Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Austria Est Imperare Orbi Uinorum Promotionis

En Autriche, la promotion des vins n’est pas du ressort des interprofessions, ni des appellations, ni d’une agence de l’Etat. C’est une société privée qui l’assume, l’Austrian Wine Marketing Board. Son capital étant réparti entre le privé (Chambre d’Agriculture et Chambre de Commerce) et les 4 Länder autrichiens produisant du vin.

Ce rôle, l’AWMB l’assume plutôt bien, d’ailleurs, à en juger par sa dernière organisation en date, à laquelle j’ai participé la semaine dernière: l’Austrian Wine Summit.
 

Quand les bus arrivent à l’heure

Il faut, de temps à autre, parler des bus qui partent et qui arrivent à l’heure (ceux de l’AWMB partent et arrivent toujours à l’heure); des visites et des dégustations qui apportent quelque chose; des accompagnateurs qui connaissent leur sujet (merci, Michael et Carmen); de la dynamique des vignerons eux-mêmes. Un exemple: à Wagram, j’ai pu entendre des vignerons présenter les vins et les domaines de voisins absents – non seulement avec respect pour le confrère, mais même, avec enthousiasme.
Le dynamique directeur général de l’AWMB, Willi Klinger, clôturant les dégustations de l’Austrian Wine Summit au Park Hotel de Vienne
Mais plutôt que de détailler 5 jours de visites, je préfère vous montrer le carnet de voyage qui nous a été distribué – il y en avait un par voyage, le nôtre concernait les vignobles de Kamptal, de Wagram et de Carnuntum. Il contenait aussi une partie commune avec les autres voyages, celle qui concernait les dégustations du premier jour, à l’Orangerie de Schönbrunn, et du dernier jour, au Park Hotel, avec en point d’orgue, une amicale confrontation entre des vins autrichiens et des vins étrangers du même cépage – confrontation où les locaux n’ont pas fait de la figuration, notamment pour le pinot noir, le chardonnay et le sauvignon…

 

Le sens du détail

Ce carnet à spirales ne comprend  pas moins de 130 pages!
Il commence par une présentation générale des vignobles autrichiens, et des principales variétés cultivées.
Puis l’on entre dans le programme proprement dit, jour après jours, visite après visite, dégustation après dégustation.
Pour chaque appellation, et chaque lieu, une courte présentation permettait de se situer; les sols et les expositions des différents lieux-dits ou crus étaient détaillés.
Pour chacune des dégustations, une fiche avait été préparée, les vins étant listés par ordre de service, avec mention du producteur, du cru, du millésime, des données analytiques (alcool, acidité, sucre) et une fourchette de prix. Un espace étant réservé aux notes.

Un mot clef: valorisation

Imaginez un peu la masse de travail en amont pour réunir toutes ces infos et la coordination nécessaire avec les vignerons et le lieu de dégustation pour que tout soit servi ou présenté dans l’ordre, à bonne température (et dans de bons verres)…
Sans compter que dans certains cas, il s’agissait de millésimes plus anciens, pas toujours faciles à trouver – car c’était un des axes de l’opération: mettre en évidence que les vins d’Autriche, blancs ou rouges, peuvent bien vieillir.
Ce travail, qui simplifie grandement le nôtre, saltimbanques du vin, toujours par Mons et par Vaud, a porté ses fruits: notre groupe de journalistes et critiques internationaux a apprécié une forte proportion des quelque 200 vins servis.
Voici mes préférés:

Sekt

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve
Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015
Bründlmayer Brut 2010,
Loimer Extra Brut

Kamptal

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016
Gerhard Deim Kamptal DAC Riesling Schönberg 2016
Hirsch Kamptal Grüner Veltliner Renner 2015
Weszeli Kamptal Reserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013
Bründlmayer Kamptal Reserve Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Wagram

Riesling Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015
Frisch Pinot Noir 2013 P
Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013
Ott Der Ott Wagram 2009
Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011
Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015
 Glatzer Carnunutum Klassik Weissburgunder 2016

Wachau

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013
Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wien

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Burgenland

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011
Velich Tiglat Chardonnay 2011

En résumé

Quitte à faire mentir le vieux dicton, pour cette fois: « à bon vin, belle enseigne ». Avec l’AWMB, les vignerons autrichiens mettent toutes les chances de leur côté; au pays du Grüner Veltliner, aucun snobisme, aucune morgue, aucune fierté mal placée; mais le souci de l’efficacité, de la mise en valeur du produit dans son contexte et au-delà. C’est peut-être pour ça qu’alors que le vignoble d’Autriche dépasse à peine les 45.500 ha, on trouve du vin autrichien en Allemagne, en Suisse, mais aussi au Japon, en Chine, au Canada, en Inde…

Hervé Lalau


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold


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Carnuntum : des Romains aux vins rouges actuels

Carnuntum

 

Carnuntum était le nom d’une cité romaine de taille considérable (50.000 habitants, tout de même !), située sur le fleuve Danube, à l’Est de la ville moderne de Vienne. Mais c’est aussi, d’une manière plus actuelle, celui d’une région d’Autriche qui a donné son nom à un petit Districtus Austria Controllatus (on voit bien que les Romains sont toujours là !). Cette désignation DAC est un équivalent autrichien d’une AOC. Il en existe neuf à ce jour dans le pays.

Le DAC Carnuntum  concerne des vins rouges et blancs produits essentiellement sur quelques zones spécifiques de coteau et de pieds de coteau sur le monts et collines Leitha, Hainburg et Arbresthal. Cette zone est bordée par le Danube au nord et la Slovaquie à l’est. Le grand lac de Neusiedl se trouve assez proche au sud, ce qui renforce l’influence modératrice des masses d’eau sur cette partie de la plaine de Pannonie, aussi chaude en été que froide en hiver.

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Le DAC Carnuntum ne recouvre qu’un peu plus de 900 hectares, c’est à dire environ la taille de Pomerol. Il n’y a pas de quoi effrayer les marchés de masse, mais cela n’est pas l’ambition de ses producteurs, comme j’ai pu le constater récemment lors d’une dégustation tenue dans un des beaux bâtiments restaurés de la cité romaine. Cette dégustation ne concernait que des vins rouges, issus essentiellement de deux des cépages locaux, le Zweigelt et le Blaufränkisch. Les vins de Carnuntum peuvent être de mono-cépage ou d’assemblage, et inclure aussi une proportion de cabernet sauvignon et de merlot.

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une villa romaine restaurée dans le parc archéologique de Carnuntum

Les vins les plus accessibles, dans tous les sens du terme, portaient la mention « Rubin Carnuntum ». Ce nom appartient à une association de 25 producteurs qui, depuis 1992, imposent leur propre cahier de charges pour les vins qui portent cette mention : cépage zweigelt à 100%, alcool minimum de 12,5%, et une dégustation d’agrément. Six de ces vins étaient présentés, et les meilleurs venaient de Gerhard Markowitsch, de Jahner et d’Ott. Le vin d’Oppelmayer, n’était pas mal non plus, mais présentait un peu trop d’acidité volatile à mon goût.

Ces vins se trouvent en Autriche à des prix généralement en dessous de 10 euros, parfois un peu plus (ceux d’Ott et d’Oppelmayer). Leur style est élégant et élancé, sans trop d’extraction et avec un beau dialogue entre fruité épicé et tanins fins.

zweigelt Grappes de Zweigelt

Le Zwiegelt s’exprime aussi à Carnuntum à travers une série de vins plus ambitieux, dont les prix peuvent grimper au delà de 20 euros. Dans une série de 13 vins dégustés, j’ai beaucoup aimé les vins suivants :

Grassi, Carnuntum Zweigelt Schuttenberg 2013 : d’une grande élégance, avec une qualité de fruité exceptionnelle due à une pré-macération à froid et un pigeage bien dosé.

Jahner, Carnuntum Zweigelt Steinäcker 2012 : belle qualité de fruit, structure ferme et très bonne longueur

et aussi celui-ci, malgré ma sensation (encore une fois pour ce producteur) d’acidité volatile un peu présent : Oppelmayer, Carnuntum Zweigelt Haidacker Selektion 2012.

Blaufrankisch-LembergerGrappes de Blaufränkisch

La dernière série fut constitué de 11 vins issus du cépage Blaufränkisch, appelé souvent Lemberger en Allemagne. Cette série contenait pas mal de vins sur-extraits pour moi, même si je dois dire que ce phénomène de mode est en nette baisse depuis ma dernière dégustation des vins de Carnuntum, il y a 8 ans (je crois). Voici mes préférés :

Lukas Markowitsch, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2013

Ott, Carnuntum Blaufränkisch Klassik 2013 (ce vin coût moins de 10 euros !)

Martin & Hans Netzl, Carnuntum Blaufränkisch Spitzerberg 2012. Un vin superbe dont le prix dépasse les 20 euros.

Böheim, Carnuntum Blaufränkisch Reserve 2012. Encore meilleur et moins cher (entre 10 et 20 euros)

puis deux très grands vins du duo (ex-couple) Muhr-van der Niepoort. J’ai adoré ces deux vins vibrants, frais, et dont le style m’a fait penser à une sorte d’alliance entre le Rhône Septentrional et la Bourgogne. Ma préférence (légère) va vers le 2011. Ce coup de coeur énorme était suivie d’une déception aussi énorme quand j’ai dégusté, plus tard, le Grüner Veltliner du même producteur, totalement imbuvable et dont j’ai parlé la semaine dernière

Muhr-van der Niepoort, Carnuntum Blaufränkish Spitzerberg 2011 et 2010. Prix certainement au-dessus de 30 euros, mais cela les vaut probablement.

Le lecteur attentif notera que le lieu-dit Spitzerberg apparaît quatre fois parmi mes six vins préférés dans cette série. Ce n’est sûrement pas un hasard. Cet ancien vignoble, largement abandonné, est en train d’être redécouvert. J’en ai discuté avec Dorli Muhr qui croit beaucoup en l’avenir de cet endroit qui a encore du potentiel de plantation. je pense que nous en entendrons parler.

En dernier lieu j’ai dégusté une série de 6 vins qui utilisent des assemblages, y compris avec des variété bordelaises. Ces cuvées, désignés « top cuvées » dans le catalogue, m’ont semblé souvent trop extraites. Celles de Grassi et de Gerhard Markowitsch étaient mes préférées. Il est intéressant de constater à quel point le style précis d’un vin vient du producteur, et non de l’appellation, ni du cépage. Jahner, Grassi, G. Markowitsch, et Muhr-van der Niepoort marquent des points dans ce domaine pour la relative finesse de leurs styles et leur constance.

Carnuntum est ressuscité, mais sans les Romains.

 

David Cobbold

 

 

 


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Grüner Veltliner, reine d’Autriche

Qui parlait du Grüner Veltliner il y a 20 ans ? Pierre Galet, dans son Dictionnaire Encylopédique des Cépages (édition 2000, chez Hachette) ne le mentionne même pas sous son vrai nom, mais le place sous un nom francisé, Veltliner Vert (alors qu’il est inconnu en France !), en lui accordant royalement une colonne. Pourtant, il occupe près d’un tiers du vignoble autrichien, soit quelques 17.000 hectares dans ce pays, sans compter une présence significative en Hongrie et en République Tchèque, plus la Bulgarie, et, depuis peu, aussi, quelques plantations aux USA, Australie et Nouvelle Zélande.

Wine Grapes, de Harding, Robinson et Vouillamoz, un autre livre de référence, mais plus récent puisqu’il date de 2012, lui donne une place plus en phase avec les qualités multiples de ce cultivar qui est un des nombreux descendants du traminer (savagnin en France), et  possède donc un lien de parenté avec la famille des pinots. La presse, dans beaucoup de pays (sauf en France), lui accorde de nos jours une place très significative parmi les grands cépages blancs du monde. Cette ascension a été fulgurante et coïncide avec la montée en qualité des vins autrichiens depuis 1985.

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Une récente dégustation à Vienne, à laquelle j’ai fait allusion il y a deux semaines, m’a permis de déguster 74 vins de Grüner Veltliner sur la centaine présentée à cette occasion. Et ainsi de me faire une idée plus précise aussi bien de ses qualités que de sa plasticité, car à certains égards il a des points en commun avec le chardonnay, la variété la plus adaptable de la planète.

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service pendant ma dégustation de plus de 70 vins de grûner veltliner

La dégustation a ordonné les vins de plusieurs catégories, ainsi nommés par les organisateurs : « jeune et élégant », « vins de réserve puissants », « mature » et « innovant et sauvage » . Je reviendrai sur cette catégorisation, globalement utile pour faire son choix parmi le grand nombre de vins présentés. Les sous-régions  ou appellations d’origine étaient mixtes dans chaque catégorie, mais on trouve le grüner veltliner essentiellement dans la partie septentrionale du vignoble autrichien, appelé Niederösterreich, aussi bien dans la région élargie éponyme que dans les DAC spécifiques de Weinviertel, Kamptal, Kremstal, Wachau et Traisental. Il y en a aussi un peu à Vienne et en Burgenland. Cette dernière région élabore également des vins liquoreux avec la variété.

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les séries de vins servis allaient de 3 à 6 vins

La première catégorie de la dégustation concernait des vins jeunes : millésimes 2014 et 2013. Ces vins sont généralement plus simples aussi bien par leur origine viticole que par leur styles. Les prix, à de rares exceptions près, se situent entre  5 et 15 euros la bouteille. Si 2013 est considéré comme une très bonne année pour les vins blancs en Autriche, ce ne fut pas le cas de 2014, rendu très compliquée par des pluies abondantes (un peu comme les 2013 en Loire ou à Bordeaux).

Mes vins et producteurs préférés de ce groupe, sur les 19 dégustés, dont 7 ont obtenu une noté égale ou supérieure à 14,5/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Groiss GV 2014, Weinviertel (*)

Ecker-Eckhof, Ried Steinberg GV 2014, Wagram (*)

Fritsch Weinberghof, Ried Steinberg Rupperstal 2014, Wagram (**)

Birgit Eichinger, Ried Wechselberg GV 2013, Kamptal (*)

Edlmoser, Ried Himmel GV 2013 (**)

Ligenfeld, Ried Himmelreich GV 2013 (**)

panorama_wachau_6__c__vineaWachau est une des appellations vedettes pour la production de Grüner Veltliner; pentes et terrasses font penser parfois au Douro, mais c’est bien plus vert et le fleuve s’appelle Danube

 

La deuxième catégorie concernait des vins dites « de réserve », ayant parfois une origine plus « noble », toujours un élevage plus long et, par conséquence, des prix plus élevés (entre 15 et 30 euros, occasionnellement plus). Les millésimes étaient des 2012, 2011 et 2010. Des bons niveaux de maturité ont règnés en 2012 et 2011, 2010 étant plus compliqué avec des rendements faibles et une belle arrière saison pour sauver la mise. 2009 est considéré comme un grand millésime. J’ai dégusté 28 vins de cette catégorie et ai donné une note de plus de 14,5/20 à 10 vins, avec deux notes au-dessus de 16/20. L’ordre est celui de la dégustation. Le nombre d’étoiles correspond aux niveau de mes notations, en les simplifiant (une, deux ou trois étoiles).

Rudi Pichler, Smaragd Ried Wösendorfer Kollmütz 2012, Wachau (*)

Domäne Wachau, Smaragd Ried Kellerberg GV 2012, Wachau (**)

Ludwig Neumayer, Reserve « Der Wein vom Stein » GV 2012, Traisental (*)

Bründlmayer, Reserve Ried Käterberg « IOTW » 2012, Kamptal (***)

Prager, Smaragd « Wachstum Bodenstein » GV 2011, Wachau (***)

Hurtzberger, Smaragd Ried Honivogl GV 2011, Wachau (**)

Johann Donabaum, Smaragd ‘Limintierte Edition » GV 2011, Wachau (*)

Forstreiter, Reserve Ried Tabor GV 2011, Kremstal (**)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Grub GV 2010, Kamptal (***)

Salomon Undhof, Reserve « Von Stein » GV 2010, Kremstal (**)

Bernard Ott, Ried Rosenberg ‘IOTW » GV 2010, Wagram (*)

Willi-Bruendlmayer-im-Weingarten-3_01Willi Bründlmayer, dont je n’ai pas le souvenir d’avoir déguste un vin ordinaire. Ses vins ont encore brillé lors de cette dégustation.

 

La troisième catégorie concernait des vins plus âgés, allant de 2008 à 1998. 8 vins retenus (selon les mêmes critères) sur le 18 dégustés. Je ne suis pas convaincu que la vocation de cette variété soit une très longue garde. Il semble à son optimum, pour les vins de haut niveau, entre 3 et 8 ans.

Loimer, Reserve Ried Spiegel « IOTW » GV 2008, Kamptal (*)

Schloss Gobelsburg, Reserve Ried Lamm GV 2008, Kamptal (**)

Brundlmayer, Ried Lamm GV 2007, Kamptal (***)

Schloss Gobelsburg, « Tradition » GV 2007, Kamptal (***). NB. Bien que la plupart des bons producteurs autrichiens utilisent maintenant le bouchon en verre ou la capsule à vis, ce ne fut pas encore le cas à cette époque. La première bouteille de ce vin servi était bouchonné.

F. X. Pichler, Smaragd « M » GV 2007, Wachau (**)

Pfafl, Ried Hundersleiten GV 2000, Weinviertel (*)

Knoll, Smaragd Ried Loibenberg GV 1999 (*)

Setzer « Die Lage » GV 1995 (*)

Dernière catégorie : les vins intitulés « wild and innovative » dans le catalogue. Je serai très tenté de renommer ce groupe « horrible et régressif ». C’était un catalogue de défauts, avec des degrés d’oxydation allié parfois à des déviances bactériologiques et, parfois une acidité volatile féroce. Cela donnait souvent aux arômes des notes allant de la pomme blette à de la paille d’écurie à moitié pourrie, en passant par le cidre. J’ai retenu un seul vin sur les 9 dégustés, mais son prix délirant (plus de 30 euros) par rapport à sa qualité, ne mérite pas qu’on s’en souvienne trop longtemps.

Herbert Zillinger, Reserve « Radikal » GV 2013, Weinviertel (*)

En Autriche aussi, la mode des vins dits « nature » fait des ravages. Les organisateurs se sont sentis obligés de montrer des vins de ce type car il doivent, statutairement, représenter toute la gamme de la production de leur pays. En tout cas, il ont très bien fait de les mettre dans une catégorie à part. Mais parfois, je m’interroge sur la motivation, voire la compétence, de certains (rares) collègues présents à ce type de manifestation. Par exemple, j’avais des voisines de table asiatiques qui n’ont dégusté que des vins issus de cette dernière catégorie. Je me demande alors quelle impression elles peuvent se faire des capacités considérables de ce cépage magnifique ! Ou bien ont-elles été amenées à penser que le vin doit ressembler à du cidre oxydé ? En contraste avec cette approche très peu professionnelle et qui manquait singulièrement de curiosité, j’ai constaté que Monsieur Oz Clarke, dégustateur connu et expérimenté, et qui pourtant n’a plus rien à prouver, a systématiquement noté TOUS les vins qu’il a dégustés, aussi bien lors de cette séance que lors de chacune des autres visites, repas et séances de l’ensemble du voyage. Je ne suis pas parvenu à faire autant !

Comment décrire les meilleurs vins de grüner veltliner que j’ai dégusté ?

La première catégorie, c’est à dire les vins les plus simples et les moins chers, sont souvent marqués par des odeurs et saveurs proches de fruits blancs ou verts, des agrumes, du poivre blanc, plus rarement d’asperge ou d’estragon. Leur profil est clair, net et précis, avec une bonne acidité et, parfois, une légère pointe d’amertume. Ceux issus des parcelles bien exposées ont davantage de rondeur et de plénitude de saveurs. On est un peu à mi-chemin entre un chardonnay de climats frais et un riesling.

Le deuxième catégorie, celle des vins plus complexes, est par définition plus difficile à décrire d’une manière globale, car le processus viti-vinicole, ainsi que la situation du vignoble, ont tendance à augmenter les écarts de style. Les types d’arômes fruités vont davantage vers les fruits jaunes et la gamme d’odeurs est bien plus large et complexe. On trouve des notes de chèvrefeuille, de pêche. Ces vins combinent régulièrement délicatesse et puissance d’une manière remarquable. Longueur et densité vont croissant aussi.

Les vins plus vieux étaient issus de cette dernière catégorie. Ils s’arrondissement bien et d’une manière variable selon le millésime. J’ai déjà assez parlé des vins du dernier groupe.

En résumé : une grande et belle dégustation qui a fait la preuve de la qualité croissante des Grüner Veltliner, qu’on peut bien qualifier de « Reine d’Autriche », même si ce pays, dans le seul domaine des vins blancs, produit aussi des Rieslings et des Sauvignons Blancs de classe mondiale. Je vous parlerai de quelques vins rouges la semaine prochaine.

 

David Cobbold 

 

 


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Serendipitous Vinexpo

Désolé pour mon titre en anglais mais il n’y a pas de mot en français capable de rendre le sens de ce concept que j’aime tant : serendipity. Il s’agit du don, ou de l’occasion, de faire par hasard des rencontres  ou des découvertes heureuses. Ma journée d’hier, le première de l’actuelle édition de Vinexpo, s’est déroulé ainsi, en partie programmée, en partie au hasard des rencontres dans les multiples et interminables allées de cette gigantesque place de marché. Après une nuit assez courte (victoire du Stade Français en finale du TOP 14 oblige !) le matin fut consacré à ma participation en tant que juré a la coupe des crus bourgeois dans un millésime finalement séduisant (2012). Là je faisais équipe avec un jeune homme très aimable et enthousiaste de Taiwan, Paul Peng Wang, et le sommelier du restaurant le Chapon Fin à Bordeaux : un palais sûr.

IMG_6859Une des mes feuilles lors de cette dégustation qui consiste, pour chaque table, à éliminer des vins dans chaque série jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 12 qui seront dégustés par un super-jury. Je ne connais pas encore le nom du vainqueur ce cette édition de la Coupe des Crus Bourgeois.

 

Cette opération avait lieu dans un château du Haut-Médoc, puis en voiture vers Vinexpo avec un très sympathique acheteur du groupe Casino avec qui j’ai fait connaissance. De suite, en entrant dans ce gigantesque salon, au premier stand en vue après l’entrée que nous avions pris un peu par hasard, je tombe sur un stand qui abrite un visage familier : Philippe Fezas du Domaine de Chiroulet, excellent et avisé producteur en Gascogne.

IMG_6867Philippe Fezas (à gauche) et Julien Ilbert. L’un est gascon, l’autre lotois. Les deux font bien et partagent un stand à Vinexpo.

 

Et, autre hasard (mais est-ce que cela existe réellement ?), il partageait son stand avec un très bon et créatif producteur de Cahors qui fait partie du renouveau de cette appellation qui m’impressionne tant. D’abord j’admirais les étiquettes de sa gamme avant de découvrir que le producteur est Julien Ilbert du Château Combel la Serre. Puis que le dessinateur des ces superbes étiquettes n’est autre que l’estimable Vincent Pousson, dont j’ignorais ces talents-là (voir photo ci-dessous). Et le rosé à gauche, appelé Causse, est un des meilleurs que j’ai dégusté cette année. Fait avec du malbec, c’est un vrai vin, très loin des tous ces pâles et maigres choses qu’on appelle maintenant « rosés de piscine » et qu’un ferait mieux de verser, justement, dans une piscine.

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Bien entendu cela s’est poursuivi par une dégustation de la gamme de chacun de ces producteurs, qui n’ai fait que confirmer, voir rehausser, mon opinion de leurs vins. Et, lendemain de finale de rugby oblige, cette dégustation s’est transformé en une millefeuille de commentaires sur les vins, d’une excellente casse-croûte et de discussions comme un jeu de billard à trois bandes sur le match de la veille, de la saison que ce match clôturait, du XV de France et sur autres considérations essentielles.

Après ces retrouvailles et découvertes (les gammes et derniers vins de deux vignerons cités), place à mes devoirs pour l’émission de radio auquel je contribue modestement chaque semaine depuis 11 ans maintenant sur la chaîne BFM Business (la seule radio en France qui croit à une émission consacrée au vin). Nous avons parlé dans cette émission produite en directe de Champagne, d’autres bulles du monde, des vins du Maroc, du Liban et d’Autriche, entre autres sujets et avec des intervenants de ces pays.

Sortant de là une paire d’heures plus tard, non sans avoir dégusté un magnifique blanc de blanc 2002 qui sera prochainement mis sur le marché par Lanson, je tombe d’bord sur une ancienne élève, jeune femme chinoise qui travaille maintenant pour Bettane & Desseauve et qui me salut avec grand enthousiasme, ce qui me désempare. Puis, un peu plus loin, au détour d’une allée, sur un stand de vins de Nouvelle Zélande, tous issus de petits domaines indépendants qui sont importés en Europe par une dame qui fait aussi du vin là bas, du nom de Gabrielle Simmers. Une heure de dégustations plus tard, au moment de la fermeture des portes, je repars avec deux bouteilles de jolis vins pour récompenser les amis qui m’héberge à Bordeaux, dont un superbe Pinot Noir de North Otago. Le producteur s’appelle Valli et la cuvée Waitaki Vineyard 2012. Et voici un lien vers la page fesse de bouc de la dame qui a réuni une gamme large et qui comporte des vins intéressants, dont le meilleurs ne sont pas toujours les plus chers.

https://www.facebook.com/SalmanazarNZ

Tout cela est peut-être d’une banalité affligeante pour ceux qui fréquentent les salons de vins, mais je ne me lasse pas de cette manière de pouvoir faire son boulot tout en ayant la possibilité de parfois (et même souvent) s’amuser, apprendre, découvrir ou retrouver des gens, des saveurs, des horizons différentes. C’est cela serendipity. Et c’est pourquoi j’aime Vinexpo.

David Cobbold


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Quand efficacité rime avec qualité : l’exemple autrichien

J’ai exprimé récemment sur ce blog, lors d’une série d’articles sur la région autrichienne de Styrie, tout le bien que je pense d’une partie des vins de ce pays. Je reviens d’un autre voyage dans ce pays, qui fut concentré sur la région de Burgenland. Ce voyage m’a permis d’apprécier, une fois de plus, la remarquable intelligence, la qualité organisationnelle et la compétence générale de l’organisme chargé du marketing et de la communication de l’ensemble des vins d’Autriche. Je dois dire que je ne connais aucune autre inter-profession ni agence de communication ayant une charge si large qui arrive à la hauteur de l’Austrian Wine Marketing Board (AWMB). Il faut dire qu’ils ont des moyens, mais il n’y a pas que cela….

 IMG_6837l’entrée d’une ferme viticole en Burgenland

 

Nous, journalistes traitant du vin, sommes régulièrement sollicités pour tant d’événements liés à notre métier que nous pouvons effectuer des comparaisons autant entre les organisateurs qu’entre les vins qui nous avons à déguster. Nos jugements sont forcément variables et nous avons tous, je pense, nos préférences parmi les inter-professions ou agences qui ont la charge de nous informer et d’organiser visites, conférences, salons, dégustations, etc., afin de faire connaître et mieux comprendre les vins des producteurs, régions ou pays concernés. Ces préférences sont basées sur nos expériences, mais aussi sur nos sensibilités individuelles, tant de telles opérations sont soumises à la loi du maillon le plus fiable.  Oui, car un détail négligé, un document mal rédigé ou une information qui manque peuvent facilement gâcher toute ou partie d’une impression chez quelqu’un un peu exigeant ou ayant un minimum d’expérience dans la filière vin. Et je ne parle pas là de notre confort personnel lors d’un voyage, bien que cela peut aider à mettre dans de bonnes dispositions pour recevoir les informations disponibles. Personnellement je me moque pas mal des grands repas dans des restaurants chics, surtout s’ils durent des heures : ce n’est pas mon truc. Les hôtels de luxe, je m’en moque aussi. D’autres peuvent y être sensibles. En revanche, l’absence d’une connexion wifi efficace dans un hôtel peut m’agacer.

 IMG_6845Portugal ? Non, c’est en Autriche, au même lieu que la photo précédente

 

Qu’est ce qui assoit, selon moi, le très haut niveau de compétence de l’AWMB que j’ai cité en exemple en introduction et qui est le sujet principale cet article ? Si les vins d’Autriche ne représentent que 1% de la production mondiale, ce pays est quand-même riche et bien organisé. Cela aide! Il a aussi une âme artistique affirmée avec une culture riche. Et les autrichiens ont un sens d’humour, comme le prouve Willi Klinger, qui dirige cet organisation et qui dit « nous sommes très forts en Autriche, car nous avons réussi à faire croire à pas mal de monde que Beethoven était autrichien et que Hitler était allemand « . Mais tout cela ne suffit pas à garantir la réussite d’un voyage de presse. On dit que le diable réside dans le détail. Si je regarde les détails du voyage auquel j’ai participé il y a une semaine, il y a avait non seulement un programme très alléchant, intelligemment conçu et avec de nombreuses options pour les 165 participants, mais un soin extraordinaire apporté dans les détails, que cela soit dans le domaine de la logistique ou de l’information. Et le tout mis en musique avec une gentillesse et une réactivité de la part des équipes en charge qui force le respect.

 IMG_6851un bâtiment de chai avec une belle charpente « bateau » sur la frontière avec l’Hongrie

 

Vous avez bien lu : il y avait 165 journalistes ou autre professionnels du vin dans ce voyage, et ils venaient de très nombreux pays différents. Accueilli à l’aéroport par une voiture et conduit à un hôtel à Vienne (qui détient, il me semble, la seule appellation contrôlée de vin de tous les capitaux européens), je découvre une série de documents dans un sac dédié. Rien d’exceptionnel vous me direz.

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Mais voyons ces documents. Très peu de bla-bla : Une lettre d’accueil qui explique l’intendance et qui donne un numéro de « hotline » dédié 24h/24 ; un plan de Vienne avec l’implantation des hôtels et lieux concernés et, des tickets de transports en commun pour se rendre au dîner/dégustation de départ, ainsi qu’à celui de la fin, ou bien se balader dans le capital ; un dossier de presse très complet sur les vins d’Autriche  ; des dossiers sur différents sujets d’actualité avec des statistiques à jour ; et une série de carnets de dégustation qui correspondaient aux options de voyages que j’avais pris. Tous les dossiers, et d’autres informations, se trouvaient aussi sur une clé USB. Il y avait aussi une étiquette très solide pour ma valise et le programme détaillé. Pour illustrer l’attention au détail, un mot sur les carnets de dégustation, dont ci-dessous un exemplaire (c’est le grand cahier pour la dégustation finale dont je vous parlerai aussi).

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Chacun avait une reliure en spirale, ce qui facilite grandement la manipulation des pages, et une place sur la couverture pour y inscrire mon nom (il m’arrive d’égarer mon carnet et de perdre ainsi mes notes). Chaque carnet à thème comprenait une récapitulation de l’ensemble du programme et des cartes des vignobles concernés. Les vins à déguster y étaient tous listés dans l’ordre des différentes dégustations, ainsi que les vins servis lors des repas, le tout regroupé sous des en-têtes qui permettait de vérifier qu’on était sur la bonne page et dans la bonne série. Pour chaque vin, outre un espace pour ses notes, il y avait un numéro de référence, le nom du producteur et de la cuvée, le cépage, le millésime, le % alcool, le grammage en sucre résiduel et la zone de prix (moins de 10 euros, 10/20, plus de 20….). Les menus de chaque repas y figuraient aussi, ainsi qu’en annexe, les adresses de tous les producteurs dont on pouvait déguster les vins et un rappel des principaux statistiques de l’Autriche et de la région visitée, plus un commentaire sur les conditions de chaque millésime récent.

Created with Nokia Smart Cam

avant la dégustation (photo DC)

Quant au voyage lui-même, qui a duré en tout 3 journées pleines plus la soirée d’accueil, il était riche, instructif et parfaitement organisé. On pouvait, à chaque étape, parler avec quelques vignerons présents. Il y avait aussi des visites de lieux culturels, comme, dans le cas du circuit que j’avais pris, le musée archéologique de la ville romaine de Carnutum ou du palais Esterharzy, et chaque fois une dégustation organisé dans le lieu en question. Bien sur il y avait quelques heures de bus, mais les distances n’y sont pas énormes et les routes impeccables. J’ai beau chercher, je ne trouve pas de défaut à ce voyage. Avoir une connexion wifi dans les bus serait un plus, une sorte de cerise sur le gâteau.

Created with Nokia Smart Cam

la dégustation des 100 grüner veltliner (photo DC)

Les deux derniers événements ont formés une sorte d’apothéose. De retour à Vienne vers une heure de l’après-midi de mardi, nous attendait, au Palais Niederösterreich au cœur de Vienne, un très bon déjeuner/buffet avec des produits simples mais de qualité, puis, au rythme de chacun, car on pouvait enter et sortir quand on voulait, une grandiose dégustation (assise) de 100 vins du cépage roi d’Autriche, le blanc grüner veltliner. Imaginez une immense salle de l’ère des Habsbourg, remplie de longues tables à 6 places avec leurs chaises posées en rang d’école de part et d’autre d’une allée centrale. A chaque place correspondait un numéro et on disposait d’une pile de cartes sur lesquelles on inscrivait son numéro de place et le numéro de la série (flight) de vins qu’on souhaitait déguster. On tendait la carte en l’air et quelqu’un venait vite le récupérer. Une ou deux minutes après, un serveur arrivait avec les vins dans un sac à compartiments, numérotés et, bien entendu, à température.  On pouvait déguster, si on le voulait, jusqu’à 24 de ces séries qui comportaient entre 3 et 6 vins. J’ai eu le courage d’en déguster 16 issus des différents groupes, car les séries étaient ordonnés en 4 groupes stylistiques : « jeunes et élégants », « vins de réserve, puissants », « grüner à maturité » (millésimes plus anciens) ; « innovant et sauvage » (en gros, ces trucs qui correspondent plus ou moins aux vins dits « nature »).

 BeethovenWilli Klinger déguisé (remarquablement) en Beethoven. Roll over Ludwig !

 

Pour la dernière soirée, une belle fête  dans les jardins (avec possibilité de repli dans les salles du palais) du Palais Schönburg, avec plein d’autres vins, des tapas de qualité, de la musique de l’époque du bâtiment pour commencer, mais qui a évolué ensuite vers des choses plus modernes. Nous sommes 200 ans après le Congrès de Vienne, ou Talleyrand a exercé ses talents d’une manière remarquable pour sauver le France du désastre provoqué par le petit corse. Du coup l’équipe des organisateurs s’est déguisé en tenues de cette époque et Willi Klinger à trouvé les temps de me trouver un déguisement en Duke of Wellington. Quelle promotion !

 

Quelles leçons peut-on tirer de tout cela ? L’équipe de AWMB est dédiée, importante et bien formée. Elle gère toute la communication collective sur les vins d’Autriche, aussi bien les opérations à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Elle a un effectif permanent de 22 personnes, plus une filiale de 8 personnes qui s’occupe d’aspects logistiques, comme l’expéditions d’échantillons (concours, salons, opération à l’étranger), voyages, hôtels etc. Les personnes avec lesquels j’ai eu à faire sont tous bien formés (WSET 2 minimum, et souvent 3) et parlent au moins deux ou trois langues. Elles sont disponibles et aimables et comprennent les préoccupations et contraintes de nos métiers. Elles aiment le vin et savent travailler bien en équipe. Voilà quelques ingrédients. Si vous n’avez pas la possibilité d’y aller un jour, visitez au moins ce site : http://www.austrianwine.com/ ou rendez-vous sur le stand autrichien à Vinexpo.

Quant aux vins que j’ai dégusté, rouges et blancs, je vous en parlerai les deux semaines prochaines.

David Cobbold

texte et photos, sauf la dernière, car un Duke ne porte pas d’appareil photo, n’est-ce pas ? Duke of Ellington ?