seule question subsiste : faut-il le boire ? Pour ma part, c’est oui, on peut commencer. Mais uniquement sur des mets choisis (gigot d’agneau, par exemple) pour leur grande qualité et surtout, sans se précipiter car le vin, dans une bonne cave, peut à mon avis encore tenir bien au delà de 2020. Et c’est sans hésiter que je l’ai classé dans ma tête comme « Champion du monde des Carignans », toutes catégories !

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Arrivé la veille par voie postale, le vin suivant, lui aussi, est bâti pour aller jusqu’à 2020, au moins. Il s’agit d’un autre Vin de France, mais d’un 2013, provenant du Vaucluse et du secteur de Vaison-la-Romainele danois Rune Elkjaer tâte du Carignan depuis quelques années déjà. Bien que trop jeune et quelque peu bouleversé par le transport, j’aime son Carignan. Il affiche son nom de cépage de manière ostentatoire sur l’étiquette : nez épicé, riche en matière, épais, savoureux, plein de notes de fruits rouges très mûrs en bouche, la garrigue en plus, et il se goûte sans mal sur la fraîcheur. Facile, dans le bon sens du terme s’entend (il titre 12,5°), sa texture est assez veloutée et portée sans retenue sur la longueur pour nous conduire sur une finale quasi parfaite. Manque plus qu’une fricassée de champignons des bois, trompettes de la mort si possible, pour aller au paradis !

                                                                                                Michel Smith


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#Carignan Story # 274 : le nouveau des Aspres

Dans le monde imaginaire et fort restreint du Cercle des Cavistes Carignanistes Convaincus Catalans, les bien connus 5C, le bruit s’est répandu telle une trainée de poudre : un nouveau-né enfanté et enregistré près de Perpignan, dans les Aspres en 2014, du côté d’un village au nom étrange de Trouillas, allait bientôt faire parler de lui. Seuls les initiés eurent la chance de pouvoir s’approcher de lui et, grâce à Jean-Pierre Rudelle (Le Comptoir des Crus) dans un premier temps, puis à l’ami Rodolphe Garcias, mon agent spécial dans les Aspres, animateur d’un fameux club de dégustation, j’en ai profité pour rencontrer le père-vigneron chez moi. En compagnie de ses échantillons, bien sûr. Il m’a présenté ses premiers vins, ceux de son Domaine de la Meunerie : un blanc et trois rouges dont un Carignan. Que des petites cuvées.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

À 42 ans, Stéphane Batlle (prononcez baille), yeux pétillants et physique apte au jeu de rugby, possède 17 ha de vignes dont les fruits étaient jusque-là en totalité réservés à la coopérative de Passa. Suite à ce qu’il dit être pudiquement « un accident de vie », tout en continuant de livrer du raisin à la cave coopérative, Stéphane est décidé de laisser libre cours à sa passion du vin et de construire poc a poc un domaine viticole à sa mesure dans un premier temps et dans l’un des meilleurs secteurs viticoles de sa commune. Perfectionniste dans l’âme – « je connais le moindre mètre carré de mes vignes » -, adepte du travail bien fait, il a réfléchi et « édifié » son projet durant 6 ans autour d’une ancienne meunerie avant de se lancer l’an dernier sur quelques parcelles choisies dont une de Carignans centenaires plantés sur une terre argilo calcaire très riche en fer. Avec une autre vigne, au sol plus sableux qu’il réserve à ses assemblages pour d’autres cuvées, dont un magistral Caruso pour moitié Grenache noir (12 €), il ne totalise qu’un hectare en Carignan.

Photo©MichelSmith

Ce sont ses vignes centenaires qui composent le Carignan 2014 (Côtes Catalanes, 14 €) que Stéphane a mis en bouteilles (un millier d’exemplaires) cet hiver. Le raisin a été trié à la parcelle, vendangé en caissettes de 12 kg, puis rangé dans une chambre froide réglée à 8° de température pendant 48 heures avant d’être éraflé, trié de nouveau sur table dans le but de ne garder que des grains intacts, grains qui seront versés directement dans une cuve inox. Dans la cuve recouverte mais non fermée hermétiquement (le couvercle repose sur des serviettes humides pour empêcher les moucherons de pénétrer) les grains de raisin vont macérer, maintenus à température ne dépassant pas 23°, ce pendant 14 jours avec foulages aux pieds et des piégeages réguliers u début assurés de la même manière par Stéphane en personne. Le vin n’est pas filtré.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Présence du fer oblige, la robe est bien soutenue. Des notes de fleurs de garrigue et de petits fruits noirs interviennent dès le premier nez, suivies d’une touche de verdeur. En bouche, on a d’abord la sensation de croquer le raisin bien mûr : de l’opulence, de la densité, un peu de sucrosité (notes de figues sèches, le vin affiche 14,5° en alcool), mais on devine surtout une grande réserve. On le sent ferme, tendu, long au point que l’on se dit que c’est vraiment trop tôt de le boire, qu’il faut le garder au moins un an ou deux pour voir. À mon avis, il sera très appréciable entre 8 et 10 ans de garde. Et pour un premier vin, nul doute que c’est un sacré vin !

Michel Smith


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#Carignan Story # 209 : Trilles, un « Calignan » presque câlin…

Bon, vous le constaterez de par vous même, l’habillage n’est pas le fort de la maison TrillesBasé à Tresserre, chemin des Coulouminettes (sont-ce de petits champignons ???), village aussi connu pour sa Festa des Bruixes ou Fête des Sorcières que pour ses vénérables carignans, Jean-Baptiste Trilles a composé un séduisant « Calignan » ( !!) 2012 d’IGP Côtes Catalanes que m’a fait découvrir Georges Guilhot le très carignanophile caviste de la Place des Poilus à Perpignan.

Photo©AgnèsLangevine

Photo©AgnèsLangevine

Sitôt donné, sitôt goûté, chez Mathieu (Lo Stretto) où j’ai table ouverte le Samedi. Il s’agit de vignes centenaires vendangées à la main dont les raisins subissent une macération pré-fermentaire à froid de 21 jours avant de passer 6 mois en cuve. A l’ouverture, bien sur le fruit, le vin se goûtait cependant avec un léger nez de volatile. Pourtant, la matière se présentait sous de beaux traits. Après 24 heures de mise à l’écart, il faisait montre de plus de souplesse et d’élégance, mais laissait apparaître un peu d’acescence en fin de bouche ce qui, à mon goût, le pénalisait dans son ensemble, même si ce « Calignan » se buvait sans trop d’encombres, le lendemain, sur des spaghetti alla carbonara cuisinés à ma façon. N’insistez pas, c’est un secret…

Photo©ChristopheSmith

Photo©ChristopheSmith

Georges le commercialise à 8 €, mais on le trouve à près de 7 € au Domaine Trilles, à Tresserre, dans ce beau pays des Aspres, où l’on voit en permanence le Canigou bien enneigé en ce moment. C’est par cette vue sur la montagne sacrée du Roussillon que nous avons taillé il y a peu notre vigne du Puch, également sur Tresserre.

Michel Smith


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#Carignan # 193 : L’Anatole de « L’Happyculteur »…

Rêve-t-il de se tourner vers l’apiculture ? Cela fait partie des questions qu’il me faudra aborder avec lui lors de notre prochaine rencontre. Au Domaine Les Conques, le Parisien François Douville, ses parents, ses enfants et son épouse Magalie, qui elle vient du Gers, ont formé tribu. Ce sont des gens formidables. Ils se sont tous pliés en quatre cette année pour nous aider dans la récolte de notre très estimable Carignan 2013 qui arborera l’an prochain la nouvelle étiquette du Puch. C’est lui qui, en outre, héberge notre vin et contribue à soigner notre vigne des Aspres.

Notre vigne du Puch, à Tresserre, dans les Aspres. Photo©MichelSmith

Notre vigne du Puch, à Tresserre, dans le paysage typique des Aspres. Photo©MichelSmith

Avec une dizaine d’hectares de vignes enherbées et un couple de chevaux de trait, François est un gars qui aime la rigolade et respire la joie de vivre. Pour preuve, il se dit « Happyculteur » et lorsqu’on lui demande si par hasard on peut le trouver sur Facebook, il répond qu’il est dans les vignes. C’est pourquoi je ne me suis pas gêné lors de mon passage dans leur cave de Villemolaque, où trône notre cuve à demi pleine de 17 hl de vin, pour lui piquer, non sans son consentement, un flacon de son Carignan 2011 (certifié bio) afin de le comparer avec le nôtre. J’ai eu raison car je l’ai croqué, sucé et bu jusqu’au bout !

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Le premier de ce type que j’avais goûté l’an dernier, un 2010, s’appelait Toine, si je me souviens bien. À moins qu’il ne s’agisse d’un 2009 nommé Vitis qui, lui, était bien plus marqué par le Carignan. Je ne me souviens plus très bien, mais toujours est-il que j’avais aimé le côté sincère de ce vin. Tout comme cet Anatole 2011 qui hurle sa carignanité à pleine bouche.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Nez tendre, acidité franche, belles relances fruitées voguant entre myrtille et mûre, un soupçon de verdeur herbacée et de garrigue, il résiste bien 3 ou 4 jours à l’oxydation une fois la moitié de la bouteille vidée ce qui, pour moi, est plutôt bon signe. Son prix est honnête, entre 7 et 9 euros. Mais dépêchez-vous, car il n’en reste plus beaucoup. Et ne partez pas de la cave sans goûter le nouveau blanc 2012 !

Michel Smith