Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Renaissance des Appellations à Barcelone ce 17 avril !

La semaine du 16 avril sera riche en évènements viticoles, à Barcelone. Je vous engage fortement à venir vous y perdre, vous y ferez de belles découvertes. Certes, ce sont des salons professionnels, mais si vous vous intéressez au monde du vin, vous trouverez peut-être quelqu’un qui vous permettra d’y rentrer…

En marge du salon officiel Alimentaria, avec son pavillon réservé aux vins, «Intervin», qui se déroule du 16 au 19 avril et qui se veut la vitrine internationale des vins espagnols (il réunit 700 bodegas), l’offre est grande.

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Ça commence très fort dès lundi avec la fantastique «Musica del vi», organisée par Quim Vila, sur un site exceptionnel, La Llotja del Mar, un bâtiment gothique du XIVème, où seront réunis les vignobles les plus représentatifs.  Un public professionnel trié sur le volet pourra y déguster les derniers millésimes de plus de 180 bodegas nationales et internationales, les plus célèbres cela va sans dire !

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Ça continue le mardi, qui sera la journée « la plus chaude », trois évènements se feront gentiment concurrence :

C’est un événement organisé chaque année en alternance avec Madrid dans lequel un groupe de domaines espagnols un peu “hors circuit” et dans la mouvance actuelle, présentent leurs nouveaux millésimes à un public principalement professionnel. Un Salon un peu comparable à celui du « Vins de mes Amis ».

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  • Magnificat – « del terroir a la copa”

Un véritable showroom de vins et spiritueux organisé par Juvé & Camps (la Maison de Cavas bien connue) et Primeras Marcas (un distributeur barcelonais). C’est la troisième édition, un événement  qui réunit des grandes figures internationales : 47 domaines. A remarquer, la belle place laissée aux spiritueux. En 2016, Magnificat a attiré plus de 1.000 personnes, tous des professionnels attirés par la présence des châteaux bordelais et des bourguignons.

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  • Enfin, Renaissance des Appellations sera présente le mardi 17 avril au Museu Maritim de Barcelone !

Nos amis catalans membres de l’Association reçoivent leurs collègues venus de France, d’Allemagne, d’Autriche, d’Australie, d’Hongrie, d’Italie,  du Portugal, de Slovénie, et de Nouvelle-Zélande, dans  un lieu emblématique.

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L’endroit – le Musée Maritime – est magnifique; il pourrait impressionner, et pourtant, se sera un rendez-vous détendu et à échelle humaine. Ici, pas de commerciaux tirés à quatre épingles, ni de stands luxueux, pas de tapis, pas de photos de vignobles et de châteaux à tourelles. Mais un environnement qui en impose, à la hauteur des vins qui seront dégustés.

Il se situe dans le bâtiment des anciens chantiers navals royaux de Barcelone. De style gothique, sa construction a été réalisée dans une première étape entre les années 1283/1328 et la seconde entre 1328/1390.

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C’est dans cet imposant espace que se déroulera une incroyable dégustation de plus de 45 domaines en biodynamie, réservée aux professionnels. Les vins y prendront toute leur dimension, ce supplément d’âme qu’on appelle l’amour du terroir et des vins qui y naissent, s’y trouvera renforcé. Cette salle en impose certes, mais elle respire l’émotion, elle a une âme,  tout cela, les vignerons comme les visiteurs vont le ressentir dans le verre, j’en suis persuadée, se sera l’autre paramètre de la dégustation qui cette fois-ci fera ressortir l’âme du terroir.

Je vous y attends!

INVITACIO

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur La Renaissance des Appellations, c’est ICI

 

 


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« Vins Singulars », un Salon très spécial pour découvrir des vins uniques.

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L’Espagne viticole « Nature » et l’Espagne viticole tout court sont en plein mouvement, j’en veux pour preuve la multiplication des Salons, on ne sait plus où donner de la tête ! C’est un phénomène nouveau, il y a à peine cinq/six ans tout au plus, à part Alimentaria et Fenavin, on n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent et pour cause, les petits domaines étaient encore très peu nombreux. Les choses ont beaucoup évolué, les petites bodegas ont vu le jour un peu partout dans le vignoble : des petites structures souvent de 5 à 10ha, crées par des vignerons qui sont sorties des coopératives, ou par des œnologues ou encore par des passionnés du vin. Beaucoup d’entre eux se présentent comme des « réactionnaires, des révolutionnaires », qui veulent rompre avec le modèle viticole traditionnel. Ils s’engagent dans des agricultures écologiques ou biodynamiques et des vinifications les plus naturelles possibles. Ils se regroupent entre eux pour se commercialiser et ça donne : « Roca Madre, Vins off the Record »…ou bien sont distribués par d’autres convaincus de ce style de vins et ça donne « La Festival, Vins Singulars, Cuvée 3000, Simplesmente Vihno, Luis Pablo avec Gourmets Hunters « et j’en oublie certainement. Toujours est-il que chacun organise son Salon, impossible de participer à tous et c’est très frustrant. Les 4 et 5 mars, se tenait Simplesmente Vinho dont je vous ai parlé. L’association des producteurs de vins naturels organisait le 12, VINS NUS auquel il m’a été impossible de me rendre, or quand je regarde la liste des participants, je m’aperçois que je n’en connais pas la moitié !

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Le 27, lundi dernier, le même jour, deux Salons étaient organisés par des distributeurs barcelonais. L’un « Human Tast » sous l’égide de La Festival (le distributeur) ne proposait que des domaines en Bio ou Biodynamie, en majorité catalans avec quelques domaines espagnols et même français. Là aussi, la liste des nouvelles bodegas était impressionnante, et très attirante ; l’autre « Vins Singulars » toujours dans le même style de bodegas « niches » offrait un éventail plus large. Ne pouvant être partout, j’ai choisi de me rendre au second, non parce qu’il se déroulait au « Camp Nou », mais tout simplement pour la diversité des domaines qui représentaient l’ensemble du vignoble espagnol. Un peu plus de 40 bodegas étaient au rendez-vous, évidemment je n’ai pas tout dégusté, je me suis arrêtée chez ceux que je ne connaissais pas encore, sans oublier de faire une halte rapide chez mes amis.

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Parallèlement à cette explosion de petites bodegas, on assiste à un autre phénomène qui est la création de projets impulsés par des vignerons connus d’une zone, qui se mettent à vinifier dans d’autres appellations, seuls ou en association avec d’autres vignerons amis, les exemples sont nombreux : Fredi Torres, Uvas Felices, Viñedos Singulares, Family Owned Wineries, Vins Inquiets, Vinos terribles…J’aurai d’autres occasions pour vous parler de tous ces vins qui méritent d’être connus. Tout ça pour vous montrer qu’on ne s’ennuie pas en Espagne. Pour en revenir au Salon de lundi dernier, les uns et les autres se côtoyaient, d’accord, il y manquait la présence de domaines traditionnels, mais ils ne sont pas la cible de Barcelona Vinos qui ne distribue que des Vins Singuliers.Voici quelques-uns des vins qui m’ont bien plu et qu’il faudra suivre.

Dans un style simple, fruité, frais :

Celler Jordi Miró, TERRA ALTA

Des vins imaginés par Jordi Miro en Terra Alta, où il a créé son domaine en 2009.

Ennak 2016 Negre, Terra Alta

Un assemblage de Mazuelo, Garnacha tinta, Tempranillo y Merlot qui peut paraitre atypique de Terra Alta, mais qui en réalité est le reflet de beaucoup de vignes de la D.O., même s’il est vrai qu’elle s’oriente maintenant davantage vers le grenache. Un rouge de macération carbonique sans prétention mais qui se laisse boire très facilement grâce à sa légèreté et à sa gourmandise. Très bon rapport qualité/prix/plaisir. PVP 5,75€

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Dans un style construit pour, un de ces projets…

VINS INQUIETS MONTSANT

La Guineu i el Raïm deux vins de la D.O Montsant sont nés dans les vignes de Joan Ignasi Domènech, l’une des figures du nouveau terroir de Montsant et propriétaire des Vinyes Domènech. Il a créé ces 2 cuvées pour Vins Inquiets, un nouveau projet conçu pour « satisfaire et émouvoir le marché avec des vins personnels et authentiques élaborés par des vignerons singuliers qui sont distribués par Barcelona Vinos.

 La Guineu i el Raïm Blanc 2015 Montsant

C’est un blanc 100% grenache blanc, mais dont la production ne dépasse pas 600 bouteilles ! Pour un vin de niche, il a su rester très simple, pas de bois, que de la cuve et un prix très raisonnable. Sur un fond de fruits blancs, d’agrumes et d’arômes anisés sa bouche se révèle ample et gourmande avec beaucoup de fraicheur et un bel équilibre aromatique. Un joli vin terroir, une bonne surprise. PVP 13,50 €

La Guineu i el Raïm 2015 Montsant

Un rouge issu de grenache/carignan expressif et attachant. Un rouge identifié à son terroir : fruité, savoureux et intense. Il ne souffre pas de son passage en barriques, les tannins sont présents mais veloutés et fins, la finale reste fraiche et gourmande. PVP: 12,70 €

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Dans un style très Terroir et recherche…

Deux bodegas m’ont impressionnée, deux hommes anxieux de redécouvrir l’un un terroir, celui de jerez et l’autre des cépages en voie de disparition. Je vous livre ce que j’en ai retenu, mais il est clair que ça mérite d’être beaucoup plus approfondi.

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Cota 45 c’est le domaine qu’a créé récemment le prestigieux œnologue « Sanluqueño » Ramiro Ibáñez à Bajo de Guía, la plage magique de Sanlucar de Barrameda Il avait une obsession qui était la récupération des sols Albariza qui dans le passé,  avec de nombreuses variétés indigènes de Jerez et la non « fortification » des vins signaient l’identité des « generosos » du Sud de l’Espagne. Albariza, ce sol blanc et crayeux est le point de départ de Ramiro et l’épine dorsale de ses vins, dans lesquels, il recherche la présence et la personnalité du terroir face aux notes biologiques habituelles de Jerez .A la recherche du Jerez perdu !Ramiro veut que ses vins parlent de la terre et du climat où sont nés les raisins plutôt que ce qu’ils expriment après l’élevage, à partir de là il est devenu un enfant terrible de la région, car il est farouchement opposé aux pratiques habituelles demandées par l’appellation d’origine pour l’élaboration des vins fortifiés. Il veut des vins jeunes avec moins d’élevage, il ne veut plus se prosterner devant le voile comme l’impose les canons ! Il n’a pu faire autrement que d’abandonner la D.O., et se lancer dans la création de vins bien à lui, sans tenir compte des pratiques du passé. Voilà comment, il en est venu à créer dans sa cave, ce qu’il appelle « l’albarizatorio », son laboratoire œnologique dans lequel il fait des expériences avec les différents sols d’Albariza à la recherche de ce qu’ils peuvent transmettre dans les vins.Dans sa quête constante dans le passé viticole de la région où il est né afin de récupérer tout ce qui a été perdu avec l’implantation quasi industrielle du Palomino Fino, il fait partie du Manifeste 119, dans lequel se retrouvent un groupe d’œnologues et vignerons de Sanlucar de Barrameda, Jerez de la Frontera, El Puerto de Santa María et Chiclana qui cherchent à travers le passé à conquérir l’avenir des vins de Cadix.

Evidemment, il s’agit de productions très limitées.  Je n’ai pas vu Ramiro,  c’est un autre vigneron de Jerez qui faisait déguster ses vins. Il ne présentait que 3 vins, ceux distribués par Barcelona Vinos, mais J’avoue que ce que j’ai gouté a été une expérience des plus surprenantes et ça m’a donné très envie de faire un tour à San Lucar :

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100% Palomino Fino, issu du Pago Miraflores, à Jerez de la Frontera, vol 13,5%

Un vin blanc créé en collaboration avec la célèbre Taberna Der Guerrita fermentée dans une bota de Jerez au cœur du célèbre Barrio Bajo de Sanlúcar de Barrameda, pendant 36 mois sans la présence du voile, comme on faisait il y a plus d’un siècle. Il a été mis en bouteille en Octobre 2016. Il faisait assez chaud dans cette salle et pourtant, ce vin rien qu’au nez a dégagé une telle impression de fraicheur, une telle complexité que j’en ai oublié ma fatigue. Je me suis sentie très privilégiée de pouvoir gouter une des 700 bouteilles produites. En plus des notes de foin frais, de fruits murs et d’agrumes, je pouvais percevoir l’humidité de la terre et sentir les effluves salines. En bouche, j’ai ressenti une grande fraicheur marquée par des arômes citriques accompagnée d’un joli volume et des notes d’amandes grillées, très intense avec un petit air d’0loroso. C’est assez unique, je n’hésite pas à parler de « petite merveille ». PVP: 14,50€

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Vino de Mesa Encrucijado Palo Cortado Mágnum 2014

Vol 15,5%. C’est un vin expérimental élaboré à partir de 6 cépages autochtones, palomino Fino et autres(mantúo de pilas, mantúo castellano, perruno, cañocazo y beba), des variétés qui ont pratiquement disparu avec l’invasion du palomino, mais qu’il était habituel de trouver dans le Palo Cortado.

Cette Encrucijado fermente spontanément dans la bota, où il a passé 10 mois en élevage biologique et 10 en élevage oxydatif. Il a été mis en bouteille avec 15,5% sans être fortifié, juste au moment où se qualifie pour être un palo cortado, d’où son nom : Encrucijado, c’est un Palo Cortado jeune.C’est puissant et doux à la fois, au nez comme en bouche. Une grande concentration et crémosité, enveloppée par des notes de caramel au beurre, de chocolat, de café, de terre, de plantes. C’est moins sec qu’un manzanilla ou un fino, c’est savoureux, très long et c’est unique.

PVP : 56,50 €

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Je n’ai pas voulu gouter le Pedro Ximenez Pandorga, pensant revenir à la fin, mais trop tard.

Le second vin que vous voyez sur la photo:

Fino La Barajuela 2013

est un Jerez des Bodegas Luis Perez, en réalité on pourrait le définir comme un vin blanc élevé en barriques avec la présence d’un très léger voile. C’est encore un Jerez original, différent, que je n’hésiterai pas à classer dans les grands blancs tellement il est séduisant. Très intense, il offre des notes florales et d’épices douces, les fruits secs ne manquent pas, mais aussi les notes de pommes, d’agrumes, de fruits jaunes : une belle complexité aromatique. Sa chair est grasse et savoureuse, très fraiche avec une finale saline et épicée très persistante.P.v.p aprox: 29€

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Il faut dire que c’était un Salon très interessant, avec des bodegas qui demandaient qu’on s’arrête sans se presser, notamment celle de Juan Carlos Sancha en Rioja, il est entrain de récupérer des variétés en voie d’extinction ou minoritaires, il faut absolument que je vous raconte, ou encore les vins de Fredi Torres en Ribeira Sacra, ou ceux de Rafa Bernabé à Alicante, je vous en parlerai la semaine prochaine.

Je remarque que tous ces vins sont distribués par des Barcelonais, l’inquiétude et la curiosité pour les nouveaux projets et domaines semble se concentrer à Barcelone. La capitale préfère rester très traditionnelle.

L’Espagne viticole se bouge, elle devient riche en petites bodegas, les prix restent la plupart du temps sages, les productions sont très limitées, ça me semble être un handicap, mais les vins proposés sont plein de caractère, on sent une grande inquiétude chez les vignerons , ils sont tous à la recherche d’une identité, d’une vraie personnalité pour leurs vins. L’autre Espagne viticole celles des grands Groupes continue d’exister, mais les créneaux de vente sont différents et les deux puvent répondre à des demandes internationales variées: il y en a pour tous les gouts.

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 


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Barcelone andalouse : l’ange, le Jésus et le fino (2)

Résumé de l’épisode précédent : ce jour-là, nous avions deux anniversaires à célébrer : le mien et celui de Vincent Pousson, un copain expatrié en Catalogne ; il faisait beau et pour l’occasion nous nous étions donnés rendez-vous à Barcelone, histoire de vérifier ce que le sieur Pousson tenait pour info majeure, à savoir l’andalousiation de la capitale catalane et son ouverture au monde mystérieux du roi des vins, le Jerez et sa suite. Pour en savoir plus, commencez donc par lire ICI.

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C’est ainsi que le taxi jaune et noir nous jette fissa Passeig de Gracia, au beau milieu de la foule bigarrée, à quelques encablures de Catalunya, pile devant l’entrée du Mandarin (prononcez « mandarine ») Oriental. Passons sur le design quelque peu criard, mélange moderniste de bling bling et de kitsch, qui plaît à certains, mais pas à d’autres, un peu comme le décorum de son petit frère parisien où officie un chef fort bien médiatisé.

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Vincent nous conduit sans plus attendre dans une vaste et haute pièce lumineuse aux allures de cathédrale privée qui aurait été édifiée pour un président mégalo ou quelques nouveaux riches. Pourquoi les fauteuils doivent-ils ressembler à des trônes blancs pour mieux s’asseoir à la table du déjeuner ? Je ne trouve pas de réponse à cela, même si à l’usage, l’assise se révèlera hyper confortable. À dire vrai, le temps d’un bref instant, je ne me sens pas très rassuré jusqu’à l’arrivée heureuse d’un personnel en partie francophone qui nous installe avec force de gentillesse dans un angle de la pièce. À ce moment-là, je commence à avoir la sensation que je vais vivre un moment unique, assister à un spectacle étrange, peut-être, mais très particulier.

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Avant d’attaquer l’apéro, autant par nécessité que par curiosité, j’en profite pour faire une visite classique aux petits coins. Dans le domaine de l’avant-gardisme, et depuis le temps qu’elle concourt, Barcelone est à mes yeux en passe de décrocher le pompon de la ville offrant le plus de lieux d’aisances au futurisme outrancier ! Une fois de plus, je suis ébahi par cet endroit d’où je ne sais ni comment je suis entré, encore moins dans quoi j’ai pu pisser, ni par quel miracle j’ai eu la sensation fugace de me laver les mains. Je ne sais comment, mais toujours est-il que j’ai pu m’en sortir pour rejoindre enfin la tablée. En jurant bien que, même en cas d’envie pressante, j’éviterais ces lieux avec l’espoir d’en trouver d’autres… disons plus conventionnels.

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Nous sommes ici au Bistreau (bistro et bureau à la fois ?), le temple barcelonais de la cuisine andalouse. Un territoire géré avec maestria par « le chef de la mer », j’ai nommé Angel León et sa brillante équipe. Profitons-en pour présenter l’élément-clé, le major d’hommes de cette équipe, le très distingué manager Jesús Gomez.

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C’est lui qui, parfois à la manière d’un toréador, va nous orchestrer un joli menuet à caractère forcément andalou faisant de ce lieu inattendu un restaurant capable d’impressionner un auditoire exigeant qui demande tour à tour de la surprise, de la découverte et de l’extase, tout cela pour une somme assez raisonnable. Certes, j’ose avouer que je m’étais laissé inviter par ma compagne, mais j’ai pu par la suite lui arracher un secret : ce déjeuner de rêve lui avait coûté 250 € pour trois personnes. Et je peux ajouter que nous n’avons jamais manqué de quoi que ce soit dans le verre comme dans l’assiette !

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Le Bistreau est sans aucun doute le seul restaurant au monde à proposer à sa clientèle un menu découverte accompagné du début à la fin de vins de Jerez. Oui, je le confirme, ce Jesús-là en tout cas (avec son accent tonique sur le « u »), agit en véritable sauveur, je dirais même en libérateur. Disons le tout de go, alors que je ne suis pas très chaud pour ce genre de jeu très difficile à orchestrer, le gars est arrivé à m’éblouir avec son audacieux plan de mariages sur le mode un plat-un vin. En tout cas, à lui seul, il contribue largement à faire de Barcelone la dernière capitale andalouse à la mode. Je sais que je vais me faire houspiller par une foule d’aficionados, mais Cordoba, Sevilla, Jerez, Ronda, Cadiz peuvent toutes aller se rhabiller ! Car aucune de ces cités, jusqu’à plus ample informé, n’est capable de rivaliser avec Barcelone lorsqu’il s’agit d’aligner des flacons de Jerez de styles et de marques différentes sur des mets qui souvent relèvent de l’audace la plus osée.

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Je ne vais pas récapituler ni narrer les plats qui ont défilé devant nous. En outre, il faut savoir, je le pense, garder un peu de surprise pour ceux de mes éventuels lecteurs qui seront tentés de faire l’expérience du Bistreau. Mais, à titre d’exemple, celui qui m’a le plus charmé est cette tortillita proposée en entrée avec un premier fino en rama. Les saveurs marines accrochées à une dentelle à la fois fine, croustillante et craquante, elle-même délicatement posée sur du papier avec son ornement de bébés crevettes – on dirait des biquettes du côté de Royan – comme à jamais coincées (et figées) dans les mailles d’un épervier que l’on imagine jeté au petit matin d’une barque de pêcheur sur les eaux scintillantes du Guadalquivir rejoignant la mer en son estuaire.

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Oui, c’est bel et bien un voyage auquel nous participons. L’autre plat marquant mis au point par Angel est devenu mythique : il s’agit de son magistral et très photogénique riz au plancton d’un vert profond et éclatant qui, lui aussi, semble avoir été étudié pour épouser la fougue du Jerez. Tenez, regardez les photos et régalez-vous… A quoi bon en rajouter ? Jusqu’à l’après-dessert nous n’avions nulle envie de bouger tant nous étions sur notre nuage. En réalité, nous ne sommes sortis à l’air libre que par la volonté du cigare que de telles agapes nous avaient donné envie de savourer.

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Alors, que vous ayez quelqu’argent de côté au Luxembourg, à Trifouilly-les-Oies ou à Panama, ou tout simplement si votre tirelire déborde de petits billets, offrez-vous une fois dans votre existence le vol low cost jusqu’à Barcelone, réservez une très économique chambre d’hôtes en plein cœur de la ville, usez des transports en commun à volonté et offrez-vous ce traitement de faveur. Il est si particulier qu’il ne germe même pas dans le crâne des PDG de nos grosses entreprises dotés de salaires pourtant mirobolants. Envisagent-ils seulement la richesse et la beauté d’un tel moment tant ils sont submergés par leurs affaires? Alors oui, offrez vous un déjeuner andalou tout au Jerez dans l’un des hôtels les plus chics de Catalogne. Ce sera à n’en pas douter l’un des moments clés de votre vie !

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Michel Smith

PS Merci Brigitte pour cette délicieuse initiative…

 

 


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À Barcelone, pour une piquouse au Jerez…

Marie-Louise Banyols nous a bien fait comprendre ces derniers temps l’importance que prenait le vermut dans les lieux où le vin est à l’honneur en Espagne, certes, en Catalogne et à Barcelone en particulier. Personnellement, je n’ai jamais été emballé par ces vins « arrangés » et mes amis savent à quel point mon goût est nettement plus porté vers la spontanéité et la fraîcheur du Fino, ce vin sec si moderne et si profondément andalou qu’il me file une claque en bouche, requinque mon cerveau et me donne l’irrésistible envie de revivre, de parler, de rire et de croquer langostinos, calamares, almejas, anchoas, olivas, almendras, tortillas, jamones ibéricos… que sais-je encore dans le vaste répertoire des gourmandises que l’on trouve dans tous les bons bars de Jerez de la Frontera, Sevilla, Cordoba, ou San Lucar de Barramedia, chez Bigote par exemple, ou même à Puerto de Santa Maria pas très loin de Cadiz.

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À Barcelona, comme en d’autres villes de Catalogne que je fréquente en voisin depuis 30 ans, les vins de Jerez, Manzanilla et Montilla-Moriles inclus, n’ont jamais été totalement absents du paysage vineux. Bien que le choix ait été limité, j’ai toujours pu m’en procurer sans trop de difficultés. Pourtant, je n’ai jamais senti une réelle frénésie autour de ces vins et j’ai plutôt essuyé quelques revers : mauvais service mêlé à un choix plutôt limité, à un désastreux manque de connaissance et à une attitude frisant la racisme anti-andalou. Or, les courants d’air passant plutôt bien dans les artères rectilignes de la grande catalane où les modes changent désormais aussi vite qu’à Londres ou Paris, il se pourrait bien que dans un jour très proche le Jerez et sa foison de vins spéciaux fassent des ravages du côté des ramblas. Déjà, il y a deux ans, j’avais découvert sur le tard un filon de taille (une trentaine de références) lors d’une halte avec mon copain Bruno à Palafrugell, chez Grau, un grand magasin dédié aux vins, liqueurs et alcools qui a déclenché chez moi une série d’articles pas mal controversés ici même. Si vous êtes curieux, vous retrouverez les trois papiers sous le titre El Rey Fino.

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Lors de mes finoseries habituelles, j’avais aussi commis un ou deux articles sur Monvinic, un bar chic où officie l’une des meilleures sommelières d’Espagne, la poitevine Isabelle Brunet. Lors d’un séjour à Londres idem, où les bars à finos semblent gagner du terrain. Et à Paris ? Que dalle… du moins à ma connaissance. Voilà donc que depuis quelques années on constate que les branchés du vin s’ouvrent timidement mais sûrement au Jerez et que des explorateurs fous de caves andalouses, tels ceux de l’Equipo Navazos dénichent de vraies pépites qu’ils mettent en bouteilles afin de nous faire partager leur passion.

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Je vais commencer – il était temps ! – par le commencement : ma rencontre avec le premier lieu vanté par Vincent. Il vient d’ouvrir à deux pas de la trépidante Diagonal, à hauteur d’un gigantesque rond-point qu’est la Plaça Francesc Macia. Il s’agit d’une cave à l’allure et au nom modestes, El Petit Celler, précédée d’un bar assez discret et sans prétention comme il y en a tant dans cette ville, un lieu idéal pour servir de refuge à quelques employés du quartier venus discuter d’une affaire entre deux coups de fil et une pause cigarette. Vous verrez, on y arrive facilement en remontant le trottoir de droite de la courte mais assez large carrer Beethoven.

WP_20160406_012Après un vrai Illy caffe servi ristretto dans les règles de l’art et bu à la va-vite au bout du comptoir, faîtes comme moi en filant droit vers le fond de la boutique. C’est là que vous attendent quelques 260 références andalouses qui font de cette petite cave probablement la plus grande au monde, en tout cas la plus fournie en fioles de Jerez et autres Montilla-Moriles. On reste coi face à la variété et à la rareté des vins qui sont exposées. Et pas que dans le créneau du fino ! Toujours avec en bouche le parfum de la douce amertume rôtie de mon café du matin (il est presque midi, mais il faut se mettre au rythme local…), tout en réclamant l’aide du patron, Sebastià Lozano, je mets la main sur une petite bouteille d’une marque qui m’était inconnue et dont le prix ne dépassait pas 20 euros. Je demande à l’avoir en terrasse dans un seau à glace. Une telle exigence ne choque nullement Sebastià qui ajoutera à ma demande une petite assiette de morceaux de jambon ibérico.

Accompagnant notre dégustation de quelques bouffées d’un excellent cigarillo cubain (il n’était pas l’heure du gros cigare), un petit Partagas, ma compagne et moi étions aux anges lorsque jaillit de la rue l’ombre (amincie) de notre ami Vincent. Ni une ni deux, sur le ton triomphal du « Goûtez-moi ça, vous allez voir que c’est autre chose ! », voilà qu’il nous fait servir un autre flacon, sa découverte du moment. Fier tel un hidalgo d’opérette, aussi à l’aise qu’un paysan gascon, il nous sert son trésor, son vin d’amour tout droit sorti d’une bouteille aux allures de fiole antique. Le vin est gras de matière, mais il est pourtant aussi solide que le mur d’enceinte de l’Alcazar de Jerez. Il file bien droit en bouche, imprimant dès le départ le style aiguisé et distingué d’un jeune cavalier en habit sorti tout droit de l’école équestre de la ville pour parader devant les belles qui se pressent sur le chemin des festivités de la Feria del Caballo.

Un équilibre fait d’élégance, de perfection, de finesse… bref, un fino parfaitement bien éduqué, pour employer un terme de spécialiste. Le nom de ce rarissime fino ? Urium. Il s’agit d’un fino issu de raisins biologiques élevés en solera sous la fleur et mis en bouteilles en rama, c’est-à-dire « tel quel », ou « tout cru », sans filtration, comme l’explique in english l’excellent blog Sherry Notes.

Au cœur de la vieille cité de Jerez, dirigée par un collectionneur de soleras Alonso Ruiz et sa fille, Rocio, la Bodega Urium est l’une des dernières petites maisons familiales jerezanas qui s’accroche à ses vieux murs et cultive son indépendance avec autant de sérieux qu’elle met de soin à élever ses vins. Et sous cette même signature, l’amateur trouvera une gamme de V.O.R.S. (Very Old Rare Sherry ou encore Vinum Optimum Rare Signatum) déclinée en Amontillado , Palo Cortado, Oloroso et Pedro Ximénez, garantissant des vins de plus de 30 ans !

Fier de sa trouvaille... Photo©MichelSmith

Heureux de sa trouvaille, Vincent sombre  un instant en pleine méditation.

Nous étions déjà bien gais en cette fin de matinée, grisés que nous étions par la fraîcheur et la qualité de la flor peut-être, alors que notre journée Jerez ne faisait que commencer. Il était temps de se laisser cueillir par un taxi jaune et noir pour notre prochaine étape encore plus folle que celle d’avant. Si vous êtes comme moi accro au fino, suivez-nous Jeudi prochain pour une mémorable virée à deux pas des fameuses Ramblas.

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!Adiós y hasta pronto¡

Michel Smith

©photos MichelSmith

PS Cet article est dédié à l’ami Étienne Hugel qui aurait pu nous accompagner dans cette virée …


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Barcelona, deux ou trois trouvailles et puis s’en va…

À deux jours près, j’aurais pu y aller en TGV vu que c’est Dimanche dernier que la ligne Perpignan-Barcelone (gare de Sants), ou Paris-Barcelone si vous préférez, a été officiellement inaugurée. Peu importe, mon inauguration à moi, ce sera pour un autre jour… Toujours est-il que je suis allé dans notre capitale à nous, Barcelona, pour assister à une dégustation, plutôt à un mini salon organisé par un ami, Ivo Pagès dans un hôtel proche de la Gran Via de les Corts Catalanes et du Parc Joan Miro en plein quartier de l’Eixample (l’extension), non loin du centre historique.

Ivo Pagès, le Pirata de Cadaquès, avec une admiratrice. Photo©MichelSmith

Ivo Pagès, le Pirate de Cadaquès, avec Valeska, une admiratrice. Photo©MichelSmith

Il faisait beau et en deux heures, j’avais tout bouclé. Y compris une dégustation des extraordinaires charcuteries de porcs noirs de la ferme Saint-Géry dans le Lot dont le jambon de 36 mois de maturation en cave, sans salpêtre ni ajout de produits chimiques, attirait tous les regards. Mais revenons au vin. Ici, tout est décalé. À 11 heures, heure officielle d’ouverture, il a fallu attendre le quart d’heure catalan (une bonne demi-heure) afin que la machine se mette en place et que les premières bouteilles s’ouvrent. Onze heure trente du matin, c’était limite pour moi, mais bon, je n’allais pas fait mon délicat vu que j’étais à l’étranger.

Anne Cannan, du Clos Figueras, avec son délicieux Serres. Photo©MichelSmith

Anne Cannan, du Clos Figueras, avec son délicieux Serres. Photo©MichelSmith

La première personne à déboucher ses bouteilles à peu près à l’heure fut la jolie fille d’un ami, Christopher Cannan, « an English man in Bordeaux » comme j’aime le définir. Sa société, Europvin diffuse un nombre impressionnant de belles bouteilles venues du monde entier avec, semble-t-il, une prédilection pour l’Espagne. Il y a quelques années, l’homme a d’ailleurs acquis une propriété dans le Priorat, à Gratallops, le Clos Figueras, domaine que codirige aujourd’hui sa fille, Anne, installée à Barcelone. En allant directement sur cet article de leur site, vous en saurez encore plus sur l’histoire de ce domaine. Toujours est-il que le vin qui m’a le plus frappé, probablement celui qui était le moins hispanisant, soit dit en passant, ou le plus français si vous préférez, fut le « Serres del Priorat » 2012, magnifique d’élégance et de fruit. Certes, ce rouge à 60 % Grenache, 20 % Carignan, le reste en Syrah et Cabernet Sauvignon, était marqué par le bois (élevage en futs de 500 litres ayant déjà contenu deux vins), mais celui-ci était d’une telle discrétion que j’eus tôt fait de l’oublier pour ne retenir que sa volupté et sa fière allure. À 14 €, c’est le moins cher du tarif de ce domaine.

Antonella et Massimo, deux italiens en Catalogne… Photo©MichelSmith

Antonella et Massimo, deux italiens en Catalogne… Photo©MichelSmith

L’autre bonne surprise n’en était pas une réellement dans ce sens où mon confrère et ami Vincent Pousson en avait déjà touché mot dans son blog ici même. Disons que ce fut une confirmation de ce que je savais déjà : Vincent est un bon goûteur de vin qui a su dénicher cette inattendue bouteille de Garrut, arborant le nom local du Mourvèdre. Antonella et Massimo, deux piémontais enthousiastes, se sont installés dans le Pénédès, entre Barcelone et Tarragone où, en plus d’un restaurant campagnard, ils ont créé un domaine à leur image, Partida Creus, avec 6 ha de vignes cultivées en bio. En bouche, le Garrut est frais, droit, croustillant et vif. Il offre une matière compacte et une bonne longueur. Je ne le vois pas comme un vin de garde – deux à trois ans au plus -, mais plutôt comme un vin jovial à boire frais sur de très belles grillades. Seul hic, il n’y que 1.500 bouteilles de ce vin, à 15 € départ cave. Pour se consoler, on peut aussi se procurer chez eux un superbe Grotto 2009, Cabernet Sauvignon ample, frais et diablement savoureux.

Photo©MichelSmith

Photo©MichelSmith

Installé à Cadaquès, Ivo Pagès, l’organisateur de ce salon de poche, vinifie de son côté des raisins qu’il achète à des viticulteurs de la région de l’Emporda, région beaucoup plus proche de la frontière franco-espagnole. Il y associe aussi des vins finis achetés à des vignerons amis. Son vin vedette, nommé Pirata, est un assemblage de plusieurs millésimes (2008, 2009 et 2010) sur une majorité de Grenache et de Carignan, avec un peu de Syrah, Petit Verdot et Tempranillo. Goûté en magnum, c’est un rouge assez simple qui paraît un peu dur et rustique au premier contact, mais qui est agréablement marqué par des notes de maquis.

Radieuse, Dany Rolland toujours prête à faire goûter ses vins. Photo©MichelSmith

Radieuse, Dany Rolland toujours prête à faire goûter ses vins. Photo©MichelSmith

À côté de lui, Ivo avait invité l’œnologue Libournaise, Dany Rolland, qui trônait derrière plusieurs cuvées de la Rolland Collection. À défaut de Bon Pasteur, il y avait une petite verticale (7 millésimes) de Château Fontenil, le cru de Fronsac qu’elle a fondé en 1986 avec Michel Rolland. Presque entièrement dédié au Merlot, le 2001, bien marqué par le laurier, m’est apparu comme le plus séduisant car encore frais, fin et serré en bouche. Il y avait aussi un Lalande de Pomerol 2004 un peu austère au début mais fruité et riche en matière. Un autre 2004, de la région du Cap celui-là, le Remhoogte Estate, à plus de 60 % Merlot, Cabernet Sauvignon en appui, avec 6 % de Pinotage, affichait une belle franchise dès l’attaque et beaucoup de fruité en bouche.

Le jambon de 36 mois pour finir…Photo©MichelSmith

Le jambon de 36 mois pour finir…Photo©MichelSmith

N’ayant pas d’adresses de bons restaurants Barcelonais à tester, j’ai préféré flâner seul, sans but précis, dans les rues du quartier pour remarquer une fois de plus le dynamisme de cette ville et l’architecture parfois cocasse des immeubles. Puis je suis vite rentré à mon bureau pour goûter une étonnant Gamay sur lequel vous saurez tout la semaine prochaine car j’aurai le plaisir et l’avantage de jouer au père Noël.

Michel Smith