Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin


2 Commentaires

BiB blanc huîtres, réflexions gourmandes à petit prix

Notre invitée du samedi nous fait part de ses réflexions à propos des ‘BiBuîtres’, soit, quel BIB de blanc sied aux huîtres

Comment j’ai découvert le goût des huîtres à cause du BIB.

C’est parti d’un commentaire posté sur le blogdubib.fr. Une question simple et récurrente dans cette période d’extras culinaires : Quel Bib conseillez-vous avec les huitres? J’ai bien pensé répondre sur la forme, puisque la boite peut servir aussi bien d’emballage au vin que de plateau aux huîtres. Trouvant l’idée intéressante mais inutile, j’ai poussé le professionnalisme jusqu’à faire une sélection de vins blancs conseillés avec les fruits de mer. Et j’ai acheté des huîtres. Pour garder le même esprit «pas cher» du BIB, j’ai choisi des huîtres locales, les moins chères du poissonnier, élevées à Leucate.

Entretemps j’ai appelé Marco, le spécialiste de l’analyse des papilles, pour avoir un conseil pour déguster les huîtres. Voici sa leçon:  «tu la respires, tu la mets en bouche et tu la mâches doucement pour permettre à tes papilles de bien les goûter». Alors voilà :

Au nez elle sent le vent de la mer, la fraîcheur des embruns, avec un effluve doux et minéral. Elle évoque une sorte de liberté sensuelle et animale. En bouche, les huîtres de Leucate sont bien salées, peu grasses à cette saison, elles sont tout de même moelleuses, comme beurrées. Elles sont charnues et savoureuses, un peu grillé-noisette avec des notes umami, rappelant une grillade au thym. Quand on peut garder le muscle, on apprécie un jeu de texture plus ferme et plus doux. La finale de beurre frais est suave, minérale et iodée.

Pour faire classique comme en famille, je les ai goûtées avec une tartine beurrée. Regrettable erreur, le beurre a pris le dessus sur le gras subtil de l’huître et a ridiculisé sa texture.

J’ai testé le filet de citron qui chatouille un peu la rondeur mais déplace l’équilibre en bouche et brouille les cartes avec le vin. Je n’ai pas testé le tour de poivre, ni le vinaigre échalotes et variantes, ni la sauce de soja, ni le Tabasco encore moins le Ketchup, probablement parce que j’ai des idées préconçues sur la question. Conclusion, les huîtres crues se mangent nues. Avec le vin, c’est moins évident mais quand même. Voici ma sélection par ordre de préférence :

1er : L’évidence

Cave de Florensac

Un Picpoul de Pinet AOC, donc 100% Piquepoul

Seul vin du millésime 2017, il gagne en peps sur les autres. Son nez est fruité, la poire et le citron vert dominent avec une pointe d’embruns et une fraîcheur minérale, plutôt graphite. La bouche est encore jeune avec une mémoire fermentaire mais la structure est là, un léger perlant à l’attaque, de la douceur au ventre et une finalité qui relève la tête et s’étire avec le citron.

L’huître s’accommode du perlant et s’empare de l’acidité, ça réveille ses saveurs grillées. Le sel de l’huître renforce le goût du vin. C’est rafraîchissant et comme nécessaire, l’un appelle l’autre avec bonheur. La vivacité du Picpoul persiste en finale, provoquant une légère salivation… qu’on confond volontiers avec l’envie d’y revenir. Le citron ajouté participe volontiers à la fête.

 

2ème : L’addictif

Domaine du Grand Poirier

Un Muscadet AOC, donc 100% Muscadet appelé aussi Melon de Bourgogne

Un nez plutôt gourmand et fruité, comme de la pomme au four, des notes de chèvrefeuille et une gelée de groseilles. La bouche est vive, avec une acidité tendre comme un jus de fruit dans une matière fondante et souple, avec une finale beurrée.

Le vin accompagne bien l’huitre sans la déranger, on apprécie le côté iodé de l’une et la fraîcheur de l’autre, c’est tellement évident et paisible que ça se mange sans faim, ça se boit sans soif, un truc de comptoir qui vous emmène direct au bord de mer. 2,6 €/L

 

3ème : Tendre et sérieux

Cave de Tain

La cuvée Première Note, une  IGP Collines Rhodaniennes, 100% Marsanne

Un nez de fruit blanc plutôt poire et herbes coupées. La bouche est tendre et savoureuse, du zeste de citron et de la sauge, une fraîcheur donnée par cette belle amertume qui se prolonge en finale.

L’huître est bien accompagnée dans les notes iodées. La touche mentholée ajoute de la fraîcheur à l’ensemble, c’est tendre. Le citron renforce l’amertume savoureuse du vin, on oublie un peu le goût discret de l’huître. La beurrée patine l’amertume du vin et fait ressortir le grillé noisette de l’huître. C’est plus cher mais c’est plus riche. 5€/L

4ème : Un jeu de contraste

Plaimont producteurs

La cuvée Florembelle, une IGP Côtes de Gascogne, assemblage classique de Colombard et Ugni blanc

Le nez est expressif avec un bel ensemble d’agrumes, un soupçon de fruit de la passion et des notes de fleurs séchées. La bouche est vive à l’attaque puis tendre et fruitée avec une acidité citronnée en finale.

L’huitre est dépassée par l’aromatique explosive du côtes de Gascogne. Il y a déjà bien assez d’agrume dans le vin pour ajouter le citron. On l’oublié. Par contre, la tartine beurrée se mêle bien à l’iode, ça papote et ça chatouille, ça flatte. A conseiller pour le Goûter. 3,58 €/L

5ème : Minéral

Cellier des Demoiselles

Un Corbières blanc, assemblage de Grenache, Maccabeu, Bourboulenc et Marsanne.

Un nez léger de pêche avec une touche citronnée, du fenouil et du bois vert. La bouche est fluide, on garde le fruit léger et une finale minérale.

L’huitre donne de l’ampleur au vin et lui fait de belles épaules arrondies avec une touche beurrée et mentholée qui allonge la finale. Le citron l’accentue, le pain beurré masque cette ouverture. C’est la version minérale mentholée de l’accord. 2,86€/L

En guise de conclusion on peut dire que le mariage régional est le plus réussi, huître de Leucate avec blanc d’à côté. Le Muscadet est bien convaincant aussi, peut-être influencé par la proximité de l’océan. Mais le plus grand plaisir vient de l’attention portée au goût, la curiosité des papilles qui provoque un vrai plaisir de tous les sens. C’est encore meilleur quand c’est partagé ! A Noêl offrez-vous une dégustation en famille. C’est un bon moyen de prouver qu’on s’aime ou qu’on se déteste, sans parler de politique.

 

A votre bon sens,

Nadine

 

 

 


Poster un commentaire

Le BOB du BIB suite

Second étage de l’exposition temporaire d’art du BIB avec le thème des métaphores. Déjà bien connu sur les étiquettes du vin, souvent efficace, parfois usé voire abscon, il a l’avantage, pour une petite surface, d’utiliser l’image plutôt que le discours. Ce devrait être le thème préféré de l’habillage des BIB mais il semblerait que les professionnels souffrent souvent du syndrome de la boîte blanche.

Mais qu’est-ce qu’on pourrait  bien raconter sur une si grande surface?

Le BOB générique, vendu sans marque et que le producteur s’approprie en apposant son étiquette. Facile et pas cher. L’image doit convenir à tous les terroirs et tous les caractères. La nature morte est le thème favori des illustrations. Ce n’est pas toujours évident d’y trouver la référence aux grand peintres flamands, mais avec beaucoup d’imagination….

Le vin par l’image, ou comment représenter à l’extérieur ce qu’on peut trouver à l’intérieur.

Il y a la définition selon Google. Si vous tapez vin + image vous aurez le vin en mouvement dans un verre. Le liquide semble toujours prêt à s’échapper. C’est vrai qu’à plat, ça fait flaque, ou lac, ou tâche. Cette image ne doit pas coûter bien cher à l’emploi parce qu’elle est récurrente sur tous les supports.

 

La vigne pour le vin, à l’origine la plante, comme on trouve aussi l’olivier pour l’huile d’olive, l’orange pour son jus et la poule pour l’oeuf (autant de produits mis en BIB). Là aussi, il y a des génériques à faire fuir. Mais il y a quelques recherches de sens, le vieux cep accompagné du repas entre amis vignerons, image conviviale du vin.

L’origine aussi avec la belle feuille verte à côté du pigeonnier d’origine. Le lieu existe, ça s’appelle le terroir.

Le terroir justement. Un argument fort pour les appellations et pas si facile à mettre en scène. Je ne résiste pas à l’envie de montrer une image déjà bien ancienne créée pour la communication de la cave de Rasteau et qu’on retrouve sur leur BIB

La tradition, le geste ancestral, les vendanges manuelles, la main de paysan, la transmission, magnifiquement illustré ici par Plaimont, mais c’est la même image que pour leur cuvée en bouteille.

Le bio est un thème inspirant et plein de clichés.

En tête des ventes : Le carton à la manière carton. Brut, nature, sans artifice, sans additifs, bio quoi.

Plus pédagogique, la photo macro d’insectes (les bêtes à bonDieu qui remplacent les insecticides ou celles qui leur survivent)

ou leur représentation bucolique, avec cet air de légèreté naturelle qui peut être souligné par le nom de la cuvée

La Com de la honte

Pour finir un lot de BOB qui explique que « bien que ce soit du carton, c’est la même chose qu’en bouteille ». Ce qui est rarissime dans la réalité.

 

à suivre?

Nadine

 


Poster un commentaire

Le BOB du BIB. Propos estival sur l’habillage du Bag-in-Box ®

Notre excellente et pertinente consœur Nadine propose de nous parler des faces cachées du BIB, un support de communication pas toujours bien exploité…

Le BOB* (Box-on-Bag), est l’attribut marketing du vin en boite. Il présente une large surface de communication, permet toutes les audaces, reçoit aussi bien les photos que le graphisme, le verbe comme les pictogrammes. On peut y présenter le domaine et son terroir, le profil et les passions du vigneron, le choix de la cuvée, la biodiversité de son lieu d’origine, les attractions touristiques et tout ce qui fait le fameux story-telling du vin cher à nos amis du marketing. On peut tout imaginer, on pourrait tout oser, tenter le romantisme ou la provocation, le classicisme ou l’art contemporain. Que nenni, la boîte de l’outre à vin reçoit rarement les honneurs de l’imagination.

Pourquoi tant d’indifférence devant cette opportunité de lieu d’expression ? En guise d’exposition temporaire d’art du BIB, voici ma sélection. Tous les vins de ces boites sont commentés sur http://www.blog-du-bib.fr/

De l’art classique avec  la collection « Villages de Caractères », label donné aux plus beaux villages d’Ardèche et repris par les Vignerons Ardéchois pour promouvoir leur gamme de cépages. C’est le peintre Robert Sgarra qui a réalisé 7 oeuvres pour 7 de ces villages. http://www.blog-du-bib.fr/degustation/viognier-de-caractere/

 

De l’art conceptuel

Osé le bidon de Fuel! Le BOB est totalement métamorphosé. Besoin d’explications? Ceux qui connaissent le slogan « En France on a pas de pétrole mais on a des idées » on fait la moitié du chemin. http://www.blog-du-bib.fr/degustation/french-fuel/

 

Minimaliste illustration pour la cuvée des dames. Là aussi toutes la surface du BOB est occupée. Le choix du trait rouge comme les lèvres ou la passion, un fond blanc comme la toile de peintre, une inscription en 3D, le rosé de provence se fait son cinéma.  http://www.blog-du-bib.fr/degustation/cotes-de-provence-rose/

 

 

Rubicubistique, cette version est inamovible

 

Le chic noir

avec de belles photos, la vigne comme si vous y étiez, avec le discours qui va avec http://www.blog-du-bib.fr/degustation/grenache-rouge/

Ou juste informatif, guère plus que les mentions de l’étiquette réparties sur la plus grande surface http://www.blog-du-bib.fr/degustation/rose-cevennes/

 

La marque stylée

Catégorie avec pas mal d’exemples surtout dans la Grande distribution et souvent plagiés, comme Système U (plagié par les vins d’Espagne). Plus stylé avec BiboVino, producteur distributeur exclusivement en BIB qui a choisi le violet parme par porter les couleurs de la collection « Les vins vrais »  ou Sopardis avec sa marque « de Verre en Verre » maintenant plagiée par Carrefour.

 

 

La blague

de l’humour plus ou moins réussi (comme le BOB du titre, pardon!), sans commentaire

 

A suivre la grande catégorie des métaphores

La non moins importante version carton de la bouteille

Les natures

Les bavards

Les essais graphiques

Nadine