Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Balade autrichienne

En cette fin d’année, à l’heure des bilans, je reviens sur un des voyages qui m’a le plus emballé en 2017, ma balade autrichienne, à l’occasion de l’Austrian Wine Summit.

Le plus difficile, avec cet événement, c’est de choisir la ou les régions que l’on va visiter – on ne peut pas être partout à la fois. Pour moi, cette année, ce fut Kamptal, Wagram et Carnuntum. Trois régions proches de Vienne, mais avec chacune ses spécificités.

Signé Bründlmayer

Première étape : Kamptal

Les Sekt

Le château de Gobelsburg se trouve à une soixantaine de kilomètres au Nord-Ouest de Vienne. Ca, c’est pour la géographie de base. Mais plus important pour nous, le château, héritier d’une abbaye cistercienne, est une exploitation viticole ; il se trouve sur la Weinstrasse, au cœur du Kamptal, une des principales régions viticoles d’Autriche, qui bénéficie d’une bonne réputation, déjà ancienne pour ses Grüner Veltliner, et qui se profile à présent également comme la grande région des bulles autrichiennes – ce que l’on appelle ici le Sekt, et depuis peu, également, le Sekt Reserve.

Le lion veille sur l’entrée de Gobelsburg

Manquant de repères quant à la qualité ou même quant à la composition de ces vins, une dégustation d’une vingtaine de ces Sekt (plus deux pet nat), ne pouvait que nous allécher; nous nous sommes donc attelés à la tâche de juger cette effervescence autrichienne.

Voici mes préférés, et une impression générale.

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve

Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015

Bründlmayer Brut 2010,

Loimer Extra Brut

Impression d’ensemble : si l’on excepte les cuvées mettant en oeuvre des cépages très (trop?) aromatiques, j’ai été impressionné par la maîtrise de la bulle que possèdent ces vignerons, souvent connus pour leurs vins tranquilles. Délicatesse de la mousse et de l’expression, raffinement, les Autrichiens « savent faire ». On s’étonne que leurs belles bulles n’aient pas déjà rejoint les présentoirs de nos cavistes.

Les vins tranquilles

Nous quittons Gobelsburg pour le Parc naturel du Kamptal, à Schönberg, où nous attend un repas et une douzaine de vins locaux.

Parmi ceux-ci, deux me séduisent particulièrement, et pour cette fois, il ne s’agit pas de Grüner Veltliner :

Gerhard Deim Kamptal Riesling Schönberg 2016

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016

Le premier, pour sa force tranquille ; le second, pour sa texture ébouriffante.

Schönberg (Kamptal) et ses vignes

Les Erste Lage de Kamptal

Nous voici à la Alte Schmiede de Schönberg am Kamp, une ancienne forge qui cumule vinothèque et centre culturel (comme quoi le vin est vraiment un élément de culture en Autriche). Une trentaine de premiers crus du Kamptal (Erste Lage, selon la dénomination autrichienne) nous attendent.

Ma sélection :

Hirsch Kamptal DAC Grüner Veltliner Renner 2015

Weixelbaum Kamptal Réserve DAC Grüner Veltliner Renner 2015

Weszeli Kamptal Réserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013

Bründlmayer Kamptal Réserve DAC Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Steininger Kamptal Réserve DAC Lamm Grüner Veltliner 2015

Impression d’ensemble: jamais les Kamptal ne m’avaient semblé si purs et si équilibrés – et ce n’est pas qu’une question de millésime, car mes faveurs vont aussi bien à des 2016 qu’à des millésimes plus anciens. Tous les vins paraissent avoir gagné en précision, en définition ; l’acidité qui souvent, par le passé, tranchait sur le reste, me semble mieux fondue. Le Grüner Veltliner est leur cépage de prédilection, mais j’ai noté aussi un beau riesling (la Cuvée Terrafaction de Wezseli, par exemple). Un coup de chapeau également pour le «Four» by Lorenz V Grüner Veltliner Zöbinger Gaisberg 2012, une cuvée subtilement boisée.

Deuxième étape: Wagram

Nous quittons le Kamptal pour Feuersbrunn, un peu plus à l’Est, dans la région de Wagram.

L’autre Ott

Au restaurant Mörwald, nous nous essayons aux accords vins et mets. Les blancs fonctionnent très bien, notamment avec la cuisine épicée (même ma consoeur indienne Carina en convient) ; mais le vin qui réunit tous les suffrages est un rouge diablement séduisant, fruité, corsé, aux tannins bien présents, et déjà prêt à boire :

Frisch Pinot Noir 2013

Le lendemain, c’est une dégustation en bonne et due forme qui nous attend à la Vinothek Weritas, à Kirschberg am Wagram (un lieu incontournable pour les amoureux du vin à Wagram). 23 vins nous sont proposés, équitablement répartis entre Grüner Veltliner et Roter Veltliner. Un petit mot à propos de ce dernier cépage : en allemand, les cépages «rot» ne sont pas rouges, mais plutôt gris, si l’on veut adopter la terminologie française. Les cépages que nous désignons comme rouges  sont « blau» – ainsi, le Pinot Noir est le Blau Bürgunder. Quant au Roter Veltliner, c’est un cépage à la peau rosée, qui donne des vins blancs, avec cependant, une légère trame tannique.

Ma sélection :

Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015

Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013

Bernhard Ott Der Ott Wagram 2009

Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

La dernière journée de notre périple était consacrée au Carnuntum, une région qui doit son nom à une ville romaine, jadis florissante, sur l’ancienne frontière de l’Empire.

La part de rouge est ici beaucoup plus élevée qu’à l’Ouest de Vienne (on s’approche du Burgenland, et le climat est un peu plus chaud). Les cépages les plus diffusés sont le Zweigelt (pour lequel les vignerons locaux ont déterminé une catégorie d’excellence, le Rubin) et le Blaufränkisch. Nous avons pu déguster une bonne palette de 2011, avec comme objectif louable de nous montrer les aptitudes au vieillissement des rouges de la région ; la démonstration n’a pas variment été probante, la faute à des choix d’élevage discutables, à mon sens – beaucoup de vins décharnés, dominés par un bois sec. Curieusement ce phénomène était presque imperceptible dans les millésimes plus récents – à croire que les vignerons de Carnuntum ont compris la leçon.

J’épinglerai aussi un terroir très particulier, le Spitzerberg, petit morceau des Carpathes isolé du reste du vignoble, dont on se demande pourquoi il n’aurait pas sa propre appellation.

Mes préférés:

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011

Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015

Glatzer Carnuntum Klassik Weissburgunder 2016

Sans oublier…

Le Wine Summit a aussi été l’occasion de déguster quelques vins d’autres régions, lors des repas pris à Vienne. Voici mes préférés :

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013

Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011 (Burgenland)

Velich Tiglat Chardonnay 2011

 

Et si vous passez par là…

 

N’oubliez pas que la meilleure façon de faire connaissance avec les vins autrichiens, c’est de profiter sur place du sens de l’accueil et de la Gemütlichkeit typiquement autrichiens –  là-bas, tenir un verre de vin en main, c’est comme tenir un peu de culture, un peu de musique, un peu de joie de vivre. Rien d’ostentatoire dans la façon qu’ont les Autrichiens d’aimer et de valoriser le vin. Juste un peu de réalisme, des beaux verres, et « no nonsense ».

Deux bonnes adresses :

http://www.gobelsburg.at/

http://www.alteschmiede-schoenberg.at/

http://www.moerwald.at/

http://www.weritas.at/vinothek.html

 

Hervé Lalau


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Austria Est Imperare Orbi Uinorum Promotionis

En Autriche, la promotion des vins n’est pas du ressort des interprofessions, ni des appellations, ni d’une agence de l’Etat. C’est une société privée qui l’assume, l’Austrian Wine Marketing Board. Son capital étant réparti entre le privé (Chambre d’Agriculture et Chambre de Commerce) et les 4 Länder autrichiens produisant du vin.

Ce rôle, l’AWMB l’assume plutôt bien, d’ailleurs, à en juger par sa dernière organisation en date, à laquelle j’ai participé la semaine dernière: l’Austrian Wine Summit.
 

Quand les bus arrivent à l’heure

Il faut, de temps à autre, parler des bus qui partent et qui arrivent à l’heure (ceux de l’AWMB partent et arrivent toujours à l’heure); des visites et des dégustations qui apportent quelque chose; des accompagnateurs qui connaissent leur sujet (merci, Michael et Carmen); de la dynamique des vignerons eux-mêmes. Un exemple: à Wagram, j’ai pu entendre des vignerons présenter les vins et les domaines de voisins absents – non seulement avec respect pour le confrère, mais même, avec enthousiasme.
Le dynamique directeur général de l’AWMB, Willi Klinger, clôturant les dégustations de l’Austrian Wine Summit au Park Hotel de Vienne
Mais plutôt que de détailler 5 jours de visites, je préfère vous montrer le carnet de voyage qui nous a été distribué – il y en avait un par voyage, le nôtre concernait les vignobles de Kamptal, de Wagram et de Carnuntum. Il contenait aussi une partie commune avec les autres voyages, celle qui concernait les dégustations du premier jour, à l’Orangerie de Schönbrunn, et du dernier jour, au Park Hotel, avec en point d’orgue, une amicale confrontation entre des vins autrichiens et des vins étrangers du même cépage – confrontation où les locaux n’ont pas fait de la figuration, notamment pour le pinot noir, le chardonnay et le sauvignon…

 

Le sens du détail

Ce carnet à spirales ne comprend  pas moins de 130 pages!
Il commence par une présentation générale des vignobles autrichiens, et des principales variétés cultivées.
Puis l’on entre dans le programme proprement dit, jour après jours, visite après visite, dégustation après dégustation.
Pour chaque appellation, et chaque lieu, une courte présentation permettait de se situer; les sols et les expositions des différents lieux-dits ou crus étaient détaillés.
Pour chacune des dégustations, une fiche avait été préparée, les vins étant listés par ordre de service, avec mention du producteur, du cru, du millésime, des données analytiques (alcool, acidité, sucre) et une fourchette de prix. Un espace étant réservé aux notes.

Un mot clef: valorisation

Imaginez un peu la masse de travail en amont pour réunir toutes ces infos et la coordination nécessaire avec les vignerons et le lieu de dégustation pour que tout soit servi ou présenté dans l’ordre, à bonne température (et dans de bons verres)…
Sans compter que dans certains cas, il s’agissait de millésimes plus anciens, pas toujours faciles à trouver – car c’était un des axes de l’opération: mettre en évidence que les vins d’Autriche, blancs ou rouges, peuvent bien vieillir.
Ce travail, qui simplifie grandement le nôtre, saltimbanques du vin, toujours par Mons et par Vaud, a porté ses fruits: notre groupe de journalistes et critiques internationaux a apprécié une forte proportion des quelque 200 vins servis.
Voici mes préférés:

Sekt

Jurtschistch Brut Nature Grosse Reserve
Schloss Gobelsburg Renner Grüner Veltliner 2015
Bründlmayer Brut 2010,
Loimer Extra Brut

Kamptal

Schenter Früh Roter Veltliner Hiesberg 2016
Gerhard Deim Kamptal DAC Riesling Schönberg 2016
Hirsch Kamptal Grüner Veltliner Renner 2015
Weszeli Kamptal Reserve DAC Grüner Veltliner Käferberg 2013
Bründlmayer Kamptal Reserve Alte Reben Grüner Veltliner 2014

Wagram

Riesling Josef Fritz Roter Veltliner Steinberg 2015
Frisch Pinot Noir 2013 P
Leth Grüner Veltliner Wagram Scheiben 2013
Ott Der Ott Wagram 2009
Schuster Wagram Grüner Veltliner Eisenhut Reserve 2015

Carnuntum

Muhr-van der Niepoort Carnuntum Spitzerberg Blaufränkisch 2011
Lukas Markowitsch Rubin Carnuntum Zweigelt 2015
 Glatzer Carnunutum Klassik Weissburgunder 2016

Wachau

Domäne Wachau, Riesling Smaragd Achtleiten 2013
Franz Hirzberger Wachau Riesling Smaragd Singerriedel  2006

Wien

Wieninger Wien Reserve Pinot Noir Tribute 2011

Burgenland

Gesellmann Blaufränkisch Hochberg 2011
Velich Tiglat Chardonnay 2011

En résumé

Quitte à faire mentir le vieux dicton, pour cette fois: « à bon vin, belle enseigne ». Avec l’AWMB, les vignerons autrichiens mettent toutes les chances de leur côté; au pays du Grüner Veltliner, aucun snobisme, aucune morgue, aucune fierté mal placée; mais le souci de l’efficacité, de la mise en valeur du produit dans son contexte et au-delà. C’est peut-être pour ça qu’alors que le vignoble d’Autriche dépasse à peine les 45.500 ha, on trouve du vin autrichien en Allemagne, en Suisse, mais aussi au Japon, en Chine, au Canada, en Inde…

Hervé Lalau