Les 5 du Vin

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Introduction aux vins d’Autriche

Ce mercredi, sur ce même site, Hervé partageait avec nous ses coups de cœur lors du Wine Summit 2017. Pour rappel, il s’agit d’un des grands rendez-vous organisés autour des vins d’Autriche et qui a lieu tous les deux ans dans ce pays à l’intention des professionnels du vin.

 Avant de révéler demain les détails d’une importante dégustation qui aura lieu à Paris le 22 janvier et qui permettra aux professionnels de vin en France (et alentour) de faire plus ample connaissance avec les vins de ce pays, je vais vous présenter, d’une manière surtout factuelle et basique, les vins d’Autriche.

L’Autriche produit environ 1% des vins du monde. On est très loin des mastodontes comme la France, L’Italie, ou l’Espagne, mais ces vins méritent amplement notre intérêt, et, selon moi du moins, notre estime. Alors comment se structure la production autrichienne ?

La loi qui gouverne la production de vin en Autriche fait partie intégrale de la structure hiérarchique de la législation européenne sur le vin. Les catégories de vin peuvent relever de la tradition française des AOC (DAC en Autriche) mais aussi de la tradition allemande : Landwein, Qualitätswein, avec ou sans prédicats comme SpätleseAuslese et Eiswein.

Les régions de production en Autriche et leurs tailles

Comme on le voit clairement sur la carte ci-dessus, le vignoble autrichien est concentré dans la partie orientale du pays. Ce vignoble dans son ensemble couvre 46.500 hectares. Les Etats fédéraux de Niederösterreich (28.145 ha), de Burgenland (13.100 ha) et de Steiermark (4.633 ha) ont le statut de régions de vins reconnues, mais il y a aussi 16 autres régions de production, dont Vienne (637 ha), ainsi que Bergland qui contient cinq régions de production de vin : Kärnten, Oberösterreich, Salzburg, Tirol, Vorarlberg.

 

grappe et feuille du cépage grüner veltliner, la vedette autrichienne

Les cépages

36 variétés de vigne sont autorisées pour la production de vins de qualité (Qualitätswein et Landwein) en Autriche : 22 blancs et 14 rouges. La part des vins rouges est en hausse depuis 20 ans et atteint maintenant un tiers du vignoble total.

Parmi ces variétés on trouve des noms connus ailleurs comme RieslingPinot BlancChardonnay, Muskateller, TraminerPinot NoirMerlotCabernet Sauvignon et Syrah, mais des variétés domestiques dominent la production. Parmi elles, de loin la plus importante est le blanc Grüner Veltliner qui compte pour près d’un tiers de la surface total du vignoble du pays. On trouve aussi d’autres variétés blanches comme NeuburgerRotgipflerZierfandler et Roter Veltliner, puis, en rouge, les ZweigeltBlaufränkisch, Sankt Laurent et Blauer Wildbacher.

L’ampélographie et la viticulture ont une longue histoire en Autriche car l’Institut Fédéral de Viticulture à Klosterneuberg, près de Vienne, date de 1860, ce qui en fait la plus ancienne école de viticulture au monde.

Pour de plus amples informations, je ne peux que vous conseiller, surtout si vous lisez l’allemand, l’anglais, le russe ou le mandarin, de visiter l’excellent site de Wines of Austria :http://www.austrianwine.com/

David Cobbold


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Balade autrichienne

En cette fin d’année, à l’heure des bilans, je reviens sur un des voyages qui m’a le plus emballé en 2017, ma balade autrichienne, à l’occasion de l’Austrian Wine Summit.

Le plus difficile, avec cet événement, c’est de choisir la ou les régions que l’on va visiter – on ne peut pas être partout à la fois. Pour moi, cette année, ce fut Kamptal, Wagram et Carnuntum. Trois régions proches de Vienne, mais avec chacune ses spécificités.

Signé Bründlmayer

Première étape : Kamptal

Les Sekt

Le château de Gobelsburg se trouve à une soixantaine de kilomètres au Nord-Ouest de Vienne. Ca, c’est pour la géographie de base. Mais plus important pour nous, le château, héritier d’une abbaye cistercienne, est une exploitation viticole ; il se trouve sur la Weinstrasse, au cœur du Kamptal, une des principales régions viticoles d’Autriche, qui bénéficie d’une bonne réputation, déjà ancienne pour ses Grüner Veltliner, et qui se profile à présent également comme la grande région des bulles autrichiennes – ce que l’on appelle ici le Sekt, et depuis peu, également, le Sekt Reserve.

Le lion veille sur l’entrée de Gobelsburg

Manquant de repères quant à la qualité ou même quant à la composition de ces vins, une dégustation d’une vingtaine de ces Sekt (plus deux pet nat), ne pouvait que nous allécher; nous nous sommes donc attelés à la tâche de juger cette effervescence autrichienne.

Voici mes préférés, et une impression générale.

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve

Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015

Bründlmayer Brut 2010,

Loimer Extra Brut

Impression d’ensemble : si l’on excepte les cuvées mettant en oeuvre des cépages très (trop?) aromatiques, j’ai été impressionné par la maîtrise de la bulle que possèdent ces vignerons, souvent connus pour leurs vins tranquilles. Délicatesse de la mousse et de l’expression, raffinement, les Autrichiens « savent faire ». On s’étonne que leurs belles bulles n’aient pas déjà rejoint les présentoirs de nos cavistes.

Les vins tranquilles

Nous quittons Gobelsburg pour le Parc naturel du Kamptal, à Schönberg, où nous attend un repas et une douzaine de vins locaux.

Parmi ceux-ci, deux me séduisent particulièrement, et pour cette fois, il ne s’agit pas de Grüner Veltliner :

Gerhard Deim Kamptal Riesling Schönberg 2016

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016

Le premier, pour sa force tranquille ; le second, pour sa texture ébouriffante.

Schönberg (Kamptal) et ses vignes

Les Erste Lage de Kamptal

Nous voici à la Alte Schmiede de Schönberg am Kamp, une ancienne forge qui cumule vinothèque et centre culturel (comme quoi le vin est vraiment un élément de culture en Autriche). Une trentaine de premiers crus du Kamptal (Erste Lage, selon la dénomination autrichienne) nous attendent.

Ma sélection :

Hirsch Kamptal DAC Grüner Veltliner Renner 2015

Weixelbaum Kamptal Réserve DAC Grüner Veltliner Renner 2015

Weszeli Kamptal Réserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013

Bründlmayer Kamptal Réserve DAC Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Steininger Kamptal Réserve DAC Lamm Grüner Veltliner 2015

Impression d’ensemble: jamais les Kamptal ne m’avaient semblé si purs et si équilibrés – et ce n’est pas qu’une question de millésime, car mes faveurs vont aussi bien à des 2016 qu’à des millésimes plus anciens. Tous les vins paraissent avoir gagné en précision, en définition ; l’acidité qui souvent, par le passé, tranchait sur le reste, me semble mieux fondue. Le Grüner Veltliner est leur cépage de prédilection, mais j’ai noté aussi un beau riesling (la Cuvée Terrafaction de Wezseli, par exemple). Un coup de chapeau également pour le «Four» by Lorenz V Grüner Veltliner Zöbinger Gaisberg 2012, une cuvée subtilement boisée.

Deuxième étape: Wagram

Nous quittons le Kamptal pour Feuersbrunn, un peu plus à l’Est, dans la région de Wagram.

L’autre Ott

Au restaurant Mörwald, nous nous essayons aux accords vins et mets. Les blancs fonctionnent très bien, notamment avec la cuisine épicée (même ma consoeur indienne Carina en convient) ; mais le vin qui réunit tous les suffrages est un rouge diablement séduisant, fruité, corsé, aux tannins bien présents, et déjà prêt à boire :

Frisch Pinot Noir 2013

Le lendemain, c’est une dégustation en bonne et due forme qui nous attend à la Vinothek Weritas, à Kirschberg am Wagram (un lieu incontournable pour les amoureux du vin à Wagram). 23 vins nous sont proposés, équitablement répartis entre Grüner Veltliner et Roter Veltliner. Un petit mot à propos de ce dernier cépage : en allemand, les cépages «rot» ne sont pas rouges, mais plutôt gris, si l’on veut adopter la terminologie française. Les cépages que nous désignons comme rouges  sont « blau» – ainsi, le Pinot Noir est le Blau Bürgunder. Quant au Roter Veltliner, c’est un cépage à la peau rosée, qui donne des vins blancs, avec cependant, une légère trame tannique.

Ma sélection :

Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015

Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013

Bernhard Ott Der Ott Wagram 2009

Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

La dernière journée de notre périple était consacrée au Carnuntum, une région qui doit son nom à une ville romaine, jadis florissante, sur l’ancienne frontière de l’Empire.

La part de rouge est ici beaucoup plus élevée qu’à l’Ouest de Vienne (on s’approche du Burgenland, et le climat est un peu plus chaud). Les cépages les plus diffusés sont le Zweigelt (pour lequel les vignerons locaux ont déterminé une catégorie d’excellence, le Rubin) et le Blaufränkisch. Nous avons pu déguster une bonne palette de 2011, avec comme objectif louable de nous montrer les aptitudes au vieillissement des rouges de la région ; la démonstration n’a pas variment été probante, la faute à des choix d’élevage discutables, à mon sens – beaucoup de vins décharnés, dominés par un bois sec. Curieusement ce phénomène était presque imperceptible dans les millésimes plus récents – à croire que les vignerons de Carnuntum ont compris la leçon.

J’épinglerai aussi un terroir très particulier, le Spitzerberg, petit morceau des Carpathes isolé du reste du vignoble, dont on se demande pourquoi il n’aurait pas sa propre appellation.

Mes préférés:

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011

Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015

Glatzer Carnuntum Klassik Weissburgunder 2016

Sans oublier…

Le Wine Summit a aussi été l’occasion de déguster quelques vins d’autres régions, lors des repas pris à Vienne. Voici mes préférés :

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013

Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011 (Burgenland)

Velich Tiglat Chardonnay 2011

 

Et si vous passez par là…

 

N’oubliez pas que la meilleure façon de faire connaissance avec les vins autrichiens, c’est de profiter sur place du sens de l’accueil et de la Gemütlichkeit typiquement autrichiens –  là-bas, tenir un verre de vin en main, c’est comme tenir un peu de culture, un peu de musique, un peu de joie de vivre. Rien d’ostentatoire dans la façon qu’ont les Autrichiens d’aimer et de valoriser le vin. Juste un peu de réalisme, des beaux verres, et « no nonsense ».

Deux bonnes adresses :

http://www.gobelsburg.at/

http://www.alteschmiede-schoenberg.at/

http://www.moerwald.at/

http://www.weritas.at/vinothek.html

 

Hervé Lalau


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Carnet de notes de Vinexpo 2017 (1/2)

Comme je le disais la semaine dernière, l’édition 2017 de Vinexpo était belle, assez dense sur le plan professionnel, en ce qui me concerne, car j’avais pas mal d’engagements à honorer et j’ai du quitter le salon à 13h le mardi pour remonter à Paris et animer une soirée autour du vin. Je n’ai pu consacrer que le lundi après-midi a une promenade de dégustation au hasard et au gré de mes pas, dont voici une sélection des vins que j’ai beaucoup aimé.

Mais d’abord une étiquette d’un vin que j’ai aimé, autant que l’étiquette d’ailleurs. J’émets à cet égard le voeu que les étiquettes (en France surtout) poursuivent leur émancipation des codes graphiques d’une autre époque. On le fait bien ailleurs, pourquoi pas en France ? Si je devais trouver un seul vertu des vins dits « naturels » (et ce beaujolais n’en est pas, heureusement !), cela serait leur relative créativité graphique. Je dois avouer que je n’ai pas trouvé ce vin à Vinexpo, mais lors d’une présentation des sélections pour les Foires aux Vins à venir. Je crois bien qu’il s’agissait de celle du Repaire de Bacchus. L’alcool confortable annoncé sur l’étiquette n’a nullement dérangé l’équilibre de cet excellent vin mais traduisait naturellement le millésime 2015 dans cette région.

Les stands des vins autrichiens étaient, comme d’habitude, élégants, clairs et sans le côté cliquant et ostentatoire qui, pour moi, en pollue beaucoup d’autres. Seul vin effervescent dégusté cet après-midi là, j’ai beaucoup aimé cette bulle rosée élaborée par l’excellent producteur Bründlmayer, situé à Langenlois, dans la vallée du Kamp, qui est un affluent du Danube à l’ouest de Vienne. Il est fait avec les cépages Pinot Noir, St. Laurent et Zweigelt. Le Zweigelt est un croisement entre le St. Laurent et le Blaufränkisch, produit dans les années 1920 par Fritz Zweigelt et initialement nommé Rotburger par lui. Sa réussite est telle que cette variété est aujourd’hui la plus plantée des variétés rouges en Autriche, avec 14% du vignoble du pays.

Un peu plus loin, je me suis arrêté au stand de Johann Markowitsch. Voici une excellent exemple d’un des cépages parents du Zweigelt, le Blaufränkisch. Il fait aussi de magnifiques Pinot Noirs qui sont pleins sans être lourds, bien fruités et sans la sensation de dureté un peu végétale que je trouve trop souvent en Bourgogne.

Et voici l’homme avec une partie de sa gamme assez impressionnante :

Bien encouragé par ces débuts, je me suis un peu attardé sur deux autres stands autrichiens voisins, à commencer par celui de Markus Huber, qui produit dans le Traisental et où j’ai dégusté une fabuleuse séries de Rieslings. Auparavant, j’avais aussi dégusté ses bons Grüner Veltliner, mais je mettrai ses Rieslings au sommet, et à un niveau tout à fait remarquable. Aucun des ces trois vins n’avait la moindre trace des ces arômes déplaisants de type « pétrolé ». Certains tentent de vous faire croire que cet odeur franchement désagréable est un produit de la nature du sol. Au contraire, d’autres me disent que c’est un phénomène lié au binôme chaleur/soleil, hypothèse que j’ai tendance à croire car je trouve ces odeurs bien plus souvent dans des Rieslings issus de climats et millésimes plus chauds : Alsace plus que Moselle allemand, Australie plus que les parties fraîches de l’Autriche, etc.

Une dernière sur le stand des vins d’Autriche pour la route….

Ce producteur, Peter Schweiger était une vraie découverte pour moi, car j’avais déjà dégusté d’autres vins des trois précédents vignerons, soit en Autriche, soit ailleurs. Une délicieux Zweigelt mais aussi un très beau Riesling.

Notez que tous ces vins ont de belles étiquettes, du moins selon moi. Si vous êtes fiers de vos vins, pourquoi les présenter sous une robe moche ? Des étiquettes traditionnelles peuvent aussi être très belles. Mais je ne comprends pas les producteurs qui persistent avec des horreurs telles que les Fitou que Marc a montrées la semaine dernière.

La semaine prochaine, je vous amènerai en Croatie, en Géorgie, en Australie, mais aussi en France avec une gamme formidable de Muscadets et de vins de cépages étonnants produits par les Frères Couillaud.

Buvez bon, mais buvez autre chose que vos habitudes aussi…

David Cobbold

 

 

 

 


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Charybde & Scylla

On pourrait appeler cela les Charybde et Scylla de la critique de vin. Deux écueils presque aussi dangereux que ceux de la mythologie grecque pour le frêle esquif du commentateur professionnel.

Le premier, c’est de commenter des vins tellement jeunes qu’on n’a aucune idée précise de leur potentiel d’évolution.
Le second, c’est de commenter des vins tellement « vieux » (comprenez, plus de 3 ans) qu’ils ne sont plus disponibles à la vente, et donc, commercialement pertinents.
Mais à choisir, je préfère le second écueil. Pourquoi? Parce que je suis convaincu que si le critique a encore une raison d’être, c’est d’éclairer le consommateur dans ses choix.
Nous pensons trop souvent d’abord au produit et au producteur qui est derrière. Je crois qu’il faut remettre le buveur au centre de nos préoccupations.
N’y voyez aucune forme de démagogie. C’est juste que je n’ai pas l’étoffe d’un propagandiste. Ni celle d’un Nostradamus à la petite semaine… Semaine des Primeurs, bien sûr! Je pense donc qu’il est urgent d’attendre que les vins soient buvables avant de les commenter.

Je regrette de ne pas avoir plus souvent l’occasion de déguster des vins  de 5, 10 ou 15 ans.

Parce que ces vins sont encore dans les caves de bon nombre d’amateurs de vin, et que ceux-ci, quand je les rencontre, au détour d’un salon de vin, d’un forum ou d’une formation, me demandent souvent mon avis sur le « bon moment » pour les boire.

Et j’ai souvent du mal à les renseigner.

Message… in a bottle

Ce métier, c’est un peu comme lire un livre dont les premiers chapitres s’effacent au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. De plus, ma faculté d’oubli me semble parfois supérieure à ma capacité d’apprendre; aussi, j’ai le regret de vous dire que je ne me rappelle plus, à l’heure où je vous parle, du goût exact des Santenay 2006 que j’ai dégustés en 2008. Ni des Saint-Emilion 2005 que j’ai appréciés en 2009. Je peux relire mes notes, bien sûr. Mais cela ne me dit pas grand chose sur ce que valent ces vins aujourd’hui.

Notre ami Marc Vanhellemont, il y a quelque temps, s’est penché sur l’état de conservation des Châteauneuf-du-Pape de 2004 – et si ma mémoire est bonne, il a été agréablement surpris par la qualité de ce millésime, pourtant décrié dans sa jeunesse, coincé qu’il était entre le monstruoso 2003 et le prometteur 2005. Le temps a passé, permettant de remettre en perpective les mérites comparés de ces millésimes.

J’appelle de mes voeux d’autres expériences du même genre. Je lance donc un message (in a bottle) à tous les comités, interprofessions et producteurs individuels; primo, pour qu’ils pensent à mettre de côté des flacons de chaque millésime; secundo, pour qu’ils les conservent dans de bonnes conditions); et tertio, pour qu’ils les incluent de temps à autre dans des dégustations, au côté de leurs derniers « poulains ». Nous pourrons ainsi mieux aider l’oenophile dans son choix cornélien:  « Dis moi, bouteille, qui est la plus belle aujourd’hui? T’ouvrirai-je, ne t’ouvrirai-je pas? »

Je suis d’autant plus persuadé que c’est la chose à faire que les progrès accomplis dans l’oenologie (notamment la maîtrise des température au chai et en cave) ont grandement amélioré la conservation des vins. Plusieurs dégustations réalisées à l’occasion d’anniversaires d’appellations (à Vacqueyras et en Languedoc, notamment, ces dernières années), ont mis en évidence un saut qualitatif; le début des années 2000 constitue une sorte de charnière, à ce titre.

Les vins plus anciens sont rarement délectables, même dans les appellations de prestige (il y en a, mais il sont minoritaires); dans les vins plus récents, par contre, le pourcentage de bonne conservation, et même, de bonification des vins, est beaucoup plus élevé. Et ce, même dans les appellations moins cotées. En clair: j’échangerai volontiers un Mouton-Rothschild 1985 (que je n’ai pas) contre un Clos Centeilles 2001.

Le début de la décennie 2010 est sans doute une autre charnière; c’est en effet à partir de ce moment, il me semble, que les symptômes de la grave maladie de l’extraction, dont j’ai pu encore constater les ravages dans des vins pourtant très chicos du Nouveau ou de l’Ancien Monde, lors du dernier Austrian Wine Summit, semble s’être atténués.

Et tout ceci est valable dans les blancs également, comme j’ai pu l’apprécier avec le Grüner Veltliner Smaragd Kellerberg 2000 du Domäne Wachau, opulent, miéllé, mais encore très dynamique, même si son acidité, certainement assez forte dans sa jeunesse, s’est remarquablement fondue au fil de cette quinzaine d’années.

J’espère que mon appel sera entendu. Et si c’est le cas, amis oenophiles, je me réjouis à l’avance de pouvoir mieux vous assister dans l’exploration des millésimes que vous conservez amoureusement dans votre cave, ou dans votre armoire à vins.

A ceux qui ouvrent leurs bouteilles de vins jeunes au retour du supermarché, parce que la vie est trop courte pour réfléchir à l’évolution du vin, qui n’est d’ailleurs pour eux qu’un produit de consommation comme les autres, évidemment, je dirai: ne changez rien! Ou plutôt: changez de blog!

Hervé

 


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Austria Est Imperare Orbi Uinorum Promotionis

En Autriche, la promotion des vins n’est pas du ressort des interprofessions, ni des appellations, ni d’une agence de l’Etat. C’est une société privée qui l’assume, l’Austrian Wine Marketing Board. Son capital étant réparti entre le privé (Chambre d’Agriculture et Chambre de Commerce) et les 4 Länder autrichiens produisant du vin.

Ce rôle, l’AWMB l’assume plutôt bien, d’ailleurs, à en juger par sa dernière organisation en date, à laquelle j’ai participé la semaine dernière: l’Austrian Wine Summit.
 

Quand les bus arrivent à l’heure

Il faut, de temps à autre, parler des bus qui partent et qui arrivent à l’heure (ceux de l’AWMB partent et arrivent toujours à l’heure); des visites et des dégustations qui apportent quelque chose; des accompagnateurs qui connaissent leur sujet (merci, Michael et Carmen); de la dynamique des vignerons eux-mêmes. Un exemple: à Wagram, j’ai pu entendre des vignerons présenter les vins et les domaines de voisins absents – non seulement avec respect pour le confrère, mais même, avec enthousiasme.
Le dynamique directeur général de l’AWMB, Willi Klinger, clôturant les dégustations de l’Austrian Wine Summit au Park Hotel de Vienne
Mais plutôt que de détailler 5 jours de visites, je préfère vous montrer le carnet de voyage qui nous a été distribué – il y en avait un par voyage, le nôtre concernait les vignobles de Kamptal, de Wagram et de Carnuntum. Il contenait aussi une partie commune avec les autres voyages, celle qui concernait les dégustations du premier jour, à l’Orangerie de Schönbrunn, et du dernier jour, au Park Hotel, avec en point d’orgue, une amicale confrontation entre des vins autrichiens et des vins étrangers du même cépage – confrontation où les locaux n’ont pas fait de la figuration, notamment pour le pinot noir, le chardonnay et le sauvignon…

 

Le sens du détail

Ce carnet à spirales ne comprend  pas moins de 130 pages!
Il commence par une présentation générale des vignobles autrichiens, et des principales variétés cultivées.
Puis l’on entre dans le programme proprement dit, jour après jours, visite après visite, dégustation après dégustation.
Pour chaque appellation, et chaque lieu, une courte présentation permettait de se situer; les sols et les expositions des différents lieux-dits ou crus étaient détaillés.
Pour chacune des dégustations, une fiche avait été préparée, les vins étant listés par ordre de service, avec mention du producteur, du cru, du millésime, des données analytiques (alcool, acidité, sucre) et une fourchette de prix. Un espace étant réservé aux notes.

Un mot clef: valorisation

Imaginez un peu la masse de travail en amont pour réunir toutes ces infos et la coordination nécessaire avec les vignerons et le lieu de dégustation pour que tout soit servi ou présenté dans l’ordre, à bonne température (et dans de bons verres)…
Sans compter que dans certains cas, il s’agissait de millésimes plus anciens, pas toujours faciles à trouver – car c’était un des axes de l’opération: mettre en évidence que les vins d’Autriche, blancs ou rouges, peuvent bien vieillir.
Ce travail, qui simplifie grandement le nôtre, saltimbanques du vin, toujours par Mons et par Vaud, a porté ses fruits: notre groupe de journalistes et critiques internationaux a apprécié une forte proportion des quelque 200 vins servis.
Voici mes préférés:

Sekt

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve
Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015
Bründlmayer Brut 2010,
Loimer Extra Brut

Kamptal

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016
Gerhard Deim Kamptal DAC Riesling Schönberg 2016
Hirsch Kamptal Grüner Veltliner Renner 2015
Weszeli Kamptal Reserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013
Bründlmayer Kamptal Reserve Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Wagram

Riesling Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015
Frisch Pinot Noir 2013 P
Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013
Ott Der Ott Wagram 2009
Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011
Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015
 Glatzer Carnunutum Klassik Weissburgunder 2016

Wachau

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013
Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wien

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Burgenland

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011
Velich Tiglat Chardonnay 2011

En résumé

Quitte à faire mentir le vieux dicton, pour cette fois: « à bon vin, belle enseigne ». Avec l’AWMB, les vignerons autrichiens mettent toutes les chances de leur côté; au pays du Grüner Veltliner, aucun snobisme, aucune morgue, aucune fierté mal placée; mais le souci de l’efficacité, de la mise en valeur du produit dans son contexte et au-delà. C’est peut-être pour ça qu’alors que le vignoble d’Autriche dépasse à peine les 45.500 ha, on trouve du vin autrichien en Allemagne, en Suisse, mais aussi au Japon, en Chine, au Canada, en Inde…

Hervé Lalau


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Que vaut le Pinot Noir d’Alsace ?

Je sais bien que mon titre est un peu ambigu, voire carrément absurde. Mais j’ai voulu voir ce que ce cépage, tant prisé au niveau international (il n’y a que voir les prix, non seulement des bourgognes rouges, mais aussi des bons pinots d’Allemagne, des Etats-Unis ou des pays de l’Hémisphère Sud) pouvait faire de nos jours en Alsace, région qui s’est longtemps contenté de le cantonner dans un style de vin rouge léger, voire de vin rosé.

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Le Pinot Noir n’arrive qu’à la dixième place parmi les cultivars les plus plantés au monde, et représente à peine 2% du vignoble (à vin) mondial. Je rappelle que les dix cépages les plus plantés dans ce monde ne couvrent que 36% des surfaces viticoles (source : Database of Regional National Global Winegrape Bearing Areas by Variety 2000 and 2010, University of Adelaide’s Wine Economics Research Centre). Ce qui met à mal certains bobards que j’entends parfois sur la domination supposée de quelques variétés de vigne. Par exemple j’ai entendu, samedi dernier, Jean-Michel Deiss (un alsacien) dire lors d’une conférence que 8 cépages comptaient pour 90% de la production mondial du vin ! Il faudrait tout de même vérifier les chiffres avant de tenter de soutenir, en publique, des thèses personnelles, teintés peut-être d’une forme de paranoïa viticole, et en tout cas très peu étayées par des faits réels ?

Quand on entre « Pinot Noir d’Alsace » dans son moteur de recherche, voici ce qu’on trouve sur Wikipedia :

« Le pinot noir apparaît en Alsace au Moyen Âge en provenance de la Bourgogne. Les sources mentionnent régulièrement du vin rouge alsacien, notamment les inventaires de caves des abbayes et les dîmes de vin prélevées par l’Église ; le pinot noir n’est alors qu’un des cépages noirs parmi tous ceux qui sont cultivés pour produire du vin rouge.

Son déclin commence à la fin du xvie siècle puis s’accélère suite aux ravages de la Guerre de Trente Ans ; l’habitude de faire des vins rouges ne subsiste que dans quelques localités au xxe siècle, principalement OttrottRodern et Marlenheim.

L’appellation d’origine « vins d’Alsace » est créée par l’ordonnance du 2 novembre 1945, puis devient appellation d’origine contrôlée par le décret du 3 octobre 1962, avant que ne soient définis des dénominations de cépage en 1971 ainsi que le cahier des charges de la production et de la commercialisation (décrets du 2 janvier 1970 et du 30 juin 1971) achevé par l’obligation de la mise en bouteille (loi du 5 juillet 1972) dans des flûtes (décret du 30 juin 1971).

Mondialement le Pinot Noir est en augmentation car ses surfaces ont cru de 45% entre 2000 et 2010, et il est probable que ce mouvement se poursuivra. Il n’est dépassé en vitesse d’expansion que par le Tempranillo et la Syrah parmi les 10 premières variétés.

En Alsace la progression du pinot noir est arrivé plus tôt et les surfaces ont même reculé entre 2005 et 2014. Ces surfaces restent modestes, car les chiffres officiels fournies par l’inter-profession alsacienne indiquent 1360 hectares pour le pinot noir « pâle et traditionnel » (vin rosé plus ou moins foncé) et seulement 224 hectares pour le pinot noir vinifié en rouge. Je ne sais pas trop ou se situe le curseur entre ces deux styles de vins, mais il est clair (sans jeu de mots) que le style léger reste dominant, même si on fait de plus en plus de vins dont le couleurs comme les saveurs n’ont rien à envier à des vins rouges de Pinot Noir d’ailleurs, que cela soit de Bourgogne, d’Allemagne, de Suisse, des USA, d’Australie, de la Nouvelle Zélande ou de l’Afrique du Sud. Pour dire les choses plus simplement, environ 10% du vignoble alsacien est planté de Pinot Noir, aujourd’hui le seul cépage de sa couleur autorisé, mais la vaste majorité est vinifié en rosé ou en rouge clair.

Avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, nous avons récemment dégusté, à l’aveugle, un vingtaine d’échantillons de Pinot Noir d’Alsace. Ces vins se situaient plutôt dans la catégorie des vins rouges, bien qu’il y avait des disparités assez fortes entre les styles, y compris dans le département de la coloration. Cette dégustation fut intéressante par cette diversité de styles, mais finalement un peu décevante par la faible proportion de bons vins dans la série. Sur les 19 échantillons dégustés, je n’aurai souhaité boire que 5 de ces vins, ce qui est une proportion assez faible de nos jours. Et quelques grands noms présents dans la série (après avoir enlevé les chaussettes) nous ont particulièrement déçus !

Les Prix des vins dégustés

La fourchette de prix pour les 19 vins dégustés allait de 7,40 à 35 euros. Si la plupart des vins que nous avons aimés se trouve dans la partie haute de cette fourchette, deux des plus chers ne sont pas bien sortis de l’épreuve d’une dégustation à l’aveugle et deux des vins que nous avons aimés se vendent à un niveau médiane de la fourchette. Ils constituent donc des bonnes affaires pour ce type de vin car le pinot noir est globalement assez cher.

Voyons cela de plus près :

Les tops

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Muré, Pinot Noir « V » 2013

Issu du grand cru Vorbourg qui ne peut pas dire son nom en entier sur l’étiquette (quelle hypocrisie ces règles dans les appellations !). Beau nez profond et complexe qui combine arômes fruités et floraux. C’est le caractère frais et très juteux qui marque d’abord le palais, avant de découvrir une texture raffinée qui enveloppe une matière fine et délicatement fruité, structurée juste ce qu’il faut pour assurer une garde de 5 ans.

(note 16/20, prix public 29,40 euros)

 

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Barmes Buecher, vieilles vignes 2013

Issu du grand cru Hengst, ce vin illustre, comme tous les vins que nous avons aimés, l’importance d’un site bien exposé pour faire un beau pinot noir dans cette région. Au nez, ce vin n’est guère expressif au début et semble plutôt métallique, mais il s’ouvre ensuite sur de notes agréables de fruits noirs. La matière est ample, à la texture veloutée qui cache à peine une structure ferme. C’est un beau vin de garde, plus austère que les autres vins que nous avons aimé.

(note 15,5/20, prix public 27 euros)

 

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Paul Buescher, Pinot Noir « H » 2013

Est-ce que ce vin est issu du grand cru Hengst ou d’une parcelle nommé Herrenweg qui n’est pas classé grand cru ? Difficile de savoir car le site du producteur ne le dit pas.  En tout cas c’est un bien joli vin, à la robe profonde, presque violacée, parfumé et ample, légèrement fumé, gourmand à souhait.

(note 15,5/20, prix public 24 euros)

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Henri Schoenlitz, Pinot Noir Herrenreben 2014

Nez suave de fruits noirs. La belle matière est aussi succulente que raffinée, grâce à un élevage en bois si bien dosé qu’il est à peine perceptible : cela donne juste ce qu’il fait d’arrondi et d’allonge au vin.

(note 15,5/20, prix public 18,50 euros)

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Zinck, Pinot Noir Terroir 2014

Belle couleur qui pourrait constituer une définition du terme « rubis ». C’est intense et brillant, transparent sans être dilué. Nez profond dans la gamme de fruits noirs et rouges. Texture fine, beaucoup de fraîcheur et des saveurs fruitées très précises et avenantes. La structure est fine, aux tanins délicats mais présents. Parfait équilibre et bonne longueur. Une boisson de bonheur qui ne force pas son talent pour donner un plaisir immédiat.

(note 15/20, prix public 17 euros)

 

Les moyens (éventuellement acceptables)

Cave de Hunawihr

Charles Frey

Jean-Marc Simonis

J-L et F Mann

 

Les flops (des vins que nous n’avons pas aimé du tout, pour différentes raisons)

Marcel Deiss, Burlenberg 2012

Paul Blanck, Pinot Noir « F » 2010

Leon Beyer

Hugel

Robert Klingenfus

J Gsell

Kuenz Bas

Maurice Schoech

Schmidt

 

Conclusion

On peut trouver d’excellents Pinot Noirs en Alsace dans le style vin rouge, et ils peuvent soutenir la comparaison à certains Bourgognes d’un niveau village, voir au-dessus. Ils sont généralement moins tanniques et plus fruités dans leur style. Ils sont aussi moins chers. Mais il faut les choisir avec beaucoup d’attention. Certains producteurs, très réputés pour leurs vins blancs, n’ont pas réussi dans le domaine des rouges, en tout cas sur la base des vins que nous avons dégustés.

 

David Cobbold