Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


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Sauvage à poil, une étiquette aguicheuse

Mais encore ?

Au sein du flacon, le vin se révèle-t-il frais et savoureux ? Délicat et floral?

C’est un Beaujolais, on attend de lui qu’il soit frais !

Mais où est le poil ?

Dans notre monde glabre, le poil est considéré souvent comme bestial, pauvres humains…

Mais il peut répondre à la fantaisie ou l’extravagance de celle ou celui qui veut. À chacun ses phantasmes.

Voyons ce que ce Régnié peut nous offrir sous sa toison.

Vin Sauvage A Poil 2016 Régnié Château de la Terrière

Grenat cramoisi, il respire la pivoine, l’iris et la violette. Une envolée florale qui nous flatte les narines avant de nous séduire par ses effluves fruités de prunelle et de burlat, par sa note de benjoin. Du poivre noir et une taffe de fumée contribuent encore à l’explosion nasale. La bouche oscille entre fraîcheur et suavité. Les tanins semblent s’être totalement fondus dans la matière fruitée. Ils sont pourtant toujours là, mais discrets et gaufrés. Baies croquantes, pétales délicats, épices douces, font de ce vin un agréable Beaujolais qu’on ne se lasse pas de boire ou d’ausculter.

La vinif

Fait de Gamay issus d’une parcelle de 3 ha qui porte le nom glaçant du lieu-dit La Sibérie. Le sol s’y compose de granits roses décomposés en sables grossiers. La vinification traditionnelle en grappes entières avec une macération de 25 jours. De la vendange à la mise en bouteille aucun ajout de sulfite ne s’effectue. La conduite des vignes se fait en lutte raisonnée. Cette cuvée existe depuis le millésime 2009.

On ne l’a guère cadrée, on ne l’a pas habillée de sulfite, la voilà donc des plus Nature, sauvage et à poil.

Quant au Château

Situé à Cercié, il regarde la face nord du Mont Brouilly. Construit au 13es et remanié au 16 es, il est l’un des plus vieux domaines de la région. Il a été repris en 2003 par la famille Barbet qui en a restauré la cuverie et restructuré le vignoble. C’est aujourd’hui Grégory Barbet qui veille au développement du domaine viticole avec l’aide de l’œnologue Frédéric Maignet.

http://www.terroirs-et-talents.fr/domaines/chateau-de-la-terriere/

Quand on feuillette les albums des œnographilistes, les collectionneurs d’étiquettes de vin, il y a toujours une partie réservée, une sorte d’enfer comme dans les bibliothèques, un lieu privé, à l’accès limité. Ces pages montrent quelques représentations scabreuses ou quelques tournures équivoques, voire les deux ensembles ou plus… Mais le souci n’est pas l’habit, mais le contenu. Quand c’est bon, on est ravi de pouvoir aguicher nos co-dégustateurs avec notre trouvaille. Dans le cas contraire, nous sommes en général plus moralisateurs, avec le « c’est fait pour vendre ». Mais c’est toujours fait pour vendre, que l’étiquette soit classique ou frisant le porno. La différence vient de la motivation du vigneron qui désire vendre une piquette ou qui veut attirer l’attention sur son vin ou qui veut se démarquer de ses collègues ou qui … Il serait par conséquent intéressent lorsqu’on rencontre une telle bouteille à l’étiquette égrillarde avec le producteur derrière de lui demander « pourquoi avez-vous appelez votre cuvée Lèche-moi la Grappe ». Je compte le faire et je suis vraiment curieux des réponses et de ceux qui m’avoueront leurs vraies motivations.

 

Ciao  

Marco


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Pizza aux légumes et Morgon

Il est toujours difficile d’accorder les légumes aux vins, pourtant, il est important de s’en préoccuper, vu que les légumes reviennent en force et ont de plus en plus de consommateurs exclusifs. Alors voici, le mariage gourmand entre une pizza ‘verte’ et un Beaujolais sympa.

Le bôjo

 

Morgon 2016 des Vignerons de Bel-Air

 Un Morgon facile à boire, porté sur le fruit délicatement épicé qui nous fait plonger immédiatement dans une corbeille de fruits de myrtilles, de groseilles, de cassis et de griottes, où vient encore rebondir une framboise catapultée d’un trait de réglisse.

La bouche ample semble débonnaire et plaît aux papilles interpellées par la tension minérale de l’architecture, puis la porte s’ouvre et de l’huis sortent petit à petit fruits et fleurs, le flux s’intensifie et c’est en fin par gerbes successives que les bouquets aromatiques embellissent tout le palais.

Comme dit avant, ce Morgon n’est pas une Côte du Py, c’est un Morgon accessible tout de suite, dès l’ouverture de la bouteille.

Technique :  vendanges manuelles avec tri à la parcelle. Cuvaison traditionnelle semi-carbonique de 12 à 14 jours avec maîtrise des températures. Élevage environ 5 mois en cuve inox.

La pizza

 

Des oignons rouges, des courgettes, de la tomate fraîche bien entendu, des olives noires, du poivron rouge, des câpres, de la mozzarella, quelques herbes, croquante et savoureuse, elle se demande si ce Morgon lui conviendra.

No souci

 

Ils sont fait pour s’entendre, le vin n’a aucun apriori et transmet le message aux papilles qui acceptent sans rechigner cette aventure gustative. Aventure bien sage. Fruité du vin et saveur végétale des légumes se marient à merveille. Les olives se plaisent au contact des tanins légers du vin, les courgettes craquent rien qu’en voyant les groseilles, le poivron s’harmonisent aux groseilles, la tomate répond aux framboises. Le seul sujet délicat, ce sont les câpres, acides, salés et un rien âcres, mais par de souci, ils se fondent dans les épices du vin et se font ligoter par la réglisse. Quant au fromage, plus entendu parlé.

Ça m’a régalé, d’autant plus que j’avais très envie d’un Beaujolais et comme le dit Marilou, dans les accords, il faut aussi céder à ses soifs.

Ciao

 

Marco


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Et si les meilleurs vins rosés ne venaient pas de Provence ?

Depuis quelques années, la Provence a tant misé sur un seul type de vin, le rosé (et de surcroît avec une tonalité clairement très pâle, en tout cas bien plus que l’image ci-dessus), qu’elle semble exercer une forme de quasi-hégémonie sur ce marché, du moins dans l’imaginaire des consommateurs. Mais l’engouement pour le vin rosé, qui est parti de cette belle région aussi capable de produire de grands vins rouges et blancs, fait de plus en plus d’émules un peu partout ailleurs, et cela me fait poser la question suivante : est-ce que d’autres climats ne sont pas mieux adaptés à produire ce type de vin si populaire que la zone climatique de la Méditerranée, qui est forcément relativement chaude ? Evidemment cela dépend de ce qu’on recherche dans un rosé, mais je pense que la notion de fraîcheur est essentielle dans ce type de vin, du moins en général, car il y a bien sur des rosés de garde qui échappent à la masse.

Je ne vais pas m’occuper que de la couleur dans cet article, car peu importe la robe d’un vin, mais il en sera aussi question. Ma préoccupation principale est cette impression désaltérante de fraîcheur que donnent les bons rosés, et qui vient à la fois de l’acidité, de la netteté des saveurs fruités, et d’une relative légèreté en alcool. Car j’ai souvent une impression de lourdeur, presque d’écœurement dans beaucoup de rosés de Provence, impression que je crois réelle mais que la plupart tentent de masquer par l’effet induit par une couleur très pâle. Vendre du vin c’est aussi jouer sur tous les ressorts chez un consommateur, et cette histoire de pâleur me rappelle la grande réussite commerciale des Scotch whiskies ayant une couleur bien plus pâle que les autres, comme J&B ou Cutty Sark, à partir des années 1960 et 1970 (voir l’image des whiskies ci-dessus). Le consommateur a l’impression, d’une manière quasi-subliminale, de boire moins d’alcool quand le produit est moins coloré. Je sais que cela peut sembler très basique, mais je crois que c’est vrai. Regardez aussi le succès des alcools blancs.

Pour revenir à la question du climat (que je pense être l’ingrédient le plus important dans l’équation complexe du terroir) il me semble que des climats plus frais que celui de la Provence sont mieux adaptés à la production de vins rosés qui donnent une vrai impression de fraîcheur, et cela quelque soit la température de service. Cela semble couler de source, mais, d’une manière plus anecdotique, c’était une dégustation d’une quarantaine de vins rosés pour les besoins d’un article qui a engendré cette réflexion. Théorie et pratique se combinent donc.

La semaine dernière nous avons dégusté, avec mon collègue Sébastien Durand-Viel, 38 vins rosés de différentes provenances : Loire, Alsace, Beaujolais, Savoie, Rhône, Provence, Languedoc, Roussillon et Bordeaux. On ne peut pas dire que l’échantillonnage était représentatif des proportions de rosés produites dans toutes ses régions, mais cela permettait quand-même d’avoir un début d’idée sur des profils, qui est plutôt confirmé par d’autres expériences passées. Nous avons dégusté tous les vins à la température de la pièce (17°C), ce qui écarte un effet masquant qui résulte d’une température fraîche. J’estime que si un vin ne semble pas bien équilibré à cette température, alors il ne l’est pas et le rafraîchir ne sert qu’à masquer cela. Sept vins étaient horribles, quinze seraient acceptables pour la plupart des consommateurs, et dix-sept étaient bons ou très bons selon nous. Mais ce qui me frappait le plus dans cette dégustation était le haut niveau qualitatif des rosés de Savoie, du Beaujolais et, à moindre degré, de Bordeaux. Je leur trouvais un supplément de fraîcheur, une netteté de saveurs et une impression globale de plaisir spontané, simple mais plein. Je ne suis pas obsédé par les degrés d’alcool dans des vins ; d’ailleurs je regarde assez rarement cette information sur les étiquettes, mais je l’ai quand même fait dans ce cas. Pour les régions que je viens de citer, ces degrés se situaient entre 11,5° et 12°, tandis que pour les vins rosés de Provence et du Languedoc, les niveaux tournaient entre 13° et 14°. Il y avait des vins très clairs et d’autres aux tons prononcés parmi les bons et très bons vins. La couleur n’a donc aucun rapport avec les qualités gustatives d’un vin rosé. Autre élément, qui a son importance pour la plupart des acheteurs de bouteilles : le prix. Les prix des vins rosés de Savoie, de Beaujolais ou de Bordeaux, du moins pour les vins que nous avons dégustés, semblent bien inférieurs à ceux de Provence, par exemple.

En conclusion, je pense qu’un climat tempéré ou frais est plus apte à produire des bons vins rosés qu’un climat méditerranéen. Or c’est plutôt le contraire sur le plan de la proportion des vins rosés produits de nos jours dans ces grandes zones. Encore un paradoxe français ?

 

David

 


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Grappillons quelques bons vins de saison – et abordables!

En cette période ou on ne parle que de « grands vins », de choses chères et parfois rares pour appâter le client, je vais prendre un peu le contre-pied et vous parler de quelques vins plus modestes que j’ai croisé récemment et qui m’ont semblé exemplaires, chacun selon son type et pour des prix abordables. Ce ne sont pas de premiers prix, mais aucun ne dépasse 20 euros la bouteille et le niveau moyen se situe autour de 12 euros. Cela vous fera un repas de fête réussi et peu onéreux, ou si c’est trop tard, une sélection pour les mois à venir, quand vous ne voulez plus vous ruiner. J’ai opté pour une gamme qui peut remplir toutes les cases ou presque d’un repas de fêtes (ou autre): une bulle et un liquoreux, trois blancs et trois rouges. De quoi faire quelques beaux accords avec les mets de saison.

La bulle

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Crémant de Bourgogne, cuvée Vive la Joie 2008, Cave Bailly Lapierre

J’ai dégusté cette cuvée, dans différents millésimes, à plusieurs reprises et j’ai toujours été impressionné par sa plénitude et le plaisir immédiat qui est fournie par ce caractère délicatement fruité qui remplit la bouche et la laisse impatiente pour la prochaine gorgée. C’est presque le prix de certains Champagnes bas de gamme mais sa qualité leur est nettement supérieure.

Prix public environ 13 euros

 

Le liquoreux

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Ninon, Muscat à Petit Grains 2015, Vin de France, Cave d’Alba

Il y a de plus en plus de vins intéressants qui sortent du carcan parfois trop rigide des appellations, et ce vin d’Ardèche en fait partie. Le vignoble a failli disparâitre mais il revit grâce à ce vin très aromatique (on s’en douterait vu le cépage) somptueux par sa texture, presque luxuriant mais parfaitement en équilibre par une belle pointe de fraîcheur.

Prix public 12,50 euros

Les vins blancs

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Muscadet Sèvre-et-Maine, Froggy Wine 2015, Pierre Luneau-Papin

C’est parce que la parcelle s’appelle « Les Grenouilles » que Pierre Luneau-Papin, régulièrement l’un des meilleurs vignerons du Muscadet, a ainsi nommé sa cuvée et j’aime bien la touche d’humour dans le nom et l’étiquette. Je suis fan de ses vins, comme de bien d’autres des meilleurs producteurs de cette appellation si injustement décriée, depuis un moment. Celui-ci peut parfaitement remplir son rôle de rafraichir et d’ouvrir le palais en accompagnant huitres ou autres fruits de mer, mais il est bien plus qu’un somple accompagnateur. Son fruité fin et sa belle rondeur se laissent boire tout seul. Vaut bien des vins blancs plus chers.

Prix public environ 10 euros

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Sauvignon Blanc Spielfeld 2014, E & W Polz, Sud-Steiermark, Autriche

Je trouve que les meilleurs Sauvignon Blancs d’Autriche, qui viennent tous de la Styrie, font partie de plus accomplis des vins de ce cépage au monde. Un verre de ce vin-ci, dégusté au prix de 5 euros dans un bar à vin à l’aéroport de Vienne (et qu’est-ce qu’on attend pour présenter un choix de vins au verre de ce niveau et à ces prix dans les aéroports en France ?), m’a semblé parfaitement illustrer ce propos. Il arrive a combiner l’intensité fruité d’un Sauvignon de Marlborough (NZ) sans l’accent parfois caricaturalement expressif avec la texture légèrement râpeuse mais finement ciselé d’un Sancerre. Le vin est long sans aucune lourdeur. Cela doit être le climat semi-montagneux, combiné à une vinification très précise et un long élevage dans des contenants en bois assez volumineux et pas neufs. Cette dimension tactile qui colle à la langue est une des choses que j’apprécie dans ce vin, outre son équilibre entre fruit et acidité.

prix public en Autriche environ 17 euros : ce n’est pas un premier prix, mais d’autres sauvignons dans la gamme de cet excellent producteur sont disponibles à partir de 9 euros.

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Montagny 1er Cru, Les Bassets 2014, Laurent Cognard & Co

Je ne connaissais pas ce producteur et j’ai reçu cette bouteille en tant qu’échantillon envoyé par une agence de presse. D’après ce que j’ai pu glaner comme information, il s’agit d’un jeune vigneron qui a pu acheter un peu de vignes tout en travaillant comme salarié avant 2006, puis il en a repris d’autres parcelles à la retraite de ses parents qui étaient en cave coopérative. Vendanges manuelles, pressurage douce, levures « indigènes », malos faites et une association de vinification/élevage en cuves et vaisseaux en bois de différentes tailles. En tout cas le résultat m’a semblé très probant, avec un mariage intéressant entre rondeur et vivacité, de la pureté dans les saveurs fruites et une bonne longueur. Heureusement pas de « minéralité » à l’horizon (private joke) !

Prix public : autour de 20 euros : ce n’est pas exactement donné mais cela vaut d’autres blancs de Bourgogne à 30/35 euros

Les vins rouges

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Beaujolais Nouveau, cuvée Vieilles Vignes 2016, Pierre-Marie Chermette

Ce producteur (ci dessus, montrant qu’il ne mouille pas que sa chemise pour faire ses vins), qui fait aussi d’excellents vins dans les crus Brouilly, Fleurie et Moulin-à-Vent, produit chaque année ce qui sont pour moi des vins exemplaires du type primeur issu de l’appellation Beaujolais. Là aussi on a le choix entre différentes cuvées : Les Griottes et Vieilles Vignes. Cette année j’ai acheté et bu une bouteille de la deuxième cuvée, peu de temps après la sortie de ces vins. Ce vin m’a enchanté par son fruité très croquant, son allégresse sur la langue et l’impression de joie de vivre (et de boire) qu’il m’a transmis instantanément. Et il a tout ce qu’il faut pour tenir encore un an si jamais cela vous inquiétait.

Prix en boutique à Paris: environ 8 euros.

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Côtes du Roussillon Mas Baux, Grand Red, 2015

Pas la première fois que j’apprécie les vins de ce très bon producteur non plus. Sur le plan stylistique, c’est bien évidemment très différent du précédent, plus riche mais également très fruité et gourmand à souhait mais avec la dimension chaleureuse qui parle de ses origines sudistes en plus. Beaucoup de vin pour ce prix.

Prix public : 8,50 euros

 linsoumiseDes jeunes couples qui font d’excellents vins très abordables à Bordeaux, cela existe et ce n’est pas rare du tout. Que les « non-pensants » arrêtent avec leur stupide « Bordeaux bashing » ! 

Bordeaux Supérieur, Château l’Insoumise cuvée Prestige 2014

Voulez-vous du classique et du pas cher ? Voici un parfait exemple que j’ai choisi récemment à l’aveugle parmi 25 vins de cette appellation et dans ce millésime. C’était un de mes trois vins préférés de cette série et le moins cher des trois. Il vient de la région de Saint-André de Cubzac (rive droite) et son assemblage donne une part moins important au Merlot que la plupart de ses concurrents: 60% pour 35% de Cabernet Sauvignon et 5% de Cabernet Franc. Le résultat est un vin droit, net et très classique au nez avec un boisé encore présent dans un ensemble relativement puissant et structuré mais sans aucun excès. C’est clairement du Bordeaux et c’est très bien fait.

Prix public 8 euros

Bonnes fêtes, ou ce qu’il en reste

David Cobbold


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Les Bons Beaujolais de l’ami Johan

Notre invité, ce samedi, n’est autre que l’ami Johan De Groef (In Vino Veritas); cette fois, il partage avec nous quelques unes de ses dernières trouvailles en Beaujolais…

beaujolais

Rentrons déguster avant l’averse!

Château des Moriers

Les 8ha75 de ce château – dont 8 sur Fleurie – sont majoritairement plantés de vieux Gamays, sur granit rose. Gilles Monrozier travaille selon la méthode traditionnelle de macération carbonique (partielle), qu’il conduit pendant une dizaine de jours. Les Moriers doivent leur nom au vignoble éponyme qui entoure le château.

Fleurie 2013, Les Moriers, Château des Moriers
Cette cuvée élevée en vieux foudres nous montre une robe carminée aux reflets violines. Nez exubérant de fruits rouges aux notes croquantes de rhubarbe et de violette. La bouche, raffinée, lardée, mais tendue, présente d’étonnantes notes de noix de muscade et de clou de girofle, le tout très bien fondu. La finale nous offre des sensations à la fois juteuses et bitter. Une vraie bombe fruitée. https://www.facebook.com/chateaudesmoriers/

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Domaine des Terres Dorées Jean-Paul Brun

C’est en 1979 que Jean-Paul Brun a repris le domaine familial des Terres Dorées (45ha, aujourd’hui), du nom de cette zone du Sud-Beaujolais, aux maisons si caractéristiques, avec leurs teintes mordorées. Il est devenu un des grands artisans et porte-drapeau de la renaissance du Beaujolais artisanal dans toute sa pureté de fruit. Il produit également des appellations communales.

Côte de Brouilly 2014, Terres Dorées
Ce Côte de Brouilly est issu de vignes de 50 ans sur granite, situées à 300m d’altitude et orientées Sud-Sud Ouest.
Pour ce cru, Brun a opté pour une vinification à la Bourguignonne, en futs de chêne, suivie par un élevage en cuves béton.
Robe d’un rouge lumineux aux reflets violets. Cerises et framboises fraîches au nez, avec une touche florale et épicée. La bouche est juteuse et pleine de sève, puissante et pourtant raffinée, la finale très fraîche ; le gamay comme on l’aime.
www.wijnen-dekok.com

img_2361Le soleil est revenu, le moral aussi

Domaine Thillardon

Les frères Thillardon ont fondé leur domaine en 2008 aux Brureaux, un hameau de Chénas. Ils exploitent aujourd’hui 12 ha dont la majorité des parcelles sont sur Chénas le plus petit cru du Beaujolais. Jeunes et dynamiques, ils ont opté pour les vins nature et non filtres. Nous avons apprécié toutes leurs 5 cuvées parcellaires de Chénas.

 Chénas 2014, Les Blémonts, Domaine Thillardon
Les Blémonts sont un lieu-dit de Chénas, aux sols argileux riches en manganèse.
Cette cuvée d’un rouge sang présente une grande richesse au nez (fruit rouge, cerises de Bâle). La bouche reste sur la cerise, mais plutôt la Montmorency, et ajoute les quetsches et quelques fruits des bois. Ses tannins très fins, soyeux, et sa finale interminable font de ce Chénas un vin d’une grande élégance  – on pense inévitablement à un Bourgogne. Un grand Bourgogne. http://paul-henrithillardon.blogspot.be/ http://www.bernarddoisy.be/
http://www.biobelvin.com/

Domaine des Arbins

Ce domaine familial de 13 hectares se situe à Vaux en Beaujolais, une jolie zone de collines. Cette cuvée est issue de Gamays de 50 ans sur sous-sol granitiques, avec vue sur la Saône et même, par temps clair, sur les Alpes.

 

Beaujolais Villages, Cuvée Alexandre 2014, Domaine des Arbins
Robe rouge sang. Nez généreux du fruit rouge, cerise, fraise et groseilles bien mûres. En bouche également, un plein panier de fruits frais et juteux. Les tannins sont souples, le bois bien fondu, et la minéralité sous-jacente fait de ce Beaujolais Villages un vin très raffiné ; un vin de plaisir, aussi qu’on verrait bien à table aux côtés d’une bonne charcuterie locale. www.domaine_des_arbins.com

arbinsFranck Lathulière, fier de son Beaujolais Villages – à juste titre

 

Johan De Groef

 


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Portrait Beaujolais, Dominique Piron

À quelques jours de B.B.B., parler d’un Beaujolais semble incontournable. BBB, c’est Bien Boire en Beaujolais, qui aura lieu le 11 avril prochain au Château de Pizay et au Château de La Chaise. Le but: déguster une grande variété de Beaujolais, cela semble évident; dans deux lieux superbes, en plus. Des vignerons, il y en aura un paquet, répartis dans différentes associations selon leurs atomes crochus ou toutes autres raisons inavouables.

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Dominique fait partie des Beaujol’art’.

Voici son portrait réalisé avec la collaboration de mon complice Johan De Groef (ensemble nous réalisons la rubrique Caracterres, dans In Vino Veritas.

Et quel meilleur choix que Dominique pour vous donner envie d’aller en Beaujolais? Pour Johan, il en est l’ambassadeur, et je suis assez d’accord.

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Dominique Piron, du domaine éponyme

Il connaissait notre chemin, savait l’heure de notre venue, nous attendait. Il nous accueillit avec la plus grande amabilité, bien qu’il soit en plein dans les travaux – sa cave s’agrandit pour satisfaire à l’expansion des ventes. Mais c’est la marque d’un véritable ambassadeur…

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Pour commencer, Dominique nous emmena, par monts et par vaux, d’un cru à l’autre. Les dix passèrent en revue, de près ou de loin. En moins de deux heures, j’avais acquis une perspective générale de l’appellation, mais aussi une notion de ce que le Beaujolais compte comme terroirs et par conséquent, une estimation des étonnantes potentialités des « sous-estimés » vins issus du cépage Gamay. Maintenant, après tant d’années de fuite en avant avec le Beaujolais Nouveau, on trouve ici, non pas des «cultissimes» vins cérébraux, mais de vrais vins à boire !

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Une vision traduite par un Dominique enthousiaste à l’image de Michèle, l’une de ses deux sœurs. Un trait de famille! Du coup, je me suis senti comme un roi au milieu du royaume.

Their Excellencies

Pas étonnant que Dominique fut présent lors de la visite officielle du président chinois Xi Jinping. Invité pour expliquer en long et en large le vignoble français avec un focus sur le Beaujolais au chef de la plus ancienne culture encore en vigueur aujourd’hui.

piron

Dominique Piron est né en 1950 à Villié-Morgon. Quant au domaine, il gît au pied de la Côte de Py le long de la D68. Il représente la quatorzième génération d’une dynastie fondée en 1590. Dominique reste toutefois humble, mais clairement investi d’une mission qui transcende les aventures individuelles. Son père s’était déjà largement voué à la cause du Beaujolais.

Après des études d’œnologie fin des années 1960 et quelques déplacements essentiels pour apprendre le métier, est devenu vigneron fin des années 70.

Cette passion familiale, il la chérit, mais tellement plus fort qu’une tradition, totalement convaincu du potentiel du Gamay en Beaujolais, de la valeur du patchwork territorial.

Le domaine

Il compte 65 ha et s’étend sur 8 crus : Morgon, Moulin à Vent, Régnié, Brouilly, Chenas, Fleurie, Chiroubles et Saint Amour. Et décrypter avec lui les cartes géologiques est un régal.

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On se sent savant.

Le nouvel étiquetage des vins montre, à la manière Petit Prince de St-Ex, comment les différentes cuvées  articulent la planète Gamay.

La jalousie, l’envie, lui sont étrangères. Rien de plus agréable que d’éveiller ces Belles au bois dormant comme Chénas à la vie princière, en compagnie de quelques collègues vignerons, histoire de confronter expériences et connaissances, ne pas rester le nez dans le guidon.

Le soir de notre rencontre, nous avons fêté son anniversaire en tout petit comité, exemple pertinent de sa simplicité.

Sans enfant, il s’est néanmoins trouvé un successeur. Julien Revillon est clairement une âme sœur, un héritier spirituel. Le vin, comme la vie transmise, aura ses hauts et ses bas.

JulienRevillon crédit Vinconnexion

Dominique pense que la roue tourne et que la région amorce une sorte de renaissance. Le Beaujolais revit et de nombreux vignerons d’ailleurs regardent dans sa direction. Dominique Piron considère que c’est positif. Le persévérant gagne…

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Morgon Côte de Py que choisir d’autre pour illustrer l’homme et le propos ?

Dominique Piron sur la Côte du Py

Morgon Côte de Py 2014 Domaine Piron            

Pour Dominique, ce gamay spécifique ressemble au sang qui coule dans ses veines. 

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Une étiquette marquée d’un trait instantané, sombre, un arbre doré planté sur l’arc suggéré, simple, efficace, c’est la Côte de Py calligraphiée. Le vin s’en inspire. Grenat, il coule, juste estampillé d’une flamme rubis. C’est immédiat, pas de chichi, du fruit, de la générosité, mais aussi de la subtilité. Déjà, comme par transparence olfactive, les différents niveaux de lecture s’aperçoivent. Derrière la marmelade de myrtille et la confiture de griotte se cache la corole délicate d’un iris, le parfum entêtant d’un lis. On cherche plus, le dessin se précise, le trait s’accentue, noirci de graphite, ombré de poivre.

Quel jeu nous offrira la bouche ?

On la trouve d’emblée fraîche, croquante des fruits sentis, pleine d’entrain, prête à de multiples largesses. Mais il y a là aussi de la délicatesse, bien figurée par le grain soyeux des tanins. De la gourmandise encore, mais nuancée de sensualité. Puis, tout semble revenir au point de départ, virevolte espiègle qui nous propose à nouveau de la chair de cerise, suivie de subtile cardamome, d’une hachure de cumin. Les tanins, eux, s’essaient à la rusticité raffinée, caractère facétieux qui le rend encore plus attachant.

Un archétype du Gamay beaujolais ? Peut-être… non, mais à coup sûr, une des facettes des multiples Gamay beaujolais.

Les vignes ont une cinquantaine d’années et s’étendent sur 8 ha perché à 300 mètres sur la Côte de Py en légère pente orientée sud-est, au sol de granits désagrégés, riches en oxyde de fer.

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Vinification : vendanges manuelles, table de tri, égrappage partiel et pigeages. Fermentations de 15 à 20 jours. Élevage à 30% en bois, foudres et fûts qui apporte de la rondeur.

www.domaines-piron.fr

 

Ciao

 

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Marco (sans oublier Johan)

 

 


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Mill Bio 2016 (3ème partie) : la Beaujolais fever !

Parmi toutes les folies nocturnes que nous proposent les vignerons exposant à Millésime Bio, il en est une que je ne manque sous aucun prétexte. Elle est l’initiative d’un groupe de jeunes vignerons plein de dynamisme qui nous proposent dans la bonne humeur de découvrir d’étonnantes bouteilles de leur production, des vins venus de tous les horizons du Beaujolais, crus compris, en bio bien sûr, dans des millésimes improbables parfois emprisonnés en magnum depuis plusieurs années, certains dans des appellations inattendues comme Beaujolais Nouveau, par exemple, ou Beaujolais-Leynes. Généralement, la soirée étant fort prisée et animée, je m’y pointe à l’heure précise indiquée sur l’invitation quand les bouteilles n’ont pas encore toutes été vérifiées mais qu’elles sont à température parfaite. Mais surtout, j’y arrive bien avant que le flot des soiffards-bouffeurs ne débarquent en masse !

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Une partie de la bande des jeunes bios du Beaujolais. Photo©MichelSmith

Commençons par une découverte : celle du Verre à Soi, un élégant bistrot que je ne connaissais pas encore, moi le régional de l’étape, un lieu chic et cosy comme on dit de nos jours pour ne pas dire confortable, sis en plein milieu de la montée (ou de la descente) de la rue Saint-Gulhem, artère piétonne archi commerciale qui, outre quelques hôtels particuliers, cache une Vierge noire nichée au coin d’une rue. C’est dans ce bar magnifique – il a un grand frère à Grenoble – que nous avaient donné rendez-vous en fin de soirée la bande de jeunes vignerons bio présents à Millésime Bio, épaulés pour la circonstance par Mélina Condy-Benedic, la très efficace attachée de presse d’Inter Beaujolais descendue spécialement de Villefranche-sur-Saône.

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Marco, en conférence avec Mélina. Photo©MichelSmith

Première tâche de la soirée, il s’agissait pour moi d’attaquer avec efficacité un vol (un flight disent les english) de Beaujolais blanc. D’emblée, le Domaine Saint-Cyr, représenté par le très grand (et costaud) Raphaël Saint-Cyr se distingue avec son seul blanc 2013, un vin plein de sève et de retenue. Bonne double prestation ensuite du Château de Lavernette situé aux confins du Mâconnais et du Beaujolais : leur 2011 présenté en magnum était frais, dense, un chouïa plus strict que le précédent, mais d’une longueur et d’une netteté remarquables. Le 1996 Les vignes de la Roche m’a paru bon mais un peu passé. Il est vrai que, contrairement à mes habitudes, pressé par le temps, je ne suis pas revenu dessus. Mea culpa. Presque dans le même secteur, le Domaine de Lalande représenté par Romain Cornin, avait quant à lui assuré avec deux millésimes frais et dispos, 2008 et 2010, bien assis sur leur belle acidité, ce qui revient à dire prêts à boire sur un brochet, par exemple, ou – cliché d’entre tous les clichés – sur une andouillette à peine crémée.

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Photo©MichelSmith

Pas de Beaujolais rosé à se mettre sous le nez, ce qui est à mon avis dommage. Pensez-y la prochaine fois les gars ! Résultat, c’est tout naturellement, et dans un désordre le plus parfait (mais après tout j’aime quand les hiérarchies se bousculent, quand un simple Beaujolais se fait meilleur qu’un Morgon) que j’ai abordé une série de rouges plutôt récents, donc jeunes. Les voici dans mon ordre (désordonné) de dégustation. Lavernette revient avec un Beaujolais-Leynes 2011 que j’ai trouvé un peu sec et manquant d’accroche. Arrive ensuite un Juliénas La Bottière 2011 en magnum du Domaine David-Beaupère aussi connu pour ses chambres d’hôtes. Un très beau vin, un peu austère au début, mais à la matière si généreuse et doublée d’une bonne longueur.

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Photo©MichelSmith

S’en suivent trois vins décevants que je cite car si je ne le fais pas on ne manquera pas de me le reprocher : Morgon Les Charmes 2013 Bret Brothers, Beaujolais Raisin Libre 2014 Thillardon et, si je me souviens bien du même producteur qu’il me semble pourtant avoir bien aimé lors d’une autre dégustation dans un autre millésime il est vrai. Pas de chance, leur Chénas Les Vibrations 2013 ne m’a pas fait vibrer une seconde. Rebelote avec le Beaujolais-Leynes La Souffrandière 2011 des Bret Brothers goûté il est vrai en fin de parcours. En revanche, j’ai grésillé de plaisir avec le Juliénas 2013 de David-Beaupère (moins avec leur 2012, trop sec à mon goût), et plus encore avec le Morgon 2013 de Claire et Fabien Chasselay dont les jolies notes de cassis étaient flagrantes. Retour au Domaine David-Beaupère avec un Juliénas La Bottière 2011 superbe de  matière, alors que le Beaujolais Bellevue 2012 du Château de Saint-Cyr, présenté en magnum, était tout juste plaisant dans sa simplicité. Un ton au-dessus, le Regnié Le Calvaire 2011 du même domaine, également en magnum se dégustait le mieux du monde : matière dense, serrée et petite longueur pour accrocher le buveur. En dépit d’une légère amertume (bois ?), j’ai été ravi de goûter le Juliénas Saint Antoine 2011 de David-Beaupère servi en magnum surtout grâce à belle intensité de la matière. Autre magnum et autre plaisir jubilatoire qui montre que l’année 2011 restera dans les mémoires, le Fleurie des Chasselay (voir plus haut), en dépit d’un côté souple, facile et discret, s’est montré réjouissant par sa saveur toute giboyeuse et son honnête longueur.

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Photo©MichelSmith

Maintenant, c’est au tour des « vieux » rouges. Le Beaujolais-Villages 1996 du Château de Lavernette sent l’antiquité, c’est vrai, mais il n’est pas pour autant mort et il est même sympathique d’approche. Le Juliénas 2005 de David-Beaupère (magnum) est logiquement plus long, mais un peu étriqué. Le Morgon Vieilles vignes 2009 de Noël et Loïc Bulliat (magnum) offre une belle matière grillée et ensoleillée, de la longueur et des tannins honorables. Du même domaine, le Fleurie Les Moriers 2010 (magnum) a en réserve une fraîcheur notoire, de la densité et de la longueur. Ces deux-là peuvent encore se garder en magnum 5 à 6 ans dans une bonne cave. Surprenant, le Beaujolais Nouveau 2010 (magnum) du Domaine Chasselay dispose encore d’une fraîcheur et d’une longueur honnêtes. En dépit d’une certaine pâleur de robe, on a envie de le boire sur un poulet fermier servi avec des champignons ! Quant à leur Côte de Brouilly L’Héronde 2008 (magnum), il confirme que ce domaine du sud Beaujolais plutôt bien noté du début à la fin est d’un intérêt certain : élégant, dense, serré, ferme, voilà du beau travail !

Gamay, quand tu nous tiens !

Michel Smith

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Des copains et des livres…

Avant de terminer, je rajoute quelques lignes pour commenter les dernières parutions de deux copains journalistes. Actualité oblige – je pense au Festival de la BD d’Angoulême qui s’est achevé il y a de cela quelques jours -, le premier ouvrage reçu l’autre jour, paru chez Delcourt, s’intitule Cognac et je me suis demandé un instant s’il n’avait pas été commandité par le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC). Outre une intrigue somme toute assez banale (une jeune journaliste retourne dans son pays pour un reportage sur l’eau-de-vie charentaise, mais la vilaine curieuse s’intéresse en parallèle à un double meurtre), c’est une bonne excuse pour se promener du côté de Jarnac et de Cognac avec au passage une incursion dans les chais de Hennessy et Frapin. Rien de plus normal quand on sait que l’un des trois co-auteurs de l’ouvrage n’est autre que mon camarade Jean-Charles Chapuzet, un saintongeais pure souche qui vit et travaille à Jonzac où son épouse est fille de tonnelier.

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Un truc me chiffonne pourtant : le véritable héros de La part des démons, ce premier épisode de Cognac, semble être une petite automobile dont la marque est omniprésente ainsi que le logo jaune d’une mutinationale bien connue de la location de voiture. Le second ouvrage, lui, ne comporte à première vue aucune pub dissimulée. Sauf quand il nous livre des noms de châteaux ou des marques d’apéritif. Cosigné Alain Bradfer et Vincent Lalu, le Dictionnaire Insolent du Vin est certes instructif, mais ce n’est pas tout à fait le brûlot que j’attendais de ces deux-là. Émaillé de citations bien senties, édité par La Vie du Rail, maison que l’on n’attendait pas dans le monde du vin, le livre se feuillette au petit bonheur avec quelques entrées saignantes et inconvenantes à l’image de celles que je reproduis volontiers ci-dessous.

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La plus mignonne : Pinocchio (Faire une pipe à), désigne, selon l’expression due à Vincent Pousson, l’ingestion et l’appréciation positive d’un vin boisé. La plus vache : Pétillant naturel, le Pet’nat, au goût indescriptible, a dû naitre d’un accident de vinification dans une cave méridionale. Fait fureur chez les bobos. La plus convenue : Mâcon (Concours de), compétition improbable délivrant des médailles servant d’attrape-gogos à usage de la grande distribution. La plus drôle : Chanau Pierre, l’un des plus grands vignerons français, présent à lui seul dans 18 appellations. Traduit du verlan : Auchan (Pierre). Mais c’est un pur effet du hasard. La plus rosse : Latour (Château), seule filiale impossible à délocaliser de l’empire industriel de François Pinault, dégageant une marge nette de 500 %.